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Open Science
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2,023
Élaboration d'un outil pédagogique multimédia à destination des étudiants et des vétérinaires diplômés relatifs à d'importants syndromes en médecine vétérinaire rurale. Médecine vétérinaire et santé animale. 2023. ⟨dumas-04302336⟩
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Élaboration d’un outil pédagogique multimédia à destination des étudiants et des vétérinaires diplômés relatifs à d’importants syndromes en médecine vétérinaire rurale Bernard L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est archive for the deposit and dissemination of sci- destinée au dépôt et à la diffusion de documents entific research documents, whether they are pub- scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, lished or not. The documents may come from émanant des établissements d’enseignement et de teaching and research institutions in France or recherche français ou étrangers, des laboratoires abroad, or from public or private research centers. publics ou privés. ÉLABORATION UN UTIL DESTINATION ÉTUDIANTS ET MÉDECINE VÉTÉRINAIRE RURALE THÈSE pour obtenir le diplôme d’État de DOCTEUR VÉTÉRINAIRE présentée et soutenue publiquement devant la Faculté de Médecine de Cré teil (UPEC) le 12 octobre 2023 par Charlotte, Vivi ane, Evelyne BERNARD sous la direction de Yves MILLE MANN J URY Présidente du jury : Mme Bénédicte GRIMARD-BALLIF Professeure à l’EnvA Directeur de thèse : M. Yves MILLEMANN Professeur à l’EnvA Examinatrice : Mme Bérangère RAVARY-PLUMIOËN IR-PH à l’Env Remerciements À la Présidente du Jury de cette thèse, Mme Bénédicte GRIMARD-BALLIF, Professeure à l’EnvA, Mes remerciements pour avoir accepté la présidence de cette thèse. À M. Yves MILLEMANN, Directeur de Thèse, Professeur à l’EnvA, Sincères remerciements pour votre encadrement, vos conseils et vos corrections tout au long de ce projet, ainsi que pour votre constant soutien et votre écoute qui m’ont permis d’aboutir ce travail. À Mme Bérangère RAVARY-PLUMIOËN, Professeure à l’EnvA et Examinatrice du Jury de cette thèse, Mes remerciements pour avoir accepté de faire partie de ce jury. À l’ensemble des Docteurs et des personnes ayant contribué à ma formation mais plus particulièrement au Dr Delphine IZAC-BENOIT, au Dr Barbara LEFÈVRE-BAUTHIÈRE, au Dr Juliette WAUBANT, au Dr Guillaume MACHOT, à toute l’équipe de la clinique vétérinaire Ternois’Vet, au Dr Jolien VERSCHELDE, au Dr Franck BOUCHER, au Dr David SIMONART et à toute l’équipe du cabinet vétérinaire des Deux Vallées, Merci à toutes et tous pour votre accueil , pour m’avoir appr is tellement, d’un point de vue professionnel mais aussi personnel, de m’avoir donné la passion et le g oût pour ce métier qui me tend dorénavant les bras. À mes Parents, Un grand merci pour votre so utien et votre aide , surtout dans les moments les plus difficiles, merci d’être les personnes que vous êtes et merci pour tout ce que vous faites pour moi. À ma famille et à mes amis proches , Merci pour tous ces moments passés à vos côtés, ainsi que pour votre so utien et votre implication , qui ont contribué à devenir la personne que je suis aujourd’hui. À Jér ôme , Merci pour ta présence quotidi enne et ton soutien. Table des matières 1 2 3 4 1 Liste des figures..................................................................................................................... 3 Liste des tableaux.................................................................................................................. 5 Liste des abréviations............................................................................................................ 7 Introduction............................................................................................................................. 9 Première partie : intérêt pédagogique et bibliographie.................................................... 11 1.1 Généralités à propos de l’enseignement supérieur en France, plus précisément vétérinaire.. 11 1.1.1 1.1.1.1 1.1.1.2 1.1.1.3 1.1.2 1.1.2.1 1.1.2.2 1.2 Révisions détaillées des principales affections et importance de la métacognition......................... 18 Conduire un projet dans son entièreté............................................................................................. 19 Diaporamas, manuscrits et cours magistraux à l’EnvA..........................................................19 CD-Rom et DVD-Rom produits sur certains sujets vétérinaires.............................................20 Des applications mobiles à destination des vétérinaires ruraux ............. ................ ................22 Des sites internet re groupant quel ques rés umés ...................................................................22 Le podcast de plus en plus utilis é en étude de médecine humaine.......................................23 Les vidéos pédagogiques.......................................................................................................24 Les exercices d’auto-évaluation.............................................................................................25 Les affiche s bilans et fiches de révisions...............................................................................25 Un outil disponible et facilement utilisable..............................................................................26 Un outil adapté aux besoins des étudiants et des jeunes diplômés.......................................26 Intérêt personnel et difficultés................................................................................................26 Deuxième partie : enquête et élaboration des supports................................................... 28 2.1 Enquête auprès d’étudiants et de vétérinaires diplômés................................................... 28 2.1.1 2.1.2 2.1.3 2.1.4 2.1.5 3 4 5 6 7 8 9 Intérêt pédagogique...............................................................................................................18 Objectifs de cette thèse..................................................................................................... 26 1.4.1 1.4.2 1.4.3 2 Évaluation de la qualité d’un enseignement..................................................................................... 15 De nouvelles modalités d’enseignement.......................................................................... ................ 17 Les nouveaux outils numériques utilisés en études supérieures....................................... 23 1.3.1 1.3.2 1.3.3 1.3.4 1.4 Enseignement magistral, déroulement des études et diversité des sujets abordés en école vétérinaire.......... 11 Les support s pédagogiques dé jà disponibles .................................... ................................ 19 1.2.1 1.2.2 1.2.3 1.2.4 1.3 Né cessité d’un complément à l’ enseignement magistral ....... ................................................11 Le mode de recrut ement et les personnes sondées lors de l’enquête...................................28 Les supports les plus plébiscités............................................................................................29 Les sujets les plus pertinents selon les personnes sondées ..................................................30 Les plateformes les plus intéressantes ..................................................................................32 Autres résultats et suggestions..............................................................................................33 2.2 Limites de l’étude............................................................................................................... 33 2.3 Choix des supports et mode de publication....................................................................... 34 2.4 Choix des thèmes et publication........................................................................................ 35 Conclusion............................................................................................................................ 37 Liste des références bibliographiques............................................................................... 39 Annexe 1 : Questionnaire.................................................................................................... 43 Annexe 2 : Script « vache couchée »................................................................................. 46 Annexe 3 : Script « Veau en diarrhée................................................................................. 55 Annexe 4 : Fiche récapitulative vache couchée................................................................ 63 Annexe 5 : Fiche récapitulative veau en diarrhée............................................................. Dans cette optique, la création d’un nouvel outil pédagogique dans le cadre de la médecine rurale semble avoir sa place. De tous les outils pédagogiques, le support informatique est sans nul doute le plus approprié car souple dans son utilisation. L’objectif de la création de ce nouvel outil pédagogique est de le rendre utile, accessible à tous, facilement et ce même sans connexion internet, ainsi que gratuit. Dans cette optique, une recherche sur l’intérêt de la création d’un outil pédagogique en ligne permettant un apprentissage ou des révisions, est réalisée en première partie ainsi qu’une vue d’ensemble des outils déjà disponibles, que ce soit par les Écoles Nationales Vétérinaires (ENV), et plus précisément l’EnvA, mais aussi en dehors des ENV. La deuxième partie de ce travail est consacré à la réalisation d’un sondage, auprès d’étudiants vétérinaires ainsi que de vétérinaires diplômés, afin de connaitre leurs attentes vis-à-vis d’un tel outil pédagogique. La suite de ce travail concerne la création et la mise en ligne de ces nouveaux outils pédagogiques, choisis selon plusieurs critères décrits dans ce manuscrit : les podcasts. 1 Première partie : intérêt pédagogique et bibliographie 1.1 Généralités à propos de l’enseignement supérieur en France, plus précisément vétérinaire Il est nécessaire de commencer ce travail par une contextualisation et surtout une description de ce qu’est le cursus des études vétérinaires aujourd’hui en France et les manques ou ressentis que peuvent avoir les étudiants. 1.1.1 Nécessité d’un complément à l’enseignement magistral 1.1.1.1 Enseignement magistral, déroulement des études et diversité des sujets abordés en école vétérinaire Le format des études vétérinaires en France a été remodelé ces nières années avec la création d’une nouvelle voie d’entrée en école : la voie post-baccalauréat depuis septembre 2021. Le cursus vétérinaire en France aujourd’hui est constitué de six années d’école. La première année est accessible via un concours post-baccalauréat et est commune aux quatre écoles vétérinaires de France. Elle comprend dix unités de compétence comme de la chimie, de la thermodynamique cellulaire, des mathématiques ou encore de la physiologie. Une grande partie des étudiants a accédé et accède encore aujourd’hui via des classes préparatoires (voie A, B ou C) avec deux ou trois années de préparation au concours national vétérinaire. Ils commencent alors leur cursus dès la deuxième année et n’ont pas à réaliser la première année d’école, type « prépa intégrée ». Les quatre années suivantes sont communes à l’ensemble des étudiants et comportent des enseignements sous forme de cours magistraux, travaux dirigés et pratiques, mais aussi de périodes de formation en clinique. Les différentes unités d’enseignements sont résumées dans le tableau 1. Le tableau 1 montre à quel point l’enseignement vétérinaire est vaste. Il doit être adapté au référentiel du métier de décembre 2017 ainsi qu’aux connaissances attendus dès le premier jour après la validation du cursus. L’enseignement comprend des notions valables pour les animaux de compagnie, les animaux de production et les équidés, mais aussi des notions de réglementation et de santé publique vétérinaire. Toutes ces connaissances et compétences ne seront pas forcément toutes nécessaires dans l’exercice professionnel de chacun, mais elles sont toutes abordées par les étudiants, car elles sont nécessaires pour l’obtention du diplôme. Une journée type d’étudiant vétérinaire de la 2ème à la 4ème année commence à 8 heure, avec deux modules de 2 heures de travaux dirigés ou de travaux pratiques, et est complétée par 2 heures de cours magistral à partir de 14 heures l’après-midi, le plus souvent du lundi au vendredi. Les temps de révisions sont donc majoritairement possibles après 16 heures, lorsque la journée de cours est finie, ou alors le weekend, ou certains jeudis après-midi, habituellement réservés à la pratique d’un sport pour les étudiants vétérinaires de l’EnvA. Pour les 3 années majoritairement théoriques, communes à tous les étudiants de la 2ème à la 4ème année, chaque année comporte deux semestres, donc deux périodes d’examen d’une semaine, toutes les deux précédées d’une semaine de révision. Les connaissances à acquérir sont nombreuses, en plus de tout l’aspect pratique de notre métier à maîtriser. Il est certain que certaines connaissances sont oubliées au fur et à mesure du cursus, et/ou que des impasses sont faites par les étudiants : c’est pourquoi un complément à l’enseignement théorique classique peut être intéressant, afin d’essayer de corriger ces oublis/impasses. En effet, au cours de l’apprentissage, les connaissances ne sont pas appliquées directement ni quotidiennement, et il est parfois difficile de différencier une affection courante et indispensable à savoir reconnaître, d’une affection plus rare, même si les professeurs essaient de nous en faire part. Chaque unité de compétences, décrite dans le tableau 1, a fait l’objet d’une réflexion de la part du corps enseignant, avec à la fois son placement dans le cursus (séquençage pédagogique) et sa déclinaison en apprentissages de rang A à C, selon l’importance que l’on doit accorder à chaque compétence : A+ pour les notions jugées absolument indispensables, A pour les notions importantes, B pour les notions secondaires et C pour les notions complémentaires. Tout est fait pour faciliter l’apprentissage grâce à ce classement qui permet de connaître l’importance des notions à apprendre. Cependant, les travaux concernant les pratiques pédagogiques des enseignants universitaires ainsi que leurs effets sur les élèves sont rares, même s’ils pourraient être très intéressants pour la réussite des étudiants (Duguet, 2015). Il est impossible de connaître le pourcentage moyen de connaissance que l’étudiant peut retenir pendant un cours puisque trop de biais existent comme la motivation, l’état de fatigue ou encore le niveau de révisions qui en découlera (Mener, 2012). À ce sujet, il faut plutôt s’intéresser à la mémoire à court terme et à long terme ainsi que le passage des connaissances de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme. Lors d’un cours magistral par exemple, chaque étudiant a une place limitée dans sa mémoire à court terme, qui varie selon chaque individu. Il ne pourra donc pas placer dans la mémoire à court terme la totalité des informations que le professeur aura présentées. Une fois qu’une information passe dans la mémoire à long terme, elle y sera accessible à vie et pour qu’elle y passe, il faut des séquences de répétition, comme lors de révisions par exemple (Mener, 2012). Les performances d’un étudiant dépendent donc de ses capacités à stocker des informations dans sa mémoire à court terme et de leur transmission vers la mémoire à long terme. Ces capacités dépendent de chaque individu et ne sont pas généralisables à la totalité des étudiants. On dit souvent que 20% de l’enseignement dispensé est retenu par les étudiants au premier abord, et que ces connaissances passent directement dans la mémoire à long terme, mais aucune étude ne semble montrer sérieusement cette donnée. Tout cela souligne que des séquences de rappels ou d’approfondissement peuvent être nécessaires pour les étudiants, en complément de l’enseignement magistral. De plus, l’exercice rural est un exercice en milieu compliqué, où le vétérinaire se retrouve seul en élevage avec un interlocuteur, l’éleveur, un professionnel parfois exigeant. Le vétérinaire doit donc être en mesure de réaliser une consultation, proposer et appliquer un traitement et faire des recommandations de qualité, sans aide possible d’un confrère, comme on pourrait l’imaginer pour les jeunes diplômés en structure canine. Les vétérinaires plus expérimentés ont souvent pour habitude de conseiller de « se lancer » seul, mais le cap est parfois difficile à franchir lorsque l’on sort tout juste de l’école. Ce projet de thèse a aussi pour but d’aider les jeunes vétérinaires diplômés, les vétérinaires assistants mais aussi les étudiants en fin de cursus, avec des outils pédagogiques multimédia complémentaires à l’enseignement qu’ils ont déjà suivi au cours de leur cursus. 1.1.1.2 Évaluation de la qualité d’un enseignement Dans le cadre des études supérieures et notamment pour les étudiants en médecine, il est parfois difficile d’appliquer des enseignements théoriques pour résoudre des cas cliniques sans aide et uniquement avec leurs connaissances Pour évaluer la qualité d’un enseignement, Donald Kirkpatrick a élaboré, pour la première fois en 1959, un modèle permettant de connaître les connaissances retenues à l’issue du cours, ou de tout autre type d’enseignement. Ce modèle est divisé en quatre étages distincts, décrits dans la figure 1. Le premier est « participant reactions » que l’on peut traduire par la réaction des étudiants à l’enseignement apporté (Johnston et al., 2018). Ce niveau est évalué en demandant aux participants leur degré de satisfaction face à un programme de formation, en utilisant notamment un questionnaire à la fin d’une session de cours. Cette évaluation est réalisée à l’École Nationale Vétérinaire d’Alfort (EnvA) avec un questionnaire par matière à la fin de chaque semestre (« EVE: Tous les cours », s. d.). Le deuxième niveau est « learning » ou apprentissage en français et il correspond à l’évaluation des connaissances et des compétences acquises à la fin d’un apprentissage (Johnston et al., 2018). Ce niveau est également évalué pendant les études supérieures notamment lors des partiels ou des examens de fin de cursus. Ces deux premiers étages sont le plus souvent évalués lors des études supérieures ou des formations professionnelle. Le troisième niveau est « behavior » ou comportement en français. Il correspond à l’évaluation des changements d’ordre comportemental de l’apprenant suite à la formation, c’est-à-dire la mise en œuvre des compétences nouvellement acquises (Johnston et al., 2018). Dans le contexte médical, humain ou vétérinaire, cela correspondrait à des changements de comportement qui se produisent dans le milieu clinique. Cette évaluation reste difficile en réalité, mais deux études s’y sont penchées dans le milieu hospitalier notamment à propos de l’identification des patients, de la communication en équipe et des examens cliniques chez les infirmiers et infirmiers anesthésistes (Grant et al., 2010) et chez les étudiants infirmiers (Grant et al., 2014). Cette évaluation reste assez subjective et sans résultats concluants. En effet, les biais de ces études sont trop larges : il est difficile de comparer le comportement de différents étudiants ou infirmiers diplômés face à des patients, eux aussi différents et atteints de différentes affections. Ce troisième niveau se rapporte aux sentiments et aux actions qui en découlent, de chacun, et chaque personne est unique. En revanche, l’étude chez les étudiants infirmiers (Grant et al., 2014) a permis de montrer que lorsque les étudiants sont permutés entre différents services, leurs performances sont meilleures et leur implication dans le travail est plus grande. Cet aspect n’est pas développé clairement dans le modèle de Kirkpatrick mais ces résultats sous-entendent que pour la majorité des étudiants en médecine, la confrontation avec de nouveaux cas permet un meilleur apprentissage. En effet, l’aspect inédit est plus attrayant. Le quatrième et dernier étage est « results » ou résultats et il correspond à la mesure de l’impact de la formation sur la performance de l’étudiant ou de la structure de travail dans son ensemble ; et dans le milieu médical, cela correspond plutôt à l’effet des actions des étudiants sur le devenir des patients (Johnston et al., 2018). Ces quatre niveaux d’évaluation n’ont aucun rapport hiérarchique mais chacun trouve sa prolongation dans celui qui le précède. Ce modèle participe à une culture du résultat où il ne suffit plus de faire, mais il faut « bien faire ». Il est couramment utilisé aujourd’hui dans l’évaluation d’une formation comme un modèle de base. Figure 1 : Modèle de Kirkpatrick (Johnston et al., 2018) De plus en plus aujourd’hui, avec l’importance des réseaux sociaux, les étudiants vétérinaires semblent s’inquiéter du fait de devenir, ou non, un « bon véto ». En effet, selon un sondage mené par l’association internationale des étudiants vétérinaires (IVSA) Nantes et Vétos-entraide en 2018, près de 90% des étudiants vétérinaires craignent de ne pas devenir de « bons vétérinaires ». Seuls 2,1% des 620 étudiants interrogés ne se sont jamais posés cette question (« Un nombre inquiétant d’étudiants vétérinaires en souffrance », 2018). La mise en place d’une évaluation de la formation, par les professeurs pour sonder l’apprentissage des étudiants, et par les étudiants eux-mêmes, pour permettre aux professeurs d’adapter le plus possible leurs cours et les modalités d’apprentissage aux étudiants, permet de tendre à une bonne appropriation et utilisation des connaissances, et ce selon le modèle de Kirkpatrick. 1.1.1.3 De nouvelles modalités d’enseignement Avec l’évolution des technologies, les méthodes d’enseignement changent et se veulent plus interactives (Adcock, 2008a). L’apprentissage, que ce soit dans les études supérieures ou non, était surtout basé sur la lecture de manuscrits, polycopiés rédigés par les professeurs ou livres, mais depuis plusieurs années, une évolution se produit. L’utilisation de nouvelles technologies dans l’apprentissage à n’importe quel niveau d’étude, n’est absolument pas une distraction, mais plutôt une aide et il a été montré que l’apprentissage en est meilleur (Adcock, 2008a). De plus, la nouveauté présente toujours un certain attrait, que ce soit pour le personnel enseignant ou pour les étudiants. Dès les années 1940, des jeux à visée pédagogique sont créés, notamment dans les études d’économie. En effet, Edward Chamberlin créa une maquette de jeu à destination des étudiants pour leur apprendre les principaux concepts économiques (Becker et Watts, 1995), et lança par celle-ci de nouvelles façons d’apprendre. Le coût en temps pour la préparation est certes plus grand pour le milieu enseignant mais les résultats sont présents et l’intérêt porté à ces jeux par les étudiants est grand, comparé à la lecture d’un manuscrit (Becker et Watts, 1995). Avec ce jeu et ses résultats probants, Edward Chamberlin lança non seulement les jeux dits sérieux mais il a aussi prouvé l’intérêt de l’utilisation de plusieurs modalités d’enseignement. De telles évolutions présentent plusieurs objectifs. Le premier est d’améliorer la qualité et les résultats d’une formation. En effet, il existe une tendance croissante à passer d’un enseignement unidirectionnel traditionnel à base de lecture de manuels et de cours magistraux, à un enseignement interactif avec une activité didactique multidirectionnelle. En s’intéressant plus précisément au milieu médical et aux études de médecine, l’apprentissage passe maintenant dans certaines facultés, par l’utilisation de tablettes, smartphones et données partagées sur un Cloud, ce qui facilite grandement l’accès. De plus, il a été constaté que l’apprentissage actif et interactif dans l’enseignement chirurgical a un impact fort (Tuma et al., 2021). En effet, l’entrainement a difficilement sa place en médecine et d’autant plus en médecine humaine ; donc impliquer d’autant plus l’étudiant avec un apprentissage actif, lui permet une meilleure appropriation des connaissances mais aussi des gestes, dans un milieu qui permet peu d’entraînement sur des patients. Par exemple, pouvoir visualiser un organe en 3D sous toutes ses faces, permettre à l’étudiant de le faire bouger comme il le veut, contrairement à un schéma sur papier, améliore la perception et la mémorisation de celuici (Tuma et al., 2021). Le développement de plateforme de partage de cas cliniques entre médecins en exercice a connu un essor considérable et la discussion autour de ceux-ci permettrait un apprentissage tout au long de la vie (Tuma et al., 2021). De plus, un second avantage est que les évolutions technologiques dans l’apprentissage permettent maintenant l’accès aux ressources à n’importe quel moment et à distance. L’apprentissage vidéo en ligne a gagné une attention considérable dans l’enseignement médical, surtout ces dernières années et notamment avec la crise du Covid19, rendant impossible l’enseignement magistral en présentiel en amphithéâtre. En effet, l’apprentissage vidéo en ligne permet un accès au savoir à n’importe quelle heure et à n’importe quel endroit. En plus d’un cours magistral distanciel synchrone, c’est-à-dire en temps réel, des cours asynchrones ainsi que des rediffusions des cours sont généralement disponibles ; c’est le cas à l’EnvA, et cela permet un accès constant à de nombreuses ressources pédagogiques. Il permet aussi l’augmentation de la charge cognitive du contenu des cours tout gardant une pratique de précision. Les enseignements sont en effets moins contraints par la durée d’un cours et peuvent ainsi accentuer les détails, par exemple d’une affection (Ho et al., 2021). Les méthodes modernes de formation en médecine comprennent l’apprentissage par des cas cliniques, l’evidence-based medecine (EBM ou médecine factuelle), l’apprentissage par la résolution de problème, l’apprentissage par la simulation, l’apprentissage en ligne par des vidéos, la réalisation de groupe de travail pour le partage de connaissances entre les étudiants, l’apprentissage par observation et la classe inversée, qui sont pour la plupart, de nouveaux moyens d’appropriation de connaissances et de compétences (Challa et al., 2021). 1.1.2 Intérêt pédagogique 1.1.2.1 Révisions détaillées des principales affections et importance de la métacognition La métacognition est une notion connue depuis longtemps et décrite pour la première fois par Aristote dans le traité De l’âme où, selon lui, le savoir n’existe pas sans une forme de récursivité du savoir. Depuis, de nombreuses recherches ont porté sur la métacognition et notamment dans le milieu scolaire supérieur. Elle est définie comme étant une composante essentielle de l'apprentissage autorégulé et implique la prise de conscience de son propre processus Page 18 d'apprentissage (Sabel et al., 2017). Selon ce principe, les étudiants devraient envisager leur apprentissage sous trois grands axes : la réalisation de tests d’autoévaluation ou autotests, l’espacement des phases de révisions et le principe d’entrecroiser les différents moyens de révisions et supports (Stanton et al., 2021) ; cela améliorerait les performances d’apprentissage. L’autotest permet à l’étudiant de contrôler sa compréhension de la matière et d’identifier ses lacunes dans sa compréhension. Il permet aussi d’activer des connaissances pertinentes, de mettre en avant dans sa mémoire celles qui sont le plus importantes afin qu’elles puissent être plus facilement accessibles à l’avenir (Dunlosky et al., 2013). L’espacement des phases de révisions permet de discriminer les différents cours et problèmes ce qui est souvent essentiel à leur résolution (Stanton et al., 2021). L’entrecroisement permet également d’utiliser plusieurs supports d’études et donc de changer la vision que peut avoir l’étudiant d’un problème. Il a été prouvé que répéter les phases de d’autotest lors de l’apprentissage avait plus d’intérêt dans la rétention future d’une connaissance sur le long terme que de répéter les phases de lecture d’un manuscrit par exemple (Karpicke et al., 2009), d’où l’importance de la mise en place d’une stratégie de métacognition dans les études supérieures. Pour autant, selon une étude, la plupart des étudiants ne connaissent pas l’importance de l’utilisation des autotests lors des phases de révision, et leur supériorité comparés à de simple phases de relecture (Karpicke et al., 2009). Ces trois axes et notamment les autotests et l’entrecroisement des différents supports d’apprentissage sont des axes d’étude intéressants dans le cadre de cette thèse, pour les étudiants et vétérinaires diplômés. 1.1.2.2 Conduire un projet dans son entièreté En plus des révisions et des nouvelles connaissances apportées par la réalisation d’une thèse comme celle-ci par exemple, ce travail permet également de conduire un projet dans son entièreté. En effet, la production d’outils multimédia à destination des étudiants vétérinaires passe par plusieurs étapes. La première est une étape bibliographique, pour être au point sur ce qui existe déjà, ce qui est utilisé et ce qui pourrait être créé mais aussi pour juger de l’intérêt pédagogique de la création d’un tel outil. Une étape de sondage auprès des étudiants et des jeunes vétérinaires diplômés a également été réalisée pour se rendre compte de leurs attentes et de leurs besoins. Le projet continue avec l’élaboration des scripts, les tournages audios, le montage et se finit par la publication des différents éléments, jugés comme les plus intéressants. 1.2 Les supports pédagogiques déjà disponibles 1.2.1 Diaporamas, manuscrits et cours magistraux à l’EnvA Comme dans la plupart des études supérieures, les étudiants vétérinaires ont à disposition, durant leur cursus, des supports d’apprentissage dits classiques c’est-à-dire des polycopiés ou manuscrits de cours, rédigés par les professeurs en format papier, que les étudiants peuvent choisir Page 19 de prendre ou non via un abonnement payant à l’imprimerie ; ils ont aussi accès à des documents sous forme de supports en ligne, via des documents PDF. Ils ont également, le plus souvent, à leur disposition, des diaporamas, créés par les professeurs et commentés lors des cours magistraux. À l’EnvA, tous ces documents, c’est-à-dire manuscrits de cours, diaporamas de cours, documents complémentaires, sont accessibles en ligne (« EVE: Tous les cours », s. d.), et ce, durant toute la période d’étude. Une fois que l’étudiant a quitté l’école, il n’a plus accès à ces supports, sauf s’il les a téléchargés au préalable. Enfin, d’autres supports sont également accessibles à l’EnvA pour certains cours. Par exemple, des tests d’autoévaluation, également créés par les professeurs ou étudiants de thèses antérieures, sont disponibles pour certains cours, mais aussi de nouveaux formats interactifs appelés H5P, alliant diaporama allégé de cours et questions d’auto-évaluation. 1.2.2 CD-Rom et DVD-Rom produits sur certains sujets vétérinaires D’autres travaux par le passé avaient pour but de développer de nouveaux supports d’apprentissage et notamment lors de la démocratisation de l’utilisation de l’ordinateur par les étudiants. En effet, au début des années 2000, le support le plus répandu pour le développement de tels supports était le CD-Rom. Il en a découlé plusieurs thèses vétérinaires sur des éléments plutôt visuels comme les méthodes de prélèvements, les examens d’imagerie ou encore des éléments d’anatomie modélisés en 3D (RAVIER et al., 2003a ; PLICHART, 2004a ; CALAIS, 2004 ; HUGUES, 2004a ; BOUVIER, 2005 ; CORDIER, 2005). Plus de 200 thèses vétérinaires ont été réalisées sur le sujet dont une vingtaine en médecine rurale (Tableau 2). L’accès à des vidéos ou à des modélisations 3D était, au début des années 2000, compliqué donc ces CD-Rom ont permis à de nombreuses personnes d’y avoir accès avec les technologies disponibles à l’époque. Aujourd’hui, les supports ont évolué et les CD-Rom ne sont plus tellement utilisés en routine puisque tout peut être accessible via internet sur un smartphone, une tablette, ou un ordinateur. Ces travaux étant édités sur un support physique comme un CD-Rom ou un DVD-Rom, certains d’entre eux ont été transférés sur internet pour un accès plus facile, par exemple sur le site VetoFocus® pour la thèse « Le geste technique en médecine des bovins, ovins et caprins domestiques : aspects théoriques et pratiques en vue de la réalisation d’un DVD-ROM ». Cependant, beaucoup de ces travaux ne sont accessibles que via un CD-Rom, difficile à se procurer et contra à lire donc nombre de ces travaux ne sont hélas plus utilisés. Titre Date Auteur É cole Création d’un DVD à visée pédagogique sur la propédeutique de l’appareil génital du taureau et sur le fonctionnement d’une taurellerie 2017 BERGERE Elise On iris Réalisation d’un DVD sur les différentes pratiques d’assistance au vêlage 2015 TENAND Marie ENVL Élaboration d’un CD-ROM à visée pédagogique sur le suivi de reproduction en élevage bovin laitier 2013 SIMONEAU Pauline ENVL Propédeutique du système cardio-vasculaire et lymphatique des bovins : élaboration d’un cédérom pédagogique 2008 FREMIN Louis ENVL Réalisation d’ un cd -rom à visée pédagogique sur la prop édeutique de la mam elle de la vache 2006 CHAGOURIN Guillaume Oniris Élaboration d’un cédérom sur les lésions macroscopiques des bovins 2006 LAURENDEAU L. ENVT Contribu tion à la réalisation d’un cd-rom d ’os téologie comparée des mammifères domestiques : étude trilingue des parties consacrées au bovin et au porc 2005 Les techniques de prélèvements chez les bovins, cédérom pratique 2005 CORD IER Hugues ENVL Le système nerveux parasympathique de la région céphalique : illustration chez le veau sous forme d’un cédérom 2005 BADER A. Oniris Le geste technique en médecine des bo vins, o vins et caprins domestiques : aspects théoriques et pratiques en vue de la réalisation d’un DVD-ROM 2005 VAN HOLSB EKE O ., GEOLLOT S ., MAURIAT L. ENVA Anatomie de surface. Intérêt pour la palpation de la vache : base d’élaboration d’un cédérom 2005 BOUVIER Clarisse Oniris Élaboration d’un CD-Rom traitant des causes lésionnelles d’infertilité chez la vache 2004 HUGUES A.C. ENVL Élaboration d’un didacticiel propédeutique digestive des ruminants 2004 ZIMMERMANN A. ENVL tion à l’élaboration d’un cd-rom de propédeutique et de sémiologie de l’ appareil respiratoire des bovins 2004 PLICHART G. ENVL L’échographie en gynécologie bovine, ovine et caprine : réalisation d’un CD-ROM didactique 2004 CALAIS Emilie, DRENO Caroline ENVA Topographie laparoscopique des organes ab domino-pelviens de la va che 2003 RAVIER S. Oniris Réalisation d’un CD-Rom sur la parage fonctionnel des pieds des bovins 2003 FERRIERE P. ENVL Réalisation d’un CD-Rom de diagnostic des affections cutanées des bovins 2003 LABIT A. ENVA Étude interactive de cas d’élevage en reproduction bovine 2002 AUBERT Z. ENVA Aide pédagogique à l’apprentissage et au diagnostic des lésions d’abattoir : le CD-Rom AS ADIA 2002 AUBRY Laure, BOUTEILLER L. ENVA ETCHEPAREBORDE ENVT Phillipe Tableau 2 : Exemples de thèses réalisées ayant pour but la réalisation d’un support cédérom éducatif en médecine bovine 1.2.3 Des applications mobiles à destination des vétérinaires ruraux Dans le milieu vétérinaire et notamment en médecine rurale, les smartphones ont une place de plus en plus grande dans la pratique quotidienne. Avec l’évolution des technologies et de la médecine, de nombreuses applications mobiles proposent une aide au vétérinaire. L’élevage d’animaux de production évolue également et les défis sont nouveaux pour les éleveurs ; augmentation de la taille des troupeaux, nécessité d’une perpétuelle hausse de la productivité et ce, avec une réduction de la main d’œuvre disponible. De leur côté, les vétérinaires se voient confrontés à de nouveaux enjeux comme l’évolution des molécules thérapeutiques ou la nécessité d’aide à l’amélioration de la rentabilité auprès des éleveurs, mais aussi à de nouvelles opportunités comme le développement des audits d’élevage autour de nombreux sujets. Aux vues de ces nouvelles composantes, de nombreuses applications mobiles ont été développées. Pour les audits, des applications comme Bilan Allaitant®, Bilan Lait®, BIPE®, Rispaudit®, Tibena® ou encore HeatNotes® et HousingNotes® pour les audits bâtiment, ont été créées. Des aides au calcul sont aussi mis en place comme ColostroNotes®, KNotes®, Rehyd Notes®, VetCalculator® ou VetPerfusion®. Des bases de données médicamenteuses sont aussi disponibles sur le marché comme Antibiovet® ou MedVet®. (Charlot, 2021). Enfin, une nouvelle application a vu le jour ces derniers temps : VetAid®. Il s’agit d’une application mobile d’aide au diagnostic des maladies des bovins ; il suffit d’indiquer les symptômes de l’animal, au chevet du malade, et l’application propose plusieurs suspicions. Le vétérinaire en élevage étant seul face aux éleveurs qui sont des professionnels parfois exigeants, cette application peut être un bon outil d’aide. Elle permet aussi d’enregistrer les cas et de les partager avec d’autres vétérinaires. Elle contient également des fiches mémos sur chaque maladie. Cependant, toutes ces applications ne sont que très peu utilisées au quotidien par les vétérinaires en exercice et ce, à cause notamment d’un manque de visibilité, de la nécessité d’un accès à un réseau internet et du coût (Charlot, 2021). Le temps que prend l’utilisation de telles applications peut aussi en freiner l’utilisation ; les vétérinaires en exercice peuvent se trouver hésitant face à l’utilisation de tels outils en présence de l’éleveur. L’un des objectifs de cette thèse est donc de proposer un outil accessible sur internet mais téléchargeable donc utilisable même sans réseau internet et gratuit, ainsi qu’utilisable en amont d une visite. 1.2.4 Des sites internet regroupant quelques résumés Dans les années 2010, plusieurs thèses ont eu pour objectif de développer des sites Web à destination des étudiants mais aussi des vétérinaires diplômés, pour regrouper plusieurs résumés et maladies. En effet, certaines de ces thèses ont proposé des supports complémentaires à l’enseignement sur la propédeutique médicale des bovins (Huet et De Moustier, 2009), sur la coproscopie des animaux de rente (Vellut, 2002), ou encore le diagnostic des avortements des bovins (Abadie, 2010). L’intérêt de la création et de l’utilisation d’un site internet est grand et comporte plusieurs avantages. En effet, un site Web permet d’organiser les notions selon des menus et de suivre un Page 22 plan bien défini. De plus, il permet de multiplier les supports pédagogiques, avec du texte, des schémas, des vidéos ou des supports audios tels que des podcasts. Enfin, le site internet confère une grande autonomie aux étudiants, ce qui est un des principales finalités de l’enseignement (Vecchi, 2010). Il apporte un support multimédia très complet, accessible à toute heure et n’importe quel endroit. L’utilisateur peut choisir d’approfondir les connaissances qu’il souhaite, autant de fois qu’il le veut 1.3 Les nouveaux outils numériques utilisés en études supérieures 1.3.1 Le podcast de plus en plus utilisé en étude de médecine humaine Le terme podcast provient de la combinaison du mot iPod®, le baladeur de la marque Apple®, et du mot broadcasting, qui signifie « diffusion » en anglais. Un podcast est donc un fichier audio, publié sur internet et qui peut être téléchargé sur un smartphone ou un ordinateur, pour une écoute ultérieure (Roland et Emplit, 2015). Les podcasts sont aujourd’hui utilisés dans un but informatif, de loisir mais aussi dans un but pédagogique. Ils peuvent être également associés à un contenu vidéo, la durée est très variable allant de quelques minutes à plusieurs heures, et les buts pédagogiques peuvent être nombreux comme informer, délivrer un commentaire ou retour, ou encore ouvrir un débat. Dans l’enseignement supérieur, on distingue deux types de podcasts : les cours enregistrés avec un diaporama sonorisé par les professeurs, qui a connu un essor durant la crise du Covid19, très utilisés à l’EnvA pendant cette période même après, et de courtes séquences audiovisuelles brèves qui peuvent servir à l’approfondissement d’un cours, une étude de cas ou à une révision brève en vue d’un examen. Concernant les diaporamas sonorisés, les résultats sont peu probants selon les études menées (Boster et al., 2007a ; Bennett et Glover, 2008). Le podcasting engendrerait un apprentissage passif ou inactif qui reste en surface. Les étudiants préfèrent également les cours magistraux classiques en présentiel aux cours podcastés (Parson et al., 2009). D’autres études, plus récentes, sont plus optimistes à ce sujet et montrent qu’il est difficile d’homogénéiser les résultats (Kelly et al., 2022). L’une d’entre elles montre que les podcasts ne sont pas utilisés tel quel par les étudiants mais qu’ils sont intégrés dans leur environnement personnel d’apprentissage, comme un outil supplémentaire pour compléter les ressources existantes (Roland et Emplit, 2015). La durée moyenne des podcasts utilisés en milieu universitaire est de 18 minutes et correspond à la préférence des auditeurs. Les étudiants souhaitent des informations précises, rapides mais claires. Cependant, il existe peu de preuves montrant l’efficacité des podcasts en tant qu’outil pédagogique, aucune d’entre elles ne montre, à l’heure actuelle, l’efficacité des podcasts pour l’apprentissage des étudiants (Cho et al., 2017). L’utilisation de podcast a également été évaluée dans la médecine ophtalmologique et l’objectif de l’étude (Young et al., 2021) était de voir l’acceptation des utilisateurs face à ce format. Chaque podcast avait pour sujet une affection choisie par les membres de la rédaction de l’étude et Page 23 était tourné sur le ton de l’humour tout en donnant des informations concises et précises. Cet outil a connu un réel succès aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde avec un grand nombre de téléchargement et des avis positifs de la part des utilisateurs. Les podcasts sont donc décrits comme une méthode qui permet de diffuser largement un savoir médical, et l’acceptation de ce format est bonne par les utilisateurs (Young et al., 2021). 1.3.2 Les vidéos pédagogiques D’autres outils sont maintenant utilisés à des fins pédagogiques et notamment des vidéos. Dans l’enseignement médical universitaire traditionnel, l’enseignement est caractérisé par des cours magistraux et l’apprentissage sur des supports tels que des manuels et livres imprimés, qui occupent encore aujourd’hui une grande place. Cependant, ces méthodes traditionnelles sont maintenant complétées, et parfois même remplacées, par d’autres alternatives d’apprentissages, comme la mise en place de séances de travail en groupe et de classes dites inversées ou l’utilisation de nouveaux outils technologiques. L’objectif de ces changements est de surmonter les limites des enseignements magistraux traditionnels, en engageant notamment l’esprit visuel et l’utilisation de diverses ressources pour un apprentissage tout au long de la vie (Stadlinger et al., 2021). En 1913, Thomas Edison a déclaré que l’apprentissage par les livres allait devenir obsolète dans The New York Dramatic Mirror (Tricot, 2016). Cette prédiction ne s’est pas totalement réalisée puisque l’outil papier a toujours une place importante dans les études, notamment les études de médecine. Cependant, l’utilisation de vidéos pédagogiques a connu un grand essor. Les avantages sont nombreux mais des inconvénients existent. Filmer des séquences d’action, et surtout dans un milieu pratique comme l’est la médecine humaine ou vétérinaire, peut permettre de présenter le matériel et les méthodes de manière cohérente et visuelle, de stimuler le public et de l’inclure un peu plus dans la réalité (Stadlinger et al., 2021). Cependant, des limites sont présentes comme le fait que le public reste passif et le film ne peut se limiter qu’à des événements réels pouvant être filmés. Une sensation comme celle que peut ressentir un vétérinaire lors ’une palpation transrectale d’un bovin, ne pourra jamais être filmée. L’outil vidéo devra toujours être associée à un enseignement magistral mais aussi à un enseignement pratique dans le milieu médical. L’utilisation de vidéo dans l’apprentissage d’un geste pratique semble avoir un intérêt. En effet, une étude réalisée avec des joueurs de football novices le montre nettement. Les joueurs devaient reproduire un geste donné et ont été divisés en trois groupes : un groupe avec le geste visualisé par une vidéo, un autre avec des images ponctuelles du geste et le dernier sans modèle visuel du geste mais avec une description (groupe témoin). Après analyse, le geste était mieux réalisé par les groupes possédant un modèle visuel plutôt que pour le groupe témoin (Horn et al., 2002). Un modèle visuel aide grandement à l’apprentissage d’un geste même si cela ne reste pas suffisant, notamment dans le milieu médical où des connaissances sont également nécessaires. Cependant, l’utilisation de vidéos dans le domaine de la formation chirurgicale a également prouvé son efficacité (Tuma et al., 2021). De plus, l’intérêt d’un complément vidéo à un cours magistral possède un avantage certain ; celui de pouvoir permettre un apprentissage sans aucune restriction de temps et de lieu. Cependant, tous les étudiants ne sont pas égaux face à l’utilisation de nouvelles technologies d’un point de vue motivation mais aussi matériel disponible (Jun Xin et al., 2021). Ceci montre bien que l’outil technologique ne remplacera jamais un enseignement magistral classique, et qu’il doit constituer une aide complémentaire à l’apprentissage. 1.3.3 Les exercices d’auto-évaluation Au fur et à mesure des années, les méthodes d’apprentissages tendent vers une activité multidirectionnelle, interactive et stimulante, alors qu’elle est plutôt unidirectionnelle dans les méthodes traditionnelles. Avec l’évolution des technologies et des mentalités, l’apprentissage interactif devient un passage obligatoire et les système éducatifs intègrent de plus en plus de technologies, ce qui leur permet l’utilisation de nombreux outils, et les exercices d’auto-évaluation ou autotests, en font partie. De nombreuses recherches antérieures ont montré que les autotests étaient bénéfiques pour l’apprentissage et la mémoire, en fonction aussi de plusieurs facteurs dont la quantité de travail en amont et le temps d’apprentissage (Roediger et Butler, 2011). En effet, concernant la quantité de pratique, il a été montré qu’augmenter le nombre de fois qu’un élément est correctement rappelé pendant la pratique, profite à la rétention de cet élément dans le futur (Karpicke et al., 2009). De plus, l’intérêt des autotests est également plus grand lorsque l’intervalle entre deux sessions est plus long (Bahrick et Hall, 2005 ; Cepeda et al., 2008). L’intérêt des flashcards ou cartes de questionréponse est également non négligeable dans l’enseignement supérieur puisque les étudiants les utilisent et les résultats en sont meilleurs. L’implantation des exercices d’auto-évaluation est grande aujourd’hui dans le milieu universitaire, mais ne peut remplacer un enseignement magistral : il le complète pour en améliorer les résultats (Taylor, 1998). 1.3.4 Les affiches bilans et fiches de révisions Les affiches bilans et fiches de révisions sont des outils communément utilisés par les étudiants dans les cursus supérieurs (Zakrzwski, 2004). Les fiches de révisions et les fiches résumées ont également prouvé leur efficacité. En effet, entre deux classes, une ayant reçu des fiches de révision et l’autre non, les résultats aux examens sont différents (Zakrzwski, 2004). Les étudiants ayant reçu des fiches de révisions pendant le cours, de la part du professeur, ont de meilleurs résultats aux examens. Elles peuvent être créées par les étudiants eux-mêmes ou pas les professeurs et permettent une vision claire et concise d’un cours ou d’une notion. Ce sont des outils primordiaux pour certains étudiants qui deviennent le plus souvent la dernière étape de l’apprentissage d’un cours. Elles peuvent être relues lors d’un oubli, et ce, plusieurs mois après leur création, ce qui représente un avantage non négligeable pour un métier nécessitant de nombreuses connaissances dans bien des domaines, comme celui de vétérinaire. 1.4 Objectifs de cette thèse 1.4.1 Un outil disponible et facilement utilisable L’objectif de cette thèse est de proposer un outil disponible pour tous partout et à toute heure. En effet, en France, il existe encore de nombreuses zones blanches, où le réseau mobile et internet est déficient. Proposer un outil disponible sans réseau internet ou téléchargeable à l’avance serait donc intéressant, d’autant plus dans le cadre d’une pratique rurale.
52,781
2008CAEN2045_3
French-Science-Pile
Open Science
Various open science
2,008
Recherche de la violation de conservation du nombre leptonique total par le processus de double désintégration bêta du 82Se et du 150Nd dans l'expérience NEMO3 : Etude du processus Bi-Po de la chaîne du thoron
None
French
Spoken
7,201
11,808
6 B : nombre baryonique ; L : nombre leptonique ; S : spin 38 masse2 Physique du neutrino et double désintégration bêta ν 0000 11111 100000 11111 00000 ν 111 1111 0000 111 000 ν 111111 000000 11 00 11 00 sin θ 10 101 ν 000 11111 0100000 11111 00000 111 1111 0000 000 111 01 ∆m 10 0 1 01 ν 000000 10 0 1 111111 11 00 11 00 010 0 1 1010 10 101? 1010 10|∆m | 01 1010 01 10|∆m | 010 1010 ν 11110100000 000 1111 111 000 111 000 ∆m 101 111νν 000 10 00000 ν 0 1010 00 111111 000000 11 11 00 00000 11111 1 11111 0 10? 111 000 101 10? 10 0Hiérarchie Hiérarchie Normale Hiérarchie Inverse 2 ν3 1 2 3 13 2 2 12 1 2 32 2 32 ν2 ν1 e 2 12 μ 3 τ 0 quasi−dégénérée Fig. 1.15 – Contributions des états de saveurs propres dans les états propres de masse du neutrino en fonction des hiérarchies inverses, normales et quasi-dégénérées. – Dans le cas de la hiérarchie quasi-dégénérée, les masses propres auront des valeurs équivalentes (m1 ≈ m2 ≈ m3 > 0,1 eV) et mββ > 0,1 eV. – Si m2 > m1 À m3 (∆m223 < 0), c’est une hiérarchie inverse et alors mββ > 0,01 eV. – Avec mββ < 0,01 eV, la hiérarchie est normale (m3 À m2 > m1 soit ∆m223 > 0). Les valeurs de la masse effective du neutrino de Majorana possibles sont récapitulées sur la figure 1.16 en fonction de la masse propre la plus petite. Différentes zones sont ainsi attribuées aux hiérarchies possibles. La masse effective du neutrino est limitée par les expériences de double désintégration bêta et la limite sur le neutrino le plus léger est fixée par les mesures directes. On peut voir qu’avec une sensibilité adéquate, la mesure de la masse effective du neutrino échangé lors du processus ββ0ν permet de déterminer la hiérarchie de masse et l’échelle de masse absolue. 1.4 1.4.1 Les expériences de double désintégration bêta Observables des décroissances ββ 2 ν et β β 0ν Quelles que soient les techniques de détections utilisées pour observer la double désintégration bêta, le signal caractéristique provient de la somme de l’énergie des électrons émis lors de cette décroissance. La forme de ce signal diffère en fonction du modèle à l’origine de la décroissance (Cf. figure 1.17). – Le spectre en énergie de la double désintégration bêta autorisée par le modèle standard (ββ2ν) est caractéristique d’une décroissance à trois corps. C’est à dire que l’ensemble des décroissances de ce type sera un spectre continu entre 0 et Qββ. – L’échange de neutrinos par courant gauche (ββ0ν) s’observe par un pic mono-énergétique à l’énergie de transition Qββ. – Dans le cas d’un échange avec un courant droit, le noyau père a la possibilité de se désintégrer vers le niveau excité 2+ du petit-fils. Si l’on n’observe pas le gamma de désexcitation, le signal s’observe à Qββ -EE +. De plus, il est important de noter que lors d’un couplage 39 1.4 Les expérience s de double dés intégr ation bêta i as ré qu éné g dé inverse normal Fig. 1.16 – Représentation de mββ en fonction la masse propre la plus petite. La largeur des branches est due aux erreurs sur les mesures expérimentales à un sigma et sur l’incertitude de θ13. (V+A), les électrons émis ont des hélicités opposées. La corrélation angulaire entre les électrons sera du type 1+αcosθ alors que dans le cas d’un couplage pur ement (V-A), la corrélation angulaire att endue sera de la forme 1-αcosθ avec θ l’angle entre les impulsions des électrons et α = βmin βmax. – La décroissance impliquant un majoron revient à un système à trois corps . Dans ces conditions, le signal observé est un spectre continu entre 0 et Qββ. – L’observation de la décroissance ββ0ν par violation de la R-parité présente le même profil que lors de couplage purement gauche. Il serait possible de différencier ce processus en comparant les périodes de la décroissance vers le fondamental et vers le premier état excit é du noya u petit -fils qui est fonction de la particule super s ymétrique mise en jeu. Fig. 1.17 – Spectres de la somme en énergie des deux électrons émis lors des processus ββ. 40 1.4.2 Physique du neutrino et double désintégration bêta Les bruits de fond attendus La définition du bruit de fond à l’observation de la double désintégration bêta sans émission de neutrino est simple mais sera plus ou moins spécifique en fonction de l’isotope étudié et de la technologie utilisée par le détecteur. Le critère commun reste que tout événement qui n’est pas un événement ββ0ν et déposant dans le détecteur une énergie totale de l’ordre de l’énergie de transition Qββ est un événement de bruit de fond. La radioactivité naturelle est un des principaux responsables du bruit de fond des expériences de ββ. Le rayonnement, significatif, le plus énergétique provenant de la radioactivité naturelle provient d’un gamma à 2614 keV émis lors de la désintégration bêta du 208 Tl. Le but des physiciens travaillant à la recherche d’événements rares est de minimiser l’impact du bruit de fond dans l’environnement expérimental. Pour cela, deux solutions s’offrent à eux : – soit diminuer le niveau de contamination en isotopes responsables du bruit de fond, – soit choisir un émetteur ββ dont l’énergie de transition est supérieure au rayonnement γ du 208 Tl. La double désintégration bêta autorisée par le modèle standard est le bruit de fond ultime à la recherche du signal ββ0ν. La sensibilité à ce bruit de fond pour la recherche de la ββ0ν dépend de la résolution en énergie du détecteur utilisé. Plus la résolution en énergie sera faible, plus la queue de distribution du spectre énergétique de la ββ2ν contaminera la gamme en énergie pour laquelle le signal ββ0ν est attendu. L’étude de ces bruits de fond dans NEMO-3 fera par la suite l’objet d’un chapitre dédié. 1.4.3 Choix des noyaux émetteurs Considérations Théoriques D’un point de vue expérimental, la mise en évidence d’une décroissance ββ0ν sera d’autant plus facilitée que les caractéristiques de l’isotope étudié mèneront à une période de décroissance plus courte pour une masse mββ fixée. Dans le cas de la double désintégration bêta sans émission de neutrino par échange de neutrinos de Majorana léger, la période de décroissance est définie telle que : (T1/2 )−1 ∝ G0ν (Z, Q5ββ )|M 0ν |2 hmββ i2 (1.39) L’observation du processus ββ0ν sera d’autant plus favorisée que la période de décroissance calculée pour ce processus sera faible. Pour minimiser cette période de décroissance, il faut priviligier les noyaux pour lesquels le facteur de phase (G0ν ) et donc l’énergie de transition ainsi que les NME (M0ν ) sont élevés. Néanmoins, il est judicieux de choisir les noyaux pour lesquels les NME sont calculables avec suffisamment de précision. Notons toutefois que plus l’espace de phase sera favorable à la décroissance ββ0ν, plus la décroissance ββ2ν (qui est le bruit de fond ultime dans l’expérience NEMO-3) sera également privilégiée. Considérations expérimentales D’un point de vue expérimental, la mise en évidence de la nature du neutrino doit passer par la détection d’une quantité significative d’événements provenant du processus ββ0ν. La période expérimentale en années de ce processus peut être extraite telle que : T1/2 = εt ln 2 Avec : Nat Nobs (1.40) 1.4 Les expériences de double désintégration bêta 41 – ε l’efficacité de détection de ce us, – t le temps d’exposition, – Nat le nombre d’atomes d’isotope émetteur ββ, – Nobs le nombre d’événements de signal observé. Afin d’atteindre la meilleure sensibilité possible sur la période du processus ββ0ν, il faut : augmenter l’efficacité de détection, accroître le temps d’exposition, augmenter le nombre d’atomes de l’isotope émetteur. De plus, il faut absolument réduire l’impact du bruit de fond dans le canal de la double désintégration bêta sans neutrino. La quantité d’isotopes et les limites sur le bruit de fond imposent des contraintes sur le choix de l’émetteur ββ utilisé. Dans ce cas, la définition d’un bon candidat est : – La possibilité de disposer d’une masse suffisante de source ββ. Ceci est a priori plus favorable si l’abondance isotopique est d’au moins quelques pourcents pourvu que l’on dispose d’une technique d’enrichissement adaptée. – L’énergie de transition Qββ de l’isotope doit se situer au-delà des rayonnements les plus énergétiques de la radioactivité naturelle (Qββ > γ(208 T l) =2614 keV). Le tableau 1.5 rappelle la liste des isotopes émetteurs ββ2ν avec leur énergie de transition ainsi que leur abondance isotopique. Rappelons que le bruit de fond ultime à la détection de la double désintégration bêta sans émission de neutrino reste la double désintégration bêta avec émission de neutrino. Pour réduire la contribution dûe à la ββ2ν, il faut choisir un isotope avec une longue durée de vie pour ce processus. L’équation 1.31 précise que cette période est inversement proportionnelle à la puissance onzième de l’énergie de transition. Il existe donc un compromis entre un Qββ pas trop grand pour assurer une longue période de décroissance ββ2ν et une valeur plus basse pour favoriser le processus ββ0ν. 1.4.4 Les techniques de détections Le principe commun des expériences de double désintégration bêta consiste à mesurer l’énergie de deux électrons provenant d’une source d’isotope ββ avec une énergie égale à l’énergie de transition de cet isotope (Qββ ). Pour atteindre cet objectif, il existe jusqu’à maintenant deux stratégies expérimentales : – la source émettrice ββ fait office de détecteur (source active), c’est le cas des diodes de semi-conducteur (76 Ge) et des bolomètres (TeO2 ). Ces dispositifs mesurent efficacement l’énergie avec une bonne résolution. Néanmoins, cette technique dite de calorimètrie pure ne permet pas l’identification de l’état final (rayonnement γ ou deux électrons dans l’état final ne sont pas discernés). – L’autre possibilité est d’associer un calorimètre et un détecteur de trace afin de bénéficier d’une bonne identification des particules détectées. Ces expériences ont la particularité de multiplier les observables pertinentes (énergie par particule, corrélation angulaire, énergie totale lors d’une désintégration). Toutefois, l’efficacité de détection et la résolution en énergie demeurent modestes. L’avantage de cette méthode est de pouvoir certifier l’origine des événements observés par une caractérisation topologique des particules dans l’état final. 1.4.5 Les résultats et expériences en cours Jusqu’à maintenant, les meilleures limites obtenues sur la période du processus interdit par le modèle standard ont été obtenues par deux expériences à source active. Le 76 Ge est à la fois la source et le détecteur. Ces expériences, IGEX[32] et Heidelberg-Moscou, situées au laboratoire 42 Physique du neutrino et double désintégration bêta souterrain de Gran Sasso sont actuellement terminées. Plusieurs cristaux de germanium enrichis à 86% avec des résolutions de l’ordre de 3,5 keV à 2040 keV ont permis d’atteindre une limite sur la période ββ0ν de T1/2 (0ν) = 1,57.1025 années, ce qui équivaut à une masse effective inférieure à 0,33-1,31 eV selon les éléments de matrice nucléaire (résultats pour IGEX). Une partie de la collaboration Heidelberg-Moscou a annoncé des résultats positifs controversés fixant ainsi la période tel que : T1/2 (0ν) = (0,69-4,2).1025 années à 99,73% de niveau de confiance. Toutefois ce résultat n’est pas confirmé par une autre expérience telle que IGEX qui présente une sensibilité comparable. Les deux seules expériences actuellement en cours de prise de données sont Cuoricino et NEMO-3. – Cuoricino est basée sur le principe de la source active. Ce détecteur est un prototype de l’expérience Cuore (Cryogenic Underground Observatory for Rare Events) composé d’une tour de 13 étages de 4 cristaux de nat TeO2 chacun. Ces bolomètres sont capables de mesurer une élévation de la température du milieu proportionnelle à l’énergie déposée par le passage de particules dans le cristal avec une résolution de 5 keV à 1 MeV. La limite de sensibilité au processus ββ0ν du 130 Te atteinte est de 3,0.1024 années à 90% de niveau de confiance. Cela correspond à une limite supérieure de la masse effective du neutrino de majorana (utilisant les NME de Rodin et al.[33]) est (0.38 0.46) eV. Fig. 1.18 – Spectre de l’énergie totale déposée dans les bolomètres de cuoricino. Le pic à 2500 keV est dû à l’empilement des γ du 60 Co produit par cosmogénèse dans le cuivre du dispositif. La ligne représente les différents ajustements en fonction du nombre de candidats ββ à 68% et 90% de niveau de confiance. – NEMO-3 utilise la technologie de source passive. Les feuilles de sources émettrices ββ sont placées au sein d’une chambre à dérive pour la détection des particules chargées, le tout est entouré par un calorimètre afin de mesurer leur énergie. Parmi les possibilités offertes par cette technique dite tracko-calo, ce détecteur peut identifier et étudier simultanément plusieurs isotopes. À la fin de la prise de données, la sensibilité attendue pour le processus ββ0ν est de 2,0.1024 années pour le 100 Mo, ce qui équivaut à une limite sur la masse effective du neutrino de (0,3 1,3) eV. 1.4.6 Les expériences futures Alors que les expériences de mesure de masse directe et de détection d’oscillation de neutrino sont de plus en plus précises, les expériences de double bêta seront capables de déterminer la 1.5 Conclusion 43 hiérarchie de masse propre ainsi que la nature du neutrino (Cf figure 1.16). Le but de ces expériences est de sonder des périodes encore plus grandes afin d’être sensibles à des masses effectives de l’ordre de 50 meV. – Le détecteur Cuore sera un ensemble de 19 tours à la Cuoricino. La version finale, prévue pour la fin 2011, représentera 200 kg de 130 Te pour 988 bolomètres. Les principaux efforts sont centrés sur le développement de techniques pour réduire le bruit de fond à un niveau de 0.01 coup/keV/kg/an et ainsi atteindre une période de T1/2 = 2,1.1026 années (mββ < (26-40) meV). – Le principe de l’expérience Gerda (GERmanium Detector Array) est de plonger 300 kg de cristaux de 76 Ge dans un bain d’argon liquide. Le but est de réduire à l’extrême la quantité de matière à proximité de la source active afin d’éliminer tout bruit de fond. Jusqu’à maintenant les phases de test ont permis d’étudier la faisabilité de la technique, les premières prises de données sont prévues pour l’été 2008. À terme le détecteur doit cumuler 1000 kg de germanium pour atteindre la limite de T1/2 = 3.1027 années. – Exo-200 est une chambre à projection temporelle (TPC) liquide ou gazeuse chargée de détecter la décroissance du 136 Xe et d’identifier le noyau fils (136 Ba++ ) par photoluminescence. Le but est d’atteindre le niveau de zéro bruit de fond (exceptée la décroissance ββ2ν qui n’a pas encore été observée) en corrélant les informations de la décroissance ββ et l’identification du noyau fils. Pour obtenir ne meilleure résolution en énergie, il est plus interessant d’utiliser une TPC liquide avec 200 kg de xénon, pour être étendue à 1000 kg. La sensibilité attendue est de T1/2 = 3.1025 années. – SuperNEMO serait un multi-détecteur usant de la même technologie que NEMO-3 avec l’objectif d’améliorer d’un facteur 100 la sensibilité à la période du processus interdit. Pour atteindre ce niveau de sensibilité, il faudra : disposer de 100 kg d’isotope ; diminuer les contaminations d’au moins un facteur 10 ; améliorer l’efficacité de détection et optimiser la résolution de la mesure en énergie. Chacun des 20 modules disposera de 5 kg de source de 82 Se ou de 150 Nd en fonction des possibilités de production. 1.5 Conclusion Les récentes expériences d’oscillation de neutrinos ont démontré la nature massive de cette particule. Toutefois la hiérarchie de masse et la nature de ce lepton ne sont toujours pas établies. Les hiérarchies de masse sont contraintes par les expériences d’oscillation de par leur sensibilité aux paramètres de mélange de la matrice UP N M S. Actuellement, seule la recherche du processus ββ0ν à une sensibilité suffisante permettrait d’envisager de déterminer la hiérarchie et l’échelle de masse absolue ainsi que la nature du neutrino. De plus, la découverte d’un signal ββ0ν serait une preuve de la violation de conservation du nombre leptonique. La sensibilité de NEMO-3 à la masse effective du neutrino est de l’ordre 0,5 eV, cette valeur permettrait d’identifier la hiérarchie dégénérée. Pour explorer les autres hiérarchies de masse, il est nécessaire d’atteindre des sensibilités de l’ordre de 0,05 eV. C’est l’objectif de la prochaine génération d’expériences qui mettront en œuvre plusieurs centaines de kilogrammes d’isotopes ββ. La recherche du processus ββ0ν est une activité scientifique contemporaine de première importance, complémentaire des mesures d’oscillation de saveurs. 44 Physique du neutrino et double désintégration bêta Isotopes 146 Nd → 146 Sm 98 Mo → 98 Ru 80 Se → 80 Kr 122 Sn → 122 Te 204 Hg → 204 Pb 192 Os → 192 Pt 186 W → 186 Os 114 Cd → 114 Sn 170 Er → 170 Yd 134 Xe → 134 Ba 232 Th → 232 U 128 Te → 128 Xe 46 Ca → 46 Ti 70 Zn → 70 Ge 198 Pt → 198 Hg 176 Yb → 176 Hf 238 U → 238 Pu 94 Zr → 94 Mo 154 Sm → 154 Gd 86 Kr → 86 Sr 104 Ru → 104 Pd 142 Ce → 142 Nd 160 Gd → 160 Dy 148 Nd → 148 Sm 110 Pd → 110 Cd 76 Ge → 76 Se 124 Sn → 124 Te 136 Xe → 136 Ba 130 Te → 130 Xe 116 Cd → 116 Sn 82 Se → 82 Kr 100 Mo → 100 Ru 96 Zr → 96 Mo 150 Nd → 150 Sm 48 Ca → 48 Ti Qββ (keV) 56±5 112±7 130±9 364±4 416±2 417±4 490±2 534±4 654±2 847±10 858±6 868±4 987±4 1001±3 1048±4 1079±3 1145±2 1145±2 1252±2 1256±5 1299±4 1418±3 1729±1 1928±2 2013±19 2040±1 2288±2 2479±8 2533±4 2802±4 2995±6 3034±6 3350±3 3367±2 4271±4 Abondance (%) 17 24 50 4,6 7 41 29 29 15 10 100 32 0,6 7 13 99 17 23 17 19 11 22 6 12 8 6 9 34 7 9 10 3 6 0,2 Demi-vie (années) > 1.1014 > 5,8.1013 > 9,8.1012 > 1,0.1019 > 6,0.1017 > 3,2.1017 > 2,1.109 2,5.1024 > 1,3.1016 8,1.1010 > 1,6.1017 > 1,9.1019 > 6.1016 1,2.1021 > 6,7.1018 > 8,5.1021 9.1020 3.1019 9,2.1019 7,1.1018 20.1018 7,0.1018 4,2.1019 Tab. 1.5 – Liste des isotopes émetteurs ββ classés par ordre croissant de l’énergie de transition (Qββ ) avec l’abondance isotopique naturelle et les périodes ββ2ν mesurées [22] [23] [24] [25] [26] [27] [29] [30]. Les septs derniers isotopes sont présents dans NEMO-3. Chapitre 2 Description et fonctionnement de l’expérience NEMO-3 La découverte du signal de double désintégration bêta sans neutrino est, à ce jour, la seule preuve expérimentale qui permettrait de signer la nature de Majorana du neutrino électronique. La double désintégration bêta se présente comme étant la transformation simultanée de deux neutrons d’un même noyau émetteur en deux protons avec émission de deux électrons emportant une énergie totale égale à l’énergie Qββ de la transition. Les approches expérimentales pour la détection de la décroissance ββ0ν sont toutes basées sur la mesure de la somme en énergie déposée par les électrons dans un environnement à très bas bruit de fond. Nous verrons dans ce chapitre comment le détecteur NEMO-3, de part sa conception, se distingue des autres expériences de double désintégration bêta. Il est non seulement capable de mesurer l’énergie des électrons de la décroissance ββ mais encore de les identifier topologiquement indépendamment. Finalement, nous montrerons comment le détecteur permet d’identifier, mesurer et contrôler les bruits de fond qui se manifestent dans la recherche des processus ββ. 2.1 Description générale NEMO-3 est un détecteur cylindrique de 4 mètres de hauteur et de 6 mètres de diamètre sectorisé en 20 modules. Le rayon du mur externe de ce cylindre est de 2,5 mètres et le rayon du mur interne est de 0,5 m (Cf figure 2.1). Les faces externes/internes de ce cylindre sont constituées de 1940 blocs de scintillateurs plastique couplés à des photomultiplicateurs (PM) bas bruit. Puis quatre couronnes de calorimètre couvrent une partie des faces supérieures et inférieures du détecteur. Ces compteurs sont responsables de la mesure en temps et en énergie des particules les atteignant. L’intérieur du cylindre est constitué de deux détecteurs de traces séparés par un cylindre de feuille source de 1,5 m de rayon. La chambre à fils est constituée de 6180 cellules de dérive verticale fonctionnant en régime Geiger. Cet ensemble de cellules a en charge la localisation tridimensionnelle des particules chargées et permet une reconstruction de leurs trajectoires. Au coeur de ce dispositif se trouve ≈ 10 kg de sources émettrices ββ sous la forme de feuilles fines (de 30 à 60 mg/cm2 ). L’ensemble de ces bandes de sources de 2,5 m de hauteur et de ≈ 65 mm de largeur forme un cylindre au milieu des deux parties du trajectographe. Cette segmentation des feuilles sources a permis d’étudier plusieurs isotopes. Le détecteur NEMO-3 est situé au laboratoire souterrain de Modane (LSM), sous un blindage de 165 tonnes de fer et de bois, ainsi que de réservoirs d’eau borée. 45 46 Description et fonctionnement de l’expérience NEMO-3 blindage de bois blindage de fer B(25G) réservoir d’eau borée tente anti- rado n Fig. 2.1 – Vue schématique du détecteur NEMO-3. 2.2 Les isotopes ββ dans NEMO-3 La conception du détecteur NEMO-3 a été motivée par la volonté de séparer les sources ββ de la détection afin d’étudier simultanément plusieurs isotopes émetteurs ββ et d’identifier l’origine des processus. Cela rend possible la confirmation d’un excès d’événements de type ββ0ν d’un isotope par rapport à un autre isotope et cela enrichit les possibilités d’études sur le bruit de fond ainsi que sur les systématiques (niveau de radio-pureté, différent Qββ...). 2.2.1 Sélection des émetteurs ββ Le choix des isotopes sélectionnés pour NEMO-3 a été basé sur plusieurs critères. L’énergie de transition Qββ fait partie des critères cruciaux menant à la validation d’isotopes pour la recherche des périodes ββ2ν et ββ0ν. Comme nous le verrons dans le chapitre 4, il est nécessaire de s’affranchir des bruits de fond dus à la radioactivité naturelle. En particulier, le γ provenant de la décroissance du 208 Tl (chaîne du 232 Th) de 2,615 MeV fixe une limite pratique inférieure à l’énergie Qββ utilisable. Il est nécessaire d’assurer la disponibilité de techniques d’enrichissement et de purification des sources afin d’atteindre un très bon rapport signal sur bruit en particulier pour le 208 Tl et le 214 Bi (chaîne du 238 U). La collaboration NEMO-3 s’est focalisée sur les isotopes dont l’abondance isotopique est supérieure à 2% pour faciliter l’enrichissement. 47 2.2 Les is otopes ββ dans NEMO-3 anneaux cathodiques des cellules à derives feuille source d’isotope ββ scintillateur plastique enveloppé de mylar photomultiplicateur Fig. 2.2 – Photographie d’un secteur du détecteur NEMO-3 durant son installation. En revanche, les différents calculs théoriques des éléments de matrices nucléaires (M0ν et M2ν ) des transitions ββ0ν et ββ2ν présentent généralement de telles incertitudes qu’ils ne peuvent pas fournir un critère décisif pour la sélection des meilleurs isotopes pour l’investigation expérimentale de la double désintégration bêta (Cf. chapitre1.3 page 28). Parmi les noyaux potentiels émetteurs ββ0ν, seulement quelques noyaux passent les critères que la collaboration s’est fixée. Isotopes 130 Te → 130 Xe 116 Cd → 116 Sn 82 Se → 82 Kr 100 Mo → 100 Ru 96 Zr → 96 Mo 150 Nd → 150 Sm 48 Ca → 48 Ti Qββ (keV) 2533±4 2802±4 2995±6 3034±6 3350±3 3367±2 4271±4 Abondance (%) 34 7 9 10 3 6 0,2 Masse d’isotope (g) 454 405 932 6914 9,4 37 6,99 Tab. 2.1 – Isotopes émetteurs ββ retenus pour l ”expérience NEMO-3. Le choix des principaux isotopes pour l’étude de la décroissance ββ0ν s’est porté sur le Mo et le 82 Se tandis que le 130 Te, 116 Cd, le 76 Zr, le 150 Nd et le 48 Ca ont été introduits pour l’étude de la décroissance ββ2ν. Il est à noter qu’un secteur a été dédié à l’étude du bruit 100 48 Description et fonctionnement de l’expérience NEMO-3 de fond externe avec une feuille de cuivre de très grande radio-pureté. De même, 620 g de nat TeO2 ont été ajoutés pour l’étude des bruits de fond externes (Cf. figure 2.3). L’abondance naturelle du nat TeO2 en 130 Te (34%) permet l’étude de la décroissance ββ mais la faible énergie de transition Qββ de cet isotope (2533 keV) permet d’étudier le bruit de fond autour de 3 MeV. L’avantage de cette feuille source est que le Z effectif du matériau est proche de celui du 100 Mo, ce qui permet d’avoir approximativement les mêmes sections efficaces d’interaction des photons entre les feuilles de Molybdène et de Tellure naturel. Bien que l’abondance isotopique du 48 Ca ne dépasse pas 0,2%, due à sa haute énergie de transition (4271 keV), cet isotope a été ajouté à la liste des isotopes étudiés. L’étude de la période de décroissance ββ du 130 Te a été motivée par le désaccord entre les expériences géochimiques. La mesure de Bernatowicz et al[40] est T1/2 =0,8·1021 années, le groupe de O.K. Manuel présente T1/2 =2,5·1021 années. Il est justifié d’utiliser NEMO-3 pour confirmer la valeur de cette période. Fig. 2.3 – Répartition des sources dans les 20 secteurs de NEMO-3. 2.2.2 150 Nd et 82 Se dans NEMO-3 5− 82 35 Br O+ 1− 0+ 82 34 Se 150 150 2+ 2+ 0+ Pm Nd 2+ 4+ 0+ 2+ 0+ 1,475 MeV 0,777 MeV 82 36 Kr Fig. 2.4 – Schémas de désintégration ββ du 1046 keV 773 keV 740 keV 334 keV 150 82 Se et du Sm 150 Nd. Un échantillon de 40,18 g de 150 Nd2 O3 (dont 36,55 ± 0,1 g de 150 Nd) a été placé sur la 6e bande de feuille source du secteur 5 de NEMO-3. Cet isotope décroit vers le Sm150 par le canal 2.2 Les isotopes ββ dans NEMO-3 49 double bêta avec une énergie de transition de Qββ =3367 keV (Cf. figure 2.4). La période de décroissance du 150 Nd dans le canal autorisé par le modèle standard est estimée à T1/2 ≈ (7,0 ± 1,7)·1018 années[42] [43]. Sa faible abondance isotopique (6%) et la méconnaissance actuelle des éléments de matrice nucléaire ne sont pas des éléments décisifs si l’on envisage une prochaine génération d’expériences recherchant la ββ0ν à meilleure sensibilité que les expériences contemporaines. En effet, l’énergie de transition Qββ du 150 Nd est supérieure à 3,27 MeV correspondant au Qβ du 214 Bi. Le 150 Nd est envisagé sérieusement pour de futures expériences de recherche de la décroissance ββ0ν (SNO+, SuperNEMO). Les 932± 5 g de 82 Se se trouvent répartis dans le secteur 6 et 7 ainsi que sur les bandes 1 et 2 dans le secteur 8. Cet isotope décroît vers 82 Kr (Cf. figure 2.4) avec une période de T1/2 ≈ (0,9 ± 0,1)·1020 années mesurée par l’expérience NEMO-2[44]. Bien que l’énergie de transition soit inférieure à 3 MeV (2992 keV), cet isotope reste intéressant grâce à l’expérience acquise avec NEMO-2. De plus, des calculs concordants en QRPA et de modèle en couche sont menés pour définir les éléments de matrice nucléaire avec une précision en constante amélioration. 2.2.3 Production, enrichissement et purification des sources Le processus d’enrichissement a été réalisé à l’Institut de Physique Théorique et Expérimentale de Moscou (ITEP). Le 82 Se représente 9,2 % du sélénium naturel, ce qui rend nécessaire l’enrichissement des sources. La méthode d’enrichissement du 82 Se se déroule en 3 étapes : le sélénium naturel est transformé sous forme de gaz de SeF6, ce gaz est centrifugé afin d’isoler l’isotope du sélénium le plus lourd, puis une décharge électrique séparera le fluor afin de récupérer une poudre de 82 Se. Deux échantillons de 500 g de 82 Se ont été ainsi produits par l’ITEP avec des facteurs d’enrichissement de (97,02 ± 0,05) % pour le premier lot et (96,82 ± 0,05) % pour le second. Une partie de la production de la première session a été employée pour l’expérience NEMO-2 puis introduit par la suite dans le détecteur NEMO-3 avec le reste de la production. Aucune procédure de purification n’a été mise en place par la suite pour le sélénium. La poudre de 150 Nd2 O3 a été enrichie à 91,0 ± 0,5 % par séparation électromagnétique puis purifiée par des processus chimiques. L’échantillon obtenu représente 40,18 g de poudre pour 36,55 g d’émetteur ββ. 2.2.4 Mise en forme des feuilles sources Les sources ββ ont été installées au sein du détecteur, sous la forme de feuilles divisées en 7 bandes verticales indépendantes. Ces bandes font 2480 mm de long, 63 mm de large pour les bandes périphériques et 65 mm de large pour les bandes centrales. L’épaisseur des feuilles sources a été choisie afin d’optimiser l’efficacité de détection du processus ββ et la résolution en énergie. La paire d’électrons émise doit pouvoir sortir de la feuille source en perdant en moyenne une énergie inférieure à la résolution du calorimètre. Cela impose une limite supérieure de densité surfacique des sources de 60 mg.cm−2. Les poudres d’isotopes ββ comme le 150 Nd et le 82 Se ont été mélangées à de la colle PVA (polyvinyle alcohol) et de l’eau. Ce mélange a été étalé entre deux feuilles ultra pures de mylar en respectant une épaisseur de 300 μm. Ces feuilles sont ensuite criblées de trous de diamètre de 0,3 μm créés par irradiation avec un faisceau d’ions de 84 Kr afin d’optimiser l’adhérence des feuilles avec la colle. Le montage des feuilles de source dans les secteurs s’est fait en salle blanche au LSM (Cf. figure 2.2). 50 2.2.5 Description et fonctionnement de l’expérience NEMO-3 Radiopureté des sources Tout isotope conduisant à un événement imitant une double désintégration bêta sans émission de neutrino est un contaminant. La queue de distribution de la désintégration ββ2ν convoluée par la résolution en énergie du calorimètre et par les fluctuations des pertes en énergie des électrons dans le détecteur est la source de bruit de fond irréductible pour la recherche du processus ββ0ν qui fixe la sensibilité ultime du détecteur (T1/2 = 1024−25 années pour 10 kg de 100 Mo en cinq années). Le nombre d’événements provenant de cette décroissance contraint le niveau tolérable de radio-pureté des autres sources de bruits de fond dans l’expérience principalement dus aux désintégrations nucléaires des radio-éléments des chaînes naturelles du 232 Th et de l’238 U. Des simulations ont ainsi permis de fixer les activités maximales des contaminations internes en 214 Bi et 208 Tl pour les sources de 150 Nd et de 82 Se (Cf. tableau2.2). Rappelons que l’activité naturelle en 214 Bi des matériaux tels que la terre ou le verre standard est de l’ordre de 10 Bq/kg. Isotope Sources 150 Se Nd < 0,7 mBq/kg < 10 mBq/kg < 0,05 mBq/kg < 0,05 mBq/kg 82 214 208 Bi Tl Tab. 2.2 – Tableau récapitulatif des activités limites acceptables en ββ0ν dans les sources de 2.3 82 Se et de 214 Bi et en 208 Tl pour l’étude 150 Nd. Le détecteur de traces Le but du détecteur de traces de NEMO-3 est de permettre la reconstruction des trajectoires des particules chargées. La détection de ces particules est confiée à un ensemble de cellules de dérives en régime Geiger se trouvant de part et d’autre des feuilles sources. Chaque cellule de dérive de la chambre à fils fournit une information de localisation du point de passage des particules chargées. Nous verrons lors du traitement des données comment les temps anodiques et cathodiques des cellules Geiger fournissent la position de départ du plasma Geiger. Un point essentiel du bon fonctionnement du trajectographe est de garantir une ionisation suffisante lors de la traversée des cellules (pour amorcer le régime Geiger) sans pour autant dégrader l’énergie de la particule. 2.3.1 Principe de fonctionnement d’une cellule Geiger Chaque cellule de dérive en mode Geiger de la chambre à fils de NEMO-3 mesure 2,7 mètres de long et 3 cm de diamètre (Cf. figure 2.5). Ces cellules sont constituées d’un fil anodique central porté à une Vcel = 1800 V. Le champ électrique créé par le courant traversant ce fil est limité dans l’espace par 9 à 10 fils de masse entourant l’anode. Cet écran électrostatique permet d’isoler les cellules les unes des autres. Tous ces fils sont en acier inoxydable de 50 μm de diamètre. À chaque extrémité des cellules de dérive sont placés des anneaux cathodiques chargés de collecter la charge du plasma Geiger. L’ensemble fonctionne dans une atmosphère d’hélium (94,4%), d’alcool (4,3%), d’eau (0,1%) et d’argon (1,3%) à une pression légèrement supérieure à celle du laboratoire. Lorsqu’une particule chargée passe dans la chambre à fils, elle ionise et excite les molécules du gaz tout au long de sa trajectoire. Il en résulte en moyenne 6 paires électrons-ions par 2.3 Le détecteur de traces 51 Fig. 2.5 – Représentation d’une cellule de dérive. centimètre parcouru dans le gaz. Les électrons de l’ionisation créés dans les cellules de dérive suivent le gradient de champ électrique jusqu’au fil anodique avec une vitesse moyenne de 1cm/μs. Cette vitesse augmente graduellement avec l’intensité du champ. Au proche voisinage du fil anodique (≈100μm), le champ électrique s’intensifie fortement et les électrons primaires acquièrent une énergie suffisante pour ioniser les atomes du gaz. Les électrons a insi produits von t à leur tour suiv re le même processus . Ce phénomène qui est connu sous le nom d’avalanche primaire est responsable de la création d’un plasma d’électrons et d’He+ à la limite de la surface du fil anodique. L’intérêt du mode Geiger est que la désexcitation des ions du plasma est responsable de la création de photons UV qui iront ioniser le gaz à proximité et ainsi libérer de nouveaux électrons. Ces électrons sont à l’origine de l’avalanche secondaire. Les plasmas Geiger ainsi créés se propagent le long du fil anodique vers les cathodes avec une vitesse de l’ordre de 7cm/μs. Les photons UV sont susceptibles d’ioniser le gaz en dehors de la cellule dont ils sont issus. Afin de limiter les avalanches secondaires au voisinage de l’anode, il est nécessaire que le gaz contienne un quencher. Le rôle du quencher est de réduire le libre parcours moyen des UV (λU V ) à une distance inférieure à la taille d’une cellule. la concentration en quencher (C2 H5 OH) est importante, plus λU V sera réduit. La stabilisation du fonctionnement des cellules Geiger est assurée par la faible proportion d’argon (1,3%) et d’eau (1%) qui garantit l’absorption des électrons secondaires créés lors des avalanches. 2.3.2 Géométrie de la chambre à fil Le détecteur de traces de NEMO-3 est constitué de 6180 cellules en régime Geiger parallèles aux feuilles sources soit 309 cellules par secteur (Cf. figure 2.6). Les cellules Geiger sont disposées par séries de plans parallèles de chaque côté de la source. La première série de cellules à partir des feuilles sources est constituée de quatre plans, ce qui permet d’optimiser la résolution de reconstruction du point d’émission ou d’impact sur la source. La série de trois rangées de cellules de dérive proche des murs de calorimètre permet de déterminer correctement le point d’impact ou d’émission de la particule au niveau du scintillateur plastique. Les deux rangées du milieu permettent d’obtenir une bonne reconstruction de la courbure de la trajectoire de la particule. 52 Description et fonctionnement de l ’ expérience NEMO-3 0 Iabcg 1 2 9 8 7 Ifclls 3 6 5 Iobts=0 Iog=0 2 4 3 2 1 11 12 13 14 4 feuille source 4 Iobts=1 15 16 17 18 19 2 Iog=1 3 0 22 Ncellg Isecg=0 Isecs=0 Fig. 2.6 – Vue schématique d’un secteur de NEMO-3. La source ββ est représentée par une ligne rouge au centre du schéma. les cellules Geiger de la chambre à fils sont réparties suivant la configuration 4-2-3 de part et d’autre de la source 2.3.3 Le champ magnétique Tout événement caractérisé par deux traces avec un vertex commun sur la source et avec un impact sur le calorimètre possède une topologie proche de celle attendue pour le signal de double désintégration bêta. La production de paires e+ e− créées par le rayonnement γ au niveau de la source ou l’occurence d’électrons traversant la chambre et la source présentent ce profil. L’application d’un champ magnétique parallèle au plan des feuilles sources permet de courber la trajectoire des particules en fonction de leur charge et de leur trajectoire. Les simulations ont permis d’adapter l’intensité du champ appliqué afin de discriminer correctement les différentes topologies (e+ e− et e− e− ) et sans pour autant courber les trajectoires des électrons de basse énergie au point de ne plus pouvoir les reconstruire. Le champ appliqué est de 25 gauss. 2.4 Le calorimètre Le rôle du calorimètre de NEMO-3 est de mesurer l’énergie des particules et de déterminer leur temps de vol. Ce calorimètre est un ensemble de 1940 compteurs constitués d’un bloc de scintillateur plastique associé à un photomultiplicateur par un guide de lumière comme il est possible de le voir sur la figure 2.7. Chaque secteur est constitué de 97 compteurs de 3 2.4 Le calorimètre 53 pouces ou 5 pouces en fonction de sa position : 34 de ces compteurs couvrent entièrement les murs internes (3 pouces) sur 2 colonnes et 39 autres couvrent les murs externes (5 pouces) sur 3 colonnes du détecteur. Le calorimètre couvre aussi les espaces libres non couverts par les cellules Geiger au niveau des pétales avec 12 compteurs par pétale (Cf. figure 2.6). Les scintillateurs des murs externes/internes ont été synthétisés au Joint Institute for Nuclear Research (JINR) à Dubna tandis que ceux des pétales ont été produits à l’Institute for Nuclear Research (INR) de Kiev-Kharkov. Fig. 2.7 – Vue en coupe d’un compteur 5 pouces du calorimètre de NEMO-3. Les principales difficultés résolues avec les couples scintillateurs plastique/PM étaient : de pouvoir détecter efficacement les électrons pour reconstruire la raie ββ0ν aux alentours de 3 MeV. d’avoir une bonne résolution en temps des particules chargées. d’assurer la linéarité de la réponse des détecteurs sur l’intervalle [0-12] MeV. d’obtenir une très faible radioactivité des matériaux. 54 Description et fonctionnement de l’expérience NEMO-3 2.4.1 Le scintillateur Energie Lorsqu’une particule chargée traverse un matériau scintillant, elle va ioniser et exciter les atomes et molécules du milieu. En retournant à leur état fondamental, les atomes du scintillateur vont émettre des photons, c’est le principe de luminescence. Dans le cas de scintillateurs organiques à base de cycle benzénique, les électrons des orbitales π excités peuplent des états singulets (S**). Ces électrons retournent très rapidement (en quelques ns) vers l’état fondamental S par l’intermédiaire d’un état S*. Le photon ainsi émis est un photon de fluorescence dont l’énergie est inférieure à l’énergie absorbée (figure 2.8). La base des scintillateurs plastiques de NEMO-3 a été obtenue par polymérisation d’un cycle benzénique, le styrène (C6 H5 CH=CH2 ). S3 S2 S1 T1 excitation fluorescence T0 État triplet phosphorescence S0 État fondamental Fig. 2.8 – Mécanisme de fluorescence et de phosphorescence. Le styrène présente la particularité d’émettre une partie du surplus d’énergie d’excitation par dissipation thermique. L’ajout de PTP1 lors de la synthèse du scintillateur permet de récupérer une partie importante de l’énergie déposée. La fluorescence du PTP augmente la quantité de lumière à mesurer mais il faut encore déca ler la longueur d’onde de ces photons afin de l’adapter au photomultiplicateur. Il faut ajouter un second soluté, le POPOP2. Le nombre d’atomes excités et donc l’intensité de fluorescence sont directement proportionnels à l’énergie déposée par la particule incidente. Le facteur de transparence de ces scintillateurs est de l’ordre de 70% pour les photons de fluorescence à λ = 420 nm. La distance que peuvent parcourir les électrons dans les scintillateurs plastiques va jusqu’à 2 cm pour une énergie de 12 MeV. Les blocs de scintillateur présentant les meilleures résolutions moyennes en énergie (σ(E)/E = 5,1% à 1 MeV pour le mur interne et σ(E)/E = 5,5% pour le mur externe) ont été sélectionnés. Pour atteindre une efficacité de 50% de détection des photons de 500 keV, une épaisseur de 10 cm de plastique scintillant a été choisie. Les blocs de scintillateurs de NEMO-3 sont enveloppés sur les faces latérales par cinq couches de téflon afin d’augmenter l’efficacité de collection de la lumière de scintillation. Puis toutes les faces, exceptée celle qui accueille le PM, sont recouvertes de mylar aluminisé (e=6 μm) afin de faire écran à la lumière extérieure provenant par exemple des UV des plasmas Geiger de la chambre à fil. Les objectifs atteints avec les scintillateurs de NEMO-3 sont multiples : 1 2 p-Ter phenyl 1.4-di-(5- phenyl -2-ox azol y ) benzène 55 2.4 Le calorimètre – avec un Z moyen de l’ordre de 3,7 par atome, la rétro-diffusion des électrons n’est que de quelques pourcents. – le temps de désexcitation des scintillateurs plastiques est suffisamment rapide pour un bon marquage en temps des particules. – une bonne efficacité de collection de la lumière grâce à l’habillage de mylar. – une bonne radio-pureté des scintillateurs plastiques a été mesurée avec des détecteurs au germaniums ultra purs (HPGe). Il est important de préciser que la diffusion Compton est l’interaction principale pour des milieux à faible Z. Le signal récupéré vient de l’électron Compton de la diffusion du photon. Il est crucial de savoir que l’on ne récolte généralement qu’une partie de l’énergie des photons interagissant dans les blocs de scintillateur. 2.4.2 Les photomultiplicateurs Les photomultiplicateurs sont chargés de convertir la lumière incidente en un signal électrique proportionnel à l’énergie du photon incident. Sc intillateur Photomultiplicateur Signal de sortie Photon R photocathode dynodes − + Haute Tension Fig. 2.9 – Schéma d’un tube photomultiplicateur. Les photomultiplicateurs sont constitués d’un tube à vide en verre contenant une photocathode, plusieurs dynodes, et une anode. Sous l’action de la lumière, des électrons sont arrachés de la photocathode par effet photoélectrique. Cette photocathode est définie par un rendement quantique (η) caractéristique d’une longueur d’onde (λ) donnée. η(λ) = nb photoélectrons émis nb photons incidents (2.1) Une série de dynodes sert de multiplicateur d’élect rons pour a mplifier le faible c ourant électrique . Pour chaque dynode, dès qu’un électron est arrivé avec suffisamment d’énergie, il libère plusieurs électrons secondaires. Pour finir, les électrons secondaires sont collectés par l’anode qui transmet un signal électrique proportionnel au nombre de photons. Le gain d’un photo multiplicateur peut être défini par : G = ε 0 · nb électr ons reç us par l’anode nb photoélectrons arrivant sur la 1ere dynode (2.2) La collaboration NEMO-3 a choisi les PM de la société Hamamatsu pour leurs verres 100 à 1000 fois plus purs que le verre des PM standard mais également pour leurs performances. 56 Description et fonctionnement de l’expérience NEMO-3 L’Institut de Recherches Subatomiques de Strasbourg (IReS) a mené les tests mesurant une résolution en énergie de 4% et de 250 ps temps à 1 MeV. Entre 0 et 12 MeV, les PM ont une bonne linéarité de la réponse. Les défauts ne dépassent pas 1% en dessous de 4 MeV.
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La violence est omniprésente. Les rapports sexuels sont d'une extrême sauvagerie : « J'ai dit, Déchire-moi Leonardo, déchire-moi ici, dans le désordre de ta chambre, dans ce monde de cris et de sang, déchire-moi, déchiquette-moi, Leonardo, je suis venue ici pour jouir à mort, s'il te plaît, et l'étalon, le blanc cheval () Et avec sa défonceuse, marteau-piqueur des chairs élastiques, il creusait en moi l'antre où loger ses grains, j'étais si ouverte à lui, si ouverte au blanc cheval, qu'on aurait pu enfouir en moi tous les organes tendus de la terre »3. Rappelons que Linda n'a pas quinze ans Ernesto raconte par ailleurs : « qu'elle se donnait à tout le monde, oui, elle accueillait tout le monde en elle, même des adultes, même des pères de famille [] »4. Le sang et la mort font partie du lot quotidien, à tel point qu'ils ne semblent émouvoir plus personne. L'on s'en contente même, on finit par accepter cette situation et, pis, s'en lasser : alors que Riki, Laura et Ernesto marchent, des gens courent pour rattraper un fuyard. Ernesto les suit pour assister à la mise à mort du pauvre inconnu : « Oh, vous savez, ce n'était rien, juste un pou, ils l'ont écrasé avec un parpaing et Riki a dit, Ça ne nous intéresse pas, tes histoires »5. La déréliction est totale. Linda se retrouve abandonnée par sa mère qui décide de suivre un homme. La femme vend même sa cabane laissant sans remords aucun sa fille à la rue. Sur un plan formel, l'oeuvre nous livre une réflexion sur le langage. L'écriture est ici chargée de dire le monde et sa réalité. Par une mise en scène de l'oralité, le lexique et la syntaxe font directement référence à l'insécurité et à la violence quotidiennes. D'où l'afflux de gros mots et expressions familières en tout genre. Chacun n'ayant que des « mots 1 Ibid., p.108 Ibidem 3 Ibidem 4 Ibid., p.31-32 5 Ibid., p.153 2 360 bouseux » à la bouche. Le langage absorbe le monde pour le retranscrire. Les personnages sont analphabètes et illettrés, ne maniant la langue qu'avec maladresse : « Moi, si tu veux, mon problème, c'est que j'ai vraiment dit non aux bandes, je savais qu'un petit poussin dans ce monde de chiens pourris, un poussin au doux duvet, se baladant seul, ce n'était qu'une bouchée pour les caïds, mais je ne voulais pas, parce que les bandes, quand on se laissait prendre dans leurs filets, on n'en ressortait pas toujours vivant () »1. Cette « insécurité langagière » enferme les enfants dans leur triste sort. Les mots ne font que se répéter : « c'est que », « que », « parce que, « quand » ponctuent les propos d'Ernesto. On constatera ici à quel point le son [k], d'une grande lourdeur pour la lecture, semble marteler l'enfer quotidien. Par harmonie imitative, l'auteur nous décrit la violence, les coups que reçoivent les enfants. Tout comme les mots, le quotidien s'impose sous le sceau de la fatalité : une spirale qui ne prend jamais fin. Le langage témoigne en outre du peu de réflexion dont les personnages sont capables, comme acculés qu'ils sont sous le poids de la brutalité. Misère langagière, misère existentielle. Ainsi se résume l'axiome romanesque. Ce détour au coeur de l'Amérique latine nous impose un constat : la misère, la violence ne sont en aucun cas l'apanage exclusif de l'Afrique. La pauvreté, la corruption des fonctionnaires et la faillite de l'État laissent partout le même constat d'un monde dépravé, croulant sous la violence et la barbarie. El Che se rend-il ainsi compte : « Je me disais que l'univers entier était entré en errance depuis des siècles déjà, des peuples entiers s'arrachaient à leur terre pour l'inconnu, des familles entières coupaient leurs liens viscéraux pour partir à l'aveugle, des millions d'individus bravaient la mort pour atterrir sur des territoires où personne ne les attendait, où personne ne voulait d'eux. Pourquoi alors considérer mon sort comme un drame? »2 La lecture locale latino-américaine nous place au centre d'une situation communément partagée par nombre de pays en crise. Peut-être serait-il intéressant de lire simultanément le Paradis des chiots et Allah n'est pas obligé d'Ahmadou Kourouma? Le parallèle entre les deux situations est saisissant. Orphelin, Birahima, se retrouve enrôlé dans les troupes des enfants-soldats entre le Libéria et la Sierra Leone. Tout comme Ernesto et ses compagnons, il est confronté à la violence et à la mort : « dans ces pays, les gens mourraient comme des mouches »3. Armé de son kalachnikov, Birahima avoue avoir « tué pas mal de gens ». « L'énergie du désespoir », la misère matérielle poussent les enfants 1 Ibid., p.32 Ibid., p.131-132 3 Ahmadou Kourouma, Allah n'est pas obligé, Éditions du Seuil, Paris, 2000, p.49 2 361 au meurtre et au vol : « Dans toutes les guerres tribales au Liberia, les enfants-soldats, les small-soldiers ou children-soldiers ne sont pas payés. Ils tuent les habitants et emportent tout ce qui bon à prendre »1. La même enfance – un père défunt, une mère alcoolique – entraîne les mêmes effets : tous les personnages sont cruels, hantés par le spectre de l'argent et par le désir du pouvoir. Les jeunes filles, quant à elles, partagent la même vie – si l'on puit dire ainsi : « Sarah et quatre de ses camarades se prostituèrent avant d'entrer dans les soldatsenfants pour ne pas crever de faim »2. Ernesto comme Birahima livrent le même constat désabusé : « Les bêtes sauvages, ça vit mieux que les hommes »3. Pour survivre dans les favelas, dans les bidonvilles honduriens ou dans les armées africaines d'enfants-soldats, partout le même besoin de drogues, de « hasch » comme le dit Birahima. Les vies se croisent à travers ces histoires. L'horreur quotidienne de ces jeunes apparaît crûment sous la plume des auteurs, comme un coup-de-poing donné au lecteur ; une harangue critique : comment tolérer cela? La lettre locale se caractérise par la noirceur de son propos. En Afrique, le réquisitoire est sévère. Quarante ans d'indépendance, autant d'années de crises. Les écrits des premières générations d'écrivains africains insistaient sur la communauté, les liens extrêmement forts qui unissaient les héros à leur famille, leurs proches et leur pays. Le lien social semble aujourd'hui se dilapider. Avec la croissance exponentielle de l'urbanisation, le mode de vie des Africains se transforme. Les individus quittent leur village et leur famille : la société s'individualise. Mais cette crise sociale est également un enjeu politique, selon la formule : « diviser pour mieux régner ». Les roitelets attisent les haines ethniques, les créent puis les manipulent pour assouvir leur ivresse du pouvoir et conserver leurs privilèges éhontés. Pardelà les problèmes ethniques, c'est une société sans justice, malade d'elle-même, de ses hommes politiques et des dominations en tout genre qui nous est représentée. De la même manière, la vie en France n'est guère alléchante. Alors que le mirage gaulois continue d'être entretenu par certains, la réalité des faits contredit cette vision romantique et fallacieuse. Les communautés noires sont stigmatisées, exclues, souvent déclassées de la société française. Forte d'un héritage historique encore prégnant, la France cherche à dissimiler des pratiques racistes pourtant communes et quotidiennes. L'Afrique conserve son image ténébreuse. Et le discours occidental va chercher à se poser en tant que figure inverse. Cette réalité taboue en 1 Ibid., p.51 Ibid., p.51 3 Ibid., p.93 2 France – terre d'accueil et pays des Droits de l'Homme autoproclamés – cache un phénomène plus large résumé par l'esthétique de la mise-sous-relation. Les mêmes personnages racistes et intolérants, défiant toute différence et désireux d'imposer leurs normes, cultivent le confinement individuel et le cloisonnement social. La France est ainsi décrite sous une posture réactionnaire, arrogante et méprisante. Sûre de la supériorité de ses valeurs, elle se ferme à qui ne correspondrait pas à l'image que l'on attend de lui. Qui n'appartient pas au modèle dominant se retrouve banni. Les pouvoirs politiques français constituent ainsi un espace d'exclusion. Ce discours est daté. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Noirs exilés sont accueillis à bras ouverts. Les Français, reconnaissants de l'aide des tirailleurs, sont fort hospitaliers. Puis, avec la guerre d'Algérie et les indépendances, les relations évoluent de manière négative. La paupérisation de l'Afrique entraîne un afflux massif de migrants, futurs exécutants de basses besognes : ces travaux que les Français ne veulent point effectuer. Mais l'ouvrier français verra désormais l' r comme un ennemi. Politiquement, cette menace va être utilisée par certains. Le Front National bâtira sa renommée sur les questions identitaires et sécuritaires. Avec l'accroissement de la crise économique française, la peur de l'étranger s'est accrue. La rhétorique considérant qu'un migrant c'est un travail et une part de pain en moins pour le Français blanc de souche s'est installée et considérablement développée. La lettre locale se poursuit en Amérique latine. Ici le tableau s'assombrit lourdement. Quand bien même la situation est difficile en France, l'enfer est aux portes de l'Honduras. La crise est d'une ampleur telle que les enfants sont confrontés à la drogue, à la prostitution, aux violences les plus dures dès leur plus jeune âge. Les mêmes luttes, les mêmes perversités animent les enfants-soldats en Afrique. 4. La lettre locale selon Mongo Beti L'auteur camerounais convoque un référentiel historique ; au détour des années 1990, l'Afrique traverse une évolution majeure : « () Les Banda [héros du roman Ville Cruelle] n'ont plus à lutter contre les Blancs, mais contre une autre oppression, qui est peut-être pire : celle des Noirs qui détiennent le pouvoir. Je ne crois pas qu'il y ait une période meilleure ou pire »1. Si la France continue de tirer les ficelles des marionnettes politiques, les forces progressistes et les populations africaines doivent dorénavant compter leurs propres dirigeants parmi leurs ennemis. On ne peut plus s'en tenir à la seule critique coloniale. Prendre la juste mesure de la situation sur le continent, c'est aussi s'intéresser à la lettre locale : au partage des responsabilités entre dirigeants africains et français. Mais, dans un premier temps, intéressons-nous à l'espace hexagonal et montrons comment l'auteur de L'histoire du fou élabore une lettre locale française. Mongo Beti fut professeur en France et donc citoyen de la métropole. Son regard, tout comme celui des jeunes auteurs, se porte donc vers ce lieu. Et le point de vue est le même : la France est un pays raciste qui se méfie des étrangers. Déjà, l'écrivain soulevait-il le problème lors d'un article publié dans la fameuse revue Présence africaine, intitulé « Le problème de l'étudiant noir ». Avec sa verve critique habituelle et son ironie grinçante, Mongo Beti écrivait : « La France n'est pas un pays raciste! c'est vite dit. On ne lynche pas les gens ici! conclusion sommaire »2. L'homme a toujours consacré son projet littéraire à démonter les idées reçues. Et la France terre d'accueil en est une. L'étudiant africain ne peut, en effet, compter que sur la bourse allouée par son pays d'origine. L'on sait combien l'Afrique était en situation précaire sur le plan économique. Le manque d'argent en France écarte ainsi les Africains de la culture et des loisirs. Ce problème matériel plaçait, à l'époque déjà, les étudiants noirs en situation inférieure par rapport aux Blancs. L'histoire passe, la situation s'installe. Bessora, quelques décennies plus tard, met en scène Bianca et cherche à démontrer le même système de mise-sous-relation qui règne en France. Chacun désire en effet apposer son ascendant sur l'Autre. En ce sens, elle rejoint Mongo Beti qui déclare : « () La culture 1 Textes réunis et présentés par André Djiffack, Le Rebelle II, Gallimard, coll. « Continents Noirs », Paris, 2007, p.59-60 2 Mongo Beti, « Le problème de l'étudiant noir » in Présence africaine, 1er et 2e semestre française est une culture de domination. () Chaque fois que cette domination peut se réaliser, s'actualiser, elle le fait »1. Cette autorité s'accomplit à la fois sur le plan local – en France donc – et sur le plan extérieur – en Afrique notamment. Il s'agit d'une expérience communément partagée par les auteurs noirs. Mongo Beti est titulaire du CAPES et de l'agrégation. Il fut enseignant et reçut un salaire sans commune mesure avec les ressources d'un professeur en Afrique. Quand bien même son esprit est critique, il sait également relativiser : la situation n'est pas la même en France que sur le continent. Le niveau d'instruction est globalement élevé dans l'hexagone. 366 l'attribution des cartes d'électeurs – fait ressortir de graves manquements au libéralisme et à la démocratie. Le dépouillement des votes fut également remis en cause : des fraudes massives apparaissaient. Les opposants furent rayés des listes ou empêchés par tous les moyens de venir exprimer leur voix. Résultat : Biya fut réélu bien que battu par John Fru Ndi (aux côtés duquel Mongo Beti s'était engagé). Le leader de l'opposition, par un acte symbolique de résistance, décida de boycotter des élections de 1997 (fait remarqué et applaudi par l'écrivain camerounais). Pour ce dernier, ces fraudes sont la preuve de la fragilité du régime de Biya. Le chef d'État se sait, et donc se sent, menacé : décrié qu'il est par son peuple et acculé sous les rapports critiques d'organisations comme Amnesty International (dénonçant pêle-mêle violences, corruptions, etc.). La solution pour se maintenir au pouvoir réside donc dans les manipulations « ethnistes ». Mongo Beti percevait ainsi : « Acculée, la caste des kleptocrates a imaginé de tribaliser outrancièrement le conflit qui l'oppose au peuple, appelant les populations de son "sanctuaire" du Centre-Sud (qui englobe la capitale politique Yaoundé) à la guerre tribale, y distribuant des armes, y organisant des escadrons de la mort, préconisant dans des tracts incendiaires le refoulement des populations prétendues allogènes de Yaoundé dans leurs provinces d'origine. Contraints par la force de cette logique, l'Ouest, la province anglophone, le Nord musulman, le littoral et le grand port de Douala, poumon économique du pays, se sont constitués en bastions voleurs de l'opposition, où la présence et le contrôle du pouvoir central tendent à disparaître peu à peu. C'est dire que le pays est en train d'éclater en entités régionales, dans une anarchie encouragée par le gouvernement lui-même, qui y voit désormais son unique salut »1. Selon l'écrivain, cette stratégie remonte au temps de l'UPC, parti indépendantiste dirigé par Ruben Um Nyobé : « La condamnation que j'ai toujours portée sur ces régimes remonte à la répression qui s'est abattue sur les mouvements nationalistes et en l'occurrence l'UPC. Les stratégies étaient de diviser les populations, de les opposer, d'exacerber les appartenances tribales pour obtenir que chaque citoyen se sente d'abord membre de son ethnie au lieu de se sentir d'abord citoyen du Cameroun. Dans ces conditions-là, il y a eu beaucoup d'exclusions. On s'est méfié des anglophones et de leurs spécificités ; on les a marginalisés, on les a affublés de plusieurs sobriquets qui les discréditaient. Parce que le gouvernement n'avait plus d'autres arguments, ces régimes se sont servis de l'appartenance tribale »2. La réponse à l'interrogation initiale, à savoir si l'Afrique est un continent par nature tribaliste, tombe donc sous le coup d'une analyse rigoureuse et érudite. Lorsqu'il s'agit de projets de développement ou d'élections, les gens transcendent volontiers leurs appartenances ethniques pour se rassembler. L'histoire politique nous invite à affronter le problème sous un jour différent. Considérer que le tribalisme est un mal interne propre au continent, revient quelque 1 2 André Djiffack, Op. cit., p.72 Ibid., p.139 367 peu à fausser la réalité. Ici aussi, les pratiques impérialistes ont cours. Comme le relève Mongo Beti : « Il n'y a qu'à attiser les particularismes ethniques, à dresser les Beti contre les Anglo-Bami, et voilà les nègres se bouffant avec rage entre eux. Et les néocolonialistes français, ces voyous impénitents, n' plus qu'à s'asseoir au balcon, en spectateurs impartiaux, à moins que les autres nègres (ils sont si cons, ma chère!) ne viennent spontanément solliciter leur arbitrage »1. Les sources du problème sont donc néocoloniales. Le tribalisme s'impose comme le nouveau visage du colonialisme. Sa pratique actuelle est une résultante de cet héritage dévastateur, le signe des pratiques despotes mises en oeuvre par les régimes présidentiels. Si les auteurs contemporains mettent en valeur les conséquences sociales du tribalisme, Mongo Beti fournit une critique plus profonde et donc plus acerbe encore. La déliquescence du lien social est un fait, et les conséquences économiques sont dramatiques. L'accession à la propriété foncière est soumise au traitement raciste : les hommes au pouvoir favorisant les ressortissants de leur clan. La liberté de commerce – et de développement par incidence – se voit ainsi remise en cause. Mongo Beti nous explique ce principe : « Une loi non écrite, qui vaut d'ailleurs pour toutes les villes camerounaises, veut que le maire ou, plus exactement, le délégué général du gouvernement dans la capitale soit obligatoirement un Beti, c'est-à-dire un autochtone, et jouisse d'un pouvoir quasi discrétionnaire sur l'aménagement de la propriété foncière et de l'espace urbain, sans prendre avis du conseil municipal ni d'aucun comité d'experts de l'équipement »2. La rhétorique présidentielle différencie les « allogènes » des « autochtones ». Au Cameroun, l'appellation autochtone sert à désigner les membres de l'ethnie ewondo, une branche du groupe Beti (dont se réclame Biya). Par opposition, les allogènes sont les citoyens d'autres ethnies provinciales. Le tribalisme mis en place par le pouvoir entrave l'économie du pays, de la région voire du continent. Tous les secteurs sont touchés : l'attribution d'une terre, d'un poste, d'infrastructures ou même d'un formulaire est soumise à la loi ethniste. Outre l'économie, l'éducation nationale use de traitements ségrégationnistes : « () les pratiques tribalistes favorisant dans divers domaines, y compris les examens, les jeunes issus de certaines ethnies, et en particulier l'ethnie des dirigeants »3. 1 André Djiffack, Op. cit., p.190 Mongo Beti, La France contre l'Afrique : retour au Cameroun, Préface et postface d'Odile Tobner, Éditions La Découverte/Poche, Paris, 2006 (1ère édition : 1993), p.63-64 3 Ibid., p.82 2 368 La lettre locale africaine est tristement négative ; sous la plume de Mongo Beti, le constat est amer mais réaliste. Les problèmes de chômage et de précarité croissent : les diplômés chômeurs sont aujourd'hui légion, souvent forcés de se reconvertir en vendeurs à la sauvette. La corruption des fonctionnaires semble une fatalité : mal, pour ne pas dire impayés, les agents de l'État n'ont souvent d'autre recours que celui de racketter leurs concitoyens. Tout papier administratif est vendable au Cameroun. Et Mongo Beti de déplorer la faillite totale du service public. Pour preuves, quelques exemples donnés par l'auteur. Celui de l'école, tout d'abord. La pratique est illicite mais courante : les frais de scolarité sont à la discrétion du directeur de l'établissement. En d'autres termes, la somme des charges donnant l'accès à l'éducation est estimée à la tête du client. Les bibliothèques sont vides, les programmes censurés, les enseignants sous-payés. Concours et diplômes se monnaient. Ensuite, la poste et les télécommunications. Mongo Beti illustre ses propos par une anecdote : pour soigner un proche, il décide d'envoyer un mandat postal à son village natal. Au détour d'une conversation téléphonique, il apprend que le pli n'est toujours pas reçu par son destinataire, deux semaines après l'envoi. Mongo Beti décide donc d'entamer des poursuites en écrivant au responsable du bureau postal. La de la non-distribution s'avère assez simple : les employés détournent les sommes avant de les restituer, quelque temps après, en cas de problème. Du côté de l'hôpital, la donne n'est guère préférable : pas de prévention, pas de matériel (charge au patient de fournir seringue, coton, etc.). N'étant plus payés, les agents de nettoyage n'effectuent guère leur tâche. Les soins sont clientélistes, les locaux totalement délabrés. Du point de vue des infrastructures et de l'équipement, la réalité est tout aussi délicate : les routes sont dans un état pitoyable, les chemins de fer quasi inexistants. Et l'on pourrait continuer de relever des exemples à foison. Les services publics au Cameroun, comme plus généralement en Afrique noire post-coloniale, sont en faillite, dans un état proche du chaos. Les aides proposées par la France et l'Occident ne sont là d'aucune utilité. En quoi cette nouvelle éthique consiste-t-elle? Dans la construction d'un état modernisé. Il s'agirait de décentraliser le pouvoir pour redonner leurs prérogatives aux collectivités locales. Mongo Beti préconise, de manière idéale, un système de type fédéral comme on le retrouve en Suisse ou au Canada. Ensuite, dans un souci d'interdépendance au niveau local − il rejoint en cela les auteurs de la nouvelle génération −, l'auteur écrit : « L'effet principal du tribalisme est d'entraver notre développement. Si au lieu de tenter de dresser nos populations villageoises dans la haine paralysante contre les soi-disant Anglo-Bami, les gouvernants prétendus beti les avaient incitées à imiter l'imagination, l'esprit d'initiative, la persévérance, le goût de l'effort dont leurs frères de l'Ouest donnent un si bel exemple, il n'est pas douteux que nos villages seraient moins démunis, moins désolés »2. Avant d'ajouter : « Marchons résolument la main dans la main avec nos frères de l'Ouest, fils comme nous et autant que nous de cette terre sacrée que nous ont léguée nos ancêtres communs »3. Seule une politique unifiant les populations, créant un sentiment véritable de citoyenneté pourra permettre aux pays d'Afrique d'appréhender le présent et l'avenir de manière sereine, forte d'un potentiel énorme eu égard aux richesses naturelles et à la démographie (les jeunes constituant la grande force du continent). Cette analyse comparée entre les travaux de Mongo Beti et les oeuvres des écrivains de la nouvelle génération fait ressortir une lecture similaire de la lettre locale. Qu'elle se situe en France ou en Afrique – nous avons vu qu'elle constituait, pour nous, le même projet –, la lettre locale est assez funeste pour les Noirs Africains. Victimes du racisme ou de la misère, les obstacles au bonheur sont nombreux. Reste aux intellectuels la tâche de créer les conditions propices aux changements sociopolitiques. En ce sens, la filiation entre Mabanckou (nous associons bien entendu ses contemporains) et Mongo Beti est établie : la lecture locale s'insère dans le projet plus vaste d'une logique d'interdépendance. D'un premier abord, la logique de l'interdépendance, tout comme la poétique de la relation, jouissent d'un fort capital d'adhésion. La promotion de valeurs humanistes, d'idéaux égalitaires et justes ne peut en effet que rassembler. 1 André Djiffack, Op. cit., p.224 Ibid., p.185 3 Ibid., p.186 2 370 5. De la lettre locale vers la globalisation : la glocalisation Dans les années 1980, le sociologue Roland Robertson forgeait le terme de « glocalisation ». Ce professeur anglo-américain, aujourd'hui en poste à l'Université écossaise d'Aberdeen, s'est inspiré des techniques agricoles japonaises. Le mot « Dochakuka » signifie en effet que les procédés globaux pour cultiver la terre doivent s'adapter aux conditions locales. De cette terminologie serait né le terme « glocal » ; substantif issu de la combinaison entre « global » et « local ». Plus qu'une évolution sémantique, ce concept représente un bouleversement épistémologique. Traditionnellement la sociologie fut considérée comme une science dont la société représente l'objet d'étude. Rapidement, des critiques se formulaient : on l'accusait d'être la prisonnière d'un État-nation. Il faudra attendre les années 1970, avec des chercheurs tel que Robertson, pour que la sociologie opère une redéfinition de ses applications et de son champ d'analyse, au regard du processus de globalisation. Désormais le fait social sera approché en termes d'interconnexion, de pluralité et de diversité locale : « [] Japanese economists sometimes employed the word « glocalisation », which is usually rendered in Japanese – and excuse my pronunciation – as dochakuka. This is a word, incidently, which has played an increasingly important part in my own writings, recently, about globalization. Because « glocalization » means the simultaneity – the co-presence – of both universalizing and particularizing tendencies » 1. L'étude de la globalisation et de ses conséquences aujourd'hui est en vogue. Il est clairement admis qu'un fait social local entretient des liens contigus avec le système global. L'axiome résonne actuellement comme une évidence ; mais l'inverse, peut-être moins. Robertson utilise l'exemple de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : « Some years ago the World Health Organisation took upon itself the task of promoting world health. And in so doing, the major, influential figures within the World Health Organisation said that they couldn't have a conception of « world health » without incorporating a whole variety of different traditions of medicine. And so the way in which this has been developed has been to try and obtain a sense of world health by incorporating particular traditions of medicine, by not favoring one medical tradition over another »2. L'indigénisation devient l'un des versants de la mondialisation ; l'autre étant l'harmonisation. La globalisation produit ainsi dans le même temps une « double stratégie ». La tendance 1 Roland Robertson, « Comments on the "Global Triad" and "Glocalization" » in Globalization and Indigenous Culture, Institute for Japanese Culture and Classics, Kokugakuin University, 1997. 2 Ibidem 371 mondiale penche vers une particularisation accrue dans sa relation avec l'universel. La conception des droits de l'homme représente en ce sens un exemple éclairant. Si la question est toute universelle, ses contenus le sont moins. Les pays asiatiques, assez schématiquement, défendent une conception davantage collectiviste, lorsque celle des Européens serait plus individualiste. La globalisation ne s'accorde donc pas avec une « américanisation » du monde. Elle fait, au contraire, apparaître des mouvements locaux prompts à réactualiser un produit standard. Mais la mondialisation n'en reste pas moins un mouvement exclusif. Le système global actuel est centré autour de trois pôles : l'Asie (et le Japon en particulier), l'Europe et les États-Unis. De cette triade, l'Afrique se retrouve actuellement bannie. Les écrivains francophones entendent toutefois contrecarrer l'hégémonisme, teinté d'impérialisme, de la part de la France notamment. En ce sens, le manifeste pour une « littérature-monde » constitue une réponse glocale. Lisons les déclarations d'Alain Mabanckou : « L'idée était d'imaginer [la littérature française] comme un élément de la littérature francophone et non, comme c'est le cas, de toujours définir les lettres francophones comme une dépendance de la littérature française »1. Si la francophonie représente l'axe commun, unificateur, les pratiques locales empêchent toute formation d'un centre centripète. On parlera davantage d'une fragmentation ou d'une dynamique de décentralisation : une force centrifuge. Trois points de vue cohabitent autour du phénomène de globalisation, pour autant d'interprétations. La première prédit un conflit interculturel (The clash of civilizations, Samuel Huntington). Le nouveau contexte international, selon le politologue américain, voit la cause de conflits non plus dans l'intérêt géopolitique mais idéologique. Avec la fin de la Guerre froide, ce principe deviendra même culturel. Pour éviter le choc civilisationnel, Huntington propose un strict respect des zones d'influence, chacun s'interdisant d'opérer hors de son champ. Ce modèle est propice au cloisonnement et à l'affrontement. Sa lecture des attentats du 11 septembre 2001 laisse apparaître un point de vue manichéen : l'Orient islamique affrontant l'Occident chrétien. Les civilisations, irréductibles, seraient donc incapables de s'entendre. Huntington essentialise les différences et homogénéise un monde pluriel, adoptant là une visée idéologique. Le politologue conçoit les relations internationales en termes d'opposition et de concurrences. L'Autre devient, ce faisant, un ennemi potentiel. Ce point de vue, estime Jean-Loup Amselle, se veut davantage idéologique qu'analytique 1 Entretien de Daniel Picouly et Alain Mabanckou paru dans le Libération du 14 juillet puis publié sur le site Internet de l'auteur congolais. 372 puisqu'il nie les questions sociopolitiques, les conflits de classe, les problèmes territoriaux « pour leur substituer celle des guerres identitaires »1. Seconde interprétation : la « McDonaldisation » du monde. Selon Robertson, « this view obviously suggests a homogenized world, a world dominated by a single culture that erases differences of local cultures »2. Troisième interprétation enfin, celle de l'hybridation ou des synthèses. Les auteurs francophones tendent vers cette dernière vision du monde. Leur engagement se pose justement contre les deux premières. L'histoire n'entend point dire le monde selon un point de vue conflictuel, mais davantage au regard d'une logique de l'interdépendance. En outre, la valorisation des richesses locales au sein d'un univers globalisé permet d'envisager une dimension cosmopolite dans laquelle chacun se sentirait concerné au sein d'une « communauté-monde ». En ce sens, la lettre locale questionne la position de l'individu dans un monde global. Léonora Miano poursuit inlassablement sa quête identitaire. Ses romans entendent décrire la situation d'individus meurtris par le mépris et la domination du Nord. L'écrivaine s'oppose fermement aux idéologies oppositionnelles perfectives du monde occidental : « La rupture est en nous, que l'Histoire a posés à la frontière. Les mondes s'y touchent, mais refusent la jonction. Ils se méprisent, se combattent, nous somment de choisir notre camp. Il nous faut trouver comment être ce peuple du milieu »3. Créer une vision originale et particulière : là réside l'enjeu, le combat et l'engagement du roman francophone contemporain. Et ce, dans le but d'imposer une esthétique de l'interdépendance, contre la vision manichéenne de l'univers nordiste : « Dans le monde tel qu'ils l'envisageaient, chacun vivrait dans un camp retranché »4. Mais si l'« Homme est une figure terrestre de l'Universel », en tant que vivant il est particulier. À lui donc d'imposer un point de vue et une histoire singuliers. La lettre glocale cherche à revaloriser ces marges soumises et niées. Dans le flot global, les Africains doivent produire une leçon de relativisme permettant la compréhension et l'acceptation des différences individuelles. Le refus d'assise locale peut s'interpréter comme une marque de confinement, de rejet de l'autre (je ne suis pas comme lui et n'ai donc rien à faire dans son espace). Ayané éprouve de la haine pour les paysans 1 Jean-Loup Amselle, « La globalisation : "grand partage" ou mauvais cadrage? » in L'Homme, n°156, « Intellectuels en diaspora et théories nomades », octobre-décembre 2000, p.207-226. 2 Roland Robertson, Art. Cit. 3 Léonora Miano, Tels des Ibidem 373 africains vivant dans son village, elle désire donc rentrer à Paris. La jeune chercheuse proclame : « J'ai renoncé à toute appartenance »1. Sa tante lui répond alors : « Tu es centrée sur toi-même! Ton système de survie est stérile, et n'a certainement pas plus de valeur que celui de ces villageois que tu dénonces »2. La francophonie, telle que l'entendent les auteurs de la nouvelle génération, devrait participer à la libre insertion de l'individu dans un monde globalisé. Hors du territoire hexagonal, la langue française jouit d'un réel prestige. Dans le même temps, elle crée une communauté, un lien entre les différents locuteurs. L'idiome devient le matériau de la connexion interculturelle. Il rassemble les diversités, les peuples comme les classes. L'assertion paraît évidente mais il n'est guère inutile de la rappeler : jeunes des banlieues, intellectuels et responsables politiques parlent une même langue. Français de métropole ou des DOM-TOM, francophones d'Afrique ou d'Asie, tous se rejoignent dans une même pratique linguistique. À n'en point douter donc, la langue française crée une communauté de destins partagés. Et ce tissu ne se conjugue pas avec son uniformisation. Au contraire même. La distinction entre langue et discours (sa mise en pratique) se révèle pertinente. L'idée de français, et sa nécessaire homogénéisation, ne pourrait se confondre avec la parole. Celle-ci se veut plurielle ; en chacun résonne son particularisme, ses idiosyncrasies. Ici un accent, là une tournure spécifique. La langue vit et épouse les contours du monde. Elle dit l'homme dans ce qu'il a de plus singulier. Se dépossédant de ses oripeaux impérialistes, la francophonie revêt un idéal de fraternité. Face à l'anglais, le français oppose une résistance. Un autre point de vue. Le monde n'est pas Un, il est multiple et ne se laisse couler dans un moule imposé. Cette francophonie, notamment défendue par Alain Mabanckou, n'est pas carnivore. Elle cohabite avec les autres langues. Elle laisse s'épanouir et se développer régionalismes : « L'élargissement vers l'est de l'Union ne doit pas remettre en cause notre partenariat privilégié avec les pays du Sud. En ce sens, la ratification, par la France, il y a quelques jours, de la Convention internationale pour la diversité culturelle, doit permettre qu'à côté du français, les langues locales aient droit de cité, notamment en Afrique : malgré ses difficultés actuelles, le continent noir peut, par ce dynamisme linguistique hér ité de son histoire pré coloniale méconnu e , apporter une contribution précieuse à la production des valeurs universelles »3. Les auteurs contemporains souscrivent directement à l'héritage décrié de Senghor. Et même de citer ses analyses au sujet de la langue française : « symbiose culturelle entre États ayant le 1 Léonora Miano, L'intérieur de la nuit, p.199 Ibidem 3 Nicolas Sarkozy, « Pour une francophonie vivante et populaire » in Le Figaro, 23/03/2007. 2 374 français en partage et qui est d'autant plus humaine parce que d'autant plus riche, qu'elle unit les valeurs les plus opposées »1. L'Afrique participe de la mondialisation et de son humanisation parce qu'elle appartient à un univers plus large (la francophonie), tout en conservant ses singularités (à travers son histoire, ses langues et cultures locales). Elle fait ainsi acte de relativisme. À l'instar de la philosophie défendue par Césaire, la francophonie pourrait constituer un acte de libération pour l'Afrique. Elle permettrait aux individus de se défaire de leur univers, de voyager et de s'enrichir. De manière parallèle, ces derniers marqueraient leur refus de l'assimilation. La recherche ultime est l'émancipation, à la fois contre le milieu naturel castrateur et contre l'ogre occidental. Là où la négritude prêchait un retour aux sources, la jeune génération cultive l'idée d'interdépendance. L'on cherche à valoriser les liens, les traces consécutives des rencontres : les marques du local dans le réseau global. La démarche demeure proche de la négritude, comme le confie Achille Mbembe dans l'hommage qu'il rend au défunt poète martiniquais2 : « Tous les deux [Césaire et Senghor] récusent les visions abstraites de l'universel. Ils font valoir que l'universel se décline toujours dans le registre de la singularité. À leurs yeux, l'universel est précisément lieu d'une multiplicité de singularités dont chacune n'est que ce qu'elle est, c'est-à-dire dans ce qui la relie et la sépare d'autres singularités. Chez l'un comme chez l'autre, il n'y a donc pas d'universel absolu. Il n'y a d'universel qu'en tant que communauté des singularités et des différences, partage qui est à la fois mise en commun et séparation »3. La lecture du monde diffère toutefois par la suite. Selon Césaire et Senghor, l'homme noir est radicalement différent. Il ne s'agit pourtant pas de racisme, mais tous deux partent d'une situation – la colonisation – pour élaborer une définition du terme nègre ; ce concept renvoie à « l'une des formes historiques de la condition faite à l'homme ». Parce qu'il est, en partie, une construction antithétique sous le regard blanc, l'être-noir n'a d'autre recours que celui de s'essentialiser, marquant là sa différence radicale. Le voyage entre particularisme et universalisme était amorcé. Le « temps faible » de la quête identitaire n'est pas dépassé mais il a assurément évolué. La multiplicité du local est toujours productrice du global mais l'homme n'est plus strictement africain, il est marqueur du milieu. L'individu porte en lui toutes les traces du monde. Ici se lit la singularité de l'écrivain francophone. Dans la recherche de l'humanisme cosmopolite, l'homme cesse d'être autre, cette entité radicalement 1 Ibidem Le 17 avril 2008, nous apprenions la mort d'A imé Césaire à l'âge de quatre-vingt quatorze ans. 3 Achille Mbembe, « Aimé Césaire : le volcan s'est éteint » publié sur le site Africulture s , en partenariat avec Le Messager de Douala, le 21/04/2008. 2 375 différente, et devient le porteur de la diversité. Le moi se mêle au nous, sans se confondre. L'alter ego dit sa différence , son humanité, en même temps que l'universalité de sa condition . 376 CHAPITRE TROISIÈME : L'espace dans le roman 1. Lieu et réalisme Lettre locale, lettre glocale : la question du lieu parcourt le roman africain. Les oeuvres de Mongo Beti se caractérisent par leur esthétique réaliste. Claire Dehon distingue, dans l'histoire de la littérature africaine, deux types d'ouvrages : d'une part, les romans de la campagne et, d'autre part, les romans urbains. Chaque lieu inscrit l'univers diégétique dans un référent africain. Le prosateur se fait ethnologue en ce sens qu'il cherche à révéler « la vraie vie africaine ». Pour cela, il représente des scènes « typiques » de la vie ordinaire, comme les danses, palabres ou travaux dans les champs De même, la faune et la flore sont luxuriantes et rassurantes. La technique d'écriture pittoresque plonge le lecteur au coeur de la végétation africaine. Suivons en effet le parcours du narrateur du Pauvre Christ de Bomba. Denis nous décrit son itinéraire au départ de Zibi : « [] elle traverse d'abord une zone d'épaisse forêt. Il faisait sombre et humide et silencieux sous la forêt »1. Mongo Beti instaure un décor intriguant mais, très vite, joie et liesse emplissent les personnages. Au détour d'un chemin gît une rivière ; ce sera l'occasion pour Zacharie, le RPS et Denis de se baigner tout en s'amusant : « Zacharie a enlevé ses chaussures, il a porté le R.P.S. sur le dos et il est entré dans l'eau. Moi aussi, j'ai enlevé mes chaussures de toile, j'ai traîné le vélo du R.P.S. et je suis entré dans l'eau. La rivière n'était pas profonde et l'eau m'arrivait au niveau des genoux, l'eau se prenait dans les rayons de la bicyclette. Sur l'autre rive, le R.P.S. et Zacharie s'amusaient en me voyant aux prises avec l'eau »2. Passée la rivière, les trois protagonistes entrent dans la forêt. S'agitent autour des arbres, écureuils, oiseaux et serpents : « Les queues dressées en panache des écureuils frémissaient au rythme de leur caquetage qu'ils émettaient en choeur et par jets comme des salves Et les oiseaux, des grands et des petits, poussaient des cris étranges et ils voletaient sans arrêt d'une branche à une autre, mais toujours autour d'un point fixe »3. 1 Mongo Beti, Le pauvre Christ de Bomba, p.181 Ibidem 3 Ibid., p.181-182 2 377 Au travers de l'hypotypose, Mongo Beti livre le spectacle d'une nature indomptable et exotique : « C'était un long serpent noir. Il s'était couché le long d'une forte branche et son corps en épousait les contours et les torsions. Il ne bougeait pas et il était aussi calme que s'il était mort. Mais, étant noir et lisse, il brillait au soleil dont un faisceau, infiltré par une petite baie dans le feuillage, l'inondait ; et en brillant, il donnait l'impression comme d'un ondoiement, comme si son long corps glacé, flasque presque vigoureux, avait glissé tantôt dans un sens et tantôt dans l'autre »1. Finalement la beauté de l'environnement ensoleillé s'impose. Pour le lecteur, de la tournée du Père blanc demeure un ensemble de photos célébrant l'espace africain traditionnel : « Le R.P.S., le catéchiste et moi avons visité le pays et le pays, qui s'était ratatiné un moment, redevient beau, avec de grands hameaux populeux, de belles cases, et la piste était bordée de cacaoyers des deux côtés, et on ne voyait que cacaoyers à perte de vue, à droite et à gauche »2. Une atmosphère de joie et de fête règne avant l'avant l'arrivée du Père Drumont : « En revenant vers le presbytère, nous sommes passés devant une grande case avec un toit de tôle ondulée et des jeunes filles dansaient dans la cour de cette case, entourées de tam-tams et de xylophones qui battaient frénétiquement. Sitôt après nous avoir aperçus, les tam-tams se sont tus, ainsi que les xylophones, et les jeunes filles se sont arrêtées de danser ; ils nous ont laissés prendre de la distance et ils se sont mis à danser et à battre les tam-tams et les xylophones »3. L'homme et la nature semblent s'unir autour de traits caractériels communs. C'est une « Afrique ambiguë » qui se dessine, entre mysticisme, insubordination et envoûtement. Pour Alain Mabanckou, le « milieu naturel » s'accorde également avec un décor africain exotique et idyllique. Lisons pour cela la vision de son espace par le porc-épic : « Kibandi et ses parents vivaient alors au nord du pays, très loin d'ici, à Mossaka, une région d'eau, d'arbres géants, de crocodiles et de tortues grosses comme des montagnes »4. L'univers idyllique des villages trouve son pendant avec la représentation urbaine. L'irruption de l'administration coloniale et de l'ordre chrétien est vécue comme autant de déchirements psychologiques pour l'individu africain. Au sujet du roman de Chinua Acheba, Things Fall Apart, Mathurin Songossaye peut écrire : « Ces deux nouvelles superstructures, implantées par la puissance coloniale dominante, sont la genèse de la division de son clan, et créent une certaine divergence d'attitude, tant sur le plan collectif qu'individuel. Désormais, des frères peuvent lutter contre des frères de leur propre clan. De société 1 Ibid., p.182 Ibid., p.184 3 Ibidem 4 Alain Mabanckou, Mémoires de porc-épic, p.47 2 378 traditionnelle – ce micromonde – où tout se tient, où il n'y a pas de contraste brutal entre les réactions individuelles et collectives, où l'individu, tout en ménageant des efforts personnels pour améliorer la qualité de sa vie, se doit toujours de se conformer au statu quo traditionnel d'un "pays" où tous les hommes ont les mêmes croyances, les mêmes us et coutumes, la nation d'Okonkwo bascule le monde de la divergence »1. Une analyse onomastique confirme l'intégration des oeuvres de Mongo Beti dans l'espace africain, et camerounais plus particulièrement. Une remarque préliminaire concernant le choix des pseudonymes de l'écrivain entamera notre propos. Alexandre Biyidi débute sa carrière sous la signature Eza Boto, qui pourrait se traduire par « les hommes des autres », « le peuple d'autrui ». Il poursuivra avec le patronyme Mongo Beti, « fils de Beti ». Tous les noms de ville présents dans ses fictions renvoient à des entités réelles. Il en est ainsi de Tanga, localité située au sud de la capitale Ongola : « C'est le pays Bënë. Bamila, le village du personnage principal, Banda, n'est qu'à quelques kilomètres, puisqu'il est venu dans cette localité proche de chez lui pour vendre son cacao. La description de Tanga, avec ce fleuve qui n'est autre que le Nyong, dans lequel se noie Koumé, le frère d'Odilia poursuivi par les forces de l'ordre, est celle de l'actuel Mbalmayo »2. L'usage de telles dénominations est la preuve d'une évidente maîtrise des langues Beti de la part de l'auteur. Ekoumdoum, par exemple, se compose d'ékum (souche) et de dùm (fromager) pour finalement signifier « résistance ». Il en sera de même au sujet de l'onomastique ; le prénom Endongolo (dans Mission terminée) se lit comme la traduction de l'expression èndònd ņ/òndònd ņ mòt, pour « homme très grand, svelte et mince », à laquelle se joint la racine nd¶ng (la toupie). Endongolo caractérise donc un homme grand, fortement influençable, dont le penchant pour l'alcool est prononcé3. L'esthétique réaliste en oeuvre par Mongo Beti se transcrit au niveau même de l'écriture, témoignant d'une parfaite connaissance des langues et coutumes beti. Tout le jeu opéré par l'écrivain repose sur cette inscription de l'univers au coeur de l'Afrique. 1 Mathurin Songossaye, Les figures spatio-temporelles dans le roman africain subsaharien anglophone et francophone, Thèse de doctorat, Université de Limoges, avril 2005, mise en ligne sur unilim.fr 2 Marie-Rose Abomo-Maurin, « L'onomastique dans le roman de Mongo Beti » in Interculturel Francophonies, Op. cit., p.62-63 3 Pour cette analyse, nous renvoyons à l'article cité précédemment. 379 2. Littérature, rupture et urbanisation Près de 300 millions d'Africains1 habitent aujourd'hui dans l'une des agglomérations urbaines qui se sont développées de manière exponentielle ces dernières décennies, soit environ 38 % de la population totale. Et ce chiffre est amené à rapidement évoluer tant l'urbanisation de l'Afrique est rapide. On estime qu'en 2025, la moitié des Africains vivront en ville. Si l'on se rappelle l'importance du village dans la littérature coloniale et celle des première et seconde générations, l'on se rend rapidement compte des modifications sociales qui affectent le continent. Alors que béton, pavés et bitume ornent les villes nouvelles, le paysage social, lui, s'ébranle. Si le village était garant d'une certaine solidarité familiale et de l'esprit communautaire, la ville est davantage individualiste. Au sujet de Kinshasa (République Démocratique du Congo), Filip de Broeck nous explique : « La ville est certainement devenue aussi plus individualiste et les points d'ancrage social autrefois transmis par la famille élargie, le lignage, le clan, le quartier, l'identité ethnique ou l'appartenance régionale ont beaucoup perdu de leur capacité de forger des liens communautaires »2. Cette réalité sociopolitique est au coeur de la littérature africaine contemporaine qui cherche à dire la lettre locale sur le continent noir. Pendant près de vingt ans (de 1973 à 1991, date à laquelle elle s'envola pour la France), Léonora Miano a grandi et vécu dans les rues de Douala, au Cameroun. L'auteure témoigne de cette expérience dans son roman Contours du jour qui vient. Les personnages ne sont que des « ombres alentours » dans un monde où l'on se « méfie de tous »3, le père de la narratrice ajoutant même « qu'il y avait longtemps que tous ces gens n'étaient plus une communauté () »4. Nous sommes en présence d'un espace où « tout est semblable », où l'on se noie dans un vertige anonyme. De même que le lien social se dilapide, le rapport de l'homme à la nature évolue de manière dommageable : « À présent, la brousse n'est plus qu'un corps qu'ils mutilent de la pointe acérée de leurs couteaux, pour lui soutirer des écorces ou des herbes, sans prendre la peine de la remercier pour ses 1 Nous empruntons ces chiffres à Filip De Boeck, « La ville de Kinshasa, une architecture du verbe » in Esprit, « Pour comprendre la pensée postcoloniale », décembre 2006. 2 Ibid., p.88 3 Léonora Miano, Contours du jour qui vient, Plon, Paris, 2006, p.17 4 Ibidem 380 dons. Lorsqu'ils en invoquent les forces , ce n'est plus pour leur demander de les relier au Suprême, mais seulement pour obtenir immédiatement de quoi se remplir la panse »1. Si les personnages sont des ombres, l'avenir n'est que brouillard. Angoisses et incertitudes interdisent tout espoir. Et comme l'évoque Miano : « On ne peut rien bâtir lorsqu'on est inapte à envisager le futur »2.
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HYPOTHÈSE DE RESTITUTION D'UN NAVIRE À DOLIA : LA CONSTRUCTION D'UNE MAQUETTE Marie-Brigitte CARRE* Robert ROMAN** La maquette d'un bateau à dolia au 1/10e a été commandée au Centre Camille Jullian à l'occasion de l'exposition « LE VIN, Nectar des Dieux Génie des Hommes », qui s'est tenue entre octobre 2004 et avril 2005 dans les Musées gallo-romains de Lyon et Vienne1. La possibilité, qui semble maintenant bien établie, que ces navires-citernes aient remonté avec leur cargaison de vin italien ou catalan le Rhône jusqu'à Lyon2 justifiait aux yeux des commissaires de l'exposition le choix de la présentation de ce type de transport, encore mal connu du grand public. La réalisation de cette maquette impliquait une étude expérimentale et c'est cette démarche qui sera présentée ici. L'expérience est apparue dans un premier temps difficilement réalisable, car la faiblesse des données archéologiques sur les vestiges des carènes ne permettait pas de procéder à une restitution des parties disparues3. Bien que notre connaissance des navires à dolia ait notablement progressé ces dernières années, seule l'épave de Ladispoli4 * Chargée de recherche (Centre Camille Jullian, Aix-Marseille Université – CNRS). ** Ingénieur d'étude (Centre Camille Jullian, ix-Marseille Université – CNRS). 1. Cette exposition itinérante a donné lieu à l'ouvrage de Brun, Poux, Tchernia 2004. R. Roman a réalisé la maquette avec les conseils scientifiques de M.-B. Carre et P. Pomey, que nous remercions chaleureusement pour son aide durant la construction et pour ses observations lors de la rédaction de cet article. 2. Tchernia 1997, Carre 2004 et S. Marlier, dans ce volume. 3. Pour cette notion de restitution, voir Pomey, Rieth 2005, p. 147-149. 4. Retrouvée à une quarantaine de km au N.-O. de Rome, elle est datée du changement d'ère (Carre 1993). Pour les autres épaves qui ont donné lieu à une fouille, rappelons que les épaves Grand Ribaud D (Hesnard et alii 1988) et de la Giraglia (Sciallano, Marlier dans ce volume), en très mauvais état de conservation, n'ont pas livré de vestiges suffisants ; que la profondeur n'a pas Archaeonautica, vol. permis d'étudier la coque du Petit Congloué (Corsi-Sciallano, Liou 1985) ; qu'il n'existe pas de synthèse sur l'étude de la coque de l'épave de Diano Marina, dont les nombreuses publications (en dernier lieu Pallarés 1991 et 1995-1996, avec bibliographie précédente) sont parfois contradictoires. Grâce aux fouilles archéologiques, et malgré le petit nombre de vestiges conservés, un certain nombre de données peuvent être considérées comme raisonnablement assurées5 : a) Les dimensions et les tonnages des navires fouillés ont été évalués à partir des données de fouille. On a pu en effet, dans l'étude réalisée pour l'épave Grand Ribaud D, évaluer, d'une part, l'espace occupé par les dolia et doliola à poste fixe selon un modèle de disposition inspiré de l'épave du Petit Congloué6 ; d'autre part, le poids et le volume de ces derniers et ceux de la cargaison complémentaire d'amphores disposées à l'avant et à l'arrière des dolia. Les données ainsi obtenues pour ces navires sont comparables : un creux intérieur de 2 m correspondant à la hauteur des dolia et une largeur de 6 m environ correspondant au logement de trois files de dolia et vérifiée avec la longueur des tuyaux de la pompe de cale (sur cet équipement, voir infra). Il est plus difficile de calculer la longueur, qui a dû varier selon le nombre des dolia embarqués7. b) L'organisation du chargement dans la cale est imposée par l'équilibre de la cargaison des lourds dolia, que l'on est obligé de placer au centre, selon le modèle livré par l'archéologie. La disposition théorique montre qu'ils sont tangents et disposés en quinconce sur trois files dans les épaves Diano Marina, Petit Congloué, Grand Ribaud D 8. La zone de chargement des dolia présume de l'emplacement du mât principal, à l'avant, et de celui de la pompe de cale située à l'arrière. c) Une cargaison complémentaire d'amphores prenait place aux deux extrémités du bateau9. d) Diversement du cas le plus fréquemment attesté sur les autres navires et sur l'iconographie, une cabine, ou du moins une cambuse, était probablement située à l'avant : S. Marlier 5. Voir pour tous les détails concernant les dimensions et le tonnage l'étude exhaustive de S. Marlier dans ce volume, dont nous ne reprenons que les données de synthèse utiles pour la maquette. 6. Hesnard et alii 1988, p. 128 sv. 7. Voir dans cette livraison l'article de S. Marlier pour l'existence de deux modules. 8. Pallarés 1983, p. 84 et fig. 12 ; Corsi-Sciallano, Liou 1985 p. reprend dans ce volume les éléments en faveur de cette proposition. Le modèle graphique, utilisé lors de l'étude de l'épave Grand Ribaud D10, n'avait pour but que de tenter de matérialiser les formes d'un navire dont les dimensions théoriques ont été calculées pour y disposer les dolia et les amphores retrouvés. La forme retenue alors avait été celle de l'épave 2 des Laurons, bien préservée sur l'un de ses flancs jusqu'au pont, et qui avait donné lieu à une étude architecturale complète11. Un tracé simplifié et extrapolé aux dimensions nécessaires avait été dessiné autour d'un modèle de disposition d'une cargaison très cassée, mais dont on avait pu estimer qu'elle était presque entièrement conservée. Les aménagements d'habitation ou de servitude, difficiles à évaluer, n'avaient pas été figurés. Les essais graphiques de disposition ont néanmoins permis de constater que la cargaison retrouvée pouvait s'inscrire sans difficulté dans les formes ainsi extrapolées de la carène des Laurons 2. L'UTILISATION DU PLAN DE FORME DE CAVALIÈRE ET LE CHOIX DES DOLIA Cependant, au moment du tracé du plan de forme en trois dimensions de la maquette, ce sont les données de l'épave de Cavalière12 qui ont été intégrées avec celles de l'épave de Ladispoli pour pallier la faiblesse des vestiges de cette dernière (fig. 1). La reconstitution impliquait en effet de résoudre deux types de problèmes : d'une part la définition de la structure, d'autre part celle de la forme de la carène. L'épave de Ladispoli permet de reproduire un schéma de structure de fond de carène, mais pas la forme. Si nous avons choisi les formes générales de l'épave de Cavalière comme modèle de départ pour proposer une forme de carène, plutôt que celles des Laurons 2, c'est parce qu'il est relativement neutre et bien équilibré et correspond dans ses proportions à celles retenues pour le modèle théorique de navire à dolia. Ce choix, qui pourrait paraître arbitraire, s'est d'ailleurs presque immédiatement trouvé justifié par le fait que l'on a obtenu une meilleure compatibilité entre la structure de Ladispoli et les formes de Cavalière qu'avec celles des Laurons 2 (cf. infra). En outre, le bon état de conservation de Cavalière avait déjà permis une reconstitution fiable13 et a autorisé à ne pas des- Hesnard et alii 1988, p. 137 et pl. XLIX et L. Gassend, Liou, Ximénès 1984. Charlin, Gassend, Lequément 1978. Roman 1997, p. 78-97. 175-192-Carre-Roman.indd 176 2/02/09 HYPOTHÈSE DE RESTITUTION D'UN NAVIRE À DOLIA : LA CONSTRUCTION D'UNE MAQUETTE 177 0 M19 M13 0 1m Fig. 1 : Vue longitudinale du navire avec la cargaison en place. Reconstitution à partir des formes extrapol de l'épave de Cavalière (hachurées) et des vestiges conservés de l'épave de Ladispoli (en noir) (dessin R. Roman, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). siner un nouveau plan de forme mais une simple adaptation : cette opération était en effet impossible à réaliser, d'une part à cause du manque de critères justifiables, d'autre part en raison du peu de temps qui était imparti pour cette expérience. La spécificité du chargement a conduit à définir en premier lieu des dimensions de cale autour desquelles restituer celles du navire. Une des premières opérations a donc consisté dans le choix des dolia à faire fabriquer pour la maquette, ce qui a entraîné de nombreuses incertitudes en l'absence d'un modèle de chargement complet. Une première perplexité tient à la répartition entre dolia ronds et cylindriques : la présence d'au moins un dolium cylindrique sur l'épave de Ladispoli14 confirme les informations livrées par celle de Diano Marina15 sur l'existence de ces deux formes. Cependant, le manque de documentation exhaustive sur les dimensions et les positions respectives de ces dolia sur ce site ont conduit à se fonder sur la proposition faite pour le Grand Ribaud D, qui ne comptait que des dolia ronds. Le nombre de dolia le plus fréquemment attesté sur les épaves étudiées semblant tourner autour de onze conteneurs disposés sur trois files, c'est cette quantité qui a été adoptée pour former la première proposition graphique. Deux des cinq dolia retrouvés à Ladispoli ont finalement été choisis comme modèles, car ils apparaissaient à la fois les 14. Carre 1993, p. 10, fig. 1. 15. Pallarés 1995-1996, fig. 13 et 14 p. 137. 177 plus représentatifs de leur cargaison et les plus proches de ceux que l'on pouvait restituer sur l'épave Grand Ribaud D16. Il s'agit de deux dolia sphériques, un grand modèle de 1,70 m de haut pour 1,60 m de diamètre et un petit modèle de 1,60 m pour un diamètre de 1,52 m. Ces onze dolia étaient disposés dans une cale dont la hauteur sous barrot (creux) est définie par celle des plus grands conteneurs : 1,70 m, auquel on ajoute environ 0,36 m de jeu pour un éventuel remplacement en cas de bris et la mise en place des couvercles qui étaient retirés à chaque voyage, soit 2,06 m, ce qui correspond aux données estimées pour l'épave Grand Ribaud D. Sur la base de la hauteur, l'ensemble du plan original de Cavalière (3 vues) a été augmenté de façon homothétique (soit 25 %) pour être conforme aux dimensions requises. Ceci a permis la mise en place des dolia dans la zone du maître-couple, sur le vertical de ce même plan de forme. La longueur résultant de cette augmentation est de 16 m et la largeur de 6 m. Le rapport L/l = 2,66 ainsi obtenu s'inscrit dans les rapports souvent constatés pour les navires de charge antiques. Il a ensuite été procédé au redressement des deux sections utilisables de la coque de l'épave de Ladispoli (M13 et M19). Après leur remise en forme par évaluation des diverses 16. Nous remercions P. A. Gianfrotta pour nous avoir communiqué les dimensions des dolia. © Fig. 2 : Coupes transversales sur les membrures restituées M13 (en haut) et M19 (en bas) avec position des do (dessin R. Roman, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). HYPOTHÈSE DE RESTITUTION D'UN NAVIRE À DOLIA : LA CONSTRUCTION D'UNE MAQUETTE 179 Ladispoli par exemple, voir annexe 1). Cette concordance ne permet pas de conclure à l'authenticité de cette substitution, mais elle confirme la pertinence des choix effectués et de la méthode de travail, dans la mesure où l'on a pu vérifier que l'extrapolation du plan du navire de Cavalière s'adaptait bien à la structure de celui de Ladispoli. Après le positionnement en largeur des trois dolia sur les vues de face, les vestiges archéologiques de l'épave de Ladispoli ont été montés sur les sections du nouveau plan de forme. Les onze dolia ont été placés sur les plans horizontal et longitudinal, en tenant compte des limites de la cargaison de dolia (couple M1 pour l'avant et M3 pour l'arrière) marquées à l'avant par la position de l'emplanture du mât et à l'arrière par celle de la pompe de cale. Ces positions devaient être validées une fois le plan de forme terminé mais surtout après la manipulation sur la maquette pour la mise en place des dolia dans la cale. Si la structure du fond de la coque (quille et membrures) se réfère aux données archéologiques de l'épave de Ladispoli intégrées aux formes extrapolées de celle de Cavalière, les structures transversales hautes, à partir du livet de pont (les surbaux et les baux) sont tirées de l'épave 2 de l'anse des Laurons. Ce choix pourrait à son tour sembler arbitraire, car rien ne prouve que les parties hautes des navires à dolia étaient identiques à celle de cette épave, mais nous n'avons pas d'autre source archéologique de comparaison à notre disposition que cette ép , de dimensions à peu près comparables. Fig. 3 : Construction de la maquette : mise en place du bordé (photo L. Damelet, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). déformations , ces profils ont été raccordés aux oeuvres vives de l'épave de Cavalière sur le nouveau plan vertical (fig. 2). Ces deux membrures M13 et M19 de l'épave à dolia présentaient des profils relativement plats, avec un retour de galbord presque nul, ce qui suggérait une position d'origine près du maître-couple. La constatation que la membrure M19 de Ladispoli se superposait exactement à la membrure M0 de Cavalière a confirmé cette hypothèse. La suite a correspondu à un travail d'extrapolation par report de points sur les trois vues, avec un lissage des lignes d'eau de façon à intégrer les divers volumes dans les trois dimensions. Cette opération a montré que huit couples de Ladispoli correspondaient à huit couples du plan extrapolé (M4 de Cavalière pour M01 de Archaeonautica, vol. 15, 2008 175-192-Carre-Roman.indd CONSTRUCTION DU MODÈLE D'ÉTUDE À L'ÉCHELLE 1/10e La carène du modèle d'étude du navire à dolia a été construite selon un procédé bien connu maintenant, celui du montage des bordés à partir de gabarits. Cette technique consiste à découper dans une feuille de contreplaqué de 5 mm toutes les formes des couples prises sur le vertical du plan. Ces dernières sont montées sur une règle en aluminium quille en haut, l'écartement entre couple (maille) étant respecté. Sur ces couples dressés, l'étrave, la quille et l'étambot sont mis en place. Cette structure peut alors recevoir les virures du bordé, le galbord en premier, puis le ribord, la suite faisant appel à un montage alterné des virures d'un bord sur l'autre en intégrant des préceintes plus épaisses que le reste du bordage (fig. 3), selon la tradition de la construction navale gréco-romaine. Fig. 4 : Système d'encastrement du massif d'emplanture sur la quille (photo L. Damelet, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). LES VIRURES DU BORDÉ Les largeurs de l'ensemble des virures faisant partie des vestiges archéologiques ont été scrupuleusement respectées, mais des choix ont dû être effectués pour la restitution du plan du bordé, ces données étant très limitées. Il a été tenu compte des formes de la carène et des pratiques observées sur d'autres épaves. La répartition des largeurs des virures ne présente pas de problème particulier au centre de la carène, où l'on peut suivre les données archéologiques existantes sur l'épave de Ladispoli. Il n'en va pas de même pour les extrémités des bordages qui ne sont pas conservées et qui faisaient l'objet d'un découpage complexe, le brochetage. Ainsi, le galbord présente un profil régulier vers le centre de la carène et l'on a choisi de le faire se terminer simplement en pointe dans le fond de la râblure de l'étrave. En revanche, pour l'aboutissement du ribord, son extrémité s'élargit à l'approche de cette même râblure. De même, les virures suivantes se terminent avec une partie plus large aux extrémités. À partir du premier quart de la carène en partant de la quille, une virure sur deux environ a été montée à joint perdu. Cette répartition s'applique jusqu'à la préceinte basse. Tous ces choix ont été effectués pour tenir compte de la nécessité d'adapter le plan du bordé aux formes de la carène. Le reste de la coque, jusqu'au niveau du livet de pont, a été terminé en ant de façon notable les têtes des virures de bordé. LA CHARPENTE Après avoir bordé le navire de la quille jusqu'au livet de pont, la carène est retournée, quille en bas. Chaque couple en contreplaqué est remplacé par une membrure à l'échelle 1/10e, conforme aux relevés archéologiques. La partie conservée de la coque de l'épave de Ladispoli présente la caractéristique d'être formée de membrures continues entre M9 et M21 au moins. Sur celle de Diano Marina, on a vraisemblablement une alternance de couples et de demi-couples, du moins aux extrémités du navire puisque les vestiges n'ont pas été mis en évidence au centre. Nous avons ici retenu le schéma du centre de la carène de Ladispoli et restitué uniquement des couples continus. Les membrures sont toujours perpendiculaires à l'axe du navire, celles des extrémités, non dévoyées, sont plus courtes avec un profil en V très marqué. Il est à noter 175-192-Carre-Roman.indd HYPOTHÈSE DE RESTITUTION D'UN NAVIRE À DOLIA : LA CONSTRUCTION D'UNE MAQUETTE qu'une membrure sur deux a été prolongée au-delà du livet pour former les jambettes de pavois à l'exemple du navire Laurons 2. L'EMPLANTURE ET LE MÂT La position du mât est donnée par l'implantation de la cale, délimitée à l'avant par le barrot du pont, sur lequel le mât s'appuie, et par le positionnement des dolia. Le massif d'emplanture est posé sur la quille en respectant un système d'encastrement faisant appel à des mortaises borgnes à mi-bois alternées (fig. 4), attesté sur l'épave de Ladispoli. Les cavités du massif reproduisent celles de Diano Marina, seul exemple conservé17 sur une épave à dolia : la cavité du mât présente sur l'avant un profil de fond incliné vers l'arrière. En avant, une mortaise rectangulaire reçoit la flasque antérieure du fourreau d'étambrai. Les deux flasques latérales de ce fourreau sont maintenues dans des mortaises ménagées sur des serres situées de part et d'autre du massif d'emplanture (fig. 5). En avant de ce dispositif, sur le massif d'emplanture, une dernière cavité carrée est destinée au pied d'une épontille axiale. LA CALE À DOLIA Avant d'aborder les choix liés à la géométrie du pont, il convient d'examiner ceux qui concernent la disposition des dolia. La disposition théorique avait été faite graphiquement en respectant les types de chargement constatés dans les épaves fouillées (supra). De nombreuses tentatives de placement des deux modèles de dolia ont été réalisées mais il a été impossible de disposer les onze dolia que nous avions fait fabriquer dans cet espace, sauf à reculer la pompe de cale ou avancer le mât sur une position qui ne paraissait pas réaliste et nous nous sommes résolus à n'en utiliser que neuf (fig. 6 et 7). Ils sont disposés en quinconce en trois rangées de trois conteneurs, en jouant sur les dimensions des deux modèles retenus, pour utiliser au mieux le volume de la cale. Il est ainsi apparu évident que le choix de deux formats de dolia sphériques, à l'exclusion des dolia cylindriques, est beaucoup trop réducteur et que l'utilisation des deux types sur les épaves antiques répond à des contraintes de disposition. Cette incohérence avec les données de fouille rend également manifeste les limites du choix du plan de forme de Cavalière. Une autre erreur de conception de la maquette, qui aurait dû nous apparaître dès le tracé des lignes d'eau, mais qui n'est clairement visible qu'en trois dimensions, a été mise en évidence à ce stade : le bouchain est beaucoup trop évasé et laisse une trop grande marge latérale entre les dolia et la muraille. Pour pallier ce défaut, la solution adoptée sur la maquette a consisté à caler la cargaison de dolia avec des épontilles obliques positionnées entre le dos des membrures et les barrots de pont (fig. 8), bien que ce procédé ne soit pas esté par les évidences archéologiques. L'expérience a alors montré que les manipulations nécessaires à la mise en place des dolia n'étaient possibles qu'avant le barrotage des passavants (infra). Fig. 5 : L'emplanture du mât avec son fourreau d'étambrai. Au fond, cloison de séparation entre la cale à dolia et la proue (photo L. Damelet, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). LE PONT 17. Pallarés 1995-1996, p. 135, fig. 2. Quoiqu ' en dise l'auteur , le sens de la cavité d'emplanture du mât de Diano Marina est probablement conforme à celui de tous les autres navires connus, avec la pente inclin ée vers l ' arrière (T chernia, Pome y, Hes nard 1978, p. 96). Cette confusion dans le sens du navire ( Pallarés 1995-1996 , p. 136) est due à la probable localisation d'une cambuse à l'avant . Rappelons que le massif d'emplanture de Ladispoli a été détruit avant son examen ( Carre 1993 , p . 19 ) et que les quelques observation s faites au moment de sa découverte ne sont pas utilisables . Le pont tient une grande place parmi les diverses questions que suscite cette reconstitution. Nous avons, pour tenter de pallier l'absence de comparaisons archéologiques, utilisé les données ethnologiques grâce aux observations effectuées en 1830, dans l'embouchure du fleuve indien Godavéri, sur un petit bateau-citerne destiné à ravitailler en eau douce la corvette sur laquelle le lieutenant de vaisseau Pâris était embarqué. La projection horizontale de ce petit voilier (10,40 m de long) montre que, à l'exception d'une zone pontée Archaeonautica, vol. 15, 2008 175-192-Carre-Roman. Fig. 6 : Restitution de la cale à dolia (dessin R. Roman, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). Fig. 7 : La cale à dolia et la ison complémentaire d'amphores à l'arrière (photo L. Damelet, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). HYPOTHÈSE DE RESTITUTION D'UN NAVIRE À DOLIA : LA CONSTRUCTION D'UNE MAQUETTE 183 Fig. 8 : Vue de l'intérieur de la cale avec les barrotins de pont et les épontilles (photo L. Damelet, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). Fig. 9 : Vue de la cale à dolia et du pont. Noter la présence des surbaux (photo L. Damelet, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). d'environ 1,70 m à l'avant, la coque entièrement ouverte accueille quatorze jarres en terre cuite, disposées sur deux rangées de part et d'autre de l'axe du bâtiment. Quatre barrots, répartis de façon assez irrégulière, renforcent la coque dans sa partie haute. Le premier barrot de l'avant sert également d'appui au grand mât18. L'examen de cette barque tend à confirmer l'hypothèse que les navires antiques pouvaient avoir été non pontés. Pour autant, l'espace de navigation est différent : il s'agit ici d'un bateau d'embouchure de fleuve, réduit à une coque et destiné à une fonction spécifique qui est celle de fournir en eau douce les navires mouillés dans la rade. Même si S. Marlier a pu démontrer que les navires à dolia étaient vraisemblablement adaptés à une navigation mixte maritime et fluviale, il n'en reste pas moins qu'ils devaient affronter des traversées hauturières (en sont témoins les navires coulés en Corse) et qu'ils nécessitaient un minimum d'aménagements internes, pour la vie à bord, et externes, pour la manoeuvre, compatibles avec des traversées de plusieurs jours. Des aménagements de confort pour la cuisine et la circulation étaient donc probablement envisagés dès la construction du bateau. Nous avons ainsi choisi de ponter l'avant et l'arrière pour protéger la cargaison d'amphores et la cambuse, de ménager des passavants pour assurer la circulation latérale et de laisser une large ouverture correspondant à la cargaison de dolia. Le problème de la géométrie de pont reste cependant posé et sa résolution est hypothétique. La position de cette ouverture est définie par deux surbaux à l'avant et à l'arrière, placés en fonction de la position de la cargaison de dolia. La structure transversale haute (constituée par les surbaux mais aussi par les baux et les barrotins) a été positionnée par encastrement sur la préceinte haute, au moyen de mortaises à queues d'arondes borgnes selon le modèle attesté sur l'épave Laurons 2. Les surbaux ont pour fonction de maintenir l'écartement de la carène au niveau du pont et aussi de la renforcer transversalement. Les baux reçoivent en outre les virures de pont disposées dans le sens longitudinal du navire (fig. 9). Sur ce point la restitution s'est heurtée à une certaine incohérence avec les données de fouille. Un certain nombre d'observations tendaient à l'hypothèse d'une épave retournée : dans ce cas, les couvercles des dolia auraient été maintenus en place par ces rondins, interprétés comme bois d'arrimage, qui arrivaient jusqu'au niveau du pont. Cependant, après avoir disposé les dolia dans la cale de la maquette et fabriqué des rondins à l'échelle, nous n'avons pas réussi à reproduire un tel système, notamment en raison de l'impossibilité de caler des rondins d'aussi petites dimensions sous un panneau de cale mobile. Ne pouvant résoudre cette difficulté, nous n'avons pas mis en place ce bois d'arrimage et avons pris le parti de laisser le centre non ponté. Quelle que soit la solution retenue, pont ouvert ou fermé, il était certainement indispensable d'utiliser entre les dolia des madriers de calage. Quelques traces pourraient en avoir été retrouvées sur l'épave de Diano Marina où deux poutres placées perpendiculairement dans la zone de l'emplanture du mât sont interprétées de cette façon20. LE CHARGEMENT COMPLÉMENTAIRE D'AMPHORES Les fouilles ont montré qu'un chargement complémentaire composé d'amphores est disposé entre la cale à dolia et les extrémités avant et arrière (fig. 7). Pour des raisons purement pratiques, mises en évidence lors des tentatives répétées de manipulation des dolia et des amphores au 1/10e, la restitution d'une cloison de séparation entre les dolia et les amphores s'est imposée. Cette hypothèse au demeurant avait déjà été envisagée lors de la fouille de l'épave Grand Ribaud D, sur laquelle avaient été retrouvés des éléments de bois qui pouvaient appartenir à une cloison21. La présence de cet élément est d'autant plus vraisemblable qu'il joue aussi un rôle structural non négligeable dans le plan transversal. Les amphores, fabriquées en résine à l'échelle 1/10e, reproduisent les conteneurs de la région du Vésuve choisi pour la modélisation du Grand Ribaud D22. Lors de la fouille de cette épave, deux hypothèses de chargement des amphores avaient été émises23 et deux schémas de disposition théorique des amphores, en carré et en quinconce, avaient été testés. Dans l'hypothèse d'une disposition en carré, les amphores 20. Pallarés 1995-1996, p. 133-134. 21. Hesnard et alii 1988, p. 110 et 138. Sur l'épave Diano Marina, des madriers placés à la base des dolia et en haut, en correspondance des baux, sont interprétés comme des éléments de contention des dolia. Leur présence incite l'auteur à exclure la présence de cloisons de séparation entre les cargaisons de dolia et d'amphores (Pallarés 1995-1996, p. 133-134). 22. Panella, Fano 1977, p. 168, fig. 15. 23. Hesnard et ali HYPOTHÈSE DE RESTITUTION D'UN NAVIRE À DOLIA : LA CONSTRUCTION D'UNE MAQUETTE 185 Fig. 10 : Détail de la caisse de descente avant (photo L. Damelet, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). sont alignées, tangentes les unes aux autres par leur panse. Selon la disposition en quinconce, les files successives sont systématiquement décalées d'une unité par file pour former un plan triangulaire. Dans le schéma théorique, la disposition en quinconce permet un gain de place substantiel : l'adoption de ce type de chargement permet un gain de capacité de 16 % dans le cas d'une seule couche d'amphores. Mais nous nous sommes aperçus qu'il était impossible de les disposer selon un schéma en quinconce au moment de placer la deuxième couche d'amphores, faute de hauteur disponible : de fait, la couche supérieure ne pouvait trouver sa place que dans un schéma en carré, qui laisse plus de place entre les cols et permet de diminuer la hauteur totale. Ce schéma théorique de remplissage maximal en deux couches24 doit être pondéré d'une part par la remontée de la coque, qui ne le permet pas partout ; d'autre part par les possibilités effectives de disposition des amphores dans des espaces exigus. 308 amphores au total ont 24. Nous n'avons pas tenu compte de l'observation des fouilleurs qui ont vu jusqu'à trois couches superposées au contact des dolia dans l'épave du Petit Congloué (Corsi-Sciallano, Liou 1985, p. 26), information non vérifiée par la fouille : notons qu'il était impossible de disposer plus de deux couches dans la maquette. Archaeonautica, vol. 15, 2008 175-192-Carre-Roman.indd 185 été disposées dans la maquette, soit 172 amphores à l'avant et 156 amphores à l'arrière, mais le calcul du déplacement lourd (annexe 2) a montré qu'il s'agit d'une quantité excessive. LES OEUVRES MORTES La phase finale de l'élaboration de la maquette tient compte des vestiges archéologiques du navire 2 des Laurons pour les oeuvres mortes comprenant les deux descentes et le système de gouvernail25. Les descentes ont été restituées à l'avant et à l'arrière, car la présence des dolia au centre ne permet pas un accès par la cale (fig. 10). Si leur forme est hypothétique, la caisse dans laquelle elles prennent place est un des éléments retrouvés sur l'épave 2 des Laurons. Ces caisses permettent de stabiliser la cargaison d'amphores et de faciliter la sortie du marin. La manipulation des amphores dans la maquette a en revanche montré que ces caisses pouvaient aussi repré25. L'épave Laurons 2 a conservé une partie de son pont avec les passavants et l'aile de protection du gouvernail (Gassend, Liou, Ximénès 1984, p. 77 sv. et fig. 19 ; Gassend 1998). senter un obstacle à la mise en place de la deuxième couche d'amphores. Nous avons adopté la proposition de S. Marlier sur la position de la cambuse à l'avant sur les navires à dolia, car cet emplacement semble bien étayé par les vestiges archéologiques recueillis sur les autres épaves. La construction de la maquette a montré en outre que l'emplacement de la cabine à l'avant pourrait être imposé par la disposition des dolia qui ne laisse pas de place à la poupe si l'on veut embarquer aussi une cargaison arrière d'amphores. ÉQUIPEMENT ET GRÉEMENT (FIG. 11) La présence de pompes de cales à chapelet est confirmée par des découvertes sur plusieurs épaves. Des éléments de pompe (tuyaux de plomb, daviers dont un encore avec un de ses coussinets d'axe, disques de pompe) proviennent de l'épave Ile-Rousse26. La présence d'une pompe sur l'épave de Ladispoli est confirmée par la découverte dans la sentine d'une douzaine de disques de bois appartenant à son mécanisme27. Des tuyaux de plomb relatifs à l'évacuation des eaux sur le pont ont été retrouvés sur les épaves Petit Congloué, Grand Ribaud D et La Giraglia28. La pompe reconstituée pour la maquette reproduit le modèle restitué à partir des vestiges attestés par les découvertes sur les épaves Saint Gervais 2, pour la partie basse et Nemi, pour la partie haute et le mécanisme d'entraînement du chapelet29 (fig. 12). Sur la maquette, les tuyaux ont été placés sur le pont, ce qui a permis de constater qu'ils étaient mal protégés et gênaient la manoeuvre. Il paraît donc assez probable qu'ils étaient abrités sous une caisse en bois. Nous avions envisagé la possibilité qu'ils aient pu être placés sous le pont, ce que ne contredisent pas les vestiges archéologiques, mais suppose des dalots. En dernière analyse, les tuyaux ont été maintenus sur le pont, d'où l'eau peut être plus facilement évacuée. Très peu d'objets appartenant au gréement ont été retrouvés sur les épaves à dolia ; parmi les plus remarquables on peut noter les deux poulies de l'épave Grand Ribaud D et un anneau de cargue sur celle de Ladispoli30. Leurs dimensions et leur typologie s'inscrivent parfaitement dans qui est connu sur les autres épaves antiques31. Les comparaisons 26. 27. 28. 29. 30. 31. Alfonsi, Gandolfo 1988. Gianfrotta 1990, p. 205, fig. 9. Hesnard et alii 1988, p. 116 et Sciallano, Marlier dans ce volume. Carre, Jézégou 1984, Carre 2007. Hesnard et alii 1988, p. 113-116 ; Carre 1993, p. 26. Pomey (dir.) 1997, p. 85-86. archéologiques et iconographiques ont dicté la restitution d'un gréement à mât unique et à voile carrée, classique pour cette époque. Le râtelier de cargue est inspiré de celui figuré sur le graffito du navire Europa de Pompéi32 (fig. 13 et 14). Le mât de halage, nécessaire pour la remontée des fleuves, n'a pas été figuré faute de comparaison sur un navire à dolia : il est possible que le mât principal ait été utilisé à cet effet. BILAN DE L'EXPÉRIMENTATION Cette tentative de reconstruction, pour imparfaite qu'elle ait été, a permis de formuler un certain nombre d'observations, grâce à des vérifications empiriques : la présence d'une seule cabine à l'avant, en raison de la disposition du chargement ; la restitution d'une cloison séparant les gros conteneurs des amphores ; le chargement des amphores en carré plutôt qu'en quinconce. Cependant, comme il était prévisible, le manque de données a entraîné un bon nombre de difficultés. La première est survenue au cours du montage des formes du navire de Cavalière sur les vestiges archéologiques de l'épave de Ladispoli. L'impossibilité de placer onze dolia dans la cale a montré l'inadéquation du choix d'un plan de forme d'un autre navire, malgré les précautions prises pour en adapter les dimensions. En outre, avec l'hypothèse de chargement adoptée ici, nous aurions dû restituer des murailles droites dans le but de réduire la place perdue dans la cale entre les flancs et les dolia (fig. 15) et d'assurer un meilleur maintien de ces derniers. Cette expérience confirme que les navires à dolia ont un plan de forme particulier et adapté à leur chargement : il aurait fallu dessiner un plan de forme spécifique, impossible pourtant à réaliser en l'état actuel de nos connaissances. Le chargement lui-même est hypothétique : nous avons vu plus haut que la diversité des formes et des dimensions des dolia permet de restituer une grande combinaison de plans. Les constatations effectuées pendant la réalisation de la maquette appuient tout de même l'hypothèse de l'étroite interdépendance entre les dolia et le navire : les dolia étaient vraisemblablement choisis, peut-être façonnés sur mesure, et disposés en tenant compte approximativement de la forme de la cale. La construction de la maquette a aussi permis de régler la question du moment de la mise en place des dolia dans le navire : la relative fragilité et les dimensions de ces lourds conteneurs impliquent que les manipulations n'étaient possibles qu'avant le début du barrotage et la mise en place des 32. Pomey (dir.) 1997, p. 83. 8:55:35 HYPOTHÈSE DE RESTITUTION D'UN NAVIRE À DOLIA : LA CONSTRUCTION D'UNE MAQUETTE 187 Fig. 11 : Vue d'ensemble de la maquette : le navire sous voile (photo L. Damelet, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). Archaeonautica, vol. 15, 2008 175-192-Carre - Roman.indd RS DITIONS, 2008 2/02/09 8:55:35 188 MARIE-BRIGITTE CARRE ET ROBERT ROMAN Fig . 12 : Détail de la pompe de cale (photo L. Damelet, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). Fig. 13 : Détail du râtelier de cargues (photo L. Damelet, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). 175 -192-Carre-Roman . indd 188 2/02/09 8:55:37 HYPOTHÈSE DE RESTITUTION D'UN NAVIRE À DOLIA : LA CONSTRUCTION D'UNE MAQUETTE 189 Fig. 14 : Graffito du navire Europa (d'après Maiuri 1958). passavants. Le corollaire de cette observation est la localisation du chantier naval ayant fabriqué ces navires. Nous savons, grâce à leurs estampilles, que les dolia ont été fabriqués dans la région de Minturnes33, mais la question de savoir si les navires y étaient seulement armés ou aussi construits n'avait pu être tranchée. L'analyse des essences de bois utilisées dans la construction du navire Grand Ribaud D ne contredit pas l'hypothèse d'une construction à Minturnes, mais elle ne la confirme pas non plus34. En revanche, la réalisation de la maquette a montré que le barrotage et la construction des passavants devaient presque à coup sûr advenir après la mise en place des conteneurs, induisant que les navires étaient construits à proximité des ateliers à dolia, ce qui est tout à fait vraisemblable : la ville antique, sur le fleuve Liris, est connue comme un port actif. La construction navale, notamment, y est attestée par l'inscription de l'architecte naval Q. Caelius et par celle qui mentionne un collège de picarii, fabriquants de la poix utilisée tant pour le poissage des navires que pour celui des dolia35. Les observations de 33. Gianfrotta, Hesnard 1987. 34. Hesnard et alii 1988, p. 143. 35. Corsi-Sciallano , Liou 1985, p. 171 . M. Thinon36 au sujet des bois employés pour l'épave Grand Ribaud D allaient dans ce sens : « l'on peut supposer que la région du chantier était relativement déboisée. Cela peut se déduire de l'emploi pour la construction navale de bois de qualité médiocre et de croissance rapide, se développant sur des terrains marginaux moins soumis à l'emprise de l'agriculture et de l'élevage, comme les abords immédiats des cours d'eau ». Sans contredire l'hypothèse d'une construction près de Minturnes, ces remarques doivent être nuancées par les résultats des campagnes de dendrochronologie 37 : les propositions de reconnaître des aires géographiques de provenance reposent sur une rigoureuse homogénéité taxonomique, ce qui n'est certes pas le cas des quelques épaves à dolia, étant donné leur état de conservation et le peu d'analyses effectuées. Les examens systématiques ont montré en effet que la diversité des essences traduit aussi bien la complexité des problèmes d'approvisionnement ou d'utilisation rationnelle des bois disponibles que des réparations. Dans le cas des navires à dolia, l'attribution au Latium se fonde en premier lieu sur les données relatives aux dolia eux-mêmes. 36. Hesnard et alii 1988, p. 170. 37. Guibal, Pomey 1998 ; Guibal, Pomey 2003 , p. 38-41. © Fig. 15 : À droite, en gris foncé, hypothèse avec murailles droites dans le but de réduire la place perdue entre la coque et les dolia ; à gauche, hypothèse graphique, non retenue, d'un système de calage des dolia par des rondins de bois dessin R. Roman, CCJ, CNRS , Aix-en - Provence). En revanche, cette expérience ne fournit pas d'informations sur d'autres questions encore objet de débats, par exemple si la charpente interne était d'un type particulier et adaptée au transport des dolia : seule la poursuite des fouilles pourra apporter une réponse. Pour finir, l'analyse du tonnage (voir annexe 2) montre que le navire issu de cette hypothèse de restitution s'inscrit bien dans le cadre de la famille des navires à dolia ayant fait l'objet d'études plus complètes. Le calcul du déplacement lourd par la méthode graphique donne un total inférieur de près d'une tonne à celui qui a été obtenu en calculant le poids de la cargaison placée dans la maquette. Cette différence s'explique par un excès de chargement en amphores, notamment à l'avant : nous avions noté, au moment des différentes manipulations, qu'il devait être presque impossible de disposer dans des conditions réelles autant d'unités, difficulté qui disparaît si l'on réduit le nombre d'amphores d'une quarantaine d'objets. On peut ainsi estimer le port en lourd à une trentaine de tonnes et le déplacement lourd à environ 40 tonnes. Ces données se situent dans la fourchette basse de celles qui ont été estimées pour le navire Grand Ribaud D, qui appartient au groupe des plus petits transporteurs de dolia38. 38. Hesnard et alii 1988, p. 142. Elles sont en revanche parfaitement explicables par le fait que l'extrapolation des données de l'épave Cavalière a donné un navire plus court que les mesures généralement estimées pour ce type de transport et que nous n'avons pu placer que neuf dolia dans l'espace imparti. Enfin, le tirant d'eau calculé de 1,05 m est compatible avec les données des fouilles des ports de Marseille39 ou de Lattes40, où sont connus des horrea à dolia destinés à recevoir le vin de ces petits bateaux-citernes et avec l'étude de S. Marlier sur la nécessité d'un tirant d'eau inférieur à 1,30/1,50 m pour les navires franchissant la barre du Rhône à destination de Lyon et des camps du limes41. 39. Hesnard 1994, p. 209 : profondeur au droit du quai de 1,50 m sur la place Jules Verne. 40. Renseignement D. Garcia, que nous remercions . Pour l'étude du port, voir Garcia, Vallet 2002. 41. Alors que cet article était déjà rédigé, nous avons pris connaissance du travail de P. Dell'Amico et F. Pallarés, Il Relitto di Diano Marina e le Navi a dolia : Nuove Considerazioni, dans T. Cortis et T. Gambin (eds), De Triremibus, Festschrift in honour of Joseph Muscat, Malte, Publishers Enterprisers Group, 2006, p. 67-114, qui n'apporte cependant rien de nouveau à notre propos. HYPOTHÈSE DE RESTITUTION D'UN NAVIRE À DOLIA : LA CONSTRUCTION D'UNE MAQUETTE 191 0 M C Navire à dolia FLD m2 L L L6 L6 L5 FDLO - 0° Laurons L5 L4 1 20° LO - L4 L3 L3 20,504 t L2 T.E. 1,05 m 12,213 t L1 4,566 t L0 0 L2 39, 787 t 40,504 t (D.L.O.) 19,283 t 21,184 t (D.L.E.) 7,070 t 8,900 t L1 L0 2,504 t (avec quille) 0 FDLO - 0° L = 15,70 m L = 15,11 m (coque-pont) 2,504 t FLD LO - 20° 1m Fig. 16 : Schéma de la méthode graphique de calcul de déplacement (dessin R. Roman, CCJ, CNRS, Aix-en-Provence). ANNEXE 1 : TABLEAU DES CORRESPONDANCES ANNEXE 2 : CALCULS DU DÉPLACEMENT LOURD ENTRE LES MEMBRURES MÉTHODE GRAPHIQUE (fig. 16) Cavalière Ladispoli M7 AV M6 AV M5 AV M4 AV M 01 M3 AV M 03 M2 AV M 07 M1 AV M 13 M0 M 19 M1 AR M 24 M2 AR M 27 M3 AR M 34 (reconstituée) M4 AR M5 AR Sur le vertical, une flottaison théorique à 20° de gîte a été tracée. Pour des raisons de sécurité, le point le plus haut de cette ligne ne dépassera pas le niveau du livet de pont. Ce tracé à 20° de gîte représente, pour un navire de charge antique, une limite extrême à ne pas dépasser. La position de la ligne de flottaison à 0° de gîte a été obtenue en superposant la surface immergée du navire à 20° de gîte sur celle à 0°. Le tirant d'eau ainsi obtenu est de 1,05 m. Volume de la tranche A : 2,0972 m3 = 2097 l = 2 152 kg = 2,152 t, soit 2,504 t (avec la quille) Volume de la tranche B : 4,4511 m3 = 4 451 l = 4 566 kg = 4,566 t Volume de la tranche C : 11,9037 m3 = 11 904 l = 12 213 kg = 12,213 t Volume de la tranche D : 19,9853 m3 = 19 985 l = 20 504 kg = 20,504 t (Avec le coefficient eau de mer : 1,026) Total Déplacement Lourd42 : 39,787 t M6 AR M7 AR M8 AR M9 AR Archaeonautica, vol. 15, 2008 175-192-Carre-Roman.indd 191 42. Pour la technique de calcul, voir Roman 1997, p. 46- 47.
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niveaux pendant les atomes de préparons dégénérescence une +1/2 une dégénérescence peut être levée o B préparés dans de l'ordre de 10 3 th V sur Chacun des modes de risations atomes 4 10 à deux niveaux laser et donc deux transitions de même tion que nous le transfert fluence de la cavité accordée rience Les l'ordre de est 3 03BCs. et étudions 1⁄2 nS. 4 10 à sont de le mode de la cavité que avec o/V 2w th ~ Dans nos ces paragraphe III.A.4) le une C) Réalisation d'un niveau 2 10 à des finesses de Ils n'interagissent donc un d'onde de l'ordre de 1 mm). Le volume longueur une. Les facteurs de qualité obtenus Q 3 0.1 cm environ à 2 champ en fait dans appliquant ce cas deux indépendants du champ. petit champ magnétique un L'effet Zeeman lève alors la de faire en sorte systèmes dégénérescen- de n'accorder la cavité la transition. Les atomes magnétique n'interagissent alors pratique-, o B de l'ordre de 50 Gauss, est produit Helmholtz, d'axes parallèles à l'axe de la exposé, nous appellerons |e &#x3E; et |g &#x3E; inférieur de la seule transition résonnante les au cavi- sous-niveaux avec la cavité. négligeons ici la structure hyperfine de ces niveaux qui est, pour les états de Rydberg du sodium, beaucoup trop faible (~ 100 KHz) pour que les spins électronique et nucleaire aient le temps de se coupler pendant le temps 0394t d'interaction avec le mode de la cavité. Figure 3 : Déroulement temporel del'expérience 22 entendu, Bien que niveaux si n ' isolerions nous les processus de transfert ici "vrai" système à deux un d'autres vers niveaux pouvaient être négligés (transferts par émission spontanée le rayonnement fait, le modèle En thermique). à deux de Rydberg induits par ou n'est niveaux qu'une ici approximation valable pour des temps courts devant les temps caractéristiques de ces transferts sont de l'ordre de la dizaine de microsecondes dans (qui nos expériences). D) Détection de l'évolution du Les effets du couplage cohérent des mode de la cavité résonnant par l'évolution, mes évolution est, aient représenté dans des Rydberg La meilleure niveaux. Cette la technique figure 2, et de quand ils 1kV/cm pour n varie sur vité, interagissent quée. un produits, la nisation résolus avec |e &#x3E; (M.E. en et le mode |g sur temps au &#x3E; n minimum par l'électron de vu et n'est que de l'ordre de niveaux pendant |e |g et &#x3E; &#x3E;. s'ionisent la figure 2). autour des la une 0 dans la = entrent dans (t) 1 champ F instants t e et t. g sont collectés par un On obtient alors des e t et t, g nombre d'atomes dans les chaîne de détection est calibré par On peut donc connaître aux temps Le gain du t temps moyen 0394t, un champ ionisant, à l'instant de la détection. instant. le condensateur 4 figure 3 : les atomes, préparés à accélérés par le teur d'électrons atomes, après aux différents sont ionisés niveaux 1 où la rampe de peu avant l'instant t Les niveaux tement appliquer séquence d'évènements de l'excitation à la détection des présentée condensateur cette 30) : la rampe de champ électrique atteint à des instants = La est trouver les ato- champ électrique homogène dans l'es- comme différents les seuils d'ionisation des mes le manifestent se sont entrés dans le fait que des orbite son avec technique pour détecter consiste à rampe de une On utilise alors cours &#x3E; probabilité de champs légèrement différents (le champ au |g &#x3E; ~ Rydberg doute, la méthode de l'ionisation par champ sé- aucun quitté la cavité sur (t). 1 F pace sans 72 ( - 74 ). lective qu'ils ces atomes de |e la transition sur fonction du temps, de la en dans l'un de est ca- le appli- Les électrons multiplica- courants d'io- dont l'aire est direc- niveaux |e &#x3E; et méthode décrite dans niveaux |e &#x3E; |g &#x3E; et de la l'appendice 1. multiplicateur d'électrons population absolue des ato- et |g &#x3E; à cet 23 l'instant où ils quittent la cavité et celui où ils sont Entre détectés, les subissent des transferts atomes rayonnement thermique). Les taux de mesurables) sont et il est donc (spontanés induits par le ou transferts sont bien ces possible d'effectuer, sur connus (ou les signaux dé- tectés, les corrections nécessaires pour obtenir les populations absolues des |e niveaux cavité. &#x3E; cette technique la fin de l'interaction l'évolution sur On ne avec de la fin de l'interaction plus en détail dans sant à autour de instant t &#x3C; 0394t un cipe très simple, la cavité et ne donne nous information aucune entre t la cavité et à 0 et t = la rampe de appliquer après l'excitation laser. Bien densateur de détection doivent être soit bien té de quelques suffit à brouiller des signaux d'ionisation); pour ne cavité. au niveau complètement d'autre part, ioni- champ ioni- soit On que le se en prin- heurte du con- champ (une inhomogénéi- des atomes la résolution elles doivent être pas affecter la structure de mode et le facteur de 0394t. = par,les plaques rapprochées pour assez homogène spatialement % qu'elle cette méthode est difficilement réalisable. effet à deux exigences contradictoires : d'une part (t) 1 F 1. permet de tester l'état du système qu'à nous temporelle des populations atomiques champ la avec l'appendice pourrait bien sûr penser à placer le condensateur de détection sation par en à l'instant 0394t corrections sont décrites Ces Jusqu'ici, &#x3E; et temporelle assez éloignées qualité de la Les seules possibilités d'utiliser cette technique seraient, soit de réaliser une cavité confocale et d'utiliser alors un condensa- L » w avec o teur un de plan grandes dimensions, soit de conserver condensateur dont la forme optimise l'échantillon atomique la cavité et de réaliser l'homogénéité du champ au niveau de (la réalisation pratique d'un tel condensateur étant certainement très difficile). Il existe toutefois lution du en dehors de la cavité, pliquer, à un instant Le sur ne sur comme t l'intérieur de la cavité loin du mode pour conservant en 0394t, au un solution pour échantillonner l'évo- autre une la un figure condensateur de détection 2. Cette technique consiste à ap- champ électrique très inhomogène F 2 (t) moyen d'une petite électrode pas affecter placé son facteur de à placée suffisamment qualité (figures 2 et 3). champ F, de l'ordre de quelques dizaines de volts par centimètre (tension 2 l'électrode de l'ordre d'une centaine de seuil d'ionisation des niveaux |e &#x3E; et |g &#x3E;. volts), En est très inférieur revanche, il déplace ces au ni- 24 veaux par effet Stark (la différence de polarisabilité statique des S et P est de l'ordre de dès que le donc, l'évolution due t au 10 est champ F 2 75 ( ). MHz/(V/cm)) appliqué, couplage cohérent La transition le mode est atomique cesse avec la cavité : "trempée" à l'instant d'être résonnante avec niveaux et, jusqu'au moment où ils sont détectés, les atomes n'évoluent plus que par émission spontanée processus bien connus transferts induits par le ou dont il est facile de tenir compte transferts, résultant du couplage des transverses du champ, rayonnement thermique, ne atomes ce atomique). La détection par ionisation par continuum étant très supérieure taux de ces le continuum des modes avec l'application du champ F, 2 sont pas modifiés par largeur de (les déplacement de au champ sonde donc la la fréquence fait le sys- en tème tel qu'il était à l'instant t. L'évolution temporelle entre 0 et 03 94t peut être reconstruite Cette variant en l'instant t. technique, dite de "l'électrode de trempe" ou, termes en plus imagés, de "l'électrode tueuse" (de cohérence), permet d'obtenir excellente résolution temporelle : la tension appliquée sur une l'électrode, de quelques dizaines de volts seulement, peut être commutée très rapidement (quelques nanosecondes); donc interrompu système ne en un le couplage des atomes le mode du avec temps de l'ordre de la nanoseconde permet pas d'obtenir toute l'évolution champ (Bien sûr, temporelle en une est ce seule réalisation de l'expérience.). L'ensemble de nateur LSI lisés l'expérience le contrôle d'un mini-ordi- 11-03. Celui-ci reçoit les signaux d'ionisation par champ digita- (voir appendice 1), agit ticulier est sous sur l'instant sur paramètres de l'expérience les d'application du et en par- champ F 2 (t). Il calcule l'aire des signaux d'ionisation autour des instants t et t, les normalise en fonction du gain de la chaîne de détection, effectue les corrections nécessaires pour remonter aux mettent alors sur cette populations faire des statistiques évolution, de stocker les données. système permet, tion de très une trempe. Différents programmes per- d'enregistrer l'évolution moyenne, de Ce trons par à l'instant de la petits (N ~ 1) en variant le gain du multiplicateur d'élec- sa tension d'alimentation, d'étudier l'évolu- ou d'assez ) échantillons, 6 grands (N ~ 10 excellente résolution temporelle. avec 25 E) Génération d'un champ micro-onde agissant Dans paragraphe, ce cro-ondes utilisées pour photons les Les décrirons brièvement les nous appliquer chers sont certainement du corps noir, toujours présents dans le mode de provient d'une part des miroirs extérieur", faiblement couplé bord des miroirs. la cavité, en où fréquence environnement à et d'autre la sur des en sur la On peut figure 2), percé dans l'un des miroirs, posons d'une à source noir continuement la de à l'augmenter, aussi soit une soit de bruit source K : utilisant en faiblement et couplant la cavité, par en la couplé un trou millimétrique (nous dis- ces température du mode techniques de permettent de nous à quelques degrés quelques varier centaines degrés. atomes, X autour de 76 ( - 78 ) (parmi est résonnant avec pas d'effet). Cette met de utilisons nous (bande quence produire une en général 11 GHz) tous les la transition les d'appliquer plus, en un harmoniques produits dans une champ cohérent d'un atomique : les technique, utilisant un diode centaine de microwatts à 100 GHz, niveaux choisissant le rang harmonique et la les Schottky haute fréla diode, autres n'ont matériel sur klystron centimétri- harmoniques produits dans suffisante pour saturer les transitions entre De et équivalente, dans le domaine millimétrique, plasma à 3000 K). Toutes Quand que fréquence températures cryogéniques (quelques degrés mode corps le refroidissant la cavité et au un sur température du rayonnement dans petit filament de tungstène électriquement chauffé à rayonnement part du "monde à haute un (w du beaucoup plus importante. est Elle peut être réduite paragraphe III.B.3). 30 ( ) incohérent. la cavité. Ce rayonnement miroirs celle-ci possible d'agir le mode de la cavité. le ceux mi- ou mode de la cavité par diffraction au les pertes dans les général Il est voir sources Le processus dominant est celui qui limite la finesse de diffraction à basse son de la cavité les atomes cohérent champ atomes un aux moins sur assez plus de un seul pratiquement bon marché, perque large Rydberg voisins. fréquence du klystron, 26 cette GHz. source partir de quelques dizaines de est continuement accordable à Enfin, elle présente stabilité du klystron une asservi très bonne qualité spectrale, liée exemple, § III.D.2), gamme de 50 à 500 GHz, et capables de Ces sources, en phase par en sur importantes assez mélange harmonique détail dans très instables, avec un importantes dans l'appendice 1. photons par des tubes carcinotrons qui, dans la sont chacun accordables naturellement une sur une fournir des puissances comprises entre niques micro-ondes, plus de Rabi utilisons nous la haute utilisé. Si des puissances micro-ondes (expériences de précession à dizaine de 1 mW et sont asservies klystron multiplié nos expériences, en gigahertz quelques watts. fréquence 76 ( ). ou Ces tech- sont décrites CHAPITRE III UN ATOME DE RYDBERG DANS UNE CAVITE RESONNANTE 27 III Chapitre UN ATOME DE RYDBERG DANS UNE CAVITE RESONNANTE Nous nous intéresserons dans seul atome à deux simple possible : un Nous avons l'appareillage en effet, vu tants de Sur nous plus mode de la cavité. précédent permet chapitre telle une verrons cohérent entre l'atome et le couplage au situation la l'excitation, de réaliser système très simple ce couplé niveaux décrit dans le réduisant l'intensité de en situation. que chapitre à la ce champ, même en impor- l'absence d toute source extérieure de radiation cohérente. le premier Dans entre niveaux de Rydberg couplage des Ce point de niveaux vue chapitre, sous en nous avons analysé les transferts l'influence de l'émission spontanée termes de transitions irreversibles atomiques avec n'est bien entendu plus valable si la cause d'évolution du système atomique est le couplage à un défini par la cavité résonnante. Dans phénomènes peuvent apparaître champ du photon qu'il conditions pour lesquelles le couplage s'exprime, V des a réversibles Quelles sont les seul mode de la cavité est effec- en unités de couplage entre l'atome et le champ, 03A9, fréquence angulaire, par : est le volume effectif du mode, défini plus précisément dans le pro- chain paragraphe, d l'élément de matrice dipolaire dérée champ nutation de Rabi de lui-même émis). au essentielle seul mode du ou champ. le processus dominant? où cas, (émission spontanée oscillante, l'atome dans le tivement ce du résultant du continuum de modes du large un ou de fréquence angulaire. o 03C9 sur la transition consi- 28 03A9 est dans un champ fait la en de la pulsation / 2 V ~012703C9 o 03B5 électrique précession de Rabi de l'atome dans la cavité. Pour que le couplage à la cavité soit Dans tions d'atomes cas optiques, la cavité "ordinaires" des modes transverses du rayonnement, ne à général 5 10 -1seulement s processus bre moyen de Dans le ce dernier cas,, o n ne se à avec moins onde résonnante relativement le sur des atomes de cas le mode de bien sûr -7 10 ~ est 4 10 unités SI). la cavité est donc qu'un très grand nom- le mode de la cavité. une Rydberg couplés à du couplage avec o n faible, 03A9 l'intérieur de la cavité. Nous avons pour des états de faible moment sur un La condition les effets du qui n'est une encore très mauvaise o n + 1 couplage de l'atome » vers être comparé les niveaux se I que, produit profonds. avec Les finesse dans le domaine optique n'affectent pratiquement pas T 0393 de pratiquement pas modifié à angulaire, l'émission spontanée ordre très élevé 03A9 doit effet dans le chapitre en les transitions optiques cavités micro-ondes ayant travaillant dans vu transition soit 4à10 10 5s -1,àcause dipolaires. 03A9 -1 s 5 10 ) fréquence de est encore de l'ordre de spontanée total (~ cavité micro- une transition entre niveaux voisins, la forte valeur des éléments de matrice et V peut être plus grande que 0393 dès que radicalement différente. En effet, bien que la processus. le (une condition très largement réalisée dans les lasers optiques). Dans et effet, 0393 que 03A9 est de l'ordre de trouve stocké dans qui L'influence En effet, la fréquence caractéristique en de type quantité petite devant -19 10, ~ couplage cohérent champ devient 03A9 n o +1 6 10 -108 012703C9 complètement négligeable, photons, et de transi- (peu excités) est une -1alors s,, -29 10 (avec d ~ le spontanée. la transition considérée. sur 7 10 - 10 8 de l'ordre de Pour de tels atomes, un 0393 spontanée doit être propageant pas le long de l'axe se 03A9 de la cavité, est alors importante : en dominant, 03A9 ordre d'interférence élevé. un stocké photon est nécessairement une cavité ouverte, Fabry-Perot, travaillant dans seul un le taux de relaxation par émission que le à correspondant ces peut donc être remplie aisément le mode de la cavité pourront être observés pour de très faibles nombres moyens de photons (n o= 0 à la limite). au 29 deux niveaux de couplé à atome Rydberq, un Un dès que la cavité est accordée seul mode du grand dès les débuts de sans l'électrodynamique quantique l'expérience. cavité de finesse modérée 11 ( ), l'atome lui-même dans cavité de dans le très faible et Nous commencerons champ dans une gerons ensuite les deux champ rayonné par nutation de Rabi curieux un effets de champ cohérent ce chapitre ces théorique très simple modèle un effets. Nous par introduire les présenterons également évidence certains en équations décrivant la (§ III.A); cavité de surtension finie régimes d'émission spontanée nous d'un atome dans en cohérent viendrons enfin au comportement de l'atome en re- envisaune température nulle (§ III.B), puisà température finie (§ III.C) vité à nous l'intérieur d'une le et enfin de ont permis de mettre premières expériences qui laxation du à spontanée ). 17 - 19 ( permettant de calculer exactement eux. effets, les plus importants ces grande finesse, la 14 -16 ( ) depuis- jamais observés mais réapparition des oscillations de Rabi dans Nous donnerons dans d'entre -prédits théoriquement la nutation de Rabi dans champ thermique incohérent disparition les Parmi doute la modification de l'émission une système d'un seul champ. nombre d'effets intéressants deviennent accessibles à sont réalise presque idéalement le on une sur ca- et appliqué (§ III.D). A) Un atome de Rydberg dans une cavité résonnante : le modèle théorique Nous un système où dans ce ce un avons vu dans le chapitre couplé à atome unique est qu'il II un est seul mode du paragraphe, donner le cadre théorique nécessaire système ). 79 - 80 ( Nous commencerons par introduire à la (§ 1) ce mode par les pertes dans les le couplé miroirs à un réservoir + champ. allons, description de les quantités nous analyserons de la cavité. Nous introduirons enfin, dans paragraphe 3, les équations couplées atome en préparer Nous champ. permettant de décrire le mode du champ. Dans le paragraphe 2, la relaxation de de possible décrivant l'évolution du système 30 1) Description du mode de la cavité Nous associerons au mode du + a et champ dans la cavité les opérateurs de création et d'annihilation d'un a teurs obéissent à la relation de commutation bien + a sur opéra- L'opérateur champ électrique au point un l'état |n champ (mode &#x3E; du photons) n a Ces connue : et L'action des opérateurs contenant photon respectivement. r dans la cavité est défini par : la sentant 03B5 = taires réels cavité. f(r) pour la est une du mode. 03C3 x,e eux et au point y e est maximum. facteur ~012703C9/ o V 2, 03B5égal cavité (voir plus haut). peu différente de la au 03C9 étant deux vecteurs position On reconnaît dans fréquence fréquence de qui où le uni- à l'axe de la représente d'un aux l'am- points où l'expression photon stocké de E le dans du mode de la cavité, transition atomique. o 03C9 au cas de la champ est quantifié dans volume effectif du mode. Contrairement d'électrodynamique quantique, + 03C3 dans la structure d'onde stationnaire r est la complexe repré- polarisation fonction réelle de la champ et pour la f(r) est normalisée de telle façon que f(r) = 1 l'amplitude du champ ici entre est = x y + 2 ie e polarisation relative du plitude 03B5 polarisation du champ : x e y -2 ie 03B5 plupart la supposée V est le des calculs une cavité fic- 31 tive de forme arbitraire et de dimensions (qu'on fait d'ailleurs tendre, ré vers V l'infini), est ici un devant le grandes à la fin du système considé- calcul, paramètre physique bien défini, lié aux caractéristiques géométriques de la cavité. On V peut calculer simplement en équivalentes de l'énergie moyenne dans l'état est le hamiltonien du égalant |n &#x3E; : champ libre. Après quelques calculs élémentaires, Nous utilisons dans confocales on trouve : expériences des cavités Fabry-Perot nos semi-confocales. On a, dans ou deux expressions ces deux cas 81 ( ) : (structure de mode gaussien stationnaire). z tir de ses est l'abscisse le l'étranglement long de l'axe de la cavité, mesurée à par- du faisceau gaussien, selon les directions et e x e. y w(z) x et y (rayon les coordonnées transver- du mode à l'abscisse z) est défini par : o w étant le rayon minimum du mode férence, relié à la distance ("waist"). q, enfin, entre miroirs L par : est l'ordre d'inter- 32 V Le volume effectif est donc donné par : Le volume effectif du mode est donc de cavité dans le dixième ordre nous utilisons). c'est le cas (ce qui est à peu près le V Le fait que cavité une pour photon dans le mode ne soit pas très 3 503BB l'ordre de pour une des cavités que cas devant 03BB (comme grand 3 optique) indique bien que le champ d'un seul est assez important, donc que le ainsi couplage atome - champ. 2) La relaxation du mode du champ pertes dans les Les de l'énergie électromagnétique est le facteur de ces entre 10 ns miroirs stockée dans la cavité qualité de la cavité) 1 et 03BCs. Il est donc tion 0394t des atomes avec le mode système doit donc impérativement Q/03C9, = cav pratique dans nos où Q expérien- plus de l'ordre du temps d'interacque des temps caractéristiques d'évoréaliste de l'évolution du compte des processus de relaxation mode du champ, ne qui de nombreuses autres On serait d'ailleurs Schrodinger temps, ou bien le en ces adapté vue de vue de Heisenberg champ dans originale. deux points de à la vue. Le est lequel opérateurs dépendent du temps. mémoire, effet bien que le point de cas appliquée à Nous nous 82 ( ). 83 )( où la matrice densité du point de et où les ce aucun mé- peut adopter, pour décrire la relaxation du mode, le point de la suite de en ce rappeler brièvement les résultats obtenus dans publications vue est constant bien sûr, donner,dans le cadre de exhaustive de la théorie de la relaxation description contenterons donc seulement de est en (T champ. moire,une de varie description tenir Nous ne pourrons pas, un au ainsi lution des variables atomiques. Une du font que le temps d'amortissement une fonction du l'état du Nous système utiliserons, dans point de vue de Schrödinger description des petits systèmes (N ~ 1), alors Heisenberg permet d'établir, pour les grands systèmes 33 (N quantités classiques. deux points de d'avoir un modèle comprenant miroirs a nécessaire, pour décrire priori un large une sur du opérateurs ceci champ a et au. + a à-dire le facteur de des miroirs. à deux niveaux réservoir est La valeur ble, voire même en ce mo- tous les cas, le combinaison linéaire des peut être couplage, ce mesurée dans des la cavité -voir en appendice 1) des premiers principes, le point de vue de l'évolution de la matrice densité du est dépend pas de c'est- expériences fonction de la freet nous une n'avons tâche formida- impossible. Dans F H une partant modèle bien sûr de la structure microscopique champ incident par exemple donc pas à l'obtenir ne précise de l'amplitude de cette valeur Cependant, un équilibre thermodynamique). en toujours qualité, dépend dont les aussi conséquence du fait que, dans est une indépendantes (mesure de la quence d'un (on utilise souvent gamme. On peut utiliser Heureusement, la forme des équations de relaxation couplage ces relaxation, cette grand nombre d'oscillateurs harmoniques pavés d'atomes dèle détaillé : champ dans la relaxation du modèle du réservoir auquel le mode est couplé fréquences s'étalent de Nous décrirons donc vue. Il est un fructueuses entre opérateurs quantiques et 1),des correspondances » le hamiltonien du Schrodinger, l'équation pilote décrivant champ F 03C1 peut s'écrire 79 ( ) : champ libre défini précédemment (III.7). opérateur liouvillien de relaxation dont l'action sur F 03C1 F ~ est un 34 Dans cette dans le mode en de la est le nombre moyen de des température qualité de la cavité perte d'énergie pour le champ et |n d'occupation On à peut un gain l'équation (III.14) d'énergie &#x3C; a &#x3E; &#x3E;, on l'équilibre montrer = fonction une décrivent pour le réservoir. développant l'équation pilote (III.13) montrer très peut une Les du réser- 0 ) sur matrice densité du simplement que la est : aussi que : équation exprimant que le champ électrique relaxe ( général en et champ. En champ l'équation (I.8) l'absorption de l'énergie thermique deux derniers termes décrivent par le qui est photons thermiques miroirs. Les deux premiers termes de voir donné par est le facteur de Q(T) équation, n une avec constante de temps{ vers état son d'équilibre 03C9. -1 } 2Q(T) Dans le point de l'action du réservoir la force de Langevin sur les vue de Heisenberg, il opérateur a et + a est commode de décrire par une force aléatoire a est a F : alors donnée par : Le deuxième terme du membre de droite de cette la relaxation du {03C9 2Q(T)} -1 avec et champ vers son état d'équilibre avec une le troisième décrit les fluctuations du le réservoir. On notera l'analogie équation décrit constante de champ formelle entre cette en temps contact équation et 35 celle de l'évolution de la vitesse d'une un gaz 87 - 88 ( ). de cette Nous verrons, analogie profonde tout entre ce au particule long de problème ce brownienne plongée dans mémoire, des conséquences de relaxation et le mouvement brownien. résulte a F temps de corrélation de largeur Il fréquence en s'agit donc mique. De fait de la superposition d'un grand aléatoires, chacun d'eux correspondant processus Le en F, 03C4, c du réservoir, est donc de à un nombre de des modes du réservoir. l'ordre de l'inverse de la c'est-à-dire de l'ordre de l'inverse de 03C9. d'un temps extrêmement court à l'échelle de l'évolution ato- plus, a F possède les propriétés d'une variable aléatoire gaussienne (théorème de la limite centrale). En d'autres termes, tous les moments d'ordre impair de F sont a simplement 03C4 03B4 est une a les moments d'ordre pair s'expriment tous donc : fonction de largeur c 03C4 et d'intégrale sur le temps 1, qui c peut être assimilée à lution atomique. ce et fonction du moment d'ordre 2. en On où nuls, qui exprime dans le passé, 03C4 03B8 c une (T) simplement avec un distribution de Dirac à l'échelle des temps d'é vo- que le champ n'est corrélé qu'aux forces temps de mémoire de l'ordre de Q/03C9. La valeur des coefficients de diffusion obtenue en explicitant a(t) fonctions de corrélation du en fonction de champ à a+a D T) F (t - et aa+ D peut être et en utilisant les l'équilibre thermodynamique On trouve : 3) Equation d'évolution du système atome Nous allons donner dans ce complètes du système champ. Commençons deux niveaux. spin 1/2. par constitué par un paragraphe les équations d'évolution et niveaux notations relatives Il est fructueux d'utiliser Ces champ atome à deux préciser quelques Nous introduirons donc les d'un moment + l'analogie opérateurs, + D de D opérateurs vérifient les relations de ce et au système atomique s'écrit alors système système avec à un 3 définis par : D commutation standard angulaire : Le hamiltonien du le mode du simplement : 37 Le moment où dipolaire est la a 03B5 de l'atome s'écrit : de la transition atomique. polarisation Nous écrirons l'interaction de l'atome cadre de (03BB » et té est pour dans le négliger, a D le champ dans le largement vérifiée ) 9 ( plus l'approximation de l'onde tournante D.E, les termes non ici proche de la fréquence atomique). que la atomique a (03B5.03B5 = 1), Nous supposerons de mode est le mouvement de l'atome à travers le mode de la cavité être inclus, il mais égale complique l'algèbre sans Nous cavi- plus, uniquement à la que l'atome est initialement situé dans champ électrique (f(r) = 1 dans l'équation (III.5)). con- résonnants (cette approximation est valide tant que la fréquence de la simplifier l'algèbre, sation de Nous ferons de ). o a 2 n sistant à aD très l'approximation dipolaire électrique, avec polari- un ventre enfin négligerons (cet effet pourrait introduire d'idée physique nouvelle). Après de couplage ces quelques hypothèses simplificatrices, champ atome - AF H Pour obtenir une nous s'écrit : équation d'évolution simple pour le système, supposerons que la relaxation atomique est laxation atomique sont en le hamiltonien effet,dans nos négligeable. expériences,de Les taux de re- champ n'est alors que le temps d'interaction cohérente avec de 3 03BCs. En tout état de cause, pourraient être inclus, compliquent un système à deux peu l'atome, niveaux ce effets l'analyse mathématique que la relaxation du avec ces qui n'étant plus du valable le 5 10 l'ordre de que de l'ordre mais problème, l'approximation a -1 s, ils du priori. Nous supposerons enfin champ n'est pas sensiblement modifiée par le couplage est légntime puisque 03A9 L'équation pilote alors, dans le point de vue de « 03C4 c. 1 de la matrice densité du Schrödinger : système A+F 03C1 s'écrit 38 où F ~ est le liouvillien n'agissant les variables du sur que l'équation (III.14). par Dans le point de de vue Heisenberg, maintenant,, ± [D A H AF H ], + les quelques 8) Emission spontanée d'un résonnante à préparé dans le point de d'évolution possibles montrerons que, en (w vue = de ce ), o 03C9 03C9/Q 1) Les deux (§ 3). une Ce cavité une ini- de la transition résonnante photons (T décrirons les deux nous régimes (03A9 » = 0 K). régimes 03C9/Q (§ 1). 03C9/Q), l'utilisation du interprétation physique très expérience régime peut spontanée due où le régime correspondant être décrit à la modification comme une induite par la cavité. régimes d'évolution L'équation pilote (III.28) &#x3E; initialement vide de ces Nous décrirons enfin champ |e Schrödinger, pour l'un de accélération de l'émission de modes du une fonction des valeurs relatives de 03A9 et pu être observé a dans l'évolution d'un atome paragraphe formalisme de l'atome habillé conduit à simple (§ 2). unique nulle supérieur niveau le mode de la cavité « et équations d'évolution dans ces atome température décrirons dans Nous Nous AF H ] simples : cas tialement + obtient, on équations couplées : Nous allons maintenant résoudre avec [a, H F le calcul -élémentaire- des commutateurs après à 03A9 champ donné avec n = 0 (T = de la matrice densité du 0 K). La conservation de système l'énergie est l'équation restreint alors 39 l'évolution du |1 &#x3E; = états veau |e, |2 &#x3E; 0 &#x3E; = système à trois états seulement : |g, 1 &#x3E; et |3 &#x3E; du bas de la transition Dans le cas = un limite 0 &#x3E; 1 |3 l'état |1 &#x3E; &#x3E; et |2 &#x3E;, à la correspondant 03C9/Q ~ 0 pulsation 03A9. &#x3E; atome dans le ni- |3 Si une &#x3E; ne peut oscillation de Rabi entre la relaxation est présente, système. L'équation pilote développée et|3 un (cavité idéale), l'état simplement devient l'état final du à les photon dans le mode. 0 ou pas être atteint et l'évolution est les états préparé atome excité dans une cavité vide et |g, avec l'état ement sur |1 &#x3E;, |2 &#x3E; donne : Ces quatre équations ne indépendantes (conservation sont pas de la trace de la matrice densité). Nous poserons donc 03C1 1 Ce système = ; 03C1 11 03C1 2 = différentiel admet les ; 22 03C1 21 -03C 1 12 03C1 = 03B1. On fréquences propres : a alors : 40 On donc à a distinguer deux régimes, remplie, x est de temps (t) e P le = cas 2Q/03C9. 03C1 1 03C9/Q La |1 &#x3E;, ces |2 couplés oscillations est très |e 0 et |3 &#x3E; en &#x3E; et simple : sur et donc la tante de |g 1 &#x3E;. b. Si, o x et figure 4-a dans (III.33) signifie Bien assez de ces fait que en longtemps pour sûr, l'excitation de la cavité, probabilité de réabsorber le photon émis, décroît champ d'un seul photon à-dire la la condition réabsorbé, puis réémis. temps 2Q/03C9. Ce régime constante une fait les oscillations quantiques entre le photon émis par l'atome est stocké dans la cavité pouvoir être avec trouver l'atome dans le niveau excité fonction du temps, en Les contiennent donc des termes oscil- oscillations étant amorties 0.2 03A9. On observe les deux états &#x3E; probabilité de représentée, est = 203A9. contiennent des parties imaginaires de l'ordre de fréquences, ces. 2 Q 2 1603A9 / 03C9 signe de 1 - + - populations des états lants à suivant le avec une est donc une auto-nutation de Rabi dans cons- le émis par l'atome lui-même. Régime surcritique monotone au contraire, l'amortissement de la cavité est fort, c'est- si : ± x sont réelles. La population de l'état |1 &#x3E; diminue alors de façon monotone. La constante de temps de cette décroissance est essentiellement déterminée par la valeur propre de plus petit module | + |x 403A9, « |, o |x |, |x c'est-à-dire tielle. On peut alors définir un si 03C9 Q » + x : si la décroissance est exponen- spontanée dans la cavité : 41 exponentielle de la figure dans le 4-b Comparons libre sur cas 03C9/Q cav 0393 la probabilité sur 503A9. = taux au représentée est (t) e P d'émission spontanée dans l'espace la même transition : avec Le taux d'émission spontanée dans la cavité grand que celui dans l'espace libre V grandeur est, si ~,le 3 03BB d'un facteur ~ facteur de de la résonance pure curiosité prévu théoriquement par magnétique dont l'ordre de qualité de la cavité. Nous décrirons dans le spontanée dans Purcell,dès 11 ( ), 1946 nucléaire. C'était toutefois à théorique, impossible à paragraphe 3 expérience un réso- à propos l'époque une plus cav Cet effet d'accélération de l'émission nateur avait été est donc une où les états de Rydberg ont permis d'observer cet effet. par Purcell L'argument développé rent de celui que brièvement. Nous nous avons venons en de fait nous décrit l'émission continuum de pace libre. modes, Il est l'intermédiaire de rions aussi en son comme fait l'atome n'est pas dans le couplé couplage ici cas avec au spontanée rappeler comme un couplé directement de l'émission indirectement quelque peu diffé- allons donc le présenter; processus de relaxation indirect : un 11était ( ) à spontanée dans l'es- réservoir du champ par le mode discret de la cavité. Nous bien pu décrire le mode de la cavité comme une superposition au- 42 couvrant une bande de de modes vue, l'atome 03C9/Q. La condition apparaît directement comme de fréquence largeur 03C9/Q. couplé à un Dans ce continuum de (III.34) indique que la largeur de ce largeur de grande continuum est (03A9). devant l'inverse des temps caractéristiques d'évolution atomique trouve donc dans le cadre de point de On se et le taux Wigner-Weisskopf d'amortissement de l'énergie atomique est donné par la règle d'or de Fermi. La densité 03C9/Q étant 2 03C0 Q 03C9,le d'une distribution lorentzienne de spectrale le taux de transfert de Cette valeur coincide effectivement la Si plique plus on 03C9/Q 03A9, « règle d'or de la retrouve en fait dans ce modèle deux ces régimes peut modéliser l'influence des en les s'ap- ne régime d'oscillations détail en en tous ces présence électrique au miroirs dipôles d'un niveau ). 3 03BB sont phase dans le cas V ~ l'évolution ato- son à l'angle solide en phase. un énergie Q d autre ceux-ci la fréquence Le On est champ Q fois plus grand que fois grandeur plus si elle vite que dans du facteur d'accéléra- Si le volume de la cavité est, il intervient 3 plus grand que 03BB proportionnel sur dipôle atomique. alignées antennes est ces. 3 03BB le avec de Q antennes système d'une de en simple d'images électriques. termes de la cavité libre. On retrouve bien l'ordre de ~ c av, en Si la cavité est résonnante à était isolée. L'atome rayonne donc l'espace très remplaçant par les Q images du dipôle atomique dans V atomique, tion un Fermi été discutée a de cette accélération de l'émission spontanée alors alors 89 ( ). On peut donner aussi une (si spontanée apparaît donc dans l'espace libre. contraire au et 03C9 2 3 303C0 C de Rabi. La transition entre mique celle donnée par accordée, 2 03C0 Q 03C9 1 V, champ qui vaut, dans la cavité qu'elle n'est que de On est : conséquence de l'augmentation de la densité spectrale volumique de modes du dans &#x3E; avec de l'émission l'équation (III.35). L'accélération comme |g &#x3E; vers largeur beaucoup facteur, d'origine géométrique, 'émission de ce système de Q antennes Figure 5 : Niveaux d'énergie de l'atome propres du hamiltonien total à résonance (w = ). o 03C9 habillé (états A H + F H + AF H ) 43 dans Q que explique Ceci alignées. que le soit,dans ce cas,plus /03BD,proportionnel donc à 3 03BB facteur ~ cav un petit 03BB. 2 w o 2) L'émission spontanée dans le formalisme de l'atome habillé Plutôt que "découplée" des états d'analyser l'évolution du système dans la base |e, |g, n &#x3E; et n des états propres du hamiltonien total adopter le point de siste à montré 90 ( ). 93 92 91 )( rayonnement nous dans le représenté photon 012703C9. sont des même figure 5, l'angle ~ n et valant + connu Cette démarche AF H. problèmes le sur un en ces spontanée oscillante. et à résonance, en &#x3E; l'absence de A H et de déjà ce for- du paraNous aurons III.D. groupes étant n a con- couplage matière - paragraphe que |g, + + F H |g AF H, 0 &#x3E; et une séparés par l'énergie ième n Les deux états de l'atome habillé de la | e, qui simplement les résultats III.C. n-1 multiplicité &#x3E; (qui ont la et |- n &#x3E; couplage) : étant défini par : 03C0/4 à résonance. L'écart d'énergie entre les unités de F H du hamiltonien total consiste combinaisons linéaires de énergie, + paragraphes série de groupes de deux niveaux, du A H Nous verrons dans ce diagramme d'énergie la sur pouvons utiliser la base de l'émission cas à l'utiliser dans les Le nous retrouver très permettra de graphe précédent aussi bien efficacité dans de nombreux son malisme vue &#x3E;, pulsation : niveaux |+ n &#x3E; vaut, en 44 ce se qui réduit, à résonance, à : est donc (n) o (03C9 dans le proportionnel à la fréquence de Rabi du système atomique champ de Bien 03A9 et le désaccord qui est bien le photons). n entendu, o 03C9 - cas dans les expériences A l'instant initial t |e, 0 &#x3E; qui est superposition une sont d'utilisation commode que ne = nous que décrivons 0, le système est combinaison linéaire des états contient des termes oscillants à la les deux états de l'atome habillé, être modulée elle aussi à cette 203A9. La |+ 0 &#x3E; et fréquence de population atomique nous et niveaux 0 &#x3E;. On obtient alors qui s'écrit, à résonance g0g0 03C1 (03C9 un = |- 0 Cette &#x3E;. Bohr entre doit alors comme un phéno- 94 ( ). 95 )( description plus quantitative de l'évolution, développerons l'équation pilote (III.28) |g dans l'état fréquence. mène de battements quantiques entre une ce ici. préparé L'émission spontanée oscillante apparaît alors Pour obtenir si petits devant la fréquence de transition, sont w états ces sur ) : o 03C9 étant évidemment donné par |± 0 &#x3E; différentielles linéaires 45 pourrait bien entendu résoudre On comme nous le fîmes pour le Il est paragraphe précédent. que, si la condition oscillante est coup système (III.30) en fait et retrouver beaucoup plus intéressant de remarquer on peut approcher ce système par une équation beau- plus simple. 03A9. Si 03C9 Q « effet, les fréquences d'évolution typiques des populations alors que celle sont nulles 03A9, ces quantités évoluent donc différentes. On peut alors faire couplage entre populations fie alors considérablement et ce (III.33) d'apparition du régime d'émission spontanée remplie, En le ce une est de l'ordre de des constantes de temps très avec approximation séculaire et cohérences. se 03C1 + 0, - 0 Le en système (III.44) négligeant se simpli- réduit à : qui conduit immédiatement à la solution : L'état initial On |e, 0 &#x3E; correspond peut donc calculer particulier, la probabilité (t) e P aux toutes les quantités physiques et, en de trouver l'atome excité à l'instant t : 46 On retrouve donc facilement tation les oscillations amorties de l'exci- atomique décrites dans le paragraphe précédent. Ce petit calcul illustre bien l'intérêt du formalisme de l'ato- me habillé pour notre problème quand re qui consiste à équations d'évolution des populations des cohérences les découpler 93 ( ). Cet intérêt paragraphe III.C, quand nous on peut faire l'approximation séculai- apparaîtra examinerons encore et clairement dans le plus le comportement d'un e dans un champ thermique. 3) Observation de l'accélération de l'émission spontanée dans une cavité résonnante Nous avons pu observer, pour la première fois, le régime tone de l'émission spontanée dans condition est siste 03C9/Q » 03A9 remplie ). simplement à préparer |e le niveau &#x3E; = une 1⁄2 23S Le principe de cette environ dans un atome à ventre de un de population avec le niveau le mode de la cavité. 340 GHz aussi vers (nous verrons La |g &#x3E; 1⁄2 22P = fréquence de expérience 12 ( ) le transfert pendant le temps d'interaction 0394t la transition plus loin l'intérêt de travailler à vers le |e &#x3E; ~ une |g &#x3E; est de fréquence niveau |g &#x3E; par spontanée dans la cavité pendant le temps 0394t est, d'après les sultats du paragraphe Si transition le |g ré- III.B.1.b : la cavité n'est pas &#x3E; ~ con- à l'intérieur de la struc- On observe alors élevée). La proportion d'atomes transférés émission (dans laquelle la chaque impulsion laser dans champ ture d'onde stationnaire du mode de la cavité. mono- &#x3E; ne peut se résonnante, l'émission spontanée produire que dans les modes sur la transverses et Figure 6 : Signaux d'ionisation laser (traits par champ moyennés sur pleins : cavité à résonance 1⁄2 23S ~1⁄2 22P ;pointillés : sur impulsions la transition cavité hors résonance). Le nombre moyen d'atomes excités est de les courbes a) b) et c) 200 3.5 , 2 et 1.3 pour 47 reste tout à fait le temps 0394t négligeable pendant le transfert dû à la résonance de la cavité les formes des signaux d'ionisation pour nante. laser le pendant le |g &#x3E; ~ temps 0394t à 6 K) une -1le s, dizaine de 03BCs immédiatement été nécessaire transfert par émission de l'ordre de 500 cav est. 6 10 ce Afin d'obtenir d'employer des ayant fait l'objet d'un miroirs qui correspond à valeur une aussi miroirs est l'avantage important aussi soigné. ce est en rayonnement graphe suivant, cav 0393 n T = 6 K et 03C9 = 203C0 effet, comme n = 5 -2et 10 en parti- noir. nous pratiquement les Le taux de transfert le dans le para- verrons (n nombre moyen de photons thermiques 340 GHz, Une des- températures cryo- de supprimer transferts induits par le rayonnement du corps induit par élevée présentée dans l'appendice 2. l'environnement de la cavité à des Le refroidissement de un supraconducteurs (Niobium traitement de surface très géniques présente la sur spontanée cription détaillée de l'appareil expérimental -aspect cryogénique culier- et de la après 3 03BCs n'est observable que si le facteur d'accélération = facteur de qualité de l'ordre de a après spontanée dans l'espace libre étant, ~ 150 o 0393 &#x3E;, de l'émission spontanée ~ de Q, il fait modifiée en réson- deux). sur Le taux d'émission transition non moyen de la technique de l'électrode de trempe au (le champ F 2 (t) étant appliqué pendant impulsion comparant en cavité résonnante et une la cavité est La condition de résonance de chaque impulsion laser une 0394t « 1). On peut donc o (0393 donc cav n 0393 0394t « par mode). A cav 0394t. 0393 Cet aspect de l'expérience justifie l'utilisation d'une transition de fréquence élevée. Pour obtenir rature, nous avons nés sur 200 et avec une thermalisation du mode de la cavité à cette entouré la cavité d'écrans absorbant micro-onde La une thermiques impulsions laser avec cavité hors résonance les signaux d'ionisation par une (lignes pointillées). champ moyen- (lignes continues) Le nombre moyen 2 et 1.3 dans les d'atomes excités par chaque impulsion laser est de 3.5, Le recouverts d'un (voir appendice 2). figure 6 présente signaux a), b) et c) tempé- changement de forme du est résonnante révèle un transfert vers signal d'ionisation quand la cavité |g qui, rappe- le niveau &#x3E; = 1⁄2 22P 48 (t) 1 lons-le, s'ionise dans la rampe de champ électrique F le que le niveau &#x3E; 23S = figure 6 donne, de la. 1⁄2 Une un taux de transfert de 15%. Ce taux correspond, d'après (III.50), dans la cavité 0393 cav ~ 8 teur de compatible la valeur maximale attendue avec le nombre d'atomes excités par par l'ordre de 30%. Cependant, de l'expérience à faible. un se produire. de Rydberg champ tant que effets collectifs, que 3 ou commun restent donc discuterons dans le ici les qualité obtenue encore ici, la période des oscillations de Rabi dans le 123 03BCs. Nous il faudrait en sommes étant faible (15%), la l'expérienqui nais- négligeables pendant la durée plus petit que chapitre IV, malgré la 5 6. Les ou peuvent donc ne d'un atome dre de 2 K, mais il canique de la cavité (III.34) d'observation du donc Q/03C9 est de 0.35 03BCs, alors que d'un seul champ se en refroidissant les pose alors des (pour Q ~ est photon bien loin des conditions d'observa- encore Pour observer miroirs à une,un 7 10 déplacement relatif Des ce 7 10 à régime,. 8 10 Ceci température de l'or- problèmes dramatiques suffisant pour sortir de la résonance). la forte valeur du fait atteindre des valeurs de Q de l'ordre de possible priori sement de 1.3, la pro- dipôles atomiques régime oscillant de l'émission spontanée. Åest signal c) du largement remplie : le temps d'amortissement dans la cavité 20 e~g 03B1 la condition l'énergie électromagnétique a cas propriétés radiatives de est le isolé. regime surcritique est tion du Dans Les corrélations entre Nous testons donc bien coefficient de = statistique de Poisson pour soit émis dans une réalisation de le nombre d'atomes est nous intense 4 atomes dans la cavité est de Il est important de remarquer que, 203C0/03A9 10 est, 5. 7 9 ( ) 6 -Q 6 ~ 1010 chiffres, Q ~ 7 ces une le taux de transfert probabilité que plus d'un photon couplage spontanée 530. La valeur du fac- où la valeur moyenne de cette distribution est de exemple sent du ~ à ~ cav chaque impulsion.
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Evaluation de l'AERES sur l'unité : Institut de Physique du Globe de Paris IPGP sous tutelle des établissements et organismes : Institut de Physique du Globe de Paris Université Paris 7 – Denis Diderot Centre National de la Recherche S cientifique Le président de l'AERES "signe [], les rapports d'évaluation, [] contresignés pour chaque section par le directeur concerné" (Article 9, alinéa 3, du décret n°2006-1334 du 3 novembre 2006, modifié). Institut de Physique du Globe de Paris, IPGP, CNRS, Université Paris 7, M. Claude J AU PART - : : : : : :  Notation de l'unité : Institut de Physique du Globe de Paris C1 C2 C3 C4 C5 C6 A+ A+ NN NN NN A+  Notation de l'équipe : Dynamique des fluides géologiques C1 C2 C3 C4 C5 C6 A+ A+ A+ A+ A+ A+  Notation de l'équipe : Géophysique Spatiale et Planétaire (2007-2012) : Bilan C1 C2 C3 C4 C5 C6 A+ A+ A+ A A+ NN  Notation de l'équipe : Planét ologie et Sciences Spatiales : Projet C1 C2 C3 C4 C5 C6 NN NN NN NN NN A+  Notation de l'équipe : Gravimétrie et Géodésie Spatiale C1 C2 C3 C4 C5 C6 NN NN NN NN NN A  3 Institut de Physi que du Globe de Paris, IPGP, RS, Université Paris 7, M. Claude JAUPART  Notation de l'équipe : Géobiosphère actuelle et primitive C1 C2 C3 C4 C5 C6 A+ A+ A+ A+ A A+  Notation de l'équipe : Géochimie des Eaux C1 C2 C3 C4 C5 C6 A A A+ A+ A+ A  Notation de l'équipe : Géochimie et Cosmochimie C1 C2 C3 C4 C5 C6 A+ A+ A+ A+ A+ A+  Notation de l'équipe : Géologie des Systèmes Volcaniques C1 C2 C3 C4 C5 C6 A A A+ A+ A+ A  Notation de l'équipe : Géomagnétisme C1 C2 C3 C4 C5 C6 A+ A+ A A A+ A+  Notation de l'équipe : Géophysique Expérimentale C1 C2 C3 C4 C5 C6 A+ A NN NN NN B  Notation de l'équipe : Géosciences Marines C1 C2 C3 C4 C5 C6 A+ A+ A+ A A A+  Notation de l'équipe : Géochimie des Isotopes Stables C1 C2 C3 C4 C5 C6 A+ A A+ A+ A+ A 4 Institut de Physique du Globe de Paris , IPGP, CNRS, Université Paris 7, M. Claude JAUPART   Notation de l'équipe : Paléomagnétisme C1 C2 C3 C4 C5 C6 A+ A+ A A+ A+ A+  Notation de l'équipe : Sismologie C1 C2 C3 C4 C5 C6 A+ A A+ A A+ A  Notation de l'équipe : Tectonique et Mécanique de la Lithosphère C1 C2 C3 C4 C5 C6 A+ A+ A+ NN A+ A 5 Institut de Physique du Globe de Paris, IPGP, CNRS, Université Paris 7, M. Claude JAUPART IPGP U actuel : UMR 7 Nom du directeur (2012-2013) M. Claude JAUPART Nom du porteur de projet (2014-2018) M. Claude JAUPART M. Pierre SCHIANO, Université Blaise Pascal, Clermont Ferrand Experts : M. Michel BOUCHON, Université Joseph Fourier, Grenoble M. Frédérick BOUDIN, Université Montpellier 2 M. Philippe CARDIN, Université Joseph Fourier, CNRS, Grenoble Mme Linda ELKINS-TANTON, Carnegie Institution of Washington, USA M. Niels HOVIUS, Universität Potsdam, Allemagne M. Laurent JOLIVET, Université d'Orléans M. Ingo KLAUCKE, Geomar, Kiel, Allemagne M. François MARTIN, Observatoire Midi-Pyrénées, Toulouse (Représentant du CNU) Mme Carole PETIT-MARIANI, Université Sophia-Antipolis, Nice (Représentante du CoNRS) Mme Frances WESTALL, CNRS Orléans M. Rainer WIELER, ETH Zurich, Suisse Délégué scientifique représentant de l'AERES : M. Jean Luc BOUCHEZ Représentant(s) des établissements et organismes tutelles de l'unité : M. LAURENT MICHON (membre du Conseil d'Administration de l'Université de la Réunion) M. Équipe de Direction L'équipe de direction de l'IPGP comprend le Directeur (M. C. JAUPART) assisté d'un directeur adjoint (M. BENEDETTI), d'un directeur-adjoint chargé de l'enseignement (M. E. KAMINSKI), d'un directeur adjoint chargé des observatoires (N. Shapiro) et d'une directrice générale des services (M. L. ZERBIB). Le dispositif de pilotage de l'IPGP s'appuie notamment sur trois instances : 1) Un conseil d'administration présidé actuellement par M. Ph. GILLET, qui est garant de la politique générale de l'établissement et vote les comptes ; 2) un conseil scientifique présidé actuellement par M. CHAUSSIDON, consulté sur les orientations de la politique de recherche, et 3) un conseil d'unité interne à l'établissement. Description synthétique du domaine de l'unité et de ses activités Acteur majeur du domaine « Sciences de la Terre et de l'Univers, Espace », les missions statutaires de l'IPGP sont définies par son décret fondateur comme suit : L'IPGP participe à des programmes de recherche fondamentale et appliquée, en liaison avec les grands organismes de recherche nationaux et internationaux, notamment l'INSU-CNRS; Il organise des enseignements et participe à des actions de formation ; Il assure des observations permanentes de divers phénomènes naturels en métropole, outre-mer et à l'étranger et procède à des observations temporaires sur terre, en mer ou dans l'espace; ces observations peuvent concourir à la prévention et à la mitigation des risques sismiques et volcaniques ; Il fournit à la communauté nationale ou internationale des services liés à l'activité de recherche de l'établissement. La structuration interne actuelle de l'IPGP date de 2006. Elle résulte de la fusion de 8 UMR en une seule UMR divisée en 13 équipes de recherche, elles-mêmes organisées autour d'une discipline centrale, d'installations expérimentales spécifiques et de 4 observatoires : Equipes de recherche : Dynamique des fluides géologiques ; Géophysique Spatiale et Planétaire ; Géobiosphère actuelle et primitive ; Géochimie des eaux ; Géochimie et Cosmochimie ; Géologie des Systèmes Volcaniques ; Géomagnétisme ; Géophysique Expérimentale ; Géosciences Marines ; Géochimie des Isotopes Stables ; Paléomagnétisme ; Sismologie ; Tectonique et Mécanique de la Lithosphère ; Observatoires : Observatoires Volcanologiques et Sismologiques ; Observatoires Magnétiques ; Géoscope ; OBSERA. L'équipe « Géophysique expérimentale » n'a que deux ans d'existence. ailleurs, l'équipe Géophysique Spatiale et Planétaire s'est scindée en deux en 2012, avec l'émergence d'une équipe « Géodésie/Gravimétrie suite à la venue du Laboratoire de Recherche en Géodésie (LAREG) de l'IGN au sein du Campus Spatial de l'Université ParisDiderot. 7 Institut de Physique du Globe de Paris, IPGP, CNRS, Université Paris 7, M. Claude JAUPART Nomenclature AERES ST3 Sciences de la Terre et de l'Univers N1 : Enseignants-chercheurs titulaires et assimilés (IPGP, Univ. Paris Diderot, Univ. De la Réunion) 81,7 81,7 79,5 N2 : Chercheurs des EPST ou EPIC titulaires et assimilés (CNRS, IGN) 45,5 43,5 43,5 43,3 48,3 7,5 4 4 4 N5 : Autres chercheurs des EPST ou EPIC (DREM, Post-doctorants) 23,8 22 22 N6 : Autres personnels contractuels (n'ayant pas d'obligation de recherche) (CT, CT A-C, PAST, autre AP) 9,2 10 207,5 208,5 N4 : Autres enseignants-chercheurs (PREM) TOTAL N1 à N6 156,5 98,54%* * Taux de produisant calculé sur les données des lignes N1, N2, N4 et N5 Doctorants 98 144 68 15 67 67 8 Institut de Physique du Globe de Paris, IPGP, CNRS, Université Paris 7, M. Claude JAUPART 2  Appréciation sur l'unité L'IPGP est une unité de recherche phare dans le domaine des Sciences de la Terre et de l'Univers, tant au niveau national qu'international. Elle a fortement étendu ces dernières années son domaine d'expertise (de la Terre interne à l'environnement) et a réorganisé profondément sa structure (passant de huit UMR à une UMR unique). Les recherches menées au sein de l'IPGP reposent généralement sur une approche pluridisciplinaire et sont consacrées à l'étude de la Terre et des divers phénomènes qui l'animent. Elles utilisent les outils et méthodes les plus performants de différentes disciplines de la physique, de la chimie, de la géologie, des mathématiques et de l'informatique, et s'appuient sur un très important parc d'appareillages expérimentaux et d'instruments de caractérisation chimique et physique des objets géologiques. Si les modèles quantitatifs reposent sur des développements théoriques, les données expérimentales et analytiques et les calculs numériques intensifs constituent l'ossature de nombreux travaux . L'étude de terrain occupe aussi une place importante. L'IPGP présente un bilan général très positif avec une production scientifique de très haute qualité, illustrée par un nombre important de publications dans les revues pluridisciplinaires les plus prestigieuses (Nature, Science, Nature Geoscience, Proceedings of the National Academy of Sciences). Son projet pour le prochain contrat quinquennal est pertinent, réaliste et en bonne adéquation avec ses domaines de compétences. Points forts et possibilités liées au contexte Dans le cadre général de la recherche en Sciences de la Terre et de l'Univers, les principaux points forts de l'IPGP sont les suivants : - Un périmètre thématique unique en France, qui correspond à un panorama scientifique intégrant l'ensemble des thèmes de la Physique du Globe, avec une expertise reconnue et une excellence scientifique dans de très nombreux domaines. Ce panorama a aussi su s'élargir à de nouvelles thématiques présentant de fortes connotations sociétales, notamment dans le domaine de l'environnement ; - Une identité très forte en recherche, qui s'appuie sur une approche profondément pluridisciplinaire et une large gamme de compétence incluant des mathématiciens, physiciens, chimistes, informaticiens et géologues. De nombreux projets marient expérimentation, modélisations physique et/ou chimique et mesures de terrain ; - La présence de leaders scientifiques internationalement reconnus dans un nombre important d'équipes ; - Une production scientifique de qualité, essentiellement dans les meilleurs revues des disciplines concernées et comprenant un nombre important de publications dans les revues pluridisciplinaires les plus prestigieuses ; - Un management de qualité, réactif aux évolutions majeures actuelles des Sciences de la Terre tout en préservant le socle des disciplines de référence de l'Institut, et attentif à l'inertie que peut engendrer l'important héritage historique de l'IPGP. Ceci se traduit par une stratégie de recrutement guidée par l'excellence et une politique de promotion des jeunes chercheurs aux postes à responsabilité ; IPGP, RS 7, - Un nouveau bâtiment principal, qui offre un environnement de qualité pour la recherche et la formation. Concernant les opportunités mentionnons : - La connexion avec l'astrophysique par le LabEx UnivEarths qui permettra l'émergence de nouveaux projets dans le domaine de la recherche sur les premiers instants de la Terre et de l'Univers ; - Les regroupements avec l'Institut Langevin et l'équipe LAREG de l'Institut Géographique National, dans le domaine de l'imagerie haute résolution et de la géodésie spatiale ; - Un adossement à des filières étudiantes de qualité, qui permettent un flux important de doctorants ; - La visibilité internationale de la capitale, ainsi que son important tissu scientifique. Points à améliorer et risques liés au contexte Les points pouvant faire l'objet d'une amélioration et les risques potentiels pour l'IPGP sont les suivants : - Les équipes de l'IPGP sont constituées d'un nombre très variable de chercheurs, allant d'une quinzaine à l'unité. Cette variabilité, qui résulte souvent de la réactivité de l'IPGP aux opportunités scientifiques, peut être source de difficultés lors des arbitrages liés à la politique de l'établissement. Elle peut aussi aboutir au fait que les plus petites équipes n'ont de visibilité que via leurs leaders et ne possèdent pas d'identité scientifique affirmée ; - Les investissements consentis dans les observatoires volcanologiques mériteraient d'être mieux valorisés ; - L'éloignement de tout ou partie de certaines équipes pose souvent des problèmes de logistique et/ou d'animation qui, même si ces problèmes peuvent difficilement être résolus de façon définitive (il est très difficilement concevable de regrouper l'ensemble des personnels de l'PGP sur un site unique), doivent toujours faire l'objet d'une attention particulière ; - Les mouvements de personnels de ces dernières années et l'évolution des connaissances en Cosmochimie ont aboutit à ce que les grandes questions scientifiques de ce domaine, qui étaient précédemment traitées par une seule équipe de l'IPGP, sont maintenant abordées à l'aide de plusieurs disciplines et par plusieurs équipes, ce qui aboutit à un déficit de lisibilité ; - La géologie stricto sensu, pourtant au coeur de nombreuses problématiques abordées par les équipes de recherches de l'IPGP, est en manque de spécialistes dans l'Institut ; - L'actualité récente, liée aux responsabilités dans le domaine des alé et des risques, couplée aux difficultés rencontrées d'une part, par la forte demande en personnel des OSU et d'autre part, par les sollicitations croissantes des autorités locales, pose le problème de la capacité de l'IPGP à répondre à l'ensemble de ses missions d'observation et de gestion des risques sur le long terme. Recommandations Il est important que l'IPGP : - Préserve sa visibilité nationale et internationale, tout en continuant à améliorer sa lisibilité par la définition de ses équipes. Ainsi, le comité préconise une réflexion sur les contours des équipes de géochimie de l'Institut, et sur ceux d'une éventuelle équipe dédiée aux problématiques de la cosmochimie-Terre primitive ; - Harmonise les prérogatives des instances de gouvernance liées à son statut de grand établissement avec celles des tutelles de l'UMR. Pour cela, le comité recommande la création d'un conseil des tutelles de l'UMR, à côté du Conseil d'Administration. Il note aussi une complexité administrative qui résulte de l'adossement d'une UMS à une UMR unique ; - Mette en oeuvre une politique incitative visant à augmenter la production d'articles scientifiques dans certaines équipes. Si un nombre élevé d'articles n'est pas toujours un gage de qualité scientifique, il demeure néanmoins un indice reflétant l'engagement des chercheurs dans la recherche ; - Se dote d'une politique veillant à faire respecter une durée de référence des thèses de 3 ans. 3  Appréciations détaillées Appréciation sur la production et la qualité scientifiques L'IPGP a produit ces dernières années des avancées scientifiques de premier plan, attestées par la très haute qualité des publications produites. Ces avancées concernent un très grand nombre des domaines couverts par les équipes de recherche de l'IPGP, et incluent autant des découvertes scientifiques majeures que des avancées théoriques, méthodologiques voire technologiques (cf. les résultats marquants déclinés dans l'analyse équipe par équipe). Sur la période considérée (2007-juin 2012), l'IPGP présente une production scientifique de 1249 articles dans les meilleures revues internationales (soit une production moyenne d'environ 1,6 articles/an/chercheur), malgré l'impact négatif évident du déménagement dans les nouveaux locaux du bâtiment de la rue Cuvier. La visibilité de ces travaux est à la fois très élevée et en croissance, comme l'atteste l'augmentation régulière du nombre annuel de citations des articles produits par les membres de l'IPGP, qui varie de 6000 en 2007 à plus de 8100 en 2011 (source WOS). Notons aussi que plus de 50 articles ont été publiés dans les revues pluridisciplinaires les plus prestigieuses (Science, Nature, Nature Géoscience et Proceedings of the National Academy of Sciences). Enfin, la politique de l'IPGP encourageant la participation aux congrès internationaux est à saluer. Appréciation sur le rayonnement et l'attractivité académiques L'IPGP possède un indéniable rayonnement, qui excède largement le territoire national dans ses domaines de compétences, et une excellente renommée internationale pour un grand nombre de ses membres. Ceci s'exprime au travers de nombreux indicateurs, notamment: - Un nombre très important d'invitations à la plupart des conférences internationales en Sciences de la Terre ; - De très nombreuses responsabilités éditoriales et participations à des comités éditoriaux des meilleures revues internationales du domaine ; - La responsabilité de plus de 9 chapitres confiés à des membres de l'IPGP dans les désormais « classiques » traités de Géochimie et Géophysique publiés récemment par Elsevier ; - L'attribution de nombreuses distinctions scientifiques à des membres de l'IPGP. Ainsi, au niveau de l'AGU, l'IPGP a obtenu, entre 2007 et 2012, 4 Fellows, la médaille J.B. Macelwane et les prix W. Gilbert et K. Aki ; au niveau européen, 5 médailles de l'EUG, dont 2 A. Holmes, 1 P. Peregrinus, 1 R.W. Bunsen et 1 B. Gutenberg, la médaille H.C. Urey de l'EAG et un prix Humboldt; au niveau national, une médaille d'argent et une médaille de bronze du CNRS, l'élection d'un membre et 6 prix de l'Académie des Sciences ; - 5 membres de l'IPGP coordonnent des projets ERC. Les chercheurs de l'IPGP font partie de très nombreux projets et réseaux de recherche au niveau national et international. Ainsi, l'IPGP est membre d'un important consortium européen de recherche en Science de la Terre, incluant INGV (Italie), ETH Zurich (Suisse), BGS (Royaume-Unis), Utre University (Pays-Bas), « Jaume Almera » Earth Science Institute (Espagne) et GFZ (Allemagne), qui a pour but de coordonner les moyens instrumentaux, faciliter la mobilité des chercheurs et étudiants et mener des recherches alliant sciences fondamentales et appliquées. L'IPGP possède aussi des collaborations étroites et soutenues avec les principaux centres de recherche et laboratoires internationaux, qui se traduisent par des conventions de coopération avec plus de 15 instituts de recherche (USA, Japon, Russie, Allemagne, Canada, Chili, Inde, Chine ). Appréciation sur l'interaction avec l'environnement social, économique et culturel Positionné sur des enjeux à fort impact scientifique fondamental, l'IPGP tisse toutefois des liens collaboratifs étroits avec de nombreux industriels sur des sujets à connotation économique et sociale. Dans ce contexte, la reconduction pour la période 2009-2014 du programme sur la séquestration du dioxyde de carbone mené entre 2003 et 2008 avec les sociétés Total et Schlumberger, et avec l'ADEME est un signal extrêmement positif. L'ouverture récente avec l'Ecole des Mines de Paris et le soutien de Total, Schlumberger, CGG Veritas et Shell, d'une formation Master en géophysique d'exploration, les collaborations avec EDF sur un projet de géothermie en domaine volcanique, et avec VEOLIA sur un programme de caractérisation et de suivi des réserves d'eau d'une région, sont autant de moyens de renforcer encore les liens de l'IPGP avec l'industrie. L'IPGP possède une excellente capacité à obtenir des financements externes, en particulier dans les principaux programmes de recherche. Pour l'acquisition de gros équipements, notamment dans le domaine analytique, l'IPGP s'appuie aussi sur une stratégie de partenariat avec des industriels, les collectivités, en particulier la région Ile-deFrance via le programme SESAME, et les principaux centres européens de recherche en Sciences de la Terre. Appréciation sur l'organisation et la vie de l'unité La gestion des sites étant dévolue à l'UMS, l'IPGP est organisée pour la recherche en équipes, souvent disciplinaires, au sein d'une UMR unique. Cette structuration permet une stratégie scientifique globale de l'unité, par exemple au niveau des priorités de recrutement, et facilite la mise en oeuvre d'une approche multidisciplinaire pour appréhender les principales questions scientifiques considérées. L'existence d'un conseil d'administration et d'un conseil scientifique au niveau de l'établissement, comprenant de nombreuses personnalités extérieures (dont les présidents des deux conseils), permet de bénéficier d'un regard extérieur (à la fois institutionnel et industriel) sur les principales décisions stratégiques. Ainsi, les recrutements sont décidés au niveau des conseils. L'animation et le pilotage de la recherche s'appuient sur la définition de programmes transverses aux équipes de recherche. Le comité regrette toutefois l'absence de présentation de ces programmes. Notons aussi un soutien financier spécifique aux jeunes chercheurs. Des indicateurs internes basés sur les éléments de production et de rayonnement, servent de base au calcul des dotations en crédits récurrents des équipes de recherche et permettent de suivre leur évolution. Au cours de la période écoulée, plusieurs actions visant à améliorer la structuration fonctionnelle de l'IPGP ont été mises en place, dont la création de cellules « ressources humaines » et « communication », le recrutement d'un ingénieur hygiène et sécurité pour l'ensemble des sites et des observatoires et la mise en place d'un bureau dédié à la préparation des contrats. Le nouveau bâtiment de la rue Cuvier offre un environnement optimal de recherche. Il participe à l'attractivité de l'IPGP et à la qualité de vie de ses personnels. La ambiance générale de l'établissement, propice au questionnement scientifique, au travail d'approfondissement et à la formation de qualité des doctorants, est attestée par la quasi-totalité des personnels. Le comité tient à mettre en avant la qualité de la gouvernance de l'IPGP et l'investissement de sa Direction, qui d'une part, est consciente du juste équilibre à ménager entre intérêt général et prise en considération des individus, et d'autre part est ouverte aux modifications du paysage national et international de la recherche en Sciences de la Terre et de l'Univers, tout en étant soucieuse d'entretenir, de maîtriser et de faire fructifier l'héritage prestigieux de l'établissement. Appréciation sur l'implication dans la formation par la recherche L'IPGP est très bien armé dans le domaine des formations à et par la recherche. En effet, l'intégralité de la formation proposée en Sciences de la Terre au sein du PRES Sorbonne Paris Cité est organisée conjointement par l'IPGP et par l'Université-Paris Diderot, au sein d'une UFR commune. Ceci correspond à des flux moyens d'étudiants sur la période 2007-2012 de 143/an au niveau Licence, 127/an au niveau Master et 121/an au niveau Doctorat. Les enseignements de la filière des Sciences de la Terre de Sorbonne-Paris-Cité sont intégralement pris en charge par les enseignants chercheurs (et assimilés)/chercheurs de l'IPGP et de l'UFR STEP. Ils comprennent la Licence de Sciences de la Terre, de l'Environnement et des Planètes de l'Université Paris-Diderot, à laquelle collabore l'ensemble des enseignants de l'IPGP, la Licence Professionnelle « Gestion des déchets » de Paris-Diderot, en collaboration avec l'IPGP, et le Master de Sciences de la Terre, de l'Environnement et des Planètes de l'IPGP, en cohabilitation avec Paris-Diderot et l'ENS de Paris. Les doctorants font partie de l'École Doctorale des Sciences de la Terre et de l'Environnement et de Physique de l'Univers (ED 109) rattachée au PRES Sorbonne Paris Cité, avec comme établissements secondaires l'IPGP, l'Université Paris-Diderot, l'ENS de Paris et l'université Pierre et Marie Curie. L'école doctorale propose deux programmes doctoraux, dont l'un (Géosciences, Environnement, Planètes) est animé par l'IPGP et le laboratoire de Géologie de l'ENS. Appréciation sur la stratégie et le projet à cinq ans Le projet présenté s'intègre dans la continuité de l'UMR existante. Il s'appuie sur la poursuite des recherches engagées au sein des équipes de recherche et inclut aussi le renforcement des études de modélisation numérique à haute résolution, un soutien particulier à la Cosmochimie et aux études de la composition et la dynamique de la Terre profonde, une meilleure coordination des recherches dans le domaine de la volcanologie, et la consolidation des liens avec l'Institut Langevin dans le domaine de l'imagerie multi-ondes. Le projet implique également la mise en oeuvre de nouveaux programmes transverses internes, pour promouvoir l'interdisciplinarité et les collaborations interéquipes. Le comité d'experts n'a aucun doute sur la pertinence des recherches et sur la faisabilité des projets annoncés. Les éléments d'originalité comprennent des sujets de programmation thématique et aussi l'achat de gros équipements. Ainsi, de nouvelles infrastructures de calcul seront acquises grâce à l'obtention récente de fonds issus du programme SESAME de la région Ile-de-France, et des demandes pour l'acquisition de spectromètres de haute résolution et d'une sonde ionique focalisée (FIB) vont être déposées. Par ailleurs, le projet comprend le renforcement des thèmes liés à la formation et à l'évolution des planètes, notamment la Terre primitive, par la mise en place du projet LabEx UnivEarths. Le document écrit de prospective signale aussi un rapprochement envisagé avec l'axe « politiques de la Terre » de Sciences Po, autre membre du PRES, pour appréhender les modalités d'interaction entre les populations humaines et leur environnement, notamment du point de vue des risques environnementaux. Toutefois, le comité regrette l'absence de présentation plus déta des projets transverses qui résulteraient de ce rapprochement. 13 Institut de Physique du Globe de Paris, IPGP, CNRS, Université Paris 7, M. Claude JAUPART Dynamique des fluides géologiques M. Neil RIBE (2008), M. C . JAUPART (2008-2011), M . Julien AUBERT (2012 -) Effectifs : 9 9 9 4 4 4 13 13 13 Doctorants 8 12 22 24 8 8 2 3 8 9 14 Institut de Physique du Globe de Paris, IPGP, CNRS, Université Paris 7, M. Claude JAUPART   Appréciation sur la production et la qualité scientifiques L'équipe « Dynamique des Fluides Géologiques » comprend actuellement 13 chercheurs/enseignantschercheurs qui travaillent sur une très large diversité de processus géologiques, de la dynamique du noyau aux processus de surface. Ils utilisent conjointement une approche physique, qui s'appuie notamment sur les différents aspects de la mécanique des fluides. La cohésion entre les thèmes abordés s'appuie autant sur un intérêt partagé des chercheurs que sur la mise en commun d'approches expérimentales et de ressources humaines et matérielles. L'équipe est particulièrement reconnue pour ses capacités en modélisation analogique et numérique et pour son utilisation innovante des données. Parmi les résultats saillants obtenus ces dernières années, notons la caractérisation de la signature thermique des courants gravitaires, la définition des régimes d'instabilités intrinsèques de la lithosphère, l'étude des conditions de remontée des hétérogénéités chimiques au sein d'un panache et celle du couplage entre manteau, noyau et graine terrestres. Les résultats de l'équipe se sont traduits par la publication de 116 articles ACL dans des journaux de référence, 1 livre, 11 chapitres d'ouvrage (dont 3 dans « Treatise of Geophysics ») et 7 articles de vulgarisation. Pour la période de référence, cela correspond à un taux de publication d'environ 1,8 article ACL/an/chercheur. Il est noter également que la plupart de ces travaux sont signés en 1er auteur et que certains d'entre-eux ont été publiés dans des revues à très haute visibilité (Nature, Nature Geoscience). La qualité et l'originalité de ces travaux font que l'équipe et ses leaders jouissent d'une réputation internationale de premier plan. Tout en maintenant ses intérêts thématiques traditionnels, l'équipe s'est engagée sur deux nouveaux défis, en calcul numérique et dans l'obtention d'une base de données sur les systèmes naturels. Appréciation sur le rayonnement et l'attractivité académiques L'équipe « Dynamique des Fluides Géologiques » est principalement composée de jeunes et brillants chercheurs, dont un récent récipiendaire de la médaille de Bronze du CNRS, qui ont bénéficié de plusieurs promotions ces dernières années. Associés à l'expérience remarquable et l'expertise incontestée de leurs ainés, comme en témoignent les distinctions prestigieuses (nomination à l'Académie des Sciences, Médaille Holmes de l'EUG) obtenues durant la période écoulée, ils forment ensemble un mélange où créativité et rigueur sont les sources d'un environnement scientifique de très grande qualité, soutenu par un groupe technique très compétent et impliqué. L'équipe a ainsi acquis une solide réputation pour ses travaux expérimentaux, associés à l'élaboration de modèles théoriques basés sur la physique des processus. Parmi les éléments de rayonnement et visibilité, notons le flux constant de visiteurs, dont certains de grande renommée, qui contribuent fortement à l'existence de collaborations internationales de haut niveau, ainsi que les nombreuses invitations à des conférences internationales. Appréciation sur l'interaction avec l'environnement social, économique et culturel Le comité souligne les efforts de l'équipe pour élargir son domaine d'investigation à des thèmes de recherche aux impacts sociétaux. Il note aussi la participation de l'équipe à la construction d'un super calculateur et à son développement, dans des domaines qui débordent largement de ses thèmes classiques de recherche. Enfin, la valorisation des recherches n'est pas oubliée et est attestée par de nombreuses interventions sous différentes formes. Appréciation sur l'organisation et la vie de l'équipe L'équipe mène une politique volontariste de mise en valeur des jeunes chercheurs et d'implication du personnel technique dans les projets. Elle couvre une très large gamme de thèmes et d'approches, et partage avec de nombreux chercheurs des autres équipes de l'IPGP sa capacité à appréhender les différents aspects de la physique des processus géologiques. On peut ainsi noter que l'équipe est impliquée dans la plupart de thèmes de recherche transversaux de l'IPGP. Elle occupe donc une position centrale dans la structure organisationnelle et scientifique de l'institut, qui s'exprime aussi par son implication dans les plateformes techniques communes. On ne peut omettre, toutefois, l'éventuelle émergence d'une équipe propre de Géomorphologie, si le sous-groupe actuel venait à grossir. Appréciation sur l'implication dans la formation par la recherche 22 thèses ont été soutenues au cours du précédent contrat et l'équipe a accueilli 8 post-doctorants. Notons aussi que des membres de l'équipe sont impliqués dans la direction de l'UFR STEP et dans la direction des études du L3. Appréciation sur la stratégie et le projet à cinq ans - Conclusions La stratégie de l'équipe pour le prochain quinquennal est basée sur le développement des projets expérimentaux et numériques en cours, qui s'inscrivent dans une continuité thématique avec le précédent contrat. Toutefois, la maturation scientifique d'OBSERA et les projets d'investissement de l'IPGP dans des infrastructures de calcul, induiront très probablement dans les prochaines années des inflexions des thèmes de recherche de l'équipe. Les liens établis avec les autres équipes de l'IPGP (et au-delà du seul périmètre de l'Institut) sont aussi fondamentaux pour nourrir les questionnements scientifiques de l'équipe. Dans le domaine de la modélisation géodynamique, l'équipe « Dynamique des fluides géologiques » se singularise par sa capacité à innover dans des nouveaux modèles physiques des systèmes naturels. La combinaison entre les expériences analogiques et numériques, l'élaboration de modèles physiques et la confrontation aux données nécessitent de fortes compétences et une grande créativité, qui ne peuvent s'exprimer totalement qu'au travers d'une bonne collégialité entre tous les membres de l'équipe. 16 Institut de Physi que du Globe de Paris , IP GP, CN RS , Université Paris 7, M. Claude JAUPART É quipe 2 : Géophysique Spatiale et Planétaire (2007-2012 ), scindée en deux pour le projet : Planétologie et Sciences Spatiales (PSS) et Gravimétrie et Gé od ésie S patia le ( GGS ) M. Philippe LOGNONNE (2007-2012) – M. Marc WIECZOREK (Planétologie et Sciences Spatiales, 2013-2018) et M. Olivier DE VIRON (Gravimétrie et Géodésie Spatiale, 2013-2018) Effectifs Effectifs de l'équipe Rq : « Géophysique Spatiale et Planétaire » devient, pour le projet, scindée en « Planétologie et Sciences Spatiales » SSP et « Gravimétrie et Géodésie Spatiale » GGS PSS : 4 GGS : 1,2 PSS : 4 GGS : 1,2 PSS : 4 GGS : 1 PSS : 2,5 GGS : 3 PSS : 2,5 GGS : 3 PSS : 2,5 GGS : 3 PSS : 8 GGS : 0 PSS : 8 GGS : 0 PSS : 0 GGS : 0 PSS : 1 GGS : 0 PSS : 0 GGS : 0 PSS : 1 GGS : 0 PSS : 2 GGS : 1,3 PSS : 3 PSS : 3 PSS : 2 GGS : 1,2 PSS : 7 GGS : 0 PSS : 0 GGS : 0 TOTAL N1 à N6 PSS : 19,5 GGS : 6,7 PSS : 24,5 PSS : 10,5 GGS : 4 Doctorants GGS : 3 PSS : 7 GGS : 1 PSS : 10 GGS : 1 PSS : 8 GGS : 0 (tout le monde est déjà HDR PSS : 1 PSS : 3 PSS : 3 17 Institut de Physique du Globe de Paris, IPGP, CNRS, Université Paris 7, M. Claude JAUPART   Appréciation sur la production et la qualité scientifiques Sur la période 2007 l'effectif de l'équipe « Géophysique Spatiale et Planétaire » a évolué de 11 EC/C et 10 ITA/IATOS à 10 EC/C et 8 ITA/IATOS. Outre son activité de premier plan dans le domaine de la conception et réalisation d'instruments embarqués lors des missions spatiales, l'équipe mène des recherches originales et de qualité sur la progression des connaissances en planétologie et en observation de la Terre. Lors du précédent quadriennal, son activité s'est traduite par un excellent taux de publication puisqu'on comptabilise 181 articles ACL pour la période 2007-Juin 2012 (soit plus de 3,2 articles/an/chercheur), dont 7 dans les revues pluridisciplinaires les plus prestigieuses (Nature, Science). Appréciation sur le rayonnement et l'attractivité académiques Au delà de la publication de leurs travaux dans les meilleurs revues, plusieurs membres de l'équipe « Géophysique Spatiale et Planétaire » possèdent une très bonne visibilité nationale et internationale, comme en témoignent leurs diverses responsabilités éditoriales (JGR Planet, IAG Symposia), leurs prises de responsabilité au sein des sociétés savantes ou dans l'administration de la recherche (BDL, COSPAR, INSU, Soc. Fr. Télédétection Hyperspectrale), et leurs participations en tant qu'invités lors de conférences (31) et de séminaires (40). Sur le plan scientifique, l'équipe a répondu avec succès à divers appels d'offre, en particulier internationaux (ERC starting grant, CNES, Us DOD). La composante « Planétologie et Sciences Spatiales » est en voie d'achever la mise en place d'une nouvelle installation dédiée au développement de l'instrumentation spatiale, qui participera fortement à son attractivité. Pour cela, elle s'appuie sur des sources importantes de financement en provenance du LabEx UnivEarth, de la mission InSight, de projets quinquennaux sur l'ionosphère et des projets d'étudiants visant la construction de nanosatellites. Enfin, elle collabore régulièrement avec des institutions renommées telles que le JPL, le DLR, le MIT, Stanford et Yale. L'implication de la composante « Gravimétrie et Géodésie Spatiale » dans les missions satellitaires, pour les mesures du champ de gravité, ainsi que ses développements techniques et méthodologiques lui assurent clairement une renommée internationale. Les collaborations nationales et internationales sont nombreuses et actives. Toutefois les collaborations internes à l'IPGP gagneraient à être renforcées, voir favorisées. Appréciation sur l'interaction avec l'environnement social, économique et culturel L'équipe « Géophysique Spatiale et Planétaire » témoigne d'une réelle capacité à transformer un ensemble de travaux de recherche fondamentale en méthodes transférables vers des problèmes sociétaux ou industriels. Ceci donne lieu à de nombreuses activités de valorisation à destination du grand public et à des actions sur les sujets d'intérêt des collectivités, qui donnent lieu à plusieurs contrats industriels. Ainsi, l'équipe est impliquée dans l'étude des risques environnementaux comme par exemple aux Vanuatu, où elle étudie l'impact des déformations liées à la subduction sur l'aménagement, via l'analyse des zones susceptibles d'être progressivement envahies par la mer. Notons aussi que les activités récentes de l'équipe dans le domaine de l'ionosphère montrent un réel potentiel pour le développement de systèmes d'alertes aux tsunamis. Appréciation sur l'organisation et la vie de l'équipe Le comité souligne l'implication collective des membres de la composante « Planétologie et Sciences Spatiales » dans les démarches scientifiques engagées, malgré la pression induite par les échéances du calendrier de développement et de livraison de l'instrumentation pour la mission InSight. Il note aussi l'implication de chercheurs de la composante « Gravimétrie et géodésie spatiale » dans des taches collectives lourdes et chronophages, qui peuvent toutefois devenir un frein aux interactions scientifiques de l'équipe. Appréciation sur l'implication dans la formation par la recherche 13 thèses ont été soutenues au cours du précédent contrat. L'équipe est impliquée dans la coordination de la spécialité de Master « Télédétection et techniques spatiales ». Elle a aussi développé des projets-étudiants innovants pour la construction de nanosatellites, en lien avec le projet spatial étudiant Pratham (campus spatial Paris-Diderot, IIT Bombay), et a participé à la création du Master "Space and applications" de l'Université des Sciences et Techniques d'Hanoï. Appréciation sur la stratégie et le projet à cinq ans – Conclusions Equipe « Planétologie et Sciences Spatiales » : Le projet de cette équipe pour le prochain quinquennal est ambitieux et prometteur, mais son étendue et sa complexité nécessiteront un management attentif. L'enjeu sera de pouvoir fournir un investissement prioritaire lors des deux prochaines années pour le développement de l'instrumentation scientifique de la mission InSight, tout en maintenant une activité de recherche soutenue dans le domaine des sciences planétaires (cratères d'impact, évolution magmatique et thermique des planètes telluriques, sismologie planétaire) et spatiales (sismologie et dynamique ionosphérique, télédétection). Notons que l'analyse et la valorisation des données obtenues à partir des missions spatiales nécessitera aussi un important investissement en ressources humaines. La salle blanche en construction pour l'instrumentation InSight peut aussi être utilisée pour les projets de construction de nanosatellites, mais l'un des défis de l'équipe pour les années à venir sera de mettre en oeuvre de nouveaux projets qui bénéficieront de cette infrastructure. Ceci inclut les projets de l'équipe pour les futures missions Far Side Explorer, Selene-2, ExoMars, Pour le prochain quinquennal, l'équipe « Planétologie et Sciences Spatiales » a défini un projet d'avenir, avec d'importants défis scientifiques et techniques. Les aborder tout en menant de front les activités qui ont fait sa réputation autour des cratères, de la tectonique, de la télédétection et des processus d'accrétion, nécessitera un soutien affirmé de l'IPGP, pour que l'équipe demeure l'un de ses principaux atouts. En conclusion, forte de ses avancées scientifiques et de sa réputation internationale, l'équipe « Planétologie et Sciences Spatiales » apparaît comme une équipe de premier plan Elle est limitée toutefois logistiquement pour aborder de front l'ensemble de ses activités, qui comprend la production scientifique, les développements technologiques, la construction de la nouvelle salle blanche et les missions ; le risque étant que l'équipe ne puisse plus trouver les ressources suffisantes pour participer dans de bonnes conditions à la compétition internationale pour obtenir de nouveaux contrats, ou à l'inverse qu'elle ne puisse réussir à exploiter scientifiquement le fort investissement humain et technique qu'implique la réussite des missions. Ce risque s'accompagne d'une fragilité liée à l'éloignement de son implantation géographique (par rapport au site de la rue Cuvier). Les sciences planétaires constituent une discipline transversale, source de nombreuses collaborations avec les autres disciplines exprimées à l'IPGP. M AUPART Équipe 3 : Géobiosphère actuelle et primitive Mr. Pascal PHILIPPOT (2005-2011), Mme Bénédicte MENEZ (2011-?) Effectifs 3 3 3 2 2 2 4 4 1 3 3 12 9 Doctorants 9 11 5 2 2 9 2 21 Institut de Physique du Globe de Paris, IPGP, CNRS, Université Paris 7, M. Claude JAUPART   Appréciation sur la production et la qualité scientifiques Composée de 3 enseignants-chercheurs, 5 chercheurs et 3 personnels techniques, l'équipe « Géobiosphère Actuelle et Primitive » a accueilli 11 post-docs et doctorants au cours du précédent contrat. Elle fait preuve d'une très bonne qualité scientifique, tant du point de vue de sa production bibliographique avec 138 publications ACL entre 2007 et 2012 (soit une moyenne de 2,9 articles/an/chercheur), qu'au niveau de l'impact et l'originalité des travaux menés. Si un grand nombre des articles des membres de l'équipe ont été publiés, souvent en 1er auteur, dans des revues à très fort impact (Geochimica Cosmochimica Acta, Geobiology et plusieurs Science, Nature Geoscience ou Proceedings of the National Academy of Sciences), les vecteurs de publications sont toutefois très variables. L'équipe développe une approche transdisciplinaire, incluant microbiologie, minéralogie, géologie et géochimie, ce qui lui a permis d'effectuer des avancées significatives dans le domaine de la géo-microbiologie du vivant et de la vie passée. Sa proximité avec d'autres disciplines au sein de l'IPGP et ses collaborations avec des équipes issues d'autres instituts du Bassin Parisien, font partie de ses points forts. Le comité souligne l'importance et l'étendue des découvertes scientifiques récentes effectuées par l'équipe, parmi lesquelles l'hypothèse d'une nouvelle forme de métabolisme basée sur le soufre élémentaire, la mise en évidence de la nanostructure des phases minérales des stromatolithes, la découverte et l'observation d'une cyanobactérie pratiquant la minéralisation intracellulaire, et l'étude des minéraux tel l'hydrogrenat comme source d'hydrogène pour des colonies microbiennes de la croûte océanique. L'approche couplant étude du vivant et biosignatures fossiles se révèle aussi très fructueuse pour la compréhension du passé. L'étendue des travaux menés est très large, ce qui pourrait conduire à une certaine disparité. Toutefois, l'effectif de l'équipe (permanents, visiteurs, post-docs et doctorants) lui permet de cibler plusieurs objectifs scientifiques et l'ensemble des activités menées la positionne clairement au coeur du projet LabEx UnivEarths. Appréciation sur le rayonnement et l'attractivité académiques Depuis 2007, le rayonnement scientifique de l'équipe s'est exprimé par son émargement sur de nombreux projets, dont deux ANR en tant que porteur. La reconnaissance de certains membres de l'équipe s'est traduite par l'obtention de plusieurs prix nationaux et européens (Médaille de Bronze du CNRS, Médaille Houtermans de l'EAG, prix de l'Académie des Sciences), par plusieurs responsabilités éditoriales et par des responsabilités au sein de comités scientifiques nationaux. L'équipe est dynamique et a su augmenter ses effectifs dans un contexte plutôt défavorable. La présence de trois chercheurs étrangers souligne sa visibilité au niveau international, de même que la présence de plusieurs membres de l'équipe dans des comités scientifiques internationaux (e.g. Gordon Conference). Enfin, les campagnes de forages effectuées en Australie et en Afrique ont permis d'obtenir une quantité importante de carottes et d'échantillons à forte valeur scientifique, qui serviront très probablement de base à de fructueuses collaborations internationales. Appréciation sur l'interaction avec l'environnement social, économique et culturel Certains des travaux de l'équipe, notamment sur la vie primitive ou le stockage du CO2, possèdent un réel impact sociétal qui s'exprime par de nombreuses interventions de vulgarisation dans la presse écrite et lors d'émissions radiophoniques et télévisuelles. La recherche menée sur les effets du stockage de CO2 a été soutenue par des contrats industriels, notamment Total, Schlumberger et l'Ademe. Appréciation sur l'organisation et la vie de l'équipe Le nombre croissant de collaborations au sein de l'IPGP impliquant l'équipe « Géobiosphère Actuelle et Primitive » souligne l'importance des projets transdisciplinaires pour la structure et l'efficacité des proximités géographiques et thématiques. La visite de laboratoire a aussi mis en évidence des regroupements de personnels autours des laboratoires d'expérimentation, qui traduisent une animation scientifique efficace. Le comité souligne l'importance de cette animation, qui permet notamment de pallier au départ récent d'un membre leader de l'équipe, véritable moteur « international » pour la discipline. 22 Institut de Physique du Globe de Paris, IPGP, CN , Université Paris 7, M. Claude JAUPART Appréciation sur l'implication dans la formation par la recherche Au cours de la période écoulée, l'équipe a dirigé 20 encadrements doctoraux et s'est impliquée dans l'élaboration d'un cours de Bio-géosciences du Master STEP. Appréciation sur la stratégie et le projet à cinq ans - Conclusions Le projet de l'équipe « Géobiosphère Actuelle et Primitive » s'appuie principalement sur la poursuite de ses approches transdisciplinaires et parallèles pour l'actuel et pour le passé, dans le contexte notamment du LabEx UnivEarths. Les activités annexes devraient se révéler fondamentales et complémentaires pour étudier la Terre primitive et ses premiers habitants. Le projet s'appuie sur les connaissances de l'équipe dans le domaine de la géobiologie liée aux systèmes carbonatés, pour effectuer de nouvelles expériences de calcification et, ce qui est nouveau pour elle, pour aborder la silicification et la diagénèse des microorganismes associés aux systèmes hydrothermaux afin d'améliorer l'interprétation des traces de vie primitive. Une nouvelle campagne de forage prévue au Zimbabwe devrait également apporter de nouvelles informations sur les conditions de la vie primitive. L'équipe a su se positionner sur le plan national et international dans le domaine de la géomicrobiologie, avec des travaux originaux de haut niveau qui ont ouvert de nouvelles pistes scientifiques. Elle a eu, et continue d'avoir, un impact important dans la communauté. Ses collaborations avec des chercheurs de haut niveau issus de différentes disciplines, que ce soit au sein de l'IPGP ou d'autres établissements parisiens, ont contribué à sa renommée et témoignent d'une approche maitrisée. Ces collaborations de proximité s'avèrent très importantes pour la mise en place de projets interdisciplinaires. Les projets avancés pour le prochain quinquennal s'inscrivent dans le continuité des travaux présentés dans le bilan et présentent donc en soi peu de risque. Dans le contexte du LabEx UnivEarths et des thématiques « Terre primitive » du projet, l'équipe envisage toutefois d'aborder de nouveau domaines scientifiques pour lesquels il existe déjà, en France et ailleurs, des groupes possédant une expertise de longue date, notamment en chimie prébiotique et dans les biosignatures silicifiées. Le comité recommande d'élargir les collaborations de l'équipe à ces groupes de recherche pour aborder ces thématiques. Équipe 4 : Géochimie des eaux M. Marc BENEDETTI 8 8 7 5 5 13 13 Doctorants 9 7 3 7 1 1 24 Institut de Physique du Globe de Paris, IPGP, CNRS, Université Paris 7, M. Claude JAUPART   Appréciation sur la production et la qualité scientifiques L'équipe « Géochimie des Eaux » est hébergée au sein du bâtiment Lamarck de l'Université Paris-Diderot. Son activité, bien que très complémentaire de certains thèmes de recherche des autres équipes de géochimie de l'IPGP, se situe à la marge des activités traditionnelles de l'Institut. Son approche est plus environnementale et ses activités relèvent d'une section du CNRS (30) autre que celle de la plupart des autres équipes. Quelques chiffres clés concernant l'équipe : - Elle est composée à ce jour de 8 enseignants-chercheurs de l'Université Paris-Diderot, de 5 ITA/IATOS permanents et de 7 post-docs et doctorants ; - Elle a publié 52 articles ACL pour la période 2007 – 07/2012. Les travaux de l'équipe sont destinés à une meilleure compréhension de la dynamique des sels nutritifs dans la colonne d'eau et les sédiments, et des processus de transfert et d'accumulation de polluants. Ces axes sont complétés par des développements techniques, comme la mise au point de capteurs physico-chimiques pour l'acquisition de données in-situ à haute résolution spatiale et temporelle, des travaux qui ont engendré aussi bien des publications méthodologiques que le dépôt d'un brevet. Parmi les avancées majeures de l'équipe, il convient de citer la modélisation du devenir du méthane dans la colonne d'eau pour différents environnements (lacustre, fluviatile, ) ou la démonstration de l'importance de la matière organique pour le calcul des taux d'érosion. Les publications sont en grande partie dans des revues d'un bon niveau pour la discipline (Chemical Geology, Geochimica Cosmochimica Acta, Estuarine Coastal and Shelf Science) mais les articles dans les meilleures revues (Water Resources Research ou Global Biogeochemical Sciences) sont rares. L'absence d'article dans des revues pluridisciplinaires à très fort impact a été notée, tout comme le nombre restreint de publications en 1er auteur et l'absence d'articles de synthèse. Le taux moyen de publications sur la période écoulée est de 1,5 articles/an/ chercheur. Appréciation sur le rayonnement et l'attractivité académiques Le rayonnement national de l'équipe est satisfaisant et se traduit par l'élection d'un membre de l'équipe à la présidence de l'Association française de Limnologie ou la coordination d'un « work package » dans un EquipEx. Le rayonnement international est émergeant (programmes communs franco-brésilien et franco-portugais, quelques conférences invitées) mais laisse encore une grande marge de progression. Appréciation sur l'interaction avec l'environnement social, économique et culturel Les travaux de l'équipe sur la géochimie des eaux possèdent un fort impact environnemental et sociétal. Ceci se traduit par de nombreuses expertises aussi bien pour le compte d'acteurs économiques (sociétés NKE, SNCF) que publiques (IFSTTAR, Parc Régional des Volcan d'Auvergne, Direction Départementale de l'Equipement du Puy de Dôme). Dans ce contexte, il convient de citer particulièrement le travail fourni dans le cadre du programme PIRENSeine. Les efforts de l'équipe dans le domaine de la vulgarisation de la recherche (participation à un dossier dans « Pour la Science » et réalisation de films sur le Lac Pavin) ont été notés et appréciés par le comité. Appréciation sur l'organisation et la vie de l'équipe Les visites de laboratoire ont mis en évidence les inconvénients liés à la délocalisation de l'équipe « Géochimie des eaux » par rapport au bâtiment principal de l'IPGP. Afin d'éviter un isolement physique mais aussi scientifique, le comité souligne l'importance d'un rapprochement avec les autres équipes de l'IPGP, ce qui accroîtrait les synergies. Le faible nombre de chercheurs habilités (un seul) s'avère préjudiciable à l'activité scientifique de l'équipe. Le comité recommande donc la mise en place d une politique volontariste visant à augmenter le nombre d'HDR dans l'équipe. Appréciation sur l'implication dans la formation par la recherche L'équipe étant principalement composée d'enseignants-chercheurs, elle est fortement impliquée dans l'enseignement de trois UFR de l'Université Paris-Diderot (Sciences de la Terre et des Planètes, Sciences du Vivant et Chimie). Certains membres de l'équipe sont également responsables de Master. Le comité note la mise en avant des travaux des doctorants, signe de leur implication dans l'activité scientifique de l'équipe. Mais il constate un nombre peu élevé de thèses encadrées, ce qui contraste avec la forte implication des membres de l'équipe dans l'offre de formation. Appréciation sur la stratégie et le projet à cinq ans - Conclusions La stratégie de l'équipe, qui vise à favoriser une certaine continuité d'approche tout en intégrant à la fois une plus grande échelle de temps et des mesures en continu, parait adaptée. Les éléments d'originalité englobent notamment une implication importante dans l'observatoire OBSERA et le programme PIREN-Seine. Ils devraient engendrer de nombreuses avancées sur la quantification des processus d'érosion et les cycles géochimiques dans les eaux en région tropicale et pourront être mis en contexte avec les autres projets de l'équipe en région tempérée. La participation de l'équipe au projet transverse « Potamology » engendre également de nouvelles interactions potentielles avec les autres équipes de l'IPGP, et instaure un stimulus additionnel. Toutefois, une localisation de l'équipe au sein du bâtiment principal de l'IPGP permettrait de régler les difficultés liées à l'éloignement, qui constituent un frein, à la fois aux coopérations internes et aux interactions entre cette équipe et les autres équipes de géochimie de l'IPGP. Cette possibilité doit faire partie des éléments de réflexion de l'IPGP sur une éventuelle reconfiguration de la géochimie-cosmochimie au sein de l'établissement.
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NIVEAUX XCITÉS DU CENTRE umé. - Des mesures de blanchiment et de fluorescence en lumière polarisée ont permis d'affirmer la présence de niveaux excités supérieurs du centre M sous la bande F dans le fluorure de lithium. Abstract . - Measurements of bleaching and fluorescence in polarised light have confirmed the existence of higher excited levels of the M center under the F band in lithium fluoride. Dans le fluorure de lithium, la fluorescence du centre F n'a pu, jusqu'à ce jour, être décelée expérimentalement. Par contre un cristal contenant des centres F et des centres M, excité dans la bande F (A = 2 500 A), devient fluorescent et le spectre d'émission de cette fluorescence est identique à celui émis par le centre M. Des mesures de blanchiment et de fluorescence en lumière polarisée ont permis de relier cette propriété à la présence sous la bande F de niveaux excités supérieurs du centre M. Théorie. - En reprenant le schéma du centre M formé de deux centres F en premiers voisins, Meyer et Wood [l] ont calculé les différents niveaux d'énergie de ce centre en prenant comme modèle la molécule d'hydrogène. Les niveaux sont alors représentés par les symboles AI,, AI,, BI,, BI,, Bz,, Bz,,B,,, B,,(Fig. 1). Les transitions optiques permises ne peuvent s'effectuer que d'un état g à un état u. La transition Al, -+ BI, correspond à I'absorption connue du centre M (2,78 eV) et si ce centre est orienté suivant la direction < 110 > du cristal, la transition s'obtient avec de la lumière polarisée dans la direction < 110 >. Par contre, les transitions A,, + B,, et Al, -+ B,, correspondent à des énergies très voisines de celle de I'absorption du centre F (5 eV) et se font par absorption de lumière polarisée respectivement suivant les directions < 110 > et < 001 >, pour un centre M orienté suivant la direction < 110 > (Fig. 2). - + - + - - FIG.2. - Orientations des transitions dipolaires du centre M. A partir de ce modèle, on peut calculer le dichroïsme induit dans la bande F et dans la bande M par blanchiment en lumière poIarisée, ainsi que le facteur P de polarisation de la fluorescence et comparer les résultats aux données expérimentales. -lL L FIG. 1. - Niveaux du centre M dans LiF, d'après Ie calcul de Meyer et Wood. Blanchiment en lumière polarisée. - Les expériences de blanchiment ont été effectuées à température Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphyscol:1967404 M. DUBOIS C4-32 ambiante. La direction de propagation du faisceau de blanchiment est confondue avec la direction < 001 > du cristal et le vecteur champ électrique est polarisé dans le plan [O011 suivant les directions < 110 > ou < 100 >. Les mesures d'absorption ont été faites suivant la même géométrie. Lorsque des monocristaux de LiF, contenant des centres F et des centres (M)* sont blanchis avec de la lumière F (A = 2 500 A), polarisée suivant la direction < 110 > ou < 100 >, le nombre de centres F et de centres M diminue, avec apparition d'un dichroïsme positif sous la bande F et négatif sous la bande M (Fig. 3). Le dichroïsme est défini comme : suivant la direction < 100 > ; dans ce dernier cas, toutefois, le dichroïsme obtenu est plus faible car les effets dus aux deux orientations s'ajoutent. Des courbes 6 = f (A), on peut déduire de façon approximative l'énergie correspondant aux deux transitions ; on obtient pour MF,,,,E = 5,16 eV (A = 2 400 A) correspondant à la transition A,, + B,, et pour M,< E = 5,05 eV (A = 2 450 A) correspondant à la transition A,, + B,,. Cette dernière valeur n'est donnée qu'à titre indicatif, étant donné la faiblesse du dichroïsme et la superposition de l'effet dû à la transition dipolaire orientée suivant < 110 >. La variation de 6, et de 6, en fonction du temps de blanchiment (Fig. 4 et 5) montre que pour un même,,,,,,, où a est le coefficient d'absorption de la bande F suivant la direction indiquée, 6, est défini de la même façon pour la bande M. A N cm-' -'t FIG. 3. - Dichroïsme obtenu sous les bandes F et M par blanchiment en lumière polarisée (1= 2 500 A, EIl < 110 > ). FIG. 4. - Evolution en fonction du temps de blanchiment en lumière polarisée, des coefficients d'absorption des bandes F et M (1= 2 500 A, El, < 100 >). Des transitions dipolaires orientées uniquement suivant un axe < 110 > ou < 100 > donneraient les résultats consignés dans le tableau 1. Le blanchiment suivant la direction < 110 > rend donc compte de la présence sous la bande F d'une absorption dip olaire suivant la direction < 110 > ,et le blanchi ment suivant la direction < 100 > d'une absorption dipolaire Orientation de la transition dipolaire Direction de polarisation du faisceau de blanchiment < 100 > < 110 > (*) Cristaux purs Harschaw, irradiés y 1,3 X 107 R. FIG. 5. - Evolution en fonction du temps de blanchiment en lumière polarisée, des coefficients d'absorption des bandes P et M (1= 2500 A, El, < 110 >). NIVEAUX EXCITÉS DU CENTRE M nombre de photons UV reçus, le blanchiment est plus important lorsque la lumière incidente est polarisée suivant la direction < 100 >, que lorsqu'elle est polarisée suivant la direction < 110 >.Dans ce dernier cas, il y a, en plus du blanchiment, une réorientation des centres M suivant la direction < 110 >. p= C4-33 - 1/10(3 - COS 4 8) (O étant l'angle du vecteur champ électrique avec la Fluorescence en lumière polarisée. - Les mesures de fluorescence ont été faites à température ambiante ; les directions du faisceau d'excitation et d'observation de l'intensité émise sont confondues et orientées suivant la direction < 001 > du cristal. Le facteur de polari- - 'I a été mesuré pour des sation P défini comme Il1 Il +, IL orientations du vecteur champ électrique dans le plan [O011 variant de < 100 > à < 110 >. Le facteur P ne varie pratiquement pas et reste égal à - 25 % 5 %, pour une longueur d'onde d'excitation 1 = 2 560 A ou 1= 2 480 A. Ce facteur P négatif est significatif de la présence d'un ou de plusieurs centres dont la direction d'absorption est perpendiculaire à celle de l'émission. L'excitation de la fluorescence s'opère donc sous la bande F par transitions entre le niveau A l, et les niveaux B,, et B,, ; une désexcitation non radiative s'opère de ces deux niveaux au niveau B I, relaxé. Le retour au niveau fondamental correspond alors à l'émission caractéristique du centre M. La variation très faible du facteur P en fonction de la direction initiale du champ électrique rend compte de la contribution des deux orientations < 110 > et < 100 > pour l'excitation de la fluorescence. En supposant les forces d'oscillateur égales pour les deux types de transition, on obtient + FIG. 6. - Facteur de polarisation P en fonction de O, angle du vecteur champ électrique dans le plan [O011 avec la direction < 100 du cristal, pour un cristal dont les centres M ont été préalablement orientés suivant la direction < 110 >. direction < 100 > du cristal, dans le plan [OOl]), soit p = - 115 pour El, < 100 > et P = - 215 pour El! < 110 >. Par contre, un cristal dont les centres M ont été préalablement orientés suivant la direction < 110 > par blanchiment avec de la lumière F,polarisée suivant la direction < 110 >, donne une forte dépendance de l'intensité émise et du facteur de polarisation avec la direction de polarisation du faisceau incident (Fig. 6). Bibliographie.
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Contributions à des approches informationnelles en imagerie: Traitements conjoints et Résonance stochastique. Agnès Delahaies Contributions à des approches informationnelles en imagerie : Traitements conjoints et Résonance stochastique. Thèse de doctorat Spécialité : Traitement du signal et des images École doctorale : Sciences et Technologies de l'Information et Mathématiques (STIM) Présentée et soutenue publiquement le : 17 octobre 2011 à : Angers par : Agnès DELAHAIES Devant le jury ci-dessous : Président : Rapport eurs : Directeur : Co-encadrant : Pascal Picart Thierry Fournel Patrick Marquié François Chapeau-Blondeau David Rousseau Laboratoire : - à à à à à l'Université l'Université l'Université l'Université l'Université du Maine de Saint-Étienne de Bourgogne d'Angers de Lyon Laboratoire d'Ingénierie des Systèmes Automatisés (LISA), EA 4094 Université d'Angers 62 Avenue Notre Dame du Lac - 49000 Angers - FRANCE ED (N ̊) : Remerciements Je remercie Monsieur Jean-Louis Boimond, directeur du Laboratoire d'Ingénierie des Systèmes Automatisés (LISA), ainsi que son prédécesseur Monsieur Jean-Louis Ferrier, de m'avoir accueillie au sein de leur laboratoire dans lequel toutes les conditions sont réunies pour travailler au mieux. Je remercie sincèrement mes encadrants, Mr François Chapeau-Blondeau (directeur thèse) et Mr David Rousseau (Co-encadrant) pour m'avoir donné l'opportunité de préparer une thèse sous leur direction. Je les remercie pour leurs conseils avisés, leur rigueur, leur disponibilité, et leur dynamisme et enthousiasme communicatifs. Je les remercie particulièrement pour leur soutien et leur confiance pendant les moments difficiles. J'espère qu'ils trouveront ici l'expression de ma reconnaissance la plus sincère. J'exprime toute ma reconnaissance à Mr Thierry Fournel, Professeur à l'Université de Saint-Étienne et Mr Patrick Marquié, Professeur de l'Université de Bourgogne, pour l'intérêt qu'ils portent à mes travaux en acceptant de rapporter mon travail. Je remercie également Mr Pascal Picart, Professeur à l'Université du Mans, de participer au jury de thèse. Je tiens à remercier Mme Florence Franconi, Ingénieur de Recherche Hors Classe, HDR à l'Université d'Angers et Mr Jean-Marc Breteau, Professeur de l'Université du Maine, d'avoir accepté de juger mon travail en participant pendant les trois années à mon Comité de Suivi de Thèse. J'ai eu le plaisir de collaborer avec Mme Florence Franconi pour l'étude des effets de bruit utile en IRM et Mr Denis Gindre, Maître de Conférences, HDR à l'Université d'Angers pour le montage optique en compressive imaging. Je tiens à les remercier pour leurs contributions à ces travaux. Mes remerciements vont également à tous les membres du LISA pour leur enthousiasme, leur bonne humeur quotidienne et leur disponibilité. Un grand merci à mes collègues du bureau E37 : Euriell, Jean-Luc, les deux Julien, Abdelhak, Pour finir, je voudrais exprimer ma profonde gratitude à mes parents qui m'ont toujours soutenue, à mon frère Sylvain qui m'a montré la voie. Je sais que je suis une grande bavarde, alors désolée de ne pas avoir assez de mots pour vous dire combien vous comptez pour moi. Merci à ma famille élargie (les Guérifs, les Gandons-Robins), pour votre aide précieuse surtout depuis l'arrivée de Madeline. Merci à vous tous À Madi et mon Dami i Contributions à des approches informationnelles en imagerie : Traitements conjoints et Résonance stochastique. Résumé : Les systèmes d'imagerie connaissent un développement soutenu et deviennent de plus en plus largement répandus. Les systèmes d'imagerie mettent en oeuvre des principes physiques variés dont l'élaboration continue de progresser (imagerie par résonance magnétique, thermographie, imagerie multi et hyperspectrale, etc). Au delà de leur constitution physique variée, les images produites ont en commun de constituer un support d'information. Dans ce contexte, nous proposons une contribution à des approches informationnelles en imagerie. Celle-ci est guidée par une transposition du paradigme informationnel de Shannon en imagerie développée selon deux axes. Nous présentons une approche de traitements conjoints où la finalité informationnelle de l'acquisition des images est une donnée connue a priori et utilisée pour optimiser certains réglages de la chaîne d'imagerie. Différentes problématiques de traitements conjoints de l'information sont présentées (échelle d'observation – estim conjointe, compression – estimation conjointe, et acquisition – compression conjointe). Nous étendons ensuite le champ des études en résonance stochastique en explorant de nouveaux couplages signal–bruit se prêtant à des effets de bruit utile, en imagerie cohérente et en imagerie par résonance magnétique. La résonance stochastique est également considérée, de par sa signification informationnelle spécifique (le bruit utile à l'information), comme un phénomène permettant de tester et d'approfondir l'appréciation des propriétés et potentialités de mesures entropiques ou informationnelles appliquées en imagerie. Elle est en particulier utilisée comme un banc de test pour confronter ces mesures informationnelles à des mesures psychovisuelles sur des images. Mots clés : Imagerie ; Théorie de l'information appliquée aux signaux et aux images ; Physique de l'image ; Traitements conjoints ; Compressive imaging ; Traitement non linéaire du signal ; Bruits ; Résonance stochastique. Contributions to informational approaches in imaging : Joint processing and Stochastic resonance. Abstract : Imaging systems are continuously improving and their uses are spreading more and more widely. Imaging systems are based on various physical principles, with a sophistication which keeps enhancing (magnetic resonance imaging, thermography, multi and hyperspectral imaging). Beyond this heterogeneity of constitution, the resulting images share the property of being a support of information. In this context, we propose a contribution to informational approaches in imaging. This is especially guided by a transposition of Shannon's informational paradigm to imaging along two main directions. We present a joint–processing approach where the informational goal of the acquired images is a prior knowledge which is exploited in order to optimize some tuning configurations of the imaging systems. Different joint–processing problems are examined (joint observation scale – estimation, joint compression – estimation, and joint acquisition – compression). We then extend the field of stochastic resonance studies by exploring some new signal–noise mixtures enabling useful noise effects, in coherent imaging and in magnetic resonance imaging. Stochastic resonance is also considered for its specific informational significance (the noise useful to information), as a phenomenon allowing to test and further assess the properties and potentialities of entropic or informational measures applied to imaging. Stochastic resonance is especially used as a benchmark to confront such informational measures to psychovisual measures on images. Key words : Imaging ; Information theory applied to signals and images ; Physics of images ; Joint processing ; Compressive imaging ; Nonlinear signal processing ; Noises ; Stochastic resonance. Table des matières 1 Le paradigme informationnel de Shannon en imagerie 1 Cadre historique de la théorie de l'information........ 2 Nos études reliées au paradigme informationnel de Shannon 2.1 Contexte et objectif de la thèse............ 2.2 Organisation du document............... Partie 1 : Traitements conjoints de l'information 3 3 5 5 7 11 2 Échelle d'observation – Estimation conjointe 13 1 Transmission de l'information via un canal binaire................ 14 2 Échelle optimale d'observation à partir de l'information de Shannon....... 15 3 Applications...................................... 17 3.1 Imagerie cohérente.............................. 17 3.2 Imagerie par résonance magnétique (IRM)................. 19 4 Autres mesures informationnelles.......................... 21 4.1 Échelle optimale d'observation à partir de l'information de Rényi.... 21 4.2 Échelle optimale d'observation à partir de l'information de Fisher.... 24 4.3 Échelle optimale d'observation à partir de la complexité stochastique de Rissanen............................... Compression – Estimation conjointe 1 Principe de l'imagerie thermographique périodique active 2 Application à l'estimation de paramètre.......... 3 Influence de la compression avec perte........... 4 Discussion........................... 4 Acquisition – Compression conjointe 1 Principe du compressive sensing.................. 2 Un montage expérimental optique pour le compressive imaging 3 Des sources de bruit........................ 4 Simulation.............................. 5 Résultats expérimentaux...................... 6 Discussion et conclusion............................................................................ 41 44 46 49 51 54 54 II Partie 2 : La résonance stochastique en imagerie........ 101 101 102 103 3 1.3 Discussion.............................. Résonance stochastique en Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) 2.1 Couplage signal–bruit en IRM................... 2.2 Transmission d'image non linéaire................ 2.3 Transmission d'image assistée par le bruit............ 2.4 Discussion.............................. Conclusion .............. ................................ ................ 82 82 83 89 95 96 96 97 98 99 Chapitre 1 Introduction générale : le paradigme informationnel de Shannon en imagerie "Unlike the subject of information–theoretic communication theory, information– theoretic imaging is far from a mature subject". J. O'Sullivan, R. Blahut, and D. Snyder, "Information-theoretic image formation," IEEE Transactions on Information Theory, Special issue "50 years of Information Theory", vol. 44, no. 6, pp. 2094–2123, 1998. Sommaire 1 Cadre historique de la théorie de l'information............. Nos études reliées au paradigme informationnel de Shannon..... 2.1 Contexte et objectif de la thèse........................ 2.2 Organisation du document.......................... Cadre historique de la théorie de l'information La théorie statistique de l'information a été introduite en 1948 par Claude Shannon [1]. Alors ingénieur aux laboratoires Bell, Shannon est chargé d'améliorer les performances des systèmes de communication de l'époque. Apportant sa contribution à des problématiques prenant naissance sur des questions d'ingénierie, Shannon pose un cadre théorique général qui s'applique en fait à tous les systèmes de communication 1. Ce cadre théorique repose sur le schéma de la Fig. 1.1 dans lequel un système de communication comprend les éléments essentiels suivant : un message porteur d'information est émis par une source à un destinataire, via un canal de communication. La transmission de l'information par le canal est le siège de perturbations. Ce schéma, appelé également paradigme informationnel de Shannon, a pour fonction de décrire les relations existant entre les blocs représentant la source, le canal et le destinataire. Cependant, rien n'assure la compatibilité entre la source et le canal d'une part, et entre le canal et le destinataire d'autre part, c'est pourquoi Shannon propose dans son schéma un appareillage d'émission et un appareillage de réception, qui assurent la conversion et l'adaptation du message à l'émission et à la réception. Le paradigme de Shannon offre un point de vue particulièrement intéressant puisque, à l'origine pensé pour les systèmes de communication de l'époque dont notamment le télégraphe ou la télévision, ce schéma est transposable à un très grand nombre de systèmes de communication qui ont suivi. 1 On peut dire que Shannon est aux machines informationnelles ce que Carnot, ingénieur lui aussi, a été aux machines thermiques. 4 Chapitre 1. Le paradigme informationnel de Shannon en imagerie INFORMATION SOURCE TRANSMITTER RECEIVER SIGNAL DESTINATION RECEIVED SIGNAL MESSAGE MESSAGE NOISE Fig. 1.1 Schéma fondamental d'une chaîne de communication proposé par C. Shannon en 1948 (figure reproduite d'après [1]) Le but d'un système de communication est de reproduire en un point (à distance physique ou temporelle), de manière exacte ou approchée, un message sélectionné en un autre point. Une question naturellement soulevée par ces considérations est de quantifier l'information portée par le message émis par la source. La théorie statistique de l'information propose une définition formelle et quantitative de la notion d'information dans un cadre probabiliste. Ainsi, en théorie statistique de l'information, l'information est définie comme le siège d'événements aléatoires qui constituent le message. Mesurer l'information revient à mesurer son imprévisibilité. La théorie statistique de l'information met à disposition plusieurs mesures informationnelles. La première, l'entropie de Shannon, mesure la quantité d'information moyenne émise par la source, modélisée par une variable aléatoire. Puis, l'information mutuelle entrée–sortie permet de connaître l'information moyenne portée par la connaissance du message reçu à la sortie du canal, sur le message émis par la source. Ces deux mesures sont directement reliées à la nature du message émis, i.e. à la source. Pour finir, la capacité informationnelle est une mesure qui caractérise l'adaptation d'une source à un canal. Elle correspond au maximum de l'information mutuelle entre l'entrée et la sortie du canal. L'intérêt de Shannon pour les problématiques de communication était motivé par des questions pratiques en théorie de la communication : • Le codage de source : l'usage d'un canal coûte d'autant plus cher que le message à envoyer est long. Pour réduire la longueur des messages, il convient de les compresser de façon à réduire la redondance de la source. C'est le codage de source. Shannon démontre l'existence de limites inférieures pour la compression des messages de la source sans perte d'information ou avec une perte d'information contrôlée. Le codage de Huffman, le codage arithmétique, le codage par dictionnaire (Lempel–Ziv) et le codage par répétition sont des exemples de codage de source sans perte. • Le codage de canal : les perturbations dans le canal de communication risquent de s'accompagner d'erreurs de communication incompatibles avec la compréhension du message 2. Nos études reliées au paradigme informationnel de Shannon 5 à la réception. Il convient de coder le message à envoyer de façon à lui ajouter une certaine redondance spécialement adaptée pour lutter contre les effets des perturbations C'est le codage de canal. Shannon démontre l'existence d'une limite pour le débit de la source connectée au canal en dessous de laquelle, il est possible de communiquer sans erreur. Les recherches menées pour atteindre les limites posées par Shannon ont permis notamment le développement récent des turbo–codes [2, 3]. • La cryptographie : on peut également vouloir réserver l'intelligibilité des messages envoyés le long du canal au seul destinataire. Pour ce faire, un autre codage est nécessaire. C'est le domaine de la cryptographie. 2 2.1 Nos études reliées au paradigme informationnel de Shannon Contexte et objectif de la thèse L'imagerie est un domaine en pleine expansion. Les récentes avancées comme l'amélioration des technologies ou la réduction des coûts de production dans le domaine des composants photoniques, des capteurs d'images, impliquant l'acquisition, la transmission et le stockage de données, constituent une source stimulante de recherche pour les sciences de l'information. De nouveaux types d'imageries non conventionnelles (comme l'imagerie cohérente RGB [15, 16], l'imagerie polarimétrique [17], l'imagerie multi ou hyperspectrale,. ), habituellement limitées dans leur capacité d'acquisition et de stockage de l'information ont émergé récemment. 6 Chapitre 1. Le paradigme informationnel de Shannon en imagerie De nouveaux domaines d'applications, autrefois limités par les coûts de production, sont aussi apparus pour des systèmes d'imagerie (comme l'imagerie par résonance magnétique (IRM) ou l'imagerie thermographique). Parallèlement, de nouvelles approches inspirées de la physique ont vu le jour en traitement des images. Un exemple notable est l'utilisation d'équations aux dérivées partielles telles qu'on les rencontre en physique comme outils pour des traitements des images [18, 19, 20]. Ce contexte apporte de nouvelles configurations et de nouveaux défis pour les opérations de traitement de signaux et d'images (comme la détection, l'estimation, la segmentation, la compression, la reconnaissance de formes,. ). Tous ces systèmes d'imagerie, de plus en plus largement accessibles, produisent des images de nature ou d'origine physique très variée. Au delà de leur constitution physique variée, ces images produites ont en commun de constituer un support d'information. Elles constituent à ce titre de nouveaux champs potenti d'application de la théorie statistique de l'information. Bien que les images soient des vecteurs d'information, l'usage de la théorie de l'information et de ses outils pour le domaine de l'imagerie est pour l'instant assez peu répandu. On trouve différentes propositions en ce sens pour l'imagerie [21, 22, 23, 24], notamment dans le domaine de la reconnaissance de formes [25], de la cryptographie [26, 27], ou dans le domaine du watermarking ou tatouage numérique vu comme un canal de communication [28]. Nous pensons toutefois que le propos de O'Sullivan et al. [21], datant de 1998 et mis en citation d'entrée de ce chapitre reste d'actualité et nous nous proposons, à l'occasion de cette thèse, d'apporter notre contribution à des approches informationnelles en imagerie. Nous adoptons ainsi une transposition du schéma unificateur de Shannon de la Fig. 1.1 à l'imagerie, comme un guide pour une présentation unifiée de nos différentes études. Nous proposons ainsi le schéma de la Fig. 1.2 où la source est constituée d'une image dont on cherche à extraire une information utile. Le canal est constitué du système imageur qui comprend plusieurs niveaux : le capteur sur lequel se forme l'image issue d'un couplage physique entre le signal et les perturbations, puis viennent les étapes d'acquisition et de traitement de l'information. La sortie du canal correspond à l'image en sortie du système, porteuse de l'information utile. image de sortie système imageur scène éclairage couplage physique S(u,v) acquisition traitement X(u,v) Y(u,v) canal destinataire perturb ations source Fig. 1.2 Système imageur vu comme un canal de communication. X( u , v ) est une image intermédiaire correspond ant à l'image produite par la physique sur le capteur avant acquisition et tr aitement . 2. Nos études reliées au paradigme informationnel de Shannon 2.2 7 Les résultats obtenus durant cette thèse [29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39] sont structurés selon deux axes d'exploration qui forment les deux parties de ce document. Dans la première partie, nous présentons trois études particulières, concernant chacune des traitements conjoints en imagerie. La notion de traitement conjoint de l'information apparaît dans les problématiques de codage de source et de codage de canal abordées par Shannon. Dans un premier temps, le codage de source enlève de la redondance au message transmis par la source. Puis, le codage de canal réinjecte de la redondance contrôlée dans le message à transmettre par le canal. En théorie, si chacune des étapes de codage est réalisée de façon optimale, il n'y a pas de différence entre un codage source-canal séquentiel ou conjoint [40]. En pratique, le codage -canal conjoint permet de concevoir des systèmes de moindre complexité tout en atteignant l'optimum de ce système [40]. En dehors du cadre historique de la théorie statistique de l'information, d'autres approches conjointes dans la chaîne de traitement de l'information ont vu le jour. Les travaux [41, 42, 43] proposent par exemple des conceptions hybrides optique-numérique de système imageur. Au lieu d'optimiser séquentiellement l'optique d'une caméra sans prendre en compte la possibilité de traiter les images numériques acquises, il est montré dans [41, 42, 43] qu'il est possible d'améliorer les qualités des images numériques acquises en optimisant l'ensemble de la chaîne optique et numérique de façon conjointe. Dans [41, 42, 43] la qualité des images est définie sans finalité informationnelle particulière. Dans les chapitres 2 et 3 nous présentons une autre stratégie de traitement conjoint où la finalité informationnelle qui a motivé l'acquisition des images est une information connue a priori et utilisée pour optimiser certains des réglages de la chaîne d'imagerie. Le chapitre 4 traite quant à lui une autre approche de traitement conjoint en imagerie avec le compressive imaging où le codage de source et l'acquisition sont réalisés conjointement [44, 45]. Nous présentons, dans le chapitre 4, le schéma optique de compressive imaging que nous avons développé. La seconde partie du document est consacrée à l'étude de phénomènes de bruit utile, ou résonance stochastique, en imagerie. Historiquement mise en évidence au début des années 1980 dans le contexte de la géophysique [46], la résonance stochastique est un phénomène qui exprime la possibilité d'améliorer la transmission ou le traitement d'une information portée par un signal grâce à une augmentation du niveau du bruit couplé à ce signal. Depuis, la résonance stochastique a été mise en évidence dans de nombreux domaines, incluant les circuits électroniques [47, 48, 49, 50, 51], les processus neuronaux [52, 53, 54, 55], des capteurs non linéaires [56, 57, 58], des dispositifs optiques [59, 60, 61], Au vu de l'ensemble des résultats sur le sujet, la résonance stochastique a pris le statut d'un phénomène général d'applicabilité large ayant une signification informationnelle spécifique. On peut également la considérer comme une sorte de variante du paradigme informationnel de Shannon dans laquelle les perturbations du canal sont une entrée contrôlable du système de communication. La résonance stochastique est usuellement identifiée par une mesure appropriée de performance culmine à un maximum pour un niveau optimal non nul du bruit. La résonance stochastique a été démontrée dans un premier temps dans la transmission d'un signal périodique (assistée par le bruit) [62]. Dans de telles situations, la mesure de performance standard est un rapport signal sur bruit défini dans le domaine fréquentiel [62, 63, 64]. Ensuite, la ré- étendue à la ée ério varian [65 66, 67]. 14 2 Échelle optimale d'observation à partir de l'information de Shannon 15 3 Applications 17 4 5 3.1 Imagerie cohérente............................... 17 3.2 Imagerie par résonance magnétique (IRM).................. 19 Autres mesures informationnelles...................... 21 4.1 Échelle optimale d'observation à partir de l'information de Rényi..... 21 4.2 Échelle optimale d'observation à partir de l'information de Fisher..... 24 4.3 Échelle optimale d'observation à partir de la complexité stochastique de Rissanen..................................... En imagerie, la question de l'échelle d'observation d'une scène est conventionnellement laissée à l'appréciation de l'expérimentateur qui gère seul le choix du grossissement du système imageur. De façon souvent découplée, le traiteur de données récupère les images après acquisition et, ensuite, cherche à extraire au mieux les informations dans la scène. Dans ce chapitre, basé sur les études [29, 30], nous montrons qu'il est possible, au moyen de mesures informationnelles, de réaliser la quantification du choix d'une échelle d'optimale d'observation en imagerie bruitée. À cette fin, nous développons une approche conjointe des étapes d'acquisition et de traitement de l'information lors d'une situation courante en imagerie où un objet est placé sur un fond. Des étapes d'estimation sur les deux régions sont nécessaires pour identifier l'objet du fond. En l'absence de bruit, l'objet se dégage parfaitement du fond. L'échelle optimale d'observation, celle qui permet par exemple d'estimer au mieux la surface de l'objet, est la plus petite échelle qui permet de voir entièrement l'objet. En présence de bruit, la distinction entre fond et objet est perturbée. Le sens commun prévoit qu'une échelle intermédiaire, ni trop large pour avoir suffisamment de résolution, ni trop petite pour que le fond soit suffisamment défini, soit à privilégier. Dans ce chapitre, nous démontrons qu'il est possible de calculer une échelle optimale d'observation lorsque la tâche informationnelle finale de l'acquisition est utilisée comme une connaissance a priori lors de l'étape d'acquisition. Nous montrons, à partir de quatre exemples simplifiés, la possiblité de déterminer une échelle optimale d'observation en imagerie bruitée. Nous considérons ce problème original et pratique du choi d'une échelle optimale d'observation d'une scène bruitée [94] avec, dans un premier temps, l'information de Shannon [40] pour des tâches de transmission d'information. Nous illustrons ce point de vue à travers des exemples 14 Chapitre 2. Échelle d'observation – Estimation conjointe d'imageries bruitées avec l'imagerie par résonance magnétique (IRM) pour le domaine du biomédical et l'imagerie cohérente de speckle pour l'instrumentation optique. Puis nous étendons cette approche à d'autres types de mesures informationnelles comme l'entropie de Rényi [95] pour des tâches de transmission d'information. Pour des tâches d'estimation de paramètre, nous étudierons l'information de Fisher [40] et pour des tâches de modélisation statistique de données, nous nous intéresserons au principe de complexité stochastique de Rissanen [96]. 1 Transmission de l'information via un canal binaire Nous choisissons de modéliser un système imageur simple, représenté sur la Fig. 2.1. Les images en sortie, au niveau du capteur ou bien après traitement, sont binaires : Y (u, v) ∈ {0, 1}, avec (u, v) les coordonnées spatiales. La modélisation de canaux de communication est plutôt classiquement destinée aux contextes de télécommunication où les signaux transmis sont des signaux monodimensionnels. Ici, S(u, v) et Y (u, v) sont des images. Nous modélisons la situation d'un objet seul sur un fond en choisissant l'image d'entrée S(u, v) comme binaire. Notre scène est ainsi constituée d'un objet défini par un niveau de gris uniforme I1 et un fond également uniforme à I0. La densité de probabilité associée à S(u, v) est pS (s) = p1 δ(s − I1 ) + p0 δ(s − I0 ), (2.1) où p1 = 1 − p0 est la fraction de pixels à I1, i.e. la surface relative de l'objet dans l'image S(u, v). Le paramètre clé de notre problème est donc p1 qui représente bien l'échelle à laquelle l'objet est observé dans l'image. image de sortie système imageur scène éclairage couplage physique S(u,v) acquisition traitement X(u,v) Y(u,v) canal destinataire perturbations source Fig. 2.1 Système imageur vu comme un canal de communication. X(u, v) est une image intermédiaire correspond ant à l'image produite par la physique sur le capteur avant acquisition et traitement . Dans ce chapitre, nous considérons conjointement les étapes acquisition–traitement pour répondre à une question classique en imagerie : le choix d'une échelle optimale d'observation. Nous explicitons maintenant les conditions physiques concrètes qui déterminent un canal de transmission de l'information et ses probabilités conditionnelles entrée–sortie pji. Nous considérons l'entrée binaire S dont la transmission est corrompue par un bruit blanc N pour former S + N. À la réception, S + N est comparé à un seuil fixe de décodage θ pour déterminer la 2. Échelle optimale d'observation à partir de l'information de Shannon 15 sortie binaire Y du canal selon la relation si S + N > θ alors Y = 1, sinon Y = 0. (2.2) Le bruit N a une fonction de répartition F (n) = Pr{N ≤ n}. L'entrée S et le bruit N sont statistiquement indépendants. Les probabilités de transmission entrée-sortie de ce canal binaire sont facilement obtenues. Par exemple, la probabilité p01 = Pr{Y = 0 | S = 1} est aussi Pr{S + N ≤ θ | S = 1} qui correspond à Pr{N ≤ θ − 1} = F (θ − 1). Avec des régles similaires, on arrive à p01 = Pr{Y = 0 | S = 1} = F (θ − 1), (2.3) p11 = Pr{Y = 1 | S = 1} = 1 − F (θ − 1), (2.4) p00 = Pr{Y = 0 | S = 0} = F (θ), (2.5) p10 = Pr{Y = 1 | S = 0} = 1 − F (θ). (2.6) Ces probabilités de transmission pji, (i, j) ∈ {0, 1}2, définissent le canal binaire asymétrique de la Fig. 2.2. Ainsi le système imageur de la Fig. 2.1 se modélise par le canal bin aire de la Fig. 2.2. Fig. 2.2 Schéma d'un canal binaire symétrique. 2 Échelle optimale d'observation à partir de l'information de Shannon Nous nous plaçons dans le cas de la Sect. 1 de ce chapitre, où un canal de communication est constitué d'une source qui délivre un message à un destinataire, via un canal perturbé par du bruit [40]. On définit la capacité informationnelle de Shannon C d'un canal d'information comme la borne supérieure sur la quantité d'information qui peut être transmise correctement via le canal informationnel [40], i.e. C = max I(S, Y ), Pr{S} (2.7) 16 Chapitre 2. Échelle d'observation – Estimation conjointe où S est l'entrée du canal, Y sa sortie et Pr{S} la distribution de probabilité de l'entrée S. I(S, Y ) est l'information mutuelle entrée–sortie de Shannon I(S, Y ) = H(Y ) − H(Y |S), avec pour les entropies H(*) [40], les définitions standard suivantes Z H(Y ) = −pY ( z ) log2 [pY ( z)]dz , (2.8 ) (2.9 ) z et Z Z H(Y |S) = −pY |S (z) log2 [pY |S (z)]dz. pS (s)ds (2.10) z s On rappelle les définitions de densité de probabilité conditionnelle pY |S (z)dz = Pr{y ∈ [z, z + dz[|S = s}, (2.11) et de densité marginale Z pS (s)pY |S (z)ds. pY (z) = (2.12) s L'information mutuelle entrée–sortie I(S, Y ) peut être calculée à partir des entropies H(Y ) = h[p11 p1 + (1 − p00 )(1 − p1 )] + h[(1 − p11 )p1 + p00 (1 − p1 )], (2.13) avec la fonction h(u) = −u log2 (u), et H(Y | S) = (1 − p1 )[h(p00 ) + h(1 − p00 )] + p1 [h(p11 ) + h(1 − p11 )], (2.14) où les probabilités pij = Pr{Y = i | S = j}. Le bruit étant imposé, la capacité est obtenue en ajustant le seul paramètre libre, la distribution de probabilité Pr{S} de l'entrée S. Ainsi, la valeur de p1 qui permet d'obtenir la capacité C d'un canal modélisant le système imageur, définit une échelle optimale à laquelle on observe le mieux (d'un point de vue informationnel) l'objet sur le fond. La dérivée de I(S, Y ) par rapport à l'échelle d'observation p1 peut ensuite être calculée, et mène à l'échelle optimale d'observation p∗1 qui maximise I(S, Y ) et atteint la capacité informationnelle C du canal binaire modélisant le système imageur. Ainsi, la question d'une échelle optimale d'observation d'un objet sur un fond trouve une solution analytique avec l'expression p∗1 = avec ap00 − 1, a(p00 + p11 − 1) i Σi=1 i=0 (−1) (h(pii ) + h(1 − pii )) a = 1 + exp ln(2). p00 + p11 − 1 (2.15) (2.16) Lorsque l'objet et le fond de la scène à imager présentent le même bruit, i.e. quand on a p00 = p11, on obtient, d'après l'Éq. (2.15), p∗1 = 1/2. L'échelle optimale d'observation est obtenue lorsque le fond représente la même surface que l'objet. Dans cette situation, le sens commun évoqué en introduction de ce chapitre fonctionne. On rencontre cette situation en 3. Applications 17 pratique lorsque le couplage signal–bruit est additif en présence par exemple de bruit d'origine thermique sur les capteurs. Nous illustrons, dans la section suivante, avec des exemples d'imagerie, des situations pour lesquelles le sens commum est mis en défaut. 3 Applications Pour illustrer la notion d'échelle optimale d'observation à partir de la capacité informationnelle de Shannon, nous nous plaçons dans la situation de la Sect. 1 de ce chapitre, où la scène observée est constituée d'un objet sur un fond. La capacité informationnelle de Shannon nous permet d'obtenir l'échelle optimale d'observation de l'Éq. (2.15). Le sens commun évoqué en Sect. 2 de ce chapitre est mis en défaut à p∗1 6= 1/2, lorsque p00 6= p11. Dans ce cas, l'échelle optimale d'observation, quantifiée par l'Éq. (2.15), revient à favoriser la surface relative accordée à la région (objet ou fond) le moins bruité. On rencontre ces situations avec les bruits non additifs par exemple en imagerie cohérente avec le bruit de speckle ou encore en imagerie par résonance magnétique (IRM) avec du bruit ricien, qui sont communément modélisés comme des bruits multiplicatifs [97]. La modélisation de ces contextes applicatifs dans le cadre de notre étude est obtenue directement en explicitant le couplage signal–bruit qui permet de passer de l'image d'entrée S(u, v) à l'image intermédiaire X(u, v) dans la Fig. 2.1 et en introduisant un seuil de binarisation en sortie du canal selon l'Éq. (2.2). 3.1 Imagerie cohérente Nous modélisons une situation typique d'imagerie cohérente (SAR, sonar, laser), où une onde monochromatique éclaire la scène à imager avec une phase uniforme dans l'espace. On suppose que la scène éclairée qui reçoit l'onde incidente est porteuse d'un contraste binaire en réflexion qui représente l'image d'entrée S(u, v) dans la Fig. 2.1. En se réfléchissant, l'onde incidente voit sa phase perturbée par des variations microscopiques dues à la rugosité inhérente de la scène, à l'échelle de la longueur d'onde. L'image créée sur le capteur est l'image intermédiaire X(u, v) sur la Fig. 2.1. Sur le capteur d'image, certaines variations de la phase s'additionnent constructivement, donnant de fortes intensités, d'autres interfèrent destructivement en donnant de faibles intensités. Il en résulte des variations d'intensités aux allures granulaires appelées bruit de speckle ou tavelure, qui peuvent être modélisées par un couplage signal–bruit multiplicatif [97]. L'image intermédiaire arrivant sur le capteur est alors décrite par l'équation X(u, v) = S(u, v) × N (u, v), (2.17) avec la densité de probabilité pN (j) du bruit de speckle N (u, v) qui est donnée par 1 j pN (j) = exp −, j≥0, (2.18) σN σN √ avec la moyenne et l'écart-type qui s'identifient à σN et la valeur efficace à 2σN [94]. Les Éqs. (2.17) et (2.18) constituent un modèle simple de speckle rendant bien compte de la réalité quand la taille d'un pixel du capteur d'image est petite devant celle d'un grain de speckle [94]. Chapitre 2. Échelle d'observation – Estimation conjointe On peut exprimer les probabilités conditionnelles pij de la Fig. 2.2 de la manière suivante θ p00 = FN, (2.19) I0 θ p11 = 1 − FN, (2.20) I1 p01 = 1 − p00, (2.21) p10 = 1 − p11, (2.22) et la fonction de répartition FN (j) = 1 − exp −j σN, j≥0. (2.23) L'amplitude efficace du bruit de speckle peut être réglée expérimentalement par l'intensité de la source cohérente. Sur la Fig. 2.3, on observe l'évolution de √ l'échelle optimale pour un seuil θ fixé, en fonction de l'amplitude efficace du bruit de speckle 2σN. Suivant le niveau de bruit dans la scène, il faut parfois privilégier la surface accordée à l'objet p∗1 > 0.5 ou celle occupée par le fond p ∗ 1 < 0.5. Fig.√2.3 Échelle optimale d'observation p∗1 en fonction de l'amplitude efficace du bruit de speckle 2σN. L'image binaire d'entrée S(u, v) porte les niveaux I0 = 1 et différentes valeurs de I1 = 2, 4, 6, 8, 10. Le seuil de binarisation est fixé à θ = 1. La Fig. 2.4 montre l'évolution de l'information mutuelle de Shannon I(S, Y ) en fonction de l'échelle d'observation p1. La capacité informationnelle est obtenue pour p∗1 = 0.39. Un recul sur l'objet doit être appliqué pour observer au mieux d'un point de vue informationnel l'objet sur le fond. Nous montrons ainsi que le choix d'une échelle d'observation n'est pas 3. Applications un paramètre expérimental sans conséquence d'un point de vue informationnel. Ainsi, une modélisation physique de la scène à imager peut être utilisée pour maximiser la transmission d'information lors du choix du grossissement d'un système imageur. Fig. 2.4 Information mutuelle entrée-sortie I(S, Y ) en fonction de l'échelle d'observation p1 pour un niveau de bruit gaussien σN = 1, I1 = 10, I0 = 1 et θ = 1, on a p∗1 = 0.39. 3.2 On considère à présent l'image intermédiaire X(u, v) de la Fig. 2.1 comme étant l'image module obtenue lors d'une acquisition en IRM. Le bruit dans l'image module en IRM est usuellement modélisé comme un bruit ricien [98] de densité de probabilité  h i √ 2sx x exp − 1 (x2 + 2s2 ) B, pour x > 0, 0 2 2 2 σN 2σN σN pX|s (x) = (2.24) 0, pour x < 0, où la fonction de Bessel s'écrit Z B0 (z) = 0 2π 1 exp(z cos θ)dθ. 2π (2.25) S(u, v) est toujours une image binaire définie par deux niveaux : I1 pour l'objet et I0 pour le fond. On peut ainsi calculer les probabilités conditionnelles pji du schéma de la Fig. 2.2 avec p11 = 1 − FX|s=I1 (θ), (2.26) p00 = FX|s=I0 (θ), (2.27) p01 = 1 − p00, (2.28) 20 Chapitre 2. Échelle d'observation – Estimation conjointe p10 = 1 − p11, (2.29) et la fonction de répartition FX|s=I1 (θ) = Qχ02 2 (λ) où, (2.30) pX|s (t)dt, (2.31) +∞ Z (x) = Qχ02 2 (λ) θ σN x et le paramètre λ [99] défini comme suit λ= 2Ii2 2. σN (2.32) Pour illustration, les images disposées sur la Fig. 2.1 ont été obtenues expérimentalement au moyen d'un véritable système à IRM (pour plus de détails voir le chapitre 5, Sect. 2). Le paramètre σN dans l'Éq. (2.24) est l'amplitude efficace du brui t gaussien centré qui intervient au niveau du récepteur, où se produit l'échantillonnage avant la reconstruction par transformée de Fourier de X(u, v). L'amplitude efficace σN du bruit peut être contrôlée par le réglage de la bande passante du récepteur. Plus cette bande passante est petite, plus σN est petit. Sur la Fig. 2.5, on constate qu'il existe des situations où l'échelle optimale d'observation n'est pas p∗1 = 0.5. Fig. 2.5 Échelle optimale d'observation p∗1 en fonction de l'amplitude efficace σN du bruit gaussien présent au niveau du récepteur de l'antenne d'un imageur IRM. L'image binaire d'entrée S(u, v) porte les niveaux I0 = 0 et différentes valeurs I1 = 0.5, 0.75, 1, 2, 4 en allant de bas en haut. Le seuil de binarisation est fixé à θ = 1. La Fig. 2.6 montre l'évolution de l'information mutuelle entrée–sortie de Shannon I(S, Y ) en fonction de l'échelle d'observation p1. Dans ce cas, la capacité informationnelle est atteinte 4. Autres mesures information nelles Fig. 2.6 Information mutuelle entrée-sortie I(S, Y ) en fonction de l'échelle d'observation p1 pour un niveau de bruit gaussien σN = 3, I1 = 4, I0 = 0 et θ = 1, on a p∗1 = 0.57. pour p∗1 = 0.57, un zoom sur l'objet permet d'optimiser le transfert d'information via le canal binaire. Le cadre théorique décrit ici permet de détermine r une échelle optimal e pour maxim iser le transfert d'information mutuelle entre la scène physique d'entrée S(u, v) et l'image Y (u, v) obtenue après acquisition et traitement . Nous avons montré qu'il est possible d'obtenir une échelle optimale d'observation d'une scène bruitée au moyen d'un outil de la théorie statistique de l'information : l'information de Shannon ou entropie de Shannon. Nous avons illustré cette notion d'échelle d'observation optimale dans deux contextes d'imagerie bruitée : l'imagerie cohérente de speckle et l'imagerie par résonance magnétique. Dans la section suivante, en considérant la même question du choix de l'échelle d'observation, nous é tendons cette approche conjointe à d'autres outils issus de la théorie statistique de l'information : l'entropie de Rényi, l'information de Fisher et pour finir le principe de complexité stochastique de Rissanen. 4 4.1 Autres mesures informationnelles Échelle optimale d'observation à partir de l'information de Rényi Pour mesurer l'information, une extension de l'entropie de Shannon a été proposée avec l'entropie de Rényi [100]. En tant qu'extension, l'entropie de Rényi satisfait un ensemble de conditions axiomatiques [100], légèrement moins restrictives que dans le cas de Shannon, mais préservant son aptitude de mesure de l'information. Chapitre 2. Échelle d'observation – Estimation conjointe 4.1.1 Entropie de Rényi À partir d'un alphabet de N symboles, une source d'information émet des symboles indépendants avec les probabilités pi, pour i = 1 à N. L'entropie de Rényi de la source est définie comme suit! N X 1 α Hα (pi ) = log pi, (2.33) 1−α i=1 pour un ordre α ≥ 0 [100]. À la limite α = 1, la règle de L'Hospital donne H1 (pi ) = − N X pi log(pi ), (2.34) i=1 i.e. l'entropie de Shannon. Pour tout ordre α ≥ 0, l'entropie de Rényi Hα (pi ) de l'Éq. (2.33) est non négative, et atteint son maximum Hmax = log(N ) (2.35) à l'équiprobabilité pi = 1/N, pour tout i = 1 à N [101]. Hα (pi ) est concave (∩) pour 0 ≤ α ≤ 1 et pseudoconcave (un unique maximum) pour 1 < α [102]. Pour une distribution de probabilités donnée, Hα (pi ) est une fonction décroissante de α [101], partant de H0 (pi ) = log(N ) = Hmax et décroissant jusqu'à H∞ (pi ) = − log[maxi (pi )]. L'entropie de Rényi est additive pour des variables aléatoires indépendantes, i.e. que l'entropie de Rényi est une mesure extensive. 1 Fig. 2.7 Entropie de Rényi Hα (pi ) de l'Éq. (2.33), en fonction de la probabilité p1 d'une source binaire {p1, 1 − p1 }, pour trois valeurs de l'ordre α = 0.4, α = 20 et α = 1 identifié par les croix (×) correspondant à l'entropie de Shannon. Pour illustration, la Fig. 2.7 montre l'entropie de Rényi Hα (pi ) de l'Éq. (2.33) pour une 4. Autres mesures informationnelles 23 source binaire (qui nous intéresse dans la suite). En particuler, la Fig. 2.7 décrit comment l'entropie Hα (pi ) perd sa concavité (∩) pour α > 1 tout en conservant un unique maximum (pseudoconcave). 4.1.2 L'entropie relative de Rényi Associée à l'entropie de Rényi, on a l'entropie relative de Rényi ou divergence, qui se réfère à deux distributions de probabilités {pi } et {qi }, i = 1 à N, sur le même alphabet, et qui est définie comme dans [100, 101] par l'équation N X 1 Dα (pi kqi ) = log pαi qi1−α α−1!. (2.36) i=1 À la limite α = 1, la règle de L'Hospital donne D1 (pi kqi ) = N X pi log(pi /qi ), (2.37) i=1 i.e. l'entropie relative de Kullback-Leibler [40]. Pour tout ordre α ≥ 0, l'entropie relative de Rényi Dα (pi kqi ) de l'Éq. (2.36) est non négative, s'annule si et seulement si pi = qi, pour tout i = 1 à N [101]. Pour deux distributions de probabilités données {pi } et {qi }, pour i = 1 à N, l'entropie relative de Rényi Dα (pi kqi ) est une fonction croissante de α. À la limite 0 ← α, on a D0←α (pi kqi ) = αD1 (qi kpi ), ce qui signifie que l'entropie relative de Rényi Dα (pi kqi ) atteint sa borne inférieure zéro quand 0 ← α, avec un comportement limite contrôlé par l'entropie relative de Kullback-Leibler D1 (qi kpi ). Ceci est en accord avec la propriété générale de Dα (pi kqi ) de l'Éq. (2.36) qui, pour chaque 0 ≤ α ≤ 1, vérifie (1 − α)Dα (pi kqi ) = αD1−α (qi kpi ). À la limite α → ∞, on a Dα→∞ (pi kqi ) = log[maxi (pi /qi )] comme une borne supérieure atteinte par Dα (pi kqi ). En choisissant les probabilités de référence {qi } comme une distribution uniforme {qi = 1/N } pour tout i = 1 à N, on obtient Dα (pi kqi = 1/N ) = Hmax − Hα (pi ), (2.38) exprimant une connection entre entropie et en tropie relative pour tout ordre de Rényi α. 4.1.3 Information mutuelle de Rényi Nous nous plaçons dans la situation de la sect. 1 de ce chapitre, où la transmission par le canal binaire est caractérisée par quatre probabilités conditionnelles pji = Pr{Y = j|S = i}, pour (i, j) ∈ {0, 1}2. Les probabilités conjointes entrée-sortie résultant sont pij = pji pi, et les P probabilités de sortie qj = Pr{Y = j} = 1i=0 pji pi. L'information mutuelle entrée-sortie de Rényi s'écrit alors   1 X 1 log  (pαj0 p0 + pαj1 p1 )qj1−α . (2.39) Iα (S, Y ) = α−1 j=0 24 Chapitre 2. Échelle d'observation – Estimation conjointe L'Éq. (2.39) est l'information mutuelle entrée-sortie de Rényi Iα (S, Y ) pour tout canal binaire (sans mémoire) caractérisé par les quatre probabilités de transmission pji. 4.1.4 Capacité informationnelle de Rényi La capacité informationnelle de Rényi Cα est obtenue en recherchant la valeur p∗1 de p1 atteignant le maximum Cα de Iα (S, Y ) à l'ordre donné α. Pour la probabilité optimale d'entrée p∗1, une expression analytique explicite existe pour le cas particulier α = 1 de la capacité informationnelle de Shannon Cα=1 pour le canal binaire asymétrique (vu dans la Sect. 2 de ce chapitre). Pour un ordre arbitraire α autre que α = 1, la probabilité optimale p∗1 nécessite généralement d'être calculée numériquement, en maximisant Iα (S, Y ) de l'Éq. (2.39). De cette manière, nous avons réalisé une évaluation de la probabilité optimale p∗1 visible sur la Fig. 2.8, pour le canal binaire de l'Éq. (2.2). On observe, sur la Fig. 2.8, le comportement de la probabilité p∗1 lorsque l'amplitude σ du bruit gaussien N augmente, pour tout ordre α. On constate que tous les ordres de Rényi permettent d'obtenir une probabilité optimale d'entrée p∗1, i.e. une échelle optimale d'observation. On remarque de plus que, pour tout ordre α, lorsque que le bruit augmente, l'échelle optimale d'observation p∗1 tend vers 0.5, i.e. une configuration où l'on a autant de fond que d'objet dans la scène observée. Dans ce cas, le sens commun évoqué en introduction de ce chapitre fonctionne. Cependant, on peut noter que, pour α ≥ 2, à bruit faible, l'échelle optimale d'observation p∗1 obtenue est nulle, ce qui physiquement, correspond à un point de vue où l'objet disparaît de la scène. Il s'agit dans ce cas d'une situation physique dégénérée. Ainsi l'entropie de Rényi offre une famille de mesures informationnelles flexibles qui permettent de définir de manière continue une échelle optimale d'observation p∗1. Pour chaque ordre de Rényi, on obtient une échelle optimale d'observation p∗1 différente. Néamoins, aucune mesure informationnelle ne s'impose pour notre tâche de traitement d'information. Nous verrons dans le chapitre 6 que, pour d'autres tâches d'imagerie, il est possible d'obtenir un ordre optimal de Rényi αopt pour la capacité de Rényi et donc de définir une mesure informationnelle optimale. 4.2 Échelle optimale d'observation à partir de l'information de Fisher L'extraction d'information débute en général avec l'estimation de paramètre. Dans les systèmes imageurs bruités, l'information se trouve cachée dans les propriétés statistiques des 4. Autres mesures informationnelles 25 Fig. 2.8 Probabilité optimale d'entrée p∗1 réalisant la capacité informationnelle de Rényi Cα en fonction de l'amplitude efficace σ du bruit gaussien N de moyenne nulle, pour un canal binaire d'information avec un seuil de décodage θ = 1.2. L'ordre α varie de 0.2 à 4 par pas de 0.2. Les croix (×) identifient α = 1 lorsque p∗1 réalise la capacité informationnelle de Shannon Cα=1 selon l'Éq. (2.15).
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Cependant un indice, glissé au lecteur dans un commentaire d'Abû Ḫalîl, semble indiquer que la réception des pièces et des dialogues va plus loin que la seule lecture. A la fin de l'anecdote« ʿAmr Šahâma » transformée en dialogue Abû Ḫalîl s'exclame : ‫آدي الحكايات اللي تلتذ منه اوالد بلدنا النھم يشخصوھا في البيوت ويحصل منھا تاثير عظيم‬ Voici des histoires dont se régalent nos compatriotes car ils l'interprètent dans les maisons et il en résulte un effet immense1250. Une petite phrase qui, parce qu'unique en son genre, se prête à la glose. Le verbe chaḫḫâṣasignifie interpréter dans le sens de représenter le personnage, pas seulement par la voix mais également par le corps, la gestuelle, et implique la notion de jeu d'acteur. Il ne s'agit plus ici d'une lecture collective active, mais bien d'une mise en scène organisée par les lecteurs. Le lieu de cette mise en scène est l'espace privé du lectorat, la maison ou le harem, et non le théâtre; la troupe est formée non d'acteurs professionnels mais de lecteurs d'Abû Naẓẓâra réunis pour l'occasion. La phrase semble dénoter une généralisation de cette pratique, comme s'il s'agissait d'une habitude répandue parmi les lecteurs ; on est donc invité à se demander, sans pouvoir toutefois apporter de réponse, quel était le degré de préparation de la représentation : lecture collective qui débouche sur une mise en scène improvisée et éphémère, ou représentation soignée qui fait suite à une « répétition » du texte par les acteurs-lecteurs? Ṣannûʿ paraît en tout cas renouer avec les débuts de la pratique théâtrale, intime et familia le, dans le monde arabe, celle des représentations privées, dans les maisons des auteurs, ou les rôles sont assumés par les proches du dramaturge. S'il en est bien ainsi de la réception des pièces de théâtre, Abû Naẓẓâra aurait contribué, sans doute modestement et tout en s'appuyant sur elle, à la diffusion de la pratique du théâtre amateur qui commence à se développer à la même époque notamment grâce aux associations scolaires et caritatives. Toujours est-il que la pièce théâtro-journalistique n'est pas pensée et rédigée comme un article de journal mais bien comme un texte théâtral ouvert sur l'horizon de sa représentation, prêt à être « dépossédée » de son auteur pour devenir la propriété du lecteur. 682 littéraires, linguistiques, visuelles au théâtre d'ombres, de marionnettes, aux farces des Awlâd Râbiyya ; il se réfère à tout un univers de pratiques théâtrales, de modes de représentation familiers des lecteurs que ces derniers vont pouvoir mobiliser pour jouer les pièces du journaliste. Ṣannûʿ, loin de l'Egypte, ne peut plus être cet homme-orchestre de son théâtre et doit se résoudre à « n'être que » l'auteur de ses pièces. La référence à un patrimoine théâtral et à ses codes partagés avec le lectorat prend le relai, sert de médiation et offre un fil directeur à la mise en scène amatrice. La réplique d'Abû Ḫalîl établit un lien entre la représentation et les effets qu'on peut en retirer, sans en dire plus. Le terme de taʾṯîr signifie l'effet dans le sens de trace, d'impression, d'influence. Ṣannûʿ établit donc un rapport entre le texte de théâtre, sa représentation et son influence et proclame ainsi par le biais de son personnage l'effectivité de son théâtre journalistique. Reste à savoir quel est, concrètement, cet effet, ce taʾṯîr qu'évoque Abû Ḫalîl. Cette réplique survient donc à la fin de l'anecote dialoguée « ʿAmr Chahâma », la première à représenter le renversement d'un rapport de domination. Nous postulons que cette influence n'est pas celle de la représentation sur le spectateur mais celle que produit la représentation sur ses acteurs, la façon dont le rôle laisse sa trace dans l'esprit de son interprète et continue de le travailler. La métamorphose du lecteur en acteur se fait sur plusieurs niveaux : il devient d'abord acteur réel de la pièce, et non plus spectateur Par le biais de la représentation, il est projeté sur la scène politique qui est toujours symboliquement en co-présence avec la scène réelle ; enfin, le jeu théâtral donne à celui qui tient le rôle du héros le rôle pilier de renversement de l'ordre injuste. Le lecteur se joue lui-même comme acteur, peut alors s'envisager, à partir de la représentation, comme celui par lequel peut se réaliser le renversement du pouvoir et l'avènement d'une Egypte nouvelle. On retrouve jusque ici la porosité de la frontière entre fictionnel et réel. Il semble que pour Ṣannûʿ, jouer c'est faire, c'est déjà agir sur le réel ; représenter des possibles, c'est les faire exister dans le monde. Pour parler concrètement, l'effet des représentations seraient donc non seulement la prise de conscience du lecteur mais son engagement intellectuel et physique dans la lutte ; en ce sens, la pièce de théâtre n'a pas seulement une effectivité, elle a aussi une agentivité, la capacité à faire passer à l'action. De ce fait, la représentation des pièces participe de ce travail de médiation de l'individu au peuple, à la nation : le lecteur-acteur est amené à jouer et à se reconnaître dans des différents types sociaux qui composent ce « peuple du journal ». 3.2 Une théâtralité a minima inscrite dans le corps et dans la langue Les pièces de théâtre d'Abû Naẓẓâra comprennent donc une série d'indications pour la mise en scène1251, à commencer par la liste des personnages, qui donnent leurs noms et leurs fonctions ou statuts. L'onomastique est déjà porteuse d'une dramaturgie du texte, certains noms et les précisions qui les accompagnent orientant la représentation du personnage et/ou le jeu de l'acteur : Diyûs (Salaud) Âġâ, ʿAryân (Nu, en haillons) Bêk le fils de l'officier, Al-Wâd al-miriq (Le Fils efféminé) Les lieux sont indiqués mais le décor n'est jamais précisé. Seuls les quelques objets qui apparaissent au cours de l'action peuvent permettre de meubler l'espace scénique. Les pièces entretiennent un lien plus symbolique avec le lieu –lieu du politique- que matériel. De même, les personnages ne font pas l'objet de description physique, pas plus qu'on ne trouve de précision concernant leurs costumes. Les didascalies assument des grandes fonctions : indiquer le destinataire de la réplique lorsqu'il y a plusieurs personnages en présen ou dans une situation de double-énonciation ; mettre en place une situation trop longue ou peu intéressante à développer d'un point de vue théâtral1252 ; enfin donner des indications sur les mouvements des acteurs. Ces didascalies sont destinées tout à la fois à une lecture non théâtrale –elles sont alors lues comme une fiction - et à la mise en scène. Cette première forme de théâtralité du texte est une théâtralité minimale. Faut-il mettre cela sur le compte de la vocation journalistique du texte ou le penser dans la perspective de la représentation? Dans les pièces de théâtre d'avant Abû Naẓẓâra, Ṣannûʿ n'utilisait pas de façon intensive la didascalie, se montrait avare en précision concernant la spatialisation du texte. échappe et un renforcement des didascalies aurait pu être une solution pour tenter de la contrôler. On peut au contraire supposer que Ṣannû ne cherche pas à contrôler cette mise en scène : cette théâtralité a minima donne une orientation tout en laissant aux lecteurs-acteurs amateurs la liberté d'adapter la pièce à un environnement qui n'est pas celui, déterminé et fixe, d'un théâtre mais l'espace intime de la maisonnée offrant une variété de dispositions. Le texte ne doit pas être une contrainte, il doit servir de déclencheur et de trame pour le jeu : Ṣannûʿlui-même modifiait ses textes sur scène, peut-être pensait-il que les acteurs en feraient autant et que ses pièces étaient amenées à être retravaillées par la représentation. Le lecteur-acteur ayant alors le loisir d'adapter la pièce à ses propres conditions de la représentation, cette liberté est à la base de la diffusion des pièces de théâtre en dehors du journal dont elles s'émancipent. Il est un autre élément, non textuel, qui contribue fortement à la théâtralité du texte : l'illustration. Nous avons vu que la majeure partie des pièces de théâtre ont été illustrées dès que les moyens techniques l'ont permi, ce qui n'est pas anodin. Le dessin change alors de fonction et se trouve intégré dans une communication plus proprement théâtrale, c'est-à-dire qui part d'un dramaturge vers un lecteur-spectateur-acteur en prenant pour centre un texte dramatique. L'illustration n'a pas vocation à expliquer, à préciser le sens, les pièces de théâtre étant le plus souvent fort explicites. Elle vient apporter une détermination aux représentations mentales de la lecture scénique et propose au lecteur une partie de l'univers du dramaturge. Elle peut-être reçue comme un ensemble d'indications scéniques destinées à aider les lecteurs-acteurs et à orienter leur mise en scène. Ces représentations picturales sont fidèles à la pièce, jusque dans ses didascalies ; le plus souvent, le décor y est à peine plus détaillé, voir totalement absent pour mettre en valeur les personnages. Le lecteur-metteur en scène peut alors y puiser des ressources pour l'incarnation des rôles : le vêtement devient costume, le visage masque, le mouvement suspendu du personnage un indice de sa gestuelle. L'illustration précise également les accessoires, le mobilier sommaire -généralement une table, des chaises, un divan, un cadre. Surtout, elle fournit des instructions plus globales concernant l'organisation de l'espace scénique, notamment dans les rapports entre les corps des acteurs. Ṣannûʿ, sous l'influence des performances du théâtre égyptien, semble en effet placer l'acteur, plus particulièrement le corps de l'acteur, au coeur de la théâtralité scénique. 685 Le corps, comme nous avons essayé de le montrer à plusieurs reprises, est objet et source de comique et lieu de la coercition et de la libération politique. Le théâtre joué de Ṣannûʿ pourrait être ainsi considéré comme un théâtre avec un minimum d'artifices, d'accessoires, d'éléments de décors, dans lequel les effets reposent pour une part importante sur les acteurs et leurs gestuelles. Cette théâtralité propre au corps est dé inscrite dans le texte. Michel Corvin (1996) propose de fonder la théâtralité du texte dramaturgique dans la métaphore : le texte déploie des images qui demandent à advenir. Ainsi dans le texte des pièces, nombreuses sont les images corporelles qui peuvent-être physiquement appropriées par le lecteur-acteur, lui suggérant toute une attitude scénique. Nous en avons vu un exemple dans Rachîd Ṣulṭan al-Kunûz lorsque le ḫaznadâr décrit sa relation amoureuse à l'argent ; les menaces de coups, de décapitation, de sévices dans Zamzam al-maskîna, les insultes, le récit des antécédents de Ryâḍ dans Sittî Waḥîda, l'agonie du soldat vue par la grand-mère en retrait de la scène dans Al-Ğihâdî montrent que cette théâtralité, liée à la notion de performance, est un déjà-là. Conclusion L'écriture théâtrale n'est pas, dans Abû Naẓẓâra, une lubie d'un dramaturge en exil qui a du mal à quitter la scène. Elle est la dynamique de la rédaction du journal ; associée au dessin satirique, elle confère au journal son identité et son originalité qui, malgré la distance, lui 687 assure succès et pérennité en Egypte. Ṣannûʿ ne le bride pas aux seuls genres théâtraux, la pièce et le dialogue mais la laisse irriguer l'architecture du journal pour la mettre au service de son objectif politique. Celui-ci se réalise selon les différentes étapes que nous avons étudiées et dans laquelle l'écriture et l'esthétique théâtrales occupent un rôle central. De façon transversale, cette partie pose à nouveau frais la question de la différence entre le genre du dialogue et celui de la pièce et de leurs limites. La pièce de théâtre est productrice du rire « rabelaisien », celui de l'excès. Elle est intimement associée à la notion de fiction dont elle fait ressortir les mécanismes. Elle propose au lecteur une inversion entre la réalité présente –celle, bien palpable, de l'injustice et de la corruption – et la fiction, le monde des possibles – celui du renversement de l'oppression et de l'avènement d'un règne plus mesuré, indépendant et juste. Cette « révolution » s'actualise d'abord dans la conscience et l'intimité des lecteurs transformés en acteurs puis, dans l'espoir du journaliste, sur la scène politique publiques. Le dialogue – sauf celui qui met en scène le pouvoir et se confond avec la pièce – est plutôt le genre associé au plaisant, à la légèreté de la conversation et de ses traits d'esprits. Il prétend recréer une réalité quotidienne du lectorat avec lequel le journaliste entretient une conversation continue qui permet la diffusion de ses idées. Le dialogue n'offre pas, comme la pièce, un modèle d'action mais un modèle de conversation, d'entretien qui doit être « exporté », réutilisé et enseigné. Les deux genres posent ainsi la question de l'effectivité du journal, sur la façon dont celui peut réellement produire une influence sur le lectorat et le rendre actif. En instituant la mise en scène comme mode de réception ultime de ses pièces de théâtre, Ṣannûʿ veut faire de son lecteur idéal l'agent des idées politiques qu'il porte ; et par le biais des dialogues, un transmetteur. Conclusion générale 688 Abû Naẓẓâra de 1878 à 1882 est le laboratoire d'une expérience littéraire singulière dans l'espace de la production intellectuelle de la Nahḍa, à l'intersection de deux nouveaux domaines de création : le théâtre et la presse. La démarche de Yaʿqûb Ṣannûʿet la fondation de son journal doivent se comprendre à l'aune des étroites relations qui unissent les deux genres et des circulations entre le champ théâtral et le champs journalistiques égyptiens de la deuxième moitié du XIXème siècle. La presse et le théâtre égyptien sont tous deux nés de la politique culturelle du Khédive Ismâʿîl qui vise à donner une image moderne de l'Etat. Journalistes et hommes de théâtre, d'abord tributaires d'un pouvoir mécène, s'émancipent avec la fragilisation du Khédive lors de la crise financière égyptienne et l'influence croissante des puissances européennes. Ce sont des conditions politiques et socio-économiques qui expliquent en partie le passage du théâtre au journalisme chez les écrivains égyptiens. Le théâtre, parce qu'il ne peut à ses débuts être autonome financièrement, dépend du soutien de l'Etat et ne saurait être le lieu de l'expression d'un mécontentement politique ; la baisse considérable des financements khédiviaux entraîne la dissolution des troupes de théâtre égyptiennes et poussent les dramaturges vers un autre mode d'expression, plus libre, la presse. Ce passage du théâtre au journalisme est principalement marqué par la politisation des écrits chez tous les auteurs. Presse et théâtre sont les deux médiums favoris d'une pensée et d'une écriture nahḍawistes qui recherchent d'abord l'efficacité et dont le but premier est de réformer la société égyptienne. effet, ces deux moyens d'expression établissent une relation plus directe entre l'auteur et ses destinataires et introduisent ce dernier dans le processus de création. Le théâtre et la presse se voient assigner dans un premier temps une mission moralisatrice puis, au tournant des années 1880, politique. Ils ne doivent plus seulement élever les âmes des spectateurs et des lecteurs et parfaire leur éducation, mais aussi leur faire prendre conscience de leur statut de sujets politiques et créer, à partir du public et du lectorat, une communauté soudée par le patriotisme et une nouvelle conception de l'égyptiannité. La perméabilité de ces deux champs encore en construction favorise la circulation des hommes mais aussi des thèmes et des écritures. Cela se manifeste dans un premier temps par l'intérêt grandissant de la presse égyptienne pour le théâtre et la naissance, dans ses colonnes, de la critique théâtrale, ainsi que par les premières publications de pièces de théâtre égyptiennes. Dans un deuxième temps, les auteurs venus du théâtre comme Yaʿqûb Ṣannûʿ, 689 ʿAbd Allah al-Nadîm ou Ibrâhîm al-Muwayliḥî s'inspirent des procédés théâtraux pour écrire leurs journaux en recourant notamment au dialogue. La première partie de cette étude a de ce fait insisté sur la conception de la Naḥda sur le modèle du réseau : réseau étroit entre les membres d'un groupe encore restreints d'intellectuels qui se définissent à la fois comme des écrivains, des hommes de théâtre, des journalistes et des acteurs politiques et réseau intertextuels dans lesquels les textes se répondent et d'où émerge une pensé collective. Pour mieux comprendre le rôle de la presse et du théâtre dans les mutations intellectuelles et culturelles de l'Egypte du dernier quart du XIXème siècle, il est nécessaire de prendre en compte leurs aspects sociologiques et les conditions matérielles de la réception. L'apparition du théâtre et du journal donne naissance à de nouveaux lieux et de nouvelles pratiques de consommation culturelle – fréquentation des théâtres, lectures individuelle et collectives de la presse – et à des formes de sociabilité que les auteurs tentent de policer. Yaʿqûb Ṣannûʿoccupe une place particulière dans ce réseau de la Nahḍa égyptienne. Pionnier du théâtre et du journalisme, il tient souvent le second rôle aux côtés de figures comme Ğamal al-Dîn al-Afġânî ou Muḥammad ʿAbdûh en raison d'une pensée bien plus pragmatique que thé rique. Son parcours ressemble en partie à celui de nombreux intellectuels de sa génération : parti étudier en Italie, il découvre la civilisation européenne à partir de laquelle il s'interroge sur la situation de l'Egypte. Pour faire vivre son théâtre, il cherche l'attention et le soutien du pouvoir khédivial avant de se tourner vers le journalisme d'opinion et de se lancer dans la critique politique. C'est dans l'exil – sort que connaissent également ses compagnons de plume – qu'il forge sa singularité en s'imposant sur la scène médiatique française comme le porte-parole du peuple égyptien brimé par les Anglais. Ṣannûʿ n'étant pas un théoricien du politique, il se distingue plus par ses positionnements que par l'originalité de ses idées. Partisan du constitutionnalisme, patriote opposé à la main-mise de l'Angleterre sur son pays, il imagine un Khédivat éclairé limité par une Assemblée de députés investie d'un vrai pouvoir de décision. Il prend le parti du Prince Ḥalîm en faveur duquel il met en place, dans Abû Naẓẓâra, un dispositif de propagande complexe et basé en partie sur le développement d'une iconographie. Affichant son ottomanisme, il défend également l'influence du Sultan contre les velleités d'indépendance du Khédive. Passée la révolte urabiste, Ṣannûʿ se tourne résolument vers la France dont il espère une intervention en 690 Egypte. Sa focalisation sur la libération, à tout prix, de sa patrie lui fait manquer de recul sur le jeu politique international, notamment sur la question des enjeux coloniaux. La question de sa judéité et de son appartenance religieuse a fait couler beaucoup d'encre ; sans jamais renoncer à ses origines et à sa confession, Ṣannûʿest avant tout un franc-maçon convaincu de l'égalité des hommes et des croyances et pour qui la religion comme doxa est un instrument au service de la mobilisation politique. Si son oeuvre journalistique peut ainsi être lue au prisme du politique, elle est également particulièrement intéressante comme exemple des débuts d'une écriture journalistique en construction. La période qui s'étend de 1878 à 1882 est celle des mutations d'une écriture qui emprunte aux genres fictionnels et familiers du lecteur pour effectuer une transition vers le discours de presse. Le projet journalistique de Ṣannûʿ comporte dès ses débuts une dimension pédagogique : le rire, placé au coeur du dispositif du journal, doit attirer le lecteur et le faire pénétrer dans le processus de lecture qui consiste à aller du sens apparent au sens caché. La fictionnalisation de l'actualité vient alors essentielle, non seulement pour distraire le lecteur, mais surtout pour déjouer la censure. S'instaure alors un jeu de décodage, notamment des noms des personnages, pour passer de la fiction à l'actualité. Dans un contexte politique de tensions grandissantes qui mènent à la guerre de 1882 et la défaite du mouvement urabiste, la fiction et la pluralité des genres doivent céder la place à une approche plus directe de l'actualité, à un discours travaillé par des références religieuses et une rhétorique de l'action. Abû Naẓẓâra est également une source importante et de première main sur la question des conditions matérielles de la création d'un journal et de sa réception. L'un des éléments centraux du dispositif fictionnel, communicationel et de propagande d'Abû Naẓẓara est l'écriture théâtrale et ses procédés. Les troisième et quatrième parties de cette étude ont montré que le journal était une reconstruction de l'espace théâtral dans ses dimensions textuelle et scénique. Des pièces composées pour la scène égyptienne au début des années 1870 aux premières années d'Abû Naẓẓâra, l'écriture théâtrale de Ṣannûʿ a évolué et s'est adaptée aux contraintes de la matrice journalistique. Ṣannûʿ s'inspire fortement du théâtre d'ombres et du Karagöz en raison de leur puissance satirique, de leur portée politique, de la familiarité qu'entretient avec eux le lecteur et enfin de la grande souplesse de leur canevas qui offre une solution aux contraintes spaciales et au rythme d'écriture du journal. La simplicité apparente de la construction ne doit pas amener à juger trop vite de la faiblesse des pièces : ces dernières témoignent au contraire d'une négociation originale entre des genres du patrimoine littéraire arabe et les exigences du médium journalistique, entre une culture littéraire et orale familière aux lecteurs à une culture journalistique à dominante écrite et que le lectorat doit s'approprier. Cette négociation donne naissance à un « théâtre de presse » qui se caractérise par la relative souplesse de la forme théâtrale, la concision de l'écriture, les personnages stéréotypés identifiables par leurs idiolectes, un jeu de références à l'actualité et l'insertion des pièces dans le continuum narratif du journal. La dynamique de contamination générique propre au médium permet à l'écriture théâtrale de se déployer dans l'ensemble du journal. La singularité d' bû Naẓẓâra et ce sur quoi il bâtit sa popularité auprès du lecteur est le dialogue. C'est à Ṣannûʿ qu'il faut attribuer la paternité de ce genre : issu de la pièce de théâtre, il s'en démarque par des traits spécifiques liés à son ancrage journalistique. Les personnages s'émancipent du texte théâtral et envahissent toutes les rubriques du journal jusqu'à l'illustration. Ils sont une des clefs de voute du discours médiatique : ils permettent la démultiplication des points de vue sur l'actualité, restituée alors au prisme de chaque catégorie sociale. Par un processus d'identification, ils facilitent l'adhésion du lecteur aux idées de Ṣannûʿ et constituent une médiation de l'individu vers le collectif de la umma égyptienne. Les procédés théâtraux et de mise en scène investissent le dessin de presse. L'illustration peut se lire comme la mise en scène de la pièce de théâtre. La caricature redouble visuellement les procédés de la satire théâtrale, déformation, infantilisation, animalisation et sexualisation des corps. Le dessin de presse participe à l'élaboration des personnages : il leur donne corps et amplifie leur stéréotypisation. Enfin, en 692 ordonnant la relation entre ces personnages, il met en scène le politique et dévoile la violence des rapports de force. La métaphore théâtrale à l'oeuvre dans Abû Naẓẓâraa une portée politique concrète. C'est par le dispositif théâtral que Ṣannûʿ fait de son journal l'agent d'une transformation sociétale. Le dialogue propose un modèle de sociabilité urbain autour du journal, entend former un lecteur de la presse averti et par là un sujet politique autonome et conscient.Abû Naẓẓâra recréée une polyphonie théâtrale par la mutliplicité des discours, de idiolectes, des parlers et des dialectes pour justifier sa prétention à se faire le porte-parole du peuple égyptien. Cependant, comme au théâtre, toutes ces voix sont subsumées sous un seul point de vue, celui du journaliste. L'ensemble du journal était destiné à recevoir une lecture oralisée qui devait actualiser ces voix et nous avons étayé le postulat selon lequel les pièces de théâtre étaient composées dans la perspective d'une éventuelle mise en scène par les lecteurs. Le lecteur est érigé en acteur et joue les situations de renversement du pouvoir que proposent les pièces, prenant ainsi conscience des possibles politiques qui s'offrent à lui. Abû Naẓẓâra de 1878 à 1882 s'inscrit dans la continuité de l'oeuvre théâtrale de Ṣannûʿ et reconduit, sous une autre forme, son expérience de la scène. L'écriture théâ sert de transition, est un relai vers l'écriture de presse, est mise au service du projet journalistique. Encore peu chevronné à l'exercice du journalisme, Yaʿqûb Ṣannûʿ puise dans son expérience, dans le mode d'expression qui lui est familier. Auprès de son public égyptien qui le connaît en tant queMister James, le metteur en scène, il établit une continuité entre son identité reconnue de dramaturge et celle, nouvelle, de journaliste. Le recours à aux genres du théâtre d'ombres, du karagöz et de la farce a une visée pédagogique : l'écriture théâtrale, particulièrement adaptée à la réception de la lecture collective, sert de jalon dans l'appropriation du journal par le lectorat. Elle a une fonction de représentation : elle modèlise cette communauté égyptienne unifiée et solidaire à laquelle aspire le journaliste. Elle permet d'exprimer la vérité de la scène politique et de dévoiler au lecteur-spectateur ce qui se trame dans les coulisses. Enfin, l'écriture théâtrale assume l'ambition première d'Abû Naẓẓâra qui est de faire agir en transformant le lecteur passif en acteur politique. Au cours de cette étude, plusieurs pistes de recherches ont émergé. La première concerne la relation entre la presse et le théâtre égyptiens qui est encore peu explorée. Il serait 693 intéressant de faire l'histoire de la critique de théâtre dans la presse, de croiser les parcours des naḥdawîs égyptiens qui ont été à la fois dramaturges et journalistes et d'étudier l'influence du théâtre dans d'autres corpus journalistiques contemporains d'Abû Naẓẓâra. La seconde piste de recherche s'intéresserait à la réception d'Abû Naẓẓâra et la construction du personnage du « Chaykh Abou Naddara »dans la presse française. Grâce à la numérisation des journaux sur le portail Gallica de la Bibliothèque nationale de France, les articles traitant de près ou de loin de notre auteur et de son journal sont désormais facilement accessibles et constituent une source d'information encore vierge sur Yaʿqûb Ṣannûʿ. Abû Naẓẓâra mériterait également d'être abordé selon une approche linguistique : si on le décrit comme le premier journal en dialecte, les variations et les stratégies linguistiques sont bien plus complexes. Il serait pertinent d'étudier les usages de l'arabe littéraire et du dialecte, des parlers égyptiens pour éclairer l'évolution de la langue arabe dans la presse de la Nahḍa. En dehors de ces trois axes majeurs, d'autres pistes nous paraissent dignes d'intérêt mais moins faciles à exploiter parce que reposant sur des traces matérielles. Nous ons en particulier à la presse égyptienne exilée à Paris : un croisement des sources journalistiques égyptiennes et françaises, des écrits personnels des journalistes et intellectuels concernés, des archives de la police, des déclarations d'imprimeurs nous permettrait de mieux connaître cette période qui a réuni Ṣannûʿ, Isḥâq, Al-Afġânî, ʿAbdûh et Ibrâhîm al-Muwayliḥî. Enfin, il nous paraît intéressant de se pencher sur les activités maçonniques de Ṣannûʿ à Paris ; les archives de la Franc-maçonnerie permettront peut-être de comprendre quel rôle elle a joué dans l'évolution intellectuelle et sociale de Ṣannûʿ après son installation en France. 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La plus grande part de l’énergie a été fournie par combustion de carburants fossiles et a inéluctablement donné lieu à l’émission de gaz à effets de serre, responsables du changement climatique. Afin de fournir une énergie plus responsable à une population toujours grandissante, il devient crucial de réduire l’intensité carbone de nos sources primaires d’énergies. C’est dans cette optique que le monde a connu un déploiement exponentiel de solutions de productions d’énergies dites renouvelables, i.e. convertissant des phénomènes naturels en électricité. Un des enjeux majeurs associé à la production d’électricité renouvelable est de palier à l’intermittence des phénomènes physiques ainsi exploités (solaires, vents, marées, etc.) afin de proposer une énergie « à la demande ». Ainsi, la transition vers un monde 100% renouvelable ne peut s’envisager sans le déploiement massif de moyens de stockage de l’énergie électrique. Dans le cadre de cette thèse, nous nous sommes intéressés au stockage électrochimique de l’énergie, et en particulier à la compréhension fondamentale des réactions convertissant l’énergie électrique en énergie chimie au sein d’électrolyseurs ou de batteries. Ces dispositifs partagent une même architecture : ils sont composés d’électrodes auxquelles les réactions électrochimiques ont lieu, et d’un électrolyte composé de solvants et de sels afin d’assurer la neutralité électrique en tout point de ces dispositifs. Le choix de matériaux adaptés afin de concevoir les électrodes est l’un des facteurs les plus déterminants quant à la performance de ces dispositifs. Après des années de recherche frénétique ayant débouché sur des matériaux d’électrodes très performants (avec une grande densité énergétique pour les batteries, et une grande activité catalytique pour les électrolyseurs), il apparaît que les performances de ces derniers peuvent être limités par la nature des interfaces formées avec l’électrolyte. En vue d’obtenir des dispositifs du stockage électrochimique de l’énergie moins coûteux, plus efficaces et plus résilients, il semble crucial de mieux appréhender et maîtriser la nature de ces interfaces electrodes/electrolytes. Dans cette thèse, nous avons tenté d’affiner notre compréhension sur l’impact des structures de solvatations des différentes espèces de l’électrolyte sur les performances de divers dispositifs de stockage électrochimique de l’énergie. C’est dans cette optique que nous avons étudié la 184 Résumé en Français de la Thèse structure de différents électrolytes en combinant des techniques de simulations moléculaires avec des caractérisation physico-chimiques de ces liquides. Armés de cette compréhension de l’environnement des différents constituants de ces électrolytes, nous avons étudié leurs propriétés électrochimiques et avons abouti à des corrélations entre la structure de ces électrolytes, et leur réactivité. Dans un premier temps, nous avons jeté notre dévolu sur la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau. Nous rappelons quelles ont été les étapes clés dans la compréhension du rôle de la structure des matériaux d’électrodes sur les performances des électrolyseurs. En particulier, nous discutons des limites de descripteurs physiques, comme l’énergie d’adsorption de l'hydrogène sur l’électrode, permettant de prédire les cinétiques de la réduction électrochimique de l’eau. Bien que ces descripteurs permettent de classer les différents matériaux d’électrodes selon leurs performances électrochimiques, ils échouent à expliquer pourquoi la réaction de réduction de l’eau est impactée lorsque l’électrolyte est modifié. En particulier, un examen détaillé de la littérature démontre que l’atténuation des performances du platine pour la réduction de l’eau en milieu alcalin comparée à celle effectuée dans un électrolyte acide ne peut être simplement rationnalisée par ces descripteurs qui ne considèrent que l’électrode. Nous discutons ensuite des récents développements de méthodes expérimentales et computationnelles qui ont permis de démontrer que l’environnement des molécules d’eau au sein de la double couche électrochimique est à-même de modifier drastiquement la cinétique de production d’hydrogène par électrolyse de l’eau. Afin d’améliorer la compréhension du rôle de la molécule d’eau dans la réaction de réduction de l’eau, nous avons développé une méthodologie, dite de confinement, afin de contrôler de manière fine la structure de l’eau au sein d’électrolytes et d’en étudier sa réactivité sur des électrodes modèles (platine, or). Pour ce faire, nous avons sélectionné un solvant organique (l’acétonitrile) stable à des potentiels assez négatifs pour réduire les molécules d’eau. Au sein de ce solvant, nous avons ajouté des molécules d’eau en présence de différents sels supports (LiClO4, NaClO4 et TBAClO4). Nous avons remarqué que les molécules d’eau étaient plus faciles à réduire en présence des cations les plus acides au sens de Lewis. A l’aide de simulations de dynamique moléculaire classique et de spectroscopie de résonance magnétique nucléaire nous avons pu conclure que la réactivité des molécules d’eau présentes dans la sphère de solvatation d’un cation « acide » était exacerbée du fait d’un affaiblissement de la liaison O-H. En augmentant la 185 Résumé en Français de la Thèse concentration en molécule d’eau dans ces électrolytes, nous avons observé que les molécules d’eau interagissaient les unes avec les autres par liaisons hydrogène. En présence d’un sel avec un cation hydrophobe, la réduction de l’eau est observée à des potentiels moins négatifs, ce qui confirme que l’affaiblissement des liaisons O-H des molécules d’eau (ici par liaison hydrogène avec d’autres molécules d’eau) facilite leur réduction. En revanche, en présence d’un cation « acide », la réduction de l’eau n’est pas impactée par sa concentration. En comparant l’énergie d’interaction entre une molécule d’eau et un tel cation avec celle par liaison hydrogène entre deux cations, nous avons trouvé que l’affaiblissement de la liaison O-H de la molécule d’eau était bien plus prononcé en présence d’un cation acide du fait de la très forte interaction non-covalente entre la molécule d’eau et ce cation. En revanche, en additionnant des quantités de sel support LiClO 4 plus importantes dans les électrolytes, nous avons observé que la réduction de l’eau était poussée à des potentiels plus élevés. Une analyse effectuée par dynamique moléculaire et diffusion de rayons X aux petits angles (SAXS) de la structure à l’échelle nanoscopique des électrolytes a montré qu’en présence d’une grande quantité de sel support, des nano-hétérogénéités étaient formées dans l’électrolyte. Nous avons ensuite étudié la réactivité des molécules d’eau au sein d’électrolytes aqueux employés dans les batteries Li-ion. Dans ce cas, il est intéressant repousser la réduction de l’eau à des potentiels plus négatifs afin d’accroître la plage de fonctionnement en potentiel des batteries. Il a récemment été proposé d’utiliser des électrolytes aqueux superconcentrés, dits water-in-salt, lesquels sont fabriqués par l’ajout d’une très grande quantité d’un sel de lithium organique (LiTFSI) dans un faible volume d’eau. En mesurant la stabilité de ces électrolytes en réduction sur des électrodes modèles, nous avons montré que la réduction de l’eau n’est initialement pas perturbée par l’ajout de ces grandes quantités de sels. En revanche, nous avons dévoilé que les anions OH générés lors de la réduction de l’eau pouvaient réagir avec les anions organiques, et donner lieu à la précipitation d’une couche passivante riche en fluor sur l’électrode qui permet in fine d’utiliser 186 Résumé en Français de la Thèse ces électrolytes à des potentiels plus négatifs qu’un électrolyte dilué. Ayant en tête de réduire la quantité d’anion organique utilisés afin de minimiser les coûts et dangers de production de ces électrolytes organiques, nous avons tenté d’en substituer une partie par des sels de lithium inorganiques bien plus accessibles comme les halogénures de lithium. Ce faisant, nous avons observé que des solutions aqueuses très concentrées en halogénures de lithium ne se mélangeaient pas avec des solutions très concentrées en sels organiques de lithium (e.g. LiTFSI) et qu’un système aqueux biphasique se formait. En analysant les propriétés physico-chimiques de ces diverses solutions de manière expérimentale et computationnelle, nous avons pu dégager des critères permettant de prédire la formation de systèmes aqueux biphasiques en présence de deux sels de lithium. Tout d’abord, nous avons démontré qu’une différence de taille notable entre les deux anions était requise. Cependant, en comparant des anions avec un diamètre ionique similaire par des mesures de densité, nous avons montré que le critère de taille n’est pas suffisant. Des modélisations ab initio de ces anions en solution nous ont permis de conclure que la géométrie des deux ions doit être aussi différente pour donner lieu à la naissance d’un système aqueux biphasique. Finalement, nous avons tenté d’utiliser ces systèmes aqueux biphasiques afin de créer une preuve de concept d’une batterie avec un anolyte et un catholyte ne nécessitant pas de membrane pour empêcher le mélange des deux électrolytes mais reposant sur leur non-miscibilité intrinsèque. Enfin, dans le dernier chapitre nous nous sommes intéressés à des électrolytes organiques. Comme mentionné dans l’introduction de ce résumé, un des défis pour la création de nouveaux matériaux de batteries est la compatibilité de ceux-ci avec l’électrolyte. Nous avons donc étudié une famille de matériaux VX3 (X = Cl, Br, I) présentant une structure lamellaire similaire à celles des matériaux habituellement utilisés en tant que cathodes pour les batteries Li-ion, mais n’ayant jamais été employée pour effectuer de l’intercalation électrochimique car trop soluble dans les électrolytes polaires type carbonates habituellement utilisés dans les batteries Li-ion. Après avoir synthétisé VBr3 et VI3 en tubes scellés, nous avons montré qu’il n’était en effet pas possible de cycler ces matériaux dans des électrolytes type carbonates ou liquides ioniques dopés aux ions Li+. Ayant préalablement démontré la très faible solubilité des halogénures (de lithium) avec les électrolytes superconcentrés contenant des sels organiques, nous avons testé de cycler les matériaux VX3 dans des électrolytes organiques superconcentrés et obtenu une trace électrochimique réversible, suggérant que cette approche permet de drastiquement diminuer la 187 Résumé en Français de la Thèse dissolution de ces matériaux. Des analyses structurales operando (diffraction des rayons-X) et eavons rappelé x-situ (diffraction des neutrons) nous ont permis de démontrer qu’une évolution structurale de ces phases avec insertion de lithium accompagne leur réduction électrochimique. Des analyses électrochimiques (GITT) et de spectroscopie d’absorption des rayons-X nous ont permis de démontrer que l’insertion de ce cation de lithium est associée à la réduction de V(III) en V(II). Nous avons ensuite proposé un modèle permettant de rationaliser l’absence de solubilité de ces composés dans des électrolytes superconcentrés. Pour cela, nous avons analysé par spectrométrie de masse couplée à un plasma inductif et par spectroscopie UV-visible différents électrolytes saturés en VX3. Ces expériences nous ont permis de confirmer que la solubilité de ces composés était très basse dans les électrolytes superconcentrés et bien plus importante à des concentrations d’électrolyte support traditionnellement employées dans les batteries du fait de la formation de complexes entre les anions du sel et le vanadium. A plus haute concentration en sel, nous avons pu démontrer que la suppression de la solubilité des VX3 relevait de la modification des coefficients d’activité et non pas d’empêchements cinétiques. Au global, cette étude suggère que des nouvelles familles de matériaux jusqu’alors jugées incompatibles avec les électrolytes traditionnellement employés dans les batteries Li-ion pourraient être explorées en utilisant des électrolytes superconcentrés. Au global, cette thèse nous a permis d’avoir une compréhension aux échelles moléculaires, nanoscopiques et mesoscopiques de l’influence de la structure des électrolytes pour d’éventuelles applications électrochimiques liées au stockage de l’énergie. 188.
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Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 400 28 DÉCEMBRE Fête de la Sainte Famille. Faisant abstraction de l'enseignement révélé de l'Évangile du jour, je dirais ceci : une jeune femme monte à Jérusalem avec son conjoint et leur fils âgé de 12 ans. Le conjoint ne sait d'ailleurs pas très bien qui est le père de cet enfant. Il sait que ce n’est pas lui. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que lui et sa conjointe montent à Jérusalem pour la Pâque. Les années précédentes, plaçaient-ils l'enfant dans une garderie à 5 $ ? On n’en sait rien. Mais cette fois-là le jeune homme fit une fugue. Ils l'ont cherché pendant trois jours. Quand ils le retrouvèrent enfin, ils le ramenèrent dans leur petite ville de Nazareth. Et durant les 18 ans qui suivirent, l'enfant, qui était un jeune homme, mena une vie rangée. Plus tard, dans les Évangiles, on rapporte que l'enfant (on lui avait donné le nom de Jésus) se trouva à une noce, à Cana. Sa mère était une des invités. Lui aussi, d'ailleurs. Et en plus, il avait avec lui une douzaine de « chums ». Si bien que la boèsson vint à manquer. Marie, mine de rien, fit le nécessaire, à la façon des femmes. Ailleurs, on rapporte qu'il a croisé des « convois » funéraires. Durant les 30 ans que l'enfant, puis le jeune homme, vécut à Nazareth, sa mère, le conjoint de sa mère et lui-même ont certainement dû se trouver à des noces ou à des funérailles. À tel point qu’on l'appelait le fils du charpentier. Dans le passage de l'Évangile du jour, on rapporte qu'après la semaine passée à Jérusalem « le jeune Jésus (puer Jesus) resta "en ville" sans que ses parents s'en aperçoivent ». Réprimandé par sa mère, l'enfant fournit des explications que ses parents ne « comprirent pas ». L’hymne de l'Office du jour est très belle : La nuit de Noël, l'enfant vous surprenait Jésus, le vainqueur de la nuit [336] À l'épreuve de fuir La frayeur d'un tyran Jésus, le vainqueur de la haine. Au pays sans renom Jésus, le vainqueur du mépris. Quand le Fils à son heure Eut quitté Nazareth Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 401 Jésus alla vaincre la mort. Ces derniers jours, j'ai été mêlé « à de la vie de famille ». Or, ce matin, en relisant Théologie de l'histoire (Henri-Irénée Marrou, Seuil, 1968), je note que chaque génération est équidistante de l'éternité. [...] Ô, to die advancing on [...] Il en est de l'histoire totale, de l'aventure collective de l'humanité comme de chacune de nos vies personnelles […] Un peu comme dans ces paysages de montagne où l'on voit se superposer au loin des crêtes apparemment rapprochées, masquant les profonds abîmes qui les séparent. Dans les Apocalypses qu'elles soient de la « plume de Daniel ou de Jean », le pèlerinage qui part de la création et de la chute pour aboutir au jugement dernier est comme une note d'une symphonie qui échappe à notre perception présente mais dont par la foi nous confessons l'existence réelle et la mystérieuse harmonie. À Valcartier, que de fois j'ai remarqué que, selon l'éclairage du soleil, les montagnes situées de l'autre côté de la Jacques-Cartier nous paraissent tantôt sur un seul plan, tantôt crevées d'abîmes. Et je parle de montagnes modestes (2 000 pieds d'altitude), usées par le temps. Les Laurentides sont peut-être les plus vieilles montagnes de la planète. 29 DÉCEMBRE Vers 15 h, je me rends chez les Tremblay avec Claudette et Margot. Nous jouons aux cartes un bon moment et, pendant l'apéro, le neveu de Marie-Claude se présente avec son amie. Le jeune homme est policier du côté de Valleyfield et son amie enseigne à temps partiel au primaire, poursuit des études à l'université et travaille dans un restaurant. Je rentre vers 22 h, ce qui est un peu tard pour tout le monde. Quant à moi, en tout cas, j'emprunte sur la « marge de crédit » de ma banque de sommeil Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 402 31 DÉCEMBRE Fête du pape saint Silvestre 1er (pas de « y », selon ma source). L’encyclopédie Catholicisme note que ce pape est connu surtout parce que sa fête tombe le dernier jour de l'année, selon le calendrier grégorien. Le pontificat de Silvestre fut pourtant fort long (314-335), mais il laissa toute la place à l'empereur Constantin, nouvellement converti au christianisme, [337] au point de laisser ce dernier convoquer et présider le premier concile œcuménique à Nicée, en 325, se contentant d'y déléguer deux prêtres ! Pendant son pontificat, et grâce aux munificences impériales, il fit construire six grandes basiliques : Latran, SaintPierre, Saint-Paul-hors-les-murs, Sainte-Croix-de-Jérusalem, Sainte-Agnès et Saint-Laurent. Sur un mode mineur. Entre la résidence et la rue municipalisée (donc « sablée »), la distance est de quelque 100 pas. Ces derniers matins, à cause de la pluie sur la glace ou de la glace vive, je suis incapable même de quitter le tambour. Je dois demander à Jean-Paul Dion de me conduire chez les Marianistes pour la messe. Je lui demande d'approcher la voiture de façon telle que je puisse prendre appui sur le capot. Et encore, c'est toute une opération que de pivoter sur un pied et de ramener l'autre dans l'auto, une fois assis. Idem pour sortir de l'auto. Je note cette dernière entrée de mon journal sur le mode humiliation. Je dis « humiliation », car, si j'étais humble, je n'en ressentirais pas d'humiliation. J'en serais au Cantique de la joie parfaite, tel que rapporté par Léon d'Assise dans les Fioretti. Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 403 [339] COMME UN VEILLEUR Journal 2002-2003. DOCUMENTS Retour à la table des matières Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 404 [341] COMME UN VEILLEUR Journal 2002-2003. DOCUMENT 1 Déjeuner de la prière (Québec, Château Frontenac, 31 octobre 2002) Le sens de la rencontre Retour à la table des matières Les Déjeuners de la prière sont une institution américaine adoptée par le Québec il y a environ un quart de siècle. Il en va de même de la Fête du travail (adoptée en 1886) et de celle de l’Action de grâce (adoptée en 1936). Les Déjeuners de la prière réunissent pendant une couple d'heures (stationnements inclus) ceux que l'on appelle les chefs de file d'une ville. Tout compte fait, c'est moins long et moins cher qu’une partie de golf Vous êtes tous des hommes à l'agenda chargé. Vous êtes des hommes pressés. Pour la rencontre de ce matin, vous vous êtes dégagés du « filet de l'oiseleur », comme dit un psaume. Il est bien sûr que vous savez dégager, chacun par-devers soi, d'autres îlots de silence, de réflexion, de recueillement. La caractéristique de la rencontre de ce matin, c'est d'abord qu'elle est collective et ensuite qu'elle est placée sous l'invocation de la prière, si vous me passez ce pléonasme. Soit dit en passant, le mot « prière » et le mot « précaire » ont la même racine étymologique, ce qui est déjà un enseignement. Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 405 Notre-Seigneur n'a pas placé la barre très haute quand il a dit que partout où deux ou trois seront réunis en son nom, il serait au milieu d'eux. Il n'a pas non plus fixé de limites quant au nombre de ceux qui se réuniraient en son nom. Jean-Paul II, en tout cas, ne semble pas détester les grands rassemblements. Les récentes JMJ de Toronto en sont la preuve. Mais que veut dire « se réunir au nom de Jésus ? » Ne faisons pas la petite bouche à ce sujet. Il peut fort bien arriver que des hommes soient réunis ou agissent au nom de Jésus sans le savoir, ou le sachant après coup. C'est tout l'enseignement du chapitre sur le jugement dernier présenté par saint Matthieu. Les élus s'étonnent d'avoir accueilli, soigné, nourri, visité Jésus. Les condamnés s'excusent (ce qui veut dire se mettre hors de cause) en disant qu'ils n'ont jamais eu l'occasion d'accueillir, soigner, nourrir, visiter Jésus. Dans le temps qui m'est imparti ce matin, je dois témoigner de ma foi. Le témoin, c'est celui qui s'engage et qui engage les autres à son engagement. Le mot « martyr » signifie « témoin ». Depuis le 11 septembre 2001, nous savons que ce mot mobilise les kamikazes palestiniens. Et bien avant eux, les kamikazes japonais de 1944- 1945. Kamikaze veut dire : vent divin. Rendre raison de son espérance La foi est la solide confiance en ce qu'on espère, la certitude des choses invisibles (He 11, 1). Saint Pierre disait : Soyez toujours prêts à vous défendre devant quiconque [342] vous demande raison de l'espérance qui est en vous, mais avec douceur et crainte » (Pe 1, 15-16). Témoigner de sa foi devant une assemblée comme celle que vous formez, et en ce lieu, n'exige pas un courage à la hauteur du mot « courage ». Jean-Marie Domenach écrivait que toute profession de foi publique, si elle n'est pas faite en présence du bourreau, risque d'être délicate si elle n'est pas une imposture. Il m'arrive, durant une messe, au moment de l'Élévation, de me demander ce que je ferais si deux ou trois hommes armés surgissaient et me demandaient si je crois à ce qui « se passe » à l'instant même. Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 406 La foi hier et aujourd'hui Notre époque est affolée au sens où l’on dit qu’une boussole est affolée. Nous sommes assommés d'informations et de désinformations ; la technique se développe de façon exponentielle et chaque nouveau progrès entraîne ses effets pervers. On peut faire remarquer ici que chaque époque fut troublée pour ceux qui y vivaient. Toute époque a toujours été la pire. Et s'il y en a qui furent vraiment pire, c'est celles qui enfantèrent les plus grandes choses. Saint Augustin, cette lumière qui nous éclaire encore, c'était sur sa fin, un petit évêque assiégé par les Barbares, qui voyait crouler le grand empire dont l'histoire semblait se confondre avec celle du monde (De Lubac). Du temps de saint Athanase (295-373), le tiers des évêques étaient ariens. On peut imaginer que les fidèles de l'époque, dont l'immense majorité ne savaient ni lire ni écrire, devaient être « mêlés ». C'est pourquoi ils demandaient aux célébrants des rares messes où ils se retrouvaient : Dis-nous ton Credo ! On peut noter aussi que chaque époque, braquée sur ses problèmes, risque de ne point voir des menaces autrement plus terribles qui se préparent, mais qui ne frappent pas encore assez fortement pour conduire à leur opposer des parades efficaces. Chesterton imagine les scénarios que pouvait se monter un fonctionnaire de Bysance, au début du VIe siècle : danger d'une scission religieuse entre l'Est et l'Ouest ; raids des Barbares sur la Gaule ou la Grande-Bretagne, etc. Mais à ce moment-là, dans un petit village d'Arabie, Mahomet venait d'avoir 18 ans. Cette remarque prend un drôle de relief depuis le 11 septembre 2001. Après la chute du mur de Berlin et l'implosion de l'URSS, aucun observateur politique n'avait prévu qu'Oussama Ben Laden déclencherait la guerre du terrorisme islamique. Qu'est-ce que la foi ? Disons d'entrée de jeu que la foi n'est ni un sentiment, ni une évidence, ni un savoir. [343] Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 407 • La foi n'est pas un sentiment, encore moins une émotion. On peut bien parler d'émotion religieuse ; on peut en éprouver, mais la foi, c'est autre chose. • La foi n'est pas non plus une évidence. La foi n’est pas le résultat d'une démonstration logique ou géométrique. L’évidence périme la foi, comme dit saint Paul. • La foi n’est pas un savoir au sens où l'on dit qu’un médecin possède un certain savoir médical ; qu’un scientifique possède un certain savoir en chimie, en physique, en biologie, etc. Un théologien possède un certain savoir sur Dieu, mais son savoir ne constitue pas sa foi. • La foi est une certitude, c'est-à-dire une adhésion ferme de l'esprit et du cœur. Si l’on me demande si j'ai la foi, je réponds : Oui, j’ai la foi. Mais quand est-ce que j'ai commencé à « avoir la foi ? » Le jour de mon baptême, puisque le baptême opère par la foi de l'Église et « l'emprunt » que font les parents sur le développement du germe baptismal. À un moment qui m'échappe, j'ai donné mon assentiment personnel, grâce à mon éducation familiale, à ma formation scolaire, à mes propres efforts de réflexion, de pratique religieuse, de relations avec les autres. Je parlais à l'instant de la foi comme certitude. C'est le moment de dire que je n'ai jamais connu de crise de foi comme en ont connu des personnages célèbres et même des saints. Thérèse de Lisieux, par exemple. Je n'ai jamais connu non plus de rupture dans ce qu’iI faut bien appeler ma pratique religieuse. À l'inverse, je n’ai jamais connu d'illuminations foudroyantes et décisives, comme celles que rapportent saint Paul et, plus proches de nous, Claudel, Charles Du Bos, André Frossard et combien d'autres. Partout dans l'Évangile, on voit que c'est la foi qui force l'admiration de Jésus et, inversement, c'est l'absence de foi qui provoque sa tristesse. Je pense, disant cela, à une histoire juive : Des enfants jouent à cache-cache. Tout à coup, l'un d'eux vient trouver son grand-père en pleurant : « Je joue à cache-cache et personne ne me cherche. » Et le vieux rabbin se mit à pleurer, lui aussi. La foi est un don. Je me suis assez souvent trouvé devant des personnes qui me disaient : « J'ai eu la foi ; j'ai perdu la foi. » Dans une société comme la nôtre, en effet, tous les Québécois francophones, en tout cas ceux qui forment la cohorte des baby-boomers, ont reçu le don de la foi le jour de leur baptême. Par la suite, des centaines de milliers ont perdu la foi. Mais on ne reçoit pas le don de la foi comme on Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 408 reçoit son premier nounours ; et on ne perd pas la foi comme on perd son béret ou son parapluie. Cette remarque m’amène tout de suite à dire qu’il est impossible d'évacuer toute forme de foi. Je crois que je suis le fils de mon père et de ma mère. Il vaut la peine d'écouter ici saint Augustin : Quelle infinité de choses je crois sans voir, sans être là quand elles arrivent ! Tant de l'histoire des peuples, tant de régions et de villes que je n'ai jamais vues, tant et [344] tant sur la parole d'amis, de médecins, de telles et telles gens ! À moins que de les croire, on ne ferait rien, ce qui s'appelle rien, en cette vie. Pour finir, je me rappelle, et c'est, combien ferme, une conviction ancrée dans mon âme, de quels parents je suis né, et le moyen que je le sache à moins que de croire comme j'ai ouï dire ? Vers l'âge de 14 ou 15 ans, j'entendis la remarque de Voltaire : L’univers m'embarrasse et je ne puis songer Que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger. Cela sonnait pour moi comme une preuve indéfonçable. Mais pour s'en tenir au seul XXe siècle, on serait tenté de répondre que l'horloger ne s'est guère occupé du fonctionnement de l'horloge. Cela pose le problème de la foi et du doute ; de la foi et du scandale du mal. Bref, cela pose le problème du « silence de Dieu » qui interloque l'homme depuis job jusqu’à Camus. Là-dessus, Guitton écrit : L’absurde et le mystère sont les deux solutions possibles de l'énigme qui nous est proposée par l'expérience de la vie. La ligne de transmission de la foi repose sur trois pylônes : la Tradition, l'Écriture, le Magistère, et dans cet ordre. Pour l’Église, la sainte Écriture n'est pas la seule référence. En effet, la règle suprême de sa foi lui vient de l'unité que l’Esprit a réalisée entre la sainte Tradition, la sainte Écriture et le Magistère de l’Église, en une réciprocité telle que les trois ne peuvent pas subsister de manière indépendante 7. 7 Jean-Paul II, Foi et raison, Fides, 1998, no 55. Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 409 Le développement de la foi La foi doit être proclamée : Fides ex auditu : la foi vient de ce que l'on entend (Ro 10, 17). En ce sens, la foi vient des parents, de la prédication en Église, des maîtres, des responsables de la pastorale. Elle vient aussi des auteurs que l'on fréquente. La proclamation de la foi est la première nourriture de la foi. La foi s'augmente en se disant. En fait, la proclamation de la foi est inséparable de la prière. Il faut transformer instantanément l'audition (ou la récitation personnelle) du credo en prière Je fais maintenant un retour « par en arrière ». Mon premier souvenir « religieux » remonte au moment où je pouvais avoir 4 ou 5 ans. C'était l'hiver. Ma mère s'était rendue à l'église. En fait, dans la sacristie, car, durant la semaine, l'église « du haut », comme on disait, n'était pas chauffée. Je courais dans la sacristie. Sous le maître-autel, Notre-Seigneur était représenté sous la forme d'un gisant, grandeur nature. Cette représentation m'avait assez impressionné. De retour à la maison, j'avais demandé qui était cet homme barbu, couché sous l'autel, derrière une vitre. Ma mère m'avait répondu que c'était Notre-Seigneur, mort pour nos péchés. [345] Ma mère, pourtant, n'était pas une dévote, mais elle était une grande croyante. Il lui arrivait de critiquer devant nous certains sermons du curé. Un jour, elle vit, par la fenêtre le curé qui se rendait visiter une voisine qui se mourait de tuberculose, et qui nous avait parfois gardés durant les rares absences de ma mère. Elle vit le curé s'arrêter d'abord chez des voisins de la malade. Elle passa une remarque acide sur le fait que la malade avait davantage besoin de visite. À quoi je répondis : « Maudit curé ! » Elle m’interrompit brutalement : « T'as pas le droit de dire ça. Tu t'en confesseras. » Ce que je fis, un mois plus tard, et au curé lui-même, qui n'en fit pas un plat. Mais moi, entre-temps, j'en avais fait tout un problème. Mon père, par contre, était plutôt dévot. Du temps qu'il travaillait pour un fermier du village, il m'arrivait parfois durant l'hiver de l'accompagner assis avec lui à l'avant d'un tombereau de fumier. Je le voyais se découvrir en passant devant l'église. Je lui demandai pourquoi. Il me répondit : « Il faut saluer le Bon Dieu. » Je n’en demandai pas davantage. Je crois bien que je comprenais vaguement. Je note toutefois qu'il ne me demanda pas d'en faire autant. C'était un homme de peu de mots. Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 410 Elle est bien vaine la question : Qui serais-je si je n'étais pas devenu frère ma- riste ? Pascal disait : « Si Dieu nous donnait des maîtres de sa main, oh ! qu’il leur faudrait obéir de bon cœur ! La nécessité et les événements en sont infailliblement. »Dans mon cas, la « nécessité et les événements », ce furent d'abord mon entrée au juvénat de Lévis, le 2 juillet 1941. Ce jour-là, je partais pour le juvénat. Je revois ma mère qui me fait un petit signe de la main du haut de la galerie. Il pleuvait. J'ignorais totalement ce qui m’attendait. Après quelques courses à Québec avec le frère directeur, nous arrivâmes au juvénat de Lévis vers 16 h. je suppose qu’on avait dû déposer ma petite valise au parloir. Toujours est-il que je me retrouve seul dans la grande cour de récréation. Je vois les juvénistes se mettre en rang. C'était la fête de la Visitation et, selon la coutume, les juvénistes se rendaient au monastère voisin des Visitandines pour chanter le salut solennel du Saint-Sacrement. J'étais planté debout, plutôt désemparé. L’anesthésie de mon premier grand voyage avait fini son effet. Le surveillant vient me trouver et me demande ce que je faisais à l'écart. Je lui dis que je voulais rester là. Il me répond : « Prenez le rang. » Foi et prière L’avenir est déjà survenu. Jésus a dit : Votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez (Mt 6,8). La prière agit dans l'éternité. Le mot éternité nous est familier, mais nous n'avons aucune idée de ce qu'il veut dire, car nous sommes bien obligés de penser avec les catégories du temps et de l'espace qui ne sont déjà pas des concepts limpides. Ce que je tente de dire, en tout cas, quand je dis que la prière agit dans l'éternité, c'est qu’elle agit dans le passé et dans l'avenir. Ainsi, je peux prier pour les morts ; je peux prier pour demander pardon du mal [346] que j'ai fait. Je peux aussi prier pour l'avenir d'un enfant ou la réussite d'une entreprise. Avec sa prodigieuse capacité d'invention d'images, Léon Bloy écrivait que la victoire de la Marne (1914) avait peut-être été obtenue grâce aux prières d'une carmélite philippine qui naîtrait dans deux cents ans. En liaison avec ce qui précède, je dirai encore que la foi m'aide à supporter l'injustice et le mensonge de l'Histoire. Supprimez Jésus, nous ne sommes plus que des bêtes mortelles et dont l'immense majorité aura vécu sous le signe de l'injustice. S'il n'y a pas une surprise formidable pour tous les disgraciés, les infirmes, les pauvres, les chiens battus, depuis les galériens qu'on ramassait au hasard, s'il n'y a pas Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 411 une surprise pour eux tous, si toute cette souffrance, qui ignore jusqu’à son nom, ne se réveille pas un jour sur l'épaule de Jésus-Christ, il n'y a pas de justice. Conclusion Le credo se termine par le mot Amen. On rend parfois le mot amen par l'expression : ainsi soit-il. Il faut décaper cette expression. « Ainsi soit-il » doit se comprendre comme une prière. Je demande que cela soit ; je demande que ce que je viens de dire ou d'entendre devienne une réalité. Quelque chose qui organise ma vie, mes pensées, mes actions. Je demande que le « ainsi soit-il » devienne un « cela est ». En hébreu, amen signifie : ferme, solide, granitique. J'ai dit plus haut comment j'ai reçu la foi. Cet événement, je veux dire mon baptême, est parfaitement documenté. J'ai dit aussi comment ma foi a été nourrie, d'abord au niveau de la sensibilité, par la beauté des célébrations liturgiques et, par la suite, alimentée par une réflexion soutenue. Je dois ajouter que ma foi a été accompagnée, je ne trouve pas de meilleur mot, par mes lectures. Je pense (et je ne cherche aucunement à être exhaustif) à Pascal, Thibon, Guitton. Je pense surtout aux grands intercesseurs : la foule innombrable des amis de Dieu. C'est toujours avec un bref renforcement d'attention que j'entends, à chaque canon de chaque messe, l'invocation de tous les saints, des anges, des archanges et de tous les hommes dont Dieu seul connaît la foi. De même, en effet, que chaque navire est exactement repérable à l'intersection d'une longitude et d'une latitude, de même, je suis constamment repéré par l'intercession de tous les saints. Ce qui peut-être me rassure le plus dans la foi, c'est l'existence des saints. La vieille liturgie demeure implorante. C'est toujours : Seigneur, prends pitié. Je crois, Seigneur, viens au secours de mon incrédulité (Mc 9, 24). Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 412 [347] COMME UN VEILLEUR Journal 2002-2003. DOCUMENT 2 Conférences Notre-Dame de Québec Nos défis pour le nouveau siècle (16 mars 2003) Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens. Mise en perspective Retour à la table des matières Le sujet que je dois traiter porte les mots : défis et nouveau siècle. Avant de l'aborder, je veux procéder à une mise en perspective : j'ai choisi de m'appuyer sur mon expérience de simple fidèle et de me tenir à l'intérieur de l'empan de ma propre vie. Me voici donc devant vous, et en ce lieu. C'est en 1941, j'avais 14 ans, que je vis pour la première fois la basilique-cathédrale de Québec. Je ne savais pas ce que veut dire basilique ou cathédrale, mais je fus surpris de voir une église qui n'avait pas deux clochers très hauts et symétriques. À Métabetchouan, l'église avait deux clochers très hauts et parfaitement symétriques. C'est vous dire que de me retrouver ici ne faisait pas partie de mon plan de carrière. Je suis 62 ans plus tard. Dans l'assemblée que nous formons, je suis parmi les plus vieux. Le temps, c'est du transport en commun. Mais, dans l'autobus du temps, il n’y a pas deux contemporains, c'est-à-dire deux hommes qui coïncident en tous Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 413 points : avec leur billet respectif de la loterie génétique, selon leur histoire personnelle, selon leur expérience, selon leur réflexion, selon leur situation vis-à-vis de leur foi et vis-à-vis de l'Église. J'ai été incorporé dans l'Église en 1927. La date et le lieu de ma naissance sont mieux documentés que la date et le lieu de naissance de Jésus. Si je fais mention de la date de ma naissance, c'est pour me donner l'occasion de rappeler que dans le cours de mon existence, j'aurai connu (avec un degré de conscience qui va de la simple connaissance du nom, à une étude assidue de leur enseignement), j'aurai connu, dis-je, les règnes de Pie XI, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier et JeanPaul II. Cette énumération me rappelle ce que Jean Sulivan écrit dans L’Exode (Desclée de Brouwer, 1980) : Que de papes dans une vie ! L’un long, sec, hiératique, tel les personnages du Greco, brûlé d'une flamme idéaliste. L’autre rond, comestible et joyeux, à la nature œcuménique, témoin d'un sacré pour ainsi dire athéologique. Un autre, d'une telle intelligence évangélique, en proie à l'hésitation, couronné d'épines. Un autre rapide comme la parabole de la gloire et de la mort. Un autre résolu, comme quelqu’un longtemps contraint. Il nous enterrera. Que de supputations à chaque fois, applaudissements, lamentations, de l'autre, louvoiements, prudences, retournements. Comme si chaque chrétien, à l'écoute dans le respect ou la vénération, n'avait pas à exercer sa liberté spirituelle sans chercher à savoir d'où vient le vent. [348] Dans l'Église de Québec, cette même date rappelle le cardinal Rouleau, le cardinal Villeneuve, le cardinal Roy, le cardinal Vachon, Mgr Couture et, depuis quelques semaines, Mgr Marc Ouellet. Dans l'Église de Montréal, cette même date rappelle Mgr Bruchési, Mgr Charbonneau, le cardinal Léger, le cardinal Grégoire, le cardinal Turcotte. L’Église et l'histoire Le temps est consubstantiel au catholicisme (Guitton). Depuis l'origine de l'homme, deux histoires se déroulent et se superposent en même temps : l'histoire des sociétés et l'histoire du Salut. À la liste des noms que je viens de rappeler, je pourrais donc ajouter ceux de Taschereau, Godbout, Duplessis, Sauvé, Lesage, Johnson, Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 414 Bertrand, Bourassa, Lévesque, Bouchard, Parizeau, Landry. Ailleurs dans le monde, je pourrais mentionner les noms de Hitler, Mussolini, Staline, Roosevelt, Churchill, Kennedy, Mao, De Gaulle, Adenauer. Je pourrais aussi faire état des grands mouvements idéologiques ou philosophiques qui ont secoué la pensée depuis à peine un siècle : marxisme, existentialisme, structuralisme, féminisme, phénoménologie, etc. Je dois encore mentionner Internet. Ce fait, à lui seul, m'amène à dire que nous sommes passés des simples changements à une mutation. La domestication de la vapeur n'est pas si loin en arrière de nous, ni celle de l'électricité, ni celle de la radio, ni celle de la télévision. Mais ce n'était là que des changements. Je dis changements par opposition à « mutation » : de la première traversée de l'Atlantique en avion (en 1927) aux sondes interspatiales, il y a plus qu'un changement. Entre la chrysalide et le papillon, il y a plus qu’un changement ; il y a mutation. Dans la conférence qu’il prononçait ici même le 14 mars 1999, sur le thème Les Défis de l’Église au seuil du troi- sième millénaire, le cardinal Paul Poupard appliquait le terme mutation aux transformations culturelles survenues au Québec depuis 1960. Il suffit bien de mentionner ces noms et ces réalités quotidiennes pour se remettre en mémoire les défis de l'Église universelle et ceux de l'Église du Québec. Défis, je veux dire les défis qui sont survenus depuis ma naissance et dont je n'ai pris conscience que 20 ou 25 ans plus tard. Pour l'Église universelle, je viens de le rappeler, les défis ont porté les noms de fascisme, de nazisme, de marxisme. Au Québec, les défis ont pris la forme des houles énormes qui déferlaient sur le reste du monde. Ce ressac, on l'a appelé la Révolution tranquille. En fait, il y a peu de sociétés qui soient passées aussi tranquillement et aussi rapidement de l'état de « société chrétienne », pour ne pas dire « cléricale », à celui de « société laïque ». En cela, nous rattrapions, ou nous étions rattrapés par la civilisation contemporaine, la pre- mière civilisation athée de l'histoire humaine (Vaclav Havel, Forum 2000, Prague, 1997). [349] Changements et mutation Je viens de faire allusion à une mutation. Je ne m’enfermerai certes pas dans une métaphore. Je distingue l'actuel et l'actualité. Je distingue le futur et l'avenir. Le futur est prévisible. Il est de l'ordre de la mécanique. Avec encore un peu, très peu de calculs scientifiques, on pourra annoncer un futur tremblement de terre ou une Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 415 éruption du Vésuve. L’avenir est déjà. L’actualité se reflète dans les médias. L’Évangile ne parle pas d'hier ni de demain. Il parle de maintenant. L’Évangile, c'est toujours : Femme, si tu savais, l'heure est déjà venue (Jn 4, 23). Le temps est ac- compli (Mc 1, 15). Nous ne pouvons pas déterminer exactement l'an Un du premier millénaire, mais nous savons que le millénarisme a exploité la terreur de l'an Mil. Dès les premières décennies du christianisme, les chrétiens, saint Paul en tête, pensaient que le Second Avènement du Christ était imminent. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort (16731716) n'a pas échappé à l'exploitation du millénarisme. Beaucoup plus près de nous, mais avec d'autres intérêts en tête, nous savons que les États et les entreprises internationales ont dépensé des milliards de dollars pour éviter le bogue de l'an 2000. Nous savons aussi que Jean-Paul Il n'est pas tombé dans le panneau, ayant pris soin d'intituler sobrement le Grand Jubilé de l'an 2000 : Tertio millennio advenien- te : À l'approche du troisième millénaire. Dans la liste des 72 sujets traités depuis le début des Conférences Notre-Dame de Québec (y compris la liste de cette année), j'ai compté une dizaine de sujets qui portent les termes « défi » ou « tournant du troisième millénaire ». La fin d'une année, la fin d'un siècle, la fin d'un millénaire sont des déterminations arbitraires. La loi de Moïse ordonnait la célébration des jubilés chaque 50 ans, mais en lui donnant un sens proprement religieux : le repos du sol, le repos des bêtes, le repos des hommes, la libération des esclaves, la remise des dettes. Je viens de mentionner Jean-Paul II. Voici un pape « sphérique », par opposition à un pape « elliptique ». Tous les points d'une sphère sont à égale distance du centre. Par contre, une ellipse est une figure géométrique à deux foyers. Paul VI fut un pape elliptique ; Jean-Paul Il est un pape sphérique. Hans Küng disait de Paul VI « Notre Hamlet au Vatican ». To be or not to be. Jean-Paul II tranche : être est la réponse. Il récapitule dans sa personne tous les défis du XXe siècle : orphelin de père à neuf ans, enfance et adolescence sous la patte d'ours de l'URSS ; victime du terrorisme anonyme en pleine Place Saint-Pierre ; rejoint par une maladie qui atteint des millions d'êtres humains ; il frappe d'ukases impopulaires (je pense à la « théologie de la libération ») les ouvriers impatients de démêler le bon grain de l'ivraie, et il n'a jamais à présenter aux jeunes, à Denver, Reims, Paris, Rome ou Toronto, qu'une rondelle de farine. Il ne semble pas s'inquiéter des déficits des journées mondiales de la jeunesse. Les premiers mots proférés publiquement par Jean-Paul II sont précisément les premiers mots de l'Évangile : Nolite timere. N'ayez point peur. Ces premiers mots furent dits par les anges aux bergers de Bethléem. La racine du péché, c'est la Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 416 [350] peur. Quelle peur, au bout du compte ? La peur de la mort (1 Co, 15, 56 ; He 2, 14). Et quelle est la parade à cette peur ? Réponse : le mensonge. Mensonge politique, mensonge technique, mensonge économique. Vous avez tous entendu parler du clonage. Le clonage a été réussi sur une brebis. Que les Raéliens aient réussi ou non à cloner un être humain, cela ne m'importe guère. Tout, absolument tout, ce qui est techniquement possible sera. Vous savez bien que le Prince de ce monde, c'est le père du mensonge (Jn 8, 44). La grimace de Dieu. Nos défis pour le nouveau siècle C'est le moment de comprimer le titre de mon exposé, tel qu'il a été communiqué aux médias : Nos défis pour le nouveau siècle. Il serait risible que je m'embarque à décrire ou à simplement énumérer les défis pour un siècle au complet ! Ni les politiciens ni même les économistes ne s'engagent pour aussi longtemps. Je trouve risible le titre du livre d'Olivier Le Gendre : Lettres aux successeurs de Jean-Paul II (Desclée de Brouwer, 2002). Je peux bien rappeler ici qu'aucun observateur politique n’avait prévu la chute du mur de Berlin, en 1989, ni l'implosion de l'ex-URSS, le 8 décembre 1991, sous Mikhaïl Gorbatchev. En quelque domaine que ce soit, prédire audelà de cinq ans, c'est de la rhétorique, de la démagogie, de l'imposture. Personne ne s'attend à ce que je parle des défis dans l'ordre politique, économique, technique. Il s'agit des défis de l'Église du Québec, qui ne sont pas différents des défis de l'Église universelle. Le mot « défi » lui-même signifie : • L’action de défier quelqu'un à un combat ; l'action de provoquer, au sens où l'Écriture dit : Goliath défiait les Hébreux (I Samuel, chapitre 17). • Le refus de se soumettre. Le refus d'obéir. Le non serviam des Hébreux, dénoncé par Jérémie 2, 20. L’Église est un défi et l'Église sera toujours défiée. L’Église défie le monde et le monde défie l'Église. L’arrangement des textes liturgiques nous ramenait, le 14 février dernier, le dialogue fondateur de l'histoire humaine. Le Tentateur défie Dieu par personnes interposées. À Ève et à Adam, il dit : Pensez donc ! Dieu vous a inter- dit de croquer la pomme, sous peine de mort ! Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Vous serez comme des dieux. Quelques versets plus loin, Dieu fait semblant de chercher Adam et Ève qui s'étaient cachés « parce qu’ils étaient nus ». Il reprend alors Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 417 ironiquement les mots du Tentateur : Voilà que l'homme est devenu comme l'un de nous par la connaissance du bien et du mal (Genèse 3). À Jésus au désert, Satan proposera la même « négociation ». Jésus ne se laisse pas séduire. Cela le conduira à la mort sur la croix. Cette mort du nouvel Adam dans « la foi nue, l'espérance déçue, l'amour bafoué » (Marcel Légaut, Méditation d'un chrétien du XXe siècle, Aubier, 1983). Cette mort, dis-je, aura été la « surprise » de Satan, sa déconvenue définitive. Non pas que Satan ait renoncé à être la grimace de Dieu. Le XXe siècle nous aura appris, et de la bouche d'un agnostique, je veux [351] dire Malraux, qu'avec les camps, Satan a reparu sur le monde (Les chênes qu'on abat, Gallimard, 1971). L’Église a toujours dû affronter des défis. Dans plusieurs de ses lettres, saint Paul demande aux fidèles d'éviter les hérétiques. Saint Justin (martyrisé en 165) avait déjà dressé une espèce de catalogue des hérésies. Saint Épiphane composa vers 375 une liste de 80 hérésies. Faut-il mentionner aussi les grands schismes qui ont déchiré et qui déchirent encore la tunique inconsutile : tunica inconsutilis (Jn 19, 23) du Christ ? Toute époque a toujours été la pire. Et s'il y en a qui furent vraiment pires, c'est celles qui enfantèrent les plus grandes choses. Saint Augustin, cette lumière qui nous éclaire encore, c'était, sur la fin, un petit évêque assiégé par les Barbares, qui voyait crouler le grand empire dont l'histoire semblait se confondre avec celle du monde. C'est au VIe siècle, « époque de perpétuelle menace et d'affliction, l'Italie étant livrée aux Goths et aux Lombards, que la Liturgie romaine, cette merveille, s'est le plus enrichie ». Au milieu du XIIIe siècle de la chrétienté, le plus grand et le seul, celui qui éveille tant de nostalgie, celui qui ne reviendra plus, la chrétienté crut son dernier jour arrivé. Nul cri de détresse universelle n'est peut-être comparable au discours prononcé par le pape Innocent IV, en 1245, à Lyon, dans le réfectoire de Saint-Just : mœurs abominables des prélats et des fidèles, insolence des Sarrasins, schisme des Grecs, sévices des Tartares, persécution d'un empereur impie : telles sont les cinq plaies dont meurt l'Église. Pour sauver le peu qui peut être sauvé, que tous se mettent à creuser des tranchées, seul recours contre les Tartares. On connaît quelques défis tout à fait contemporains. Défis, je veux dire obstacles à surmonter, questions auxquelles il faut répondre, problèmes qu'il faut résoudre, dilemme qu’il faut trancher, mais surtout mystère qu’i1 faut adorer en silence, comme Job après que Yahvé lui eut demandé ironiquement : Je vais t'interroger et tu m'instruiras (40, 6 ; 41-42, 6). Guitton survole de façon altière le problème de Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 418 Job lorsqu'il écrit que l'absurde et le mystère sont les deux solutions possibles de l'énigme qui nous est proposée par l'expérience de la vie (L’Absurde et le mystère, Desclée de Brouwer, 1984). Mgr Marc Ouellet mentionnait plusieurs de ces défis lors de la cérémonie de son intronisation, le 26 janvier dernier. Mgr Maurice Couture, dans Le Soleil du 25 janvier, fut amené à faire allusion à ce qu'il faut bien appeler « l'affaire Raymond Dumais ». « L’affaire Dumais » elle-même pose le problème du célibat des prêtres. Elle pose obliquement la question du sacerdoce des femmes. On sait aussi que Mgr Dumais fut confronté au scandale de la pédophilie par un curé de son diocèse. The sex abuse scandals are the most serious calamity to befall the Church in recent Centuries (The Tablet, 15 février 2003). Ce scandale secoue l'Église canadienne, l'Église américaine, l'Église d'Angleterre, l'Église d'Irlande. On sait aussi que tous les cardinaux américains ont été convoqués par Jean-Paul II à ce sujet. On sait aussi que Jean-Paul Il est intervenu pour faire modifier la déclaration de l'Épiscopat américain relativement à la pédophilie, pour la faire modifier en direction de la miséricorde. À l'inverse, si je peux ainsi dire, il est intervenu sur la question [352] de l'absolution collective. Mgr Ouellet en a parlé lors d'une récente entrevue à la télévision. André Naud aborde quelques-uns de ces défis dans Les Dogmes et le respect de l'intelligence (Fides, 2002). Il n'entrait pas dans son propos d'aborder certaines questions d'ordre disciplinaire. Par exemple, l'interdiction d'admettre les divorcés à la communion eucharistique. J'ai exprimé plus haut mes réserves quant au livre d'Olivier Le Gendre. Je retiens cependant qu'il s'étonne avec raison de l'interdiction dont je parle et qui fait scandale pour des personnes que je connais personnellement. Les fidèles ont digéré comme ils ont pu les énormes changements survenus depuis Vatican II. Mais je comprends aussi que l'Église catholique n'est pas une chaloupe qui peut virer sur sa longueur. Je viens ! J'étonnerai vos patiences, dit une hymne de l'Office. Maran atha, dit saint Paul (1 Co, 16, 22). Qu'importe le titre donné au sujet que j'aborde devant vous aujourd'hui, je veux remplacer le mot « défi » par le mot « attention ». En clair, je veux dire comment je me sens, comme simple fidèle, dans mon expérience quotidienne et dominicale, comment je me sens dans l'Église. Et alors, je dis : Attention à la proclamation de la Parole Attention à la liturgie. Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 419 La proclamation de la Parole Quelques mois après la Pentecôte, les Douze décidèrent de procéder à l'élection des diacres en invoquant la raison suivante : Il ne nous plaît pas de délaisser la parole de Dieu pour servir aux tables (Ac 6, 1-3). Il existait déjà un conflit au sujet des veuves d'origine grecque par rapport aux veuves d'origine juive, ces dernières étant priorisées, pour parler en termes politiques ou administratifs contemporains. Mais, si je parle de la proclamation de la Parole, je ne pense pas à cette discrimination ethnique. Ni même sexuelle. Il ne m'importe aucunement que ce soit une femme ou un homme qui lise les passages de l'Écriture d'une messe. Pourvu que je puisse comprendre, c'est-à-dire écouter les yeux fermés. La chose est généralement impossible. D'où je dis que l'on devrait réactiver l'ordre des lecteurs. L’Église a longtemps distingué les ordres mineurs et les ordres majeurs. Au nombre des ordres mineurs, il y avait l'ordre des portiers, des lecteurs, des exorcistes, des acolytes. Au nombre des ordres majeurs, il y avait les sous-diacres, les diacres, les prêtres. Il n'y a plus maintenant que deux ordres mineurs : lecteur et acolyte. Et trois ordres majeurs : diaconat, presbytérat, épiscopat. Le sous-diaconat est passé aux « comptes à recevoir », comme on dit en comptabilité. Quant aux évêques, écoutons saint Augustin : Quand je suis effrayé par ce que je suis pour vous, je suis consolé par ce que je suis avec vous. Pour vous, je suis l'évêque ; avec vous, je suis un chrétien. Le premier est une fonction, le second est une grâce ; le premier, un danger ; le second est le salut. [353] Vous aurez compris que je m'en tiens ici au contenant et non au contenu de la proclamation de la Parole. S'agissant du contenu, je n'ai rien à voir et je ne veux rien savoir du « vécu » de l'homéliste, pour parler en psycho ceci et cela. Il me plaît cependant de noter que, dans l'annuaire téléphonique, il y a autant d'annonces de psycho ceci et cela que d'annonce de garages. On a mal à l'âme et on a mal au « char ». Tout ce que je demande, c'est que l'homéliste soit bref. Si l'on s'est bien préparé, on peut livrer beaucoup de contenu en cinq minutes. Je parle toujours de célébrations ordinaires. Brièveté, donc. Saint Benoît, qui n'était pas un laxiste, dit dans sa Règle : Brevis debet esse et pura oratio : La prière doit être brève et pure. Jean-Paul Desbiens, Comme un veilleur. Journal 2002-2003 (2004) 420 Mais encore, et surtout, je souhaite que la proclamation de la Parole s'enracine dans les textes mêmes que l'on vient d'entendre. Et quand je dis « s'enraciner », je veux dire que la prédication doit situer la Parole dans le contexte historique où elle fut écrite. La prédication doit donc savoir utiliser les informations historiques et archéologiques disponibles, de même que les recherches de l'exégèse. Dans une entrevue récente, Timothy Radcliffe, Maître général des Dominicains, disait que celui qui a reçu le « don de dire la Parole » doit l'écouter avec grande attention, la partager avec d'autres, la digérer, la ruminer longuement, comme une vache, précisait-il invergogneusement. La liturgie Je parle toujours comme simple fidèle en situation quotidienne et dominicale. Je dis quotidienne en tant que membre d'une communauté religieuse. Par ailleurs, les sondages nous disent que la fréquentation dominicale est de l'ordre de 10 % à 15 %. Quel est le défi à relever à ce sujet ? Certainement pas le défi des discothèques. La liturgie catholique doit être sans surprise et sans racolage. La liturgie ne doit pas chercher à concurrencer la société du spectacle. La liturgie doit être le lieu du recueillement et non pas le lieu de l'étonnement ou de la surprise.
51,651
2004ENPC0005_2
French-Science-Pile
Open Science
Various open science
2,004
Mouvements gravitaires rapides de grandes masses rocheuses : Apports des observations de terrain à la compréhension des processus de propagation et dépôt : Application aux cas de La Madeleine (Savoie, France), Flims (Grisons, Suisse) et Kofels(Tyrol, Autriche)
None
French
Spoken
7,681
12,834
Afin de qualifier l'événement de Elm, en Suisse, du 11 septembre 1881 (Fig. 1.01), Heim (1932, Hsü 1975, 1978) emploie un certain nombre de termes allemands (Tableau 1.01). Le terme Trümmerstrom est le plus fréquemment utilisé, et pourrait être traduit par "debris flow" ou lave torrentielle, déjà utilisé pour qualifier un autre phénomène gravitaire plus lent (Hsü 1978). Sturzstrom est le terme le plus adapté, faisant référence à l'étape de génération (par effondrement ou collapse, sturz) et à la phase de propagation (par écoulement ou flow, strom). Le principe est de parler de phénomènes à processus multiples de propagation. Le terme sturzstrom a depuis été largement repris (Heim 1932, Hsü 1975, 1978, 1990, Eisbacher 1979, Davies 1982, Melosh 1987, Yarnold 1993, Rightmer et Abbott 1996, Hungr et Evans 1996, Shaller et Smith-Shaller 1996, Schneider et al. 1999,...). Hungr et al. (2001) proposent une traduction de sturzstrom en avalanche de roches. Une définition stricte serait un écoulement extrêmement rapide de débris rocheux secs (Hutchinson 1988), initié par glissement ou écroulement, et formant des masses lobées ou allongées nécessitant des millions de tonnes de roches fragmentées (Varnes 1958, Hungr et al. 2001). Cela rejoint les observations faites à Elm (Hsü 1990) : La montagne chute et génère une coulée de débris. 7 Chapitre I : Description phénoménologique Tableau 1.01 Termes utilisés par Heim (1932) pour décrire le sturzstrom de Elm (Suisse), et leurs traductions en anglais et en français. Termes allemands Trümmerstrom Traduction anglaise Debris flow (Hsü 1978) Sturzstrom Collapse stream Schussstrom High speed stream Fallstrom Fall stream Wurfstrom Steinstrom Blockstrom Jump stream Rock stream Block stream Traduction française Lave torrentielle Effondrementcoulée Coulée rapide Ecroulementcoulée Saut-coulée Coulée rocheuse Coulée de blocs Figure 1.01 Carte illustrée du sturzstrom de Elm (11 septembre 1881, Suisse) avec les caractéristiques de l'écoulement rocheux dessiné par Heim (1932). L'avalanche de roches ne définit strictement que la phase d'écoulement. C'est pourquoi Mudge (1965) utilise les termes de rockfall-avalanche (écroulement-avalanche de roches) et rockslide-avalanche (glissement-avalanche de roches). Référence est faite cette fois-ci aux étapes de génération et de propagation. Ces termes sont utilisés dans les références américaines (Mudge 1965, Cruden et Krahn 1978, Kojan et Hutchinson 1978, Voight 1978,...). L'écroulement (rockfall) est une chute libre d'un volume de roches détaché d'un escarpement, d'un versant ou d'une excavation (Sharpe 1938). Le glissement (rockslide) est un déplacement vers le bas, souvent rapide, d'un volume détaché de roches glissant le long d'une surface stratigraphique, d'un joint, d'une faille ou tout autre plan de séparation (Sharpe 1938). Apparemment, la roche ne glisse pas – elle s'écoule Heim (1932) à propos du cas de Elm, Suisse. La notion d'écoulement est très importante. Elle indique que le corps fluide granulaire se déforme de manière irréversible lorsqu'il se déplace vers le bas (Iverson et Vallance 2001). Le matériau au cours du mouvement forme des structures fluides, ou a la possibilité de prendre la forme du réceptacle dans lequel il se déplace ou se dépose tel un liquide, néanmoins très visqueux. Ainsi, la mécanique des milieux granulaires et la mécanique des fluides sont utilisées pour comprendre, caractériser et modéliser la propagation de ces masses rocheuses. 8 Chapitre I : Description phénoménologique Un mouvement gravitaire rapide de grandes masses rocheuses peut maintenant être décrit par un ensemble de caractéristiques : un matériau rocheux, un volume supérieur au million de m3, une vitesse moyenne supérieure à 5 m.s-1, un processus de génération, des processus de propagation, avec importance d’une possible étape en écoulement, une phase de dépôt. 1.1.2. Place des Mouvements gravitaires rapides de grandes masses rocheuses dans la classification des mouvements de versants Il existe un certain nombre de classifications des mouvements de terrain, utilisant des critères différents. Une classification est définie pour réduire une multitude de phénomènes différents, mais apparentés, en quelques groupes facilement reconnaissables et utilisables sur la base d'attributs communs (Crozier 1986). Une bonne classification sera déterminée avec précision par ses paramètres dans des termes universels et non ambigus pour permettre une reproduction standardisée des résultats (Crozier 1986). Pour cette raison, aucun classement simple et idéal n'existe, car la plupart des instabilités de pente observées montrent des déformations complexes. Les classifications existantes sont très souvent focalisées sur une partie ou l'autre du mouvement, selon que l'on s'intéresse aux processus de rupture ou aux phénomènes sédimentologiques. La classification des mouvements gravitaires rapides de grande ampleur est rendue difficile par les phases multiples de propagation. Ce travail n'a pas pour but de critiquer les classifications existantes. On se contente de placer les mouvements gravitaires rapides de grandes masses rocheuses dans les 3 classifications les plus couramment utilisées. • Classification de Varnes (1978, Cruden et Varnes 1996) La classification de Varnes (1958, 1978), la plus communément employée, présente deux entrées : le matériau mobilisé et le mode de génération (Tableau 1.02). On distingue pour les matériaux : la roche, les débris (sols grossiers) ou les sols fins. Le mouvement se fait par chute, basculement, glissement (en rotation ou en translation), expansion latérale, écoulement ou de manière plus complexe. On se positionne dans la colonne consacrée aux mouvements de roches. Tous les types de déplacement sont envisageables à condition que la vitesse dépasse les 5 m.s-1 (Tableau 1.03). Cette classification très simple et universelle ne tient compte que du processus de rupture. Ce mode de génération ne perdure pas forcément durant la propagation. Dans la majorité des cas, les mouvements gravitaires rapides de grandes masses rocheuses doivent être classés dans la catégorie des mouvements complexes de la classification de Varnes (1978). L'absence d'évolution possible du mode de transport est l'aspect contraignant de cette classification, ne permettant pas de distinguer les différents types de mouvements de versant de grande ampleur. 9 Chapitre I : Description phénoménologique On peut envisager une terminologie fonction de la finalité de l’étude, mettant l’accent sur la détermination du risque dans l’une des trois phases du transport : la génération, la propagation ou le dépôt. Tableau 1.02 Classification de Varnes (1978). Type de mouvement Chutes Basculements rotation Glissements translation Etalements latéraux Écoulements Complexes Type de matériau Sols Grossiers Fins Écroulement rocheux Écroulement de débris Écroulement de terrain Rock fall Debris fall Earth fall Basculement rocheux Basculement de débris Basculement de terrain Rock topple Debris topple Earth topple Affaissement rocheux Affaissement de débris Affaissement de terrain Rock slump Debris slump Earth slump Peu Masse rocheuse en Débris en glissement Terrain en glissement d'unités glissement Debris block slide Earth block slide Rock block slide Unités Glissement rocheux Glissement de débris Glissement de terrain multiples Rock slide Debris slide Earth slide Etalement de roches Etalement de débris Etalement de terrain Rock spread Debris spread Earth spread Avalanche de roches Lave torrentielle Coulée de terrain Rock flow Debris flow Earth flow Combinaison de deux ou plusieurs types de mouvements principaux Roche Tableau 1.03 Échelle de vitesse pour les mouvements de versant (d'après Varnes 1978, Cruden et Varnes 1996). Classe de vitesse 7 6 5 4 3 2 1 Vitesse (m.s-1) >5 > 0,05 > 5.10-4 > 5.10-6 > 5.10-8 > 5.10-10 Description Extrêmement rapide Très rapide Rapide Modéré Lent Très lent Extrêmement lent Vitesse typique 5 m.s-1 3 m.min-1 1,8 m.h-1 13 m.mois-1 1,6 m.an-1 16 mm.an-1 • Classification géotechnique de Hutchinson (1977, 1988) Cette classification est basée principalement sur la morphologie, avec prise en compte des processus, du matériau et du taux de déplacement (Hutchinson 1988). L’objectif immédiat est l’analyse de la stabilité (Crozier 1986). Distinction est faite entre 8 grandes catégories de mouvements de versants (Tableau 1.04) : le rebond, le fluage, l’affaissement, le glissement, les mouvements de débris, le basculement, la chute, et les vements de pente complexes. La multiplicité de catégories proposées par Hutchinson (1988) fait que les phénomènes gravitaires qui nous intéressent sont dispersés dans la classification. On relève notamment les glissements rocheux dans la catégorie "glissement de terrain", les sturzstroms dans la catégorie "mouvement de débris", ou encore les chutes de blocs. Cette classification est donc difficilement utilisable dans le cas présent, inadaptée aux phénomènes rocheux de grande ampleur. 10 Chapitre I : Description phénoménologique Tableau 1.04 Classification de Hutchinson (1988). A. Rebond isostatique (Rebound) mouvements associés à 1. l’excavation par l’homme 2. l’érosion naturelle B. Fluage (Creep) 1. superficiel, principalement saisonnier sol ou talus (non périglaciaire) associé au gel ou à la gélifluction de débris granulaires 2. profond, continu 3. progressif, avant rupture 4. après rupture C. Affaissements de versants de montagne (Sagging) 1. simples associés à la génération d'un glissement rotationnels (essentiellement circulaire) composés non circulaires (type listrique ou biplanaire) 2. multiples associés à la génération de deux glissements rotationnels (essentiellement circulaire) composés non circulaires (type listrique ou biplanaire) 3. associés à un basculement multiple D. Glissements (Landslides) 1. rupture confinée de pentes naturelles de talus artificiels 2. rupture en rotation glissements rotationnels simples glissements rotationnels successifs glissements rotationnels multiples 3. ruptures composées (listrique ou bi-planaire) rétrogressives (masse faiblement à très cassante) progressives (rotation à l’arrière et translation au front) 4. rupture en translation de feuillets de couches de tourbes rocheux (planaires, bloc, dièdre) de débris (avalanches de débris, non périglaciaire) de couches actives (périglaciaires) ruptures soudaines en extension E. Mouvements de débris de type écoulement (flow-like form) 1. coulées de boue (mudslides) feuillets lobes (forme lobée ou allongée) 2. coulées de boue périglaciaire (gélifluction des argiles) feuillets lobes (forme lobée ou allongée, actifs et anciens) 3. glissements-coulées matériaux sans cohésion silt s à forte porosité et faible cimentation roches fragiles à forte porosité 4. laves torrentielles (debris flows débris humides débris rocheux altérés non volcaniques associées à des tourbières ou des marécages associées aux volcans : lahars chauds ou froids 5. sturzstroms, débris secs F. Basculements (Topples) 1. limités par des discontinuités pré-existantes basculements simples basculements multiples 2. résultats de rupture en tension G. Chutes (Falls) 1. primaires, détachement de matériaux frais, chutes de roches ou de sols 2. secondaires, remobilisation H. Mouvements complexes de pente 1. bombements de vallée (cambering and bulging) 2. mouvements de pente de type bloc 3. escarpements argileux abandonnés 4. glissements évoluant vers le bas en coulées de boue ou écoulements slump-glissements de terre glissements argileux rotationnels et multiples slumps dus au gel 5. glissements causés par ruissellement 6. glissements multiples en gradins 7. glissements anciens avec plusieurs évolutions • Classification de Hungr et al. (2001) Plus récemment, Hungr et al. (2001) ont proposé une classification des mouvements de masse en écoulement, s'appuyant sur la classification de Varnes (1978). Il ne fait aucun doute que les avalanches de roches font partie intégrante des mouvements gravitaires rapides de grandes masses rocheuses, mais loin d'être les seules. Il faut y ajouter les processus de glissement, d'écroulement,... non pris en compte par la classification de Hungr et al. (2001). Cette classification est donc insuffisante pour définir les phénomènes qui nous intéressent. Tableau 1.05 Classification de Hungr et al. (2001). Matériau Silt, sable, gravier, débris Teneur en eau Conditions spéciales Vitesse Sec, humide ou satupas de pression intersVariable ré titielle en excès volume limité Nom Écoulement non liquéfié de silt, sable, graviers, débris Silt, sable, débris, roche fragile Saturé à la rupture matériau liquéfiable eau constante Extrêmement rapide Glissement-coulée de silt, sable, débris, roche Argiles sensibles A la limite ou audelà de la limite de liquidité liquéfaction in situ teneur en eau constante Extrêmement rapide Glissement-coulée argileuse Tourbe Saturé pression interstitielle en excès Lent à très rapide Coulée de tourbe Terre ou argile Près de la limite de plasticité mouvements lents écoulement cohésif (type glissement) < Rapide Coulée de terrain Débris Saturé chenal établi teneur en eau en augmentation Extrêmement rapide Lave torrentielle Boue A la limite ou audelà de la limite de liquidité coulée de débris à grains fins > Très rapide Coulée de boue Débris Présence d'eau libre inondation Extrêmement rapide Débris Partiellement ou totalement saturé chenal non établi zone source superficielle Extrêmement rapide Avalanche de débris roche intacte à la source volumes très grands Extrêmement rapide Avalanche de roches Roche fragmentée Variable, principalement sec Un des objectifs de ce travail sera de proposer une classification propre aux mouvements gravitaires rapides de grandes masses rocheuses. 1.2. Le phénomène "Mouvement gravitaire rapide de grandes masses rocheuses" 1.2.1. Introduction Le mouvement gravitaire rapide d'une grande masse rocheuse consiste en un déplacement d'un volume rocheux défini depuis la zone-source (future « niche » d'arrachement) jusqu'à la zone d'arrêt (dépôt). Le bilan d'énergie se calcule en terme de consommation d'énergie poten 12 Chapitre I : Description phénoménologique tielle disponible au départ, et transformée tout au long du parcours en frottements, fragmentation, etc... Le mouvement peut être décomposé en trois étapes : la génération (mise en route du système), la propagation (phases d'accélération et de décélération) et le dépôt (arrêt de la masse rocheuse). Plusieurs facteurs interviennent tout au long de ces trois étapes, favorisant l'instabilité du versant, sa mobilité et son dépôt en fond de vallée. 1.2.2. La génération La génération d'un mouvement gravitaire fait passer la masse rocheuse de l'état stable à celui d'instabilité active (Fig. 1.02). Ce passage du versant vers le mouvement résulte de l'action de facteurs de préparation, disposant la pente à la rupture. Par la suite, le mouvement s'initie par action de facteurs déclenchants. Tout au long de l'étape de génération, les facteurs de prédisposition conditionnent le mouvement en contrôlant sa forme, sa durée et son extension, mais également la première phase de la propagation. Figure 1.02 Illustration de l'étape de génération par un graphique des vitesses de déplacement en fonction du temps. L'instabilité du versant (voir Fig. 1.03) est régie par les forces qui tendent à engendrer le mouvement (ex : le poids de la roche) et les forces d'opposition au déplacement (ex : le frottement). D'où l'expression du facteur de sécurité (F) pour le glissement plan (pour des mécanismes géométriquement plus complexes, on peut définir d'autres types de coefficients de sécurité) : F = Force résistante maximum C ⋅ L + (W ⋅ cos β − U ) ⋅ tan φ = Force motrice W ⋅ sin β + k ⋅ W [1-1] Si F>1, on a la stabilité. Si F<1, la rupture se produit. W, β et L sont respectivement le poids de la colonne de roches, l'angle de la pente et la longueur de l’interface entrant en rupture. L'angle de frottement φ joue un rôle essentiel, il dépend de la qualité de la roche mobilisée. 13 Chapitre I : Description phénoménologique La cohésion C apporte une résistance supplémentaire, mais sa contribution aux forces résistantes est faible lorsque l'épaisseur du bloc glissant est importante. L'action de l'eau est très fortement déstabilisatrice en apportant une force résultante des pressions hydrauliques U et diminuant en conséquence la résistance par frottement. Une action dynamique liée à un séisme ou à un tir de mine peut être très déstabilisatrice, tout spécialement pour des petits volumes pour lesquels des amplifications sismiques en rapport avec des effets de sites de nature topographique peuvent justifier des coefficients sismiques k élevés (Cojean 1998). Figure 1.03 Équilibre d'un bloc sur une pente. W est le poids du système, R est la réaction du support et E est l’accélération sismique. U est la force résultante des pressions hydrauliques aux limites du ystème. Les processus de déstabilisation peuvent également être groupés en : phénomènes lents, nécessitant une longue période de temps pour affecter le versant (altération, tectonique,...). Ce sont les facteurs de préparation. phénomènes rapides, à temps d'action très court prenant part à la rupture (séismes, fortes pluies, surcharge,...). Ce sont les facteurs déclenchants. A ces facteurs externes inhérents au climat, à la zone géographique, etc... s'ajoutent des facteurs internes, propres au massif rocheux et aux caractéristiques le prédisposant au mouvement. a) Facteurs de préparation Les mouvements gravitaires ne se font pas instantanément, mais résultent d'une longue et intensive préparation progressive de la pente (Heim 1932). Dans le cas des roches indurées, les facteurs qui régissent le passage à la rupture sont différents de ceux observés dans le cas des matériaux non consolidés. La structure géologique du massif rocheux est susceptible d'isoler un volume de roches. L'action des facteurs de préparation sur ce volume de roches le fait passer à un état de stabilité précaire. Il s'agit de diminuer la cohésion de la roche le long des discontinuités pré-existantes, ou d'affecter la structure même du massif rocheux. • Facteurs géologiques Les facteurs géologiques, intrinsèques au massif rocheux, affectent sa stabilité et son évolution par la présence de matériaux fragiles, sensibles, altérés, cisaillés ou fissurés. 14 Chapitre I : Description phénoménologique Les formations salifères, argileuses ou marneuses sont sensibles aux variations excessives de teneur en eau ou aux sollicitations dynamiques. Ces matériaux faisant partie intégrante du massif rocheux présentent des contrastes de perméabilité ou de rigidité, concentrant les déformations. Ce sont des matériaux favorables à la rupture des instabilités de pente avec de nombreux exemples dans les Alpes en France (Pilot et Durville 1988), en Italie (Govi 1988) ou en Suisse (Schindler 1988). Les terres noires forment également de grands glissementscoulées près de Barcelonnette en France (Le Mignon et Cojean 2002). L’altération est un processus lent, faisant intervenir les conditions climatiques, et en particulier l’eau, affectant les minéraux. Tous les types de roches peuvent être altérés au cours des temps géologiques. La production d'argiles est un exemple d'altération des roches avec un impact négatif sur la stabilité des pentes. Les matériaux pyroclastiques, initialement fragiles, subissent une altération météorique rapide en smectites (Siebert 1984), dont les niveaux sont sensibles à tout apport d'eau. De nombreuses ruptures de flancs de volcans résultent de l'apparition d'un niveau sensible. La tectonique modifie les caractéristiques de la roche par le jeu de failles ou la formation de plis. Ces déformations de la roche conduisent à l’apparition de zones de cisaillement ou de simples fractures réduisant la taille moyenne des blocs. La conséquence directe est une transformation du comportement du matériau, avec déplacements possibles le long de ces niveaux particuliers. C’est l’exemple des mylonites dans le versant du Vaïont en Italie (Semenza et Ghirotti 2000). • Facteurs géomorphologiques La stabilité d'un versant découle également de la zone géographique où il se situe, et de son histoire quaternaire. Ces facteurs sont responsables de la morphologie du versant, notamment de sa pente. Il s'agit de phénomènes tectoniques et volcaniques, glaciaires ou d'érosion superficielle, voire profonde. Ils influent sur le poids de la masse rocheuse, par surcharge, ou sur sa résistance par frottement, en rapport avec la pente du versant. Le soulèvement tectonique apparaît au niveau des zones de compression, aux frontières ou au sein de plaques lithosphériques, en formant des chaînes de montagne. L'amplitude du soulèvement est plus ou moins importante en fonction des vitesses de rapprochement. Ces vitesses sont estimées à 1,5 mm par an pour la surrection des Alpes, et jusqu'à 5 cm pour l'Himalaya. Les processus d'érosion et de dénudation sont d'autant plus intenses que les vitesses de soulèvement sont élevées (Habib 1990). Le soulèvement continu a pour principal effet de rendre les pentes de plus en plus fortes. Sous certaines conditions, une déformation purement tectonique (nappe de charriage) peut évoluer en effondrement gravitaire, avec une limite floue entre ces deux processus (Hsü 1969a, 1969b, Dramis et Sorriso-Valvo 1994). Le retour aux pentes d’équilibre est par conséquent un phénomène plus ou moins rapide, continu et constant. Concernant les volcans, l'arrivée de magma dans la chambre amène un gonflement des versants, passant d'une forme concave à convexe avec augmentation des pentes et surcharge gravitaire. Il en résulte une déstabilisation du matériau souvent très fragile. 15 Chapitre I : Description phénoménologique La dernière glaciation du Würm (80 000 à 10 000 ans BP) est responsable de la morphologie actuelle de beaucoup de régions, en particulier les grandes vallées en auge des Alpes. La disparition des glaciers enlève un appui aux pentes devenues raides, autorisant le rebond postglaciaire. Des diaclases s'ouvrent à cause de la détente de la montagne, avec une intensification de la sismicité locale et régionale. Le résultat est une période très accentuée d'instabilités de pente vers la fin de l'ère glaciaire. On note que la plupart des produits résultant de cas similaires antérieurs ont été érodés (Ballantyne 2002). Le versant, siège de l'écroulement de Randa (avril-mai 1991, Suisse), présentait des parois parmi les plus raides, les plus massives et apparemment les plus proches du modelé glaciaire (Fig. 1.04) de toute la vallée de Zermatt. Noverraz et Bonnard (1991) ne notent pas de facteur déclenchant ou de cause directe, mais sans doute une lente progression de l'altération fissurale dans les gneiss, phénomène retardé de la fin du Würm. La déformation du versant sud du Mont-Sec à l'origine des Ruines de Séchilienne (Fig. 1.05) témoigne plus d'une rupture interne du massif rocheux que d'un glissement général du versant (Rochet et al. 1994). Ces déformations sont à mettre sur le compte des épisodes glaciaires, en particulier les étapes successives d'avancées et de reculs du glacier du Würm. L'effet conjugué, mais non simultané, de la suppression de butée latérale, de l'augmentation des pressions interstitielles liées à la fusion de la glace et de l'augmentation de la fatigue des massifs donne naissance aux instabilités qui développent par la suite au sein du versant. Figure 1.04 Vue de l' écroulement de Randa (Photographie tirée du site du Crealp : www.crealp.ch ). Figure 1.05 Vue des désordres au sommet des Ruines de Séchilienne (Anonyme 2001). L'éro sion du versant, d'origine climatique, ame ub lit la structure du massif rocheux ou sa forme ( Palm quist et Bible 1980 ). L'eau est le principal agent destructeur de la roche, par des actions climatiques (dissolution) ou physiques (chenalisation). Peuvent également se créer des 16 Chapitre I : Description phén oménologique surcharges, par dépôt de matériaux sur la pente (l' avanc ée d'un glacier , de sa moraine ) ou par dépôt de matériaux ju vén iles sur les flancs d 'un volcan (van Wyk de Vries et al. 2001). A la suite du dernier épisode glaciaire, les fleuves, les rivières et les torrents ont repris les produits d'érosion glaciaire et érodé à nouveau les versants et les fonds de vallée. La soustraction de matériaux en bas de pente modifie les contraintes au sein du versant, affectant sa stabilité. Les phases successives d'incision par les rivières prédisposent donc le versant à la rupture (Palmquist et Bible 1980). Cela se caractérise par une perte de butée frontale érodée par les fleuves ou les vagues d'un plan d'eau. On peut citer l'exemple du glissement ancien (Pléistocène) de Craigieburn en Nouvelle-Zélande, réactivé par l'érosion du pied de pente par la rivière Mantaro (Whitehouse 1981). Les torrents sur les pentes peuvent éroder les bordures latérales, en formant un volume susceptible de devenir instable (Rochet et al. 1994). L'eau de surface affecte certains minéraux de la roche, aboutissant à une hydrolyse ou à une transformation minéralogique dont le produit est mécaniquement faible (argiles), donc à une déstructuration profonde de la roche. Un exemple célèbre est celui du massif calcaire du Platé (Haute-Savoie, France). Cette vallée a depuis longtemps subi les mouvements de versant sur la totalité de son talus jurassique, avec infiltration des eaux dans un réseau karstique où les fissures calcaires sont les conséquences normales de la distribution des contraintes (Goguel et Pachoud 1978). Cela aboutit à une ouverture des diaclases, de nombreux lapiaz, une infiltration de toutes les eaux, une évolution discontinue des parois avec de grands écroulements multiséculaires, mais aussi à des glissements continus et à des coulées boueuses (Goguel et Pachoud 1978). Le retrait de la végétation par sécheresse, incendie ou déforestation a un rôle limité sur la stabilité d'un massif rocheux. Cependant, l'absence de végétation favorise l'écoulement de l'eau et favorise son action destructrice. L'Asie du Sud-Est est affectée par de nombreuses instabilités de pente en période de mousson, suite à une déforestation accrue de la forêt tropicale (Paul et al. 2000). • Facteurs physiques Les facteurs physiques préparant le massif rocheux à la rupture peuvent également être des facteurs déclenchants de la rupture. La difficulté de compréhension des processus de rupture fait que la limite est encore floue entre ces deux types de facteurs. Les facteurs physiques résultent de phénomènes climatiques extrêmes (pluies intenses, fonte rapide des neiges, crue, grande marée) ou d'activités géologiques de grande ampleur (éruption volcanique, tremblement de terre). Une succession de ces phénomènes prépare le versant à la rupture sans l'induire. Par la suite, ce même phénomène, parfois d'intensité moindre, engendre la rupture. Mais sans la préparation, la rupture n'aurait pas pu avoir lieu. C'est l'effet répété qui agit sur la masse vulnérable au point d'amener la rupture (Pariseau et Voight 1978), par effet de fatigue. Les facteurs physiques de préparation étant de nature identique aux facteurs déclenchants, leur description sera faite ultérieurement. 17 Chapitre I : Description phénoménologique • Facteurs anthropiques Les cas où l'activité humaine est la cause principale ou unique des mouvements de terrain sont plutôt exceptionnels, surtout lorsque de grandes masses rocheuses sont mobilisées. L'instabilité est généralement préexistante, ranimée par des interventions à conséquences défavorables. Des cas tristement célèbres existent pourtant, résultat de l'excavation de la pente ou de son pied, d'une surcharge, d'une descente rapide du niveau d'un lac, d'une déforestation, de l'irrigation, de l'exploitation minière (vibrations artificielles) ou de l'écoulement des eaux usées (Cruden et Varnes 1996). Le 10 septembre 1881, 10 millions de m3 de schistes ont enseveli une partie du village de Elm et tué 115 personnes (voir Fig. 1.01). L'ardoise était exploitée imprudemment. L'excavation avait atteint 50 m de profondeur lorsque les désordres apparurent. Un expert rassura la population après une inspection rapide, mais la montagne s' ondra le jour suivant (Hsü 1978). L'exploitation minière est également à l'origine de l'événement de Frank (Fig. 1.06) au Canada le 29 avril 1903 (McConnell et Brock 1904, Cruden et Hungr 1986). Figure 1.06 Vue (photographie Oldrich Hungr : www.science.ubc.ca/~geol351/imgset.html) et coupe (Benko et Stead 1998) de la zone source et des dépôts du glissement rocheux de Frank (29 avril 1903, Canada). Le glissement du Vaiont en Italie (Fig. 1.07) le 9 octobre 1963 est le résultat de la réactivation d'un ancien glissement, par la montée du niveau des eaux d'une retenue artificielle (Müller 1964, Semenza et Ghirotti 2000). Dès 1960 et la mise en eau du barrage, les déplacements du versant avaient été mesurés. Le 4 novembre 1960, un premier glissement de 700 000 m3 avait alerté les responsables. Une vidange partielle du lac fut décidée. Lors de la remise en eau, l'année suivante, on crut avoir maîtrisé les vitesses de déplacement. Mais le versant de 250 millions de m3 céda à l’automne 1963 (Müller 1964). Le glissement de Mayunmarca au Pérou a mobilisé 1 km3 de grès en avril 1974, tuant environ 451 personnes. Au vu de la grande taille du bassin versant et des nappes souterraines connectées sous l'altiplano, l'irrigation, l'agriculture et les exploitations du sol ont eu un effet générateur du glissement à la fin de la saison des pluies (Kojan et Hutchinson 1978). 18 Chapitre I : Description phénoménologique Figure 1.07 Vues du glissement du Vaiont et du barrage préservé (photographies de E. Bromhead : www.sci.port.ac.uk/geology/stuff/ dpetley/images/enggeolprac, et R. Cojean). b) Facteurs déclenchants (et/ou facteurs physiques de préparation) Les mouvements de terrain peuvent avoir plusieurs causes (Alexander 1992, Cruden et Varnes 1996), mais ne résultent que d'une action déclenchante (Varnes 1978). Par définition, déclenchement est lié à un stimulus externe (pluie intense, tremblement de terre, éruption volcanique, ou érosion rapide) à l'origine d'une réponse presque immédiate du versant par augmentation rapide des contraintes ou par réduction de la résistance du matériau (Wieczorek 1996). Une cohésion substantielle est nécessaire pour supporter une masse rocheuse reposant sur une discontinuité inclinée. La destruction de cette cohésion par altération de la roche induit la rupture (Cruden 1985). • Éruption volcanique L'évolution historique d'un volcan est une succession de phases de croissance et de phases d'érosion plus ou moins catastrophiques. 3 catégories de phénomènes peuvent générer ces effondrements volcaniques (Siebert 1984, Ui 1985, Francis et Self 1987). Les renflements et l'activité hydrothermale fragilisent la roche, augmentent le taux de déformation et permettent la rupture en modifiant la pression de pores de l'édifice et en altérant la roche en argiles (Stoopes et Sheridan 1992, Kerle et van Wyk de Vries 2001, van Wyk de Vries et al. 2001). Les explosions et les séismes déforment le cœur de l'édifice volcanique en provoquant une fragmentation, pouvant aboutir à l'éjection de matériaux anciens hors du cône (Siebert 1984), ou à une possible éruption volcanique (Francis et Self 1987). L'effondrement peut être purement gravitaire, de type graben ou caldeira, ayant les mêmes causes qu'un mouvement de versant non volcanique, et dépressurisant le cône volcanique. Il semblerait que les effondrements gravitaires de volcan soient les phénomènes les plus courants, mais que les explosions produisent les cas les plus volumineux (Siebert 1984). Les dépressions obtenues ont une grande profondeur, formant un rentrant important comparé à la 19 Chapitre I : Description phénoménologique longueur relative de la dépression (Siebert 1984). L'intrusion de magma dans le cryptodôme a un effet néfaste sur la stabilité en dilatant le versant et en réduisant sa résistance. C'est l'exemple de l'éruption du Mont -H elen s le 18 mai 1980 au USA (Voight et al. 1983, Donnadieu et al. 2001, Fig. 1.08). Figure 1.08 Vue du volcan et d'une partie des débris de l'avalanche de roches du Mont StHelens (photographie du site de l'USGS : www.vulcan.wr.usgs.gov/volcanoes/MSH). • Secousses sismiques Suscitant depuis longtemps l'interrogation des scientifiques, il est à présent clairement établi que les tremblements de terre sont à l'origine de mouvements gravitaires (Keefer 1984, 1994). Certaines corrélations montrent en effet l'activation catastrophique de glissements lents lors d'un séisme (Pariseau et Voight 1978). Un groupe de mouvements de terrain en Nouvelle Zélande, par exemple, suivant une large répartition géographique, montre une synchronisation étonnante (Crozier et al. 1995). La seule hypothèse valable est celle du séisme. Dans un sol avec cohésion, il apparaît que l'augmentation de la pression de pores due aux tremblements de terre diminue la résistance au cisaillement du sol. Cette augmentation de la pression interstitielle tend à répondre fortement aux sollicitations dynamiques apportées par les ondes S (Ochiai et al. 1985). Plusieurs paramètres doivent être pris en considération : la profondeur du foyer, la magnitude, l'angle d'incidence par rapport au versant, etc... (Tibaldi et al. 1995). Le 17 août 1959, le tremblement de terre du lac Hebgen aux USA, de magnitude 7.1, a engendré beaucoup de petits glissements, d'avalanches de débris et des écroulements. Le grand glissement de Madison (20 millions de m3 de schistes, gneiss et dolomite, Fig. 1.09) est associé à ce séisme (Hadley 1978). Selon les témoins, le glissement s'est initié soudainement et immédiatement après la première et plus forte vibration du tremblement de terre. La subsidence tectonique semble contribué à générer le glissement (Hadley 1978). Le 9 janvier 1965, un glissement de 47 millions de m3 de roches sédimentaires a détruit une partie de l'autoroute, au sud de la ville de Hope au Canada (Fig. 1.10). Les conditions météorologiques et hydrologiques ne semblent pas avoir eu une grande importance. Mais deux tremblements de terre de magnitude 3.2 et 3.1 ont été enregistrés au moment du déclenchement d'avalanches de neige et du glissement majeur. Ils sont considérés comme le facteur principal de déclenchement de ces phénomènes (Matthews et McTaggart 1978). 20 Chapitre I : Description phénoménologique Figure 1.09 Vue du glissement rocheux de Madison Canyon aux Etats-Unis (photographie de l'U.S.Forest Service, Hadley 1978). Figure 1.10 Vue aérienne oblique du glissement de Hope au Canada (photographie du Département des Autoroutes de Colombie Britannique, Bruce et Cruden 1977). D'autres nombreux exemples peuvent être cités comme Nevado Huascaran au Pérou (Ericksen et Plafker 1970), Craigieburn (Whitehouse 1981) ou Mont Cook (McSaveney et al. 1992) en Nouvelle Zélande, Sherman Glacier en Alaska (McSaveney 1978), Ontake au Japon (Sassa 1987) , Mont Colonel F oster au Canada ( Evans 1989 a ), ... Une dernière question subsiste concernant les vibrations induites par le mouvement gravitaire rapide de grande ampleur. Le séisme peut être responsable de l'effondrement, mais celui-ci est aussi à l’origine de vibrations (Matthews et McTaggart 1978, Voight et al. 1983). • Rôle de l'eau Le rôle de l'eau comme déclencheur est prépondérant dans la plupart des cas, mais reste difficile à mettre en évidence. L'activité sismique régulière a déstabilisé fortement le versant de Gros Ventre aux USA, mais insuffisamment pour enclencher la rupture. Ce n'est pas le cas le 25 juin 1925 lorsque les argiles étaient saturées (Voight 1978). Aucun facteur direct n'a été mis en évidence pour l'écroulement de Randa (Suisse), mais l'eau semble avoir joué un rôle important (Noverraz et Bonnard 1991). L'eau affecte la stabilité du versant par la pression interstitielle, par une saturation des niveaux sensibles, aboutissant ainsi à une perte de cohésion. Il convient d'analyser les processus hydrologiques dépendant du régime pluviométrique et de la fonte des neiges, du taux d'eau s'échangeant au niveau des dépôts superficiels et des formations rocheuses, ainsi que l'évapotranspiration. On note un certain temps de latence entre les pluies et la rupture des versants d'un jour à de nombreux mois. Il s'agit d'un problème de saturation du versant, et de son temps de réponse face à la mise sous pression. Les précipitations sur les deux précédentes années peuvent avoir leur importance. La fonte des neiges peut avoir un rôle dans la saturation du versant, mais également être le moteur du mouvement par les importantes circulations d'eau qu'elle entraîne (Vibert et al. 21 Chapitre I : Description phénoménologique 1988). On peut reprendre l'exemple du Mont St-Helens aux USA où une forte teneur en eau, résultat de la fonte des neiges, existait au moment de la rupture (Voight et al. 1983). La variation saisonnière des vitesses en fonction de la des neiges est mise en évidence à La Clapière (Blanc et al. 1987, Fig. 1.11). Figure 1.11 Graphiques illustrant les corrélations entre les vitesses de déplacement des désordres du versant de La Clapière (France) et la pluviométrie ou la fonte des neiges (d'après Rochet et al. 1994). Les tempêtes produisent des pluies intenses sur une courte période de temps, ou des pluies d'intensité limitée sur une longue durée (Wieczorek 1996). 3 facteurs sont importants : l'intensité de la tempête, la quantité de pluies et la durée de la période de tempête (Paul et al. 2000). L'effet ne sera pas le même si la tempête intervient après une longue période de pluies ou au début de la saison pluvieuse. L'écroulement du Val Pola en Italie fait suite à 5 jours de pluies soutenues (Govi 1989). L'ouragan Mitch, qui a affecté l'Amérique Centrale en 1998, accompagné de nombreuses précipitations, est à l'origine de l'avalanche de débris de Casita au Nicaragua (Kerle et van Wyk de Vries 2001). L'eau produit également des effets physiques directs et indirects sur la stabilité des pentes et sur la rupture. L'érosion du pied de pente ou la variation du niveau d'un plan d'eau (exemple du Vaïont en Italie) ont des effets directs aboutissant à la rupture. Les cycles gel-dégel et gonflement-rétrécissement des roches entraînent une perte substantielle de cohésion (Cruden 1985), avec une fatigue des matériaux et la circulation d'eau (Rochet et al. 1994). • Surcharges Le déclenchement peut intervenir en jouant directement sur la force motrice par effet de surcharge gravitaire. Cette surcharge résulte d’un stockage naturel de matériaux sur le versant 22 Chapitre I : Description phénoménologique instable (dépôts torrentiels, glaciaires,...) ou de l’activité anthropique (constructions, mise en eau de barrage,...). Les effets de surcharge sont courants en domaine volcanique avec apport de matériaux juvéniles sur les flancs de l’édifice volcanique. c) Facteurs de prédisposition Les facteurs de prédisposition sont inhérents au massif rocheux, à sa structure et à ses caractéristiques lithologiques. Ils affectent le versant sur une période de temps très longue. Ainsi, ces facteurs prédisposent la pente au mouvement lent ou à la rupture. Leur description aurait pu être faite avant les facteurs de préparation. Tous les versants fluent sous l'effet de la gravité, à une vitesse plus ou moins importante. Le cas le plus favorable est celui de la réactivation d'un mouvement de versant avorté (Matthews et McTaggart 1978, Voight 1978, Whitehouse 1981, Azzoni et al. 1992). Tous les versants sont donc susceptibles d'aboutir à une rupture brutale. Cependant, les structures particulières du massif rocheux autorisent cette rupture. Des secteurs précis de fronts de montagne présentent des caractéristiques topographiques, géomorphologiques, pétrologiques et structurales distinctes qui, individuellement ou en combinaison, favorisent la rupture des versants et la génération de mouvements gravitaires rapides de grandes masses rocheuses. C'est l'existence de structures particulières inclinées favorablement par rapport à la pente qui permettent ces déplacements (Cruden 2000, Fig. 1.12). Il peut s'agir de la stratification, de la schistosité, de la foliation, de joints, de diaclases ou de failles. Ces discontinuités majeures conditionnent la plupart du temps le processus de génération. L'action des facteurs de préparation, le long de ces discontinuités ou, la plupart du temps, sur la roche elle-même, induit une déformation interne du massif rocheux, disposant peu à peu le versant à la rupture. Figure 1.12 Illustrations des relations entre le pendage des discontinuités et la pente des versants (d'après Cruden 2000). La disparition naturelle (ex : dissolution du gypse) ou artificielle (exploitation souterraine totale type charbon) d’un niveau rocheux sous-jacent peut induire des affaissements (Antoine 1992). Le basculement ou la torsion des blocs rocheux incline les têtes de couches en direction de la vallée, par un mécanisme dit de fauchage gravitaire (Antoine 1992, Fig. 1.13). Il en résulte une dislocation complète du versant susceptible d'induire à long terme un glissement plan ou circulaire. Une perte de butée a des effets dilatants sur un versant, avec pour 23 Chapitre I : Description phénoménologique conséquence un tassement en partie sommitale du versant sans surface de rupture nette au sein de la masse déstabilisée (Antoine 1992, voir Fig. 1.05). Figure 1.13 Vue et coupe interprétative des déformations du versant de La Clapière dans la vallée de la Tinée en France (d'après Follacci 1987, 1999). Cela signifie une perte totale de cohésion, et donc un mouvement lent plus ou moins continu du massif rocheux. On peut observer une rotation de blocs fracturés à la base (Eisbacher 1979, Pariseau et Voight 1978, Fig. 1.14). Ce fluage (creep) se produit sur une période de temps très longue, avec une vitesse dépendant des apports d'eau, qui vont provoquer des fissures, et aboutir à la rupture (Mahr et Nemcok 1977, Voight 1978, Voight et al. 1983, Chigira 1985, Shaller 1991a, Chigira et Kiho 1994, Evans et al. 1996). Figure 1.14 Illustrations de deux modes de rupture de versant. (a) le glissement plan ; (b) le basculement d'un massif fracturé avec glissement de la partie supérieure (d'après Eisbacher 1979). 1.2.3. Phase de propagation La génération fait passer le massif rocheux d'un état stable à l'état d'instabilité active (voir Fig. 1.02). La propagation est l'étape suivante, une fois la rupture produite. Les effets du déplacement sur la masse rocheuse vont entraîner une modification de ses caractéristiques, en 24 Chapitre I : Description phénoménologique particulier la transformation du massif rocheux d'un état cohérent semi-rigide en un assemblage de grains hétérogènes en taille. Il en résulte une modification du comportement (mode de transport) au cours du parcours. La rhéologie nouvelle est généralement de type fluide (avalanche de roches) avec une moindre consommation d'énergie. Les irrégularités de la topographie et les relations avec le substratum influent directement sur la capacité de la masse rocheuse à parcourir de grandes distances. Ce sont, avec l'aspect comportemental de la masse rocheuse, les facteurs de mobilité. L'effet de volume joue également un rôle sur le développement du phénomène, en permettant la mise en place de processus de réduction granulométrique au cours du déplacement. a) Processus de propagation La masse rocheuse mobilisée subit les nombreux obstacles rencontrés sur son parcours. De nombreux facteurs doivent être pris en compte lors de l'analyse de la propagation d'un événement gravitaire rapide de grande ampleur, pour l'estimation de sa distance de parcours. La morphologie du corridor d'écoulement, la nature du substratum, l'incorporation d'eau ou de débris, les phénomènes d'érosion ou de dépôt, la composante rigide, la déformabilité,... (Couture et al. 1997, 1998b) sont autant de critères pouvant intensifier ou réduire la mobilité de ces masses rocheuses. De manière générale, on note une augmentation de la distance de parcours avec l'augmentation de l'énergie par unité de volume (Couture et al. 1998b). Plus la hauteur de chute est grande, plus la quantité d'énergie disponible est élevée, plus la distance parcourue sera importante (Fig. 1.15). ∆ET (t ) = ∆E p (t ) + ∆Ek (t ) + ∆EF (t ) + ∆EIF (t ) + ∆ED (t ) = 0 ET Ep Ek EF EIF ED t [1-2] (modifié de Müller, d’après Heim 1932) énergie totale énergie potentielle énergie cinétique énergie consommée par frottement basal énergie consommée par frottement interne énergie utilisée par la réduction granulométrique temps Si l’on considère qu’entre la zone source et la zone de dépôt, l’énergie potentrielle est principalement consommée par frottement basal, alors le travail du poids m.g.H, au cours du trajet, est équilibré par le travail des forces de frottement : m.g.cos α.tan.φ.H/sin α (où α est la pente moyenne et φ l’angle de frottement interne). D’où m.g H = m.g.H.tan φ/tan α et H/L = tan α = tan φ. Le rapport H/L est nommé coefficient de frottement (cf p48). Le trajet apporte ensuite des changements complexes et une fragmentation de la masse en mouvement (Shaller 1991a). La désintégration dynamique est une fracturation nouvelle induite par le mouvement et réduisant la taille des fragments rocheux. Cette désintégration ne doit pas être confondue avec la fracturation de la masse rocheuse elle-même existant initialement. Ces deux phénomènes expliquent l'augmentation du taux de matrice vers les parties distales des dépôts de mouvements gravitaires rapides de grandes masses rocheuses. 25 Chapitre I : Description phénoménologique Figure 1.15 Illustration de la notion de perte d'énergie pour un élément rocheux, simple ou composé, de centre de gravité Cg (i : position initiale, f : position finale). La propagation est l'étape de transformation de la masse rocheuse en un état granulaire et quasi-fluide. Le mode de transport évolue par conséquent du glissement ou de l'écroulement vers l'avalanche de roches. L'écoulement facilite considérablement le transport des débris sur de longues distances. Son étude est une clé à la compréhension de la mobilité. Il ne faut toutefois pas oublier la modification du mode de transport, résultat de la transformation des propriétés de la masse rocheuse. b) Facteurs de mobilité Les masses rocheuses ont leur mobilité qui dépend de l’énergie potentielle, et surtout des contraintes géomorphologiques (Eisbacher 1979) et de la friction sur les plans de discontinuités (Erismann 1979), donc de la structure de fissuration du massif. Les frottements interviennent entre la masse rocheuse et le substratum, mais également au sein même de la masse rocheuse, entre les grains. On relève donc 3 facteurs principaux à prendre en compte (Pollet et al. 2002). La contrainte topographique tient compte de la forme du corridor de déplacement (phénomènes de chenalisation), et des obstacles pouvant s'opposer au parcours (colline ou versant opposé à la vallée). L'absence d'expansion maintient élevé le niveau d'énergie au cœur de la masse rocheuse. Les impacts avec la topographie consomment au contraire beaucoup d'énergie, ce qui a pour conséquence une action sur le comportement interne de la roche en déplacement. La friction basale concerne l'ensemble des relations entre la semelle de la masse rocheuse en déplacement, et le substratum. Ce substratum peut être varié d'un cas à l'autre, mais également tout au long du parcours de la roche. La glace et la neige réduisent fortement la consommation d'énergie, tandis que les contacts eau-roche sont très résistants et produisent la chaleur. Un même type de phénomène prend place au cœur de la roche en mouvement, et induit un changement de comportement de la masse rocheuse. L’ouverture et la décohésion de dis 26 Chapitre I : Description phénoménologique continuités potentielles, ainsi que la création de nouvelles discontinuités, induit une réduction granulométrique du massif rocheux. Cette désintégration dynamique consiste en un processus de réduction granulométrique, aboutissant au comportement quasi-fluide de la masse rocheuse avec une faible consommation d'énergie. Ces processus sont encore mal perçus, et font l'objet d'une partie de ce travail . c) Lois de comportement, caractéristiques rhéologiques et théories proposées Une caractéristique majeure de ces mouvements gravitaires rapides de grandes masses rocheuses est la transformation possible du glissement (ou écroulement) en avalanche de roches. Mais ce phénomène ne se produit pas toujours. La description de mouvements gravitaires rapides de grande ampleur produits a conduit divers auteur à proposer des modèles appliqués de transport. Dans le cas du glissement, la mobilité doit être expliquée sur le principe d'une réduction du frottement basal, par des phénomènes de lubrification ou de vaporisation d’eau interstitielle (Habib 1967, Shreve 1968a, Erismann 1979, Heuberger et al. 1984). La masse rocheuse reste rigide. On la compare à un bloc glissant sur un plan incliné. Une réduction de la consommation d'énergie à la base du glissement induit une augmentation de la distance de parcours. Plusieurs processus sont ainsi invoqués, par eau, air, fusion de la roche, couche de sédiments saturés ou particules en mouvement. Dans le cas de l'avalanche rocheuse, l'assemblage granulaire fait que la consommation d'énergie se produit principalement entre les grains en contact. L'écoulement est alors induit par des phénomènes de fluidification (Kent 1966, Hsü 1975, McSaveney 1978, Melosh 1979). La production de poussières, l'assimilation d'air ou les vibrations résultant d'un tremblement de terre pourraient favoriser le déplacement par une fluidification mécanique. Dans le cas où la modification du mode de transport a bien été perçue, les phénomènes de lubrification et de fluidification sont pris en compte. Il semble toutefois que l'on puisse parler du phénomène « Mouvement gravitaire rapide de grandes masses rocheuses » dans son ensemble, avec un comportement évolutif à plusieurs stades, et des propriétés rhéologiques adaptées. Cela constitue l'objectif de ce travail. 1.2.4. Phase de dépôt La dernière étape du mouvement gravitaire est celle de l'arrêt de la masse rocheuse. Cette étape est à rapprocher de la propagation. Les facteurs de mobilité ont pour effet de favoriser le déplacement de la masse rocheuse sur de longues distances lors de la propagation. Inversement, les facteurs de dép jouent le rôle de consommateur d'énergie entraînant l'arrêt de la masse rocheuse.
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La double négation et le tour οὐδεὶς οὐκ ἦλθεν. Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes , 2014, Tome LXXXVI (2), pp.65-90. &#x27E8;10.3917/phil.862.0065&#x27E9;. &#x27E8;halshs-03735708&#x27E9;
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n’ai pas vu quelqu’un » est un énoncé rare, car il suppose un contexte particulier, mais il veut normalement dire « il y a quelqu’un que je n’ai pas vu » (sous-entendu « devine de qui il s’agit! »), et non « je n’ai vu personne »29. Dans ce cas, on considère que l’indéfini n’est pas sous la portée de la négation. En grec même, on peut trouver des arguments en faveur de cette analyse. On peut comparer l’énoncé attesté avec l’expression qui présente un indéfini réellement négatif, oujdei;" oujde;n e[pasce. Or l’interprétation normale de cet énoncé est celle de la concordance négative (cf. ex. 1), et non celle de la double négation (« personne ne ressentait rien »). Surtout, ce que l’on sait du fonctionnement de ti" en grec ancien va en ce sens. M. Biraud (1991, p. 130-134) a ainsi montré que ti" était le pendant positif de oujdeiv" sur le plan syntaxique. Même quand ti" est associé à une négation, ses emplois diffèrent de ceux de oujdeiv", dans la mesure où l’emploi de ti" repose sur une présupposition positive d’existence du référent associé à ti". Cette description des emplois de l’indéfini correspond bien à ce que l’on observe dans l’exemple de Xénophon, où l’indéfini révèle une présupposition positive de l’existence d’un procès (même s’il est de nature et de degré indéfinis), même lorsqu’il est associé à une négation. Pourquoi cet emploi épistémique est-il possible en (11)? Il faut souligner que l’existence d’une lecture en double négation implique un renversement de polarité30 : ce contexte positif rend licite l’emploi d’un indéfini avec une valeur épistémique, et a fortiori référentielle. C’est ce que l’on observe dans les exemples d’interro-négation, autre situation qui conduit à un renversement de polarité, et donc à un contexte à polarité positive, où le sens épistémique de l’indéfini est possible : (12) Xén. Mém. 3.10.8.2 To; de; kai; ta; pavqh tw`n poiouvntwn ti swmavtwn ajpomimei`sqai ouj poiei` tina tevryin toi`" qewmevnoi"... « Et le fait d’imiter les émotions des corps qui font quelque chose ne procure-t-il pas quelque plaisir à ceux qui le contemplent? »31 La valeur épistémique de l’indéfini peut être mise en évidence par le fait que tina ne pourrait pas être traduit par un indéfini de libre choix comme « quoi que ce soit », qui révèlerait un point de vue aléthique sur l’indéfini : « Et l’imitation des émotions ne procure-t-elle pas quelque plaisir que ce soit? » aboutit à un sens très différent de ce que l’on observe dans cette occurrence. Remarquons cependant que la lecture épistémique (et référentielle) de l’indéfini dans un contexte de renversement de polarité n’est pas systématique et n’est qu’une simple possibilité32. Ces remarques sur le sens de l’indéfini dans l’exemple de Xénophon, par contraste avec les sens de l’indéfini en contexte à polarité négative et en contexte en polarité positive, nous paraissent fournir des éléments pour expliquer que la tournure employée ne soit pas celle invoquée par Athénée, oujdei;" o{sti" oujk e[pascev ti. En effet, dans cette dernière expression, avec une proposition relative, il y a bien double négation à l’échelle de la proposition, mais la proposition relative comporte une seule négation, et dans le cadre de la proposition relative, il est peut-être difficile de donner un sens référentiel à l’indéfini. C’est ce 29 Voir notamment C. Muller (1984, p. 84) pour ces énoncés du français. Pour les raisons de l’accessibilité de la lecture en DN, cf. 3. Notons cependant que l’existence d’un indéfini à valeur référentielle peut être un marqueur sémantique de cette lecture en DN plutôt qu’en CN. 31 Autre exemple chez le même auteur : Mém. 1.3.13.1. 32 Par exemple, en contexte irrealis, au sens de T. Givón, l’indéfini n’a jamais de valeur référentielle, même dans une interro-négation (cf. T. Givón, 1984, p. 331-332). Les exemples sont nombreux en grec ancien ; pour ne citer que Xénophon : simplement au potentiel comme Mém. 4.3.17.4 ou Hiér. 4.10.4, ou au potentiel en interronégation Hell. 4.4.12.7, 7.2.16.4, 7.4.40.5, etc. 30 12 que l’on peut penser si l’on compare l’exemple étudié avec un autre exemple de Xénophon, qui comporte également une double négation, mais avec la tournure usuelle présentant une proposition relative : (13) X . Banquet 8.2.2 : Socrate vante son état d’éternel amoureux jEgwv te ga;r oujk e[cw crovnon eijpei`n ejn w/| oujk ejrw`n tino" diatelw`. « Car, en ce qui me concerne, je ne peux pas citer un moment que je ne passe pas à être amoureux de quelqu’un » La structure syntaxique de cet exemple n’est pas immédiatement comparable à celle de l’exemple qui nous occupe (ne serait-ce que parce que chacune des deux propositions comportant une négation entretient une relation enchâssante avec un autre prédicat, à l’infinitif dans le premier cas, au participe dans le second cas). Cependant, il s’agit bien d’une double négation (la phrase revient à peu près à « je suis toujours amoureux »), avec séparation syntaxique du champ des deux négations, et emploi d’un indéfini dans la proposition régie. Or, ici, l’indéfini n’a pas de valeur épistémique, ni même référentielle : le référent de tino" n’est pas stable et désigne une classe d’individus variable. Tout se passe comme si l’indéfini prenait son sens dans la proposition (négative) où il se situe, et non par rapport à l’ensemble de la phrase, où le fonctionnement sémantico-logique de la double négation fait apparaître un contexte à polarité positive. Dans une structure où la double négation s’exprime dans deux propositions distinctes et enchâssées, l’indéfini peut avoir une valeur épistémique ou aléthique, selon que l’inversion de polarité est réalisée ou non33. En revanche, si une unique proposition comprend deux négations lues en double négation, l’indéfini a nécessairement un sens épistémique. Ce serait selon nous la raison pour laquelle Xénophon a pu employer cette tournure oujdei;" ouj au lieu de la tournure usuelle oujdei;" o{sti" ouj. De notre examen, il ressort que seules deux occurrences s’expliquent en grec ancien par une lecture en double négation correspondant à la « règle » oujdei;" oujk h\lqen. Nous avons essayé d’expliquer pourquoi ce n’est pas la tournure usuelle oujdei;" o{sti" ouj qui se trouve employée. Il reste à présent à se demander comment dans deux exemples atypiques la lecture en double négation est accessible alors que nous nous trouvons dans une langue à concordance négative généralisée, et que la tournure usuelle pour ce type d’expressions n’est pas employée. 3. Accessibilité de la lecture en DN dans les deux exemples concernés par la « règle » 3.1. Une explication par la différence de portée? L’une des explications parfois invoquée repose sur une différence de portée des deux négations et ne résiste pas à l’examen. Pour J. Humbert (1960, § 652), par exemple, la clé de l’explication repose sur cette notion de portée : si la négation composée (le mot-N) porte sur la proposition entière, comme la négation propositionnelle, les deux négations se contrebalancent (lecture en DN), ce qui n’est pas le cas si la négation composée porte uniquement sur un syntagme ou sur un mot. Dans le type oujdei;" ouj, les négations se détruiraient car les deux négations porteraient sur l’ensemble de la phrase. Cette explication ne va pas de soi. Elle va notamment à l’encontre de l’analyse donnée des tours nemo non par A. Orlandini (2001, p. 62-63) en latin. En grec même, elle laisse dans l’obscurité les exemples cités en 1.2.2. qui se lisent en concordance négative et non en double négation. 33 En français également, l’inversion de polarité est facultative. Voir C. Muller (1984, p. 86). 13 Surtout, la principale objection provient de l’examen des tournures bi-négatives du type oujdei;" (ejstin) o{sti" / o}" ouj. Dans cette tournure, une analyse superficielle indique que les deux négations appartiennent à deux propositions différentes tout en se contrebalançant, ce qui va à l’encontre de l’explication de J. Humbert. Cependant le statut syntaxique des deux propositions concernées est plus complexe. Sans détailler tous les critères syntaxiques qui caractérisent cette tournure, on peut se contenter de remarquer que les exemples de l’époque classique fournissent des preuves de l’existence de deux propositions dans certains cas, et d’une seule proposition dans d’autres cas. Nous nous limiterons à un exemple de chacun de ces cas de figure. On peut citer à l’appui d’une analyse en deux propositions distinctes l’exemple (14) : (14) Hdt. 3.40.10 : une trop grande prospérité est inquiétante oujdevna gavr kw lovgw`/ oi\da ajkouvsa" o{sti" ej" tevlo" ouj kakw`" ejteleuvthse provrrizo", eujtucevwn ta; pavnta. « Car, je ne connais encore personne, pour en avoir entendu parler, qui, finalement, ne soit pas mort misérablement, arraché à la racine, alors qu’il réussissait en tout » La possibilité de trouver un terme à polarité négative (kw) dans la première proposition indique bien que la première proposition est réellement négative, puisque pw ne se rencontre que dans les contextes négatifs, ce qui montre l’existence de deux domaines distincts de la négation, la lecture en double négation pouvant entraîner l’absence de termes à polarité négative34. Dans de tels cas de figure, un verbe peut être exprimé dans la première proposition (ou, éven , une simple relation prédicative est perceptible35), et le verbe de la relative est nécessairement à un mode personnel, même en discours indirect. Il existe cependant des exemples indubitables où l’expression fonctionne comme un syntagme figé, sans subordination. Le fait avait été remarqué par J. Wackernagel (1924, p. 301) qui signalait notamment la possibilité que le verbe de la principale soit au présent, même dans un récit au passé (Soph. Ajax 725, ou Hdt. 2.120.10, de forme apparentée), ou certaines formes d’attraction (Pl. Phédon 117d5) : dans ce cas oujdei;" o{sti" ouj est tout à fait équivalent à pa`". Sur cette vaste question, nous nous contenterons de citer l’exemple suivant où il est impossible qu’il y ait deux propositions distinctes : (15) Pl. Mén. 70c2 : il s’agit de Gorgias [...] a{te kai; aujto;" parevcwn auJto;n ejrwta`n tw`n JEllhvnwn tw/` oujlomevnw/ o{ ti a[n ti" bouvlhtai, kai; oujdeni; oJtw/` oujk ajpokrinovmeno". « [...] vu que lui-même s’offre aussi à celui des Grecs qui veut l’interroger sur ce qu’on veut et ne refuse de répondre à personne [litt. et à personne à qui ne répondant pas] » Le verbe de la pseudo-proposition relative qui termine la phrase est au participe, comme devrait l’être la proposition régissante (introduite pas a{te). S’il y avait deux propositions distinctes, on pourrait s’attendre à une tournure du type oujdeiv" (ejstin) o{tw/ oujk ajpokrivnetai. Que le verbe « être » soit exprimé ou non, le verbe de la proposition relative serait nécessairement à un mode personnel36. Or le fait que la proposition régie soit au participe montre bien que la frontière syntaxique entre les deux proposition n’existe plus et que oujdeni; o{tw/ oujk fonctionne ici comme un indéfini complexe, équivalent approximatif de pantiv (même si les effets pragmatiques sont différents entre les deux expressions). Dans ce 34 C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le terme de « polarité » a été retenu (voir C. Muller, 1991, p. 69). Autres exemples, avec pwvpote : Pl. Lois 935b2, Dém. 23.112.8. 35 Par exemple Eur. Hél. 501 ou Pl. Banquet 179a7. 36 Deux possibilités si le verbe « être » est exprimé : au participe, dans un génitif absolu (oujdeno;" o[nto"), ou à l’indicatif (kai; oujdeiv" ejsti), pour éviter une coréférence entre le référent de l’indéfini négatif et Gorgias. 14 cas, peut-on toujours dire qu’il existe une différence de portée entre les deux négations, marquée par la frontière syntaxique entre deux propositions? Au vu d’exemples de ce type, l’explication du fonctionnement de la double négation par une différence de portée syntaxique nous paraît difficile. De fait, l’examen des nombreuses occurrences de notre corpus fournit un exemple révélateur, qui montre que la lecture bi-négative n’est pas liée à des phénomènes syntaxiques de portée, mais à des phénomènes sémantiques de coréférence : (16) Isocrate, Panath. 258.5 tosouvtwn ga;r to; plh`qo" tw`n povlewn tw`n JEllhnivdwn oujsw`n, tw`n me;n a[llwn oujdevnV a]n eijpei`n oujdV euJrei`n h{ti" ouj peripevptwken tai`" sumforai`" tai`" eijqismevnai" givgnesqai tai`" povlesin. « En effet, alors que les cités grecques sont en aussi grand nombre, personne d’autre ne pourrait en citer ou en trouver qui ne se soit pas heurtée aux malheurs qui arrivent habituellement aux cités » Le texte que nous reproduisons est celui de G. Mathieu, dans la CUF. Dans cette version, le pronom négatif et le pronom relatif n’ont pas le même référent, ce que montre la discordance des genres (pronom négatif masculin et pronom relatif féminin). Le référent du pronom relatif est bien évidemment « une cité », qui est le substantif féminin accessible le plus proche dans le début de la phrase ; le référent du pronom négatif est un individu masculin. Or on peut difficilement dire que les deux négations s’annulent : « personne ne peut trouver une cité qui n’a pas eu de malheurs » n’est pas l’équivalent de « tout le monde peut trouver une cité qui a eu des malheurs ». Sans coréférence entre pronom négatif et pronom relatif, il ne semble donc pas exister de lecture bi-négative. Mais ce texte est dû à Dobrée, les manuscrits ayant oujdemivan au lieu de oujdevnV a[n. La leçon présente des manuscrits l’inconvénient qu’il faut dans ce cas inférer un sujet pour les deux infinitifs37. Quoi qu’il en soit, dans cette version donnée par les manuscrits, les deux pronoms sont bien coréférents, et dans ce cas, la lecture en double négation devient bien accessible à nouveau (« aucune cité qui n’ait pas connu de malheurs »). Cet exemple nous semble fournir une piste explicative pour les exemples qui nous intéressent. 3. 2. La coréférence en question Les exemples de la configuration oujdei;" (...) ouj sont très peu nombreux, mais d’une manière qui nous semble significative, les deux occurrences que l’on peut invoquer à l’appui d’une lecture bi-négative dans la même proposition présentent la même structure syntaxique : un pronom négatif (oujdeiv") est le sujet d’un prédicat nié par ouj. La forme classique de la « règle » oujdei;" oujk h\lqen s’en fait d’ailleurs l’écho. Dans ces exemples, il existe un lien entre un agent négatif et son prédicat négatif : l’étroitesse du lien syntaxique pourrait expliquer la lecture en double négation. Notons qu’une contrainte syntaxique de ce genre est postulée pour les langues romanes38. Les cas que nous avons relevés comme des exceptions à la « règle » oujdei;" oujk h\lqen (cf. 1.2.2.) présentent d’autres cas de figure. Dans une première catégorie, en plus de la négation propositionnelle est employée la négation oujdev, en fonction focalisante ou coordonnante (qui ne peut donc pas être le sujet du prédicat), et non un pronom indéfini. Il s’agit donc d’exemples comparables à l’exemple (8) de Démosthène, discuté supra. C’est le cas en Hdt. 1.84.10, et 4.28.17 : (17) Hdt. 4.28.17 : rigueurs du climat scythe 37 C’est sans doute pour cette raison que G. Norlin dans l’édition Loeb adopte oujdevnV a]n oujdemivan. F. Corblin et alii (2004, p. 424) remarquent ainsi que la lecture en DN du type Personne n’aime personne est plus difficile dès lors que l’objet du verbe est indirect. Il existe donc des contraintes syntaxiques (mais aussi sémantiques, ibidem) la lecture en DN. 38 15 i{ppoi de; ajnecovmenoi fevrousi to;n ceimw`na touvton, hJmivonoi de; oujde; o[noi oujk ajnevcontai ajrchvn. « Les chevaux supportent avec constance cet hiver, mais les mulets ni les ânes ne le supportent pas du tout » La négation oujdev a une fonction de coordination entre les deux substantifs, dans une proposition négative. Dans cet exemple, la lecture en concordance négative ne fait pas de doute et s’explique parce que la première négation (oujdev) se contente d’instancier une place qui peut être occupée par un mot-N dans une proposition négative (celle de la coordination, ici). Dans le second cas de figure, la lecture en double négation ne peut se réaliser, selon nous, parce que la relation entre les deux négations n’est pas la relation qui existe entre un agent négatif et son prédicat nié : – en Plut. Tib. Gr. 9.6.1, le pronom indéfini est au datif (oujdeniv) et ce sont les syntagmes nominaux sujets qui sont niés par ouj ; – en Ar. Plut. 1114, le pronom indéfini est bien sujet (oujdevn) mais ce sont des syntagmes nominaux objets qui sont niés par ouj, et non le prédicat ; – en Dém. 21.143.11, le pronom indéfini neutre (oujdevn) est bien le sujet mais ce sont des syntagmes nominaux sujets qui sont niés par ouj : dans ce cas, oujdevn est repris de façon épexégétique par plusieurs syntagmes en asyndète (oujdevn X, ouj x1 ouj x2)39. La seule exception à cette régularité qui voit la lecture en double négation suscitée par la mise en relation entre un sujet nié et un prédicat nié, est l’exemple cité en (6) et reproduit ici : (6) Dém. 57.28.4 : l’accusé n’avait jamais été attaqué à ce jour kai; touvtwn oujdei;" oujk ajpei`pen pwvpote, oujk ejkwvlusen, ouj div n e[lacen. « Et parmi ceux-ci personne ne l’a jamais interdit, ne s’y est opposé ou n’a intenté d’action en justice » Cet exemple se lit en concordance négative, comme l’indique le terme à polarité négative pwvpote. Il s’agit bien dans cet exemple d’un pronom négatif sujet d’un prédicat nié. On pourrait se contenter de remarquer que la lecture par défaut, celle de la concordance négative, peut s’appliquer dans cet exemple, malgré ses particularités syntaxiques. Cet exemple nous semble cependant explicable dans le cadre de nos observations : ici, oujdeiv" est bien le sujet de trois verbes tous niés, mais s’il peut éventuellement y avoir un doute sur la lecture de la première proposition (à condition de ne pas prêter attention au terme à polarité négative), l’existence des deux propositions suivantes interdit de fait toute lecture en double négation. Tout se passe comme si oujdeiv" était mis en facteur commun pour trois propositions dont le caractère simplement négatif ne fait pas de doute. Ces exemples sont les seuls qui soient cités par les grammaires et que nos relevés nous aient permis de détecter dans les textes classiques. On pourrait se demander ce qu’il en est à des époques postérieures. Or le seul exemple de lecture à double négation que l’on puisse ajouter aux exemples classiques reprend les mêmes caractéristiques, celle d’un pronom oujdeiv" sujet d’un prédicat nié par ouj (Épictète, 3.1.29.2) ; il est vrai qu’une influence du latin nemo non n’est pas à exclure. Il semble donc exister des contraintes syntaxiques fortes pour que les deux négations portent précisément sur le même segment de la proposition (en l’occurrence le prédicat), avec un sujet nié et un prédicat nié. Ce que permet de faire l’expression oujdei;" o{sti" ouj, c’est précisément de s’affranchir de telles contraintes syntaxiques chaque fois qu’une double 39 Ce type d’emploi, avec négations épexégétiques, se rencontre assez fréquemment en grec plus tardif : cf. Aelius Aristide 16.244.10, 38.488.4, Dion Cassius 59.15.6.4, Longus 3.6.2.4, etc. 16 négation doit être employée (pour des raisons pragmatiques principalement). La moitié des exemples de cette tournure (49 occurrences) sont effectivement du type oujdei;" o{sti" ouj, c’est-à-dire avec un pronom sujet, coréférent d’un pronom relatif également sujet d’un prédicat. Mais on relève 42 exemples qui n’entrent pas dans ce schéma, que les deux pronoms soient au même cas, différent du nominatif, dans 31 occurrences, ou que les deux pronoms soient à des cas différents, dans 11 occurrences. Or dans ce dernier cas de figure, selon notre description, une lecture mono-négative s’imposerait si les deux négations n’appartenaient pas à deux propositions distinctes mais en relation de subordination. C’est sans doute la raison pour laquelle cette tournure, sans contrainte syntaxique particulière, est nettement plus usuelle que le schéma oujdei;" (...) ouj. Conclusion À l’issue de cet examen, il apparaît qu’il n’y a pas lieu de poser une « règle » oujdei;" oujk h\lqen. Non seulement l’existence d’une telle règle, dans une langue à concordance négative généralisée comme le grec ancien, pose de nombreuses difficultés, mais les exemples concernés sont très peu nombreux : il s’agit en réalité de deux occurrences, l’une Hdt. 5.56.5 se situe dans un oracle qui joue sur l’ambiguïté référentielle, l’autre Xén. Banquet 1.9.4 permet l’emploi d’un indéfini à valeur épistémique. Ce sont ces contextes d’emploi très particuliers qui expliqueraient que la tournure plus usuelle oujdei;" o}sti" ouj n’ait pas été employée. Les occurrences où un mot-N précède une négation propositionnelle (sans autre négation dans l’énoncé) sont très rares en grec classique et on comprend que ce soit dans une configuration rare que se trouve une valeur rare, la double négation. Cette interprétation en double négation est accessible dans ces deux occurrences, parce que les deux négations portent très étroitement sur le même segment de proposition, le prédicat, l’une constituant le sujet nié et l’autre niant le prédicat lui-même. Par contraste, la tournure oujdei;" o}sti" ouj qui ne connaît pas de telles contraintes syntaxiques, et dont la lecture en double négation est assurée par la coréférence entre l’indéfini (qu’il soit pronom ou adjectif) et le pronom relatif, est d’une extension nettement plus vaste. Camille DENIZOT Université Bordeaux III ÉRIAC (Université de Rouen) Références bibliographiques N. Basile, Sintassi storica del greco antico, Bari : Levante editori, 1998. M. raud, La détermination du nom en grec classique, Nice : Publications de la faculté des Lettres et Sciences Humaines de Nice, 1991. M. Bizos, Syntaxe grecque, Paris : Vuibert, 1961 [19471]. R. Crahay, La littérature oraculaire chez Hérodote, Paris : Les Belles Lettres, 1956. P. 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Birkhaüser, 1924. 18 Résumé : L’objet de cette étude est de contester l’existence en grec ancien d’une règle du type oujdei;" oujk h\lqen, selon laquelle lorsqu’un mot-N précède une négation propositionnelle, les deux négations ont le sens d’une affirmation. Une explication est proposée pour les rares exemples à l’origine de cette « règle ». Abstract : The aim of this paper is to deny the existence of a rule such as oujdei;" oujk h\lqen, according to which, when a N-word is used before a propositional negation, the two negations have an affirmative meaning. The utterances which are the source of the « rule » are explained. 19.
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Figure 11 : Régulation redox des voies de signalisation via la modulation de l'activité des kinases et des phosphatases par H2O2 (Rhee, 2006). II.2. Le système thiorédoxine / thiorédoxine réductase (trx/trxR) Le système trx/trxR est un système antioxydant majeur qui permet de maintenir un statut redox intracellulaire équilibré. Il comprend les thiorédoxines réductases (trxR), les thiorédoxines (trx) et le NADPH, H+. Dans la cellule, les thiorédoxines oxydées (trx-S2) présentent dans leur site actif un pont disulfure qui sera réduit en deux groupements thiol par les thiorédoxines réductases en présence de NADPH, H+ (1). Les thiorédoxines réduites (trx- SH2) permettent la réduction de disulfures protéiques (2) (Arner and Holmgren, 2006; Holmgren and Lu, 2010). trxR trx-S2 + NADPH + H+ → trx-(SH)2 + NADP+ trx-(SH)2+ Protéine-S2 ↔ trx-S2 + Protéine-(SH)2 (1) (2) Dans les cellules de mammifères, les thiorédoxines et les thiorédoxines réductases sont exprimées sous forme de trois isoformes : trx1 et trxR1 sont cytosoliques, trx2 et trxR2 sont mitochondriales et Sp-trx et TRG sont présentes dans les testicules chez les hommes. Contrairement aux trxR1 et trxR2, TRG est capable de réduire le glutathion oxydé, d'où sa dénomination de thiorédoxine/glutathion réductase TRG (Arner, 2009; Holmgren and Lu, 2010). II.2.1 Les thiorédoxines réductases II.2.1.1 Structure et mécanisme d'action Les thiorédoxines réductases sont des flavoprotéines, membres de la famille des nucléotides–disulfides oxydoréductases comme les glutathion réductases. On les retrouve de façon ubiquitaire dans les tissus de mammifères. Ce sont des sélénoprotéines homodimériques de taille moyenne (55-65 kDa) présentant une forte homologie de séquences entre elles. Les deux trxR1 et trxR2, codées respectivement par les gènes TXNRD1 et TXNRD2, possèdent chacune différentes isoformes issues d'un épissage alternatif associé à une expression spécifique du type cellulaire. Toutes les isoformes ont une structure commune dans laquelle chaque sous-unité possède un site de liaison au NADPH, un site de liaison au FAD, un site de dimérisation ainsi que deux sites actifs. TrxR2 possède en plus un site d'import mitochondrial. Le premier site actif est localisé dans la région N-terminale et présente un motif -Cys-Val-Asn-Val-Gly-Cys-. Le deuxième site actif est situé dans la région C-terminale et possède une sélénocystéine indispensable pour l'activité dans une séquence -Gly-Cys-Sec-Gly- (figure 12). Les deux sous-unités de la thiorédoxine réductase sont disposées selon un arrangement « têtebêche » essentiel pour le déroulement de l'activité catalytique (figure 13). Au cours de la réaction enzymatique, le premier site actif, du côté N-terminal d'une sous-unité, reçoit les équivalents réduits du NADPH, H+ par l'intermédiaire du FAD permettant la formation d'un motif « dithiol » au niveau des deux cystéines du site. Les équivalents duits sont ensuite transférés à la sélénocystéine (sous forme sélénylsulfide (Cys-Sec)) du deuxième site actif, côté C-terminal de l'autre sous-unité. Le sélénothiol ainsi formé côté C-terminal permet de réduire les substrats de la trxR (figure 14) (Mustacich and Powis, 2000; Arner, 2009). Figure 12 : Structure des trxR1 et trxR2 (Tonissen and Di Trapani, 2009). Figure 13 : Structure tridimensionnelle homodimérique de trxR (Sandalova et al., 2001). Le résidu sélénocystéine (Sec) est codé par un codon UGA qui est normalement identifié comme un codon stop mais qui , dans ce cas, peut être transcrit en sélénocystéine en présence d'un élément d'insertion de sé quence sélé nocy stéine ( SECIS ) en 3'UTR dans l'ARN m correspondant. Le motif « Cys-Sec » du côté C-terminal est probablement localisé sur un bras flexible de l'enzyme ce qui lui permet de rester sous une forme réduite grâce à son interaction avec le motif N-terminal réducteur (-Cys-Val-Asn-Val-Gly-Cys-) de l'autre sous-unité du dimère. Le faible pKa de la sélénocystéine (5,25) et l'accessibilité du site actif pourrait expliquer l'importante réactivité des trxR à pH physiologique ainsi que leur large spécificité de substrat et leur inhibition par de nombreux types d'inhibiteurs (Nalvarte et al., 2004 ). Figure 14 : Cycle catalytique des trxR (Gromer et al., 2004; Arner, 2009). II.2.1.2 Les substrats des trxR Si les trxR sont les seules protéines connues capables de réduire les trx, elles sont également capables de réduire directement certains autres disulfures protéiques possédant un ou plusieurs sites actifs dont le motif « Cys-Xxx-Xxx-Cys » est similaire à celui des thiorédoxines. C'est le cas de TRP14 (14-kDa human thioredoxin (trx)-related protein) et TRP32 (32-kDa human thioredoxin (trx)-related protein)/Trx-like 1) qui sont des protéines cytoplasmiques, de la glutarédoxine 1 cytoplasmique et de la glutarédoxine 2 mitochondriale qui sont des membres de la famille thiorédoxine mais qui dépendent du glutathion. C'est également le cas de protéines situées dans le réticulum endoplasmique telles que les PDI 34 Introduction (protéines disulfures isomérases), CaBP1 (calcium binding protein 1), ERp72 (endoplasmic reticulum protein) et ERdj5/JPDI (J-domain-containing PDI-like protein) ou TMX (transmembrane Trx-related protein) qui est une protéine transmembranaire. Ces protéines de la famille des thiorédoxines interviennent dans le processus de repliement des protéines néosynthétisées du réticulum endoplasmique, mais également lors de la réponse UPR (unfolded protein response) qui se met en place lorsqu'un stress du réticulum (accumulation de protéines de conformation anormale) apparait (Powis and Kirkpatrick, 2007; Nakamura et al., 2009). Ces protéines de la famille des thiorédoxines peuvent également être réduites par la thiorédoxine elle-même. Les trxR ont également pour substrats des composés non protéiques, de faible poids moléculaire. Certains de ces composés tels que l'acide 5,5'-dithio-bis-2- benzoique (DTNB), l'acide lipoïque ou les lipoamides sont porteurs de disulfures alors que d'autres n'en portent pas comme le polypeptide antibactérien NK-lysine, la L-cystine, l'alloxan, la vitamine K, certaines quinones (ubiquinone Q10), des composés contenant du sélénium (sélénite, sélénocystine) mais également certains peroxydes comme H2O2. À ce titre, la réduction par les trxR des peroxydes incluant les peroxydes lipidiques et le peroxyde d'hydrogène peut être une alternative à la voie enzymatique de détoxification des peroxydes lipidiques habituellement conduite par la glutathion peroxydase 4. Toutefois, le KM élevé de trxR pour H2O2 implique que cette réaction ne se produit qu'en cas de stress oxydant important. De plus, toujours en conditions de stress oxydant uniquement, les thiorédoxines réductases interviennent dans la synthèse de composés antioxydants comme l'acide ascorbique (vitamine C) et la vitamine E. En effet, les trxR catalysent la transformation de l'acide dihydroascorbique en acide ascorbique qui lui-même, outre son rôle antioxydant intrinsèque, intervient dans la production de la vitamine E qui est également un antioxydant cellulaire reconnu (Nordberg and Arner, 2001). II.2.2. Les thiorédoxines II.2.2.1 Structure et mécanisme catalytique Comme les trxR, les trx sont des oxydoréductases retrouvées de façon ubiquitaire dans les tissus des mammifères. Ce sont des protéines de faible poids moléculaire (12 kDa pour trx1) qui contiennent un site actif dont le motif -Cys-Gly-Pro-Cys- est conservé. Trx1 contient 3 résidus cystéine supplémentaires en position 62, 69 et 73. Ces cystéines sont dites « de structure », intervenant dans des modifications post-transcriptionnelles telles que l'oxydation, la S-glutathionylation ou la S-nitrosylation qui permettent de réguler les fonctions de trx1 (figure 15). Cette dernière est également capable de former des homodimères par l'intermédiaire d'une liaison disulfure entre les résidus cystéine 73 (Nordberg and Arner, 2001; Tonissen and Di Trapani, 2009). Figure 15 : Structure des trx 1 et trx 2 (Tonissen and Di Trapani, 2009). La thiorédoxine 1 qui est majoritairement cytosolique peut être secrétée à l'extérieur des cellules. En effet, deux formes de trx1 ont été retrouvées dans le milieu extracellulaire : une forme entière et une forme tronquée appelée trx80. Chacune de ces formes possède ses propres fonctions immuno-modulatrices avec des activités cytokine. La thiorédoxine 1 peut également être transférée dans le noyau suite à l'activation de certaines voies de signalisation telle que la voie NFκB (nuclear factor-kappa B) (Arner and Holmgren, 2006). La réaction catalysée par la trx est une réaction de substitution nucléophile bimoléculaire. Il s'agit d'un transfert d'électrons de la trx vers le substrat protéique. La 36 Introduction réaction démarre par une attaque nucléophile du pont disulfure de la protéine substrat par le thiol de la cystéine 32 de la trx (étape 1 de la Figure 16). Cette attaque permet la libération d'un thiol au niveau du substrat et la formation d'un pont disulfure mixte entre la protéine et la cystéine 32 de la thiorédoxine. Ensuite, l'anion thiolate de la cystéine 35 du site catalytique de la trx attaque la cystéine 32 (étape 2 de la Figure 16). Le pont disulfure mixte est ainsi détruit, libérant le substrat protéique réduit. Par contre, la thiorédoxine est alors sous forme oxydée puisqu'un pont disulfure s'est formé au sein de son site catalytique, entre la cystéine 32 et la cystéine 35. La thiorédoxine est alors réduite par la thiorédoxine réductase en présence de NADPH, H+ afin de pouvoir reprendre un nouveau cycle catalytique (figure 16) (Collet and ens, 2010; Holmgren and Lu, 2010). Figure 16 : Cycle catalytique des trx (Collet and Messens, 2010). II.2.2.2. Les fonctions des thiorédoxines Par l'intermédiaire de régulations redox et grâce à ses capacités antioxydantes, le système trx/trxR intervient dans l'ensemble des mécanismes qui rythment la vie cellulaire tels que la prolifération cellulaire, le maintien du statut redox ou l'apoptose. Les principaux rôles du système trx/trxR sont assurés par l'action directe des thiorédoxines sous formes réduites, les thiorédoxine réductases ayant la mission de maintenir ces dernières dans un état réduit actif. II.2.2.2.1. Rôle dans la synthèse d'ADN Les thiorédoxines jouent un rôle important dans la synthèse d'ADN et donc dans la prolifération cellulaire puisqu'elles fournissent des électrons à la ribonucléotide réductase qui catalyse la synthèse de désoxyribonucléotides à partir de ribonucléotides diphosphate (Biaglow and Miller, 2005). II.2.2.2.2. Rôle antioxydant Le système trx/trxR joue un rôle essentiel dans le maintien du statut redox intracellulaire. En plus de sa capacité à réparer les dommages oxydants que peuvent subir couramment l'ensemble des protéines, les trx permettent de maintenir l'activité enzymatique de différents systèmes antioxydants. En effet, les trx réduisent les peroxyrédoxines, les méthionine sulfoxide réductases impliquées dans la réduction des méthionines sulfoxyde en méthionine, et les glutathion peroxidases 3. Il existe donc de ce fait une interaction entre les deux systèmes antioxydants les plus importants dans la cellule, le système du glutathion et le système trx/trxR. Ces systèmes antioxydants associés au système trx/trxR seront détaillés dans le chapitre II.2.3. Les thiorédoxines peuvent également agir directement sur certaines ERO : elles sont par exemple des "scavenger" de radical hydroxyl et sont capables de capter l'oxygène singulet. Toutefois ces fonctions ne requièrent pas l'intervention du site actif de la protéine. Une altération des fonctions des trx peut conduire à un déséquilibre du statut redox intracellulaire menant la cellule à un état de stress oxydant dont la conséquence la plus grave est l'entrée de cette dernière en apoptose (Biaglow and Miller, 2005; Tonissen and Di Trapani, 2009). II.2.2.2.3. Rôle dans le déroulement de l'apoptose Le rôle des thiorédoxines dans l'apoptose peut paraître paradoxal. En effet, les thiorédoxines sont susceptibles d'intervenir aussi bien dans les voies anti-apoptotiques que pro-apoptotiques. Leur contribution pro ou anti-apoptotique sera donc fortement dépendante du type cellulaire avec ses caractéristiques étiques propres et son environnement. II.2.2.2.3.1. Rôle anti-apoptotique Hormis leur rôle dans le maintien du statut redox intracellulaire, les thiorédoxines interviennent également dans la réponse de la cellule face à un stress oxydant en activant les voies de signalisation apoptotique. Les thiorédoxines sont des senseurs du statut redox, elles transmettent leurs informations à des protéines kinases appelée ASK1 (Apoptosis signalregulating kinase 1) (Saitoh et al., 1998). Ces dernières appartiennent à la famille des MAPKKK (Mitogen-Activated Protein Kinase Kinase Kinase). La forme réduite de la thiorédoxine se lie à la région N-terminale d'ASK1 pour inhiber son activité kinase. Le complexe protéique formé par l'association d'ASK1 avec la trx est appelé « Signalosome ». Si une concentration importante en ERO est présente, la trx passe sous forme oxydée et sa liaison avec ASK1 est rompue. L'activité kinase d'ASK1 est alors fonctionnelle et ASK1 initie la formation d'un complexe protéique de plus haut poids moléculaire en recrutant d'autres facteurs tels que TRAF2 (TNF receptor-associated factor 2) et TRAF6. L'apoptose est ensuite médiée par l'intermédiaire des voies de JNK (Jun N-terminal Kinase) et p38. Le même processus s'opère également dans la mitochondrie par l'intermédiaire de trx2. Toutefois, dans la mitochondrie, ASK1 médie l'apoptose à travers une voie de signalisation indépendante de JNK. L'activation des deux voies, cytoplasmique et mitochondriale, a toutefois la même finalité : un relarguage du cytochrome c et une activation de la caspase 3 (figure 17) (Saitoh, Nishitoh et al., 1998; Fujino et al., 2006; Nadeau et al., 2007). Les orédoxines ont également la faculté d'intervenir directement sur le déroulement de l'apoptose grâce à leur interaction avec la procaspase 3. Le rôle des thiorédoxines est encore ici anti-apoptotique car elles catalysent une réaction de trans-nitrosylation de la procaspase 3 qui induit une inhibition de l'apoptose (Mitchell et al., 2007). Une autre fonction anti-apoptotique des trx est médiée par leur capacité à réguler, de façon redox, l'activité de nombreux facteurs de transcription. Trx favorise l'action des facteurs de transcription en réduisant un résidu cystéine essentiel pour leur liaison avec l'ADN. C'est le cas pour NF-κB qui contrôle l'expression de différents gènes dont certains codent des protéines qui bloquent les voies apoptotiques comme les protéines de la famille Bcl2 (B-cell lymphoma 2), IAP (inhibitor of apoptosis) ou TRAF. Ainsi, une inhibition chimique des thiorédoxines sera susceptible de déclencher l'apoptose de façon directe grâce à l'activation d'ASK1 et de la procaspase 3, mais également de façon indirecte avec la réduction de l'expression des protéines anti-apoptotiques via l'inactivation de NF-κB. De plus, la thiorédoxine possède un inhibiteur endogène, la protéine TBP-2 (thioredoxin binding protein 2) autrefois appelée VDUP-1 (vitamin D up-regulated protein 1). Cette dernière se lie au site actif redox de la thiorédoxine et entre en compétition avec tous les autres substrats naturels de trx. Une concentration importante en TBP-2 pourrait activer les voies apoptotiques par inhibition des effets anti-apoptotiques de la thiorédoxine (Kaimul et al., 2007; Powis and Kirkpatrick, 2007). Figure 17 : Rôle des trx dans l'apoptose à travers la régulation d'ASK1 (Nakamura, Hoshino et al., 2009). II.2.2.2.3.2. Rôle pro-apoptotique Hormis NF-κB, la thiorédoxine régule l'activité d'autres facteurs de transcription comme AP-1 (activator protein 1) ou la protéine p53. p53 contrôle l'expression de nombreux gènes pro-apoptotiques en réponse à divers stimuli tels que l'accumulation de dommages dans l'ADN. Le gène p53 appartient à la famille des gènes suppresseurs de tumeurs. En effet, lorsque le nombre de mutations dans l'ADN devient trop important, la protéine p53 provoque un arrêt du cycle cellulaire en induisant l'expression de la protéine p21. p53 contient douze cystéines dans sa séquence protéique. Neuf d'entre elles se situent dans le domaine de liaison à l'ADN et quatre sont essentielles pour la liaison. Comme pour NF-κB, la capacité de liaison de p53 à l'ADN dépend de son état redox. L'intervention de la thiorédoxine, soit directement, soit par l'intermédiaire d'une autre protéine Ref1 (Redox factor 1) est donc requise pour maintenir les cystéines sous leur forme réduite et permettre la liaison de p53 à l'ADN (Ueno et al., 1999; Masutani et al., 2005). En favorisant la liaison à l'ADN de certains facteurs de transcription qui ont des fonctions littéralement opposées, le rôle des thiorédoxines dans l'apoptose est controversé. Il est probablement fortement dépendant du niveau d'expression des protéines régulées par les trx et des protéines qui régulent la thiorédoxine. De nombreuses cellules cancéreuses profitent, par exemple, des effets anti-apoptotiques des trx car elles possèdent un gène p53 inactif. II.2.2.2.4. Rôle dans le déroulement des cascades de phosphorylation Comme nous l'avons indiqué dans le chapitre II.1, de nombreuses protéines kinases et phosphatases intervenant dans des voies de signalisation conduites par des cascades de phosphorylation possèdent dans leur site actif des résidus cystéine sensibles à l'oxydation associée notamment au peroxyde d'hydrogène. Plusieurs études ont montré que le système thiorédoxine était capable de réverser in vitro l'état d'oxydation de certaines de ces protéines (Arner, 2009). C'est le cas pour PKA (cAMP-dependent protein kinase), qui est inhibée suite à la production d'H2O2 lors de la lipogenèse induite par l'insuline dans des adipocytes de rats (de Pina et al., 2008), de PKC (protein kinase C) qui est inactivée par l'oxyde nitrique dans des cellules épithéliales d'artère pulmonaire (Kahlos et al., 2003), de PTP1B qui est inhibée suite à une oxydation par le peroxyde d'hydrogène produit dans des cellules A431 (cellules de carcinome épidermoïde humain) stimulées par l'EGF (Lee, Kwon et al., 1998) et de PTEN dont l'activité est inhibée dans des cellules HeLa (adénocarcinome utérin humain) et NIH 3T3 (cellules fibroblastiques embryonnaires de souris) traitées par H2O2. Cependant, la réversion de l'oxydation de ces protéines par le système trx/trxR dans un contexte cellulaire n'a jusqu'alors été montrée que pour la phosphatase PTEN. En effet, l'étude publiée par Lee et al en 2002, a montré qu'une déplétion en trx réduites intracellulaires diminuait le pourcentage de Introduction réactivation des PTEN oxydées. Les auteurs ont également montré par une coimmunoprécipitation que les deux protéines, trx et PTEN, interagissaient spécifiquement ensemble (Lee et al., 2002). Comme cité dans les chapitres I.2.4.3.2. et II.1, ce type de régulation pourrait également s'appliquer aux phosphatases CDC25 pour lesquelles l'analyse est encore au stade in vitro (Rudolph, 2005). L'étude de cette régulation dans des cellules de cancer du sein sera l'objet du travail de thèse exposé dans ce manuscrit. II.2.3. Les défenses antioxydantes dépendantes du système trx/trxR II.2.3.1. Les peroxyrédoxines Les peroxyrédoxines (prx) sont des petites protéines (22-27 kDa) qui appartiennent à la famille des peroxydases dépendantes de la thiorédoxine. Il existe six isoformes fortement exprimées de façon ubiquitaire dans toutes les cellules des mammifères. Les péroxyredoxines catalysent la réduction d'H2O2, des hydroperoxydes organiques et du peroxynitrite par oxydation des cystéines catalytiques de leur site actif. Elles sont oxydées en présence d'H2O2 et réduites par le système trx/trxR (figure 18). Contrairement à la catalase qui n'agit principalement que dans les peroxysomes, les prx sont distribuées dans les différents compartiments intracellulaires ce qui leur permet de réguler la concentration en H2O2 directement à proximité des lieux de production, notamment au niveau de la mitochondrie ou des NADPH oxydases. Leur répartition dans les différents compartiments intracellulaires est dépendante de l'isoforme considérée : les peroxyrédoxines I, II et VI sont localisées dans le cytoplasme, les peroxyrédoxine III sont uniquement exprimées dans les mitochondries, les peroxyrédoxines IV sont situées dans le réticulum endoplasmique et dans les lysosomes alors que l'on trouve les peroxyrédoxines V dans le cytoplasme, dans les mitochondries et dans les peroxysomes. Toutes les peroxyrédoxines, à l'exception des peroxyrédoxines III sont retrouvées dans le noyau (Zhang et al., 2009). Les peroxyrédoxines I, II, III, IV et V contiennent deux cystéines au niveau de leur site actif alors que les peroxyrédoxines VI n'en contiennent qu'une seule. Des travaux récents sugg que les peroxyrédoxines possédant deux cystéines sont plus que de simples peroxydases puisqu'elles seraient capables de former des oligomères de haut poids moléculaire (décamère ou dodécamère) possédant une activité chaperonne dépourvue de fonction peroxydase (Barranco-Medina et al., 2009). La perte de l'activité peroxydase se produit lors du processus catalytique suite à une hyperoxydation des cystéines du site actif en présence de fortes concentrations en H2O2. Cette hyperoxydation avec formation d'un acide Introduction sulfonique n'est pas résolvable par le système trx/trxR mais par des protéines récemment mises en évidence, les sulfirédoxines (figure 18) (Rhee et al., 2005; Rhee et al., 2007; Cox et al., 2010). Figure 18 : Intervention du système trx/trxR dans la réponse catalytique des peroxyrédoxines (Kang et al., 2005). Cette propriété d'alternance entre la fonction de peroxydase et la fonction de chaperonne, associée à la capacité d'interaction des prx actives, particulièrement de la peroxyrédoxine 1, avec des protéines impliquées dans les voies de signalisation comme cAbl, JNK, PTEN ou ASK1 ont conduit à l'hypothèse que les prx et surtout les prx 1 fonctionneraient comme des senseurs redox transmettant un signal en réponse à une variation du niveau intracellulaire d'H2O2 (Fourquet et al., 2008; Cao et al., 2009; Neumann et al., 2009). II.2.3.2. Les méthionine sulfoxyde réductases Comme nous l'avons évoqué dans le chapitre II.1 les résidus méthionine des protéines sont particulièrement sensibles à l'oxydation par les ERO. L'oxydation des résidus méthionine des protéines engendre la formation d'isomères S- et R- de méthionine sulfoxyde (Met-(S)-SO et Met-(R)-SO). Les méthionine sulfoxyde réductases (MSR) catalysent la réduction des résidus méthionine oxydés. Il existe deux familles de MSR, MSR A et MSR B qui diffèrent par leur spécificité de substrat. MSR A catalyse la réduction des formes S de méthionine sulfoxyde (MetSO) alors que MSR B est uniquement capable de réduire les formes R. Ces deux familles d'enzymes catalysent la réduction des MetSO au sein des protéines mais MSR A est également capable de réduire les MetSO libres. Le mécanisme catalytique des MSR est basé sur la chimie des acides sulféniques grâce à la présence d'une cystéine ou d'une sélénocystéine catalytique selon l'isoenzyme considérée. Chez les mammifères, il existe trois isoformes de MSR B, MSR B1 qui contient une sélénocystéine et MSR B2 et B3 qui possèdent, comme MSR A, une cystéine catalytique. MSR B1 est présente dans le noyau et le cytosol, MSR A et B2 sont localisées dans la mitochondrie et MSR B3 est retrouvée dans la mitochondrie et dans le réticulum endoplasmique. Le mécanisme catalytique est composé de trois étapes : premièrement, la cystéine ou la sélénocystéine est attaquée par le groupement sulfoxyde de la MetSO pour être oxydée en acide sulfénique cette attaque s'accompagne d'une libération du résidu méthionine; deuxièmement, une autre cystéine (cystéine de résolution) interagit avec l'acide sulfénique pour former un pont disulfure intramoléculaire et troisièmement, ce pont disulfure est réduit par la thiorédoxine. L'oxydation des résidus méthionine des protéines engendre une augmentation des charges négatives qui peut être à l'origine de changements structuraux, donc à l'origine d'une perte de fonction. En réduisant ces résidus MetSO, les MSR permettent de protéger l'activité des protéines concernées. De plus, les MSR peuvent travailler indirectement comme des « scavengers » d'ERO à travers l'oxydation et la réduction cyclique des méthionines. Le système méthionine/MSR peut donc assister d'autres systèmes redox comme le système trx/trxR ou le système du glutathion pour maintenir l'équilibre redox intracellulaire (Lee et al., 2009; Aachmann et al., 2010). II.2.4. Les inhibiteurs du système trx/trxR L'intervention du système thiorédoxine/thiorédoxine réductase dans des mécanismes cellulaires aussi importants que variés comme la réplication, l'apoptose, l'angiogenèse ou la régulation du statut redox en font une cible intéressante pour le développement de traitements anticancéreux. La littérature relate les effets de nombreuses molécules inhibitrices d'origine naturelles ou synthétiques. La stratégie de ce travail de thèse est basée sur l'utilisation d'inhibiteurs chimiques du système trx/trxR. C'est pourquoi une liste non exhaustive des inhibiteurs existants et de leurs effets cellulaires a été établie. II.2.4.1. Les inhibiteurs de thiorédoxine réductase II.2.4.1.1. Composés dérivé du platine Les complexes métalliques à base de platine comme le cisplatine (cisdiaminedichloroplatine(II) (figure 19), le carboplatine ou l'oxaliplatine sont des composés couramment utilisés en chimiothérapie anticancéreuse (Boulikas and Vougiouka, 2004). Ce sont des agents alkylants de l'ADN (Wang and Lippard, 2005). Les dommages causés à l'ADN par ces composés engendrent l'activation ou l'inactivation de différentes voies de signalisation menant à un arrêt du cycle cellulaire, à une réparation de l'ADN ou à l'apoptose (Cepeda et al., 2007). L'action cytotoxique du cisplatine serait de plus médiée par une inhibition irréversible de la trxR. En effet, une étude réalisée in vitro et dans des cellules HeLa a montré que le cisplatine induit une inhibition, dépendante de la dose et du temps de traitement, de la trxR humaine. Cette inhibition a d'ailleurs été corrélée avec une diminution de la viabilité cellulaire (Arner et al., 2001). Contrairement au carboplatine qui n'induit aucune inhibition, l'oxaliplatine montre les mêmes propriétés inhibitrices de trxR que le cisplatine. L'action du cisplatine sur trxR serait localisée au niveau de la sélénocystéine située en C terminale de la protéine. En effet, le cisplatine n'a pas d'effet sur l'activité glutathion réductase, protéine de structure similaire à la trxR mais qui ne possède pas de sélénium (Witte et al., 2005). Figure 19 : Structure du cisplatine. II.2.4.1.2. Composés dérivés de l'or Les composés dérivés de l'or ont été utilisés au cours du siècle dernier pour traiter de nombreuses maladies mais leur usage moderne est restreint au traitement de l'arthrite rhumatoïde (Kean and Kean, 2008; Nobili et al., 2010). Leurs capacités cytotoxiques récemment mises en évidence sur de nombreuses lignées cellulaires de cancers humains en font des candidats intéressants pour le développement de nouvelles chimiothérapies 45 Introduction anticancéreuses (Ronconi et al., 2005; Ronconi et al., 2006; Milacic et al., 2008; Gandin et al., 2010). Bien que leur mécanisme d'action global ne soit pas complètement élucidé, les composés dérivés de l'or sont susceptibles de s'intercaler dans l'ADN, d'inhiber différentes enzymes, d'induire un stress oxydant et/ou un arrêt du cycle cellulaire (Casini et al., 2008; Nobili, Mini et al., 2010). L'or est connu pour sa haute affinité avec les groupements thiols qui sont probablement les premières cibles de ces composés dans les cellules. Le groupement sélénoate nucléophile des trxR réduites est donc susceptible d'être le premier site modifié par ces métaux (Urig and Becker, 2006). Soutenant cette hypothèse, de nombreuses études ont montré une inhibition des thiorédoxines réductases par des composés dérivés de l'or (Rigobello et al., 2004; Omata et al., 2006; Marzano et al., 2007; Viry et al., 2008; Vergara et al., 2010). L'Auranofine (S-triethylphosphinegold (I)-2,3,4,6-tetra-Oacetyl-1-thio-b-D-glucopyranoside) (figure 20) est un composé dérivant de l'or (I) utilisé pour le traitement de 'arthrite rhumatoïde sous le nom de « Ridoura ». In vitro, l'Auranofine inhibe la forme réduite de la trxR1, isolée à partir de placenta humain, à des concentrations de l'ordre du nM, avec un Ki de 4 nM en présence de 50 μM de trx (Gromer et al., 1998). Un traitement par l'Auranofine génère une production d'ERO et un relarguage du cytochrome c (Marzano, Gandin et al., 2007). Un tel traitement sur des mitochondries purifiées induit une inhibition de la trxR2 mitochondriale qui s'accompagne d'une altération de la perméabilité membranaire, d'une perte du potentiel de membrane et d'un relarguage de protéines proapoptotiques telles que le cytochrome c (Rigobello et al., 2002; Rigobello, Scutari et al., 2004). De plus, une inhibition de la trxR2 mitochondriale par l'Auranofine induit une accumulation de peroxyde d'hydrogène (Rigobello et al., 2005). Figure 20 : Structure de l'Auranofine. II.2.4.1.3. Composés nitroaromatiques On trouve parmi les composés nitroaromatiques les premiers inhibiteurs de trxR qui ont été identifiés : le 1-chloro-2,4-dinitrobenzene (CDNB) (figure 21), le 1-fluoro-2,4dinitrobenzene (FDNB) ou le 1-bromo-2,4-dinitrobenzene (BDNB). Ils appartiennent à la classe des dinitrohalobenzenes. Le CDNB inhibe irréversiblement l'activité trxR par une dérivatisation dinitrophenyl au niveau du motif sélénothiol de l'extrémité C-terminale de la trxR réduite (Nordberg et al., 1998). De plus, ce composé électrophile provoque une génération d'anion superoxyde en induisant une activité NADPH oxydase au niveau de la trxR inhibée. Le mécanisme moléculaire de cette activité implique une production de nitroanions catalysée par le FAD au niveau des groupements dinitrophénol issus de la dérivatisation de l'enzyme. Ces radicaux vont réagir avec l'oxygène pour produire l'anion superoxyde (Nordberg, Zhong et al., 1998; Cenas et al., 2004). Un traitement des cellules HeLa par le CDNB et d'autres composés nitroaromatiques (juglone, tetryl) induit une importante cytotoxicité par apoptose avec activation des caspases 3 et 7. De même, le CDNB est un puissant inducteur de l'apoptose dans des cellules HeLa ou dans des cellules A549 (Cellules de carcinome pulmonaire humain) surexprimant Bcl2 (Cenas et al., 2006). Dans des cellules PC12 neuronales, le CDNB induit une apoptose des cellules corrélée à l'apparition d'un important stress oxydant (Seyfried and Wullner, 2007). L'inhibition de trxR par des composés nitroaromatiques pourrait contribuer à l'induction de l'apoptose dans les cellules cancéreuses humaines exposées. Figure 21 : Structure du CDNB . II.2.4.1.4. L'arsenic trioxyde L'arsenic trioxyde (ATO) (figure 22) est utilisé en chimiothérapie anticancéreuse sous le nom de « Trisenox » pour le traitement de la leucémie aiguë promyélocytaire récurrente ou réfractaire (Douer and Tallman, 2005). L'ATO exercerait son action cytotoxique via l'induction de la voie apoptotique mitochondriale (Miller, 2002). Les protéines contenant un taux élevé de cystéine avec des groupements thiols accessibles semblent être des cibles de l'ATO (Miller et al., 2002). L'inhibition irréversible de trxR in vitro par l'arsenic trioxyde (IC50 = 0,25 μM) confirme cette hypothèse d'autant plus que seule la trxR réduite est inhibée. L'inhibition est donc dépendante de l'état redox de la protéine et une analyse en spectrométrie de masse suggère que le dithiol du site actif N-terminal et le sélénothiol du site actif Cterminal réagissent avec l'ATO. Une inhibition irréversible de trxR par l'arsenic trioxyde a également été mise en évidence dans des cellules MCF7 après 48 h de traitement. Cette inhibition s'accompagnant d'une sévère oxydation de trx (Lu et al., 2007). Figure 22 : Structure de l'arsenic trioxyde. II.2.4.1.5. Le motexafin gadolinium Le motexafin gadolinium (MGd) est une texaphyrine (molécule de la famille des porphyrines) complexée avec le gadolinium (III) (figure 23). Le MGd est actuellement testé en essais cliniques de phase III sous le nom de « Xcytrin » pour le traitement de différents types de cancers (poumon, cerveau, pancréas). Les propriétés anticancéreuses de ce composé sont dues à son métabolisme intracellulaire qui fait intervenir un cycle redox avec production d'anion superoxyde et d'autres ERO. Cette production d'espèces réactives de l'oxygène lors du métabolisme du MGd va engendrer l'oxydation d'autres métabolites tels que le NADPH, le GSH ou l'acide ascorbique, qui pour être actifs doivent impérativement être sous forme réduite (Magda and Miller, 2006). Ainsi, en rendant le milieu intracellulaire pro-oxydant, il est capable de respectivement promouvoir ou induire la cytotoxicité de la dexaméthasone dans des lignées cellulaires de myélomes multiples qui y sont sensibles ou à l'inverse hautement résistantes (Evens et al., 2005). Le MGd est également capable d'inhiber l'activité réductase de trxR1 et d'induire l'activité oxydase, générant ainsi de l'anion superoxyde et du peroxyde d'hydrogène. Le MGd est réduit par le sélénothiol du site actif en C-terminal de la trxR1 et non pas par le FAD ou le dithiol N-terminal (Hashemy et al., 2006). Il est ainsi plutôt un substrat non protéique de trxR1 qu'un inhibiteur (Arner, 2009). Le MGd est aussi un puissant inhibiteur de ribonucléotide réductase. Ses effets inhibiteurs sur ces activités enzymatiques ent probablement de façon importante aux effets anticancéreux. En effet, d'un part, l'inhibition du système trx/trxR associée à une production d'ERO est susceptible d'induire un important stress oxydant qui a pour conséquence le déclenchement de l'apoptose via l'oxydation des trx et le déclenchement de la voie ASK1. D'autre part, l'inhibition de la ribonucléotide réductase provoque un arrêt de la synthèse et de la réparation de l'ADN et donc un arrêt de la multiplication cellulaire (Hashemy, Ungerstedt et al., 2006). Figure 23 : Structure du motexafin gadolinium. II.2.4.1.6. Curcumine et flavonoïdes La Curcumine et les flavonoïdes sont des polyphénols, composés naturels issus des plantes, qui ont été identifiés comme des agents anticancéreux potentiels grâce à leur action inhibitrice de trxR. 49 Introduction La curcumine (figure 24) inhibe irréversiblement l'activité trxR in vitro (IC50 = 3,6 μM) et dans les cellules HeLa (IC50 = 15 μM) en alkylant les cystéines 496 et 497 du site actif redox en C terminal de la protéine. L'enzyme modifiée est convertie en enzyme pro-oxydante avec une activité NADPH oxydase (Fang et al., 2005). Les flavonoïdes tels que la myricétine (figure 24) et la quercétine (figure 24) ont un mode d'action similaire avec une production d'ERO et une inhibition de la trxR avec des IC 50, in vitro, équivalents à 0,62 et 0,97 μM respectivement. Ces composés ont une action cytostatique sur les cellules A549 corrélée à une inhibition de trxR et une oxydation de trx. La quercétine induit un arrêt du cycle cellulaire en phase S alors que la myricétine stoppe le cycle en phase sub-G1 (Lu et al., 2006). Figure 24 : Structure de la curcumine (1) et de la myricétine (2) et de la quercétine (3). II.2.4.2. Les inhibiteurs de thiorédoxine II.2.4.2.1. 1-methyl-propyl-2-imidazolyl disulfide Le 1-methyl-propyl-2-imidazolyl disulfide (PX-12) (figure 25) est un composé de synthèse présentant une importante activité antitumorale (Kirkpatrick et al., 1998; Baker et al., 2006). En effet, le 1-methyl-propyl-2-imidazolyl disulfide possède des capacités cytostatiques et cytotoxiques sur différentes lignées cellulaires en culture (Kunkel et al., 1997). Le PX-12 inhibe de façon dose-dépendante la croissante de xénogreffes de cellules MCF7 et de cellules HL-60 (cellules de leucémie promyélotiques) dans des souris SCID (Kirkpatrick et al., 1999). 50 Introduction Le PX-12 provoque une thioalkylation réversible des Cystéine 32 et 35 du site catalytique de trx1 et une thioalkylation irréversible de la Cystéine 73 qui est à l'extérieur du site catalytique. Ces modifications empêchent la thiorédoxine réductase 1 de reconnaître trx1 en tant que substrat. Sa réduction n'étant plus possible, cette dernière est inactivée (Kirkpatrick, Kuperus et al., 1998). Dans des lignées de cellules cancéreuses (MCF7, HT29), cette inactivation induit une diminution du niveau intracellulaire de la protéine HIF-1α et bloque la formation de VEGF (Welsh et al., 2003). Chez des patients porteurs de tumeurs solides, cette inactivation induit une diminution du taux plasmatique de trx1 et de VEGF (Baker, Dragovich et al., 2006). De plus, l'inactivation de trx1 par le PX-12 interrompt l'interaction entre trx-1 et ASK1 entraînant l'activation de la voie apoptique via l'activation de JNK (Lee et al., 2002). Après avoir été testé en phase I d'essais clinique (Ramanathan et al., 2007), le -12 a récemment été évalué en phase II pour le traitement du cancer du pancréas mais il s'est révélé inefficace en tant que monothérapie dans les conditions testées (Ramanathan et al., 2010). Figure 25 : Structure du PX-12. II.2.4.2.2. 4-(benzothiazol-2-yl)-4-hydroxycyclohexa-2,5dienone (AW464) Le « AW464 » également appelé « PMX464 » est une quinone substituée par un benzothiazol (figure 26). Une analyse du « National Cancer Institute » montre que sur un panel de 60 lignées cellulaires, le AW464 est particulièrement actif sur les cellules de cancer du colon, de cancer rénal ou de cancer du sein (MCF7, MDA-MB231, MDA-N). Sur plus de 10000 gènes testés dans les cellules HCT116 (cellules d'adénocarcinome colloïde) traitées par 1 mM de AW464 pendant 24 h, seul le gène codant pour trxR est surexprimé de plus de 3 fois. Le AW464 est capable de se lier aux cystéines 32 et 35 du site actif de trx et cette liaison engendre une inhibition de l'activité de trx (Bradshaw et al., 2005). Le AW464 possède des effets antiprolifératifs et antiangiogéniques sur des cellules de cancer colorectal (HT29, SW480, SW620) et sur des cellules endothéliales normales. Ces effets sont favorisés en 51 Introduction conditions d'hypoxie. Par contre, cet inhibiteur de trx n'a pas d'effet sur des fibroblastes (Mukherjee et al., 2005). Le AW464 diminue l'activité transcriptionelle de HIF-1α, la liaison à l'ADN et l'expression de VEGF bien que le taux de HIF-1α intracellulaire augmente, probablement par inhibition de sa dégradation (Jones et al., 2006). Figure 26 : Structure du AW464. II.2.4.3. Polluants environnementaux : Acroléine et Chrome hexavalent, deux inhibiteurs de thiorédoxine et de thiorédoxine réductase L'acroléine (figure 27), encore appelée 2-propenal est un aldéhyde aliphatique insaturé, extrêmement réactif et toxique par inhalation et ingestion. C'est un irritant majeur présent dans la fumée de cigarette. L'acroléine trouve son origine dans les phénomènes de combustion (combustion du bois, combustion interne des moteurs, combustion des acides gras). Dans les cellules, c'est un produit endogène de la peroxydation lipidique et un métabolite des polyamines, en particulier de l'allylamine (Wang et al., 2011). De plus, l'acroléine est un métabolite secondaire des cyclophosphamides fréquemment utilisé en chimiothérapie anticancéreuse dans le traitement du cancer du sein (Ludeman, 1999). L'acroléine est hautement toxique pour de nombreux types cellulaires incluant les cellules épithéliales bronchiques humaines, les fibroblastes, les cellules musculaires lisses des vaisseaux et les cellules endothéliales. L'acroléine est électrophile, et réagit donc rapidement avec les groupements nucléophiles, en particulier les thiols intracellulaires comme ceux des thiorédoxines réductases. Dans des cellules humaines d'épithélium bronchique (BEAS-2B), l'activité trxR est inhibée de façon irréversible à plus de 85% lorsque les cellules sont traitées par 5 μM d'acroléine pendant 30 min. Cette inhibition de trxR est concomitante avec une oxydation des thiorédoxines 1 et 2 (Myers and Myers, 2009). Figure 27 : Structure de l'Acroléine. 52 Introduction Le chrome hexavalent ou chrome VI (6e état d'oxydation du chrome) est produit et utilisé dans l'industrie de l'acier et du textile. C'est un composé particulièrement toxique par inhalation et qui peut provoquer d'importantes réactions allergiques par contact avec la peau. Le chrome VI entre facilement dans les cellules où il est réduit en espèces réactives du chrome qui contribueront à la production d'ERO. De par son état d'oxydation, il est susceptible d'influencer le statut redox et la balance des thiols intracellulaires. Ainsi, un traitement de cellules épithéliales bronchiales humaines par le chrome VI induit une oxydation dépendante de la dose et du temps des trx1 et trx2 qui est reversée suite à l'ajout d'agent réducteur comme le TCEP (Myers et al., 2008). Cette oxydation est consécutive à une inhibition de l'activité trxR qui n'est pas restituée après retour des cellules dans du milieu complet ou après ajout de NADPH. De plus, l'inhibition de la trxR par le chrome hexavalent n'induit pas la synthèse de novo de trxR (Myers and Myers, 2009). III. ERO, SYSTEME TRX/TRXR ET PHOSPHATASES CDC25 DANS LE CANCER III.1. Statut redox des cellules cancéreuses Comparés aux cellules normales, de nombreux types de cellules cancéreuses semblent fonctionner avec un haut niveau d'ERO intracellulaires aussi bien en culture que in vivo (Pelicano et al., 2004; Schumacker, 2006; Trachootham et al., 2009; Wondrak, 2009). Par exemple, le taux d'ERO intracellulaire est plus élevé dans des cellules de leucémies que dans des lymphocytes normaux (Zhou et al., 2003). C'est également le cas pour différents types de tumeurs solides (cancer du sein, du poumon, de la prostate, des reins), issus de prélèvements cliniques ou issus de cultures cellulaires, pour lesquelles des études ont montré une augmentation des ERO pouvant être accompagnée par une augmentation des produits issus des dommages oxydants tels que des bases oxydées de l'ADN comme la 8OHdG (8hydroxy-désoxyguanosine) ou des produits de peroxydation lipidique (Toyokuni et al., 1995; Ray et al., 2000; Hileman et al., 2004; Tas et al., 2005; Patel et al., 2007; Tsao et al., 2007; Kumar et al., 2008). Bien que les voies conduisant à une élévation du taux d'ERO dans les cellules cancéreuses ne soient pas encore totalement élucidées, de nombreux mécanismes susceptibles de causer un stress oxydant lors du développement et de la progression d'un cancer sont incriminés. L'activation d'oncogènes, une dérégulation métabolique, un dysfonctionnement mitochondrial, une diminution de l'expression de certaines enzymes antioxydantes ou une perte de fonction de la protéine p53 sont des facteurs connus pour engendrer une importante production d'ERO dans les cellules cancéreuses (Pelicano, Carney 53 Introduction et al., 2004 Tas, Hansel et al., 2005; Liu et al. , 2008 ; Olov nikov et al. , 2009 ; Trac hootham, Alexandre et al., 2009). Aux stades les plus avancés de la transformation maligne, stress oxydant et mutagénèse se succèdent dans un cercle vicieux selon lequel les ERO induisent des mutations dans l'ADN nucléaire et mitochondrial, provoquant des dysfonctionnements métaboliques associés à une augmentation de la production d'ERO (figure 28) (Pelicano, Carney et al., 2004; Trachootham, Alexandre et al., 2009; Ralph et al., 2010). Figure 28 : Cercle vicieux de la production d'ERO dans les cellules cancéreuses (Trachootham, Alexandre et al., 2009). L'installation d'un déséquilibre redox est susceptible d'induire différentes réponses biologiques dépendantes de l'intensité du stress et des capacités d'adaptation des cellules concernées. L'effet induit (prolifération, arrêt de la croissance cellulaire, sénescence, apoptose, nécrose) dépendra des voies de signalisation activées. Il semblerait que les cellules cancéreuses aient acquis des mécanismes d'adaptation au stress oxydant afin de contrecarrer les effets toxiques des ERO et de promouvoir les voies de survie cellulaire. En effet, sous la pression sélective imposée par leur statut redox élevé, une population de cellules cancéreuses pourrait s'enrichir en cellules capables de survivre en présence d'une forte quantité d'ERO. Il est ainsi concevable que durant la transformation d'une cellule normale en cellule tumorale, les oncogènes induisent à la fois un signal qui engendre la production d'ERO pour augmenter la prolifération cellulaire et un signal qui induit le développement de mécanismes adaptatifs pour minimiser les dommages oxydatifs. Bien qu'il ait été observé que la diminution de l'expression de certaines enzymes éliminatrices d'ERO comme la catalase puisse participer à l'instauration du stress oxydant dans certaines tumeurs, de nombreux auteurs considèrent au contraire que le mécanisme d'adaptation prédominant des cellules cancéreuses contre la surproduction d'ERO est la surexpression ou l'augmentation de l'activité d'une ou plusieurs enzymes antioxydantes (Pelicano, Carney et al., 2004; Valko, Rhodes et al., 2006; Trachootham, Alexandre et al., 2009). Le cas du système trx/trxR en est un exemple d'importance. III.2. Système thiorédoxine/thiorédoxine réductase et cancer Une augmentation de l'expression des trx et/ou des trxR a été mise en évidence dans des cancers solides tels que des cancers colorectaux, hépatiques, pancréatiques, pulmonaires et des cancers du sein (Berggren et al., 1996; Lincoln et al., 2003; Biaglow and Miller, 2005; Cha et al., 2009). Une surexpression des trx a également été mise en évidence dans des lymphomes ou des leucémies (Shao et al., 2001) ou dans différentes lignées cellulaires cancéreuses telles que MCF7 (adénocarcinome mammaire humain) ou HT29 (adénocarcinome humain de colon), suite à une stimulation par un apport de sérum (Berggren, Gallegos et al., 1996). L'activité élevée du système trx/trxR, engendrée par la surexpression de ses membres, est souvent associée à des phénotypes tumoraux plus agressifs (Arner, 2009). Ainsi, l'augmentation de l'expression de la trx1 dans des cellules issues de patients atteints de cancers colorectaux est corrélée à une diminution de la survie de ces patients (Raffel et al., 2003). En 2003, Lincoln et al ont montré que le système trx/trxR était surexprimé dans différents types de cellules tumorales agressives, résistantes à l'apoptose et présentant un potentiel métastasique élevé. De plus, l'utilisation d'ARN interférent pour la trxR1 conduit des carcinomes de poumon vers un phénotype similaire aux cellules normales (Yoo et al, 2006). Cette corrélation entre l'expression des trx/trxR et le phénotype plus ou moins agressif des tumeurs suggère que le système trx/trxR pourrait être impliqué dans les processus d'oncogenèse et de tumorogenèse. Dans un article décrivant les caractéristiques cancer, Hanahan et Weinberg ont souligné que la malignité d'une cellule tumorale reflète six capacités nouvelles, à savoir, une indépendance vis-à-vis des signaux de prolifération, une insensibilité aux signaux antiprolifératifs, un échappement à l'apoptose, un potentiel illimité de réplication, une stimulation de l'angiogenèse et un pouvoir d'invasion et de dissémination à distance (Hanahan and Weinberg, 2000). Selon la littérature, il semblerait que le système trx/trxR pourrait intervenir dans l'acquisition et le maintien de la plupart, voir de toutes ces aptitudes sans pour autant que son rôle et son importance dans ces différents phénomènes soit clairement défini (Farina et al., 2001; Welsh et al., 2002; Biaglow and Miller, 2005; Enoksson et al., 2005; Gan et al., 2005; Arner and Holmgren, 2006; Marks, 2006). Le rôle du système trx/trxR dans le développement tumoral semble être lié au stade d'évolution du cancer. Ainsi, avant la transformation d'une cellule normale en cellule cancéreuse, les thiorédoxines jouent davantage un rôle protecteur puisqu'elles contrecarrent le stress oxydant susceptible d'être induit par de nombreux carcinogènes. Une fois le phénotype cancéreux apparu, une expression importante des trx ou des trxR pourrait promouvoir la croissance tumorale grâce à leurs fonctions anti-apoptotiques et pro-réplicatives. Par exemple, il a était montré qu'une surexpression des thiorédoxine réductase 1 dans des tumeurs mammaires est associé à un mauvais pronostic clinique (Cadenas et al., 2010). Trx et trxR pourraient finalement intervenir dans l'installation du stade métastatique du cancer en favorisant l'angiogenèse et l'invasion tissulaire (Tonissen and Di Trapani, 2009). De plus, la surexpression des acteurs du système trx/trxR dans des cellules cancéreuses semble favoriser le développement de résistance à certains médicaments. En effet, un niveau intracellulaire élevé en trx1 est associé à une résistance au cisplatine dans des lignées cellulaires issues de cancers de la vessie, de la prostate, de l'estomac ou du colon (Yamada et al., 1996). Dans la lignée MCF7, la résistance à l'apoptose induite par le cisplatine est liée à une surexpression de la thiorédoxine 1 nucléaire qui induirait une surexpression de la protéine anti-apoptotique p53 (Chen et al., 2007). Une résistance de cette même lignée cellulaire au tamoxifène est quant à elle associée à une surexpression d'un panel de protéines antioxydantes, dont la trx, suite à l'activation au niveau de l'ADN de l'élément de réponse « ARE » (antioxydant response element) par la protéine Nrf2 (NF-E2-related factor 2) ( et al., 2008). Dans des tumeurs de sein issues de patientes, Kim et al ont montré en 2005 qu'une surexpression des trx est associée à un phénomène de résistance au traitement par le Docetaxel (Kim et al., 2005). A l'inverse, la diminution du niveau de trx1, par l'utilisation d'ARN antisens, conduit à une augmentation de la sensibilité de différentes lignées cellulaires cancéreuses non seulement au cisplatine mais aussi à d'autres agents anticancéreux comme la doxorubicine et l'étoposide (Yokomizo et al., 1995). Cependant, une seule surexpression de trx ne semble pas être suffisante pour le phénomène de résistance puisqu'une transfection de cellules cancéreuses ovariennes avec trx1 n'augmente pas la résistance de ces cellules au cisplatine, à la doxorubicine ou à la mitomycine (Yamada et al., 1997). Introduction III.3.
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L'unité du théâtre en classe de français : comment retrouver l’unité du genre théâtral au sein de l’enseignement du français ?. Education. 2022. &#x27E8;dumas-03713065&#x27E9;
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L’unité du théâtre en classe de français : comment retrouver l’unité du genre théâtral au sein de l’enseignement du français ? Claire Périot To cite this version: Claire Périot. L’unité du théâtre en classe de français : comment retrouver l’unité du genre théâtral au sein de l’enseignement du français ?. Education. 2022. �dumas-03713065� HAL Id: dumas-03713065 https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03713065 Submitted on 4 Jul 2022 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. Master MEEF « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » Mention second degré Mémoire L’unité du théâtre en classe de français Comment retrouver l’unité du genre théâtral au sein de l’enseignement du français ? Mémoire présenté en vue de l’obtention du grade de master Soutenu par CLAIRE PERIOT Le 23 mai 2022 En présence de la commission de soutenance composée de Marie Bourgeon, directrice de mémoire Mickael Deshaies, membre de la commission 1 Remerciements Je voudrais adresser mes remerciements aux personnes ayant soutenu ce travail. Merci à Madame Orianne Moretti de m’avoir accompagnée dans la rédaction de la première partie de ce mémoire. Merci à Madame Marie Bourgeon de m’avoir conseillée et accompagnée dans la rédaction de la seconde partie de ce mémoire. Merci à mon tuteur terrain Mickael Deshaies et à l’ensemble des professeurs du collège Saint-Exupéry, à Chalonnes sur Loire, qui se sont montrés disponibles pour répondre à mes interrogations. Enfin, je tiens à remercier les classes de 5eD et de 4eB du collège St Exupéry qui ont fait preuve d’intérêt et de bonne volonté devant les différents dispositifs et activités proposés. 2 Sommaire du mémoire Introduction .....................................................................................................................6 1 Définition de la notion et synthèse sur l’évolution de la relation entre l’école et le théâtre en France ...................................................................................................7 1.1 Définition du théâtre .................................................................................................................. 7 1.2 L’évolution de la relation entre l’école et le théâtre en France ........................................... 8 2 Les attendus institutionnels .................................................................................... 10 2.1 Cycle 3 ...................................................................................................................................... 10 2.2 Cycle 4 ...................................................................................................................................... 11 2.3 Lycée ......................................................................................................................................... 11 2.3.1 Classe de seconde générale et technologique ............................................................ 11 2.3.2 Classe de Première générale et technologique........................................................... 12 2.3.3 Programme de spécialité d’arts de Première et Terminale générale et technologique ............................................................................................................................. 13 2.3.4 Option Théâtre : l’exemple de la classe de seconde .................................................. 14 3 La question de l’unité du théâtre en classe de Français .................................... 15 3.1 Un problème daté .................................................................................................................... 15 3.2 Les hésitations de l’institution scolaire ................................................................................. 16 3.3 Difficultés posées par l’enseignement du théâtre ............................................................... 17 3.4 Propositions didactiques pour retrouver l’unité du théâtre en classe entière ................. 19 3.5. Bilan ......................................................................................................................................... 21 4 La méthodologie du recueil de données ............................................................... 22 4.1 Le contexte de recherche....................................................................................................... 22 4.2 Vers l’élaboration de la problématique : Comment retrouver l’unité du genre théâtral au sein de l’enseignement du français ?.......................................................................................... 24 4.3 Les hypothèses de départ ...................................................................................................... 24 4.4 Le choix du devis méthodologique ....................................................................................... 25 5. Présentation et analyse du recueil de données .................................................. 25 5.1 Comprendre le théâtre comme art total ............................................................................... 26 5.1.1 La mise en scène : objet d’étude à part entière............................................................... 26 5.1.2 Des choix voulus : la spécificité théâtrale exacerbée ..................................................... 27 5.1.2.1 Le choix de la comédie ballet.......................................................................................... 29 3 5.1.2.2 Le choix de la commedia dell’arte .................................................................................. 30 5.2 Analyser des choix de mise en scène .................................................................................. 31 5.2.1 Les choix de mise en scène ............................................................................................... 31 5.2.1.1 L’interprétation baroque ................................................................................................... 32 5.2.1.2 Le choix du théâtre dans le théâtre ................................................................................ 33 5.2.2 Expérimenter et comprendre le travail du comédien ...................................................... 34 5.2.2.1 Les prérequis des élèves ................................................................................................. 34 5.2.2.2 Le jeu comme tâche finale .............................................................................................. 35 5.2.2.2.1 Tâtonnement entre lecture expressive et mise en scène ........................................ 35 5.2.2.2.2 Des choix plus assumés.............................................................................................. 36 5.2.3 Expérimenter et comprendre le travail du metteur en scène ......................................... 37 5.3 Bilan .......................................................................................................................................... 37 6 Le va et vient permanent texte / mise en scène .................................................. 38 6.1 Un travail conjoint du texte et de la mise en scène pour mieux connaître les personnages ................................................................................................................................... 38 6.1.1 Les « hashtags » ................................................................................................................. 39 6.1.2 Les « fiches wanted »......................................................................................................... 40 6.2 Plusieurs regards sur un même personnage ...................................................................... 40 6.2.1 Analyser le personnage de M.Jourdain ............................................................................ 40 6.2.2 La comparaison du traitement d’un personnage par deux metteurs en scène ........... 41 6.2.2.2 Bilan .................................................................................................................................... 43 7 Construire une posture de lecteur spécifique ...................................................... 43 7.1 Appréhender la note d’intention ............................................................................................ 44 7.1.1 Analyser une note d’intention ............................................................................................. 44 7.1.2 Écrire une note d’intention .................................................................................................. 45 7.2 Une tâche finale qui vise à affirmer sa posture de lecteur autonome ............................. 45 7.2.1 Une réflexion personnelle sur le texte et la mise en scène ........................................... 45 7.2.2 Une mise en situation dans la peau d’Arlequin ............................................................... 46 7.3 L’étude de la mise en scène comme pur objet d’étude ..................................................... 46 7.3.1 Une étude de la mise en scène et de ses spécificités .................................................... 46 7.3.2 L’étude conjointe du texte et de la mise en scène .......................................................... 47 7.4 Bilan .......................................................................................................................................... 47 8 Mise en perspective de l’étude ................................................................................ 48 8.1 Les limites de l’expérimentation ............................................................................................ 48 8.2 Les poursuites possibles et envisagées .............................................................................. 49 4 Conclusion .................................................................................................................... 51 Bibliographie ................................................................................................................. 54 Annexes ......................................................................................................................... 57 5 Introduction « Ecrire, c’est noircir une page blanche. Mettre en scène, c’est éclairer une boîte noire. » Joël Jouanneau Durant ma scolarité, j’ai eu la chance de côtoyer le théâtre à travers les options proposées au collège et au lycée. J’ai ensuite donné des cours particuliers de français et j’ai pu me rendre compte du fait que le théâtre était d’une grande aide aux jeunes en difficulté. Il permet en effet une approche pédagogique différente et travaille de nombreuses compétences. En début d’année, j’avais donc songé à choisir le thème des rituels en début de classe du point de vue du théâtre. C’est-à-dire que je souhaitais effectuer une étude sur les bienfaits de la pratique théâtrale au commencement de la classe, que ce soit pour les élèves dans leur individualité ou pour la classe dans sa globalité. Cependant, ce sujet était trop restreint. J’ai donc poursuivi mes lectures et je me suis rendu compte que le théâtre était souvent enseigné « partiellement » en classe de français : la plupart du temps, on ne retrouve pas la trilogie texte-jeu-mise en scène dans les programmes. Le genre théâtral semble donc abriter deux éléments artistiques distincts : l’écriture de la pièce de théâtre et sa mise en scène, en jeu. C’est aussi la distinction effectuée par les programmes, en particulier au sein des Cycles 3 et 4. Cependant, le théâtre est avant tout la somme de ces éléments. C’est ce que constate Daniel Mesguich (2010) puisqu’il dit : […] qu’à la différence des autres écritures, l’écriture dramatique, lettre en souffrance, glacée dans l’encre et sur la page, n’est pas finie ; que ces textes sont incomplets, qu’il leur manque, littéralement, leur destin : le théâtre. » L’écriture dramatique resterait donc incomplète jusqu’à ce qu’elle soit mise en scène. Elle porte « en creux un appel à la scène, aux corps, aux voix, à l’espace, au temps […] » (Bernanoce, 2013). Il faut donc « prendre en compte [cette] hétérogénéité fondatrice : le théâtre c’est à la fois une pratique d’écriture, et une pratique de représentation (interprétation, mise en scène) […] (Roubine, 1990). Ensuite, selon le TLFI (1975), le théâtre est un : Art dont le but est de produire des représentations (régies par certaines conventions) devant un public, de donner à voir, à entendre une suite d'événements, d'actions, par le biais d'acteurs qui se déplacent sur la scène et qui utilisent ou peuvent utiliser le discours, l'expression corporelle, la musique. On peut donc qualifier le théâtre d’Art total puisqu’on peut y croiser toute sorte de domaine artistique. Il est d’ailleurs appelé « spectacle vivant » puisque la représentation se joue devant nos yeux et n’est jamais la même d’une fois sur l’autre contrairement au cinéma, que l’on pourrait qualifier d’art « figé ». Ainsi, conformément 7 aux propos de Ionesco : « Tout est langage au théâtre, les mots, les gestes, les objets. Il n’y a pas que la parole. » Le théâtre envoie donc à son lecteur et à son spectateur une « polyphonie informationnelle », selon les propos de Barthes (1954). Ce dernier définit le théâtre comme étant : Une espèce de machine cybernétique (une machine à émettre des messages, à communiquer). Au repos, cette machine est cachée derrière un rideau. Mais dès qu'on la découvre, elle se met à envoyer à votre adresse un certain nombre de messages. Ces messages ont ceci de particulier, qu'ils sont simultanés et cependant de rythme différent ; en tel point du spectacle, vous recevez en même temps six ou sept informations (venues du décor, du costume, de l'éclairage, de la place des acteurs, de leurs gestes, de leur mimique, de leur parole), mais certaines de ces informations tiennent (c'est le cas du décor) pendant que d'autres tournent (la parole, les gestes) ; on a donc affaire à une véritable polyphonie informationnelle, et c'est cela la théâtralité : une épaisseur de signes. Le théâtre est donc un Art complexe et hétérogène qui fait appel à plusieurs systèmes de signes. Il pourrait être défini comme une unité constituée de trois systèmes complexes que sont l’écriture, la scène et le jeu. 1.2 L’évolution de la relation entre l’école et le théâtre en France Béatrice Ferrier retrace l’évolution de l’enseignement du théâtre dans son article « Le théâtre entre jeu et texte : une longue tradition scolaire jusqu’au XXIème siècle » (2013). Le théâtre est très vite perçu comme un outil d’apprentissage en France. C’est d’abord un théâtre religieux qui a pour but d’offrir une meilleure connaissance des textes Bibliques. Il est mené par les moines qui le mettent en place en premier lieu pour l’apprentissage éducatif des écoliers. Ensuite, il s’éloigne quelques peu de la liturgie et emprunte d’avantage aux « réalités quotidiennes » (Ferrier, 2013). Au seizième siècle, ce sont les tragédies et les comédies latines qui sont représentées dans les collèges. Le théâtre est renouvelé en Théâtre scolaire. Il a une véritable « ambition pédagogique » (Ferrier, 2013) puisqu’il permet aux élèves « d’exercer [leur] mémoire, de maîtriser [leur] corps et [leur] voix, d’apprendre la langue 8 latine » (Ferrier, 2013). Une attention est portée aux textes littéraires mais la finalité de l’exercice est la représentation. Les Jésuites poursuivent ensuite cette tradition du théâtre scolaire. Le répertoire théâtral est alors principalement composé de tragédies latines mais peu à peu, on voit apparaître des pièces traduites et représentées en français. A l’époque, l’exercice théâtral a davantage une visée morale que littéraire. Le théâtre prépare uniquement les élèves « à paraître sur la scène du monde » (Ferrier, 2013). Ils apprennent les codes de l’éloquence et de la vie en société. Au XVIIIème siècle naît le Théâtre d’éducation. Il consiste à jouer des textes proches de la réalité des élèves pour leur apprendre les bonnes manières et les règles du monde. La portée religieuse est donc exclue de ce théâtre qui met en place un jeu entre réalité et fiction. C’est ce qui le différencie du Théâtre scolaire. Le Théâtre d’éducation se rapproche des principes d’éducation active de Rousseau où l’enfant expérimente la leçon que l’on veut lui apprendre. Au XIXème siècle, l’enseignement est placé sous le monopole de l’Etat. Les programmes sont institutionnalisés et la littérature n’y occupe pas une place prédominante. Les représentations sont interdites dans les écoles publiques et le théâtre devient un simple support d’apprentissage de la rhétorique. L’Ecole du XIXème siècle rompt donc le lien entre texte et représentation. Elle le rejette au profit des savoirs disciplinaires. Le Théâtre d’éducation ne se meurt cependant pas au XIXème siècle car il subsiste dans le cadre privé. Au début du XXème siècle, selon Philippe Meirieu (2002), le théâtre devient « un moyen pédagogique de construction de la personne dans une collectivité, de retour sur soi et d’ouverture aux autres, de développement individuel et solidaire ». En 1938, les instructions autorisent les représentations et admettent les bénéfices du théâtre en classe. Ils recommandent tout de même de choisir les textes en fonction de leur valeur littéraire. Cependant, selon Ryngaert (2005), « le texte comme support dramatique ne présente pas les mêmes intérêts éducatifs, notamment en matière d’expérience du jeu et de souplesse des apprentissages […] ». Pour pallier cela, Freinet prône un théâtre libre qui donnerait aux élèves « l’initiative réelle de leur jeu » et « une totale liberté » (1948). Le spectacle peut alors être perçu comme une entrée possible dans le texte, et non comme la finalité de ce dernier. Dans les années soixante-dix, le spectacle se libère du texte pour s’appuyer sur l’improvisation. Le spectacle devient alors invitation au jeu. 9 L’article de Béatrice Ferrier montre que les courants scolaires ne sont jamais parvenus à un équilibre parfait entre texte et représentation dans le cadre de l’enseignement du théâtre. 2 Les attendus institutionnels On retrouve le théâtre au sein des programmes, dans le cadre de l’enseignement du français. Cependant, on observe que ce dernier semble uniquement perçu comme un genre littéraire ou comme un moyen d’améliorer les compétences orales des élèves. L’Art total que nous avons défini précédemment n’est perceptible qu’à partir des classes du lycée. 2.1 Cycle 3 Le but du cycle 3 est de consolider l’apprentissage de la lecture et de l’écriture pour que les élèves puissent les mettre au service d’autres apprentissages et ainsi aborder sereinement le cycle 4. (Eduscol, 2020, p.3) Le théâtre se manifeste à plusieurs reprises dans le cadre de l’enseignement au cycle 3. Les programmes préconisent son emploi pour travailler l’oral : « utiliser les techniques de mises en voix des textes littéraires (poésie, théâtre en particulier) » (Eduscol, 2020, p.13). On remarque donc que le théâtre est d’avantage perçu comme un outil d’apprentissage de la lecture à voix haute, au même titre que la poésie. Ces genres littéraires seraient donc utiles pour travailler la mise en voix. On retrouve ensuite le théâtre dans le cadre de l’apprentissage de la lecture et de la compréhension de l’écrit. L’élève doit « être capable d’identifier les principaux genres littéraires et de repérer leurs caractéristiques majeures » (Eduscol, 2020, p.16). Enfin, le théâtre est mentionné dans le cadre de l’acquisition d’une culture littéraire et artistique. Les élèves côtoieront des pièces de théâtre tout au long de l’année en œuvre intégrale étudiée en classe, en extraits, ou en lectures cursives. Au cycle 3, le théâtre n’est abordé que partiellement par les programmes : seul le genre littéraire et la mise en voix des textes sont mentionnés. La mise en scène de la pièce de théâtre n’est donc pas étudiée. Le jeu peut être relié à la mise en voix des 10 textes mais il n’est pas mentionné spécifiquement. On ne retrouve donc pas l’unité du théâtre dans les programmes du Cycle 3. 2.2 Cycle 4 Le cycle 4 est le cycle des approfondissements. L’enseignant doit approfondir avec les élèves les connaissances acquises au cycle 3. Il s’agit d’une étape supplémentaire à la construction d’une pensée autonome pour l’élève. (Eduscol, 2020, p.3) Comme au cycle 3, on retrouve le théâtre dans le cadre de l’enseignement de l’oral et de la compréhension de l’écrit et de l’image. En ce qui concerne l’oral, les attendus de fin de cycle sont de « s’engager dans un jeu théâtral », « interpréter une scène de théâtre ». Le jeu théâtral est donc présent dans les programmes du cycle 4. (Eduscol, 2020, p.15) Dans le cadre de la « lecture et compréhension de l’écrit et de l’image », il est attendu des élèves qu’ils lisent des œuvres littéraires et qu’ils fréquentent des œuvres d’art. Ils doivent aussi écouter des textes littéraires lus et racontés. Le théâtre est cité au sein de ces attendus. (Eduscol, 2020, p.17) On remarque que, de nouveau, la notion de mise en scène est absente des programmes. Il est dommage que l’on préconise aux élèves d’écouter des textes lus ou racontés et non de fréquenter les différentes mises en scènes. De plus, les textes le plus souvent étudiés sont issus de pièces du dix-septième siècle, ce qui limite grandement la perspective culturelle des élèves. 2.3 Lycée Les programmes du lycée visent à consolider les acquis du collège et à préparer les élèves aux épreuves du baccalauréat. Ils assurent la transmission de contenus disciplinaires solides et contribuent à la formation intellectuelle des élèves. 2.3.1 Classe de seconde générale et technologique 11 La classe de seconde donne aux élèves une approche raisonnée des formes et des genres littéraires ainsi qu’une connaissance générale des grandes périodes de l’histoire littéraire. (Eduscol, 2019, p.2) Le programme de seconde est divisé en quatre objets d’études semblables à ceux de la première (Eduscol, 2019, p.9) : - « La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle » - « La littérature d’idée du XVIe siècle au XVIIIe siècle » - « Le roman et le récit du Moyen Age au XXIe siècle » - « Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle » Les enseignants peuvent choisir des œuvres différentes de celles arrêtées par le programme national pour les élèves de première. Le but de la classe de seconde est de poursuivre, préciser, enrichir, approfondir l’analyse et l’interprétation des œuvres en les inscrivant dans le contexte de leur création et de leur réception. (Eduscol, 2019, p.9) En seconde, les programmes insistent sur le fait que l’étude du théâtre « suppose que soient prises en compte les questions de représentation et de mise en scène » puisque « le théâtre est un art du spectacle » (Eduscol, 2019, p.13). Les programmes invitent donc à l’étude de la mise en scène et à côtoyer les lieux de représentation et les captations théâtrales. On observe donc une amélioration de l’enseignement du théâtre dans son unité en classe de seconde. Cependant, on remarque que les captations sont souvent étudiées dans le prolongement de l’étude textuelle de la pièce de théâtre et non comme pure objet d’analyse. 2.3.2 Classe de Première générale et technologique La classe de première se situe dans la continuité de la classe de seconde. L’enseignement du français vise à « élargir et approfondir chez les élèves la connaissance et le goût de la langue et de la littérature, poursuivre la construction et l’appropriation personnelle d’une culture littéraire, l’acquisition des capacités d’expression, d’analyse, d’interprétation et de réflexion évaluées en fin d’année par les épreuves anticipées du bac de français ». (Eduscol, 2020, p.8) L’enseignement du théâtre se trouve dans la continuité de la classe de seconde. L’objet d’étude est le même (« Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle ») mais les 12 enseignants ont un programme national d’œuvres imposées. Celui-ci comprend trois œuvres pour chaque objet d’étude, accompagnées d’un parcours. En ce qui concerne le théâtre, les trois œuvres sont les suivantes : Molière, Le Malade imaginaire ; Marivaux, Les fausses confidences ; Jean-Luc-Lagarce, Juste la fin du monde. On note la présence d’une œuvre contemporaine, d’une œuvre du dix-septième et d’une autre du dix-huitième siècle. Les programmes proposent aux enseignants quelques exercices pour étudier les pièces tels que le jeu théâtral ou des écrits d’appropriation (écrire une note de mise en scène). On observe donc l’insertion des multiples pôles que constitue le théâtre au sein des programmes du lycée. (Eduscol, 2020, p.13) De nouveau, les programmes incitent les enseignants à introduire des captations dans leur séquences et à emmener les élèves au théâtre. Cependant, les programmes choisissent majoritairement des œuvres du dix-septième siècle. Cela est dommage puisque c’est cette période que les élèves ont majoritairement étudiée au collège. Ceci interroge sur le choix des œuvres puisque l’on remarque l’absence d’un répertoire contemporain. On remarque donc qu’au lycée, les programmes rendent quelque peu son unité au théâtre puisqu’ils introduisent l’étude de la mise en scène, des lieux de représentations théâtrales et des « figures majeures de la vie théâtrale » (Eduscol, 2019, p.13). Cependant, la mise en scène est souvent perçue comme une illustration de la pièce de théâtre écrite et non comme un pur objet d’analyse. 2.3.3 Programme de spécialité d’arts de Première et Terminale générale et technologique Les nouveaux programmes apportent avec eux un vent de changement puisqu’ils permettent aux élèves de choisir trois enseignements de spécialité en Première et d’ensuite en garder deux en Terminale. L’un de ces enseignements est la spécialité arts. Les élèves peuvent y choisir d’étudier les Arts du cirque, les Arts plastiques, le Cinéma-audiovisuel, la Danse, l’Histoire des Arts, la Musique ou le Théâtre. La spécialité théâtre se rapproche de l’option théâtre. Les programmes préconisent d’effectuer un « va-et-vient » (BO, 2019, p.56) entre l’approche artistique et théorique, ce qui rejoint les propos de Marie Bernanoce (2013) pour retrouver l’unité du théâtre 13 en classe. Les élèves pourront donc s’essayer à la pratique du jeu et de la scène, à la pratique du spectateur et acquérir une culture théâtrale solide. (BO, 2019, p.56) 2.3.4 Option Théâtre : l’exemple de la classe de seconde L’option théâtre est un enseignement facultatif qui permet aux élèves d’approfondir cette matière. Elle leur permet d’avoir une vision plus globale du théâtre que celle offerte au sein de la classe entière. Selon les programmes, c’est par l’expérience sensible que l’élève acquiert une culture théâtrale. L’option insiste donc sur l’aspect « vivant et collectif » du théâtre et « donne au jeu et aux diverses activités qui l’accompagnent (scénographie, mise en scène, décors, costumes) une place centrale et première ». (BO, 2019, p.42) Au sein de cette option, l’élève sollicitera régulièrement sa pratique de spectateur puisque l’enseignant doit programmer six spectacles au minimum par an. Ce dernier sera d’ailleurs accompagné d’un artiste professionnel tout au long de l’année (BO, 2019, p.42,43). Comme au sein de la spécialité théâtre, l’enseignement délivré sera axé sur un « va-et-vient » entre pratique théâtrale, pratique de spectateur et acquisition de savoirs théoriques. Enfin, les programmes nous apportent une définition intéressante de l’analyse d’un spectacle au sein de l’option théâtre : « analyser un spectacle, c’est à la fois faire un exercice collectif de mémoire et apprendre à repérer, à décrire concrètement, à comprendre le fonctionnement des éléments qui le constituent : jeu, scénographie, lumière, musique, objet… C’est interroger la cohérence dramaturgique et esthétique qui les lie, réfléchir à la place variable du texte, au rôle de l’auteur, du metteur en scène dans le processus de création. » (BO, 2019, p.44). On peut se demander pourquoi cette définition de l’analyse du spectacle théâtral n’apparaît qu’au sein de l’option théâtre. Les programmes semblent différencier l’analyse d’un spectacle théâtral et l’analyse d’une pièce de théâtre. Cependant, la pièce de théâtre est constitutive du spectacle et inversement. Ces deux éléments étant intrinsèquement liés, on peut s’interroger sur le manque de lien effectué entre pièce de théâtre et spectacle théâtral au sein de la classe entière. Il est regrettable que l’étude du théâtre soit aussi exhaustive en option et qu’elle soit partielle en classe entière. 14 Les programmes de la spécialité et de l’option théâtre mettent donc en lumière le paradoxe lié à l’enseignement du théâtre. On observe que son enseignement est bien différent entre la classe entière de français et les différentes options ou spécialités. Au sein de la classe entière, l’enseignement du théâtre semble axé sur la pièce de théâtre et sur ses « dérivés ». C’est-à-dire le spectacle, la mise en scène. Cependant, au sein des options, ce sont les « dérivés » du théâtre qui ont la place centrale. On peut donc interroger la vision du théâtre donnée par les programmes puisqu’ils n’offrent qu’une vision biaisée de ce dernier. Ainsi, pour retrouver l’unité du théâtre au sein de la classe entière, on pourrait imaginer une réconciliation de ces deux visions. La mise en scène ou le spectacle ne sont pas « dérivés » de la pièce de théâtre. Ils sont par nature liés à elle et ne peuvent être classés de façon hiérarchique. 3 La question de l’unité du théâtre en classe de Français Le manque d’unité du théâtre en classe de Français pose question. Ce domaine artistique semble souvent étudié soit pour sa qualité littéraire, soit pour sa qualité spectaculaire et artistique. L’enseignement du théâtre dans sa globalité semble rare. 3.1 Un problème daté Comme nous l’avons vu précédemment grâce à l’article de Béatrice Ferrier, ce manque d’unité semble inhérent à l’enseignement du théâtre. Au sein de l’éducation, la mise en scène et le jeu semblent être perçus comme outils d’apprentissage des codes de la société (Ferrier, 2013) mais ils ne sont jamais étudiés comme purs objets d’analyse. Le théâtre est alors utilisé au sein de l’enseignement du français soit pour sa qualité littéraire, soit pour la possibilité de représentation qu’il offre. Il n’est pas étudié de façon simultanée. Ce manque de simultanéité peut s’expliquer ainsi : « […] les théories du théâtre, en France, du XVIIe siècle jusqu’aux années 1880, ce sont, pour l’essentiel, des poétiques. Leur objet principal, c’est l’écriture de la pièce. Les textes relatifs à la représentation se limitent à la technologie du théâtre. Ils se bornent à expliquer comment, par exemple, réaliser des évènements spectaculaires […] » (Roubine, 1990). On comprend donc que seul le texte théâtral est considéré comme ayant une valeur théorique et littéraire jusqu’en 1880. La notion de mise en scène a toujours existé mais elle n’est théorisée qu’à partir de 1880 et le terme n’apparaît pas avant 1830. Ce n’est donc qu’à partir de 1880, « […] grâce notamment à Antoine, en France, 15 que la mise en scène revendique d’être un art global d’interprétation du texte dramatique, le metteur en scène assumant la responsabilité de cette interprétation » (Roubine, 1990). L’évolution de l’enseignement du théâtre en France semble être intrinsèquement liée à l’évolution de la reconnaissance de la mise en scène. Cependant, malgré le fait qu’elle soit théorisée, son étude se fait toujours rare au sein d’une classe entière de français. 3.2 Les hésitations de l’institution scolaire Christine Mongenot et Isabelle de Perreti rappellent au sein de leur article « Pour l’enseignement du théâtre » (2013), que « les hésitations de l’institution scolaire elle-même se lisent […] » (Mongenot et de Perreti, 2013) tout au long de l’histoire de l’enseignement du théâtre. Comme nous l’avons vu à travers l’article de Béatrice Ferrier (2013), la question du texte et de la représentation a été traitée de différentes façon au cours de l’Histoire. Tantôt l’enseignement du théâtre était « texto-centré » (Bernanoce, 2013), tantôt il était axé sur le jeu et la représentation. Christine Mongenot et Isabelle de Perreti avancent donc qu’il y a « […] à déconstruire pour faire évoluer ». (2013) Pour remédier à l’enseignement partiel du théâtre en classe de français, Joannie Dubois et Ophélie Tremblay mettent en valeur les bénéfices de l’enseignement par le théâtre à travers leur article « L’enseignement par le théâtre en classe de français au Québec : état des lieux et pistes didactiques » (2015). Les autrices rappellent que la pratique théâtrale permet à l’élève de développer une multitude de compétences comme « exercer son jugement critique, mettre en œuvre sa pensée créatrice, communiquer de façon appropriée… » (Dubois et Tremblay, 2015). Elles ajoutent que cela a un impact positif sur les apprentissages réalisés dans le cadre des différentes matières puisqu’il permet aux élèves de progresser à l’oral, d’exercer leur mémoire et de décupler leur motivation. Cependant, Joannie Dubois et Ophélie Tremblay relèvent le manque de pistes didactiques concrètes proposées par les institutions. La didactique du théâtre n’est en effet que peu enseignée et elle ne constitue pas un domaine de recherche très développé. Christine Mongenot et Isabelle de Perreti rejoignent les autrices puisque selon elles, même « [s’]il y a un progrès notoire dans les manuels scolaires depuis ces dernières années […] les modalités proposées sont parfois floues ou contradictoires 16 par rapport aux objets visés » (Mongenot et de Perreti, 2013). Comme nous l’avons vu précédemment, les institutions peinent à trouver l’équilibre entre un programme « texto-centré » ou centré sur la seule mise en spectacle. Les attendus de fin de cycle 4 sont par exemple de « s’engager dans un jeu théâtral » (Eduscol, 2020), « d’interpréter une scène de théâtre » (Eduscol, 2020). On comprend que ces attendus concernent d’avantage l’apprentissage de l’oral que le jeu en lui-même. La liberté laissée aux enseignants leur permet cependant de recourir à leur imagination pour introduire le jeu en classe mais ce dernier est souvent considéré comme l’aboutissement de l’exercice. Christine Mongenot et Isabelle de Perreti remettent en question cette « posture canonique de couronnement final de la mise en jeu du texte » (Mongenot et de Perreti, 2013). Elles incitent les enseignants à en faire le « cœur de leur processus de formation » (2013). Marie Bernanoce rejoint leur point de vue car, pour elle, cette façon d’enseigner le théâtre « relègue au second plan dans le cadre global des cours une lecture du théâtre intégrant les relations complexes entre le texte et le spectacle. » (Bernanoce, 2013). On ne réussit donc pas, dans le cadre scolaire, « à adjoindre [au théâtre] une autre perspective plus complexe de nature didactique et visant à tisser une saine relation au savoir théâtral, entre théorie et pratique » (Bernanoce, 2013). En ce qui concerne le lycée, on remarque que les programmes demandent « une étude du théâtre [qui] doit prendre en compte la question de la représentation et de la mise en scène » (programme de seconde). Les institutions tentent donc de rétablir l’équilibre entre le texte et le spectacle mais, comme nous l’avons vu précédemment, les tentatives sont souvent entravées par le manque de propositions didactiques clairs. L’institution scolaire semble donc être en perpétuelle hésitation entre un enseignement du théâtre « texto-centré » et un enseignement du théâtre qui délaisserait le texte au profit du jeu. 3.3 Difficultés posées par l’enseignement du théâtre Joannie Dubois et Ophélie Tremblay ont mis en valeur dans leur article les bienfaits de la pratique théâtrale au sein de la classe de français. Les autrices ne basent donc pas leur réflexion sur l’enseignement du théâtre dans son unité. Cette observation met en valeur une tendance relevée par Marie Bernanoce dans son article « Le répertoire théâtral dans son contexte scolaire, à l’épreuve des genres et des 17 esthétiques » (Bernanoce, 2013). Selon elle, « la pratique théâtrale est principalement entrée à l’école à la fois par la marge et du côté du jeu (improvisations et jeux dramatiques), en reléguant au second plan, dans le cadre global des cours y compris en lycée, une lecture du théâtre intégrant les relations complexes entre texte et spectacle. » (Bernanoce, 2013). Marie Bernanoce indique qu’en privilégiant une approche du théâtre centrée sur ses vertus « en matière d’épanouissement personnel et collectif », « une autre perspective […] de nature didactique et visant à tisser une saine relation au savoir théâtral, entre théorie et pratique […] » (Bernanoce, 2013) a été délaissée. Ainsi, nous en revenons toujours à l’éternel problème de trouver un juste milieu entre l’enseignement du théâtre par le texte ou par la représentation : « soit on prend le point de vue du texte, c’est le « texto-centrisme », et l’on se méfie des effets possibles de la mise en scène, que l’on tend à ignorer ; soit on prend le point de vue du spectacle, sans entrer la plupart du temps dans la nuance entre dramaturgie et mise en scène, et l’on rejette les désirs du texte et de l’auteur, et même leur nécessité. » (Bernanoce, 2013). Ensuite, Joannie Dubois et Ophélie Tremblay (2015) suggèrent quelques pistes didactiques dans leur article pour enseigner le théâtre par la pratique. Cependant, la plupart sont axées sur le jeu et non sur la réconciliation jeu, texte et mise en scène. De plus, elles proposent par exemple de faire appel à un intervenant extérieur et d’effectuer des exercices de pratique théâtrale et d’oralisation. (2015) Ces exercices peuvent soulever quelques difficultés dans le cadre de la classe entière d’un point de vue logistique car il faut avoir à disposition une salle suffisamment grande. L’établissement doit aussi avoir les moyens suffisants pour rémunérer l’intervenant. Ces exercices constituent donc une solution partielle puisqu’elle n’est pas applicable dans tous les établissements. Ces articles permettent donc de mesurer les nombreuses difficultés que soulève l’enseignement du théâtre dans son unité en classe entière. En effet, il est difficile de trouver un juste milieu entre un enseignement centré sur le texte ou un enseignement par la pratique théâtrale qui permettrait d’ouvrir les élèves à la question de la représentation. L’article de Joannie Dubois et d’Ophélie Tremblay (2015) permet de comprendre que l’enseignement par le théâtre n’est pas forcément la solution pour l’enseignement du théâtre dans son unité. Il s’agit plutôt de réfléchir à des pistes 18 didactiques permettant d’établir de constants « va-et-vient » (Eduscol, 2019) entre le texte, le jeu et la mise en scène. 3.4 Propositions didactiques pour retrouver l’unité du théâtre en classe entière Pour tenter de réintroduire l’unité du théâtre en classe, Marie Bernanoce (2013), Christine Mongenot et Isabelle de Perreti (2013) pensent tout d’abord qu’il est important « d’introduire dans les classes un répertoire moderne » (Mongenot et de Perreti, 2013). En effet, Marie Bernanoce explique dans son article (2013) que dans les années 90, l’enseignement du théâtre au collège ne se résumait pratiquement qu’à Molière. Elle invite donc à élargir les études aux ouvrages contemporains. Les autrices notent des avancées dans le répertoire de primaire et de lycée mais seulement récemment dans celui du collège. On note en effet l’émergence du théâtre jeunesse en primaire et de l’objet d’étude « Le théâtre : texte et représentation » qui se développe au lycée mais le collège est longtemps laissé en marge. Ce n’est que depuis 2012 que la Direction générale des enseignements scolaires propose une liste de lectures pour les collégiens. Cette ouverture semble indispensable à Marie Bernanoce qui considère la théâtralité contemporaine comme « foisonnante » et empreinte d’un « humour multicolore » (Bernanoce, 2013). Elle explique que l’enjeu de l’ouverture du répertoire théâtral scolaire est d’initier les élèves à une « lecture active » des textes (Bernanoce, 2013). De plus, introduire des textes contemporains permettrait « une réelle didactisation de la notion de dramaturgie, au-delà du clivage entre littérature et pratique scéniques » (Bernanoce, 2013). Marie Bernanoce s’intéresse particulièrement au terme « dramaturgie » dans cet article. Il s’agit de « l’art de composer une œuvre théâtrale […], de penser et nourrir le passage à la mise en scène » (Bernanoce, 2013) ceci crée donc un « troisième espace de création » (Bernanoce, 2013) : texte-dramaturgie-mise en scène. La dramaturgie semble donc être le lien entre le texte et la mise en scène. Il s’agirait donc de laisser une place à la dramaturgie au sein des programmes scolaires puisque ces derniers « posent souvent côte à côte le jeu, la lecture des textes et la réception de spectacles sans donner réellement vie, corps et pensée à l’espace dramaturgique qui les entrelace et les oppose à la fois. […] » (Bernanoce, 2013). Marie Bernanoce nous montre donc que l’analyse du théâtre dans sa globalité est une activité complexe qui exige des allers-retours entre chaque 19 pôle constitutif du théâtre. Elle préconise de faire appel à la notion de dramaturgie pour analyser le théâtre dans son unité en classe de français. Christine Mongenot et Isabelle de Perreti la rejoignent puisqu’elles conseillent d’effectuer « des allers-retours entre les activités de lecture, de jeu, et la confrontation des expériences de mise en jeu pour revenir au texte et l’approfondir selon une progression dynamique » (Mongenot, de Perreti, 2013). Les autrices rompent ainsi avec la « place canonique de couronnement final » de la mise en jeu du texte qui devient ainsi le « cœur du processus de formation » (Mongenot, de Perreti, 2013). Ces articles nous permettent donc de déduire que pour étudier le théâtre dans son unité, il faut faire émerger un nouvel espace d’analyse : la dramaturgie. Ensuite, Isabelle de Perreti, Christine Mongenot et Marie Bernanoce insistent sur le fait qu’il faut aussi informer l’élève pour pouvoir construire chez lui une « une posture de lecteur spécifique » (Mongenot, de Perreti, 2013). Marie Bernanoce préconise pour cela des activités « comme le fait de recevoir et/ou interviewer un dramaturge, un auteur ou un metteur en scène, d’aller assister à des répétitions, de visiter un dispositif scénique après l’avoir imaginé en maquette […] » (Bernanoce, 2013). Elle propose aussi de confier à la classe le rôle du dramaturge de la pièce ou d’écrire une note d’intention pour « se situer à l’intersection portée au rouge entre texte et scène » (Bernanoce, 2013). Cette « posture de lecteur spécifique » implique aussi « l’acquisition de savoirs « sur le statut du texte de théâtre, dans son histoire et jusqu’à son état présent » […] » selon Christine Mongenot et Isabelle de Perreti. (2013). Les autrices mettent donc en garde contre la tentation d’une analyse artificielle de l’objet théâtre qui réduirait « les spectacles à un ensemble de signes, à une simple transcription du texte. » (Bernanoce, 2013). C’est ici que se situe le nœud du problème puisque, comme nous l’avons vu précédemment, le théâtre est souvent enseigné du point de vue « texto-centré » ou du point de vue de la mise en spectacle, sans entrer dans « la nuance dramaturgie-mise en scène » (Bernanoce, 2013). Les autrices proposent pour remédier à cela d’articuler dans une approche créative « les outils d’analyse dramaturgique à ceux de l’analyse littéraire » (Bernanoce, 2013). Elles invitent à construire un « espace intermédiaire tâtonnant » (Bernanoce, 2013) entre le texte et la mise en scène pour permettre aux élèves de s’approprier l’œuvre. Elles préconisent donc d’introduire des œuvres contemporaines au programme, d’analyser 20 l’espace dramaturgique en classe et de construire chez l’élève au long des différents cycles une « posture de lecteur spécifique » (Mongenot, de Perreti, 2013). 3.5. Bilan L’enseignement du théâtre en classe de français pose donc question puisqu’on remarque que jamais, au fil des années, le théâtre n’a véritablement été enseigné dans son unité en classe entière. C’est-à-dire que l’on sacrifie toujours un pôle au profit d’un autre. L’enseignement est alors tantôt « texto-centré » (Bernanoce, 2013), tantôt centré sur la seule mise en spectacle. Cette dernière est d’ailleurs rarement analysée pour ce qu’elle est. Elle est souvent utilisée pour l’apprentissage de l’oral ou comme exercice d’épanouissement personnel des élèves. Ainsi, seuls les élèves inscrits en option ou spécialité théâtre auront, finalement, une vision exhaustive de cet Art en sortant du lycée. On note tout de même une évolution de ce problème puisque, peu à peu, les programmes changent et s’ouvrent à la représentation. Le répertoire contemporain est aussi de plus en plus étudié. Ceci laisse donc une marge de liberté aux enseignants qui peuvent alors initier les élèves à la question de la « dramaturgie » évoquée par Marie Bernanoce et construire chez eux une « posture de lecteur spécifique » (Mongenot, de Perreti, 2013). Cependant, pour le moment, les programmes laissent quelque peu le collège en marge. En prenant appui sur les différentes propositions didactiques évoquées précédemment pour redonner son unité au théâtre en classe de français, j’aimerais expérimenter l’année prochaine ces différentes pistes didactiques. Cela me permettra de mesurer les difficultés posées par l’enseignement du théâtre dans son unité et de tenter d’y remédier. J’aimerais ainsi aider les élèves à construire leur « posture de lecteur spécifique » (Mongenot, de Perreti, 2013) pour les aider non seulement à comprendre le texte théâtral, mais aussi à y percevoir l’infinité de possibilités offertes par la représentation. « On sait bien que les comédies ne sont faites que pour être jouées ; et je ne conseille de lire celle-ci qu’aux personnes qui ont des yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du Théâtre. » Molière 21 4 La méthodologie du recueil de données 4.1 Le contexte de recherche J’ai effectué mon expérimentation au sein du collège St Exupéry, à Chalonnes sur Loire. Ce collège est un établissement semi-rural au climat plutôt paisible. Il compte cette année 489 élèves qui y sont plutôt respectueux du règlement intérieur. La difficulté tient, comme dans de nombreux établissements, aux quelques élèves en « essoufflement » scolaire depuis plusieurs années ou en échec scolaire ou encore aux projets d’orientation peu définis. Dix élèves du dispositif Ulis sont intégrés dans les différents niveaux de classe. Parmi les élèves, certains d’entre eux bénéficient d’une reconnaissance leur octroyant un accompagnement par un personnel AESH. Chaque niveau (6ème, 5ème, 4ème et 3ème) se compose de 5 classes. Le collège possède 24 salles de cours, une salle multimédia, 1 C.D.I., 1 salle d’étude, 1 foyer. L’établissement se situe à 30 minutes en voiture d’Angers. La ville de Chalonnes sur Loire dispose d’un cinéma et d’un théâtre. Cela permet donc aux enseignants d’organiser régulièrement des sorties à caractère culturel (cinéma, théâtre, musée…). De plus, un nombre important d’élèves participent à des activités qui leur sont proposées sur le temps du midi (club théâtre, chorale, comédie musicale…). Des intervenants extérieurs tels que des metteurs en scène ou des comédiens travaillent en collaboration avec les enseignants pour mener à bien les divers projets. Ainsi, de nombreux élèves côtoient régulièrement les arts de la scène. J’ai souhaité commencer le travail de recherche en demandant aux professeurs de français de l’établissement de répondre à un questionnaire (annexe 1) qui avait pour but de faire un état des lieux de leur goût personnel pour le théâtre mais aussi de la façon dont ils l’enseignent. Je voulais connaître la place que les professeurs de l’établissement accordent à la mise en scène dans leur enseignement du théâtre pour mieux cerner les connaissances et besoins des élèves. Le questionnaire montre que la plupart des professeurs apprécient le genre théâtral. Ils l’abordent en classe à travers le texte, le jeu ou la mise en scène. Cependant, le jeu et la mise en scène constituent souvent pour eux une entrée dans la séquence ou un « couronnement final » (Mongenot et de Perreti, 2013). De plus, la plupart des professeurs ont déclaré ne pas utiliser de mises en scènes contemporaines. 22 Le questionnaire confirme donc l’état des lieux dressé par Christine Mongenot, Isabelle de Peretti (2013) et Marie Bernanoce (2013) : la mise en scène et le jeu sont rarement étudiés comme purs objets d’analyse en classe de français. Par ailleurs, les mises en scènes contemporaines semblent pour ainsi dire absentes du répertoire scolaire. Je m’attendais donc à ce que les élèves aient peu côtoyé cet aspect du théâtre. Cette année, j’ai été chargée de deux classes : une classe de quatrièmes et une classe de cinquièmes. En cinquième, le niveau général est relativement faible. La classe m’a posé quelques problèmes de discipline au début de l’année car les élèves y sont facilement bavards et agités. Une fois cet aspect temporisé, cette classe s’est finalement montrée très spontanée dans sa participation et active même si le niveau reste faible. L’atmosphère de classe n’est cependant pas toujours propice au travail car certains élèves monopolisent la parole et empêchent le cours d’avancer. Plusieurs élèves sont en grande difficulté. Deux d’entre eux disposent d’un PAP. Un élève ne vient plus en classe depuis le début du mois d’octobre. En classe de quatrième, j’ai pu constater une grande hétérogénéité entre les élèves. Certains sont en grande difficulté et montrent des signes de dysgraphie ou de dyslexie. Un élève est allophone. L’atmosphère générale est suffisamment bienveillante pour que les élèves travaillent entre eux et progressent ainsi mais la participation à l’oral reste faible. La classe de 4e est moins dynamique et spontanée que celle de 5e et donc la participation se fait plus rare. Au début de l’année, j’ai distribué aux élèves un questionnaire (annexe 2) pour évaluer leurs connaissances du théâtre. En classe de cinquième, la plupart des élèves n’ont pas su me citer de comédiens ou de metteurs en scène mais la plupart avaient déjà vu une pièce de théâtre à la télévision ou en se rendant au théâtre. Certains avaient déjà fait du théâtre et presque la moitié des élèves a déclaré vouloir jouer dans une pièce de théâtre. En classe de quatrième, le constat était pratiquement le même. Cependant, certains élèves ont tout de même pu me citer le nom du metteur en scène du collège. Une majorité d’entre eux avait déjà fait du théâtre et presque la moitié a déclaré vouloir jouer dans une pièce de théâtre. 23 La culture théâtrale des élèves semble donc principalement émaner de ce qu’ils ont étudié à l’école. Cependant, une majorité d’élève dispose d’une curiosité, d’un « appétit » pour le théâtre.
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Sexe femme 36% homme 64% Figure 63 : Proportion d'hommes et de femmes dans le groupe « ou i » 92 >60ans 2% Age 25--‐40ans 40% 41--‐60ans 58% Figure 64 : Proportion de médecins par tranche d'âge dans le groupe « oui » Ø Département d'exercice : Concernant le département d'exercice, 26 médecins exercent en Gironde, 9 exercent dans les Pyrénées--‐Atlantiques, 3 exercent en Dordogne, 5 exercent dans les Landes et 2 exercent dans le Lot et Garonne sur les 45 médecins répondant « oui » (figure 65). Pyrénées--‐ Atlantiques 20% Département Dordogne 7% Gironde 58% Lot et Garonne 4% Landes 11% Figure 65 : Proportion de médecins dans chaque département dans le groupe « oui » Ø Type d'exercice : Concernant le type d'exercice, 18 médecins exercent en milieu urbain, 17 exercent en milieu semi rural, et 10 exercent en zone rurale sur les 45 répondant « oui » (figure 66). 93 Type d'exercice rural 22% urbain 40% semi rural 38% Figure 66 : Proportion de médecins en fonction du type d'exercice dans le groupe « oui » Ø Connaissance des MMG : 36 médecins connaissent les MMG sur les 45 médecins répondant « oui ». Et quand même 9 médecins sur les 45 répondants souhaitant participer à une MMG ne connaissaient pas les MMG avant l' en voi de ce qu estionnaire (figure 67). Connaissance des MMG non 20% oui 80% Figure 67 : Proportion de médecins connaissant les MMG dans le groupe « oui » 94 Ø Taux de participation aux gardes et satisfaction : 35 médecins participent aux gardes dans leur secteur sur les 45 répondant « oui » et 10 n'y participent pas sur les 45 répondants (figure 68). Participation aux gardes non 22% oui 78% Figure 68 : Taux de participation aux gardes dans groupe « oui » 24 médecins sont satisfaits du système de garde actuel donc sans MMG et 21 ne sont pas satisfaits sur les 45 répondant « oui ». Donc un peu plus de la moitié des répondants « oui sont quand satisfaits du système de garde actuel (figure 69). Satisfaction du système de garde actuel non 47% oui 53% Figure 69 : Taux de satisfaction du système de garde actuel dans le groupe « oui » 95 Ø Les MMG : Une solution pérenne pour assurer la PDSA? Seulement 2 médecins sur les 45 répondant « oui » ne pensent pas que les MMG sont une solution adaptée pour assurer la PDSA, comme attendu (figure 70). Pensez--‐vous que la MMG est une solution pérenne pour assurer la PDSA non 4% ou i 96% Figure 70 : Proportion de médecins pensant que les MMG sont une solution pérenne dans le groupe « oui » I. Comparaison des « oui » et des « non » : Pour rappel les « oui » sont les médecins de l'échantillon souhaitant s'investir dans une MMG et les « non » sont ceux ne souhaitant pas s'investir dans ce type de structure pour assurer la PDSA. Il est important de remarquer, qu'au niveau démographique les grandes différences entre les deux groupes « oui » et « non » sont essentiellement (tableau 12): --‐ Au niveau du sexe : plus d'hommes dans le groupe des « non » soit 77,5% contre 44,4% dans le groupe des « oui ». --‐ Au niveau de l'âge : il y a plus de 25--‐40ans dans le groupe des « oui » soit 40% contre 27,5% dans le groupe des « non ». --‐ Au niveau départemental : au niveau du département d'exercice plus de « oui » (57,8% contre 37,5% dans le groupe des « non ») en Gironde, plus de « non » dans le Lot et Garonne (12,5% contre 4,4% dans le groupe des « oui ») et dans les Landes. (20% contre 11,1% dans le groupe des « oui »). 96 --‐ Au niveau du type d'exercice : plus de médecins exerçant en zone rurale dans le groupe des « non », soit 35% contre 22,2% dans le groupe des « oui ». --‐ Au niveau du type de cabinet : plus de médecins remplaçants dans le groupe des « oui » soit20% contre 2,5% dans le groupe des « non », plus de médecins exerçants seul dans le groupe des « non » soit 27,5% contre 15,6% dans le groupe des « oui ». Les tableaux suivant permettent de remarquer qu'il n'y a pas de différence significative entre les deux groupes « oui » et « non » concernant le sexe (p=0, 1873) et le type d'exercice (p=0,4188) selon le test statistique du Chi2. Légende des tableaux ci dessous : Colonnes : 0= « non » 1= « oui » Légende des tableaux ci dessous : Lignes h 1 sexe f 0 1 25--‐40 âge 41--‐60 2 >60 3 1 Dpt Dordogne Gironde 2 Landes 3 Lot et Garonne 4 PA 5 1 Type Rural Exercice Urbain 2 Semi Urbain 3 1 Type de Asso Cabinet MSP 2 Remplaçant 3 Seul 4 97 INVESTIRMM AGE 0 % 1 % Total % 1 11 (37.9) 18 (62.1) 29 (100.0) 2 23 (46.9) 26 (53.1) 49 (100.0) 3 6 (85.7) 1 (14.3) 7 (100.0) 40 (47.1) 45 (52.9) 85 Total Percents: (Row) Tableau 7 : comparaison des groupes « oui »/ »non » en fonction de l'âge INVESTIRMM SEXE 0 % 1 % Total % 0 9 (36.0) 16 (64.0) 25 (100.0) 1 31 (51.7) 29 (48.3) 60 (100.0) Total 40 (47.1) 45 (52.9) 85 Percents: (Row) Chi2= 1.739 df(1) p= 0.1873 Tableau 8 : Comparaison des groupes « oui »/ « non » en fonction du sexe INVESTIRMM DEPARTEMEN 0 % 1 % Total % 1 3 (50.0) 3 (50.0) 6 (100.0) 2 15 (36.6) 26 (63.4) 41 (100.0) 3 8 (61.5) 5 (38.5) 13 (100.0) 4 5 (71.4) 2 (28.6) 7 (100.0) 5 9 (50.0) 9 (50.0) 18 (100.0) 40 (47.1) 45 (52.9) 85 Total Percents: (Row) Tableau 9 : Comparaison des groupes « oui »/ « non » en fonction du département d'exercice 98 INVESTIRMM TYPEEXERCI 0 % 1 % Total % 1 14 (58.3) 10 (41.7) 24 (100.0) 2 14 (43 8) 18 (56.3) 32 (100.0) 3 12 (41.4) 17 (58.6) 29 (100.0) Total 40 (47.1) 45 (52.9) 85 Percents: (Row) Chi2= 1.741 df(2) p= 0.4188 Tableau 10 : Comparaison des groupes « oui »/ « non » en fonction du type d'exercice. INVESTIRMM TYPECABINE 0 % 1 % Total % 1 26 (51.0) 25 (49.0) 51 (100.0) 2 2 (33.3) 4 (66.7) 6 (100.0) 3 1 (10.0) 9 (90.0) 10 (100.0) 4 11 (61.1) 7 (38.9) 18 (100.0) Total 40 (47.1) 45 (52.9) 85 Percents: (Row) Tableau 11 : Comparaison des groupes « oui »/ « non » en fonction du type de cabinet 99 Les « OUI » Les « NON » TOTAL Age : 25--‐40ans 18 (40%) 11 (27,5%) 29 (34,2%) 41--‐60ans 26 (57,8%) 23 (57,5%) 49 (57,6%) >60ans 1 (2,2%) 6 (15%) 7 (8,2%) Sexe : Femmes 16 (35,6%) 9 (22,5%) 25 (29,4%) Hommes 29 (44,4%) 31(77,5%) 60 (70,6%) Département : Dordogne 3 (6,7%) 3 (7,5%) 6 (7%) Gironde 26 (57,8%) 15 (37,5%) 41 (48%) Landes 5 (11,1%) 8 (20%) 13 (16%) Lot et Garonne 2 (4,4%) 5 (12,5%) 7 (8%) Pyrénées--‐Atlantiques 9 (20%) 9 (22,5%) 18 (21%) Type d'exercice : Rural 10 (22,2%) 14 (35%) 24 (28,2%) Urbain 18 (40%) 14 (35%) 32 (37,6%) Semi rural 17 (37,8%) 12 (30%) 29 (34,2%) Type de cabinet : Association 25 (55,6%) 26 (65%) 51 (60%) MSP 4 (8,8%) 2 (5%) 6 (7%) Remplaçant 9 (20%) 1 (2,5%) 10 (11,8%) Seul 7 (15,6%) 11 (27,5%) 18 (21,2%) Tableau 12 : tableau récapitulatif comparatif des groupe « oui »/ »non » en fonction des caractéristiques 100 G. Les « OUI » Les « NON » Total Satisfait du système de gardes 26 (58%) 34 (85%) 60 (71%) Participation aux gardes 35 (78%) 35 (87,5%) 70 (82%) Connaissance des MMG 36 (80%) 28 (70%) 64 (76%) Les MMG sont 43 (95%) 21 (52%) 64 (75%) une solution pérenne pour assurer la PDSA Tableau : Tableau comparant les « oui »/ « non » en fonction de leur opinion sur la PDSA et les MMG Plus de médecins dans le groupe des « non » sont satisfaits du système de garde actuel (85% contre 58% dans le groupe des « oui ») et plus de médecins dans ce groupe participent aux gardes de leur secteur (87,5% contre 78% dans le groupe des « oui ») Un peu plus de médecins dans le groupe des « oui » connaissait les MMG avant ce questionnaire soit 80% contre 70% dans le groupe des « non ». Plus de médecins dans le groupe des « oui » pensent que les MMG sont une solution pérenne pour assurer la PDSA soit 95%. Cependant il y a quand même un peu plus de la moitié, soit 52% de médecins dans le groupe des « non » pensent que les MMG sont une solution adaptée pour assurer la PDSA (tableau 13). Toutes ces analyses sont des tendances montrant une différence entre les groupes cependant aucune analyse statistique n'est possible pour affirmer une différence significative ou non. Critère de jugement principal: facteurs influençant l'opinion des médecins généralistes quant à leur souhait de s'investir dans une MMG ou non Les « oui »= médecins souhaitant s'investir dans une MMG Les « non »= médecins ne souhaitant pas s'investir dans une M MG Ø  Les « NON » : Les principales réticences émises par les médecins généralistes répondant « non » à la question souhaitez vous participez au fonctionnement d'une MMG sont : Plusieurs médecins mettent en avant le problème de la couverture assurantielle en cas de sinistre, ils ont en effet peur de ne pas être assuré notamment pour les visites à domicile. L'équipement des MMG est un point à définir ainsi que la possibilité d'utiliser le plateau technique de l'hôpital. En zone rurale, certains médecins considèrent que les MMG seraient trop éloignées de leur domicile ou cabinet habituel. Le financement des MMG leur paraît compromis. Les MMG sont considérées comme véritable gouffre financier. La solution d'une pérennisation de la PDSA pour eux serait un retour à l'obligation de garde. D'autres émettent des doutes quant au volontariat des médecins généralistes effecteurs pour la mise en place des MMG. Plusieurs médecins contre les MMG répondent également que SOS médecins répond correctement à la demande de DSA et que cela est suffisant. La notion de « sous--‐urgences », de « sous traitants » des urgences, l'hôpital détournant la patientèle, la mise en péril de l'activité libérale, sont des points qui inquiètent beaucoup les médecins. Pour finir, l'éducation des patients est un point important qui ressort régulièrement dans les commentaires : problème de surconsommation de soins, sensibilisation du grand public pour s'organiser pour consulter le médecin. DISCUSSION A. L'interprétation des résultats de l'enquête et orientation des objectifs L'objectif de notre étude était de mettre en évidence des solutions adéquates pour répondre à une volonté générale d'améliorer la prise en charge des patients en ambulatoire dans les horaires de PDSA. En effet la politique actuelle est très axée sur ce sujet, d'autant plus depuis la loi HPST de 2009, qui fait le point sur la PDSA en France. Après cette loi et le rapport de Xavier Bertrand en 2006 beaucoup de MMG se sont développées, probablement insuffisamment notamment en Aquitaine. Cet objectif doit trouver des solutions dans le respect d'un contexte défini : Ø La nécessité de réduction des coûts de santé sans impact sur la qualité des soins Ø Le changement de la démographie des médecins généralistes, Ø La volonté des praticiens d'améliorer leur qualité de vie. Au regard des réponses apportées à notre questionnaire, les MMG seraient une solution adaptée, efficace et pérenne. Cependant, l'opinion des médecins généralistes est capitale car ils sont les principaux acteurs de la création et du développement des MMG. En Aquitaine, ces structures sont peu présentes par rapport à d'autres régions de France. Seulement 4 MMG sont en fonctionnement sur ce territoire. Afin d'argumenter notre discussion nous avons fait une recherche bibliographique et nous n'avons trouvé que très peu d'articles scientifiques traitant précisément des MMG. La bibliographie recouvre essentiellement des enquêtes de la DREES concernant les urgences hospitalières ou les consultations non programmées en médecine ambulatoire, ainsi que des circulaires ministérielles et des rapports d'expert. Les Thèses réalisées sur toute la France par les médecins généralistes représentent le support le plus intéressant pour discuter et argumenter les résultats de notre enquête. 1. Question : Ø Quels sont les obstacles majeurs qui freinent le développement des MMG en Aquitaine? Ø Quelles nouvelles solutions pour motiver les médecins à s'investir dans les MMG? L'enquête a permis de mettre en évidence ces questions qui sont une base pour dégager les problématiques dans le but d'améliorer le développement des MMG en Aquitaine. 104 Notre enquête montre que les médecins généralistes sont globalement satisfaits du mode de garde actuel, mais approuvent aussi le mode de prise en charge des patients en MMG. Ils sont malheureusement peu nombreux à vouloir s'y investir, ce qui nous conduit à rechercher les facteurs engendrant cette attitude. Au niveau national treize thèses réalisées entre 2004 et 2014 en France concernant, notamment, l'opinion des médecins généralistes réalisant leurs gardes au sein de MMG, jouxtée à un service d'urgences, démontrent que les médecins sont très satisfaits de ce mode garde. Aucune thèse n'a retrouvée une opinion négative des médecins généralistes réalisant des gardes au sein des MMG. 2. Constat chiffré : Ø 75 % des médecins de l'échantillon pensent que les MMG sont une solution pérenne pour assurer la PDSA en France. Ø 53 % seulement du même échantillon souhaite s'investir dans une MMG. 3. Profil des médecins en accord avec l'installation de MMG : Ø Ø Ø Ø Des médecins de sexe féminin (35,6 % contre 22,5 % du groupe « non ») Des médecins plus jeunes (40 % de 25/40 ans contre 27,5 % du groupe « non »), Des médecins exerçant en milieu urbain ou semi--‐rural, Des médecins remplaçants (20% contre 2,5 % du groupe « non »). Selon l'ordre national des médecins d'Aquitaine et leur état des lieux en 2013, la population des médecins généralistes se féminise, plusieurs bassins de vie en Aquitaine recensent une diminution du nombre de médecins généraliste par rapport à une augmentation de la population. Il reste à noter la présence de nombreux médecins remplaçants pourrait palier ce déficit au cours des prochaines années. La population de notre étude en accord avec l'installation de MMG se rapproche sur des critères démographiques de la population des médecins généralistes d'Aquitaine. 4. Constat géographique : Dans le Lot et Garonne et dans les Landes, moins de médecins sont favorables aux MMG par rapport aux autres départements de la Régions Aquitaine. Pour rappel, selon le CNOM, les départements des Landes et du Lot Garonne recensent une population de médecins généralistes proche de la retraite alors que leur densité de médecins est déjà peu élevée. Sur 2 MMG, celle de Marmande a fermé ses portes il y a quelques mois et celle de Tonneins n'a jamais été en fonctionnement. La fermeture de le MMG de Marmande est, selon le CNOM du Lot et Garonne, due à un manque d'activité de la MMG et à un manque de médecins volontaires. En revanche, celle de Tonneins n'a jamais été en fonctionnement principalement en raison du manque d'investissement des médecins généralistes du secteur. Ce constat nous montre l'importance d'informer et de motiver les médecins généralistes d'Aquitaine pour s'investir dans les MMG dans le but que cette structure soit une solution pérenne de PDSA. D'où l'importance de dégager les points forts des résultats de cette étude concernant les réticences des médecins généralistes par rapport aux MMG. 5. Constat des obstacles pouvant influencer l'opinion des médecins : Ø Mauvaise information et communication sur cette structure de PDSA : • 26 % des médecins questionnés ne connaissaient pas les MMG avant cette enquête. • 30% ne connaissent pas les MMG dans le groupe « non » • 20% ne connaissent pas les MMG dans le groupe « oui »» • Sur le territoire national, un nombre trop important de médecins généralistes ne sont même pas informés de l'existence des MMG. Ø Une étude réalisée au sein de la MMG de Annecy--‐Frangy en 2011, montre des médecins satisfaits mais soulèvent une défaillance de communication et de pédagogie avec les médecins généralistes du secteur sur l'existence et le fonctionnement d'une MMG (60). Ø Énoncer précisément les problèmes de forme constituant un frein à l'investissement des généralistes en MMG. Suite à notre enquête, nous constatons que 52% des médecins ne souhaitant pas s'investir dans une MMG pensent néanmoins que ces structures sont une solution pérenne pour assurer la PDSA. Nous en déduisons que ces praticiens ne sont pas contre le concept et n'évoquent pas de problèmes de fond mais des problèmes de forme qui, après une information plus fine et pédagogique et suite à des concertations et échanges pourraient être modulables et négociés pour évoluer positivement vers une opinion totalement favorable. 6. Participation des généralistes aux modes de garde classiques : Parmi l'échantillon des médecins généralistes ayant répondu au questionnaire : 82% des médecins participent la PDSA, 71% d'entre eux sont satisfaits du mode de garde traditionnel. 44% d'entre eux estiment qu'une nouvelle structure de PDSA est nécessaire. Ceux qui souhaitent s'investir dans une MMG participent moins aux gardes que ceux ne souhaitant pas s'investir dans une MMG (78% contre 87,5%) Ø Mais quand même 58% de ceux favorables aux MMG sont satisfaits du système de garde actuel, Ø 85% de ceux défavorables aux MMG sont satisfaits du mode de garde actuel. Ces chiffres nous montrent que les MMG permettraient de recruter plus de médecins pour effectuer des gardes : en effet certains médecins ne participant pas à la PDSA seraient favorables à effectuer des gardes dans une MMG. Dans notre échantillon, parmi les 13% de médecins qui participent à une MMG, 15% ne sont pas satisfaits de cette structure. Concernant l'opinion des médecins généralistes sur la PDSA, en effet, une étude a été réalisée en 2008 dans l'ouest Montpelier montre que, comme dans notre étude, les médecins sont satisfaits du mode de garde traditionnel cependant ils sont d'accord pour participer à une MMG seulement si les charges administratives diminuent. Cette étude avait été réalisée dans un contexte de diminution importante du nombre de médecins participant aux gardes dans le secteur (61). De plus une étude réalisée à Cannes en 2010, montre que la présence d'une MMG à Canne augmenterait de 9% à 42% le taux de participation à la PDSA par les médecins généralistes (44). 7. Constat des freins quant à l'approbation des médecins généralistes pour le développement des MMG : Ces résultats démontrent que les MMG sont l'avenir pour améliorer la PDSA mais que les praticiens ém ettent des réticences quant à leur développement en raison : Ø Ø Ø Ø D'un surmenage important, De la chute démographique médicale en France, D'une localisation éloignée des MMG de leur domicile ou cabinet habituel, De la crainte de la mise en péril de l'activité libérale. Concernant le risque d'impayé dans les MMG, critère que nous avions retenu dans notre questionnaire après un entretien dirigé avec un médecin généraliste impliqué dans une MMG, aucun des médecins n'a répondu que risque d'impayé est une cause de non investissement dans une MMG cependant une étude réalisée en 2013 au sein de la MMG de Lariboisière montre un taux d'impayé supérieur au cabinet (62). Concernant les visites à domicile (VAD), qui sont couteuses et qui prennent beaucoup de temps au médecin de garde, plusieurs thèses réalisées montrent une diminution significative des VAD, grâce notamment à la régulation médicale. 8. Synthèse de l'enquête : Ø Méconnaissance du concept des MMG pour de nombreux médecins généralistes, Ø Ceux participant aux MMG sont très satisfaits, Ø Les raisons constituant des freins à l'investissement des médecins généralistes d'Aquitaine sont modulables, non figées, et peuvent être modifiées pour devenir des arguments positifs à l'installation de MMG. 107 Ø Trouver des solutions adaptées pour satisfaire les médecins afin qu'ils souhaitent s'investir dans les MMG afin d'assurer leurs gardes. Ø Les MMG sont un concept relativement moderne en France (développement depuis une dizaine d'année) Ø Au regard de la diversité des régions, de la pratique médicale, de la démographie de la population, l'installation des MMG est très hétérogène sur tout le territoire français. Cependant un mode de PDSA hétérogène, comme il l'est actuellement, ne facilite pas la mise en place des MMG. 9. Hypothèse pour expliquer les observations et interprétations des résultats: Les différences démographiques des deux groupes de l'échantillon « oui » et « non » peuvent être expliqué par : Ø la féminisation de la profession, Ø L'évolution de la profession associée à une demande d'amélioration de la qualité de vie professionnelle des médecins généralistes, Ø Le volontariat des gardes. Concernant la qualité de vie des praticiens, une étude intéressante se basant sur l 'amélioration de la qualité de vie des médecins généralistes exerçant au sein de la MMG d'Aurillac en 2012 montre que les médecins qualifient leur qualité de vie améliorée par la MMG. La diminution du stress, la diminution de la fatigue, la diminution de la charge de travail et du nombre de garde, ainsi qu'une amélioration de leur relation avec leur famille sont les critères retenus (63). 10. Impact des MMG sur les urgences hospitalières : Comme nous l'avons vu précédemment, le nombre de consultation aux urgences relevant de la médecine générales ne cesse d'augmenter. Cette augmentation régulière de recours aux urgences a un coût élevé et contribue fortement à l'engorgement des urgences. Le retentissement sur les structures d'urgences de la mise en place des MMG n'est pas certain, sans résultats significatifs dans les travaux concernant la baisse du nombre de consultation CCMU1 et 2 pouvant être pris en charge en ambulatoire. Cependant, une étude réalisée en 2010, concernant 79 MMG, adossées à un service d'urgence, en France, évalue l'impact de la présence d'une MMG sur la fréquentation des services d'urgence respectifs, montre une diminution du nombre de passage aux urgences, majoritairement le week--‐end (64). Une autre thèse réalisée sur la MMG de Sète en 2011 montre une diminution de 5% des consultations aux urgences de l'hôpital concernant les consultations CCMU 1 et 2 (65). En revanche, une étude réalisée en 2008 au sein de la MMG de Saint Etienne ne montre pas de diminution des consultations aux urgences. La diversité de ces résultats montre la nécessité d'une étude nationale (66). 108 Il faut également noter que les patients CCMU 2 nécessitent l'utilisation d'un plateau technique, d'où la question qui reste en suspend de la possibilité d'accès au plateau technique des médecins réalisant leur garde au sein des MMG. De plus, dans une thèse faite en 2014 au sein de la MMG de Gésivaudant (Grenoble) étudiant l'impact de la présence de la MMG sur la réponse du médecin régulateur aux appels des patients de plus de 75 ans montrent une diminution significative de cette population de patient aux urgences qui sont alors pris en charge en ambulatoire à la MMG et ne nécessitent pas d'hospitalisation (67). Au vu de la démographie actuelle de la population en France cette notion paraît plus qu'intéressante. Concernant le rôle de l'IAO, une étude réalisée en 2014 à la MMG de Poitier montre que l'IAO joue un rôle primordial dans le mode d'accès à la MMG puisque les patients ne se rendent pas à la MMG directement mais passent par le service des urgences (68). La thèse réalisée en 2014 sur la MMG de Langon retrouve la même conclusion (41). plus, cette étude met en avant le faite que la différence de modalités de paiement au sein de la MMG qui n'effectue pas le tiers payant n'a aucun impact sur sa fréquentation. Cette information est importante compte tenu de la politique actuelle qui vise à généraliser le tiers malgré une forte opposition des médecins généralistes. Cependant une autre étude réalisée au sein de la MMG de Calais, en 2014, montre qu'une proportion plus importante de patient ayant la CMU se présente à la MMG par rapport au système de garde traditionnel (2014). 11. Et les patients? Les autres travaux concernant les MMG notamment des thèses faites sur toute la France mettent en évidence qu'une fois mise en place les médecins généralistes mais aussi les patients sont globalement satisfaits de ce mode de prise en charge. Une thèse faite sur une MMG à Boulogne sur mer en 2014 montre une faible activité de la MMG les soirs de semaine largement contrastée par un engorgement massif du service d'urgence. Cette étude nous montre également que seulement 49% des patients ont connaissance de cette MMG (40). Dans le même registre une thèse réalisée en 2004 sur le MMG de Macon nous informe également sur une très mauvaise information des patients quant à l'existence de la MMG, de plus cette étude met en avant le fait que 1⁄4 des patients reçus aurait pu attendre le lendemain pour consulter sans pour autant que les médecins généralistes pensent à une dérive consumériste de la population (70). Les thèses faites sur l'activité même des MMG retrouvent une patientèle plutôt jeune, avec des pathologies surtout infectieuses et de la petite traumatologie, consultant, pour une grande majorité, le week--‐end et les jours fériés. 109 Les patients se présentant en consultation dans les MMG, sont des patients jeunes, pour la majorité relevant de la pédiatrie générale, qui ne nécessitent pas de VAD. La thèse réalisée l'année dernière étudiant la MMG de Langon sur son fonctionnement et sur l'opinion des ses participant met en avant le rôle primordial de l'IAO dans l'orientation des patients vers la MMG, la facilitation des gardes « à la carte » qui améliore la qualité des conditions de travail, ainsi qu'une diminution des dépenses de l'assurance maladie par mutualisation des secteurs. Le défaut d'information à la population locale sur l'existence de cette MMG est un point important à prendre en compte également (41). B. CRIT IQUES GENERALES 1. Les forces et faiblesses du travail Les faiblesses de ce travail reposent tout d'abord sur la conception même du questionnaire. Une des principales incertitudes de la validité scientifique des sondages provient de la façon dont est élaboré le questionnaire : en effet, l'intention de celui qui pose la question influe sur la méthode utilisée pour interroger ainsi que sur la signification des résultats. Ce questionnaire contient beaucoup d'imperfections méthodologiques inhérentes à ce type d'enquête. Cependant nous nous sommes attachés à laisser un champ d'expression assez vaste pour toute opinion exprimée. De plus il aurait été préférable de tester ce questionnaire avant de l'envoyer à l'échantillon étudié. Une autre déficience de ce travail tient à la sélection de la population étudiée. La population étudiée est un échantillon des médecins généralistes d'Aquitaine, choisi au hasard, contactés par téléphone puis par mail ce qui crée un biais de sélection. En effet, dans un premier temps, le fait de joindre les médecins par téléphone (barrière de la secrétaire, surmenage), puis dans un second temps l'envoi du questionnaire par mail (pas de mails) sont des éléments qui créent des biais. Pour finir, les caractéristiques de la population étudiée ne sont pas superposables en tous points à la population générale des médecins généralistes d'Aquitaine. Les répondants sont plus jeunes que la population générale. Cette différence est autant un biais qu'un point positif dans le sens où les plus jeunes reprendront le flambeau. De plus il est à noter que 85 médecins généralistes ont répondu sur les 198 mails soit 43% de réponses, on peut en déduire que les médecins les plus intéressés ont répondu, ce qui fait un autre biais. Au total 85 réponses sur 307 appels passés ce qui fait 28% de réponses ce qui est très faible. Au total les faiblesses de ce travail regroupent des biais de sélection ainsi qu'un manque de validité scientifique du questionnaire. Le faible effectif de l'échantillon est un biais également important qui ne permet pas d'analyse statistique. Cette enquête d'opinion évalue un échantillon représentant presque 2,5% de la population des médecins généralistes d'Aquitaine. Cet échantillon est comparable à la 110 population générale (sans analyse statistique) d'un point de vue des proportions de médecins au sein de chaque département et du sexe. La grande force de ce travail est le que ce soit la 1ere étude sur l'opinion des médecins généralistes concernant les MMG. Beaucoup de thèses ont été faites concernant la PDSA, et l'activité de plusieurs MMG en France ainsi que des thèses concernant l'opinion des MG et l l'activité des MMG déjà en place. Cette étude, est donc, à notre connaissance, la première concernant l'opinion des médecins généralistes sur leur potentiel investissement au sein d'une MMG, alors que ce sont les principaux acteurs. Cette étude est une enquête d'opinion realisée dans un contexte socioéconomique difficile ou le coût de la santé est un sujet clé de la politique actuelle. Il est donc plus que d'actualité de parler de ce sujet et d'en dégager des éléments de réponses. Cette enquête permet donc une appréciation globale intéressante quant à l'opinion des médecins généralistes d'Aquitaine concernant les MMG et la PDSA. En effet même si l'effectif est faible, ce travail permet de cibler les problèmes d'implantation des MMG en Aquitaine en rapport avec les réticences des médecins généralistes. 2. Forces et faiblesses des résultats : Les résultats principaux de cette enquête démontrent Ø Que les médecins généralistes sont favorables au développement des MMG mais beaucoup de réserves subsistent. Ø Que ces réserves sont à prendre en compte afin de développer des solutions pour rassurer les médecins et favoriser leur souhait de s'investir dans les MMG. Ø Que l'évolution de la démographie des médecins généralistes, la féminisation de la profession sont des facteurs qui expliquent ces résultats. 3. Difficultés rencontrées : Ce sujet est très vaste, il a fallu se concentrer sur la seule opinion des médecins généralistes. La principale difficulté rencontrée dans cette enquête se remarque dans le mode de recueil des données, basé sur les appels aux médecins généralistes et leurs réponses au questionnaire. De plus les informations concernant les MMG en France ne sont pas claires. 111 C. PROPOSITIONS POUR OPTIMISER LA MISE EN PLACE DES MMG EN AQUITAINE 1. Rappel du diagnostic ré sultant des réponses à notre enquête : Précédemment, nous avons exposé la problématique sociodémographique des médecins généralistes qui sont des facteurs affaiblissant la pérennisation de la PDSA en France : Ø Vieillissement des médecins, Ø Désertification médicale, Ø Féminisation de la profession Depuis une dizaine d'années, l'existence des MMG est une solution pour pallier le manque d'effectifs devant er la PDSA et améliorer la prise en charge des patients. Cependant, le développement des MMG dépend de la volonté des médecins généralistes d'effectuer leurs gardes au sein de ces structures. Si une grande majorité de médecins généralistes en Aquitaine pense que la MMG est une bonne solution pour assurer la PDSA, seulement la moitié souhaite s'y investir car trop de praticien ne connaissent pas le fonctionnement de ces structures. Et, en effet, si le médecin ne connait pas ce type d'établissement, il ne peut pas s'y intéresser. Pourtant, le développement des MMG en Aquitaine peut répondre : Ø Ø Ø Ø Ø À une meilleure qualité de soins pour la population, Au désengorgement des services d'urgence, A la diminution du nombre de gardes, À l'amélioration de la qualité de vie professionnelle des praticiens, A une approche de rentabilité des gardes compte tenu que plusieurs secteurs de gardes sont regroupés en une MMG. 2. Propositions pour développer la motivation des médecins généralistes : Afin d'accroitre l' implantation de MMG en Aquitaine les points suivants doivent être étudiés , discutés et décidés en concertation avec tous les acteurs : Ø Intensifier l'information de l'existence des MMG auprès de la population en général, des patients. Cette communication doit être pédagogique pour inciter à la fréquentation de ces structures. Ø Effectuer auprès des médecins généralistes d'Aquitaine une information technique, fonctionnelle et financière sur les MMG et suffisamment pédagogique pour conforter leur motivation. Ø Garantir les médecins généralistes qu'ils ne risquent pas une mise péril de l'activité libérale. 112 Ø Assurer aux médecins généralistes qu'il n'y aura pas de sous--‐urgences. Ø Garantir le même système de rémunération que les gardes libérales (forfait d'astreinte + consultations +/--‐ majorations) Ø Informer sur tous les points de la mise en place, notamment la régulation et le personnel dédié à l'organisation. Ø Assurer aux praticiens un fonctionnement sans lourdeurs administratives. Ø Faire le choix de la localisation des MMG : o Jouxtées aux urgences des CH. o Près des EH PAD ou autres établissements publics o Dans les zones rurales Les choix devront tenir compte du besoin de rapprochement des médecins généralistes. Actuellement, les MMG en Aquitaine, sont installées à côté des centres hospitaliers. Ø Protocoliser le matériel disponible pour les médecins. Ø Décider du matériel informatique et des logiciels disponibles. Ø Décider de l'accès au plateau technique, concernant la radiologie et le laboratoire pour les MMG localisées à côté des CH. Ø Décider de l'ouverture ou pas le samedi matin. Ø Confirmer les horaires d'ouverture qui paraissent adaptées en termes de PDSA. Ø Étudier l'application du tiers payant généralisé dans les MMG afin d'éviter une différence de prise en charge pour les patients par rapport au coût aux urgences de l'hôpital. Dans le cas où la généralisation du tiers payant ne s'effectue que dans les MMG et pas dans les cabinets des médecins généralistes pendant leurs heures d'ouverture, les patients se dirigeront plus favorablement vers les consultations en MMG. 3. Diminuer le coût de PDSA, une nécessité : Un des points important à développer est la nécessité de diminuer les couts de PDSA. Alors que un passage en MMG coûte une consultation classique à 23 euros associé aux majorations éventuelles de nuit ou de déplacement, une consultation aux urgences coûte une consultation à 23 euros associée au forfait « accueil et traitement des urgences » (ATU) qui vise à couvrir les dépenses résultant de l'admission et du traitement des patients accueillis dans les services d'accueil des urgences des établissements de santé. Le forfait ATU s'applique aux établissements MCOO (médecine, chirurgie, obstétrique, odontologie), tarifés à l'activité et autorisés à exercer une activité d'accueil des urgences. Le forfait ATU est dû pour chaque passage aux urgences : Ø non programmé Ø non suivi d'une hospitalisation Par ailleurs, conformément à la circulaire n°DHOS/F2/F3/F1/DSS/1A/2008/82 du 3 mars 2008 relative à la campagne forfaitaire 2008 des établissements de santé (57) le forfait ATU s'ajoute aux tarifs de la consultation, des actes et de leurs majorations 113 éventuelles. Le tarif ATU s'élève à 25,28 euros selon l'arrêté du 27 février 2008 fixant les ressources d'assurance maladie pour les établissements de santé MCOO (58). Au total, le coût d'un passage aux urgences s'élève à environ 80 euros pour une consultation simple. La diminution du coût de la PDSA est multifactorielle : Ø même nombre de patients Ø moins de patients aux urgences (hypoth ) Ø mutualisation des secteurs donc moins de forfait d'astreinte Ø moins de VAD Nous avons pu constater que le concept des MMG fonctionne bien et est efficace. L'ouverture d'une MMG à Libourne en Gironde en janvier 2015 paraît adaptée : elle regroupe une centaine de médecin libéraux et 8 secteurs de garde. Mais le système reste fragile notamment dans certains départements comme le Lot et Garonne. Pour perfectionner leur fonctionnement afin de garantir la motivation des médecins généralistes et la fréquentation des patients, il serait intéressant d'effectuer une enquête qualitative auprès des patients qui sont amenés à consulter dans une des 4 MMG d'Aquitaine ainsi qu'un enquête quantitative d'activité de chaque MMG. CONCLUSION Garantir un accès permanent aux soins est une mission de service public et une obligation déontologique. Depuis une dizaine d'années cette mission devient difficile à assumer en raison : Ø de l'augmentation du consumérisme des soins de la part de la population, Ø de la mise en place du volontariat des gardes, Ø de l'évolution négative de la démographie médicale. Cette réalité, entre autre, nous a conduit à concevoir des MMG créant un endroit fixe pour les consultations de médecine générale non programmées et en dehors des horaires d'ouverture des cabinets médicaux. Le but étant de répondre plus qualitativement à cette mission de service public mais aussi de mutualiser de plus vastes secteurs géographiques et les ressources budgétaires. La création des MMG commence à monter en puissance sur l'ensemble du territoire français, mais proportionnellement moins en Aquitaine. L'objectif de notre enquête était de déterminer l'opinion des médecins généralistes sur les MMG, car ils sont les principaux acteur de la mise en place ainsi que de la pérennisation des de ces structures. Rappelons que si 75% des médecins estiment que les MMG sont une solution pérenne pour répondre au mieux à la PDSA, seulement 53% souhaite s'y investir pour assurer leurs gardes. Nous avons explicité leurs réserves, leurs craintes, leurs inquiétudes devant ce changement et notre travail d'enquête a permis de lister les points à reprendre pour proposer un cadre clair, précis et avantageux pour les médecins généralistes. Suite aux constats de ces freins très factuels, nous avons établi la liste des points impératifs et incontournables auxquels les autorités devront répondre pour rassurer les praticiens. Dans ces conditions, l'essor des MMG semble tout à fait probable, d'a plus que, lors de nos contacts avec les professionnels, les points positifs de ces structures primaient sur les inconvénients qui sont négociables. D'autres enquêtes approfondies concernant l'installation des MMG en milieu rural semblent indispensables notamment sur les modalités de mise en place, ainsi qu'un enquête nationale sur l'activité des MMG en France. Nous espérons que cette thèse aura permis de mettre en évidence l'utilité des MMG pour les patients et les praticiens, mais aussi de dégager les corrections et précisions à apporter afin d'optimiser le développement et l'installation des MMG en Aquitaine. BIBLIOGRAPHIE (1) Philippe Michellier. Les urgences du médecin généraliste, aide mémoire. Janvier 2003. [En ligne]. 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La maison médicale de garde de Mâcon : bilan d'un an d'activité. 120 ANNEX ES ANNEXE 1 CCMU P : Patient présentant un problème psychologique et/ou psychiatr ique dominant en l'absence de toute e somatique in stable CCMU 1 : Etat lésionnel et/ou pronostic fonctionnel jugés stables. Abstention d'acte complémentaire diagnostique ou thérapeutique à réaliser par le SMUR ou un service d'urgences. CCMU 2 : Etat lésionnel et/ou pronostic fonctionnel jugés stables. Décision d'acte complémentaire diagnostique ou thérapeutique à réaliser par le SMUR ou un service d'urgences CCMU 3 : Etat lésionnel et/ou pronostic fonctionnel jugés susceptibles de s'aggraver aux urgences ou durant l'intervention SMUR, sans mise en jeu du pronostic vital. CCMU 4 : Situation pathologique engageant le pronostic vital. Prise en charge ne comportant pas de manoeuvres de réanimation immédiate. CCMU 5 : Situation pathologique engageant le pronostic vital. Prise en charge comportant la pratique immédiate de manoeuvres de réanimation. CCMU D : Patient décédé. Pas de réanimation entreprise par le médecin SMUR ou du service des urgences. 121 ANNEXE 2 Ministère de la santé et des solidarités L'Union nationale des caisses d'assurance -maladie Direction de l 'Hospitalisation et de l'Organisation des Soins Sous-direction du Système de soins Bureau de l'organisation générale de l'offre régionale des soins Direction de la Sécurité Sociale Sous-direction du financement du système de soins Bureau des relations avec les professions de santé Annexe 1 de la circulaire N° DHOS/DSS/CNAMTS/O1/1B/2007/137 du 23 mars 2007 relative aux maisons médicales de garde et au dispositif de permanence des soins en médecine ambulatoire CAHIER DES CHARGES sur les Maisons médicales de garde Ce cahier des charges constitue un guide national pour l'identification et la signature des conventions quinquennales liant la Mission régionale de santé (MRS) et les Maisons médicales de garde (MMG). Partie 1 : Modalités de fonctionnement Une maison médicale de garde (MMG) est un lieu fixe déterminé de prestations de médecine générale, fonctionnant uniquement aux heures de la permanence des soins. Pour fonctionner, la MMG doit répondre à un besoin bien identifié. Son financement annuel est octroyé sur la base d'une convention pluriannuelle intégrant un cahier des charges concernant ses modalités de fonctionnement. 1/ Motivation du projet : L'évaluation du besoin d'une MMG s'effectue à partir : - des besoins de soins constatés pendant les périodes de PDS (par exemple à partir du nombre horaire d'actes réalisé par le médecin d'astreinte, en fonction des créneaux) ; - de l'importance de l'offre hospitalière ou libérale organisée sur les secteurs : l'état des lieux effectué pour la permanence des soins (PDS) peut être utilisé. En tout état de cause, l'organisation de la PDS doit viser à main un accès à des visites "incompressibles". La MMG ne doit donc pas conduire à supprimer toute visite et à être la réponse exclusive aux demandes de la PDS. Elle doit rechercher une complémentarité avec tout acteur public ou privé impliqué dans l'organisation de la PDS et l'aide médicale urgente (AMU). - des caractéristiques de fonctionnement des services d'urgences, notamment leur activité et leur localisation. Le financement d'une MMG peut répondre aux besoins suivants : - structuration de la PDS en milieu rural ; - lisibilité et apport vis à vis de quartiers défavorisés en milieu urbain en tenant compte des zones déclarées déficitaires ; - adaptation de la filière de prise en charge des patients en partenariat avec les structures d'urgence hospitalière; - désengorgement des urgences hospitalières. Ainsi, en cas de prestation de type SOS médecins et de structures d'urgence hospitalière, il est préférable d'ouvrir une MMG à proximité immédiate des structures d'urgence, sauf topographie et/ou densité de population donnant un intérêt particulier à une MMG isolée La zone d'action de la MMG doit être définie : - selon la population, avec au minimum 60 à 70 000 personnes en zone urbaine pour une installation distincte d'une structure d'urgence ; - selon le rayon d'action, avec en zone rurale 30 à 35 km autour d'une MMG au maximum et selon les voies de communication ; - selon le nombre de médecins participants. Un minimum de 20 à 30 médecins semble être nécessaire, garantissant ainsi le bon fonctionnement de la structure. Dans les zones rurales, au cas par cas, ce minimum peut être abaissé si la continuité et la permanence des soins peut être assurée. Mentions obligatoires de la convention avec la Mission Régionale de Santé : Identification du besoin en matière de maison médicale de garde Etat des lieux (offre hospitalière ou libérale, fonctionnement des structures d'urgence ) Zone déterminée par la MRS : Population couverte Rayon d'action Sectorisation Nombre de médecins susceptibles de participer Définition du besoin Structuration PDS en milieu rural ; Lisibilité et apport vis à vis de quartiers défavorisés en milieu urbain en tenant compte des zones déclarées déficitaires ; daptation de la filière de prise en charge des patients en partenariat avec les structures d'urgences hospitalières ; Désengorgement des urgences hospitalières ; 2/ La localisation de la maison médicale de garde : Il est recommandé que la Maison Médicale de Garde soit de préférence située dans une enceinte hospitalière ou contiguë d'une structure d'urgence. En milieu rural, elle peut se situer au sein d'un hôpital local ou, éventuellement, d'un EHPAD, d'une maison de retraite ou d'une maison de santé pluridisciplinaire. La MMG peut toutefois être située hors d'une enceinte hospitalière ou d'une structure médico-sociale. Dans ce cas, il est préconisé, pour favoriser la sécurisation des locaux, que la MMG soit contiguë ou proche de services publics assurant une permanence de sécurité (pompiers, police, gendarmerie) ou située dans un centre de santé. Quelle que soit la localisation retenue, les locaux peuvent être partagés en journée avec d'autres structures ou être affectés à une autre utilisation. Une attention particulière devra être portée sur les conditions d'accès du patient pris en charge par la MMG aux pharmacies de garde pour la dispensation des médicaments, le cas échéant. Mentions obligatoires de la convention avec la Mission Régionale de Santé : Localisation de la maison médicale de garde Localisation : dans une enceinte hospitalière mieux intégrée ou contiguë d'une structure d'urgence; à défaut en milieu rural de préférence au sein d'un hôpital local ou à défaut d'un EHPAD ou une maison de retraite ; contiguës ou proches d'autres structures effectuant une permanence (pompiers, police, gardiennage), pour des raisons de sécurité ou située dans les centres de santé en zone urbaine isolée. Autre (à préciser). Conditions et modalités d'utilisation des locaux en dehors du fonctionnement de la MMG. Dispositif de sécurité retenu. 3/ Modalités de fonctionnement de la Maison médicale de garde : - Amplitude horaire : La MMG est ouverte pendant les horaires de PDS, fixés dans le cahier des charges départemental arrêté par le préfet (art.R.6315-6 CSP). Une restriction de l'activité de la MMG peut donc s'effectuer, compte tenu des besoins constatés et en fonction de l'offre hospitalière disponible et des situations locales. La MMG est ainsi prioritairement ouverte sur la plage horaire 20h-24h en semaine, le dimanche et les jours fériés, ainsi que sur le samedi aprèsmidi, lorsqu'un f de permanence des soins est mis en place sur cette plage horaire par le préfet suivant les besoins locaux. Toutefois, compte tenu des besoins constatés, l'ouverture de la structure peut être circonscrite aux samedis après-midi, dimanches et jours fériés. La référence à des afflux saisonniers ou à une crise sanitaire doit être abordée dans le cahier des charges de la MMG. Il peut conduire à modifier les horaires d'ouverture ou à renforcer la présence médicale à la MMG. - Modalités d'accès : L'accès de la MMG doit être de préférence régulé préalablement par la régulation des appels de PDS mentionnée à l'article R.6315-3 CSP. Le 15 doit être privilégié comme numéro d'appel. Un accès direct peut toutefois être accepté au vu de la situation locale. Si la MMG dispose d'un numéro propre, une interconnexion est mise en place avec le centre 15 et un protocole d'utilisation de ce numéro spécifique est élaboré pour garantir une communication claire autour du dispositif général de la PDS. - Intervenants : Un nombre minimum de médecins installés est nécessaire à la cohérence d'ensemble. L'effectif sur lequel fonctionne la MMG ne doit donc pas être uniquement constitué de remplaçants. Par contre, les MMG peuvent être des terrains de stage pour les étudiants en médecine. Par ailleurs, des médecins d'autres secteurs proches doivent pouvoir participer à la MMG et leur participation doit être identifiée. - Les modalités de mise en oeuvre du tiers payant : Les modalités de paiement des usagers au sein de la MMG doivent s'effectuer selon le tiers payant lorsque l'accès à la MMG a fait l'objet d'une régulation. Une attention particulière sur la situation existante localement est requise sur ce point. La convention médicale du 12 janvier 2005 (art.4.1.3.3) renvoie, en effet, à la conclusion d'accords locaux pour la mise en place des formes de dispense d'avance des frais non inscrites dans la convention nationale, notamment pour les actes d'urgence ou pour les cas médicaux non programmés ou pour les soins destinés aux patients en situation de précarité. Mentions obligatoires de la convention avec la Mission Régionale de Santé : Modalités de fonctionnement de la maison médicale de garde Amplitude d'ouverture : Hors afflux saisonniers Pendant afflux saisonniers Modalités d'accès: Régulation par la régulation de PDS Régulation par un numéro spécifique de la MMG Interconnexion avec le SAMU et, éventuellement, protocole d'utilisation du numéro spécifique Accès direct exceptionnel ants : Nombre minimum de médecins participants, dont ceux installés dans un autre secteur: Terrain de stage : Modalités d'articulation du projet dans le dispositif de PDS du département et avec le réseau des urgences ; Modalités de mise en oeuvre du tiers payant. Partie 2 : Modalités de financement L'enveloppe annuelle reconductible sur la période de cinq ans définie dans la convention liant la MRS et la MMG, est déléguée sur les crédits du fonds d'intervention pour la qualité et la coordination des soins (FIQCS) créé par la loi n°2006-1640 du 21 décembre 2006 de financement de la sécurité sociale. Intervenants : Nombre minimum de médecins participants, dont ceux installés dans un autre secteur: Terrain de stage : Modalités d'articulation du projet dans le dispositif de PDS du département et avec le réseau des urgences ; Modalités de mise en oeuvre du tiers payant. ANNEXE 3 Partie 2 : Modalités de financement L'enveloppe annuelle reconductible sur la période de cinq ans définie dans la convention liant la MRS et la MMG, est déléguée sur les crédits du fonds d'intervention pour la qualité et la coordination des soins (FIQCS) créé par la loi n°2006-1640 du 21 décembre 2006 de financement de la sécurité sociale. Le financement des MMG est global et affecté au promoteur ou pour partie directement à l'établissement hébergeant la structure, selon les cas (frais de fonctionnement ; location des locaux ). Par ailleurs, des partenariats avec d'autres acteurs institutionnels, notamment les collectivités locales, sont à développer notamment pour ce qui concerne la mise à disposition de locaux, la sécurisation de la MMG ou l'organisation des transports en commun vers cette structure. - Les locaux: Les crédits délégués financent le prix moyen de location intégrant les charges, déterminé sur la base d'une surface de Maison Médicale de Garde (MMG) adaptée à l'activité et devant être au maximum de 120 m2, avec un prix moyen global fixé sur la base du prix moyen observé dans la région ou ville. Un budget pour la mise aux normes et pour la réfection des locaux peut être prévu en cas de nécessité. Lorsque les locaux sont mis à disposition par un établissement de santé, celui-ci perçoit par le promoteur de la MMG, selon les règles de droit en vigueur et le cahier des charges sur les MMG :. un loyer si la MMG est établi sur le domaine privé ;. une redevance si elle est établie sur le domaine public (article L.2125-1 du code général de la propriété des personnes publique). - Les coûts d'investissement : L'enveloppe peut se situer entre 20 000 et 25 000€ maximum la première année pour le matériel médical, le matériel informatique téléphonique et le mobilier. La Maison Médicale de Garde n'a pas à disposer d'un équipement médical lourd. - Les coûts de fonctionnement : L'enveloppe pour prendre en charge les consommables et petit matériel peut se situer entre 8 000 à 15 000€ par an. - Les charges de personnel : Une personne préposée à l'accueil téléphonique et physique peut être nécessaire, pour des raisons d'activité ou de sécurité. Toutefois, le temps rémunéré de ce professionnel ne peut pas dépasser les horaires de la PDS tels que définis par le comité départemental de l'aide médicale urgente, de la permanence des soins et des transports sanitaires (CODAMUPS) et le préfet dans le cahier des charges départemental. (par exemple si la PDS est définie de 20h00 à minuit la semaine de 12h à minuit les samedis et de 8h à minuit les dimanches et fériés c'est-à-dire 48H par semaine sans tenir compte des ponts et fériés tels que définis dans le décret PDS du 28.12.2006). Par ailleurs, une prestation de ménage peut être envisagée. En cas d'hébergement par un établissement, le coût de cette prestation est inclus dans le loyer. - La coordination du fonctionnement de la MMG : En fonction, d'une part, du nombre de médecins participant au fonctionnement de la structure et, d'autre part, des situations locales, une coordination peut être mise en place. Néanmoins, si cette activité est réalisée par un médecin, elle ne peut être rétribuée à plus de 1C/jour d'ouverture par an au total pour la structure. La somme peut être attribuée forfaitairement pour le ou les médecins en charge de la MMG. - Autres frais : Des frais de gestion peuvent éventuellement être intégrés aux crédits délégués avec des honoraires d'expert comptable. Ces frais seront compris dans une fourchette à élaborer sur des bases comparatives entre régions et MMG, ainsi que des prestations de gestion du personnel permettant d'optimiser les coûts et d'assurer une stabilité. 126 ANNEXE 4 : QUESTIONNAIRE Qui êtes vous? *Sexe Homme Femme *Age 25-40 ans 41-60 ans plus de 60ans *Type d'exercice Urbain Semi rural Rural *Type de cabinet Seul(e) En association Maison médicale pluridisciplinaire Activité hospitalière à temps partiel Remplaçant(e) *Département de pratique Gironde Landes Pyrénées Atlantiques Lot et Garonne Dordogne A propos des MMG *Connaissez vous les MMG? Oui Non *Il y en a-t-il dans votre département? Oui Non Si oui, participez vous à son fonctionnment? Oui Non Si oui, en êtes vous satisfait? Très satisfait Satisfait Peu satisfait Non satisfait Si non, participez vous à la liste de garde de votre secteur? Oui Non Le système de Garde dans votre secteur vous parait-il suffisant pour assurer la PDSA? * Oui Non 127 Pensez-vous qu'il y a besoin d'une nouvelle structure pour assurer la PDSA? * Oui Non Si une MMG ouvrait à proximité du centre hospitalier de votre secteur, souhaiteriez-vous vous y investir ? Oui Non Si non, pourquoi? Risque d'impayés Problème de localisation ( trop éloigné) Risque professionnel Mise en péril de l'activité libérale Autre : Pensez-vous que les MMG sont une solution pérenne pour améliorer la PDSA? Oui Non Suggestions/commentaires 128 SERMENT MEDICAL Au moment d'être admise à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J'interviendrai les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité. J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences. Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. Admise dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçue à l'intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les moeurs. Je ferai tout pour soulager les souffrances.
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Nous entendons « aléatoire » dans le premier sens du terme où « la réussite ou l'échec de quelque chose ou de quelqu'un dépend d'un hasard favorable ou défavorable » (Le Petit Robert). Les problèmes liés au caractère imprécis et aléatoire de l'écoute par défaut ne sauraient remettre en cause les avantages indéniables de l'individualisation de l'écoute. Cependant, dans le cadre envisagé d'un travail précis et exhaustif de restitution de la microstructure de la BT, il paraît indispensable de trouver des solutions ergonomiques et didactiques pour dépasser les limites exposées de l'écoute par défaut. Cette recherche de solution constitue un des éléments principaux de notre réponse à la question de recherche. Nous nous sommes pour cela tournée vers des outils multimédias issus de la recherche en didactique des langues en France, qui présentent l'intérêt de viser un public spécifique pour des objectifs spécifiques et non de s'adresser à un « large public » (Guichon, 2007 : 41) comme c'est le cas des solutions multimédias développées par des entreprises ou maisons d'édition et qui ne prennent pas toujours en compte la L1 de l'étudiant, dont nous avons vu qu'elle influait sur les questions didactiques (Ch.1). 2.3.3 Outils issus de la recherche Bertin (1997 : 17) décrit trois types d'outils multimédias pour l'enseignement / apprentissage des langues : les logiciels du commerce fermés (dont les contenus ne peuvent être modifiés), les logiciels du commerce ouverts (plus rares) et les logiciels spécifiques « conçus ou réalisés au sein de l'institution ». C'est à cette dernière catégorie que nous nous intéressons ici. Elle comprend des logiciels fermés, des « dispositifs d'apprentissage » également fermés, et des « systèmes-auteurs » qui « permett aux enseignants eux-mêmes de réaliser leurs propres matériaux pédagogiques sans connaissance informatique poussée » (ibid. : 18). Le logiciel MACAO (« Modules d'Aide à la Compréhension de l'Anglais Oral ») conçu en 2002 par Poussard et Vincent-Durroux est un exemple de logiciel fermé (devenu « application Web »63) issu de recherches sur la problématique de la compréhension de l'oral par des étudiants francophones. Son contenu a été développé au fur et à mesure des travaux des auteurs sur les difficultés liées à la morphosyntaxe et aux attentes erronées des étudiants par rapport à l'écrit (Poussard et Vincent-Durroux, 63 MACAO est accessible en ligne depuis 2010 en ligne : http://meticebeta.univ-montp3.fr/macao/. 64 L'inférence est ici définie comme le processus de reconstruction d'un élément textuel « inaudible » en raison de contraintes phonologiques. Il s'agit d'un processus de contrôle descendant que nous appelons « compensation » dans la figure 12. 112 Ces deux exemples de logiciels fermés sont au service de principes élaborés par la recherche en didactique de l'anglais au sein de l'Institution. Ils servent le traitement phonologique de la chaîne parlée et, donc, la reconstruction de la microstructure de la BT. Cependant, ils ne permettent pas de répondre à notre recherche spécifique d'un outil permettant le travail de compréhension sur un document en entier. Sans doute en raison de la durée très courte des passages sonores, le mode d'écoute proposé est encore plus minimaliste que l'écoute par défaut : l'étudiant entend le son « normalement » (comme dans le mode d'écoute par défaut) mais il ne voit pas de lecteur. Guichon (2004) est l'auteur d'un autre exemple d'outil fermé conçu dans le cadre d'une recherche-développement au sein de l'Institution : « Virtual Cabinet ». Selon l'auteur, l'outil n'est pas une « ressource à proprement parler, mais un dispositif, car un accompagnement pédagogique est prévu »65 : à la fin de leur travail en autonomie, les étudiants envoient une note de synthèse à leur enseignant-tuteur. Cette note de synthèse relative à la résolution d'une situation-problème constitue la « macro-tâche » (Guichon, ibid. : 3) au sein du dispositif. Celui-ci a été pensé dans une perspective actionnelle en lien avec le CLES (Certificat de Compétences en Langues de l'Enseignement Supérieur) à l'Université Lyon II. Il s'adresse aux étudiants qui présentent le CLES 2. point de départ du scénario basé sur la prise de décision politique est un travail de compréhension de l'oral : les ressources à partir desquelles l'étudiant construit sa note de synthèse sont des documents vidéo et sonores (Sockett, 2007). Différents types de « micro-tâches » sont organisées autour de chacun des documents sonores afin de travailler, entre autres et en plus du contenu informationnel, le lexique oral, la grammaire de l'oral et le lien entre forme et sens (en particulier l'intonation). Les exercices sont de type textes à trous, glisser-déposer ou QCM. En même temps qu'il résout ces micro-tâches, l'étudiant doit penser à extraire les informations pertinentes qu'il comprend dans les documents en vue de la rédaction de sa note de synthèse. 66 Nous avons uniquement pu observer les activités d'une unité d'enseignement disponible dans la version de démonstration : http://sites.univ-lyon2.fr/vcab/demo/. 67 Cette recherche trouve son ancrage dans des congrès tels que celui de RANACLES (Rassemblement National des Centres de Langues de l'Enseignement Supérieur) et de la SAES (Société des Anglicistes de l'Enseignement Supérieur) dans l'atelier des nouvelles technologies pour l'enseignement et la recherche. 68 Nom d'origine : « Learning Space ». 114 L'ensemble constitue alors une ressource pédagogique »69. Dans sa présentation de son système-auteur multimédia Learning Labs, Bertin insiste sur le fait qu'un systèmeauteur doit permettre « à tout formateur, même débutant en informatique, de créer ses propres leçons, sans écrire une seule ligne de programme »70. Les recherches menées par l'auteur avec Learning Labs lui ont en particulier permis de construire la « théorie de l'espace d'apprentissage » (Bertin, 1999 : 10). Cette théorie situe l'outil « selon le type de relations qu'il entretient avec l'environnement informatique dans lequel il s'insère ». Elle décrit : • les logiciels « intégrés » qui comprennent un nombre variable d'outils de référence, de réflexion, d'organisation (etc.) en fonction d'une ergonomie étudiée pour favoriser l'activité cognitive des étudiants (Bertin cite en particulier les liens hypertextuels et l'automatisation de certains appels) ; • les logiciels « intégrateurs » qui n'intègrent pas explicitement des outils complémentaires mais dont l'ergonomie permet d'appeler ou d'échanger des données avec d'autres logiciels remplissant ces fonctions ; • les logiciels « autonomes » qui ne sont pas prévus pour organiser de telles relations avec d'autres logiciels Bertin (ibid. :11) précise que le type de logiciel utilisé dépend de l'objectif didactique visé : « L'opposition entre ces situations indique généralement une distinction au niveau des objectifs pédagogiques : plus globaux dans un cas [logiciels intégrés ou intégrateurs], plus ponctuels dans l'autre ». Le programme SWANS (Synchronised Web Authoring Notation System) visait à développer un logiciel de type « autonome ». Comme les autres programmes issus de la recherche institutionnelle, celui-ci est parti d'une réflexion théorique autour d'un problème didactique. Le choix du fond noir et les options de couleurs, ainsi que les différentes tailles de caractère, mettent en avant l'attaque de la syllabe accentuée sur le premier phonème puis une diminution de l'accentuation. Les syllabes désaccentuées sont indiquées en gris. Ces jeux sur le visuel sont autant de techniques de « mise en évidence de l'input » (angl. input enhancement) dont Chapelle (2003 : 42) rappelle qu'il est l'un des principes clés des théories de l'acquisition d'une L2 (Second Language Acquisition, ou SLA). L'auteur décrit en particulier trois types de mise en évidence de l'input possibles : la saillance, qui consiste à faire ressortir l'élément à apprendre ; la modification, qui vise à rendre le contenu compréhensible pour l'apprenant par tous les moyens possibles qui renseignent son sens ; et l'élaboration, qui cherche à aider l'apprenant à encoder 116 l'information par l'ajout d'informations supplémentaires (ibid.). Dans la figure 14, le principe qui domine est celui de la saillance. Si l'écoute du son simultanée en synchronie avec une visualisation graphique a pu être mise en oeuvre71, l'exemple de texte annoté avec la version finale de SWANS cidessous montre que cette version finale de l'application n'a pas su rendre entièrement compte de la complexité de l'accentuation des syllabes : Figure 15 - Annotation d'un texte avec SWANS ( Stenton et al., 2006). Le prototype de représentation proposé (figure 14) n'a pas pu être appliqué et toute la syllabe se trouve grossie sans les nuances nécessaires à une représentation précise du contour accentuel du mot. De plus, les syllabes désaccentuées, dont nous avons vu qu'elles étaient particulièrement difficiles à repérer, ne sont pas notées. Or, le bon encodage de l'accent de mot semble indissociable de la mémorisation du contraste avec les autres syllabes du mot et de la compréhension du mécanisme général d'accentuation et désaccentuation des syllabes au sein des mots lexicaux. Enfin, le programme n'a pas abouti à la mise en oeuvre de l'annotation automatisée du texte, ce qui a condamné sa diffusion pour une utilisation pratique sur le terrain. Néanmoins, en ce qui concerne notre problématique, les travaux de Stenton et al. (2006, op.cit.) invitent à réfléchir à la question de la multimodalité, définie par la 71 Le logiciel SWANS n'est toutefois pas le seul à proposer une telle écoute simultanée en synchronie avec une visualisation graphique : l'un des produits phare de la gamme Vocable est un lecteur « karaoké » qui propose ce mode d'écoute à partir des articles de son magazine publiés en ligne. combinaison du sonore et du visuel (autre que la vidéo), pour dépasser les limites des lecteurs de l'écoute par défaut. L'outil multimédia offre une occasion unique d'intégrer le son, l'image et le texte et de mettre ainsi les techniques de mise en évidence de l'input en contact direct avec l'objet d'étude, ici la langue orale. Avec son logiciel-auteur Help Yourself, Cazade est sans doute l'un des chercheurs à avoir é le plus loin l'utilisation des TIC pour développer des techniques de mise en évidence de l'input et d'intégration des différents média au profit de l'apprentissage de ses étudiants à l'Université de Paris-Dauphine. Son travail illustre les propos de Chapelle lorsque ce dernier souligne l'intérêt d'un environnement médiatisé par ordinateur pour modifier l'input : Input modification refers to the provision of an accessible rendition of the L2 input. In CALL materials, modification appears as hypertext and hypermedia links that help the learners comprehend the input. This definition of modification expands the construct that has been used in research on classrooms tasks, where modifications can be any form of simplification, repetition, clarification, or L1 translation []. (Chapelle, 2003 : 45) Cazade (2000b) décrit de manière exhaustive ses choix et ses rejets pour développer un logiciel-auteur comprenant de multiples outils organisés en fonction des principes d'« ergonomie didactique » (Bertin, 2000). Help Yourself fait partie de la classe des logiciels qui intègrent en leur sein des liens non seulement vers des textes (« hypertexte ») mais aussi vers plusieurs médias tels que l'image, le son ou la vidéo (« hypermédia ») dans le but d'aider les étudiants à travailler sur leur objet d'étude. Cazade (ibid. : 154) parlait dès 2000 de « modes de didactisation multimédia ». Son outil a la particularité de contenir deux niveaux d'utilisation : un niveau de « consultation » par lequel l'étudiant peut explorer à son gré des contenus dans des formes et médias multiples, et un niveau « d'évaluation », géré par le système, qui vise l'auto-évaluation (ibid. : 37). Ce deuxième niveau s'appuie en particulier sur des protocoles de questionnement qui visent à cerner ce que l'apprenant a mémorisé sur le « contenu » d'un document (sens, compréhension, interprétation, etc.) et sur son « contenant » (éléments constitutifs de la langue) (ibid. : 39). La description par l'auteur de ces protocoles de questionnement montre des choix ergonomiques toujours en lien avec la didactique, comme l'illustre sa décision d'inclure dans le logiciel la possibilité de création de textes à trou s : Le système de questions à trous que j'ai mis au point peut cibler un ou plusieurs mots [], mais aussi une partie quelconque de mot, et donc permet d'amener l'apprenant à réfléchir sur les différents modes de construction du lexique, sur les flexions, les correspondances s entre graphie et prononciation (accentuation ou sonorités), etc. Un des intérêts majeurs des questions à trous est d'amener l'apprenant à fournir sa réponse au prix d'un effort de « production » plus complètement mobilisateur que le simple cochage typique du QCM. (Cazade, 2000b : 40) Cette réflexion théorique didactique l'a d'ailleurs mené a proposé deux types de questionnement, inédits à notre connaissance : les « questions couleurs » et les « Multiple Substitution Questions » (ibid. : 41-44). Son outil étant au service de l'apprentissage, Cazade a également mis l'accent sur l'interaction homme-machine par un système de feedbacks formatifs (ibid. : 54) mais aussi par un travail sur la gradation possible de chacune des activités proposées. « HYS a essentiellement le mérite, pour moi, de m'avoir permis de traduire expérimentalement, dans une réalité que je pouvais modeler à ma guise, semaine après semaine, jour après jour parfois, les intuitions qu'il m'arrivait d'avoir, les suggestions de mes étudiants, les demandes de certains de mes collègues afin d'aboutir à des activités petit à petit plus riches et plus vivantes. J'ai ainsi pu essayer de reproduire, de mettre à l'épreuve, de paramétrer différemment (et d'améliorer parfois) ce qui me paraissait intéressant ailleurs, tout en m'efforçant de donner corps à mes propres idées. Le logiciel a été une sorte de lieu d'expérimentation, de « bench mark », d'établi de travail, de prétexte à une recherche plus large. » (Cazade, 2000 : 33) Une fois le document choisi et numérisé, ce module type est articulé autour de la « didactisation du script de la vidéo », considérée comme une « option prioritaire » (ibid. : 73-74). Le module part donc du texte et prête une attention particulière à la « rencontre de l'image, du son et d'un contenu textuel ». C'est également cette rencontre de plusieurs médias après le choix d'un document vidéo ou sonore qui fait la particularité du logiciel LAVAC développé par Toma au cours de la même période (milieu des années 90) au sein du laboratoire de recherche LAIRDIL (Université de Toulouse). Il s'agit, comme Language Labs et Help Yourself, d'un logiciel intégré qui permet d'organiser les liens hypertexte et hypermédia à partir de « séquences » positionnées verticalement dans la moitié gauche de l'interface. Les liens à partir des séquences peuvent se faire vers des images, des textes du son, de la vidéo ou des exercices de type questionnement ou textes à trous créés à partir de l'interface elle-même ou avec un autre logiciel73. La possibilité de lancer des liens externes à partir du logiciel permet également d'intégrer les ressources existantes sur l'internet. Mais alors que Cazade part du script d'une vidéo, Toma propose de retarder au maximum l'arrivée du script écrit lors du travail sur l'oral : Lorsqu'un didacticiel peut conduire l'apprenant à travers les différentes étapes qui l'aideront à passer du son entendu au sens à comprendre, l'effort, librement consenti, sera tel que la mémorisation de la forme orale des mots qui lui ont posé problème se fera au niveau le plus profond. 73 Comme avec le logiciel Help Yourself, créer un exercice avec le logiciel-auteur lui-même permet d'assurer le suivi de l'étudiant par la récupération des réponses et des scores. 120 Ses fonctionnalités didactiques visent à aider les étudiants lors d'un travail de compréhension de l'anglais oral par l'apport d'informations visuelles (images, textes d'aides, représentation phonétique – l'auteur proposant que le script ne soit fourni par l'enseignant qu'à la fin du travail), par la possibilité d'explorer des liens externes (vers des dictionnaires sur internet ou autres sources permettant de contextualiser le document par exemple), mais aussi par des aides liées au traitement didactique du son qui consiste à « la mise en place d'opérations didactiques visant à rendre le son de plus en plus compréhensible à l'apprenant » (Toma, 2005 et 2010). Différents modes d'écoute d'un document sonore ou vidéo résultent de ce traitement didactique du son et pourraient permettre de dépasser les limites ergonomiques et didactiques constatées de l'écoute par défaut. Mais évaluer l'intérêt de tout autre moyen d'écoute pour aider les étudiants du LANSAD à améliorer leur compréhension de l'oral suppose que l'on dispose d'un outil de mesure de leur niveau dans cette compétence. C'est pourquoi le troisième et dernier point de ce chapitre 2 est un état des lieux de la question de l'évaluation de la compréhension de l'oral. 3. Méthodologies d'évaluation Un état des lieux de la question d'évaluation s'impose non seulement dans la perspective de notre recherche de modes d'écoute pour améliorer le niveau de compréhension de l'oral des étudiants du LANSAD, mais également parce que l'évaluation s'inscrit dans toute démarche d'enseignement / apprentissage afin d'aider l'apprenant à situer son niveau, à définir ses objectifs et à valider son travail. Une des difficultés de l'évaluation de la compréhension de l'oral est que le produit de l'écoute, c'est-à-dire le résultat de la mise en oeuvre des processus cognitifs et linguistiques pertinents, ne peut être observé qu'indirectement à travers les compétences de production orale ou écrite (Brown, 2004 : 118). Et la question du biais induit par le recours obligatoire à d'autres compétences semble difficile à résoudre : « One of the challenges of assessing listening is that it is well nigh impossible to construct a 'pure' test of listening that does not require the use of another language skill. » (Alderson et Barnejee, 2002 : 87). Le but est alors de trouver le meilleur compromis pour évaluer cette compétence indirectement. À cet effet, nous présentons dans un premier temps les éléments théoriques essentiels à prendre en compte lorsqu'est abordée la question de l'évaluation. Nous analysons ensuite les pratiques actuelles d'évaluation de la compréhension de l'oral. Dans un troisième temps, nous nous interrogeons sur la possibilité de transférer au domaine du LANSAD la méthode d'évaluation par compréhension / restitution telle qu'elle est proposée aux étudiants spécialistes de la discipline lors des épreuves orales du CAPES et de l'agrégation 3.1 Éléments théoriques pour l'évaluation de la compréhension de l'oral Le terme « évaluation » fait référence à plusieurs réalités dans l'enseignement des langues mais, du contrôle de connaissances à la certification, il s'agit de mesurer le niveau d'un apprenant à un moment donné de son parcours d'apprentissage. 3.1.1 Différents types d'évaluation Une évaluation est définie en fonction de différents traits qui sont autant de critères à prendre en compte pour atteindre les objectifs visés : • son aspect [+INFORMEL] (la simple réponse d'un étudiant à une question pendant le cours est un exemple d'évaluation informelle) ou [+FORMEL] dans le cas d'une méthode d'évaluation explicite et structurée qui donne lieu à une note (Brown, ibid. : 5) ; • son caractère [+FORMATIF] ou [+SOMMATIF] en fonction de l'utilisation qui en est faite dans le parcours de l'apprenant : l'évaluation formative intervient « au cours d'un apprentissage ou d'une formation et permet à l'élève ou à l'étudiant de prendre conscience de ses acquis et des difficultés rencontrées, et de découvrir par lui-même les moyens de progresser » (MEN74) ; l'évaluation sommative intervient « au terme d'un processus d'apprentissage ou de formation afin de mesurer les acquis de l'élève ou de l'étudiant » (ibid.) ; 74 http://www.education.gouv.fr/bo/2007/33/CTNX0710380K.htm 122 • sa forme [+DISCRET] (angl. discrete-point tests), lorsqu'elle porte sur l'un des constituants de la compétence, considéré indépendamment des autres, ou [+INTÉGRATIF] lorsque la compétence est considérée comme la somme de ses différents éléments (Oller, 1979 cité dans Buck, 2006 / 2001 : 66) • ses traits [+AUTHENTIQUE] dans le cadre d'une approche communicative et [+PERFORMATIF] dans une perspective actionnelle où la compétence est jugée à travers la performance de tâches « réelles », par exemple celle d'un entretien d'embauche (Brown, ibid. : 10-11). Les caractères [+FORMEL], [+SOMMATIF] et [+INTÉGRATIF] définissent typiquement les évaluations dans le cadre de l'obtention d'un diplôme, donnant droit à un grade ou un titre, ou de l'obtention d'une certification, attestant de la conformité d'un niveau en fonction de normes en vigueur – le CECR pour les langues par exemple. 3.1.2 Faisabilité, fiabilité et validité La littérature sur le sujet (voir, entre autres, Alderson et Barnejee, op.cit. ; Bachman, 1990 ; Brown, 2004, op.cit. ; Buck, op.cit.) recense trois facteurs pour juger la pertinence de tout format d'évaluation : sa faisabilité, sa fiabilité et sa validité. La notion de « faisabilité » d'une évaluation, ou sa facilité d'utilisation, se pose de manière particulière lors de l'évaluation des compétences orales en raison des questions logistiques qu'elle soulève lorsque de grands nombres d'étudiants doivent être évalués en même temps. La « fiabilité » de l'évaluation dépend de l'instrument de mesure choisi qui doit permettre de reproduire toujours la même évaluation. La fiabilité est garantie « si la nature des informations [que le dispositif d'évaluation] fournit et/ou des appréciations qu'il conduit à formuler ne dépend pas de la personne (observateur, correcteur, évaluateur) à qui son utilisation est confiée » (IRDP75). Cette fiabilité passe, par exemple, par un barème précis de l'évaluation appliqué de la même manière par tout le monde (ibid.) 75 Cette définition est issue du site créé par l'Institut de recherche et de documentation pédagogique (IRDP) dédié à l'édumétrie. L'édumétrie mesure les résultats de l'apprentissage. http://www.irdp.ch/edumetrie/ .htm enseignement et d'évaluation La « validité » concernerait les conclusions basées sur les résultats obtenus par les apprenants, et non pas tant le résultat de l'évaluation en soi (Alderson et Barnejee, ibid. : 79). Un dispositif d'évaluation dans son ensemble est valide s'il mesure ce qu'il souhaite mesurer et non autre chose (ibid.). Bachman définit ainsi ce concept : Although evidence may be accumulated in different ways, validity always refers to the degree to which that evidence supports the inferences that are made from the scores. (Bachman, 1990 : 236) Maîtriser la validité des inférences résultant d'un dispositif d évaluation est complexe en raison des nombreux éléments qui la composent : validité de contenu, validité prédictive, validité écologique, validité de façade, etc.76. Mais selon Alderson et Barnejee (ibid.) la validité de « construit77 », aussi appelée validité « théorique », peut être considérée comme le concept unifiant tous les types de validité. Buck résume ainsi la problématique d'une démarche d'évaluation : Our test will be useful and valid only if it measures the right construct. Thus, the first task of the test developer is to understand the construct, and then, secondly, to make a test that somehow measures that construct []. (Buck, 2006 / 2001 : 1) Assurer la validité d'un dispositif d'évaluation de la compréhension de l'oral est particulièrement délicat car, comme noté en introduction de ce point, son évaluation est nécessairement indirecte. Buck (ibid. 76 Voir Bachman (ibid. : 236-291), Brown (ibid. : 22-27) et le site de l'IRDP pour une définition de ces termes. 77 Le « construit » est l'entité théorique que l'on tente de mesurer . 124 C'est à la lumière de tous ces éléments que nous explorons les moyens mis en oeuvre pour évaluer de manière formelle et sommative la compétence de compréhension de l 'oral. 3.2 Pratiques d'évaluation de la compréhension de l'oral La mise en place d'un dispositif d'évaluation de la compréhension de l'oral nécessite de trouver le meilleur compromis possible entre tous les éléments décrits pour assurer un haut degré de validité aux inférences basées sur les résultats. 3.2.1 Influence des conditions d'écoute et du document support Assurer la validité du construit « compréhension de l'oral » réclame de mettre les candidats dans des conditions d'écoute identiques pour tous afin d'assurer l'équité de l'épreuve, ce qui nécessite une sonorisation parfaite. Les questions logistiques d'équipement et de qualité acoustique des salles pourraient être un frein à l'évaluation de la compréhension de l'anglais oral lorsque de grands nombres de candidats sont concernés. Cette contrainte logistique explique peut-être l'absence d'une épreuve de compréhension de l'anglais oral à l'examen unique national du baccalauréat. Cette épreuve réclamerait en effet qu'un très grand nombre de salles soit équipé pour diffuser un son de qualité à tous les candidats en même temps. Ces mêmes contraintes logistiques risquent de se poser lorsque la validation d'une certification en langue sera obligatoire pour l'obtention d'un diplôme, comme cela est prévu pour tous les masters d'enseignement à partir de la rentrée universitaire 2011. Les questions de qualité d'écoute encouragent à évaluer la compréhension de l'oral à partir d'une écoute avec casque individuel, par exemple dans des laboratoires de langues. La gestion de grands groupes est alors difficile car l'équité entre les candidats n'est garantie qu'à la condition qu'ils ne communiquent pas entre eux : le schéma d'articulation des processus de haut et bas niveau en figure 12 montre l'influence des c s préalables du contenu général du document sur la compréhension de l'oral dans son ensemble. Chapitre 2 - Problèmes d'enseignement et d'évaluation 125 L'écoute individuelle pose cependant la question pratique de la manipulation par le candidat du document sonore et du nombre d'écoutes autorisé78. Alderson et Barnerjee (ibid. : 89) soulignent l'effet du nombre d'écoutes sur le niveau de compréhension de l'oral : jouer le passage à deux reprises faciliterait la compréhension. Dans la perspective de rendre l'évaluation la plus authentique possible, Buck (ibid. : 170) défend l'idée de distribuer les questions à l'avance et de ne jouer le document sonore qu'une seule fois : « In virtually all real-world listening situations we hear the text once, and only once, and fast, automatic processing of language is a basic listening ability that we need to test. ». Selon l'auteur, si les candidats manquent une information, ils doivent montrer qu'ils sont capables d'activer des stratégies de compensation ou d'inférence adéquates pour combler ce vide. Il admet toutefois que jouer le document une seconde fois « n'est pas si artificiel que cela »79 car la situation d'évaluation réclamerait une compréhension beaucoup plus précise que dans la « réalité » (« in normal conditions »). Comme Buck le fait remarquer, une situation d'évaluation est par définition artificielle. Le choix de limiter, ou non, le nombre d'écoutes et d'autoriser, ou non, l'étudiant à gérer sa propre écoute ne se pose selon nous pas en termes d'authenticité de la situation d'évaluation mais dépendrait plutôt de trois facteurs : les contraintes liées à l'environnement logistique, la nature du reste du dispositif d'évaluation, en particulier de la tâche demandée, et les objectifs d'évaluation. Les conditions d'écoute posent enfin la question de la nature du document, vidéo ou sonore, pour l'évaluation du construit « compréhension de l'oral ». Alderson et Barnejee (ibid. : 89) et Buck (ibid. : 123) citent les travaux de Gruba (1997), de Ginther (2000) et d'Alderson et al. (1995) montrant que seules les vidéos dont les images correspondent exactement au contenu oral améliorent la compréhension de l'oral. Selon ces mêmes travaux de recherche, une vidéo dont les images sont uniquement contextuelles dégraderait au contraire les résultats en compréhension raison du trop 78 Les logiciels de suivi fournis avec les laboratoires multimédias de langue contiennent pour la plupart une fonction « diffusion du son » sur chaque poste élève qui permet au professeur de contrôler l'écoute individuelle de chacun tout en garantissant une qualité sonore optimale. 79 « [P]laying the text a second time does not appear such an unnatural thing to do. » (Buck, ibid. : 171) 126 grand nombre de tâches à traiter80. Il existe d'autres moyens pour contextualiser un document, plus simples à mettre en oeuvre que l'utilisation du support vidéo. Buck suggère l'utilisation de photos mettant en scène les interlocuteurs, mais le recours à l'image est délicat car elle doit être monosémique. Il est aussi possible d'annoncer et d'écrire le titre du document ou de situer le contexte par un court texte écrit dans la L1 (afin de ne pas créer d'interférence avec la compétence de compréhension de l'écrit). technique signifie toutefois que sont supprimés les mots les moins difficiles à reconnaître à l'oral (Ch.1, 3.3.3). De plus, en laissant le reste du texte visible à l'étudiant, la plus grande partie du travail de segmentation de la chaîne parlée est effectuée pour lui, et les textes à trous ne mesurent alors que la reconnaissance lexicale d'un mot donné et non la compréhension. Buck (ibid. : 70) conclut d'ailleurs ceci : « It is difficult to claim that the listening-recall test provides evidence of comprehension. ». Les tâches de transfert d'information (Brown, ibid. : 127-129) sont des tâches d'écoute sélective plus intégrative que les tâches de texte à trous. Il s'agit par exemple de remplir une grille d'écoute (un emploi du temps par exemple), de tracer un chemin sur une carte, de décider quelle phrase décrit le mieux une photo ou quelle image représente le mieux le contenu d'un passage. Comme ces exemples le montrent, les tâches de transfert sont limitées à des textes très courts et concrets qui autorisent des représentations simples. 3.2.3 Les questions de compréhension Les limites des exercices que nous venons de décrire expliquent que les tâches d'évaluation de la comp ension de l'oral par des questions-réponses sont parmi les plus courantes. Les questions peuvent porter sur une écoute extensive du texte (questions globales) mais aussi sur une écoute sélective (questions détaillées). Buck (ibid. : 134-146) décrit les trois formats les plus répandus : les questions visant des réponses courtes, les QCM, et les questions en vrai/faux. Ce dernier format est critiqué en raison du facteur chance. Le format QCM avec trois ou quatre réponses possibles limite ce facteur chance. Il ne peut néanmoins assurer la validité du construit que si les réponses nécessitent réellement de comprendre. Dans le tableau 6 ci-dessous nous incluons un exemple de QCM extrait de Brown (ibid. : 133) et de Buck (ibid. Il n'est pas nécessaire de comprendre l'anglais oral pour répondre à la question dans la colonne de gauche : il faut connaître à l'écrit le mot « flu » et se servir de son bon sens. Répondre à la question à choix multiple dans la colonne de droite nécessite d'écouter le passage. Toutefois, plus qu'une question de compréhension de l'oral, il s'agit d'une question de reconnaissance d'une expression idiomatique : le court passage oral contient en effet l'expression « to be tired of » au début de la deuxième phrase « Yes, he's tired of the restaurant business ». En outre, effectuer le bon choix dans les réponses fait appel à la compétence lexicale à l'écrit. Si les QCM sont un moyen pratique d'évaluer la compréhension de l'oral, les deux exemples ci-dessus montrent que, même avec un niveau d'expertise élevé dans la construction des QCM, la validité du construit n'est pas toujours assurée. Freedle et Kostin (1999) ont relevé dix-sept facteurs susceptibles de faciliter ou de compliquer la tâche de compréhension à partir de l'analyse de 337 QCM du TOEFL, pourtant conçu par des experts en la matière s'il en est. Deux facteurs en particulier affectent le niveau de difficulté de la tâche : l'endroit où se trouve l'information clef dans le passage écouté et le degré de « chevauchement lexical » (angl. lexical overlap), défini par la présence dans la question des mots du texte oral. Le biais induit par le degré de chevauchement lexical incite à discuter du problème de la langue dans laquelle les questions sont posées. Cette discussion n'est pas tinente pour des évaluations à caractère international qui ne prennent pas en compte la L1 de l'apprenant mais elle l'est au niveau national, pour l'évaluation des étudiants francophones du domaine LANSAD. Poser les questions, et éventuellement proposer des réponses multiples, en anglais induit deux biais : l'interférence possible du niveau de compétence en compréhension de l'écrit et le degré de chevauchement lexical. Le recours au français évite ces deux écueils mais implique pour le candidat de mettre en oeuvre ses compétences de traduction, qui vont au-delà de la compétence de compréhension de l'anglais oral. Il s'agit d'effectuer les choix les plus pertinents pour évaluer au mieux le construit visé. 3.2.4 De la dictée à la restitution Parce qu'elle part directement du texte oral, la tâche de dictée (angl. dictation) évite à la fois le problème de la langue choisie et les biais induits par la nature de la question Chapitre 2 - Problèmes d'enseignement et d'évaluation 129 posée. Elle permet aussi de dépasser l'aspect trop ponctuel des textes à trous ou des questions à réponse courte et de s'intéresser à des textes plus longs. L'exemple de dictée proposé par Brown (ibid. : 131) ressemble à l'exercice de dictée en français L1 dont l'objectif est de vérifier les compétences en orthographe et en grammaire des élèves. La tâche d'évaluation que l'auteur décrit comprend trois lectures d'un court passage de 50 à 100 mots : une première lecture normale, une lecture à un débit ralenti avec de longues pauses entre les différents groupes syntaxiques (seuls le verbe et son complément d'objet ne sont pas séparés par une pause) qui ne dépassent pas plus de quatre ou cinq mots, puis une dernière écoute normale. Si Brown constate que de nombreuses recherches ont montré l'intérêt de l'exercice de dictée pour mesurer le niveau de compréhension de l'oral, il reste dubitatif : However, a word of caution lest you assume that dictation provides a quick and easy method of assessing extensive listening comprehension. If the bursts in a dictation are relatively long (more than five-word segments), this method places a certain amount of load on memory and processing of meaning. (Brown, 2004 : 132) Lorsqu'il mentionne les possibles interférences des capacités mnésiques pour la compréhension de passages excédant cinq mots, l'auteur cite Buck. Mais pour Buck, au contraire, le principe de la dictée n'a d'intér pour évaluer la compréhension de l'oral que dans la mesure où les passages sonores entre les pauses sont assez longs pour obliger le candidat à mettre en oeuvre des connaissances automatisées pour mémoriser le contenu syntaxique du passage de manière intégrative, et non simplement les mots discrets qui le composent : « In my view dictation works in a number of ways, depending on how long the segments are and how much they challenge the test-taker. » (Buck, ibid. : 77). Selon Buck, prendre en dictée des segments comprenant un petit nombre de mots équivaut à un exercice de reconnaissance lexicale et non de compréhension de l'oral car il n'est pas nécessaire de comprendre les liens entre les mots. Au contraire, des passages plus longs, d'une dizaine de mots, forcent les candidats à mémoriser le passage par groupes de sens, et non mot à mot, en raison des limitations de la mémoire de travail (voir infra, Ch.5, 1.2.1). Si les candidats sont capables de restituer le passage proposé, c'est qu'ils ont su déterminer par eux-mêmes ces groupes de sens et qu'ils ont donc compris la structure syntaxique du passage : 130 The better the language ability, the better the chunking ability (Ellis 2001), and the longer the segment of the text that can be remembered and written down. (Buck, 2006 / 2001 : 78) La longueur des segments dans les exemples de texte pour la dictée proposés par Brown et Buck, respectivement trois à cinq mots et sept à douze mots, illustre une des différences fondamentales entre une tâche de « dictée » et une tâche que nous préférons qualifier de « restitution » pour la distinguer. Une dictée implique, selon la définition de Brown, un enseignant lisant un texte dans le but de permettre aux étudiants de le prendre en dictée avec un minimum de réécoutes. Les segments sont courts et les pauses sont fréquentes et plus longues que lors d'un échange oral authentique. La ponctuation est parfois explicitée, le débit est ralenti et les sons plus articulés. Du point de vue de l'exécution de la tâche, il s'agit d'écrire le texte mot à mot sous la dictée. Selon Buck, lorsqu'il est utilisé dans le cadre d'une évaluation, l'exercice de dictée rend compte, par le biais indirect l'écrit, du niveau du candidat dans la compétence de reconnaissance lexicale des mots à l'oral. L'exercice de restitution, tel que nous l'avons défini dans le premier point de ce chapitre, ne s'appuie pas sur un support oral énoncé pour être dicté, mais sur un texte oral authentique que le candidat doit reconstruire. Selon notre dictionnaire de référence, « restituer » signifie « reconstituer à l'aide de fragments subsistants et de déduction ». Place et longueur des pauses Carac tère du dé bit Pauses fréquentes et longues pour autoriser la prise en dictée. Débit non-authentique, lent et sons sur-articulés. Écrire mot à mot tout ce qui est dicté en utilisant les pauses prévues à cet effet et en respectant la ponctuation. Tâche du candidat Exercice de restitution Texte authentique. Texte énoncé dans un contexte authentique d'écoute réciproque ou non réciproque. Pauses naturelles courtes après chaque groupe intonatif. Débit authentique. Reconstituer à l'écrit la microstructure de la base de texte à partir des éléments entendus, et en reconstituant les éléments manquants. Construit évalué Reconnaissance lexicale orale. Compréhension de la microstructure de la BT orale. Tableau 7 - Comparaison de l'exercice de dictée et de restitution. Selon Buck, l'exercice de restitution évalue la compréhension du texte oral car elle oblige l'étudiant à reconstruire la syntaxe. De plus, il est l'exercice privilégié pour évaluer la compétence de compréhension de l'anglais oral des étudiants spécialistes de la discipline aux concours de recrutement des personnels enseignants d'anglais du second degré. 3.3 L'évaluation de la compréhension de l'oral par la restitution En s'intéressant au texte dans son ensemble, l'exercice de restitution autorise vraisemblablement une certaine finesse dans l'analyse du niveau des étudiants indispensable aux concours de recrutement qui visent à départager des candidats experts de la discipline. Cet exercice revêt toutefois des formes distinctes selon l'épreuve considérée du CAPES et de l'agrégation externes. 3.3.1 La restitution aux épreuves orales du CAPES La « compréhension / restitution » est inscrite au programme des épreuves orales du CAPES d'anglais depuis la session 2000. Il s'agit d'une sous-épreuve de l'épreuve en langue étrangère. 132 À l'issue de l'exposé (présentation du dossier de synthèse et des faits de langue) et de l'entretien, un membre du jury rappelle les consignes de la « compréhension / restitution » au candidat82. Celui-ci est tout d'abord invité à lire le titre du document afin de situer le contexte, puis il met le casque et un membre du jury lance la lecture. Après avoir réglé le niveau sonore, le candidat entend à deux reprises en entier le document sonore authentique (généralement un extrait d'une émission radiophonique durant un peu plus de deux minutes). Le rapport du jury précise que le document sonore n'est pas un écrit oralisé et qu'il comprend toujours plusieurs intervenants. Les deux écoutes sont séparées par une pause de vingt secondes. À la fin de ces écoutes, le candidat bénéficie de deux minutes pour réorganiser ses notes puis le jury l'invite à procéder à la restitution en français du contenu en un maximum de quatre minutes. Tous les rapports du jury, en cohérence avec le B.O. N° 39 du 2 novembre 200083, insistent sur le fait que 'épreuve de compréhension / restitution du CAPES n'est pas une épreuve de traduction. L'épreuve de compréhension / restitution au CAPES vise une certaine exhaustivité mais autorise le candidat à réorganiser ses notes : la finalité de l'épreuve est « d'identifier et de restituer en français le plus d'informations possibles (« items ») dans un ordre logique et chronologique » (rapport du jury du CAPES externe, 2010 : 73). La description de l'épreuve de compréhension / restitution aux épreuves du CAPES et de l'Agrégation résulte respectivement de l'analyse des Rapports de Jury du CAPES Externe d'anglais de 2003 à 2010 et des Rapports du Jury de l' rég anglais Chapitre 2 - Problèmes d'enseignement et d'évaluation 133 Les rapports du jury avertissent les candidats contre le risque d'extrapolations ou de commentaires personnels et leur rappelle de s'en tenir aux faits (ibid.). Ceci s'explique sans doute par le fait que, comme souligné supra (Ch.2, 1.3), le modèle de situation, processus de haut niveau le plus abouti, est un construit instable délicat à évaluer : il n'est donc pas visé par l'épreuve qui s'en tient à la base de texte. 3.3.2 La restitution aux épreuves orales de l'agrégation L'épreuve qui évalue la compréhension de l'oral au concours de l'agrégation externe porte le même nom que l'épreuve du CAPES mais son format diffère. Après avoir lu le titre84 et effectué une première écoute du document sonore authentique radiophonique (en moyenne entre 2'30 et 3' contre 2'15 à 2'30 au CAPES), le candidat dispose d'une minute pour reprendre ses notes. La seconde écoute du document est fragmentée en quatre parties. La restitution orale en français, but de l'exercice, commence après la réécoute du premier fragment du document. À la fin de la restitution des quatre segments, le candidat dispose d'une minute pour reprendre ses notes, et éventuellement proposer des modifications, puis il répond aux questions du jury. Ce dernier invite le candidat à répar un oubli, reformuler une traduction, corriger le français, revenir sur une incohérence ou éclairer le sens d'une traduction proposée. Contrairement à l'épreuve de compréhension / restitution du CAPES, l'épreuve de l'agrégation revendique une double compétence de compréhension de l'oral et de traduction consécutive85 : En partie indûment appelée Compréhension / Restitution, cette épreuve se distingue de celle du CAPES en ceci qu'il s'agit en l'espèce de rendre compte du document en couvrant tout le terrain. Ni restitution partielle, ni glose des propos tenus dans l'enregistrement, la restitution pourrait être appelée "traduction consécutive". Jusqu'à la session 2006, l'épreuve de compréhension / restitution était d'ailleurs une sous-épreuve de l'épreuve de « compréhension / traduction » comprenant également une épreuve de thème oral. 134 du français. » (ibid.). Le rapport souligne également une différence importante entre la traduction consécutive professionnelle et celle de l'épreuve : le candidat doit identifier les sources énonciatives. Interprétée dans le cadre de l'analyse propositionnelle de texte, l'épreuve semble réclamer du candidat qu'il comprenne et note de manière exhaustive et précise la microstructure de la BT pour pouvoir en proposer une traduction solide. Dans l'ordre, il doit avoir une maîtrise parfaite de la compétence de compréhension de l'anglais oral, lui permettant de prendre des notes aussi exhaustives que dans sa L1 (à condition qu'il maîtrise cette compétence transversale), puis il doit montrer ses qualités de traducteur. Une mauvaise compréhension de la macrostructure de la BT et du modèle de situation entraînera des erreurs dans la traduction. Le niveau requis pour obtenir le concours de l'agrégation explique sans doute la finesse qui est attendue du candidat en termes de compréhension de l'oral, de prise de notes et de restitution en français. Si l'épreuve est indissociable de la connaissance parfaite de la culture anglo-saxonne, elle s'intéresse aussi à la maîtrise parfaite de la langue, anglaise comme française : « L'anglais n'est pas qu'une langue, c'est tout un monde à vivre quotidiennement. Mais c'est aussi une langue, qu'on se doit de connaître subtilement, sous peine de n'en pas comprendre les nuances et d'être incapable d'en restituer la saveur en français. » (ibid. : 72, passage en italique dans le texte). Le haut degré de spécialisation pour réussir ces deux épreuves du concours les rendent difficilement transposables en l'état pour des étudiants spécialistes d'autres disciplines. Néanmoins, en cohérence avec l'exercice de restitution de la microstructure de la base de texte proposé pour rompre avec les pratiques privilégiant l'enseignement des stratégies d'écoute (Ch.1, 1.3.5), nous explorons dans le dernier point la mise en oeuvre possible d'une évaluation de compréhension / restitution adaptée à ce public car elle pourrait permettre de dépasser les limites exposées des évaluation actuelles qui reposent essentiellement sur des questions de compréhension et ne donne pas à voir dans le détail l'état des savoirs langagiers des étudiants86. 86 Comme les exercices de questionnement, les évaluations basées sur des questions ne disent pas comment l'étudiant est arrivé au résultat correct ou pourquoi il a échoué (Ch.2, 1.3.5). Chapitre 2 - Problèmes d'enseignement et d'évaluation 135 3.3.3 Synthèse : travail de compréhension / restitution pour les étudiants du domaine LANSAD Les expérimentations menées en 2007 et 2008, mentionnées en introduction de ce travail de thèse, ont relevé d'un protocole de « rappel de texte » et ont été inspirées de l'épreuve de compréhension / restitution du CAPES externe d'anglais. Quelques modifications ont été apportées pour faciliter la tâche des étudiants-sujets de l'expérimentation, spécialistes d'autres disciplines : ils ont écouté le document une première fois en entier en écoute normale en continu puis ont pu l'écouter trois fois supplémentaires. À la suite de la phase d'écoute et de prise de notes, il leur était demandé « de restituer en français le plus d'informations possibles », selon le rapport du jury du CAPES externe d'anglais (2010, op.cit.). Le rappel de texte était demandé à l'écrit en L1 et les étudiants bénéficiaient de tout le temps nécessaire. Les résultats obtenus sur le niveau des étudiants en compréhension de l'oral suite à ces expérimentations ont motivé ce travail de thèse. Après avoir recensé les nombreuses difficultés phonologiques que présente l'anglais pour un francophone au chapitre 1, nous avons fait valoir dans ce chapitre 2 le possible intérêt d'un enseignement / apprentissage centré sur la construction de la microstructure de la base de texte. Nous avons alors décrit les outils disponibles pour ce travail et avons défini les limites ergonomiques et didactiques du type d'écoute le plus couramment proposé aux étudiants, l' e « par défaut ». La volonté d'explorer d'autres modes d'écoutes permettant éventuellement de dépasser les limites constatées de cette écoute par défaut, en particulier par le biais de traitements didactiques du son qui sont au coeur du logicielauteur LAVAC, nous a menée à faire l'état des lieux des pratiques actuelles de l'évaluation de la compréhension de l'anglais oral dans le secteur LANSAD. Cet état des lieux montre que l'épreuve de compréhension / restitution de l'agrégation externe se rapprocherait le plus d'un mode intégratif d'évaluation de la compréhension de la microstructure de la BT, puisqu'elle réclame du candidat qu'il comprenne très précisément tout le contenu du document pour pouvoir en effectuer une traduction aussi exhaustive et précise que possible. Nous pensons qu'il est possible de s'inspirer de cette épreuve pour proposer une évaluation formative ou sommative des étudiants du secteur LANSAD en cohérence avec un enseignement / apprentissage centré sur la microstructure de la base de texte. 136 Pour cela, nous proposons de procéder à deux ajustements par rapport à l'épreuve de l'agrégation : • ne pas demander le travail de traduction ; • donner davantage de moyens et de temps aux étudiants pour traiter le contenu du document en leur laissant gérer leur écoute, ce qui allège dans le même temps l'interférence de la compétence de prise de notes en L2. Il s'agirait pour l'étudiant d'effectuer une tâche de restitution écrite du document sonore en restant au plus proche de la microstructure de la BT tout en faisant appel à ses processus de contrôles descendants pour reconstituer le plus fidèlement possible les éléments manquants. Une telle évaluation nécessite une écoute individualisée et, en cela, peut difficilement répondre à la question de la gestion des grands nombres pour des épreuves de certification par exemple. Cependant, elle nous paraît répondre aux autres critères de faisabilité définis supra car son format présente l'avantage d'être immédiatement transférable, quel que soit le document source, le niveau des étudiants ou le groupe évalué. En particulier, la consigne unique, par laquelle l'étudiant doit restituer à l'écrit tout ce qu'il a compris du contenu informationnel du document en restant au plus proche du texte de départ, évite d'introduire des différences de difficulté d'une évaluation à l'autre car elle gomme l'influence des « caractéristiques de la tâche » (Buck, op.cit.). Si nous défendons la tâche de restitution de la microstructure de la BT comme un dispositif pertinent pour évaluer de manière sommative la compréhension de l'anglais oral des étudiants du domaine LANSAD, il manque à ce dispositif son outil de mesure. L'outil de mesure permettant l'évaluation du niveau de compréhension de l'oral à travers des restitutions est l'objet de la partie II. Il est construit en s'appuyant sur le corpus des vingt textes oraux utilisés pour l'étude expérimentale qui se trouvent en annexe 6. Lorsque le journaliste dit « The robot can climb stairs []. », la vidéo montre le robot franchissant une marche pour entrer dans un hangar. Cette partie de la phrase a été restituée de la manière suivante par quatre étudiants-sujets lors de l'expérimentation 87 L'exemplier se trouve en annexe 7. 140 188 : « The robot can climb stairs []. » (sujet 46) et « The robot can climbs stares []. » (sujet 49) ; « The robot can climb stands []. » (sujet 63) ; « The robot can climb []. » (sujet 65). Ces exemples montrent que compter les mots ne saurait suffire à évaluer le niveau de compréhension du sens : si tous les étudiants ont restitué correctement au moins 80% des mots, il semble intuitivement juste d'affirmer que seul le sujet 46 a réellement compris les messages du journaliste et la fonctionnalité « monter des marches » qui fait la particularité de ce robot. Mais comment évaluer les restitutions des sujets 46, 49, 63 et 65 en évitant de s'appuyer sur « l'obstacle épistémologique » (Bachelard, 1993 / 1938) que représente l'intuition, et en s'assurant que, quel que soit le correcteur, ces restitutions recevront toujours le même nombre de points? Si chaque mot a son importance, le faible niveau des étudiants du LANSAD nécessite de déterminer a priori les éléments « plus » indispensables que les autres à la bonne compréhension du sens. Une telle démarche est susceptible d'assurer la fiabilité du dispositif qui, une fois explicité, doit pouvoir être utilisé de manière toujours identique et objective, indépendamment de l'évaluateur. L'objectif est de s'appuyer sur un modèle linguistique pour formaliser l'attribution des points aux différents éléments des textes -sources et construire ainsi une « méthodologie linguistique d'évaluation des restitutions ». Le modèle linguistique choisi devra permettre d'analyser toutes les phrases des documents de départ et de déterminer les éléments indispensables à la construction du sens tout en prédisant quels éléments peuvent ne pas être restitués sans provoquer une perte de sens qui risquerait d'entraîner des contresens ou des non-sens. La méthodologie d'évaluation des restitutions construite sur les bases de ce modèle linguistique doit quant à elle répondre aux besoins de la présente étude qui réclame d'analyser plus de 2000 restitutions89. 88 Les expérimentations 1 à 4 sont décrites au chapitre 6. La vidéo est montrée une fois aux étudiants puis ils travaillent sur la bande son uniquement. Les sujets ont accès à un dictionnaire unilingue et bilingue en ligne et travaillent tous avec le traitement de texte Open Office qui contient un correcteur orthographique. Toutes les restitutions originales des sujets sont disponibles dans les annexes numériques. Partie II - Introduction 141 Le chapitre 3 présente notre recherche d'un modèle linguistique formel adéquat susceptible de répondre le mieux à nos besoins. Le chapitre 4 est consacré au développement de l'outil de mesure à partir du modèle linguistique retenu. L'étude expérimentale, décrite au chapitre 6, comprend quatre expérimentations. Chaque expérimentation est formée d'un grand échantillon d'environ 40 étudiants qui rendent tous une restitution. L'expérimentation 1 comprend 10 paires de documents soit environ 800 restitutions. Les expérimentations 2 et 3 comptent chacune 5 paires de documents pour un total d'environ 800 restitutions. L'expérimentation 4 ne compte que six documents mais les restitutions sont analysées à deux moments différents, ce qui réclame de procéder à près de 500 analyses. Chapitre 3 – Choix du modèle linguistique et principes d'analyse 143 Chapitre 3 Choix du modèle linguistique et principes d'analyse des restitutions Dans l'article publié suite à sa conférence plénière prononcée lors du 23e Colloque du GERAS90 sur le thème « Modèle-s », Rotgé (2002) aborde la notion de « modèle / modèles » en rappelant qu'elle est un élément essentiel de la recherche en linguistique, même si le terme est relativement peu usité dans les ouvrages de ce domaine. Trois acceptions de cette notion retiennent en particulier notre attention. La première décrit un modèle comme une « copie à l'identique de l'original » (ibid. : 2). L'outil de mesure au coeur du dispositif d'évaluation des restitutions rendra alors compte de l'écart entre le modèle de départ et celui d'arrivée. Que le but soit formatif ou sommatif, évaluer la compréhension de l'oral à travers des restitutions consistera à mesurer l'écart entre les informations contenues dans le document-source et celles restituées dans les textes des étudiants, par le biais d'une analyse linguistique. Une seconde acception définit le modèle comme une « représentation » : « Intimately connected with the notion of models is the idea of representation: something represents or stands something else that is larger or that appears in larger numbers than the model. » (ibid.). L'exemple de la phonétique montre, selon Rotgé, qu'un modèle peut être constitué d'abstractions qui sont un moyen de formaliser les représentations (ibid. : 5-6). De telles abstractions sont indispensables au dispositif que nous souhaitons 90 Groupe d'Étude et de Recherche en Anglais de Spécialité (http://www.geras.fr/welcome/index.php). 144 développer car il s'agit d'évaluer un grand nombre de propositions au moyen d'un nombre restreint de signes formels. Les notions de représentation et de formalisation sont étroitement liées à une troisième acception du terme, celle de « reproduction » (ibid. 1. Étude de modèles existants Si la linguistique énonciative est prépondérante en France, Rotgé (ibid. : 6) fait remarquer qu'elle reste relativement peu répandue en dehors des pays francophones : « We have to face the fact that French linguistic theories are not known outside Frenchspeaking countries, despite a few translations of enunciative linguists in a few university presses. ». Il souligne l'importance de prendre en compte d'autres modèles mieux connus à l'étranger. C'est pourquoi, après avoir présenté le modèle d'analyse propositionnelle décrit dans Kintsch (op.cit.), nous étudierons, dans le cadre restreint de nos besoins, l'intérêt de deux modèles issus de la linguistique systémique fonctionnelle d'une part et de la grammaire générative-transformationnelle avant de revenir vers un modèle ancré dans la linguistique énonciative. 1.1 Analyse propositionnelle de texte Kintsch a accompagné son modèle de représentation propositionnelle de texte, au sein duquel nous avons articulé les processus de compréhension de l'oral (figure 12, Ch.2, 1.3.2), d'un modèle « d'analyse propositionnelle de texte »91 afin de disposer d'un 91 L'analyse propositionnelle de texte ne relève pas de l'analyse propositionnelle de discours (Ghiglione 91 et al., 1985) dont l'objectif est d'instrumenter le domaine de l'analyse du discours en Sciences Sociales pour aboutir à une « interprétation complexe » du corpus analysé (Mazière, 2005 : 23). Chapitre 3 – Choix du modèle linguistique et principes d'analyse 145 outil de mesure de la compréhension à travers des protocoles de « rappels de texte ». Ces protocoles sont communs en psychologie cognitive. Ils consistent généralement à faire lire ou écouter un récit relativement court (éventuellement en effectuant une autre tâche) puis à demander aux sujets de faire un rappel de ce récit dans leur langue maternelle. Même si le rappel de texte ne correspond pas strictement au travail de restitution que nous cherchons à évaluer, nous souhaitons, en décrivant le principe de l'analyse propositionnelle dans ses grandes lignes, commencer à établir une esquisse d'un cahier des charges qui pourrait, par la suite, permettre de sélectionner le modèle linguistique le plus approprié à nos besoins. 1.1.1 Proposition atomique et schéma de proposition complexe L'analyse propositionnelle organise tous les éléments discrets d'un texte en termes de « propositions atomiques » qui sont définies selon le schéma « prédicat / argument(s) ». Pour Kintsch (ibid. : 37), ce schéma représente l'unité de base du langage et pourrait être considéré comme une forme générale de représent de la connaissance. Au sein de chaque proposition atomique, les éléments du texte sont organisés en concepts92, notés en majuscules, selon la forme suivante : ARGUMENT, ] PRÉDICAT [ARGUMENT, (Kintsch et van Dijk, op.cit. : 92). Le prédicat est le « concept relationnel » qui permet une mise en relation d'un ou plusieurs concepts, qui deviennent alors des arguments (ibid.). Dans ce modèle, les propositions atomiques sont définies sur des bases sémantiques : « Un prédicat comporte, dans sa signification, des places vides qui peuvent être remplies par des arguments convenables. » (Denhière, op.cit. : 23 en italique dans le texte). Les contraintes sémantiques liées à chaque prédicat potentiel seraient connues par chaque individu grâce à son expérience du monde (ibid.). La phrase [2] proposée ci-dessous est « simple » en termes syntaxiques mais elle constitue une proposition « complexe » dans le cadre de l'analyse propositionnelle car elle est composée de cinq propositions atomiques : [2] Yesterday, Mary inadvertently gave Fred the old book in the library.
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IV.2. Comportement dans l'environnement Comme mentionné précédemment, les composés perfluorés et fluorotélomères peuvent se dégrader en PFCAs ou PFASs. Ces deux groupes constituent le stade ultime de la dégradation dans l'environnement des composés perfluorés. 55 IV.2.1. Dégradation dans l'atmosphère Les mécanismes de dégradation dans l'atmosphère par les radicaux HO• sont négligeables pour les composés PFCs entièrement fluorés53. En revanche, la dégradation des fluorotélomères d'alcool peut être initiée par les radicaux HO •, par abstraction d'un atome d'hydrogène suivit par une réaction d'oxydation54,55. La longueur de la chaîne fluorée n'a pas d'impact sur le mécanisme de dégradation. Concernant la dégradation d'un fluorotélomère d'alcool, le produit de dégradation formé est l'aldéhyde correspondant. Par la suite, cet aldéhyde est dégradé en PFOA ou autres PFCAs55,56. La durée de vie atmosphérique estimée d'un fluorotélomère de la forme F(CF2)nCH2OH (n=1-4) en présence de radicaux HO•, a été estimée à 164 jours en moyenne. D'autres études ont montré que sous l'action de radicaux HO•, les oléfines FTOs57 ou les iodures FTIs58 pouvaient également se dégrader en PFCAs dans l'atmosphère. Les processus de dégradation des fluorotélomères par les radicaux sont une large source de formation de PFCAs. Leur dégradation atmosphérique contribue à la dissémination généralisée et à la présence de PFCAs dans des zones reculées56. Les substances à base de PFOS telles que F(CF2)8SO2N(R1)CH2CH2OH peuvent également être dégradées par les radicaux HO•. Deux voies de dégradation ont été décrites 56. La première implique l'addition d'un radical HO• sur l'atome de soufre et le clivage subséquent de la liaison S-C ou S-N. Le clivage de la liaison S-N entraînera la formation de PFOS, alors que le clivage de la liaison S-C aboutira finalement à la formation de PFOA ou autres PFCs. Il n'y a pas d'intermédiaires stables connus pour ce type de mécanisme d'addition de radical HO•. La deuxième voie implique l'abstraction d'un atome d'hydrogène présent sur un substituant alkyle, puis un mécanisme de N-désalkylation. Les produits de dégradation intermédiaire peuvent inclure diverses cétones et aldéhydes. Dans l'ensemble, les produits intermédiaires sont dans ce cas plus résistants aux réactions radicalaires HO• que les substances de départ à base de PFOS59. IV.2.2. Dégradation dans le biote La présence répandue de certains composés perfluorés dans l'environnement chez certaines espèces animales ainsi que chez l'homme a attiré l'attention. Bien que les études montrent que le PFOA et le PFOS ne s'accumulent pas dans les poissons, les mesures sur le terrain suggèrent un potentiel de bioamplification dans certaines chaînes alimentaires marines ou dans certains biotes 34. Giesy et al.27 ont mesuré l'accumulation de PFOS pour différentes espèces de poissons. Ils ont remarqué que les taux de PFOS retrouvé chez les poissons carnivores étaient plus élevés que ceux retrouvés chez les 56 poissons les alimentant. La même expérience avec un ésultat similaire a été réalisée sur des ours polaires se nourrissant d'espèces situées à un niveau trophique inférieur60. Ces études témoignent de la bioaccumulation du PFOS au cours de la chaîne trophique. D'autres études similaires de bioaccumulation ont été réalisées pour des truites61, anguilles51 avec au final un résultat similaire. Les PFCs à longues chaînes carbonées sont directement bioaccumulés dans le biote 34. En revanche, les composés à chaînes plus courtes retrouvés chez les espèces vivantes proviennent d'une métabolisation préalable de PFCs à longues chaînes par le biote. Des études ont été réalisées sur des souris62 et des truites, rats63 Le potentiel de bioaccumulation des espèces fluorées diffère significativement en fonction des espèces. Chez l'homme le temps de demi-vie du PFOA dans le sang humain est de 3.8 années alors que pour les rats il varie de 3 heures à 9 jours en fonction de l'individu et du sexe 64. Les composés fluorés à longues chaînes ont une durée de demi-vie plus longue que les composés à chaînes plus courtes64. En raison de leurs propriétés répulsives vis-à-vis de l'eau et des graisses, les PFCs ne sont pas accumulés dans les tissus adipeux comme beaucoup d'autres substances bioaccumulables. Ils se lient préférentiellement aux protéines et s'accumulent principalement dans le foie 62 et dans le sang27. IV.2.3. Dégradation par les micro-organismes La majorité des études sont généralement conduites en condition aérobie, sur des sols ou avec des boues issues de stations d'épuration. La dégradation par voie aérobie en présence de microorganismes issus de boues municipales activées a été mise en évidence pour certains fluorotélomères. La technique des boues activées est un processus de dépollution par dégradation de la matière organique par des bactéries qui seront par la suite elles-mêmes digérées par des microorganismes. Une étude a montré que la dégradation du 8:2 FTOH conduit en autre à la formation de PFOA comme produit de dégradation65. Des études similaires ont confirmé la présence de PFOA comme produit de dé ation, a insi que d'autres métabolites 66. Les mécanismes de dégradations se font selon des processus de défluorination et de minéralisation par des microorganismes formant des métabolites de carbone fluorés plus courts65. Les durées de vie estimées sont ainsi de l'ordre de quelques jours66 à des semaines65. Les composés à base de PFOS se dégradent à une vitesse similaire à celle de fluorotélomères, avec le PFOS comme produit ultime67. En revanche, la dégradation des polymères est beaucoup plus lente. Une étude réalisée sur un polymère de fluoroacrylate pendant deux ans a permis d'établir un temps 57 de demi-vie du composé de 1 200 à 1 700 ans en se basant sur le taux de formation de PFOA à partir du polymère68. Ces différents processus de dégradation amènent à une augmentation de la quantité de PFOA et de PFOS dans l'environnement. IV.3. Impact sur l'homme Les composés PFCs étant très persistants dans l'environnement, bioaccumulatifs et retrouvés dans l'environnement, l'eau et les sols, la question de la sécurité sanitaire de ces composés chez la population générale s'est rapidement posée. Dès les années 1980, la toxicité du PFOS a été suspectée chez les animaux69. Et depuis, de nombreuses études de recherches toxicologiques et d'expositions ont été réalisées. Les PFCs sont à la fois hydrophobes et lipophobes. De ce fait, ils se lient préférentiellement aux protéines présentes dans le plasma 70, et dans le foie, notamment aux protéines liant les acides gras du foie71. Une étude sur des rats a montré que la toxicité du PFOS provient du fait qu'il nuit à la capacité de fixation des protéines liant les acides gras du foie72. Cette affinité entre PFCs et protéines est également à la base d'une réduction du taux de cholestérol 73. Des études plus récentes ont démontré que les PFCs agissent également comme perturbateurs du système endocrinien74. Ils peuvent également perturber certaines voies de la biosynthèse de la testostérone75 ou des protéines de transport des hormones thyroïdiennes76. Ils sont également soupçonnés d'être à l'origine de cancers de rein et de testicules77. Bien que toutes les voies d'exposition humaine aux PFCs n'aient pas encore été totalement élucidées, plusieurs études ont démontré que la contamination de l'eau de consommation constitue une source d'exposition majeure78,79. L'alimentation71 et l'environnement intérieur80 (poussières présentes dans les habitations) contribuent également de manière très significative à la contamination des êtres humains. V. Présentation du sujet de la thèse & justification du choix des cibles 34 V.1. Présentation du sujet de thèse Les composés perfluorocarbones sont donc produits industriellement et relâchés dans la biosphère. Ces espèces ont des grandes durées de vie atmosphérique et contribuent à l'augmentation de l'effet de serre. De plus, ces composés sont nocifs pour la santé de l'homme et sont à l'origine d'effets toxiques pour la planète. Des normes ont été mises en place afin de réglementer leur utilisation et leur dissémination dans l'environnement. Parmi les nombreux composés perfluorés, les deux principaux étudiés dans la littérature sont le PFOA et le PFOS. En effet, ils sont les composés finaux de la dégradation de la majorité des composés perfluorés. Ils sont persistants dans l'environnement 58 et bioaccumulatifs. C'est pourquoi ils sont largement dispersés dans l'environnement et le plus alarmant dans les animaux et les corps humains. Leur toxicité ne semble plus être mise en doute aujourd'hui : ils sont soupçonnés d'être à l'origine d'effets néfastes sur la santé : dérèglement hormonal, cancers. C'est pourquoi nous avons décidé de nous focaliser en particulier sur ces deux composés et plus particulièrement sur leurs mécanismes de dégradation dans l'atmosphère. Comme l'indique la faible constante de Henry (3.19x10-04 Pa.m3.mol-1), le PFOS est un composé peu volatil. Concernant le PFOA en raison de sa dissociation dans les milieux aqueux, la constante de Henry ne peut être estimée à partir des valeurs de pression de vapeur et de solubilité. La mise en phase gaz de ces composés semble donc un processus délicat. V.2. Caractéristiques du PFOS Le sulfonate de perfluorooctane est un anion totalement fluoré, appartenant à la famille des acides sulfoniques perfluorés (PFSAs)81. Il est constitué d'une chaîne de 8 carbones et d'une fonction sulfonate. Comme peut en témoigner la faible constante de Henry, et sa solubilité élevée : la substance pénétrera difficilement dans l'atmosphère et son transport dans l'atmosphère à grande distance est peu probable82. En revanche, les constantes de Henry des précurseurs du PFOS sont élevées (de l'ordre de 1.9 Pa.m-3.mol-1) et peuvent donc se retrouver dans l'air. Sachant que les précurseurs peuvent exister en quantités résiduelles dans les produits de consommation finis, ils peuvent donc s'évaporer dans l'atmosphère. Ces précurseurs se dégradent ensuite en PFOS dans l'environnement83. V.2.1. Identité Le sulfonate de perfluorooctane (PFOS) est anion fluoré appartement à la famille des sulfonates d'alkyles perfluorés. Il est commercialisé sous forme de sels et de substances dérivés. On entend par substances dérivées, toutes substances comportant le groupement C 8HF17SO2 et pouvant se dégrader par la suite en PFOS dans l'environnement. Tableau II-4: Identité de la substance PFOS et de ses sels Numéro CAS Nom Formule brute 1763-23-1 Acide perfluorooctane sulfonique C8HF17SO2.OH 2795-39-3 Sulfonate de perfluorooctane de potassium C8HF17SO3.K 29081-56-9 Sulfonate de perfluorooctane d'ammonium C8HF17SO3.N4H 59 Formule semi- F F F F F F F F développée S O F F F F F F F F F O F OH F F F F F F F F O F F F F F F F F O - F F F F F F F F O F F F F F F F F O NH4 F S O + K S O - + Bien que le PFOS existe sous différentes formes (anions, acides, sels) selon l'étude de la société 3M réalisée en 2003, la forme anionique associée à un cation est la plus répandue dans l'environnement et le corps humain83. Dans ce manuscrit, le terme de PFOS a été employé pour désigner l'ensemble des formes possibles. Tableau II-5 : Propriétés physico-chimiques de l'acide perfluorooctane sulfonique, et de ses sels Le sulfonate de perfluorooctane de potassium et le sulfonate de perfluorooctane d'ammonium Composé Acide perfluorooctane sulfonique C8HF17SO2 Propriété Valeur et commentaire État physique (T°C ambiante) Liquide Masse molaire 500.1 g/mol Solubilité dans l'eau pure 0.570 g/L à 24 - 25 °C Pression de vapeur saturante (20°C) 38 3.31E-04 Pa Constante de Henry (calculée) 3.19x10-04 Pa.m3.mol-1 400 °C 133°C à 0.8 kPa 84,85 61 Sulfonate de perfluorooctane de potassium C8HF17SO3.K 84,77 Sulfonate de perfluorooctane d'ammonium C8HF17SO3.N4H84 État physique (T°C ambiante) Poudre blanche Masse molaire 539.1 g.mol-1 Solubilité dans l'eau pure 0.680 g.L-1 à 24-25°C Pression de vapeur saturante (calculée) 3.31x10-04 Pa 400°C État physique (T°C ambiante) Poudre Masse molaire 517.1 g.mol-1 Solubilité dans l'eau pure 0.519 g.L-1 à 20°C Pression de vapeur saturante (calculée) 3.31x10-04 Pa Constante de Henry (calculée) 3.19E-04 Pa.m3.mol-1 Poudre 62 V.2.2. Réglementation Le PFOS et ses sels dérivés font l'objet de nombreuses réglementations 86 : - La directive 67/584/CEE Le règlement (CE) n°1272/2008 (CLP) Le règlement REACH Le règlement CE n°207/2011 Le règlement CE n°850/2004 Le règlement CE n°1223/2009 Le règlement UE n°10/2011 Le règlement CE n°689/2008 Et La directive 2008/105/CE modifiant la directive 2000/60/CE 'acide perfluorooctane sulfonique (CAS 1763-23-1), le sulfonate de perfluorooctane d'ammonium (CAS 29081-56-9) et le sulfonate de perfluorooctane de potassium (CAS 2795-39-3) sont classés toxiques pour la reproduction de catégorie 1B. Dans le cadre du Système global harmonisé (SGH) et du règlement « classification et étiquetage des produits chimiques (CLP) », le PFOS et ses sels font l'objet d'un classement et d'un étiquetage particulier. Figure II-6: Dénomination de l'acide perlfluorooctane sulfonique selon le règlement CLP V.2.3. Synthèse industrielle du PFOS Le PFOS est synthétisé majoritairement par la société 3M selon un procédé de fluoration électrochimique (ECF), à partir de C8H17SO2Cl87. Ce procédé permet d'obtenir C8H17SO2F en remplaçant l'ensemble des atomes d'hydrogène par des atomes de fluor. 63 C8H17SO2Cl e-, HF C8H17SO2F C8H17SO2X (PFOS) + sous-produits Puis ce produit C8F17SO2F, va ensuite subir une hydrolyse lente et catalysée à 180°C pour produire le PFOS et ses sels dérivés. Ses sels se dégraderont par la suite en PFOS. Le rendement de cette réaction est de 25 à 45%39. V.3. Caractéristique du PFOA L'acide perfluorooctanoïque (PFOA) est un composé fluoré qui appartient à la famille des carboxylates d'alkyles perfluorés (PFCA). Il constitué d'une chaîne de 8 carbones sur laquelle l'ensemble des atomes d'hydrogène ont été remplacés par des atomes de fluor, et d'un groupement carboxyle. Le PFOA possède plusieurs sels : le perfluorooctanoate, le perfluorooctanoate perfluorooctanoate de sodium et le perfluorooctanoate d'argent. de potassium, le Le PFOA est utilisé et vendu commercialement en grande quantité sous la forme de son sel d'ammonium 88,38. V.3.1. Identité Tableau II-6 : Identité de la substance PFOA Numéro CAS 335-67-1 Nom Perfluorooctanoate d'ammonium Formule brute C8HF15O2 C8H4F15NO2 F F F F F F F F F O F F F F F F O + NH4 F F F F F F F F OH F F F F F F F - O V.3.2. Propriétés physico-chimiques Tableau II-7 : Propriétés physico-chimiques de l'acide perfluorooctanoïque (PFOA) - C8HF15O2 Propriété Valeur et commentaire État physique (T°C ambiante) Poudre blanche 64 a Masse molaire 414.01 g.mol-189 Solubilité dans l'eau pure 2.3–4.3 g.L-1 à 24-25 °C 90 Pression de vapeur saturante (25°C) 38 4.2 Pa Non mesurablea 52 - 54°C °C90 188 - 192.4°C90 La pression de vapeur du solide PFOA pur est suffisante pour maintenir des concentrations élevées de vapeurs dans l'atmosphère. En pratique, le PFOA se dissociera dans les milieux aqueux, réduisant ainsi sa pression de vapeur au-dessus des solutions aqueuses. La constante de Henry ne peut pas être estimée à partir des valeurs de pression de vapeur et de sa solubilité. Tableau II-8 : Propriétés physico-chimiques de Perfluorooctanoate d'ammonium - C8H4F15NO2 Propriété Valeur et commentaire État physique (T°C ambiante) Solide Masse molaire 431.13 g.mol-1 89 Solubilité dans l'eau pure 2.29- 4.34 g.L-1 à 24-25°C90 Pression de vapeur saturante (20°C) 38 0.0081 Pa / 157-165°C Décomposition à partir de 105°C91 Pka 2-328 V 3.3. Réglementation L'acide perfluorooactanoïque est concerné par plusieurs directives également40 : - La directive 67/548/CEE - le règlement (CE) n°1272/2008 (CLP) - Le règlement REACH - Le règlement (CE) n° 1223/2009 - Le règlement (UE) n°10/2011 - La directive 2000/60/CE. 65 L'acide perfluorooctanoïque (CAS 335-67-1) est classé cancérogène de catégorie 2 et toxique pour la reproduction de catégorie 1B. Dans le cadre du Système global harmonisé (SGH) et du règlement classification et étiquetage des produits chimiques (CLP), le PFOA fait également l'objet d'un classement et d'un étiquetage particulier. Figure II-7 : Dénomination de l'acide perfluorooctanoïque selon le règlement CLP La synthèse des alkyles fluorés a commencé au début des années 50. Entre 2000 et 2002, sous la pression de l'US Environmental Protection Agency (EPA) et suite à la présence de PFOA retrouvé dans l'environnement et le sang humain, la production de PFOA a été stoppée par la compagnie 3M38. En revanche, d'autres compagnies américaines ont continué de produire cette molécule, exclusivement selon le processus de télomérisation, permettant d'obtenir ainsi un rendement de 100%. En 2006, l'EPA et les huit principales industries mondiales des fluoropolymères et fluorotélomères produisant ou manipulant du PFOA ou des substances similaires ont lancé le « 2010/15 PFOA Stewardship Program ». Les sociétés se sont ainsi engagées à réduire de 95% les quantités utilisées et les émissions globales de PFOA et des substances similaires avant 2010, ceci afin d'atteindre leur élimination complète en 2015 38, 40. Des alternatives (polymères fluorés produits de façon à minimiser la présence de PFOA ou de ses précurseurs, ou autres polymères et substances non fluorés) sont très largement disponibles. La plupart des producteurs de ces polymères ont modifié leur procédé de production pour ne proposer que des polymères fluorés à basse teneur en PFOA. Toutefois, d'importantes quantités de PFOA continuent d'entrer sur le marché européen sous forme de polymères, ou dans des articles traités 46 par le biais de 66 marchés d'Asie du Sud-Est. Après un long processus d'évaluation mené par l'Allemagne et la Norvège, le PFOA, ses sels et substances apparentées ont fait leur entrer dans l'annexe XVII des substances soumises à restriction dans la réglementation REACH. REACH est un règlement européen (règlement n°1907/2006) entré en vigueur en 2007 pour sécuriser la fabrication et l'utilisation des substances chimiques dans l'industrie européenne92. I.1.1. Synthèse industrielle Le PFOA ainsi que ses sels sont élaborés principalement à partir de deux méthodes : la fluoration électrochimique et la télomérisation46. Il s'agit du même processus d'ECF que celui utilisé pour la formation de PFOS, avec pour le PFOA un rendement de 30 à 45%. Concernant le processus de télomérisation, le tétrafluroéthylène réagit avec d'autres produits chimiques porteurs d'atomes de fluor afin de transformer ces derniers en intermédiaires fluorés qui seront ensuite convertis en PFOA. Un processus de distillation peut être utilisé afin d'obtenir des produits purs. Le procédé de télomérisation produit le PFOA et un grand nombre de composés fluorés de chaînes linéaires ou ramifiées, et de longueurs variables, et donc simultanément plusieurs précurseurs du PFOA. Pour cette raison les précurseurs du PFOA sont parfois appelés des « fluorotélomères ». Les substances de type fluorotélomère peuvent se dégrader par la suite en acides carboxyliques perfluorés, de type PFOA 40. Notons que l'acide perfluorooctanoïque peut également être produit de façon fortuite en tant qu'impureté lors de la dégradation de la plupart des composés perfluorés40. Les deux procédés permettent d'obtenir, après purification, du perfluorooctanoate d'ammonium avec une grande pureté (> 99%). La fluoration électrochimique produit des mélanges complexes de composés linéaires et ramifiés. Le taux de composés branchés peut atteindre les 30% alors que la télomérisation ne produit que des composés linéaires après distillation. Une fois les produits de base synthétisés par l'un de ces deux procédés, ceux-ci peuvent être ensuite transformés pour donner d'autres dérivés et des polymères. Aujourd'hui, la présence de PFOA et de PFOS dans l'environnement résulte davantage des activités et usages antérieurs que de foyers de production actuels. En effet, leur production, mise sur le marché et leur utilisation soit en tant que telles, soit dans des préparations, soit sous forme de constituants d'articles sont interdites sauf dérogation. Spectroscopie moleculaire Concepts et methodes La spectroscopie moléculaire consiste en l'analyse du rayonnement émis absorbé ou diffusé par un composé, permettant d'accéder aux propriétés des molécules constituantes de ce composé. Ce chapitre commence par des considérations générales sur la structure électronique moléculaire. Puis une seconde partie est consacrée à la structure et l'organisation d'une molécule. Enfin dans une troisième partie, la notion de section efficace est introduite, ainsi que les différents mécanismes de photoabsorption suivant l'absorption d'un rayonnement. I. Généralités I.1. Équation de Schrödinger Les débuts de la chimie théorique datent de 1926 lorsque le physicien Erwin Schrödinger proposa une équation différentielle, aujourd'hui équation fondamentale de la chimie théorique connue sous le nom d'équation de Schrödinger. La résolution de cette équation permet de décrire toutes les propriétés de la matière à l'échelle atomique93,94. L'équation de Schrödinger s'écrit (18): ̂ Ψ = EΨ H (18) ^ représente l'opérateur hamiltonien du système (atome, molécule, solide), Ψ est la fonction Où H d'onde du système, fonction des coordonnées des noyaux, des électrons et contient toute l'information ^ contient différents termes relatifs à l'énergie cinétique du système et E l'énergie totale. L'Hamiltonien H des électrons et des noyaux atomiques, ainsi que des termes décrivant l'interaction coulombienne électron-noyau, électron-électron et noyau-noyau. Pour un système composé de N atomes et de 2n électrons, l'hamiltonien s'écrit sous la forme suivante (19) : 2n 2n N 2n 2n N k=1 l>k A=1 N N ħ2 e 2 ZA e2 ħ2 2 e 2 ZA. ZB H = −∑. ∇2k − ∑ ∑. +∑∑ −∑ ∇A + ∑ ∑. 2. me 4O rkA 4O. rkl 2. MA 4O RAB k=1 k=1 A=1 A=1 B>A Energie Energie Energie de Energie Energie de cinétique des potentielle des répulsion cinétique des répulsion électrons électrons dans électrostatique noyaux le champ des entre les entre les noyaux électrons noyaux (19) 68 Avec ħ la constante de Planck h divisée par 2, me la masse de l'électron, e la charge de l'électron, MA la masse du noyau A, rKA la distance entre l'électron K et le noyau A, RAB est la distance entre les noyaux de l'atome A et de l'atome B dont les charges nucléaires sont respectivement Z A et ZB. ∇2A est le laplacien du kième électron. Pour plus de simplicité, nous utiliserons l'hamiltonien sous la forme d'une somme d'opérateurs associés aux divers termes de l'énergie cinétique et potentielle (électrostatique) (20) : ̂=T ̂ ̂ ̂ ̂ ̂ H N + Te + VNN + VeN + Vee (20) ^ l'interaction noyauxAvec T^N l'énergie cinétique des noyaux, T^e l'énergie cinétique des électrons, VNN ^ noyaux, V^ eN, l'interaction électron-noyaux, et Vee l'interaction électron-électron. Les inconnues à déterminer dans cette équation de Schrödinger sont la fonction d'onde Ψ et l'énergie E associée. Toutes les informations qui peuvent être obtenues d'un système constitué de particules sont contenues dans la fonction d'onde Ψ. Il s'agit d'une fonction complexe dépendant des positions de toutes les particules. La fonction d'onde au carré, Ψ2, représente la probabilité de présence des particules. La résolution de cette équation conduit à une infinité de solutions appelées états quantiques. Il s'agit d'une équation aux valeurs propres : pour chaque état quantique, une énergie et une fonction d'onde lui sont associées. L'état fondamental correspond à l'état de plus basse énergie. Les autres états avec des énergies plus grandes correspondent aux états excités. Cette équation prend en compte l'ensemble des interactions pour toutes les paires de particules dans l'opérateur hamiltonien, et ne peut donc être résolue que pour des systèmes très simples. La résolution de cette équation pour les systèmes polyélectroniques nécessite le recours à des approximations, telles que l'approximation de Born-Oppenheimer et l'approximation orbitalaire. I.2. Approximation Born-Oppenheimer L'approximation de Born et Oppenheimer constitue la première étape dans la simplification de l'équation de Schrödinger. Elle consiste à découpler le mouvement des électrons et celui de noyaux, soit à séparer la partie électronique et la partie nucléaire dans la fonction d'onde Ψ. Cette approximation est justifiée par le fait que les noyaux ont des vitesses moyennes beaucoup plus faibles que celles des électrons en raison de leur masse plus grande95. Ceci revient donc à résoudre deux équations du type Schrödinger, une pour la partie nucléaire et une pour la partie électronique. Puisque la fonction d'onde 69 nucléaire dépend uniquement des coordonnées des noyaux, la fonction d'onde électronique sera alors calculée pour une position donnée des noyaux et dépendra de paramètres liés aux coordonnées nucléaires. La fonction d'onde du système dans l'approximation de Born et Oppenheimer peut donc s'écrire sous la forme d'un produit de deux fonctions. L'hamiltonien devient alors (21) : ̂ = T̂ ̂ ̂ ̂ H e + VeN + Vee +VNN ̂el est l'hamiltonien électronique. H (21) ̂ ′= H ̂el + V̂ H NN Le mouvement des électrons étant ainsi découplé de celui des noyaux, on pourra pour chaque géométrie d'une molécule calculer une fonction d'onde purement électronique décrivant le mouvement des électrons dans le champ électrique des noyaux fixes. Ainsi la résolution de cette équation électronique permet d'obtenir les états quantiques électroniques et plus particulièrement les énergies de ces états en fonction de la position des noyaux, nommés surface d'énergie potentielle. On s'intéresse alors dans ce cas à l'état électronique fondamental, ainsi qu'aux premiers états électroniques és. Bien que simplifiée par rapport à l'équation d'origine, l'équation de Schrödinger électronique ne peut être résolue analytiquement pour les systèmes à plus d'un seul électron. Ainsi une seconde approximation a été développée, sous le nom d'approximation orbitalaire. I.3. Approximation orbitalaire Cette seconde approximation, l'approximation orbitalaire a été introduite par Hartree en 1928 96. Elle consiste à remplacer la fonction d'onde exacte Ψ d'un système à N électrons par une fonction d'onde approchée 0 qui est un produit de fonctions d'onde monoélectroniques (22):   0 = 1 ∗ 2 ∗ ∗ N (22) où φ1 est la fonction d'onde décrivant l'électron 1 dans l'orbitale 1, φ2 est la fonction d'onde décrivant l'électron 2 dans l'orbitale 2, etc. L'hamiltonien H el est remplacé par un hamiltonien effectif Heff séparable en une somme d'hamiltoniens électroniques H(i), chacun d'eux ne s'appliquant qu'à un seul électron i (23) : Heff = ∑ H(i) (23) i Cette situation correspond à un modèle de particules indépendantes dans lequel chaque électron se déplace dans un champ moyen créé par les noyaux et le champ moyen créé par les autres électrons. Ce 70 champ détermine pour chaque électron une fonction propre i et une énergie propre Ei. L'orbitale i fixe les limites spatiales dans lesquelles l'électron i se trouve et l'énergie Ei est l'énergie de liaison entre cet électron et le reste de la molécule. Par ailleurs le symbole * dans l'équation (23) est un produit antisymétrique. La fonction d'onde approchée 0 de la forme d'un produit antisymétrique d'orbitales s'appelle un déterminant de Slater. La forme déterminantale de la fonction d'onde respecte le principe de Pauli97, selon lequel plusieurs particules à spin 1⁄2 (les fermions) ne peuvent occuper le même état quantique. Ce principe stipule qu'au maximum deux électrons de spins différents peuvent se trouv dans une même orbitale spatiale. Cette approximation est utilisée dans la méthode de Hartree-Fock (HF). Elle consiste dès lors, à rechercher les spin-orbitales conférant l'énergie la plus basse possible au système. II. Structure moléculaire II.1. Organisation d'une molécule II.1.1. Molécule Une molécule correspond à un groupe d'atomes reliés ensemble par le biais de liaisons chimiques pour former un système stable. II.1.2. Liaison chimique Il existe principalement trois sortes de liaisons chimiques : la liaison de Van Der Waals, la liaison ionique et la liaison covalente. La liaison ionique peut se former entre deux ions de signes contraires, des forces du type électrostatique entre les ions entrent en jeu. Ce type de liaison ne nous intéresse pas dans cette thèse, nous nous focaliserons uniquement sur la liaison chimique covalente. La liaison covalente est caractérisée par le partage d'électrons entre les atomes liés entre eux, formant un système énergétiquement plus stable que lorsque les atomes sont isolés. Le dihydrogène est pris pour exemple afin d'illustrer l'existence d'une liaison chimique entre deux atomes. Figure III-1 : Évolution de l'énergie potentielle en fonction de la distance entre 2 atomes d'hydrogène 71 La Figure III-1 représente la variation de l'énergie potentielle en fonction de la distance entre deux atomes d'hydrogènes. À courte distance, les atomes sont trop près, les interactions répulsives sont fortes et la liaison est instable. À grande distance, l'interaction entre atomes est négligeable, la liaison est inexistante. Puis pour une certaine distance entre ces deux noyaux, les forces se compensent, l'énergie est au plus bas. Une liaison se forme alors entre les deux atomes. Pour comprendre la liaison chimique, il est nécessaire de comprendre la dynamique du nuage d'électron ainsi formé. Pour un atome isolé, les électrons ont un arrangement spatial particulier selon le principe d'exclusion de Pauli. On peut distinguer les électrons de coeur et les électrons de valence. Lorsque deux atomes sont rapprochés pour former une liaison chimique, les électrons de coeur restent proches du noyau. Tandis que les électrons de valence permettent la formation d'une liaison entre atomes stables. II.1.3. Diagramme d'orbitales moléculaires Comme pour les atomes, les électrons des molécules résident dans des orbitales. Le modèle des orbitales moléculaires (OM) permet de décrire la structure électronique des molécules et d'interpréter l'existence des liaisons chimiques telles que rationalisées par le modèle descriptif de Lewis. Les orbitales moléculaires résultent du rapprochement des orbitales atomiques (OA). Le recouvrement entre OA peut se faire lorsque la différence d'énergie entre deux OA est inférieure à 10 eV. Chaque OM correspond à un état quantique d'un électron lié à deux noyaux, et chaque OM contient au maximum deux électrons appariés. Il s'agit du odèle de combinaison linéaire d'orbitales atomiques (LCAO). Ainsi, les solutions Ψ de l'équation de Schrödinger pour une molécule A-B sont des combinaisons linéaires des orbitales atomiques correspondant aux électrons de valence des atomes A et B séparés (24) :  = CA A + CB B (24) Deux groupes d'orbitales moléculaires sont à distinguer dans ce modèle: une combinaison symétrique des OA produit des OM occupées de basses énergies, dites liantes, alors qu'une combinaison antisymétrique produit des orbitales antiliantes d'énergies plus élevées. Le recouvrement axial de deux orbitales atomiques s ou p aboutit à une orbitale moléculaire de type  (ou * pour une combinaison antisymétrique). Le recouvrement latéral des deux orbitales p mène quant à lui à une orbitale moléculaire de type (respectivement *) (Figure III-2). Recouvrement axial OM  Recouvrement latéral OM  Figure III-2 : Différents type de recouvrement entre La Figure III-3 représente un diagramme d'OM de liaison homonucléaire (type A-A) (a) et un diagramme d'OM de liaison hétéronucléaire (type A-B) (b). a) b) Figure III-3 : Diagramme moléculaire a) du dibore b) de LiF On peut y distinguer les orbitales frontières qui sont l'orbitale HOMO (Highest Occupied Molecular Orbital") et l'orbitale LUMO (Lowest Unoccupied Molecular Orbital). Elles représentent respectivement le dernier niveau occupé et le premier niveau vacant. C'est entre ces deux niveaux énergétiques que les transitions électroniques de plus basse énergie ont lieu. II.2. Nature des états excités Une molécule à l'état fondamental peut être excitée en deux principaux états qui sont : l'état de valence, et l'état de Rydberg. Ces deux états se comportent différemment. II.2.1. Etats de valence Les orbitales moléculaires sont décrites en termes d'orbitales , *, , * et n. La promotion d'un électron d'une orbitale occupée vers une orbitale vide non occupée entraine la production d'état excité singulet ou triplet. Ces transitions sont nommées * ou *. En général les transitions des orbitales  représentent les liaisons les plus liées aux noyaux, et nécessitent plus d'énergie que les transitions  ou n. Les transitions →* et →* conservent la symétrie des orbitales moléculaire avec bon recouvrement entre les orbitales, à la différence des transitions du type n→* et n→* pour lesquelles 74 un changement d'orientation du plan de symétrie intervient au cours des transitions. Ces transitions sont interdites par les règles de symétrie, les coefficients d'absorption des chromophores absorbant dans ce domaine sont nettement réduits. L'énergie des transitions peuvent se retrouver décalées. En effet les transitions * présente un décalage bathochrome (déplacement des bandes d'absorption vers les grandes longueurs d'onde) tandis que n* présente un décalage hypsochrome (déplacement des bandes d'absorption vers les courtes longueurs d'onde). Ces décalages peuvent s'expliquer en tenant compte des molécules environnantes. À l'état fondamental, les espèces absorbantes et les molécules voisines sont agencées particulièrement de manière à diminuer l'énergie du s . Cependant, les transitions se produisent trop rapidement pour que les molécules de solvant puissent se réarranger selon la nouvelle distribution d'électrons. La différence énergétique entre les niveaux est modifiée, entraînant une modification de la position de la bande spectrale. Le nombre d'état de valence est du même ordre de grandeur que la distribution des noyaux dans la molécule. Les excitations dans des orbitales avec un nombre quantique supérieure correspondent aux transitions de Rydberg. Par exemple pour le dibore, Figure III-3, les transitions pour n ≥ 3 correspondent aux états de Rydberg. II.2.2. État de Rydberg Les transitions dans des états de Rydberg se produisent généralement autour de 7 eV (Figure III-4). Les états de Rydberg se forment en séries et leur énergie obéit à la formule (25) : IE : énergie d'ionisation vers laquelle convergent les séries En = IE − R (n − )2 R : constant de Rydberg (13.606 eV)  : défaut quantique (25) n : nombre quantique principal Le défaut quantique représente l'écart par rapport au comportement de l'atome d'hydrogène. Un état de Rydberg peut être visualisé comme un électron situé sur une orbitale relativement éloignée du coeur ionique positif et étendue spatialement. Tous les états de Rydberg relié au même coeur ionique sont liés entre eux. En effet, leurs énergies de surfaces potentielles sont déterminées par rapport à celle de l'ion moléculaire. Les séries de Rydberg convergent vers une limite ionique, les rayons des orbitales de Rydberg augmentent le long de la série avec l'augmentation de n et le noyau ionique apparaît de plus en plus sphérique. La propriété la plus impressionnante des atomes de Rydberg est la taille des orbitales atomiques. En effet, l'extension spatiale d'une orbitale de Rydberg est plus grande que celle d'une 75 orbitale de valence et augmente à mesure que le nombre d'orbitales diffuses augmente. Leur taille géante confère aux atomes de Rydberg une forte polarisabilité. Cette forte sensibilité au champ implique que les atomes de Rydberg sont facilement ionisables ce qui permet de les détecter de manière très efficace. Pour les premiers états excités, le mélange états de valence - états de Rydberg est important, et entraîne généralement un élargissement de la bande spectrale associée à l'état de Rydberg et extension spatiale plus grande des états de valence98. En revanche, pour les états excités plus élevés, ce mélange est faible. Les états de Rydberg apparaissent généralement dans les spectres d'excitation électroniques comme des pics nets et intenses. Figure III-4 : Régions spectrales attendues pour les transitions de valence et de Rydberg II.3. Théorème de Koopmans Le théorème de Koopmans est un théorème en vertu duquel, selon les équations de Hartree-Fock, l'énergie de première ionisation d'une molécule est égale, au signe près, à l'énergie de l'orbitale occupée la plus haute (HO)99,100. Il s'agit uniquement d'une approximation puisque le réarrangement des orbitales après le départ d'un électron n'a pas été considéré. Ainsi, le théorème de Koopmans prévoit que la première énergie d'ionisation correspond à l'orbitale la plus haute occupée (HOMO). L'énergie de la deuxième orbitale la plus haute correspondra à la deuxième énergie d'ionisation. Ainsi, les potentiels d'ionisation calculés selon le théorème de Koopman sont souvent cités dans la littérature et permettent de fournir une estimation de l'ordre des bandes dans les spectres de photoélectrons. 76 III. Spectroscopie moléculaire La spectroscopie moléculaire s'intéresse à l'étude des interactions entre molécules et rayonnement électromagnétique, et plus particulièrement aux mécanismes de photoabsorption. III.1. Section efficace de photoabsorption Si une molécule de gaz est irradiée par un faisceau de photons monochromatique, alors la section efficace de photoabsorption abs peut être définie comme la probabilité de transition par molécule, par unité de temps et par unité de flux de radiation incident101,102 Dans d'autres termes, abs est la mesure de la probabilité pour une molécule seule d'absorber un photon d'énergie h par unité de temps. La section efficace de photoabsorption aux dimensions d'une aire peut être considérée comme l'aire d'un disque de matériau absorb qui, s'il est placé devant un faisceau de photons incident absorberait la même quantité de photons par seconde que la molécule considérée. L'amplitude de ces mesures est souvent faible et s'exprime en mégabarn avec 1Mb= 10-22 m2. III.2. Les orbitales moléculaires d'une molécule sont remplies par les électrons selon leur énergie interne. Si une molécule absorbe un photon avec l'énergie nécessaire, alors une transition électronique se produit : un électron est envoyé dans une orbitale moléculaire supérieure, et donc de niveau énergétique plus élevé. Seul le processus d'absorption et donc de photoabsorption est traité, négligeant les mécanismes de photoémission. L'énergie nécessaire pour réaliser des transitions électroniques dans une molécule est comprise entre 1 et 15 eV. Le spectre électronique observé correspond aux régions UV-visible du spectre électromagnétique. Il existe trois types de mouvements nucléaires observés pour les molécules : translation, rotation et vibration, avec des niveaux d'énergie quantifiée (Figure III-5). Figure III-5 : Diagramme d'énergie d'une molécule L'approximation de Born-Oppenheimer permet de traiter les différents niveaux énergétiques de la molécule séparément, et l'énergie totale s'exprime ainsi (26) : Etot = Eel + Evib + Erot (26) Une transition électronique peut être accompagnée par un changement de niveau de vibration et/ou de rotation au sein de la molécule. À nouveau, l'approximation de Born-Oppenheimer permet d'exprimer la modification de l'énergie interne d'une transition énergétique en négligeant la variation de niveaux rotationnels (27): E = Eel + Evib (27) Les potentiels de surface représentant les différents niveaux électroniques des molécules présentent différents paramètres tels que la profondeur, les fréquences vibrationnelles ou les distances internucléaires à l'équilibre. Considérons le diagramme d'énergie d'une molécule diatomique à l'équilibre. Les transitions entre niveaux électroniques sont gouvernées par le principe de FranckCondon : une transition électronique se produit rapidement (10−15 s) par rapport au mouvement des noyaux des atomes de la molécule (10−12 s). Ainsi, une transition électronique entre deux états peut être représentée comme une « ligne verticale » joignant les niveaux vibrationnels les plus probables en fonction de la distance internucléaire de l'état fondamental (Figure III-6). On peut également définir la « transition adiabatique » qui correspond à la transition entre l'état fondamental et l'état excité de plus faible niveau vibrationnel (Figure III-6). Une telle transition peut entraîner une modification de req trop importante, limitant ainsi sa probabilité. Figure III-6 : Diagramme d'énergie représentant le principe d'ionisation verticale et adiaba Lorsqu'un photon est absorbé par une molécule, il se produit une transition de l'état électronique le plus stable de la molécule (état fondamental S0) vers un état électronique d'énergie supérieure (état excité). L'état excité va restituer l'énergie par un ensemble de processus qui dépendent de l'énergie de la molécule et de la position relative des courbes de potentiel disponibles. III.2.1. Photoionisation Si une molécule absorbe suffisamment d'énergie pour le départ d'un électron à partir de son état fondamental, alors celle-ci devient ionisée. Dans le cas d'espèces neutres et cations (y compris les molécules protonées), on parlera de mécanisme de photoionisation, et pour les espèces chargée négativement, on parlera de photodétachement. III.2.2. Photodétachement Le mécanisme de photodétachement correspond au départ d'un électron à partir d'une espèce chargée(s) négativement. Selon le composé de départ (anion, polyanions), ce mécanisme demande plus ou moins d'énergie. La Figure III-7 illustre la variation de la courbe d'énergie potentielle pour le départ d'un électron pour une espèce neutre, anion ou polyanions. Pour une espèce neutre (a), les électrons sont très liés au noyau (R petit), ainsi l'énergie E à apporter pour le départ d'un électron est grande. Pour un anion (b), un électron est présent sur une couche excitée de valence, ainsi l'énergie à apporter pour le départ de cet électron est moins importante. Dans le cas A, une molécule produit un ion positif et un électron, et dans le cas B un ion négatif et une espèce neutre. Dans les deux, il y une interaction à longue distance attractive entre les photoproduits, expliquant un besoin en énergie important. En revanche, dans le cas de polyanions (c), une interaction répulsive de type coulombienne entre les 79 espèces négatives entre en jeu. L'énergie à apporter pour le départ d'un électron est plus faible. L'énergie nécessaire pour arracher un électron pour une molécule neutre ou positive est de l'ordre de 8 à 10 eV, et entre 0 et 5 eV pour une molécule chargée négativement. Figure III-7 : Courbes d'énergie potentielle représentée pour a) photoionisation d'une espèce neutre, b) photodétachement d'un anion chargé négativement c) photodétachement d'un polyanion de charge n- Source : Wang107 Pour que le détachement d'un électron puisse avoir lieu à partir d'un anion, l'énergie du photon doit être supérieure à l'énergie de liaison (binding energy BE) de l'électron le moins lié (28) : BE = E(M) − E(M− ) M: espèce neutre (28) M-: ion Le mécanisme du détachement d'électron peut être mono- ou multiphotonique. Le processus est monophotonique lorsque le taux de détachement d'électron évolue linéairement en fonction de l'énergie appliquée au système. En revanche, un processus multiphotonique conduit à une courbe non linéaire. III.2.3. Dissociation En parallèle de la perte d'électron, une perte d'énergie par dissociation peut avoir lieu. Considérons la Figure III-8 sur laquelle la molécule comprend un état fondamental  et un état excité . Emin représente le minium d'énergie à apporter pour passer du premier niveau de vibration de l'état fondamental au premier niveau de vibration de l'état excité. E+ représente la différence d'énergie entre le premier niveau de vibration de l'état fondamental au niveau de l'état excité correspondant à la dissociation. 80 Figure III-8 : Courbes d'énergie potentielle pour une molécule diatomique du niveau fondamental  et d'un niveau excité  Lorsque l'énergie incidente est comprise entre Emin et E+, la molécule se trouve dans un état électroniquement excité. Plusieurs processus de relaxation existent, et sont présentés ensuite (III 3). En revanche, si l'énergie est supérieure à E +, la molécule peut alors se dissocier en deux parties, dont au moins une dans un état électronique excité (29): X − Y∗→ X + Y∗ (29) Un autre cas peut être rencontré lorsque l'état électronique excité est traversé par un autre état électronique répulsif en un point Z, avec Ez l'énergie à laquelle a lieu le croisement des deux courbes de potentiel (Figure III-9). Figure III-9 : Courbes de potentiel  et  traversé par un état répulsif pour une molécule diatomique La molécule est préalablement excitée sur un premier niveau vibrationnel d'un état excité lié. Si l'énergie du photon est inférieure à Ez, la molécule va se désexciter selon un mécanisme de relaxation (III.3). Si l'énergie du photon est comprise entre cette valeur Ez et E+, la molécule peut alors commencer 81 à vibrer selon un mécanisme de conversion interne, de telle sorte que la distance internucléaire req va fortement augmenter. À cette position, l'état électronique excité est traversé par un autre état électronique répulsif en un point Z. La molécule va ainsi se dissocier en donnant les fragments X et Y. Ainsi sans rayonnement supplémentaire, la molécule peut se dissocier, on dit qu'il y a pré-dissociation. Il s'agit d'un processus dit non-radiatif. On peut également introduire le mécanisme d'ionisation dissociative. Pour certaines molécules, la distance internucléaire req de l'état excité est plus grande que celle de l'état fondamental. Ainsi, le mécanisme d'absorption va se produire sur des états non liés de l'état électronique supérieur, entraînant la dissociation directe de la molécule. Figure III-10: Mécanisme de dissociation à partir de l'état fondamental III.3. Processus de relaxations En parallèle de ces mécanismes de perte d'électron, ou de dissociation, il existe d'autres moyens de désactivation. Le diagramme de Perrin-Jablonski permet de visualiser ces différents processus dits radiatifs non-radiatifs (Figure III-11). Les états électroniques singulets (multiplicité de spin égale à 1) sont notés S0 (pour l'état fondamental) puis S1, S2 etc et les états triplets (multiplicité de spin égale à 3) sont notés T1, T2.
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Il ajoute, pour expliquer ce que « sociales » signifie dans le contexte d'un enseignement-apprentissage : « Bien que le secteur social de l'École ne soit pas assimilable au secteur social de la "production" ni à aucune de ses branches en particulier, il est souvent fait état d'organisations, de rôles, de structures qui sont autant de dimensions référencées au secteur social de la "production" dans les formes scolaires proposées ». Enfin, la relation de comparaison (et non pas d'identité) entre ce que l'élève fait, ainsi que ce que le monde du travail offre comme modèles de pratiques est porteuse de constructions intellectuelles potentielles. Il s'agit donc maintenant de rechercher et de caractériser des pratiques sociales de référence en matière d'usage des systèmes informatisés. En effet, les pratiques extrascolaires de l'élève sont aussi celles d'un sujet dont l'inscription dans une communauté de pairs impacte ses usages et leurs modalités. Ainsi, faire une recherche d'informations sur le Web, requiert des compétences du même ordre que celles que possède un bibliothécaire. Un des apports majeurs de la prise en compte et de l'intégration des pratiques privées des élèves est la connaissance et la reconnaissance de ces références. En présentant plus loin le concept de monde numérisé composé d'univers d'usages, nous nous appuyons sur ce concept essentiel de pratiques sociales de référence. III COHÉRENCE STRUCTURELLE D'après l'article de Martinand (2003), l'institutionnalisation d'un enseignement est questionnée à partir des relations qui existent, ou non, entre quatre plans : politique, éducatif, pédagogique et théorique. Une cohérence intra et extracurriculaire est donc envisageable. À l'échelle du curriculum, il s'agit de s'interroger sur une cohérence globale qui implique ces différents plans. Ainsi, Martinand (2003) analyse la fondation de la technologie au collège de ce point de vue. Le plan politique doit se poser la question de la légitimité d'un nouvel enseignement en essayant de répondre à la question : pour quelles raisons mettre en place un enseignement des apprentissages des usages de l'ordinateur au collège aujourd'hui? Des missions à identifier et à définir par la collectivité nationale vont permettent de répondre à cette question. Pour qu'il y ait solidarité avec le plan éducatif, les choix d'engagement au niveau politique doivent être cohérents avec des enjeux programmatiques. Il faut alors déterminer les finalités, par exemple, l'approche usager, concepteur ou producteur des outils informatisés, ainsi que les références des pratiques sociotechniques auxquelles l'élève-sujet va se référer : la programmation, la bureautique, la communication, etc. Le plan pédagogique permet de définir l'organisation et les contenus de la matrice d'une possible discipline. C'est alors qu'apparaissent les enjeux de la construction curriculaire de la formation. Ceux donnés pour l'exemple de la technologie au collège sont : l'unité, la progressivité, la flexibilité et l'évaluabilité. Ces enjeux peuvent être repris et adaptés à la conception de toute nouvelle organisation scolaire (Lebeaume, 1999). Le traitement dida ctique permet alors de passer au plan théorique pour questionner la solidarité et la cohérence des différents plans. La difficulté rencontrée, dans la recherche d'une cohérence globale d'un possible enseignement des usages de l'ordinateur au collège, se retrouve dans la définition des enjeux propres à chacun des plans. Sans préjuger d'une forme disciplinaire ou d'une « éducation à », la proposition d'analyse de Martinand (2003) nous conduit à envisager un dispositif destiné à enseigner les usages numériques. D'un point de vue politique, quelles en seraient les missions? À quoi cette formation pourrait-elle servir? En quoi apporterait-elle quelque chose de plus au regard de l'existant? Indirectement, faudrait-il envisager la légitimité de l'enseignement des usages des TIC? Nous avons constaté que les directives économiques et politiques définissent les missions de l'école républicaine. Or, les enjeux actuels sont de préparer le futur citoyen à s'insérer et à travailler dans la société en le formant à un usage responsable et éthique, mais aussi de développer un secteur économique porteur en favorisant l'équipement des ménages et de l'école. De plus, de façon implicite, il s'agit de ne pas laisser l'offre économique prévaloir sur les missions éducatives de l'institution. D'un point de vue éducatif, il faut répondre à la question : quelles sont les finalités d'un tel enseignement? Il faut faire des choix de références. Puis il s'agit ensuite de définir, d'un point de vue programmatique, l'organisation, les contenus, les types d'activités, la pédagogie, pour être en accord avec les finalités précédemment arrêtées. Aujourd'hui, aucune ou plutôt toutes les disciplines du collège sont responsables de la validation des compétences acquises lors des usages de l'ordinateur. Quelle identité donner à une discipline en tant que telle? Enfin, d'un point de vue théorique, il faut mener une analyse critique de la conception d'une matrice curricul aire adossée à une forme, disciplinaire ou non. Il faut prendre en compte les usages privés et scolaires, ainsi que saisir l'importance du parascolaire, vu comme un entre-deux, entre sphère privée et scolaire. Les choix faits précédemment ont des incidences sur le plan éducatif. - 221 - IV CONCLUSION Nous nous étions posé la question de la légitimité d'un enseignement, à l'instar des chercheurs qui ont suivi l'évolution des TIC dans la sphère scolaire. Or, nous constatons ici que c'est la cohérence des quatre plans décrits par Martinand qui est en défaut. La raison est essentiellement que le plan politique ne définit pas clairement les enjeux d'une formation à l'usage des TIC à l'école obligatoire en France. Comme nous l'avons vu, les influences puissantes des fabricants de matériel et fournisseurs d'accès mettent à mal la solidarité entre le plan politique et le plan éducatif. C'est le défaut de cohérence entre enjeux politiques et missions éducatives qui fait que la question d'un enseignement n'a toujours pas de réponse aujourd'hui. Bien que les autres plans soient solidaires entre eux, cette tension qui existe entre le politique et l'éducatif empêche de prendre les mesures qui s'imposent pour organiser une formation à l'usage des TIC. V COHÉRENCE NUMÉRIQUE : UN MONDE NUMÉRISÉ Les propositions précédentes révèlent une inscription de toutes les rencontres du jeune dans un monde. Cette partie vise à caractériser ce monde en questionnant ce qui en fait sa cohérence. Il nous semble nécessaire de préciser en préambule l'acception du concept de monde que nous avons retenue dans cette recherche. V.1 CONCEPT DE MONDE Comme l'écrit Ladrière53, le terme de monde ne vise non pas une simple somme (d'objets, de propriétés, de comportements), mais un ordre de coappartenance. Le monde, tel que nous l'envisageons, correspond à une totalité d'appartenance dont le mode d'être caractéristique est le numérique. En ce sens, c'est différent d'une simple somme. Il est défini en compréhension selon un principe unificateur. Définir un monde par compréhension, c'est définir les caractères communs aux éléments d'une classe, les critères d'appartenance à l'ensemble, les propriétés que doivent vérifier tous les éléments (Clavier, 2000). Le principe unificateur, pour sa part, n'est pas construit par ce qui est commun à toute chose qui compose le monde, mais sur ce qui rassemble : « Tous les aspects particuliers dans le principe qui les lie tous les uns avec les autres au sein d'un même milieu englobant ». Le monde désigne, d'une part, un agrégat plus ou moins ordonné d'objets et de contenus, et, d'autre part, leur structure globale d'appartenance (Clavier, 2000, p. 8). Notre point de vue se rapproche de celui de Boullier, pour lequel (2001, p. 6) : 53 Encyclopaedia Universalis, disponible à l'adresse : http://www.universalis.fr/encyclopedie/monde/. - 223 - « Plus largement, on peut aussi s'appuyer sur la plasticité du numérique pour comprendre comment il se moule dans des univers différents tout en fournissant ainsi un cadre pour faciliter leur rapprochement, voire pour l'imposer. Cette fonction « d'équivalent général » du numérique, observable techniquement puisque des données de toutes sortes sont converties dans les mêmes signaux, porte en elle des possibilités de recomposition des univers aux qui vont au-delà d'un simple appareillage, au-delà aussi d'une technologie cognitive pour en faire une technologie symbolique au sens anthropologique ». Cette approche est basée sur les mêmes fondements que celle de Wittgenstein (1961), selon laquelle le monde est un espace logique organisé selon des affinités. En revanche, l'idée de monde fait référence à autre chose que le cyberespace de Lévy (1998), pour lequel c'est un espace de communication qui donne à la communication une dimension collective. De même, les domaines d'usages54 ne peuvent être confondus avec les micromondes transitionnels virtuels introduits dans les travaux sur LOGO pour faciliter la manipulation d'objets abstraits, et constituent des passerelles entre les apprentissages intuitifs et formels, (Bruillard, 1997). Cependant, les micromondes sont issus, comme les domaines d'usages, de processus de modélisation ou d'exemplification (Bruillard, 1997, p. 141). Le monde entendu ici n'est pas délimité, car il est en mutation perpétuelle et en évolution. En cela, c'est une structure dynamique. À l'instar de Bruillard, le monde est considéré comme un mode d'être, un monde de référence (1994). Béguin (2005) s'inspire du concept de champ, d'habitus ou de sphère de pratique (Bourdieu, 1980) ou de communauté de pratique (Wenger), pour proposer un monde instrumentalisé par le sujet dans le cadre de son activité historiquement et socialement située. Cette approche de monde socialement partagé est reprise par Pastré (2005) dans le même ouvrage, lequel propose un monde commun implicite au départ, qui ne se donne à voir que lorsque surgissent des incidents provoquant des crises. Comme nous le présentons, le concept de monde est difficile à appréhender car, comme l'énonce Clavier (2000, p. 4), chercher à définir le monde : 54 Caractérisés plus loin. - « C'est se poser la question de « comment chacun, limité dans le monde à ses conditions ères, peut-il accéder à un point de vue sur le monde, susceptible d'être échangé, discuté, partagé? ». Il se pose en cela la question : « Est-il possible d'être objectif dans notre perception au monde? » Wittgenstein répond à cette question en affirmant (1961, p. 86) : « Les « limites de mon langage » signifient les limites de mon propre monde ». Ainsi, il est difficile de décrire un monde subjectif, identique et relativement stable. Pour cela, il faut caractériser des objets, des événements, des êtres, des actions, par exemple en se plaçant à une certaine distance qu'il faut déterminer. Il faut donc mesurer et communiquer des écarts, des différences, des variations de raisonnements faits à partir d'expériences incommunicables, comme les sensations. Ainsi, le monde se présente à la fois comme le cadre général de notre appréhension de la réalité et comme ce qui vient remplir ce cadre (Clavier, 2000, p. 10). Il faut donc prendre en compte nos formes de représentation et d'expérience (idée de culture). V.2 CARACTÉRISTIQUES DU MONDE NUMÉRISÉ Selon le concept de monde tel que nous l'entendons dans cette recherche, les rencontres des collégiens peuvent s'inscrire dans un monde numérisé pour lequel le principe unificateur est l'information et son traitement. Les techniques numériques, telles que l'acquisition, le stockage et le transfert, constituent le fondement de ce monde autour duquel gravitent des domaines d'usages mus par une intentionnalité, des objets, des techniques spécifiques, des logiques d'usage, des engins. Ainsi, l'intentionnalité d'un domaine peut être : écrire, calculer, rechercher de l'information, fabriquer, dessiner, mixer de la musique, etc. L'intention est la cause de l'action, elle est exprimée en termes de finalité. En cela, elle constitue un élément du projet vu précédemment dans le cadre d'interprétation de la rencontre. L'intention qui sous-tend le monde, l'écriture, est d'écrire. C'est aussi la visée dans le cadre d'une situation prototypique d'enseignement-apprentissage telle que la définit Lebeaume (1999). L'intentionnalité constitue la dénomination du domaine d'usages. Ainsi, il existe un domaine de l'écriture. Ses objets sont les différentes formes de l'information : son, image, texte. - Ses techniques spécifiques peuvent être : la typographie, l'infographie, la conception, la fabrication. Elles constituent la référence à un métier et à un rôle social. À chaque domaine d'usages correspondent des pratiques sociotechniques (Martinand, 1986). En ce sens, les techniques de mise en forme, de typographie, de mise en page appartiennent au domaine de l'écriture. Les techniques mises en jeu sont entendues comme un art. Directement liées, ses logiques d'usage, qui permettent d'opérer dans l'univers d' s, définissent les modalités utilisées dans chaque domaine. Ses engins sont les matériels et logiciels employés au cours d'opérations dans des domaines d'usages. La tablette graphique, par exemple, appartient plus spécifiquement au domaine de la création. Dans le monde de la conception et de la fabrication, par exemple, les engins sont aussi bien les logiciels de conception que les machines à commandes numériques. Enfin, chaque domaine d'usages est caractérisé par un langage. Les caractéristiques d'un domaine d'usages n'ont pas vocation à isoler ceux-ci les uns des autres ni à en délimiter les frontières. Elles permettent de les construire et d'être en cohérence avec le cadre d'interprétation d'une rencontre, pour lequel elles constituent les entrées. Les domaines d'usages sont mis à disposition de l'utilisateur. En ce sens, ils sont conçus en fonction des demandes et des usages habituels des experts dans un champ de compétence particulier. Ils s'inscrivent dans une logique d'usager en se référant à une réalité sociale où pratiques communes et modes opératoires sont rendus accessibles à l'utilisateur par des logiciels et du matériel dédiés à ces usages. Ainsi, pour travailler une image, une tablette graphique est couramment utilisée et son usage est restreint à ce domaine, alors qu'elle pourrait être utilisée dans d'autres applications. Il faut noter ici que les domaines d'usages proposés par les fabricants vont parfois au-delà des attentes du futur usager. Ainsi, en est-il pour la feuille de style d'un traitement de texte ou encore une tablette communicante. - 226 - Figure 15 : Monde numérisé et domaines d'usages Domaines d'usages Monde numérisé - 227 - Tableau 14 : Quelques domaines d'usages Engins Domaines Logiciel Écriture Calcul Tableur Musique Lecteur, mixage Infographie Acquisition d'image, retouche Clavier Stylo numérique Techniques numériques numérisées Acquisition Typographie Internet Recherche Firefox Acquisition Haut-parleurs Conversion Casques fichiers Mathématiques, Calculer statistiques moyenne de d'information Google Chrome une Écouter de la musique APN Acquérir une image Acquisition Photographe Retoucher une image Explorer Connexion Site Échanges messagerie Pavé numérique Webcam Projet Diaporama Téléphone Consultation - 228 - Matériel Techniques Transférer Recherche Trouver documentaire information une E CONCLUSION Le problème éducatif de cette recherche est de définir ce que pourrait être une formation aux usages de l'ordinateur au collège. En d'autres termes : quels sont les possibles, tant au niveau de la délimitation de contenus que de la construction d'une organisation scolaire, que pourrait prendre en charge une telle formation? Afin de répondre à cette préoccupation, l'étude du contexte et des enjeux investigue les rapports complexes qui existent entre le jeune accueilli au collège, l'école et l'ordinateur. Cette partie met en avant la grande diversité et la forte disparité des usages numériques des collégiens, ainsi que les tensions entre les antagonistes de la relation. De fait, sous la pression d'intervenants extérieurs à ces relations, les usages des outils informatisés du collégien s'organisent entre deux sphères : une scolaire, l'autre privée. Les pratiques privées et scolaires du collégien semblent incompatibles du fait des différences repérées, tant au niveau des représentations et des perceptions des jeunes de leurs activités qu'au niveau des modes opératoires en jeu. Les deux sphères sont soumises à des influences qui les rendent étanches et les éloignent l'une de l'autre. Notamment, les usages privés subissent l'influence des pairs du collégien, ainsi que celle des fabricants de matériels et fournisseurs d'accès. De leur côté, les usages scolaires sont contraints et marqués par la cacophonie entretenue par les injonctions nombreuses et dissonantes de l'institution à travers les politiques éducatives. Les usages du collégien et ceux proposés au collège sont porteurs de valeurs et, en cela, rendent apparemment les deux sphères disjointes et étanches. L'usage prend alors le pas sur l'apprentissage des usages. De plus, les pratiques numériques disparates des élèves s'imposent comme un facteur discriminant dans l'accès au savoir De fait, l'imperméabilité des deux sphères interdit les transferts de compétences acquises dans une sphère à l'autre. L'institution scolaire ne prend pas en charge ce problème. En effet, si elle propose la validation des compétences acquises au cours des activités numériques du collégien, à travers la mise en place du brevet informatique et Internet, elle ne propose pas de cadre pour accompagner l'acquisition de ces compétences. Elle laisse donc l'élève seul face à des pressions auxquelles il ne peut résister. L'école doit donc accompagner et aider - 229 - l'élève à construire une réflexion pour et sur ses pratiques, pour en faire des usages raisonnés, éthiques et citoyens. Pour cela, la partie centrale de cette recherche vise à construire une unité de cohérence parmi la diversité de toutes les rencontres des collégiens. Identifiée, cette unité est investiguée selon trois axes, étayés par des apports théoriques liés aux usages d'objets techniques et à l'apprentissage de ces usages. Un premier axe s'appuie sur les travaux de la psychologie du développement et de ceux de la didactique pour mettre à l'épreuve le bien-fondé d'une recherche d'identification d'une organisation à la globalité disparate des activités numériques du collégien. Un second axe propose de qualifier l'ensemble des rencontres en tant qu'objet d'étude pertinent dans cette quête d'unité ; les travaux de la sociologie des usages dans leur diversité outillent cette objectivation. Enfin, un troisième axe cherche à identifier, puis à caractériser un principe structurant susceptible d'assurer le lien entre toutes les rencontres numériques du collégien. Ainsi, dans un premier temps, l'hypothèse selon laquelle une organisation structurante est favorable à des apprentissages durables et transférables est mise à l'épreuve. Dans ce but, deux champs sont convoqués : celui la didactique de la technologie, ainsi que celui des différents courants de la psychologie qui se sont intéressés aux apprentissages. De façon complémentaire, l'étude de l'organisation curriculaire originale de la technologie au collège montre qu'il est possible de construire et d'organiser des situations d'enseignement-apprentissage favorables à des mises en relation porteuses de sens (Lebeaume, 1999a). L'éclairage de la psychologie sur l'existence et la nécessité d'une structure, s'appuyant notamment sur le transfert, confirme la légitimité de l'approche choisie (Piaget, 1968b ; Vecchi, 1996 ; Develay, 1998). Dans un second temps, la recherche d'unité parmi la diversité nous conduit à objectiver les rencontres numériques du collégien. Le statut d'objet de recherche de la rencontre étant institutionnalisé, celle-ci est investiguée en tant que possible constituant élémentaire d'un référent sur lequel une réflexion modélisante peut s'exercer. La rencontre peut alors être vue comme une sorte de plus petit commun élément à un ensemble logiquement constitué. Enfin, l'élément premier qu'est la rencontre, porteur de cohérence, étant isolé et qualifié, la recherche d'unité parmi la diversité vise à identifier et à caractériser un principe structurant qui permettrait de lier toutes les rencontres entre elles. Ce principe est lié à l'information et à son traitement. Ce postulat, emprunté à la technologie de l'information55, est étayé par l'approche de l'analyse fonctionnelle appliquée à un système constitué d'outils informatisés (matériels et logiciels). Selon ce point de vue, le système mobilisé lors d'une rencontre a pour fonction de traiter une matière d'oeuvre particulière qu'est l'information. Selon cette approche, toute rencontre est donc vue comme le passage de l'information d'un état initial à un état final. Ce principe unificateur, selon son qualificatif, unifie. Il ne prend pas en compte la diversité des rencontres. Il lisse cette diversité pour la transformer en variété. Il s'agit donc de trouver une caractéristique commune aux rencontres qui les inscrive dans un ensemble cohérent, tout en conservant leur diversité. Pour ce faire, nous empruntons à Combarnous (1984) la caractérisation d'une activité technique, qu'il qualifie de technicité. Appliquée à notre questionnement, cette approche voit toute rencontre comme le cadre d'une opération technique. Cette technicité repose sur une rationalité technique, la mise en oeuvre d'engins (logiciels et matériels), de techniques numériques, en référence des domaines d'usages, dans le but de réaliser un projet. Cette approche globale permet de proposer un cadre d'interprétation applicable à chacune des rencontres. Ainsi, chaque rencontre est le cadre de la mise en oeuvre d'un système informatisé qui modifie l'information, vue comme une matière d'oeuvre. Cette transformation peut être questionnée selon quatre entrées qui correspondent chacune aux composantes de la technicité de Combarnous. La première entrée est celle des techniques numériques qui sont utilisées pour réaliser cette transformation : le codage, pour la transformation de l'information, le transfert pour la transmission, le stockage - pour la conservation. Une seconde entrée est constituée par les techniques numérisées ; ce sont celles qui sont convoquées lors de la réalisation des activités. Par exemple : l'infographie dans une retouche d'images, la typographie dans l'utilisation d'un traitement de texte. Ce sont celles qui correspondent à des spécialisations, des rôles sociaux. Une troisième entrée est celle des engins : unité centrale, imprimante, micro, APN, logiciels. Enfin, la rencontre peut être interrogée selon le projet qui constitue la finalité de ce moment : écrire, calculer, réaliser une pièce. Ce cadre d'interprétation est pour le chercheur un outil d'intelligibilité de l'ensemble des rencontres. En tant que tel, il s'avère utile pour une mise en relation potentielle des rencontres entre elles. Les rencontres étant caractérisées, inscrites dans une globalité de sens, il faut, pour parvenir à faire émerger une structure, se donner les moyens d'une mise à distance éclairante pour construire des relations. Pour cela, il faut trouver un fil d'Ariane pour que le collégien puisse se retrouver dans cet enchevêtrement d'activités, semblables et différentes à la fois (Wittgenstein, 1961). Une approche modélisante s'impose. Il s'agit de trouver, soit un cheminement possible entre ces rencontres, soit une façon de les grouper ou, au contraire, de les distinguer. En quelque sorte, il faut déterminer les conditions d'opérationnalisation du cadre d'interprétation des rencontres, c'est-à-dire utiliser l'outil conceptuel proposé dans une mise en relation modélisante. Pour cela, il faut tout d'abord s'affranchir de la forte contextualisation des rencontres. En ce sens, le choix d'un modèle s'impose : didactique, opératif ou cognitif. Une daptation des travaux de la didactique professionnelle (Pastré & Samurçay, 2004), mais aussi de ceux de la didactique des sciences (Martinand, 1989, 2005) permet de proposer une approche modélisante. Il est question dès lors de trouver un moyen de généraliser des schèmes partiels liés à des classes de situations particulières (Lahire, 2001). La troisième partie de cette recherche met à l'épreuve l'opérationnalité de l'approche proposée. Celle-ci fait intervenir deux registres : celui des usages et celui d'une mise à distance modélisante. Pour prendre en compte ces différents points de vue, des dispositifs méthodologiques sont successivement mis en oeuvre. Ainsi, des enquêtes, successives, progressivement adaptées au public questionné, se déroulent dans un même établissement de la région parisienne auprès de 203 élèves de 5e et de 3e. - 232 - La première série d'enquêtes investigue les usages. Elle montre que les descripteurs, supports de technicité, sont aisément repérés par les élèves. L'information et son traitement, pourtant au centre des rencontres, ne sont pas appréhendés. Pour tenir compte de cet obstacle, les premières enquêtes sont adaptées afin de proposer le fichier comme coeur de la rencontre, plutôt que l'information. De façon complémentaire, les conditions d'opérationnalisation de l'approche proposée sont investiguées à partir de représentations graphiques réalisées par les élèves. Il est demandé aux collégiens de regrouper ou au contraire de distinguer leurs rencontres selon des critères qui leur sont propres. Ce mode de recueil a dû être adapté du fait des difficultés surgies lors de l'analyse des données. En effet, ces dispositifs révèlent une grande hétérogénéité des usages, obstacle à un traitement aisé et pertinent des données recueillies. Il a donc été retenu une activité numérique spécifique, à savoir : télécharger un morceau de musique. Cette activité, fréquemment citée par les collégiens, fait émerger plus facilement les indices de technicité, et les conditions de modélisation sont plus aisément convoquées et, dès lors, analysées. L'ensemble de ces dispositifs, successivement adaptés du général au particulier, rend compte d'une possible mise en oeuvre de l'approche proposée par cette recherche. Les données recueillies et analysées révèlent des usages peu variés, en dépit du temps passé par les collégiens devant un écran d'ordinateur. Ceux liés à la communication sont les plus importants en fréquence. À l'opposé, les usages scolaires sont diversifiés. Ils s'apparentent à l'utilisation d'une technologie éducative. Deux niveaux classes (5e et 3e) ayant été interrogés, il est constaté que l'âge des usagers et l'effet de mode influencent les usages. Facebook, par exemple, a supplanté les blogs. Enfin, pratiquement tous les usages nécessitent l'utilisation d'Internet. Les collégiens citent leurs usages privés avant ceux de la sphère scolaire. Ils les décrivent de façon plus précise, chargée affectivement et personnalisée. Une première tendance apparaît à la suite de ces enquêtes d'usages : dans la sphère privée, les jeunes sont en situation d'apprentissage peut-être plus qu'à l'école. En effet, les logiciels présentés lors des activités scolaires mettent en jeu ou évaluent des compétences précédemment acquises. Ils servent, en quelque sorte, d'illustration au cours. À l'inverse, le jeune, seul devant son ordinateur, chez lui, peut avoir besoin - 233 - d'aide pour réaliser les actions qu'il s'est fixées. - 234 - La première consiste en une proposition de méthode pour interpréter les représentations graphiques de ce public singulier, à travers l'élaboration instrumentée d'une grille descriptive et d'analyse des schémas des collégiens. La deuxième propose de questionner une possible formation scolaire aux usages de l'ordinateur. En cela, nous nous interrogeons sur la possibilité d'adapter l'outil conceptuel d'interprétation des rencontres, développé et utilisé comme outil d'intelligibilité pour le chercheur, aux situations d'enseignement-apprentissage. Nous proposons en ce sens une construction curriculaire originale qui permettrait à chaque élève de construire progressivement son propre itinéraire à travers toutes ses rencontres numériques. Cette construction serait guidée et étayée par un enseignant qui jalonnerait les itinéraires des élèves au cours d'étapes structurantes collectives. Ces dernières, balises sur un itinéraire propre à chaque collégien, pourraient utiliser une forme didactisée du cadre d'interprétation de la rencontre. Une nouvelle recherche permettrait de situer la portée d'une telle proposition, ainsi que ses conditions d'opérationalisation. La troisième perspective renvoie à l'unité parmi la diversité des rencontres. En même temps, elle évoque l'idée d'une possible structure cachée. La perception par les élèves de techniques informatisées comme la conception, l'écriture, la recherche documentaire, etc., permet de déplacer le problème et de penser l'ensemble des rencontres comme un monde numérisé (Clavier, 2000). Ce monde, dont le principe unificateur est l'information et son traitement, est constitué de domaines d'usages. Par exemple, le domaine de l'édition est accessible par l'utilisation d'un logiciel de traitement de texte. Le monde numérisé possède un noyau constitué par les techniques numériques, telles que celles qui permettent l'acquisition, le age et le transfert de l'information. Autour de ce noyau gravitent et s'organisent les domaines d'usages rendus accessibles à l'utilisateur par des systèmes informatisés. En conclusion, l'existence d'une organisation scolaire est envisageable et accessible aux jeunes, leur permettant dès lors de réaliser des passerelles entre toutes leurs activités numériques. Elle peut réconcilier l'école et la sphère privée, et favoriser les transferts entre ces deux univers, d'usages apparemment incompatibles. De ce fait, elle peut - 235 - assurer une certaine permanence aux apprentissages, jusqu'alors volatils. Elle permet aussi de prendre en compte et d'intégrer les usages extrascolaires. Cependant, les propositions faites dans la présente recherche impliquent une transformation fondamentale de l'approche de l'apprentissage des usages de l'ordinateur au collège. Qui serait en charge de l'accompagnement à la construction des itinéraires des élèves? Cet accompagnement ne saurait être de la responsabilité d'une discipline unique. De même, la construction d'une telle organisation scolaire et ses contenus demandent à être investigués davantage. Enfin, il faut définir une orientation à une telle formation, celle d'une spécialisation ou bien d'un butinage, lequel s'apparenterait aux pratiques privées du jeune. Il semble donc envisageable, pour l'école de la République, de proposer au collégien une formation aux usages de l'ordinateur. Cette formation se doit de prendre en compte toutes les rencontres des élèves dans leur disparité et leur diversité, et doit en atténuer les effets discriminants. En mettant en avant la technicité de chaque rencontre, il est possible de redonner du sens aux activités numériques des adolescents, permettant à tous d'évoluer dans un monde pénétré par les systèmes informatisés, sans rejet ni fascination. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ADAM M., Les Schémas, un langage transdisciplinaire, Paris : L'Harmattan, 1999. AGOSTINELLI S., Entre artefact et situation : Quels enjeux de communication pour les NTIC? L'impossible formation à la communication? ICOMTEC de l'Université de Poitiers, Poitiers : L'Harmattan. 2000. AKRICH M., « Les objets techniques et leurs utilisateurs, de la conception à l'action ». In « Les objets dans l'action », Raisons pratiques, 4, 1993, p. 35-57. 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Le rôle de la technologie dans la construction des représentations et des pratiques de la relation client : le cas des progiciels CRM Bénédicte Grall COLE DES HAUTES ETUDES COMMERCI DE PARIS le cas des THESE présent et soutenue publiquement le 10 en vue de l'obtention du Bénédicte DOAN-GRALL JURY P résident du Jury : Monsieur Jérôme MERIC Professeur des Universités, Institut d'Administration des Entreprises, Poitiers – France Madame Eve CHIAPELLO Directrice d'Etudes, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris – France Rapporteurs : Monsieur Nicolas BERLAND Professeur des Universités, Université Paris Dauphine, Paris – France Monsieur Patrick GILBERT Professeur des Universités, Institut d'Administration des Entreprises, Paris – France Suffragants : Madame Claire DAMBRIN Professeur Associé, HDR ESCP Europe, Paris – France Madame Hélène LÖNING Professeur Associé, HDR HEC Paris – France 2 Ecole des Hautes Etudes Commerciales Le Group HEC Paris n'entend donner aucune approbation ni bation aux opinions émises dans les thèses ; ces opinions être auteurs . A Baptiste, Valentine et Paul , mes enfants , A Pierre - Olivier, mon mari, A Nicole , ma mère, A la mémoire de mon père. Remerciements Alors que ce travail de thèse s'achève, je voudrais remercier sincèrement et chaleureusement toutes les personnes qui m'ont soutenue, d'une façon ou d'une autre, tout au long de ce parcours passionnant mais parfois aussi un peu tumultueux et très exigeant Parce que sans elle, cette thèse ne serait pas (et ce n'est pas une simple formule), je voudrais tout d'abord adresser mes immenses remerciements à ma directrice de thèse, Eve Chiapello. Elle m'a non seulement donné l'envie d'entamer ce doctorat mais elle m'a aussi guidée sur ce long chemin de transition professionnelle. Merci Eve, pour ton soutien sans faille, la liberté et l'autonomie que tu m'as consenties, tes relectures minutieuses et surtout pour nos échanges toujours stimulants qui m'ont permis de me dépasser. Je voudrais également remercier Hélène Löning pour m'avoir donné l'occasion d'enseigner avant que je n'intègre le programme doctoral d'HEC. Le plaisir éprouvé lors des premiers cours donnés a été un élément décisif dans ma décision de reconversion professionnelle. Je remercie aussi l'ensemble des professeurs en charge du programme du Master Recherche de l'IAE de Paris pour avoir su développer mon intérêt pour la recherche. Je tiens à remercier tout particulièrement Patrick Gilbert et Géraldine Schmidt. Je souhaite adresser mes sincères remerciements aux membres de mon jury : Nicolas Berland, Patrick Gilbert, Claire Dambrin, Hélène Löning et Jérôme Méric. Je les remercie par avance pour le temps qu'ils consacreront à la lecture de mes travaux (que j'espère denses mais pas indigestes) et pour l'ensemble de leurs critiques et suggestions qui seront sans aucun doute une aide précieuse pour l'avenir. Je voudrais ajouter des re ements tout particuliers à Nicolas Berland et Hélène Löning pour les commentaires réalisés lors de ma pré-soutenance. Ils ont indéniablement contribué à l'amélioration de ce manuscrit. Pour leurs commentaires aux différents stades de mes travaux et nos échanges toujours constructifs au cours de ces cinq dernières années, je remercie très sincèrement les différents professeurs du département « Accounting & Management Control » d'HEC, et notamment Diane-Laure Arjaliès, Sebastian Becker, Hélène Löning, Véronique Malleret, Daniel Martinez, Afshin Mehrpouya, Martin Messner, Carlos Ramirez. Je tiens à remercier tout spécialement Claire Dambrin et Caroline Lambert pour leur soutien sans faille, leurs conseils avisés et nos nombreux échanges particulièrement précieux. Bien sûr ce parcours doctoral n'aurait pas eu la même saveur sans les doctorants qu'il m'a donné l'occasion de rencontrer : ceux d'HEC mais aussi ceux rencontrés lors de cours, de séminaires, de conférences, de groupes de réflexion comme l'AMO. Je pense en particulier à mes co-doctorants du département « Accounting & Management Control » : Luis Cuenca, Claire Garnier, Delphine Gibassier et Liivar Leppik. Merci Delphine, pour ton énergie, ta volonté et ton enthousiasme, qui m'ont toujours impressionnée mais aussi pour ton soutien et tes encouragements. Luis, tu resteras définitivement, l'une des belles rencontres de ces cinq dernières années. Claire, tu as été la co-doctorante que tout le monde rêve d'avoir et ton amitié est l'une des plus belles surprises de ce doctorat. Je pense également à Céline Baud, Nathalie Lallemand-Stempak, Isabel Pedraza et Tiphaine Jérome qui nous ont montré la voie, à Laure Célérier et Floriane Janin, les « petites jeunes » mais aussi à Julie Demaret, Isabelle 7 Flachère, Fabien Gélédan, Fabien Hildewein, Laetitia Legalais, Marion Ligonie, Lucrèce Mattei, Lucie Noury, Sébastien Stenger, Thomas Roulet, Frédéric Gracias, et j'en oublie Je voudrais adresser ma très grande reconnaissance à la société qui sous le nom de code « Alpha » m'a permis de réaliser cette recherche. Je tiens à remercier en particulier Pascal et Arnaud pour m'avoir accordé leur confiance et ouvert grand les portes d'Alpha. Je suis également très reconnaissante à toutes les personnes rencontrées pour le temps qu'elles m'ont consacré et l'enthousiasme qu'elles y ont mis. Je remercie bien évidemment HEC Paris pour m'avoir permis de réaliser cette thèse dans de bonnes conditions. Je voudrais remercier particulièrement toute l'équipe du doctorat, l'équipe de la bibliothèque, et notamment Lydie Tournaire, mais aussi Jocelyne Jegouzo, Laurence Thevenoux et Delphine Vilain du département « Accounting & Management Control » pour leur gentillesse et leur soutien logistique. Je tiens également à remercier la fondation d'HEC pour la bourse d'étude octroyée. Enfin, je voudrais remercier ma famille et mes amis, qui au travers des bons moments partagés, ont contribué indirectement à cette thèse en m'apportant des moments de respiration, ô combien importants. Je terminerai par les personnes qui me sont les plus chères, Pierre-Olivier, mon mari et Baptiste, Valentine, et Paul, mes enfants. « Mes loulous », vous avez été à la fois mon moteur, ma source d'équilibre et d'apaisement. Pierre-O, les mots me manquent Mais merci pour ton soutien inconditionnel lors de cette aventure incroyable 8 SOM MAIRE Liste des acronymes 11 INTRODUCTION 13 La littérature dédiée aux projets CRM et ses limites 18 Un positionnement ancré dans les approches « institutionnalistes » et « interactionnelles » des outils de gestion 23 Les deux « états » de l'outil étudiés 25 Choix théoriques 26 Plan et sous- questions de recherche 32 PREMIERE PARTIE : L'ETUDE DES PROGICIELS CRM SOUS une FORME CIRCULANTE 38 1 CHAPITRE 1: Un éclairage théorique au travers des théories néo- institutionnalistes et outils de gestion 41 1.1 Les concepts fondamentaux des théories néo-institutionnalistes : champ, institution, isomorphisme 41 1.2 L'intégration de nouveaux concepts pour prendre en compte le rôle des acteurs et rendre compte de l'hétérogénéité : traduction/édition, isonymisme/isomorphisme/isopraxisme et logiques institutionnelles 45 1.3 2 Les outil s de gestion et les thé ories néo-institutionnalistes 50 CHAPITRE 2 : Un éclairage empirique au travers de l'analyse historique d'une revue professionnelle 77 2.1 La méthode de recherche : une approche qualitative longitudinale fondée sur l'analyse d'Action Commerciale, le magazine des dirigeants commerciaux de France 77 2.2 Les principaux résultats 83 2.3 DEUXIEME PARTIE : L'ETUDE D'UN PROGICIEL CRM SOUS UNE FORME INSCRITE ET SITUEE 134 3 Chapitre 3 : Cadre théorique et méthode de recherche 136 9 4 3.1 L'ANT et les outils de gestion 136 3.2 L'étude des CRM et ERP dans les approches interactionnelles 166 3.3 La méthode de recherche 182 Chapitre 4 : Les caractéristiques du processus de traduction qui accompagne le processus d'adoption d'un progiciel CRM : le cas du projet Cont@ct 206 4.1 L' histoire de la mise en oeuvre de Cont@ct et de ses s au cours du temps 206 5 4.2 La création d'une asymétrie et le poids du progiciel 217 4.3 L'adoption de Cont@ct est passée par un changement d'approche 228 4.4 La « sous-utilisation » de Cont@ct et l'étiolement du processus de traduction 235 4.5 CHAPITRE 5 : Dans quelle mesure la mise en place d'un progiciel CRM modifie-t- elle les pratiques des acteurs au sein de l'entreprise? 251 5.1 Le rôle attribué à Cont@ct 252 5.2 L'évolution de l'utilisation de Cont@ct au cours du temps 259 5.3 Les transformations des pratiques concomitantes à la mise en oeuvre de Cont@ct. 5.4 Conclusion 298 CONCLUSION GENERALE 303 Enjeux et principaux résultats 303 Les contributions principale s de notre thèse 307 Limites et perspective s de recherche 316 BIBLIOGRAPHIE 320 ANNEXES 327 Index des schémas et tableaux 381 10 Liste des acronym es ABC : Activity Based Costing ANT : Actor Network Theory ASSCO : Assistante Commerciale ATC : Attachés commerciaux CA : Chiffre d'affaires CAD : Commerciaux à Distance CC : Conseiller Clientèle CDV : Chef des Ventes COPIL : Comité de Pilotage COPRO : Comité Projet CRC : Centre de la relation Client CRM : Customer Relationship Management CSC : Chargé de la Satisfaction Client DB : Directeur de Bassin DC : Direction Commerciale DCF : Association des Dirigeants Commerciaux de France DG : Directeur Général DR : Directeur Régional DSI : Direction des Systèmes d'Information DVGCN : Directeur des Ventes Grands Comptes Nationaux EMA : Enterprise Marketing Automation ERP : Enterprise Resource Planning FSI : Fiche de Signalement d'Incidents GRC : Gestion de la Relation Client KMS : Knowledge Management System KPI : Key Performance Indicators MOA : Maitrise d'Ouvrage MOE : Maitrise d'oeuvre NTIC : Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication PAC : Plan d'Actions Commerciales PME : Petites et Moyennes Entreprises RCR : Responsable Commercial Régional 11 RDV : Rendez-Vous RGCN : Responsable Grands Comptes Nationaux RGCR : Responsable Grands Comptes Régionaux RSE : Responsabilité Sociale et Environnementale SCM : Supply Chain Management SFA : Sales Force Automation SI : Système d'Information SRC : Semaine de la Relation Client TPE : Très Petites Entreprises TQM : Total Quality Management 12 INTRODUCTION «-C'était juste incroyable , la société, elle fa isait +100 , +1 10% mais tous les trimestres. + à l'année, ça paraît déjà fou, mais c'était tous les trimestresQuarter, sur quarter +100, +110%, c'était incroyable, ils surfaient sur la tendance du CRM [Customer Relationship Management], qui était, il fallait faire du CRM sinon on était mort [] - un projet CRM, c'est un projet qui vise à avoir une meilleure connaissance du client et à fournir une vision transverse du client, une cohérence transverse à l'ensemble des processus. On gère la relation client sur tout le cycle de vie. [] -Pour les commerciaux, c'est un vrai changement aussi, ils ont l'impression d'être euh fliqués -Le flicage, vous l'avez souvent constaté? -Ah, oui, oui, sur la partie commerciale, oui. L'étude du rôle de la technologie, définie comme l'ensemble des outils et matériels utilisés dans un domaine donné, au travers de l'analyse des interactions qui peuvent exister entre une technologie particulière, la société, les organisations et les individus constitue l'enjeu de cette thèse. Comme le mettent en évidence quelques chercheurs, la technologie est l'objet d'un paradoxe : elle est omniprésente dans notre société mais relativement négligée par la recherche sur les organisations (Baxter et Chua 2003 ; Chiapello et Gilbert 2013 ; Rafaeli et Pratt 2013), son rôle est encore peu étudié ou de façon partielle. La grande majorité des recherches ont souvent vis-à-vis de la technologie une approche fonctionnaliste, c'est-à-dire qu'elles considèrent qu'elle remplit fidèlement son rôle, les fonctions qui lui sont attribuées et par là-même ne mérite pas une attention particulière. Nous considérons qu'au vu de la multiplicité et de la complexité des interactions auxquelles donnent lieu la technologie, décrire et analyser ces dernières constitue un point d'entrée fécond dans la quête de compréhension du fonctionnement de la société. Nous appliquons ce raisonnement aux outils de gestion qui peuvent être définis comme l'ensemble des outils et matériels utilisés dans le domaine de la gestion des entreprises dans le but, comme le soulignent Chiapello et Gilbert (2013), de coordonner l'activité organisationnelle et de contrôler les résultats, et nous proposons d'approfondir la compréhension des organisations à partir des outils de gestion. Dans notre thèse, nous nous intéressons à des outils de gestion particuliers qui ont pour vocation de coordonner et contrôler la gestion de la relation client au sein d'une organisation, les progiciels CRM (Customer Relationship Management). Nous avons choisi de mener une réflexion sur le rôle de la technologie dans les organisations en nous appuyant sur l'étude de ces progiciels pour plusieurs raisons. La première est d'ordre personnel. Nous avons été pendant trois ans le chef de projet maîtrise d'ouvrage d'un projet de mise en oeuvre d'un 14 progiciel CRM, ce qui a contribué à développer notre intérêt vis-à-vis de ces outils de gestion. La seconde est d'ordre académique. A notre connaissance les recherches consacrées aux progiciels CRM, autres que les recherches en marketing et en systèmes d'information (qui se sont intéressées aux progiciels CRM dans une approche plutôt fonctionnaliste) sont rares. Elles semblent même absentes de la recherche en contrôle de gestion alors même que ces outils, comme le suggère l'extrait d'entretien cité précédemment, semblent modifier les pratiques en termes de contrôle au sein des entreprises. Et enfin la troisième est d'ordre économique : les progiciels CRM connaissent un vif succès auprès des entreprises depuis la fin des années 1990. Au début des années 1990, dans un contexte économique jugé toujours plus concurrentiel, se développe le sentiment, parmi les praticiens et le monde académique, que la gestion de la relation client peut constituer un avantage compétitif. Ainsi, améliorer la gestion de la relation client devient un des leviers pour accroître la performance financière. La tendance au sein des entreprises est alors de remplacer le marketing traditionnel, centré sur la démarche des 4P (Product, Price, Place and Promotion), par un marketing relationnel, fondé sur une connaissance approfondie de chaque client et une approche « one to one » (Damperat 2005). Les évolutions dans le domaine des technologies de l'information, en permettant de stocker un nombre considérable de données sur les clients et en mettant à disposition plusieurs canaux pour communiquer avec eux (internet, téléphone, sms, e-mail) facilitent la mise en place d'une telle approche. C'est dans ce contexte qu'apparaissent, fin des années 1990 - début des années 2000, les progiciels CRM (Customer Relationship Management). Ces progiciels peuvent être définis comme des sortes d'ERP (Enterprise Resource Planning), spécialisés dans la gestion de la relation client. Ils présentent, en effet, de grandes similitudes avec ces derniers tant au niveau de la logique de conception, qui repose sur une capitalisation des processus les plus performants et sur des « best practices », qu'au niveau de leur structure technique, constituée d' une base de données unique et commune, sur laquelle peuvent venir se greffer différents modules2. Les quatre modules principaux sont : les modules SFA (Sales Force Automation) pour la gestion personnalisée de la relation client par la force de vente, les modules EMA 2 Il est à noter que ce sont d'ailleurs principalement les éditeurs d'ERP ( SAP, Peoplesoft, Oracle) qui sont à l'origine des progiciels CRM 15 (Enterprise Marketing Automation pour l'automatisation de la gestion des campagnes marketing, les modules permettant la mise en place des canaux de vente totalement automatisés ou partiellement automatisés (call centers, internet), et enfin les modules « CRM analytique » pour une analyse et une exploitation des données clients plus précise. Ces modules peuvent être mis en oeuvre de façon indépendante et sont d'ailleurs rarement implantés en une seule fois, essentiellement pour des raisons de coûts et de complexité. Les entreprises commencent le plus souvent par le module SFA ou le module EMA. Dès la fin des années 1990, les entreprises ont investi massivement dans la mise en oeuvre de progiciels CRM. Le marché des licences CRM en France a explosé en 2000 avec une croissance cette année là de 73% atteignant un chiffre d'affaires d'un milliard de francs de licences CRM vendues et un marché global (conseil, SSII, éditeurs) de 5,4 milliards de francs (Moisand 2001)3. Ce succès ne s'est pas démenti tout au long de la dernière décennie et selon les prévisions réalisées par IDC France4 en mars 2012, ce marché pourrait connaître une croissance annuelle moyenne de l'ordre de +6,7% sur l'ensemble de la période 20112015, malgré le contexte économique dégradé en France. Cet engouement des entreprises pour les progiciels CRM est confirmé par les résultats de l'étude IPSOS de 20095 sur les usages de la gestion de la relation client en France, menée auprès de 847 entreprises de plus de 10 salariés, selon laquelle 46% des entreprises françaises se déclarent équipées d'un outil pour gérer leur relation client, dont la moitié d'un logiciel standard du marché. Ce taux d'équipement passe à 66% pour les entreprises de plus de 100 salariés. Dix ans après le début de cet engouement, on peut se demander quels sont les changements induits par cette explosion des progiciels CRM. Plus précisément, étant donné la nature de ces derniers, il nous a semblé particulièrement pertinent de questionner les changements induits à la fois dans la façon dont les praticiens envisagent la gestion de la relation client et dont les équipes commerciales la mettent en oeuvre. Un progiciel CRM contrairement à un logiciel CRM qui serait développé par une entreprise particulière pour répondre à ses propres besoins 3 4 Moisand, D. (2001)- Le CRM, un engouement contrasté, La revue, n°65 IDC France est un acteur majeur de la Recherche, du Conseil et de l'évènementiel sur les marchés des technologies de l'information , des télé communications et des technologies grand public . 5 Ipsos confirme le leadership de Sage dans le CRM en France, publié sur Channel Business Partners : http://www.channelbp .com 16 en matière de gestion de la relation client, est mis au point par un éditeur pour être commercialisé auprès du plus grand nombre possible d'entreprises. Lors de la conception de ce dernier, les équipes d'informaticiens et designers de l'éditeur font des choix pour modéliser la relation client. Par exemple, ils prennent des options pour déterminer quels sont les éléments importants pour qualifier un client, un entretien de vente, un cycle de vente Tous ces éléments intégrés dans les progiciels CRM contribuent à créer des schémas cognitifs qui agissent à la fois sur la conception et la façon de réaliser les actions. Ces schémas cognitifs intégrés dans ces progiciels CRM qui ont pour vocation d'être mis en oeuvre dans un grand nombre d'entreprises vont influencer à la fois les façons de concevoir la relation client et de la mettre en oeuvre. La question est donc de savoir, d' part si nous pouvons considérer que l'apparition des progiciels CRM est à l'origine de « réels » changements dans la façon dont les praticiens dans leur ensemble conçoivent la relation client et dont les équipes commerciales la mettent en oeuvre, et d'autre part quelles formes prennent ces changements. 17 Et nous prenons comme définition pour les pratiques celle de Schatzki (2005)6 qui considère que c'est un « ensemble d'activités humaines organisées » par trois phénomènes : les connaissances et savoir-faire des différents acteurs, les règles et procédures et enfin la structure téléoaffective qui désigne chez Schatzki les projets, les objectifs fixés par l'organisation, l'utilisation d'objets mais aussi les émotions et les sentiments acceptables ou prescrits pour les différents acteurs. La suite de cette introduction a pour objectif de montrer les limites de la littérature dédiée aux projets et aux progiciels CRM, d'expliciter notre positionnement ainsi que nos choix théoriques et enfin de présenter notre plan de thèse en soulignant nos contributions principales. La littérature dédiée aux projets CRM et ses limites Jusqu'à présent, le monde académique s'est plus intéressé aux projets CRM qu'aux progiciels CRM eux-mêmes, qui n'en sont que l'une des composantes. L'intérêt pour ces projets est relativement récent puisque les premiers articles académiques datent du début des années 2000, les articles antérieurs étant avant tout des articles professionnels. Si diverses études ont souligné le fort engouement suscité par les progiciels CRM parmi les dirigeants d'entreprise dès la fin des années 1990, d'autres ont aussi montré un taux d'échec de ces projets relativement important, même s'il a tendance à diminuer. Selon le Forrester Research, en 2009 ce taux était de 47% alors qu'il était de 70% en 2002, selon le Bluter Group7. Cette situation explique peut-être que la plupart des recherches consacrées aux projets CRM, qui sont dans leur grande majorité conduites par des chercheurs en marketing et en sciences de l'information, abordent deux thèmes principaux : les facteurs clés de succès et 6 Ahrens, T., Chapman, C.S. (2007, p.8), citant Schatzki, 2005, pp.471-472 : « By practices, I mean organized human activities.[] The set of actions that composes a practice is organized by three phenomena : understandings of how to do things, rules, and teleoaffective structure. By rules I mean explicit formulations that prescribe, require or instruct that such and such be done, said, or the case; a teleoaffective structure is an array of ends, projects, uses (of things), and even emotions that are acceptable or prescribed for participants in the practice"(Ahrens et Chapman 2007) 7 Source : Quotient management.com : 47% des implantations CRM sont en échec ! (7 janvier 2010 ) 18 causes principales d'échec de la mise en oeuvre d'un progiciel CRM d'une part, l'impact de ces projets sur la performance des entreprises d'autre part. Les premières recherches étudiant les facteurs clés de succès et les causes principales d'échec de ces projets ont cherché à montrer que les difficultés de mise en oeuvre résultent, dans de nombreux cas, d'une sous-estimation des risques et d'une vision trop restrictive de ces projets (Gentle 2003). Selon ces travaux, la mise en place d'un progiciel CRM ne peut se faire de façon satisfaisante sans une réflexion sur la stratégie globale de l'entreprise et une adaptation des processus organisationnels (Bull 2003 ; Chen et Popovich 2003) qui, pour être comprises, doivent être soutenues par un plan d'accompagnement au changement comportant notamment des actions de communication et de formation tout au long du projet, et non comme c'est souvent le cas d'un plan d'accompagnement au changement très succinct, se résumant essentiellement à des actions de formation à l'outil. Selon ces premières recherches, les raisons principales qui sont à l'origine des difficultés rencontrées par les entreprises lors de la mise en oeuvre d'un progiciel CRM sont l'absence d'une réelle stratégie CRM, une implication insuffisante du Top Management, l'absence d'un projet d'accompagnement au changement, l'absence d'un programme de formation conséquent ou encore l'insuffisante prise en compte des besoins des utilisateurs. Ces travaux ont contribué à clarifier les contours d'un projet CRM et ont permis de mieux cerner l'objet CRM, en lui donnant une définition maintenant communément admise (Boulding et al. 2005). Cette définition est celle proposée par Payne et Frow (2005) dans un article considéré comme faisant référence « A strategic framework for Customer Relationship Management », publié dans Journal of Marketing : «CRM is a strategic approach that is concerned with creating improved shareholder value through the development of appropriate relationships with key customers and customer segments. CRM unites the potential of relationship marketing strategies and to create profitable, long-term relationships with customers and other key stakeholders. CRM provides enhanced opportunities to use data and information to both understand customers and co- create value with them. This requires a cross-functional integration of processes, people, operations, and marketing capabilities that is enabled through information, technology and applications. » (Payne et Frow 2005, p. 168) Payne et Frow complètent cette définition par la proposition d'un cadre méthodologique pour la mise en oeuvre d'un projet CRM. 19 Schéma 0.1 : Key elements in organizing for CRM implementation (Source : (Payne 2006) Ainsi, le CRM se définit comme une stratégie de développement fondée sur la création de valeur grâce à la mise en place d'une gestion de la relation client appropriée au profil de chaque client, permettant de créer des relations rentables et de long terme avec les clients mais aussi l'ensemble des parties prenantes de l'entreprise. Cette stratégie suppose une approche transversale et la mise en place d'un processus de mesure de la performance, elle s'appuie sur une approche multi-canal et est rendue possible grâce aux outils du système d'information (dont les progiciels CRM) qui permettent le stockage et l'analyse d'une multitude de données client. Quatre facteurs jouent un rôle prépondérant dans la mise en oeuvre d'un projet CRM : la maturité de l'entreprise par rapport au CRM, la gestion de projet, la conduite du changement et l'engagement des collaborateurs de l'entreprise. Cet article marque un tournant. A partir de 2005, date de sa parution, les recherches consacrées aux facteurs clés de succès des projets CRM sont moins nombreuses et s'appuient dans la grande majorité des cas sur le cadre conceptuel de Payne et Frow, pour en montrer la pertinence (Theo et al. 2006 ; Kim et al. 2010), pour approfondir une dimension particulière, comme par exemple la dimension humaine (Plakoyiannaki et al. 2008) ou encore pour étudier un secteur d'activité particulier, comme le milieu médical (Hung et al. 2009) (cf annexe 1-Tableau1Analyse de quelques articles sur le thème : CRM et facteurs clés de succès ) 20 Si un premier sous-ensemble d'articles de la littérature consacrée aux projets CRM a examiné, le plus souvent grâce à des études de cas, les facteurs clés de succès lors de la mise en oeuvre de tels s et a contribué à clarifier leur contour et à en donner une définition dorénavant admise par le plus grand nombre, un deuxième sous-ensemble, plus récent, étudie la relation existant entre la mise en place de projets CRM et la performance des entreprises, en général à l'aide de méthodes quantitatives, à un instant t. Au sein de ce deuxième sous-ensemble, il est possible de distinguer deux sous-groupes de recherches : celles qui s'intéressent à l'impact des projets CRM sur la performance de l'entreprise et celles qui réalisent des études de déterminants, c'est-à-dire qui cherchent à identifier les caractéristiques des entreprises qui peuvent expliquer la différence d'impact des projets CRM sur la performance. Les recherches visant à mesurer l'impact des projets CRM sur la performance de l'entreprise, notamment motivées par le scepticisme grandissant des praticiens sur le réel effet positif de ces projets CRM, utilisent différents « proxys ». Certains utilisent comme « proxys » des indicateurs d'impact, comme par exemple un indicateur de satisfaction client ou encore de connaissance client (Mithas et al. 2005), d'autres un indicateur de résultat, comme le profit (Ryals 2005 ; Krasnikov et al. 2009) ou le prix de l'action (Hendricks et al. 2007). Dans leur grande majorité, ces recherches montrent qu'il existe bien une relation statistique positive entre la mise en place d'un projet CRM et la performance de l'entreprise. Cependant, d'autres recherches ont des conclusions plus nuancées. Ainsi, si l'impact positif des projets ERP (Enterprise Resource Planning) et SCM (Supply Chain Management) sur la performance de l'entreprise, mesurée au travers de l'évolution du prix de l'action, semble clair, celui des projets CRM est plus mitigé (Hendricks et al., 2007). Ces résultats plus mitigés dans le cas des projets CRM semblent être reconnus par de nombreux chercheurs (Michaux 2009). (cf Annexe 1- Tableau 2- Analyse de quelques articles sur le thème CRM et PerformanceImpact). En revanche, à notre connaissance, il n'existe pas vraiment de recherches s'étant intéressées de façon approfondie aux raisons de ces résultats plus mitigés dans le cas projets CRM, celle qui est le plus souvent invoquée étant leur complexité. D'autres chercheurs ont essayé de mieux comprendre la relation entre CRM et performance en s'intéressant à l'influence de certaines caractéristiques des entreprises, comme par exemple, la structure du capital (Cooper et al. 2005), l'expérience dans les différents modes de commercialisation (Srinivasen et Moorman 2005) ou encore le degré de maturité de la relation client (Reinartz et al. 2004 ; Becker et al. 2009). Ces études montrent que certaines caractéristiques des entreprises jouent un rôle dans la relation entre la mise en place d'un CRM et l'augmentation de la performance. (cf. Annexe 1- Tableau 3- Analyse de quelques articles sur CRM et Performance-Déterminants). En résumé, les recherches conduites jusqu'à présent sur les projets CRM ont permis de définir clairement les contours de ces projets et de mettre en évidence leur complexité : s'il existe bien a priori une relation statistique positive entre la mise en oeuvre d'un projet CRM et la performance de l'entreprise, cette relation est soumise à de multiples effets modérateurs ; les éléments critiques au sein de ces projets sont nombreux, et comme le précise Boulding et al. (2005, p.162), les interactions entre les progiciels CRM, les processus organisationnels et les hommes peuvent être au coeur des difficultés liées à la mise en oeuvre de ces projets - « Les données, les processus et les systèmes technologiques sont des éléments critiques dans les projets CRM, mais sans interactions appropriées des hommes avec les processus et les systèmes, le retour sur investissement de ces projets est risqué »8 (Boulding et al. 2005) (traduits par nos soins). De nombreux chercheurs dans le domaine du CRM soulignent le manque de recherches s'intéressant aux différentes interactions existant entre les différentes composantes principales d'un projet CRM (progiciel, hommes, processus organisationnels) (Boulding et al. 2005). Selon nous, une façon de répondre à cette limite, est d'opter pour un changement d'approche. La grande majorité des recherches menées dans le domaine du CRM adoptent un positionnement épistémologique et une méthode de recherche qui ne leur permettent pas de comprendre, en profondeur et dans le temps, les interactions existant entre le progiciel CRM, les organisations et les hommes. D'une part, s'inscrivant dans une approche classique et plutôt fonctionnaliste des outils de gestion, les recherches actuelles 8 Boulding et al.(2005, p.162) : « Data and technology processes and systems are critical for CRM activities, but without appropriate human interaction with these processes and , the returns on investments in these areas are at risk » 22 considèrent que les progiciels CRM sont en quelque sorte neutres, qu'ils remplissent fidèlement leur rôle et donc que le construit qu'ils représentent ne mérite pas une attention particulière. D'autre part, adoptant le plus souvent une méthode de recherche fondée sur une étude quantitative à un instant t, les recherches menées cherchent à mettre en évidence l'existence d'une relation entre augmentation de la performance de l'entreprise et la présence de certaines interactions entre les composantes principales d'un projet CRM (progiciel, hommes, processus organisationnels), mais leur objectif n'est pas de les analyser finement. Un positionnement ancré dans les approches « institutionnalistes » et « interactionnelles » des outils de gestion10 A partir du début des années 1980, se différenciant du courant dominant, quelques chercheurs montrent que les outils de gestion ne sont ni neutres, ni tout puissants c'est-à-dire qu'ils ne sont ni des « auxiliaires discrets et fidèles du pouvoir » (Berry 1983) ni une force externe 9 Nous reprenons l'intitulé utilisé par E. Chiapello et P. Gilbert dans le cours de Master Recherche de l'IAE de Paris en 2008 10 Nous reprenons le typologie de Chiapello et Gilbert (2013) 23 ayant des effets déterministes, indépendamment du contexte de mise en oeuvre et d'utilisation. Ces chercheurs veulent resituer le rôle des outils dans l'étude des organisations (Joerges et Czarniawska 1998), en mettant en évidence leur caractère dual : ils sont à la fois le produit de l'action humaine et des « médiateurs » de cette action (Orlikowski 1992). Au cours de ces trente dernières années, les travaux de recherche sur les outils de gestion se sont multipliés et ont développé des points de vue variés, en fonction des disciplines mobilisées (sociologie, psychologie, gestion), du niveau d'analyse ( macro versus micro), de l'orientation choisie par les chercheurs (critique versus pragmatique) ou encore du statut accordé à l'objet technique (central versus secondaire) (Chiapello et Gilbert 2013). Selon Chiapello et Gilbert (2013, p.58), il est possible d'établir une catégorisation des travaux de ce courant de recherche en « privilégiant les idées défendues et leurs thèmes de prédilection », et ainsi distinguer trois grands « univers thématiques » : les approches critiques, les approches institutionnalistes et les approches interactionnelles. Les travaux de l'univers thématique qualifié d' « approch critiques » s'intéressent avant tout aux asymétries sociales, aux rapports de force. Les outils de gestion sont analysés sous l'angle de l'instrumentalisation des relations de pouvoir. Les chercheurs au sein de ce courant examinent dans quelle mesure ils servent les projets d'exploitation et de domination ou de quelle façon ils peuvent être une source d'oppression ou de souffrance. Ils s'appuient notamment sur les thèses marxiste, bourdieusienne ou encore foucaldienne. Les deux « états » de l'outil étudiés Eclairer notre question de recherche suppose d'être en mesure de saisir à la fois le rôle d'un progiciel CRM à un niveau macro (les représentations de la relation client à un niveau sociétal, plus précisément au sein de la communauté des dirigeants commerciaux français) et à un niveau micro (les pratiques des équipes commerciales au sein d'une entreprise). Pour ce faire, il nous a paru judicieux d'étudier les progiciels CRM dans leurs deux « états principaux » : la « forme circulante » et la « forme inscrite et située » (Chiapello et Gilbert 2013). «Dans son état circulant, qui est sa forme « macro », l'outil intervient sur un vaste périmètre, national, voire international. L'état inscrit, qui est la forme « micro », correspond à des outils contextualisés, spécifiques à une organisation et à son contexte interne » (Chiapello et Gilbert 2013, p.248-249). Dans son état circulant, un progiciel CRM peut prendre différentes formes comme celle d'un progiciel standard paramétrable (le progiciel CRM de Siebel, celui de SAP ou celui de Peoplesoft) ou encore celles d'idées plus ou moins standardisées circulant à leurs propos. Pour saisir les changements éventuels de représentation de la relation client à un niveau sociétal, induits par les progiciels CRM, nous étudions ces derniers dans une de leurs formes circulantes, les discours véhiculés à leur sujet. Et pour essayer de comprendre leur rôle dans la modification des pratiques des équipes commerciales, nous nous intéressons à un progiciel CRM sous une forme inscrite et située, 25 grâce à l'étude d'un cas sur la longue durée de mise en oeuvre et d'utilisation de la version 8.8 du progiciel CRM Peoplesoft au sein d'une entreprise française. Mettre en perspective ces deux formes d' outil de gestion constitue, selon nous, un moyen pertinent pour essayer de saisir les différentes interactions qui peuvent exister entre cet outil et la société, entre cet outil et une organisation donnée ou encore entre cet outil et des individus, et par là même de mieux comprendre son rôle. Choix théoriques Nous mobilisons dans notre thèse à la fois les théories néo-institutionnalistes et la théorie de l'Actor Network Theory (ANT). Le choix de ces deux théories s'est fait selon un cheminement en deux étapes. Tout au début du processus de thèse, ces deux théories, nous avaient paru si évidentes compte tenu de nos préoccupations que nous n'avons pas dans un premier temps réfléchi sur ce qui était pourtant un choix. Le concept de « mythe rationnel » au coeur des théories néo-institutionnalistes et celui de « symétrie entre les humains et les non humains », central dans la théorie de l'ANT, nous ont paru pertinents pour comprendre respectivement l'engouement suscité par les progiciels CRM auprès des praticiens et les difficultés de mise en oeuvre d'un progiciel CRM que nous avions vécues en tant que chef de projet CRM. Dans un deuxième temps, l'examen plus approfondi des concepts au coeur de ces deux théories, des « calls » en comptabilité-contrôle des chercheurs mobilisant ces théories, des théories « concurrentes » principales et de leur mise en perspective avec nos terrains et nos données, nous ont conforté dans notre choix initial. L'analyse des théories néo-institutionnalistes au travers de ses concepts fondateurs mais aussi de ses principales évolutions au cours du temps (cf chapitre 1) a confirmé l'intérêt de cette théorie pour notre recherche. Les concepts de « mythe rationnel » et d' « institutionnalisation » constituent tout d'abord des pistes intéressantes à creuser pour comprendre l'engouement suscité par les progiciels CRM alors même que ce dernier ne peut pas s'expliquer par les seules raisons économiques (cf taux d'échec de ces projets). Deuxièmement, les théories néo-institutionnalistes permettent de « modéliser » les relations existantes entre les discours prégnants à un moment donné au sein d'un champ/d'une profession et la diffusion/ institutionnalisation d'une nouvelle forme organisationnelle, d'une 26 nouvelle pratique (Phillips et al, 2004 ; Green 2004. Et enfin, de nombreux chercheurs en sciences de gestion comme Hasselbladh et Kallinikos (2000), Leca et al. (2009) ou encore Jones et al. (2013) souhaitent que des recherches soient menées afin de mieux comprendre quel peut être le rôle joué par les artefacts11 dans l'institutionnalisation d'une nouvelle pratique organisationnelle, la mise en place d'une nouvelle logique institutionnelle. Selon ces chercheurs, si les néo-institutionnalistes reconnaissent aux artefacts un rôle à la fois dans le processus d'institutionnalisation d'une nouvelle forme organisationnelle (selon Scott 2008, les artefacts constituent l'un des véhicules principaux de l'institutionnalisation) et dans la constitution des logiques institutionnelles (il est considéré que ces dernières contiennent des composants idéels et matériels (Jones et al., 2013)), ils en ont cependant, jusqu'à présent, souvent négligé l'étude approfondie. En ce qui concerne l'étude des progiciels CRM sous une forme inscrite et située au travers de l'étude longitudinale d'un cas de mise en oeuvre d'un progiciel CRM au sein d'une entreprise française, nous avons été « séduite » très tôt par l'ANT, notamment par son principe de rétablissement de la symétrie entre les humains et les non-humains et son concept de traduction, qui faisaient écho à ce que nous avions pu vivre en tant que chef de projet CRM. Puis, une fréquentation plus poussée des travaux en comptabilité-contrôle de gestion mobilisant cette théorie et consacrés aux outils de gestion nous a fait douter de la pertinence de s'appuyer sur cette théorie. L'ANT est mobilisée en comptabilité-contrôle de gestion dans de nombreux travaux de recherche consacrés aux outils de gestion (cf chapitre 3) : notre recherche pouvait-elle apporter quelque chose de nouveau, était-elle en mesure d'enrichir les nombreux travaux existants? En outre, l'ANT est l'objet de nombreuses critiques notamment au sujet du rôle qu'elle fait jouer aux non-humains (de nombreux chercheurs considèrent qu'il est inconcevable et non opportun de rétablir la symétrie entre les humains et les non-humains, la conséquence pouvant être de négliger le rôle des humains). Elle est aussi accusée d'être trop descriptive. Nous avons donc approfondi les présupposés et concepts de l'ANT pour évaluer les avantages et limites de cette théorie (cf. chapitre 3), et étudier parallèlement l'opportunité de mobiliser une autre théorie, parmi celles sensibles à la façon dont les humains et les non-humains interagissent entre eux, à un niveau micro (organisation ou individu). Nous nous sommes intéressée notamment à la théorie de l'activité et à la théorie de la structuration selon l'approche d'Orlikowski, deux théories qui comme l'ANT mettent au 11 Nous considérons que les outils de gestion sont des artefacts particuliers 27 coeur de leur analyse les artefacts. Nous avons écarté la théorie de l'activité, élaborée par P. Rabardel dans la lignée des travaux de L.Vygotski essentiellement en raison du niveau d'analyse : l'individu. Cette théorie s'intéresse essentiellement aux effets cognitifs et psychologiques de l'usage d'un « instrument »12 sur l'utilisateur, or nous souhaitons plutôt regarder les impacts sur les pratiques d'un groupe d'utilisateurs (les équipes commerciales dans notre cas). Nous nous sommes aussi intéressée à la théorie de la structuration élaborée par W. Orlikowski et inspirée des travaux du sociologue britannique A. Giddens. Comme le mentionne M.Brivot (Brivot 2013, p. Après cette exploration, nous avons finalement choisi de continuer à ancrer notre recherche dans l'ANT pour trois raisons principales. Tout d'abord, notre objectif était de comprendre à la fois comment un progiciel CRM pouvait s'intégrer au sein d'une organisation et dans quelle mesure son usage modifiait les pratiques au sein de l'entreprise. Or l'ANT permet, au travers notamment du concept de traduction, de comprendre le processus d'adoption d'un nouvel outil de gestion et de mieux comprendre les interactions qui peuvent exister entre un outil de gestion et les utilisateurs lors de son usage. A contrario, l'approche d'Orlikowski de la théorie de la structuration s'intéresse essentiellement à la technologie en usage et permet moins de comprendre de façon approfondie le processus qui a conduit à l'adoption d'une technologie particulière. La deuxième raison est d'ordre méthodologique. Dans cette approche, « les effets de l'instrumentation sur le social et les effets du social sur l'instrumentation doivent être découplés analytiquement » (Brivot, 2013, p.138). Ce principe d'analyse nous a semblé difficile à mettre en oeuvre dans notre étude de cas. La mise en oeuvre du progiciel CRM faisant suite à une fusion, les structures commerciales ayant évolué de façon majeure au cours de la période étudiée (cf chapitre 3), nous craignions de nous heurter à l'impossibilité d'identifier de façon rigoureuse ce qui relevait du social et ce qui relevait de la technique. La méthode proposée par l'ANT qui suppose d'être présent avant la transformation de l'innovation en « boîte noire » ou de « rouvrir la boîte noire » en suivant les différents actants du réseau nous a paru plus compatible avec les conditions de réalisation de notre étude de cas, notamment parce que nous avions été le chef de projet maîtrise d'ouvrage du projet étudié pendant trois ans au démarrage du projet entre 2003 et 2005, que nous avions conduit une série d'entretiens en 2008 et que nous avions la possibilité de retourner sur le terrain pour 29 mener à la fois des entretiens et des observations. La théorie néo-institutionnaliste et l'ANT nous ont donc semblé pertinentes pour répondre chacune à l'un des deux objectifs principaux de notre thèse. La théorie néo-institutionnaliste semble en adéquation avec notre premier objectif qui vise à comprendre à la fois l'engouement suscité par les progiciels CRM au sein de la communauté des praticiens à partir de la fin des années 1990 et les modifications de la représentation de la relation client qui ont pu en découler. La théorie de l'ANT nous semble, quant à elle, adaptée à notre deuxième objectif qui cherche à comprendre comment un progiciel CRM peut s'intégrer au sein d'une organisation et dans quelle mesure sa mise en oeuvre et son usage peuvent conduire à des transformations des pratiques des équipes. Cependant, consciente des débats, notamment au sein du champ de recherche en comptabilité –contrôle de gestion, relatifs à la question de l'incompatibilité de ces deux théories, nous nous sommes longuement interrogée sur la pertinence d'un tel choix. Nous avons notamment réfléchi à la possibilité de ne nous appuyer 30 uniquement sur l'une ou l'autre des ces deux théories. L'ANT pouvait-elle nous permettre de comprendre l'engouement suscité par les progiciels CRM et le lien potentiellement existant entre cet engouement et les modifications de la représentation de la relation client? Les théories néo-institutionnalistes nous permettaient-elles, quant à elles, d'examiner le processus d'adoption d'un progiciel CRM au sein d'une organisation et de comprendre dans quelle mesure sa mise en oeuvre modifiait les pratiques des équipes? Comme nous le mettons en évidence dans le chapitre 3, l'ANT n'implique pas un niveau d'analyse particulier, même si elle est le plus souvent mobilisée dans le cadre de recherches conduites à un niveau micro, ses fondements n'excluent pas de pouvoir l'utiliser pour des travaux conduits à un niveau macro. D' ailleurs, même si elles sont rares quelques recherches s'appuient sur l'ANT pour des analyses à un niveau macro (Jones et Dugdale, 2002 ; Alcouffe et al, 2008) ou pour des analyses souhaitant mettre en relation les niveaux macro et micro (Preston et al, 1992 ; Briers et Chua, 2001) (cf. chapitre 3). En ce qui concerne les théories néo-institutionnalistes, celles-ci ne sont pas non plus réellement pertinentes pour répondre à notre deuxième objectif, tout du moins tel que nous envisagions de l'aborder, au travers de l'étude longitudinale en profondeur du processus d'adoption d'un progiciel CRM et des transformations des pratiques des équipes commerciales. Le niveau d'analyse de prédilection des théories néo-institutionnalistes étant le champ, le respect de la cohérence théorie- niveau d'analyse aurait supposé, selon nous, d'étudier plusieurs organisations au sein d'un même champ, ce qui n'était pas possible dans le temps imparti pour la thèse. 31 Au final la mobilisation d'une seule de ces deux théories pour l'ensemble de notre travail de thèse ne nous permettait pas de répondre complètement à certaines questions alors que l'association des deux pouvait nous permettre de contribuer au débat actuel sur la possibilité et l'intérêt d'établir des rapprochements entre ces deux théories. Ce débat oppose ceux qui comme Jones (2013) ou Lounsbury (2008) pensent que des rapprochements entre ces deux théories sont possibles et peuvent être fructueux pour comprendre notamment d'où viennent les représentations et les nouvelles pratiques et quelles sont les interactions qui existent entre elles (Lounsbury 2008), à ceux qui considèrent que ces deux théories sont incompatibles dans leurs présupposés, dans la mesure où les théories néo-institutionnalistes postuleraient au travers des concepts d' « institutions» et d' « isomorphisme » l'existence d'un certain « déterminisme », exclu par l' ANT, qui considère plutôt que tout se construit dans l'interaction entre les différents « actants ». Plan et sous- questions de recherche Nous articulons notre plan de thèse autour de deux parties, la première est consacrée à l'étude des progiciels CRM sous une « forme circulante »-, les discours tenus à leur propos au sein de la communauté des Directeurs commerciaux-, et la deuxième à celle d'un progiciel CRM dans une « forme inscrite et située »-le progiciel CRM d'une entreprise spécifique. La première partie est composée de deux chapitres : le premier est consacré aux principes fondamentaux des théories néo-institutionnalistes et aux apports des recherches sur les outils de gestion utilisant ces théories, le second à l'étude empirique (méthode et résultats). La deuxième partie comprend, quant-à elle, trois chapitres : le premier est consacré aux principes fondamentaux de l'ANT, aux apports des recherches sur les outils de gestion mobilisant cette théorie et à la présentation de la méthode de recherche retenue, les deux autres chapitres présentent, quant à eux, les résultats empiriques. (cf. schéma 0.3 : Plan de thèse). Dans la première partie consacrée à l'étude des progiciels CRM dans une forme circulante, il s'agit de nous interroger, d'une part sur l'engouement des entreprises pour les progiciels CRM et d'autre part sur le rôle joué par ces progiciels CRM dans la façon de penser la relation client. Mobilisant les théories néo-institutionnalistes, la sous question de recherche qui organise cette partie est la suivante « Dans quelle mesure peut-on parler 32 d'institutionnalisation des progiciels CRM et de quelle manière leur institutionnalisation a-t-elle accompagné des changements dans les représentations de la relation client? ». L'examen des façons dont les pratiques ont été institutionnalisées dans un champ peut se faire à partir de l'étude des discours concernant les pratiques de ce champ. (Phillips et al. 2004). Nous réalisons dans cette partie l'analyse d'une revue professionnelle, Action Commerciale, la revue de l'association des Dirigeants commerciaux de France, sur une période de vingt ans, entre 1990 et 2009, soit dix ans avant et dix ans après la fin des années 1990, période de l'apparition des progiciels CRM en France. Tout d'abord, grâce à une brève analyse quantitative de l'évolution du nombre d'articles contenant les termes « CRM » ou « Customer Relationship Management » ou encore « Gestion de la Relation Client » et une analyse de contenu de ces articles, nous mettons en évidence que les progiciels CRM sont en quelque sorte devenus des éléments de structure hautement institutionnalisés (Meyer et Rowan 1977). Puis, nous montrons que les progiciels CRM sont présentés comme permettant la rationalisation de la relation client, recherchée depuis le milieu des années 1990. Ils sont perçus comme habilitants dans cette quête. Ils sont présentés dans la presse professionnelle comme étant un, sinon le levier qui permet de penser la relation client en termes de rentabilité, et non plus seulement en termes de revenu. Nous montrons qu'au cours des années 1990, il y a eu un déplacement dans la représentation sociale associée à une gestion efficiente de la relation client. Cette dernière n'implique plus seulement la satisfaction des clients mais doit s'accompagner d'une rationalisation des processus de vente. Ce déplacement peut provoquer des tensions dans la mesure où ces deux objectifs peuvent être à l'origine d'injonctions contradictoires pour les praticiens, notamment en ce qui concerne les coûts. Ce sont justement les transformations des pratiques qui sont au coeur de notre seconde partie. Plus précisément, nous y examinons comment un progiciel CRM peut s'intégrer au fonctionnement d'une entreprise, et nous nous interrogeons sur les changements potentiels induits par cette mise en oeuvre sur les pratiques de l'entreprise. Les deux sous questions de recherche au coeur de cette partie sont respectivement : « Quelles sont les caractéristiques du processus de traduction qui accompagne l'adoption d'un progiciel CRM?» et « Dans quelle mesure la mise en oeuvre d'un progiciel CRM modifie-t-elle les pratiques des acteurs de l'entreprise? » Pour éclairer ces deux sous questions de recherche, nous mobilisons essentiellement la théorie de l'ANT. Cette partie s'appuie sur l'étude de cas longitudinale du projet de mise en oeuvre d'un progiciel CRM, le projet Cont@ct au sein de la société Alpha, sur dix ans entre 2003 et 2012. Dans le deuxième chapitre de cette partie, nous montrons que les qualités intrinsèques d'un progiciel CRM ne suffisent pas à son adoption, mais qu'au contraire les inscriptions, l'ergonomie et les performances techniques du progiciel peuvent constituer un facteur contraignant pour l'adoption du progiciel par les utilisateurs. Nous mettons en évidence que des mécanismes d'adaptation entre le progiciel CRM et l'organisation sont nécessaires. Le processus d'adoption relève, en effet, dans le cas étudié, plutôt du modèle de l'intéressement, nécessitant un processus de traduction, que de celui de la diffusion (Akrich et al. 1988b). Nous montrons qu'adopter un processus de traduction dans la mise en oeuvre d'un progiciel CRM va à l'encontre du respect des « bonnes pratiques » diffusées à ce sujet, en particulier de celle qui préconise de « rester 100% proche du standard » du progiciel d'origine. Nous suggérons alors que les « bonnes pratiques » diffusées peuvent d'une certaine manière expliquer les taux d'échec importants de ces projets. Ce chapitre nous permet ainsi de mieux comprendre les mécanismes à l'oeuvre dans le processus d'adoption d'un progiciel CRM, thème ayant fait l'objet de peu de recherches à notre connaissance. Il contribue également à enrichir la connaissance existante par rapport au processus d'adoption d'un ERP, dans la mesure où les CRM peuvent être assimilés à des ERP spécialisés dans la gestion de la relation client. Notre recherche confirme le poids du progiciel dans le processus d'adoption d'un ERP. Deuxièmement, dans le débat sur la flexibilité ou la rigidité des ERP, opposant d'un côté les recherches de Quattrone et Hopper (Quattrone et Hopper 2005, 2006) qui montrent un ERP extrêmement « léable » et la recherche de Dechow et Mouritsen (Dechow et Mouritsen 2005) qui affirme que les modifications d'un ERP post-implémentation sont quasi 34 impossibles, les résultats de notre étude sont plus nuancés et s'inscrivent plutôt dans la lignée des travaux menés par Wagner et al. (Wagner et al. 2011) qui mettent en évidence que la possibilité ou non de modifier le progiciel dépend avant tout des personnes en place. Et enfin, nous montrons que pour être pérenne l'adoption d'un progiciel CRM nécessite un processus de traduction continu, c'est-à-dire non limité dans le temps, ce qui constitue, selon nous une contribution à la sociologie de la traduction. Ainsi, ce chapitre enrichit les rares travaux existants sur le rôle des progiciels CRM, notamment ceux de Benedetto (2003) et de Kessous (2005) en montrant comment ces progiciels peuvent transformer les modes de contrôle au sein d'une organisation. Puis, il nous permet de contribuer à la recherche en comptabilité-contrôle de gestion de plusieurs façons. Nous soulignons tout d'abord qu'il peut être intéressant pour les chercheurs en comptabilitécontrôle de gestion d'élargir leurs recherches aux outils de gestion qui ne sont pas forcément 35 entièrement dédiés au contrôle. Notre étude contribue ensuite à approfondir les travaux déjà menés sur le rôle des ERP au sein des organisations. Nos résultats confirment, les effets modérés des ERP mis en évidence par Malmi et Granlund (Granlund et Malmi 2002) et corroborés par d'autres chercheurs (Scapens et Jazayeri 2003 ; Boitier 2004 ; Meyssonnier et Pourtier 2005 ; Quattrone et Hopper 2005 ; Hyvönen et al. 2008). Notre recherche complète aussi les recherches sur les ERP montrant des effets variables d'une organisation à l'autre (Granlund et Malmi 2002 ; Quattrone et Hopper 2005, 2006) en montrant qu'au sein d'une même organisation, ils peuvent également varier d'une période à l'autre, notamment sous l'impulsion des différents acteurs stratégiques en présence. Enfin, nous contribuons à la littérature sur les effets inattendus des ERP (Granlund et Mouritsen 2003 ; Chapman 2005 ; Quattrone et Hopper 2005 ; Hyvönen et al. 2008) en mettant en lumière des effets inattendus en termes de contrôle organisationnel. L'analyse menée dans le cadre de ce chapitre nous permet également d'enrichir les travaux d'Akrich (2006) sur les interventions des utilisateurs sur les dispositifs socio-techniques. Enfin, nos travaux ent de répondre aux appels de chercheurs qui comme Baxter et Chua (2003) ou Brivot et Gendron (2011) souhaitent que des recherches soient entreprises pour examiner les mécanismes de contrôle dans des environnements « hautement informatisés ». Nos résultats rejoignent et étendent ceux de Brivot et Gendron (2011) qui mettent en évidence que l'accroissement de visibilité permis par les outils de gestion appartenant aux technologies de l'information favorise « la prolifération de réseaux de surveillance latéraux » (Brivot et Gendron 2011, p. 135). Notre thèse vise ainsi une triple contribution. La première réside dans l'approfondissement de la compréhension du rôle des progiciels CRM dans notre société, et plus globalement des ERP dont ils en sont une sous-catégorie. La deuxième est d'ordre méthodologique en illustrant l'intérêt que peut présenter une stratégie de recherche fondée sur une entrée par les outils de gestion, intérêt souligné par de plus en plus de chercheurs (Rafaeli et Pratt 2012 ; 36 Chiapello et Gilbert 2013). Les outils de gestion « font des choses » 13 mais qui ne sont pas forcément celles attendues et qui sont donc difficilement perceptibles si nous ne suivons pas ces derniers dans leurs différentes « tribulations » et ramifications. La troisième est d'ordre théorique. Nous espérons contribuer à l'ANT, en abordant des objets techniques, les Systèmes de Gestion Intégrés Informatisés, encore peu étudiés par les chercheurs se réclamant de ce courant de recherche et apporter un éclairage dans le débat actuel sur l'intérêt et la pertinence de mobiliser dans la même recherche les théories néo-institutionnalistes et la théorie de l'ANT.
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Les Nouveaux outils de l'aménagement forestier : l ' exemple des systèmes d'information géographique . Philippe Lejeune , Jacques LES NOUVEAUX OUTILS DE L'AMÉNAGEMENT FORESTIER : L'EXEMPLE DES SYSTÈMES D'INFORMATION GÉOGRAPHIQUE P . LEJEUNE - J. RONDEUX La gestion des milieux forestiers implique la maîtrise d'une quantité sans cesse croissante et diversifiée d'informations se caractérisant avant tout par leur composante spatiale. La cartographie joue donc depuis très longtemps un rôle important en foresterie. L'apparition, au début des années 1980, d'outils de gestion et d'analyse de données géoréférencées a généré de très nombreuses initiatives et applications dans le domaine de la cartographie forestière comme dans celui plus global de la gestion des territoires (Joliveau, 1996a). Ces réalisations ne répondent cependant pas toujours à des objectifs précis et reposent rarement sur une méthodologie clairement identifiée, ce qui peut se traduire dans certains cas par des échecs retentissants (Pornon, 1992) ou donner lieu à des applications peu convaincantes en termes de productivité et de rapport coût / bénéfice. La formidable expansion que connaît actuellement, dans le domaine informatique, le créneau des applications géographiques, combinée à la diversité des objectifs et des moyens (humains et techniques) à la disposition des gestionnaires forestiers justifie de faire le point sur les possibilités d'utilisation de la cartographie numérique ou généralement de la géomatique dans le domaine forestier. C'est dans ce contexte que s'inscrit le présent article dont la finalité est triple : - présenter très brièvement les principales caractéristiques d'un système d'information géographique (SIG) et en décrire les composantes ; - évoquer, au travers de quelques exemples concrets, les possibilités de valorisation de cet outil pour résoudre des problèmes d'aménagement, de gestion ou encore d'exploitation forestière ; - présenter quelques orientations quant à la mise en place d'un SIG à vocation forestière, en insistant sur les questions les plus importantes à se poser et les éventuels pièges à éviter. Nous terminerons cette présentation en évoquant les grandes tendances en matière d'évolutions technologiques dans le domaine des SIG et leurs retombées possibles pour les utilisateurs dans le domaine forestier. RONDEUX QU'EST-CE QU'UN SIG? Un système d'information géographique est un système de gestion de base de données informatisé assurant la saisie, le stockage, l'extraction, l'interrogation, l'analyse et l'affichage de données localisées (Laurini et al., 1993). Si beaucoup d'utilisateurs de SIG assimilent ceux-ci uniquement à des logiciels et du matériel informatique, plusieurs auteurs s'accordent pour étendre la définition des SIG non seulement aux données qui sont manipulées (Didier et Bouveyron, 1993), mais également aux personnes qui les manipulent, voire aux principes et méthodes mis en oeuvre dans ces systèmes (Therialut, 1995, cité par Joliveau, 1996a). Cette difficulté de définir précisément la notion de SIG explique sans doute pourquoi on associe le plus souvent ceux-ci à la seule composante "logiciel" dans laquelle apparaissent clairement les quatre grandes fonctionnalités de cet outil que sont : - la saisie, - la gestion, le stockage, - la visualisation, l'édition, - et, enfin, le traitement et l'exploitation d'une information spatialement référencée. Avant de présenter ces fonctions, il est sans doute utile de décrire rapidement la manière avec laquelle les données sont représentées et structurées dans un SIG. Représentation des données dans un SIG La représentation des données au sein d'un SIG concerne à la fois les données spatiales relatives à la localisation et à la forme des objets dans l'espace et les données descriptives proprement dites, ou données thématiques, précisant les caractéristiques propres des mêmes objets : composition d'un peuplement, revêtement d'une route Il existe deux modes principaux de structuration de l'information dans un SIG : le mode vectoriel, aussi qualifié de mode objet, et le mode matriciel que l'on nomme également mode raster ou mode image (Collet, 1992). Le mode vectoriel repose sur une description numérique et géométrique explicite des objets distribués dans l'espace (Peuquet, 1990), ceux-ci relevant de trois types que sont les points, les lignes et les surfaces (figure 1a, ci-dessous). La représentation matricielle construit pour sa part une image du territoire Figure 1 REPRÉSENTATION AU SEIN D'UN SIG DES DONNÉES SPATIALES (a) EN MODE VECTORIEL ET (b) EN MODE RASTER : exemple d'un objet surfacique (une parcelle) et d'un objet linéaire (un ruisseau) (a) (b) Ruisseau Ruisseau Parcelle Parcelle 170 L'aménagement forestier en pratique au travers d'une grille découpant l'espace en cellules (pixels) pouvant prendre chacune une valeur en fonction de la thématique considérée dans la carte (figure 1b, p. 170). Chaque mode présente des avantages et des inconvénients (Burrough, 1986). Le mode vectoriel permet une exploitation directe des relations géométriques existant entre objets présents dans un même espace (proximité, contiguïté, voisinage). La maîtrise par le logiciel de ces relations, qualifiées de topologiques, est une condition nécessaire à la capacité que celui-ci aura d'analyser et d'exploiter de manière efficace les informations spatiales contenues dans la base de données. Cette maîtrise permet de différencier les logiciels de type "SIG" des logiciels "DAO" (dessin assisté par ordinateur) parfois utilisés pour des applications de cartographie numérique mais qui ne sont pas conçus pour des tâches d'analyse de données (Cowen, 1990). Une autre spécificité du mode vectoriel est la séparation physique qu'il opère entre informations spatiales et informations descriptives, celles-ci pouvant être gérées par un système de gestion de base de données classique (SGBD), indépendamment du logiciel SIG mis en oeuvre. La notion de topologie n'apparaît pas explicitement dans le mode matriciel. Celui-ci présente l'avantage d'une compatibilité avec les données issues de la télédétection satellitale qui, dans certaines applications forestières, est un support d'information de première importance. Ce mode matriciel est en outre doté d'une structure plus simple que celle du mode vectoriel, rendant les logiciels qui l'utilisent moins coûteux. Notons enfin qu'il est particulièrement bien adapté aux problèmes d'analyse impliquant des phénomènes à variation spatiale continue (Eastman, 1996) tels que l'altitude, la distance, la propagation d'un polluant ou d'un incendie de forêts par exemple. La saisie des données Bien que la saisie des données soit identifiée comme une fonctionnalité à part entière des SIG, elle n'est pas pour le forestier une fin en soi, mais bien le obligé permettant l'utilisation ultérieure du système. La phase d'acquisition constitue sans aucun doute l'étape la plus coûteuse dans la mise en oeuvre d'un SIG, celle-ci pouvant représenter jusqu'à 80 % du coût total du projet. D'une manière générale, l'acquisition de l'information utilisée dans un SIG peut s'envisager selon trois voies (Brown, 1995) : digitalisation d'une carte, utilisation de documents photographiques et saisie d'informations spatiales in situ. • Digitalisation d'une carte "papier" préexistante Il s'agit de la démarche mise en oeuvre lorsque l'information existe sous la forme de carte "papier". On fait l'hypothèse que le géoréférencement des objets y est correct et que le contenu thématique correspond à ce qui est recherché. La digitalisation d'une carte des peuplements forestiers ou encore d'une carte pédologique, par exemple, peut être effectuée selon cette voie. Cette digitalisation peut s'opérer manuellement à l'aide d'une table à digitaliser ou selon une procédure plus ou moins automatisée (Gerebtzoff, 1996), afin de réduire la durée des opérations qui varient fortement selon la complexité de la carte et, dans une moindre mesure, selon la dextérité de l'opérateur. • Utilisation de photographies aériennes ou d'orthophotoplans Lorsqu'on doit réaliser une cartographie de parcelles forestières ou de peuplements sans disposer de document préexistant, la photographie aérienne constitue sans doute la source d'information la plus adéquate pour atteindre cet objectif. Il faut cependant être attentif à ce que celle-ci réponde à plusieurs critères : une échelle compatible avec le degré de détail recherché (1/10 000 à 1/25 000 For . LEJEUNE J. RONDEUX selon le degré de morcellement de la forêt) ; une émulsion adaptée, idéalement l'infrarouge couleur ou la couleur vraie (Greer et al., 1990) et enfin une couverture qui soit la plus récente possible. L'utilisation dans un SIG des informations spatiales saisies sur photographies aériennes nécessite l'application de corrections liées aux déformations géométriques induites par la topographie et les caméras utilisées. Ces corrections s'appuient sur la connaissance des caractéristiques de la caméra (focale) et du relief des zones photographiées (modèle numérique de terrain) ainsi que sur le calage des photographies dans le référentiel utilisé. Les photographies ainsi corrigées produisent des orthophotoplans ou orthophotographies (Manzer, 1995). Le développement de logiciels permettant la de ces documents avec une précision et un coût acceptables constitue un progrès important pour la valorisation des photographies aériennes dans un SIG (Kersten et Chuat, 1997). Une approche plus simple, retenue par certains auteurs, consiste à digitaliser les limites de peuplements forestiers sur des photographies non redressées, et de n'appliquer les corrections géométriques qu'aux seuls points issus de cette digitalisation (Wolsack et Falcone, 1997). Un autre problème doit être surmonté lors de l'utilisation de photographies aériennes : celui de l'interprétation des documents, permettant de caractériser les entités cartographiées. Cette démarche implique une bonne connaissance de terrain et conduit généralement l'opérateur à compléter cette phase de digitalisation sur photographie par une campagne de mesures-vérifications in situ. • Saisie des informations spatiales sur le terrain En l'absence de cartes de peuplements préexistantes ou de photographies aériennes adaptées, la saisie des données spatiales sur le terrain reste la seule solution envisageable. Celle-ci peut s'opérer par des moyens d'arpentage classique (clinomètre, boussole, topofil), moyennant le calage des objets levés par rapport au référentiel utilisé dans le SIG (utilisation de la carte topographique de référence). Il s'agit d'une opération très exigeante en moyens humains. Elle peut dans certains cas mettre en oeuvre des techniques plus modernes : système de positionnement universel (GPS), ordinateur de terrain Bien que le milieu forestier présente certaines limites pour une mise en oeuvre optimale de ces outils, liées essentiellement à l'interception par le couvert forestier d'une partie des signaux transmis par les satellites dans le cas du GPS (Lejeune et Hellemans, 2000) ou des conditions climatiques dans le cas de certains ordinateurs ou autres appareils de saisie électroniques, il est possible d'en tirer parti pour améliorer la productivité des opérations d'arpentage à des fins de cartographie forestière. L'importance du coût d'acquisition des données pour la mise en place d'un SIG est renforcée par le fait que le système ne devient réellement opérationnel qu'à partir du moment où l'ensemble des données a été saisi. Cette contrainte, combinée au manque d'expérience en matière de digitalisation lors de l'installation du SIG, peut conduire l'entreprise à sous-traiter la saisie des fonds de plans initiaux, de manière à disposer rapidement d'une base de données opérationnelle. Gestion et stockage La gestion des données spatiales selon un des deux modèles présentés ci-avant (vectoriel et matriciel) se traduit par la création de ouches d'informations, chaque couche se rapportant à un ensemble d'objets concernant un thème donné. La caractéristique première de la gestion des données dans un SIG est de rendre ces couches superposables dès lors qu'elles ont été définies dans le même référentiel géographique (figure 2, p. 173), celui-ci s'appuyant sur les notions de datum (modèle de représentation du globe terrestre) et de système de projection (ESRI, 1994). Cette nécessité de gérer les données spatiales dans un même référentiel géographique impose de s'assurer que toutes les cartes "papier" utilisées ont été produites avec le même système de projection ou de procéder, dans le cas contraire, aux corrections qui s'imposent (Lejeune, 1995). Ces corrections devront être appliquées notamment aux coordonnées produites par les GPS qui sont le en pratique Figure 2 SUPERPOSITION DE DIFFÉRENTES COUCHES D'INFORMATIONS DÉFINIES DANS UN MÊME RÉFÉRENTIEL GÉOGRAPHIQUE Données descriptives Voirie Hydrographie Parcellaire Sol plus souvent exprimées dans le système de référence WGS84 (World Geodetic System), alors que la plupart des cartes utilisées en Belgique, par exemple, sont établies dans le système de coordonnées Lambert 72, propre à l'Institut géographique national de Belgique (IGN, 1989). Les capacités de stockage et les périphériques de sauvegarde disponibles actuellement tendent à minimiser le problème du volume des données à stocker dans un SIG, qu'elles soient structurées en mode vectoriel ou en mode matriciel. Visualisation et édition Les fonctionnalités graphiques de visualisation et d'édition sont sans doute celles qui impressionnent le plus les utilisateurs de SIG débutants. Elles font du SIG un outil de communication particulièrement intéressant et ce d'autant plus que les documents cartographiques produits deviennent accessibles à d'autres utilisateurs (réseau Internet), peuvent être imprimés selon une infinité d'échelles (dans les limites de validité des données d'origine) sur des périphériques de bonne qualité ou encore récupérés dans une filière bureautique traditionnelle (illustration de rapports). Traitement et exploitation On peut envisager trois manières d'exploiter les données dans un SIG préalablement à leur édition (Pornon, 1992) : l'extraction, l'interrogation et l'analyse. L'extraction se fonde sur l'organisation en couches et sur leurs propriétés spatiales. Elle permet d'extraire de la base de données des groupes d'objets répondant à certains critères prédéterminés (par exemple extraire la carte des sols pour le "secteur nord" d'une propriété ière). L'interrogation consiste à identifier dans la base de données un objet ou un groupe d'objets répondant à une requête (interrogation) utilisant des critères spatiaux ou thématiques (par exemple rechercher, dans un massif forestier, toutes les plantations d'épicéas de moins de 15 ans qui sont bordées par un cours d'eau). Les fonctions d'analyse combinent des procédures d'extraction, de recherche, mais aussi de calcul. Celles-ci mettent en oeuvre des opérateurs de type géométrique (inclusion, intersection, calcul de surface et de distance) exploitant le plus souvent les relations topologiques entre objets pour la création de zones tampons, l'intersection de couches ou encore la recherche du chemin optimal À QUOI PEUT SERVIR UN SIG? Si l'on dépasse le plan théorique des fonctionnalités qui viennent d'être présentées et qu'on s'intéresse aux services que peut rendre un SIG au gestionnaire d'un territoire forestier, il est possible de mettre en évidence une certaine progressivité dans les missions qui lui sont assignées : collecte et inventaire de données, analyse et combinaison de ces données et, enfin, aide à la décision (Joliveau, 1996b). Dans les paragraphes qui suivent, nous présenterons un certain nombre d'exemples concrets d'utilisation d'un SIG dans le cadre de la gestion d'un massif boisé d'environ 400 ha. Ces exemples tentent de mettre en évidence le degré plus ou moins élaboré du traitement réalisé à l'aide du SIG. Liaison carte de gestion - parcellaire Le rôle de collecte et de compilation des données constitue le niveau élémentaire d'exploitation du SIG. Il est particulièrement intéressant pour le forestier dans la mesure où plusieurs couches d'informations vont l'intéresser au premier plan (Jolly et Guyon, 1993) : assiette des parcelles, réseau de voirie, réseau hydrographique, sol, relief Cette compilation permet également la représentation cartographique d'une quantité importante d'informations descriptives des parcelles : âge et composition des peuplements, caractéristiques dendrométriques, programme des travaux La liaison entre la couche contenant les limites des entités cartographiées et les tables de données descriptives peut s'opérer dans les deux directions : de la couche cartographique vers les tables descriptives (consultation de la fiche parcellaire d'une parcelle sélectionnée à l'écran) ou des tables vers la couche cartographique (production d'une carte thématique concernant, par exemple, l'âge des peuplements). L'édition de cartes thématiques "papier", à des éch elles variables, portant sur tout le massif ou sur certaines parties de celuici et combinant une ou plusieurs couches d'informations, constitue un outil de travail très précieux pour le forestier et ce d'autant que les fonctions d'édition des objets dans les couches d'informations lui permettent de disposer de documents "papier" régulièrement et facilement mis à jour. Croisement de couches Au-delà du simple stade de la consultation des données, interviennent des fonctions de traitement pouvant porter sur les données spatiales, thématiques ou sur les deux types simultanément. Une autre distinction peut être faite selon que ces procédures mettent en oeuvre une seule ou plusieurs couches d'informations. Le croisement de couches est sans doute un des traitements les plus typiques et les plus démonstratifs dans un SIG. Celui-ci permet de définir la superposition géométrique des objets présents dans deux couches distinctes. Cette procédure est généralement opérée entre couches contenant des objets "surfaciques". Elle est particulièrement intéressante lorsque la couche contenant le parcellaire est croisée avec les cartes décrivant certains éléments du milieu, tels que le sol ou encore le relief. Il en résulte une description de chaque parcelle par rapport à ces éléments ; description importante à considérer au moment de l'aménagement forestier par exemple. Cette description est non seulement de nature quantitative (quels types de sols sont présents dans la parcelle x et en quelles proportions?), mais également spatiale (comment se distribuent ces sols dans la parcelle?). Figure 3 CROISEMENT DE LA CARTE DES SOLS AVEC LE PARCELLAIRE FORESTIER pour déterminer la proportion de sols à drainage déficient des unités de gestion (sous-parcelles) : (a) carte des sols et (b) classement des sous-parcelles (a) Carte des sols Carte du parcellaire (b) Carte du drainage par sous-parcelles % de sols à drain age déficient 0 500 m 175 Rev. For. Fr. LI - numéro spécial 1999 <5% 5-25 % 25-50 % > 50 % limites de sous-parcelles limites de parcelles P. LEJEUNE - J. RONDEUX La figure 3 (p. 175) montre un exemple de croisement de la couche "parcellaire" avec la carte des sols. Il concerne la proportion de sols à drainage déficient présents dans chaque sous-parcelle. Un autre croisement intéressant pour le forestier combine le parcellaire avec une couche constituée de points représentant des placettes d'inventaire par échantillonnage (de type aléatoire ou systématique). Un premier intérêt de cette application réside dans la conception du plan d'échantillonnage : le calcul du nombre d'unités d'échantillonnage en fonction du positionnement et de la dimension de la maille, la réalisation d'une stratification avec taux d'échantillonnage variable deviennent des opérations très simples dès lors que les grilles d'inventaire sont générées par le SIG et peuvent être croisées avec le parcellaire. La superposition de la grille qui est finalement retenue avec une carte de base (topographique) dans le SIG permet également de simplifier la préparation des opérations de cheminement (calcul des distances et azimuts des centres de placettes par rapport à des points remarquables). Finalement, lors du traitement et de l'exploitation des données, le SIG offre des possibilités de regroupement des unités d'échantillonnage selon d'autres critères que les limites de parcelles (possibilité de redécoupage des parcelles). Notion de distance Les croisements de couches qui viennent d'être présentés ne reposent que sur la simple notion de superposition géométrique d'objets. La prise en compte de la distance entre objets (d'une même couche ou de couches différentes) ouvre de nombreuses possibilités d'analyse intéressantes dans les problèmes d'environnement : impact des nuisances (Joerin, 1998), déplacement de la faune (localisation des zones de nourrissage et de remise), protection de zones sensibles (Bousson et al., 1998) ou de valorisation des ressources notamment forestières : dimensionnement du réseau de voirie (Cheret et Gay, 1995), transport des matières premières vers les lieux de transformation (Emeyriat, 1997) Cette distance peut être envisagée sous une forme simple ou de manière plus élaborée en intégrant un facteur de contrainte, la pente par exemple (Berry, 1993). Sectorisation du massif forestier L'étape qui suit l'exploitation et l'analyse des données dans un SIG est l'établissement de lignes directrices pouvant servir d'appui aux décisions que doit prendre le gestionnaire forestier. Ces orientations adoptent le plus souvent la forme de réponses à des questions du type « que va-t-il se passer si? » ou « quels sont les endroits les plus aptes pour entreprendre telle mesure? ». Ces applications mettent en oeuvre des procédures d'analyse spatiale de même que des outils de modélisation s'imbriquant selon des schémas plus ou moins complexes. Un exemple relevant de cette démarche concerne la sectorisation ou le zonage de l'espace forestier. Celle-ci a pour objectif de différencier dans le massif des vocations prioritaires relative s à la protection des zones sensibles, à la conservation des formations forestières de haute valeur biologique, sylvicole ou génétique et à la production ligneuse (Nivelle, 1990). Cette sectorisation repose à la fois sur une description des peuplements (structure, composition), du milieu (sol, hydrographie, relief, végétation) et sur la prise en compte des impératifs de gestion (homogénéité et dimension minimale des parcelles). L'analyse débouche sur une classification semi-automatique des parcelles, seuls les cas limites étant laissés à l'appréciation du gestionnaire (Bousson et al., 1998). L'intérêt de la méthode réside dans la possibilité de tester différentes valeurs-seuils pour la fixation des différents critères de sensibilité et de simuler l'impact de ces paramètres sur la configuration du parcellaire. COMMENT METTRE EN PLACE UN SIG À VOCATION FORESTIÈRE? Si les aspects techniques jouent un rôle important dans la mise en place d'un SIG à vocation forestière, les aspects méthodologiques, économiques, humains et organisationnels ne doivent pas être occultés par les seules considérations de choix de "machines" et de logiciels. Fixer les objectifs Les premières questions à se poser ont trait aux objectifs poursuivis et concernent avant toute autre chose la pertinence d'implantation d'un tel système, cette question valant surtout pour les propriétés de petites dimensions (< 100 ha). Si les objectifs du SIG se traduisent par les trois niveaux d'utilisation évoqués dans le paragraphe précédent (collecte, analyse et aide à la décision), il faut être conscient qu'une certaine "maturation" est nécessaire avant de pouvoir passer d'un niveau au niveau supérieur (Joliveau, 1996b). On peut même considérer que la plupart des applications restent cantonnées à des activités relevant du premier, voire du second niveau. Cependant, pour les projets qui ambitionnent d'atteindre le niveau d'aide à la décision, il est important d'évaluer les possibilités d'évolution du système tel qu'il est configuré initialement, tant au niveau du matériel que des logiciels. Identifier les données à récolter L'étape sans doute la plus importante dans la conception du projet est de fixer le niveau de détail retenu pour la cartographie de base du massif forestier. Ce choix a en effet un impact direct sur l'effort à consentir non seulement pour l'acquisition des données initiales, mais aussi pour leur mise à jour. Si ce niveau peut aller jusqu'à la délimitation des peuplements dans le cas de massifs de faible étendue ou de composition relativement homogène, il faut admettre que, pour des propriétés de plusieurs centaines d'hectares parfois assez mor celées, il devient illusoire de vouloir cartographier tous les peuplements. L'étape suivante concerne le choix de la filière de digitalisation des contours des entités à cartographier. Celle-ci doit, selon les circonstances, tirer parti de toutes les sources d'informations disponibles : cartes ou orthophotoplans existants, réalisation de relevés de terrain. On observera que, si cette opération est confiée à un sous-traitant, il est important d'établir un cahier des charges soulignant le niveau de précision requis, et de procéder à une réception des données digitalisées, en s'assurant du respect de ces exigences. Le choix d'une échelle de référence découle directement des considérations émises lors des deux étapes précédentes, de même que le choix du référentiel cartographique qui sera généralement celui des cartes topographiques disponibles pour la région considérée. Parallèlement à la digitalisation du parcellaire, il convient de faire l'inventaire des couches nécessaires à l'accomplissement des différentes missions dévolues au SIG et la forme sous laquelle elles doivent être intégrées dans la base de données. Par exemple, dans le cas de la pédologie, celle-ci peut être mise en oeuvre sous la forme d'une couche vectorielle nécessitant la digitalisation coûteuse de la carte des sols. Une solution plus simple consiste à scanner et géoréférencer ce document. Si cette deuxième solution limite les possibilités d'exploitation à une simple interpréta For Fr ONDE tion par superposition de cette image avec les autres couches, elle est cependant beaucoup moins onéreuse et peut néanmoins s'avérer suffisante dans certaines applications. Choix du matériel et des logiciels Le choix du matériel porte sur l'ordinateur et sur les périphériques qui lui sont associés. On peut considérer que les micro-ordinateurs disponibles actuellement sur le marché (Pentium® III) et généralement leurs prédécesseurs (processeur type 486) présentent des performances suffisantes pour assurer le fonctionnement de la plupart des logiciels de SIG et pour accueillir les bases de données de projets d'envergure normale, voire importante. Ce type de machine présente aussi l'avantage de supporter les logiciels courants de gestion (tableurs) et de bureautique (traitement de texte), facilitant de ce fait la liaison entre ces outils devenus incontournables pour le forestier (gestion courante, comptabilité, courrier, rapports) et le SIG. Les périphériques de saisie se divisent en deux c : les tables à digitaliser (saisie en mode vectoriel) et les scanners (saisie en mode image). Pour les premières, le prix est également lié à la taille de l'appareil et varie entre 500 euros (1) pour une tablette A4 à environ 6 000 euros pour une table A0. En ce qui concerne les scanners, le prix varie non seulement en fonction de la dimension et de la résolution, mais également selon que le scanner est capable ou non de traiter des documents en couleur. Tableau I Classification des logiciels de SIG en trois catégories : viewers, desktop mapping systems (DMS) et SIG professionnels Viewers Gammes de logiciels DMS SIG pro + ++ ++ Liaison base de données α−num.... +/– + ++ Digitalisation.................. – +/– ++ Édition, production de documents... +/– + ++ Requêtes spatiales simples........ – + ++ Requêtes spatiales complexes...... – +/– ++ 0-500 500-2 500 2 500-25 000 Fonctionnalités Visualisation Fourchette de prix (euros) Degré de développement des fonctions : – : nul, +/– : faible ; + : élevé ; ++ : très élevé. Les SIG professionnels sont en réalité de grosses "boîtes à outils" constituées de multiples modules nécessitant d'être manipulés par un expert à moins qu'ils ne constituent le support, via un langage de programmation spécifique, d'une application importante construite sur mesure. On retrouve, dans ces logiciels de haut de gamme, des fonctions d'édition, de manipulation et d'analyse de données qui fonctionnent généralement sur des données structurées en mode vectoriel ou matriciel. La gestion des données thématiques est prise en charge par des fonctions spécifiques au logiciel ou, le plus souvent, par un système de gestion de base de données classique. Le développement de projets importants comportant de nombreux postes de travail dédiés à des tâches de nature différente (digitalisation, gestion, traitement, consultation) implique de combiner plusieurs logiciels relevant des trois catégories. Il est alors important de s'assurer d'une compatibilité totale entre ces différents produits. Pour être complet dans la présentation des logiciels, il convient de signaler le rôle croissant que jouent les serveurs de données géoréférencées dans des applications importantes développées en réseau intranet ou internet (Turner, 1999). Cette évolution dans les stratégies de développement informatique tend à centraliser non seulement les bases de données mais également les ressources en termes de logiciels sur des machines "serveurs". L'utilisateur exploite alors ces ressources au départ d'un micro-ordinateur équipé simplement d'un logiciel de navigation (de type Netscape® ou Explorer®) et connecté à un réseau (intranet ou internet). Comme on peut le constater, la diversité de solutions techniques pour la mise en place d'un SIG est très grande et il est hasardeux d'en sélectionner une en particulier, sans bien maîtriser les aspects méthodologiques, organisationnels et économiques évoqués précédemment. À titre indicatif, on peut cependant présenter deux configurations-types correspondant à des exig fort différentes (tableau II, p. 180). La première présente l'équipement minimal permettant le fonctionnement d'un SIG de manière autonome, c'est-à-dire qui soit capable d'assurer la saisie des données, la réalisation d'un nombre limité de traitements et de requêtes, ainsi que la préparation et l'édition de cartes thématiques de bonne qualité. Le prix de cette installation est d'environ 4 000 euros, le logiciel représentant à lui seul la moitié de l'investissement. La deuxième configuration correspond à un projet plus important. 250 Imprimante A4................... 1 Scanner A4.................... 250 Imprimante A0 1 Unité de sauvegarde.............. 250 1 Scanner A4................... 1 Desktop Mapping System.......... 2 000.................. 7 500 250 1 Table à digitaliser (A0)............ 6 000 1 Unité de sauvegarde............. 2 Desktop Mapping Systems 1 SIG professionnel + SGBD Total.......................... 4 000 250 250........ 4 000......... 7 500 Total.......................... 29 000 * 1 euro = 6,55957 F. Formation du personnel Même s'il se pose dans tous les cas, le problème de formation du personnel sera d'autant plus aigu que l'application est importante et que les acteurs sont multiples. L'expérience montre qu'il est primordial que le personnel d'une organisation, impliqué dans la mise en place d'un SIG, soit convaincu de l'utilité de ce dernier. Cette motivation est d'autant plus déterminante que le projet ne devient réellement opérationnel, donc utile, qu'après une phase d'acquisition de données souvent longue et fastidieuse. Lorsque le personnel est affecté aux tâches "SIG" de manière partielle ou ponctuelle, il faut veiller à ce qu'il pratique et manipule le système avec une fréquence suffisante pour rester opérationnel et efficace dans sa maîtrise technique des différents outils (matériels et logiciels). Rapport coût / bénéfice Il est difficile, voire impossible, d'évaluer a priori la rentabilité d'une application SIG (Pornon, 1992). Cela ne signifie pas qu'il faille négliger l'analyse économique d'un tel projet, celle-ci devant prendre la forme d'un bilan prévisionnel des coûts de fonctionnement. Ce bilan peut alors intervenir au même titre que les arguments techniques dans l'évaluation de l'utilité et de la faisabilité du projet. ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES À l'aube du troisième millénaire, il est hasardeux de prédire l'évolution technique que connaîtra le secteur des SIG dans les prochaines années, tant celui-ci est en perpétuelle et rapide évolution. On peut cependant mettre en évidence trois tendances qui influenceront vraisemblablement le développement de projets à vocation forestière. Architectures plus ouvertes et plus flexibles La première évolution concerne l'architecture des systèmes qui se veut de plus en plus ouverte, tant au niveau des formats de données, que de l'intégration avec les systèmes de gestion de bases de données (Golay, 1997), les systèmes de dessin assisté par ordinateur (Schutzberg, 1998), ou avec n'importe quelle application informatique fonctionnant dans l'entreprise. Cette tendance devrait améliorer sensiblement la rentabilité des projets de grande envergure présentant des ramifications souvent complexes avec d'autres applications. Saisie de données géoréférencées sur le terrain Le développement d'ordinateurs portables de terrain (Tristram, 1995) couplés à un GPS ou à un appareil de télémesures (Liu, 1995 ; Laser Technology, 1997) ou, plus simplement, équipé d'un logiciel SIG intégrant des fonctions COGO (coordination de la géométrie) devrait permettre de faciliter la saisie des données sur le terrain. Ces équipements représentent cependant des investissements considérables (plusieurs milliers d'euros) et ne se justifient que dans le cadre de projets couvrant des surfaces importantes (plusieurs dizaines de milliers d'hectares). Augmentation des performances des DMS Les logiciels de la catégorie Desktop Mapping System qui, à l'origine, étaient essentiellement conçus pour la production de cartes thématiques simples, s'enrichissent progressivement fonctions d'analyses jusqu'alors présentes dans les seuls SIG professionnels. Ces fonctions sont le plus souvent rassemblées sous forme de modules spécialisés (données en réseau, données matricielles, analyses d'image, visualisation en 3D), ce qui permet aux utilisateurs d'ajuster au mieux les équipements en fonction des problèmes rencontrés. CONCLUSIONS Dans le contexte de la gestion des ressources forestières, le SIG ne constitue pas la panacée, mais plutôt un outil qui, bien utilisé, peut rendre d'énormes services. Il faut cependant garder à l'esprit qu'il constitue une technologie impliquant des investissements importants et dont il faut toujours évaluer l'opportunité de mise en oeuvre. Dans bien des cas en effet, la petite taille des propriétés forestières privées (quelques hectares) est tout à fait incompatible avec l'investissement qu'il faut consentir pour l'acquisition de l'équipement minimal. Une solution s'offre cependant à ces petits propriétaires : le recours aux services proposés par des entreprises spécialisées dans des tâches de cartographie et qui peuvent dès lors amortir les frais de fonctionnement sur des surfaces suffisantes. Cette formule de groupement existe déjà pour d'autres aspects de la gestion forestière : achats groupés, exploitation, centralisation de lots de bois Dès lors que la propriété atteint une taille suffisante (au-delà d'une centaine d'hectares), l'existence éventuelle d'un micro-ordinateur au sein de l'entreprise diminue de manière significative l'investissement à consentir pour acquérir un SIG. Il n'en reste pas moins vrai que l'investissement en temps (apprentissage et saisie des données) reste important et dissuade le plus souvent le propriétaire ou le gestionnaire de s'engager dans une telle démarche. Dans ce contexte, la solution réside dans la mise en place d'un projet aux objectifs initiaux limités, basé sur un logiciel simple à utiliser, l'acquisition de fond de plan initial par sous-traitance pouvant alors s'avérer judicieuse. C'est sans doute dans le contexte de la gestion des forêts publiques que l'intérêt d'implanter un projet SIG est le plus grand. Les superficies concernées dans ce cas sont généralement impor ONDE tantes. La gestion est en outre le plus souvent pratiquée de manière centralisée par le service forestier, chaque entité administrative pouvant comporter plusieurs milliers d'hectares de superficies boisées. Les missions à remplir par ces forêts publiques sont également les plus diversifiées, imposant la réalisation d'aménagements intégrant autant que possible les différentes fonctions de la forêt (production ligneuse, chasse, protection et conservation des milieux naturels, récréation). Le caractère centralisé de cette gestion des forêts publiques se traduira par la mise en place d'un projet de grande envergure, tant par les surfaces concernées, que par le nombre de personnes impliquées et la diversité des objectifs poursuivis.
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Exploration des pistes d'optimisation de la prévention des overdoses aux opioïdes en sortie d'incarcération chez des patients présentant un trouble de l'usage de drogue au centre pénitentiaire de Béziers. Médecine humaine et pathologie. 2023. &#x27E8;dumas-04060169&#x27E9;
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Exploration des pistes d’optimisation de la prévention des overdoses aux opioïdes en sortie d’incarcération chez des patients présentant un trouble de l’usage de drogue au centre pénitenti a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privé au Directeur de thèse : Docteur Philippe GOUIRY JURY Président : Pr Michel AMOUYAL, Professeur des Universités, Médecine Générale Assesseurs : Pr Hélène DONNADIEU-RIGOLE, Professeur des Universités, Addictologie Dr Philippe GOUIRY 13 SOMMAIRE REMERCIEMENTS....................................................................................................... 16 ABREVIATIONS............................................................................................................ 20 INTRODUCTION........................................................................................................... 21 I. État des lieux sur la population carcérale en France................................................. 21 II. Organisation du système de santé en détention....................................................... 23 III. La sortie de prison, une étape difficile...................................................................... 24 IV. État des lieux sur l'usage d'opioïdes en France et dans le monde............................ 25 V. Place de la Naloxone dans le traitement des overdoses aux opioïdes en France..... 27 MATERIELS ET METHODES...................................................................................... 30 I. Type d'étude............................................................................................................. 30 II. Population cible........................................................................................................ 30 III. Recrutement............................................................................................................. 30 IV. Recueil des données................................................................................................. 30 A) Guide d'entretien.......................................................................................................... 30 B) Déroulement des entretiens.......................................................................................... 31 C) Saturation des données................................................................................................ 31 V. Analyse des données.................................................................................................. 31 RESULTATS.................................................................................................................. 32 I. Caractéristiques de la population étudiée................................................................. 32 II. Analyse des données............................................................................................... 35 A) Relation aux stupéfiants............................................................................................... 35 B) Évolution des consommations dans le temps............................................................... 40 C) Impact de l'incarcération sur les consommations.......................................................... 42 D) Informations et croyances autour des overdoses.......................................................... 45 E) Vécu autour de l'overdose............................................................................................ 50 F) Sortie de prison............................................................................................................. 54 G) Connaissances et attentes en termes de prévention.................................................... 59 H) Place du médecin généraliste dans le suivi des patients consommateurs d'opioïdes.. 65 I) Manques ressentis et suggestions d'amélioration en termes de prévention des overdoses.......................................................................................................................................... 70 DISCUSSION................................................................................................................ 74 I. Forces et limites de l'étude.............................................................................. 74 A ) Choix du sujet.............................................................................................................. 74 B) Choix de la méthode.................................................................................................... 74 C) Choix de l’analyse des données.................................................................................. 75 II. Synthèse des résultats.................................................................................... 75 III. Perspectives d'amélioration............................................................................. 77 A) Rappel sur l'état des lieux actuel.................................................................................. 77 B) Principaux manques ressortis de l’étude...................................................................... 79 C) Pistes d’améliorations possibles.................................................................................. 80 CONCLUSION.............................................................................................................. 83 BIBLIOGRAPHIE.......................................................................................................... 84 ANNEXE 1 : Guide d'entretien................................................................................... 89 ANNEXE 2 : Formulaire de consentement................................................................ 91 ANNEXE 3 : Flyer d'information remis aux patients................................................. 92 ANNEXE 4 : Serment d'Hippocrate............................................................................ 93 15 REMERCIEMENTS A mes maîtres, Merci pour l'intérêt que vous avez porté à mon travail. A Monsieur le Professeur Michel AMOUYAL, Je vous remercie de l’honneur que vous me faites en acceptant de présider ce jury. Merci également pour votre engagement dans le Département de Médecine Générale de Montpellier. Soyez assuré de ma sincère gratitude et de mon profond respect. A Madame le Professeur Hélène DONNADIEU-RIGOLE, Je vous remercie sincèrement d’avoir accepté de juger mon travail et d'apporter votre expertise sur le sujet. Veuillez recevoir l’expression de ma sincère reconnaissance et de mon profond respect. A Monsieur le Docteur Philippe GOUIRY, Pour m’avoir fait l’honneur de diriger ma thèse. Merci pour ta confiance, ton accompagnement et tes conseils pertinents. Merci également pour ce semestre à l’unité sanitaire de Béziers qui m'a beaucoup apporté. 16 A tous les professionnels rencontrés au cours de mes études, A toute l'équipe de l'Unité Sanitaire de Béziers, A François, Mathilde, Marie, Cyril, Juliette, Cécile, à Manu et Lætitia, à l'équipe infirmière et à l'ensemble des professionnels du service, Merci mille fois pour votre accueil chaleureux et votre bonne humeur. J'ai passé un semestre incroyable avec vous et je suis fière d'avoir pu travailler à vos côtés. A Élodie et Marie-Hélène, Merci pour votre bienveillance et votre investissement dans ma formation. Ce stage passé en votre compagnie fait partie des meilleurs semestres de mon internat. J'ai beaucoup appris à vos côtés et je vous en suis infiniment reconnaissante. A Léocadie, Merci pour ton accompagnement au cours de ces trois ans d'internat. Merci d'avoir été si disponible et de m'avoir fait progresser au travers de nos échanges toujours très enrichissants. Merci également aux différents maîtres de stage qui m'ont accueillie dans leur cabinet pour leur implication dans ma formation : Dr Olga Gerasimo, Dr Charlotte Voltz, Dr Anne-Marie Napoli, Dr Louisa Kherbaoui, Dr Frédérique Boyer, Dr Olivier Pouget, Dr Elisabeth Fourcadier, Dr Sylvain Guichard, Dr Eléonore Eberst-Malclès, Dr Sarah Fodil-Chérif. Merci au personnel des urgences de Perpignan, de l'unité Kangourou et des urgences gynécologiques de Montpellier pour leur accueil. 17 A ma famille, A mes parents, Michel et Christine, Merci pour votre soutien tout au long de ce parcours qui n’a pas toujours été évident. Merci pour votre amour et votre éternelle confiance en moi ; sans vous, je n’en serais pas là aujourd’hui. A Thomas, Merci d’être à mes côtés depuis quelques années déjà, de me soutenir et de m’aimer comme tu le fais. Merci pour ces moments de bonheur passés et à venir. A ma grand-mère Jacqueline et à mes grands-parents, Roberte et Jean, Merci pour votre présence, votre amour et votre soutien depuis le début. A mon grand-père Michel, à qui je pense très fort. Je sais que tu serais fier de moi. Aux autres membres de ma famille qui sont trop nombreux pour être tous cités, vous êtes tous dans mon cœur. vous aime tous. 18 A mes amis, A Cindy, Ma plus belle rencontre de PACES. Tu as fait de cette année difficile une période pleine de rires et de beaux souvenirs. Merci d'être là depuis le dé but . A Marie et Marion, ma Banda, Mes meilleures copi nes depuis la Savan e . Merci pour votre amitié constante malgré la distance. A Eva, Mon binôme de D4 qui a su me motiver chaque jour. Merci pour ton soutien et ta bonne humeur. A mes copines d’externat , Mat hilde, Chloé, Zain eb , Siri , Margot, Fanny, Merci pour ces belles années partagées ensemble. L’internat nous a éloignées mais vous restez toutes dans mon cœur. A toute la team Perpi, Romane, Estelle, Hugo, Jade, Caro, Romain, Roxane, Paul, Mathilde, Simon, Merci d’avoir croisé ma route, je suis reconnaissante de tous ces bons moments passés avec vous. Un grand merci également à tous les patients qui ont accepté de participer à mon travail et sans qui rien n’aurait été possible. 19 ABREVIATIONS AMM : Autorisation de Mise sur le Marché ANSM : Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé ATUc : Autorisation Temporaire d'Utilisation de cohorte CAARUD : Centre d'Accueil et d'Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues CD : Centre de Détention CP : Centre Pénitentiaire CSAPA : Centres de Soin, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie DISP : Direction Interrégionale des Services Pénitentiaires FDA : Food and Drug Administration INSERM : Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale MA : Maison d'Arrêt OD : overdose OIP : Observatoire International des Prisons OMS : Organisation Mondiale de la Santé SCMR : Salles de Consommation à Moindre Risque SPIP : Services Pénitentiaires d'Insertion et de Probation TSO : Traitement de Substitution aux Opioïdes UCSA : Unités de Consultation de Soins Ambulatoires (ancienne appellation des USMP) UHSA : Unités Hospitalières Spécialement Aménagées UHSI : Unités Hospitalières Sécurisées Interrégionales USMP : Unités Sanitaires en Milieu Pénitentiaire Quelques définitions : EPISODE : CSAPA situé à Béziers. AID11 : CSAPA situé à Narbonne. FREEFORM : association créée en 2014, mettant ses compétences au service de l’engagement des jeunes organisations de rassemblements festifs et culturels. Plusieurs champs de compétence : bénévolat, cadre légal, démarches de réduction des risques... 20 INTRODUCTION I. Etat des lieux sur la population carcérale en France La population carcérale en France est en constante augmentation (+15% entre septembre 2020 et septembre 2021) (Fig 1), en dehors d'une diminution transitoire en 2020 du fait de la pandémie de COVID 19. Au 1er octobre 2021, elle s'élevait à 82 932 personnes écr ées (milieux ouvert et fermé confondus) (1, Fig 2). Le milieu fermé correspond à l'ensemble des établissements pénitentiaires et le milieu ouvert regroupe les différentes mesures alternatives à l'incarcération (sursis avec mise à l'épreuve, travail d'intérêt général, libération conditionnelle, contrôle judiciaire ou ajournement avec mise à l'épreuve). Les personnes écrouées, en milieu ouvert ou fermé, sont suivies par des SPIP sous le contrôle du juge d'application des peines. Le rôle des SPIP est de favoriser la réinsertion en proposant des peines individualisées (2). Figure 1 : Courbes d'évolution mensuelle des personnes détenues depuis 2016 (Source : Ministère de la Justice) 21 Figure 2 : Chiffres de la population carcérale au 1er octobre 2021 (Source : Ministère de la Justice) En France, l'organisation des services pénitentiaires comprend une administration centrale et de services déconcentrés. Elle est fractionnée en neuf directions interrégionales (DISP) et une mission d’Outre-Mer. La région Occitanie dépend du DISP de Toulouse. Le DISP de Toulouse coordonne l'activité de 15 établissements pénitentiaires dont le Centre Pénitentiaire de Béziers. Le Centre Pénitentiaire de Béziers, appelé également Centre Pénitentiaire du Gasquinoy, comprend un Centre de Semi-liberté, une Maison d'Arrêt (MA) et un Centre de Détention (CD). Il a été mis en fonction en 2009 suite à la fermeture de l'ancienne Maison d'Arrêt devenue trop vétuste et surpeuplée. Les Maisons d'Arrêt sont des lieux de privation de liberté pour les détenus en attente de jugement ou condamnés à une peine de moins de deux ans. Les Centres de Détention sont réservés aux sujets condamnés à une peine de plus de deux ans. La semi-liberté correspond à un aménagement de peine pour des personnes écrouées rendant possible l'exercice de certaines s à l'extérieur (travail, formation professionnelle...). Le CP de Béziers est un établissement pour hommes, n'accueillant pas de femmes ni de mineurs. Au 1er janvier 2022, on dénombrait 1038 hébergés pour 809 places opérationnelles, soit un taux d'occupation de 128% (3). 22 La population carcérale est une population en situation de grande précarité. Il s'agit d'une population jeune au sein de laquelle il existe une forte prévalence de personnes présentant un trouble de l'usage de drogues. Selon l'OIP en février 2021, 38 % des personnes incarcérées depuis moins de six mois souffraient d’une addiction aux substances illicites et 30% à l’alcool (4). La prévalence des addictions étant significativement plus élevée en milieu carcéral que dans la population générale, leur prise en charge lors de l'incarcération représente un enjeu important. Il est ainsi fondamental de dépister les sujets dépendants à l'entrée en détention afin de leur proposer un suivi adapté, notamment avec la mise en place de traitements de substitution aux opioïdes, et d'organiser la continuité des soins de façon optimale à la sortie (5). II. Organisation du système de santé en détention L'arrivée de la médecine au sein du système pénitentiaire s'est faite progressivement au cours des XIXème et XXème siècles. La Réforme Amor de l'administration pénitentiaire en 1945 définit la peine privative de liberté comme ayant pour but essentiel l’amendement et le reclassement social du condamné. Ainsi, la prison est envisagée comme un lieu de traitement et non plus comme une simple structure punitive. La réinsertion devient alors un enjeu majeur (6). La loi du 18 janvier 1994 relative à la santé publique et à la protection sociale a profondément modifié la prise en charge sanitaire des personnes détenues en France. Elle a permis le jumelage entre hôpital public et centres pénitentiaires avec la création des Unités Sanitaires en Milieu Pénitentiaire (une USMP par centre pénitentiaire), et l'arrivée des TSO en prison (7). De ce fait, la continuité des soins est assurée entre le milieu extérieur et la prison. Chaque USMP est rattachée à un centre hospitalier de proximité. Les USMP sont constituées de différents intervenants médicaux et paramédicaux, tels que des médecins, infirmiers, psychologues, dentistes, manipulateurs radio, kinésithérapeutes... Ces structures regroupent ainsi différentes professions, formant une équipe pluridisciplinaire permettant de prendre en charge chaque patient dans sa globalité. 23 Les personnes détenues en France bénéficient d'une couverture santé à hauteur de 100% des tarifs de la sécurité sociale, en tiers payant intégral (8). Durant leur incarcération, le suivi médical s'organise en consultation au sein des USMP. Une consultation médicale obligatoire a lieu à l'arrivée en détention et les patients présentant un trouble de l'usage de drogues se voient proposer un traitement de substitution aux opioïdes. Le rôle des USMP est d'organiser le suivi des personnes détenues, mais aussi de favoriser la prévention et les actions d'éducation à la santé (9). Lorsqu'une hospitalisation est requise, il est nécessaire d'extraire le patient dans un Centre Hospitalier. Il existe alors deux cas de figure. Pour les hospitalisations d'urgence ou de moins de 48h, l'accueil du détenu est possible en chambre sécurisée au sein d'un service « classique » de l’hôpital de rattachement. Pour une hospitalisation plus longue, au-delà de 48h, il est nécessaire de faire une demande de prise en charge en UHSI ou UHSA (2). Pour le CP de Béziers, ces unités sont actuellement localisées à Toulouse. La sortie de prison constitue une transition importante pour chaque détenu et nécessite d'être accompagnée. Une visite médicale doit être proposée à toute personne détenue dans le mois précédant sa libération (10). III. La sortie de prison, une étape difficile La période suivant la sortie d'incarcération représente une période de grande vulnérabilité pour les détenus. La transition entre le milieu pénitentiaire et l'extérieur constitue une situation de stress social important souvent associée à une certaine précarité, un isolement social, des moyens de déplacement limités, et un retour dans un environnement délétère. De nombreuses études ont montré l'existence d'un pic de mortalité dans les semaines suivant la libération (avec un risque de décès multiplié par 3,5 par rapport à la population générale dans les 2 ans suivant la sortie d'incarcération, et par 13 dans les 15 premiers jours (11)). L'une des principales causes de cette surmortalité est le décès par overdose chez des patients consommateurs d'opioïdes. En effet, l'incarcération va correspondre à une période de diminution des consommations et donc de la tolérance aux opioïdes chez ces patients. A la sortie de prison, le fait de 24 reconsommer aux mêmes doses qu'avant l'incarcération entraîne par conséquent un risque majeur de surdose (12). De plus, le contexte de grande précarité souvent associé à la libération augmente le risque d'overdose. Des facteurs de risque tels que l'absence de domicile fixe, l'appartenance à une minorité ou bien encore la prostitution ont été identifiés comme pouvant accroître ce risque d'overdose (13). L'arrivée des TSO en prison a permis de diminuer le risque de décès par overdose dans les 12 semaines suivant la sortie de 40%, mais le risque dans les 14 premiers jours apparaît inchangé (14). D'autres mesures semblent alors nécessaires pour diminuer la mortalité précoce en sortie d'incarcération. IV. État des lieux sur l'usage d'opioïdes en France et dans le monde Les opioïdes sont des substances d’origine naturelle ou de synthèse, agissant sur les récepteurs opioïdes au niveau du système nerveux central. Ils ont un effet antalgique et dépresseur du système nerveux central, procurant une sensation de bien-être et de relaxation au consommateur. Certains opioïdes comme la morphine ou la codéine sont utilisés comme médicaments pour le traitement de la ouleur. D'autres rentrent en jeu dans la prise en charge de la dépendance aux opiacés dans le cadre de traitements de substitution (méthadone, buprénorphine). Enfin, certains opioïdes tels que l'héroïne sont utilisés de manière illicite à visée récréative (15). Les opioïdes demeurent les principaux produits en cause dans les décès par surdose aujourd’hui en France et dans le monde. Selon l'OMS, 69000 personnes meurent chaque année d'une surdose d'opioïdes avec un nombre de décès croissant en Europe (16). Aux États Unis depuis les années 1960, on constate une augmentation du nombre de décès par overdose qui est devenue l'une des premières causes de décès chez les hommes jeunes. Il s'agit actuellement d'un enjeu majeur de santé publique. La prévention des overdoses aux opioïdes est par conséquent un enjeu de santé publique important ayant conduit à la mise en place d'une politique de réduction des risques et des dommages ainsi qu'à la mise en place de stratégies de consommation à moindre risque (programmes de partage de seringues, salles de consommations à moindre risque...) (13). De nombreux messages de prévention ont alors également commencé à se répandre. Il est ainsi conseillé aux usagers de goûter la substance avant de la consommer afin de tester la pureté de la drogue. Il s'agit aussi d'éviter de consommer d'autres inhibiteurs du système nerveux central tels que les benzodiazépines ou bien l'alcool en même temps que la substance opioïde. Enfin, il est conseillé que le consommateur surveille sa propre tolérance, qu'il prépare luimême le produit avant de le consommer et qu'il s'assure de la présence d'autres personnes au moment de consommer afin que quelqu'un puisse réagir en cas de problème (17). En effet, la consommation dans un environnement sûr réduit de façon significative le risque de faire une overdose. Ce constat a mené à la création en France de salles de consommation à moindre risque (SCMR) avec la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 (18). Il existe actuellement deux SCMR en France, à Paris et à Strasbourg. Un rapport scientifique de l'INSERM de mai 2021 montre des effets positifs en termes de santé individuelle, de santé publique et de tranquillité publique, et suggère que cette intervention présente un rapport coût-efficacité acceptable pour la société. Les résultats de cette modélisation montrent entre autre que, sur une période de 10 ans, les deux SCMR expérimentales permettent de réduire de 69% le nombre overdoses, soit un coût évité d’environ 1 million d’euros (pour les coûts de prises en charge d’une overdose à l’hôpital) (19). Malgré ces mesures, le nombre de décès par overdose en France reste élevé avec 464 décès directement liés aux produits en 2018. Dans le cas précis des opioïdes, on constate une stabilisation du nombre de décès lié aux TSO mais une réaugmentation des décès liés à l'héroïne (20). Dans ce contexte en 2019, le ministère des Solidarités et de la Santé a souhaité le développement d’une feuille de route pour la période 2019-2022 afin de prévenir et d'agir face aux surdoses aux opioïdes. Ce plan d'action se décline en plusieurs axes d'amélioration des pratiques, comprenant notamment une diffusion large de la Naloxone prête à l'emploi (21). 26 V. Place de la Naloxone dans le traitement des overdoses aux opioïdes en France La Naloxone est un antidote aux opioïdes. Il s'agit d'un antagoniste pur et spécifique des récepteurs aux opioïdes. Elle agit par blocage des récepteurs aux opioïdes au niveau du système nerveux central, et entraîne ainsi le décrochage des substances opioïdes présentes sur ces récepteurs. La Naloxone agit en quelques secondes à quelques minutes, pour une durée limitée (20 min à 2h environ selon la voie d’administration), et permet de lever les effets dépresseurs des opioïdes (22). Depuis le début des années 2000, le nombre d'hospitalisations pour overdose aux opioïdes est en constante augmentation. On note également une augmentation des déclarations à la pharmacovigilance de surdosages aux opioïdes et de décès liés aux opioïdes (21, Fig 3). Figure 3 : Évolution du nombre de décès liés aux stupéfiants et aux médicaments opioïdes en France entre 2000 et 2016 (Source : INSERM) Une overdose est définie par une surdose en drogue entraînant une perte de connaissance avec nécessité d'une aide extérieure. Cliniquement on constate une 27 altération de la vigilance pouvant aller de la somnolence au coma, ainsi qu'une diminution de la fréquence respiratoire qui peut mener à l'arrêt cardio-respiratoire. D'autres symptômes sont associés : myosis, cyanose, ronflement... (23). En cas d' dose, si la Naloxone est disponible en pré-hospitalier, il est recommandé d'effectuer une injection précoce à la victime en attendant les secours. En effet, il n'existe pas de risque à administrer le produit par erreur de diagnostic chez les patients n'ayant pas consommé d'opioïde. Il existe en revanche un risque de syndrome de sevrage immédiatement après injection chez les patients dépendants aux opioïdes (24). Depuis décembre 2016, le ministère de la Santé a autorisé la distribution de kits de Naloxone à destination des patients et de leur entourage. Le code de la santé publique a été modifié en mai 2017 afin d'autoriser les intervenants des CAARUD à délivrer la Naloxone aux usagers qu’ils accompagnent. Enfin, d'autres mesures ont été mises en place, telles que le financement de formations des personnels des CSAPA et CAARUD, ou l'exonération à la réglementation substances vénéneuses de la Naloxone pour permettre sa dispensation sans prescription médicale (25). Les usagers prioritairement visés par ces mesures sont les personnes détenues à leur sortie de prison ainsi que celles ayant suivi un sevrage des opioïdes, car ils constituent des populations à haut risque d'overdose aux opioïdes (ANSM 2016) (26). En 2017, 16 programmes d'utilisation de Naloxone destinée à une administration à domicile étaient opérationnels dans 10 pays européens. Les kits fournis par les services sanitaires se présentaient principalement sous forme injectable intramusculaire. La France a mis à disposition la première spécialité disponible sous forme intranasale, le Nalscue, dans le cadre d’une autorisation temporaire d’utilisation de cohorte (ATUc). Le Nalscue a été retiré du marché en décembre 2020 faute d’un accord entre le laboratoire et le Comité économique des produits de santé sur le prix du produit. Il a été remplacé en 2021 par le Nyxoid. Le Prenoxad, une forme injectable par voie intra-musculaire, est également disponible depuis juin 2019 (25). Malgré ces recommandations, la distribution de la Naloxone en prison est loin d'être introduite dans tous les établissements pénitentiaires en France (27). On peut alors s'interroger sur les méthodes de mise en œuvre d'actions de prévention complémentaires en milieu pénitentiaire, dans l'optique de diminuer la mortalité par overdose aux opioïdes en sortie de prison. 28 Ce travail se propose d'explorer les pistes d'optimisation de la prévention des overdoses aux opioïdes en sortie d'incarcération chez des patients présentant un trouble de l'usage de drogue détenus au CP de Béziers. 29 MATERIELS ET METHODES I. Type d'étude Afin de répondre au mieux à notre question de recherche, nous avons choisi de réaliser une étude qualitative avec analyse thématique basée sur des entretiens individuels semi-dirigés auprès de patients incarcérés au Centre Pénitentiaire de Béziers. II. Population cible Nous avons interrogé des hommes incarcérés au Centre Pénitentiaire de Béziers, ayant déjà consommé des substances opioïdes au cours de leur vie (consommation active ou sevrée). III. Recrutement Afin de procéder au recrutement des patients, et avec l'aide des médecins exerçant à l'Unité Sanitaire du Centre Pénitentiaire de Béziers, nous avons établi une liste de patients ayant un antécédent de consommation d'opioïdes active ou sevrée. Les sujets recrutés ont ensuite été convoqués en entretiens individuels au cours desquels les modalités de l'étude leurs étaient présentées et leur consentement était recueilli. Une relance par courrier interne à la prison a été faite auprès des patients ayant refusé une première fois de se présenter en entretien. Il n'y avait pas de relance après un second refus. IV. Recueil des données A) Guide d'entretien ( Annexe 1) : Nous avons réalisé un guide d'entretiens semi-dirigés, constitué de questions ouvertes afin de structurer la discussion tout en laissant les participants s'exprimer librement autour des sujets abordés. Nous avons également ajouté des relances permettant d'approfondir les réponses apportées par les patients à certaines questions. Il s'agit ainsi d'un questionnaire reproductible à chaque entretien mais 30 adaptable en fonction des réponses des patients. Les grands thèmes abordés sont : les caractéristiques socio-démographiques du patient, son rapport aux stupéfiants, et enfin ses connaissances autour des overdoses. B) Déroulement des entretiens Les entretiens se sont déroulés au mois d'avril 2022 sur deux journées complètes au sein de l'Unité Sanitaire du Centre Pénitentiaire de Béziers dans un bureau de consultation. Le nombre d'entretiens n'a pas été établi à l'avance car il était déterminé par le principe de saturation des données. Au début de chaque entretien, les modalités de l'étude et la garantie de l'anonymat étaient rappelées aux patients. Le consentement écrit et éclairé de chaque participant a ainsi été obtenu (Annexe 2). Il s'agissait d'entretiens individuels qui ont tous été dirigés par l'investigateur seul. Nous avons procédé à un enregistrement audio avec un dictaphone amené par l'investigateur après autorisation du directeur de la prison. Au terme des entretiens, un flyer reprenant les grandes lignes autour de la prévention des overdoses, les gestes de premiers secours et l'utilisation de la Naloxone, était remis à chaque patient (Annexe 3). C) Saturation des données Le recueil des données s'est déroulé jusqu à saturation des données. V. Analyse des données Les entretiens ont été intégralement retranscrits mot pour mot sur le logiciel OpenOffice Writer®. Le langage non verbal a été pris en compte grâce à des notes de l'investigateur prises au cours des entretiens. Il est indiqué par des annotations spécifiques ainsi que par des variations de la ponctuation. L'anonymisation des patients a été réalisée en les identifiant par un chiffre. Les personnes citées dans les réponses ont également été anonymisées en ne conservant que l'initiale de leur nom. Une analyse thématique du contenu des réponses a été effectuée. 31 RESULTATS Dans cette partie, nous allons décrire les caractéristiques de la population étudiée, puis nous développerons les idées principales ayant émergées de ces entretiens. I. Caractéristiques de la population étudiée Vingt et un patients ont été contactés (Fig 4). Sur ces 21 patients, 2 avaient été libérés avant le début des entretiens, 1 était hospitalisé au moment des entretiens, et 3 n'ont pas souhaité participer. Au total, quinze hommes détenus au Centre Pénitentiaire de Béziers ont été interrogés. Les entretiens ont duré entre 19 et 23 minutes, soit un recueil total de 4 heures et 50 minutes. Le quinzième entretien n’a apporté aucune nouvelle information, nous avons donc cessé les entretiens car la saturation des données était atteinte. Figure 4 : Recrutement des patients Les patients interrogés étaient âgés de 27 à 56 ans (Tableau 1), incarcérés depuis moins d'une semaine à sept ans. Trois hommes vivaient leur première incarcération et douze avaient déjà connu au moins une incarcération par le passé. Trois d'entre eux avaient déjà connu d'autres mesures de privation de liberté (bracelets électroniques et semi liberté). Il leur restait entre deux mois et quatr ans de prison 32 ferme avant leur libération. L'ensemble des participants étaient des consommateurs actifs ou sevrés d'héroïne. Parmi eux, 8 ont déclaré consommer activement ou avoir consommé par le passé du cannabis, 4 de l'alcool, 14 de la cocaïne et 6 des substances hallucinogènes (LSD, kétamine, ecstasy, champignons). L'âge de début des consommations s'échelonnait entre 10 et 25 ans. Les modes de consommation expérimentés étaient variés : 9 patients déclaraient avoir consommé en fumant, 12 en sniffant, et seulement 2 disaient avoir pratiqué les injections. Sur le plan familial, 8 patients ont déclaré être en couple dont 5 avec enfants. Les sept patients restant ont déclaré être célibataires. Sur le plan du logement, 11 patients ont déclaré vivre dans leur propre logement (en tant que propriétaire ou locataire). Trois hommes ont rapporté vivre hébergés par leurs parents. Le dernier patient était sans logement avant son incarcération (en cavale). Sur le plan professionnel, 6 patients ont déclaré avoir un emploi. Les professions évoquées étaient les suivantes : cuisinier, maçon, employé des pompes funèbres, commerçant, restaurateur. Les 9 autres hommes interrogés étaient sans emploi au moment de leur incarcération. Avant l'entrée en incarcération, 11 des hommes interrogés déclaraient avoir un suivi médical régulier. Plusieurs professions de santé ont été citées. Dix patients avaient un suivi régulier avec un médecin généraliste, 2 d'entre eux ont également déclaré être suivis en addictologie, 2 par un psychiatre et 1 par un neurochirurgien. Un patient était suivi uniquement en addictologie. Les 4 patients restant ont affirmé ne pas avoir de suivi médical à l'extérieur de la prison. Il s'agissait des 4 patients situés dans la tranche d'âge des 20-30 ans. Les pathologies citées par les participants comme étant préexistantes à l incarcération étaient les suivantes. Sur le plan somatique : cholecystectomie, sleeve, empoisonnement du sang (sepsis) avec insuffisance rénale, anévrysme cérébral opéré, infarctus. Sur le plan psychiatrique : schizophrénie, bipolarité, dépression. 33 Âge Substances consommées Nombre d'incarcérations Logement Emploi Situation familiale Suivi médical régulier à l'extérieur de la prison 20-30 ans 4 30-40 ans 6 40-50 ans 4 50-60 ans 1 Cannabis 8 Alcool 4 Cocaïne 14 Héroïne 15 Substances hallucinogènes (LSD, kétamine, ecstasy, champignons) 6 1ère incarcération 3 > 1 incarcération 12 Personnel 11 Hébergé 3 Sans logement 1 Emploi 6 Sans emploi 9 En couple 8 Célibataire 7 Oui 11 Non 4 Tableau1 : Caractéristiques de la population étudiée. 34 Analyse des données : A) Relation aux stupéfiants 1. Facteurs favorisants les consommations a) Entourage b) Contexte festif c) Environnement familial d) Solitude e) Vente de drogues f) Douleur 2. Facteurs limitants les consommations a) Souffrances physiques et psychologiques b) Inquiétude autour de sa santé c) Environnement familial et professionnel d) Limitations financières e) Accompagnement médico-social A) 1. Quand on est seul, qu'on n’a pas de copine c'est plus facile » (P4) ; « Je suis pas bien [...] du coup c'est mon échappatoire. Je me mets ma musique, je me fume un gros buzz, je me tape des traces et je me fais la fête tout seul dans ma cellule » (P5) 36 Certains recherchent une sensation de désinhibition afin de sortir de la solitude : « le fait de plus pouvoir boire je me suis mis à reprendre de l'héroïne pour essayer de parler, de sortir » (P1) e) Vente de drogues Une partie des patients interrogés rapportent avoir vendu de la drogue à l'extérieur de la prison. Cela leur procurait un accès plus facile aux substances et donc une tentation plus importante de consommer : « avant bon je dealais et j'en prenais jusqu'à ce que j'en n'ai plus » (P1) ; « je vendais de la drogue dehors [...] c'était la facilité, j'en avais tout le temps à portée et tout le reste est devenu secondaire » (P2) ; « J'étais un dealer, donc j'avais toutes les drogues qui existaient » (P5) ; « je prenais et donc j'en vendais » (P9) ; « quand j'étais plus jeune j'en vendais » (P13) ; « j'en vendais j'en avais tout le temps » (P14) f) Douleur Les consommations pouvaient également avoir pour objectif de calmer la douleur. Certains patients rapportent un vécu difficile, source de stress et de difficulté psychique, les ayant amenés à consommer pour atténuer leur souffrance : « quand j'ai perdu mon grand frère j'ai commencé à tout prendre » (P5) ; « ça allait trop vite pour moi [...] j'avais une vie à deux cents à l'heure, puis après plusieurs coups durs et quelques défections » (P6) ; « ça me calmait, ça me stabilisait » (P13) ; « (début des consommations) dans ma jeunesse, à une période où je n'allais pas très bien » (P15) avec parfois une sensation de désespoir intense : « Moins j'ai à perdre plus j'en n'ai rien à foutre en fait, c'est comme ça » (P5) Paradoxalement, l'augmentation des consommations s'est accompagnée de 37 l'apparition de douleurs physiques pour certains usagers. Cela a ainsi entraîné une prise de substances plus importante afin de soulager ces nouvelles souffrances liées directement à l'action du produit : « ça me réveillait la nuit parce que j'avais le nez en feu, donc j'étais obligé de sniffer ça calmait la douleur [...] J'étais obligé de m'en préparer, c'était un rituel de fou » (P2) ou bien liées au manque de produit : « je pensais que j'avais juste attrapé froid, et c'est un jour un collègue qui m'a dit « non non mais t'es en manque en fait », et quand j'ai eu ça en tête, ben de là les consommations ont été plus importantes » (P2) A) 2. Facteurs limitant les consommations : a) Souffrances physiques et psychologiques Comme évoqué précédemment, les consommations finissent par engendrer des douleurs à la fois s et psychologiques chez certains usagers. A l'inverse de ceux chez qui ce phénomène entraîne une augmentation des prises, plusieurs individus expliquent que cela les a amenés à moins consommer : « Je me suis arrêté à peu près il y a sept ans [...] c'est mon corps qui n'assume plus les drogues » (P1) ; « ça m'a rendu anxieux, je faisais des crises d'angoisse et tout ça donc j'ai arrêté [...] J'ai quand même fait l'effort de me dire que je voulais arrêter ça. C'est bon ça m'a fait flipper en fait » (P2) b) Inquiétude autour de sa santé Les patients interrogés racontent comment ils ont pris conscience des dangers liés à leur consommation d'opioïdes, au travers d'expériences personnelles ou du vécu d'autrui : « (l'overdose) ça m'a fait peur et j'ai arrêté [...] j'en ai parlé à mon frère qui en a 38 parlé à mes parents [...] ils m'ont ouvert les yeux. En plus de la prise de conscience que j'avais eu moi-même » (P11) ; « une fois un cousin s'est piqué devant moi [...] si vous le voyiez c'est une catastrophe. C'est pour ça que je veux m'en sortir » (P12) L'avancée en âge accentue le sentiment d'urgence d'un sevrage : « à mon âge en plus, bientôt 50 ans, si j'arrête pas maintenant je sais pas quand est ce que j'arrêterai » (P12) ; « là ça y est j'ai 29 ans j'en ai marre de cette vie » (P14) L'inquiétude autour de leur santé s'en trouve accrue, et les conduit à envisager une diminution voire un arrêt total des consommations : « Je me sentais mourir des fois donc j'ai voulu arrêter [...] parce qu'au bout d'un moment je sens que la mort va me tendre la main » (P3) ; « Des fois j'en fumais mais bon je me suis dit que pour les poumons c'était dangereux alors j'ai arrêté » (P4) c) Environnement familial et professionnel Un environnement familial et professionnel stable est souvent évoqué comme facteur limitant les consommations. Il s'agit d'une source de responsabilités importante, nécessitant, selon certains sujets interrogés, d'être irréprochable « la cocaïne ça va faire 2-3 ans maintenant [...] depuis que j'ai repris le restaurant j'évite » (P6) ; « la prise d'héroïne, à 20 ans dès que je me suis marié j'ai arrêté » (P12) ; « Je fume que le soir en dehors de la prison [...] parce que j'ai ma femme, j'ai le petit et tout, je peux pas me permettre » (P13) ; « ça fait à peu près 9 ans que j'ai plus rien touché, depuis qu'avec ma femme on a voulu faire un enfant » (P15) d) Limitations financières Les opioïdes sont des substances chères. Ainsi, l'aspect financier contraint certains usagers à limiter les prises : 39 « C'était suivant l'argent que j'avais. On trouve toujours une bonne raison de consommer selon certaines personnes interrogées. Les consommations sortent du contexte festif et trouvent leur place dans le quotidien des usagers, qui se mettent parfois à consommer seuls : 40 « Entre collègues on aime bien se mettre la race » (P5) ; « Je consommais régulièrement tous les jours, seul ou à plusieurs. Il y avait toujours une bonne raison » (P11) ; « Tous les 2-3 jours je prenais mon gramme, et le soir je me faisais 2-3 traces [...] seul ou avec ma compagne [...] elle tapait une trace avec moi devant la télé » (P15) B ) 2. Consommations de plus en plus présentes Les prises d'opioïdes continuent fréquemment à augmenter avec le temps, les usagers cherchant à retrouver l'effet ressenti lors des premières prises, atteignant parfois des quantités excessives : « j'étais un énorme consommateur d'héroïne. C'est à dire que même l'héroïne que j'achetais on voulait pas me la vendre, j'étais limité à 20 grammes par semaine parce qu'elle était pure. Du coup j'achetais un kilo ou quoi pour qu'on veuille bien me la vendre » (P1) ; « je la consommais forte [...] parce que l'effet qu'on a au début, cet apaisement qui donne l'impression de plus réfléchir, de vider la tête, c'est qu'au début » (P2) ; « je prenais pas mal. Moi c'est tout ou rien » (P6) Petit à petit, les consommations deviennent une obligation et finissent par prendre toute la place : « Je pensais qu'à sortir dans les rave parties et je consommais de tout tout le temps » (P1) ; « je consommais tous les jours [...] l'héroïne c'est pas festif c'est que ça devient une obligation après [...] à un moment donné j'étais plus capable de gérer ma consommation [...] j'étais dépassé, c'est ça qui me contrôlait » (P2) ; « Au début festif mais ça a été très rapidement dans l'excès. C'est parti loin » (P7) ; « c'était festif au début mais après j'étais parti » (P9) ; « J'ai commencé à fumer, à fumer genre tous les jours » (P13) 41 C) Impact de l'incarcération sur les consommations 1. Evolution des consommations pendant l'incarcération a) Pas d'évolution b) Sevrage partiel c) Opioïdes remplacés par d'autres substances d) Augmentation des consommations 2. Gestion des traitements de substitution aux opioïdes a) Envie de diminuer progressivement b) Sentiment d'urgence à diminuer le traitement c) Traitement déjà sevré à plusieurs reprises C) 1. Évolution des consommations pendant l'incarcération a) Pas d'évolution Parfois le sevrage a été réalisé plusieurs années en arrière. L'entrée en incarcération n'entraîne pas de modification des prises de toxiques qui étaient déjà contrôlées à l'extérieur : « Je consomme pas [...] Donc y a pas d'évolution » (P6) ; « Je prends plus rien [...] ça fait des années que je suis suivi, tout va très bien » (P15) b) Sevrage partiel La prison constitue pour certains une prise de conscience et l'occasion de renouer avec la vie en collectivité. La possibilité de reprendre un accompagnement médical est aussi perçue comme une aide nécessaire au sevrage. Il peut s'agir d'un sevrage partiel : « En rentrant en prison, le fait de voir d'autres détenus, de voir l'UCSA, de voir du monde, j'ai repris la parole » (P1) ; « je fume mais pour moi le shit c'est rien [...] Je pense que je suis revenu de pas mal de choses grâce à la prison » (P7) ; « depuis que je suis rentré j'ai commencé à arrêter [...] Je consomme plus à part du cannabis » (P9) 42 voire d'un sevrage complet : « Je prends pas de drogue » (P8) ; « Je prends plus rien, plus rien du tout [...] j'ai demandé à être suivi par EPISODE » (P10) ; « (la consommation) elle a pas évolué, elle s'est arrêtée » (P11) ; « le fait de rentrer ici j'ai décidé de faire mon sevrage » P3) ; « (la consommation) elle a pas évolué, elle s'est arrêtée [...] j'étais en cavale mais c'est moi qui me suis rendu [...] je voyais que la prison pour me refaire une santé » (P14) nécessitant néanmoins d'éviter les situations à risque pour ne pas être tenté de rechuter : « au début de mon incarcération ça a été compliqué. C'était très dur [...] à des moments j'étais pas convaincu que d'arrêter c'était la meilleure chose pour moi, et aujourd'hui je pense que j'en aurais sous les yeux [...] je partirais ça c'est sûr » (P2) c) Opioïdes remplacés par d'autres substances Se sevrer des substances opioïdes entraîne la sensation de manquer de quelque chose pour plusieurs patients et par conséquent le besoin de compenser par la prise d'autres substances illicites (cannabis, alcool, cocaïne) : « Génial, aucune envie d'en acheter [...] je bois la bouteille le samedi soir [...] c'est de l'alcool préparé prison » (P1) ; « j'ai repris à fumer parce que j'ai senti qu'il me manquait quelque chose à mon entrée en prison » (P2) ; « j'ai arrêté de prendre l'héroïne en prenant de la cocaïne » (P3) ; « Je buvais pas mal, je m'étais rabattu un peu sur l'alcool » (P11) ou bien licites, par exemple médicamenteuses : « Je suis très accro au Seresta, ça remplace ma drogue » (P1) 43 d) Augmentation des consommations L'incarcération représente parfois une source de stress favorisant l'augmentation des consommations. L'isolement social, les difficultés relationnelles avec l'entourage ou encore la sensation de tension interne, sont à nouveau évoqués comme facteurs augmentant le besoin de consommer : « Encore pire, je vous ai dit dehors je prenais pas de cocaïne, pas de produits durs » (P4) ; « Ça a augmenté. J'avais tout arrêté moi, mais la prison elle m'a séparé de ma femme, c'est compliqué avec mes parents donc du coup je me suis retrouvé un peu isolé J'ai tout perdu pendant cette peine » (P5) ; « Pff comme ça [mime une augmentation] [...] et même comme ça t'es pas calmé. On est à 2000 de nerfs » (P13) C) 2. Gestion des traitements de substitution aux opioïdes a) Envie de diminuer progressivement La plupart des patients interrogés expriment leur volonté de diminuer voire d'arrêter leur traitement de substitution. Certains préfèrent diminuer prudemment, avec un accompagnement médical rapproché : « j'aimerais bien que le manque soit pas si intense, que je puisse reculer lentement et arrêter » (P3) ; « Là je prends du Subutex, ils m'ont donné un 8 et un 2. J'ai diminué, j'ai enlevé le 2 et ils me donnent que du 8. Je diminue doucement doucement doucement [...] il y a la psychiatre qui me suit pour ça » (P12) b) Sentiment d'urgence à diminuer le traitement D'autres ressentent le besoin de diminuer rapidement, quitte à aller à l'encontre de l'avis de leur médecin : « Le docteur ne veut pas que j'arrête la Méthadone donc je me bats [...] pour qu'elle me descende à dix. Mais je compte l'arrêter le mois prochain » (P1) ; « Là je 44 prends que du Valium et du Subutex, c'est tout. Ça je vais le laisser d'ici 2 ou 3 semaines » (P8) Ce sentiment d'urgence à arrêter est parfois justifié par la crainte de devenir dépendant au traitement : « Le Subutex je veux l'arrêter avant de sortir si je peux. Là je commence à diminuer en cellule [...] je veux l'enlever, je veux pas être dépendant toute ma vie du Subutex » (P12) c ) Traitement déjà sevré à plusieurs reprises Quelques patients racontent avoir déjà réussi à se sevrer des TSO, à l'extérieur ou à l'intérieur de la prison, l'incarcération pouvant alors être perçue comme un événement facilitateur ou au contraire limitant l'arrêt des TSO : « J'avais arrêté il y a 2 ans avant l'incarcération et puis je suis re rentré et puis bon voilà je me suis remis dedans » (P6) ; « C'était la troisième ou quatrième fois que j'arrêtais la Méthadone. Chaque fois que je suis entré en détention j'ai arrêté en fait, et j'ai arrêté une fois dehors » (P14) D) Informations et croyances autour des overdoses 1. Représentations autour des overdoses a) Overdose = mort b) Corp dépassé 2. Facteurs de risque d'overdose a) Consommation trop importante b) Type de substance et mode de consommation c) Polyintoxication d) Mauvais état de santé 3. Sources d'information a) Expérience personnelle b) Médias c) Interventions de professionnels 45 D) 1. Représentations autour des overdoses a) Overdose = mort Selon la grande majorité des participants, l'overdose est synonyme de mort. Il s'agit d'une issue presque inévitable, et souvent en lien avec la prise par injection : « je suis un vendeur de mort » (P2) ; « La crainte » (P3) ; « c'est la mort les overdoses » (P4) ; « C'est une surdose de médicaments ou de drogues [...] La personne n'est pas obligée d'être morte mais en général une overdose on y reste » (P7) ; « Un excès de produit qui peut entraîner la mort » (P11) ; « Je sais qu'on peut mourir, c'est pour ça que jamais je me suis piqué » (P12) ; « une overdose t'es mort c'est terminé » (P13) b) Corps dépassé L'overdose est également définie par un excès de produit que le corps ne parvient plus à épurer. Par conséquent, le cœur s'arrête de fonctionner. On en revient à la notion de mort évoquée plus haut : « C'est une surdose de produit. Son corps il est plus capable d'éliminer, il est même plus capable d'avoir le réflexe de vomir ou de respirer ou de quoi que ce soit donc le cœur il s'arrête » (P5) ; « Ben c'est le cœur qui s'arrête quoi. Enfin un malaise, un malaise vagal non? » (P6) ; « Si tu prends beaucoup de la cocaïne ou de l'héro, tu peux faire un infarctus de cœur [...] Tu peux tomber dans les pommes et tu peux mourir » (P8) ; « c'est quand le corps ça y est il est arrivé à sa capacité limite ou que le produit est trop fort, que quelqu'un l'a pas supporté [...] le cœur il s'arrête, il s'emballe, bam » (P13) ; « Trop de produit pour le corps » (P14) D) 2. Facteurs de risque d'overdose a) Consommation trop importante La quasi-totalité des sujets interrogés citent le fait de consommer une dose plus 46 importante, ou un produit plus pur qu'habituellement, comme étant un facteur de risque majeur d'overdose : « admettons on est en manque et qu'on prend une dose qui est plus importante que celle de d'habitude » (P2) ; « si tu changes de dealer par exemple, tu peux passer d'une drogue plus pure à une drogue impure ou le contraire [...] tu vas vouloir prendre une grosse trace sauf que c'est de la pure et tu te tapes une overdose, parce que ton corps il est pas habitué à une aussi grosse quantité » (P5) ; « la surconsommation non? » (P6) ; « Surdose déjà, en prendre trop » (P7) ; « un type qui prend de la merde et d'un coup qui prend du bon il peut faire un truc » (P9) ; « Quand on en prend trop » (P10) ; « plus le temps dure, plus on consomme, plus on met de produit, les doses augmentent donc voilà au bout d'un moment on arrive à la surdose » (P11) ; « ils en prennent trop, après on risque de faire une overdose » (P12) ; « la qualité de la drogue » (P13) ; « La surconsommation » (P14) ; « C'est une trop grosse prise de drogues [...] Pour moi c'est ça, c'est un abus de stupéfiants » (P15) b) Type de substance et mode de consommation Pour quelques patients, le risque d'overdose dépend surtout de la substance et du mode de consommation. L'héroïne est identifiée comme pourvoyeuse d'overdose, mais pour certains, le danger existe uniquement en cas de consommation par injection : « c'est l'héro, pour moi y a qu'avec ça qu'on peut faire une overdose, et avec la seringue en plus » (P4) ; « les héroïnomanes, les gens qui se piquent » (P6) c) Polyintoxication Comme la surconsommation, les mélanges sont cités par la plupart des patients comme favorisant le risque d'overdose, qu'il s'agisse d'autres substances illicites, d'alcool ou de médicaments.
28,566
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French-Science-Pile
Open Science
Various open science
2,023
Étude des mécanismes moléculaires responsables de maladies dues à des expansions de répétitions situées dans des régions du génome dites « non-codantes ». Sciences agricoles. Université de Strasbourg, 2022. Français. &#x27E8;NNT : 2022STRAJ049&#x27E9;. &#x27E8;tel-04127625&#x27E9;
None
French
Spoken
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Concernant la SLA/DFT due à une expansion de répétitions GGGGCC dans le gène C9ORF72, plusieurs essais cliniques utilisant un ASO dégradant l’ARN sens contenant les répétitions sont en cours (NCT03626012). Nous avons montré que la protéine polyGP était principalement codée par l’ARN antisens composé de répétitions CCCCGG, qui n’est pas ciblée dans ces essais. L’initiation de la traduction de la protéine polyGP ayant lieu en amont des répétitions, cette protéine possède une séquence N-terminale particulière qui pourrait alors être ciblée par -143- un ASO. Nous pourrions tester cette stratégie dans nos souris injectées avec un virus AAV/PHP.eB codant pour la protéine polyGP. 3.2. Thérapie par molécules activant l’autophagie De nombreuses pathologies, telles que la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, les maladies à polyQ, les maladies à polyG, la SLA, la DFT etc. sont des protéinopathies, c’est-àdire des maladies caractérisées par l’accumulation de protéines sous forme d’agrégats. Ces inclusions protéiques sont sensibles à l’autophagie, suggérant que la stimulation de ce processus de dégradation pourrait être une piste thérapeutique intéressante. Nous avons montré que l’expression des protéines DPR polyGA et polyGP, et de la protéine uN2CpolyG, est diminuée après stimulation de l’autophagie avec la torine, un inhibiteur de mTOR, et avec la fluphénazine, la chlorpromazine et la prométhazine, des composés approuvés par la FDA mais avec une forte action neuroleptique. Il serait intéressant de tester si ces molécules améliorent le phénotype locomoteur des souris exprimant les proté DPR polyGA et polyGP ou uN2CpolyG. Néanmoins, leur utilisation en clinique reste compliquée puisque ces composés présentent un fort effet sédatif. DISCUSSION - CHAPITRE 4 Mécanismes de traduction des répétitions 4. MECANISMES DE TRADUCTION DES REPETITIONS Ma thèse a porté sur l’étude des mécanismes de toxicité dans différentes maladies à expansion de répétitions, la SLA/DFT, NIID et OPDM2, et notamment sur la traduction de ces répétitions. En effet, nous avons montré que les expansions de répétitions GGGGCC situées dans le premier intron du gène C9ORF72 et CGG dans les régions 5’UTR des gènes NOTCH2NLC et GIPC1, bien que situées dans des régions décrites comme « non-codantes », sont traduites en protéines DPR polyGA et polyGP dans la SLA ; et en protéines composées de polyGlycine dans NIID et l’OPDM2. 4.1. Mécanisme de traduction des protéines DPR dans la SLA/DFT L’expansion de répétitions GGGGCC dans le gène C9ORF72 peut être traduite en 5 protéines DPR différentes selon le cadre de lecture ouvert : les protéines polyGA et polyGR à partir de l’ARN sens ; les protéines polyPA et polyPR à partir de l’ARN antisens et ; la protéine polyGP pouvant être traduite à partir de 2 ARN. Néanmoins, ces protéines ne sont pas retrouvées en abondance égale chez les patients. En effet, la protéine polyGA est la protéine la plus largement retrouvée, suivie des protéines de polyGP, de polyGR, de polyPA puis de polyPR (Mackenzie et al., 2013). Nous avons montré que l’initiation de la traduction de la protéine polyGA avait lieu à un codon CTG situé en amont des répétitions GGGGCC, un résultat confirmé par plusieurs autres études (Green et al., 2017 ; Sonobe et al., 2018 ; Tabet et al., 2018 ; Almeida et al., 2019 ; Sonobe et al., 2021). La protéine polyGP est la seule protéine DPR pouvant être générée à partir de l’ARN sens composé de répétitions GGGGCC et de l’ARN antisens CCCCGG. Il a tout d’abord été montré que cette protéine polyGP était produite via un changement du cadre de lecture ouvert du ribosome passant du cadre de lecture Glycine-Alanine au cadre de lecture Glycine-Proline à partir de l’ARN sens ; suggérant que la protéine polyGP était, elle aussi, traduite à partir du codon CTG (Tabet et al., 2018). De même, l’utilisation d’un ASO dirigé contre l’ARN sens en neurones différenciés à partir de cellules iPS de patients C9-SLA/DFT et en modèle murin transgénique exprimant les répétitions de nucléotides GGGGCC conduit à une diminution de l’expression de la protéine polyGP, suggérant donc que cette protéine est codée à partir de l’ARN sens (Gendron et al., 2017). Néanmoins, la délétion de ce codon CTG dans des cellules -145- iPS de patients C9-SLA/DFT ne conduit pas à une diminution d’expression de la protéine polyGP, suggérant donc que cette protéine n’est pas traduite à partir de ce codon CTG par changement du cadre de lecture (Almeida et al., 2019). De plus, le développement d’anticorps dirigés contre les régions -terminales putatives des protéines polyGP traduites soit à partir de l’ARN sens, soit à partir de l’ARN antisens a permis de déterminer que cette protéine polyGP est majoritairement traduite à partir de l’ARN antisens (Zu et al., 2013), ce qui est en accord avec notre travail. En effet, nous avons montré que la protéine polyGP était traduite à partir de l’ARN antisens grâce à un codon ATG situé en amont des répétitions CCCCGG. Enfin, nous supposons que l’initiation de la traduction de la protéine DPR polyGR a lieu à un codon AGG situé, lui aussi, en amont des répétitions. Des études ont reporté un mécanisme de traduction « RAN » des expansions de répétitions GGGGCC du gène C9ORF72. En effet, il a été montré que les répétitions sens GGGGCC et antisens CCCCGG étaient traduites en protéines composées de polyGA, polyGP, polyGR, polyPA et polyPR en culture cellulaire (Ash et al., 2013 ; Gendron et al., 2013 ; Mori et al., 2013a ; Zu et al., 2013). Néanmoins, une de ces études a montré que l’ARN sens était principalement traduit en protéine polyGA et suggérait une initiation de la traduction en amont des répétitions (Mori et al., 2013a). Le développement d’anticorps contre ces 5 protéines et l’analyse de tissus de patients C9-SLA/DFT a permis de confirmer leur présence dans le système nerveux central chez les patients, notamment dans l’hippocampe et rarement dans les cortex moteurs et temporaux ainsi que dans la moelle épinière (Gendron et al., 2013 ; Zu et al., 2013). Par la suite, des études histopathologiques complémentaires sur des patients C9SLA/DFT ont permis d’affiner ces premiers résultats, notamment sur l’abondance relative de ces protéines DPR ainsi que leurs zones d’expression. En effet, les protéines polyGA et polyGP sont les 2 protéines DPR les plus fréquemment observées, principalement dans les cortex frontaux, temporaux et dans le cervelet et très rarement dans la moelle épinière (Mackenzie et al., 2015). Il est à noter que les 2 protéines DPR les plus fortement exprimées chez les patients sont celles où nous avons déterminé une initiation canonique de la traduction. L’ensemble de ces résultats suggèrent donc que 2 protéines DPR peuvent être traduites via un mécanisme de traduction classique partir d’un codon ATG, ou ressemblant à un ATG, situé en amont des expansions de répétitions. Mécanisme de traduction des protéines à polyG Concernant les maladies à polyG, il est maintenant admis que, dans FXTAS, la traduction des expansions de répétitions CGG se fait principalement dans le cadre de lecture glycine, générant une protéine appelée FMRpolyG. L’initiation de la traduction se fait en amont des répétitions à un codon ACG (Kearse et al., 2017 ; Sellier et al., 2017) et ceci de manière dépendante du mécanisme de scan du ribosome (Kearse et al., 2017). D’autres protéines traduites à partir du mécanisme « RAN » et donc issues soit d’un autre cadre de lecture ouvert (polyA) soit à partir de l’ARN antisens (polyP, polyR et polyA) sont également décrites in vitro mais ne sont pas, ou très rarement observées chez les patients FXTAS (Todd et al., 2013 ; Kranz et al., 2016 ; Krans et al., 2019), soulevant la question de la relevance physiopathologique de ces protéines. De plus, l’équipe du Dr Charlet, par le développement d’un modèle murin exprimant 100 répétitions CCG mais dont la région en amont des répétitions est délétée du codon ACG (qui permet la traduction de la protéine FMRpolyG), a démontré que la présence de la protéine FMRpolyG est nécessaire au développement de la pathologie (Sellier et al., 2017). En effet, la délétion de cette région contenant l’ACG ne modifie pas le mécanisme de traduction « RAN », suggérant que les protéines issues de ce mécanisme ne sont pas suffisantes pour engendrer la maladie, contrairement à FMRpolyG. Dans la cadre de l’étude de NIID, nous avons montré que, tout comme dans FXTAS, les répétitions CGG étaient traduites dans le cadre de lecture glycine, produisant une nouvelle protéine que nous avons nommé uN2CpolyG. L’initiation de la traduction de cette protéine uN2CpolyG a lieu en amont des répétitions de nucléotides CGG à un codon canonique de l’initiation de la traduction ATG. Ce résultat a été récemment confirmé par une seconde équipe (Zhong et al., 2021). Cette protéine forme des inclusions intranucléaires en cultures primaires de neurones de souris ainsi qu’en modèle murin, résultant à une neurodégénérescence. Ces données suggèrent que l’expression de uN2CpolyG est suffisante pour récapituler les caractéristiques histopathologiques de NIID et induire cette pathologie. Lors de cette étude, nous n’avons pas observé in vitro une traduction des répétitions CGG dans un autre cadre de lecture (alanine ou arginine), suggérant que le mécanisme de traduction « RAN » n’est pas prédominant dans cette pathologie. Dans l’OPDM2, les expansions de répétitions CGG situées dans la région 5’UTR du gène GIPC1 sont elles aussi traduites en une protéine composée de polyGlycine, appelé uGIPC1polyG. Nous avons montré que, là encore, l’initiation de la traduction a lieu en amont -147- des répétitions et, tout comme dans FXTAS, à un codon ressemblant à un ATG et, dans le cas de l’OPDM2, à un codon CTG. Il est à noter que les codons CTG permettent l’initiation de la traduction de plus de 40% des uORF ; ce résultat ’est donc pas inattendu. Les symptômes et les caractéristiques histopathologiques de l’OPDM ressemblent à ceux observés dans l’OPMD, une maladie neuromusculaire due à une expansion de 2 à 8 répétitions GCG dans le gène PABPN1 qui est traduite en une protéine contenant une séquence polyA (cf Introduction 1.4.3). En effet, ces 2 pathologies sont caractérisées une faiblesse musculaire associée à un ptosis. De plus, les patients atteints d’OPDM ou d’OPMD présentent des vacuoles ainsi que des inclusions intranucléaires positives à l’ubiquitine dans leurs fibres musculaires. Afin de s’assurer que la protéine uGIPC1polyG est bien responsable des symptômes observés chez les patients OPDM, et non la protéine uGIPC1polyA qui pourrait être générée par le mécanisme de traduction « RAN », nous avons également développé des anticorps dirigés contre la protéine putative uGIPC1polyA afin de tester sa présence / son absence chez les patients OPDM. L’analyse de la séquence nucléotidique du gène LRP12, dont une expansion de répétitions CGG est responsable de l’OPMD1, révèle la présence de codons CTG et ACG en amont des répétitions pouvant peut-être permettre une initiation de la traduction dans le cadre de lecture glycine (Figure 65A). De plus, un codon ATG se trouve dans le cadre de lecture arginine et, ce cadre de lecture ouvert permet également la traduction de la protéine LRP12, suggérant qu’une protéine LRP12 avec une séquence N-terminale plus longue et riche en arginines puisse exister (Figure 65A). Nous avons récemment pu montrer que ces protéines (à polyG et à polyR) étaient traduites à partir de l’uORF du gène LRP12 (Figure 65B). Il serait maintenant intéressant d’étudier le ratio d’initiation in vivo entre ces codons CTG et ATG afin de conclure sur une expression d’une protéine composée de polyG et / ou d’une protéine à polyR. L’OPDM1 étant caractérisée, tout comme FXTAS, NIID et l’OPDM2 par la présence d’agrégats intranucléaires, nous pouvons penser qu’une protéine à polyG traduite à partir des répétitions CGG puisse être responsable de la présence de ces inclusions. Les protéines à polyR sont connues pour être extrêmement toxiques mais, elles sont également particulièrement instables. Le développement d’anticorps dirigés contre ces protéines à polyG et à polyR, ou contre la protéine LRP12, se révèlera donc nécessaire afin de tester la présence de ces protéines chez les patients OPDM1. -148- 4.3. La traduction de régions dites « non-codantes » Dans l’OPML, les répétitions CGG pourraient être traduites en une protéine composée de polyGlycine à partir d’un ARNlnc. La traduction d’une protéine toxique à partir d’un ARNlnc n’est pas sans rappeler 2 autres maladies, SCA8 et maladie de Huntington 2 (HDL2). En effet, SCA8 est due à une expansion de 80 à 160 répétitions CAG dans le gène ATXN8, décrit comme étant transcrit en un long ARN non-codant (Ikeda et al., 2000). Le développement de modèles murins de SCA8 ainsi que l’utilisation d’anticorps dirigés contre les polyQ a permis de mettre en évidence un codon ATG situé en amont des répétitions CAG, permettant la traduction d’une protéine ATXN8-polyQ responsable de la pathologie (Moseley et al., 2006). De même, une expansion comprise entre 40 et 59 répétitions CAG dans le l’ARNlnc JPH3AS a été identifié chez les patients HDL2 (Holmes et al., 2001) et le développement d’un modèle murin de la pathologie révèle la présence la présence d’une protéine à polyQ codée à partir de cet ARN grâce à un codon AUG situé en amont des répétitions qui était, jusque-là, décrit comme noncodant (Wilburn et al., 2011). La traduction d’expansions de répétitions localisées dans des régions dites non-codantes pourrait se révéler plus courante qu’initialement pensée dans les maladies à expansion de répétitions. En effet, dans SCA12, une expansion d’une centaine de répétitions CAG a été décrite dans le gène PPP2R2B (Holmes et al., 1999). Les patients SCA12 ne présentent pas d’agrégats de protéines composées de polyGlutamine, suggérant que SCA12 n’est pas une maladie à polyQ (O'Hearn et al., 2015). Bien que la cause de toxicité de cette expansion soit encore discutée, la présence d’agrégats intranucléaires dans les cellules de Purkinje ainsi que la présence d’un codon ATG dans le cadre de lecture sérine pourrait laisser penser à une accumulation toxique d’une protéine composée de polyS. Récemment, il a été démontré que des protéines composées de polyGP étaient retrouvées dans une autre pathologie, l’ataxie spinocérébelleuse de type 36 (SCA36). Cette maladie est causée par une expansion de répétitions GGGCCT située dans le premier intron du gène NOP56 (Kobayashi et al., 2011 ; García-Murias et al., 2012). Il est à noter que la séquence nucléotidique de cette expansion, ainsi que sa localisation, rappellent l’expansion GGGGCC intronique du gène C9ORF72. Cette expansion GGGCCT peut putativement encoder 5 protéines DPR : polyWA, polyGL, polyPR, polyAQ et polyGP. Le développement d’un modèle murin exprimant l’expansion de répétitions GGGCCT présente des foci d’ARN sens et antisens et les protéines DPR polyWA, polyGL, polyPR et polyGP sont détectées (Todd et al., 2020) ; ce qui -150- rappelle fortement qui est observé dans les modèles murins de SLA exprimant des répétitions GGGGCC (O’Rourke et al., 2015 ; Peters et al., 2015 ; Jiang et al., 2016 ; Liu et al., 2016b). Néanmoins, le développement d’anticorps dirigés contre ces protéines DPR et leur utilisation dans des fibroblastes de patients ainsi que sur des lames de cerveau de patients SCA36 révèle une présence majoritaire de la protéine polyGP sous forme soluble (McEachin et al., 2020). De manière intéressante, l’expansion de répétitions GGGCCT altère l’épissage de l’ARN de NOP56, conduisant à la rétention de l’intron porteur des répétitions, qui se retrouve alors dans la phase codante. En effet, le codon d’initiation de la traduction ATG de la protéine NOP56 permet la traduction des répétitions GGGCCT dans le cadre de lecture Glycine-Proline (McEachin et al., 2020). La présence de la protéine polyGP dans 2 pathologies, C9-SLA/DFT et SCA36, peut suggérer un mécanisme de toxicité similaire de cette protéine. L’ensemble de ces études mettent en évidence que la majeure partie de ces expansions de répétitions sont traduites par un mécanisme canonique de l’initiation de la traduction. Il est important de noter que l’initiation de la traduction à ces codons ressemblant à des ATG, ACG et CTG, ou ATG est indépendante de la taille des répétitions (Kearse et al., 2017 ; Sellier et al., 2017 ; Zhong et al., 2021). Cependant, avec un faible nombre de répétitions, ces protéines sont petites, instables et donc difficiles à détecter. Ces données suggèrent que de nombreuses expansions de répétitions, bien que situées dans des régions dites non-codantes du génome, pouvant être traduites grâce à des codons ATG ou ressemblant à des ATG, et ceci d’autant plus que la majorité des gènes contiennent des u initiant à des codons ressemblant à des ATG (Ingolia et al., 2011). Nous n’avons pas observé de traduction « RAN » lors de nos études sur ces différentes pathologies à expansion de répétitions. Ce mécanisme de traduction reste, à l’heure actuelle, mal décrit ; il s’agirait d’une initiation de la traduction se produisant dans les répétitions grâce à des structures secondaires d’ARN formées par les répétitions (Zu et al., 2011). Il est à noter que dans de nombreuses études portant sur la traduction « RAN », les codons permettant l’initiation de la protéine majoritairement retrouvée chez les patients sont retirés de la séquence naturelle. Par exemple, dans l’étude originelle démontrant la traduction « RAN », le codon ATG permettant la traduction de la protéine ATXN8-polyQ a été supprimé, ce qui a permis la détection de protéines à polyS et à polyA, suggérant que la traduction a lieu dans tous les cadres de lecture possibles (Zu et al., 2011). De manière similaire, dans HD, toutes les protéines possiblement traduites à partir des expansions de répétitions sens CAG, mais -151- également antisens CTG, à savoir polyQ, polyA, polyS, polyL et polyC, sont détectées (BañezCoronel et al., 2015) mais, ces travaux sont réalisés à partir de constructions plasmidiques artificielles où les expansions de répétitions sont dénuées de leur séquence naturelle environnante. Nous pouvons donc nous demander si les vecteurs utilisés sont bien dépourvus de tous codon ATG et / ou codons ressemblant à des ATG comme les codons CTG, GTG, ACG, etc. permettant l’initiation de la traduction. A ce sujet, il est intéressant de noter que certaines des expansions de répétitions traduites par le mécanisme « RAN » sont composées de codons CTG : CCTG dans le gène CNBP dans la DM2 (Zu et al., 2017) et ; CTG dans la séquence antisens de la HTT dans HD (Bañez-Coronel et al., 2015). Or, il est connu que les codons CTG sont capables d’initier la traduction (Ingolia et al., 2011) ; comme observé pour traduction de la protéine polyGA dans C9-SLA/DFT ou uGIPC1polyG dans l’OPDM2. De plus, il est intéressant de noter que seules les protéines à polyA, qui sont détectées dans SCA8, FXTAS et HD, migrent sous forme de traînée, suggérant que l’initiation de la traduction n’a pas lieu à un codon unique (Zu et al., 2011 ; Todd et al., 2013 ; Bañez-Coronel et al., 2015). Néanmoins, nous avons montré que l’expression d’une protéine à polyA traduite grâce à un codon ATG situé en amont des répétitions CGG migre sous la forme d’une traînée, suggérant que les protéines à polyA ont un profil de migration anormal (Figure 66). Enfin, les autres protéines issues de la traduction « RAN » détectées dans différentes pathologies causées par des expansions de répétitions comme les protéines DPR issues des expansions GGGGCC du gène C9ORF72 dans la SLA/DFT (Zu et al., 2013), ou encore pour les protéines polyLPAC et polyQAGR identifiées dans la DM2 (Zu et al., 2017) migrent à des tailles uniques. Ces résultats suggèrent donc que l’initiation de la traduction a lieu à un codon défini. DISCUSSION - CHAPITRE 5 Conclusion 5. CONCLUSION Ce travail de thèse a permis de clarifier le mécanisme de toxicité des expansions CGG situées dans les régions 5’UTR des gènes NOTCH2NLC et GIPC1, responsables de NIID et de l’OPDM2 respectivement. Nous avons montré que ces répétitions étaient traduites en protéines composées de polyGlycine, responsables de la formation des inclusions intranucléaires caractéristiques de ces maladies et toxiques en modèles cellulaires et / ou murins. Ces résultats permettent ainsi de définir une nouvelle classe de maladie gén humaine, les maladies à polyG, comportant actuellement 3 pathologies : FXTAS, NIID et OPDM2/3. En parallèle, nous avons pu montrer que des expansions de répétitions GGGGCC situées dans la région intronique du gène C9ORF72, responsables de la SLA/DFT, sont, elles aussi traduites en protéines DPR de type polyGA à partir de l’ARN sens composé de répétitions GGGGCC et de type polyGP à partir de l’ARN antisens composé de répétitions CCCCGG. Ces protéines DPR sont faiblement exprimées et instables car elles sont constamment dégradées par autophagie. Or, l’expansion de répétitions GGGGCC conduit à haploinsuffisance de la protéine C9ORF72, qui est impliquée dans l’autophagie. La diminution d’expression de C9ORF72 conduit à une autophagie sous-optimale et, donc, à une accumulation et à une plus forte toxicité de ces protéines polyGA et polyGP en modèle cellulaire. L’expansion de répétitions GGGGCC serait donc toxique via 2 mécanismes : une sous-expression de la protéine C9ORF72 augmentant la toxicité des protéines DPR, pouvant peut-être expliquer la mort neuronale observée chez les patients atteints de SLA/DFT. Enfin, lors de l’étude de la traduction de ces différentes protéines (uN2CpolyG, uGIPC1polyG, polyGA et polyGP), nous n’avons pas observé de traduction par le mécanisme « RAN ». En effet, dans nos études, l’initiation de la traduction de ces protéines a lieu systématiquement en amont des répétitions, soit à un codon ATG pour les protéines uN2CpolyG et polyGP, soit à un codon CTG qui permet l’initiation de la traduction par mésappariement avec l’ARNt initiateur, pour les protéines uGIPC1 et polyGA. En conclusion, ces données suggèrent que, bien que situées dans des régions dites « non-codantes », certaines expansions de répétitions peuvent tout de même être traduites en protéines toxiques, et ce, grâce à un mécanisme canonique de l’initiation de la traduction. -154- REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES Références bibliographiques A Aartsma-Rus A. FDA Approval of Nusinersen for Spinal Muscular Atrophy Makes 2016 the Year of Splice Modulating Oligonucleotides. Nucleic Acid Ther. 2017 Apr;27(2):67-69. doi: 10.1089/nat.2017.0665. Epub 2017 Feb 21. PMID: 28346110. Almeida S, Gascon E, Tran H, Chou HJ, Gendron TF, Degroot S, Tapper AR, Sellier C, CharletBerguerand N, Karydas A, Seeley WW, Boxer AL, Petrucelli L, Miller BL, Gao FB. Modeling key pathological features of frontotemporal dementia with C9ORF72 repeat expansion in iPSC-derived human neurons. Acta Neuropathol. 2013 Sep;126(3):385-99. doi: 10.1007/s00401-013-1149-y. Epub 2013 Jul 9. Erratum in: Acta Neuropathol. 2014 Jun;127(6):941. 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French-Science-Pile
Open Science
Various open science
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Levés de terrain pour la modélisation géologique : illustration de leur efficacité. 11èmes journées nationales de géotechnique et de géologie de l’ingénieur, Institut National des Sciences Appliquées de Lyon [INSA Lyon], CFMS, CFMR, CFGI, Jun 2022, Lyon, France. &#x27E8;hal-03720255&#x27E9;
None
French
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Levés de terrain pour la modélisation géologique : illustration de leur efficacité Johan Kasperski, Cédric Gaillard . . LEVÉS DE TERRAIN POUR LA MODÉLISATION GÉOLOGIQUE : ILLUSTRATION DE LEUR EFFICACITÉ GEOLOGICAL FIELDWORK ARE QUICK AND EFFECTIVE FOR MODELLING: FEEDBACK OF AN EXAMPLE IN PYRENEES. Johan KASPERSKI1, Cédric GAILLARD1 1 Centre d’étude des tunnel s (CETU), Bron, France RÉ SUMÉ – Dans le cadre d'un projet de tunnel, plusieurs types de reconnaissances ont été successivement mises en œuvre en commençant par une campagne de levés de terrains. Préparatifs à cette campagne, bibliographie et étude photo-interprétative ont guidé le degré d'approfondissement des parcours de terrain. Basés sur l'exploitation des levés de terrains recueillis, les premiers modèles interprétatifs élaborés ont souligné trois singularités géologiques eures qui ont guidé la définition et la gradation des autres reconnaissances géophysiques et par sondages. Confrontés à ces derniers résultats, la robustesse des premiers modèles géologiques basés sur les levés de terrain est confirmée. ABSTRACT – In order to design a tunnel, several types of reconnaissance were successively realized, starting from outcrops surveys. Bibliography and photointerpretative study have been carried as preparations for this fieldwork campaign. These preparation phases guided how deep the fieldwork should be. Based on the use of these outcrop surveys, the first interpretative models developed highlighted three major geological peculiarities which guided the definition and gradation of other geophysical and core boring. Considering these latest results, the robustness of the first geological models based on field surveys is confirmed. 1. Introduction L’apparition de la géologie de l’ingénieur (Goguel, 1967) a consacré l’importance des levés de terrain avec une devise qui traverse les générations de géologues : «observer, analyser, comprendre, modéliser». Le terrain révèle nombre de ses secrets à qui sait le lire. Il faut pour cela le parcourir pour en découvrir les structures (McClay, 1987, Lisle, 2004) et ce parcours nécessite d’être préparé avec toutes les données bibliographiques disponibles et notamment avec une étude photo-interprétative poussée (LCPC 1999). L’importance des levés de terrain est partagée au sein de toute la communauté géotechnicienne, leur valorisation dans les projets de génie civil est renouvelée avec notamment un cadre pour leur enregistrement afin que les informations recueillies soient transmises au fur et à mesure des étapes des projets (CETU, 2021). D’abord ébauches conceptuelles basées sur les éléments bibliographiques existants, les premiers modèles géologiques deviennent interprétatifs avec les informations disponibles sur le terrain tels la géomorphologie, les affleurements, les indices d’anomalie ou de présence d’eau (Boulvain, 2011). L’élaboration de ces modèles initiaux s’accompagne d’une identification des incertitudes, elles-mêmes précisées dans leurs extensions et positionnements (AFTES, ). En mettant ainsi en évidence les incertitudes, ces modèles initiaux permettent de flécher et de hiérarchiser précisément les reconnaissances ultérieures. C’est l’ensemble de cette démarche qui a été mise en œuvre dans le cadre du projet de tunnel sur la déviation de Tarascon-sur-Ariège. La présente communication se focalise 1 11emes Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur – Lyon 2022 successivement sur la préparation des levés de terrain, leurs réalisations et les premiers modèles géologiques élaborés. Ces modèles initiaux sont comparés aux modèles suivants issus des reconnaissances plus lourdes réalisées à leur suite. Les résultats de ces dernières reconnaissances sont synthétisés pour flécher leurs apports par rapport aux levés de terrain. Dans une dernière partie, les coûts des reconnaissances sont discutés au regard de leurs apports dans les différentes phases du projet. 2. Projet de tunnel de Qui é Porté par la DREAL Occitanie, le projet de déviation de Tarascon-sur-Ariège a débuté il y a plus de 30 ans sous forme principalement de tranchées. Au fil du temps et des décisions, les tranchées ont cédé la place à des tranchées couvertes puis des tunnels. Aujourd’hui, le projet de déviation (Fig. 1) est constitué pour sa plus grande partie d’un tunnel de plus d’un kilomètre de longueur. Trois variantes ont été étudiées dont les tracés ont été guidés justement par les modèles géologiques initiaux. Figure 1 : Carte de localisation du tunnel de Quié 3. Levés de terrain : préparation, réalisation, modélisation 3.1. Bibliographie Deux cartes géologiques du BRGM couvrent le secteur d’étude (Foix, 1988 et Vicdessos, 1969). D’après ces cartes et les notices associées, le bassin de Tarascon-sur-Ariège possède une structure géologique très complexe. Plusieurs phases tectoniques (jusqu’à quatre) ont affecté les terrains de couvertures tertiaires et secondaires avec des structures régionales plissées pluri-hectométriques adoptant des directions de plis non parallèles et pouvant être jusqu’à orthogonales. Pour le secteur intéressant le projet de tunnel (Fig. 2), la structure géologique déduite de ces cartes BRGM est synthétisée du nord au sud avec :  une discontinuité régionale de direction N85° (F*1a) met en contact les terrains albiens n7a et aptiens n6b ;  les terrains aptiens n6b adossés au versant sud de la faille F*1a semblent pincés sur le tracé du tunnel, sans prolongement vers l’Ouest ;  un accident régional prend place dans le secteur « Balières », à la faveur des terrains triasiques t7-9. Les deux failles F*2a et F*3a recensées par le BRGM bordent ces terrains triasiques. Il est ainsi considéré que c’est l’ensemble de ces terrains triasiques qui a joué le rôle de faille lors des mouvements tectoniques ; emes Journées Nationales de Géotechnique et de ologie de l Ingénieur Lyon 2022  des pointements d’ophite sont accolés à des accidents (F*2c, F*7c), rendant possible la rencontre de ces terrains à la faveur des failles F*2a et F*3a ;  une faille F*4 propose une explication de la mise en contact des terrains barrémiens n4 et aptiens n5 au sud du piton de Quié, sur base de la vaste dépression synclinale laquelle elle est centrée dans les terrains karstiques du Barrémien ;  un secteur sud du tracé avec des formations superficielles (éboulis de pente El et alluvions fluvioglaciaires FGy) qui masquent les formations sous-jacentes dont l’interprétation est délicate. Des articles scientifiques ont apporté également des informations précieuses et aidé la lecture géomorphologique du secteur d’étude. C’est le cas de l’histoire des glaciations quaternaires développée dans un article un peu ancien de F. Taillefer, 1977 “Le glacier de l’Ariège dans le bassin de Tarascon” ou une référence plus récente M. Delmas & al., 2012, “Les glaciations quaternaires dans les Pyrénées ariégeoises : approche historiographique, données paléogéographiques et chronologiques nouvelles”. L’examen et l’analyse de toutes références bibliographiques se sont révélés capitaux pour l’appropriation du contexte et la préparation des parcours de terrain lors des levés. Identifiés et avec des connaissances déjà bien dégrossies, les secteurs les plus sensibles ont pu ainsi être identifiés comme devant faire l’objet d’un temps d’analyse approfondi. Figure 2 : Carte géologique harmonisée du BRGM sur le secteur d’étude (a) et carte géologique du projet avec représentation des parcours de terrain et points d’observation (b) 3.2. Photo-interprétation et MNT LiDAR Ces deux sources de données ont chacune leurs intérêts propres :  les photographies aériennes d’archives de l’IGN sont particulièrement riches en informations et leur vision stéréographique plonge le géologue en immersion dans le terrain qu’il va parcourir. Ces images d’archives offrent parfois des points de vue aux éclairages rasants que l’on ne retrouve plus dans les photographies aériennes contemporaines, mettant en valeur des détails minimes de la topographie.  le MNT LiDAR permet d’obtenir une représentation numérique du terrain avec plus de 10 points/m2. Le nuage de points, filtré de la végétation, permet de réaliser une maquette topographique interpolée de laquelle des courbes de niveaux métriques à 3 emes Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur Lyon inframétiques peuvent être extraites. L’interprétation de ces courbes de niveau est un premier moyen géomorphologique d’exploitation de ces données. Les photographies aériennes ont permis l’identification des linéaments et autres échancrures topographiques qui signent des découpages structuraux (failles?) et renseignent sur les discontinuités en grand dans le massif. 258 indices photo-interprétatifs ont été relevés dans la zone proche du tunnel. Une quarantaine de gros blocs plurimétriques éboulés sont facilement observables sur les images d’archives avec une végétation bien moins développée qu’aujourd’hui. Ces observations ont été facilement reportés dans le SIG du projet via les données LiDAR naturellement géolocalisées. Ces données LiDAR sont également suffisamment denses et précises pour confirmer également la localisation de glissements de terrain dans plusieurs secteurs (tête Nord et Balières, Cf. Fig. 2a). Figure 3 : image aérienne IGN de 1951 (a), indices photo-interprétatifs (b) Il ressort de cette étape de préparation l'identification de trois singularités géologiques au sein d’autres contextes plus classiques et aux lithologies attendues relativement paisibles :  une zone en tête Nord avec des signes d’instabilité : présence d’un glissement?  une zone centrale correspondant à une zone de faille régionale dans des terrains triasiques, recouverts d’éboulis et de terrains fluvio-glaciaires ;  une zone sud, en bordure de falaise barrémienne, recouverte d’éboulis à la morphologie suspecte dans un contexte de vallée glaciaire. 3.3. Réalisation des levés de terrain Onze jours ont été consacrés à la réalisation des levés de terrain. Ces levés représentent 150 points d’observation qui ont été enregistrés sous forme de fiches géolocalisées. Lors des parcours de terrain (Fig. 2b), l’emploi d’un GPS a permis de représenter les chemins parcourus de manière dissociée des points d’observation. Par cette représentation supplémentaire, on flèche non seulement les zones qui ont fait l’objet de levés mais également les zones qui n’ont pas été reconnues, souvent car inaccessibles. Les points d’observations sont de quatre types : des panoramas qui permettent de comprendre et d’illustrer la mise en place des terrains (Fig. 4), des affleurements qui alimentent les données structurales par des levés de discontinuités multiples, des sources qui informent sur l’activité hydrogéologique de surface et des avoisinants dont la prise en compte est capitale lors de la réalisation des travaux. Les points d’observation ont tous fait l’objet d’une fiche particulière. Ce format a permis d’établir un livret récapitulatif mais également d’attacher ces informations à une couche dédiée par hyperlien dans le SIG du projet, rendant son accessibilité directe pour tous les concepteurs. Figure 4 : panorama du secteur Sud avec une butte déconnectée de la falaise. Géomorphologie d’un sillon glaciaire? Les panoramas éclairent sur la configuration des terrains telle que projetée sur les premiers modèles géologiques établis sur base des données bibliographiques. Les affleurements permettent d’illustrer les lithologies rencontrées et de les préciser par rapport aux éléments préparatoires. Ces premières données directes permettent de qualifier la matrice rocheuse, les discontinuités et le massif rocheux au sens du GT1R1F1 de l’AFTES. Les levés de discontinuités ont été réalisés à la volée (Fig. 5) et fournissent dès leur mesure des premières ébauches de stéréogrammes pour identifier les différentes familles. Figure 5 : Levé de discontinuités sur affleurement rocheux dans les terrains marneux albien n5a. 4. Robustesse du modèle géologique initial confirmée par les sondages Les levés de terrain ont mené à des interprétations géologiques confirmant les indices et les éléments obtenus pour leur préparation. Des coupes de principe ont ainsi été établies directement qui reflètent la connaissance juste au moment de la réalisation de ces levés. C’est cette connaissance qui nous intéresse ici, en ce qu’elle est déterminante pour la direction donnée pour les reconnaissances plus lourdes qui suivent. Loin d’une démarche systématique, la définition des campagnes géophysiques et des sondages est basée sur la recherche d’une diminution des incertitudes et donc sur un premier modèle géologique. C’est ce que nous illustrons dans la suite de l’article en faisant le grand écart entre les ébauches de modèles géologiques établies sur le terrain (les figures sont issues de schémas de carnet de terrain) avec le modèle géologique final représentant également les reconnaissances par géophysique et sondages entreprises entretemps. 4.1. Paléo-glissement en tête Nord Au Nord du secteur d’étude, les indices de glissement détectés en photo-interprétation, LiDAR et lors des levés terrain ont orienté le modèle initial (Fig. 6a) vers un glissement de versant ancien dans les formations marneuses. Son existence et son extension devaient être connues pour la conception du tunnel. L’implantation adéquate d’un profil de sismique 5 11emes Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur – Lyon 2022 réfraction puis de sondages carottés, deux verticaux et un incliné, ont permis de localiser précisément la position de ces masses glissées aux abords du tunnel projeté (Fig. 6b). Ces investigations ont donc bien confirmé l’hypothèse émise lors de la première interprétation géologique effectuée à l’issue des levés de terrain. Figure 6 : Modèles géologiques initial (a) et final (b) (tête Nord) d’un ancien glissement (n7a). 4.2. Une zone centrale siège d’une histoire géologique complexe Figure 7 : Phase d’explication du modèle initial (a) et modèle final (b) dans le secteur Balières. Le secteur de Balières au centre du secteur d’étude est caractérisé aux premiers regards de la carte géologique du BRGM par des terrains triasiques et des failles régionales associées. La préparation et le parcours du terrain ont aussi amené à considérer l’histoire glaciaire de la vallée de l’Ariège et ses affluents pour élaborer un modèle initial sur ce secteur. Les indices de blocs erratiques, de corps d’éboulis de blocométrie différente, croisés à la géomorphologie du secteur orientent l’interprétation vers la présence d’un glacier transversal à la vallée de l’Ariège. Celui-ci a pu surcreuser la pincée de terrains triasiques peu compétents et délimitées par des failles F*2a et F*3a (Fig 7a). Pour éprouver cette hypothèse, des profils de sismique réfraction ont été définis. Ceux-ci ont confirmé la présence de grands ensembles distincts caractérisés par des vitesses sismiques bien contrastées. L’hypothèse étant ainsi confortée, quatre sondages implantés en éventail ont validé ce scénario en apportant son lot de précisions autour et au droit du tunnel (Fig 7b) : une auge glaciaire remplie d’éboulis, des sillons glaciaires incisant les terrains triasiques dolomitiques, la position des failles puis la présence de vides dans les terrains triasiques gypseux. Sans l’établissement du premier modèle, le programme des reconnaissances n’aurait pu être aussi pertinent dans ses implantations. 4.3. Morphologie suspecte masquant un sillon glaciaire Le secteur sud du projet possède une géomorphologie particulière avec une butte indurée (marnes noires) qui se détache de la falaise barrémienne lorsque l’on regarde la vallée de l’Ariège de manière transversale (Fig. 4, Fig. 8a). Sur site, le pied de l’imposant massif calcaire est recouvert d’éboulis masquant les terrains sous-jacents. L’histoire glaciaire de la puissante vallée de l’Ariège guide l’interprétation vers la présence d’un sillon glaciaire en rive gauche de la vallée pour pouvoir expliquer cette géomorphologie singulière. De plus, par sa morphologie et sa topographie, la partie nord de la butte a été initialement interprétée comme un placage fluvio-glaciaire. Ce placage a été facilement invalidé par de premiers profils de sismiques réfractions montrant au contraire une homogénéité du massif marneux constituant la butte. Dans la zone suspectée comme sillon glaciaire, d’autres profils sismiques ont fléché des anomalies de vitesse sous l’imposant cône d’éboulis, sans pour autant confirmer la présence d’un sillon glaciaire. Les profondeurs investiguées en sismique réfraction étant limitées, il demeurait possible qu’un tel sillon prenne place sous les éboulis. C’est ce qu’ont finalement confirmé les sondages carottés subhorizontaux et inclinés, tous implantés en direction du tunnel projeté. La présence et les bords latéraux de ce sillon ont ainsi été reconnus, sans plus de connaissance sur sa profondeur, sans impact pour le tunnel (Fig. 8b). L’implantation fine des reconnaissances (direction des profils géophysiques et orientation en azimut et en inclinaison des ges) n’aurait pu être aussi perspicace sans les hypothèses avancées dans le modèle initial. Figure 8 : modèle initial (a) et final (b) en partie Sud avec présence d’un sillon glaciaire. 5. Discussion sur les méthodes et leurs apports 5.1. Efficacité des levés de terrain pour définition des modèles Les levés de terrain nécessitent peu de moyens et sont rapidement mis en œuvre. Pour le tunnel de Quié, à leur issue nous avons été capables d’établir un modèle géologique initial consolidé avec suspicion de trois singularités géologiques. Ces singularités demandaient à être confirmées dans leurs existences et leurs dimensions le cas échéant. En tête Nord, les indices géomorphologiques ont été confirmés par la rencontre du plan de glissement dans le sondage carotté incliné. L’implantation et la profondeur de ce sondage ont été guidées par la présence de contrastes de vitesses sismiques. Dans le secteur Balières, la faille F*2a génère un contraste de vitesse sismique, elle est confirmée et localisée finement avec les sondages. La complexité du corps du secteur Balières a été encore plus démontrée avec présence de terrains fluvio-glaciaires en contraste latéral avec des éboulis puis des terrains triasiques très hétérogènes eux-mêmes vraisemblablement affectés de sillons glaciaires transverses à l’Ariège. Enfin le sillon glaciaire n’a pas été confirmé par les acquisitions sismiques mais il l’a été par les sondages qui ont traversé 7 11emes Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur – Lyon 2022 des terrains fluvio-glaciaires sous-jacents à des éboulis de couverture. La géomorphologie de ce secteur s’explique bien par la présence de ce sillon majeur, même si celui-ci est suffisamment recouvert d’éboulis pour qu’il ne soit pas recoupé par le projet de tunnel. 5.2. Coût, délais et ordonnancement des reconnaissances Dans le cadre de cette étude, les ordres de grandeur des coûts des différentes reconnaissances sont ici rassemblés :  50 k€ pour la réalisation des levés de terrain (150 points d’observation) incluant l’appropriation, la réalisation et l’enregistrement pour un délai total de 3 mois ;  100 k€ pour la réalisation des profils sismiques. La campagne a consisté en 18 profils totalisant 1500 m investigués. Les délais associés ont été très brefs, de deux mois entre le début de la campagne et la livraison des résultats ;  1500 k€ pour 1315 m de sondages sur 15 sondages carottés (dont une partie en SS4 pour risque de rencontre d’amiante) et deux sondages pressiométriques. Les délais associés sont de 9 mois de réalisation de sondage avec des résultats au fil de l’eau et un rapport de sondage final 18 mois après le démarrage de la campagne. Ce retour d’expérience illustre l’efficacité de la gradation dans les reconnaissances. Celles-ci débutent par les méthodes les plus légères que sont les levés de terrains qui permettent de flécher les besoins en reconnaissances plus importants. Les outils géophysiques sont précieux bien que leurs informations indirectes demandent toujours à être confirmées. Ces données géophysiques affinent les connaissances et consolident non seulement la nécessité d’avoir des reconnaissances intrusives (sondages) tout en en optimisant les emplacements et les dimensions. 6. Conclusions Ce retour d’expérience des différents types de reconnaissance illustre la pertinence de la gradation des reconnaissances et la robustesse des premiers modèles géologiques établis sur base des levés de terrain. Ceux-ci requièrent peu de moyens et des délais de mise en œuvre courts. Surtout, ils permettent de guider et définir les reconnaissances géophysiques et les sondages par l’établissement des modèles géologiques initiaux qui orientent les recherches. Les coûts associés pour chaque type de reconnaissance confirment l’efficacité de la démarche : les levés de terrain fournissent les grandes lignes des modèles, la géophysique confirme/infirme et les sondages précisent ce que l’on recherche. 7. Références bibliographiques AFTES, GT32R2F1 (2012). Caractérisation des incertitudes et des risques géologiques, hydrogéologiques et géotechniques. AFTES, GT24R3F1 (2020). Reconnaissances géologiques, hydrogéologiques et géotechniques nécessaires à la conception des ouvrages souterrains. Boulvain F. (2011). Géologie de terrain : de l’affleurement au concept. Technosup. CETU (2021). Levés géologiques et hydrogéologiques de terrain pour les ouvrages souterrains. Guide, 24 p. Goguel J. (1967). Application de la géologie aux travaux de l’ingénieur, Masson, 373 p. LCPC (1982). Reconnaissance géologique et géotechnique des tracés de routes et autoroutes. Notice d’information technique du Ministère des transports. Guide technique du LCPC. 8 11emes Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur – Lyon 2022 LCPC (1999). L'utilisation de la photo-interprétation dans l'établissement des plans de prévention des risques liés aux mouvements de terrain. Guide technique du LCPC. Lisle (2004). Geological structures & Maps: A practical guide. Elsevier. McClay (1987). Mapping of geological structures. Geological Soc.of London
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tion l' ' et au diagnostic des systèmes représentés par des multimodèles THÈSE présentée et soutenue publiquement le 6 novembre 2008 pour l'obtention du Rodolfo ORJUELA Ali Zolghadri Rapporteurs : Gildas Besançon Dominique Bonvin Maı̂tre de conférences HDR à l'INPG Professeur à l'EPFL Examinateurs : Noureddine Manamanni Didier Maquin Benoı̂t Marx José Ragot Professeur à l'Université de Reims Professeur à l'INPL (Directeur de thèse) Maı̂tre de conférences à l'INPL (Co-encadrant de thèse) Professeur à l'INPL (Co-directeur de thèse) Centre de Recherche en Automatique de Nancy UMR 7039 Nancy-Université – CNRS 2, avenue de la forêt de Haye 54516 Vandoeuvre-lès-Nancy Tél.+33 (0)3 83 59 59 59 Fax +33 (0)3 83 59 56 44 thloria. Angé Les travaux présentés dans ce mémoire ont été menés au Centre de Recherche en Automatique de Nancy (CRAN) au sein de l'équipe–projet Représentation multimodèles–Applications au diagnostic des systèmes (MUMODIA) rattachée au groupe thématique Sûreté de fonctionnement et des systèmes (SURFDIAG). Ces recherches ont bénéficié du soutien financier du Conseil Régional de Lorraine. J'ai vécu ces trois années de thèse comme une aventure passionnante. Ce temps dédié à la recherche m'a beaucoup apporté tant sur un plan scientifique que sur un plan humain. Je tiens à remercier, pour ces raisons, tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à la bonne conduite de ma thèse. Je souhaite exprimer ma plus sincère reconnaissance à Monsieur Didier Maquin et à Monsieur José Ragot qui m'ont offert la possibilité d'intégrer leur équipe de recherche. Mon estime à leur égard n'a fait que croître au fil du temps, de notre première rencontre à Paris jusqu'à présent. Je remercie également Monsieur Benoît Marx pour l'intérêt constant qu'il a porté à mes recherches. Je tiens à faire part de toute ma gratitude à ce "trio" qui m'a accordé autant de confiance et de liberté. Durant ces trois années de collaboration, la matière de nos discussions a enrichi mon savoir scientifique. 13 1.2.1 Propriétés de linéarité d'un système................... 13 1.2.2 Tests de non-linéarité d'un système................... 14 1.2.3 Mesures de la non-linéarité d'un système................ 16 Modèles de systèmes à base de blocs structurés................. 16 1.3.1 Le modèle d'Hammerstein........................ 17 1.3.2 Le modèle de Wiener........................... 17 1.3.3 Modèle de type Hammerstein-Wiener.................. 19 1.4 Modèles de systèmes par une approche multimodèle............... 21 1.5 Structures des multimodèles........................... 26 1.5.1 Multimodèle de Tak agi -Sugeno........ 30 1.5.3 Comparaison entre les multimodèles................... 34 1.5.4 Autres structures de multimodèles.................... 35 Conclusion et discussion............................. 37 1.3 1.6 Chapitre 2 Identification paramétrique d'un multimodèle découplé 2.1 Introduction.................................... v 40 Table des matières 2.2 Bref état de l'art sur l'identification par multimodèle.............. 42 2.3 Formulation du problème lié à l'identification.................. 45 2.4 Critères d'estimation............................... 47 2.4.1 Critère global............................... 48 2.4.2 Critère local..... 49 2.4.3 Critère combiné.............................. 50 Procédure d'identification paramétrique..................... 50 2.5.1 Estimation paramétrique avec un critère global............. 52 2.5.2 Estimation paramétrique avec un critère local.............. 53 2.5.3 Calcul des fonctions de sensibilité.................... 54 2.5.4 Procédure d'optimisation : algorithme.................. 54 2.5.5 Comparaison entre les modélisations à partir d'une approche globale et 2.5 d'une approche locale.......................... 56 A propos du phénomène de décrochage................. 61 Exemples d'identification............................. 64 2.6.1 S ystème non linéaire mono - entrée/mono-sortie.... 67 Conclusion et discussion............................. 70 2.5.6 2.6 2.7 Chapitre 3 Estimation d'état 3.1 74 3.2 Rappel sur les structures des multimodèles.................... 78 3.3 Stabilité des multimodèles............................ 79 3.3.1 Stabilité du multimodèle de T.S...................... 79 3.3.2 Stabilité du multimodèle découplé.................... 81 Estimation d'état basée sur un multimodèle découplé.............. 82 3.4.1 Motivations et problématique ...... ................ 82 3.4.2 Synthèse de l'observateur........................ 83 3.4.3 Amélioration des performances dynamiques de l'observateur...... 89 3.4.4 Réduction du conservatisme des conditions pour la synthèse de l'obser- 3.4 vateur à temps discret. 3.5 Synthèse d'observateur avec un multimodèle découplé modifié. 101 3.6 Observateur d'état pour un système comportant un retard sur la sortie. 104 3.6.1 vi 98 Formulation du problème . 106 3. 6.2 3.7 Synth èse de l'observateur. 107 Conclusion et contributions. 112 Chapitre 4 Estimation d'état robuste 4.1 Introduction. 116 4.2 Estimation d 'état robust e vis - à-vis des perturbations. 117 4.3 4.4 4.2. 1 Représentation multimodèle d 'un s ystème perturbé. 118 4.2.2 Synthèse d'un observateur à gain proportionnel. 119 4.2.3 Synthèse d'un observateur à gain proportionnel-intégral. 124 Estimation d'état robuste vis-à-vis des incertitudes paramétriques. 133 4.3.1 Représentation multimodèle d'un système incertain. 134 4.3.2 Conception d'un observateur à gain proportionnel. 135 4.3.3 Conception d'un observateur à gain proportionnel-intégral. 144 Estimation d'état robuste vis-à-vis des entrées inconnues. 152 4.4.1 Multimodèle découplé en présence d'entrées inconnues. 154 4.4.2 Structure de l'observateur à gain multi-intégral. 155 4.4.3 Définitions des erreurs d'estimation. 156 4.4.4 Discussion sur le découplage de l' entrée inconnu e. 158 4. 4.5 Formulation des problèmes. 159 4.4.6 Problème 1 : conditions de convergence de l'erreur d'estimation. 159 4.4.7 Problème 2 : conditions de convergence de l'erreur d'estimation en présence de perturbations. 160 4.4.8 Problème 3 : conditions de convergence de l'erreur d'estimation en présence de perturbations et pour une (q + 1) ème différence de l'entrée in connue non nulle. 161 4.5 Conclusion et contributions . 169 Chapitre 5 Etude de cas : identification, estimation et diagnostic d'un bioréacteur 5.1 Introduction. 172 5.2 Présentation du modèle du réacteur. 172 5.3 Représentation multimodèle du bioréacteur dans le cas SIMO. 173 5.3.1 Première approche de modélisation. 174 5.3.2 Deuxième approche de modélisation. 176 vii Table des matières 5.4 Représentation multi modèle du taux de substrat carboné S dans le cas multientrées. 178 5.5 5.6 5.7 Reconstruction d' état à l 'aide du multimodèle. 182 5.5.1 Reconstruction des sorties du bioréacteur à l'aide du multimodèle. 182 5.5.2 Estimation du substrat carboné dans le cas MISO. 183 5.5.3 Estimation de l'évolution de la biomasse. 184 Application de l'estimation d'état au diagnostic. 185 5.6.1 Génération des résidus à l'aide d'un banc d'observateurs. 186 5.6.2 Génération des résidus à l'aide d'un observateur multi-intégral. 189 Conclusion. 192 Chapitre 6 Perspectives 6.1 Introduction. 194 6.2 Nouvelles conditions de convergence exponentielle de l'erreur d'estimation. 194 6.3 Reconnaissance du mode actif. 200 Annexes Annexe A Calcul des fonctions de sensibilité pour le multimodèle modifié Annexe B Théorie de Lyapunov Annexe C Outils LMI Index 219 Bibliographie 221 1.1 1.2 1.3 1.4 1.5 1.6 1.7 1.8 1.9 1.10 1.11 1.12 1.13 1.14 1.15 1.16 1.17 1.18 1.19 2.1 2.2 2.3 2.4 Système linéaire et système non linéaire. Modèle de type Hammerstein. Modèle de type Wiener. Elément statique non linéaire (à gauche) et réponses indicielles de l'élément dynamique linéaire (à droite). Réponses du modèle de Wiener (à gauche) et du modèle d'Hammerstein (à droite) Modèle de type Wiener-Hammerstein. Fonctions gaussiennes ωi (à gauche) et fonctions de pondération μi (à droite) dans le cas monovariable. Fonctions gaussiennes ωi (à gauche) et fonctions de pondération μi (à droite) dans le cas multivariable. Système non linéaire et approximation multimodèle avec L = 4 (à gauche) et fonctions de pondération (à droite). Système non linéaire et approximation multimodèle avec L = 2 (à gauche) et fonctions de pondération (à droite). Architecture du multimodèle de T.S. Architecture du multimodèle découplé. Multimodèles découplés à base de blocs Hammerstein (à droite) et HammersteinWiener (à gauche). Architecture générale de commande utilisant N modèles et régulateurs. Fonctions de pondération (à gauche) et réponses indicielles des sous-modèles (à droite). Comparaison entre les réponses indicielles du multimodèle de T.S. (à gauche) et celles du multimodèle découplé (à droite). Structure des sous-modèles issue d'une linéarisation de vitesse. Architecture d'un multimodèle de T.S. en utilisant les sous-modèles de vitesse. Architecture d'un multimodèle découplé en utilisant les sous-m s de vitesse Démarches classiques de modélisation. Fonctions de pondération peu mélangées σ = 0.1. Fonctions gaussiennes ωi (.) (à gauche) et fonctions de pondération μi (.) (à droite). Fonctions de pondération fortement mélangées σ = 0.3. Fonctions gaussiennes ωi (.) (à gauche) et fonctions de pondération μi (.) (à droite). Entrée/sortie du système non linéaire (à gauche) et fonctions de pondération (à droite). 17 17 18 19 20 23 23 25 25 27 31 32 33 34 35 36 36 37 40 47 48 57 Table des figures 2.5 2.6 2.7 2.8 2.9 2.10 2.11 2.12 2.13 2.14 2.15 2.16 2.17 Résultats de la procédure d'identification. Entrée/sortie du système non linéaire (à gauche) et résultats de la procédure d'identification en présence d'un bruit de mesure (à droite). Signal d'entrée (à gauche) et fonctions de pondération (à droite). 58 59 60 61 63 64 65 66 67 67 68 69 69 74 84 91 93 94 94 94 97 102 104 112 112 116 125 130 131 132 132 4.7 4.8 4.9 4.10 4.11 4.12 4.13 4.14 4.15 4.16 4.17 4.18 5.1 5.2 5.3 5.4 5.5 5.6 5.7 5.8 5.9 5.10 5.11 5.12 5.13 5.14 5.15 5.16 5.17 Réponses indicielles des sous-modèles nominaux et incertains. Sous-modèle 1 (à gauche) et sous-modèle 2 (à droite)...................... Entrée, fonctions de pondération et sorties (à gau che ). Incer titudes para métriques Fi ( t), Si (t) et perturbation w(t) (à droite)................. Evolution des états des sous-modèles et de leurs estimés............ Evolution des sorties du multi modèle et de leurs estimées ............ Architecture de l'observateur MI à temps discret ................. Entrée, sorties et fonctions de pondération du multimodèle........... Etats et erreurs d ' estima tion d'état du sous-modèle 1.............. Etat s et erreurs d' estima tion d'état du sous -modèle 2 .............. Défauts ηa et ηs et leurs estimés ......................... Etats et erreurs d'estimation d'état du sous-modèle 1.............. Etats et erreurs d'estimation d'état du sous-modèle 2.............. Défauts ηa et ηs et leurs estimés......................... 4.1 Niveaux d'atténuation obtenus pour les observateurs P et PI........... 150 5.1 Récapitulatif des paramètres du multimodèle du substrat carboné (à du multimodèle du taux de biomasse (à gauche)........... Récapitulatif des paramètres des sous -modèles dans le cas M ISO .. Récapitulatif des paramètres des sous- m odèle s dans le cas MISO.. Table des signatures théo riques ... ................ 5.2 5.3 5.4 xiii droite)................ et........ 179 181 Notations Matrices et vecteurs In (I) G H P > 0 (P < 0) PT P−1 λ max (P) (λmin (P)) M11 M12 (∗) M22 Matrice identité de dimension n (resp. de dimension appropriée) Vecteur gradient Matrice Hessienne Matrice P symétrique, définie positive (resp. symétrique, négative) Transposée d'une matrice P Inverse de la matrice P Valeur propre minimale (resp. maximale) de P T Matrice symétrique, le symbole (∗) représente M12 Ensembles N R R+ Ensemble des entiers naturels Ensemble des nombres réels Ensemble des nombres réels positifs Acronymes BMI LMI LTI MDC MDD MIMO MISO MSE RSB SISO T.S. UIO VAF Inégalité matricielle bilinéaire (Bilinear Matrix Inequality) Inégalité matricielle linéaire (Linear Matrix Inequality) Linéaire à Temps Invariant Multimodèle Découplé à temps Continu Multimodèle Découplé à temps Discret Entrée multiple sortie multiple (Multiple Input Multiple Output) Entrée multiple sortie simple (Multiple Input Single Output) Moyenne quadratique de l'erreur (Mean Square error ) Rapport Signal sur Bruit Entrée simple sortie simple (Single Input Single Output) Takagi-Sugeno Observateur à entrées inconnues (Unknown Input Observer) Variance-Accounted-For 1 Notations 2 Références personnelles Revue internationale avec comité de lecture 1. Orjuela R., Marx B., Maquin D., Ragot J., "State estimation for nonlinear systems using decoupled multiple model". International Journal of Modelling Identification and Control, special issue on nonlinear observers, 59 - 67, Vol. 4, No. 1, 2008. Conférences internationales avec comité de lecture 1. Orjuela R., Marx B., Maquin D., Ragot J., "State estimation of nonlinear discrete-time systems based on the decoupled multiple model approach". 4th International Conference on Informatics in Control, Automation and Robotics, ICINCO 2007, Angers, France, 912 mai, 2007. 2. Orjuela R., Marx B., Ragot J., Maquin D., "A decoupled multiple model approach for state estimation of nonlinear systems subject to delayed measurements". 3rd IFAC Advanced Fuzzy and Neural Network Workshop, Valenciennes, France, 29-30 octobre, 2007. 3. Orjuela R., Marx B., Ragot J., Maquin D., "Estimating the state and the unknown inputs of nonlinear systems using a multiple model approach". 16th Mediterranean Conference on Control and Automation, MED'08, Ajaccio, Corse, France, 25-27 juin, 2008. 4. Orjuela R., Marx B., Ragot J., Maquin D., "Design of robust H-inf observers for nonlinear systems using a multiple model". 17th IFAC World Congress, Séoul, Corée du Sud, 6-11 juillet, 2008. 5. Orjuela R., Marx B., Ragot J., Maquin D., "Proportional-integral observer design for nonlinear uncertain systems modelled by a multiple model approach". 47th IEEE Conference on Decision and Control, Cancun, Mexique, 9-11 décembre, 2008. Conférences nationales avec comité de lecture 1. Orjuela R., Maquin D., Ragot J., "Nonlinear system identification using uncoupled state multiple-model approach". 4th Workshop on Advanced Control and Diagnosis, ACD'2006, Nancy, France, 16-17 novembre, 2006. 2. Orjuela R., Maquin D., Ragot J., "Identification des systèmes non linéaires par une approche multi-modèle à états découplés". Journées Identification et Modélisation Expérimentale, JIME'06, Poitiers, France, 16-17 novembre, 2006. 3 Références personnelles 3. Orjuela R., Marx B., Ragot J., Maquin D., "Estimation d'état des systèmes non linéaires par une approche multimodèle découplé". 2èmes Journées Doctorales / Journées Nationales MACS, JD-JN-MACS 2007, Reims, France, 9-11 juillet, 2007. 4. Orjuela R., Marx B., Ragot J., Maquin D., "Conception d'un observateur PI pour un multimodèle découplé". 8th International Conference on Sciences and Techniques of Automatic control, STA'2007, Sousse, Tunisie, 5-7 novembre, 2007. 5. Orjuela R., Marx B., Ragot J., Maquin D., "PI observer design for discrete-time decoupled multiple models". 5th Workshop on Advanced Control and Diagnosis, ACD'2007, Grenoble, France, 15-16 novembre, 2007. 6. Orjuela R., Marx B., Ragot J., Maquin D., "Conception d'observateurs robustes pour des systèmes non linéaires incertains : une stratégie multimodèle". 5ème Conférence Internationale Francophone d'Automatique, Bucarest, Roumanie, 3-5 septembre, 2008. 4 Introduction générale La complexité croissante des systèmes rencontrés dans l'industrie a sans aucun doute généré de nouveaux problèmes dont la résolution constitue autant de défis à relever par l'automaticien. La conduite de ces systèmes requiert, d'une part, des stratégies de commande de plus en plus sophistiquées de façon à améliorer et/ou à maximiser les performances du système et, d'autre part, l'intégration de modules de surveillance en mesure d'assurer un bon fonctionnement et la sécurité des opérateurs. Les solutions apportées à ces deux problèmes passent souvent par une phase de connaissance de l'état de fonctionnement du système par le biais d'une estimation entière ou partielle de ses variables d'état et éventuellement des grandeurs perturbatrices (défauts, entrées inconnues, etc.). En effet, de nombreuses techniques de synthèse de lois de commande sont conçues en supposant que l'état du système est accessible à la mesure. Or, sur un plan pratique, divers facteurs physiques, techniques ou économiques rendent particulièrement difficile voire impossible la mesure de la totalité des variables du système, d'où le besoin de procéder à une estimation des variables non mesurables. Dans le contexte de la surveillance, l'estimation de l'état du système est une source de redondance analytique. Elle permet de générer des symptômes de défaillance du système à partir d'un test de cohérence entre des signaux extraits du système qui renseignent sur son comportement réel et des signaux estimés qui traduisent le comportement attendu. Tout écart non permis entre ces signaux révèle la présence éventuelle de défauts affectant le fonctionnement du système, défauts qu'il convient ensuite d'estimer. D'une façon générale, l'estimation de 'état d'un système s'opère par le biais d'un système dynamique auxiliaire, couramment appelé estimateur d'état ou observateur. Il est conçu sur la base d'un modèle capable de représenter avec précision le comportement réel du système. La complexité de ce modèle doit en outre demeurer admissible et ce, de façon à rendre la tâche de synthèse et de mise en oeuvre de l'observateur la plus aisée possible (étude de sa stabilité et de la convergence de l'erreur d'estimation, minimisation du volume de calculs, etc.). Les premières études relatives à l'estimation d'état ont été menées à partir de modèles de structure linéaire relativement peu complexes. Les outils théoriques de synthèse d'observateurs, basés sur ce genre de modèle, semblent avoir atteint une certaine maturité et de nombreuses techniques d'estimation d'état sont disponibles. Cependant, le recours à ces techniques peut présenter certaines limites dans nombre de situations pratiques. En effet, la caractérisation de nombreux systèmes physiques à l'aide de modèles linéaires s'accompagne généralement d'hypothèses simplificatrices, souvent restrictives qui conduisent par exemple à considérer de faibles variations du système autour d'un point de fonctionnement donné, réduisant de fait le domaine de validité du modèle. L'estimation d'état fournie par l'observateur conçu sur la base de telles hypothèses se révèle inefficace lorsque l'objectif est d'obtenir une estimation d'état valable dans 5 Introduction générale un large domaine de fonctionnement du système et non plus seulement au voisinage d'un point de fonctionnement donné, les performances du modèle se dégradant dès que le système s'en éloigne. Afin de satisfaire cet objectif, la synthèse de l'observateur doit se faire sur la base de modèles plus complexes de nature non linéaire en mesure de représenter le comportement du système dans une large plage de fonctionnement. Cette approche, objet de développements constants depuis une trentaine d'années, est à l'origine de différentes techniques de synthèse d'observateurs (filtres de Kalman étendus, observateurs à grand gain, observateurs adaptatifs, etc.) pour des classes spécifiques de modèles non linéaires. Toutefois, en raison de la multiplicité de leurs structures et de leur complexité mathématique, les modèles non linéaires rendent la synthèse et la mise en oeuvre de l'observateur plus difficiles et délicates que dans le cas des modèles linéaires. A ces difficultés se superpose en outre le problème épineux soulevé par l'obtention d'une représentation globale du comportement du système. En effet, la mise en équations des lois de la conservation de la masse et l'énergie qui gouvernent un système conduit en règle générale à un modèle de connaissance trop complexe, à la mise en oeuvre délicate. Dans bon nombre de situations pratiques, le manque de connaissances a priori sur le système peut compromettre la réussite d'une démarche de modélisation phénoménologique. Dans ce cas de figure, le recours à des techniques de modélisation expérimentale élaborées à partir des mesures d'entrée/sortie recueillies sur le système s'impose. Dans le cadre de cette démarche de modélisation, la caractérisation appropriée du système est tributaire d'un choix judicieux de la structure du modèle. Ce choix est d'autant plus compliqué que le modèle obtenu doit pouvoir être exploité lors de la synthèse de l'observateur. Les multimodèles sont reconnus pour leurs capacités à approcher les comportements dynamiques, aussi complexes soient-ils, d'une large gamme de systèmes. Ils se révèlent tout à fait adaptés à la modélisation de systèmes à partir de données expérimentales. Leur structure possède en outre des propriétés mathématiques très intéressantes d'un point de vue de l'automatique. En effet, les multimodèles facilitent l'extension de certains outils d'analyse développés dans le cadre des systèmes linéaires aux systèmes non linéaires et ce, sans avoir à effectuer d'analyse spécifique sur la non-linéarité du système. Dans cette approche de modélisation, deux grandes familles de multimodèles sont recensées selon la structure mise à profit pour agréger les sous-modèles. La première, connue sous l'appellation de multimodèle de Takagi-Sugeno, est constituée de sous-modèles partageant un vecteur d'état unique. La seconde, connue sous l'appellation de multimodèle découplé, fait intervenir des sous-modèles découplés (c.-à-d. indépendants), chacun d'entre eux possédant son propre vecteur d'état. L'intérêt suscité par le multimodèle de Takagi-Sugeno lors de la modélisation, de la commande ou de l'estimation d'état des systèmes non linéaires a largement été démontré. Toutefois d'un point de vue structurel, tous les sous-modèles constituant ce multimodèle ont la même dimension, un vecteur d'état unique étant employé. La complexité des sous-modèles est par conséquent constante quelle que soit la complexité du système dans les différentes zones de fonctionnement. Le multimodèle ainsi obtenu risque alors d'être sur-paramétré et sa ité inutilement augmentée. La structure du multimodèle découplé, quant à elle, introduit une certaine flexibilité dans l'étape de modélisation. Elle permet en effet d'introduire des sous-modèles dont les vecteurs d'état peuvent être de dimensions différentes et se démarque ainsi des structures de multimodèles classiquement utilisées. Dans un contexte d'identification, le multimodèle découplé offre alors des degrés de liberté supplémentaires dans la mesure où il rend possible la modélisation de systèmes complexes dont la structure peut varier en fonction du régime de fonctionnement. En effet, la dimension de chaque sous-modèle peut s'adapter à la complexité du système dans chaque zone de fonctionnement. Il paraît intéressant, pour ces raisons, d'exploiter la structure du multimodèle découplé lors de la synthèse d'un observateur. Les possibilités offertes par ce genre de multimodèle pour la reconstruction de l'état d'un système et pour son diagnostic semblent néanmoins peu exploitées au regard des travaux actuellement publiés. Organisation et contributions Ce mémoire de thèse a été rédigé à l'image du multimodèle découplé composé de sous-modèles indépendants les uns des autres. En effet, sa rédaction traduit la volonté de rendre les chapitres indépendants les uns des autres tout en veillant à les insérer dans un ensemble cohérent et homogène. Introduction générale L'organisation du mémoire reproduit les différentes étapes qui conduisent à la résolution de nombreux problèmes rencontrés dans les sciences de l'ingénieur, à savoir l'analyse et le choix d'une structure de modèle, l'identification paramétrique du système, le développement d'outils théoriques de synthèse puis leur mise en oeuvre. Le premier chapitre fait figure d'introduction à l'approche multimodèle. Il expose les concepts et les principes généraux sur lesquels elle repose et propose une définition précise de la terminologie classiquement utilisée. Il établit les différences entre les deux principales structures de multimodèles. Le second chapitre aborde le problème soulevé par l'identification des systèmes non linéaires à partir d'une structure multimodèle découplé. Loin d'être exhaustif, ce chapitre a néanmoins le mérite de fournir les éléments nécessaires à la représentation multimodèle d'un système à partir d'une démarche expérimentale d'identification de type boîte noire. Les troisième et quatrième chapitres, coeur du mémoire, sont dédiés au problème posé par l'estimation d'état d'un système à partir de sa représentation multimodèle. Le troisième chapitre propose une extension de l'observateur de Luenberger ou à gain proportionnel classiquement employé dans les problèmes d'estimation d'état. Le recours à la seconde méthode de Lyapunov conduit à l'obtention des conditions garantissant la convergence vers zéro de l'erreur d'estimation sous la forme d'un ensemble d'inégalités matricielles linéaires. Dans le quatrième chapitre, ces résultats sont étendus à la synthèse des observateurs d'état "robustes" vis-à-vis des perturbations, des incertitudes paramétriques et des entrées inconnues susceptibles d'affecter le comportement dynamique du système. L'estimation d'état robuste aux perturbations et aux incertitudes paramétriques est initialement traitée en considérant un observateur à gain proportionnel. Le gain de cet observateur est obtenu de façon à atténuer l'impact de ces perturbations sur l'erreur d'estimation tout en imposant des performances dynamiques (vitesse de convergence, etc.). Cet observateur n'offre toutefois pas au concepteur tous les degrés de liberté nécessaires à l'obtention d'un compromis satisfaisant entre les performances dynamiques de l'observateur et le rejet des perturbations, un objectif dégradant généralement l'autre. Pour surmonter ces difficultés, il est fait appel à une structure particulière d'observateur dit à gain proportionnel-intégral en mesure de généraliser l'observateur à gain proportionnel standard et d'introduire des degrés de liberté supplémentaires dans la phase de synthèse. Quant au problème de l'estimation d'état robuste vis-à-vis des entrées inconnues, il est traité à l'aide d'un observateur particulier à entrées inconnues dit observateur à gain multi-intégral. 1 Introduction à l'approche multimodèle Sommaire 1.1 1.2 1.3 1.4 1.5 1.6 Introduction....................... Sur le caractère linéaire ou non linéaire d'un système 1.2.1 Propriétés de linéarité d'un système....... 1.2.2 Tests de non-linéarité d'un système....... 1.2.3 Mesures de la non-linéarité d'un système.... Modèles de systèmes à base de blocs structurés.... 1.3.1 Le modèle d ' Hammerstein ............ 1.3.2 Le modèle de Wiener ............... 1.3.3 Modèle de type Hammerstein - Wien er...... Modèles de systèmes par une approche multimodèle. Structures des multimodèles.............. 1.5.1 Multimodèle de Takagi-Sugeno......... 1.5.2 Multimodèle découplé.............. 1.5.3 Comparaison entre les multimodèles....... 1.5.4 Autres structures de multimodèles........ Conclusion et discussion ................. Chapitre 1. Introduction à l'approche multimodèle 1.1 Introduction La caractérisation du comportement dynamique d'un système, par le biais d'un modèle mathématique, représente une étape fondamentale dans de nombreuses disciplines scientifiques telles que les sciences physiques et de la nature, les sciences sociales et économiques, les sciences de l'ingénieur, etc. Dans ce dernier contexte, le modèle mathématique joue un rôle central dans la conception (dimensionnement des composants, simulation numérique), l'étude (analyse des mécanismes inhérents au comportement du système) et la conduite (optimisation du comportement, commande et surveillance) d'un système existant ou à construire. Le modèle mathématique d'un système est une image abstraite de la réalité qui se présente généralement sous la forme d'un ensemble de variables, de fonctions et/ou d'équations. Comme l'indiquent Edwards et Hamson dans l'introduction de leur ouvrage Guide to mathematical modelling [Edwards et Hamson, 2001] : " La réussite d'un modèle dépend généralement de la facilité avec laquelle il pourra être utilisé et de la précision de ses prédictions. Remarquons également que tout modèle possède un domaine restreint de validité et ne peut être exploité en dehors de ce domaine. " 1 Leurs propos mettent clairement en évidence les trois aspects fondamentaux que tout modèle est censé revêtir, à savoir le domaine de validité, la précision et la simplicité. Tout modèle possède un domaine restreint de validité fixé, à titre d'exemple, par les aspects physiques du système ou par les hypothèses de travail émises lors de la procédure de modélisation. La précision implique que le modèle décrit le plus fidèlement possible les phénomènes et les interactions entre les différent grandeurs caractéristiques du système ou à défaut son comportement entrée/sortie. Le modèle livre ainsi, dans son domaine de validité, des prédictions a posteriori exactes et exploitables ultérieurement. Enfin, la simplicité conditionne le choix des outils théoriques permettant de répondre à des objectifs classiques en automatique tels que l'estimation des variables non directement mesurables ou la commande du système. La simplicité et la précision du modèle sont toutefois deux objectifs de modélisation antagonistes, la simplicité du modèle dégradant en règle générale la précision des estimations et vice versa. Il s'avère alors nécessaire de parvenir, au cours de l'étape de modélisation, à un compromis entre ces deux aspects et ce, tout en garantissant le domaine de validité le plus large possible. Ce compromis passe souvent par le choix de la structure de modèle la plus apte à représenter le comportement dynamique du système. Dans un contexte d'identification des systèmes, deux grandes familles de modèles peuvent être distinguées en fonction de leur type de structure, linéaire ou non linéaire. L'identification des systèmes basée sur une structure linéaire à temps invariable (LTI) a atteint un certain degré de maturité et des outils performants d'identification ont été établis dans 1 " Generally the success of a model depends on how easily it can be used and how accurate are its predictions. Note also that any model will have a limited range of validity and should not be applied outside this range. " 10 1.1. Introduction la littérature [Walter et Pronzato, 1994; Ljung, 1999; Mensler, 1999]. D'après Ljung [1999], la sortie y(t) d'un modèle LTI à temps discret excité par une entrée u(t) et perturbé par un bruit additif w(t) peut être caractérisée d'une façon générale par un modèle de la forme A(q−1 )y(t) = B(q−1 ) C(q−1 ) u(t) + w(t), F(q−1 ) D(q−1 ) (1.1) où q−1 est l'opérateur retard et où A(q−1 ), B(q−1 ), C(q−1 ), D(q−1 ), F(q−1 ) sont des polynômes en q−1. Il est possible de recenser, selon les polynômes choisis, environ 32 structures différentes de modèles, les plus répandues étant celles du modèle à réponse impulsionnelle finie (A=C=D=F=1), du modèle à erreur de sortie (A=C=D=1), du modèle ARX (F=C=D=1) et du modèle ARMAX (F=D=1). La structure mathématique des modèles LTI a favorisé l'émergence de nombreuses techniques d'identification, d'analyse et de commande qui ont permis de fonder les principes de l'automatique moderne. Ces outils théoriques simplifient considérablement la résolution de nombreux problèmes régulièrement rencontrés en automatique. La majorité des systèmes physiques présente cependant des comportements bien plus complexes et donc difficiles à caractériser dans une large plage de fonctionnement par des modèles linéaires de la forme (1.1). En effet, l'hypothèse de linéarité du système n'y est vérifiée que très localement autour d'un point de fonctionnement donné. La modélisation correcte du comportement global de ces systèmes nécessite le recours à des modèles de représentation plus "sophistiqués" de nature non linéaire. La relation entrée/sortie d'un modèle non linéaire se présente sous la forme générale y(t) = g(φ (t), θ ) + w(t), (1.2) où g(.) est le modèle, θ le vecteur de paramètres du modèle et φ (t) le vecteur de régression c.-à-d. le vecteur de variables expliquant le comportement du système. Le vecteur de régression fait intervenir les variables d'entrée du système et éventuellement de sortie du modèle ou du système à identifier. Sjöberg et al. [1995] proposent un classement, établi en fonction du vecteur de régression utilisé, des différentes familles de modèles non linéaires : • Modèles NFIR, dans lesquels seul u(t − k) est utilisé pour construire le vecteur de régression. • Modèles NARX, dans lesquels u(t − k) et y(t − k) servent à construire le vecteur de régression. • Modèles NOE, dans lesquels u(t − k) et ŷ(t − k) servent à construire le vecteur de régression, ŷ(t) étant la sortie du modèle. • Modèles NARMAX, dans lesquels u(t − k), y(t − k) et ε (t − k) servent à construire le vecteur de régression avec ε (t) = y(t) − ŷ(t). Il convient toutefois de remarquer que le choix du vecteur de régression ne détermine pas la structure interne du modèle, toute forme mathématique de g(.) étant admissible comme modèle. Dès lors, l'extension aux systèmes non linéaires des structures proposées dans le cadre des systèmes linéaires est difficilement envisageable. Il n'existe évidemment pas de modèle unique apte à caractériser le comportement d'un système, différents modèles pouvant être employés Chapitre 1. Introduction à l'approche multimodèle fonction de la structure interne choisie. A fin de guider au mieux ce choix, outre les critères de simplicité et de précision requis, des critères supplémentaires tels que la flexibilité, la généralité (c.-à-d. la capacité à prendre en compte un nombre varié de situations différentes de modélisation) et la transparence (c.-à-d. la facilité à interpréter et/ou à analyser le modèle) doivent être pris en considération. L'élaboration de modèles de représentation non linéaire destinés à la prévision, la commande ou la surveillance figure parmi les thèmes de recherche incontournables en automatique. On peut mentionner, parmi les différentes structures de modèles non linéaires couramment utilisées, les séries temporelles et de Volterra, les estimateurs à noyau, les modèles à blocs structurés, les réseaux de neurones, les modèles flous, les modèles par décomposition en ondelettes, l'approche multimodèle et des approches hybrides issues de la combinaison de différentes approches comme par exemple les modèles neuro-flous [Jang, 1993; Babuska et Verbruggen, 2003], les modèles flous d'Hammerstein [Abonyi et al., 2000] ou les réseaux de neurones de modèles de type Wiener et de type Hammerstein [Janczak, 2004] (une étude approfondie des structures de modèles et des techniques de modélisation est présentée dans [Sjöberg et al., 1995; Boukhris, 1998; Ljung, 1999; Gasso, 2000]). Le choix d'un modèle non linéaire soulève donc un problème fondamental, chaque structure présentant à la fois un certain nombre d'avantages et d'inconvénients. Le modèle recherché doit, dans tous les cas, être suffisamment général de façon à représenter avec précision une large classe de systèmes. Sa structure doit de plus favoriser l'élaboration d'outils théoriques d'analyse et de synthèse destinés à faciliter son exploitation. Toutefois, la multitude de formes que peut revêtir un modèle non linéaire rend difficile la mise en place d'une théorie unique à la fois générale (c.-à-d. applicable à toutes les formes) et exhaustive (c.-à-d. en mesure d'exploiter de façon systématique n'importe quel modèle non linéaire). Dans ce mémoire, on a opté pour une approche multimodèle. En effet, les multimodèles constituent un outil adapté à la modélisation des systèmes complexes. Ils sont alement dotés d'une structure aux propriétés mathématiques particulièrement intéressantes du point de vue de l'automatique. Ils permettent donc de parvenir à un bon compromis entre complexité et simplicité. Le présent chapitre, divisé en quatre sections, introduit l'approche multimodèle. Il débute par un rappel succinct des tests permettant de conclure sur le caractère linéaire ou non linéaire d'un système. Cette étape de tests permet de justifier le choix du type de structure, linéaire ou non, utilisé lors de la phase d'identification. Après ces considérations générales, la deuxième section présente les modèles à blocs structurés, formes de multimodèle relativement élémentaires. L'approche multimodèle proprement dite fait l'objet des deux dernières sections. Une présentation des principes régissant l'approche multimodèle et de la terminologie à laquelle elle fait appel est proposée. Une attention particulière est accordée aux différentes structures de multimodèles. 1.2.1 Propriétés de linéarité d'un système Un système présente un comportement linéaire s'il répond favorablement aux propriétés de superposition et d'homogénéité définies ci-dessous [Haber et Keviczky, 1999; Nowak, 2002]. Définition 1.1 (Superposition). Un système obéit au principe de superposition si les réponses du système à différentes excitations sont additives. Soit par exemple y1 (t) la réponse du système à l'excitation u1 (t) et y2 (t) la réponse à l'excitation u2 (t). La propriété de superposition est vérifiée si la réponse à l'entrée u(t) = u1 (t) + u2 (t) est donnée par y(t) = y1 (t) + y2 (t). Définition 1.2 (Homogénéité). Un système obéit au principe d'homogénéité si les réponses du système à différentes excitations sont proportionnelles. Soit par exemple, u(t) et cu(t) deux signaux d'excitation appliqués séparément au même système (où c est une constante). La propriété d'homogénéité est vérifiée si les sorties résultant de l'application de ces entrées sont données respectivement par y(t) et cy(t) quel que soit le facteur d'échelle c utilisé. a1u1(t) + a2u2(t) a1u1(t) + a2u2(t) a1y1(t) + a2y2(t) f (a1u1(t) + a2u2(t)) 6= a1y1(t) + a2y2(t) Figure 1.1 – Système linéaire et système non linéaire La sortie y(t) d'un système linéaire à une entrée u(t) de la : p u(t) = ∑ ai ui (t) (1.3) i=1 doit vérifier, d'une façon générale, la condition : p y(t) = ∑ ai yi (t), (1.4) i=1 13 Chapitre 1. Introduction à l'approche multimodèle où yi est la sortie du système à une excitation particulière ui, soit yi (t) = g(ui (t)), (1.5) où g(.) est le système à tester . En conclusion, un système est dit linéaire s'il obéit conjointement aux propriétés 1.1 et 1.2 et par opposition un système est dit non linéaire s'il ne les respecte pas (voir figure 1.1). 1.2.2 Tests de non-linéarité d'un système Haber et Keviczky [1999] proposent un recueil de tests non paramétriques dans les domaines temporels, fréquentiels ou spectraux. Ces tests délivrent un certain nombre d'indices permettant de conclure sur le caractère non linéaire d'un système. Les relations entre les tests portant sur la non-linéarité et les indices associés sont les suivantes : • Tous les tests sont définis de façon à obtenir un indice nul si le système est linéaire. • Si l'indice associé au test est différent de zéro alors le système étudié est de nature non linéaire. • Le fait que l'indice soit nul n'est pas une condition suffisante pour conclure sur la linéarité du système, sauf si au cours du test le système a été excité par tous les signaux admissibles en amplitude et en forme. • Un test réalisé sur un système excité par un nombre fini de signaux peut fournir un indice renseignant sur la non-linéarité du système. Rien ne peut cependant être avancé sur la linéarité. • Les tests et les indices ne sont valables que dans un domaine particulier de fonctionnement du système déterminé par les signaux d'entrée. En effet, le même test peut conduire à un indice différent si un autre domaine de fonctionnement est exploré. Deux tests réalisés dans le domaine temporel sont rappelés ci-dessous [Billings et Voon, 1983; Thomson et al., 1996]. Test temporel basé sur la réponse indicielle Considérons un niveau normal de fonctionnement (normal operating level) du système [u0 (t), y0 (t)]. Le test comprend deux phases. La première phase consiste à appliquer un changement constant au niveau du signal d'excitation soit u0 (t) + ∆u1, à enregistrer le signal ainsi obtenu y1 (t) puis à ramener le système à son comportement nominal de départ. La seconde phase consiste à appliquer un deuxième signal d'excitation au système soit u0 (t) + ∆u2 et à enregistrer la nouvelle sortie du système y2 (t). Remarquons que les changements ∆u1 et ∆u2 sont liés par la relation : ∆u2 = ρ ∆u1, 14 (1.6) 1.2. Sur le caractère linéaire ou non linéaire d'un système où ρ est un facteur d'échelle. On calcule ensuite le rapport : δ (t) = y2 (t) − y0. y1 (t) − y0 (1.7) Si δ (t) n'est pas constant ou égal à ρ alors le système peut être considéré comme non linéaire. (1.10) Le système est considéré linéaire, dans la plage de fonctionnement donnée, si et seulement si : φyc,y2c (τ ) = 0 ∀τ. (1.11) Soulignons que le signal constant b est ajouté à l'entrée de façon à ce que tous les termes reflétant la non-liné arité du système soient mis à contribution dans le calcul de φyc,y2c ( τ ). Par ailleurs, la contrainte sur les moments du signal d'entrée u(t) peut être assurée par un choix approprié du signal d'entrée, en considérant par exemple un signal sinusoïdal, un signal de type gaussien, etc. Cette hypothèse peut être vérifiée en calculant E [u(t)u(t + τ1 ) u (t + τ 2 )] ∀τ1 , τ2. 15 Chapitre 1. Introduction à l'approche multimodèle 1.2.3 Mesures de la non-linéarité d'un système Les tests proposés dans la section 1.2.2 se contentent de conclure sur le caractère linéaire ou non linéaire du système (oui/non). Cependant, la mesure du degré de non-linéarité du comportement entrée/sortie du système serait susceptible de livrer des informations bien plus intéressantes. A titre d'exemple, cette mesure pourrait justifier l'emploi d'une loi de commande de type non linéaire pour le système. En effet, si le système n'était que "faiblement non linéaire" alors la conception d'une loi de commande de type linéaire serait en mesure de fournir des performances dynamiques largement satisfaisantes. De nombreux auteurs ont cherché à établir une telle mesure. Guay [1996] a conçu une méthodologie permettant de mesurer le degré de courbure de la caractéristique en régime statique d'un système non linéaire. Helbig et al. [2000] et plus récemment Schweickhardt [2006] ont proposé différentes mesures du degré de non-linéarité permettant de quantifier l'erreur d'approximation du meilleur modèle linéaire d'un système non linéaire. Le problème soulevé par la mesure du degré de non-linéarité d'un système demeure néanmoins ouvert et ce, en dépit des nombreux efforts fournis. 1.3 Modèles de systèmes à base de blocs structurés Un moyen relativement simple de représenter le comportement non linéaire d'un système repose sur l'utilisation de modèles à base de blocs structurés (Block-oriented models) [Narendra et Gallman, 1966]. Ces derniers sont élaborés grâce à la combinaison de deux blocs de base : un élément non linéaire statique et un élément linéaire dynamique. La combinaison de ces deux blocs peut conduire à l'élaboration d'un grand nombre de structures de modèles. Parmi les différents modèles à base de blocs structurés, les modèles d'Hammerstein et de Wiener sont probablement les plus répandus. Ils se présentent sous la forme d'un modèle dynamique linéaire en cascade avec un élément statique de type non linéaire. Leur différence provient de l'ordre dans lequel ces deux blocs sont présentés (Pearson [1995] a établi une comparaison exhaustive entre ces deux modèles). La capacité de ces deux modèles structurellement simples à représenter des comportements non linéaires complexes est à l'origine du succès rencontré par cette technique de modélisation. L'identification des systèmes non linéaires à l'aide de blocs structurés remonte au milieu des années 60 [Narendra et Gallman, 1966] et a été depuis largement abordée dans la littérature [Haber et Unbehauen, 1990; Mielcarek, 1990]. Bien que considérablement exploités pour la modélisation, la commande et le diagnostic, ces modèles font toujours l'objet de nombreux travaux de recherche. 1.3. Modèles de systèmes à base de blocs structurés 1.3.1 Le modèle d'Hammerstein Le modèle d'Hammerstein se compose d'un élément statique non linéaire suivi d'un élément dynamique linéaire. Sa structure est présentée sur la figure 1.2. u(t) v(t) Elément statique non linéaire y(t) Elément dynamique linéaire Figure 1.2 – Modèle de type Hammerstein La représentation d'état du modèle de type Hammerstein est donnée par : v(t) = f (u(t)), x(t + 1) = Ax(t) + Bv(t), y(t) = Cx(t) + Dv(t), où x ∈ Rn est l'état, u ∈ Rr le signal d'entrée du modèle, v ∈ Rm le signal d'entrée du bloc dynamique linéaire, f (.) : Rr → Rm la fonction vectorielle caractérisant l'élément statique non linéaire et y ∈ R p le signal de sortie du modèle. Il convient de remarquer que les seules grandeurs accessibles physiquement sont le signal d'entrée u(t) et le signal de sortie y(t). Le signal v(t) est un signal fictif de modélisation et n'est pas accessible. Les modèles d'Hammerstein se révèlent bien adaptés à la caractérisation, au moyen d'un modèle linéaire, du comportement dynamique d'un système dont l'actionneur présente un caractère non linéaire (saturations, zone morte, etc.). 1.3.2 Le modèle de Wiener D'un point de vue structurel, le modèle de type Wiener est le pendant du modèle d'Hammerstein. Il s'obtient en inversant l'ordre des éléments de base. Sa structure est présentée sur la figure 1.3. u(t) v(t) Elément dynamique linéaire y(t) Elément statique non linéaire Figure 1.3 – Modèle de type Wiener La représentation d'état du modèle de type Wiener est donnée par : x(t + 1) = Ax(t) + Bu(t), v(t) = Cx(t) + Du(t), y(t) = f (v(t)), (1.13a) (1.13b) (1.13c) o ù x ∈ Rn est l'état , u ∈ Rm le signal d'entrée du modèle , v ∈ Rr le signal de sortie du bloc dynamique linéaire, f (.) : R r → R p la fonction vectorielle caractérisant l'élément statique non 17 Chapitre 1. Introduction à l'approche multimodèle linéaire et y ∈ R p le signal de sortie du modèle. Comme dans le cas du modèle d'Hammerstein, les seules grandeurs accessibles physiquement sont le signal d'entrée u(t) et le signal de sortie y(t). Les modèles de Wiener se révèlent bien adaptés à la caractérisation, au moyen d'un modèle linéaire, du comportement dynamique d'un système dont le capteur présente un caractère non linéaire. Exemple 1.1 (Test de non-linéarité des modèles de Wiener et d'Hammerstein) Il est possible de faire appel au test temporel basé sur la réponse indicielle (c.f. section 1.2.2) afin de vérifier le comportement non linéaire des structures de Wiener et d'Hammerstein. A cet effet, on considère des modèles de Wiener et d'Hammerstein élaborés à l'aide des deux mêmes blocs structurés. L'élément dynamique linéaire est donné par : y(t + 1) = 0.5y(t) + 0.5u(t) (1.14) et l'élément statique non linéaire par : f (t) = 0.1 + cos(4m(t)) exp(−0.75m(t)). La figure 1.4 présente la caractéristique de l'élément statique et les réponses indicielles de l'élément dynamique à des entrées constantes d'amplitudes différentes. Il est possible de constater que l'élément dynamique linéaire a un gain unitaire. 3 1.5 2 1 1 f 0.5 u1 (t) = −0.5 u2 (t) = 1.0 0 u3 (t) = 1.5 0 −1 −0.5 −2 −1.5 −1 −0.5 0 m 0.5 1 1.5 0 2 4 t 6 8 10 Figure 1.4 – Elément statique non linéaire (à gauche) et réponses indicielles de l'élément dynamique linéaire (à droite) Les indices (1.8) calculés pour les modèles de Wiener et d'Hammerstein sont égaux à η = 2.8. 0.5 1.5 u1 (t) = −0.5 u1 (t) = −0.5 u2 (t) = 1.0 1 u2 (t) = 1.0 u3 (t) = 1.5 u3 (t) = 1.5 0 0.5 0 −0.5 −0.5 0 2 4 t 6 8 10 0 2 4 t 6 8 10 Figure 1.5 – Réponses du modèle de Wiener (à gauche) et du modèle d'Hammerstein (à droite) Les réponses indicielles des modèles de Wiener et d'Hammerstein à différents échelons d'amplitudes variables sont illustrées sur la figure 1.5. Remarquons que la caractéristique entrée/sortie en régime statique des deux modèles est imposée directement par l'élément statique non linéaire, l'élément linéaire ayant un gain unitaire. Les deux modèles présentent ainsi le même comportement en régime statique alors qu'ils exhibent des comportements dynamiques très différents (figure 1.5). En effet, le comportement dynamique du modèle d'Hammerstein est proche du comportement dynamique de l'élément linéaire, l'élément statique affectant seulement le gain du modèle. En revanche, le comportement dynamique du modèle de Wiener est fortement modifié par l'élément statique qui fait même apparaître des phénomènes oscillatoires. Par conséquent, l'interconnexion de ces deux blocs peut produire des comportements dynamiques très différents, le modèle de Wiener pouvant présenter un caractère non linéaire plus marqué que celui d'Hammerstein.
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RESUME Les évolutions rapides de la mobilité urbaine des personnes et surtout la croissance du trafic automobile posent des problèmes aigüs qui rendent stratégique la connaissance des déterminants des pratiques de mobilité. A côté des paramètres socio-démographiques et économiques relativement bien connus que sont le sexe, l’âge ou encore le revenu, les caractéristiques des déplacements dépendent aussi de l’organisation des localisations intra-urbaines des résidences et des activités économiques. L’allongement des distances et la place croissante de la voiture s’expliquent en grande partie semble-t-il par l’émergence de nouvelles configurations spatiales plus étalées voire multipolaires. Un des moyens d’aborder la question du lien entre les formes urbaines et la mobilité est de comparer des agglomérations très différentes en termes de répartition des localisations et de déterminer dans quelle mesure ces différences influent sur les déplacements. Les résultats que nous présentons sont issus d’un travail de recherche en cours26 impliquant principalement le LET27 et l’INRETS28 et qui vise à comparer les aires urbaines de Marseille-Aix-en-Provence, Lyon, Bordeaux, Grenoble, Dijon et Saint-Etienne. Seuls les déplacements domicile-travail ont été pris en compte. Les premiers résultats suggèrent qu’il existe des écarts significatifs entre les aires urbaines encore fortement centrées et les autres plus intensément soumises à l’étalement urbain. Les différences que nous avons pu mettre en évidence dans le cadre des trajets domicile/travail concernent la géographie des flux, l’utilisation des différents modes de transport et surtout la dissociation entre les lieux d’habitat et les lieux d’emploi, moins prononcée dans les aires urbaines où le centre a conservé un rôle majeur. Les évolutions rapides de la mobilité urbaine des personnes et surtout la croissance du trafic automobile posent des problèmes aigüs qui rendent stratégique la connaissance des déterminants des pratiques de mobilité. A côté des paramètres socio-démographiques et économiques relativement bien connus que sont le sexe, l’âge ou encore le revenu, les caractéristiques des déplacements dépendent aussi de l’organisation des localisations intraurbaines (Masson, 2000 ; Mignot et al., 2002 ; Wiel, 1999). Un des moyens d’aborder la question du lien entre les formes urbaines et la mobilité est de comparer des agglomérations très différentes en termes de répartition des localisations et de déterminer dans quelle mesure ces différences influent sur les déplacements. Les résultats que nous présentons sont issus d’un travail de recherche en cours29 impliquant principalement le LET30 et l’INRETS31 et qui vise à comparer les aires urbaines de Marseille-Aix-en-Provence, Lyon, Bordeaux, Grenoble, Dijon et Saint-Etienne. Seuls les déplacements domicile-travail ont été pris en compte. 1- EVOLUTIONS CONJOINTES DES LOCALISATIONS ET DES DEPLACEMENTS DOMICILETRAVAIL Si désormais en France plus de la moitié des emplois urbains est située en périphérie (Talbot, 2001), la déconcentration des activités économiques demeure moins prononcée que celle de la population (Ingram, 1998). Les entreprises affichent en outre une tendance à la polarisation en faveur d’espaces dont la localisation est généralement très liée à la configuration des principaux axes routiers et autoroutiers (Buisson et al., 2001) et à celle des zones d’activité (Gaschet, 2001). Ces évolutions spatiales ont produit des agglomérations étalées dans lesquelles un nombre croissant de personnes qui habitent relativement loin de la zone dense urbaine dépendent pourtant fortement de cette dernière, notamment en termes d’emploi (Andan et al., 1999). La distance moyenne entre le lieu de domicile et le lieu d’emploi est passée de 13 kilomètres en 1982 à 15 kilomètres en 1999 (Talbot, 2001). La situation est toutefois pour l’heure encore très différente entre le centre et la périphérie32, (Baccaïni, 1997b ; Talbot, 2001). Si au centre moins du tiers des actifs travaillent dans une autre commune, en périphérie plus des trois-quarts des résidents sont dans telle situation (tableau 1). En termes de modes de transport, la dissociation habitat/emploi et surtout l’allongement des distances domicile-travail ont contribué à accroître l’usage de la voiture. En particulier, les résidents de la périphérie y ont un recours beaucoup plus systématique que les résidents du centre (Gallez et Orfeuil, 1998) où la densité, la qualité des réseaux de transport en commun, mais aussi les difficultés de stationnement permettent de maintenir un meilleur équilibre entre les modes. Un faisceau de facteurs explique la disjonction entre le lieu de résidence et le lieu de travail. On peut notamment citer : 29 Financé par l’ADEME. Dominique Mignot, Danièle Bloy, Jean-Michel Cusset, François Million et Nicolas Ovtracht. 31 Anne Aguiléra et Jean-Loup Madre. 30 32 Banlieue et couronne périurbaine. 20 - la faiblesse de l’offre d’emplois à proximité pour les résidents les plus périphériques, principalement ceux de la couronne périurbaine. - les marchés fonciers et immobiliers contribuent très fortement à dessiner la carte des espaces accessibles aux entreprises (cf. les zones d’activités) mais aussi à tel ou tel type de population (Baccaïni, 1997a). Les habitants de la périphérie, et notamment les périurbains, ne sont pas tous désireux de « fuir » la ville dense pour profiter d’espace et d’un meilleur environnement, mais un bon nombre d’entre eux sont contraints à cet éloignement par la cherté des prix dans et à proximité du centre (Kaufmann et Jemelin, 2001). - les stratégies de localisation des habitants ne se réfèrent pas forcément en priorité à la minimisation des déplacements domicile-travail (Giuliano et Small, 1993) ; - les stratégies de localisation des entreprises prennent quant à elles très peu en compte la localisation des employés (effectifs ou potenti Ces réflexions suggèrent que les conditions de la mobilité et ses évolutions récentes s’inscrivent pour partie comme un moyen d’ajustement à une réorganisation complexe des localisations qui pour une part est voulue (par les populations, par les entreprises, par les acteurs publics ou les aménageurs) et pour une autre part est « subie ». 2- COMPARAISON DE SIX AIRES URBAINES 2-1 Deux profils de structures urbaines Ces six agglomérations ont été choisies parce qu’elles sont représentatives en 1999 de deux groupes distincts de formes urbaines (tableau 2) : - le premier groupe, intitulé « centre important», rassemble les aires urbaines de Marseille-Aix-en-Provence, Saint-Etienne et Dijon dans lesquelles le poids du centre en termes de localisation de la population et des emplois est élevé. - le second groupe, intitulé « périphérie développée », rassemble les aires urbaines de Lyon, Bordeaux et Grenoble où l’étalement urbain est très marqué puisque la périphérie - et spécifiquement la banlieue - accueille plus de la moitié des localisations (population et emplois). 2-2 Répartition des migrations alternantes entre le centre et la périphérie et impact sur le choix du mode de transport La répartition par origine/destination des trajets en 1999 révèle des différences significatives entre les deux groupes d’aires urbaines (graphique 1). Dans celles où le centre conserve la majeure partie des actifs et des emplois (groupe 1), les déplacements internes au centre sont majoritaires tandis que dans les agglomérations où les localisations périphériques sont prépondérantes (groupe 2), ce sont les trajets internes à cette même périphérie qui dominent. En revanche, le poids des trajets depuis le centre vers la périphérie et réciproquement de la périphérie vers le centre varient assez peu entre les aires urbaines. Il existe donc une certaine 21 dépendance de la périphérie, et principalement de la banlieue33, vis-à-vis du centre, y compris dans les agglomérations où le poids du centre est faible. Si la part de chacun des modes de transport varie peu entre les six aires urbaines, les différences sont marquées lorsqu’on s’intéresse à l’origine et à la destination du trajet (tableau 3). Les déplacements intra-communaux – qu’il s’agisse de la commune-centre ou d’une commune de la périphérie – impliquent plus la marche à pied et les transports en commun que les déplacements extra-communaux - aussi bien ceux effectués à partir du centre qu’à partir d’une commune située en périphérie -. Ces derniers sont en effet réalisés en voiture dans plus de 80% des cas du fait que les caractéristiques des réseaux de transport publics leur sont mal adaptées. Si la part de chacun des modes de transport varie peu entre les six aires urbaines, les différences sont marquées lorsqu’on s’intéresse à l’origine et à la destination du trajet (tableau 3). Les déplacements intra-communaux – qu’il s’agisse de la commune-centre ou d’une commune de la périphérie – impliquent plus la marche à pied et les transports en commun que les déplacements extra-communaux - aussi bien ceux effectués à partir du centre qu’à partir d’une commune située en périphérie -. Ces derniers sont en effet réalisés en voiture dans plus de 80% des cas du fait que les caractéristiques des réseaux de transport publics leur sont mal adaptées. Le fait que la part des personnes habitant et travaillant en périphérie soit plus élevée dans les aires urbaines les plus déconcentrées ne signifie pour autant pas qu’il y existe une meilleure adéquation entre les localisations. Au contraire, la proportion de migrants est nettement plus importante dans les aires urbaines les plus déconcentrées (tableau 5). De fait, c’est au centre que la proportion de migrants est la plus faible – y compris dans les aires urbaines déconcentrées -, donc lorsque le poids du centre est faible (groupe 2) la proportion globale de migrants est plus élevée. 2-3 Evolution des localisations, de la géographie des flux et dissociation habitat/emploi entre 1975 et 1999 : mise en évidence de disparités entre les aires urbaines Entre 1975 et 1999, la réorganisation intra-urbaine des localisations s’est traduite par un creusement de la dissociation entre les lieux d’habitat et les lieux d’emploi puisque le nombre et la part des migrants a augmenté tant au centre qu’en périphérie (tableaux 5 et 6). La périurbanisation se traduit donc par une accentuation de la disjonction entre la commune de résidence et la commune d’emploi notamment parce que la propension en périphérie à choisir une commune autre que celle de son emploi est particulièrement marquée (et ce dans toutes les aires urbaines). 2-4 Des migrations qui révèlent des recompositions contrastées du rôle du centre et de la centralité Nous avons réalisé une typologie34 des communes sur la base de trois critères : le rapport entre le nombre d’emplois et le nombre d’actifs résidents, le rapport entre le nombre d’actifs 33 Mis à part à Dijon où la part des trajets depuis la couronne périurbaine vers le centre sont particulièrement importants (11% contre moins de 4% dans les autres agglomérations) eu égard au poids des résidents dans cet espace. Nous avons utilisé la méthode de classification par les centres mobiles. 22 entrants35 et le nombre de migrants et le rapport entre le nombre d’actifs stables36 et le nombre de migrants. On peut de la sorte mettre en évidence trois grandes catégories de communes dans toutes les aires urbaines (tableau 7). La première catégorie, intitulée « excédent d’emplois, stabilisation et attraction », rassemble des communes où l’on constate à la fois un volume suffisant (et même supérieur) d’emplois par rapport à la population résidente et un taux d’occupation de l’emploi local par ces résidents assez élevé, surtout dans les aires urbaines où le poids du centre est élevé (groupe 1). Cette catégorie de communes se distingue par ailleurs par une forte attractivité vis-à-vis des communes environnantes, attractivité que traduit le ratio entrants/migrants et qui s’explique par le fait que ces communes accueillent plus d’emplois que ne peut en absorber leur population résidente. Dans toutes les aires urbaines, le centre fait partie de cette catégorie. Des différences existent toutefois entre les agglomérations. Dans celles du groupe 1 seul un faible nombre de communes (entre 3 et 9) appartient à cette catégorie : il s’agit, outre le centre, des plus importantes communes de l’agglomération. Un tel résultat suggère l’existence, dans ces aires urbaines, d’une réelle multipolarité, voire multicentralité37, organisée autour de ces quelques grosses communes qui stabilisent leurs résidents et attirent des actifs extracommunaux. En revanche, dans les aires urbaines du groupe 2, cette catégorie comprend, outre la ou les communes-centres, un nombre très important de communes (compris entre 33 et 101). La deuxième catégorie, nommée « excédent d’emplois, faible stabilisation et attraction », comprend des communes de taille moins importante en moyenne que celles du groupe précédent (mis à part à Dijon) mais tout de même plus grandes que celles qui composent la troisième catégorie. Elles se caractérisent par un excédent d’emplois par rapport à leur population active mais, contrairement à la catégorie précédente, un faible niveau de stabilisation de leurs résidents. L’adéquation entre les emplois et les actifs se fait donc mal. Ces communes génèrent des flux croisés importants. La troisième catégorie, intitulée « déficit d’emplois, faible stabilisation et faible attraction », se compose de très nombreuses petites communes qui pour la plupart appartiennent à la couronne périurbaine. Elles présentent à la fois un fort désajustement entre les emplois locaux et les actifs résidents, matérialisé par la faiblesse du ratio emplois/actifs et l’importance des migrants. Ces communes se caractérisent de surcroît par une faible attractivité puisque le volume et la part des actifs entrants sont limités. Il s’agit donc de communes principalement résidentielles. Cette typologie confirme l’existence de disparités qui vont au-delà du seul découpage centre/périphérie. Le rôle du centre comme fournisseur d’emploi à ses résidents et au reste de l’aire urbaine est conservé dans les agglomérations où ce centre est demeuré fort (groupe 1). Cette spécificité de la commune centre apparaît en revanche très amoindrie dans les aires urbaines plus intensément soumises à l’étalement urbain et dans lesquelles émerge une sorte de centre « élargi », composé, outre le centre historique, de l’ensemble de la zone la plus urbanisée et la plus dense de l’aire urbaine. Cette évolution témoigne de ce que F. Gaschet et C. Lacour (2002) désignent par une disjonction croissante entre le centre et la centralité. Ce type de structuration est générateur d’une multiplication des flux inter-communaux qui concernent principalement, on peut le supposer, les communes qui composent ce centre élargi. 37 C’est-à-dire le nombre d’emplois de la commune occupés par des actifs résidant dans une autre commune. C’est-à-dire le nombre de personnes habitant et travaillant dans la même commune. En tout cas à Marseille-Aix et à Saint-Etienne car à Dijon, mis à part la commune de Dijon, les communes de cette catégorie sont de petite taille donc peu aptes à être des pôles secondaires. CONCLUSION Les premiers résultats de notre recherche suggèrent qu’il existe des écarts significatifs entre les aires urbaines encore fortement centrées et les autres plus intensément soumises à l’étalement urbain. A ce stade, il manque toutefois une analyse sur les distances parcourues parce que l’augmentation du nombre de migrants n’implique pas forcément une croissance de la longueur moyenne des trajets (Talbot, 2001). En particulier, on peut penser que la présence de polarités secondaires est à même d’organiser les migrations alternantes à partir de communes situées autour de ces pôles et finalement de réduire les distances domicile/travail, comme le suggèrent un certain nombre de modèles basés sur des structures urbaines poly iques (Sasaki et Mun, 1996 ; Suzuki, 2000). Notre analyse doit également être approfondie par un travail plus fin sur la nature des actifs (appréhendée par leur catégorie socio-professionnelle) en lien avec celle des emplois présents dans les différentes communes afin de mieux expliquer et de mieux caractériser la tendance générale à l’augmentation des flux inter-communaux. 24.
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Religieuses en Images. Base iconographique dédiée aux bénédictines et cisterciennes de l’époque moderne. Bulletin du CERCOR, 2020, 44, p.39-43. &#x27E8;hal-04283531&#x27E9;
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HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. Religieuses en Images Base iconographique dédiée aux bénédictines et cisterciennes de l’époque moderne En 2020, la plateforme des ressources numériques du Cercor hébergera une nouvelle base de données centrée sur l’iconographie des religieuses bénédictines et cisterciennes de l’époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles) : Religieuses en Images. Directement issue de mes travaux doctoraux, la création d’une base de données numérique et d’un site internet étaient naturellement le moyen de valorisation le plus adapté aux résultats de mes recherches. Je remercie le Cercor, et particulièrement son directeur, M. Thierry Pécout, pour avoir accepté de soutenir mon projet. Je remercie également Ahmad Fliti pour sa précieuse aide technique et ses conseils. Religieuses en Images se donne pour objectif de répertorier et contextualiser des représentations iconographiques de religieuses bénédictines et cisterciennes à l’époque moderne (1500 – 1792), sur le territoire de la France actuelle. J’ai effectué mon travail de collecte auprès de communautés religieuses, de musées, d’institutions patrimoniales, de bibliothèques, de services d’archives, de bases de données généralistes françaises, européennes et internationales, notamment celles spécialisées en histoire de l’art. Les fiches des œuvres seront progressivement intégrées à la base. A terme, près de 1000 documents pourront être consultés, pourvus de toutes les données recueillies dans les notices d’inventaires et l’historiographie du sujet. Outre sa reproduction visuelle, chaque fiche fournit des renseignements sur le document lui-même (auteur, date et lieu d’exécution, techniques et matériaux employés), sur ses différentes localisations au cours de l’Histoire (lieu d’exposition original, déplacement, lieu de conservation actuel), sur les religieuses représentées (nom, abbaye d’exercice, statut) et sur le sujet général (autres personnages, mise en scène). Une rubrique de commentaires met en lumière le contexte de production du document et donne des renseignements complémentaires sur l’auteur et/ou les religieuses représentées. Quelques références bibliographiques complètent les fiches. Pour contextualiser les œuvres et expliciter ma démarche, j’ai enrichi le site d’une série de textes qui mettent en avant l’étude quantitative et qualitative que j’ai menée sur le corpus. L’objectif est d’éclairer le contexte général de production des documents, et d’attirer l’attention sur les thématiques récurrentes et primordiales de la communication visuelle de ces religieuses de l’époque moderne. Ces textes sont complétés par une fiche biographique des principale religieuses du corpus, et par une brève présentation de l’historiographie du sujet avec une liste de sources et une bibliographie. Matériau peu utilisé dans les études antérieures, souvent dispersé du fait des vicissitudes de l’Histoire, rarement évoqué sinon à titre d’illustration, l’iconographie est ici valorisée pour deux ordres religieux anciens profondément renouvelés à l’époque moderne, les bénédictines et les cisterciennes. Cette base constitue donc un outil de recherche inédit sur cette thématique. Une représentation iconographique est ici comprise comme tout support matériel présentant une image visuelle et graphique de ces religieuses. Dans cette base, l’iconographie est une collection de représentations sur un même sujet, à savoir les religieuses bénédictines et cisterciennes. L’iconographie est conçue comme description et comme mise en perspective des images avec une thématique précise, dans un objectif de travail sériel. La double finalité de l’image est de dévoiler les éléments sensibles à la vue mais aussi de suggérer une autre représentation par la confrontation du visuel, du textuel et des associations mentales. La représentation iconographique mène naturellement à la représentation mentale. Ces représentations mentales sont réelles et fictives, dans le sens où elles s’appuient sur une certaine réalité, nécessairement déformée par des volontés diverses. En l’occurrence, quelles représentations mentales induisent les représentations iconographiques de ces religieuses dans la pensée de leurs contemporains mais aussi dans la nôtre aujourd’hui? Le paradoxe éventuel entre représentation figurative et retrait du monde chez ces religieuses contemplatives n’a plus lieu d’être évoqué devant l’abondance et la diversité des images. Cette problématique factice évacuée, l’analyse du corpus conduit plutôt à s’interroger sur leur place et leurs fonctions. Quels en sont les enjeux et les objectifs? A qui cette iconographie est-elle destinée et à qui profite-t-elle? L’iconographie met très clairement en avant le statut de la religieuse représentée, qu’elle soit fondatrice, supérieure ou simple moniale. Les grandes figures fondatrices et réformatrices du monachisme féminin, tant médiéval que post-tridentin, ont un poids écrasant dans les images et dans les esprits de l’époque moderne. Que montre l’image? Tout d’abord, elle est significative de la vie quotidienne des moniales et présente toutes les caractéristiques de leur vie temporelle et spirituelle. Elle est un reflet plus ou moins fidèle et idéalisé de la vie conventuelle des XVIe-XVIIIe siècles. L’image est aussi le reflet du statut social de la religieuse : être religieuse, être supérieure, être abbesse, fondatrice, réformatrice apporte un prestige social évident, visible dans la retranscription graphique des figures. Bien sûr, la question du genre peut aussi être abordée. Le sexe induit-il un traitement iconographique différent parmi les ordres monastiques? Il s’avère que l’image reprend des stéréotypes graphiques que l’on retrouve dans les portraits de religieux réguliers et même des personnages nobles du royaume. Les mêmes codes esthétiques sont réutilisés sans vergogne pour les religieuses. Autre question légitime : le poids de la domination des supérieurs masculins des religieuses est-il apparent dans l’iconographie? Les images montrant un rapport de domination des religieux sur les religieuses sont anecdotiques. Au contraire, les moniales semblent avoir acquis une autonomie iconographique dans le sens où elles sont le véritable sujet des représentations. Leur multiplicité suggère que le rapport de force sur le terrain n’est pas si défavorable aux religieuses. La « mise en image » des religieuses bénédictines et cisterciennes à l’époque moderne recouvre un objectif dominant et prioritaire : la communication dans tous ses états. La supérieure communique à l’intérieur de son abbaye ou de son ordre par ses portraits. Les abbayes communiquent à l’extérieur via l’image de leurs mythiques fondatrices ou de leurs pieuses réformatrices. Que cherchent les religieuses avec cette campagne de communication par l’image? Affirmation visuelle d’un prestige social et d’un pouvoir temporel fort, cette « mise en image » induit forcement la construction mentale d’un statut de sainteté pour ces moniales. Ainsi, la représentation iconographique des bénédictines et des cisterciennes en France à l’époque moderne inscrit une vision particulière de ces religieuses dans l’imaginaire collectif, vision qui perdure encore de nos jours. Que trouve-t-on concrètement dans la base Religieuses en Images? Des portraits, des scènes de groupes, des tableaux, des dessins, des fresques, des gravures, des mises en scènes sobres ou plus spectaculaires... Les grandes réformatrices du XVIIe siècle sont bien présentes tout comme les fondatrices de congrégations nouvelles (Catherine de Bar, Antoinette d’Orléans-Longueville), les abbesses les plus célèbres comme les religieuses anonymes. L’iconographie regroupe aussi les fondatrices médiévales comme sainte Radegonde de Poitiers, sainte Odile d’Alsace, sainte Opportune, sainte Fare... La figure de sainte Scholastique est omniprésente pour toute l’époque moderne, véritable porte-étendard des moniales. Les deux grandes abbayes de Fontevraud et Port-Royal sont très largement représentées. La base s’enrichira régulièrement de nouvelles œuvres. Lydie Brunetti Docteure en Histoire moderne et contemporaine (Universit é Paris Sciences et Lettres / Ecole Pratique des Hautes Etudes).
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Le pouvoir du chérif : perspectives sahariennes (XVIIIe/XIXe siècles). Oriente Moderno, 2023, 103 (1), pp.114-137. &#x27E8;10.1163/22138617-12340312&#x27E9;. &#x27E8;hal-04360039&#x27E9;
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4 La constitution d’un pouvoir de notable Les éléments divers que nous avons présentés jusqu’à présent nous incitent à formuler l’hypothèse selon laquelle la revendication du šaraf n’est pas simplement une qualification supplémentaire qui s’intègre dans le mode de vie des hommes de religion sahariens. Si le šaraf peut effectivement trouver sa place dans une trajectoire de savant et/ou de soufi, sa maîtrise constitue en même temps une voie distincte pour se faire reconnaître une excellence sociale pensée dans des termes islamiques. Essayons de mieux cerner cette voie en nous basant encore sur des récits évoquant la piété du chérif. Le Manḥ al-Rabb al-Ġafūr nous renseigne sur un certain Mawlāy ʿĀmar b. Mawlay Fḍayl [sic] b. Mawlāy Hāšim (m. 1233/1818) de Oualata, qui aurait été un homme faisant partie de « ceux qui adorent Dieu avec dévotion et font preuve de vertu » (ʿubbād Allāh al-ṣāliḥīn) ». Il se serait consacré avec assiduité à la récitation du Coran et aurait été l’un des rares à Oualata à avoir accompli le pèlerinage aux lieux saints de l’Islam.61 La même notice indique aussi qu’« il été gratifié d’une immense fortune et d’une progéniture nombreuse (nāla baraka ʿaẓīma fī l-māl wa-l-walad), ce qui est une qualité bénéfique et louable (fīhi ḫiṣla mufīda wa mamdūḥa). » Mawlāy ʿĀmar est ainsi décrit comme un homme certes très pieux, mais dont on retient sa capacité à faire prospérer ses affaires plutôt que son amour de la science ou ses états de mystique. D’autres notices biographiques du Manḥ al-Rabb al-Ġafūr vont dans le même sens, présentant les notables šurafāʾ de Oualata comme étant constamment au service « des gens du savoir et de la religion » (ahl al-ʿilm wa-d-dīn)62, tout en se distinguant de ces derniers. Ce qui leur permet de faire de leur privilège généalogique du lien de parenté avec le Prophète une source de prestige à la fois sociale et morale, c’est leur engagement méritoire dans les affaires de ce monde. Passons rapidement en revue deux exemples. Du chérif al-ʿAbbās b. al-Ḫalīfa b. Mawlāy al-Šarīf (m. 1251/1836), il est dit qu’il a assumé le rôle « d’un chef qui s’occupe des affaires des musulmans (raʾīsan qāʾiman bi-umūr al-muslimīn) » et qui se distingue par son « dévouement à l’égard des savants, des hommes vertueux (ṣāliḥīn), et de ceux qui font le bien (ahl al-ḫayr), cherchant continument leur compagnie (muṣāḥiban lahum) ».63 Il en va de même du chérif Mawlāy ʿAbd al-Qadīr b. Mawlāy al-Šarīf, également appelé Baʿlah. La notice donne alors un peu plus de chair à la notion quelque peu abstraite du souci pour « les affaires des musulmans ». Dans le contexte d’une société qui tire l’essentiel de ses moyens de subsistance de l’économie pastorale, il est dit qu’il « était préoccupé par la gestion des [troupeaux] de vaches. Il sortait avec eux [sur les terres de pâturage] jusqu’à ils soient 61 Hamady, Mohamed Lemine. La Mauritanie au XIXe siècle, ibid., p. 97. Ibid., p. 170. 63 ., p. 117. 64 Un troisième élément doit être rajouté à ce profil du gestionnaire communautaire, à savoir l’engagement actif dans la siyāsa saharienne, que nous avons déjà évoqué plus haut à propos de Mawlāy Ziydān. Pour plusieurs chérifs, le Manḥ al-Rabb al-Ġafūr mentionne qu’ils auraient fait preuve d’une maîtrise remarquable de l’art de la siyāsa qui, rappelons-le, renvoie à la capacité d’intervenir dans le jeu complexe des relations entre groupes lignagers. Il est vrai que cette aptitude est également attestée pour de nombreux marabouts zāwī, tels que les savants issus de la branche kunta installée dans l’Azaouad et à Tombouctou aux XVIIIe et XIXe siècles, ou leur disciple Sidīya alKabīr (m. 1286/1869) du Sud de la Mauritanie.65 Les documents à notre disposition suggèrent toutefois que chez les šurafāʾ oasiens du Touat et de Oualata, l’action politique ne repose pas sur une exemplarité religieuse s’exprimant à travers le registre du savoir et de la piété, même si ces deux ressorts sont susceptibles de la soutenir. Elle apparaît être le résultat d’une réussite sociale qui permet l’accumulation d’une fortune matérielle considérable. L’auteur du Manḥ al-Rabb al-Ġafūr associe cette richesse à un souci constant pour la justice et le respect des élites religieuses. Lisons un autre extrait : [En 1216/1801], al-Ḥā ǧ Mawlāy ʿAbd Allāh b. Sīdī Muḥammad b. Mawlāy Ṣāliḥ, le chérif ḥassanī, est décédé. Que la miséricorde de Dieu soit sur lui - c'était un homme qui appréciait la solitude, doux, accueillant et généreux. Il dépensait ses biens sur le chemin de Dieu, accomplissait ce qui est ordonné et bon, craignait Dieu et préservait sa pureté, Il suivait la sunna et faisait preuve de lucidité dans les affaires politiques (aḥwāl alsiyāsa) tout en restant intègre, et il aimait les gens de religion, montrant une admiration particulière pour les savants. Il possédait une fortune énorme qui bénéficiait aux serviteurs de Dieu.66 L’art de la siyāsa chez ce chérif repose donc essentiellement sur un capital matériel et relationnel permettant de « traiter les gens en fonction du rang qui leur revient (yanzilu al-nās manāzilahum) »67. C’est, à notre avis, de là que procède l’action médiatrice de certains šurafāʾ, observée par les anthropologues et également attestée dans notre documentation. Par exemple, une demande de consultation (istifitāʾ) adressée au jurisconsulte ʿAbd al-Raḥmān al-Ǧantūrī (m. 1160/1747) décrit comment l’arrivée d’un groupe de šurafāʾ a apaisé les hostilités au sein d’une tribu du Gourara dont le nom n’est malheureusement pas indiqué : « Il a été interrogé à propos d’une tribu (qabīla) dont les membres vivaient dans un état d’antagonisme permanent (kāna baʿḍahum ʿadwan li-baʿḍ) avant l’arrivée des chérifs dans ce pays. Une fois arrivés, ceux-ci ont mis fin à l’hostilité entre les gens, faisant disparaître toute forme de discorde (fitna), de meurtre et de haine. »68 64 Ibid., p. 70. Stewart, Ch., Islam and Social Order in Mauritania ibid. 66 Hamady, Mohamed Lemine. La Mauritanie au XIXe siècle, ibid., p. 72. 67 Remarque du compilateur à propos du chérif al-ʿĀbid Sīdī b. ʿAlah (m. 1286) issu des Awlād Sīdī Ḥammū bi-l-Ḥāǧǧ (m.1286/1869), ibid., p. 196. 68 Al-Ǧantūrī, ʿAbd al-Raḥmān, Nawāzil, ms., fonds ḫizāna Badriane, Wilaya d’Adrar, f. 97. D’un autre côté, il convient de noter que les šurafāʾ peuvent eux-mêmes se retrouver dans la situation d’avoir besoin d’une telle médiation. Les manāqib dédiées à Mawlāy ʿAbd al-Mālik illustrent bien ce point. Le maître de Reggane aurait été sollicité une fois par deux groupes de « šurafāʾ venant du Touat » pour aider à négocier un compromis (ṣulh) dans un conflit qui les divisait.69 Au début, Mawlāy ʿAbd al-Mālik est hésitant, car il craint que ses interlocuteurs ne mettent pas à exécution le compromis convenu. Cependant, il se laisse finalement convaincre et invite chez lui les leaders respectifs (raʾīs) des deux camps rivaux. Reliant les mains des deux antagonistes avec son chapelet, il les avertit : « Méfiez-vous de l’injustice (ẓulm), car je me tiendrai aux côtés de celui qui en est la victime (maẓlūm) ». Peu de temps après, l’un des deux leaders décide de trahir (ġudra) l’accord et de reprendre les hostilités. Il envoie quelques-uns de ses proches (ahlihi) pour assassiner l’autre chérif (li-qatl al-šarīf) lors d’une embuscade organisée dans un jardin, tout en se cachant luimême à proximité, derrière un rocher. Soudain, ses compagnons entendent un bruit en provenance de sa cachette. Ils se précipitent pour découvrir leur chef gisant sans vie sur le sol. Ne trouvant pas la moindre blessure ou signe d'intervention extérieure sur son corps, ils comprennent alors que tout cela est « le ésultat de la prière (duʿā) du cheikh Mawlāy ʿAbd al-Mālik. »70 L’anecdote met en évidence un aspect fondamental de la vie sociale saharienne à l’époque moderne : s’engager dans la siyāsa signifie aussi être prêts à s’impliquer dans des conflits armés. Que ce soit au Touat ou à Oualata, les groupes šurafāʾ semblent loin de se tenir à l’écart de cette économie de la violence entre groupes lignagers, un sujet qui a été étudié en profondeur par les divers spécialistes de l’espace nomade mauritanien.71 Prenons donc un exemple issu de ce monde oasien. Lors d’un procès autour d’un divorce contesté qui s’est tenu devant le qāḍī al-ǧamāʿa du Touat ʿAbd al-Ḥaqq al-Bakrī, l’ex-mari a récusé un témoin de la partie adverse en argumentant que celui-ci avait participé aux pillages commis par un groupe de šurafāʾ dans la région de Bouda. Au cours de l’attaque, de nombreux palmiers auraient été abattus et des systèmes d’irrigation détruits. Le cadi a alors invalidé le témoignage. L’affaire a ensuite été soumise à l’expertise du maître jurisconsulte ʿAbd al-Ramān al-Tinilānī sous forme d’une question plus générale : « celui qui prend part aux razzias des šurafāʾ dans la région de Bouda, son témoignage devient-il invalide? ».72 La réponse du mufti est nuancée : si les šurafāʾ ont agi de leur bon droit, une telle participation serait légitime et n’affecterait pas l’honorabilité (ʿadāla) de la personne. Cependant, si ces šurafāʾ « ne s’arrêtent pas devant les limites imposées par la Loi »73, alors cette personne perd sa capacité à témoigner en s’associant à eux. À l’instar du projet de meurtre décrit dans les manāqib de Mawlāy ʿAbd al-Mālik, le cas que nous venons d’examiner laissent apparaître les šurafāʾ comme des notables aspirant à l’exercice d’un pouvoir qui n’exclut pas le recours à la violence. Encore dans la Ġunyat al-Muqtaṣid nous lisons qu’au cours d’un autre procès devant ʿAbd al-Ḥaqq al-Bakrī, l’une des parties au litige n’a pas réussi à faire gānī, Ḏikr manāqib al-Sayḫ Mawlāy ʿAbd al-Mālik al-Raggānī, ibid., F. 3a-3b. Ibidem, f. 3b. 71 Voir les travaux de Pierre Bonte, Mariella Villasante Cervello, Abdel Wedoud Ould Cheikh, Mohamed Mokhtar Ould Saad, Yahya, Ould-al-Bara, Raymond Taylor, etc. 72 Ġunyat al-Muqtaṣid, ibid., f. 653. 73 « Lā yaqifūna ʿinda mā ḥadda lahum al-šarʿ ». venir des témoins au tribunal, car ceux-ci craignaient des représailles d’un groupe de šurafāʾ non identifié (yaḫāfūna saṭwat al-šurafāʾ).74 Le Manḥ al-Rabb al-Ġafūr fait également état de féroces rivalités et de luttes parfois sanglantes. En 1808, un violent conflit éclate entre les Awlād Sīdī Ḥammū bi-l-Ḥāǧǧ à la suite duquel certains sont contraints de s’exiler dans l’oasis de Néma, située plus au sud. Nous renvoyons une fois encore au précieux travail de Mehdi Ould Moulaye el-Hassan qui propose une analyse détaillée des événements.75 Ce qui nous intéresse ici, c’est la manière dont l’auteur du Manḥ al-Rabb al-Ġafūr relate les hostilités : « Un grand mal s’est produit chez les šurafāʾ de Oualata. Ils se sont combattus les uns contre les autres le vendredi 26 ramadan, provoquant la mort de Mawlāy b. Mawlāy ʿAlī. De même, le mur [de la maison] de Mawlāy b. Mawlāy Aʿla a été détruit ».76 L’auteur poursuit avec une liste de trois autres šurafāʾ tués dans le combat avant d’implorer Dieu « de nous préserver de cette tragédie qu’est la discorde (fitna) entre les membres de la famille du Prophète ».77 Nous sommes très loin de l’image du saint « pacifique » pour qui seul le recours à la violence symbolique de la malédiction serait envisageable.78 Les quelques exemples que nous avons examinés laissent au contraire entrevoir une volonté de s’imposer la force et l’existence des moyens nécessaires pour le faire. Les šurafāʾ au Touat et à Oualata disposent certes d’un pouvoir entouré du prestige du lien généalogique avec le Prophète. Toutefois, son déploiement social repose sur l’accumulation de ressources matérielles et, surtout, l’habilité à participer à la siyāsa, y compris en recourant aux armes. Il est vrai que de tels conflits armés sont également attestés pour des groupes « maraboutiques » de l’Ouest saharien. La Mauritanie a ainsi connu le cas célèbre de l’affrontement entre les Ahl Sīdī Maḥmūd et une branche des Kunta au XIXe siècle. D’autres exemples ne manquent pas et certains groupes maraboutiques font même de la capacité de se défendre par la force un élément clé de leur identité communautaire. Conclusion Dans cette esquisse d’un portrait socioculturel des notables šurafāʾ de deux sociétés oasiennes de l’Ouest saharien, quel sens devrions-nous attribuer à la revendication d’une filiation avec le Prophète? Risquons-nous de tomber dans une dichotomie largement dépassée, car artificielle, entre 74 Ġunya al-Muqtaṣid, ms. cit., f. 658 . El-Hassan, Mehdi Ould Moulaye. Du Tafi lalt au Hodh Chargui , ibid., p. 258-270. 76 Hamady, Mohamed Lemine. La Mauritanie au XIXe siècle, ibid., p. 81. 77 Ibid. 78 Sur le pouvoir de malédiction des saints maghrébins, voir : Touati, H. “Approche sémiologique et historique d’un document hagiographique algérien”. Annales E.S.C., 44/5 (1989), p. 1205-1228. 75 ces termes. Les sources littéraires musulmanes qui rendent possible l’écriture de cette histoire de l’intérieur maghrébin et saharien suggèrent que nous sommes en présence de deux articulations distinctes de la référence à l’islam. L’une met l’accent sur la capacité de manipuler le savoir, le ʿilm, pour agir comme intermédiaire entre la révélation (al-waḥī) et les hommes. Par-là même, elle fonde la revendication d’un leadership religieux et intellectuel qui peut aussi devenir politique, ce dont témoignent les mouvements révolutionnaires que l’Afrique de l’Ouest a connus aux XVIIIe et XIXe siècles.79 C’est en quelque sorte l’expertise textuelle, symbolisée par la planche (lawḥ) de l’étudiant coranique (ṭālib), qui établit le lien avec l’âge des origines et qui trouve sa manifestation généalogique dans l’affirmation de nombreux groupes maraboutiques au Sahara d’être les descendants des compagnons du Prophète et non du Prophète lui-même. Le chérifisme, du moins tel qu’il se manifeste à travers les documents provenant du Touat et d’Oualata aux XVIIIe et XIXe siècle, envisage ce lien d’une manière différente. Il s’approprie la figure du Prophète comme l’expression suprême du pouvoir d’intervenir légitimement dans « les affaires des musulmans ». À notre avis, cette façon de s’engager dans le monde différencie les notables chérifiens des notables maraboutiques, qui sont animés par la conviction d’être les interprètes des sources scripturaires fournissant à l’homme les connaissances exotériques et ésotériques nécessaires à la pratique de la religion (dīn). L’institution du šaraf et les croyances qu’elle a pu engendrer sont donc étroitement liées à un discours sur l’exercice d’un pouvoir communautaire. Le champ d’enquête qui s’ouvre est vaste, et notre contribution vise avant tout à inciter à revoir certaines classifications héritées des études ethnologiques du XXe siècle, qui continuent à dominer une part considérable de la recherche sur l’Islam maghrébin et saharien. Cela dit, les quelques éléments provenant de l’Ouest saharien que nous avons examinés permettent déjà de mettre en lumière l’ambiguïté inhérente à un tel discours sur le pouvoir des šurafāʾ. À l’instar du topos du « mauvais savant », l’image du chérif qui « ne s’arrête pas devant les limites de la Loi » renvoie aux réalités sociales dans lesquels les mobilisations du référent islamique s’intègrent comme outils discursifs pour intervenir dans les rapports de force. C’est peut-être pour se prémunir contre de telles accusations de tyrannie et d’injustice (ẓulm) que certains šurafāʾ s’efforce de multiplier les actes de piété et de bienfaisance. 79 Cf. Amir Syed, “Between Jihād and History: Reconceptualizing the Islamic Revolutions of West Africa”. In The Palgrave Handbook of Islam in Africa. Ngom, F., Kurfi, M. H., Falola, T. (dir.), Londres, Palgrave, 2020. 17.
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8,188
13,802
Figure III-10 : Répartition de la surface, en pourcentage de la surface forestière totale de pin maritime, par classe d'âge pour le bassin versant du Bouron (Haut) et du Tagon, (Bas) évolution entre 1987 et 2007. Pourcentage moyen obtenu pour 20 simulations (tirages aléatoires), les barres d'erreur représentent 1 fois la déviation standard entre les 20 simulations. Figure III-11 : Aire moyenne des groupements (en hectares), Aire maximale des groupements (en hectares), Nombre de groupements et Indice de Simpson pour le bassin versant du Bouron (Haut) et du Tagon (Bas) : évolution entre 1987 et 2007. Valeurs moyennes obtenues pour 20 simulations, les barres d'erreur représentent 1 fois la déviation standard entre les 20 simulations. Chapitre 3 111 112 Figure III-12 : Aire moyenne (en hectares, à gauche), Aire maximale (en hectares, au centre) et Nombre (à droite) de groupements (i.e., après fusion des polygones adjacents par classe d'âge de 5 ans) pour le bassin versant du Bouron (Haut) et du Tagon (Bas) : évolution entre 1987 et 2007. Valeurs moyennes obtenues pour 20 simulations, les barres d'erreur représentent 1 fois la déviation standard entre les 20 Chapitre 3 3.4.1 Evolution du bilan ilan de carbone entre 1987 et 2007 sur les deux sites Figure III-13 : Biomasse aérienne en tonnes par hectare par classe d'âge : valeur moyenne de la classe pour les cycles 2 (1978), 3 (1988) (1988) et 4 (1998) des inventaires IFN pour la Gironde, valeur issue des données d'inventaires INRA pour 2008 sur les deux bassins versants (valeur pour le centre de classe, class, à partir du modèle défini au paragraphe 4.3.2). Les valeurs de biomasse masse pour 2007 200 figurées sur la Figure III-13 correspondent à la valeur calculée à partir des données contemporaines (valeur pour l'âge du centre de classe). Elles montrent une progression régulière plausible en regard des valeurs issues des inventaires in réalisés par l'IFN entre 1978 et 1998, 1998, grâce, principalement, à l'effet de l'amélioration variétale et des techniques Le cycle 2 a été figuré à titre indicatif sur ce graphique, bien qu'il ne soit pas utilisé dans cette étude18. étude L'évolution de la biomasse est quasi-linéaire avec l'âge. Les valeurs concordent avec les mesures directes de biomasse aérienne réalisées par Porté et al. (2002) sur le Pin maritime : 9.2 t.ha-1 t.ha 1 pour un peuplement de 5 ans, 113 et 144.5 t.ha-1 t.ha pour des peuplements de plus de 25 ans (26 et 32 ans respectivement). La biomasse totale (biomasse aérienne et racinaire) immobilisée par chaque classe d'âge pour un hectare moyen pour les trois dates des inventaires, calculée pour les années 1987, 1997 et 2007, est visible dans la Figure III-13 Elle résulte du croisement de l'information sur la distribution de la biomasse par classe d'âge de la Figure III-13 et de 18 les données antérieures à 1988 ne sont pas utiles pour notre étude. De plus, le nombre de placettes d'inventaire dans chaque classe d'âge est parfois trop tr faible pour être représentatif de sa classe. Figure III-14 : Contribution des classes d'âge à la biomasse totale pour un hectare moyen : biomasse totale rapportée à la surface forestière totale (Pin maritime) sur le bassin versant du Bouron (Haut) et du Tagon, (Bas), évolution entre 1987 et 2007. Chapitre 3 l'information sur la distribution des surfaces par classe d'âge pour les deux bassins versants, Figure III-10. Sur le bassin versant du Bouron, en 1987, les classes d'âge supérieur à 30 ans stockent la majorité de la biomasse. De même, sur le bassin versant du Tagon, en 1987, très peu de biomasse est immobilisée dans les jeunes peuplements (toujours inférieure à 10 t.ha-1). En 1997, les classes d'âge "20-29 ans" pour le Bouron et "50 ans et plus" pour les deux bassins versants sont les classes qui immobilisent le plus de biomasse. En 2007, sur le Bouron, les classes d'âge les plus âgées continuent de concentrer la majeure partie de la biomasse, avec le pic des "10-19" ans de 1987 et des "20-29 ans" de 1997 qui se retrouve dans les "30-39 ans" cette année là. La contribution des classes d'âge supérieur à 40 ans a en revanche diminué. La situation est très différente sur le Tagon, avec en 2007, une biomasse qui se redistribue presque à part égale autour de l'âge 30 ans. La biomasse stockée dans les plus vieux peuplements devient inférieure à celle stockée par les classes d'âge de moins de 20 ans. Le rajeunissement de la distribution des surfaces vers les classes d'âge les plus jeunes (paragraphe 4.4.4) s'accompagne donc d'un effet visible sur le stock de carbone qui est déséquilibré, car à l'opposé de la répartition habituelle, c'est-à-dire davantage stocké dans les classes d'âge les plus âgées. Les résultats rapportés à la surface forestière de Pin maritime totale, c'est-à-dire le stock de carbone moyen pour chaque hectare de pin est visible sur la Figure III-15. Pour les deux bassins versants, l'évolution réelle entre 1987 et 1997 est une progression régulière. La forêt de Pin maritime stocke du carbone sur cette période. L'effet des prélèvements est visible sur le Tagon. Comme cela a déjà été constaté auparavant, en 1987, les forêts en âge d'exploitation représentaient une grande part du bassin versant et les surfaces en coupes rases augmentaient logiquement en 1997. Pour le bassin versant du Bouron, les effets de l'amélioration variétale et des techniques surcompensent les prélèvements : malgré les coupes, le stock de carbone est plus important en 1997 que ce qu'il aurait été si les peuplements de 1987, toutes conditions étant égales par ailleurs, avaient été maintenus à l'identique jusqu'en 1997 (mais avec 10 ans de plus). En 2007, la quantité de carbone stockée en moyenne par hectare diminue. La différence entre l'évolution naturelle issue de l'état 1997 et l'état effectif en 2007 est très visible. L'effet cumulé des exploitations et de la tempête entraîne une réduction plus importante sur le Tagon (18.31 tC.ha-1) que sur le Bouron (12.76 tC.ha-1) par rapport à l'évolution naturelle en absence de perturbations. En 1997, le stock de carbone moyen est égal à 39.28 tC.ha-1 pour le Bouron et 39.35 tC.ha-1 pour le Tagon. Ces valeurs sont plus faibles que celles trouvées par Meredieu et al. (2005) qui trouvaient pour le département de la Gironde : 52 tC.ha-1 en 1988, 58 tC.ha-1 en 1999 et 42 tC.ha-1 en 2000. Cependant, leurs calculs reposaient sur la conversion du volume de bois fort IFN (via l'utilisation de facteurs d'expansion et de conversion), et l'auteur estime l'erreur sur cette valeur de plus ou moins 15 %. De plus, l'IFN ne calcule pas de volume sur les placettes pour lesquelles le DBH moyen est inférieur à 23.5 cm. Par conséquent, la Bouron Tagon Figure III-15 : Carbone moyen stocké par hectare de forêt de pin maritime sur les bassins versants du Bouron (à gauche) et du Tagon (à droite), évolution entre 1987 et 2007. La partie gris clair et les étoiles représentent l'évolution si aucun ment n'avait eu lieu depuis la précédente période (pas d'amélioration variétale, pas de modification de l'itinéraire technique, pas d'exploitation). Chapitre 3 biomasse moyenne à l'hectare peut-être surestimée si elle se base sur le volume de bois fort IFN uniquement. Quelques limites peuvent aussi être relevées dans le cas de cette étude. Les relations allométriques sur lesquelles se basent nos calculs correspondent à l'état de l'art (Shaiek et al., 2011), elles peuvent aussi être remises en cause pour les classes d'âge extrêmes. En effet, elles ont été mises au point pour des peuplements de 9 à 50 sur lesquels la biomasse a été mesurée. 3.5 Conclusion La cartographie des classes d'âge en 2007 par un traitement d'images SPOT orientée objet, si elle a permis d'avoir accès à un nombre plus important de classes que ce qui a été obtenu par le passé avec des méthodes pixel à pixel, pour les couverts de Pin maritime, n'a pas atteint la fiabilité escomptée. L'originalité, ici, a été de compléter cette première carte par les informations apportées par la carte des coupes rases 1984-2006 de l'IFN. Celle-ci a en effet permis d'affiner la connaissance des âges pour les peuplements de moins de 21 ans. La méthodologie proposée pour réaffecter un âge à l'ensemble des parcelles à partir des distributions statistiques de l'IFN a permis d'avoir une information continue dans le temps et dans l'espace. La reconstitution anti-chronologique de l'âge de 1985 à 2007, basé sur cette carte en 2007, a mis en évidence des modifications importantes sur la structure des âges des peuplements suite à la tempête Martin de 1999 sur le site du Tagon, par intercomparaison avec le site du Bouron, situé dans une zone moins balayée par la tempête. Deux applications possibles de cette cartographie ont été abordées dans ce chapitre. Cette carte a permis tout d'abord le calcul de métriques propres à l'étude du paysage, afin d'analyser l'hétérogénéïté spatiale et temporelle des peuplements de Pin maritime d'âges différents. Enfin, elle a servi de base au calcul du bilan de carbone à l'échelle des bassins versants, pour plusieurs années et a permis de mettre en évidence les effets de la gestion sylvicole et des évènements climatiques extrêmes de type "tempête" sur sa dynamique temporelle. La méthodologie utilisée ici nous semble la plus fiable dans l'état actuel des c s et des techniques pour l'estimation des bilans de carbone à l'échelle d'une petite région forestière dans le Massif Landais. Un troisième type d'application de ces cartes sera abordé dans le chapitre VI, dans lequel nous testons la sensibilité de la recharge, i.e. le flux d'eau entrant dans le système aquifère, aux différents types de couverts à l'échelle du bassin versant du Bouron. Au vu du large spectre d'applications possibles des cartes obtenues, il est important de continuer l'effort de production des cartes des coupes rases annuelles de l'IFN. 118 Chapitre IV Etude de la productivité et de la croissance du Pin maritime en fonction de la profondeur de nappe plioquaternaire " Mais c'est vrai que j'ai toujours été fasciné par l'arbre. Le motif végétal est un motif qui est central chez moi, l'arbre est là. Il est partout, il m'inquiète, il m'intrigue, il me nourrit." Aimé Césaire (Présence Africaine, N°126, 1983) IV. 4.1 4.2 Matériel et Méthodes 127 4.2.1 Données piézométriques 127 4.2.2 Données forestières in-situ 128 4.2.2.1 Choix des sites de mesure 128 4.2.2.2 Données d'inventaire forestier 129 4.2.2.3 Données dendrochronologiques 131 4.2.3 Données météorologiques 131 4.2.4 Analyse des données 132 4.3 4.2.4.1 Etude des types de landes 132 4.2.4.2 Biomasse 132 4.2.4.3 Croissance 133 Résultats 137 4.3.1 Analyse des données piézométriques 137 4.3.2 Caractérisation des parcelles 137 4.3.3 Effet de la hauteur de nappe sur la biomasse 141 4.3.4 Surface terrière, Sensibilité et Autocorrelation pour le Pin maritime 141 4.3.5 Effet des variables hydro-climatiques sur la croissance 143 4.3.6 Variabilité de la croissance en fonction des types de landes 148 4.4 4.5 121 122 Chapitre 4 4.1 Introduction La croissance secondaire des arbres est un processus qui conduit à la formation du bois et qui est sensible aux changements environnementaux. L'analyse, par mesure et datation, des cernes de croissance annuels pour comprendre la variation des paramètres environnementaux tout au long de la vie de l'arbre, constitue le thème de la dendrochronologie. De nombreuses études dendrochronologiques ont démontré l'influence de l'âge, du climat et de la sylviculture sur la formation des cernes annuels (Fritts, 1971 ; Fritts, 1976 ; Schweingruber, 1990 ; Bert, 1993). L'hypothèse sous-jacente commune à toutes ces études est la continuité des processus conduisant à la formation d'un cerne : l'effet des variables environnementales et biologiques sur la croissance demeure le même dans le passé comme au présent ("Uniformitarian Principle" ; Hutton, 1788, cité dans Hughes, 2002). Par exemple, la quantité d'eau disponible au cours de la saison de croissance active les mêmes processus biologiques et, influence, de la même façon aujourd'hui, la croissance radiale des arbres, taille du cerne annuel, sa distribution autour du tronc, la durée de croissance cambiale, la proportion de xylème formé, le moment de l'initialisation et la durée de formation du bois d'été ainsi que l'épaisseur de la zone de transition entre bois d'été et bois d'hiver, que par le passé. Ainsi, à partir de l'analyse de la succession des cernes, l'information sur les changements écologiques, i.e. le milieu local, ou sur les changements environnementaux, i.e. le climat présent et passé, peut être reconstituée (Fritts, 1971). La communauté des climatologues s'intéresse depuis longtemps aux enregistrements contenus dans les cernes des arbres, qui constituent un proxy pour la reconstitution des variables climatiques et l'étude de leur l'impact sur la croissance des arbres (Mérian et Lebourgeois, 2011). L'intérêt de la communauté des hydrologues est plus récent et un nombre grandissant d'études s'intéressent tout particulièrement à la reconstruction des chroniques de débit. Initiée en Amérique du Nord (Woodhouse et Lukas, 2006), cette méthodologie s'est peu à peu étendue dans tous les endroits du globe où les chroniques de mesures instrumentales sont trop récentes pour connaître les conditions historiques (Pederson et al., 2001 ; Lara et al., 2005 ; Brookhouse et al., 2008 ; Boninsega et al., 2009 ; D'Arrigo et al., 2011). Les variables hydrologiques sont susceptibles d'expliquer davantage la variabilité de la largeur des cernes annuels, puisqu'elles prennent en compte les phénomènes d'infiltration et de rétention d'eau, qui sont négligés lorsque les précipitations seules sont utilisées pour le calcul de la quantité d'eau disponible pour les arbres (Ford et Brooks, 2003). Cependant, une variable comme la mesure du débit à un exutoire ne traduit pas toujours la situation hydrique de chaque arbre sur l'ensemble du bassin versant drainé. Selon la proximité au réseau de drainage, le statut hydrique des sols peut être très différent. L'utilisation du niveau de nappe semble plus appropriée, même si les chroniques sont rares, courtes ou inexistantes dans la plupart des pays (Ford et Brooks, 2003). Pourtant, les effets de la profondeur de nappe par rapport au sol sur les performances des arbres sont relativement bien connus. La présence de la nappe à l'affleurement peut être faste aux arbres (anoxie), même si ces conditions sont souvent rencontrées pendant les périodes hivernales où les arbres sont dormants ou faiblement actifs (Spurr et Barnes, 1980). Les effets négatifs de l'engorgement en eau sur la croissance sont couramment rencontrés dans les zones inondables ou marécageuses. Polacek et al. (2005) ont montré que la diminution du niveau de l'eau dans les rivières, et donc du niveau de la nappe, favorise la croissance du Pin sylvestre (Pinus sylvestris), une espèce intolérante aux inondations, dans le bassin de la rivière Lech (Alpes autrichiennes). Dans d'autres cas cependant, la nappe phréatique constitue un réservoir pour les racines des arbres lorsqu'elle se trouve proche de la surface, soit par prélèvement direct dans la zone de battement de la nappe, soit, via l'apport des remontées capillaires. Robertson (1992) s'est intéressé à l'effet de la variation de la profondeur de nappe sur la croissance des Chênes (Quercus sp.) et des Caryers (Carya sp.) aux Etats-Unis. L'étude a démontré que l'accroissement des arbres cesse dès que la nappe atteint sa profondeur maximale, et que l'incrément radial annuel est négativement corrélé à la profondeur de la nappe. Fraser (1962) a montré que l'humidité du sol était directement reliée à la profondeur de la nappe sur des sites très secs à très humides, ainsi qu'à la croissance radiale, l'initiation et la cessation de l'activité cambiale pour l'Epinette blanche (Picea glauca) et le Bouleau jaune (Betula alleghaniensis). Ces prélèvements sont parfois très importants : une étude en Floride a ainsi démontré que la suppression du couvert forestier (Pinus taeda) augmente de 32 à 41 cm la hauteur de la nappe par rapport au témoin (Sun et al., 2000). Enfin, les effets peuvent être complexes, comme dans l'étude de Ford et Brooks (2003) : la croissance du Pin d'Eliott (Pinus elliotii var. densa) est positivement corrélée avec une profondeur de nappe faible au cours du printemps de l'année de végétation en cours, et très négativement corrélée à l'affleurement de la nappe en hiver. Le Pin maritime est une espèce peu utilisée pour les études dendrochronologi . Pourtant, cette espèce répandue sur tout le pourtour méditerranéen et sur la côte Ouest de la France est bien adaptée pour l'analyse des effets du climat sur la croissance des arbres (Bogino et Bravo 2008). En Espagne, les chroniques de largeur de cerne de cette espèce ont été utilisées comme proxy pour reconstituer les précipitations estivales de la côte Est (Richter et Eckstein, 1990). De même au Maroc, Nefaoui (1996) a mis en évidence la corrélation entre la croissance et la pluviométrie, mais aussi avec la capacité de rétention en eau des sols. Au Portugal, les pins de moins de 65 ans se sont révélés sensibles au climat, et leur croissance positivement corrélée aux pluies automnales (Viera et al., 2009). En revanche, les précédentes études sur cette espèce en France n'ont pas montré de bonnes corrélations entre les variables climatiques et la largeur du cerne de l'année (Bert, 2006), bien que certaines années caractéristiques (sécheresse ou abondante pluviométrie) aient pu être identifiées (Vauchel, 1996). Aucune étude n'a mis en évidence la corrélation entre des chroniques de profondeur de nappe et de largeur de cerne annuelles. Pourtant, la quantité et la disponibilité de l'eau est déterminante au cours de la saison de croissance, car elle influence l'épaisseur du cerne et le nombre de cycles de croissance de l'année en cours (Demounem et al., 1970 ; David, 1974). De plus, comme c'est le cas pour d'autres espèces (Ford et Brooks, 2003), le Pin maritime 124 Chapitre 4 possède trois cohortes d'aiguilles (Porté et al., 2000) préformées en bonne partie dans le bourgeon au cours de l'année précédente et la croissance de l'année en cours dépend aussi des conditions météorologiques et hydriques des années précédentes. Ainsi, les effets rétroactifs de l'année précédente ne doivent pas être négligés. Les racines du Pin maritime dans la région des Landes de Gascogne explorent majoritairement les 3 premiers mètres du sol (Danjon et al., 2005). Cette profondeur peut être plus réduite sur les sites de lande humide, avec un maximum entre 0.8 et 1 mètre au dessous du sol (Bakker et al., 2006). Par conséquent, les arbres se trouvant sur des sites où la nappe est toute l'année sous le plancher racinaire peuvent être plus sensibles à un déficit pluviométrique, toutes conditions étant égales par ailleurs (même itinéraire technique, même variétés améliorées). Bien que la conductance stomatique du maritime soit très sensible aux conditions climatiques et que cet arbre possède un fort pouvoir de régulation de sa transpiration dès les premiers stades de stress hydrique (Gash et al. 1989 ; El Hadj Moussa, 1989 ; Loustau et al., 1990 ; Berbigier et al., 1991 ; Granier et Loustau, 1994 ; Moreaux et al., 2011), un stress quasi-permanent entraîne une moindre croissance. Loustau et al. (1999) en se basant sur les données d'inventaire de 1988, montrent que les landes de type mésophile, naturellement favorables au Pin maritime, sont les plus productives. Chaperon et Crémière (1994) estiment que les landes humides bien drainées sont encore plus favorables, en raison de la forte teneur en matière organique des sols. 125 Figure IV-1 : Localisation des piézomètres suivis par le BRGM sur l'ensemble du Massif landais et des sept piézomètres sélectionnés pour l'étude de l'effet de la hauteur de nappe sur la productivité du Pin maritime 126 Chapitre 4 4.2 Le protocole d'échantillonnage et la méthodologie de traitement des données a été mise en place en mai 2008 avec l'aide de D. Bert (Unité BIOGECO, Centre INRA Bordeaux). Les campagnes terrain et la création de la base de données dendrométriques ont été réalisées dans le cadre du stage de L. Fernandez (Fernández de Uña, 2009a). 4.2.1 Données piézométriques Le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) est gestionnaire de 36 piézomètres répartis sur le massif des Landes de Gascogne, qui assurent un suivi de la nappe plio-quaternaire. Les données sont accessibles en ligne via le portail d'Accès aux Données sur les Eaux Souterraines (ADES, http://www.ades.eaufrance.fr/, dernier accès le 21/01/2011). Sept piézomètres disponibles sur la base ADES ont été sélectionnés pour cette étude (Figure IV-1), selon des critères de distance (délai de route inférieur à 1 heure) et du temps disponible pour cette expérimentation (stage de 4 mois de L. Fernández), avec au moins deux répétitions par type de station forestière, représentatives d'une classe de profondeur de nappe (Augusto et al., 2006, voir Chapitre II). Il s'agit des piézomètres situés sur les communes de Belin-Beliet (33) et Escource (40) pour les stations de lande sèche, de Biganos (33) et Saucats (33) pour les stations de lande mésophile, de Saumos (33), du Temple (33) et de Mios (33) pour les stations de lande humide (Figure IV-2). Les chroniques piézométriques n'ont pas la même durée d'un site à l'autre. Le Tableau IV-1 résume les données disponibles sur la base ADES et les principales caractéristiques des piézomètres. Par convention, les valeurs utilisées par la suite sont toujours négatives puisqu'il s'agit de profondeur par rapport au sol. La fréquence de mesure s'échelonne entre 1 valeur par mois à 1 valeur par jour, selon les sites, souvent variable dans un même jeu de données (les données historiques les plus anciennes ont une fréquence moins importante). Tableau IV-1 : Profondeur minimale, moyenne et maximale (m) atteinte durant la période de mesure pour les sept piézomètres nés pour l'étude. Seule la date de début des mesures est indiquée : les mesures continuent toujours en 2011. Saumos Le Temple Biganos Mios Saucats Belin-Beliet Escource Code_BSS 08022X0004/F 08025X0009/P 08266X0003/F 08502X0104/F 08511X0036/F1 08744X0005/PZE 08986X0052/PZ Date début oct. 1997 oct. 1975 déc. 1986 oct. 1989 sept. 1969 janv. 1976 juin 1992 Min 1.3 1.93 2.58 1.75 5.14 5.93 10.43 Mean 0.70 0.88 1.43 0.92 2.12 4.89 9.65 Max 0.04 0.01 0.67 0.07 0.3 2.84 7.66 127 Lande humide Lande mésophile Lande sèche Figure IV-2 : Profondeur de la nappe pour les piézomètres sélectionnés et classe des stations forestières correspondantes, selon les critères d'Augusto, 2006. Les piézomètres échantillonnés couvrent une gamme de profondeur de nappe allant de -10.43 10.43 mètres au dessous de la surface du sol au minimum pour Escource, à une nappe quasiment à l'affleurement urement au maximum (-0.01 ( m pour Le Temple, -0.04 0.04 m pour Saumos, et 0.07 m pour Mios). Le piézomètre d'Escource présente la série temporelle la plus courte. La série Saucats est la plus longue et constitue 41 années de mesures quasi continues. La chronique piézométrique de Belin-Beliet B Beliet est la plus partielle avec plusieurs années manquantes en début de série (1977 à 1989, puis 1991-1995). 1991 4.2.2 4.2.2.1 Données forestières in-situ in Choix des sites de mesure L'analyse de photos aériennes (Geoportail) a permis de localiser et de délimiter des d parcelles de Pin maritime équiennes et monospécifiques, dans un rayon d'un kilomètre autour du piézomètre. Ce cercle correspond à la zone de confiance autour de laquelle, les variations topographiques étant faibles, le niveau de la nappe peut être considéré déré comme identique au niveau mesuré dans le piézomètre (P. Corbier, BRGM, communication personnelle). A 128 Chapitre 4 l'intérieur de ce périmètre, plusieurs parcelles candidates ont été identifiées par type d'âge : forêt de pins matures, forêt de pins d'âge pré-mature et forêt de pins juvéniles. Ce rayon a été doublé pour un piézomètre (Saucats) en raison du grand nombre de parcelles agricoles autour du forage, et afin d'obtenir un nombre suffisant de parcelles potentielles. Les critères pour déterminer l'âge des peuplements candidats par photo-interprétation sont les suivants : • Peuplements juvéniles : les lignes de plantation sont nettes, avec parfois du sol nu visible (canopée ouverte). • Peuplements d'âge pré-matures : les arbres sont en lignes visibles, mais la canopée est fermée. • Peuplements matures : les arbres peuvent être disposés en ligne ou sans organisation spatiale (semis artificiels ou naturels) et la densité est faible. Le sous-étage est visible mais les couronnes sont larges. Les parcelles candidates doivent avoir une superficie supérieure à 1 hectare, avec une largeur et une longueur supérieures à 100m, de façon à pouvoir effectuer les mesures à l'intérieur du peuplement, afin d'éviter les effets de bord, et être accessibles (vérification à l'aide de carte IGN au 1:25000). Sur le terrain, le choix entre les parcelles candidates s'est fait en fonction de l'accessibilité et de l'état de la parcelle sur place (coupe récente, estimation de l'âge erronée,). 4.2.2.2 Données d'inventaire forestier Une placette d'échantillonnage de 625 m2 a été marquée à l'intérieur du peuplement. Les données récoltées sont (Guillot et al., 2009b): - Circonférence à 1.30 m ("Circumference at Breast Heigth ", CBH) de tous les arbres de la placette, - Composition du sous-bois, Sur chaque placette, une carotte est prélevée à la base d'un des arbres afin de faire une estimation de l'âge. La conformation de l'arbre est l'unique critère pris en compte dans ce choix (arbre ne présentant pas ou peu de bois de compression ; Bert, 2006 ; Polge et Illy, 1967). En faisant l'hypothèse que les peuplements sont équiens, une seule carotte suffit pour estimer l'âge de la parcelle. 129 Tableau IV-2 : Moyennes mensuelles des données de température et de pluviométrie aux points de la grille SAFRAN correspondant aux sept sites étudiés. Les caractéristiques géographiques et topographiques correspondent aux valeurs du centre de la maille SAFRAN. Piézomètre Numéro maille (maillage France) X Lambert II étendu Y Lambert II étendu Altitude Température moyenne mensuelle sur la période 19582008 130 Biganos 7248 7498 7580 7583 340000 340000 340000 364000 356000 332000 1993000 1969000 1961000 1961000 1945000 1913000 Mios Saucats Belin-Beliet 7746 Escources 8084 38 28 17 66 57 61 Aout 19.41 19.66 19.73 19.42 19.48 19.58 Septembre 16.96 16.93 16.99 16.74 16.78 16.93 Octobre 13.49 13.25 13.30 13.06 13.11 13.17 Novembre 8.95 8.61 8.66 8.42 8.47 8.51 Décembre 6.71 6.24 6.28 6.06 6.09 6.15 Janvier 6.18 5.69 5.73 5.51 5.54 5.61 Février 6.93 6.69 6.73 6.50 6.54 6.60 Mars 9.01 8.95 9.03 8.73 8.78 8.90 Avril 11.30 11.38 11.46 11.13 11.19 11.25 Mai 14.91 15.14 15.21 14.89 14.94 15.03 Juin 17.92 18.22 18.30 17.93 18.00 18.04 Juillet 19.80 20.08 20.16 19.83 19.88 19.97 Aout 62.04 65.38 65.06 66.67 66.30 75.07 Septembre Précipitations moyennes mensuelles sur la période 19582008 Le Temple et Saumos 83.07 80.20 79.74 81.56 81.29 90.03 Octobre 102.28 91.00 90.54 92.61 92.22 113.07 Novembre 109.72 98.89 98.38 100.70 100.19 119.98 Décembre 113.91 103.97 103.48 105.73 105.33 120.27 Janvier 99.39 91.01 90.52 92.62 92.30 105.04 Février 80.70 79.20 78.81 80.56 80.23 92.43 Mars 71.67 72.95 72.50 74.29 73.94 86.20 Avril 72.81 75.11 74.67 76.44 76.11 86.04 Mai 71.79 76.77 76.36 78.20 77.95 83.02 Juin 53.96 59.77 59.44 60.94 60.63 67.62 Juillet 51.54 52.15 51.83 53.12 52.87 57.62 Chapitre 4 4.2.2.3 Données dendrochronologiques Six carottes ont été prélevées sur 6 arbres (une par arbre), par site, à 1.30m du sol. Pour caractériser les effets du climat sur la croissance les effets de compétition entres arbres doivent être limités (Fritts, 1976, Schweingruber, 1990) : seuls les arbres dominants, identifiés à partir des mesures de CBH de l'inventaire, ont été échantillonnés. Un total de 120 carottes pour la mesure de la croissance a été prélevé. L'analyse des cernes a été réalisée au laboratoire, après planage et numérisation à une résolution de 1600 dpi. La mesure des cernes annuels de croissance a été réalisée à l'aide du logiciel Windendro 2003 (Regent Instruments, Québec, Canada) qui permet l'analyse semiautomatique de l'image des cernes d'arbres, avec une précision de 0.01 mm (Fernández de Uña, 2009b). Le fichier, résultant du traitement par Windendro, donne la largeur des cernes (LC, en millimètres). Le logiciel fournit aussi la largeur du bois final, par analyse automatique des couleurs de l'image. 4.2.3 Les données SAFRAN (Quintana-Segui et al., 2008 ; Vidal et al., 2010) ont été utilisées pour caractériser les conditions météorologiques sur chaque site. Les données de la maille SAFRAN la plus proche du piézomètre (grille de 8*8km) ont été extraites pour chaque site. Dans le cas des piézomètres situés près de Saumos et de Le Temple, villes proches géographiquement, un même point SAFRAN a été retenu. Le Tableau IV-2 donne les moyennes mensuelles sur la période durant laquelle les données météorologiques étaient disponibles et utilisables (1958-2008) pour la pluviométrie et la température. Les températures sont peu variables du Nord au Sud et de l'Ouest à l'Est. Les sites du Temple/Saumos et d'Escources ont des températures un peu plus élevées que les autres sites (environs 1°C en moyenne). En revanche, pour la pluviométrie mensuelle moyenne, les différences constatées peuvent aller jusqu'à plus de 20 mm (octobre). Les pluies les plus abondantes sont rencontrées au niveau du piézomètre d'Escource, les régions du sud et du littoral atlantique étant en général plus arrosées (Choisnel, 1987). Les pluies les moins abondantes se trouvent au nord ou en bordure du bassin d'Arcachon (Le Temple, Saumos, Mios). 4.2.4 Deux jeux de données résultent de la campagne de terrain. Le premier jeu, issu de l'inventaire terrain, est utile pour caractériser les parcelles (âge moyen et type de sous-bois) et pour le calcul de la biomasse. Le second jeu de données dendrochronologiques sert pour la mesure des variations interannuelles de la croissance. L'ensemble des traitements mathématiques a été réalisé à l'aide du logiciel statistique R (R Development Core Team, 2010). 4.2.4.1 Etude des types de landes Dans les landes, le type de station forestière peut être identifié en fonction du sousbois (Augusto, 2006 ; Porté, 2009). Les données de l'inventaire du sous-bois ont été étudiées à l'aide de l'outil OrdiClust disponible dans la librairie "ade4TkGUI" sous R (Thioulouse et Dray, 2009). Douze espèces ont été notées : l'Ajonc d'Europe (Ulex europaeus, acidiphile, mésophile à hygrophile), l'Ajonc nain (Ulex minor, hygrophile), la Bourdaine (Frangula alnus, mésoxérophile à mésophile), la Brande (Erica scoparia, mésophile), la Callune (Calluna vulgaris, mésoxérophile, acidiphile), le Chêne pédonculé (Quercus robur, mésophile à hygrophile), le Chêne tauzin (Quercus pyrenaica, acidiphile, xérophile-mésophile), la Fougère aigle (Pteridium aquilinum, acidiphile, mésophile), l'Hélianthème (Helianthemum nummularium, xérophile), la Molinie (Molinia caerulea, acidiphile, hygrophile), le Phytolaca (Phytolacca americana, pionière), le Pin maritime (Pinus pinaster, re-semis naturels, pionière) et le Robinier (Robinia pseudoacacia, pionière). Les mousses, les Bruyères (Erica tetralix et Erica cinerea confondues) et les herbacées (autres que Molinie) ont été annotées sans distinction d'espèce. Seule la notation de "présence/absence" a été utilisée pour la classification ascendante hiérarchique, afin de savoir si les caractéristiques hydrologiques des stations forestières inventoriées se distinguent par la composition du sous-bois. 4.2.4.2 Biomasse Les données de circonférences (CBH) ont été transformées en diamètre à hauteur poitrine DBH (Diameter at Breast Heigth) à l'aide de la formule du cercle ( = " /$). A l'aide des relations allométriques établies par Shaiek (2011) pour le Pin maritime, la biomasse pour les parties aériennes a été estimée. Les relations liant ces variables sont de la forme : % = ∗ ∗ & '. 4.1 avec W la biomasse sèche en kg et le DBH en m. Le Tableau IV-3 résume les différents coefficients a et b utilisés en fonction des compartiments calculés. Chapitre 4 Tableau IV-3 : Paramètres des équations allo utilis L'effet âge permet de prendre en compte dans l'équation un terme additionnel lié à l'âge (facteur c). Biomasse des aiguilles , sans effet âge Biomasse des aiguilles, avec effet âge Biomasse du bois du tronc Biomasse totale aérienne a (kg.arbre-1) 142 33 1.65 0.11 1916 428 2.07 0.09 4846 303 5013 202 2.82 2.48 0.04 b c -0.67 0.05 0.03 Pour chaque arbre mesuré, la quantité de biomasse du tronc et du bois du tronc (i.e. sans écorce), la biomasse des branches, la biomasse des aiguilles (avec ou sans effet âge), et la biomasse totale est calculée. L'indice de surface foliaire (LAI, Leaf Area Index, en m2.m-2) est calculé selon la formule suivante : %. 4.2 )& 2 avec W, la biomasse des aiguilles (en kg) et SLA la surface spécifique foliaire (Specific Leaf Area, en m2.kg-1). La valeur de SLA retenue pour le Pin maritime est de 7.03 m2.kg-1 (moyenne des 3 cohortes d'un peuplement de 26 ans ; Porté et al., 2000). Elle est divisée par un facteur 2 en raison de la forme semi-cylindrique des aiguilles. )& = La biomasse racinaire est estimée à 20% de la biomasse aérienne totale (Bert and Danjon, 2006). Enfin, le stock de carbone de la parcelle est calculé en considérant que le carbone représente 50% de la biomasse totale, i.e. aérienne et racinaire, selon les recommandations du GIEC19 (Meredieu et al., 2005). Les valeurs moyennes de biomasse de chaque compartiment ont été calculées pour les 28 parcelles. Etant donné que l'information sur la biomasse n'est disponible que pour l'année 2008, et pour comparer les différents sites sur la même base, les statistiques pour la profondeur de nappe (moyenne et écart-type) ont été calculées pour la période durant laquelle le peuplement le plus jeune était en place (e.g. si le peuplement a ans en 2008, la moyenne est calculée pour la période 1998-2008). 4.2.4.3 Croissance Deux méthodes peuvent être utilisées en dendrochronologie selon les objectifs qui sont définis au départ. Si l'analyse porte sur les facteurs environnementaux, i.e. le climat et/ou la 19 Groupe Intergouvernemantal d'Experts sur du Climat 133 disponibilité en eau du sol présent et passé, il s'agit de dendroclimatologie : l'analyse se fait par inter-comparaison des 7 sites échantillonnés. Si l'analyse porte sur l'influence du milieu local sur la croissance, il s'agit de dendroécologie, et dans ce cas, l'échantillonnage doit être stratifié selon un facteur (Bert, 2006). Dans le cas présent, ce sont les catégories de profondeur de nappe, i.e. les types de landes. 4.2.4.3.1 Statistiques descriptives générales Les statistiques descriptives des chronologies des 7 sites sont calculées à partir des largeurs de cernes (LC, mm) : Incrément de surface terrière moyen (IST), écart-type de l'IST (SD), Sensibilité moyenne (MS), et l'autocorrélation, comme suit : (1) L'incrément de surface terrière moyen (aussi appelé Basal Area Index) est calculé selon la formule : + *+ = $ ∗, )"-. − *+/ -. 4.3 où la surface de l'année N dépend de la somme des largeurs de cernes précédents moins la surface de l'année n-1. (2) La MS décrit la variabilité relative entre deux cernes adjacents et décrit la sensibilité aux changements à court-terme ou aux variations à haute-fréquence du climat (Fritts, 1971). Elle se calcule selon la formule (Rolland, 1993) : + |)" 3 − )" | 2 0 = ∗ 1−1 )" 3 + )". 4.4 avec N, le nombre de cernes, et LCi, la largeur du cerne en mm de l'année i. (3) L'autocorrélation indique la présence ou l'absence d'arrières effets des années précédentes. Elle se calcule selon la formule (Venables et Ripley, 1993 ; R Development Core Team, 2010) : -/6 1 8888 ∗ )" /6 − )" 8888 56 = ∗ )" − )" 7. 4.5 avec k, l'ordre de l'autocorrélation, 8888 )", la valeur moyenne des largeurs de cernes, et LCi, la largeur du cerne en mm de l'année i. Chapitre 4 4.2.4.3.2 Analyse par site Pour l'étude dendroclimatique, une fonction (exponentielle négative ou droite) a été ajustée sur la chronique LC de chaque arbre, afin de normaliser les LC et retirer l'effet âge, selon la méthode décrite par Fritts et al. (1969) : )" = ∗ exp−= ∗ &77é, > 0 B = > 0 1C1 )" = ∗ &77é + =. 4.6 Les valeurs de LC normalisées, Ic, sont obtenues en divisant les valeurs observées par les valeurs prédites par le modèle. Si la régression n'est pas significative (p-value des coefficients de la régression), la carotte est exclue car on suppose que les tendances individuelles de croissance ne seront pas complètement exclues du jeu de données final. C'est le cas pour 5 échantillons à Saucats (2 arbres du peuplement d'âge pré-mature et 3 arbres du peuplement juvénile), 3 échantillons à Saumos (peuplement d'âge pré-mature), 1 échantillon à Mios (peuplement juvénile), 5 échantillons au Temple (peuplement juvénile), 9 échantillons à Escource (3 arbres du peuplement pré-mature et tous les arbres du peuplement juvénile), 4 échantillons à Biganos (peuplement juvénile), et 7 échantillons à Belin-Beliet (1 arbre du peuplement pré-mature et tous les arbres du peuplement juvénile). Au final, 87 carottes ont été utilisées pour l'analyse. Le lissage par application d'une courbe Spline n'a pas été jugé nécessaire dans notre cas, étant donné la faible longueur des séries chronologiques utilisées. L'indice de croissance obtenu (Ic) a été ensuite moyenné par an et par site pour obtenir une chronologie moyenne par piézomètre. L'analyse des relations entre Ic et les variables hydroclimatiques a été réalisée en calculant des corrélations de Pearson. Afin de ne pas donner trop de poids aux individus marginaux, une analyse par Boostrap a été privilégiée (Guiot, 1991), sur 1000 itérations (Brookhouse et al., 2008). Les corrélations ont porté sur les variables suivantes : (1) Température moyenne, minimale et maximale ; (2) Somme des Précipitations ; (3) Profondeur de nappe moyenne, minimale et maximale ; (4) ETP Thornthwaite (1948). Elle est calculée mensuellement selon la formule, puis moyennée selon la période étudiée : 10 ∗ B I *EF = 16 ∗ G H ∗J. 4.7 avec : t, la température moyenne mensuelle, E.NP I, l'indice thermique annuel (somme des 12 indices mensuels : L = MNO. 4.2.4.3.3 Analyse par type de lande Pour l'étude dendroécologique, une exponentielle négative a été ajustée sur l'ensemble du jeu de données. Une série d'indices standardisés a été ensuite obtenue pour chaque chronique (résidus par rapport au modèle exponentiel commun), puis une moyenne par type de site a été calculée : station humide, station mésophile, station sèche. L'analyse se fait par année climatique, et par âge, afin de mettre en évidence, si elles existent, les différences de croissance à un âge donné (méthode de regroupement par âge, "age-banding" ; Mitchell, 1967; Briffa et al., 2001 ; Hugues, 2002). Pour cette dernière, les chroniques LC sont donc reclassées en fonction de l'âge de la carotte. Si le carottage n'inclut pas le coeur, le nombre de cernes manqués est estimé à partir d'une dendrochronomire (Bert, communication personnelle). L'âge du premier cerne visible sur la carotte dépend de la distance au coeur divisée par la largeur moyenne des 5 cernes mesurés le plus près possible du coeur. 4 4.3 Résultats 4.3.1 Analyse des données piézométriques Un seul des sept piézomètres étudiés montre une tendance au cours du temps (Tableau IV-4 et Figure IV-3). La tendance pour les piézomètres de Saumos et de Biganos est croissante, avec une augmentation du niveau de la nappe moyen de 17.01 cm par décade pour Saumos, et de 9.03 cm par décade pour Biganos, mais un R2 de 0.01 correspond à une variance expliquée négligeable. A l'inverse, la tendance est fortement décroissante pour Saucats, avec une diminution du niveau de la nappe moyenne de 40.38 cm par décade. 4.3.2 Caractérisation des parcelles Il s'agit ici de l'analyse des données spécifiques à l'inventaire terrain, donnant des informations générales sur la placette échantillonnée : âge moyen de la parcelle, densité, DHB moyen et type de sous-bois. L'âge des peuplements échantillonnés est compris entre 7 ans et 57 ans. Les résultats de l'âge lu sur la carotte prélevée pour l'estimation de l'âge de la parcelle ont été comparés avec l'âge moyen obtenu à partir de la lecture des carottes prélevées à 1.30 m (Tableau IV-5). Dans ce dernier cas, il est d'usage d'ajouter 3 ans (Lemoine et Decourt, 1969) pour tenir compte de la disposition en cônes imbriqués des cernes dans le tronc de l'arbre (Fritts, 1971). La différence moyenne est de 2.43 ans, ce qui est très proche de l'incertitude sur l'âge des carottes prélevées à 1.30 m (plus ou moins 3 ans). Cependant, cette différence est égale à 12 ans pour la parcelle âgée du piézomètre Le Temple. L'hypothèse du peuplement équien est rejetée pour cette parcelle. L'analyse des âges mesurés sur le terrain a permis la classification des parcelles en classes d'âges : - peuplements juvéniles : âge inférieur à 10 ans. Le peuplement jeune du piézomètre de Mios a dû être reclassé dans la classe d'âge pré-mature (17 ans), - peuplements matures : âge supérieur à 35 ans. - peuplements pré-matures : âge compris entre 11 et 35 ans, En raison des éclaircies pratiquées, la densité du peuplement diminue avec l'âge (Tableau IV-5). Il n'existe pas de relation visible entre dens et profondeur de nappe en fonction de la classe d'âge. Le DBH est plus faible pour un âge donné en lande sèche, pour les peuplements pré-matures et matures (Tableau IV-5 et Figure IV-4). 137 Figure IV-3 : Chroniques des piézomètres sélectionnés pour l'étude. l'étude. Les L points rouges correspondent aux moyennes saisonnières, la droite droite en pointillés correspond à la droite de régression calculée pour les chroniques piézométriques. piézométriques. 138 Chapitre 4 Figure IV-4 : Diamètre à 1.30 mètre des arbres échantillonnés sur tous les sites en fonction de la profondeur de nappe moyenne du site (calculée sur la période de croissance du peuplement le plus jeune) et par groupe d' âge . L'ensemble 'ensemble des résultats de l'analyse de la classification ascendante hiérarchique des parcelles en fonction des es données de l'inventaire du sous-bois sous sont visibles dans l'annexe A-1. Les valeurs des vecteurs propres sont : pour l'axe 1, 41.2.2 %, et pour l'axe 2, 33.6 %. En observant la distribution des espèces le long des axes, l'axe 1 explique le degré d'humidité de la station : Molinie et Fougère aigle à droite, mousses, bruyères, Hélianthème et Callune à gauche. L'axe 2 pourrait ourrait expliquer le degré d'acidification des sols de la station : Ajonc d'Europe, Fougère aigle et Chêne tauzin en haut. Les placettes se différencient en 3 groupes. Les ellipses des 3 nuages formés par ces groupes ne se recoupent pas, et ils peuvent être interprétés ainsi : - groupe 3 : faible influence de l'axe 2, à gauche sur l'axe 1, correspondrait aux parcelles de lande humide et mésophile, - groupe 2, faible influence de l'axe 1, en haut sur l'axe 2, peut correspondre à des parcelles parce où les sols sont acidifiés, - groupe 1 : faible influence de l'axe 2, à droite sur l'axe 1, correspondrait aux parcelles de lande sèche. Le pourcentage de la variance totale expliqué par les groupes (Inertia (Inertia Ratio) Ratio est de 46 %. La correspondance entre les types de stations st définies par Augusto et al. (2006) et les résultats de l'analyse par OrdiClust est indiquée dans le Tableau IV-5 Le groupe 1 se retrouve presque toujours dans la catégorie des landes sèches. Les landes humides et mésophiles mésophil ne se distinguent pas aussi bien, et sont réparties entre les groupes 2 et 3. 139 Tableau IV-4 : Résultats des régressions linéaires sur les chroniques piézométrique s. R2 Saumos Le Temple Biganos Mios Saucats Belin-Beliet Escource 0.01815 0.0004354 0.008682 0.0003289 0.2646 0.0006534 0.0001884 Degrés Fde statistique liberté 27.32 1478 0.9963 2287 16.55 1890 0.4632 1408 716.8 1992 2.59 3961 0.1692 898 Somme des carrés Totale Résiduelle 2.594 0.14 2.387 0.051 480.88 0.9 0.029 140.295 329.31 272.508 154.487 1336.46 1380.7 151.465 p-value 1.97E-07 *** 0.3183 4.93E-05 *** 0.4962 < 2.2e-16 *** 0.1076 0.6809 Tableau IV-5 : Caractéristiques des peuplements échantillonnés et groupe. Mature Pré-mature Mature Le Temple Pré-mature Juvénile Mature Pré-mature Mios Juvénile Mature Biganos Pré-mature Juvénile Mature Pré-mature Saucats Juvénile Mature Belin-Beliet Pré-mature Juvénile Mature Escource Pré-mature Juvénile Saumos 140 Age Age moyen Code (carotte (carottes Parcelle 0.1 m) 1.30 m) A_Smo 34 36 M_Smo 15 A_Tem 45 57 M_Tem 28 J_Tem 10 A_Mio 44 43 M_Mio 32 J_Mio 17 A_Big 46 45 M_Big 15 J_Big 8 A_Sca 46 46 M_Sca 19 J_Sca 9 A_Bel 51 56 M_Bel 18 J_Bel 7 A_Esc 42 42 M_Esc 13 J_Esc 9 Densité (tiges/ha) 208 928 208 496 1698 224 528 624 240 1472 1664 329 687 2280 624 944 992 320 1568 1472 DBH moyen (cm) 37.17 16.20 43.19 25.24 12.76 43.34 27.46 22.34 36.24 14.64 9.26 38.76 20.24 9.85 28.66 15.04 8.76 33.20 12.39 8.71 Type de lande Groupe (Augusto, 2010) OrdiClust Humide Humide Humide Humide Humide Humide Humide Humide Mesophile Mesophile Mesophile Mesophile Mesophile Mesophile Sèche Sèche Sèche Sèche Sèche Sèche 3 2 3 2 2 2 2 2 2 2 3 3 3 3 1 1 Chapitre 4 4.3.3 Effet de la hauteur de nappe sur la biomasse La surface terrière des peuplements augmente avec l'âge (Figure IV-5 a). Elle est quasiment identique le long du gradient de profondeur de nappe pour les peuplements matures : bien que les DBH soient plus faibles au site d'Escource, la densité est importante, ce qui se traduit par une surface terrière équivalente aux sites de lande mésophile et humide. La biomasse du bois du tronc (Figure IV-5 b), la biomasse aérienne (Figure IV-5 e) et le stock de carbone (Figure IV-5 f) augmentent avec l'âge des peuplements. Une tendance est visible entre la profondeur de nappe, i.e., le type de lande, et les données de biomasse ou de carbone, mais elle n'est pas statistiquement significative. Les valeurs de LAI (Figure IV-5 c et d) obtenues pour les placettes sont dans la gamme des valeurs couramment obtenues pour cette espèce (entre 2 et 4 ; Guyon et al., 2003), mais les valeurs des barres d'erreurs calculées semblent discutables. Les valeurs de LAI, obtenues à partir du modèle allométrique biomasse des aiguilles avec effet âge, semblent plus fiables, car ce modèle rend compte du fait que, toutes choses étant égales par ailleurs, le LAI est plus important pour un peuplement juvénile. 4.3.4 Surface terrière, Sensibilité et Autocorrelation pour le Pin maritime Les largeurs de cerne (LC) ont été obtenues pour la période 1947-2008. Les données brutes sont visibles dans l'annexe A-3. L'incrément en surface terrière est maximal pour les classes d'âge pré-mature ou juvénile pour tous les sites, sauf Biganos et Escources, pour lesquels l'incrément est le plus fort dans la classe d'âge âgée (Tableau IV-6). Les écart-types sont plus ou moins importants selon les sites. La sensibilité moyenne est à la limite du seuil de 0.3 : au dessous, les arbres sont considérés comme complaçants, c'est-à-dire qu'ils sont peu sensibles aux variations climatiques. Les peuplements juvéniles sont les plus sensibles aux effets du climat (Le Temple, Biganos, Saucats, Belin-Beliet et Escource). Pour le site d'Escource, les peuplements matures se révèlent eux aussi sensibles, contrairement à tous les autres sites âgés. La Figure IV-6 montre l'autocorrélation moyenne pour les 20 premiers ordres. L'autocorrélation moyenne sur l'ensemble du jeu de données pour le premier ordre n'est pas négligeable. Elle devient non-significative à partir de l'ordre 2. Pour chacun des sites et des âges mesurés, l'autocorrélation du premier ordre est donnée dans le Tableau IV-6. Elle est toujours plus importante pour les peuplements matures, mais n'est pas négligeable pour les peuplements pré-matures des sites de lande humide (Saumos, Le Temple, Biganos). Pour le site de Mios, en lande mésophile, l'autocorrelation est aussi significative pour les peuplements juvéniles. Figure IV-5 : Analyse par placette en fonction de la profondeur moyenne par rapport au sol de la nappe. Les flèches verticales ticales correspondent à une fois l'écart-type l'écart type pour la variable calculée et les flèches horizontales correspondent à la gamme de variation de la profondeur de nappe (minimum et maximum). Les régressions non linéaires obtenues par classe d'âge sont figurées, voir le tableau 2.6 pour leur significativité. 142 Chapitre 4 4.3.5 Effet des variables hydro-climatiques sur la croissance Un exemple de processus de standardisation est donné pour le site de Biganos dans l'annexe A-4. La Figure IV-7 montre les indices Ic obtenus pour chaque site. Ces graphiques sont repris dans l'annexe A-5, avec le nombre d'observations ayant permis le calcul de l'indice Ic, et les variables climatiques d'intérêt fournies par la base de données SAFRAN. Les chroniques d'Ic obtenues semblent être relativement sensibles aux variations climatiques (Figure IV-7). Les années à hiver froid sont marquées par un Ic faible pour tous les sites. De 1962 à 1965, les Ic sont faibles. Cette période inclut l'hiver 1962-1963, où les températures sont descendues jusqu'à -15°C à Bordeaux et qui fut, à l'époque, la période froide la plus longue depuis 1880. Une seconde période de 1985 à 1987 présente des valeurs de Ic décroissantes et faibles. Ces années correspondent aussi à une période froide : en janvier 1985, le gel a duré 16 jours, sans discontinuer, les minimales sont descendues à 16.4°C, et en 1987, les minimales ont atteint -15.8°C. Enfin, l'année 2008, pendant laquelle la température moyenne annuelle a été la plus froide depuis 1958, est aussi marquée par une tion de l'Ic. Les années chaudes et sèches sont aussi synonymes de faible indice d'Ic. Ces indices sont bas pour tous les sites pour l'année 2003 (12 jours consécutifs où la température a dépassé 35°C). Pour les années 1989, 1990, 2002, 2005, marquées par une forte sècheresse, l'Ic est décroissant pour tous les sites (sauf Saumos en 2002). L'effet des années humides est moins évident. L'Ic augmente peu pour les années 1960 (sauf pour BelinBeliet), 1965 et 1966. Il diminue en 1984, alors qu'en 1994, en 2000 et en 2007, l'Ic augmente. L'étude des corrélations révèle que pour les sites en lande humide ou mésophile, la profondeur de la nappe est une variable explicative clef pour la compréhension de la variabilité de la croissance (Figure IV-8).
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La Chambre des comptes d’Angers (XIVe-XVe siècles). : Histoire de l’institution et prosopographie du personnel. Histoire. Université d'Angers, 2020. Français. &#x27E8;NNT : 2020ANGE0083&#x27E9;. &#x27E8;tel-03956139&#x27E9;
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La confidentialité entourant la gestion ordinaire des affaires comptables soulève, lors de la reprise en main du duché par le pouvoir royal, des accusations d’autant plus graves qu’elles remettent en question l’éthique professionnelle des gens des Comptes. Épinglant la procédure d’audition des comptes de la Cloison d’Angers, Louis XI tient des propos accusateurs envers ces derniers, associant le secret des délibérations au détournement de fonds : « Desquelx officiers [de la Cloison] ilz estoient et sont parens et affinis [parents], ont retenu et recellé grant partie desdits deniers les ont appliquez à leur prouffit et butinez entreulx, et pour cuider couvrir leur mall administracion et empescher que la verité du recellement d’iceulx deniers ne fust sceut, congneue et averée et actanté, ont rendu aucuns telz quelz comptes par devant aucuns des gens de nostredit oncle et au lieu qu’ilz dient et appellent la Chambre des comptes »1417. La communication et la lisibilité des échanges au regard de la pratique du secret répondent ainsi à des enjeux qui dépassent la simple ligne politique dessinée par le prince et la gestion courante des affaires ducales. Elle devient un instrument de compétition politique et permet ici au roi de France de substituer le contrôle des finances municipales au pouvoir princier afin de le transférer à la Mairie, nouvellement créée (1475)1418. 1414 AN, P 13347, fol. 50, 18 mai 1459. G. LECUPPRE, É. LECUPPRE-DESJARDIN, « La rumeur : un instrument de la compétition politique au service des princes de la fin du Moyen Âge », dans M. SORIA et M. BILLORÉ (dir.), La rumeur au Moyen Âge. Du mépris à la manipulation (Ve-XVe siècle), PUR, Rennes, 2011, p. 149-175. 1416 N. BROCARD, « La rumeur, histoire d’un concept et de ses utilisations à Besançon et dans le Comté de Bourgogne aux XIVe-XVe siècles », dans ibid., p. 119-131. 1417 AMA, CC 4, fol. 243, 5 novembre 1478. 1418 G. LECUPPRE, É. LECUPPRE-DESJARDIN, « La rumeur : un instrument de la compétition politique au service des princes de la fin du Moyen Âge », op. cit. 1415 374 Plus généralement, le secret contribue à définir une habitude de travail et à forger l’ethos des officiers de la Chambre, ainsi que le crédit de l’institution qu’ils représentent. Face aux incursions de l’administration royale dans le duché, cette pratique devient un outil stratégique de gouvernement. Les relations entre les gens des Comptes et le pouvoir royal se fondent en effet sur un jeu subtil d’influence, de collaboration ou d’évitement. II. La Chambre des comptes d’Angers et le pouvoir royal : modèle institutionnel et relations d’influence A. La Chambre des comptes d’Angers : un modèle administratif royal dans le gouvernement de l'apanage? 1. L’imitatio regis à l’origine de la Chambre En matière d’administration domaniale et financière, l’installation d’une Chambre des comptes au cœur de l’apanage est marquée par la volonté de se conformer au modèle royal. Le statut, la personnalité et les fonctions de gouvernement occupés par le fondateur de la seconde Maison d’Anjou, Louis Ier, ont largement contribué à la transposition structurelle de l’institution parisienne dans le duché d’Anjou. Entourés d’officiers et de serviteurs assurant la gestion de leurs domaines, il développe des structures administratives et financières largement inspirées du modèle royal. Au sein des principautés médiévales, l’influence du modèle royal a souvent joué un rôle déterminant dans le projet de construction institutionnelle de leurs territoires. Le concept d’imitatio regis est ainsi souligné à de nombreuses reprises dans l’étude des Chambres des comptes princières. Définit comme « la reprise des formes d’organisation de l’institution et la captation des usages et des styles »1419 des institutions royales, l’imitatio regis a été récemment intégré aux recherches sur les pratiques documentaires médiévales1420. Elle intègre 1419 J.-M. MATZ, « La chancellerie d’Anjou-Provence d’après le Journal de Jean Le Fèvre (1381-1388) », dans O. GUYOTJEANIN, O. MATTÉONI (dir.), Jean de Berry et l’écrit, op.cit. 1420 O. GUYOTJEANIN, O. MATTÉONI (dir.), Jean de Berry et l’écrit, op.cit. Cette publication fait suite aux journées d’étude tenues les 16 et 17 mars 2016 à Bourges à l’occasion du 600e anniversaire de la mort de Jean de Berry, visant à réhabilité le principat du duc et son rôle dans la médiation scientifique en rapport avec l’exercice de l’État et la pratique de la politique. Le fonctionnement de la chancellerie de Jean de Berry et la captation de traits royaux dans la production diplomatique d’une principauté au cœur du royaume de France devait apporter une meilleure connaissance de l’acte princier aux XIVe et XVe siècles et des modalités de ses transferts. Un aperçu comparatif avec l’Anjou et le journal du chancelier de Louis I er Jean Le Fèvre rattache l’apanage à ce courant. 375 une réflexion autour de l’instauration d’une pratique bureaucratique normative « moderne », dans la réflexion et la rationalisation de la « geste » administrative1421. Ses effets se font sentir aussi bien dans les dispositions réglementaires que dans la nature des offices, en passant par les pratiques de travail des gens des Comptes. Cet isomorphisme institutionnel renouvelle l’ambition affichée des princes angevins, décidés à exercer un modèle de gouvernement royal afin de trouver l’appui d’un modèle politique incontournable capable, comme le souligne Jean Favier, « de ne pas tenir les Angevins à l’écart des grands mouvements de la société française »1422. Ce cheminement se déroule en plusieurs étapes. La mise en place de l’apanage, comme d’autres espaces, a représenté un formidable élan de création, voire d’innovation institutionnelle pour Louis Ier, dont les liens avec la cour royale n’ont jamais cessé d’alimenter ses propres activités de gouvernement. Fils cadet de Jean II le Bon, lieutenant de son frère Charles V dans la reconquête du royaume face aux Anglais, puis membre du conseil de régence de Charles VI, le duc d’Anjou compte parmi les soutiens indéfectibles de la royauté. Ses séjours répétés auprès de l’administration royale ont contribué à renforcer ses compétences dans l’exercice du pouvoir ainsi que ses connaissances des rouages institutionnels centraux. Il est intéressant de noter que l’entrée officielle de Louis Ier en politique s’effectue par le biais des finances. Après l’échec de la bataille de Poitiers le 19 septembre 1356, Louis d’Anjou, ayant échappé de justesse à la capture des otages royaux, intègre naturellement le gouvernement du royaume, confié au dauphin Charles, duc de Normandie, assisté d’un Conseil de régence1423. Le comte d’Anjou prend ainsi une part de plus en plus active dans la direction des affaires royales et s’impose comme un acteur incontournable du gouvernement. À la faveur d’une visite en terres d’Empire, Charles lui confie provisoirement les rênes du gouvernement. Au mois de décembre 1356, Louis est chargé de promulguer une ordonnance annonçant une nouvelle dévaluation monétaire qui requiert le concours des officiers de finances du royaume1424. La rencontre entre le comte d’Anjou et la Chambre des comptes de 1421 O. MATTÉONI, « “Imitatio régis”. Les institutions financières du comté de Forez et de la seigneurie de Bourbon au début du XIVe siècle. De l’influence monarchique et du rôle des hommes : étude comparée » dans P. CONTAMINE, J. KERHERVÉ, A. RIGAUDIÈRE (dir.), Monnaie, fiscalité et finances au temps de Philippe le Bel, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2007, t. l, p. 82-83. 1422 J. FAVIER, Le roi René, op. cit., p. 495. 1423 Les conséquences de cette défaite pour l’Anjou sont directes. Louis I er ne peut empêcher les troupes anglaises de déferler sur ses terres. Le duc de Lancastre prend ainsi possession des Ponts-de-Cé avant de se diriger vers le Maine, où Guillaume du Plessis, gouverneur de la ville de Sablé, tente en vain de l’arrêter (Joubert, p. 40). 1424 Cette mesure, largement impopulaire, déclenche une crise politique sans précédent. Il subit de plein fouet les premières retombées du mécontentement des États généraux menés par Étienne Marcel et assiste le 3 mars 1356 au discours prononcé par Robert le Coq au Palais Royal. Le choc produit par cette contestation politique et la révolte populaire qui s’ensuit entraînent une réforme en profondeur des institutions royales, mais les chroniqueurs 376 Paris ne saurait être précisément datée, mais constitue une première approche entre ces deux facettes du gouvernement royal. Grâce à cette acculturation administrative et politique, le fondateur de l’apanage développe son réseau et son influence à la Chambre des comptes de Paris afin de soutenir un projet de financement pour la conquête du royaume de Sicile. L’enjeu de cette mainmise ducale sur l’institution royale revêt un enjeu de taille. Il s’agit avant tout de contrôler le principal organisme financier de la royauté afin de s’assurer le produit des aides levées par le souverain, les indemnités et pensions pour service rendu ou sécuriser la continuité des dons et des aliénations distribués aux princes par le pouvoir royal1425. Le besoin d’argent continuel du duc d’Anjou contribue à lui forger – à tort ou à raison ‒ une mauvaise réputation1426, mais il ne fait aucun doute que ce prince de sang souhaite transposer au cœur de ses états un modèle administratif rappelant le prestige de son rang et l’image de souveraineté associée à la Chambre des comptes de Paris. L’imitation des pratiques royales est en grande partie liée à la personnalité de Louis Ier et de son rôle dans le gouvernement central. Le duc d’Anjou réussit à infiltrer son fonctionnement en appuyant la nomination de Pierre d’Orgemont, évêque de Thérouanne à la charge de président clerc et celle des maîtres Gilles Mallet, garde de la librairie, Jacques Des Essarts et Jean Le Mercier1427. Le prince exerce dans les années 1370 une influence décisive sur le recrutement du personnel des Comptes parisiens. Il n’hésite pas à placer ses fidèles afin d’accentuer son emprise et renouveler le nombre de ses partisans. Des personnalités influentes de son apanage apparaissent ainsi dans les instances royales, tel Miles de Dormans, évêque d’Angers, intronisé président clerc de la angevins se plaisent à attribuer au comte d’Anjou un rôle de premier plan dans l’apaisement de ces tensions. J. de BOURDIGNÉ, M. de QUATREBARBES (éd.), Histoire agrégative des annales et chroniques d’Anjou, Paris, 1529, Chronique d’Anjou et du Maine, 2 vol., Angers, 1842, p. 73 : « Et ce pendant le daulphin, son filz aisné, fut faict régent en France, et monseigneur Loys, duc d’Anjou son frère, fut son lieutenant. Et lors fut conseillé à monseigneur le régent par aucuns ses familiers de muer le cours des monnoies en France ; ce qu’il fist au grant desplaisir du peuple. Mais peu après, à la supplication des Parisiens, le duc d’Anjou fist tant vers son frère, que il les remist au pris acoustumé ». 1425 D . PRÉVOST , Le personnel de la Chambre des comptes de Paris, op. cit., t. 1, p. 126. 1426 Longtemps accusé par ses contemporains puis certains historiens d’avoir dilapidé l’héritage de Charles V pour soutenir ses ambitions, dénoncé pour son avidité, il n’en est pas moins avéré que le royaume de France lui doit beaucoup, particulièrement lors de la reprise de la guerre de Cent Ans. Selon les termes du chroniqueur angevin Jean de Bourdigné : « après que l’on eut remonstré au duc de Bourgongne, et autres princes, les grans frays et mises que avoit fait le duc d’Anjou pour le soustien et entretenement des guerres et deffence du royaulme ; en oultre les dangiers et périlz èsquelz il avoit, pour la couronne servir, voluntairement exposé sa personne », les contestations dirigées contre lui s’estompèrent un temps (cf. J. de BOURDIGNÉ, p. 103-104 ; S. LUCE, « Louis, duc d’Anjou, s’est-il approprié, après la mort de Charles V, une partie du trésor laissé par le roi son frère? », BEC, t. 34, 1875, p. 299-303). 1427 D. PRÉVOST, Le personnel de la Chambre des comptes de Paris, op. cit., t. 1, p. 126. 377 Chambre des comptes le 20 octobre 1376 à la place de Pierre d’Orgemont 1428. Il apparaît dans l’entourage du prince dès 1370 comme conseiller puis chancelier, puis est envoyé le 14 janvier 1371 avec Pierre Scatisse, maître lai surnuméraire de la Chambre des comptes de Paris, en tant que commissaire à l’assemblée des communes de Languedoc afin de demander un subside de 2 francs par feu pour faire lever le siège de Montpaon en Guyenne. En 1384, il accompagne Enguerrand de Coucy et Louis d’Enghein, comte de Brienne, en Italie pour rejoindre le duc d’Anjou juste avant sa mort. Ses fonction s épiscopales ne sont pas le seul atout de l’officier. Miles de Dormans appartient à une famille qui se distingue largement au service de Louis Ier, tout en s’assurant une solide présence auprès de la royauté. Son frère, Bernard de Dormans († 1381), occupe notamment la charge de chambellan du duc d’Anjou. Il est marié à Marguerite de Craon, qui se remarie à sa mort avec Jean de Croy, président lai de la Chambre des comptes. Le reste de ses frères se place au service du roi de France : Guillaume († 1405) remplit l’office de secrétaire particulier de Charles VI, puis celui de général conseiller sur le fait des aides, Renaud († 1386) est maître des requêtes de l’Hôtel du roi, Jean († 1380) exerce en tant que conseiller en Parlement, tandis que leurs sœurs, Jeanne et Yde († 1379), épousent respectivement Philibert Paillard, président du Parlement de Paris – leur fille, Marie Paillard, épousera Amaury d’Orgemont, maître des Comptes ‒ et Robert de Neelle, chancelier de France. La familiarisation du comte d’Anjou avec la Chambre des comptes de Paris constitue donc un modèle de référence de l’organisation financière et comptable de ses propres états, tout en favorisant l’émergence d’une clientèle royale dans la composition du personnel de la Chambre des comptes d’Angers jusque dans les années 1370. Dans un second temps, Louis Ier élabore tout un discours législatif autour de la Chambre des comptes d’Angers revendiquant clairement l’influence du modèle royal. L’ordonnance du 20 juin 1376 déclare ainsi que l’organisation de l’institution ducale doit suivre les principes « qui ont accoustumé estre faites en la Chambre des comptes de Monseigneur à Paris ou qu’ilz verront estre convenables avecques circonstances et dependances d’icelles »1429. Figure 1428 D. PRÉVOST, Le personnel de la Chambre des comptes de Paris, op. cit. , t . 3, n° 119 . Né en 1344, il apparaît dans les sources en 1361 comme étudiant en droit à l’université d’Orléans. Lecteur en droit, il obtient le grade de bachelier en 1362 puis celui de docteur et professeur dans les droits en 1371. D’origine champenoise, la génération précédente de sa famille a été anoblie, tandis que lui possède le statut de clerc. Miles de Dormans demeure président des Comptes jusqu’à sa nomination comme chancelier de France entre le 1er octobre 1380 et le 7 janvier 1383, date à laquelle les ducs de Berry et de Bourgogne lui retirent les sceaux à cause d’un conflit avec le chapitre cathédral de Beauvais. Juste avant sa disgrâce, il est désigné exécuteur testamentaire par le roi Charles V le 22 janvier 1379 qui lui confie la garde du trésor de Vincennes et aux derniers moments duquel il assista ; son oncle, le cardinal Jean de Dormans, lui laisse à ce titre 1 000 francs de gratification. 1429 C . -J. BEAUTEMPS-BEAUPRÉ, Coutumes, op. cit., t. 2, p. 514-516. 378 d’exemple parmi les Chambres des comptes princières, le fonctionnement de l’administration royale est largement imité dans les principautés à la fin du Moyen Âge qui sont à la recherche de légitimité et de prestige. La fondation par le duc d’Anjou d’une telle structure ne fait pas exception et calque à l’identique les préconisations engagées en faveur de l’institution parisienne. Une observation similaire est faite à propos de la création de la Chambre des comptes de Bourges en 1379. « À plusieurs reprises, la charte de fondation renvoie à la "Chambre des comptes de monseigneur le roy a Paris", dont les pratiques doivent servir de modèle aux nouveaux conseillers de la chambre berruyère »1430. Louis II réactive également son statut de prince apanagé et la filiation directe avec le modèle royal. Dans l’ordonnance donnée le 31 mai 1400 sur la composition de la Chambre des comptes et la réforme de ses instruments de travail, il précise que « lesdiz barons et autres de noz subgiz soient contrains à bailler leurs aveuz par déclaracion tout au long, ainsi comme il a esté ordenné estre fait pour le domaine de monseigneur le Roy »1431. Jusqu’au début du XVe siècle, le cadre réglementaire entourant le fonctionnement de la Chambre est directement inspiré de la législation royale. De même, la composition des offices ne change guère entre le pouvoir royal et le pouvoir princier dans l’apanage. La nature des offices confiée au personnel des Comptes de même que l’organigramme de la Chambre est similaire à l’institution parisienne dès la fin du XIVe siècle. La répartition des charges entre un président, les maîtres-auditeurs, les clercs des Comptes et l’huissier correspond à la structure générale de la Chambre royale. Les similitudes avec celle d’Angers s’étendent également à l’organisation de leur temps de travail. Il existe une coïncidence entre l’ordonnance donnée par le roi de France quant aux horaires des Comptes à Paris en 1454 et celle promulguée par René à Angers en 1459. Cette synchronisation suit le rythme amorcé depuis quelques années par le duc en matière d’imitation des pratiques royales. En 1457 déjà, René avait, sur le modèle de Charles VII, fait affermer les greffes extraordinaires en Anjou, ce qui n’avait pas manqué de soulever l’opposition de plusieurs officiers, dont Jean de La Vignolle, futur président de la Chambre1432. Les deux ordonnances édictées par le roi de France et le duc d’Anjou relatives au temps de travail quotidien des gens des Comptes présentent en effet une certaine ressemblance. Les officiers parisiens doivent prendre leurs 1430 O. GUYOTJEANNIN, O. MATTÉONI, « Introduction : Jean de Berry et l’écrit diplomatique », dans O. GUYOTJEANIN, O. MATTÉONI (dir.), Jean de Berry et l’écrit, op.cit. [en ligne]. Paris : Éditions de la Sorbonne, 2019 (généré le 09 avril 2020). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/ psorbonne/54143>. 1431 AN, P 13344, n° 12. 1432 AN, P 13346, fol. 151. 379 fonctions selon la saison à six ou sept heures du matin en assistant d’abord à une messe d’une heure. Leur temps de travail matinal débute ainsi à huit heures pour se terminer à dix heures. Ils reprennent l’après-midi à quatorze heures et finissent leur journée dix-sept heures. L’ordonnance princière du 19 avril 1459 instaure l’ouverture de la Chambre avec une messe donnée à huit heures et la fin de matinée à dix, ainsi qu’une reprise dans l’après-midi de quinze à dix-sept heures1433. Le rythme de travail des officiers ducaux se calque ainsi en grande partie sur les horaires instaurés pour le personnel parisien. Le transfert des pratiques royales dans l’apanage indique une volonté certaine du duc d’Anjou de se conformer au modèle royal afin de mettre en place un appareil administratif inspirant la même aura d’autorité. La transposition du cadre réglementaire entourant le fonctionnement de l’institution centrale nécessite dans ce sens l’instauration d’une surveillance accrue du pouvoir princier envers tous les changements opérés dans l’organisation du gouvernement royal. 2. La communication des actes législatifs royaux à la Chambre des comptes d’Angers Parmi les nombreux actes transmis à la Chambre des comptes par le pouvoir royal, la retranscription de certaines ordonnances à portée générale dans ses registres mène à penser que les gens des Comptes organisent une forme de « veille documentaire »1434 relative à la législation royale. Il s’agit d’une activité visant à surveiller l’environnement réglementaire mis en place par le pouvoir souverain en période de transition de règne. Même s’il est difficile de deviner les motivations de la Chambre ni même les conditions dans lesquelles s’effectue ce travail de compilation, l’enregistrement des ordonnances s’inscrit dans une temporalité extrêmement ramassée (1452-1463), correspondant à la fin du règne de Charles VII et à l’avènement de Louis XI. Il s’agit pour les gens des Comptes et le gouvernement princier en général d’anticiper et de sentir les évolutions souhaitées par l’administration royale à l’ensemble du royaume. Les actes royaux retranscrits dans les mémoriaux de la Chambre abordent ainsi des sujets variés dans l’objectif de maintenir un flux régulier d’informations dans certains domaines d’activités. 1433 AN, P 13347, fol. 49. J. DEISS, L’art de faire des recherches et de partager l’information : pratiques et techniques de veille et de curation sur Internet, Limoges, Fyp éditions, 2015 ; C. DUPIN, Guide pratique de la veille, Mont Saint-Aignan, Éd. KLOG, 2014 ; D. FROCHOT, « Qu’est-ce que la veille? », Les infostratÈges [en ligne], juin 2006, https://www.les-infostrateges.com/article/dossier-special-veille, consulté le 15 mai 2020 ; A. HUOT DE SAINT AL BIN , Technique de veille, retour d’un professionnel de l’information, Bailly, La Bourdonnaye , 2014. La Chambre effectue durant cette période une brève actualisation de ses connaissances en matière de lois en instaurant une veille sectorielle, orientée dans les domaines militaires, juridiques, financiers, mais aussi sociaux. Leur ciblage reste fondamental dans le sens où il peut revêtir un caractère stratégique pour défendre les intérêts du duc d’Anjou face aux velléités d’ingérence de l’autorité royale. Entre 1452 et 1463, de manière répétée, les gens des Comptes enregistrent plusieurs ordonnances confirmant un mouvement général de progression, voire de « reconquête » de l’autorité souveraine du roi de France sur le reste du royaume1435. Soulignant le lien entre législation royale et maintien de l’ordre public dans ce contexte de fin de guerre de Cent Ans, Charles VII ordonne ainsi le 1er décembre 1451, « dans les villes qui ne seroient en danger, ou sur la frontière, les habitants ne seroient tenus à faire guet et garde qu’une fois le mois au plus, et que l’amende à payer au capitaine par les défaillans, ne seroit que de dix deniers tournois »1436. Cette mesure critique notamment le fait que les seigneurs, capitaines et châtelains obligent les habitants des villes et des châteaux à faire le guet nuit et jour sous peine de grosses amendes. Cette ordonnance est mentionnée dans le mémorial de la Chambre le 10 mai 1452 et recopiée à l’identique1437. Au mois de juillet 14631438, les gens des Comptes copient une lettre close de Louis XI, datée du 24 mai 1463, déclarant que « les causes de régale et de complainte pour raison des bénéfices » ne seront pas traitées devant les juges ecclésiastiques, mais au Parlement, ou devant les autres juges séculiers1439. Au même moment, une autre lettre du roi est transcrite dans le registre de la Chambre, maintenant provisoirement les privilèges des officiers du Parlement de Paris, de ne pouvoir être cités en justice hors de cette ville : « Letres du roy nostre Sire par lesquelles il mande à messeigneurs de sa court de Parlement veoir et visitez en sa Chambre des comptes et ailleurs en son Trésor pour trouver les privileges touchant ses officiers en Parlement »1440. Au niveau des méthodes de circulation de l’information, les gens des Comptes offrent à voir un comportement assez passif. La transcription des actes royaux s’effectue de manière rétrospective : les officiers ne s’enquièrent pas eux-mêmes de l’actualité législative et il faut un délai de plusieurs mois, voire plusieurs années entre la promulgation d’un édit et sa diffusion auprès de l’administration princière en Anjou. Les canaux par lesquels transitent les ordonnances royales montrent que ce sont avant tout les officiers royaux ou les destinataires 1435 P. HAMON, Les Renaissances (1453-1559), Paris, Belin, p. 247-248. Ordonnances, vol. 14, p. 185 et s. 1437 AN, P 13345, fol. 124v. 1438 AN, P 13348, fol. 57-57v. 1439 Ordonnances, vol. 15, p. 663. 1440 AN, P 13348, fol. 57v-58, 24 mai 1463 ; Ordonnances, vol. 15, p. 665. 1436 381 des règlements qui informent le personnel de la Chambre. Les ouvriers de la Monnaie d’Angers présentent ainsi devant les gens des Comptes, au début du mois juin 1453, le renouvellement de leurs privilèges, accordés par le roi de France le 21 février 14481441. La mise en œuvre d’une forme de révision périodique de la législation royale n’est cependant pas reconduite dans le temps et reste très ponctuelle. Elle permet toutefois de mettre en place des procédures d’adaptation entre la Chambre et l’administration centrale, témoignant ainsi d’un effort de coordination entre ces deux instances de pouvoir. 3. Un effort de coordination des gens des Comptes avec le pouvoir royal : harmonisation et respect des pratiques En matière de fiscalité, la collaboration entre le gouvernement princier et la royauté est fondée sur une délégation de pouvoir permettant aux agents ducaux d’assurer de manière autonome la collecte des revenus tirés des impôts. L’administration des finances extraordinaires en Anjou entraîne de fait une certaine harmonisation ‒ plus ou moins volontaire et organisée ‒ des relations entre les officiers du duc et ceux du roi de France. Interlocutrice privilégiée de ces échanges, la Chambre des comptes tente de préserver l’intégrité des droits princiers tout en satisfaisant les attentes royales. Au cœur de ce système, le souci d’efficacité a généralement prévalu sur les querelles de juridiction. À l’avènement de Louis XI, René autorise ainsi le souverain à mettre en place une nouvelle imposition sur les métiers dans la ville d’Angers. Le 12 février 1462, une lettre patente de René est lue lors d’une séance au Conseil. Elle évoque une ordonnance royale commandant à son grand bouteiller et panetier de France, Antoine de Châteauneuf, et son sénéchal du Poitou, Louis Bastet de Crussol, de lever à travers tout le royaume un impôt de 5 sous tournois sur tous les commerçants de pain et de vin tenant boutique. D’abord opposé à la perspective de laisser les collecteurs royaux dans son domaine, le duc d’Anjou fait d’abord opposition par le biais de son procureur d’Anjou. Le prince rappelle les privilèges inhérents au statut de l’apanage, octroyé par la royauté, qui lui donne le droit de lever l’impôt sur ses terres1442. Face à son argumentaire, le grand bouteiller riposte en évoquant un prétexte d’ordre pratique. Il fait remarquer que la collecte est d’ores et déjà amorcée, qu’il a déjà baillé à ferme le recette de 1441 AN, P 13345, fol. 163-164v. 1442 AN, P 13347, fol. 218v : « Pour occasion de ce que ilz n’ont celuy droit en icellui ne ne leur appartendroit pour ce que par les predicesseurs de mondit seigneur le roi, ledit pais d’Aniou nous a esté baillé en partaige et à noz predicesseurs avecques touz droiz, prerogatives et preeminences quelxconques sans riens y retenir ne reserver fors seulement l’ommaige et le ressort en la court de Parlement ». 382 l’aide et reçu l’argent des fermiers au nom du roi. Il requiert ainsi le don en tout ou en partie du prélèvement de l’impôt. Mis devant le fait accompli, René ne relève pas la violation en règle de ses droits et préfère garder de bonnes relations avec les officiers royaux, « desirans complaire mesmement en faveur d’eulx et de qu’ilz sont tres prouches et grandemens en la grace de mondit seigneur le roy »1443. Le duc leur octroie le droit de lever l’aide, mais c’est alors que le Conseil et la Chambre des comptes interviennent pour jouer leur rôle de garde-fou. Ils convoquent les procureurs, commis et sergents des collecteurs pour les informer de la décision princière en requérant un « estat mis par escript de tout ce que sera levé par nom et sournom de ceulx qui en paieront et des parroisses ou ilz seront demourans [...] et lequel estat ilz seront tenuz rapporter en la Chambre des comptes dudit seigneur, et par ledit sergent sera faicte ladite recepte [...] et n’en sera riens prins ne exigé »1444. Les gens des Comptes n’ont pas la force ni les clés pour infléchir ce bras de fer politique entre leur prince et le roi de France, mais dans la gestion financière du domaine, ils possèdent encore quelques atouts pour surveiller les agissements des officiers royaux. L’arrangement, conclu d’une part par René et d’autre part son Conseil, sert avant tout à concilier les intérêts des deux partis. Cet esprit de collaboration prévaut, il est des occasions où la voix des officiers de Comptes a su se faire entendre en ce sens auprès des instances royales, notamment la Chambre des comptes de Paris. Le 16 mars 1452, c’est par leur intermédiaire que la duchesse d’Anjou, Isabelle de Lorraine, fait parvenir aux maîtres de l’institution royale et à son contact, Hugues Buynart, une lettre réquisitoire leur ordonnant de revoir l’assignation de certaines dépenses sur les comptes du grenetier de Vendôme1445. Vigilante quant au « droit à luy appartenant du prouffit, revenu et esmolument quelqu'il soit de touz les greniers du pays d'Aniou sans aucune resignacion fors seulement gaiges d'officiers, despense commune paiez »1446, elle déplore la perte de 30 lb. t., amputées sur les recettes du grenier afin de payer une partie de leurs gages. Si la somme paraît dérisoire, la portée de l’atteinte est quant à elle hautement symbolique. Elle remet en cause jusqu’aux termes de l’entente passée entre le duc d’Anjou et le roi de France à la création de l’apanage. Isabelle de Lorraine requiert donc le retrait de la Chambre des comptes de Paris dans les affaires angevines et que « pour l'amour de nous ilz vueillent desister de faire aucune novité, poursuite ne contraincte contre ledit grenetier de Vendosme ne autres de notre 1443 AN, P 13347, fol. 218v. Id. 1445 AN, P 13345, fol. 120. 1446 Id. 1444 383 dit pays d'Aniou »1447. Dans la réponse adressée à la duchesse par les gens des Comptes le 31 mars suivant, ces derniers reconnaissent une erreur de jugement de la part des généraux de finances, « qui sur diverses receptes et en plusieurs pays nous ont fait assignacion pour le fait » et s’excusent platement en cessant toute poursuite des 30 lb.t. 1448. L’administration des finances est l’occasion d’échanges plus réguliers et pacifiques avec les instances royales, mais il est un domaine où la collaboration avec la Chambre des comptes est malmenée : celui de la justice. La dégradation de leurs relations paraît en règle générale indépendant de leur volonté et due à la manière dont les usagers recourent au jugement souverain du roi de France. Les renvois au Parlement de Paris ou à la cour des Requêtes sont particulièrement utilisés par les membres de la noblesse ou les officiers ayant leurs entrées dans l'administration royale par l’intermédiaire de leurs réseaux professionnels ou familiaux. Le comte de Vendôme demande ainsi au roi de France la soustraction à la juridiction ordinaire de son procès avec le seigneur de Craon, qui lui est accordée1449 tandis que Léonnet Guermet (ou Guérinet) contourne délibérément l’autorité de la Chambre des comptes pour aider son père, Jean Guermet, châtelain de Mirebeau et son frère aîné Jean II Guermet, à poursuivre le receveur Jean Payen1450. En poste depuis 50 ans, le châtelain n’était plus en mesure d’exercer sa charge du fait de sa vieillesse. L’exercice de sa charge avait été transféré à son fils, Jean II Guermet. Ce dernier continuait de percevoir indirectement les gages de son père, jusqu’à l’opposition du receveur de Mirebeau 10 ans plus tôt. Son second fils, Léonnet, conseiller au Parlement, avait donc fait convoquer à quatre reprises Jean Payen à la cour des Requêtes de Paris afin de lever l’obstruction de l’officier et récupérer le reste des émoluments associés à la fonction de châtelain (20 lb. t. annuelles), toujours détenue par son père. Le 21 mars 1455, les gens des Comptes adressent une lettre à Jean Guermet afin de faire cesser le procès intenté contre le receveur de Mirebeau. Ils reprochent à la parentèle d’avoir soustrait la connaissance légitime de cette affaire à la juridiction ordinaire et donc, le jugement de leur cour. Dans sa réponse (7 avril 1455), Léonnet Guermet rappelle que les dispositions prises en faveur de son père et de son frère aîné avaient été approuvées par le duc d’Anjou en personne et que les motifs de plainte envers Jean Payen ne se limitent pas à la perception des gages de châtelain 1451. Le receveur de Mirebeau est d’ailleurs bien connu pour les retards à répétition concernant la reddition de ses 1447 AN, P 13345, fol. 120. Ibid., fol. 123. 1449 AN, P 133411, fol. 173-173, 28 janvier – 13 février 1483. 1450 AN, P13346, fol. 57, 62-62v, mars-avril 1455. 1451 Le conflit paraît être avant tout d’ordre familial, Jean Payen étant marié à la fille de Jean Guermet, sœur de Jean II et Léonnet Guermet. 1448 384 comptes ou le règlement de ses dettes. Devant la relative complaisance de la Chambre envers l’officier de recette, Léonnet confesse à demi-mots une stratégie habile pour tourner la situation à son avantage. En préférant l’intervention des instances royales dans la résolution du conflit, il force ainsi la justice ducale à reconnaître l’ampleur du litige et lui donner une issue favorable : « pour ce que j'estavoys bien que ledit Jehan Payen se yroit plaindre rescripia à mes seigneurs du Conseil du roy estant à Angiers le transport qui m'avoit esté fait desdits gaiges et comme je l'avoye fait adjourner par devant mes seigneurs tenans les requestes du palais à Paris et qu'il leur pleust ne l'avoit en desplaisance et que j'estoye comptent d'en faire la poursuite contre ledit Payen là où il leur plairoit ordonnée et depuys en ceste ville de Paris, j'en ay parlé à monseigneur l'evesque d'Angiers et à monseigneur le procureur d'Aniou maistre Louys Delacroix et à maistre André Courault ausquelx j'ay dit que j'estoye content de poursuir lesdits gaiges par davant ceulx que mesdits seigneurs du Conseil ou vous adviseriez et suys trop plus content d'en prendre justice devant vous que en nul autre lieu ne jamais n'en feray poursuite jusques ad ce que mondit pere et moy sachons vostre bon plaisir et voulenté »1452. Les registres de la Chambre des comptes ne nous renseignent pas sur la réaction des gens des Comptes, mais ces derniers reçoivent le 15 avril 1455 une lettre envoyée de Paris par Louis de La Croix, procureur d’Anjou, donnant foi au témoignage de la famille Guermet à l’encontre de Jean Payen. De fait, le 10 juillet 1456, ce dernier est assigné à comparaître devant la Chambre à cause du refus formulé par le receveur quant au versement des gages de certains officiers ordinaires1453. Dans cette affaire, la coordination à proprement parler entre les gens des Comptes et la justice royale n’entre pas en compte, mais la menace d’en référer aux autorités souveraines catalyse l’action de la Chambre tout en mobilisant un réseau d’ambassadeurs princiers présents à Paris. La circulation des officiers forme de fait la majeure partie des modalités entourant les efforts de coordination entre l’administration royale et princière. D’après les registres de la Chambre, les gens des Comptes se rendent d’ailleurs plus fréquemment à Paris que dans le reste des territoires angevins. Leurs missions, et plus particulièrement leurs compétences en matière judiciaire, les mènent droit vers les instances centrales de la justice, et en particulier vers le Parlement de Paris. Les officiers de la Chambre se déplacent parfois à Paris pour instruire les procès auprès des cours souveraines du royaume, même si d’autres gens de finances peuvent 1452 1453 AN, P13346, fol. 57, 62-62v. Ibid., fol. 120v. 385 s’en charger pour eux, en particulier le trésorier d’Anjou1454. Dans l’ensemble, une quinzaine d’officiers des Comptes se sont un jour rendus auprès des instances parisiennes dans l’exercice de leurs fonctions. Ces déplacements ne sont rattachés à aucune chronologie spécifique, ni même à une fonction particulière. Du règne de Louis Ier à celui de René d’Anjou, du simple huissier au président des Comptes, la circulation des officiers de la Chambre dans la capitale du royaume est une constante. Boniface Lamirault se rend ainsi d’Angers à Paris, auprès du roi France, « pour certaines besoignes secretes à lui enchargées par mondit seigneur le duc, desquelles il lui a rapporté response à Poictiers »1455, entre le 16 juillet et le 2 août 1377. À l’extrémité de notre période, Olivier Barrault est particulièrement chargé des relations avec l’administration royale, mais aussi de la défense des intérêts de la ville d’Angers. À ce titre, il est régulièrement sollicité pour effectuer des voyages auprès des généraux des finances et de la Chambre des comptes de Paris1456. De la même manière, les présidents des Comptes successifs se retrouvent en mission dans la capitale (Hardouin de Bueil le 29 avril 14121457, Guillaume Gauquelin le 1er mars 14511458, Jean de La Vignolle après le 12 janvier 14811459), de même que Jean Le Peletier, huissier1460. De nature ponctuelle, les motivations de ces visites peuvent variées. Il peut s’agit d’une mission de représentation auprès du roi de France, mais dans la plupart des cas, c’est le règlement d’une question administrative, qu’elle soit d’ordre financière ou judiciaire, qui justifie la présence des gens des Comptes à Paris. Denis du Breil s’y déplace le 30 juin 1378 à la requête des élus de la ville d’Angers1461. Guillaume Leroy, clerc des Comptes est chargé par la Chambre de se rendre à la Chambre des requêtes de Paris le 7 mars 1405 afin de présenter les comptes de Guillaume Bequet, ancien trésorier, dans un litige opposant ses héritiers au duc 1454 AN, P 133410, fol. 149, 25 février 1478 : copie d’une ordonnance du Conseil pour Jean Bernard, trésorier d'Anjou, envoyé à Paris pour suivre les affaires en procès, payer les gages des officiers et autres missions. 1455 AN, KK 242, fol. 79v. 1456 AMA, BB 13, fol. 48v : à cette occasion, il précise au conseil, qu’à l’avenir les comptes sont à soumettre à la Chambre des comptes de Paris tous les trois ans, comme le font les autres villes. Il va soumettre les comptes de Denis Meguin en mars 1503. 1457 AN, P 13344, fol. 109. 1458 AN, P 13345, fol. 70v. 1459 AN, P 133411, fol. 41 : il est chargé par le roi d’aller à Paris pour lui présenter plusieurs documents et titres de la Maison d’Anjou concernant certaines ambassades en Italie et à Barcelone, les royaumes de Majorque, Sardaigne, le comté de Roussillon et autres seigneuries et enfin le testament de Louis II. 1460 AN, P 13349, fol. 79, 9 janvier 1470 ; AN, P 13349, fol. 171, 4 novembre 386 d’Anjou1462. Michel de La Croix s’y rend le 19 février 1409 afin d’apporter un mémoire concernant une affaire jugée en la cour de Parlement1463. Lors de la résignation de son office le 10 avril 1453, Nicole Muret se trouve à Paris, en la cour de Parlement1464. Guillaume Chevalier, clerc des Comptes, y est signalé le 9 mai 1477 auprès des officiers du roi de Sicile en la cour de Parlement afin de soutenir deux procès intentés par Pierre Le Bouteillier, receveur d’Anjou, sur les revenus de la prévôté et Cloison de Saumur1465. Dans l’ensemble néanmoins, le traitement des procès en appel ou la gestion de la fiscalité, réunissant à la fois le concours des institutions parisiennes et celui de la Chambre des comptes d’Angers, représentent moins un besoin de conciliation que la nécessité pour les officiers de garder un œil sur la conduite des affaires royales en Anjou. Les gens des Comptes sont aiguillés dans ce sens par un devoir de surveillance actif des intérêts princiers, même si l’éloignement des services et la longueur des procédures rendent difficile la continuité de leur action. Les réseaux politiques et de clientèle développés par la Chambre des comptes auprès du roi de France représentent cependant un moyen de contourner ces obstacles. B. Réseaux politiques et clientèle princière auprès du roi de France Les relations entretenues par les gens des Comptes avec l’administration royale ‒ et réciproquement ‒ profitent avant tout du partage d’un modèle institutionnel commun favorisant les échanges entre le gouvernement ducal et le pouvoir central. La cadre réglementaire définit par la Chambre des comptes royale, tout comme les possibilités de cumul, des offices royaux et princiers influencent ainsi le fonctionnement tout comme les carrières du personnel angevin. 1. Les officiers royaux de la Chambre des comptes de Paris parmi les premiers officiers de l’institution angevine Le profil des premiers officiers des Comptes indique sans conteste l’implication des serviteurs royaux dans la mise en œuvre de l’appareil administratif ducal. Le rôle des hommes et le poids des structures politiques et sociales dans le processus d’élaboration institutionnelle n’est pas donc pas à négliger. Cette observation fait notamment écho à l’analyse formulée à 1462 AN, P 13344, fol. 62 : sont présents à cette séance l’abbé de Saint-Aubin et maître Lucas Le Fèvre. La présence répétée de ce dernier à l’évocation de Guillaume Leroy laisse penser que le clerc des Comptes était peut-être attaché à son service. 1463 Ibid., fol. 85v. 1464 AN, P 13345, fol. 160v. 1465 AN, P 133410, fol. 99v. 387 l’occasion d’une étude menée sur les pratiques documentaires de Jean de Berry. En s’intéressant au personnel de la Chancellerie princière, cette dernière a démontré que plusieurs secrétaires responsables de la réalisation des actes étaient également passés par le service de la Chancellerie royale, avant, après ou pendant le service du duc1466. Au sein de la principauté angevine, Jean-Michel Matz émet les mêmes remarques au sujet du fonctionnement de la Chancellerie dans les années 1380 : « l’étroitesse des liens entre la cour royale et la cour angevine est [avant tout] marquée par la circulation des officiers entre elles et ce dès le début du règne de la seconde Maison d’Anjou »1467. La perméabilité instituée entre les deux échelons de pouvoir se trouve de manière similaire à l’origine du recrutement des gens des Comptes.
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870 Le second roman de Paul Smaïl, Casa, la casa, op. cit., est largement bâti sur cette donnée. 871 Bien que le narrateur de ce roman lui aussi arrive à l'écriture, mais de manière plus ambiguë, son récit oscillant entre journal intime et plaidoyer destiné à ses juges. 294 l'époque des luttes anti-coloniales, les choses ne paraissent pas si simples et la voix est devenue un des enjeux problématiques de la théorie postcoloniale872 », affirme Margaret A. Majumdar. Il est vrai qu'il est difficile de séparer la voix de la représentation, concept aussi bien littéraire que politique, rappelle la même critique. Toutefois, on peut tenter, dans un premier temps, de faire fi de cette duplicité pseudonymique, d'éviter surtout de prêter des intentions politiques à un texte sur le simple soupçon que son auteur n'est pas réellement un « postcolonisé873 », sans entrer dans le débat de la représentation et de sa conformité avec un réel quelconque, ni dans celui de savoir qui a le droit, ou non, de représenter le décolonisé874. Si une littérature se veut subversive, c'est parce que justement elle n'obéit ni à une censure conventionnelle ni à des limitations normatives. Ce qui parait évident, c'est que les livres signés Paul Smaïl reconduisent tous les topos du roman beur : scolarité plutôt réussie875, qui explique l'avènement à l'écriture, présence d'une figure de mentor876. Bien que Ali le Magnifique ne présente pas un modèle de réussite accomplie, il s'inscrit néanmoins dans le genre, tout en le détournant. Dans la deuxième partie de ce travail, on a vu que la voix narrative chez Smaïl se caractérisait surtout par son oblicité. Que ce soit celle de Paul, le narrateur de Vivre me tue ou celle de Sid Ali dans Ali le Magnifique, l'ironie récurrente n'épargne ni les 872 Margaret A. Majumdar , « Hybridité et voix dans la théorie postcoloniale : le cas de Paul Smaïl », art. cité, in Charles Bonn Migrations des identités et des textes entre l'Algérie et la France, dans les littératures des deux rives , op. cit . , p. 110 . 873 Albert Memmi parle, lui, de « décolonisé » dans Portrait du décolonisé arabo-musulman et de quelques autres, Paris, Gallimard, 2004. 874 M. A. Majumdar pose même la question : « Léger [alias Paul Smaïl] peut-il se permettre de jouer ce jeu? » (« Hybridité et voix dans la théorie postcoloniale : le cas de Paul Smaïl », art. cité, p. 113). 875 Sur le modèle du protagoniste du Gône du Chaâba, op. cit., ou de Béni dans Béni ou le paradis privé, op. cit. de Azouz Begag. 876 Figure présente aussi bien dans les romans d'apprentissage que dans beaucoup de romans maghrébins et beurs. Ceci s'explique par le fait que la langue française est au coeur de cette écriture et que la séduction de cette langue passe dans la plupart des cas par le biais d'un enseignant. 295 représentants de la société française, ni ceux de la société magrébine (du Maroc et d'Algérie) ou de la communauté issue de ces deux pays et vivant en France. En outre, les deux personnages se situent dans une marginalité lucide et sans concession, particulièrement sur la société du spectacle. Ainsi, comme le note Philippe Lançon à propos de Léger / Smaïl, l'auteur « agresse le monde de la représentation, politiciens, auteurs, critiques, télé-troncs, démagogues de tous acabits877 ». Si, dans Casa, la casa, le narrateur refuse de se plier au rituel des émissions télévisées, le protagoniste de Ali le Magnifique, quant à lui, pousse la mise en spectacle de soi jusqu'à l'absurde, jouant sans cesse, simulant des personnages qu'il n'est pas et dénonçant par là-même l'histrionisme de la société contemporaine. Dès l'incipit, le récit du narrateur s'inscrit en contrepoint de ce qui se diffuse sur son compte à travers la presse et il se terminera sur un appel au lecteur à rompre avec cette société du spectacle : Éteignez vos écrans, tous vos écrans! Lisez, sortez, aimez, écoutez de la musique, dansez, faites l'amour, buvez du vin et de l'eau de vie, fumez de l'herbe ou des nuits graves, si ça vous chante, chantez, chantez, chantez dans le noir, tout espoir n'est pas perdu, nous vaincrons! nous briserons les glaces sans tain du Spectacle, nous disperserons sous nos rires les mirages du Marché878! Ce passage de l'« Envoi » semble servir de moralité donnant à lire à rebours un roman inspiré d'un simple fait divers. La création de Smaïl émane, en effet, plus du langage que du réel dont il s'est inspiré et le fait divers ne lui aura servi qu'à pourvoir l'écriture, au besoin, d'une couleur anecdotique. La page du fait divers, représentée en début de roman sous la forme de titres 877 Philippe Lançon, « Il en fait des tomes », Libération, 6 février 2003, cité par M. A. Majumdar, « Hybridité et voix dans la théorie postcoloniale : le cas de Paul Smaïl », art. cité, p. 113. 878 Ali le Magnifique, p. 617. 296 de presse est totalement déconstruite puisque ses stéréotypes ne sont repris que sur le mode distant de l'ironie : «"Le criminel le plus recherché de l'espace Schengen." Mais mon avocat a rappelé que j'étais présumé innocent879 ». C'est toute la stéréotypie circulant autour de l'image du beur qui est épinglée à travers les deux romans : C'est que, pour les gens, tous les beurs se ressemblent, ont l'air suspect. Ou que tous les beurs sont des robots. Ou que ce sont tous des monstres. Des tueurs en puissance. [] Et qu'ils font peur. Oui880. Dans Vivre me tue, le narrateur s'insurge contre la patronne de la librairie qui lui conseille des « bouquins de ratons » : Driss Chraïbi, Mohamed Choukri, Rachid Mimouni881. Aussi bien, Paul Smaïl convoque des références qui vont de Proust à Chikha Rmiti, du groupe Zebda à Rimbaud, de Baschung à Omar El Khayyam. Autre motif du roman beur repris : le voyage vers le pays des origines. Dans les deux romans de Smaïl le voyage, exil pour Paul882, fugue pour Sid Ali, se solde par une découverte qui fait tomber en pièces le mythe des origines comme carte postale à l'usage des touristes. Ici encore, l'oblicité du regard des deux narrateurs est sans concession sur la corruption, les nouveaux riches, le poids de la religion et celui du pouvoir politique, etc. En fait, tout est prétexte pour Paul Smaïl à exercer son art du pamphlet, de la formule 879 Id., p. 17. 880 Ibid. Cette stéréotypie est cultivée par les médias, c'est ce que dénoncent les pages où une chaîne télévisée organise une fausse émission en direct dans les cités , avec l'accord de quelques jeunes à qui on a proposé de l'argent pour jouer les durs (p. 20-23). 881 Vivre me tue, p . 92-93 : Les ratons ne devraient lire que des bouquin s de ratons, selon vous? Proust, c'est seulement pour les pédés, alors? [] Et les Bretons, alors, il faut qu'ils lisent Chateaubriand? Les Russes, Tolstoï? [] Qu'est-ce que j'en ai à foutre de la littérature arabe? Pour moi, il y a les bons livres et les mauvais – point. 882 Pour le narrateur de Vivre me tue, c'est dans le roman suivant, Casa, la casa, que ce voyage sera relaté. Il est juste annoncé dans le premier roman. 297 assassine qui ne va jamais sans une grande jubilation linguistique. En comparant Smaïl / Léger à un boxeur, Philippe Lan çon résume heureusement le rapport de cet auteur à la langue : « tout lui fait phrase 883 ». 1.5.2. Exercice de style et distorsion parodique Ce « tout lui fait phrase » indique l'hybridité affichée de l'écriture de Paul Smaïl. C'est une hybridité assumée, non pas comme symptôme (même si au niveau de la fiction elle est sensée signaler la biculturalité des protagonistes), mais plutôt comme une esthétique du mélange et de la transformation. On a déjà évoqué la pluralité des registres de langue, des langues elles-mêmes : français, arabe, anglais, espagnol Mais il y a également toute la créativité lexicale, les détournements discursifs comme le vocabulaire de la publicité intégré dans une tendance à l'écholalie jubilatoire884. Le détournement des listes fait penser à une entreprise de collage et de bric-à-brac où le sens s'émousse à l'avantage du son : liste alphabétique des prénoms arabes : « Ali, Asad, Aziz, Fouad, Gamal, Hamza, Karim, Nabil, Naguib, Mourad, Mouloud, [] Zinedine885! » ; liste des marques de vêtements dans les magasins transfigurés en un espace labyrinthique qui donne le vertige : cette liste est déclinée, déclamée, scandée de points d'exclamation dans un délire de la marque : « Je vais déambuler pendant des heures dans le dédale de la plus belle des kissarias, me défoncer aux marques! Nike [] Caterpillar! Harrington! Hanes! [] Cargo! [] 886». Pour le personnage, le recours à la liste est une manière de se constituer 883 Philippe Lançon, « Il en fait des tomes », art. cité, repris par Margaret A. Majumdar, « Hybridité et voix dans la théorie postcoloniale : le cas de Paul Smaïl », art. cité, p. 113. 884 Exemple entre dix, la liste des options de la BMW est déclinée de man ière quasi-exhaustive dans Ali le Magnifique, p. 62-63. 885 Id., p. 129. Cette liste de prénoms est mise en relation avec le comportement de la police à l'endroit des Maghrébins ou des Français d'origine maghrébine. 886 Id., p. 39. une identité de recours. Les marques et le modèle sous-jacent d'identité in (et non pas out) lui fournissent les références, la légitimation et la visibilité dont il a besoin. Les tournures stéréotypées auxquelles il se réfère sont la formulation obligée qui l'intègre dans une communauté dite « d'origine » : « On n'est pas des pédés », « Hchouma!887 », « si je pouvais pleurer – mais un homme ne pleure pas888 », etc. En outre, la tendance à la fabulation donne lieu à des microrécits par lesquels le narrateur se constitue une identité usurpée : les scènes avec le psychanalyste en sont un exemple et cela malgré la lucidité du sujet à propos de sa tendance à fabuler. En effet, sa lucidité ne l'empêche pas de se constituer en usurpateur d'un discours qui n'est pas le sien. Pour l'auteur, le recours à la liste est une manière de dénoncer dans un premier temps le terrorisme des marques sur les jeunes, mais sur le plan esthétique le recours ostensible et répétitif à la liste permet de remplacer l'acte créatif littéraire par la récitation répétitive des bruits du monde moderne, comme si ces bruits avaient contaminé le texte, l'avaient miné de l'intérieur, contrariant toute créativité, la transformant en simple entreprise de recyclage. Cette circulation de fragments recyclés est parfois traitée sur le mode parodique, ce qui accentue encore plus cette conception « négative » de la littérature. Si Vivre me tue peut de manière générale se lire comme un pastiche, voire comme une parodie, cela se vérifie surtout en rapport avec l'identité auctoriale liée à l'état civil. Dans Ali le Magnifique, la parodie s'érige en morceaux de bravoure ; ainsi de celle du roman à l'eau de rose : Dire ce que furent – passé simple – les jours, les semaines miraculeuses qui suivirent? Dire ce que fut notre amour? Dire ce que fut, du moins, mon amour [] Qui a jamais pu dire avec certitude : il, ou elle, m'aimait autant 887 Id., p. 200. que je l'aimais [] – putain ! tu es bon , là, Sid Ali . Tu es bon. Tu es convaincant. Tu en pleurerais de bonheur. C'est le bonheur889. Le narrateur se dédouble ainsi en son propre lecteur, commentant ce fragment de roman à l'eau de rose, vite avorté par le métadiscours qui en fait clairement un exercice de style. Une usurpation de plus. D'autres exercices comme celui-ci parsèment le roman : l'imitation du scénario cinématographique890, celle du style du Monde891, etc. Le narrateur va jusqu'à se pasticher lui-même, s'imaginant interviewé par un journaliste et se citant luimême en italique, comme un autre. Le dédoublement de l' instance narrative est sans cesse accompagnée d'un métadiscours enté à la matérialité même du texte, ramenant le lecteur à la pure présence de son acte de lecture, le mettant devant sa responsabilité de lecteur : Je ne vous connais pas encore assez pour connaître vos goûts. Mais puisque vous êtes parvenus à la page 301 de ce bouquin que vous lisez, là, et que ma si poétique prose ne vous rebute pas trop, apparemment, vous devriez apprécier ce qui suit : du grand bon beau cinéma comme vous aimez . Z ' y va ? Z'y va892. L'intrusion du narrateur agit comme métalepse, et la métaphore cinématographique comme commentaire métafictionnel reproduisant le topos du theatrum mundi : les hommes sont des fantoches mus par une puissance supérieure. Le personnage, à la fois narrateur et auteur (dans la fiction), est conçu selon une vision totalitaire qui se déplace sans cesse entre le fictif et le réflexif. Cette totalisation au lieu de donner une idée sûre et homogène du sujet, en fait une entité flottante que creuse le ver Id., p. 86. 890 Id., p. 301 : « Et maintenant place au grand bon beau cinéma comme on aime. Enfin! on ; moi, du moins » ; ainsi est amorcée la parodie du scénario cinématographique. 891 Id., p. 237-241. 892 Id., p. 301, évidemment. 300 Ainsi, les deux romans de Smaïl partent d'une affirmation identitaire pour mieux en souligner le caractère hybride, incertain, se projetant sans cesse dans l'image renvoyée à l'autre. Cette construction d'une hybridité plus ou moins confortable se nourrit textuellement des lectures et des goûts culturels des deux narrateurs. Si le caractère fictif des faits relatés dans les romans du corpus ne prête pas à discussion, la généricité de ces derniers est plus problématique, car elle emprunte à des codes multiples, les détournant, les pastichant ou les parodiant : autobiographie, histoire, fait divers sont des pré-textes que la fiction vient subvertir, ou éclairer différemment par une parole romanesque qui assume sa part de subjectivité et d'ambiguïté. Cette hybridité constitutive se nourrit également d'une autre mémoire, celle des livres lus, qu'elle convoque dans une intertextualité affichée comme un complément d'identité. Cerner l'artifice d'une telle entreprise et son ambivalence, selon que l'on se situe par rapport aux représentations qui émanent de la fiction ou par rapport à la dimension esthétique de cette dernière, permet de mettre en perspective littéraire la subversion affichée par les textes du corpus ou qui leur est reconnue. 2. Mémoire de textes C'est dans les années soixante-dix que des théoriciens du texte littéraire entreprennent de conceptualiser une notion désormais devenue incontournable, celle d'intertextualité. La fécondité de cette notion explique d'ailleurs son instabilité définitionnelle, des plus extensives (Julia Kristeva893 ou Roland Barthes894) à la plus 893 L'intertexte considéré comme une dynamique textuelle, cf. Julia Kristeva, Σημειωτικὴ, Recherches pour une sémanalyse, Paris, Seuil, [1969], Points essais, 1978. 894 L'intertexte devient fondement même de tout texte : « Tout texte est un intertexte » (Roland Barthes, « Texte (théorie du) », in Encyclopaedia universalis, 1re édition, Paris, Encyclopaedia universalis, 1968-75). 301 restrictive (Michaël Riffaterre895) ou à la plus taxinomique (Gérard Genette896). Renouant avec la réflexion des formalistes russes en soulignant l'autonomie du texte897, l'intertextualité rompt avec la critique de la filiation dite aussi « critique des sources898 », sans arriver cependant à la supplanter entièrement899, particulièrement dans le Monde arabe. Si la critique des sources suppose au texte une origine première et souvent statique, que l'on peut identifier et délimiter, l'approche intertextuelle, quant à elle, « compromet définitivement le caractère monolithique de la signification du texte littéraire900 ». Dans l'aire littéraire arabe, ce concept d'intertextualité, rendu par [tanāṣṣ]901 dérivé lui-même de [naṣṣ], « texte », a partie liée avec le mouvement appelant à s'inspirer de la modernité ([ḥadāṯa]) littéraire occidentale, et il a fait l'objet de nombreux écrits et discussions. Cependant, malgré l'abondante littérature e à ce sujet sous forme d'articles ou d'essais – dont beaucoup ont été présentés lors de conférences ou de colloques universitaires –, ce concept reste encore aujourd'hui quelque chose d'abstrait en arabe. 895 Michaël Riffaterre, La Production du texte, Paris, Seuil, 1979. 896 Gérard Genette, Palimpsestes, Paris, Seuil, 1982. 897 Cf. Nathalie Piégay-Gros, Introduction à l'intertextualité, Paris, Dunod, 1996, p. 22-24. 898 Id., p. 32- 35. 899 Cf., à ce propos, le compte rendu par Patrick Sultan de Harold Bloom, Ruiner les vérités sacrées, (1988), trad. fr. par Robert Davreu, Paris, Circé, Bibliothèque critique, 1999. Ce compte rendu, intitulé « Guerres de succession », in Acta fabula, vol. 2, n° 1, 2001, est disponible sur Internet à l'adresse suivante : http://www.fabula.org/revue/cr/103.php, page consultée le 9 juin 2007. 900 Nathalie Piégay-Gros, Introduction à l'intertextualité, op. cit., p. 74. 901 Ou bien [naṣṣiyya], la terminologie reste hésitante. Cf. l'article de synthèse de Naïma Fartas, » )ً‫ «( » نظرية التناصية والنقد الجديد (جوليا كريستيفا أنموذجا‬La théorie de l'intertextualité et la nouvelle critique [le cas de J. Kristeva] »), document disponible sur Internet à l'adresse suivante : http://azouzlahcen.jeeran.com/%D8%A7%D9%84%Dz8%AA%D9%86%D8%A7%D8%B5%D9%8A%D8 %A9%20doc, page consultée le 24 avril 2007. 302 Les frontières de l'intertexte se dessinent non seulement en fonction de la nature de l'emprunt, mais aussi de l'aire culturelle et de la période historique considérée. Ainsi la notion occidentale et déjà très fluctuante de plagiat, qui est une forme d'intertextualité extrême et pervertie902 et son équivalent arabe, [sariqa ʾadabiyya], littéralement « larcin littéraire », attendent encore d'être étudiées sous un jour comparatif et d'être mieux délimitées903. Gardons à l'esprit que la littérature arabe classique, à l'instar de ses homologues européennes, était loin de déconsidérer le plagiat : « Pour les poéticiens arabes, le plagiat [sariqāt]904 n'est pas une notion nécessairement dépréciative905 », rappelle A. Kilito. De fait, la notion même de propriété littéraire n'avait pas encore acquis des contours qui ne s'élaboreront qu'à partir du XVIIIe siècle. Ainsi la poétique arabe dispose-telle de tout un registre de notions pour rendre compte des phénomènes du type visé ici : • [ʾiqtibās] : citation d'un fragment coranique ou appartenant à la tradition prophétique ; 902 Cf. Hélène Maurel-Indart, Du plagiat, Paris, Presses universitaires de France, Perspectives critiques, 1999. La critique des sources continue à connaître un grand intérêt de la part des chercheurs dans le monde arabe. Il semble même qu'en plus d'une réelle présence du paradigme patrimonial dans la production littéraire arabe, il y a de la part de la critique comme une volonté de légitimation de cette littérature, et ce particulièrement en ce qui concerne le genre romanesque, considéré comme « plus » intrus que d'autres. Cf., à titre d'exemple, l'important travail de Mohammed Ryadh Wattar, « [tawẓīfu t-turāṯi fī r-riwāya l-ʿarabiyya lmuʿāṣira] » (« L'utilisation du patrimoine dans le roman arabe contemporain »), 2002, disponible sur Internet à l'adresse suivante : http://www.awu-dam.org/book/02/study02/361-M-W/ind-book02-sd001.htm, page consultée le 28 novembre 2005. Ce critique propose dans ce travail une importante bibliographie qui illustre amplement cette quête des sources. Pour le Maghreb, on se reportera, par exemple, aux Racines du texte maghrébin, Tunis, Cérès, 1997. 904 A. Kilito omet de souligner la nuance introduite par la catégorie du nombre grammatical : [sariqāt] est utilisé au pluriel dans le contexte classique, ce qui lui confère un statut de désignateur d'entités concrètes et nombrables, au lieu que le singulier [sariqa] de l'emploi moderne est clairement générique et plus abstrait. Cette nuance est de taille, et renvoie à la différence entre « emprunt(s) partiel(s) » et « emprunt total » ; cf. Hélène Maurel-Indart, Du plagiat, op. cit., pour un examen détaillé de ces notions. 905 Abdelfattah Kilito, L'Auteur et ses doubles. Essai sur la culture arabe classique, Paris, Seuil, 1985, p. 24. • [taḍmīn] : citation d'un vers de poésie ou d'un ensemble de vers ; • [talmīḥ] : allusion à un évènement, à un personnage ou à une histoire célèbres ; • [muʿāraḍa] : écriture oblique, manière de s'opposer (en écrivant), d'entrer en concurrence. Mais toutes ces notions ne peuvent recouvrir celle d'intertextualité, traduite par [tanāṣṣ]. Au reste, si l'approche intertextuelle connaît un succès moindre que la critique des sources, on peut également y voir une conséquence de l'histoire récente du Monde arabe. Mohammed Ryadh Wattar note, à juste titre, que le recours à l'hypotexte patrimonial906 s'est intensifié depuis la [naksa]907, en réaction à un sentiment d'échec et de dépossession ayant alors affecté l'intellectuel arabe. Trois attitudes ont découlé de cette conjoncture ou se sont, en tout cas, affirmées après cette date. Le salafisme, qui remonte au XIX e siècle, s'est illustré par le rejet de la modernité et de l'Occident dans une idéalisation totale de la tradition, [ʾat-turāṯ]908. A l'opposé, des intellectuels modernistes, souvent sévèrement jugés comme « pro-occidentaux », vouent un culte inconditionnel à la modernité et considèrent tout ce qui vient du passé comme une entrave au développement. Entre ces deux courants vient s'inscrire une dynamique qui tente, bien difficilement, de concilier passé et présent, 906 Mohammed Ryadh Wattar, « [tawẓīfu t-turāṯi fī r-riwāyati l-ʿarabiyyati l-muʿāṣira] », (« L'Utilisation du patrimoine dans le roman arabe contemporain »), op. cit., chap. 1, § 2. C'est la grande débâcle, en 1967, du panarabisme contre l'armée israélienne, dont la supériorité technologique et organisationnelle s'est cruellement avérée. 908 Cf. Jacques Berque, Les Arabes d'hier à demain, Paris, Seuil / Esprit, 3e édition augmentée, 1969, en particulier le chapitre 1, « Rupture de l'homme traditionnel », p. 31-50. 304 en empruntant des valeurs anciennes, mais en les soumettant au regard critique, historiciste, du présent909. Dès lors toute manifestation intertextuelle mérite de faire l'objet d'une lecture qui prenne en considération cette dynamique de rapports entre les textes. C'est ainsi qu'entre le flou définitionnel qui entoure certaines approches intertextuelles ou, à l'inverse, l'extrême restriction taxinomique, on optera non pas pour un équilibre improbable entre ces deux attitudes théoriques, mais pour une poétique de l'intertextualité telle qu'elle se dégage des textes, laissant à chacun d'entre eux son originalité. En ce sens, la terminologie genettienne semble encore indépassable, même si l'usage qui en sera fait répondra au seul souci de clarté. Cette poétique ne sera sollicitée, naturellement, que dans la mesure où elle semble relever d'un acte subversif. Mais en quoi l'axe intertextuel peut-il intéresser une lecture qui tente de débusquer le subversif dans les textes du corpus? Subversive, l'intertextualité l'est à plus d'un titre et, d'abord, parce qu'elle correspond, à prendre le sens étymologique du mot clé de ce travail, à la version d'endessous. Cette façon d'aborder la mémoire des textes oblige naturellement à un geste herméneutique parallèle à l'élucidation des modalités intertextuelles. Il s'agira bien évidemment d'inscrire ce geste herméneutique dans l'esquisse de poétiques intertextuelles et non pas dans de simples inventaires qui ne sauraient en aucun cas prétendre à une quelconque exhaustivité. L'une des premières évidences à poser pour établir un usage subversif de l'intertextualité est de rappeler que celle-ci ruin e toute idée de monolithisme textuel, toute utopie de source statique : 909 Au Maroc, l'un des défenseurs de ce rapport distancié à la tradition est le philosophe Mohamed Abed Al- Jabri. Cf., par exemple, son Introduction à la critique de la raison arabe, Casablanca / Paris, Le Fennec / La Découverte, 1995. L'intertextualité compromet définitivement le caractère monolithique de la signification du texte littéraire [] en introduisant un élément hétérogène, en faisant référence à un lien de sens déjà constitué, elle brise toute univocité910. Il faut néanmoins se souvenir que la théorisation de l'intertextualité n'a vu le jour que depuis les années soixante-dix et que si, a priori, rien n'interdit d'étudier cette dimension de manière rétrospective, dans des textes qui ont précédé la littérature théorique, il faut cependant tenir compte de la conscience intertextuelle chez un écrivain et qui, toute récente, particulièrement dans le Monde arabe, relève d'une nouvelle relation aux textes. D'où la nécessité d'une mise en jeu des modalités de signification du texte littéraire, des conditions de sa lecture, de la conception du texte et de sa nature profonde. 2.1. Bonnes et mauvaises lectures La lecture est au coeur de toute entreprise scripturale : de même que le conteur est un ra(/e)conteur des histoires des autres, l'écrivain est un « récrivain911 ». La plupart des personnages du corpus de référence sont des lecteurs, bons ou mauvais, des livres des autres, qu'ils commentent, critiquent ou encensent avec plus ou moins de pertinence. C'est chez Boudjedra et El Maleh que la lecture est le plus ouvertement présentée comme au coeur de l'entreprise scripturale, la configurant même en faisant d'elle un parcours erratique qui impose ses détours, ou la pervertissant jusqu'à transformer l'oeuvre en éclats de miroirs d'autres oeuvres. 910 Nathalie Piégay-Gros, Introduction à l'intertextualité, op. cit., p. 74 911 Selon le mot forgé par Marc Escola dans son article « Écriture seconde. Le commentaire est-il écriture seconde? Sur une proposition de G. Steiner », 2004, article disponible sur Internet à l'adresse suivante : http://www.fabula.org/atelier.php?%26Eacute%3Bcriture_seconde, page consultée le 15 juin 2006. 306 Dans Le Démantèlement, le personnage principal, Selma, est présentée comme une lectrice, une liseuse assidue, à l'instar de nombreux personnages de Boudjedra, d'ailleurs : Selma préférait alors rentrer dans sa chambre pour veiller, à la lumière d'une bougie, et s'engouffrer dans des lectures interminables sans donner ainsi l'occasion à son père de se plaindre auprès d'elle de la consommation d'électricité, qui lui donnaient – les lectures – l'impression de ne plus avoir de limites d'aucune sorte ni de bords ni de rebords912. De fait, le métier de Selma est celui de bibliothécaire, et son travail relève d'une véritable enquête historique. Par elle, le stéréotype de la femme gardienne de la tradition est renversé, puisque la jeune femme ne se contente pas de transmettre, mais soumet l'héritage historique et patrimonial à son inquiète interrogation, non sans être dépositaire de deux testaments, celui du frère et celui du père spirituel, Tahar El Ghomri. Réceptacle des écrits et de la parole d'autrui, elle figure à la fois le livre et le lecteur qui l'interroge. Si le narrateur de L'Escargot entêté semble ne voir le monde qu'à travers le prisme de ses livres qui se renvoient les uns aux autres913 et qui, au lieu de l'ouvrir au monde, semblent l'enfermer dans un encyclopédisme « entêté », Selma a, pour sa part, une démarche herméneutique, fût-elle parfois un peu biaisée, dans ses lectures. Les personnages d'El Maleh eux aussi s'affirment à travers un savoir séculaire reçu en héritage. La figure du [qārī tāǧir]914, « lettré (ou : érudit) et négociant », est centrale dans 912 Le Démantèlement, p. 37 913 Cf. Habib Salha, Poétique maghrébine et intertextualité, op. cit., chapitre 2 : « Poétique boudjedrienne », p. 105-128. 914 Figure du monde juif et musulman médiéval qui a joué un rôle majeur dans la culture andalouse et maghrébine. Le personnage éponyme de Léon l'Africain d'Amin Maalouf (Paris, [J.-C. Lattès, 1986], Livre de poche, 1987) en constitue une illustration. Cette figure de sage a joué un rôle important au Moyen Age, à une époque où la circulation de 'information et de la science était souvent liée à celles des hommes et des biens. Cf. Haïm Zafrani, « Lieux de rencontre et de dialogue », dans Mohammed Habib Samrakandi et Mohamed Saad Eddine El Yamani (dir.), Le Droit à la mémoire. Présences d'Edmond Amran El Maleh, 307 son oeuvre : Moulay Aboubaker Lasri dans Le Retour d'Abou El Haki s'inscrit dans cette filiation915, ainsi que Amine al-Andaloussi qui le vénère comme un grand maître. Ce genre de personnages s'inscrit dans une chaîne où le savoir n'est pas un aboutissement, mais une quête spirituelle jamais achevée. Aboubaker est un cheikh soufi dont la poésie possède encore une force d'enchantement originelle. Le maître soufi se distingue particulièrement par sa fréquentation des grands textes sacrés et des classiques, s'amusant « des pièges dans lesquels tombaient les plus versés des orientalistes, dont certains parmi les plus illustres étaient ses amis 917 ». Par son éthique et son érudition, Aboubaker est l'incarnation de l'humaniste musulman. Cette figure du Horizons Maghrébins, n° 27, op. cit p. 13-25, et, du même auteur, Juifs d'Andalousie et du Maghreb, op. cit. 915 Edmond Amran El Maleh, Le Retour d'Abou El Haki, op. cit., p. 54 : « Moulay Aboubaker tenait sa science et son savoir d'un héritage ancestral ». 916 Id., p. 55. 917 Id., p. 57-58. savant a comme pendant une autre figure du soufisme, populaire cette fois-ci918, celle du Majdoub, évoquée brièvement à travers un intertexte signalé en note infrapaginale comme un inédit de Abdelhak Serhane919. La figure du Majdoub, « fou inspiré », – figure historique devenue légende au Maroc –, ouvre sur une intertextualité d'un autre ordre, celle d'une oralité ancrée dans le terroir ; elle installe le texte dans l'« intervocalité ». Dans la deuxième partie de ce travail, l'importance des voix et leur valeur fondatrice dans l'élaboration même du texte maléhien ont été soulignées ; parallèlement aux figures de lecteurs érudits, il y a celles des conteurs, ce dont témoigne le titre même du Retour d'Abou El Haki, soit le retour du « père du récit », du Récitant donc, étant donné le sens largement métaphorique de la paternité ici évoquée920. Néanmoins et malgré la centralité de ce patrimoine oral, pour Edmond Amran El Maleh, c'est la lecture qui est essentiellement « consubstantielle921 » de l'écriture ; la seconde ne saurait être menée sans l'autre : C'est l'expérience de l'écriture qui est, à mon sens, décisive et pour l'exercice de la critique []. C'est elle et elle seule qui peut offrir des chances de surmonter cette sorte d'antinomie, de contradiction fondamentale qui surgit quand on pose comme préalable au travail de création littéraire, le choix entre 918 Ahmed Toufiq a développé une figure analogue dans son roman [ǧārātu ʾabī mūsā], Marrakech, Al Qobba Zarqa, 1997 ; traduction française de Philippe Vigreux : Les Voisines d'Abou Moussa, Paris, Michel de Maule, 2007. 919 Mille ans, un jour, p 17-18. La figure du Majdoub, « l'inspiré » pour reprendre la traduction de Serhane, introduit la parole poétique comme parole prophétique. Cette citation est un hommage en cascade à l'écrivain Serhane et au mystique Majdoub. 920 Cf. les remarques de Mohamed Maouhoub, « Le pli de l'écriture », dans Mohammed Habib Samrakandi et Mohamed Saad Eddine El Yamani (dir.), Le Droit à la mémoire. Présences d'Edmond Amran El Maleh, Horizons Maghrébins, n° 27, op. cit., p. 134-135. 921 Edmond Amran El Maleh, « Langue et littérature. Pour une seule littérature et une critique nouvelle », in Le Café bleu, Zrirek, op. cit., p. 67. 309 deux les deux langues, l'arabe et le français, comme si l'être de ces deux langues et leur rapport avec notre culture étaient transparents922. Les personnages de Paul Smaïl sont également des lecteurs. Dans Vivre me tue, l'espace de la bibliothèque est présent dans la diégèse, à travers la librairie dans laquelle Paul travaille un moment. Et la recommandation de sa patronne, qui lui conseille de lire Rachid Mimouni, se méprenant ainsi sur le système d'identification du jeune Smaïl, mais en même temps le stigmatisant maladroitement par ses origines et cherchant sans doute à l'y enfermer, comme si rien ne pouvait l'interpeller plus que la littérature maghrébine. Cette attitude de la libraire, femme de gauche pétrie de bons sentiments et de « politiquement correct », dénote un défaut : c'est une mauvaise lectrice, car elle ne juge la littérature qu'à travers le contenu thématique, référentiel, et le nom de l'auteur. Pour une spécialiste du monde des livres, c'est un défaut impardonnable. Cette réception restrictive mise à l'index par Smaïl, sera minée par le jeu pseudonymique. En revanche, Smaïl se sert de l'intertextualité comme modalité structurale pour caractériser ses personnages. On observe ainsi une véritable mise en scène des lectures de ses personnages : leurs obsessions, leur savoir, leur culture, leur appartenance socioculturelle sont reflétées par les citations qui émaillent le texte et qui sont censées être des leitmotive, des refrains scandés intérieurement. Rimbaud figure à la première place dans la bibliothèque intérieure de Sid Ali, cité comme autorité susceptible de légitimer les actes du jeune homme et de leur donner l'épaisseur et la noblesse du poète maudit. Chaque fois que l'adolescent tombe plus bas, Rimbaud vient à son secours : « Moi, je suis intact, et ça m'est égal ». Cette citation est accolée à la première évocation du meur de Madame Rénal, la professeure de français qui enseignait elle-même La Saison en enfer923. Rimbaud, appelé 922 Ibid. 923 Ali le Magnifique, p. 16. 310 familièrement « l'ami Arthur », est lu et relu924. Un autre poète, le chanteur Alain Bashung, est invoqué pour excuser les errances, qui n'ont rien de poétique, du personnage lorsqu'il s'adonne à la prostitution : Plus rien ne s'oppose à la nuit, Rien ne justifie925 Les références aux poètes et chanteurs se multiplient et se diversifient selon les présupposés d'une double culture bilingue : Omar Al Khayyam est également convoqué et le narrateur ose une intrusion métaleptique pour inviter le lecteur à savourer deux vers des quatrains rendus célèbres par Oum Kalthoum, étant entendu que le lecteur moderne est devenu selon le narrateur incapable d'apprécier les longueurs : [] le format vous va, là, les petites natures? c'est beaucoup plus court que le plus court des clips, plus léger léger que le plus bref des spots pour un produit allégé, un quatrain! plus minimini encore, à part la minidose de MiniMir, je ne vois que le haïku! [] : Sois heureux un instant, cet instant c'est ta vie926. La métalepse donne lieu à une petite scène de leçon de lecture, paraphée par l'auteur, avec l'insistance de la répétition, de son nom en littérature, Léger, comme pour mettre en valeur la virtuosité humoristique du passage lui-même. Les références de lectures du personnage-narrateur sont nombreuses et il n'est pas très utile d'en faire ici un inventaire ; toujours est-il que cette pluralité référentielle dans Ali le Magnifique fait penser à un bricolage mondain destiné à assurer une certaine « autorité » à ce personnage. Ce 924 Id., p. 209. 925 Id., p. 235. Citation reprise p. 350. Il s'agit d'un extrait de « Osez Joséphine » d'Alain Bashung et Jean Fauque, Paris, Polygram éditions, 1991, texte accessible à l'adresse http://www.paroles.net/chansons/19454.htm, page consultée le 18 janvier 2006. 926 Id., p. 279. 311 suivante : dernier fraternise avec le personnage stendhalien de Julien Sorel, dont le rapprochent ses penchants affectifs et ses ambitions sociales. Jusqu'au nom de la femme aimée, à qui ne manque que la particule (« madame (de) Rénal »). Sid Ali, lecteur de Stendhal, ne manque pas de corroborer cette ressemblance sur un ton menaçant dans le chapitre qui précède le meurtre : – Je vous aime beaucoup, moi aussi, madame de Rénal. « De ». Ouououoh927! D'autre part, si le personnage de l'hypotexte s'habille toujours en noir, son correspondant chez Smaïl est toujours en blanc, mais l'un et l'autre excellent dans l'art de la simulation et tombent finalement dans le piège de leur « mauvaise » lecture d'une littérature prise à la lettre. Le personnage éponyme du Peptimiste s'avère également d'une très grande culture. Ses références vont des poètes arabes anciens aux plus contemporains : « 'Imru' alQays928 », « ibn al-'Arabî929 », « Mahmûd Darwîsh930 », « Tawfîq Ziyâd931 ». Cette culture enrichie par une connaissance évidente de la géographie et de l'histoire proche et ancienne n'ont pourtant pas protégé le narrateur de sa candeur. En revanche la figure de l'auteur telle qu'elle parait se dégager du paratexte (titre et notes infrapaginales) reflète, en plus d'une évidente érudition, une distance ironique avec les enjeux idéologiques et esthétiques de l'oeuvre. Ce métadiscours est le signe d'une culture plurielle, aussi bien arabe qu'occidentale : d'un côté, l'allusion aux Mille et une nuits avec le titre du chapitre intitulé 927 Id., p. 317. 928 Le Peptimiste, p. 50. 929 Id., p. 45. 930 Id., p. 26-27. 931 Id., p. 34-35. 312 « Histoire du petit poisson d'or » (Livre II, chapitre X), de l'autre, le chapitre intitulé « L'unique ressemblance entre Sa'îd et Candide » (Livre II, chapitre II), qui renvoie, fût-ce de manière restrictive, à l'oeuvre de Voltaire. La convocation directe de poètes ou indirecte de références littéraires, religieuses, historiques dénote une culture ouverte. Contrairement aux personnages des auteurs précédents, ceux de Cossery ne s'affichent pas directement en tant que lecteurs. Même des personnages présentés comme instruits voire cultivés, comme Samantar et Ben Kadem, n'affichent jamais leurs lectures ; pourtant, l'un comme l'autre font preuve d'une certaine conscience politique et Samantar est présenté comme le conseiller favori de son ambitieux parent932. Tous deux ont été formés en Occident, puis sont revenus dans leur pays, l'un pour réaliser son rêve de pouvoir, l'autre pour y mener une vie simple et hédoniste. En fait, les références des personnages cossériens sont d'ordre essentiellement oral. Ils apprécient les bons mots, l'humour et la dérision, mais dans le cadre d'une immédiateté de l'échange. Et en ce sens, l'auteur ne concède rien – à moins qu'il l'ignore – à la mode de l'intertextualité affichée. Cette discrétion au niveau de la diégèse disparaît dès que Cossery est sollicité de témoigner des influences littéraires qui ont compté pour lui. Il n'hésite pas à évoquer ses lectures, qui ne s'arrêtent d'ailleurs pas aux grands auteurs français. Cossery a lu Gogol dont il a été le préfacier933 ; il cite également Dostoïevski, Nietzsche, Thomas Mann Et parmi les écrivains français, Stendhal, et Baudelaire qu'il a admiré au point de le pasticher934. Par contre, aucune référence à la littérature arabe classique que l'auteur, bien que pratiquant le dialecte égyptien, ne maîtrise peut-être pas. 932 933 AD, p. 63. Nicolas Gogol, Les Âmes mortes, [1843], traduction française d'Henri Mongault, préface d'Albert Cossery, Paris, Livre de Poche, 1962. 934 Cf. Michel Mitrani, Conversation avec Albert Cossery, op. cit., p. 113. Sa connaissance des Mille et une nuits ou d'autres récits populaires est sans doute tributaire d'une transmission orale, comme c'est le cas de la plupart des personnes vivant ou ayant vécu dans le Monde arabe. L'absence d'une thématisation directe des livres des autres dans l'oeuvre de Cossery paraît tout à fait en harmonie avec sa conception d'un humour et d'une sagesse populaires, héritage égyptien non entaché par la modernité, clôture correspondant à la spontanéité naïve des origines et à l'idée de l'utopie cossérienne. Cette brève présentation de l'inscription diégétique (ou de son absence) dans les textes du corpus, montre, qu'à une exception près et qui se justifie poétiquement, la lecture semble relever d'une « surconscience intertextuelle » comme l'on a parlé auparavant d'une surconscience linguistique. Au-delà de l'inscription thématique, cette surconscience va jusqu'à imprimer sa marque au texte qui devient un tissu (parfois aux coutures apparentes) d'autres textes. C'est par l'usage qu'il fait des textes d'autrui que l'auteur s'impose ou s'oppose dans la cité de ses pairs. 2.2. Détours et détournements La citation, habituellement subordonnée au texte auctorial, lui servant d'appui esthétique ou moral, est généralement marquée par des guillemets ou des italiques, ou bien par une formule introductive qui en signale l'origine ; elle ne peut être modifiée ni changer de statut935. Elle ne peut, non plus, devenir plus importante que le texte auquel elle est censée être subordonnée. Cependant si certains de nos auteurs respectent ce code, il n'en est pas ainsi pour tous, puisque ce principe esthétique et éthique peut être transgressé jusqu'à faire planer le soupçon de plagiat sur l'écrivain, créant une « instabilité 935 Hélène Maurel-Indart, Du plagiat, op. cit., p. 182. 314 grandissante sur la notion d'original / originel936 ». Ce détournement de la citation obéit à un mouvement initié par Flaubert et porté à son summum par Joyce 937. Il peut revêtir différentes formes, du pastiche à la parodie, avec, parfois, des difficultés insurmontables pour identifier ce qui relève de l'un ou de l'autre, bien que, communément, on les distingue de la manière suivante : [] la parodie reprend un texte en en transformant le sens pour s'en moquer, tandis que le pastiche s'en tient à une imitation à la fois formelle et sémantique dans une intention au plus humoristique938. Dans le monde arabo-musulman, la parodie est une pratique très ancienne : le Coran sera parodié du vivant même du prophète par un Musaylima Al-Kadhdhab ou un Tulayha Al-Asadi939. Au reste, la poésie anté-islamique avait, de longue date, développé une culture des « lieux » poétiques940 : il fallait s'inscrire dans une tradition qui, seule, 936 André Topia, « Contrepoint joyciens », Poétique, n° 27, 1976, p. 351-371, cité par Hélène Maurel-Indart, Du plagiat, op. cit. , p. 185. 937 Hélène Maurel-Indart, Du plagiat, op. cit., p. 185. 938 Id., p. 189. 939 Le premier de ces « faux » prophètes (dont le surnom, Al-Kadhdhab, ne signifie pas autre chose que « le menteur ») est, notamment, resté célèbre pour sa parodie de la sourate 105 (« L'Eléphant ») qu'il vide de son contenu sémantique en mimant uniquement la syntaxe et le rythme des phrases, cf. Ali Al-Amari, « [muʿāraḍātu l-qurʾān] », (« Les parodies du Coran »), s. d., document disponible sur Internet à l'adresse suivante : http://www.taghrib.org/arabic/nashat/esdarat/kotob/arabic/books/resalatalislam/11/43/13.htm, page consultée le 21 octobre 2006. Abû l-'Alâ al-Ma'arrî (973-1058) a, de son côté, écrit un texte en prose rimée, Al-fuṣ ūl wa-l-ghāyāt, qui passe pour une imitation du Coran, ainsi que le rappelle Abdelfattah Kilito dans l'article qu'il consacre à cet écrivain, in Jamel Eddine Bencheikh (dir.), Dictionnaire de littératures de langue arabe et maghrébine francophone, op. cit., p. 229-231. 940 Comme, par exemple, la déploration des ruines, [ʾal bukāʾ ʿalā l-ʾaṭlāl], au début d'un poème d'amour. Cf. Abdelfattah Kilito, L'Auteur et ses doubles, op. cit., p. 24-30. 315 apportait l'autorité. La parole du poète s'autorise ainsi de la parole des autres et la complète, manière de mettre ses pas dans ceux des prédécesseurs941.
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La question anthropologique et philosophique sous-tendue par la pensée du projet est celle de la liberté. C'est d'ailleurs autour de cette thématique de la liberté que gravitent les théories philosophiques du projet, parmi lesquelles on peut compter la phénoménologie ou l'existentialisme. Nous n'avons pas la prétention d'être exhaustif à ce sujet, mais il nous semblait important d'évoquer certains auteurs qui en ont fait un sujet de réflexion 9. Tout comme la sociologie urbaine emprunte à Martin Heidegger sa définition de l'habiter, nous pouvons lui emprunter la conception selon laquelle la projection dans l'avenir, et le fait d'envisager les futurs possibles, est un invariant humain (Heidegger, 1992). Le projet est ce par quoi l'homme se révèle à lui-même, conscient de sa situation d'être au monde, dans l'espace et surtout dans le temps : « L'homme est jeté dans le monde et existe toujours comme projet de soi. » (Le Ny, 2011, p. 81) La conscience, affiliée à l'intentionnalité, est une caractéristique fondamentale de la pensée philosophique du projet. La philosophie contemporaine s'est appropriée le terme de projet avant même qu'il ne devienne une notion incontournable de la fabrique de la ville. Celui à qui l'on associe le plus souvent cette notion est sans aucun doute Jean-Paul Sartre 10. Pour lui, le projet revêt une dimension existentielle, c'est une façon de dépasser la condition humaine. L'homme est un projet perpétuel : « L'homme, écrit-il, se définit par son projet. Cet être matériel dépasse perpétuellement la condition qui lui est faite ; il dévoile et détermine sa situation en la transcendant pour l'objectiver, par le travail, l'action ou le geste. » (Sartre, 1960, p. 209) 9 Nous traiterons essentiellement de J.-P. Sartre et de J. Dewey. Nous laissons donc de côté la théorie du Moi et du Non-moi de J.-G. Fichte, la philosophie Husserlienne, n'approfondirons pas la thèse de M. Heidegger, etc. Pour plus de précision voir J.-P. (Boutinet, 2012) 10 Nous avons toute conscience ici de faire dialoguer artificiellement, et d'associer deux auteurs (JeanPaul Sartre et Albert Camus) qui ont marqué la philosophie par leur opposition. Au-delà des divergences profondes, il existe des points de convergences dans leurs pensées respectives puisque « l'un et l'autre développent une réflexion autour de la condition humaine dans une société désacralisée, et ressentent la nécessité d'un dépassement de l'absurde : pour Camus, c'est depuis le début par la révolte ; pour Sartre, par le projet, montrant par là une analogie de méthode : déblayer, démystifier avant de bâtir, ou vice versa » (Teroni, 2013, p. 5). Cette citation restitue toute l'épaisseur de la définition sartrienne du projet. Tout d'abord, le projet est vécu subjectivement. Dans le vocabulaire existentialiste, le projet est tout ce par quoi l'individu tend à se modifier et à modifier ce qui l'entoure dans une certaine direction. Par là, J.-P. Sartre reconnaît à l'homme la capacité de formuler des projets, de transcender sa situation, nous dit il. Car il a conscience des buts à atteindre. En philosophie, le terme de projet apparaît quelque peu comme finaliste ou téléologique en ce sens où la fin est ce qui donne du sens aux moyens. Que l'homme ait des projets est un fait incontestable. Mais J.-P. Sartre va plus loin. Il affirme que l'homme est un projet en lui-même. Il n'est pas ce qu'il est et a à être son être. Contrairement à l'arbre, qui est ce qu'il est, nous dit J.-P. Sartre, l'homme est un « pour soi » : c'est un être conscient et fondamentalement libre. Il est sommé de se choisir, de décider de son rapport au monde. Chez J.-P. Sartre le projet renvoie presque à la représentation (au sens théâtral), à la mise en scène de soi dont parle Erving Goffman ainsi qu'a la tension existant entre l'identité sociale et l'identité réelle (Goffman, 1975). La liberté dans l'oeuvre de J.-P. Sartre renvoie à ce projet fondamental, existant en germe dans toutes les décisions et actions qu'envisage l'être humain. Ce projet est intimement lié à une position déterminée pour soi face à l'existence, une existence qui n'a pas de finalité en soi, ni d'horizon déterminé (Le Ny, 2011). Le projet est une obligation pour un homme condamné à être libre. D'un certaine manière, être en projet c'est accepté d'être et refuser toute illusion de transcendance. Mais c'est aussi vouloir être Dieu. Effectivement, J.-P. Sartre affirme que « ce qui rend le mieux concevable le projet fondamental de la réalité-humaine, c'est que l'homme est l'être qui projette d'être Dieu » (Sartre, 2012, p. 612). L'homme projet se situe dans le temps présent mais tend vers le futur. L'existence se fonde et s'entretient alors sur une tension entre présent et futur, sur un présent conjugué au futur. John Dewey, qui a joué un rôle notable dans l'émergence de la pensée pragmatiste en philosophie comme en sociologie, considère lui aussi que le projet découle nécessairement de la liberté mais encore, qu'il est similaire à un pouvoir à mettre en acte. Dans l'un de ses ouvrages sur l'éducation, il note : 63 « C'est par un instinct très sûr qu'on identifie la liberté au pouvoir de concevoir des projets, de les traduire en actes. Cette liberté est, à son tour, identique à l'auto-contrôle, car la conception des buts et l'organisation des moyens sont le travail de l'intelligence. Platon autrefois, définissait l'esclave par ces mots : "un être qui exécute les projets conçus par d'autres", et comme on vient de le dire, n'est pas moins esclave toute personne soumise à ses propres désirs s'ils sont aveugles. » (Dewey, 2011) Il développe lui aussi une définition finaliste du projet puisque celui-ci suppose la vision d'un but. Il parle alors de sens du projet pour qualifier cet instinct. On peut y voir une résonance avec la pensée sartrienne selon laquelle le fait de pouvoir réaliser ses projets ne peut être que l'oeuvre d'un homme libre (Sartre, 2012). Cette pensée de la liberté n'est pas uniquement une pensée de l'émancipation, ou du dépassement de soi, elle a une véritable portée existentielle, le projet est ce par quoi l'homme s'ancre dans un monde dans lequel il a été jeté. Elle permet de rompre l'absurdité, le vertige ou le néant de l'existence humaine. Le projet est donc relatif à l'intention, à la conscience, à la liberté ou encore à la volonté. Il apparaît comme un invariant de l'homme de raison. Force est de constater que les définitions provenant de la philosophie renvoient à un présupposé anthropologique11 parfois très proche de celui de l'Homo oeconomicus, de l'homme hyper-rationnel. Ils partagent en tout cas une vision relativement unitaire de l'individu comme acteur. Si nous ajoutons à cela l'affirmation selon laquelle « nos sociétés technologiques secrètent des projets à longueur de temps » (Boutinet, 2012, p. 3), alors il est intéressant de se poser la question des conséquences sociales d'un terme qui tend à devenir une norme sociale contraignante, un motif de jugement. Ainsi être en projet devient synonyme de réussite sociale, un impératif source de reconnaissance sociale. Le projet apparaît alors comme un marqueur social de distinction, une manière de prouver sa bonne foi, son travail et sa détermination. Il est donc 11 Nous entendons par là tout « présupposés quant aux propriétés des humains et de la condition humaine, ne dérivant pas seulement de la connaissance empirique mais contribuant aussi à l'orienter. Par exemple, les sociologues tendent à doter les humains étudiés de qualités anthropologiques à travers les connotations de certains termes de base de leur vocabulaire : ''intérêts'', ''calcul'', ''stratégies'', ''dispositions'', ''habitudes'', ''désirs'', ''passions'', ''plaisirs'', ''identités'', ''compétences'', ''imaginaire'', ''amour'', etc. Ces présupposés ne relèveraient pas en général d'un choix, mais seraient associés à l'histoire et aux usages routinisés des concepts et des techniques » (Corcuff, 2011, p. 193-194). légitime de se demander de quelle manière agit cette distinction. Nous avons indiqué que la cité par projet repose sur une représentation du monde horizontale, sans domination ni rapports de force ou de pouvoir apparents. Le réseau semble avoir détruit toutes les hiérarchies. Mais s'agit-il d'une nouvelle forme de domination qui chercherait à se rendre légitime ou bien d'un nouveau masque sous lequel se cache une forme plus ancienne de domination? Nous pouvons ici penser au postulat de Luc Boltanski selon lequel ce qu'il appelle le nouvel esprit du capitalisme n'est que le redéploiement d'un capitalisme d'antan qui « retrouve une nouvelle jeunesse en s'appropriant ce qui était jusque-là son extérieur » (Boltanski, 2006, p. 21). Le projet est bien un avatar de l'affirmation de l'acteur qui désire être reconnu comme sujet. Retournons la perspective et demandons-nous, à la manière de Danilo Martucelli (2006) : quel individu le culte du projet fabrique-t-il? Notons dès alors l'impossibilité d'une égalité de tous face au projet, du fait notamment de la complexité plurielle des modes d'action et de socialisation individuels (Lahire, 2011). Il se trouve en effet que « le projet prend des allures d'impossibilité chez des populations très démunies ou en situation trop précaire pour pouvoir anticiper » (Boutinet, 2012, p. 357). Cette idée concorde avec les typologies de l'avenir proposée par Daniel Mercure (1983). Celui-ci (mais nous y reviendrons) a identifié deux grandes logiques d'action des acteurs face à l'avenir : une logique de conservation et une logique de conquête. La première renvoie plutôt à l'incertitude quand à l'avenir, concourant ainsi à l'absen ce de plan de vie, à la difficulté à se projeter ; la seconde renvoie en revanche à la capacité de se projeter vers l'avenir, à élaborer des plans de vie, etc. Aujourd'hui, tout individu semble devoir se définir par son degré d'adhésion à différentes formes de projet, qui constituent ou accompagnent autant d'épreuves qui éprouvent l'être humain et par lesquelles celui-ci s'éprouve : projet scolaire, projet éducatif, projet d'établissement, projet d'insertion, projet parental, projet de mariage, projet professionnel, projet politique, projet personnel, projet prévoyance-décès, projet de retraite, etc. Il y aurait dès lors une exigence à « être soi » par l'engagement dans une multitude de projets (Boltanski, 2006 ; Ehrenberg, 1998). Le futur y apparaît comme un capital (ou une ressource) que l'on doit être en mesure de saisir, de mobiliser ou d'organiser. Or la sommation à faire des projets est parfois vécue comme une injonction contradictoire. En effet, 65 « la culture du projet peut être aussi bien l'antidote que l'accélérateur du malaise, car elle renvoie parfois à la difficulté à être dans la norme du mouvement, de la participation, de l'implication » (Jaeger, 2007, p. 44). Si le projet est le fruit d'un engagement humain, il suppose l'adhésion volontaire et une mobilisation spontanée des acteurs. Une surabondance de la mobilisation ou de l'exigence entraînerait alors un découragement, peut être une forme de « blasement » produit par cette intensification (Simmel, 2013). La question que nous nous posons reste la même : qu'advient-il des « sans projet » ou des « hors projet »? De ceux qui n'y adhèrent pas ou en sont tenus à l'écart? Ou encore de ceux qui n'en comprennent et n'en partagent pas le sens? Nous verrons plus loin que cette culture du projet ne se cantonne pas à la sphère de la norme sociale informelle. Au contraire, elle est institutionnalisée. Et le cas du projet urbain, et par extension celui des nouveaux quartiers, en est un révélateur privilégié. C'est sous ce régime du projet que se forme un jugement autour de l'échec de tel ou tel projet urbain. L'échec considéré peut alors être vu comme le résultat d'un manque de mobilisation des acteurs et non pas lié à d'autres facteurs d'ordre structurels, conjoncturels, représentationnels ou politiques. Au projet urbain Notons tout d'abord que le projet urbain est une manière de façonner la ville qui s'est imposé en une vingtaine d'années et qui émerge au tournant des années 1970 et 1980 (Tomas, 1997 ; Toussaint et Zimmermann, 1998). C'est en Italie, notamment, que les premières formes semblables à ce que deviendront les projets urbains vont se développer à partir des années 1970. Les exemples de Bologne ou Turin comptent parmi les plus connus. Par la force des choses, ces exemples se sont imposés comme des modèles d'aménagement du territoire, au même titre que Fribourg résonne comme l'archétype de l'écoquartier et de la ville durable (Ingallina, 2010 ; Zannier, 2007). Voici dès lors le premier élément de définition : on parle du projet urbain comme d'un modèle de construction de la ville (Arab, 2001) qui « s'est généralisé, bien plus que dans le reste de l'Europe. D'un côté, il s'est miniaturisé pour de petites opérations. De l'autre, il s'est expansé à l'échelle de grandes métropoles, comme en témoignent les travaux de l'Atelier international du Grand Paris, ou récemment une 66 consultation pour une vision du futur dans la métropole marseillaise » (Roux, 2015, p. 17). Les concepteurs ne semblent désormais plus d'appuyer sur des principes à prétention scientifique, ou bien sur des éléments idéalistes. Au contraire, le projet urbain se présente comme une manière réaliste de faire la ville (Toussaint et Zimmermann, 1998). Les concepteurs vivent les projets urbains comme autant d'expériences de conceptions et visent la reproductibilité des projets et des quartiers : « Ce qu'on voulait sur Blancherive c'était faire un quartier reproductible sur d'autres endroit de l'agglo, c'est à-dire expérimenter, de manière exemplaire, ce modèle d'écologie. » (Directrice de l'urbanisme, Blancherive) Le projet urbain conçu comme un modèle d'action pose dès à présent la question de la standardisation ou de l'uniformisation dans les manières de faire la ville. La labellisation « écoquartier » participe de cette modélisation et délimite le cadre à l'aune duquel les quartiers sont jugés (Levy et Emelianoff, 2011). Cette analogie avec les grands modèles de projet urbain est récurrente dans le discours des techniciens et des concepteurs, qu'ils soient urbanistes ou employés des départements en charge de l'urbanisme dans les communes ou les agglomérations. Aujourd'hui, le projet urbain apparaît comme une notion omniprésente dans le discours de et sur la ville, il est une référence incontournable dans tout discours sur l'action urbaine (Arab, 2001), au point de tendre à remplacer toutes les autres (Tomas, 1997). Pour s'en persuader, il suffit de consulter les sites internets ou les magazines d'information des villes moyennes françaises et de leurs agglomérations, qui possèdent tous, ou peu s'en faut, une page destinée, à la présentation des projets urbains achevés ou en cours. C'est ce que nous illustrions en introduction de ce chapitre. Le sociologue et urbaniste Alain Bourdin pense qu'il s'agit d'un mot-valise, ou plutôt d'une sorte d'auberge espagnole « où chacun comprend ce qui lui convient » (Bourdin, 2001, p. 13). Cela rejoint l'idée mise en avant par Jacques Lévy et Michel Lussault dans leur Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés (2013) selon laquelle il s'agirait d'un passe-partout de l'action territoriale, urbanistique et architecturale. Les auteurs décèlent un syndrome du « devenir-projet » qui affecterait toutes les procédures ou presque de l'urbanisme français et implique « à la fois le niveau décisionnel, celui des "usagers" réels et potentiels, celui de la "technique" » (Lévy et Lussault, 2013, p. 818). Tout cela rend d'autant plus complexe mais indispensable le travail de décryptage du sociologue. À cet égard, trouver le terme partout n'en précise pas sa signification. Les commentateurs aiment d'ailleurs à qualifier le projet urbain de notion vague, floue ou parlent de terme plurivoque dans la mesure où il serait insuffisamment discriminant (Ingallina, 2010 ; Rémy, 1998a). Il n'est pas difficile d'imaginer que cette ambiguïté est d'autant plus importante que les deux termes qui forment l'expression (projet et urbain) sont chargés, eux aussi, de sens multiples et différents. De plus, il convient de garder à l'esprit – bien que nous ayons choisi de parler du concept dans son versant urbain – que l'on parle, dans le champ de l'urbanisme de projet de ville, projet de quartier, projet d'agglomération ou métropolitain, de projet stratégique, d'aménagement par projet, etc. Cette complexité inhérente à l'agencement des deux termes n'est pourtant pas vécue par tous comme un désavantage. Au contraire : « À travers cette double dénomination de "projet" et d'"urbain", la notion n'a jamais été totalement éclaircie, même si les points de vue se sont affrontés. Ce n'est point forcément un reproche : une notion qui n'est éclaircie ni trop tôt, ni trop mécaniquement, quand elle vient en contre-feu de pratiques antérieures, est plus productive d'expériences et de réflexions que lorsqu'elle se fige et entre dans le carcan de procédures imposées. » (Roncayolo, 1996, p.60) 68 Le sentiment d'incomplétude de la définition serait donc gage de qualité. Pour Marcel Roncayolo, en effet, le maintien du flou autour du projet urbain est ce qui libère l'action sur l'espace, ce qui permet d'éviter l'enfermement des acteurs dans des procédures trop rigid ou jugées trop inhumaines. Par conséquent, ne pas le définir laisserait aux acteurs la possibilité d'agir à leur manière sur un territoire donné et dans un champ d'action laissé indéterminé à dessein. Cet avis est partagé par d'autres auteurs pour qui le terme jouit d'un « statut cognitif et affectif semblable à celui que l'on rencontre souvent dans la vie quotidienne pour des termes mobilisateurs, sous-tendant une quête de sens qui se déroule sur fond d'incertitude » (Rémy, 1998a, p. 5). Autrement dit, il s'agirait d'une médiation utile pour façonner, penser et inventer l'avenir de la ville mais aussi pour mobiliser et fédérer, autour d'une référence commune et partagée, des acteurs divers (Bochet et Racine, 2002). Il faut reconnaître à l'architecte Christian Devillers (1994) la qualité d'avoir déclenché un débat d'ampleur sur la question du projet urbain. Par son geste critique envers les manières de produire l'espace urbain en France, il invite à réfléchir à nouveaux frais le rapport entre l'architecture et la ville et encourage à réduire la distance qui existait entre les deux entités. Pour cela, il fait appelle à un concept qui reste aujourd'hui au coeur de la démarche par projet, nous voulons parler du concept d'embrayage. Celui-ci symbolise la pensée en continuité, aussi appelée « pensée en rapport » (Thornberg, 1997). L'embrayage correspond au lien entre la pièce architecturale (le bâtiment), qui se construit dans une pensée unitaire (unité de temps, de lieu et de concept), et l'espace public, qui avait été nié par la pensée du Corbusier, dans une perspective hygiéniste et fonctionnaliste. Il y a, niché sous ce terme, l'affirmation selon laquelle l'homme n'habite pas uniquement son logement et qu'il a, par conséquent, besoin de l'espace public comme lieu de vie. Un espace des sociabilités urbaines qui doit être habitable pour l'homme, un lieu de convivialité, de civilité où se réalise l'être ensemble (Toussaint et Zimmermann, 1998, p. 145) et non seulement un « vide occupé pour la circulation et le stationnement automobile » (Pinson, 2009a, p. 556). Dans la droite ligne de C. Devillers, un architecte et urbaniste ayant participé à l'élaboration de l'un de nos terrains d'étude dira, à 69 propos de la conception d'espace public : « Mon travail c'est de fabriquer des conditions d'altérité. » (Urbaniste/ Architecte, Blancherive) Cette phrase, si courte soit-elle, perpétu la pensée du projet urbain dont l'objectif est de rendre l'espace à l'usage en valorisant l'espace public, condition de la démocratie et du « droit à la ville » (Lefebvre, 1968). La critique de Christian Devillers contient également un plaidoyer pour la ville. Pour son avenir, bien entendu, puisque le projet urbain est une préparation dans un temps présent de l'avenir de la ville, mais aussi pour son passé, sa mémoire et son héritage. De la sorte, le projet urbain se situe à l'interface entre la mémoire et l'avenir d'une ville, ambitieux de « restituer au lieu son caractère original de mixité fonctionnelle » (Ingallina, 2010, p. 116). Les nouveaux quartiers issus de la pensée du projet urbain se doivent donc d'être respectueux de la ville déjà-là. Ils misent alors sur une architecture modeste et respectueuse de ce déjà-là. Cela passe, entre autres choses, par la réalisation, non pas d'édifices singuliers, mais plutôt d'ensembles d'habitats (Pinson, 2009a). Cette pensée en continuité est d'ailleurs à l'origine de l'aspect morphologique de deux des trois quartiers que nous avons étudiés. « C'était l'un des aspects fondamentaux du projet d'écoquartier, de préserver la vue des habitants de la rue attenante au quartier, l'appentis a donc été réfléchi en fonction de ces exigences. En haut les constructions se font en n+1 alors que plus bas on a pu construire avec un peu plus d'étages. » (Technicienne, Balmora) Dans ce cas, c'est à travers le respect des vues des riverains qu'est pensé le quartier. Le respect de la ville déjà-là se fait donc par le respect des habitants déjà-là, de leur confort visuel (principalement). Ajoutons que dans ce cas précis, la rue pré-existante se trouve sur les hauteurs et offre aux habitants une vue sur l'ensemble de l'agglomération et sur les plus hauts édifices de la ville. Cette vue contribue d'ailleurs à la plus-value des logements pavillonnaires comme des nouveaux logements dans la mesure où elle a partiellement servi le discours marketing accompagnant la vente des appartements sur le nouveau quartier. Cet exemple n'est pas le seul, comme l'explique cette urbaniste exerçant au sein du quartier de Blancherive : 70 « On le voit sur la carte aérienne que le quartier est à l'intersection de grandes pièces, les anciennes casernes, le cimetière de l'agglomération, le parc des expositions et son grand parking, la zone d'activité commerciale, un secteur de maison de ville. Donc il fait le lien entre des contextes différents. Le quartier occupe donc une position de centralité. C'est une richesse, mais il faut faire avec le grand nombre de pièces On construit ici une continuité qui n'existait pas auparavant. » (Urbaniste/ Architecte, Blancherive) Nous verrons dans le chapitre dédié au temps du projet urbain que cette notion de continuité et de respect du déjà-là entraîne des confli s entre différents régimes d'historicité, c'est-à-dire que la continuité historique est le fruit d'une négociation et d'un choix autour de telle histoire à continuer, telle histoire à renier, etc. Quoi qu'il en soit, la reconsidération de la ville historique apparaît comme symptomatique de la notion de projet urbain qui « favorise ainsi une valorisation des héritages dans l'aménagement, par ailleurs suivie par des mesures continues de protection juridique du patrimoine » (Nicolas et Zanetti, 2013). Cela rejoint la pensée de l'embrayage dans la mesure où le souci de la continuité historique se double d'une nécessaire continuité morphologique. C. Devillers plaide donc pour un urbanisme orienté vers une logique de tissu, contre les logiques sectorielles ; le but du projet urbain « n'étant pas de produire du bâti, mais de créer les conditions de l'édification et de la gestion du tissu » (Mangin et Panerai, 1999). Patrizia Ingallina, architecte et auteure du Projet urbain, résume l'idée de C. Devillers avec précision : « C'est une pensée de relation avant tout. Il porte sur des tissus constitués qu'il doit permettre de valoriser, en particulier à travers la prise en compte de l'espace public (ou espace ouvert) qui constitue le lien, la connexion aussi bien avec l'histoire qu'avec les espaces de la ville, en leur donnant du sens. En ce sens, le projet urbain reconstitue la globalité de la ville par la reconstruction d'un discours dont les espaces publics tiennent le fil conducteur (continuité). » (Ingallina, 2010, p. 10) Le dernier élément de cette pensée en continuité passe par l'affirmation, selon C. Devillers, que le projet urbain ne peut être l'oeuvre d'un seul architecte. L'auteur encourage à ce titre à penser par îlot, un seul architecte devant être chargé de la conception d'un seul 71 îlot. Il s'agit, pour C. Devillers, d'une échelle raisonnable, entre la pensée globale du projet et le projet architectural de base (Devillers, 1994). L'îlot y apparaît comme un entre-deux permettant de dépasser les contradictions des deux autres formes. Dans ce cas, la question posée au sociologue est celle de la continuité socio-spatiale entre les îlots et de la compatibilité des différentes ités de lieu, de temps et de concept (Devillers, 1994). En effet, la multiplication des espaces – public, privé, privé à usage public – peut entraîner une complexification de la lisibilité urbaine si les régimes d'engagement dans ces espaces ne sont pas clairement définis. Cette subdivision, qui cherche à dépasser la rupture brutale entre espaces privés et espace public, peut être à l'origine de micro-distinctions d'un îlot à un autre mais également source de l'augmentation des acteurs engagés sur le terrain (promoteurs, architectes, entreprises bâtisseuses, syndicats de copropriété, etc.). Enfin, à cette division spatiale peut s'ajouter de nouvelles échelles temporelles en tension, entre temps urbains, temps du projet, temps des îlots et temps de l'immeuble. Nous pouvons, après cette présentation du travail de C. Devillers, exposer le troisième point de notre définition : le projet urbain nécessite une pensée en continuité ; continuité dans l'agencement des espaces, du logement à l'espace public en passant par l'îlot et ses espaces de proximité ; continuité historique et respect de la ville déjà-là, qui peut prendre des formes différentes d'un nouveau quartier à l'autre. Par extension, nous pouvons dire que cette continuité n'est pas seulement morphologique, elle est aussi dynamique, en ce sens où le projet urbain constitue un travail sur les fragments de la ville mais dont les remous orientent la totalité de celle-ci. Autrement dit : « Le projet urbain pourrait se définir comme l'ensemble des rapports entre le fragment et l'ensemble. Ces rapports sont nécessairement dialectiques puisque toute intervention sur le fragment modifie l'ensemble, alors même que la vision d'ensemble donne une cohérence aux fragments. » (Rey, 1998 ; Toussaint et Zimmermann, 1998, p. 14) Pour ce directeur de l'urbanisme, cette question de la continuité est la question centrale de la pensée des projets urbains. Il nous dit : « Je pense que c'est un vrai gros problème c'est comment avoir un projet urbain qui ne soit pas que cohérent d'un point de vue urbanistique mais qui soit cohérent d'un point de vue géographique. C'est-à-dire cohérent intrinsèquement, à son échelle, mais quand vous le voyez intégré à la ville ça 72 ne marche pas. Et ça c'est un vrai sujet. Et ça c'est une vraie question. » (Directeur de l'urbanisme, Blancherive) Cet extrait rappelle que le projet urbain n'est pas un élément isolé, détaché de tous les autres espaces. Au contraire, peu importe la taille des projets ins (petits ou moyens), ils doivent tous être réintroduits dans les grands projets urbains et stratégiques suivis par les villes, car ils n'en sont que des formes actualisées. La différence entre l'un et l'autre est fine : « Le projet de ville est d'ordre stratégique, il coordonne. Le projet urbain est d'ordre opérationnel, faisant éclore et fructifier les émergences transformatrices. » (Rey, 1998, p. 46) Pour cette directrice de l'urbanisme, ce type de réflexion globalisante est d'autant plus nécessaire dans les ZAC communautaires, c'est-à-dire dont la maîtrise d'ouvrage est portée par une métropole ou une agglomération. Par-delà la pensée en continuité, le projet urbain s'inscrit également dans une série de ruptures. La première rupture renvoie à la critique adressée à la pensée fonctionnaliste en architecture, qui rentre en crise dans les années 1970. Cette pensée à laquelle nous consacrons une partie entière a été intériorisée, au moment de la Reconstruction, par l'État français centralisé et devient une politique systématique pour l'aménagement du territoire, qui échappe alors en grande partie aux acteurs locaux. Le projet urbain cherche aussi, c'est la seconde rupture, à mettre à distance ce passé politique centralisateur et jacobin. Il tend à valoriser l'émergence par le bas contre l'imposition par le haut. Il nous semble que c'est ce qu'a résumé Jacques Rey lorsqu'il dit : « Le projet urbain participe à une pensée urbaine en formation, pensée fragmentaire et non totalisante, substituant à l'ancien urbanisme par convergence un urbanisme par émergence. » (Rey, 1998, p. 45) Cette nouvelle manière de faire la ville consacre la ville-acteur contre la ville-objet 12 (Pinson, 2009d) et ambitionne une redéfinition du rôle des acteurs locaux en leur offrant la maîtrise d'ouvrage et la maîtrise d'oeuvre (Buffat et Meunier, 2014). Il y a donc ici un nouveau point de définition : le projet urbain représente un événement autour duquel « s'entrecroisent divers acteurs qui s'impliquent dans l'évolution d'une ville donnée » (Toussaint et Zimmermann, 1998, p. 5). Pour autant, il est important de noter que ces ruptures, visant à valoriser le local et la ville comme espace politique et espace d'action publique, ne contribuent pas à établir une vision unitaire de l'intérêt des projets urbains dans la sure où il émerge des discours et des postures différenciées de la part des autorités locales, au premier rang desquelles se trouvent les professionnels de la ville et les élus locaux. 12 Avec le projet urbain en effet, la ville ne serait plus appréhendée comme un « continuum spatial neutre à aménager mais comme un lieu spécifique à valoriser et une communauté à mobiliser dans le cadre d'une compétition territoriale de plus en plus exigeante » (Pinson, 2005, p. 29). Nous reviendrons plus longuement sur ce point dans les chapitres suivants. 74 Gilles Pinson y voit autant de marque d'un malentendu « car si, pour les premiers, rapprocher le travail de conception des espaces urbains, dans le cadre d'une démarche de projet, pouvait permettre de revitaliser les formes locales de la démocratie, les seconds, confrontés aux problèmes de la gestion urbaine, ont sans doute davantage vu dans le projet un moyen de reconstituer une capacité d'action » (Pinson, 1999, p. 130). Ainsi le projet urbain renvoie avant tout à une démarche politique qui met les acteurs urbains à l'épreuve de la démocratie locale, thème que nous traiterons plus loin. Nous avons pu constater lors de ce travail que les écrits, parus entre les années 1980 et 1990, illustraient les aspects positifs du projet urbain. Ils en dépeignent en effet un portrait angélique et proposent, à certains égards, des modèles d'action normatifs. Tout cela semblant faire oublier qu'in fine, les projets urbains relèvent de la conception, de l'espace dominant dans nos sociétés (Lefebvre, 1974), c'est-à-dire qu'ils sont liés à des questions éminemment politiques, dans un contexte incertain et concurrentiel. Comme l'explique Nora Semmoud : « Le projet urbain, notamment par ses injonctions de mixité fonctionnelle et sociale, reste une volonté de contrôle social de l'ordre urbain et de maîtrise des transformations de la morphologie sociale. » (Semmoud, 2004, p. 113) Le projet urbain « n'est pas un projet purement technique, il est un projet politique et culturel [][qui] redonne au politique un rôle central » (Rey, 1998, p. 45). La volonté de contrôle sur l'espace paraît d'autant plus importante à comprendre que les mutations des politiques étatiques, illustrées par la décentralisation ou les réformes territoriales, ont accompagnée l'insertion des villes dans la sphère internationale. Certains auteurs néomarxistes tels que David Harvey voient dans ces transformations la marque d'une inflexion des politiques publiques face à la déterritorialisation progressive du Capital et des entreprises (Pinson, 2005). Il est certain que l'internationalisation des échanges a produit une modification du rapport des villes entre elles et de la manière dont elles se considéraient ellesmêmes. En dépassant la conception critique néo-marxiste, nous pouvons affirmer que nous sommes désormais en temps de marketing urbain (Lévy et Lussault, 2013). Ceci n'est en effet plus à démontrer, les villes sont en concurren les unes avec les autres et doivent dès lors faire montre d'un « plus » afin de stimuler l'attractivité sélective du territoire (Roger, 2004). En d'autres termes, les villes cherchent désormais à se vendre (Rosemberg, 2000). Les projets urbains servent donc cette transformation symbolique des villes, ils deviennent les vecteurs de la refondation de l'image véhiculée par un territoire. Cela passe entre autre chose par l'investissement fait sur les friches industrielles ou urbaines, « "espaces témoins" de la crise, désormais perçus comme des opportunités de mise en oeuvre d'une politique de marketing urbain » (Nicolas et Zanetti, 2013, p. 183). François Tomas va plus loin. Pour lui, il n'est pas possible de distinguer l'histoire du projet urbain de celle des friches industrielles du fait « qu'il s'agit de deux notions apparues dans les mêmes milieux (agences d'urbanisme et sociétés d'économie mixte française) et à la même époque, c'est-à-dire vers la fin des années 1970 ; ensuite parce que c'est pour requalifier certaines friches industrielles qu'ont été réalisés quelques-uns des projets urbains les plus originaux et spectaculaires. » (Tomas, 2003). Voici l'un des derniers points de notre définition du projet urbain : il désigne « des processus de requalification et/ou de planification urbaine qui ont pour vocation d'impulser des transformations d'une partie ou de l'ensemble de la ville, de sa forme physique, de sa base économique mais aussi de son image afin de se positionner de manière favorable dans la compétition interurbaine » (Pinson, 2005, p. 29), le projet urbain entre dans une logique de marketing urbain, dans un contexte politico-économique marqué par la concurrence entre les villes de même taille. Dans ces circonstances, le projet urbain « devient dès lors, un référent à partir duquel le politique élabore un discours légitimé par l'action avec pour objectif essentiel la production d'une image de la ville » (Dris, 2013). Le projet urbain est donc à la fois objet (ce qui est produit) et processus (la démarche permettant de produire) (Pinson, 2005). Il repose sur une certaine maîtrise intellectuelle des éléments de la ville et de l'espace (Roncayolo, 2000) et sur un positionnement, parfois difficile à tenir et sujet à débat, de la part des élus, des techniciens, des architectes, etc. En cela, il renvoie « à deux aspects fondamentaux que l'on prête à l'architecture et à l'urbanisme : l'idée de conception et de projection » (Roncayolo, 2000, p. 59), ces deux aspects produisent une tension que le projet urbain rend visible. De plus, la démarche de projet urbain « peut être divisée en trois grandes composantes : le programme, la préfiguration (ou conception) et la réalisation opérationnelle qui inscrit le projet dans la réalité urbaine » (Buffat et Meunier, 2014, p. 1). Tant d'étapes qui interrogent les modes de gestion de la ville, la régulation de sa production et la mobilisation des acteurs sur le temps qu'induit le processus. 76 Pour résumer, nous dirions que le projet urbain renvoie à une démarche-événement de transformation de l'image et de la forme d'une ville au travers d'une pensée en continuité. Cette démarche nécessite le concours de tous les acteurs qui peuvent y contribuer, dans un objectif de rupture avec le fonctionnalisme architectural et de renforcement du pouvoir des communes et des intercommunalités en matière d'aménagement. La transformation symbolique de l'image de la ville – aussi qualifiée de marketing urbain – et le réinvestissement des friches industrielles ou urbaines visent alors à conférer à la ville une position favorable dans la concurrence interurbaine. 77 2. Les conditions d'apparition de la notion de p ro j e t u r b a i n Dans ce deuxième chapitre, nous étudierons les conditions d'apparition de la notion de projet urbain. À notre sens, il est important de partir de la critique formulée à l'encontre du fonctionnalisme architectural, dont nous avons déjà esquissé quelques traits, pour saisir, d'un point de vue théorique et politique, contre quoi et face à quelle situation s'est formée la pensée du projet urbain. Ensuite, nous traiterons de la dimension juridique, à travers la figure du passage du plan au projet, en matière d'aménagement du territoire. Enfin, nous évoquerons le processus de décentralisation qui apparaît comme le contexte politique ayant permis l'adhésion des gouvernements locaux à la pensée du projet urbain. 2.1. Le projet urbain comme émergence cri - tique face au paradigme fonctionnaliste Il convient dès à présent de resituer le projet urbain dans une histoire de l'urbanisme car, outre sa dimension politique, cette notion s'insère, au moment de son apparition, dans un débat qui anime à la fois la pensée et la pratique architecturales. Si nous séparons pensée politique, pensée économique et pensée urbanistique, elles apparaissent toutes trois liées dans l'histoire des villes françaises et européennes, et dans la production du contexte d'émergence de la notion de projet urbain. 1) Du fonctionnalisme Le terme de fonctionnalisme qualifie une doctrine en architecture et en urbanisme qui s'est structurée dans l'Entre-deux-guerres autour de la figure de Le Corbusier. Cette doctrine s'appuie sur une conception « pseudo-scientifique » de l'habiter. Il s'agit d'une façon de faire « pensée et développée concrètement par des "spécialistes" plus soucieux d'économie, de rationalité, d'hygiène et d'organisation "fonctionnelle" que de bien être, de vie sociale et 78 d'urbanité » (Marchal et Stébé, 2014a, p. 22). En réalité, cette pensée réinterroge tant la pratique que l'histoire des villes et vise à « repenser le territoire urbain dans son ensemble en le découpant en espace de travail, de divertissement et de vie familiale » (Ibid., p. 187). Le soubassement théorique de cette doctrine est rédigé dans la Charte d'Athènes, publié pour la première fois pendant l'Occupation en 1943 (Le Corbusier, 1971). Dans cette dernière, Le Corbusier appelle à associer à chaque fonction sociale un espace spécifique (Stébé, Marchal et Bertier, 2016). Ces fonctions se déclinent de la sorte : habiter, travailler, se cultiver, circuler. Voulant faire table rase d'un passé qu'ils abjurent, les architectes encouragent la destruction des centre-villes historiques et prônent une construction de logements aux bancs de la ville (Stébé et Marchal, 2010). Dans cette configuration, les grands ensembles deviennent le symbole de la première fonction : habiter. Ces constructions se drapent d'un idéal collectif et communautaire, plus volontiers fantasmé que scientifiquement validé, par lequel il serait possible de dépasser les oppositions de classes, les divisions, voire la violence sociale en rapprochant les individus (Stébé et Marchal, 2009a). Le paradigme fonctionnaliste connaîtra une période d'expansion sans précédent au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte de la Reconstruction. C'est précisément à ce moment que la pensée architecturale renforce ses liens avec le monde politique et économique. De sorte qu'elle devient, à partir du milieu des années 1950, la référence en matière de planification et d'aménagement de la ville au moment où la crise du logement se trouve à son paroxysme. C'est ainsi que la pensée architecturale moderne, au croisement de l'artistique et du scientifique, se voit récupérée par la nécessité socio-économique d'alors et devient à son tour une nécessité, un impératif normatif. Cela fera dire à Bernard Salignon et Chris Younès : « Bien qu'inspiré par la Charte d'Athènes – c'est-à-dire par des architectes – l'urbanisme fonctionnaliste a surtout été porté par le corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées. Ces derniers, le traduisant radicalement, ont transformé l'urbanisme moderne en urbanisme réglementaire, réduisant ainsi à des normes et à des lois (au sens du droit) quelque chose qui était beaucoup plus complexe. » (Salignon et Younès, 1998, p. 13) Le devenir politique du fonctionnalisme aurait participé tant à son dévoiement qu'à son déclin. Il renvoie alors, plus que jamais, à des manières de fabriquer la ville par des 79 modèles prescrits, schématiques et répétés. Ce passage par le politique amène les villes à se doter de Schémas directeurs d'aménagements et d'urbanisme ou de Plans d'occupation des sols qui encadrent le processus de construction de masse et marquent le territoire français en profondeur. La rationalisation fonctionnelle et économique s'origine dans une pensée voulue scientifique, moderne et objective ; ce qui a des conséquences sociales importantes. La situation d'habitation produite par les grands ensembles tend à créer une mise à distance du proche ou du voisin plutôt que l'apaisement des tensions et des oppositions de classes. Le chemin de grue et les faibles coûts de ces constructions contribuent à un bâti de piètre qualité, ce qui encourage les catégories moyennes à partir (ce n'est pas l'unique condition) vers les banlieues pavillonnaires ou les centres-villes qui commencent à être reconstruits. Cela a pour conséquence de détruire le rêve de mixité social en produisant un entre-soi d'habitants issus des catégories populaires (Marchal et Stébé, 2014). Du point de vue de sa gestion politique, la pensée fonctionnaliste était centralisée, étatique et désincarnée au niveau local. Elle mettait à l'index une grande partie des acteurs municipaux au premier rang desquelles se trouvaient les maires et les habitants, c'était le règne des techniciens. 2) À sa critique Tous ces aspects, propres à l'urbanisme fonctionnaliste, sont aujourd'hui remis en cause. L'opposition s'appuie sur différents registres, que nous tâcherons de présenter ici. Le premier registre est politique et localiste, le second est historique, le troisième est théorique. La première opposition nous semble donc plutôt politique et localiste, orientée contre la « logique urbanistique qui prévalait pendant les Trente glorieuses, où l'espace, local, régional ou national, n'était vu que comme un facteur de production "sans qualité" participant de la construction d'une société et d'une économie nationales – et non territoriales. » (Pinson, 1999, p. 134). En effet, nous l'avons vu, l'état centralisé français fait de l'urbanisme moderne une politique systématique, rigide et normative, éloigné des acteurs locaux (Buffat et Meunier, 2014). L'hyper-centralisation du pouvoir, symbole d'un capitalisme d'état à la française, nourrit dès lors un discours anti-élitiste et anti-techniciste critique à l'égard des formes institutionnelles que prend l'urbanisme, les schémas d'aménagements, les plans 80 d'occupation des sols, etc (Pinson, 1997). Tant de marqueurs de l'existence d'« un espace programmatique, rationalisé, bureaucratique, à la fois uniformisé et spécifié à travers une intense activité de zonage » (Boutinet, 2014, p. 72-73) dans un urbanisme de la domination outrancière des technocrates. Les opposants veulent alors redonner sens aux espaces de la quotidienneté en misant sur « une relation préférentielle faite de connivence et de symbolisation » (Boutinet, 2014, p. 72-73). Pour ce faire, ils fustigent « un mode de conception de l'urbain tendant à réduire les pratiques à des fonctions disjointes et à planifier la ville à partir d'une vision technocratique des "besoins sociaux" » (Pinson, 1999, p. 131). et formulent le désir de dépasser une « planification centralisée, où les paramètres de l'action à mener étaient définis antérieurement et de manière prétendument objective en faisant abstraction des acteurs » (Gariépy, 2014). Au-delà de la question de la dépossession des acteurs communaux et de l'espace désincarné et inhumain produit dans le cadre de la doctrine fonctionnaliste, la critique se structure autour de la question de l'asservissement de l'urbanisme fonctionnel à un mode de production capitaliste (Castells, 1981). Du moins, c'est un point de vue dominant dans le champ intellectuel à tendance marxiste. Il est un second registre de critique que nous avons, peut-être maladroitement, qualifié d'historique. Il s'agit en fait de la lutte contre la tabula rasa, la politique de la table rase ou de rénovation bulldozer, c'est-à-dire la destruction et la démolition de certains quartiers historiques au nom de l'hygiène et de la moralité (Denèfle et al., 2015). Cette pratique très fréquente dans les années 1960 est directement formulée dans La Charte d'Athènes (Le Corbusier, 1971). Daniel Pinson, dans le chapitre « Histoires des villes » tiré du traité sur la ville, explique comment s'est organisée la contestation habitante dans les villes de Bruxelles, Paris, Amsterdam ou Bologne autour de la démolition des quartiers anciens, « dressée contre la politique inspirée par le fonctionnalisme » (Pinson, 2009, p. 81). Ces contestations se fondent sur un registre historique dans le sens où elles s'appuient sur un ensemble d'images faisant « le plus souvent référence à l'idée de ville historique, au patrimoine citadin et à l'identité locale, afin de souligner l'écart par rapport aux conceptions modernistes (anhistoriques et décontextualisées) de l'espace » (Lévy et Lussault, 2013, p. 818). La vindicte populaire condamne ainsi toute vision qui s'opposerait à la mémoire des lieux, au passé et à l'histoire. Partant, elle travaille à l'écriture d'un roman régional et local, forgeant une identité de terroir à mettre en avant et à faire valoir. Les habitants trouvent des soutiens chez certains intellectuels et dans les professions de l'aménagement. Cela conduit à renverser 81 la représentation de la ville tout comme la façon de l'appréhender. Ainsi, plutôt que de penser la ville rupture vis-à-vis de la ville hérité, les mouvements de contestations prônent une pensée en continuité oeuvrant à « considérer simultanément son cadre physique et les populations qui y résident, a forcé les pouvoirs municipaux et les urbanistes à adopter de nouvelles méthodes, comme celle dite du "projet urbain" [] Cette démarche rompt avec le caractère démiurgique et technocratique qui a marqué l'urbanisme moderne, en dépit des invitations à l'enquête et à l'association citoyenne » (Pinson, 2009, p. 81). Nous identifions enfin une critique qui s'appuierait sur le registre théorique. Le mouvement critique à l'égard de l'architecture moderne se renforce vers la fin des années 1970 car c'est à ce moment « que certains auteurs hostiles à l'urbanisme fonctionnaliste proposèrent de renoncer au mot lui-même pour lui substituer celui de projet urbain » (Tomas, 2003, p. 60). Plusieurs professionnels de l'urbanisme ou de l'architecture se prononcent clairement contre la politique urbaine des années 1950 à 1960 et prennent le contre-pied de la pensée fonctionnaliste. Ils invitent « à redéfinir les rapports entre architecture et ville » (Ingallina, 2010, p. 106). Parmi ces acteurs de la fabrication de la ville se trouve l'architecte et urbaniste Christian Devillers qui a joué, nous l'avons vu, un rôle prépondérant dans la stabilisation du débat sur la question. Il cherche notamment à dépasser la rigidité des programmes urbains qu'il juge moribonds et propose de considérer le projet urbain comme une pédagogie, un apprentissage (Devillers, 1994). Ce travail et celui d'autres opposants a permis de battre en brèche le mythe de la scientificité et de l'objectivité du fonctionnalisme, réintroduisant de fait la possibilité de faire la ville à l'aide d'autres sciences mais aussi la possibilité d'une vision néophyte sur la ville, amateur donc une parole habitante. L'échec de cet urbanisme est justement attribué, selon les propos de Gilles Pinson, aux erreurs théoriques (réductionnisme et productivisme) contenues dans les conceptions fonctionnalistes, de sorte que la critique révèle « le caractère réducteur de sa prétention globalisante voire totalitaire, tout en ouvrant la voie à une approche plurielle et complexe de l'aménagement des villes » (Tomas, 1997, p. 91-92). La critique formulée dans les années 1970 à l'égard du fonctionnalisme constitue le terreau ayant permis à la pensée du projet urbain de germer. Même si le signifié reste assez flou, la notion de projet urbain s'est très vite imposée comme nécessaire pour qualifier toutes les pratiques qui se voulaient « une alternative à l'urbanisme fonctionnaliste de naguère » 82 (Tomas, 2003). Ce dernier étant accusé par certain d'avoir détruit la ville européenne qu'il faudrait dès lors reconstruire (Barey, 1980). Dans cette tentative de dépassement des logiques expertes et élitistes, le projet urbain paraît à même jeter un pont entre des univers de sens différents, entre des sphères de représentations différentes, portées par des individus nombreux et dissemblables. Pour François Tomas, l'apparition du projet urbain n'est pas seulement la marque d'une « sorte d'alternative à un urbanisme fonctionnaliste déconsidéré par la "crise urbaine" []. Elle participe d'un fantastique processus de retournement des idées qui, depuis trois décennies, a complètement renouvelé les concepts utilisés dans l'aménagement des villes » (Tomas, 1998, p. 17). 2.2. 1) Du plan au projet Le plan et la planification Dans la continuité de la critique adressée au fonctionnalisme, le projet urbain apparaît dans une mise en cause de la planification politique. Nous avons vu en effet que le fonctionnalisme architectural avait donné lieu à un urbanisme à la française en ce sens. Cette dimension, qui voit le passage du plan au projet, est bien entendu liée au mouvement de décentralisation de l'État vers les communes dont nous traiterons plus avant.
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Les classes de découverte : un objet de recherche encore à découvrir. Les Sciences de l'éducation pour l'ère nouvelle : revue internationale, 2023, 54 (3/2021), pp.7-15. &#x27E8;hal-04049456&#x27E9;
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Les classes de découverte : un objet de recherche encore à découvrir Julien Fuchs, Gilles Brougère To cite this version: Julien Fuchs, Gilles Brougère. Les classes de découverte : un objet de recherche encore à découvrir. Les Sciences de l’éducation pour l’ère nouvelle : revue internationale, 2023, 54 (3/2021), pp.7-15. �hal-04049456� HAL Id: hal-04049456 https://sorbonne-paris-nord.hal.science/hal-04049456 Submitted on 28 Mar 2023 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. Les classes de découverte : un objet de recherche encore à découvrir Discovery classes: a research object still to be discovered Clases de descubrimiento: un objeto de investigación aún por descubrir Julien FUCHS & Gilles BROUGERE Faire classe dehors ! Le mot sonne aujourd’hui comme un impératif, un « enjeu de société »1. Secouée par les conséquences de l’épidémie de Covid-19, enjointe de répondre à l’urgence environnementale et écologique, sommée de trouver des alternatives aux formats scolaires ordinaires par la nécessité d’une plus grande égalité, l’école s’interroge sur ses pratiques, ses missions, et regarde alors au-dehors (Chéreau & Fauchier-Delavigne, 2019). Comme un retour en arrière… Car le mouvement pour l’école à l’extérieur n’est pas nouveau, il est présent chez certains des prédécesseurs des méthodes actives, dans des innovations de la fin du XIXe et du début du XXe siècles (les caravanes scolaires, les classes de promenade, les écoles de plein air, etc.), pensées à une époque où les murs scolaires enfermaient trop des enfants déjà en mal d’oxygène. À la compensation hygiénique s’ajoutera bientôt une autre finalité, éducative celle-là. Le voyage, l’exploration, la découverte deviendront plus qu’une expérimentation originale : un horizon pédagogique (Giolitto, 1970). Les classes de neige puis les classes de mer suivies des classes vertes, de nature, ainsi que toutes leurs déclinaisons devenaient des possibles, des objectifs, susceptibles de soutenir ou de concrétiser des projets de classe, d’école. S’inscrivant dans les réformes du temps scolaire, qu’il s’agisse du mi-temps donnant plus de place à l’éducation physique ou du tierstemps pédagogique distinguant disciplines de base, activités d’éveil et éducation physique (Doucet, 1974 ; Mariet, Moreau & Porcher, 1977), elles se sont développées dans les années 1950-1970. Elles ont suscité l’enthousiasme, parfois la méfiance, en proposant aux enseignants une alternative ; pour certains elles devenaient évidentes. Pour des enfants de moins en moins en prise avec la nature et pourtant de plus en plus sensibles à la durabilité du monde et dont le développement réclame un lien étroit avec celle-ci (Chawla, 2015), ces déplacements apparaissent aujourd’hui comme un sas, une bulle permettant à la classe de se faire autrement. À l’immersion dans la nature s’ajoute en effet une autre dimension : celle du départ, du trajet, du séjour, cette dimension par laquelle la classe dite « de découverte » devient une forme singulière de la « classe-dehors ». Car partir pour apprendre, c’est également apprendre à partir. Les classes de découverte sont des dispositifs scolaires caractérisés par un séjour prolongé hors du contexte habituel de classe (et, tout autant, du contexte familial), que ceux-ci soient pensés autour d’un lien central 1 Animation et Éducation, OCCE, n°282, mai-juin 2021. avec la nature (classes vertes, classes de neige ou de montagne, classes de mer, etc.) ou que le « dépaysement » proposé soit autre (classes de découverte urbaine, classes de patrimoine, classes d’art et de spectacle, etc.). Expériences pédagogiques, les classes de découverte sont des dispositifs d’éducation au voyage, à l’environnement, mais aussi à l’altérité et à la culture. « Les classes de découverte… de soi-même, des autres et de l’environnement », titrait le dossier spécial de la revue Vers l’éducation nouvelle qui leur est dédié, en mai-juin 19902 : en un sens, ces classes entendent permettre à l’enfant de se situer dans le monde. Le temps d’un séjour, elles mêlent élèves et enseignants, accompagnateurs, animateurs, personnels des centres d’accueil, acteurs associatifs locaux, et composent ainsi une communauté éducative nouvelle (Byrnes, 2001). Ainsi, « l’école ailleurs, c’est classe ! », comme l’affirme en 1993 la Jeunesse au plein air dans son bulletin3. Si leur projet fait consensus et qu’elles sont bien présentes dans les imaginaires enseignants, les classes de découverte, nommées aussi, en d’autres temps, « classes transplantées », restent paradoxalement peu étudiées. Elles ont pourtant été à nouveau encouragées en France par le ministère de l’Éducation Nationale comme un dispositif éducatif efficace, donnant sens aux apprentissages scolaires et accompagnant une socialisation aux voyages encore profondément inégalitaire. En mai 2018, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, déclarait : « Il faut aussi que les enfants renouent avec la nature. Je travaille au renouveau des classes vertes, de neige et de mer »4. Cet investissement politique ne doit pas leurrer : les classes de découverte sont en effet « d’abord le fruit d’un enthousiasme irréductible à aucune institution, la manifestation d’une créativité pédagogique qu’une circulaire serait bien en peine de susciter », souligne Béatrice Pavy. Dans un rapport rédigé afin d’établir un diagnostic des classes de découverte pour le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, la députée insiste : « les classes de découverte ne sont pas une émanation de la maison Éducation nationale » ; elles répondent avant tout « à la volonté des enseignants d’accompagner leurs élèves dans un lieu essentiellement porteur de sens » (Pavy, 2004, p. 4). Notons par ailleurs que la production de ce rapport fait suite à une enquête diligentée en 2002-2003 par le ministère de l’Éducation nationale qui établissait la diminution croissante en nombre et en durée des séjours. Si la fréquentation de ces classes et la diversification de leurs formats et de leurs modalités n’ont effectivement eu de cesse de croître jusqu’au milieu des années 1980, au cours desquelles un élève sur deux partait en classe de découverte une fois au cours de sa scolarité, elles ont commencé à décliner au cours des années 1990. En 1994-1995, environ 12 % des élèves du premier degré de plus de 4 ans sont partis avec leur classe et enseignant pour un séjour en dehors de l’école pendant cinq jours ou plus, et cette baisse n’a cessé de s’amplifier depuis, selon un rapport de la direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP) d’avril 1996. L’histoire de ces classes est en effet marquée par une diminution constante de la durée. Les premières classes de neige ne pouvaient obtenir cette étiquette si le séjour était inférieur à un mois. Les différentes circulaires qui suivront vont conduire à une diminution progressive des attentes quant à la durée. Quatre puis trois semaines, puis en 1982, « il faut un minimum de 10 jours pour avoir droit à l’appellation de classe de découverte, les séjours de 5 jours et moins sont qualifiés de voyages scolaires » (Chauvin, 2003, p. 23). La circulaire du 21 septembre 1999 se garde de définir une durée, tout devenant possible dans la réduction : le ministère n’évoque plus que des sorties scolaires avec nuitées, à chacun de décider si la sortie de 2 ou 3 jours est une classe de découverte ou non. Cette tendance est conforme à la diminution constante de la 2 Vers l’éducation nouvelle, n°442, mai-juin 1990. Jeunesse au plein air, n°341, mai-juin 1993. 4 Journal du Dimanche, 19 mai 2018. 3 moyenne des séjours. La circulaire du 5 janvier 2005, revenant à une distinction des types de séjour, indique que ces classes de découverte correspondent à des séjours d’une durée égale ou supérieure à cinq jours ou quatre nuitées « permettant de s’extraire de façon significative du contexte et de l’espace habituels de la classe [constituant ainsi], pour les élèves, un réel dépaysement et un moment privilégié d’apprentissage de la vie collective que chacun devrait connaître au moins une fois au cours de sa scolarité ». En l’état, c’est donc davantage la durée du séjour plutôt que son contenu (activités, etc.) qui paraît définir, dans les textes, une telle classe, ce qui est à rapprocher des définitions touristiques et marchandes des séjours. On voit les limites d’une telle définition, les promoteurs et acteurs de ces dispositifs s’accordant à reconnaître avant tout leur profonde dimension éducative et sociale, et affirmant toujours la centralité du contenu de ces séjours (l’expérience de vie collective, les activités proposées, etc.). Véritable « paradigme pédagogique » contemporain (Baccou, 2019), l’enseignement exercé hors du contexte scolaire ordinaire est devenu l’objet d’un grand nombre d’initiatives locales et de dispositifs clamant leur caractère innovant, et ce pour les enfants de tous âges, de la maternelle au lycée (Bergougnoux, Perrier, 2011). Parallèlement, des recherches ont été lancées parmi lesquelles nous pouvons évoquer CLASMER et SIRENE, toutes deux financées par la Fondation de France. La première sur les classes de mer en Finistère a été initiée en 2017 dans le cadre de la Maison des Sciences de l’Homme en Bretagne et est coordonnée par Emmanuelle Peyvel. Elle réunit une dizaine d’enseignants et de chercheurs issus de disciplines (géographie, histoire, sociologie, sciences de l’éducation) et d’universités différentes (Université de Bretagne Occidentale, Université de Rennes-2, Université de Nantes, Université Sorbonne Paris Nord et Université Paris Est Créteil). Elle s’est initialement fixé quatre objectifs : constituer l’histoire des classes de mer, cartographier leurs territoires d’influence, mesurer les retombées économiques et sociales pour le territoire et analyser la transmission et la circulation de savoirs en classe de mer. Ce projet, désormais financé par la Fondation de France jusqu’en 2023 dans le cadre de son programme « Les futurs des mondes du littoral et de la mer », vise également un objectif de recherche appliquée par l’intégration d’une dimension liée à la formation de futurs professeurs des écoles. La seconde, SIRENE (Sensibilisation à l’environnement par le Rapport à la Nature à l’École), coordonnée par Alix Cosquer, a pour intention de comprendre la construction du rapport à la nature chez les enfants (en l’occurrence, des expériences et apprentissages de la mer et du littoral) dans le contexte des aires marines éducatives. Citons également le projet de recherche-action d’envergure « Grandir dans la nature », porté à l’échelle nationale par le Réseau français d’Éducation à la Nature et à l’Environnement (FRENE)5. Si ces programmes interrogent l’efficacité éducative des initiatives, ils servent surtout de révélateurs d’une conviction partagée dans le monde enseignant : l’intérêt de faire apprendre en extérieur. Mais au-delà de la motivation initiale d’un certain nombre d’enseignants, des difficultés à pratiquer la classe dehors se posent. Dans la majorité des cas, la fréquence de ces sorties reste faible. On le comprend d’emblée : au-delà de son allure fédératrice et pédagogiquement porteuse, la découverte ne peut être envisagée que dès lors qu’elle est pensée, travaillée comme une ressource éducative. En d’autres termes, la classe de découverte est bien un dispositif qui, s’il revendique son éloignement d’un certain nombre de normes de l’école, s’inscrit dans un projet scolaire. Pour autant, et c’est là toute sa force, la classe de découverte interroge fondamentalement l’idée-même de classe : les classes de découverte seraient « une 5 Anciennement réseau École et Nature, FRENE est une fédération d’acteurs associatifs, éducatifs et socioéducatifs engagés pour l’éducation à l’environnement, considérée comme une « source d’autonomie, de responsabilité et de solidarité avec les autres et la nature » (https://frene.org/nos-projets/recherche-action-grandiravec-la-nature/). autre école » (Équipe pédagogique du collège de Romilly-sur-Seine, 1982). Si à l’origine, les classes « transplantées » visaient bien à « transporter » une classe, pour une durée longue pouvant aller jusqu’à quatre semaines voire plus comme nous l’avons indiqué ci-dessus, en maintenant la structure fondamentale de celle-ci, les séjours contemporains, plus courts, de 5 à 10 jours voire moins, conduisent davantage à des expériences qui s’éloignent de la classe quotidienne pour proposer autre chose. Les classes de découverte deviennent des « espaces éducatifs » différents, dans lesquels le lieu choisi, son environnement immédiat, font « disparaître » la classe, transforment les relations maître-élèves, les relations entre élèves, établissent une nouvelle hiérarchie des savoirs et autorisent l’expérimentation de pratiques, d’activités autres que celles vécues ordinairement par les élèves. En ce sens, la classe de découverte est un espace qui étend et en même temps submerge la classe, son intérêt étant justement aujourd’hui de ne plus apparaître comme une classe. C’est là, à la fois, la difficulté et la force de l’initiative, ce qui fait sa singularité aussi. Car à y regarder de près, les classes de découverte, dont des déclinaisons existent partout en Europe et dans le monde, font varier la notion de classe autant que celle de découverte. Apprentissage ailleurs ou apprentissage par l’ailleurs, connaissances au service de l’expérience ou expérience au service des connaissances, l’étonnement pour s’immerger ou l’immersion pour s’étonner : les variables des classes de découverte sont infinies, entre des modèles scolaires qui préservent la classe et des visions plus ouvertes avec des objectifs qui peuvent s’éloigner des apprentissages scolaires, au point que la notion-même mérite d’être discutée et mise en perspective (Michel, 2020). Ici le déplacement se suffit à lui-même sans justifier plus avant les bénéfices sur le plan des programmes scolaires, là il faut montrer que l’on ne s’éloigne pas pour autant des objectifs éducatifs de la classe. Restent, au-delà, des convergences, dont celle de l’impératif du dépaysement et d’un projet liant l’enfant, les autres et l’environnement. Ce dessein imprègne les classes de découverte depuis leurs origines en France. Mais parmi ces trois finalités, la question environnementale est sans doute celle qui a le plus muté. Voir l’ailleurs et apprendre était (et demeure) une ambition toujours présente. L’émerveillement, l’exaltation apparaît comme au cœur de la pédagogie : les jeunes saintmauriennes découvrant la neige et le ski à Samoëns en 1956, dépeintes par Willy Hugedet, Théo Jean et Sébastien Laffage-Cosnier dans le premier article de ce numéro, vivent une expérience d’exploration et de découverte rythmée par l’observation de l’environnement naturel, social et culturel alpin. Mais cette ambition ne paraît plus toujours suffisante aujourd’hui. La sensibilisation, la prise de conscience, la préservation sont devenues les nouvelles facettes de la découverte. En classe de mer, on ne peut plus se contenter de la pratique de la voile ou des balades littorales ; les activités proposées se parent désormais d’une dimension écologique (voire morale), qu’illustrent les opérations de ramassage de déchets sur les plages par les enfants, les rencontres avec des biologistes pour comprendre les conséquences des pollutions, etc. Le discours des acteurs des classes de découverte évolue en conséquence, à commencer par celui des intervenants locaux. Interrogés par Étienne Guillaud, les éducateurs en milieu marin font part de leurs interrogations professionnelles vis-à-vis de ces transformations, se questionnent sur leur place en regard de celle de l’enseignant, avouent leur circonspection devant l’émergence d’un modèle un brin utilitariste. Ils révèlent par ailleurs des profils riches de parcours variés, leur apport mettant souvent en avant ce qu’ils ou elles sont, partageant leur expérience, surtout quand elle renvoie à un enracinement local, et non seulement leurs connaissances. Le troisième texte de ce dossier, celui de Cécile Redondo et Caroline Ladage met l’accent sur les projets pédagogiques qui accompagnent les classes de découverte, nous offrant ce faisant un panorama de celles-ci. On y perçoit la faible importance accordée au temps de classe au profit de toutes les activités spécifiques à commencer par les activités physiques ainsi que la mise en avant, au moins dans les projets, d’une pédagogie différente autour de l’expérimentation, l’activité de l’enfant, le ludique et la dimension sensorielle. Les justifications renvoient à des dimensions souvent marginales dans la logique scolaire ordinaire. Citons entre autres la cohésion du groupe, le développement global de l’enfant, la découverte, l’autonomie ou l’étonnement. La classe de découverte porte donc au niveau de l’affichage des projets une pédagogie différente. Sans doute faut-il sortir de l’emprise de l’école pour trouver cette dynamique pédagogique nouvelle. Que sont donc les classes de découverte devenues ? Leur format (leur durée, leur organisation interne) a considérablement évolué, leurs finalités également. Désormais structures touristiques autant que pédagogiques, leur surface économique est loin d’être négligeable : en 1995, leur chiffre d’affaires était estimé par le Secrétariat d’État au Tourisme à 305 millions d’euros, générant près de 5 000 emplois. Permettant l’amortissement des équipements, particulièrement en basse saison, elles sont devenues vitales pour certains professionnels du tourisme et des loisirs (Chauvin, 2008). Est-ce pour autant qu’elles ont perdu de leur puissance éducative ? Si elles ont un intérêt pédagogique reconnu par une très grande majorité d’enseignants, ainsi qu’un intérêt politique et socio-économique manifeste, ces classes éprouvent en même temps de plus en plus de difficultés à être organisées, entre contraintes réglementaires et sécuritaires fortes, complexification des montages budgétaires, désengagement de l’État, modifications des attentes des parents (et l’on peut craindre que la situation sanitaire due au Covid-19 n’amplifie ces difficultés). Si leur nombre et leur durée voire leur distance diminuent graduellement, les situations paraissent particulièrement contrastées. Absentes ou abandonnées parfois, les classes de découverte font par contre toujours partie du fonctionnement ordinaire de certaines écoles, du fait de la conviction de leurs enseignants et des partenariats tissés depuis longtemps avec les collectivités locales ou avec certains centres, ce qui n’exclut pas d’importantes difficultés, tous les ans, à organiser ces séjours. Pour certaines communes de la région parisienne par exemple, classes de mer comme de neige constituent une priorité politique, même si toutes les écoles ne se saisissent pas de cette opportunité et que, là aussi, les configurations socio-économiques, les motivations des enseignants et des parents semblent des points-clés. Pour autant, à l’heure d’une profonde interrogation sur la forme scolaire6, ces classes tiennent sur leur socle, celui du voyage, de l’ailleurs et de l’ouverture. Même bousculées par une règlementation et des procédures administratives toujours plus contraignantes, elles demeurent comme des espaces alternatifs d’éducation, et plus largement comme des occasions d’apprentissage, alors même que la classe dans sa forme ordinaire tend à s’y effacer. Cela renvoie à la relation complexe qui se noue entre la classe de découverte (et singulièrement la classe de mer) et le tourisme. Le discours usuel est complexe car il affirme à la fois la distance d’une classe de découverte, malgré certaines apparences, au tourisme et aux vacances, tout en évoquant des relations fortes. A côté de la relation économique, on peut souligner d’autres similarités, en particulier la dimension hygiéniste que l’on trouve aussi bien à l’origine des premières formes de tourisme (thermalisme, bain de mer, air de la montagne) qu’à celles des 6 Comme en témoigne aujourd’hui le lancement de l’appel à manifestation d’intérêt de la Banque des territoires pour le compte de l’État, https://www.banquedesterritoires.fr/appel-manifestation-dinteret-innovation-dans-laforme-scolaire premières classes de neige (Laffage-Cosnier, Hugedet et Vivier, 2018). Enfin certains défenseurs des classes de découverte ont pu souligner qu’il s’agissait de compenser l’éducation aussi bien physique qu’intellectuelle que les familles aisées offrent à leurs enfants à travers voyages et vacances : « seule l’école peut réduire ces inégalités des enfants devant les vacances […] Dans ces vacances, ils [les enfants favorisés qui en bénéficient] constituent d’une certaine manière leur capital de culture, apprennent la diversité de l’espace géographique les différences de climat, les différences d’occupation économique ; pour eux les vacances sont aussi l’occasion de parler avec des amis, avec leurs parents, de discuter, d’échanger des opinions, de critiquer, de comparer. Mais les vacances en plus de leur intérêt culturel ont une importance aussi pour la santé des enfants : elles favorisent l’exposition au soleil, elles permettent souvent de respirer un air plus pur, elles permettent l’exercice du corps et la pratique du sport » (Mariet, Moreau & Porcher, 1977, p. 16, souligné par les auteurs). Dans le dernier article de ce numéro spécial, Gilles Brougère et Emmanuelle Peyvel s’appuient sur les similitudes, plus nombreuses qu’on ne le pense, entre les classes de mer et les pratiques touristiques, pour mettre en évidence des logiques d’apprentissage originales qui rompent avec la classe ordinaire. Les enfants tendent à se penser comme touristes même s’ils sont conscients que ces « vacances d’école » pour reprendre la savoureuse expression de l’un d’eux, ne sont pas semblables aux vacances familiales. Cela ne les empêche pas d’avoir un fort sentiment d’apprendre. Du côté des enseignants, la brièveté du séjour conduit à laisser se dissoudre la classe, les intervenants locaux pouvant, selon les personnalités ou les circonstances, s’éloigner de la forme scolaire ou tenter de reconstruire un régime scolaire en rappelant aux enfants que, malgré les apparences, ils ne sont pas en vacances. Ainsi la classe de découverte apparaît comme un riche objet de recherche interrogeant la diversité des modalités d’apprentissage, laissant entrevoir que l’école n’est pas la seule situation éducative possible. L’intérêt est sans doute de pouvoir observer une situation à la frontière entre forme scolaire, autres formes éducatives, issues entre autres de l’éducation sportive et de l’animation, et apprentissages informels (tels qu’ils peuvent se développer dans le tourisme), ce que contribuent à montrer deux recensions d’ouvrages sur l’école au-dehors proposées à la fin de ce même numéro par Baptiste Besse-Patin et Malo Camus. Références bibliographiques BACCOU P. Sortir de la classe : un paradigme pédagogique. 303, dossier spécial « Rêver l’école », 2019, n°155, pp. 37-41. BERGOUGNOUX A. & PERRIER A. Classes de découverte : les maternelles aussi ! Revue EP.S, 2011, n°345, pp. 3-5. BYRNES D.-A. Travel Schooling: Helping Children Learn through Travel. Childhood Education, 2001, n°77/6, pp. 345-350. CHAUVIN J. Les classes de découverte ou l’école hors les murs de l’école. Paris : L’Harmattan, 2003. CHAUVIN J. Les classes de découverte. Un enjeu économique pour le tourisme et un élément de cohésion sociale. Rapport du Conseil National du Tourisme, 2008. CHAWLA L. Benefits of Nature Contact for Children. Journal of Planning Literature, 2015, 30(4), pp. 433-452. CHÉREAU M. & FAUCHIER-DELAVIGNE M. L’enfant dans la nature. Paris : Fayard, 2019. DOUCET J.-C. De l’innovation éducative à la rénovation pédagogique. Les classes de mer. Thèse de doctorat de Sciences de l’éducation, Caen, 1974. ÉQUIPE PEDAGOGIQUE DU COLLEGE DE ROMILLY-SUR-SEINE. Une classe verte… une autre école. Revue EP.S, 1982, n°176, pp. 52-56. LAFFAGE-COSNIER S., HUGEDET W. & VIVIER C. L’influence de l’Éducation nouvelle sur les classes de neige (1953-1981). In : SUCHET A. & MEYRE J.-M. (Dir.). Les activités sportives de nature à l’école. Montpellier : AFRAPS, 2018, pp. 37-53. MARIET F., MOREAU C. & PORCHER L. Les classes de nature : classes de mer, classes de neige, classes vertes. Paris : ESF, 1977. MICHEL X. Les différences nationales de désignation et représentation des déplacements occasionnels des classes dans les pays d’Europe, Géocarrefour [En ligne], 2020, n°94/2, https://doi.org/10.4000/geocarrefour.14474 PAVY B. Rapport sur les classes de découverte à M. le Premier Ministre. 2004.
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LH m iωNe −λm    rang ligne, i.e. il est nécessaire d'avoir nécessite cependant que cette matrice soit plein Ne > m. 3.4 Les diagrammes de stabilité 3.4.1 Principe Quelque soit la méthode d'identication choisie, il est nécessaire de xer l'ordre du modèle qu'on souhaite identier. Malheureusement, cet ordre n'est jamais une donnée connue lorsque l'on étudie des structures réelles (non simulées). De plus, l'ordre du modèle détermine le nombre de pôle du système. Cependant, le système suivi n'est pas composé uniquement de la structure physique étudiée, ce système correspond à cette structure plongée dans un environnement. Les pôles identiés ne sont pas toujours des modes physiques de la structure. Ils peuvent aussi être des pôles dits spurious, i.e. non physiques, qui proviennent d'erreurs de modélisation ou de diérents bruits aectant les mesures. Faire la distinction entre modes physiques (i.e. vrai modes de la structure) et poles non-physiques est crucial pour l'analyse modale de la structure. Une méthode très couramment utilisée est basée sur l'observation empirique que seuls les modes physiques sont robustes par rapport à une mauvaise estimation de l'ordre du système. L'idée est de faire varier l'ordre du modèle et de tracer les fréquences (et parfois les amortissements) identiées en fonction de l'ordre utilisé pour la modélisation. Un mode physique sera reconnaissable visuellement car il sera stable (fréquence plus ou moins constante) en fonction de l'ordre. On distinguera (plus ou moins) facilement les modes physiques qui apparaitront comme des tiges dans un nuage de pôles nonphysiques. Ces graphiques sont appelés diagramme de stabilité (voir Figure 3.1). Plus une thode fournira des diagrammes de stabilité claire, plus elle sera simple à exploiter de manière opérationnelle. Dans ces diagrammes nous n'achons que les modes ayant un amortissement positif. De plus, pour faciliter l'étude des diagrammes, nous indiquons le type de stabilité du pôle avec un code et une couleur : s rouge : la fréquence est stable selon l'ordre (moins d'1% d'écart avec la fréquence identi ée à l'ordre précédent) le taux d'amortissement est stable selon l'ordre (moins de 10% d'écart avec le taux d'amortissement identi é à l'ordre précédent) f bleu : la fréquence est stable selon l'ordre (moins d'1% d'écart avec la fréquence identi ée à l'ordre précédent) le taux d'amortissement est instable selon l'ordre (plus de 10% d'écart avec le taux d'amortissement identi é à l'ordre précédent) d rose : la fréquence est instable selon l'ordre (plus d'1% d'écart avec la fréquence identi ée à l'ordre précédent) le taux d'amortissement est stable selon l'ordre (moins de 10% d'écart avec le taux d'amortissement identi é à l'ordre précédent) o noir : la fréquence est instable selon l'ordre (plus d'1% d'écart avec la fréquence identi ée à l'ordre précédent) Bilan du chapitre 121 le taux d'amortissement est instable selon l'ordre (plus de 10% d'écart avec le taux d'amortissement identi é à l'ordre précédent) 60 55 50 45 Model order s s 0.5 0.65 0.85 o o Figure 3.1 Exemple de diagramme de stabilité de fréquences Bien évidemment , la méthode de construction de ces diagrammes est directement liée au type de méthode d'identi cation utilisée. 3.5 Bilan du chapitre Dans ce chapitre, nous avons présenté trois familles de méthodes d'identication modale qui permettent d'identier les paramètres de chacune des trois familles de modélisations décrites dans ce chapitre : Les méthodes de minimisation d'erreur par moindres carrés adaptées à l'identication d'une modélisation ARX (voir Section 3.1). Les méthodes sous-espace adaptées à l'identication de l'espace colonne de la matrice d'observabilité d'une représentation d'état (voir Section 3.2). Les méthodes de minimisation d'erreur par moindres carrés adaptées à l'identication d'une modélisation modale (voir Section 3.3). Concernant l'identication d'une modélisation ARX, nous avons présenté des méthodes basées sur la minimisation par moindres carrés d'erreur non linéaire (voir Section 3.1.1) Chapitre 3 122 et des méthodes basées sur la minimisation par moindre carrés d'erreur linéarisée (méthodes de type LSCF, voir Section 3.1.2). Nous avons vu que, sous certaines conditions de pondération, la minimisation par moindres carrés d'erreur non linéaire correspond à la recherche d'un estimateur du maximum de vraisemblance (MLE, voir Section 3.1). Ces deux méthodes sont décrites sous leur formalisme référence-simple et référencesmultiple. Finalement, pour la méthode utilisant une erreur linéarisée, nous avons proposé une nouvelle méthode de résolution du problème Dθα = 0 basée sur une décomposition en valeurs singulières (voir Section 3.1.2.4). Nous avons aussi sensibilisé le lecteur sur la nécessité d'avoir une matrice D θα non inversible, sans quoi le vecteur solution serait réduit au vecteur nul (voir Section 3.1.2.3). Concernant l'identication sous-espace, nous avons justié la recherche de l'espace colonne de la matrice d'observabilité d'une représent d'état en dénissant ce qu'est l'espace colonne d'une matrice (voir Dénition 3.2.1.1). Après avoir donné la chaîne de calcul commune à toutes les méthodes sous-espace, nous avons présenté cinq matrices sous-espace ayant le même espace colonne que la matrice d'observabilité (voir Section 3.2.3). Chacune de ces matrices correspond à une méthode sous-espace particulière. On peut classier ces méthodes en fonction de leur utilisation ou non des données d'excitation. Ainsi les méthodes sont qualiées de Output-Only (pas d'utilisation des données d'excitation) ou de Input-Output (utilisation des données d'excitation). Nous avons aussi vu deux catégories de matrice sous-espaces : les matrices covariance-driven dont le nombre de colonnes ne dépend pas du nombre d'échantillons Ne et les matrices data-driven dont le nombre de colonnes dépend du nombre d'échantillons Ne. Les ma- trices data-driven ne pouvant pas être utilisée pour l'estimation d'incertitude, car leur nombre de colonnes augmente lorsque le nombre d'échantillons augmente, nous avons proposée une technique permettant de créer une nouvelle méthode covariance-driven à partir d'une méthode data-driven. Nous avons démontré à la Section 3.2.3.3 que ces deux méthodes fournissent exactement la même identication des matrices A et C. Les méthodes ainsi créées seront qualié de Squared Data-driven. Concernant l'identication d'une modélisation modale, nous avons présenté trois méthodes basées sur l'utilisation des paramètres modaux pré-identiés par une autre méthode d'identication (e.g. une méthode d'identication de modélisation ARX ou une méthode sous-espace) : connaissance des pôles (voir Section 3.3.1) connaissance des pôles et des formes modales (voir Section 3.3.2) connaissance des pôles et des facteurs de participation (voir Section 3.3.3) Enn, nous avons décrit la présentation des résultats sous la forme de diagrammes de stabilité (voir Section 3.4). Dans le chapitre suivant nous détaillerons les méthodes d'estimation, à partir des données mesurées, des grandeurs de départ des méthodes d'identication présentées dans ce chapitre : La matrice de transfert pour les méthodes de minimisation par moindres carrés de l'erreur (linéarisée ou non) entre une modélisation ARX de la matrice de transfert et son estimation à partir des données (voir Section 4.6). Bilan du chapitre 123 Les matrices de corrélations nécessaires à la construction des matrices sous-espace (voir Section 4.5). 124 Chapitre 3 Chapitre 4 Les estimations non paramétriques L'identication modale permet, à partir de données mesurées, d'estimer les paramètres d'une modélisation analytique. Ces données sont obtenues lors d'essais de vibrations. Elles correspondent aux réponses d'un système observées par des capteurs lorsque la structure est soumise à une ou plusieurs sources d'excitations. Ces excitations peuvent être connues et contrôlables (e.g. pot vibrant, coup de marteau, excitation par des gouvernes, etc.) ou inconnues (e.g. circulation sur un pont ou turbulences traversées par un avion). Le but de ce chapitre est de présenter les grandeurs qui servi à identier les modélisations paramétriques théoriques, et de décrire les méthodes pour estimer ces grandeurs à partir des données mesurées par les capteurs. Nous commencerons par décrire ce qu'est un signal (Section 4.1), ce qu'est un processus aléatoire (Section 4.2) et comment estimer les caractéristiques statistiques d'un processus aléatoire gaussien (Section 4.3). Nous verrons ensuite des méthodes d'estimation des densités spectrales de puissance (Section 4.4), des fonctions de corrélation (Section 4.5), des matrices de transfert (Section 4.6) et des réponses impulsionnelles (Section 4.7). 4.1.3 Signaux stochastique Les fonctions (signaux continus) et distributions (signaux discrets) peuvent être prises au sens classique pour lesquelles on dira que le signal est déterministe. Mais elles peuvent aussi être considérées comme étant des fonctions et distributions de variables aléatoires. On dira alors que le signal est aléatoire ou stochastique. En pratique, un signal provenant d'une mesure d'un phénomène physique (vibration d'une structure, enregistrement d'un son, etc.) est toujours soumis à une source plus ou moins importante de bruit et contient donc par conséquent toujours une composante stochastique (Figure 2-1). Le bruit peut-être dû à l'instrumentation de mesure ou à l'environnement. Dans ce dernier cas la notion de bruit peut-être très subjective et dépendra de la grandeur que l'on veut mesurer. Par exemple, si l'on enregistre un dialogue entre deux personnes durant un concert, la musique est-elle un bruit du signal contenant l'information du dialogue? ou le contraire? Processus aléatoire 127 3 3 3 2 2 2 1 1 1 0 0 0 −1 −1 −1 −2 −2 −2 −3 0 0.5 1 1.5 2 2.5 t(s) 3 3.5 4 4.5 5 −3 0 0.5 (a) Signal déterministe 1 1.5 2 2.5 t(s) 3 3.5 4 4.5 5 −3 0 0.5 (b) Signal bruité 1 1 1.5 2 2.5 t(s) 3 3.5 4 4.5 5 (c) Signal bruité 2 Figure 4.1 Exemple de signaux bruités 4.2 Processus aléatoire Le signal mesuré en pratique est soit totalement stochastique, on parlera de processus stochastique pur, soit une somme de composantes déterministes et stochastiques. En eet, même si le signal d'excitation est déterministe (e.g. sinus glissant), la sortie mesurée sera toujours entachée d'une composante stochastique due aux bruits de mesure et/ou aux bru its environnementaux. On considèrera dans ce chapitre que les signaux sont des processus stochastiques pur, i.e. sans composante déterministe. Les notions de probabilités et de statistiques nécessaires à la dénition de ce type de signal sont données à l'Annexe A. Si on procède à Ns essais similaires de vibration, on aura Ns jeux de No (nombre de capteurs) mesures du comportement dynamique de la structure étudiée. Les signaux étant des processus aléatoires, les mesures seront diérentes même si les conditions d'essai sont identiques. Considérons des mesures de durée d'échantillonnage Te. Chacun des No T eectuées avec une période Ne = T /Te n, la valeur de ces signaux est une valeur aléa- capteurs fournira un signal discret de échantillons temporels. A chaque instant toire. Un autre essai, pris au même instant pourra fournir une autre valeur. Les valeurs qui peuvent être prises à chaque instant n dépendent de la loi de probabilité d'une va- X(n). Pour chaque instant n, si on considère s essais, on s réalisations Xi (n) de la variable aléatoire X(n). On pourra aussi considérer simultanément les No signaux fournis par les capteurs (cas multi-dimensionnel). (o) (n). On parlera alors du vecteur aléatoire X(n) composé des No variables aléatoires X Une réalisation de ce vecteur aléatoire sera notée Xi (n). Dans la suite, on ne considèrera riable aléatoire que l'on notera dira que l'on a plus que le cas multi-dimensionnel. Remarque 32 Pour faciliter la compréhension, on a utilisé l'exemple de processus aléatoires mesurés par des capteurs durant des essais de vibration. Cependant, tout ce qui suit peut s'appliquer à n'importe quel type de signal, notamment aux Ni signaux d'entrées, à conditions qu'ils soient aussi des processus aléatoires (e.g. excitation de la structure par un bruit blanc). Un processus aléatoire est une grandeur à la fois temporelle et statistique. Si on Chapitre 4 128 eectue s essais de durée T fournissant chacun Ne échantillons pour chacun des No capteurs, alors : à un instant n xé, on a s réalisations du vecteur aléatoire (de taille No × 1) Xi (n) Xi à une réalisation de longueur Ne i xée, on a un signal temporel Xi (n) (vecteur de taille No × 1) x(n) On peut donc analyser un processus aléatoire sous deux angles : l'angle statistique et l'angle de suivi temporel. L'angle statistique correspond à l'étude des propriétés statistiques du processus aléatoire. On cherchera notamment à déterminer les moments qui caractérisent les lois de probabilité des vecteurs aléatoires associés à chaque instant n. processus aléatoire gaussien, l'étude des moments d'ordre 1 (espérance) et d'ordre 2 (variance/covariance) suront à caractériser complètement la loi de ces vecteurs aléatoires. Si on considère les Ne échantillons temporels, le processus aléatoire est une col- X(k), i.e. un vecteur aléatoire constitué de Ne vecteurs = X(1)... X(Ne ). On note sa fonction de répartition densité de probabilité fX(n) (X(1)... X(Ne )) (voir Section lection de vecteurs aléatoires aléatoires. On notera FX(n) (X(1)... X(Ne )) X(n) et sa 78 en Annexe A). L'angle de suivi temporel correspond à l'étude de l'évolution temporel du système. On cherchera notamment à déterminer la moyenne temporelle et la corrélation des signaux. Cette étude permettra aussi de déterminer le spectre fréquentiel des signaux ainsi que la matrice de transfert entre signaux d'entrées et signaux de sorties. On verra que, sous certaines conditions, les caractéristiques statistiques et temporelles peuvent être liées. L'intérêt de relier caractéristiques statistiques et caractéristiques temporels est que, pour des raisons évidentes de coût, de complexité et de temps d'essai, on n'aura généralement qu'une seule mesure temporelle, i.e. une seule réalisation des processus aléatoires. Il faudra alors pouvoir extraire les propriétés statistiques de ces processus avec une seule réalisation constituée de Ne échantillons temporels. Ceci pourra être fait grâce aux notions de stationnarité et d'ergodicité d'un processus aléatoire. 4.2.1 Stationnarité Un processus aléatoire est dit stationnaire si ses propriétés statistiques sont invariantes dans le temps. Plusieurs types de stationnarité existent. Nous en verrons deux : celle au sens strict et celle au sens large (SSL). La première concerne l'ensemble des moments d'une loi. La seconde ne concerne que les deux premiers moments d'une loi, et est par conséquent susante pour les processus aléatoires gaussiens, qui sont, on le rappelle, totalement dénis par leur moment d'ordre 1 (l'espérance) et leur moment d'ordre 2 (la variance/covariance). 4.2.1.1 Stationnarité au sens strict Un processus X(n) de longueur Ne réalisation i, on a que, pour tout instant est stationnaire au sens strict si, pour chaque n, ses propriétés probabilistes sont invariantes Processus aléatoire 129 par rapport à une translation n0 de l'axe des temps. Ceci peut se traduire par une invariance de sa densité de probabilité fX (n) en fonction de l'origine des temps : fX(n) (X(1)... X(Ne )) = fX(n+n0 ) (X(1 + n0 )... X(Ne + n0 )) 4.2.1.2 (4.1) Stationnarité au sens large Il est très courant de considérer des processus aléatoires gaussiens. Par dénition de la distribution gaussienne (voir Dénition 80 en Annexe A), les propriétés probabilistes d'un tel processus seront entièrement caractérisées par son moment d'ordre 1 (son espérance) et son moment d'ordre 2 (sa variance). Donc dans le cas d'un processus aléatoire, il sura de vérier la stationnarité des propriétés probabilistes d'ordre 1 et 2 (moments d'ordre 1 et 2) pour déterminer sa stationnarité. Cette stationnarité d'ordre 1 et 2 est appelée stationnarité au sens large (SSL). Concrètement elle signie que l'espérance du processus est constante en fonction du temps et que les covariances entre deux instants ne dépendent que de la durée qui les sépare. Dénition 33 E spér ance d'un processus aléatoire SSL E [ X(n)] = μ(n) = μ On notera μX (4.2) l'espérance du processus aléatoire stationnaire X(n). Dénition 34 Co varian ce d'un processus aléatoire SSL Pour tout instant k et l Σ(k, l) = cov (X(k), X(l)) = cov (X(k), X( k + τ )) = Σ(τ ) avec (4.3) τ = k − l. On notera ΣX (τ ) la matrice de covariance du processus aléatoire X(n). 4.2.2 Ergodicité Un processus aléatoire est dit ergodique si, pour chacune de ses réalisations i, ses moyennes temporelles sont constantes. On ne considérera que les moyennes temporelles d'ordre 1 et 2, i.e. la moyenne et la fonction de corrélation du signal temporel. Dénition 35 Moyenne d'un signal temporel à temps discret Soit un signal x(n), sa moyenne est donnée par : n 1X mx = lim x(k) n→∞ n (4.4) k=1 On notera mX la moyenne temporel du processus aléatoire X(n). Cette valeur est iden- tique pour toutes les réalisations du processus si ce processus est ergodique. Chapitre 4 130 Dénition 36 Fonction de corrélation d'un signal temporel à temps discret Soit un signal x(n), sa fonction de corrélation est donnée par : n 1X Rx (τ ) = lim x(k)x(k + τ )H n→∞ n (4.5) k=1 On notera RX la fonction de corrélation du processus aléatoire X(n). Cette fonction est identique pour toutes les réalisations du processus si ce processus est ergodique. 4.3 Estimations des caractéristiques statistiques d'un processus aléatoire gaussien 4.3.1 Processus aléatoire gaussien Un processus aléatoire (vectoriel) vecteur aléatoire X(n) est dit gaussien si, pour tout instant k, le X(k) est gaussien. On considère un processus aléatoire gaussien. Si ce processus est ergodique et stationnaire au sens large, on peut estimer ses caractéristiques probabilistes par des moyennes temporelles (moyenne et fonction de corrélation). Soit un processus aléatoire corrélation RX (n)(τ ). Comme E [RX (n)(τ )] = RX (n)(τ ) mX (n) et de fonction de on a E [mX (n)] = mX (n) et X(n) ergodique de moyenne le processus est ergodique, Moyenne et espér ance mX (n) = E [mX (n)] " # n 1X = E lim x(k) n→∞ n k=1 n 1X = lim E [x(k)] n→∞ n k=1 n 1X = lim μX (n)(k) n→∞ n k=1 Si en plus le processus alors : X( n ) est stationnaire de première ordre, i .e . mX = μX Fonction de corrélation et covariance Rx (τ ) = E [Rx (τ )] " # n 1X = E lim x(k)x(k + τ )H n→∞ n k=1 n 1X = lim E x(k)x(k + τ )H n→∞ n k=1 μX (k) = μX, (4.6) Estimations des densités spectrales de puissance Si le processus aléatoire 131 X(n) est centré (d'espérance nulle) et stationnaire de second ordre, alors sa variance est donnée par ΣX (τ ) = E x(k)x(k + τ )H, d'où : RX (τ ) = ΣX (τ ) (4.7) Les hypothèses d'ergodicité et de stationnarité au sens large permettent de déterminer les propriétés probabilistes d'un processus aléatoire centré à partir d'une seule réalisation de ce processus. Cependant, on voit aussi que pour que le calcul de la moyenne temporelle et de la fonction de corrélation soit exacte, il est nécessaire de connaître une innité d'échantillons temporels. Ceci est bien évidement impossible. Les mesures fournissant une quantité nie d'échantillon, on ne pourra qu'estimer ces grandeurs. L'estimation de l'espérance du processus aléatoire X(n), à partir de Ne échantillons temporels, est donnée par : m d X = μcX ≈ Ne 1 X x(k) Ne (4.8 ) k=1 L'estimation de la matrice de covariance du processus aléatoire X (n ), à partir de Ne échantillons temporels, est donnée par : Ne 1 X d c R (τ ) = Σ (τ ) ≈ x(k)x(k + τ )H X X Ne (4.9) k=1 4.4 Estimations des densités spectrales de puissance La densité spectr ale de puissance (DSP) S(fk ) d'un signal correspond à la répartition de la puissance d'un signal en fonction de la fréquence (dans le domaine de Fourier). Mathématiquement, la DSP correspond au produit de la transformée de Fourier du signal temporel avec sa conjuguée (voir Section 2.1) à chacune des fréquences. On se place dans le cas d'un essai de vibration. On considère Ni points d'excitations et No ∈ capteurs. Le signal vectoriel d'entrées temporelles à temps discret u(n) RNi × 1 est Ni signaux scalaires ui (n). Le signal vectoriel de sorties temporelles à ∈ temps discret y(n) RNo × 1 est constitué des No signaux scalaires yo (n). On note u(fk ) et y(fk ) Les transformées de Fourier discrètes de u(n) et de y(n). Suy (fk ) = u(fk )y(fk )H (4.12) qui est une matrice rectangle dans le cas de système MIMO. On constate aussi que Suy (fk ) = Syu (fk )H. 4.4.1 Estimation à partir de la fonction de corrélation La DSP et la fonction de corrélation d'un signal sont reliés par transformation de Fourier (ou de Laplace). Ceci constitue le théorème de Wiener-Khinchine qui dit que la DSP d'un signal est la transformée de Fourier de la fonction de corrélation de ce signal. Cette relation peut être prouvée à partir de la dénition de la transformation de Fourier (ou de Laplace). L'Equation (4.9) nous donne l'écriture d'une estimation de la fonction de corrélation d'un signal temporel. Comme pour la densité spectrale, cette fonction sera matricielle dans le cas multi-dimensionnel. Pour estimer la DSP des ou entre les signaux u(n) et y(n) on pourra calculer la transformation de Fourier discrète de cette fonction (matrice) de corrélation. 4.4.2 Estimation par périodogrammes moyennés On considère que les signaux sont des processus aléatoires constitués de Ne échan- tillons temporels. Un moyen très répandu d'estimer les densités spectrales de puissance de processus aléatoires est l'utilisation de périodogrammes moyennés (ou de Welch, voir [Wel67]). Le principe est simple. Il consiste en un découpage des signaux temporels et y(n) (b)(n) et en nb blocs. On obtient ainsi nb signaux u u(n) nb signaux y (b)(n). Un découpage du signal correspond à un ltrage par une fenêtre rectangle. Il est courant d'adoucir ce ltrage en utilisant des fenêtres d'appodisation (e.g. hanning, haming, exponnetielles, etc.). L'utilisation de telles fenêtres permet de réduire les eets de bords. La contre partie de cet adoucissement des bords est une perte d'information aux bords. Pour contrebalancer cet eet, il est courant de considérer des blocs superposés. La superposition, plus connue sous sa dénomination anglosaxonne d'overlapping, permet ainsi de récupérer l'information perdue par les fenêtres d'appodisation. Pour simplier les équations, on considèrera que le découpage du signal est fait avec une fenêtre rectangulaire et sans superposition. Dans ce cas, chaque bloc sera constitué de Nb = Ne /nb échantillons On calcul les transformées de Fourier des signaux u(b) (n) et y (b) (n). Généralement, ces transformations sont faites en utilisant l'algorithme FFT (Fast Fourier Transform, [Max81, Duv94]) ou FFTW (Fastest Fourier Transform in the West, [FJ98, FJ99]). On calcul ensuite les DSP (b) (b) Suu (fk ), Syy (fk ) et (b) Suy (fk ). Ces DSP ne sont que des des estimations car il faudrait une innité d'échantillons pour calculer leur vraie valeur. D'un point de vue statistique, on considère que, pour chaque signal, les nb DSP estimées sont autant de réalisations d'une variable aléatoire dont l'espérance est la vraie valeur de la DSP et dont la variance sera liée à la variance du processus. On considère l'estimateur moyenne (voir Section A.6 en Annexe A) pour estimer cette DSP. On aura ainsi : Estimations des fonctions de corrélation pour le signal 133 u(n) nb 1 X (b)(fk ) d Suu (fk ) = Suu nb (4.13) nb 1 X (b)(fk ) d Syy Syy (fk ) = nb (4.14) b=1 pour le signal y(n) b=1 pour le signal u(n) y(n) et le signal nb 1 X (b)(fk ) H d d Suy =S Suy (fk ) = uy (fk ) nb (4.15) b=1 Les densités spectrales pourront servir à estimer les fonctions de transferts qui sont, d'un point de vue opérationnel, nécessaire à une analyse spectrale complète. 4.5 Estimations des fonctions de corrélation Les fonctions de corrélations sont des fonctions temporelles, plus précisément des fonctions ayant pour variable un décalage temporel. Comme nous l'avons déjà évoqué, elles peuvent être estimées directement à partir des données à partir de la formulation discrète nie (Equation (4.9)). Cependant, une technique plus rapide est d'utiliser le fait que les fonctions de corrélation sont par dénition les analogues temporels des densités spectrales de puissance (théorème de Wiener-Khinchine). Une estimation consistante des fonctions de corrélation sera obtenue par de Fourier discrète inverse des DSP estimées par périodogrammes moyennés (voir Section 4.4.2). 4.6 Estimations des matrices de transfert Dans le domaine fréquentiel, une fonction de transfert d'un système correspond au rapport entre la réponse observée et l'excitation appliquée. On peut obtenir une bonne estimation d'une fonction de transfert à partir des estimations des densités spectrales de puissance estimées à l'aide de la méthode décrite à la Section 4.5. Une technique H1. couramment utilisée est l'estimation d S yu et d S uu Elle est construite à partir des DSP estimées : d d −1 H1 = S yu Suu Remarque 38 Conditionnement de (4.16) Suu ( τ ) L'Equation (4.16) implique l'inversion de d S uu. Cette matrice doit donc être de plein rang. Si elle a été estimée par périodogrammes moyennés, on voit qu'une condition nécessaire est que le nombre de bloc nb soit supérieur au nombre de points d'excitation Ni. Cette condition est généralement largement remplie car le nombre de points d'excitation est souvent faible (sur avion, rarement supérieur à 2), alors que le nombre de blocs doit être assez important pour avoir la convergence de l'estimation des DSP (convergence basée sur la loi des grands nombre, voir Section A.6 en Annexe A). 4.7 Estimations des réponses impulsionnelles nies On a vu à la Section 2.1.5.2 que la réponse impulsionnelle d'un ltre peut être obtenue par transformation inverse de Laplace, de Fourier ou en Z (en fonction du domaine de travail). On peut donc facilement obtenir une estimation de la réponse impulsionnelle à partir de l'estimation de la fonction de transfert telle que décrite à la Section 4.6. Par exemple, on pourra appliquer la transformation de Fourier discrète inverse (opérateur TFD) : b h(n) = T F D−1 [H1 (fk )] (4.17) 4.8 Bilan du chapitre Dans ce chapitre nous avons d'abord déni ce qu'est un processus aléatoire (voir Section 4.2), et plus particulièrement, ce qu'est un processus aléatoire gaussien (voir Section 4.3). Nous avons ensuite proposé, en considérant que les signaux d'entrée et de sortie du système soient des processus aléatoires gaussiens, deux méthodes d'estimations des densités spectrales de puissance (voir Section 4.4.1 et Section 4.4), deux méthodes d'estimation des fonctions de corrélation (voir Section 4.5), une méthode d'estimation de la matrice de transfert (voir Section 4.6) et une méthode d'estimation de la réponse impulsionnelle (voir Section 4.7). Les grandeurs de départ des méthodes d'identication sont estimées à partir de donnée mesurées et stochastiques. Ces grandeurs possèdent une variance, i.e., une estimation à partir d'un autre essai fournira un résultat diérent. Cette variance sera propagée tout au long de la chaîne de calcul de la méthode d'identication utilisée. Au nal, on obtiendra des paramètres modaux (fréquences modales, taux d'amortissement modaux, formes modales) qui sont eux aussi soumis à une variance. L'estimation de ces variances permettra d'avoir une estimation de 'incertitude sur ces paramètres modaux. Dans les trois chapitres suivant, nous présenterons : Le principe de propagation de la variance (voir Chapitre 5). Le détail de la propagation des variances tout au long de la chaîne de calcul de deux des méthodes d'identication présentées au Chapitre 3 (voir Chapitre 6) : l'identication LSCF (voir Section 6.1) l'identication sous-espace (voir Section 6.2) Le détail de l'estimation de la variance des points de départ de ces méthodes d'identication (voir Chapitre 7). la matrice de transfert (voir Section 7.1) les cinq matrices sous-espace de types Covariance-driven et Squared Data-driven proposées (voir Section 7.2) Chapitre 5 Le principe Il est très important, lors d'une analyse modale, de garder à l'esprit que, quelle que soit la méthode d'identication modale utilisée, les paramètres modaux identiés ne sont que des estimations des modes exacts de la structure étudiée. Premièrement, la modélisation théorique peut ne pas reéter exactement les réelles propriétés de la structure (e.g. modélisation LTI pour un système non linéaire et non-stationnaire). Cette erreur de modélisation introduira un biais dans l'analyse. L'estimation ne convergera pas vers la vérité, mais vers une vérité biaisée. Deuxièmement, l'excitation peut-être stochastique (e.g. bruits blancs, bruits roses). Les caractéristiques stochastiques (notamment la variance) de l'excitation vont être propagées jusqu'aux paramètres modaux qui seront eux aussi stochastiques. Le résultat de l'identication modale sera inuencé par la variance des données mesurées. Finalement, les grandeurs nécessaires à l'identication sont estimées et non calculées de manière exacte. En eet, que ce soit les fonctions de transfert, les réponses impulsionnelles ou les fonctions de corrélations, elles nécessiteraient une innité de données pour être déterminée de manière exacte. Le fait que le point de départ de l'identication ne soit lui-même qu'une estimation, entraine l'apparition d'une variance d'estimation. Le but de ce chapitre est de décrire la notion de conance que l'on peut attribuer à chaque paramètre modal identié. Cette conance est dénie à partir de l écart type de l'estimation de ces paramètres modaux. Cet écart type est aussi appelé incertitude. La description du principe de propagation (Section 5.1) est divisée en deux sections : la delta méthode (Section 5.1.1) et la théorie des perturbations (Section 5.1.2) Sommaire 5.1 La propagation . 138 5.1.1 La delta méthode. 138 5.1.2 La théorie des perturbations. 139 5.2 Les points de départ de la propagation : les variances empiriques. 141 5.3 Bilan du chapitre. 141 Chapitre 5 138 5.1 La propagation Une méthode d'identication modale nécessite d'estimer une ou plusieurs grandeurs de départ (e.g. densités spectrales, fonctions de corrélation). A partir de cette estimation, et à travers la chaîne de calcul associée à la méthode d'identication modale choisie, on arrive à l'estimation des paramètres modaux. h Considérons i une variable aléatoire X d'espérance E [X] = μ et de variance var (X) = 2 E (X − μ) = σ 2. On souhaiterait pouvoir estimer les propriétés statistiques de g (X), avec g une fonction continue dérivable. Commençons par eectuer une approximation de Taylor au premier ordre de la fonction g(X) en μ (voir Dénition 88 en Annexe B). g(X) ≈ g(μ) + g 0 (μ)(X − μ) E [X] = μ est par dénition déterministe, on E [g(X)] ≈ g(μ) (5.2) A partir de l'Equation (5.1), et comme peut estimer l'espérance de g(X) (5.1) par : De même, à partir de l'Equation (5.1) et de l'Equation (5.2), on peut estimer la variance de g(X) : var (g(X)) h i = E (g(X) − E [g(X)])2 h i ≈ E ( g(X) − g( μ)) 2 h 2 i ≈ E g 0 (μ)(X − μ) D'où, à partir des propriétés de l'espérance (voir Propriétés 64 en Annexe B) : var (g(X)) ≈ g 0 (μ) 2 σ2 (5.3) X est un estimateur de l'espéμ, par exemple la moyenne empirique X̄ d'une série de réalisations Xi i.i.d. où E [Xi ] = μ et var (Xi ) = σ 2. On sait que cet estimateur est gaussien (théorème central Considérons maintenant que cette variable aléatoire rance limite, 73 en Annexe A) et est donc entièrement caractérisé par son espérance et sa variance. La delta méthode (Section 5.1.1) nous permet d' estimer la loi de probabilité de g(X̄). Le choix de la moyenne empirique comme estimateur à propager n'est pas fait sans arrière pensée. En eet, on a vu au Chapitre 4 que les grandeurs à propager sont estimées par des moyennes empiriques. 5.1.1 La delta méthode Nous considérons le cas de signaux multi-dimensionnels (le cas unidimensionnel n'étant qu'un cas particulier). On rappelle que, concrètement, le cas multi-dimensionnel La propagation 139 correspond, pour l'entrée du système, à considérer plusieurs excitations et pour la sortie du système, à considérer plusieurs capteurs simultanément. Les signaux d'entrées et de sorties sont par conséquent des vecteurs de taille respective le nombre d'excitations et No Ni × 1 et No × 1 (avec Ni le nombre de capteurs). Theorème 39 Delta méthode appliquée à un vecteur aléatoire θ N de N vecteurs aléatoires qui converge vers l'élément vectoriel θ à N → ∞, et qui satisfait le théorème central limite (voir Théorème 73 Soit une série estimer lorsque en Annexe A) : √ d N (θ N − θ) → N [0]N ×1, Σ (e.g la moyenne empirique : θ N = X̄N, θ = E X̄N = μ) Soit une fonction continue et dérivable dont le jacobien Jg(μ) est de alors : √ d T N (g (θ N ) − g (θ)) → N [0]N ×1, Jg(μ) ΣJg(μ) (5.4) plein rang ligne, (5.5) Si on considère une application linéaire y = AX + b (5.6) un exemple d'application de la delta méthode est la recherche de la covariance de exprimée en fonction de la covariance de jacobien Jg(X) = A. X. La dérivée de y par rapport à X y, est le Ainsi, le théorème central limite nous donne : cov (AX + b) = Acov (X) AT (5.7) 5.1.2 La théorie des perturbations On a vu que l'application de la delta méthode permet de déterminer la covariance de la fonction g d'un vecteur aléatoire X dont on connait la covariance a vu aussi qu'il est nécessaire de pouvoir calculer le jacobien Jg(X) Σ. Cependant, on de cette fonction et donc de connaitre une dénition explicite de la fonction. Or, dans la pratique, la dénition explicite de la fonction peut ne pas être connue (tout du moins pas de manière triviale). Seuls ses eets sont visible par une dénition implicite. Un exemple est le calcul des valeurs et des vecteurs propres d'une matrice. On utilisera dans ce cas la théorie des perturbations pour obtenir le jacobien dénie implicitement la fonction g (X) Jg(X) à partir d'une relation qui car on ne connait pas sa dénition explicite. Dans l'exemple des valeurs et vecteurs propres, la relation implicite de g (X) est donnée par la relation (2.72) (problème aux valeurs propres). On peut considérer une estimation comme étant une perturbation de la valeur exacte à estimer. L'estimation peut alors être considérée comme étant une fonction de l'amplitude de perturbation. On déni ainsi : θ = θ (0) θ N = θ () Chap avec θ la vraie valeur, θ (0) la valeur non perturbée, θ N la valeur estimée, θ () la valeur perturbée. comme étant une petite θ () par une approximation de Si on considère valeur perturbée θ () ≈ θ (0) + On obtient la perturbation de premier ordre ∆θ ∆θ = θ () − θ (0) ∂θ ≈ θ (0) + ∂ ∂θ ∆θ ≈ ∂ =0 où ∂θ ∂ est la direction de la perturbation de θ. perturbation, on peut approximer la Taylor au premier ordre : ∂θ ∂ de (5.8) =0 θ − θ (0) =0 En analysant une perturbation de g (θ), on obtient : ∆g (θ) = g (θ ()) − g (θ (0)) ∂g (θ) − g (θ (0)) ≈ g (θ (0)) + ∂ =0 ∂g (θ) ≈ ∂ =0 ∂g (θ) ∂θ ≈ ∂θ θ(0)=0 ∂ =0 ∆g (θ) ≈ Jg(θ) ∆θ θ (0) De plus, comme et g (θ (0)) sont des valeurs exactes, donc non aléatoires, la pro- priété de constante déterministe de la covariance (Voir Propriétés 79 en Annexe A) permet d'écrire : cov (∆θ) cov ( ∆g = cov (θ ()) (θ)) = cov (g (θ ())) or cov (∆g (θ)) ≈ cov T Jg(θ) ∆θ = Jg(θ) cov (∆θ) Jg(θ) donc cov (g T (θ ())) ≈ Jg(θ) cov (θ ()) Jg(θ) (5.9) qui n'est autre que le résultat de la delta méthode. Ainsi, les covariances des paramètres modaux seront obtenues par propagation des covariances des données à l'aide de jacobien successifs liés aux diérentes étapes des méthodes d'identication modale. Les points de départ de la propagation : les variances empiriques 141 5.2 Les points de départ de la propagation : les variances empiriques Les grandeurs de départ des méthodes d'identication sont estimées par moyenne empirique (voir Chapitre 4). La moyenne empirique est un estimateur empirique non biaisé et consistant, i.e. qui converge vers la valeur exacte. Cette convergence se fait à la vitesse σ2 Σ N dans le cas uni-dimensionnel voir les Propriétés 76 en Annexe A) ou N dans le cas multi-dimensionnel. La valeur la variable (ou vecteur) aléatoire et σ2 N correspond au nombre de réalisations de Σ) la variance de cette variable (respectivement la matrice de covariance de ce vecteur) aléatoire. Cependant, la variance σ2 (ou la matrice covariance Σ) n'est pas connue. Il faut aussi l'estimer. On considèrera l'estimateur variance empirique non biaisé qui est un estimateur consistant de la variance (voir Section A.6 en Annexe A). Le détail de l'estimation de la variance associée aux méthodes d'identication traitées à la Section 3, est donné à la Section 7. 5.3 Bilan du chapitre Dans ce chapitre, nous avons décrit le principe de la propagation des variances (voir Section 5.1). Ce principe est basée sur la delta-méthode (voir Section 5.1.1) et est appliquée, en pratique, à l'aide de la théorie des perturbations (voir Section 5.1.2). Au chapitre suivant, nous détaillerons les propagations des variances associés aux méthodes d'identication LSCF du problème ARX linéarisé (voir Section 6.1) et celles associées aux diérentes méthodes d'identication sous-espace (voir Section 6.2). Chapitre 5 Chapitre 6 Les chaînes de propagation : LSCF et sous-espaces On a vu que les méthodes d'identication permettent, à partir d'une grandeur de départ issue des données mesurées, d'estimer les paramètres modaux d'un système (Chapitre 3). La chaîne de propagation d'incertitude permet de propager la variance de cette grandeur de départ jusqu'aux variances des paramètres modaux. La chaîne de propagation est obtenue par la delta-méthode et par la théorie des perturbation (Chapitre 5). Il faudra donc diérencier les équations contenues dans la chaîne de calcul de la méthode d'identication considérée. On pourra ainsi donner la chaîne de propagation des méthodes LSCF et des méthodes sous-espace. Nous présenterons deux chaînes de propagation. La première est celle associée à l'identication LSCF du problème ARX linéairisé (Section 6.1). Cette chaîne de propagation est décrite, dans sa version simple-référence par [DTGPV09, DT09], et dans sa version poly-référence par [DTGS09, DT09]. La seconde est celle associée à l'identication du sous-espace colonne de la matrice d'observabilité du système (Section 6.2). Cette chaîne de propagation est basée sur les méthodes décrites par [RPDR08b, DM13, DLM13]. Sommaire 6.1 Incertitude de l'identication LSCF du problème ARX linéarisé................................ 144 6.1.1 6.1.2 6.1.3 6.1.4 6.1.5 Diérenciation de D... ................ Simplication de ∆DθA................. Expression de ∆θA en fonction de ∆H......... Expression de cov (θA ) en fonction de cov (H)..... Discussion concernant la chaîne de propagation LSCF.................... du numérateur de la fonction de transfert peuvent être utilisés pour retrouver les formes modales. Cependant, chez Dassault-Aviation, une autre méthode est utilisée pour retrouver les formes modales. Nous n'étudierons, pas dans ce document, les variances de θB. 6.1.1 Diérenciation de D 6.1.1.1 Référence-simple La diérenciation de D nécessite de diérencier les équations (3.127). En remarquant que Xoi est, par construction, constant par rapport aux perturbations de la matrice de Incertitude de l'identication LSCF du problème ARX linéarisé 145 transfert, on a : ∆Roi = 0 (6.2) H ∆Soi H ∆Soi H ∆ Toi (6.3) ∆ YoiH Xoi H Xoi ∆Yo i H ∆Yoi Yoi + = = = ( 6.4 ) YoiH ∆Yoi (6.5) Ce qui permet d'écrire Ni No X X D = o=1 i=1 Ni No X X ∆D = −1 H −1 H ∆YoiH Xoi Roi Soi + Soi Roi Xoi ∆Yoi − ∆YoiH Yoi − YoiH ∆Yoi −1 H −1 H ∆YoiH Xoi Roi Soi − Yoi + Soi Roi Xoi − YoiH ∆Yoi o=1 i=1 En posant −1 Moi = Xoi Roi Soi − Yoi on a : ∆D = Ni No X X H ∆YoiH Moi − Moi ∆Yoi (6.6) (6.7) o=1 i=1 6. 1.1.2 R éférences - multiple à droite De la même manière, on a : ∆D = No X ∆YoH Mo − MoH ∆ Yo (6.8) o=1 avec Mo = Xo Ro−1 So − Yo 6.1.1.3 (6.9) Références-multiple à gauche De la même manière, on a : ∆D = Ni X ∆YiH Mi − MiH ∆Yi ( 6.10 ) i=1 avec Mi Xi Ri−1 Si − Yi (6.11) 6.1.2 Simplication de ∆ DθA −∆DθA, fait apparaître un terme de la forme i selon la méthode). Analysons ce terme. Le terme de droite de l'Equation (6.1), −M? θA (avec? oi, o ou Chapitre 6 146 6.1.2.1 Référence-simple Un des termes de l'Equation 6.7, Moi, ce simplie lorsqu'il est multiplié par θA : −1 −Moi θA = −Xoi Roi Soi θA + Yoi θA avec θA déni par l'Equation (3.48). En utilisant l'Equation (3.154), −Moi θ = Xoi θBoi + Yoi θA θBoi = Xoi Yoi θA = Eoi avec Eoi le vecteur erreur déni par l'Equation (3.122). Or ce vecteur aléatoire est d'espérance nulle car on a fait l'hypothèse que les données sont centrées en zéro. D'où, par estimation de l'espérance par la moyenne empirique, on a : − ∆DθA ≈ Ni No X X H Moi ∆Yoi θA (6.12) o=1 i=1 et nalement, à partir de l'Equation (6.1) : D∆θA ≈ Ni No X X H Moi ∆Yoi θA (6.13) o=1 i=1 6.1.2.2 Références-multiple à droite De la même manière, en se basant sur les équations (3.51), (3.159) et (3.132), on a − ∆DθA ≈ No X MoH ∆Yo θA (6.14) o=1 et nalement, à partir de l'Equation (6.1) : D∆θA ≈ No X MoH ∆Yo θA (6.15) o=1 6.1.2.3 Références-multiple à gauche De la même manière, en se basant sur les équations (3.54), (3.164) et (3.142), on a − ∆DθA ≈ Ni X MiH ∆Yi θA (6.16) i=1 et nalement, à partir de l'Equation (6.1) : D∆θA ≈ Ni X i=1 MiH ∆Yi θA (6.17) Incertitude de l'identication LSCF du problème ARX linéarisé 147 6.1.3 Expression de ∆θA en fonction de ∆H A partir des équations (6.6) (6.9) et (6.11), on a : M?H ∆Y? θA = S?H R?−1 X?H ∆Y? θA − Y?H ∆Y? θA avec? oi, o ou i selon la méthode. H H termes X? ∆Y? θA et Y? ∆Y? θA. Analysons les 6.1.3.1 Référence-simple A partir des équations (3.48), (3.123) et (3.124), on a  −∆Hoi (z1 )A(z1 )   H. Xoi,N . e  −∆Hoi (zNe )A(zNe )  H Xoi ∆Yoi θA = H Xoi,1 = − Ne X H ∆Hoi (zk )A(zk ) Xoi,k k=1 et  −∆Hoi (z1 )A(z1 )   H. Yoi,N . e  −∆Hoi (zNe )A(zNe )  YoiH ∆Yoi θA = H Yoi,1 = − Ne X H ∆Hoi (zk )A(zk ) Yoi,k k=1 Ce qui permet de réécrire (6.13) sous la forme D∆θA ≈ Ni X No X Ne X H H −1 H Yoi,k − Soi Roi Xoi,k ∆Hoi (zNe )A(zNe ) o=1 i=1 k=1 Pour pouvoir continuer avec la méthode décrite dans [DTGPV09] et [DTGS09], il est nécessaire de faire l'hypothèse que la matrice à la Section 6.1.5. Dans le cas où ∆θA D D soit inversible. Ce point sera discuté est inversible, on peut écrire une expression de : θA ≈= Ni X No X Ne X JθA,Hoi (zk ) ∆Hoi ( zk ) (6.18) o=1 i=1 k=1 avec Hoi (zk ) et A ( zk ) scalaires, et H H −1 H JθA,Hoi (zk ) = D−1 Yoi,k − Soi Roi Xoi,k A (zNe ) (6.19) Chapitre 6 148 6.1.3.2 Références-multiple à droite A partir des équations (3.51), (3.133) et (3.134), on a  (lig) − INi ⊗ ∆Ho (z1 ) vec (A(z1 ))     H. Xo,N  . e   (lig) − INi ⊗ ∆Ho (zNe ) vec (A(zNe ))  XoH ∆Yo θA = H Xo,1 = − Ne X H Xo,k INi ⊗ ∆Ho(lig) (zk ) vec (A(zk )) k=1 et  (lig) − INi ⊗ ∆Ho (z1 ) vec (A(z1 ))     H. Yoi,N  .
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Étude de la conception collaborative de ressources numériques mathématiques au sein d’une communauté d’intérêt
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122 de la conception au niveau 2 pour mettre en avant l’influence des connaissances professionnelles et des pratiques des enseignants sur la conception et inversement (chapitre 6). Figure 36. Diagramme de la méthodologie d’étude de la conception collaborative de c-books au sein de la CoI française. 123 Chapitre 4. Analyse de l’activité au niveau 2 Dans ce chapitre nous nous intéressons au niveau 2 de l’activité de la CoI qui consiste à concevoir un c-book particulier. Nous présentons deux études de cas. La première est la conception collaborative d’un c-book sur l’algèbre élémentaire et la construction de la pensée algébrique, et la seconde porte sur la conception d’un c-book autour de la modélisation mathématique. Nous avons choisi ces deux cas car ils sont très contrastés du point de vue des scores de la créativité sociale obtenus automatiquement de CoICode : ce dernier est nul dans le premier cas, alors qu’il est plutôt élevé dans le second. La comparaison de ces deux cas peut nous permettre d’identifier des facteurs qui stimulent ou au contraire freinent la créativité sociale en lien avec notre question de recherche QR3 rappelée ci-après (dans l’introduction de la partie 4.1.), et expliquer ces deux scores. Avant d’entrer dans l’analyse des processus de conception des deux c-books en question, il est important de présenter le contexte institutionnel dans lequel la conception a eu lieu. Les deux c-books en question ont été conçus au cycle 3 de la production des c-books au sein du projet, entre avril 2015 et janvier 2016, dans un climat marqué par l’annonce de la réforme des programmes scolaires du collège et du primaire en France. L’enseignement passe d’une organisation annuelle à une organisation par cycles au primaire et au collège dès la rentrée de septembre 2016, avec une forte volonté institutionnelle d’introduire l’algorithmique dès le primaire et la programmation au collège, ainsi que d’ajouter une dimension interdisciplinaire avec les EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires en 5ème, 4ème et 3ème) pour donner plus de sens aux enseignements des sciences comme les mathématiques en les utilisant de façon plus systématique pour modéliser des situations de la vie réelle. Nous mettons également en avant deux points issus des programmes scolaires du cycle 4 (BO spécial n°11 du 26 novembre 2015) que l’institution souhaite développer particulièrement : l’abstraction et la modélisation d’une part, et la créativité de l’autre : « L'abstraction et la modélisation17 sont bien plus présentes désormais, ce qui n'empêche pas de rechercher les chemins concrets qui permettent de les atteindre. [...] La créativité18 des élèves, qui traverse elle aussi tous les cycles, se déploie au cycle 4 à travers une grande diversité de supports (notamment technologiques et numériques) et de dispositifs ou activités tels que le travail de groupes, la démarche de projet, la résolution de 17 En gras dans le BO. 18 En gras dans le BO. 124 problèmes, la conception d'œuvres personnelles... Chaque élève est incité à proposer des solutions originales, à mobiliser ses ressources pour des réalisations valorisantes et motivantes. » Comme nous allons le voir dans la suite, ces changements annoncés ont eu une influence sur la conception des c-books. Dans ce qui suit, nous étudions et nous analysons la conception collaborative du c-book « algèbre élémentaire » (partie 4.1.), puis celle du c-book « ski de randonnée » (partie 4.2.) et enfin nous concluons en apportant des éléments de réponses à nos questions de recherche (partie 4.3.). 4.1. Etude de la conception collaborative du c-book « algèbre élémentaire » Nous commençons notre analyse de la conception du c-book « algèbre élémentaire » au sein de la sous-CoI en expliquant comment le thème du c-book a été choisi. Nous poursuivons par l’étude de ce thème de points de vue épistémologique, didactique et institutionnel afin d’obtenir des connaissances de référence relatives à l’algèbre élémentaire (partie 4.1.1.). 4.1.1. Etape 1 : choix et étude du thème du c-book Notre première étude de cas porte sur la conception collaborative du c-book « algèbre élémentaire » qui vise le développement de la pensée algébrique et de quelques concepts d’algèbre élémentaire. Le choix du thème du c-book avait été évoqué, une première fois, lors de la réunion de la CoI du 03-04-2015 sous le titre « algèbre et epsilonwriter » mettant en avant la volonté d’associer l’algèbre et l’utilisation du logiciel epsilonwriter. Cette association a pour origine les travaux et les intérêts de deux des membres de la CoI, Jordan et Marie. Jordan est membre de la CoP Aristod qui a créé le logiciel epsilonwriter ayant des fonctionnalités d’algèbre dynamique conçues sur l’exemple de logiciels de géométrie dynamique. Marie est membre du groupe IREM de Grenoble Algèbre élémentaire dynamique (AED) qui travaille sur l’enseignement et l’apprentissage de l’algèbre. Notons que ce groupe a été créé en septembre 2014 à l’initiative de Marie souhaitant mener une réflexion sur les apports potentiels du logiciel epsilonwriter à l’apprentissage et l’enseignement de l’algèbre au collège. Ce groupe mène depuis des recherches pour comprendre comment l’utilisation du logiciel peut aider les élèves dans leur apprentissage de l’algèbre élémentaire, surtout au niveau des transformations des expressions algébriques et des équations. Le travail du groupe a alors rapidement évolué vers le développement de la pensée algébrique en lien avec les travaux de Luis Radford19, avec un intérêt marqué sur l’utilisation des frises, puis sur la compréhension, grâce à la géométrie (calculs d’aires), des s des expressions 19 Ces travaux ont été portés à la connaissance du groupe par Nina, également membre du groupe et de la CoI. 126 algébriques et des équations par les élèves. Cela a conduit le groupe à réfléchir à la construction de situations pour l’introduction et le développement de la pensée algébrique des élèves afin de construire une pensée algébrique sur des fondements arithmétiques au collège. C’est une des raisons pour laquelle le thème, finalement retenu pour le c-book, est celui de l’algèbre élémentaire en lien avec le développement de la pensée algébrique. Par ailleurs, le choix de créer un c-book sur l’algèbre élémentaire a semblé être un support pertinent pour les membres de la CoI pour réfléchir à ce que pourrait être la créativité mathématique des élèves dans un domaine considéré actuellement (depuis la réforme de 1970) comme plutôt technique et ne laissant pas beaucoup de place à la créativité. A ce sujet, si nous nous penchons sur la définition de la pensée algébrique proposée par Blanton et Kaput (2004, p. 142) (citée dans Kieran et al. 2016, p. 5) : « une habitude de l’esprit qui imprègne toutes les mathématiques et qui implique une capacité des élèves à construire, justifier et faire des conjectures à propos des structures et des relations mathématiques » (notre traduction), nous pouvons faire un lien entre « la capacité des élèves à construire, justifier et faire des conjectures à propos des structures et des relations mathématiques » et leur capacité à donner plusieurs réponses à un problème ou une question mathématique (fluence), de proposer une stratégie ou une réponse inhabituelle (originalité), ou de redéfinir un problème en modifiant des aspects (élaboration), ce qui correspond à notre définition de la créativité mathématique donnée au chapitre 1. Par conséquent nous pensons que cette « habitude de l’esprit » est un premier pas pour aider les élèves à développer leur créativité mathématique. Par ailleurs, selon Winance (1955, p. 407), la capacité d’abstraction est au premier degré la capacité à se dégager des contingences concrètes relativement à un objet physique. Le second degré d’abstraction correspond, selon l’auteur, à ce qui suit : « Dans les textes concernant l’abstraction, S. Tom parle, en tout premier lieu, de la quantité, du continu, auxquels se rattachent étroitement le point, la dimension, la surface et le corps mathématique. C’est une sorte d’arrière-fond qui conditionne les « species » ou les « formes » mathématiques. Celles-ci viennent en effet, en second lieu à titre de déterminations quantitatives « terminationes quantitatum », telles les figures avec leurs caractéristiques comme la droite, le concave, le triangle, le carré, le cerc , les proportions commensurables ou incommensurables ; et tels encore, les nombres avec leurs propriétés comme celle d’être pair ou impair. Tout ce matériel utilisé précisément pour justifier la théorie du second degré d’abstraction appartient au domaine de la géométrie euclidienne et de l’algèbre élémentaire, branches qualifiées par S. Tom de « pure mathematicae ». » (ibid., p. 488). Ainsi, la capacité d’abstraction mathématique est, selon Winance (ibid., p. 509), la possibilité de construire une représentation mentale intelligible, c’est-à-dire accessible à l’intelligence à partir d’éléments définis par des axiomes. Ainsi nous pouvons également faire un lien entre l’ « habitude de l’esprit » pour la pensée algébrique évoquée par Kieran et la capacité d’abstraction de degré deux définie par Winance. 127 Afin de mieux comprendre les choix faits dans le c-book par ses concepteurs et pour pouvoir inférer leurs connaissances professionnelles (mathématiques, pédagogiques, didactiques et technologiques en suivant le modèle TPACK), nous présentons une analyse de l’algèbre à la fois comme savoir de référence et comme savoir à enseigner. Dans un premier temps nous nous intéressons brièvement au développement historique de l’algèbre élémentaire permettant de mettre en évidence des éléments épistémologiques (partie 4.1.1.1.). Après cette analyse épistémologique, nous explorons, à travers des travaux didactiques issus de la littérature, la notion de pensée algébrique et l’introduction à l’algèbre élémentaire. Nous regardons les aspects institutionnels relatifs à l’apprentissage et l’enseignement de l’algèbre élémentaire au collège en France. Enfin, pour compléter notre panorama, nous portons notre regard sur les aspects cognitifs liés à la transition de l’arithmétique à l’algèbre en mettant en évidence les difficultés que les élèves rencontrent au début de l’apprentissage de l’algèbre (partie 4.1.1.2.) Nous discutons ensuite le rôle que des environnements techniques, électroniques (les calculatrices CAS et/ou graphiques par exemples) ou informatiques (les logiciels DERIVE ou Gebra par exemple) peuvent avoir dans les situations d’apprentissage créés pour les élèves et la façon dont ils sont pensés et conçus (partie 4.1.1.3.). 4.1.1.1. Algèbre dans le savoir savant : point de vue épistémologique L’algèbre est née en Mésopotamie au moment de la période paléo-babylonienne (Hassayoune et Kouki, 2015). Cette algèbre babylonienne, découverte dans des tablettes d’argile, est caractérisée par des algorithmes, c’est-à-dire des procédures de calcul numérique liées à des préoccupations de la vie quotidienne, comme le partage de terres ou du travail : « L’algèbre babylonienne était caractérisée par des algorithmes de calcul généralisables hors contexte métrologique et par l’apparition des premières techniques algébriques fondées sur une bonne maîtrise du sens des nombres, de leurs notations métrologique et positionnelle et de leurs usages dans la résolution des problèmes scolaires (au profit des apprentis-scribes) et de la vie courante. » (Ibid., p. 400) Cependant, d’après Charbonneau (1996, pp. 15-16), historiquement l’algèbre n’est pas seulement le produit de l’évolution de l’arithmétique, elle doit beaucoup à la géométrie grecque, euclidienne, avec un rôle de prime importance pour l’égalité. Dans la géométrie grecque (ibid., p. 26), on retrouve une arithmétique des dimensions (connues ou inconnues) qui ne comprend que des nombres entiers car la théorie des mesures est limitée aux mesures exactes qui donnent des nombres entiers grâce à un choix pertinent de l’unité. La difficulté de manipuler des quotients provient du fait qu’Euclide a énoncé les propriétés générales des égalités sur les dimensions en termes d’opérations basiques, mais il n’a pas introduit les mêmes opérations sur les quotients (ibid., p. 23). Voici trois des cinq propriétés énoncées par Euclide : (1) les choses qui sont égales à une même chose sont égales, (2) si les égaux sont ajoutés aux égaux, les ensembles sont égaux, et 128 (3) si les égaux sont soustraits aux égaux, les restes sont égaux (ibid., p. 17). Elles correspondent respectivement à la transitivité de l’égalité et aux règles de transformation des équations (par addition ou par soustraction). Par ailleurs, un quotient pour Euclide est une sorte de relation liée au rapport de la taille de deux dimensions de même sorte (ibid., p. 19). En effet, les dimensions sont comparées entre elles sans jamais faire intervenir leurs mesures. Ainsi, les opérations sur les dimensions, comme les égalités de quotients, ne peuvent s’effectuer numériquement sauf si ces dimensions sont exactes. C’est pourquoi les proportions dans ce cas n’ont pas la même signification que les quotients du point de vue arithmétique. Le développement de l’algèbre se poursuit avec le savant perse Al Khwârizmi, dont le nom en latin se prononce Algorithmus, ce qui a donné le mot algorithme, et correspond au nom de la province d’Ouzbékistan où il vivait. Il emploie, dans la résolution de problèmes pouvant être modélisés avec une équation du second degré, une inconnue qui n’est pas représentée par une lettre. De surcroit, cette résolution est effectuée sans aucune formalisation. Par exemple, le problème à résoudre conduit à l’équation suivante si nous utilisons nos notations modernes : x2 + 10 x = 39. Il est représenté par Al Khwârizmi grâce à la figure 37, ci-après, l’inconnue étant la mesure du côté du carré. Figure 37. Un problème du second degré : le puzzle géométrique d’Al Khwârizmi (ibid., p. 27) Sa résolution n’est pas de nature numérique, mais plutôt algébrique car elle utilise la généralité, et lors de cette résolution toutes les opérations sont géométriques au sein d’une arithmétique des dimensions (ibid., p. 27). L’analyse géométrique qui traite les inconnues comme des « choses » connues, ainsi que la théorie des proportions, ont joué un rôle important dans le développement de l’algèbre de la Renaissance où la géométrie était un moyen de démontrer des égalités liant des dimensions et de résoudre des problèmes avec des inconnues jusqu’au 17ème siècle. En effet, le 17ème siècle a été marqué par le développement du formalisme algébrique avec notamment Viète, période que Charbonneau appelle la « révolution algébrique » (ibid., p.15). Néanmoins jusque dans la seconde moitié du 19ème siècle, la théorie des éléments d’Euclide a été considérée comme un modèle de la théorie mathématique. La seconde moitié du 16ème siècle jusqu’au début du 17ème siècle correspond à une période où l’utilisation des nombres décimaux s’étend dans les mathématiques pratiques et théoriques. 129 Cela correspond également à la publication par Napier de son livre sur les logarithmes (1614) et à celle du livre européen « Regionontanus » (écrit en 1464 et publié en 1533) sur la trigonométrie, pour la première fois indépendante de l’astronomie, qui a eu beaucoup d’influence à cette période, avec des nombres qui ne sont ni des décimaux, ni des entiers et qui ne représentent aucune dimension. Ces deux faits marquent un besoin d’aller plus loin que l’intuition menant aux dimensions et aux mesures et de voir l’algèbre autrement qu’à travers une loupe arithmétique ou géométrique. C’est à cette période que Viète et Descartes cherchent à obtenir une algèbre autonome et homogène (c’est-à-dire qui conserve ses liens avec la géométrie), mais ils prennent deux directions différentes. Viète donne à l’algèbre le statut d’art analytique, dans un livre qu’il publie en 1691 et qu’il divise en trois parties : la Zététique qui donne un ensemble de règles pour manipuler les lettres afin de produire des égalités en lien avec les proportions, la Poristique qui s’assure de la réversibilité des implications afin d’obtenir une démonstration synthétique et la traduction de l’analyse zététique en termes de géométrie. Quant à Descartes, il développe l’algèbre symbolique comme un outil pour résoudre des problèmes qui ne nécessitent pas un retour vers une écriture avec des termes purement géométriques. Il pousse plus loin l’arithmétique sur les dimensions grâce à une utilisation consciente d’une unité de mesure afin de permettre des simplifications d’expressions symboliques, et non pour calculer des mesures. Il ne raisonne plus avec des dimensions mais avec des nombres. De plus, il abandonne la contrainte l’homogénéité, c’est-à-dire le lien avec la géométrie, ce qui lui permet de passer d’une arithmétique des dimensions à une arithmétique des lettres plus abstraite (ibid., pp. 32-34). Le tableau 7, ci-après, résume les caractéristiques épistémologiques de l’algèbre dans les principales phases marquant l’évolution de sa construction. 130 Tableau 7. Les principale s étapes historiques de l’évolution de l’algèbre (Hassayoune et Kouki, 2015, p. 401) Nous remarquons que l’algèbre s’est progressivement constituée, au fil du temps, comme un outil et une démarche de résolution de problèmes. En suivant le parcours de la conceptualisation, de la syntaxe et de la sémiotique algébriques, des Babyloniens à Viète et Descartes en passant par Euclide, Diophante et Al-Khwârizmî, nous pouvons constater que l’algèbre a lentement évolué de ce qu’on pourrait appeler « arithmétique généralisée » (algorithmes de calcul, résolution d’équations sur des exemples génériques...) vers un langage formel permettant de modéliser des problèmes et de les résoudre via un calcul algébrique (littéral) approprié. Cela nous conduit à nous interroger sur la façon algébrique de penser et sur la construction de cette pensée algébrique, ce que nous introduisons dans la partie suivante. 4.1.1.2. Algèbre dans le savoir à enseigner : aspects didactiques, institutionnels et cognitifs Selon l’historien Michael Mahonay (dans Charbonneau, 1996, p. 15), qui s’intéressait plus particulièrement à l’histoire de l’algèbre de 1550 à 1670, une façon algébrique de penser implique : ”1) Operational symbolism. 2) The preoccupation with mathematical relations rather than objects, which relations determine the structures constituting the subject-matter of modern algebra. The algebraic mode of thinking is based, then, on relational rather than on predicate logic. 3) Freedom from any ontological questions and commitments, and connected with this, abstractness rather than intuitiveness.” Cette caractérisation s applique à l’algèbre moderne mais également à l’algèbre du 17ème siècle de Viète et Descartes d’après Charbonneau (1996, p.15). Or, comme le remarquent Kieran et al. (2016), la caractérisation de la construction de la pensée algébrique est développée à la fin des années 1980, en même temps que l’intérêt pour l’enseignement de l’algèbre à des élèves entre 6 et 12 ans, grâce à un « subtil basculement » de l’enseignement centré sur les concepts algébriques vers des processus de raisonnement mathématique et des représentations en lien avec quatre éléments : la généralisation dans des activités sur des motifs, la généralisation utilisant des propriétés des opérations et des structures numériques, les représentations de relations avec des quantités et l’introduction des écritures alphanumériques, c’est-à-dire combinaisons de lettres et de symboles qui ne ressemblent pas forcément encore à une écriture littérale : “Early Algebra was a subtle shift in emphasis from a traditional content-centered characterization of algebra to that of the mathematical reasoning processes and 131 representations that would seem appropriate for young children, as well as to the nature of the early algebra activities that might promote the development of these processes and representations. In particular, the main focal themes during the years leading up to the early 2000s included: (i) generalizing related to patterning activity, (ii) generalizing related to properties of operations and numerical structure, (iii) representing relationships among quantities, and (iv) introducing alphanumeric notation.” (p. 5) Cet intérêt ne se restreint pas aux jeunes élèves selon Kieran (2016) (voir par exemple Radford, 2010 ; Zazkis et Liljedahl, 2002). Ces recherches sont importantes car elles permettent de mieux comprendre comment se construit la pensée algébrique. Par exemple, l’utilisation du langage naturel par les élèves pour exprimer des relations arithmétiques et des propriétés et la généralisation des formes de structures sont considérées par nombreux chercheurs comme centrales pour développer et exprimer une pensée algébrique (ex. Malara et Navarra, 2003 ; Radford, 2000). Le langage naturel est donc médiateur pour la construction à long terme de modes de représentations alphanumériques (Kieran et al., 2016, p. 8) Selon Radford (2011) (dans Kieran et al., 2016, p. 10), parlant des élèves, “algebraic thinking takes into account not only their use of natural language, but also their spatial descriptions and gestures.” L’auteur met en avant que la pensée algébrique doit tenir compte non seulement du langage naturel mais aussi des descriptions spatiales et des gestes. Il fait aussi remarquer qu’utiliser des lettres ne signifie pas systématiquement faire de l’algèbre. “Radford (2006) argues further that “using letters does not amount to doing algebra”” (ibid.) Radford a développé en 2014 (dans Kieran & al., 2016, p.11) un cadre de travail pour caractériser la pensée algébrique impliquant trois notions clés : la notion d’indétermination, de dénotation et d’analyticité, définies comme suit : “(a) indeterminacy: unknown numbers are involved in the given problem, (b) denotation: the indeterminate numbers are named or symbolized in various ways such as with gestures, words, alphanumeric signs, or some combination of these, and (c) analyticity: the indeterminate quantities are treated as if they were known numbers.” Radford (2003) a également défini trois niveaux de généralisation, qu’il a refondus en 2006 comme suit, afin de définir la généralisation d’un motif algébriquement : “Generalizing a pattern algebraically rests on the capability of grasping a commonality noticed on some elements of a sequence S, being aware that this commonality applies to all the terms of S, and being able to use it to provide a direct expression of whatever term of S” (Radford, 2006, p. 5, dans Kieran et al., 2016, p. 12) 132 Nous soulignons que l’« habitude de l’esprit », pointée par Kieran et al. (2016), à construire, faire des conjectures sur des structures et des relations mathématiques et justifier, combinée à une approche sémiotique selon Arzarello et al. (dans Dorier et al., 2012, pp. 193-207), fondent la construction de la pensée algébrique. Mais il existe des interrogations sur le fait de pouvoir introduire l’algèbre, ou au moins la pensée algébrique, dès le primaire, au cycle 3. Selon Vergnaud (1989, dans Alves et al., 2013) : « Par "introduction à l algèbre", on peut entendre plusieurs choses distinctes : - mise en équation de problèmes arithmétiques simples et résolution par l'algèbre ; règles élémentaires de traitement et de transformation des équations ; première explicitation des concepts de fonction et de variable ; mise en évidence de certaines propriétés structurales des ensembles de nombres, notamment l'ensemble des relatifs et de l'ensemble des rationnels etc... Il est raisonnable de penser que c'est un savant équilibre de ces différentes composantes conceptuelles et des situations qui leur donnent du sens qui peut permettre aux élèves de comprendre en profondeur la fonction, la structure et le fonctionnement du raisonnement algébrique. Mais quel équilibre? » (Vergnaud, 1989), dans Alves et al., 2013, p. 3) Bednarz, Kieran et Lee, 1996 (dans ibid., p. 3) ont repéré quatre entrées pour l’introduction et le développement de l’algèbre dans le secondaire : x x x x une perspective de généralisation (par la construction de formules) ; une perspective de résolution de problèmes (par les équations) ; une perspective de modélisation ; une perspective fonctionnelle. Nous remarquons d’une part que l’entrée dans l’algèbre ne se limite pas au travail sur les techniques de calcul algébrique et à la mise en équation, et d’autre part, que l’algèbre est aussi un outil pour résoudre des problèmes qui permettront de donner du sens aux notions et aux objets rencontrés, faisant écho à la dialectique outil/objet de Douady (1986), pour laquelle un équilibre entre ces deux appréhensions de concepts algébriques est nécessaire. Chevallard (1985, cité par Bosch et Chevallard, 2012, dans Dorier et al., 2012, p. 37), en analysant l’évolution des programmes jusqu’à ceux de 1978 (contre-réforme des mathématiques modernes) a constaté que l’algèbre en tant que secteur (en référence à l’échelle de co-détermination) a disparu au profit du numérique et a fait remarquer que la trichotomie classique entre l’arithmétique, l’algèbre et la géométrie, jadis structurante, s’efface. « Ce qui disparaît, en fait, à l’exception notable – répétons-le des problèmes pratiques ce n’est pas l’arithmétique (même si le mot lui-même ne renvoie plus qu’à une des parties du 133 corpus arithmétique traditionnel), mais la dialectique de l’arithmétique et de l’algèbre. Or cet affaissement d’une structuration traditionnelle va moins peser sur la composante arithmétique que sur la composante algébrique des mathématiques enseignées au collège : c’est l’algèbre (entendue au sens traditionnel de ce mot à ce niveau des études mathématiques) qui va se trouver le plus violemment mise en cause par les changements opérés. » (Chevallard, 1985, op.cit.) C’est encore le cas actuellement et dans leurs recherches plus récentes, Chevallard et Bosch (2012) (dans Dorier et al., 2012, p. 23) parlent de « la péjoration culturelle de l’algèbre en tant qu’œuvre ». En effet, pour l’ensemble du collège, les programmes de 2005 et 2008 sont découpés en quatre secteurs et dans aucun on ne trouve le mot « algèbre » : 1. 2. 3. 4. Organisation et gestion de données. Fonctions Nombres et calculs Géométrie Grandeurs et mesures. Ce dernier secteur est apparu dans le programme de 2005. D’après Alves et al. (2013, pp. 4-6) le terme « calcul littéral » n’apparaît qu’en classe de 4ème et permet de se demander quel est le statut des calculs avec des lettres qui sont faits en 5ème. De plus, tout ce qui concerne la notion de fonction et donc de variable est traité dans le secteur 1, ce qui est indiqué explicitement dans le titre (ce qui ne veut pas dire que les fonctions ne sont pas utilisées dans les autres secteurs). Les formules et leur utilisation sont mentionnées dans le dernier secteur « Grandeurs et mesures ». Par exemple, en classe de 6ème, on trouve une injonction à introduire des écritures littérales à partir des formules : « Le travail sur les périmètres permet aussi une initiation aux écritures littérales ». Ceci montre que les auteurs des programmes envisagent bien une entrée progressive dans l’algèbre depuis le début du collège, voire de l’école primaire, puisque les formules y ont déjà été rencontrées. Depuis 2005, en classe de 5ème, les formules de distributivité simple sont dans le secteur 2 alors que l’on trouve des injonctions à utiliser des expressions littérales dans le secteur 1 « Utiliser / produire une expression littérale » et dans la dernière « de nombreux thèmes du programme (grandeurs et mesures) conduisent à utiliser des expressions littérales (formules) ». Le propos est donc plus précis qu’en classe de 6ème puisqu’au-delà de l’injonction, il y a une indication d’un type de tâches à réaliser sans que la finalité soit vraiment précisée (on ne sait pas pourquoi on produit une expression littérale, ni dans quels cas on pourrait l’utiliser). En classe de 4ème, on indique qu’il faut « savoir choisir l’écriture appropriée d’une... expression littérale suivant la situation ». Enfin, dans le secteur 2 (Calcul numérique), on introduit la notion de programme de calcul en insistant sur le calcul numérique sans passer systématiquement à la généralisation. On peut certainement voir, là encore, une passerelle vers une activité algébrique mais son exploitation n’est pas systématique, même si certains types de tâches dans les manuels peuvent « forcer » l’utilisation de la lettre pour généraliser un résultat. Dans les programmes de mathématiques, un nouveau thème est introduit, algorithmique et programmation, alors que des notions d’algèbre disparaissent comme par exemple les systèmes linéaires d’équations en 3ème. « Dès le début du cycle 4, les élèves comprennent l'intérêt d'utiliser une écriture littérale. Ils apprennent à tester une égalité en attribuant des valeurs numériques au nombre désigné par une lettre qui y figure. À partir de la 4e, ils rencontrent les notions de variables et d'inconnues, la factorisation, le développement et la réduction d'expressions algébriques. Ils commencent à résoudre, de façon exacte ou approchée, des problèmes du 1er degré à une inconnue et apprennent à modéliser une situation à l'aide d'une formule, d'une équation ou d'une inéquation. En 3e, ils résolvent algébriquement équations et inéquations du 1er degré et mobilisent le calcul littéral pour démontrer. Ils font le lien entre forme algébrique et représentation graphique. » (BO spécial n°11 du 26 novembre 2015) D’après Alves et al. (2013), depuis 1995, en classe de 5ème le programme mentionne explicitement le type de tâches « tester si une égalité comportant un ou deux nombres indéterminés est vraie lorsqu’on leur attribue des valeurs numériques », mais ceci dans le cadre des équations alors qu’il pourrait aussi être mis en relation avec le calcul littéral. On peut penser que les contrôles de l’équivalence des expressions ne seront pas ou peu encouragés car le type de tâches « tester une égalité » reste isolé, par conséquent on risque d’avoir des organisations mathématiques locales, au sens de Chevallard (2002), avec des types de tâches isolés et sans finalité. De plus, pour le calcul littéral en 5ème et 4ème sont mis en avant les types de tâches de développement (soit avec des expressions du type k(a+b) soit (a+b)(c+d)), puis en classe de 3ème, on introduit les factorisations d’expressions littérales, ce qui entraine un découpage dans le temps entre certaines notions et certains types de tâches. Or, il faut bien noter que lorsqu’on travaille sur les expressions littérales (par exemple dans les types de tâches développer, réduire ou factoriser), on utilise la propriété de distributivité. Par exemple, quand on passe de l’écriture de 3x + 5x à 8x, on le justifie en factorisant par x. Donc la technique associée à ce type de tâches est bien de factoriser par x et la propriété de distributivité en est un élément technologique. Donc, malgré une volonté de progressivité dans les apprentissages, nous notons que ce découpage entre les différentes années du cycle 4 provoque un enseignement de l’algèbre élémentaire assez découpé, un émiettement des notions, un rabattement sur des types de 135 tâches techniques et une non visibilité des éléments technologiques (Chevallard, 2002) ce qui empêche souvent les élèves de percevoir la puissance de l’outil algébrique ainsi que ses finalités, comme le soulignait déjà Chevallard (1985, 1989). Ainsi, les activités proposées aux élèves portent le plus souvent sur les techniques algébriques avec une exacerbation de l’aspect objet de l’algèbre au détriment de l’aspect outil, avec des techniques qui ne sont pas toujours justifiées par des éléments technologico-théoriques, comme la propriété de distributivité de la multiplication sur l’addition (voir citation suivante), et qui ne permettent pas la construction du sens nécessaire. « La propriété de distributivité est institutionnalisée avec différentes désignations : règle, propriété, égalité vraie, identité ou bien seulement citée et entourée par un cadre avec une importante utilisation d’ostensifs : flèches, couleurs pour distinguer somme et produit. C’était également le cas dans les manuels de la période précédente. L’ensemble de référence des nombres sur lequel porte la propriété n’est pas toujours indiqué : par exemple, « a, b et k représentent 3 nombres ». Enfin, la distributivité n’est pas toujours première, elle peut être précédée par le type de tâches « développer ou factoriser une expression littérale donnée ». Ces deux types de tâches sont séparés, la distributivité pouvant être spécifiée selon chacun. Ceci contribue, selon nous, à accentuer l’atomisation des tâches. » (Assude et al., 2012, p. 55 dans Dorier et al., 2012) Assude et al. (ibid., p. 60) ajoutent que l’évolution des manuels montre que : « les éléments théoriques permettant de justifier les calculs et donner des moyens de contrôle aux élèves sont peu souvent explicites ou remplacés par des ostensifs peu efficaces. » Une conséquence pouvant être l’utilisation de techniques de transformation non mathématiques comme par exemple l’utilisation de flèches lors de la transformation d’équations. Par ailleurs, nous nous interrogeons sur la façon dont les élèves négocient la transition de l’arithmétique à l’algèbre. Dans les années 1970 et au début des années 1980, les recherches sur l’algèbre ont mis en évidence des difficultés des élèves en algèbre élémentaire pour les activités de généralisation et de transformation, liées à une rupture entre arithmétique et algèbre d’après Vergnaud, 1988 (dans Alves et al., 2013). « L'algèbre constitue pour les élèves une rupture épistémologique importante avec l'arithmétique. Cette rupture mérite une analyse détaillée, car beaucoup d'élèves n'entrent pas facilement dans le jeu des manipulations symboliques ». (Vergnaud, op. cit.) Ces difficultés sont ainsi dues à des discontinuités entre l’arithmétique et l’algèbre, mais également au fait que souvent l’algèbre élémentaire est introduite comme une arithmétique généralisée dans le sens où le symbolisme algébrique serait seulement un prolongement et une généralisation du langage arithmétique (Chevallard, 1985, 1989, 1990 ; Gascon, 1994). Or selon ces auteurs, ce n’est pas le cas car les types de problèmes que l’algèbre permet de 136 résoudre sont différents et les symboles employés (lettres, signe égal, signes opératoires etc.) n’ont pas le même statut, ils ont des dénotations identiques avec des sens différents. A ce propos, Mercier (dans Dorier et al., 2012, p. 166) fait remarquer que : « Les élèves gèrent des écritures symboliques qu’ils ne peuvent interpréter pour ce qu’elles dénotent. De ce fait, ils tentent de conserver les éléments formels de ces écritures, « en conservant de l’information ostensive », comme l’avait déjà démontré Tonnelle (1978) il y a presque 40 ans. » (Mercier, op. cit.) Kieran (1990) parle de fausses continuités et discontinuités entre l’arithmétique et l’algèbre. Vergnaud (1989) distingue les procédures arithmétiques et algébriques dans la résolution des problèmes (repris ensuite par d’autres comme Schmidt et al., 1997 par exemple). Ces constatations ont conduit les chercheurs et les formateurs d’enseignants de mathématiques à vouloir donner plus de sens aux objets algébriques manipulés (Stacey et al., 2006, p. 26). L’introduction des programmes de calcul (PC), définis par Chevallard (2000) (cité dans Ruiz-Munzon et al., 2012, pp. 89-90) comme une praxéologie dont le fonctionnement familier sert de support pour donner du sens à l’algèbre élémentaire et qui devient alors un outil puissant de modélisation et de preuve, en est un exemple. Dans ce cas, Ruiz-Munzon et al. (dans Dorier et al., 2012) distinguent trois étapes au processus d’algébrisation. La première étape apparaît avec la nécessité de voir le programme de calcul comme un tout où l’on doit tenir compte de la hiérarchie des opérations et des règles d’utilisation des parenthèses afin de pouvoir simplifier les écritures et obtenir un PC équivalent. La seconde étape requiert de nouvelles techniques de manipulation d’expressions algébriques, en particulier ce que les auteurs appellent le « calcul équationnel » et la considération d’un nouvel objet « équation ». Enfin la troisième étape élimine la distinction entre inconnues et paramètres et ne limite pas le nombre de variables comme cela se fait en physique avec les formules. Or dans l’enseignement secondaire actuel, les lettres qui apparaissent dans une expression algébrique jouent le rôle d’inconnues ou de variables, rarement de paramètres, ce qui rend difficile le travail fonctionnel sur des PC mettant en jeu plusieurs variables par exemple. L’articulation entre algèbre et fonctions est ainsi fortement affaiblie (ibid., pp. 99-100) dans l’enseignement secondaire aujourd’hui et complique l’utilisation de la modélisation algébrico-fonctionnelle. D’autre part, Drouhard et Panizza (dans Dorier et al., 2012, pp. 209-235) mettent en avant des difficultés sémio-linguistiques en algèbre élémentaire dues aux transformations de mouvement comme l’expression : « passer de l’autre côté » dans une équation quelle que soit l’opération ; aux implicites et règles des signes, par exemple le changement de signe d’un terme lorsqu’il passe d’un membre à l’autre d’une équation ; aux notations implicites du produit et du zéro, faisant référence à des omissions (omission du signe « × » par exemple : 3a au lieu de 3 × a, omission de l’écriture du zéro par exemple : x + 5 = -2 équivaut à x + 0 = -2 – 5, ce qui équivaut à x = -7). Ils préconisent alors comme moyen d’expliciter ce qui est implicite la mise en œuvre des conversions entre les registres sémiotiques au sens de Duval 137 (1993) et recommandent de baser le travail des élèves sur une variation systématique des registres. Enfin, selon CaI (dans Kieran et al., 2016, p. 7), l’enseignement précoce de l’algèbre à l’école primaire a pour but de permettre une transition plus aisée de l’arithmétique à l’algèbre : “the aim in teaching younger students both arithmetic and algebraic methods is not only to help them attain an in-depth understanding of quantitative relationships but also to guide them to see the similarities between arithmetic and algebraic approaches and thus to make for a smoother transition from arithmetic to algebraic thinking.” Avec le développement des technologies numériques, il est légitime de se poser la question de leur influence sur l’apprentissage de l’algè élémentaire et de questionner leur apport potentiel à cet apprentissage. C’est pourquoi nous abordons la question des environnements technologiques dans la partie suivante. 4.1.1.3. Le rôle des technologies Nous allons voir maintenant que les environnements techniques électroniques ou informatiques (réels ou virtuels) peuvent être utilisés afin de donner plus de sens aux objets algébriques. Par exemple, de nouvelles approches en faveur d’activités de généralisation ont été essayées (Stacey et al., 2006, p. 27). Booth (1984 cité dans ibid.) a développé une approche analogue à de la programmation informatique pour donner un sens de variable aux lettres par opposition à celui d’inconnues à l’aide d’une « machine mathématique » idéale. Toutes les instructions pouvaient être écrites simplement grâce au langage mathématique. Par exemple : “”I want the machine to add 5 to any number I give it; how will I write the instruction?” (x+5) and “I want the machine to add any two numbers I give it” (x+y). Students use the letters to write rule to enable the virtual machine to solve whole classes of problems.” (p. 27) Ce modeste commencement avec une pseudo-machine a été étendu avec l’utilisation des ordinateurs et des calculatrices programmables. Par exemple, Sutherland et Rojano (1993 cité dans ibid.) ont montré que les feuilles de calcul pouvaient non seulement soutenir des discussions sur le rôle des lettres à la fois comme variables et comme inconnues, mais elles permettaient aussi de générer du sens à la création d’expressions algébriques et de mettre l’accent sur la représentation des relations d’un problème, tout en étant un outil de résolution de problèmes d’algèbre. Cependant très peu de ces activités génératives fait le lien avec les activités de transformation (développements, factorisations, réductions, de mouvement). En fait, la plupart des recherches sur la technologie à cette période ont minimisé l’importance des activités de transformation pour favoriser l’aspect outil des concepts ébriques pour résoudre des problèmes, pensant que les technologies pouvaient prendre soin d’elles-mêmes. Kieran et Wagner (1998) précisent à ce propos : 138 “The idea that universal access to the new technologies would “enable us to modify our skilldominated conception of school algebra and rebalance it in favour of objectives related to understanding and problem solving” (Kieran & Wagner, 1989, p. 8) seemed an attractive one.” (Ibid., p. 27) Mais ce n’est pas comme cela que les choses se sont passées. En effet, comme Artigue l’a souligné (citée par Lee, 1997 dans ibid., p. 27), les technologies ne prennent pas soin d’ellesmêmes. Artigue (1987) met en avant deux phénomènes didactiques à prendre en compte, dans son étude sur des calculateurs symboliques : la transposition du savoir dans l’environnement technique et les processus d’adaptations des élèves. Ainsi, en France, dans les années 1990, un regain d’intérêt a été porté sur la technologie avec l’arrivée des environnements CAS. Cela a permis de mettre en avant le rôle épistémique de la technologie et de s’apercevoir que ce dernier est plus grand dans un environnement technique électronique ou informatique que dans un environnement papier-crayon. Par exemple, Drijvers (cité dans Guin et Trouche, 2002) souligne l’obstacle pour les élèves dû à la non transparence des systèmes CAS, qui n’existe pas avec un environnement papier crayon. Lagrange (2003) explique que les techniques de transformation en algèbre sont un mélange de routine et de réflexion dont l’épistémologie a une incidence sur la compréhension des élèves et la façon dont ils vont effectuer une tâche. En revanche, cette épistémologie des techniques de transformation est souvent négligée comme souligné ci-après : “A technique is generally a mixture of routine and reflexion. It plays a pragmatic role when the important thing is to complete the task when the task is a routine part of another task. Technique plays an epistemic role by contributing to understanding of the object that is handled particularly during elaboration. It also serves an object for conceptual reflection when compared with other techniques and when discussed with regard to consistency. Without CAS, paper-and-pencil techniques cannot be avoided, because of their pragmatic role in mathematics education. Therefore, teachers and researchers tend to consider only their practical role, neglecting the epistemic contribution (Lagrange, 2003, p. 271)” (dans Kieran, 2004, p. 28) Ainsi, les processus de manipulation constituent autant d’objets conceptuels de l’apprentissage de l’algèbre que les inconnues, les variables, les expressions et les équations, et l’un des principaux processus de manipulation est lié à la manipulation d’expressions équivalentes et sa conceptualisation. Ces recherches ont également permis de mettre en évidence l’importance de la genèse instrumentale (Rabardel, 1995) des environnements techniques chez les élèves, comme par exemple les environnements CAS (Guin et Trouche, 2002), la nécessité de créer des tâches pertinentes ayant pour but une meilleure compréhension de la notion d’équivalence et le rôle crucial joué par l’enseignant qui doit faire manipuler les représentations algébriques pour favoriser la construction du sens des concepts algébriques chez l’élève (Kieran, 2004, pp. 2731). 139 Par exemple en ce qui concerne le tableur, dont l’usage est prescrit officiellement au collège, Haspekian (dans Dorier et al., 2012, pp. 123-136) fait le point sur les limites et les apports de cet outil importé du monde de l’entreprise. En se référant à l’approche instrumentale, elle montre que : « le tableur dévoile une complexité dans l’articulation entre connaissances algébriques et connaissances tableur lorsque celui-ci se constitue en instrument au fil d’une genèse instrumentale, qui rend difficile l’exploitation du tableur pour l’algèbre (Haspekian, 2005). » (ibid., p. 129) Selon l’auteure, l’outil interfère avec les conceptualisations attendues en modifiant les objets d’apprentissage et les stratégies de résolution usuelles, voire en créant de nouveaux objets et de nouvelles modalités d’actions. Elle met en évidence une distance entre l’enseignement traditionnel de l’algèbre au collège et l’enseignement avec le tableur qui génère pour l’enseignant une charge de travail supplémentaire pour inventer de nouvelles praxéologies. Mais, elle précise aussi qu’il ne faut négliger ni l’aspect dynamique de cet outil, ni son potentiel pour donner du sens aux concepts algébriques. D’autre part, Panasuk et Beyranevand (2010) suggèrent, en s’appuyant sur des travaux de recherche précédents, qu’un indicateur d’une compréhension d’un concept au sens de Vergnaud est la capacité à reconnaître structurellement la même relation via des représentations multiples. “when the students demonstrate the ability to recognize “structurally the same” [...] relationship/concept presented in different modalities (verbal, diagrammatic and symbolic), it is likely they have developed conceptual understanding of the relationship/concept and advanced from procedural skills (“process conception”) to structural skills (“object conception”).” (pp. 2-3) Or, certains environnements techniques (calculatrices, logiciels) permettent de multiples représentations, mais leur genèse instrumentale est plus ou moins bien réussie et leur conception n’est pas toujours en adéquation avec les questions didactiques (Chaachoua et al., dans Dorier et al., 2012, p. 279). Les travaux de Duval (1993), Pierce (1998) et Sfard (1991) ont motivé des considérations didactiques lors de la conception de certains logiciels créant une coopération entre deux disciplines : didactique et informatique. C’est ainsi que par exemple les logiciels Aplusix20 et AlNuSet21 ont été créés. Mais la question de l’intégration 20 Aplusix (http://www.aplusix.com/fr/) est un environnement pour apprendre l'algèbre permettant à l'élève de construire et de transformer librement des expressions algébriques. L’environnement leur fournit des rétroactions épistémiques qui peuvent aider aux premières étapes de l'apprentissage de l'algèbre. 21 AlNuSet (http://www.alnuset.com/fr) est un système dynamique et interactif pour l’enseignement et l’apprentissage de l’algèbre, des ensembles numériques et des fonctions. Sa principale caractéristique est la représentation de la variable algébrique comme point mobile sur la droite des nombres, c’est-à-dire comme point 140 dans l’enseignement de ces deux logiciels, de leur genèse instrumentale reste ouverte (Chaachoua et al., dans Dorier et al., 2012, p. 279).
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L'eunuque offre à l'évidence un observatoire privilégié pour qui veut comprendre le système politique élaboré par Xénophon. Placé au seuil du pouvoir, il bouleverse l'homologie du public et du privé qui semblait pourtant au fondement de la théorisation politique de l'Athénien ; si Xénophon soutient dans les Mémorables ou l'Economique que le commandement est toujours semblable, quelles que soient les sphères de la vie humaine où il s'exerce, la Cyropédie présente dans sa dernière partie l'instauration d'un ordre radicalement nouveau. Certes, « la compénétration des trois thèmes, maison, armée, royaume »103, continue après la conquête de Babylone puisque l'administration du nouvel empire utilise et transpose des techniques de commandement forgées dans un autre domaine, celui de l'armée104. Mais cette équivalence entre administration économique de l'empire et commandement d'une armée n'épuise pas la signification de l'installation finale à Babylone : dans la Cyropédie, Cyrus parvient précisément à créer, grâce au loisir dégagé par l'application des principes empruntés au commandement d'une armée, une forme de gouvernement dont certains traits sont radicalement nouveaux et en rupture totale avec le monde militaire, et plus généralement avec le monde de la polis. La pensée politique de Xénophon, tout en s'attachant à l'apparente uniformité du commandement dans toutes les sphères de la vie humaine, montre ainsi que pour gouverner, il est nécessaire de manipuler dans un but politique certains comportements privés et, en premier lieu, les relations filiales et paternelles : lorsque Xénophon met en 102. Cyropédie, VII, 5, 65. Voir A. Grosrichard, « Les gardiens des seuils », . 183-206, in Structure du sérail, op. cit. 103. Selon l'heureuse expression de P. CASTER, « Sur l'Economique de Xénophon », in Mélanges Desrousseaux, 1937, Paris, p. 49-57, ici p. 50. 104. Voir Cyropédie, VIII, 1, 14 : « visant à la fois la bonne administration des affaires économiques et pour lui la possession du loisir, [Cyrus] prit certaines idées à l'organisation militaire (tèhn strativtikèhn séuntajin) ». XÉNOPHON, LA CY ET scène Cyrus comme père de ses sujets, il imagine un type de pouvoir qui créerait un lien infrangible entre le chef et ceux qu'il dirige. Les eunuques, fils idéaux d'un pouvoir en quête d'absolu, représentent dès lors le champ d'application rêvé d'une stratégie visant à créer du politique à partir du sentiment..
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Grammaires parenthésées et bilangages réguliers
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RAIRO I NFORMATIQUE THÉORIQUE P. M ARCHAND Grammaires parenthésées et bilangages réguliers RAIRO – Informatique théorique, tome 14, no 1 (1980), p. 3-38. <http://www.numdam.org/item?id=ITA_1980__14_1_3_0> © AFCET, 1980, tous droits réservés. L’accès aux archives de la revue « RAIRO – Informatique théorique » implique l’accord avec les conditions générales d’utilisation (http://www.numdam. org/legal.php). Toute utilisation commerciale ou impression systématique est constitutive d’une infraction pénale. Toute copie ou impression de ce fichier doit contenir la présente mention de copyright. Article numérisé dans le cadre du programme Numérisation de documents anciens mathématiques http://www.numdam.org/ R.A.I.R.O. Informatique théorique/Theoretical Informaties (vol. 14, n° 1, 1980, p. 3 à 38) GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES ET BILANGAGES RÉGULIERS (*) par P. MARCHAND (*) Communiqué par M. Ni VAT Résumé. — II est bien connu que les arbres peuvent s'écrire linéairement en utilisant des parenthèses. Dans cet article, on fait le lien entre les grammaires parenthésées et les grammaires d'arbres. La définition présentée ici des grammaires parenthésées est plus générale que la définition classique. Une caractérisation du cas particulier correspondant à la définition classique est donnée. Les résultats fondamentaux sont : on peut réduire ces grammaires à une forme très élémentaire et delà découvrir une grammaire minimale canonique pour un langage parenthèse donné. Toutes les constructions faites dans cet article sont effectives. Le dernier paragraphe est consacré à quelques applications à la théorie des langages. Abstract. — It is well known that trees may be written linearly with the use of parentheses. In this paper a link is established between parenthesis grammars and tree grammars. The définition we givefor parenthesis grammars is more gênerai thon the classical one. A characterization of the special case corresponding to the classical définition is given. The fondamental results are that these grammars can be reduced to a very elementary formfrom which a minimal canonical grammar for a given parenthesis language can be obtained. AU constructions in the paper are effective. The last section is devoted to some applications to language theory. 1. INTRODUCTION II existe une parenté étroite entre les arbres et les expressions parenthésées. Dans le paragraphe 1.1, on rappelle la formalisation de la notion d'arbre, dans 1.2 on redéfinit les expressions parenthésées et les langages de Dyck. Dans 1.3 on compare ces deux notions. (*) Reçu en octobre 1978. (*) Université de Nancy-I, Laboratoire d'Informatique, Nancy. R.A.I.R.O. Informatique théorique/Theoretical Informaties, 0399-0540/1980/3 /$ 5.00 © AFCET-Bordas-Dunod 4 P. MARCHAND 1.1. Ramification. Bilangages. Binoïdes Nous donnerons ici des définitions peu formalisées. Pour une étude formelle des objets décrits ci-dessus le lecteur pourra se rapporter à [10 ou 7]. Une ramification sur un vocabulaire F est un arbre vide ou à une ou plusieurs racines dont les nœuds sont étiquetés par des éléments de V. On suppose de plus que, dans une ramification, les racines et les successeurs d'un point sont ordonnés. On note F l'ensemble des ramifications sur V. On appelle bilangage un sous-ensemble de V. On appelle mot des racines d'une ramification r le mot obtenu en prenant la suite des étiquettes des racines de r. On appelle feuille de r un nœud de r sans successeur et mot des feuilles de r le mot obtenu en prenant la suite des étiquettes des feuilles de r. Exemple : le mot des racines de r représenté à la figure 1 est p(r) = ab, le mot des feuilles de r est q>(r) = baca : r = a Figure 1. On peut munir V d'une structure algébrique en considérant les deux lois suivantes : (i) une loi interne notée + qui est la concaténation des ramifications. La figure 2 donne un exemple de calcul pour la loi +. a / + a\ D a à 1 b/ = a\ a b/ a\ D a a| b/ a\ Figure 2. la loi + est associative et possède un élément neutre qui est la ramification vide notée A (arbre à zéro racine); R.A.I.R.O. Informatique théorique/Theoretical Informaties GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES ET BILANGAGES RÉGULIERS 5 (ii) une loi externe notée x à opérateur dans V telle que a x r soit la ramification obtenue à partir de r en créant au-dessus de r une racine étiquetée par a. La figure 3 donne un exemple de tel calcul. a >/ b X a/ b \c Figure 3. Si r est différent de A il existe r',r" uniques dans V et a unique dans V tels que r = a xr' + r"'. DÉFINITION 1.1.1 [10] : On appelle F-binoïde un ensemble B muni de deux lois + et x telles que la loi + soit interne associative et possède un élément neutre et que la loi x soit externe à opérateur dans V. Un homomorphisme entre deux F-binoïdes B et B' est une application v|/ : B -• B' telle que ty(x + y) = ^t(x) + y\t(y) et \|/(axx) = ax\|/(x). PROPOSITION 1.1.2 [10] : Le V-binoïde Vest universel dans la catégorie des Vbinoïdes. C'est-à-dire que pour tout V-binoïde B il existe un et un seul homomorphisme ^ de V dans B. PROPOSITION 1.1.3 [10] : Soit P une propriété, on a l'équivalence (VreF), (P(r)) o (Vr'), (Vr"), (Vae F), P(r') et P(A) et P(r") => P{axr' + r"). Soit E un ensemble, e0 un élément de E et g : V2 xVxE2 une seule application/: K-> E telle que (VaeV), vol. 14, n°l, 1980 (Vr'eV), (Vr"eK), —• E,il existe une et P. MARCHAND Cette proposition permet de faire des raisonnements pour récurrence sur F et de définir des fonctions pour des récurrences simples. Par exemple p : F-> F* est défini pour p(A) = A, Dans la suite nous aurons souvent à utiliser un prédicat sur F x F signifiant que a e F n'apparaît qu'aux feuilles de la ramification r. On notera O ce prédicat qui se définit pour la récurrence O(<2, A) = vrai, O(a, b xr' + r") = si b^a alors O (a, r') et O (a, r"), sinon si r'#A alors faux, sinon <D {a, r") fin fin. On utilisera aussi des fonctions F'a : V'-• 0* (F) donnant pour chaque a de F l'ensemble des mots juste en dessous de a dans une ramification r. Fa est définie pour la récurrence Fa(bxrf + r") = si b^a alors Fa{r')v Fa(r"), sinon{p(r')}vFa(r')vFa(r"). On peut remarquer que Q> (a, r)o(Fa(r)^{A}). Si F et V' sont deux vocabulaires et si x est une application de F dans V' on prolonge x à F en posant ï(A) = A et ï ( a x r ' + r") = x(a) xx(r') + x(r'). Les applications obtenues par ce procédé s'appellent des transcriptions; leur rôle est de changer le nom des étiquettes des nœuds des ramifications. 1.2. Expressions parenthésées. Langage de Dyck. Grammaire parenthésée Soit T, T et T' trois vocabulaires disjoints, T et T étant en bijection par l'application a\-+â, on définit les expressions parenthésées sur ces vocabulaires comme étant les mots engendrés par la grammaire G = {{X}, r u T u T ^ , X) avec X -> a'X\aXâX\ A, où a' est un élément quelconque de T' et a un élément quelconque de T. R.A.I.R.O. Automatique/Systems Analysis and Control GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES ET BILANGAGES RÉGULIERS 7 Le langage de Dyck sur T noté P(T) correspond au cas où T' est vide. Remarquons que l'ensemble des expressions parenthésées sur T, T et T'peut se plonger injectivement dans le langage de Dyck sur TKJT' en utilisant l'homomorphisme h : (Tu T u 7")*-^(ru T u r u T')* défini par aeT => h(a) = a et a'eT => h{a') = a'â'. h(â) = â, Nous utiliserons cette remarque pour travailler uniquement dans des langages de Dyck. DÉFINITION 1.2.1 : Une grammaire parenthésée est un sextuplet G = (N, T', T,~T,^, X) tel que : (i) N, T' ,T,T sont quatre vocabulaires deux à deux disjoints 7 et T, étant une bijection pour a h-» a; (ii) G' = {N,T'uIuJ', -•, X) est une grammaire algébrique dont les règles sont de la forme A -» aaâ avec AeN, a e Tet oce(N u T')*. Le langage L (G) engendré par G est le langage engendré par G Ml est évident que L (G) est formé d'expressions bien parenthésées sur T, T et T'. Un langage parenthèse est un langage qui peut être engendré par une grammaire parenthésée. Suivant les auteurs, Test réduit à un élément (Parenthesis Grammar [4, 11]) ou bien à chaque règle de G est associé un type de parenthèse (Bracheted context free langages [2]). Au paragraphe 2.1 nous donnons une définition plus générale des grammaires parenthésées et au paragraphe 3.2 nous caractérisons le cas particulier défini en 1.2.1. 1.3. Représentation parenthésée des ramifications II est très facile de définir une bijection entre le F-binoïde universelle V et le langage de Dyck sur V. Il suffit de poser 6(A) = A et 0( L'application 9 est la représentation parenthésée infixée des ramifications. C'est la seule représentation parenthésée que nous utiliserons ici, mais il n'est pas vol. 14, n°l, 1980 8 P. MARCHAND difficile de montrer que les résultats de cet article subsistent quand on utilise les autres représentations parenthésées possibles (représentation préfixée, postfixée... que l'on trouvera par exemple dans [7]). Cette correspondance entre les ramifications et les mots d'un langage de Dyck invite à comparer les sous-langages des langages de Dyck engendrés par les grammaires parenthésées par exemple et les bilangages. En particulier, on introduit au paragraphe 1.4 la notion de bilangage régulier et on montre que les bilangages réguliers contiennent strictement les langages parenthèses définis en 1.2.1. Une façon de construire des sous-langages algébriques des langages de Dyck est d'en prendre l'intersection avec des langages réguliers. Dans le paragraphe 5 consacré aux applications on caractérise de manière effective les bilangages réguliers qui sont de ce type. 1.4. Polynôme. Bigrammaire régulière Les définitions ci-dessus sont facilement généralisables. Une étude plus complète est faite dans [5]. DÉFINITION 1.4.1 : On introduit un marqueur 1 qui n'appartient sauf mention du contraire à aucun des vocabulaires manipulés dans la suite. Un polynôme sur V est une ramification r sur V u {1} telle que 1 ait une seule occurrence dans r que celle-ci soit une feuille de r. On note V [1] l'ensemble des polynômes sur V. (La définition 1.1 correspond aux polynômes du 1er degré et à une variable dans [5].) PROPOSITION 1.4.2 : Soit B un W-binoïde et r un élément de V[l] avec V contenu dans W. Soit \|/ : V^B l'unique homomorphisme de V-binoïde de V dans B. On peut associer à r une application notée rB de B dans B par la récurrence suivante : WB(b) = b, reV[l] reV et et aeV seV[l] => (axr)B(b) = axrB(b), => (r + s)B(b) = vj/(r) + sB(b) et Ce type d'application sera surtout utilisé dans les cas où B=V, ou B = K [ 1 ] dans ce cas, on notera encore r Vapplication associée à r. Dans ce cas, si r e V[l] et s G V, alors r (s) est la ramification obtenue en « greffant » s à la place de 1 dans r. Remarquons aussi que reV[l] et seV[l] => r(s)eV[l]. R.A.I.R.O. Informatique théorique/Theoretical Informaties GRAMMAIRES PARENTHESEES ET BILANGAGES REGULIERS 9 DÉFINITION 1.4.3 [5] : Une C0-bigrammaire est un quadruplet G = (N, T, - » , X) tel que N et Tsont deux vocabulaires disjoints appelés vocabulaire non terminal et vocabulaire terminal, X est un élément de N et -» est une relation entre N et N u T tel que : — un nombre fini de couples est en relation pour -» ; , r)). Intuitivement r peut être un second membre de règle si et seulement si les, non terminaux de r n'apparaissent qu'aux feuilles. On définit dans (N u 7") la relation « se réécrit dans G » notée »— par G r »-s o (3ueNvT[ï\), (3AeN), (3t), G = u(A)Qts = u( O n définit ensuite comme pour les grammaires algébriques la relation dérive notée »— et le bilangage engendré BL(G) = {r; X >•— r et r e T * }. G G Ce type de bigrammaires a été étudié en détail dans [5]. Si on traduit ces bigrammaires dans le langage de Dyck en utilisant la même technique qu'au paragraphe 2, on obtient les « ballanced grammars » introduites dans [3]. Dans cet article on utilise seulement un cas particulier de C0-bigrammaire définie ci-dessous. DÉFINITION 1.4.4 [5] : Une bigrammaire régulière est une C0-bigrammaire G = (JV, T, - » , X) telle que A^r => p(r)er*(JVu{A}). DÉFINITION 1.4.5 : Un bilangage régulier est un bilangage qui peut être engendré par une bigrammaire régulière. REMARQUE : Cette définition des bilangages réguliers n'est pas celle donnée classiquement dans [10, 12] nous verrons au paragraphe 4.2 la coïncidence des deux définitions. L'étude des bigrammaires régulières comportera en particulier un théorème de réduction très puissant (§ 3.1) qui conduit à construire une bigrammaire canonique associée à un bilangage régulier donné (§ 4.3). Cette bigrammaire canonique est utilisée au paragraphe 5.2 pour caractériser les intersections des langages de Dyck et des langages réguliers. vol. 14, n°l, 1980 10 P. MARCHAND Des auteurs ont étudié des automates d'arbres et défini des familles d'arbres [13]. On obtient des notions qui ne sont pas très loin des bilangages réguliers, cependant ces auteurs travaillent en général non pas sur F mais sur un magma libre [13], c'est-à-dire que le nombre de fils d'un point d'un arbre est déterminé par ce point. Cela n'est pas le cas ici. On présente au paragraphe 4.2 une structure qui est voisine des automates d'arbre et qui est adaptée à V. 2. BIGRAMMAIRES RÉGULIÈRES ET GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES 2 . 1 . Définition des grammaires parenthésées DÉFINITION 2.1.1 : Soit T et T deux vocabulaires disjoints en bijection par l'application ai-»â. Soit N un troisième vocabulaire. On note R(N,T) l'ensemble des mots engendré par la grammaire algébrique GR({X, Y,Z},N telle que X -• Y A | Y Y -» a Z a Y | A pour tout A de JV, pour tout a de T, Z -> YZ | A Z | A pour tout A de JV. On montre facilement que cette grammaire GR n'est pas ambiguë. PROPOSITION 2.1.2 : Soit co un objet qui n'est pas un élément de N \JT\JT et N u r - » ( N u r u 7 = ; ) * u { c o } défini par 0(A) = A, Q(axr + r') = si 0(r)^co et 9(r')^co 9: alors ad(r)ad(r ') sinon co, 8(i4 xr + r') = si 0 (r')#© et r = A alors AQ(r') sinon co. On a alors l'équivalence suivante : [B(r) = aet p (r)eT*(JVu {A}) et (VXeJV), (O(A, r)]. De plus si aeR(N, T) il existe une et une seule ramification r vérifiant 9(r) = a. Démonstration : On commence par démontrer que ^> (\/AEN), (<b(A,r))t R.A.I.R.O. Informatique théorique/Theoretical Informaties GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES ET BILANGAGES RÉGULIERS 11 ce qui se fait aisément par récurrence sur r. L'équivalence cherchée se démontre alors facilement par récurrence. L'application 0 est en fait une généralisation de la représentation infixée des ramifications. DÉFINITION 2.1.3 : On appelle grammaire parenthésée un sextuplet G = (JV, T', T,~T, -+,X) tel que : — N, T', T, T sont des vocabulaires deux à deux disjoints; — 7"et T sont en bijection par l'application a\-+a; — le quadruplet G' = (N, T' u Tu T, -*, X) est une grammaire algébrique telle que si A -> a alors oc appartient à R(N u T', T). Le langage engendré par G est le langage engendré par la grammaire G '. Un langage est dit parenthèse s'il peut être engendré par une grammaire parenthésée. REMARQUE 1 : La définition 2.1.3 est évidemment beaucoup plus générale que celle donnée en 1.2.1. Nous appellerons grammaires parenthésées classiques les grammaires définies en 1.2.1. REMARQUE 2 : Soit G = (N, T', T, T, ->, X) une grammaire parenthésée, on peut construire une grammaire parenthésée G"' = (N, T", 7 \ , Tlf^,X) équivalente à G en un certain sens où 7 " est vide, il suffit pour cela de choisir un vocabulaire T ' en bijection avec T', de poser TX = TKJ T' et T\ = T u T ' et de définir A~> a o (3 a'), [A -> a' et a = fe(a')], où h est l'homomorphisme défini par AeN => h(A) = A, aeT => h(a) = a, aef => h(a) = a, a'eT' => h(a') = a' a'. L'homomorphisme h remplace donc chaque élément de T' par un couple de parenthèses successives. Il est trivial de démontrer que h(L(G)) = L(G") et que de plus h est une bijection de L(G) sur L(G"). vol. 14, n°l, 1980 12 P. MARCHAND Dans toute la suite nous supposerons donc T = '0 et une grammaire parenthésée, sera donc un quintuplet G = (N, T, T, ->, X). Remarquons que dans ce cas L(G) est contenu dans le langage de Dyck construit sur T. 2 . 2 . Correspondance entre bigrammaires régulières et grammaires parenthésées THÉORÈME 2.2.1 : Soit N, T, T trois vocabulaires, il existe une bijection entre les bigrammaires régulières ayant comme vocabulaires N et T et les grammaires parenthésées ayant comme vocabulaires N, T et T telle gue si G = (N, T, —» ,X)et G' = (N, T, T, -*, X') sont associées alors G et G' ont le même axiome et A »-r o A F-6(r). G G' Démonstration : Soit G = (N, T, -», X) une bigrammaire régulière et G' = (N, T, T, —•, X ') une grammaire parenthésée. On dira que G et G ' sont associées si et seulement si elles ont le même axiome et (VAeN), (VreiVLTr), [A-»roA-+Q(r)]. G G' Cette association est évidemment bijective. Il est facile de démontrer par récurrence que si G et G' sont associés alors ^—^ * * (\/AeN), ( V r e N u T ) , [A » - r o A >—8(r)]. G G' On en déduit que L(G') et BL(G) sont liés par la relation Q(BL(G)) = L(G'). [L'application 0 sur BL(G) est d'ailleurs dans ce cas la représentation infixée des ramifications de BL(G).] On peut donc passer de façon biunivoque des grammaires parenthésées aux bigrammaires régulières. Dans la suite nous ferons les démonstrations en termes de bigrammaires régulières et nous nous contenterons de traduire les résultats en termes de grammaires parenthésées sous forme de corollaires. 3. RÉDUCTION DES BIGRAMMAIRES RÉGULIÈRES ET CARACTÉRISATION DES GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES CLASSIQUES 3 . 1 . Réduction des bigrammaires régulières Deux bigrammaires sont équivalentes si et seulement si elles engendrent le même bilangage. R.A.I.R.O. Informatique théorique/Theoretical Informaties GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES ET BILANGAGES RÉGULIERS 13 THÉORÈME 3.1.1 : Soit G = (N, T, ->, X) une bigrammaire régulière, il existe une bigrammaire régulière G' = (Nf, T, \—», X) équivalente à G et dont les règles sont de la forme i4h->A ou Av-*axB + C (A, B, CeN', aeT). Démonstration : Nous donnerons seulement le schéma de la réduction, la démonstration complète se trouve dans [5]. Tout au cours de la réduction si on rencontre des règles de la forme A -> B on les supprime en employant la méthode utilisée pour les grammaires algébriques. 1er pas : On peut trouver une bigrammaire équivalente à G où toutes les règles sont de la forme A^>r + B ou A-+ A avec p ( r ) e l *. Il suffit de remplacer les règles A-^r par A -+r + A' et A' -» A où A' est un nouveau non terminal. Supposons cette condition réalisée. 2e pas : On peut trouver une bigrammaire équivalente à G où toutes les règles sont de la forme A ^> axr + B. Il suffit pour cela de remplacer chaque règle de la forme A-^>a1xr1+a2xr2+...+akxrk par A-+aïxr1+A1, A x-»a 2 x r 2 + A 2 , ..., ^ u - i —> a k où Alf A2, . . . , Ak„1 sont de nouveaux non terminaux. Supposons cette condition réalisée. 3e pas : On peut trouver une bigrammaire équivalente à G où toutes les règles sont de la forme A -> a x(Ax+ A2+ ... +Ak) + B. Il suffit pour montrer cela de trouver un procédé permettant d'abaisser la hauteur d'une ramification qui est dans le second membre d'une règle. Or si A -• a x (r x + r 2 + .. . + rk) + B est une règle de G, on obtient une grammaire équivalente en remplaçant cette règle par A ^ > a x ( A 1 + A 2 + . . . + A k ) + B , A l -^ r l f . . ., A k - > r k o ù A l f A 2 , . . . , A k sont de nouveaux non terminaux. En réitérant ce procédé on obtient la condition annoncée que l'on suppose réalisée. 4 e pas : Les trois premiers pas étaient triviaux, celui-ci l'est moins. Pour arriver au résultat annoncé dans le théorème il suffit maintenant de trouver un procédé permettant de diminuer le nombre kG défini par Si kG = 1 la réduction est terminée. Supposons kG ^ 2. Soit P l l'ensemble des règles de G de la forme A -• a x r -h B avec | p (r) | = fcG que l'on numérote de 1 àp, soit P2 l'ensemble des autres règles vol. 14, n°l, 1980 14 P. MARCHAND de G, pour les i compris entre 1 et p on considère des vocabulaires Nt disjoints de N, disjoints entre eux et en bijection avec N par les applications xt : Nt-* N. On définit alors une bigrammaire / / \ P \ G = (ATuI Q NA, T,\-+,X équivalente à G, V=l \ / / en posant t-* atx{A} +Af + ri) + Bi)eP t =» ^fi-^a,. x f x f 1 ^ ) + rl-) + BI- et On obtient alors une grammaire G ' telle que kG, = kG — 1 et pour laquelle il n'est pas très difficile de montrer qu'elle est équivalente à G. COROLLAIRE 3 . 1 . 2 : Pour toute grammaire parenthésée il existe une grammaire équivalente dont les règles sont de la forme A-*aBaC ou A-+A. 3 . 2 . Lien entre les deux définitions des grammaires parenthésées Dans ce paragraphe on caractérise de manière effective les grammaires parenthésées définies en 2 . 1 . 3 qui sont équivalentes aux grammaires parenthésées classiques définies en 1.2.1. DÉFINITION 3.2.1 : Soit G = (N, T, ->, X) une bigrammaire régulière. On associe à cette bigrammaire la grammaire régulière GP = (N, T, *->, X) telle que A\->OL o (3r) [A ->r et p(r) = a ]. On dit que G est non récursive à l'horizontale (en abrégé NRH) si et seulement si tous les langages L(GP,A)={OL;A ^-a^aeP} sont finis. R.A.I.R.O. Informatique théorique/Theoretical Informaties GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES ET BILANGAGES RÉGULIERS 15 REMARQUE : 1° On montre facilement que L(G p , A) = p(B(G, A)). 2° Le fait que G soit NRH est décidable car cela signifie simplement que G p n'est pas récursive à droite. THÉORÈME 3.2.2 : Les langages engendrés par les grammaires parenthésées au sens classique sont les représentations parenthétiques des bilangages engendrées par les bigrammaires régulières NRH et dont les règles ayant comme premier membre Vaxiome sont de la forme X -» a x r avec a e T. Démonstration : Si G est une grammaire parenthésée au sens classique, alors pour chaque A de N on a L(Gp, A) réduit à des mots d'une lettre dans la bigrammaire régulière correspondante. Réciproquement, soit G une bigrammaire régulière vérifiant les conditions du théorème, on peut remarquer que la construction de la réduite de G ne change pas son caractère NRH. Donc supposons G réduite (pour la suite de la démonstration il suffit d'ailleurs d'aller jusqu'au 3e pas de la réduction). Soit A -* r une règle de G. Soit rl,r2, . . ., rk les ramifications qui dérivent de r en appliquant des réécritures uniquement sur la racine et tels que p ( r f ) e r * ; l'hypothèse « G est NRH » est nécessaire et suffisante pour que ces ramifications soient en nombre fini. On obtient alors une bigrammaire équivalente en remplaçant chaque règle A -• r par les règles A -> r11 r2 | . . . | rk. Numérotons ces nouvelles règles sauf celles de premier membre X et celles de second membre A. Soit At -• rt la règle de numéro i avec ri = a\xr\+ . . . +aikrikr On introduit, pour chaque i, kt nouveaux terminaux A\.. .Al et on remplace G par la bigrammaire Gf = ({X}u[j{A[l ...,Al},T,^tX) telle que X^r' o (3r), [X^rtlr'eh(r)]t A)~*r' <=> r' ea)xh(r)), où h est la fonction de iVuTdans 0>{{X} u((J {A\.. .A[ } u T) t définie par r' + r") = si xeTalors xxli(r' sinon si x-> A alors-fi(r")u (J A\+ ... + i tel que sinon U A\+...+Aikt i tel que At=x vol. 14, n°I, 1980 + h{r") 16 P. MARCHAND avec la convention U A\...A[=X. i tel que A, = X On obtient alors une bigrammaire régulière équivalente à G et qui correspond à une grammaire parenthésée au sens classique. Exemple : avec X->ax(A + B)\bxB\axX, On a avec X->a\b, A\-+aB\A, Bh->c|A. Donc Gp n'est pas récursive à droite et donc G est NRH. On obtient une bigrammaire équivalente à G en remplaçant les règles de G par B -> c x A 131 A, la grammaire G ' est alors X -+ a\axB\\ax(A\+ A\)\ax(A\+ A\\axA22\ax{A22 + B\)\b\bxB\\axX, A\-+a\ax(A\+A\)\axAl, A\-*a\ax (A\+A\)\axA22, B\-*c\cx{A\+A\)\cxA22. R.A.I.R.O. Informatique théonque/Theoretical Informaties GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES ET BILANGAGES RÉGULIERS 17 En quelque sorte on peut dire que la généralisation que nous présentons ici des grammaires parenthésées et du même type que celle qui fait passer de l'étude des langages finis à l'étude des langages réguliers. 4. GRAMMAIRE PARENTHÉSÉE INVERSIBLE ET MINIMALE 4 . 1 . Introduction, définitions et propriété des grammaires parenthésées inversibles McNaughton [4] introduit la notion grammaire parenthésée inversible (backwards-deterministic parenthesis grammar). Une grammaire parenthésée est dite inversible si deux règles distinctes ont des seconds membres distincts. Dans la théorie classique, on déduit de cette définition qu'une grammaire inversible est non ambiguë. De plus, pour ce type de grammaire on peut commencer l'analyse syntaxique d'un mot par celle d'un facteur quelconque limité par deux parenthèses associées. Ces résultats ne se généralisent pas immédiatement à la forme générale des grammaires parenthésées. En effet, la non-ambïguité d'une grammaire inversible est due en particulier au fait qu'il est impossible, vu la forme particulière des règles dans le cas classique, de reconstruire un second membre de règle en utilisant d'autres règles. Ce n'est pas le cas avec les définitions données ici et même si on impose à une grammaire parenthésée générale de vérifier que des règles distinctes ont des seconds membres distincts, cette grammaire peut être ambiguë. Pour obtenir des résultats comparables à ceux de McNaughton il est donc nécessaire d'imposer une forme particulière au second membre des règles d'une grammaire parenthésée. Nous choisirons ici de prendre comme forme particulière a A aB ou A; cette forme semble particulièrement adaptée vu le théorème 3.1.1. On peut alors définir dans ce cadre une nouvelle notion de grammaire parenthésée inversible et obtenir des résultats comparables à ceux de McNaughton [4] mais plus puissants et plus généraux. En annexe on donne une définition plus générale de la notion de grammaire inversible qui recouvre ces deux cas. DÉFINITION 4.1.1 : Soit G = (N, T, - » , X) une bigrammaire régulière, on dit que G est inversible si elle vérifie les conditions suivantes : (i) l'axiome X n'apparaît pas en partie droite des règles; (VAeiV), (VBeJV), (VaeJVuT), (A ^> a et B-»a=>A = X ou B = X ou A = B); (iii) G est réduite au sens du théorème 3.1.1. vol. 14, n°l, 1980 18 P. MARCHAND Les conditions (i) et (ii) sont légèrement différentes de celles introduites par McNaughton [4] ceci est dû au fait que pour cet auteur une grammaire peut avoir plusieurs axiomes. PROPOSITION 4 . 1 . 2 : Soit G = (N, T, - » , X) une bigrammaire régulière inversible alors G n'est pas ambiguë [c'est-à-dire que la grammaire parenthésée G' = (N, T, T, —•, X) n'est pas ambiguë]. Démonstration : Soit P le langage de Dyck sur T et soit g : P —• &*(N) défini par #(oc) = {A; A >—a}. Pour démontrer que G' est non ambiguë il suffit de G' montrer que (VoceP), (3AeN), ou g(ai)={A} oug(*)={A,X}]. (I) Démontrons (I) par récurrence sur a. SiaL = A;g(a)={A;AeNetA^A}. D'après la condition (ii) de la définition 4.1.1, un seul non-terminal différent de X et éventuellement X vérifient A -* A. Donc (I) est vérifié pour oc = A. Supposons (I) vérifié pour oc'eP et oc"eP et démontrons (I) pour oc = aoc'âoc".Si0(oc)#Ç),il existe une dérivation de la forme Ay aBâCy G oc; donc Beg(a') et Ce#(oc"). D'après la condition (i) on a G B^X et C^X, donc B et C sont déterminés de manière unique grâce à l'hypothèse de récurrence et donc on a A égal k X ou A déterminé de manière unique par a, B et C, d'où le résultat pour a. REMARQUE : Soit oc e P de la forme a = a' a a" a a'" où a et a sont un couple de parenthèses associées, si a est engendré par G' alors il existe certainement une règle de G de la forme A -> aBaC telle que B >—oc". De plus on a Beg(ai"). Ceci signifie que pour faire l'analyse de a on peut commencer par celle de a" qui nous donnera un non-terminal B^X et faire ensuite l'analyse de oc'aBa<x". Dans le cadre des définitions de McNaughton [4], on peut aller un cran plus haut en trouvant B' tel que B' —• aB a. La suite du paragraphe va être consacrée à la construction de grammaires inversibles équivalentes à une grammaire donnée, les grammaires obtenues étant de plus en plus structurées jusqu'à obtenir une grammaire canoniquement associée au langage parenthèse considéré. Au passage nous démontrerons des résultats sur l'équivalence des bigrammaires régulières et sur le problème de l'ambiguïté des bigrammaires régulières. R.A.I.R.O. Informatique théorique/Theoretical Informaties GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES ET BILANGAGES RÉGULIERS 19 4.2. Structure de r-semi-binoïde DÉFINITION 4.2.1 : On appelle r-semi-binoïde un couple (E, (fa)aeT) formé d'un ensemble E et de card ( T) opérations binaires sur E en bijection avec T. Exemple : Le 7"-binoïde universel Tpeut être muni d'une structure de J'-semibinoïde en posant fa(r,r') = a quand on parlera du 7"-semi-binoïde f c'est à cette structure que l'on fera référence. DÉFINITION 4.2.2 : Si E et E' sont deux T-semi-binoïdes, un homomorphisme de E dans E' est une application h : E -> E' telle que h(fa(x,y))=f'a{h(x),h{y)) pour tout a de T et tout x et y de E. PROPOSITION 4.2.3 : Le T-semi-binoïde t est libre de base { A } c'est-à-dire que si E est un T-semi-binoïde et si e est un élément quelconque de E alors il existe un et un seul homomorphisme h de T dans E tel que h(A) = e. Démonstration : Cela est une trivialité en effet h doit vérifier h(A) =e et h{axr + r') = fa(h(r),h(r')) et il existe une et une seule application de T dans E vérifiant ces conditions. DÉFINITION 4 . 2 . 4 : Soit G = (N u { X } , T, - » , X ) une bigrammaire régulière, on dit que G est associée à un T-semi-binoïde si et seulement si : — XjN; — X n'intervient pas en partie droite d'une règle; — G est réduite; — N a une structure de T-semi-binoïde pour la famille de la loi fa; (VAeN, {VaeT), (VBeJV), (VCeJV), A = fa(B, C)]; - (3! AeN)(A-+A). On peut remarquer qu'une telle bigrammaire est en particulier inversible. PROPOSITION 4 . 2 . 5 : Pour toute bigrammaire G = (N ', T, i—»• ,X')il existe une bigrammaire G' = (N u { X }, 7 1 - » , X) équivalente à G et associée à un T-semibinoïde. vol. 14, n°l, 1980 20 P. MARCHAND Démonstration : On peut supposer G réduite, prenons alors N = 0*(N') et posons fa(E, £') = {A; AeN' et (3BeE), (3CeEr), (A-r-»a xB + C)}. On munit ainsi N d'une structure de T'-semi-binoïde. Soit Eo= {A; AeN' et Soit S'={E;EeN et X'eE}. Prenons pour G' la grammaire définie pour I - > a x £ + £' o fa(E,E')e<g, E^axE' + E" o £->A o fa{E',E") = E, E = E0. De façon évidente G' est associée à un T-semi-binoïde et il faut montrer maintenant que G' est équivalente à G. Pour cela il suffit de remarquer que (Vref), [E »-roE={A; AeNetA»-r}], équivalence qui se démontre trivialement par récurrence sur r. Commentaire : Cette démonstration est très proche de celle donnée par McNaughton [4] de l'existence d'une grammaire parenthésée inversible équivalente à une grammaire parenthésée donnée, l'idée nouvelle et d'introduire la notion de structure algébrique qui va nous conduire à des recherches de structure algébrique minimale. On trouve dans [12] une démonstration tout à fait similaire mais avec des définitions légèrement différentes. Cette notion de Tsemi-binoïde n'est pas très loin non plus de la notion d'automate d'arbre travaillant des feuilles vers la racine étudiée par Thatcher [13]. COROLLAIRE 4 . 2 . 6 : Un bilangage sur Test régulier si et seulement s'il existe un T-semi-binoïdefini N, une partie Nx de N et un homomorphisme de T-semi-binoïde h : f->JV telqueh-1(N1) = L. R.A.I.R.O. Informatique théorique/Theoretical Informaties GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES ET BILANGAGES RÉGULIERS 21 Démonstration : Si L = h~1 (JVX) alors L est engendré par la bigrammaire régulière G' = (JV u {X }, T, -•, X) définie par <s> fa{A,B)eNlt A-+axB + C o fa(B,C) = A, A-+A o h(A) = A. il est en effet facile de démontrer par récurrence que (VreT), (X-r) o (h(r) = A). Réciproquement si L est engendré par une bigrammaire régulière alors il existe une bigrammaire régulière G' = (JV u {X}, T, -»,X) engendrant L et associé à un 7"-semi-binoïde. Soit h : T -> JV l'homomorphisme de T-semi-binoïde tel que h(A) = A où A est l'unique élément de JV tel que A -» A. Il est alors facile de montrer que L = h~l (JV\) où N1 = {A\{3a, B, C),(X^>axB + C)etA = fa(B, C)}. COROLLAIRE 4.2.7 [10] : La classe des bilangages réguliers est stable par les opérations booléennes et les holomorphismes inverses. Démonstration : II suffit de calquer la démonstration faite pour les langages réguliers considérés comme image inverse de parties de monoïdes finis. COROLLAIRE 4.2.8 [9] : U égalité, l'inclusion sont des problèmes décidables pour les bilangages réguliers. Démonstration : Si L et L' sont des bilangages réguliers, on sait construire de manière effective une bigrammaire engendrant la différence symétrique L À L'et une autre engendrant L' n^fL. Or L = L' o LczL o LAL=Ç), L'n[tL = Ç). Donc ces deux problèmes sont décidables. Ce corollaire a été démontré dans un cas particulier par McNaughton [4] et dans un cas plus général par Paull et Unger [11], ce problème a été repris dans toute sa généralité et en terme de bilangage par Pair [9, 8]. Dans [8] on trouve une autre application astucieuse des bilangages aux morphismes de grammaire. Remarquons que cette façon d'aborder le problème de l'égalité de deux bilangages réguliers est beaucoup plus efficace que celle rencontrée dans la littérature. En effet, en général on traite ce problème en construisant une vol. 14, n°l, 1980 22 P. MARCHAND grammaire canonique associée à un langage parenthèse donné [4] qui n'est pas nécessaire pour ce problème. Par exemple, pour comparer deux langages réguliers il n'est pas nécessaire de calculer les automates minimaux de ces deux langages. COROLLAIRE 4.2.9 : Le problème de Vambiguïté est décidable pour les bigrammaires régulières. Démonstration : Les réductions conduisant à la forme réduite énoncée au théorème 3.1.1 ne changent pas le caractère ambigu ou non d'une bigrammaire sauf peut être la toute première réduction qui consiste à supprimer les règles de la forme A >— B et qui peut supprimer l'ambiguïté d'une grammaire. Mais si l'ambiguïté provient de cette réduction elle est facile à tester directement. Donc on peut se contenter de traiter le cas où G = (N, T, -», X) est sous forme réduite. Pour chaque A e N notons &(A) = {r; A »— r et ret). Pour que G soit G ambigu il faut et il suffit que G vérifie (3 a eT), (3 A), (3 5), (3 5% (3 C), (3C), et {a Or la vérification de cette condition peut se faire de manière effective car elle revient à tester si des bilangages réguliers sont vides ou non. Ce corollaire a été énoncé et démontré dans [11] à propos des grammaires parenthésées classiques à un seul type de parenthèse. La technique de démonstration proposée dans [11] est beaucoup plus lourde quelle celle mise en évidence ici. 4.3. Structure de T-binoïde, bigrammaire minimale associée Nous allons déjà voir dans ce paragraphe que l'on peut améliorer le résultat de la proposition 4.2.5 en introduisant des bigrammaires associées à des Tbinoïdes. DÉFINITION 4.3.1 : Soit G = ( J V u { l } , T, -» X) une bigrammaire régulière, on dit que G est associé à un T-binoïde si et seulement si G vérifie les conditions suivantes : — X &N et X n'intervient pas en partie droite d'une règle; — G est réduite; R.A.I.R.O. Informatique théorique/Theoretical Informaties GRAMMAIRES PARENTHESEES ET BILANGAGES RÉGULIERS 23 — N a une structure de T-binoïde, l'élément neutre de + étant E; - 0/AeN), (VaeT), (VBeN), (VCeJV), PROPOSITION 4.3.2 [10] : Un bilangage L sur T est régulier si et seulement si il existe un T-binoïdefini B et une partie B' de B telle que pour Vhomomorphisme \|/ : T -• B on ait Démonstration : Si L = \|/ ~ * (B '), on peut définir sur B une structure de T-semibinoïde en posant fa(b, b') = axb + b'. Soit h : t-> B l'homomorphisme de Tsemi-binoïde défini par h(A) = e {e est l'élément neutre de B pour + ), alors il est facile de montrer par récurrence que h = y\f. Donc Si L est régulier, d'après le corollaire 4.2.6 il existe un T-semi-binoïde B, h : f -> 5 et 5 ' c B tel que L = /Î " x (5 '). Soit B1=BB l'ensemble des applications de B dans 2?, soit e = h(A), on définit dans Bx la structure de 7"-binoïde suivante : F + G = F o G (composition des applications), (a x F) (&) = ƒ „ ( ƒ » , ft). Il existe alors un unique homomorphisme de T-binoïde \|/ : T ^ B1. Montrons que v|/ (r) (g) = /i (r) en faisant une récurrence sur r : Soit B ; = {F, F ( g ) 6 B ' } , on obtient alors L = v Cette proposition montre en particulier que la définition des bilangages réguliers donnée ici est compatible avec celle donnée dans [9, 10, 12]. COROLLAIRE 4 . 3 . 3 : Pour toute bigrammaire G = (N, T, - » , X) il existe une bigrammaire G = ( ] V u { l } j , - * , I ) équivalente à G' et associée à un T-binoïde. vol. 14, n°l, 1980 24 P. MARCHAND Démonstration : Soit L le bilangage engendré par G''. Soit B un UT-binoïde tel que L = v|/~1(J5') avec BczB et \|i : f-*B, alors L est engendré par la bigrammaire G = (£ u {X }, T, - » , X ) avec X -• û x s + s' «> s e B e t s ' e B e t a x s + s ' e B ' , s - ^ a x s ' + s" <=> s e 5 et s ' e B et s"EB et a x s ' + s" = s, s -» A <*> s = e = l'élément neutre de B pour +. Nous allons montrer que parmi les T-binoïdes associés à un bilangage régulier il y en a un de minimal qui est entièrement déterminé par le bilangage régulier. DÉFINITION 4.3.4 : Soit L un bilangage sur T. On appelle contexte pour L l'application CL : Î^>0>(T[1\) définie par CL(r) = {t;tef[l]ett{r)eL}. Cette notion a été introduite dans [4] sous un aspect légèrement différent et a été réintroduite indépendamment sous cette forme dans [5]. PROPOSITION 4.3.5 : L'ensemble ^L = {CL(r); reT} peut être muni d'une structure de T-binoïde telle que CL soit Vhomomorphisme de t dans C€L. De plus on a L = D-1(%i) avec %[ = {CL(r); l e C L ( r ) }. Démonstration : Pour la première partie de la démonstration, il suffit de montrer que : (i) => CL(r + s) = CL(r' + sr); et CL{s) = CL{s') (ii) CL (r) = CL (r ') => CL(axr) = CL(axr'). Montrons (i) : teCL(r + s) o t(r + s)eL o <^> £(l + s)(r)eL t(l+s)eCL(r) o o t(r' + s)eL o o t(l + s)eC L (r') t(r' + ï)eCL(s) £(r' + l)eC L (s') o teCL{r' + s'). Même type de démonstration pour (ii). La deuxième partie est triviale. R.A.I.R.O. Informatique théorique/Theoretical Informaties GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES ET BILANGAGES RÉGULIERS PROPOSITION 4 . 3 . 6 : Soit B un T-binoïde etL = y\t~1{B') et y\f : T'-> B. Alors il existe un homomorphisme (Vref), (C L (r) = X(v|/(r)) et 25 avec B' contenu dans B surjectif % : v|/(!T) - • %\ tel que <$[ Démonstration : Pour trouver % il suffit de démontrer que x|/(r) = v|/(r') => CL(r) = CL(r'). Pour cela il suffit de démontrer que ce qui est trivial pour récurrence sur h. Le reste des vérifications est trivial. THÉORÈME 4.3.7 : Un bilangage L est régulier si et seulement si Vensemble (€L est fini. Démonstration : Cela résulte immédiatement des propositions 4.3.5 et 4.3.6. DÉFINITION 4.3.8 : Si L est régulier, ^L est le T-binoïde minimal associé à L; de plus la grammaire G = (^LKJ {X}, T, -», X) avec C^axC' + C" o axC' C^A o C = CL(A). est appelée grammaire minimale de L. PROPOSITION 4.3.9 : Le T-binoïde minimal associé à L peut être construit de manière effective à partir d'une bigrammaire régulière engendrant L. Démonstration : Tout au long des démonstrations les constructions ont été faites de manière effective sauf la construction de ^L. Donc à partir d'une bigrammaire régulière engendrant L, il est possible de construire de manière effective un T-binoïde B et une partie B' de B tel que L = \|/~1 (B') avec \|/ : t ^ B. Commençons par construire \|/(T). Or \|/ (T) est le sous-ensemble de B formé des éléments que l'on peut obtenir à partir de e en appliquant la loi externe. Posons On obtient immédiatement vol. 14, n°l, 1980 26 P. MARCHAND Mais comme B est fini, on a, pour le premier n0 tel que BrlQ=Bno+l, y\f{f) = Bno. On ne change rien au problème en supposant que B est égal à BHQ et que B' est égal à B' n Bno. Il faut maintenant construire dans B la relation d'équivalence b~b' o %(b) = x(b% où x ". B -• ^ L est rhomomorphisme tel que p \ | / = CL. L'ensemble quotient 5 / ~ est alors isomorphe au binoïde minimal de L. On obtient : b~b' o (Bref), <s> (Bref), (3sef), (3sef), o b\f(r) = b et \\r(s) = b'et x°^(r) = %°ty(s)] [\|/ (r) = 6 et \|/ (s) = b ' et CL (r) = Q (s)] (3 re f), (3 s e ? ) , b\f(r) = b et \|/(s) = b' et (V te f [1] (r(r)eLor(s)eL)] ^> (3ref), (3sef), [x|/ (r) = b et vj/ (5) = b ' et (V t e f[l]) (v|/ (t (r) G B ' o v|/ (t (s)) e B% Or si on appelle tB l'application de B dans B associée au polynôme t on a (Vref), (Vtef[l]), (v|/(t (r))= t s (x|/(r))). (Démonstration facile par récurrence sur t et en utilisant le fait que \|/ est un homomorphisme.) On en déduit donc que b~ft' <^ (V/zef[l]), [ Notons Lb le bilangage sur T u {1} défini par Lb = {h;het[l]ethB(b)eB'}. On a donc b~b'oLb = Lb . Pour montrer que cette relation d'équivalence peut se calculer de manière effective, il suffit donc maintenant de montrer que Lb est un bilangage régulier. Considérons les trois ( l u {1}) binoïdes Blf B2, B3 définis par : 1 ° B ! = B u {co} où co est un symbole qui n'est pas dans B et les lois de B1 sont définies par les tables de la figure 4. Dans ces tables b' et b" désignent des éléments quelconques de B, e est l'élément neutre de B, a est quelconque dans T, b est l'élément de B pour lequel on calcule Lb, les lois + et x utilisées dans les tables sont celles de B. R.A.I.R.O. Informatique théorique/Theoretical Informaties 27 GRAMMAIRES PARENTHÉSÉES ET BILANGAGES RÉGULIERS + b' CO X a 1 b" b' + b" CÛ e axe b CO CO CO b'^e a xb' CD CO co CO Figure 4. 2° B2 = { _L, T, co} les lois de B2 sont définies par les tables de la figure 5. + 1 T Cù X a 1 1 ± T co 1 T T T T T co T T Cû Cû Cû co CÛ co Cû co Figure 5. = {_L,T,cû}les lois de B3 sont définies par les tables de la figure 6. + 1 T CÛ X a 1 1 1 T co 1 1 T T T Cû co T T CÛ co co co Cû CÛ CÛ co Figure 6. Soit \|/ ! : l u {1} -> B1 ,\|/ 2 : Tu { 1} -> £ 2 ,\|/ 3 : TKJ {1} ~* B3 . Il est facile de démontrer par récurrence que tef[l] => y\fl( tef => \ h ( 0 }) = {t; teTu {1} et 1 n'apparaît qu'aux feuilles de t}; }) = { t; teTu { 1} et 1 a une seule occurrence dans t}.
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De la projection hypothétique à l'atténuation - le conditionnel français vs WOULD + BV. Linguistique contrastive et traduction, Ophrys, p. 117-185, 1998. &#x27E8;hal-00454457&#x27E9;
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De la projection hypothétique à l’atténuation - le conditionnel français vs WOULD + BV Jean-Marie Merle HAL is a multi-disciplinary archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, w . and in France . L’archive , et ou non De projection hypothétique – le condition français vs. D + -Marie M ERLE é , , Laboratoire mmerle @aliceads .fr Cet article est paru dans le tome 4 de Linguistique contrastive et traduction, dir. Jacqueline Guillemin-Flescher, Paris, Ophrys, 1998. Les analyses proposées ici sont dans une grande mesure revues et corrigées dans Merle 2001 (Etude du conditionnel français et de ses traductions en français, Paris, Ophrys). 1.1. Le conditionnel : temps ou mode? La plupart des linguistes considèrent que le débat n'a plus lieu d'être, et que le conditionnel, en raison de sa morphologie (morphèmes -R- du futur et -ais de l'imparfait), fait partie de l'indicatif (voir D. Maingueneau1, R. L. Wagner et J. Pinchon2). On est tenté d'objecter ceci : le morphème -R- du futur n'est autre qu'un vestige de l'infinitif, et qui distingue le futur – et donc le conditionnel – des autres temps de l'indicatif en laissant subsister une parenté visible avec le virtuel (la notion lexicale). D. Maingueneau ajoute que l'indicatif n'étant par ailleurs nullement incompatible avec la modalisation, il n'y a dès lors plus aucune raison d'en exclure le conditionnel, le problème actuel étant de trouver un invariant qui soit à même de réconcilier ses divers emplois. Ceux-ci se divisent traditionnellement en deux tendances : emplois temporels et emplois modaux. Si le conditionnel est effectivement un temps de l'indicatif, on ne peut que s'interroger sur la définition de celui-ci, qui remonte à l'Antiquité et au souci de vérité qui animait les philosophes grecs. L'indicatif se définit comme le seul et unique mode susceptible d'exprimer le certain. C'est le mode de l'assertion – de ce qui est ou de ce qui n'est pas le cas –et qui correspond donc à la modalité de type I définie par A. Culioli3, ou au degré zéro de la modalité décrit par P. Le Goffic4. Or, s'il existe, dans l'extralinguistique, une symétrie algébrique entre passé chronologique et avenir lorsque ceux-ci se calculent par rapport à un pivot qui serait la coordonnée t0 du moment d'énonciation, il n'existe ni symétrie ni similitude entre eux au regard de l'assertion5. Le passé est en effet assertable dans le sens où un énonciateur peut énoncer comme certain ce qui a été ou n'a pas été le cas, alors que l'avenir relève par nature, par rapport à t0, du non certain (voire 1. L'Enonciation en linguistique française, Paris, Hachette, 1991, p.83. Précis de grammaire pour les concours, Paris, Bordas, Dunod, 1991, p. 107 2. Grammaire du français classique et moderne, Paris, Hachette, 1991, p. 319 3 cf. J. Bouscaren, J. Chuquet et L. Danon-Boileau, Grammaire et textes anglais — Guide pour l'analyse linguistique, Gap, Ophrys, 1987 : p. 36 et suivantes. 4. Grammaire de la phrase française, Paris, Hachette, 1993, p. 93 5 Cette conception du futur, ultérieurement appelée « illusion logique » a été complètement révisée dans Merle 2001, Etude du conditionnel français et de ses traductions en anglais, Paris, Ophrys. Jean-Marie MERLE 118 de l'incertain), modalité de type II. Dominique Maingueneau adopte la position suivante6 : « (...) on ne doit pas considérer [les] valeurs modales [du futur] comme des emplois périphériques mais poser dès le départ qu'elles relèvent de plein droit du fonctionnement normal du futur et que ce sont plutôt les emplois non modaux, « neutres », qui sont périphériques. » La prise en charge par un énonciateur d'un énoncé au futur ne suffit pas pour que cet énoncé soit reçu comme une assertion : si le sujet énonciateur prédit la validation de p, le co-énonciateur n'aura pas besoin de soupçonner l'énonciateur de mensonge ni d'ironie pour calculer immédiatement que p' (non validation) n'est pas exclu (le cas extrême étant la classe des co-énonciateurs de Cassandre). Enoncer « Il viendra », revient à prendre en charge une prédiction et à présenter une relation comme qualifiée pour la validation, mais aucune glose (« parce que je le dis », « parce que c'est prévu », « parce qu'il ne peut en être autrement ») ne parviendrait à faire perdre à cet énoncé son caractère non certain. De même énoncer : (1) Il est certainement venu. revient à faire perdre à la relation envisagée son caractère d'assertion, par le fait même que la certitude énoncée n'est nullement ce qui est ou n'est pas le cas, et revient à introduire une modalité épistémique, conclusion de l'énonciateur aussi proche que possible de l'assertion, mais néanmoins en deçà de celle-ci : l'énoncé ne relève plus du certain, mais du non certain : p est envisagé mais p' n'est pas exclu. Dans un énoncé « transposé » : (2a) Il a dit qu'il viendrait, (2b) Il l'avait (bien) dit, qu'il viendrait, (2c) Il avait (bien / pourtant) dit qu'il viendrait, non seulement l'énonciateur ne prend pas en charge la prédiction (c'est le propre du discours rapporté), mais tout autant, sinon davantage selon les contextes, il rappelle son rôle préalable de co-énonciateur, et l'interprétation de tout coénonciateur en présence d'un énoncé au futur : le seul fait de garantir p à venir ne suffit pas à exclure p'. Il est sans doute significatif que les situations dans lesquelles apparaît ce type d'énoncé soient le plus fréquemment celles où p' est 6. A propos de cette dissymétrie, voir Dominique Maingueneau, L'Enonciation en linguistique française, p.47-48 et p.79-82. De la projection hypothétique à l’atténuation : conditionnel français vs. Would + BV 119 envisagé7. La différence perceptible est que dans l'exemple (1), la modalité est quantitative8 (certainement), en (2), elle est qualitative (-R-) et ne fait que refléter le statut de l'infinitif, dont une propriété fondamentale est la virtualité — neutralité entre validation et non validation, qui peut se représenter (p,p'), disponibilité des deux valeurs constitutives du domaine notionnel, disponibilité des deux zones, intérieur I, ou zone de validation d'une occurrence, et extérieur E, zone de non validation, qui constituent le domaine notionnel — virtualité associée à toute notion lexicale lorsque celle-ci demeure, par insuffisance de détermination, au stade de la notion. Si l'étape du choix notionnel est dépassée, celle de la validation demeure en attente au moment repère envisagé : 'est ce que signale le morphème -R-. De même le conditionnel, dans l'emploi canonique qui lui a valu son nom (projection à partir d'un repère fictif, dont l'assertion n'est qu'hypothétique, c'està-dire opérée à titre d'hypothèse), ne peut qu'entrer dans des propositions soumises à condition et qu'exprimer par conséquent du probable « qui n'est pas le cas ». Futur et conditionnel seraient donc des hôtes d'honneur de l'indicatif en raison de leur seule morphologie. H. Yvon, à propos de ces deux temps, préfère 7. — 2a : « il (énonciateur rapporté) a dit qu'il viendrait (p) ; maintenant, moi énonciateur principal, je n'en sais rien... il n'est pas encore là, on verra bien... (p,p') » ; — 2b : « il (énonciateur rapporté) avait dit qu'il viendrait (p) et, contrairement à ce que tu (coénonciateur principal) as pu croire (i.e. p' ou p,p'), il est effectivement venu (retour à p : « il a tenu parole ») » ; — 2c : « il avait dit qu'il viendrait (p), mais contrairement à son engagement, il n'est pas venu (p') ; à présent... c'est lui (énonciateur rapporté) qui l'a dit (p)... pour ma part je n'étais alors que coénonciateur (p,p'), et je n'ai été ensuite qu'énonciateur rapporteur » ; — 2c' (intonation différente): « il avait annoncé p, et pourtant il n'est pas encore là (p')... tout espoir n'est pas perdu (p non exclu), mais à présent le doute est permis (p,p') ». D'une part, l'énonciateur principal se décharge l'énonciateur rapporté de la responsabilité de la relation posée. D'autre part, cette relation reste virtuelle, ce qui permet d'exploiter la coexistence des deux valeurs associées au virtuel, i.e. le domaine notionnel dans toute son ampleur. Les effets de sens induits par un segment introducteur au plus-que-parfait seront abordés à propos de l'exemple (7). 8. Qnt, dans la mesure où toute prise de position épistémique situe un contenu propositionnel (Qlt : <il - venir>) par rapport à l'assertion (ici : il est venu), en lui associant un degré (Qnt) d'assertabilité (il est certainement /... / probablement /... / peut-être venu). Ce degré est fonction du critère modal retenu. Le non certain situe un contenu propositionnel en retrait par rapport à l'assertion, le probable correspondant à un degré plus proche du centre attracteur que l'éventuel. (Paradoxalement, le critère modal « certainement » a pour fonction (quantitative) de situer l'énoncé en bonne position par rapport à l'assertion, mais en retrait, en deçà de l'assertion, introduisant inévitablement le gradient épistémique : « Je n'asserte pas, mais selon moi, énonciateur, il est fortement probable qu'il soit venu. ») Jean-Marie MERLE 120 parler de mode suppositif9. Le propos n'est pas ici de déterrer le débat, mais il semble que la voie ouverte par H. Yvon permettrait de retrouver trace de l'invariant : quand l'énonciateur prédit p, le marqueur -R- de l'infinitif rappelle explicitement que p' ne peut être exclu, sauf à supposer que... les éléments adéquats soient validés. L'énoncé type suivant montre que le suppositif aurait un statut intermédiaire entre l'indicatif et le subjonctif : (3) Je ne suis pas sûr qu'il vienne / qu'il soit venu / qu'il viendra / *qu'il vient / *qu'il est venu10 / (?) qu'il venait (possible dans des contextes de reprise) Pour comparer les énoncés comportant un conditionnel que l'on peut à juste titre préférer appeler forme en -rais11), en français, et leur traduction en anglais, il n'est sans doute pas inutile de s'interroger au préalable sur les origines du conditionnel dans le système verbal français. 1.2. Les origines Le système verbal français est dérivé du latin. Or, il n'existe pas de conditionnel en latin, où le subjonctif12 suffit à assurer, face à l'indicatif, l'opposition virtuel / actuel. Conditionnel et futur français ne sont donc pas un héritage direct du latin classique, mais proviennent de la fusion, en langue romane, de l'infinitif + habere (habere au présent dans la formation du futur, à l'imparfait dans la formation du conditionnel). E. Benveniste13 signale que cette forme de futur périphrastique (infinitif + habere) apparaît au début du IIIe s. : 9. Etudes romanes dédiées à Mario Roques, Paris, E. Droz, 1946 10. Michèle MITTNER rappelle que cette distinction dépend du niveau de langue. 11. R. L. Wagner et J. Pinchon signalent que, dès le XVIe siècle, le grammairien Meigret avait proposé de l'appeler «forme en -rais» (op. cit., 1991, p.390). 12. L'apparition de cette nouvelle morphologie du futur constitue une simplification par rapport au latin qui possède deux séries de marqueurs : -bo, -bis, -bit, -bimus, -bitis, -bunt pour les première et deuxième conjugaisons, et -am, -es, -et, -emus, -etis, -ent pour les autres. Dans ce dernier cas, il existe une confusion significative entre futur et subjonctif présent à la première personne du singulier. 13. Problèmes de linguistique générale, Paris, Gallimard, 1974, tome 2, p. 131 et suivantes. E. Benveniste rejette la glose avait à : «(...) habere ne signifie pas «avoir (à)» comme dans «j'ai à travailler», sens qui n'aurait jamais conduit à un futur «je travaillerai», et qui en est même si différent que, aujourd'hui comme autrefois, «j'ai à travailler» ne se confond jamais avec «je travaillerai», ni «j'ai à dire» avec «je dirai».». La glose retenue ici, «qui avait pour destin DE», met en évidence un lien beaucoup plus fort, donné comme préconstruit (à propos de DE vs. À, voir H. Adamczewski). De la projection hypothétique à l’atténuation : conditionnel français vs. Would + BV 121 – habere d'abord à l'imparfait, (l'étymon de la forme en -rais est donc apparu avant notre futur en -rai) – l'infinitif étant un passif, – et uniquement dans des subordonnées, – surtout relatives. Ces caractéristiques permettent enfin de comprendre d'où vient la valeur d'assertion associée au futur. Glose : qui avait pour destin d'être fait tel. A ce stade, il n'existe encore aucune concurrence entre cette forme périphrastique et le futur latin classique, et tous deux coexistent pendant plus de quatre siècles (du IIIe au VIIe s. apr. J.-C.). <Infinitif passif + habere> signifie la « prédestination de l'objet désigné à être fait tel » => « ce qui a pour destin d'arriver » => « ce qui arrivera », par opposition au futur classique exprimant l'intention. Avec le temps, la forme périphrastique gagne les propositions indépendantes, puis s'étend aux infinitifs déponents et intransitifs, enfin à tous les infinitifs. Alors seulement elle supplante la forme simple classique. L'expression de la prédestination dans un contexte passé se retrouve dans des énoncés comme les suivants : (4a) Depuis des mois, l'Europe et les Etats-Unis prêchaient pour le maintien d'une « autorité centrale » dans ce qui succéderait à l'Union soviétique (...). (Le Monde) Cette forme peut se gloser : « ce qui était appelé / destiné à succéder à... ». Le mouvement de dévirtualisation (de I,E vers I) peut se représenter (E)I : la validation n'est pas atteinte au moment qui tient lieu de repère interne, mais la non validation n'est pas pertinente. En outre, la prédestination ne tolère par définition de repérage que temporel, ce qui exclut toute autre prise de position modale de l'énonciateur : l'emploi de would + BV est impossible ici. L'anglais a ainsi recours au repérage le plus indépendant de l'énonciateur qui puisse situer un énoncé en deçà de la validation tout en signalant le mouvement de dévirtualisation14 vers la validation d'une occurrence : On remarquera aussi que l'illusion de symétrie offerte par les marqueurs du passé simple (-ai) et ceux du futur (-rai), mise en avant par G. Guillaume (Temps et Verbe, 1929), ne tient qu'aux trois personnes du singulier des verbes du seul premier groupe. J. Damourette et E. Pichon rappellent, après Yvon, que le marqueur -ai de aimai procède de -a(v)i, alors que le marqueur -ai de aimerai procède de habeo. (Essai de gramm d'Artrey, 1936, $1831, p.408) 14. Terme emprunté à P. Cotte : « TO opérateur de dévirtualisation en anglais » (in Modèles linguistiques, t. IV, 2, 1982) 122 Jean-Marie MERLE (4b) For months, Europe and the United States had been urging that a "central authority" be maintained in what was to take over from a disintegrating Soviet Union. (The Guardian Weekly) A l'énoncé (5), le problème de traduction est le même, et résolu de la même manière (on remarquera que, sauf la diathèse passive, toutes les caractéristiques données par E. Benveniste sont réunies ici : relative en 5, intégrative en 4) : (5a) (...) et si l'on m'avait dit que les métaphysiciens auxquels je m'attacherais alors ne lui ressembleraient en rien, j'aurais ressenti le désespoir d'un amoureux qui veut aimer pour la vie et à qui on parle des autres maîtresses qu'il aura plus tard. (Du côté de chez Swann, p.96) (5b) (...) and if I had been told then that the metaphysicians to whom I was actually to become attached there would resemble him in nothing, I should have been struck down by the despair of a young lover who has sworn lifelong fidelity, when a friend speaks to him of the other mistresses he will have in time to come. (p. 105) C'est donc sans doute cette aptitude à exprimer la prédestination (la forme est apparue d'abord à l'imparfait, donc dans des énoncés parfaitement assertables car situés chronologiquement après attestation des faits), par définition indépendante de toute intervention modalisante de l'énonciateur, qui donne au futur sa valeur de prédiction, aisément assimilée à une assertion15, justifiant ainsi son appartenance au mode indicatif. Le statut du futur16 et du conditionnel repose en définitive sur un hiatus, qui justifie bien, dans le cas du conditionnel, le foisonnement de ses emplois, temporels ou modaux, de l'apodose canonique prenant appui sur une protase explicite au florissant conditionnel journalistique, qui tire un parti abondant de caractéristiques aussi paradoxales, permettant d'associer les propriétés du non certain et un acte d'assertion. 15. Jacques Boulle signale, à propos du futur, que l'énonciateur a la faculté de rendre aussi infinitésimale qu'il le souhaite la différence entre modalité de type II (épistémique, ou assertive) et modalité de type I (assertion), autrement dit qu'il peut envisager l'avenir (le non certain), presque à l'égal du certain. J. Boulle appuie son argumentation sur l'opposition entre formes périphrastiques (qui exhibent séparément l'existence d'opérations mentales distinctes), et formes synthétiques (qui tendent à en donner la somme). 16. A propos du futur, il sera intéressant de lire l'article d'Agnès Celle, qui adopte un point de vue différent, dans «La traduction de WILL», in Linguistique contrastive et traduction, Gap : Ophrys, 1994, tome 3, ou encore dans Etude contrastive du futur français et de ses réalisations en français, Gap, Ophrys, 1997. De la projection hypothétique à l’atténuation : conditionnel français vs. Would + BV 123 1.3. Deux emplois fondamentaux La morphologie qui caractérise le conditionnel combine donc les marqueurs du futur et de l'imparfait. La valeur prospective du premier, comme on vient de le rappeler, s'interprète logiquement en raison du caractère non certain qu'elle confère à un énoncé comme une modalité épistémique, mais pour de solides raisons historiques, comme une assertion. Quant au second, il répond, selon le contexte, 1.3.1. — soit à un repérage hypothétique (et donc en rupture par rapport aux coordonnées de l'énonciation : valeur modale) : (6a) (...) si j'étais à ta place, je ferais réparer cette marche au plus vite. (Les Bijoux de la Castafiore, p.17) L'énonciateur construit son énoncé sur une hypothèse (littéralement : proposition posée en dessous, qui tient lieu de fondement, de base à un raisonnement, à un discours), la première proposition p, traditionnellement appelée protase (proposition qui tient lieu de prémisse majeure d'un argument, première partie d'une période, proposition à développer, par opposition à l'apodose qui en est le développement), sur laquelle il appuie l'apodose q, que l'on peut décrire comme une projection hypothétique. Cette projection justifie les marqueurs du futur dans q (et éventuellement dans les propositions qui en constituent l'extension). Quant aux marqueurs de l'imparfait, qui apparaissent dans la protase comme dans l'apodose, ils sont tout au long d'un énoncé hypothétique le rappel que celui-ci est repéré en rupture par rapport aux coordonnées de l'énonciation. La valeur de l'imparfait n'est bien entendu nullement temporelle (chronologique), mais modale, dans le sens où le contenu propositionnel de l'énoncé entre en contradiction avec ce qui « est le cas » en posant comme dépassée acquise) une relation fictive. En anglais, ce dépassement, fictif comme chronologique, se rend par le prétérit (praeter eo signifie précisément aller au-delà, et praetereo dépasser ; praeteritum signale que le dépassement est consommé), et la forme be + Ving n'apparaît que pour signaler un préconstruit. En français, cette distinction aspectuelle n'est plus possible car se surajoute d'emblée la valeur aspectuelle suspensive de l'imparfait. L'hiatus entre prétérit et imparfait confirme ici la valeur métalinguistique de celui-ci dans un énoncé hypothétique (glose : « si p était le cas », « admettons que p soit le cas », « soit p ») : l'énonciateur invite le coénonciateur à admettre provisoirement une relation comme dépassée, à seule fin de poursuivre son raisonnement et d'enchaîner sur sa projection hypothétique. Jean-Marie MERLE 124 L'imparfait seul ne saurait bien entendu suffire à ouvrir l'hypothèse : (6') j'étais à ta place reprend tout naturellement une valeur aspectuo-temporelle et s'inscrit dans un cadre passé, posant p et excluant p'. D'où le rôle de la conjonction si / if. Elle opère une commutation de p' à p et permet, le temps de l'acte d'énonciation, la coexistence de p' et de p, qui n'ont cependant pas le même statut l'un et l'autre. Lorsque le temps de la protase est le présent, seul le potentiel est envisagé, et les deux voies (p,p') sont équipossibles. Dans l'énoncé (6), si / if signale encore que la validation fictive de p se construit par rapport à p'. Car p' est le cas. La prétérition devient alors nécessaire pour laisser en arrière p' et faire admettre (dépasser) la validation fictive de p. Que l'interprétation soit celle d'un potentiel (validation non encore exclue) ou d'un irréel (validation définitivement exclue), l'hypothèse contenue dans une protase à l'imparfait / prétérit – « si p était le cas » – implique que p n'est pas le cas, mais p', c'est-à-dire non-p, ou autre que p. Si l'on supprime le repère posé par si / if, l'absence de commutation élimine une voie, n'autorisant plus que l'assertion de p', qui est le cas, ou de la contre-vérité p (6'), qui n'est pas le cas. La traduction : (6b) And if I were you, (...), I'd get that step fixed. offre une confirmation de la valeur modale de la protase. Un simple décalage temporel (inconcevable ici) aurait entraîné l'emploi de was (la proposition contraire n'est pas vraie : was ne marque pas toujours un simple décalage temporel). Le passage de was à were signale le franchissement d'une limite supplémentaire, d'ordinaire marquant le passage du singulier au pluriel, ici celui du temporel au modal, du décalage à la rupture. (Comme le prétérit ne possède pas d'autre marqueur que -ed, on peut considérer que, dans un premier temps, la rupture est une interprétation du décalage, du dépassement signalé par -ed, puis que l'expression du décalage temporel est, dans un deuxième temps, devenu un cas particulier de l'opération de repérage en rupture.) 1.3.2. — soit à une translation (décalage, valeur aspectuo-temporelle) : (7a) Oliveira nous avait pourtant bien dit qu'il se tiendrait près de la fontaine (...) (Coke en stock, p.26) De la projection hypothétique à l’atténuation : conditionnel français vs. Would + BV 125 Le discours direct que l'on serait tenté de reconstruire derrière cet énoncé (« Je me tiendrai derrière la fontaine »)17, s'il a été pris en charge (prédiction-assertion) par le locuteur secondaire (Oliveira), ou énonciateur rapporté, ne l'est plus par l'énonciateur principal de (7) : la source d'énonciation rapportée (Oliveira) est mentionnée explicitement, et l'énonciateur principal (rapporteur) maintient le repérage du segment rapporté (<S - se tenir près de la fontaine>) par rapport à celle-ci18 ; le marqueur de l'imparfait (dans se tiendrait) rappelle le décalage (chronologique) entre les deux actes d énonciation (ou la rupture si l'on considère que la translation transforme le futur de prédiction en futur hypothétique, en raison précisément de la distance ajoutée par l'acte d'énonciation second, englobant l'énonciation rapportée) ; enfin l'emploi du plus-que-parfait dans le segment introducteur implique un repère intermédiaire entre énonciation rapportée et énonciation principale : en instaurant ce repère19, l'énonciateur principal (rapporteur) délimite 17. La reconstitution d'un énoncé au style direct à partir d'un énoncé au style indirect n'est guère légitime, pour plusieurs raisons. La première est que discours direct et discours indirect correspondent à des types d'énonciation radicalement différents. Le discours direct n'est pas nécessairement discours rapporté. Lorsqu'il est discours rapporté, il peut l'être sans altération aucune. 18. cf. note 6. 19. On constate que le repère interne et intermédiaire posé par le plus-que-parfait est métalinguistique : il sert d'abord à poser la trace de l'acte d'énonciation rapportée (auquel nous n'avons pas accès) et de sa modalité (une assertion ayant valeur d'engagement et relevant du certain), puis à réactiver la valeur « non certain » propre au conditionnel : il y a donc opposition entre modalité attribuable à l'énonciateur rapporté (p activé, repérage en (E)I), et prise de position modale de l'énonciateur principal (réintroduction de p' et retour à E,I, c'est-à-dire à l'incertain, ou à E/I, c'est-à-dire à l'improbable). Le statut invariant du conditionnel, commun à ses emplois Jean-Marie MERLE 126 rétrospectivement deux zones (dont la frontière se situe en t-1, implicite), correspondant chronologiquement à un en deçà (incluant l'énonciation rapportée) dans lequel prédire p revenait à asserter la validation à venir, et à un au-delà (incluant l'énonciation principale, ou rapporteuse) dans lequel se constate p' (la non validation de la prédiction), et se rétablit le caractère non certain de celle-ci. En français « pourtant bien » porte sur l'acte d'énonciation rapportée et sur l'existence même, dans la zone en deçà du repère intermédiaire, d'une prédiction ayant valeur d'assertion. En anglais, la prédiction n'étant pas assimilée à une assertion, "quite definite" construit un gradient, et pose un degré convenable de prise en charge de son discours par l'énonciateur rapporté. La traduction du conditionnel s'aligne sur la précédente : (7b) Oliveira was quite definite he'd wait near the well, (...) Dans les deux cas, en (6) comme en (7), la structure la plus proche donnée pour équivalente du conditionnel se construit à l'aide du modal would, suivi de la base verbale (notion lexicale, c'est-à-dire (p,p'), ne préjugeant en rien de la validation envisagée). 1.4. Une différence fondamentale C'est ici qu'intervient la première différence entre le français et l'anglais, d'ordre morphosyntaxique. On retrouve bien dans le modal would les marqueurs will + ed, qui correspondent au plus près aux marqueurs du conditionnel français, mais would entre dans une structure auxiliée alors qu'en français la construction est affixée. Sur l'axe syntagmatique (sans considérer celui-ci comme un axe chronologique des opérations), les marqueurs, en français, viennent à la suite du lexème verbal, auquel ils sont soudés, alors qu'en anglais would tient lieu de relateur entre sujet et prédicat. Il y a donc en anglais une opération supplémentaire associée au fonctionnement de would. Dans la production d'un énoncé, c'est sans doute cette opération supplémentaire, par laquelle se manifeste en surface, explicitement, au point où se noue la relation prédicative, la présence modalisante de l'énonciateur, qui interdit à celui-ci de temporels et modaux, pourrait se résumer ainsi : assertion modalisée (l'assertion étant une modalité à part entière, cette expression signifie donc qu'une autre modalité se surajoute à la modalité de l'assertion). De la projection hypothétique à l’atténuation : conditionnel français vs. Would + BV 127 confondre modalités de type I20 et de type II, et de s'écarter des valeurs fondamentales associées à will et à would : prédictibilité d'une relation (modalité épistémique, de type II) en raison d'une compatibilité21 entre prédicat et sujet, dont les cas extrêmes sont la prédication d'une propriété caractéristique du sujet (superposition des deux valeurs, épistémique, de type II et radicale, de type IV), ou d'une relation émanant de la volonté ou de la bonne volonté (modalité radicale, de type IV) du sujet (animé, sauf cas de métaphore) de l'énoncé. L'énoncé suivant, par exemple, construit sa protase sur cette dernière valeur (bonne volonté du sujet) : (8a) Je serais particulièrement heureux [22 si vous consentiez à me revendre votre bateau]. (Le Secret de La Licorne, p.4) En anglais, en raison de cette valeur, la présence de would n'est nullement incompatible avec celle de la conjonction if (qui ouvre les deux voies possibles, en posant would comme relateur sujet - prédicat et le bon vouloir du sujet (you) de la protase (et co-énonciateur) comme critère de compatibilité entre prédicat et sujet, mais sans exclure la voie négative, c'est-à-dire soit le refus soit l'absence de bon vouloir) et ce type de construction est très fréquent (voir exemples 8 et 10), (8b) I would be so very grateful [if you would agree to sell me your ship]. alors qu'en français les rares cas où une forme en V-rait apparaît dans une protase en si sont ceux que les grammairiens décrivent comme des cas de contamination23 de la protase par une translation (discours indirect Dans les énoncés hypothétiques, l'énonciateur envisage la validation d'une relation q, mais cette validation est repérée, dans une relation de dépendance, par rapport à la validation hypothétique (envisagée à titre d'hypothèse) d'un repère fictif p (si p, alors q). Les énoncés (6) et (7) présentent les deux emplois du conditionnel donnés pour les plus représentatifs. Dans l'un et l'autre cas, la traduction propose would + BV (base verbale) comme équivalent le plus proche. Le premier danger est bien 20. A propos des modalités énonciatives dans la théorie d'A. Culioli, cf. J. Bouscaren, J. Chuquet, L. Danon-Boileau (1987), p. 36-37 et suivantes. 21. Voir CRGA (Cahiers de recherche en grammaire anglaise, 1982), tome 1 : J. Bouscaren, J. Chuquet, F. Demaizière, «Le WOULD dit fréquentatif» ; H. Adamczewski (1982), Grammaire liguistique de l'anglais, ch. 6. ; J. Bouscaren et J Chuquet (1987), Grammaire linguistique, p. 62 et suivantes. 22. Les crochets en caractères gras [ ] seront utilisés dans tout cet article pour désigner les protases et mettre en évidence des énoncés ayant un fonctionnement de systèmes hypothétiques. 23. R. L. Wagner et J. Pinchon ( op . cit ., 1991 ), p . 393 . 128 Jean-Marie MERLE entendu d'en inférer une équivalence définitive : puisque le conditionnel français permet à l'énonciateur d'asserter le non certain, ou de colorer de non certain le contenu de son assertion, alors qu'en anglais l'emploi de would engage l'énonciateur dans un jugement sur la compatibilité des termes mis en relation, il ne fait aucun doute que l'équivalence est très limitée et qu'il sera parfois nécessaire de trancher entre modalité épistémique ou assertion. A propos de l'énoncé (7), on peut émettre l'hypothèse que si l'anglais n'a pas besoin de poser le seuil (associé au repère intermédiaire qu'implique le plusque-parfait) que pose le français, c'est précisément parce que l'énoncé en will + BV n'a jamais pour statut que celui du non certain, alors que le français introduit ce seuil pour opposer dans leur contradiction la validation annoncée et prise pour assertion d'une part, et d'autre part la non validation constatée et le retour au non certain. 1.5. Projection temporelle ou hypothétique : une distinction qui n'est pas toujours pertinente Dans l'énoncé suivant, la distinction n'est plus pertinente pour la bonne raison que le conditionnel fonctionne sur les deux tableaux, à la charnière entre emploi temporel et emploi modal : (9a) Dans La Croix du 9 octobre, M. Robert Badinter (...) avait expliqué la nécessité dans laquelle serait la France de dénoncer la convention si elle souhaitait rétablir la peine de mort. (Le Monde) Le conditionnel répond ici aux exigences de deux repérages successifs. — Le premier, un décalage temporel correspondant à une situation d'énonciation rapportée, et donc dépassée, dont le contenu énonciatif est une prédiction effectuée dans le passé. — Le second, par rapport à un repère fictif, la protase en si. En anglais la forme en would + BV présente la même compatibilité avec des repères de l'un et l'autre types, et la traduction de cette ambivalence ne pose aucun problème : (9b) Writing in the daily La Croix on October 9, Robert Badinter (...) explained that France would formally have to renounce the entire convention if it wanted to bring the death penalty back. (The Guardian Weekly) On peut même formuler ici l'hypothèse que cette distinction n'est jamais pertinente dans une traduction, alors que le sont les critères de repérage et l'opposition irréel / potentiel, elle-même résultant souvent, en l'absence de De la projection hypothétique à l’atténuation : conditionnel français vs. Would + BV 129 marqueurs, d'une interprétation du traducteur. Le choix de celui-ci, lorsqu'il est amené à se prononcer, peut être motivé par la recherche d'un effet de sens. 1.6. Conclusion : quelques problèmes de traduction Le traducteur est déjà sensibilisé au problème abordé ici : même si cette forme peut être considérée comme le plus proche équivalent anglais, comme en attestent les énoncés (6) à (9) le danger est que naisse un automatisme de ces deux emplois dominants. Toute forme en V-rait ne se traduit pas nécessairement par would + BV. Un grand nombre de situations énonciatives permettent néanmoins de recourir en toute confiance à la forme would + BV, la protase étant souvent un élément de l'énoncé moins voyant qu'une subordonnée hypothétique en si, comme le montre l'exemple suivant (Rappel : la protase est signalée par des crochets [ ]) : (10a) (...) je suis certain que nos téléspectateurs seraient ravis [de vous entendre interpréter pour eux cette oeuvre]... (Les Bijoux de Castafiore, p. 33) (10b) (...) I know our viewers would be overcome [if you would sing that great aria for them]... La protase peut se loger dans une complétive au subjonctif (cf. 2.3.) ou à l'infinitif (cf. 2.4.), dans un syntagme prédicatif (cf. 2.4.5), un circonstant (cf. 2.5), mais elle peut aussi être sujet (cf. 2.6.7.) d'une apodose ou élément syntaxiquement indépendant (cf. 2.6.4), ou encore ellipse (protase zéro, cf. 2.7), perçue uniquement à partir de l'apodose pour indice. La distinction entre irréel et potentiel, qui s'appuie toujours sur une interprétation du contexte, mais qui n'est pas toujours possible ni pertinente, donnera parfois lieu en anglais à des traductions en will + BV, dont on constatera les effets de sens, plus appuyés qu'en français. Il sera ensuite question d'énoncés à propos desquels le traducteur a été amené à trancher en faveur de l'assertion, choix délicat mais parfois indispensable puisque le conditionnel français réalise le tour de force de chevaucher deux modalités (le certain et le non-certain) : (11a) Dans l'entre-deux, on ne peut exclure la crainte de révéler soudain publiquement une telle anomalie après tant d'années de silence. L'opacité administrative aurait alors couvert de son voile ce fichier illégal. (Le Monde) 130 Jean-Marie MERLE (11b) It cannot be ruled out that in the intervening period the administration was gripped by the [sic] fear at the thought of suddenly going public with the information and revealing such an anomaly after so many years of silence and so clamped down on the existence of this illegal file. (The Guardian Weekly) La traduction des subordonnées temporelles est sans doute le cas le mieux connu, et suscite l'analyse des relations de repérage entre propositions à l'intérieur d'un énoncé : (12a) Comme chaque soir, dès qu'il serait avec Odette, (...), il cesserait de pouvoir penser à elle, (...) (Du côté de chez Swann, p. 225) (12b) As on every other evening, once he was in Odette's company, (...), he would cease to be able even to think of her, (...) (p.250) Mais la traduction du conditionnel français donne aussi lieu en anglais à des transpositions (lexicalisation de la modalité au moyen de verbes (seem, appear), d'adverbes (apparently), d'adjectifs (likely), de locutions prépositives (according to)), qui ont pour point commun d'introduire des repères supplémentaires, traces de subjectivité (repères points de vue) ou relais d'une source énonciatrice rapportée, repérages internes dont le français se e. A la transposition s'ajoute la modulation, qui réorganise l'énoncé à partir d'un terme différent (d'où parfois changement de diathèse), pour répondre à des exigences elles aussi liées aux problèmes de repérage : (13a) « Admettriez-vous, leur aurait-il dit, que nous discutions des problèmes du Golfe avec l'Irak en votre absence? » (Le Monde) (13b) "Would you accept it if we discussed the problems of the Gulf with Iraq but without you?" he is said to have asked them. (The Guardian Weekly) Certains énoncés français, enfin, se rapprochent davantage de l'anglais, ceux dans lesquels entrent des verbes de modalité (voudrait / aurait voulu ; pourrait (ne saurait) / aurait pu ; devrait (il faudrait) / (il aurait fallu) aurait dû). Le français présente alors une structure syntaxique semblable à celle de l'anglais, puisque le verbe de modalité occupe la même position nodale que les modaux anglais. Les problèmes rencontrés seront alors ceux abondamment développés dans les études consacrées aux modaux, mais également celui posé par la présence du marqueur -R-. Le traducteur aura alors à se prononcer non seulement sur l'interprétation de chaque modalité (les deux systèmes ne se recouvrent pas), mais aussi sur le choix d'une structure. De la projection hypothétique à l’atténuation : conditionnel français vs. Would + BV 131 2. LES SYSTEMES HYPOTHETIQUES : une protase protéiforme La protase n'apparaît pas nécessairement sous sa forme canonique en si. Le but n'est certes pas de recenser ici toutes les formes qu'elle peut revêtir, mais de montrer que tout élément d'un énoncé susceptible de recevoir une interprétation fictive est à même de fournir un point d'appui à une projection hypothétique qui pourra se traduire par would + BV. 2.1. Protases canoniques (en si / if) (les protases seront signalées par [ ]) Si signale une commutation d'une valeur sur l'autre (de p à p' ou de p' à p). De ces deux valeurs l'une, introduite par si (p ou p'), est repérée par rapport au préconstruit de l'autre (p' ou p). La valeur fictive introduite dans la protase (p ou p') tient à son tour lieu de repère à l'apodose (q ou q'). 2.1.1. Irréel du passé (énoncés rétrospectifs) : protase et apodose rétrospectives (principe de l'altération repère) (14a) Tout cela ne serait pas arrivé [si on ne nous avait pas volé notre carte de police] (L'Affaire Tournesol, p.28) (14b) None of this would have happened [if our credentials hadn't been stolen]... Elément rhématique déclencheur : inversion de polarité (accent en anglais sur l'élément porteur de la négation : hadn't). — Dans la protase, altération (introduction d'un repéré fictif) : Au moment d'énonciation, la validation de p (carte de police volée) est dépassée, ainsi que celle de q : plusieurs événements se sont produits (validation du contenu de q) en raison d'un vol de cartes (p accompli). Le préconstruit est donc le suivant : le contenu propositionnel de p se situe en I (carte de police volée). La commutation opérée par si se fait sur deux valeurs, celle de départ étant ce préconstruit. C'est ici la négation qui, dans la protase, constitue l'apport rhématique, l'altération introduisant un élément fictif (qui « n'est pas le cas »). L'énonciateur pose dans la protase un seuil (borne de droite associée à volée) dont il nie (à titre d'hypothèse) l'acquis (négation + avait). Il en résulte l'effet de sens suivant : il situe son énoncé en amont de t-2, c'est-à-dire qu'il revient en I,E afin 132 Jean-Marie MERLE de repérer la lexis de p en E (carte non volée). L'introduction de la négation ne vaut que repérée par rapport au préconstruit (carte volée), le rôle de si, dans la relation énonciative, étant précisément de signaler la commutation (et la coexistence provisoire de deux incompatibles) : passage par I,E (volée, non volée, retour à p,p') pour aboutir à (I)E (volée, non volée). Le repéré fictif (non volée) devient alors hypothèse, et repère fictif de l'apodose : l'énonci pose p' (non volée) comme repère (fictif) de la projection opérée dans l'apodose. — Dans l'apodose, une altération prévisible. La négation (fictive) de l'acquis (avait) du franchissement (volé) du seuil donnant accès à la validation de la proposition repère (carte volée), entraîne par implication (projection) rétrospective, le non-franchissement du seuil visé dans l'apodose. La relation d'implication qui lie les deux propositions garantit la prédictabilité de l'apodose à partir du repère fictif : au préconstruit associé à p (carte volée) correspond un préconstruit associé à q (ce qui est arrivé) ; l'altération de p (commutation de carte volée à carte non volée), en raison de la solidarité qui lie les deux contenus propositionnels, rend prévisible l'altération de q (c'est celle-ci qui justifie de tels énoncés). C'est pour cette raison que (will + ed) + BV apparaît normalement dans une apodose : l'énonciateur n'emploie will, comme on l'a rappelé (voir 1.4 et note), que lorsqu'il est à même de se prononcer sur la compatibilité du prédicat et du sujet, en fonction des circonstants, c'est-à-dire de prononcer — soit une voie ouverte, prépondérante parce que sa validation est probable (probable qui peut se représenter E/I, ou (E)I, avec orientation vers I : la modalité du probable, orientée vers l'assertion, situe l'énoncé en deçà de l'assertion et ne saurait exclure totalement l'autre voie) ; — soit une voie fermée car validation improbable ou non-validation probable (représentations : (I)E ou I/E, avec orientation vers E, comme à l'énoncé 14). Le fonctionnement qui vient d'être décrit s'applique indifféremment à l'irréel du passé et à l'irréel absolu : la distinction n'est plus pertinente. C'est ce qui rend impossible une simple translation de la traduction rencontrée et décrite à propos de l'énoncé (6) (à votre place donne invariablement if I were you dans un énoncé qui ne peut que s'interpréter comme un irréel absolu, mais la translation (irréel du passé), reposerait sur une aberration : la permutation des identités, par identification, au stade I,E). L'anglais préfère faire porter l'hypothèse sur le circonstant et rejoint alors le français : (15a) (...) [si j'avais été à la place de Tchang], (...), c'est par là que je me serais dirigé. (Tintin au Tibet, p. 29) De la projection hypothétique à l’atténuation : conditionnel français vs. Would + BV 133 (15b) (...) [if I'd been in Tchang's place], (...) that's where I would have headed. Remarque à propos de la levée d'une ambiguïté24. En (16), le français fait l'économie d'un repérage : rien ne prend de sens que repéré (implicitement) par rapport à la situation d'énonciation. L'anglais, en raison des critères de compatibilité que l'on vient de rappeler éprouve le besoin d'établir un repérage déictique : nothing, en raison de son indétermination, risquerait de donner à comprendre à tort l'incompatibilité du prédicat avec le paradigme entier des sujets possibles, y compris ceux hors de propos : (16a) Rien ne serait arrivé [si je n'avais pas eu la passion du jeu]. (On a marché sur la Lune, p. 45) (16b) None of this would have happened [if I'd not had a passion for Le lien de dépendance, préconstruit, entre les deux contenus propositionnels persiste donc au delà de l'altération (et inversement, le lien de dépendance donné dans l'énoncé de surface permet de retrouver le préconstruit lorsque celui-ci n'apparaît pas dans le contexte). Ce lien de dépendance permet, lorsque le contexte est favorable, de construire un syllogisme sur une apodose rétrospective. 2.1.2. Apodose rétrospective avancée comme preuve : la concession et le principe d'implication (17a) [ Si votre ami T chang n' était pas mort ], l'expédition de secours l'aurait retrouvé. (Tintin au Tibet, p. 6) Le syl logisme est le suivant, dans un context e où le locu teur cherche à convaincre le colocu teur qu' une nouvelle exp édition serait peine perdue : Prémisse 1 : (17 : si p ', alors q ) ; Pré misse 2 : L 'expédition de secours ne l ' a pas retro uvé (q') ; 3. Conclusion : Il était mort (p ). Mais le problème de traduction est ailleurs : le français « n'était pas mort » semble contenir une ambiguïté (irréel du présent ou décalage temporel dû au repérage par rapport au moment des événements?). L'anglais est contraint de lever l'ambiguïté : (17b) [If your friend Tchang was still alive], then the rescue party would have found him . 24. Question étudiée dans plusieurs chapitres de Syntaxe comparée du français et de l'anglais : Problèmes de traduction, de J. Guillemin-Flescher. Gap : Ophrys, 1981, 1988. 134 Jean-Marie MERLE L'emploi de was permet de signaler un décalage temporel (was still alive at the time) et évite l'interprétation « rupture modale » qu'entraînerait inévitablement were (voir énoncé 6). La glose n'est plus « admettons que p' (non mort), contrairement à ce qui est le cas (mort) », mais « s'il est vrai que p' (non mort) était le cas à ce moment-là (au moment de l'expédition de secours) ». L'interprétation n'est dès lors plus contrafactuelle et ne relève plus de l'irréel. Il ne peut plus s'agir que d'une concessive. C'est sans doute ce qui, en anglais, justifie le choix lexical du complémentaire linguistique (still alive vs. non mort) : l'énonciateur concède I au coénonciateur, et repère son énoncé par rapport à celui-ci. If opère toujours une commutation d'une valeur sur l'autre : p (Tchang alive) est momentanément concédé au coénonciateur, mais l'énonciateur défend la conviction que p' (not alive) est le cas et conserve pour objectif de rétablir p', i.e. de resituer le contenu propositionnel de p en E. L'implication (c'est ainsi que l'on nommera la relation de dépendance entre les deux propositions d'un système hypothétique) est que la valeur concédée (p) rend hautement compatibles (would) le prédicat (find him) et le sujet (the rescue party) de la principale, et probable la validation de leur mise en relation. Or il s'agit d'une projection rétrospective (have V-en), et qui n'a pas abouti. Le raisonnement se fait par défaut de preuve : si p, alors q ; comme non-q, alors non-p.
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142 Chapitre 6: Conceptions de transitions entre visualisations pour le Contrôle du Trafic Aérien Le modèle de Visual Scanning permet de comptabiliser pour ce scénario : 5  Huit opérations entering/exiting  Cinq seeking  Deux memorizing  Deux navigating  Un unpacking & verifying predicate Conception des transitions animées Le circuit visuel du scénario précédent permet d'identifier une transition entre l'écran radar et le tableau de strips et une transition entre le tableau de strips et la fenêtre des DYPs. Nous proposons de combiner les visualisations dans un seul affichage en utilisant des animations étagées (Heer and Robertson 2007) pour les relier en deux étapes. Nous décrivons dans cette section les deux phases de transition qui interviennent dans le scénario : la transition entre le radar et le tableau de strip et la transition entre le tableau de strip et la fenêtre des DYPs. Pour ce faire, nous considérons dans la suite que le tableau de strips physique est remplacé par un système de stripping électronique (Mertz et al. 2000), manipulable avec un écran tactile et stylet. 5.1 Transition Radar ODS => Tableau de Strip Dans cette phase, l'attention du contrôleur est portée sur la comète radar et son strip dans le tableau de strips. La caractérisation de l'image radar et du tableau de strip indique que le positionnement des comètes et les positions des strips papiers sur le tableau de strip est analogue. Pour effectuer la transition entre ces deux visualisations et rassembler les deux objets d'intérêt sous le regard du Contrôleur Aérien, nous proposons d'utiliser une transition animée qui fait apparaitre un strip au niveau de la tête de chaine de la comète (figure suivante, T'1 T'2). La visualisation finale (figure suivante, Tableau de Strips) à la fin de cette transition animée présente les strips positionnés comme sur le tableau de strips. 5.2 Transition tableau de strips => Fenêtre des DYP Dans cette phase, le regard du contrôleur est porté sur le strip papier sur lequel il a le focus et sur l'écran des DYPs. L'écran des DYPs organise les strips en fonction de l'heure et du niveau de vol sur leurs balises de sortie. Pour faire la transition entre le tableau de strips et l'écran des DYPs, nous proposons de translater les strips vers leurs points de sortie et d'ajouter le niveau de vol sur les strips dans la case de la dernière balise (figure suivante, T'3 T'4). L'utilisateur ne fait plus que suivre le strip sur lequel il a le focus jusqu'à la balise. A la fin de la transition (figure suivante, Ecran DYP), le regard de l'utilisateur se trouve dans la fenêtre des DYP correspondant à la balise de sortie de l'avion, réduisant ainsi la distance entre le tableau de strips et l'écran des DYPs. Le Contrôleur n'a plus qu'à scanner verticalement les strips pour détecter les conflits sur les balises de sorties. Ces transitions permettent d'économiser 7 opérations entering/exiting dans les visualisations. Les 4 opérations de seeking et les 2 opérations de navigating sont remplacées par des opérations de suivi de déplacement pendant l'animation. En effet, les utilisateurs ne cherchent plus les informations en naviguant dans la vue, mais suivent le déplacement des strips. 5.3 Intérêts et limitations L'utilisation d'un affichage qui combine et relie les visualisations par des transitions animées a plusieurs conséquences sur les opérations visuelles des utilisateurs. La première conséquence est la diminution des opérations visuelles entering/exiting (rentrer et sortir d'une visualisation) : l'utilisation d'animation pour le scénario précédent montre un gain de sept actions visuelles de type entering/exiting. Ceci est du à l'utilisation de la représentation unique du strip à travers les transformations entre les Aérien visualisations : dans la première transition (T'1), l'ensemble comète et étiquette est transformé en représentation de strip, et l'utilisateur ne fait qu'une opération entering. Une deuxième conséquence est la substitution des opérations visuelles seeking et navigating par une nouvelle opération : le suivi d'objet dans la visualisation. En effet, comme la visualisation est combinée, l'utilisateur ne recherche pas l'information puisqu'il l'a déjà sélectionnée. Toutefois il doit suivre l'information pendant les transitions de la visualisation. Cependant, l'utilisation d'animations prend du temps (incompressible et borné), ce qui peut être coûteux pour les utilisateurs qui connaissent l'emplacement des objets. En revanche, dans le cas où les utilisateurs ne connaissent pas l'emplacement des objets, nous formulons l'hypothèse que le suivi d'objets d'intérêt pendant une transition animée sur un même affichage est plus aisé que d'effectuer des transitions visuelles à travers différentes visualisations séparées, lorsque la quantité de données à afficher est élevée. En résumé, ces recherches ont permis de comprendre que combiner plusieurs visualisations en utilisant des transitions animées permet d'optimiser opérations d'entrées et sorties des visualisations. Cette optimisation offre l'avantage de diminuer le coût de déchiffrage de l'information entre les représentations des données dans différentes visualisations. D'autre part l'avantage de l'utilisation de transition animée diminue la navigation dans les visualisations et la recherche des objets graphiques qui ont de l'intérêt pour l'utilisateur. En effet, la transition animée opère les changements visuels « à la place » de l'utilisateur, et celui-ci doit suivre le ou les objets d'intérêt au fil des transitions. 5.4 Dans cette partie, nous avons présenté la problématique des transitions visuelles entre plusieurs visualisations dans le cadre applicatif du Contrôle du Trafic Aérien. En nous appuyant sur l'analyse et la caractérisation des visualisations et sur un scénario de travail établi avec les Contrôleurs Aériens, nous avons pu comprendre et analyser les transitions visuelles dans les visualisations utilisées par les Contrôleurs Aériens. Nous avons finalement proposé de combiner les différentes visualisations dans une seule visualisation en utilisant des transitions animées pour remplacer le circuit visuel des utilisateurs. Nous avons utilisé un modèle théorique permettant d'évaluer de façon prédictive les performances des utilisateurs. Les résultats de cette évaluation suggèrent une amélioration des performances des utilisateurs avec des suppressions d'actions s les visualisations combinées. Finalement, une perspective intéressante cadre de cette application est le contrôle de la transition animée. Le contrôle des objets en fonction de leur direction de déplacement (concept issu du Chapitre 3) semble être un bon candidat pour les transitions conçues dans ce chapitre. En effet, la direction de déplacement a une forte sémantique: par exemple, indiquer la direction de déplacement « vers le nord est » permettrait de regrouper tous les strips qui se déplacent vers la balise située au nord est d'un secteur. Conclusion Conclusion Dans cette thèse, nous avons étudié deux aspects des transitions visuelles :  les transitions visuelles pour l'accompagnement des changements de visualisations de données multidimensionnelles.  l'accompagnement des transitions visuelles effectuées par les Contrôleurs Aériens lorsqu'ils gèrent le trafic aérien avec plusieurs visualisations. Nous avons apporté plusieurs contributions face à ces problématiques, que nous résumons dans les points suivants. Nous résumons ensuite les perspectives de recherches qui ont été ouvertes par les travaux de cette thèse. 1 1.1 Taxonomie des transitions animées en visualisation d'information En utilisant le modèle de référence de Data Flow (Card 1999) de la visualisation, nous avons identifié les modifications qui peuvent créer des discontinuités dans l'affichage et qui nécessitent l'implantation de transitions animées pour accompagner les changements visuels. Nous avons par ailleurs identifié les tâches des utilisateurs qui provoquent ces modifications. Ces tâches ont été le point de départ de l'établissement de notre taxonomie, qui comprend entre autres les Structures Visuelles des visualisations, le Mode Opératoire des transitions animées et enfin les Critères de Contrôle. Au regard des travaux précédents, cette taxonomie est nouvelle dans le sens où elle intègre deux nouveaux axes : la tâche de l'utilisateur et le type de contrôle de la transition. Enfin l'établissement de cette taxonomie a permis de découvrir qu'un type de contrôle de transition animée n'était pas exploité, le contrôle sur de la direction de déplacement des objets graphiques dans la transition animée. 1.2 Exploration de la conception du contrôle d'une transition animée : l'utilisation de la direction de déplacement Nous avons exploré la conception d'un type de contrôle dans une transition animée : le contrôle de la direction de déplacement des objets graphiques. Pour illustrer les avantages de ce type de contrôle, nous avons utilisé un exemple qui met en jeu la visualisation d'un nombre important de données, et le changement de deux axes de cette visualisation. Dans ce cas, nous avons vu que le mouvement provoqué lors de la transition est désordonné, et il est difficile de suivre un groupe d'objets. Pour améliorer la perception et le suivi de groupes d'objets d'intérêt dans de telles transitions animées, nous avons exploré la conception d'une interaction qui intègre deux composantes : une visualisation des directions de déplacement dans un histogramme circulaire, et une interaction qui permet d'indiquer la direction de déplacement qui a de l'intérêt pour l'utilisateur. Ce type d'interaction permet de répondre à des formulations de requêtes visuelles du type « je veux voir les objets qui se déplacent dans cette direction ». 1.3 Amélioration et expérimentation de la rotation 3D Dans le cadre de l'analyse visuelle de données multidimensionnelles, nous avons validé l'utilisation d'une rotation 3D progressive pour accompagner le changement de dimension sur un axe d'une visualisation 2D. Trois propriétés de cette transition progressive ont été identifiées: le suivi des objets graphiques, la perception et la compréhension des arrangements relatifs entre objets graphiques et enfin la perception d'invariants structurels. Nous avons ensuite identifié quels pouvaient être les facteurs qui pouvaient entraver la perception pendant cette transition, et avons proposé une amélioration pour la conception : la rotation centrée-focus. Les trois propriétés énoncées ont été testées dans des niveaux croissants de densité de données, et nous avons éprouvé la rotation centrée-focus face à d'autres placements d'axes de rotation. Les résultats ont montré que l'amélioration que nous avons apportée permet aux utilisateurs de mieux bénéficier de la rotation 3D dans des scènes denses. Enfin, nous avons proposé plusieurs interactions pour permettre à l'utilisateur de bénéficier de la rotation centrée-focus : l'utilisation d'une brosse pour sélectionner les objets graphiques, la localisation de la rotation progressive dans une lentille circulaire, et une transition étagée contrôlable. L'intérêt de ces travaux a été illustré au moyen de 3 scénarios employant ces techniques pour la Visualisation d'Information. 1.4 Interactions et conception de transitions animées pour les Contrôleurs Aériens Les travaux de cette thèse ont enfin permit de contribuer à l'élaboration d'interactions et de transitions animées pour le Contrôle du Trafic Aérien. Dans le cadre 149 Conclusion du projet Strip'TIC, nous avons réalisé plusieurs interactions qui permettent au Contrôleur Aérien de relier de l'information entre les visualisations informatisées, et entre des objets tangibles (les strips papier). Par ailleurs, nous avons établi un scénario de travail avec les Contrôleurs Aériens qui a permit d'analyser le circuit visuel qui relie toutes les visualisations du contrôle en route. En utilisant une caractérisation simple des visualisations de l'ATC, nous avons conçu une transition animée qui combine toutes les visualisations du Contrôleur, et qui se substitue à son circuit visuel avec les visualisations séparées. Une évaluation prédictive avec le modèle de Visual Scanning suggère une amélioration des performances des utilisateurs pour retrouver de l'information à travers les visualisations, via la suppression d'action visuelle qui ont un impact sur la charge cognitive des utilisateurs (rentrer et sortir d'une visualisation). 2 Perspectives La démarche que nous avons adoptée dans cette thèse nous a permis, en analysant l'état de l'art, de proposer un espace de conception des transitions animées en Visualisation d'Information. Toutefois, cette taxonomie s'applique de façon générale aux transitions animées, et pourrait bénéficier de plus de raffinement au niveau des tâches utilisateurs qui entrainent des changements dans la visualisation. Des enquêtes spécifiques relatives aux tâches de visualisation auprès des experts du domaine de l'ATC permettraient de spécifier la taxonomie dans un domaine d'application donné. L'étude et la conception du contrôle de la transition animée par la direction de déplacement des objets graphiques n'en est encore qu'au stade de l'exploration. Même si cette interaction nous semble prometteuse (puisqu'elle permettrait de remplacer le temps d'attente et le suivi d'objets graphiques par une requête visuelle), des travaux doivent être menés pour la valider avec des expérimentations contrôlées. Nous n'avons pas réalisé d'évaluation formelle sur les interactions que nous avons proposées pour le contrôle de la rotation 3D car nous nous sommes avant tout focalisé sur les travaux d'évaluation de la transition. Nous pensons donc que les interactions pour le placement de l'axe de rotation et le contrôle de la rotation 3D pourraient être améliorées. Des études montrent que l'utilisation de surface multitouch (Lingyun Yu et al. 2012) peut être intéressante à cette fin. D'autre part, ces interactions devraient à terme être incorporées dans les outils qu'utilisent les services de Qualité de Service de l'Aviation 150 Conclusion Civile. Enfin, il serait intéressant de tester les techniques d'interactions pour la visualisation d'autres types de données, comme des graphes de relations . Les études sur les transitions visuelles en Visualisation d'Information se sont focalisées sur la conception et l'amélioration de transitions animées pour accompagner le changement d'axes de la visualisation. Nous avons toutefois omis les interactions qui se situent en amont du déclenchement des transitions, et qui concernent donc la sélection des nouvelles dimensions à afficher sur le ou les axe(s) d'une visualisation. En ce qui concerne les interactions que nous avons proposées (notamment pour la sélection de la profondeur pour la rotation 3D, qui correspond à la nouvelle dimension à afficher sur un axe) des travaux additionnels de conception sont nécessaires. Bibli ographie Amar, R., J. Eagan, and J. Stasko. 2005. "Low-Level Components of Analytic Activity in Information Visualization." In, 15–15. IEEE. doi:10.1109/INFOVIS.2005.24. http://ieeexplore.ieee.org/lpdocs/epic03/wrapper.htm?arnumber=1575773. Andersen, George J., and Myron L. Braunstein. 1983. "Dynamic Occlusion in the Perception of Rotation in Depth." Perception & Psychophysics 34 (4) (July): 356– 362. doi:10.3758/BF03203048. Andrews, D. F. 1972. "Plots of High-Dimensional Data." Biometrics 28 (1) (March): 125. doi:10.2307/2528964. Archambault, D, H Purchase, and B Pinaud. 2011. "Animation, Small Multiples, and the Effect of Mental Map Preservation in Dynamic Graphs." 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Ces transitions visuelles peuvent être codées sous la forme d'animations, ou de techniques qui permettent de faire des correspondances, ou des liens avec des données représentées sur plusieurs affichages. Le premier objectif de cette thèse était d'étudier les bénéfices et les propriétés des animations pour l'exploration et la compréhension de grandes quantités de données multidimensionnelles. Nous avons établi en conséquence une taxonomie des transitions animées en visualisation d'information basée sur les tâches des utilisateurs. Cette taxonomie a permis de constater qu'il n'existe pas de contrôle utilisateur sur la direction des objets durant l'animation. Nous avons donc proposé des interactions pour le contrôle de la direction des objets graphiques lors d'une transition animée. D'autre part, nous avons étudié une technique de transition animée mettant en jeu une rotation 3D entre visualisations. Nous avons identifié les avantages qu'elle pouvait apporter et en avons proposé une amélioration. Le second objectif était d'étudier les transitions visuelles dans le domaine du Contrôle du Trafic Aérien. En effet, les contrôleurs utilisent de nombreuses visualisations qui comportent des informations étalées et dupliquées sur plusieurs affichages: l'écran Radar, le tableau de strips, des listes spécifiques d'avions (départ, arrivées) etc. Ainsi dans leur activité, les Contrôleurs ériens réalisent des transitions visuelles en recherchant et en reliant de l'information à travers les différents affichages. Nous avons étudié comment les animations pouvaient être utilisées dans le domaine du contrôle aérien en implémentant un prototype d'image radar regroupant trois visualisations usuelles pour instrumenter l'activité de supervision du trafic aérien. Mots clés : Visualisation d'Information (InfoVis), Interaction Homme-Machine (IHM), Transitions visuelles, Transitions animées, Exploration de données, Contrôle Aérien.
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Le confort d'été dans les constructions scolaires à structure légère. Cahiers du CSTB, 1969, Etudes et recherches, Livraison 104 (Cahier 910). &#x27E8;hal-04073076&#x27E9;
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On a calculé, pour les jours ouvrables des cinq années de 1958 à 1963, les fréquences de ces limites supérieures qui sont données dans chacune des villes par les courbes Il des figures 31 et 32. On constate que les courbes Il sont un peu au dessous des courbes 1 ( 3 ). Rappelons que le maximum de température effective atteinte dans une classe légère ventilée mécaniquement et possédant une dalle de béton en plancher (ELVM) est égal au maximum de température effective extérieure. 3. Prix du fonctionnement de la ventilation mécanique avec et sans humidification Il faut compter une dépense d'énergie d'environ 0,20 Wh par mètre cube / heure soufflé sans humidification et 0,25 Wh avec humidification, la diffé rence étant due aux pertes de charge introduites par les filtres humidificateurs. Pour une classe de 180 m3 ventilée 20 fois par heure (3 600 m3 / heure) cela fait : 0,7 . kWh sans humidification, - 0,9 kWh avec humidification. 3. En fa ce des tem pératu res effectiv es on a porté les tempé ratur es sèc hes corres pond ant à un po id s d 'eau d e 10 gra mmes par kilogram me d 'air sec, v aleur moyenn e durant les mois d 'été en France. On ne peut comparer directement les co urbes des f ig ures 31 et 32 à cell es des fi g ures 25 à 30 du paragraph e précédent. En effet. d un e part o n n'a pas te nu co mpte au parag raph e précédent de l'hu mid ité de l' air, d 'autre part les courbes des fi g ures 25 à 30 o nt été établ ies à partir de don nées s'étendant sur un e périod e de q uara nte ans (1 89 1 à 1 930) et corres po nd an t do nc à un e ann ée moye nn e norm ale. alors qu e les fi gures 31 et 32 o nt été établi es à partir de don nées s'étendant sur cinq ann ées se ul ement (1 958 à 1963 ) au co urs desqu ell es l' été fut en moye nn e moin s chaud qu e la normal e à M ontpelli er et plu s chaud à Pari s. Au tarif vert de l' EDF, le kilowatt-heure de jour, en été, revient à environ 1 0 centimes; la dépense par classe et par heure sera donc : 7 centimes sans humidification, - 9 centimes avec humidification. Pour une durée de fonctionnement de 6 heures par jour pendant 40 jours à Paris et 80 jours à Mont pellier, la dépense par classe sera à Paris de : 17 francs sans humidification, - 22 francs avec humidification. à Montpellier de : 34 francs sans humidification, 44 francs avec humidification. - Ces prix donnent l'ordre de grandeur des dépenses par classe pour tout l'été. Les dépenses en eau , lorsqu'il y a humidification, sont négligeables devant ces chiffres. Il. Écoles traditionnelles On n'a envisagé que des écoles où l'inertie n'était pas suffisante pour atténuer l'influence d'une journée ch9ude isolée, ces bâtiments se mettant en régime en moins d'une journée. Avec une inertie plus grande, comme celle que l'on rencontre dans les lycées traditionnels, le bâti ment met 2 à 3 jours pour être en régime; c'est le cas du lycée E. On a alors une atténuation de l'in fluence des journées isolées très chaudes. Dans les classes intermédiaires d'un lycée traditionnel très inerte (plancher et paroi verticale équi valents à au moins 15 cm de béton) et très bien pro tégé du soleil (baies vitrées de dimensions réduites 10m2 pour une classe de 60m 2 , protection de facteur solaire 0,1 0), l'application des calculs approchés du • I Air exterieur sous abr i 40 • I Air extérieur sous abri ou inttrieur d·une classe doublement ou intérieur d' une classe doublement amelioree (ELVMl f-------+-----1 oll on ;~~~rs~e t~r;t~e~ê~;~i:~~~s~~u~ ~~uest, améliorée ( ELVMl Courbe limite superieure pour une cla ss e t r ès lègère, expo see ë l'Ouest, ventilf~e mecaniquement avec humidification ventilee mécaniquement avec humidification de l'air ( EIVMh) de l'air ( EIVMh) .a E 0 z 18"E 19oE Te mpérat ures effect ives 200 22° 24° · 26° 28° 30° J20 Paris 21o E 22o E 2JoE 24oE 25oE 26o E 27oE 29o E zg oE J OOE 34 0 Te mpérature sèche pou r 10g . ea u pa r kg air s ec Fi gure 31 20oE Températu res effectives ~--~-~--~---+--~--~~---;---+--+-- Te mp é rat ure s èche pou r 10 g. ea u par kg ai r se c Figure 32 Montpellier N ombre de jours ouvrables où la température effective maximale intérieure ou ex térieure atteint ou dépasse un e température effective donn ée. 39 CAHIERS DU CENTRE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DU BATIMENT cahier 608 indique, qu'au cours d'une année moyenne la température intérieure, si on laisse les fenêtres entrouvertes, ne dépasse pas 25° à Paris, 29° à Montpellier. En prévoyant une ventilation mécanique de 6 volumes-heure permettant de ventiler les classes avec un air non échauffé par le soleil, on peut abaisser ces températures de 1 à 2°. En fait dans la région parisienne les protections solaires des lycées traditionnels sont souvent médiocres et les fenêtres sont grandes ouvertes pendant l'été. Les températures intérieures y dépassent 25° assez souvent. A Montpellier, par contre, il est plus courant de prévoir de très bonnes protections; dans un lycée traditionnel, la température de 29° constitue bien une limite supérieure pendant une année moyenne. E. Conclusions 1. Aux chapitres A, B, et C, on a étudié le confort à l'intérieur d'une classe occupée pendant une journée chaude ensoleillée du mois de juin à Paris. Dans leur conception actuelle, les écoles sont ventilées naturellement sur la façade exposée au soleil. Lorsque toutes les ressources du bâtiment sont utilisées (stores baissés, fenêtres ouvertes), la température intérieure maximale atteinte dans une école très légère dépasse la température extérieure météo maximale de 6° sur une exposition Ouest de 4° sur une exposition Sud et de 3° sur une exposition Est ou Nord. Ces chiffres restent valables pour les classes sous toiture exposées à l'Ouest à l'Est et au Nord . Pour les classes sous toiture exposées au Sud la température est majorée de 1° à 2° ; elle est alors voisine de celle atteinte en exposition Ouest. Les conditions intérieures peuvent donc être inconfortables dans une école très légère surtout à l'Ouest et au Sud. Un perfectionnement de la ventilation naturelle n'améliorera guère la situation. Il n'y a que dans cer tains sites, exceptionnels en France, où la direction du vent varie peu, que ce perfectionnement peut être envisagé. Pour obtenir une véritable amélioration sans modifier profondément la conception des écoles métalliques, il semble qu'il n'y ait que deux aménagements possibles : soit une ventilation mécanique assurant un renouvellement d'air d'environ 20 fois le volume de la classe par heure, soit une dalle pleine en béton constituant le plancher. En les appliquant séparément on obtient à peu près le même résultat avec l'une ou l'autre de ces solutions pour les classes exposées au soleil. C'est-à-dire que l'on diminue la température intérieure maximale d'environ 3° à l'Ouest 2° au Sud, 1 ,5o à l'Est. Au Nord, par contre, si le gain est de 1 ,5o avec la ventilation mécanique, il atteint près de 3° avec la dalle. Appliqués simultanément ces deux aménagements ajoutent à peu près leurs effets, c'est-à-dire que l'abaissement de température intérieure maximale est généralement doublé. Il est de 6° à l'Ouest de 4° au Sud, de 3° à l'Est. Au Nord, il est de 3°. Ces chiffres sont valables quelle que soit la situation de la classe à l'Ouest à l'Est et au Nord. Pour les classes sous toiture au Sud , il faut prendre les valeurs correspondant à l'exposition Ouest. La recherche d'une protection solaire excellente est beaucoup moins payante que ces deux aménagements. En l'absence de dalle de béton constituant le plancher et de ventilation mécanique, l'amélioration de la protection solaire permet au mieux, de diminuer la température intérieure maximale de 1,5° à l'Ouest et de 1° au Sud; le gain est nul à l'Est et bien entendu au Nord. S'il y a une dalle, on gagne encore 1,5° à l'Ouest mais seulement 0,5° au Sud et à l'Est. Si l'on réalise une ventilation mécanique, ces gains deviennent négligeables : moins de 1° à l'Ouest. Cela tient à ce que les classes légères actuelles, et notamment celles où ont été faites les observations, ont déjà une protection solaire assez bonne. Elle est faite généralement de stores de toile sombre, projetés à l'italienne, mettant la baie complètement à l'ombre au moment du maximum d'ensoleillement. Dans ces conditions les apports solaires ma ximaux, même à l'Ouest ne sont pas supérieurs aux apports dus aux élèves. On obtiendrait un résultat identique sur les façades d'exposition comprise entre le SSO et leSSE, avec un pare-soleil horizontal et un store de toile intérieur. En fait cependant la protection qu'assurent les stores de toile en place est souvent aléatoire. Les stores sont fragiles et se détraquent ils ne descendent pas assez bas. Quand un store est démoli et que le rayonnement direct entre librement le résultat est catastrophique; sans store, les apports totaux sont à peu près triplés et on peut avoir une température intérieure supérieure de plus de 1 5° à la température extérieure. Il ne serait pas sans intérêt d'étudier une amélioration de la conception actuelle des stores afin de rendre leur protection certaine; il semble que l'on puisse aussi, sans inconvénient grave pour l'éclairage intérieur, diminuer la surface vitrée. En passant à une protection solaire excellente (diminution de la surface des baies, store vénitien extérieur, pare-soleil devant les parois opaques), on réduit de moitié les apports solaires; mais, par rapport aux apports totaux, la diminution est au plus de 30 %, car les apports dus aux élèves restent inchangés et deviennent prédominants. L'exposition Sud-Nord ne présente guère d'avantages sur l'exposition Est-Ouest lorsqu'il y a ventilation mécanique ou plancher constitué par une dalle en béton et encore moins lorsqu'on prévoit à la fois ces deux aménagements. Gela résulte en partie de ce que les apports dus aux élèves sont du même ordre de grandeur que les apports solaires. Cependant seule l'exposition Sud-Nord permet de prévoir au Sud des pare-soleil horizontaux fixes, donc aisément réalisables de façon robuste; d'autre part on fait l'économie des protections au Nord. C'est en cela que réside l'intérêt de l'exposition Nord-Sud . Par contre l'assombrissement que provoquent les pare-soleil horizontaux fixes ne permet pas de diminuer la surface des vitrages. 40 Il. Au chapitre D, on a étudié la fréquence de l'in confort en envisageant tous les jours chauds d'une année scolaire moyenne à Paris et à Montpellier. Les figures 25 à 30 et les tableaux Ill et IV permettent de conclure ainsi : A Paris pendant un été normal la situation actuelle est très inconfortable, àï'Ouest et dans les classes sous toiture au Sud, on a 14 jours ouvrables audessus de 28°, 8 au-dessus de 30°, 4 au - dessus de 32°. Les classes exposées à l'Est et au Nord sont assez inconfortables (8 jours au-dessus de 28°, 5 jours audessus de 30°), ies classes Nord étant cependant plus fraîches le matin que les classes Est, tout en demeurant aussi inconfortables l'après - midi. Les classes intermédiaires exposées au Sud sont un peu plus inconfortables que les classes Est et Nord. Une seule amélioration c'est-à-dire soit une ventilation mécanique à 20 volumes / heure (ELVM), soit une dalle pleine en plancher (ELVn) crée dans les classes Sud sous toiture et dans les classes Ouest un confort un peu meilleur que celui régnant à l'Est et au Nord en diminuant de plus de moitié le nombre de jours d'inconfort notoire (7 jours ouvrables au - dessus de 28°, 3 jours au-dessus de 30°, 1 jour au-dessus de 32°) . Cette seule amélioration donne encore un résultat intéressant dans les classes intermédiaires exposées au Sud; elle est moins payante à l'Est et au Nord. La double amélioration, c'est-à-dire une dalle pleine en plancher et une ventilation mécanique (ELVM), amène le confort au niveau de celui ressenti à l'ombre et à l'extérieur, cela dans toutes les classes quelles que soient leur exposition et leur situation dans le bâtiment (6 jours au-dessus de 26°, 3 jours CAHIERS DU CENTRE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DU BATIMENT On peut aussi envisager, avec la ventilation méca nique, de prélever l'air de renouvellement dans les soubassements pour utiliser l'inertie thermique de ceu x -ci. Ces possibilités semblent devoir faire préférer la ventilation mécanique à la dalle pleine en plan cher lorsqu'on ne prévoit qu'une seule am élioration. Ill. Au chapitre D, on a vu que, dans les écoles lourdes traditionnelles au cours d'une année moyenne, si on laisse les fenêtres entrouvertes, la température intérieure, ne dépasse pas en principe 25° à Paris et 29° à Montpell ier. En fait, dans la région parisienne, les protections solaires des lycées traditionnels sont souvent médio cres et les fenêtres sont grandes ouvertes pendant l'été. Les températures intérieu res y dépassent assez souvent 25°. Par contre, dans le Mid i, il est courant de prévo ir de très bonnes protections et la limite de 29° est en général respectée. On voit donc que, pour avoir un confort équivalent à celui régnant en été dans les écoles traditionnelles, il suffit à Paris de prévoir une seule amélioration (ventilation mécanique ou dalle pleine) et il faut dans le Midi apporter deux améliorations (ventila tion mécanique et dalle pleine). Si les possibilités de l'humidification de l'air correspondent aux résultats de notre étude préli minaire, il se peut qu'il suffise, dans certa ines régions du Midi, pour obtenir le même résultat de prévoir simplement une ventilation mécanique accompagnée d'un système humidificateur, sans augmenter l'inertie du bâtiment. au - dessus de 28°, 1 jour au-dessus de 30°). Ce confort est très acceptable. A Montpellier les écoles très légères actuelles ne seront pas acceptables sans modification. à moins de ne faire les cours qu'aux heures fraîches c'est - àdire le matin . Sur une exposition Ouest la tempé rature maximale intérieure dépasse pendant 34 jours ouvrables 30°, pendant 20 jours 32°, il y a 8 jours au-dessus de 34° et 3 jours au-dessus de 36°. Il en est de même pour les classes sous toiture au Sud. Les classes intermédiaires au Sud donnent à peu près le même résultat que les classes Est ou Nord et ce résultat est à peine meilleur qu 'à l'Ouest (23 jours au - dessus de 30° , 10 jours au-dessus de 32°, 3 jours au - dessus de 34°). La double amélioration (dalle pleine en plancher et ventilation mécanique), permet comme ci-dessus de ramener le confort au niveau de celui régnant à l'ombre à l'extérieur, cela dans toutes les classes quelles que soient leur exposition et leur situation. Il y fera donc encore chaud. En complétant la ventilation mécanique par une humidification de l'air (provoquant un refroidisse ment par évaporation d'eau) , il semble que sans dalle de béton constituant le plancher, on puisse ramener le confort au moins au niveau de celui régnant à l'ombre à l'extérieur, aussi bien à Paris qu'à Montpellier. L'intérêt d'une dalle est alors réduit. Cepen dant, nous n'avons fait qu'une courte expérimen tation des possibilités de l'humidification, d'autre part notre étude est fondée sur la notion de tempé rature effective assez contestée (voir Revue biblio graphique. 1. 3, page 50). Une étude plus approfondie de cette solution est donc nécessaire. IV. En ce qui concerne le prix de fonctionnement de la ventilation mécanique, si l'on dispose du tarif vert (MT) de l'EDF, l'ordre de grandeur des dépenses pour une classe, pendant une année moyenne, est le suivant : - à Paris 17 francs sans humidification, 22 francs avec humidification, - à Montpellier 34 francs sans humidification, 44 francs avec humidification. Le prix d'investissement de la ventilation mécanique est difficile à apprécier. Cependant l'installation peut être utilisée pour assurer à toute époque de l'année un apport important d'air neuf. En assurant ainsi une ventilation permanente abondante, on améliore sensiblement le confort et l'hygiène, été comme hiver, la ventilation naturelle, fenêtres fermées, étant le plus souvent insuffisante. Il est alors normal de lier le chauffage à la venti lation. Un chauffage à air chaud convenablement réalisé a des qualités de souplesse tout à fait adaptées aux bâtiments de faible inertie thermique . Avec une régulation soignée, il peut être très confortable et économique (il permet en effet facilement un chauffage discontinu, c'est-à - dire uniquement pendant les heures d'occupation). Enfin, si l'on assure à toute époque de l'année un apport important d'air neuf, il est peut- être possible d'abaisser la hauteur sous plafond et de réduire ainsi le prix de construction de l'immeuble. 41 CAHIERS DU CENTRE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DU BATIMENT ANNEXE 1 Détermination de la courbe de température intérieure dans une classe ayant une certaine inertie thermique L. BERTOLO, ingénieur au CSTB On a utilisé la méthode de calcul manuel décrite dans le cahier 608. Cette méthode, assez approchée, n'est possible qu'en supposant la ventilation constante nuit et jour. Les calculs ont été faits en prenant un renouvellement d'air constant de 10 volumes/he ure en ventilati on naturelle et de 20 volumes/ heure en ventilation mécanique. qui donne un supplément de 1° à midi, au moment du maximum d'ensoleillement. On a encore : Il y a là un gros écart avec la réalité. En effet dans les écoles ventilées naturellement les fenêtres sont grandes ouvertes le jour, quand il y a cours, mais sont fermées quand les classes sont inoccupées notamment la nuit. D'où un renouvellement d'air de 10 volumes/heure pendant l'occupation de jour et de 1 volume/heure en dehors de cette période. On a décomposé le rayonnement solaire en série de Fourier. Le rayonnement solaire sur une exposition sud est donné par De même, la ventilation mécanique ne fonctionne que quand les classes sont occupées, avec un renouvellement d'air de 20 volumes/ heure. Quand la ventilation mécanique est arrêtée et que les fenêtres sont fermées, le renouvell eme nt d'air n'est plus que de 1 volume/heure. Les calculs manuels sont donc trop favorables car ils donnent trop d'importance au refroidissement nocturne de l'intérieur des bâtiments. t'e = 20,5 + 6,3 cos ~: (8 - 14,8) R = 1 00 - Au paragraphe 1, est donné un exemple de calcul manuel; au paragraphe Il. sont décrits les calculs par analogie électrique et au paragraphe Ill sont comparés les résultats obtenus par les deux méthodes. 1. Calcul manuel approché On se propose de traiter le cas d'une classe exposée au Sud, à Paris, ayant un plancher constitué par une dalle de béton de 10 cm, dans l'hypothèse de la ventilation naturelle (N = 1 0), puis de la ventilation mécanique (N = 20), le taux de ventilation étant constant nuit et jour. La façade est de la qualité actuellement adoptée p. 1. Données du problème 1,1. Conditions La température extérieure météo oscille de 14 à 26°. On la suppose sinusoïdale et donnée par la formule T E Météo = 20 + 6 COS 2rr (8- 15) 24 6rr 8 24 Pour une occupation de 7 h à 15h30 le flux de chaleur dégagé par les élèves, décomposé en série de Fourier, est <!> élèves = 500 - 900 COS 2rr (8 24 + 1) 6rr + 400 cos 4rr 24 (8 + 1) + 200 cos 24 (8 + 1) 1,3. 1nertie La dalle de béton de 1 0 cm en plancher absorbe de la chaleur par sa face inférieure et sa face supérieure. Le flu x absorbé par la dalle s'écrit : où ti est la température de l'air intérieur, et t8 la température de surface de la paroi. On suppose que toutes les autres parois du local sont à la température ti. En fait, il n'en est pas ainsi et il convient d'analyser de plus près les équations d'échanges. Ceux-ci sont de deux sortes : a) Les échanges par convection entre l'air et la paroi. qui sont égaux à : où he est le coefficient d'échange par convection. On a pris he = 5 kcal/h. m 2 • °C des deux côtés de la dalle, chiffre correspondant à la légère convection forcée que pro voquent la ventilation naturelle ou la ventilation mécanique. b) Les échanges par rayonnement entre la dalle et les autres parois du local, qui sont égaux à : où h est le coefficient d'échange par rayonnement et tr la température radiante pour la dalle égale à la somme des températures des autres parois affectées des facteurs d'angle relatifs correspondants. La somme des échanges est donc égale à heure solaire, l'origine étant à 0 heure. Devant la façade ensoleillée échauffée par le soleil, on a pris une température te donnée par t'e = 30 cos extérieures Les con ditions extérieures sont périodiques et sont celles du chapitre C (p. 23). 8 = 2rr 4rr 8 + 1 00 cos 8 24 24 1,2. Flux dû aux élèves Pour corriger cette approximation, on a fait quelques calculs en analogie électrique en reproduisant exactement les conditions d'occupation. On en a tiré, pour les cas étudiés, un supplé ment de température à ajouter aux résultats du calcul manuel. On a enfin admis, pour les différentes versions d'éco les légères améliorées, que les écarts entre leurs températures intérieures maximales étaient ceux donnés par le calcul manuel et que les écarts entre les températures maximales intérieures et le maximum de température extérieure météo étaient ceux donnés par le calcul manuel majorés du supplément de température t rouvé pour les quelqu es cas étudiés en analogie électrique. 220 cos TEMétéo + 0,5 + 0,5 cos~: (8- 12) qui peut s'écrire : 42 CAHIERS DU CENTRE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DU BATIMENT Cela signifie que les échanges sont égaux à ceux qui auraient lieu si les autres parois étaient à la température ti le coefficient d'échange superficiel ayant une valeur fictive h: = h telle que c h' = h tr - avec e · = 10.75m 2 ls 2, 5 = = 0 .75 ts ts r ti - r KmsSms -h ' h: == h e + h; ou encore aR <!> s mur = + h tr - ts r ti - 2,3 . Appports dus au soleil au travers des parois opaques he 17 = <1> 8 mur=1,3 5 Les facteurs d'angle sont les suivants 0.48 entre les deux dalles en plancher et en 27t 220 cos 24 8 [ 100 - plafond, 67t ] + 100 cos 47t 24 8 - 30 cos 24 8 0.15 de la façade vers la dalle. 0.37 pour les parois verticales intérieures légères vers la dalle. Les surfaces inférieures et supérieures des deux dalles sont à la même température ; les pa rois verticales intérieures légères sont pratiquement à la température de l'air ti. On a où t1 est la température intérieure moyenne de la façade. ou encore tr- t8 = 0 37 (ti- t8 ) On a pris t1 c'est-à-dire que t 8 = 2 (ti - + 0.15 (t1 - t 8) 2,4. Pertes au travers de la façade Cfltfacade = S/Kf moy [ti = KfmOy = 4 Cflt facade = 1 04 [ti moy- 20,5 + Ei COS~: (8- Cfli) - 6,3 COS ~: (8 - 14,8) ] t8 ) tr- t8 = 0,67 (ti - t8 ) En prenant hr = 4.5 kcaljm . h. °C, le h~ fictif est donc donné par h~ = 0.67 hr = 3 kcaljm 2 . h. 2 2,5. Pertes au travers de la cloison qui sépare la classe du couloir oc. On a aonc fait les calculs avec un coefficient superficiel fictif égal à 8 pour les faces supérieure et inférieure de la dalle. Le calcul de la page 20 de l'étude a donné h; La température de l'air intérieur ti est donnée par ti = ti moy t~] 26 m2 S1 Cflt cloison = Cflt cloison = + Ei COS 21t (t - Cfli) 24 41 (ti - TE Météo) 41 [ timoy- 20 + Eicos 2rc (8 - epi)- 6 cos 21t (8 - 15) ] 24 24 timoy : température intérieure moyenne. Ei : demi - amplitude de l'onde de température intérieure, Cfli : déphasage de cette onde. 2,6. Absorption par les dalles de béton Le flux absorbé est donné par La température de surface de la dalle est donnée par 27t ts = ti mOy + a Ei cos 24 (t - Cfli - ~i ) où a est le coefficient d'amortissement et ~i le déphasage donnés par les figures 1 O. page 27 du cahier 608. <l>ir.ertie = 2 Sp X h i (ti - ts) sP = 60 m 2 surface du plancher hi = 8 <!>inertie = 960 Pour une dalle de béton de 10 cm et un hi de 8 on a 21t (8- m. ) 24 n [ E·t COS- = 0.70 ~i = 2 h 30. a 21t (8 0 • 70 E.t COS24 m.2 • 30) ] Tt 2,7. Flux évacué par la ventilation 2. Flux intervenant dans le bilan thermique 2,1. Élèves <!>élèves En ventilation naturelle. ce flu x est <I>nvent = 0,3 X N X V [ti - t :J = 500 - 21t 900 COS (8 24 + 1) 27t 61t + 400 cos 24 (8 + 1) + 200 cos 24 (8 + 1) N = V ==- 180 m 3 10 <I>n vent = 540 [ ti moy- 20,5 27t ] + Ei COS 21t (8- Cfli ) - 6,3 COS (8- 14, 8) 24 24 2,2. Apports dus au soleil au travers des baies vitrées En ventilation mécanique. le flu x est : <l> 8 vitre = SviSR svi S R = 1 3, 5 m 2 surface des vitres <l>M vent = 0,3 NV [ti - = 0,1 5 facteur solaire = rayonnement solaire N = v = 180 <]\ vitre = [ 100 - <l>M vent = 1 080 2,02 21t 220 cos 24 8 TE Météo] 20 + 100 cos 47t 24 8 - 67t ] 30 cos 24 8 [ timoy- 20 21t ] + Eicos 27t (8- epi)- 6 cos (8 - 15) 24 24 43 CAHIERS DU CENTRE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DU BATIMENT 3. Équation du bilan thermique - circuit de constantes versale, ni self : Calcul de ti réparties Le bilan s'écrit <!>vent + <!>inertie + Cflt fa çade sans conductance trans- ô2V = RC ôV ôx 2 ôt ·t Cflt cloison = <)) s mur + <l>s vitre + Cette équation est analogue à la précédente si on assimile <)) élèves Cette équation comprend des termes constants et des termes sinusoïdaux. la température 8 au potentiel V la rés istan ce thermique Les termes constants donnent : 1 À à la résistance électrique R la capacité thermique p à la capacité électrique C. en ventilation naturelle en ventilation mécanique ti moy = 20.7° En fait. la réalisation et l' utilisation en régime variable de milieux continus RC est très difficile. Aussi préfère-t-on l'utilisation des réseaux RC. On remplace ainsi un milieu continu par un milieu discontinu. Les termes sinusoïdau x donnent. pour le premier harmo nique : en ventilation naturelle Ei = 4,3° en ventilation mécanique Ei = 4° Du point de vue thermique. ceci revient à décomposer les éléments inertes en couches. chacune de celles-ci étant alors représentée par deux éléments : Les harmoniques suivants ajoutent environ 0,5° dans le premier cas et un peu moins dans le deuxième. l'un, de même résistance thermique que la couche, auquel on fait correspondre une résistance électrique; Ce qui conduit comme température intérieure maximale l'autre, de même capacité thermique, auquel on fait correspondre une capacité électrique. en ventilation naturelle, à Ti maxi = 26,5°, en ventilation mécanique, à Ti maxi = La précision du résultat est bien entendu fonction du nombre de couches. ainsi que de la plus grande fréquence liée au problème. 25° pour une école comportant une dalle en plancher avec la qualité de façade actuelle p. L'avantage de cette méthode est : Il. Calcul par analogie électrique qu'elle ne nécessite pas les hypothèses qu'il est nécessaire d'admettre dans le calcul analytique; on peut. par exemple. introduire un flu x thermique dans le local (flux des élèves) ou modifier le tau x de ventilation à une heure bien déterminée. 1. Principe et qu'il n'est pas nécessaire de décomposer les données en série de Fourier. Cette méthode de résolution des problèmes thermiques repose sur l'analogie analytique entre: les lois de transmission de la chaleur et de l'électricité. 2. Description. Réalisation En effet. l'équation différentielle définissant la conduction de la chaleur est : Grandeurs électriques et grandeurs thermiques sont reliées entre el les par des constantes de transposition. Dans ce problème ces constantes étaient les suivantes temps électrique temps thermique et celle définissant la transmission de l'électricité dans un 24 x 3 600 11 ~::1~ 20 ------"' Te R 1 '16 . 1 o-s Tl~oi~r--------~ _________________________________________ __l_ 6 Vi tr e h, S 0 Te 14 10 8 Mur extér ieur ~ R 1 8 he Plo tond 8 Cloison côté coul ir ~'"''T-w,__---,..:..:...:.~-=---+--+-__;_--+--+-__._----+--1--.__--___,,~ ~ I El Sol %--~-+--~-~~----~~~------~-L-------%1·~ J; T, o1r Schéma du réseau de calcul pour représenter l'école étudiée. 44 CAHIERS DU CENTRE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DU BATIMENT 30° c ~ Il V\ z 0 :;:; V\ "0 ~ .., c ~ 0 0 '~ 0:: 'QJ :~ QJ i.L ~--!'--.. - 0:: ...... 1 / 1\,"' /r; 1 y 1: _...z (/) ~-, ::J .n l'f .,......,'· ~ ~ \V -,~ ...... ..... ~ t-........... r- ......... 1... 1 \1 \ /'\J ;' / 1 ....... ~'--- ........... capac~t~ é lectr~que = 3, 33 . 10 _12 F/(Jfk . oc) g rés~stance électr~que = 3,47. 106 0./ (m. oc;w) résrstance thermrque différence de potenti el = 0 24 v;oc différence de temp ératu re ' courant élec_trique = 0,0 . _ A/W 69 1 0 6 flux thermrque la- figure de la page 43 montre le réseau réalisé pour représenter l'école étudiée; en voici, sommairement décrits, les différents éléments : 2,1 . Réseau de calcul 2, 11. Parois Elles sont représentées par l' associati on en sene de plusieurs réseaux en T (association de deux résistances de part et d'autre d'une capacité) dont un seul est figuré sur le schéma. Un réseau en T corre spond par exemp le à un e couche de béton de 5 cm. 2, 12. Résistances thermiques superficielles à l'intérieur du local Les écha ng es de cha leur à l'intérieur du local ont été décomposés en échanges de chaleur par rayonnement et par con ve ction. Ainsi chaque résistance électrique représente, soit la résistance thermique correspondant aux échanges de cha leur par rayonnement entre deux parois, soit la résistance thermique correspondant aux éc han ges de chaleur par con vection entre l'air et une paroi. 2,2. Génération des donné ~~ Les données extérieures (température, enso leill ements ) sont obtenues à partir de potentiomètres multiprises; leurs curseurs sont fixés sur un même axe en t raîné par un moteur synchrone. Chaque prise est alimentée en tension continue par des résistances raccordées soit à un e source de tension fixe, soit à la masse. Ces résistances ont été ca lcul ées de faco n telle que le potentiel des prises corresponde aux valeurs' de ............ --- Te Météo ( température extérieure) .\ N = 10 volumes/ heure 1. seco nd e électrique correspondant à 1 journée thermique. w 1 \ 1 1 1 1 1 1 1 1 12 13 14 15 16 17 19 19 .............. w 1-- 20 ~ \ 1 1 :::!:: ......... ........... ( de 6 h 40 a 16 h ) 11 a.. ...... ............... 1-- - 10 <{ 0:: .... ~ ----- Venfi la tian Naturelle V' 2 \ Ventilation Mécanique 1 N = 20 volumes/heu re ( de 6 h 40 à 16 h ) 4J 0:: '\ Vlv 1 25 '\r----...... !'-.....!'-........ 1-- .... HEURE capac1te thermrque V\ _/'. ' / r..f --'\/ Ecoles semi-/ourdes (EL). Exposition Sud. / 1,............ ~"1 0 t"" l' , l1 - ~ ,~ ~ ,4) ~'iï ~ u - LJ.I ........ 0 0:: 0:: • QJ 1 ~ ........ ~ 'QJ 0 ·..;:.; 0 <V "0 ""u QJ -~ c V\ _§ \ 20 21 22 23 24 25 26 27 SOLAIRE la grandeur considérée aux différentes valeurs du temps. L'exploration du potentiel de ces prises au cours du temps fournit une tension variable représentant alors cette grandeur. Les lois à variations brusques (entrée et sortie des élèves de la salle de classe, variation de la ven tilati on) sont obtenues à l'aide de commutateurs fixés sur le même axe que les potentiomètres. Des amplificateurs opérationnels sont utilisés comme adaptateurs d'impédances entre le système d'entrée des données et le réseau de calcul et aussi pour obtenir des sources de courant (flux solaires, flu x des élèves). 2,3. Mesures des températures Les températures de surfaces des différentes parois et de l'air de la classe sont obtenues en mesurant les tensions aux points correspondan ts. Les variations de ces tensions en fonction du temps sont fixées sur papier photographique au moyen d'un enregistreur rapide. On trouvera reproduits sur la figure ci-dessus des exemples d'enregistrements de températures d'air dans les conditions suivan t es : cas de l'inertie 1 (c'est-à -dire plancher dalle pleine), en ventilati on naturelle (N = 10) et en ventil ation mécanique (N = 20), avec la qualité actuel le de façade. On trouve co mm e température intérieure maximale 27,5° en ventilation naturelle, 26,2° en ventilation mécanique. Ill. Comparaison entre les résultats obtenus par le calcul manuel et par le calcul analogique L'an alogi e électriqu e donne une température intérieure maximale un peu supérieure à celle calculée manuellement. L'écart est de 1° en ventilation naturelle et de 0,5° en ventilation mécanique. Ces suppléments de température proviennent essentiellement de ce que l'on n'a pas tenu compte dans le ca lcul manuel de l'arrêt de la v entil ation la nuit. On a donc, quand il y a inertie, majoré toutes les températures intérieures maxima les calcu lées manuellement de 1 o en ventilation naturelle et de 0,5° en v entil ation mécanique. 45 CAHIERS DU CENTRE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DU BATIMENT ANNEXE Il Fréquence des températures intérieures maximales à Paris et à Montpellier dans les écoles légères, avec et sans amélioration On a déterminé d'abord les écarts entre les maximums de température intérieure et les maximums de température extérieure météo un jour d'ensoleillement continu et un jour d'ensoleillement discontinu ou nul. Puis, à l'aide des fréquences des couples« température extéri eure météo maximale et durée d'ensoleillement », on a établi les fréquen ces des températures maximales intérieures. 1. Ecoles três légères sans amélioration En l'absence de tout apport les températures extérieures et intérieures sont égales à chaque instant. Le supplément de température dû au x élèves est d'environ 2°. 1, 1. Sur les façades exposées au Nord et à l'Est, au moment du ma ximum de température intérieure, il n'y a pas de rayon- 700 ,<.. 600 .s::. /t-.. 600 ---- ............. 0 !-.. JV /_! 300 100 ft 1// // z w ::E: w z z 300 0 > <{ 0::: 10 12 14 16 HEURE SOLAIRE 18 1 1 1 1 100 v 1 / "' \1 \ 1 \ 1 8 10 12 14 16 HEURE s:lLAIRE 20 8 20 0 u 1- u w 1 1- z 300 ::E: LJ.J z z 200 0 > \ 1\ <{ 18 0::: 100 L' v~ 1 1 1 1 1 v 1 "' 1\ 1 1\ \\ 10 12 14 16 HEURE SOLAIRE 18 20 MAl lat. 45° 700 1\ 1\ \ \ 1\ \ \ 1 \ \ _\ 1 \ \ 1 1 1 18 20 AVRIL 700 1 \ Il LJ.J ® y\ 1\ \ 1 400 0::: \\ \ ~\- 1/ \ 1 1 500 0 \ \ \ Il :>::: 1\ \ 1 \ \ 1 \\ 10 12 14 16 HEURE SOLAIRE MAl lat. 50° 700 1 11 11 1 Il / 10 0 1\ \ _1 \t 18 11 20 0 \ ---- y ID\ 1 1 ~ '\ 1\ \ 30 0 ~ '\ 600 E (\tl \ 1 \ /'\ 40 0 Ir\ \ \ 1\ \ \ 1 \ \ \ 1 1 1 AVRIL 1\ \ v \ ~:--. 1 1 200 \ ~\ 1/ 1 1 400 0 1- l1 1 1 8 w 0::: 1\ 1 \ 1\ 1\ \ 1\ 1 1 1\\ \ tl 1 ; u \ f\\ 1 200 1- J\ \ .c. -;-- Lr-... 500 v ID\ 1 :>::: 1~ '\ \/(~\ 40 0 ~ 500 u 700 60 0 j@ \ E 1/(t! \ 1,21 . On voit que l'ensoleillement varie peu à l'Ouest. Avec le rayonnement diffus on a pratiquement un rayonnement solaire total maximal de 600 kcal / m 2 . h pour chacun de ces mois et à chacune de ces latitudes, le ma ximum d'ensoleillement coïncidant avec le ma ximum de température intérieure (16 heures). 700 -;;-- 500 Pour ces expositions Est et Nord, quels que soient l'époque de l'année et l'endroit, la température intérieure maximale est à 3° au-dessus de la température extérieure météo maximale. 1,2. Pour les expositions Ouest et Sud la façad e est ensoleillée au moment du maximum de température .intérieure. Les figures ci - dessous donnent le rayonnement direct tombant sur les façades 0, S et sur un plan horizontal pendant les différents mois de l'année scol aire, avril, mai, juin, septembre aux latitudes 50° et 45°. 1. Ensoleillement continu 70Q nem ent direct; par contre, le rayonnement diffus provenant du ciel et du sol provoque une élévation de température d'environ1 o lorsque les stores sont relevés. 700 A'61'. -- k. ~ 600 500 Il 400 1 1 1 \ 1 1 1 Il 1 1 200 100 / 1 1 8 8 v[ID"\\ 1\ 1 v~ 1 "E J 300 V'-' \ 600 --.::.._ 600 V D t; w - 1\\ 1\\ z \ LJ.J z z 20 0 0 > <{ 0::: 100 J BJ/1 '1. 20 ffi> \ 1 \ 1 \ \ 1 ~ 1 1 1 8 300 200 \ \ 10 .12 14 16 HEURE SOLAIRE SEPTEMBRE 100 18 20 .c. -----8 @ y\ 1\ 1/ 1 1 \ 1 ~ 8 10 12 14 16 HEURE SOLAIRE Rayonnement direct tombant sur les façades Ouest, Sud et sur un plan horizontal. 500 :>::: 400 /~ P\ /J u 1- z ~ LJ.J z z 200 l ~ 0::: 20 100 Il VIIJ H 0 \1 18 Il LJ.J ô 3oo "' JUIN "E l- 1\ \ L.r--...1 \ \ \ \ 1 /'2 1/ 1 1 1\ \ \ 1 1 \ 1 1/ 1 \ \ 1 '\ \ 1/ 400 \ 1\ ,1/ ::E: 1 18 Il 1 300 w 1 10 12 14 16 HEURE SOLAIRE JUIN 1- \ \ 1 \ 1/ Ci \ \ "" // ~ b. V\9)\ p 400 1 1 500 / ~ 0::: 1\ 1\ 1 \ = 500 :>::: 600 !\ Il VI '~ \ fi~ lX \ r\\ \ 1 \\ \ 1 \' \ 1 ~ \ 1 1\\ 1 \\ 10 12 14 16 HEURE SOLAIRE SEPTEMBRE \\ 18 20 46 CAHIERS DU CENTRE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DU BATIMENT Latitude 45° Latitude 50° A M J s A M J s RTotal maxi 580 510 450 570 550 470 420 570 ti - 5°8 5°5 5°3 5°7 5°8 5°4 50 5°7 TE Météo maxi Pratiquement, la température intérieure maximale est à 6° au-dessus de la température extérieure météo maximale pour une exposition Ouest quels que soient le m'Jis et le lieu. 1,22. Il n'en est pas de même au Sud où le rayonnement solaire direct varie considérablement comme l'indiqu ent les figures c et d. Le rayonnement total tombant sur la façade est la somme du rayonnement direct (Rn) du rayonnement diffusé par le ciel (R aciet ) et du rayonnement réfléchi par le sol (R asoJ) , soit RTotal = Rn Rn + R aciel + R a sol est donné par les courbes des figures c et d Lorsque le soleil est caché pendant la journée, on admet que le rayonnement diffus provoque une élévation de température intérieure de 1°, soit que le store soit relevé si le rayonn ement est faible, soit qu'il soit baissé dans le cas con traire. Un jour couvert sans soleiL on a donc pris, pour toutes les expositions, un écart de 3° entre les températures ma ximales intérieure et extérieure météo. Pendant une journée nuageuse d'ensoleillement discontinu, l'écart !:J.'ti entre les températures ma ximales intérieure et extérieure météo est compris entre ces 3° et les !:J.ti du paragraphe précédent. /). ti > /).'ti > 3° R a ciel à midi varie de 50 à 60 kcal/m 2 . h suivant la hauteur du soleil. R _ a sol - !:J.ti co rrespondant à l'e nsol eillem ent continu. !:J.'it, à l'ensoleillement discontinu. 3°, à l'ensoleillement nul. RH·Psol - -- 2 où RH est le rayonnement total tombant sur un plan horizontal (fig . c et d). On a pratiquement : Psoi facteur de réflexion du sol que nous prendrons égal à 0,3. Le tableau ci-dessous donne les rayonnements totau x maximau x dans les différents cas et les écarts maxi maux ti - TEMétéo correspondant au maximum d'enso leillement ces écarts tenant compte des apports dus aux élèves. Cela donne, pour l'exposition Sud, les écarts suivants entre la température intérieure maximale et la température extérieure m étéo maximale (écarts arro ndis au demi -degré) : l' : ensoleillement direct reçu par la façade, le jour considéré où l'ensoleillement est discontinu. 1 : ensoleillement direct recu par la façade un jour d'ensoleillement continu. · En moyenne, on a : d' d l' ï Latitude 45 ° A M J 4°5 40 Latitude 50o s A M J s 4°5 40 3°5 4° 5 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - --4° 5 4°5 2. Écoles améliorées On suppose que l'écart diurne extérieur météo est de 12°, ce qui est vrai en moyenne. Dans ces conditions, à un demi-degré près, une amélioration simple (ventilation mécanique EIVM ou dalle pleine ELVn) diminue de moitié les chiffres précédents . Et pour toutes les expositions, une amélioration double (ELVM) amène la température intérieure max imale au nivea u de la température extérieure météo ma ximale. d' : durée d'ensoleillement le jour considéré, où l'e nsoleillement est discontinu. d : durée d'ensoleillement un jour d'ensoleillement continu à l'époque considérée. On peut donc écrire En supposant toujours que l'amplitude de la va riation diurne de la température extérieure météo est de 12°, on a pris comme écart pour une amélioration simple, /). t: 2 et pour une amélioration double, on a pris un écart nul. Ill. Fréquence des températures intérieures maximales Il. Ensoleillement discontinu ou nul Les chiffres précéd ents correspondent à un ensoleillement continu. Les suppléments de t empérature intérieure !:J.tis dus au rayonnement solaire direct y sont pratiquement donnés dans les écoles très lég ères par Ô tis = Ô ti - 2° !:J.ti désignant les écarts entre les températures ma ximales intérieure et extérieure météo donnés ci-dessus, les 2° correspondant aux apports dus aux élèves. On a utilisé les données quotidiennes de température extérieure météo maximale et de durée d'ensoleillement pendant les cinq années de 1946 à 1950, à Paris et à Montpellier. On a pris chaque température au -dessus de 20° des mois d'avril, mai, juin, septembre et pointé la durée d'ensoleille ment correspondante. A l'aide d'une série de tableau x on a alors établi les fré quences des couples « température extérieure maximale, et durée d'e nsoleillement ». A chaque durée d'ensoleillement correspond un écart entre température intérieure maximale et t empérature extérieure météo maxi male donné au paragraphe précédent. En ajoutant à chaque température extérieure ma xim ale l'écart correspondant, on a établi les fréquen ces 47 CAHIERS DU CENTRE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DU BATIMENT cumulées des températures intérieures maximales données par les courbes des figures 27 à 32 et les tableaux Il 1 et IV du chapitre D. Pour supprimer les jeudis et les dimanches, on a pris les 5/ 7 des fréquences totales. Les figures 27 à 32 correspondent en fait à une année moyenne. La période 1946 à 1950 a été en effet exceptionnellement chaude à Paris, la température extérieure maximale de base pour cette période est à 3° au-dessus de la température de base correspondant aux quarante années de la période 1891-1930. Pour Montpellier, les températures de base de ces deux périodes 1946 à 1950 et 1891 à 1930 coïncident (cf. cahier 608 , p. 22).
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Modélisation d'un Transistor Organique à Effet de Champs et à Nanostructures d'Or. 2023. &#x27E8;hal-04589746&#x27E9;
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Appendice Le “poids synaptique” électronique est décrit phénoménologiquement et physiquement par un système équation différentielle (ODE) décrivant cette évolution et son l’influence sur le courant de drain (Eq. 15):  ∂Ω     ∂t     IDS = − Ω −ρ τ (15) Modèle phénoménologique = Ω IDS0 · exp(− ) Ω0 Ce modèle phénoménologique nécessite différentes constantes normalisées au composant étudié (Ω0 = 160meV, IDS 0 =8·10−20 A, τ =2s, ρ0 =0) La discrétisation de système d’ équations temporellement au temps ti par rapport à ti−1, avec un laps de temps ∆t = ti − ti−1, permet d’aboutir à l’équation suivante (Eq. 16):    Ωi   = [1 − ∆t ] · Ωi−1 − ρi ∆t τ (16) Discrétisation du poids Ωi au temps ti /ti−1.     IDS i = IDS0 · exp(− Ωi ) Ω0 L’utilisation, d’une méthode de type Runge-Kutta (RK4), permet d’interpoler classiquement l’évolution de ce poids sous la forme de quatre moments (k1, k2, k3, k4 ) menant à l’(Eq. 17):    k1     k2   k3     k 4 = − ρi−1 − Ωi−1 τ = − Ωi−1 + k12τ∆t − (ρi +ρ2 i−1 ) τ (17) + k22τ∆t − (ρi +ρ2 i−1 ) = − Ωi−1 τ = − Ωi−1 + k32τ∆t − ρi τ qui permet d’intégrer numériquement la contribution de ces différents termes:    Ωi       IDS i ∆t · (k1 + 2 · k2 + 2 · k3 + k4 ) 6 = Ωi−1 + = Ωi ) · exp −( )] IDS0 · exp [−α( Vseuil Ω0 Système numérique discrétisé (Ωi, Vi, IDSi ) Vi (18) Ce dernier système d’équations discrètes (Eq. 18) est résolue indépendamment des outils classiques de conception en microélectronique, permettant d’accéder à l’évolution temporelle en régime transitoire et dynamique du “poids synaptique” du dispositif envisagé utilisé au niveau du calcul corrélatif et applicatif. La tension de seuil du modèle phénoménologique considérée est-elle par contre de 15 Volts et qui doit prendre de manière phénoménologique le potentiel VF G. Brouillon 28 Figures 1 Dispositif transistor à canal organique et nanostructures d’or................. 29 2 Caractéristiques électriques statiques du dispositif organique pristine ............. 30 3 Caractéristiques classiques théorique électriques......................... 31 4 Align ement des niveau x de Fermi. ................................ 32 5 Evolution de la densité de courant en fonction de la charge linéique.............. 33 6 Courant, potentiel de grille, caractéristiques électriques et “poids synaptique” quasi-statique 7 Proposition d’un mécanisme de charge/décharge des nanocristaux d’or............ 35 8 Modélisation phénoménologique en régime transitoire...................... 36 9 Transistor p-MOS; p-FGMOS et synapse du vivant?...................... 37 28 mai 2024 34 Brouillon 29 Pentacène 30 nm Au Au Ti SiO 2 Ti 1 μm 1 μm 0.2 μm W L Source (S) Drain (D) GF? 2 μm Si Grille (G) 3 μm Fig. 1. Principe de la structure du dispositif simulé basé sur un transistor à canal organique et nanostructuré via des nanostructures d’or. Brouillon 30 0 Potentiel électrostatique (V) Lateral Distribution du potentiel electrostatique 0 -0.5 Profondeur (μm) Volts 0 -5 0.5 -10 1 -15 1.5 -20 2 -25 −10 −20 −30 Source Canal Drain −40 2.5 -30 3 -35 0 0.5 1 1.5 2 2.5 0 1 2 3 Position latérale (μm) 3 x (Lateral) (μm) (a) (b) Source Canal Drain Concentration [t+] (at/cm3) Potentiel électrostatique (V) 0 −10 −20 −30 1×10 21 1×10 20 1×10 19 1×10 18 −40 1 −0.5 0 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2 Position latérale (μm) Verticale y (μm) (c) (d) Champs electrique (V/cm) 2×10 6 Ex Ey 6 1.5×10 1×10 6 500000 0 −500000 6 −1×10 −1.5×10 6 Source Canal Drain 6 −2×10 0 1 2 3 Latéral x (μm) (e) Fig. 2. Caractérisations statiques du composant organique. a) Variation du potentiel électrostatique en fonction de la position latérale entre les empilements de source et de drain, le long du canal de pentacène pour un potentiel de source nul, 28 mai 2024 de drain et de grille égal à -35V. b) Variation du potentiel électrostatique généré en fonction de la profondeur Brouillon un potentiel au niveau de l’électrode de source, du canal et de l’electrode de drain. La couche d’oxyde de silicium (SiO2 ) permet effectivement d’écranter les variations du potentiel électrostatique dans le substrat de silicium. La densité de porteurs libres dans le dispositif est principalement des trous t(+ ) dans la couche semiconductrice ∼ 2×1017 cm−3. Les variations de potentiel se situent donc principalement au niveau de la surface supérieure du dispositif et au niveau du canal situé entre les régions de 31 1750 300 −35V Courant de drain IDS ( nA) Courant de drain IDS (pA) 2000 1500 −30V 1250 −25V 1000 750 −20V 500 −15V 250 −10V 200 100 −5 V 0 − 30 − 20 − 10 0 0 0 Potenti el VDS (Volts) 5 10 15 20 Temps (s) (a) (b) 60 Vcharge=−30 V Vcharge=−20 V (Iapres−Iavant)/Iavant) % 50 VDS=−20V 40 30 20 10 VDS=−30V 0 − 50 −45 −40 −35 −30 − 25 −20 −15 −10 −5 0 Potentiel VDS (Volts) (c) Fig. 3. Caractéristiques classiques du courant de drain IDS en fonction de la différence de tension Source/Drain VDS du dispositif à canal organique en l’absence de nanostructures d’or. La tension de seuil du transitoire organique classique est proche de 1 Volt. Une simulation en régime transitoire montre que l’étape de charge a une influence modeste sur le courant de drain. D’une manière suprenante, le niveau de courant de drain IDS, au niveau de l’impulsion de potentiel, ne serait pas identique mais très légérement supérieur (5.6 %). Après charge, du fait d’une concentration de trous libres (t+ ) légérement plus importante (∆Q = C∆V ) selon le simulateur dans le semiconducteur après le potentiel de charge. c) Augmentation du niveau de courant avant/après impulsion pour le composant pristine. Celles-ci sont inversées par rapport au composant comportant des nanostructures d’or, ce résultat confirme que l’influence primordiale des nanostructures d’or dans les phénomènes de réduction de courant transitoire. Pn φ −4.1 eV Ti BC Eg/2 BV −6.3 eV −5.2 eV Métal Oxyde de silicium Pentacène Alignement des niveaux de Fermi Fig. 4. Densite de courant de trous J (t+) Densite de courant de trous J (t+) Q=1e-15 x x -0.4 2 -0.4 -0.35 2 -0.35 1.5 1.5 -0.3 -0.25 1 Vertical y [μm] Vertical y [μm] -0.3 -0.2 -0.25 1 -0.2 0.5 0.5 -0.15 -0.15 -0.1 0 0 0.5 1 1.5 2 2.5 -0.1 3 0 0 0.5 1 Lateral x [μm] 1.5 2 2.5 3 Lateral x [μm] (a) (b) Densite de courant de trous J (t+) Q=0=1e-13 Densite de courant de trous Jx(t+) Q=2e-13 x -0.4 0.01 -0.4 2 -0.35 -0.35 0.008 1.5 -0.3 -0.25 1 -0.2 Vertical y [μm] Vertical y [μm] -0.3 0.006 -0.25 0.004 -0.2 0.5 0.002 -0.15 -0.15 -0.1 0 0 0.5 1 1.5 2 Lateral x [μm] (c) Fig. 5. 2.5 3 -0.1 0 0 0.5 1 1.5 2 2.5 3 Lateral x [μm] (d) Représentation, en échelle logarithmique, de la densité de courant J~x (t+ ) en (A/cm2 ) en fonction de la charge portée QGF par le réseau de nanostructures d’or a) QGF = 10−15 C/μm b) QGF = 10−14 C/μm c) QGF = 10−13 C/μm d)QGF = 2 · 10−13 C/μm. La réduction progressive du courant de trous de la structure et le pincement du canal de pentacène progressif au niveau de l’électrode de drain par un simple effet surfacique de charges fixes est mise en évidence via la simulation. La charge entraı̂nerait un glissement progressif vers un canal quasiment dép été. 25 0 20 Potentiel de grille (V) Courant de drain IDS (nA) −15 Volts −30 Volts −35 Volts 15 10 5 −5 −10 −15 Volts −30 Volts −35 Volts 0 −15 −14 0 −5×10 1×10 −13 2×10 −13 3×10 −13 4×10 −13 −14 0 −5×10 Charge λAuNS (C/μm) −13 2×10 −13 3×10 −13 4×10 −13 Charge λAuNS (C/μm) (a) (b) 18 16 14 12 10 8 6 4 2 0 −2 1 IDS (λ) −IDS(0)/IDS(0) % Courant de drain IDS (nA) 1×10 VDS=−15V VDS=−30V VDS=−35V 0.75 0.5 0.25 0 −0.25 −0.5 −0.75 −1 3×10−13 −35 −30 −25 −20 −15 −10 Potentiel VDS (Volts) (c) −5 0 2×10−13 1×10−13 5×10−14 0 −5×10−14 Charge λAuNS (C/μm) (d) Fig. 6. a) Variation du courant de drain ID du dispositif organique en fonction de la charge portée par la grille flottante Q (QF G = CF G · V ). En accord ici avec l’expérience, la simulation montre que charge positive portée par les nanostructures d’or explique la réduction du courant de Drain au niveau statique. b ) Potenti el de la grille flottante en fonction de cette même gamme de charge électrostatique. La formation de ce potentiel localisé pourrait explique r simplement les variations du courant de drain en fonction de la charge retenue par un simple décalage au niveau de la tension de seuil. Toutefois , au niveau nanométrique, ce potentiel de grille est probablement écranté et réduit par les nanostructures métalliques et non-homogène latéralement. c) Caractéristiques électriques du dispositif pour une charge linéique de 8 10−16 Cμm. Elles sont caractéristiques d’ influence importante de l’surfacique de charge et de la perte d’influence du potentiel appliqué. d) Une estimation par une approche quasi-statique des variations du poids synaptique ici en fonction de la charge retenue par rapport à une référence non-chargée. Le régime de “poids synaptique’ prédit de manière quasi-statique serait bien plus en accord avec les expérimentations avec un régime négatif avec une charge positive retenue. Seul manque la simulation dynamique et transitoire de cette charge. Cette comparaison ne serait pas parfaite, le niveau se situant autour de[ 3.2 10−17 -8 10−16 ] C/μ avec une densité estimée expérimentalement de 2·1012 charges/cm2 [7] 28 mai 2024 Br 35 V eV t+ −4.1 eV BC BC −5.2 eV eV t+ BC tunnel injection tunnel −5.2 eV t+ t+ BV BV BV BV injection −6.3 eV. Métal Pentacène AuNS Pentacène Métal accepteur Mécanisme de charge surfacique des nanostructures d’or (V<0) (a) Métal Pentacène AuNS Pentacène Métal donneur Mécanisme décharge surfacique des nanostructures d’or (V<0). (b) Fig. 7. a)Esquisse d’un mécanisme de charge surfacique des nanostructures d’or via le semiconducteur Pentacène. Une partie du de courant de trous (t+ ) injecté permettrait un phénomène de charge surfacique de ces nanocristaux d’or (AuNS) via la bande de valence du semiconducteur pentacène au travers des molécules gréffées sur les nanostructures. b) Mécanisme de décharge surfacique des nanostructures d’or à travers la conduction de trous de la bande de valence (BV) du semiconducteur organique. Un phénomène d’échange de ces trous libres (t+ ), via un mécanisme de percolation entre les nanostructures d’or, n’est pas à exclure. Le phénomène de charge discrète de Coulomb de ces nanostructures métalliques δV = dQAuNS /Cnano permettrait d’expliquer le caractère ambipolaire (accepteur/donneur) et une durée de retenue faible des charges libres capturées. Courant de drain IDS ( muA) 0.2 Poids synaptique Ω(t) Transitoire potentiel −V Poids synaptique Ω(t) 0.5 0.4 0.3 0.2 0.1 0.15 0.1 0.05 Pré−charge Après−charge 0 0 0 5 10 15 20 0 25 5 10 15 20 25 Temps (s) Temps (s) (b) Poids synaptique maximal Ωmax (a) 0.5 0.4 0.3 0.2 0.1 0 −50 −45 −40 −35 −30 −25 −20 −15 Potentiel de charge (Volts) (c) Fig. 8. Modélisation en transitoire du régime “synaptique”. Divers résultats théoriques du modèle phénoménologique permettant de décrire les variations de drain du composant en fonction du potentiel appliqueé et de son état de charges. a) Variation du “poids synaptique” Ω(t) en fonction de la forme du transitoire au niveau du potentiel de l’électrode de drain. La variation du “poids synaptique” Ω(t) serait finalement très proche de la forme d’une charge progressive d’une capacité non-linéaire formée par la couche nanostructurée en fonction du potentiel appliqué. b) Forme du courant de drain.c) Variation du maximum du “poids synaptique” Ωm ax en fonction du potentiel de charge. Le “poids synaptique” du fait de la charge retenue aurait une dépendence linéaire au potentiel de charge et également par effet capacitif au courant de trous injecté. Grille Source Source Grille Grille Source Grille flottante Ω el Drain Drain Drain p−FGMOS p−MOS 11 Qot (Qss) ~ 10 charges/cm 2 12 2 Q AuNS ~ 2 10 charges/cm. Q GF ~ 1014 charges/cm 2 max (b) (c) (a) synapse i max ω ij synapse i (d) Fig. 9. En fonction du niveau de charge surfacique croissante portée au niveau de la grille du composant (pMOS, OFET et nanostructures, FGMOS, il serait possible d’esquisser un glissement d’un composant gouverné principalement par le potentiel de grille à la charge surfacique portée et au potentiel local défini par la grille flottante. Dans ce composant, l’injection et la retenue de trous augmenterait le poids synaptique. Malgré tout, ce composant ndrl basé sur la charge et l’effet de champs serait peut-être le plus proche dans l’esprit d’une synapse mais loin en pratique des principes biophysiques régissant le fonctionnement synaptique du vivant. Tables I Architecture et traitement de l’information............................ 39 II Mécanismes électroniques vs mécanismes physiologiques.................... 40 28 mai 2024 Brouillon 39 Physique Variable Logique Ordonnancement Jonction Composant Architecture Electrocinétique Courant de charges Booléenne Séquentielle CMOS Transistor Von-Neumann Electrochimie flux d’espèces Corrélative Distribué MIIM Memristor Réseau de neurones? Corrélative Magnétisme Tab. Spin Booléenne Memristor Séquentielle TMR Mémoire Matricielle I. Architecture (Propriétés physiques, variables physiques, logique, matériau, composant et organisation) et les différents domaines appliqués au dispositif de traitement de l’information. Les caractéristiques de ces différents domaines du traitement de l’information, au sens large, sont complétement différentes sur un niveau architectural. Fonction Mécanismes physique Électronique Physiologie Etat Accumulation Charges Concentration d’ions Entrance Seuil Champs électrique interne, grille Activité, multiple Transport Conduction Porteurs libres (e−,t+ ) Flux hydrodynamique,diffusif Régime Commutation Inversion Potentiel d’action membranaire Sortance Conduction Niveau d’intensité Rythme, durée Interconnexion Couplage Potentiel (Kirchoff), lignes Moléculaire et ionique Unidirectionnelle Bidirectionnelle Commutation Oscillation Synchrone (Horloge) Asynchrone Organisation Séquentielle Matricielle Cellulaire Tab. II. Fonction et mécanisme de traitement de l’information et leur traduction ou transduction en électronique, ou en physiolog ie dans le domain e du vivant . L’électronique, inspirée du vivant, serait une tentative de transposition des phénomènes synaptique du cerveau humain avec semble-t-il des verrous significatifs de la physiologie que ce soit en terme de nature de signaux ou des mécanismes biophysiques en jeu. Autant, l’ensemble des mécanismes physiques régissant la commutation des composants électroniques sont très majoritairement synchrones défini via des signaux d’horloge, leur organisation et interconnexion matricielle autant le fonctionnement biophysique zynaptique du vivant semble être fondamentalement de nature asynchrone, cellulaire, de flux d’espèces ioniques, bidirectionnelle et diffusive en terme d’interconnexion neuronale. 28 mai 2024 Brouillon 41 Index 28 mai 2024 Brouillon A E Architecture Von-Neumann, 4, 29 Effet mémoire, 4, 17 C Equations Calcul de dérive et diffusion, 8 de Poisson, 7 Dynamique Poids synaptique (physiologique), 17 Synaptique, 14 Poids synaptique électronique, 17 Transistor Canal Caractéristiques I-V, 3, 11, 31, 34 Conduction,6 Capacité Transistor à grille flotttante Non-linéaire, 11 Caractéristiques I-V, 9, 34 Caractéristiques Evolution Electriques, 11 Temporelle, 14, 36 Champs électrique, 8, 30 Charges libres F Trous, 8, 30 Fonctionnalisation de Surface, 6 Composant ”Neuromorphique”, 13 Formalisme Courant de trous, 7, 31 Dérive et diffusion, 8 Memristor?, 4, 14 Forme Transitoire, 11 Transistor p-FGMOS, 9 Forme transitoire Charge, 14 Corrélation Décharge, 14 Etats de charges, 17 D G Densité Grille de charge surfacique, 12, 13, 33, 34 Grille flottante, 9 Drain,7 Corrélation de charges, 17 42 43 Pincement, 13 H Hypothèse Grille flottante, 9 Plasticité Synaptique, 12, 17, 40 Poids I Physiologie, 40 Impulsion, 10 Synaptique 40 Propriétés statiques, Isolation Charge, 11 R Régime L Déplétion, Logique Dynamique et transitoire, 14 Boolénne, 4 Statique, 6 Transitoire, 12 M Région Matériau Drain, 6 Hétérojonction, 4, 6 Pentacène, 6 Grille, 6 Source, 6 Réseau de nanostructures d’or, 6 Titane, 6 Répartition Courant, 7 Modélisation Potentiel, 7 Phénoménologique,14 S O Ordonnancement Semiconducteur Bande de Valence, 8 Séquentiel, 11 Mobilité Macroscopique, 6 P Phénomène Organique, 6 Capacitif, 11 Structure, 6 Modulation Effet de charge surfacique, 9 Substrat Silicium, 6 28 mai 2024 Brouillon 44 T Traitement Séquentiel, 4, 39, 40 Transistor OFET, 6 Charge Effet tunnel, 11 Percolation, 13, 16 28 mai 2024 Brouillon.
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La succession dans les entreprises familiales : le rôle des compétences sociales du successeur. Gestion et management. Université Panthéon-Sorbonne - Paris I, 2019. Français. &#x27E8;NNT : 2019PA01E047&#x27E9;. &#x27E8;tel-03651238&#x27E9;
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La succession dans les entreprises familiales : le rôle des compétences sociales du successeur Hedi Yezza To cite this version: Hedi Yezza. La succession dans les entreprises familiales : le rôle des compétences sociales du successeur. Gestion et management. Université Panthéon-Sorbonne - Paris I, 2019. Français. �NNT : 2019PA01E047�. �tel-03651238� HAL Id: tel-03651238 https://theses.hal.science/tel-03651238 Submitted on 25 Apr 2022 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. UNIVERSITE PARIS I- PANTHEON SORBONNE Institut d’Administration des Entreprises de Paris École doctorale de Management Panthéon-Sorbonne - ED 559 Equipe de Recherche GREGOR - EA 2474 La succession dans les entreprises familiales : Le rôle des compétences sociales du successeur THESE présentée et soutenue publiquement le 08 juillet 2019 en vue de l’obtention du DOCTORAT EN SCIENCES DE GESTION par Hedi YEZZA JURY Directeur de recherche : Monsieur Didier CHABAUD Professeur, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne Rapporteures : Madame Céline BARREDY Professeur, Université de Lorraine Madame Miruna RADU LEFEBVRE Professeur, Audencia Business School Suffragants : Monsieur Jérôme CABY Professeur, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne Monsieur Léo-Paul DANA Professeur, Auckland University of Technology, New Zealand « L’université de PARIS I – Panthéon Sorbonne n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans les thèses ; ces opinions doivent être considérées comme propres à leurs auteurs » 2 Je dédie cette thèse à mes chers parents pour le soutien et l’amour qu’ils m’apportent depuis toujours… A mes adorables sœurs, le meilleur don de la Vie 3 Résumé La succession dans les entreprises familiales : Le rôle des compétences sociales du successeur Résumé : Ce travail doctoral s’intéresse à la problématique de la succession dans les entreprises familiales. La thèse sur travaux est présentée sous la forme de trois articles interreliés. Elle mobilise une méthodologie de recherche quantitative et qualitative. Une première étude a été menée auprès de 77 entreprises familiales ayant connu au moins un épisode de succession qui vise à dupliquer l’analyse des compétences sociales dans le contexte de la succession familiale. Cette étude a été prolongée par une deuxième enquête confirmatoire conduite auprès de 105 entreprises familiales, pour tester l’effet des compétences sociales sur la performance post-succession. L’introduction du « socioemotional wealth » nous a permis de prendre en considération la dimension non-économique de la performance. Les résultats montrent que les compétences sociales ont un impact sur la performance post-succession, mais qu’il convient d’être attentif à la diversité de leurs dimensions. Par exemple, l’auto-promotion - une dimension des compétences sociales - a un effet négatif sur la performance économique et non économique. Enfin, cette thèse vise à comprendre la dynamique de processus de succession en prenant en considération les évènements observés sur un axe temporel de 4 ans. L’étude qualitative (6 études de cas) nous a permis de questionner les modèles linéaires, et de s’interroger à la fois sur les possibles ruptures et réaménagements dans ce processus. La discussion des résultats, nous a aidé à explorer la portée des phases de succession et la nécessité d’insister sur la diversité des trajectoires successorales. Mots-clés : entreprises familiales, successeur, compétences sociales, capital social, processus de succession. 4 Abstract Succession in family firms: The role of successors’ social skills Abstract: This thesis focuses on the problematic of succession in family firms. The thesis based on publications is presented in the form of three interrelated articles. We mobilize both quantitative and qualitative research methodology. A first study was conducted on 77 family businesses that had experienced at least one episode of succession that aims to duplicate the analysis of social skills in the context of family succession. This study was extended by a second confirmatory survey of 105 family businesses, to test the effect of social skills post-succession performance. The Introduction the concept of "socioemotional wealth" allowed us to take into consideration the non-economic dimension of performance. The results show that social skills have an impact on post-succession performance, but that attention needs to be paid to the diversity of their dimensions. For example, self-promotion - a dimension of social skills - has a negative effect on economic and non-economic performance. Finally, this thesis aims to understand the dynamics nature of the succession process by taking into account the events observed over a 4-year time axis. The qualitative study (6 case studies) allowed us to question the linear models, and to question both the possible ruptures and reorganization in this process. The discussion of the results helped us to explore the scope of succession phases and the need to emphasize the diversity of successional trajectories. Keywords: family firms, successor, social skills, social capital, succession process. 5 6 Remerciements Je souhaite, par ces quelques lignes, exprimer mes remerciements et ma reconnaissance à tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à l’élaboration de cette thèse. Cette aventure n’aurait pu s’achever sans l’aide de plusieurs personnes (la liste n’est pas exhaustive). Je tiens tout d’abord à remercier mon directeur de thèse, Monsieur le Professeur Didier Chabaud, de m’avoir accordé sa confiance en acceptant de diriger mes recherches. L’autonomie qu’il m’a laissée, sa disponibilité et son expertise m’ont permis de mener cette thèse à son terme. Son exigence m’a aidé à progresser dans l’élaboration de mes travaux de recherche. Tout au long de cette aventure, il m’a soutenu surtout pendant les moments difficiles et a cru en moi jusqu’au bout. Qu’il trouve dans ce travail l’expression de ma profonde et sincère reconnaissance. Cette thèse n’aurait pas vu le jour sans son aide. Je souhaiterais adresser mes remerciements les plus sincères à Mesdames et Messieurs les professeurs Céline BARREDY, Jérôme CABY, Léo-Paul DANA et enfin Miruna RADU LEFEBVRE, qui me font l’immense honneur d’examiner mon travail doctoral et de participer à ce jury de thèse. Ma gratitude s’adresse particulièrement à mesdames les rapporteures pour les conseils et suggestions qu’elles m’ont prodigués pendant la présoutenance. Je tiens aussi à remercier tous les membres de notre équipe de recherche « GREGOR » - et tout particulièrement Madame la Professeure Géraldine SCMIDT - et la chaire « ETI entrepreneuriat Territoire innovation » à l’IAE de Paris pour leur soutien. Je remercie également les membres du service recherche de l’IAE de Paris et en particulier Paula et Christophe pour leur disponibilité et pour m’avoir aidé dans les procédures administratives. Je remercie Monsieur le Professeur Jean Pierre Helfer, doyen du corps professoral à EDC Paris Business School qui m’a fait confiance et m’a offert l’opportunité de découvrir le métier. Mes remerciements s’adressent aussi à mes amis Adnane, Hela et mes collègues à EDC Paris Business School qui m’ont soutenu pendant les deux dernières années de la thèse, particulièrement, Alya, Mohamed, Jihene, Waleed, Rachid et, dernier mais non le moindre, Zied. Je voudrais adresser mes remerciements à tous mes cousins, mon beau-frère, mes amis et tous les membres de la famille Yezza, Mani et Ayed pour leur soutien. 7 Last but not least ! Je n’oublie pas le soutien indéfectible et sans limite de mes adorables sœurs Amira et Ameni qui ont fait preuve d’empathie et de solidarité. Je vous aime. Avec tout mon respect, mon amour éternel (Words are not enough to describe my feelings for them), je dédie cette thèse à mes chers parents (Salem et Naima) qui ont vécu avec moi le stress et la pression tout au long de cette thèse. Que ce travail soit pour eux une raison de plus pour être fiers de tout ce qu’ils ont fait ! 8 Liste des articles de la thèse  Article 1 (chapitre 1): Yezza, H. and Chabaud, D. (Forthcoming) ‘Impact of successors’ social skills in family firms’, International Journal of Entrepreneurship and Small Business, Vol. X, No. Y, pp.xxx–xxx. [CNRS cat. 4, FNEGE cat. 4, HCERES cat. C,]. Des versions antérieures ont été présentées dans : XXVème conférence de l’Association internationale de management stratégique (AIMS) : Le rôle des compétences sociales du successeur dans la réussite de la succession au sein des entreprises familiales (avec D. Chabaud), Hammamet, Tunisie [30 mai - 1er juin 2016], 39th Annual Conference of the Institute for Small Business and Entrepreneurship (ISBE): Succession in family firms: the role of the successor's social skills (avec D. Chabaud), Paris, France [27 – 28 Octobre 2016].  Article 2 (chapitre 2): Yezza, H. et Chabaud, D. La performance post-succession : le rôle des compétences sociales du successeur, Revue FCS (évaluation en cours). Des versions antérieures ont été présentées dans : Entrepreneurship past, present & future Symposium: Succession in family firms: Do social skills matter? (Avec D. Chabaud), organisée sous l’égide de AEI, AIREPME, ECSB par Paris School of Business, Paris, France [10 – 12 Mai 2017], 10ème Congrès de l’Académie de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation (AEI): Les compétences sociales du successeur jouent-elles un rôle dans la réussite de la succession familiale ? (Avec D. Chabaud), Sénégal, Dakar [6 –8 Décembre 2017] et enfin 32ème Research in entrepreneurship and small business (RENT): Performance post-succession: the role of successor's social skills (avec D. Chabaud), Spain, Toledo [14 – 16 November 2018].  Article 3 (chapitre 3): Yezza, H. et Chabaud, D. The succession process in family businesses: A long, quiet river? Revue : Journal family business strategy (Revision). Des versions antérieures ont été présentées dans : 10ème Congrès de l’Académie de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation (AEI) : le déroulement du processus de succession familiale : une modélisation non linéaire (avec D. Chabaud), Sénégal, Dakar [6 – 8 Décembre 2017], 4th International Family Business Research Forum : The succession process in family businesses: A long, quiet river? (avec D. Chabaud), France, Monaco [4 - 5 Avril 2019] (Best Paper Award). 9 Autres travaux liés à la thèse Cette thèse s’appuie également sur d’autres travaux (en cours d’évaluation) réalisés par le chercheur.  Article 1: Yezza, H. et Chabaud, D. Tu quoque mi fili ! Comment faire accepter la régénération stratégique au sein de l’entreprise familiale ?", Revue entreprendre et innover (évaluation en cours).  Article 2 : Yezza, H. et Chabaud, D. Exploring the mediation role of social skills in family firms: the impact of social capital. Des versions antérieures ont été présentées dans : 11ème Congrès de l’Académie de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation (AEI) : L’impact du capital social sur la succession familiale : l’effet de médiation des compétences sociales ? (Avec D. CHABAUD), Montpelier, France [3 – 5 Juin 2019], 15th Eiasm workshop on family management research: Exploring the mediation role of social skills in family firms: the impact of social capital (Avec D. CHABAUD), Nantes, France [23 – 25 Mai 2019]. 10 11 Sommaire RÉSUMÉ....................................................................................................................................4 ABSTRACT ..............................................................................................................................5 REMERCIEMENTS ...............................................................................................................7 LISTE DES ARTICLES DE LA THÈSE ..............................................................................9 AUTRES TRAVAUX DE LA THÈSE .................................................................................10 SOMMAIRE ..........................................................................................................................12 INTRODUCTION GÉNÉRALE ..........................................................................................14 ENJEUX ET INTERETS DU SUJET…………………………………………….………….16 LA PARTICULARITE DU CONTEXTE ETUDIE …………………………………………27 CADRE THEORIQUE ............................................................................................................38 QUESTION DE RECHERCHE DE LA THESE.....................................................................39 POSITIONNEMENT EPISTEMOLOGIQUE ET CHOIX METHODOLOGIQUE ………..40 PLAN ET STRUCTURE DE LA THESE ...............................................................................50 CHAPITRE 1: Impact of successors’ social skills in family firms.....................................54 RÉSUMÉ .................................................................................................................................56 ABSTRACT .............................................................................................................................57 1. INTRODUCTION ...............................................................................................................58 2. THEORETICAL FRAMEWORK AND HYPOTHESES....................................................59 3. METHOD ………………………........................................................................................65 4. RESULTS…………………….. ..........................................................................................71 5. DISCUSSION ......................................................................................................................71 5. CONCLUSION....................................................................................................................76 CHAPITRE 2 : La performance post-succession : le rôle des compétences sociales du successeur.............................................................................................................86 RÉSUMÉ .................................................................................................................................88 1. INTRODUCTION ...............................................................................................................89 2. CADRE CONCEPTUEL......................................................................................................90 3. METHODES……………….. ..............................................................................................97 4. RESULTATS………..........................................................................................................100 5. DISCUSSION…...…..........................................................................................................103 6. CONCLUSION...................................................................................................................108 12 CHAPITRE 3 : The succession process in family businesses: A long, quiet river?....... 119 RÉSUMÉ ...............................................................................................................................121 ABSTRACT...........................................................................................................................122 1. INTRODUCTION .............................................................................................................123 2. THEORETICAL BACKROUND......................................................................................125 3. METHOD ..........................................................................................................................129 4. RESULTS ..........................................................................................................................135 5. DISCUSSION.....................................................................................................................144 6. CONCLUSION..................................................................................................................147 CONCLUSION GÉNÉRALE .............................................................................................157 CONTRIBUTIONS THEORIQUES......................................................................................162 CONTRIBUTIONS MANAGERIALES ...............................................................................164 LIMITES ET PERSPECTIVES DE RECHERCHE FUTURES............................................165 BIBLIOGRAPHIE................................................................................................................168 ANNEXES .............................................................................................................................184 TABLE DES MATIERES ...................................................................................................231 13 Introduction générale 14 Introduction La recherche sur l’entreprise familiale (désormais EF) attire de plus en plus l’intérêt des chercheurs en raison de sa place prépondérante dans le tissu économique mondial (IFERA, 2003 ; Holt et al., 2018). L’EF est définie comme une organisation dont la gestion et la propriété sont contrôlées par une coalition familiale, ayant l’intention de transmettre la direction d’une manière durable entre les générations de la famille (Chua et al., 1999). L’essence de l’EF est ancrée dans cette réflexion de succession familiale. En effet, la particularité de ces structures réside dans l’implication de la famille dans l’entreprise. Cette implication peut soit limiter les connaissances disponibles puisqu’il s’agit d’un réseau familial fermé ou restreint (Daspit et al., 2016) soit créer des ressources et des capacités uniques connues sous le concept de familiness (Habbershon et Williams, 1999 ; Habbershon et al., 2003). Les entreprises familiales constituent aujourd’hui la colonne vertébrale de l’économie nationale des pays industrialisés et des pays émergents. Les statistiques illustrent l’étendue des EF1 : elles représentent le tiers de toutes les entreprises du monde, génèrent environ 70 à 90% du PIB annuel et créent de 50 à 80% des emplois dans la majorité des pays du monde. Le champ du Family business suscite donc un fort intérêt dans la communauté académique, ainsi qu’en témoigne le développement de revues multiples2. En effet, depuis le travail précurseur de Christensen (1953), la recherche sur la succession familiale a déjà donné lieu à une littérature abondante. La succession demeure l’un des sujets les plus étudiés dans le champ du Family business (Arrègle et Mari, 2010 ; Bah et al., 2017 ; Daspit et al., 2016 ; De Massis et al., 2008; Missonier et Gundolf, 2017 ; Gersick, 2015 ; Steier et al., 2015). Au niveau international Nordqvist et al. (2013) ont identifié 117 articles sur la succession entre 1974 et 2010. Dans une recherche récente, Daspit et al. (2016) recensent 191 articles sur cette même thématique. Néanmoins, la recherche francophone demeure encore peu développée avec seulement 21 articles publiés sur la succession sur un total de 79 articles portant sur les EF entre 2000 et 2015 (Missonier et Gundolf, 2017). La transmission familiale constitue sans doute l’étape la plus importante pour assurer la survie et la longévité de ce type d’organisation (Daspit et al., 2016 ; Handler, 1994 ; Le Breton-Miller et al., 2004). Ce constat est sans doute lié à l’événement critique que représente la succession dans l’entreprise familiale (Ahrens et al., 2019) puisque seules 30% d’entre elles survivent au passage de la première génération, et 10% parviennent à 1 Family Firm Institute 2017. Global Data Points. Site internet consulté le 02 janvier 2019: http://www.ffi.org/page/globaldatapoints 2 Si la Family Business Review a été créée dès 1988, le Journal of Family Business Strategy (Elsevier) a lui été créé en 2010, et le Journal of family Business Management (Emerald) en 2011 15 la troisième génération (Bégin et al., 2014 ; Ward, 1987). Les statistiques montrent ainsi la vulnérabilité de ces entreprises aux transferts générationnels. La problématique de la succession préoccupe encore la communauté académique et les praticiens en raison de la multiplicité des intérêts que représente ce sujet. Il convient alors de présenter dans la prochaine section les intérêts pratiques, théoriques et méthodologiques de notre recherche. 1. Enjeux et intérêts du sujet La problématique de la succession familiale alimente, depuis déjà de longues années, les débats des professionnels, la sphère politique et académique. Mais, paradoxalement, si le thème interpelle de longue date, il demeure d’actualité. C’est ce que nous proposons de montrer, en reprécisant les enjeux pratiques et les intérêts théoriques du sujet. 1.1 Les enjeux pratiques Si un rapide rappel sur l’importance des EF dans le monde permet de comprendre l’intérêt croissant pour celles-ci, nous montrerons en quoi le sujet de la succession est important et d’actualité, de façon générale, mais aussi dans le contexte spécifique que nous étudions : celui de la Tunisie. 1.1.1 L’importance des entreprises familiales dans le monde La contribution économique des entreprises familiales justifie l’intérêt croissant qui a été adressé à ce type d’organisation depuis quelques décennies. En Europe, selon un rapport réalisé pour le compte de la commission européenne (Mandl, 2008, p. 39), près de 70 à 80 % des firmes sont des EF, elles contribuent à la hauteur de 40 à 50 % à l’emploi national et entre 20 à 70 % au PIB. En France, 85% des entreprises sont familiales, elles emploient plus de 42% de main d’œuvre et réalisent plus de 60% du PIB national. Quant aux Etats-Unis, les EF représentent 90% des entreprises. Le tableau, ci-dessous, illustre la domination des entreprises familiales dans l’activité économique de certains pays. Nous constatons à titre d’exemple, qu’en Grande Bretagne, ces entreprises contribuent à hauteur de 41% au PIB alors qu’en Suède, elles atteignent les 65%. 16 Tableau 1 : Contribution économique des EF dans certains pays USA Espagne France UK Suède Pays bas Allemagne % des entreprises familiale 96% 85% 83% 65% 79% 74% 93% Contribution au PIB 40% 65% 60% 41% 65% 54% 48% Contribution à l’emploi 60% 42% 49% 31% 42% 31% 57% Source : (Lindow, 2013, p.8) Les statistiques varient selon les pays et des zones géographiques mais le poids économique des EF est loin d’être négligeable. Au Moyen-Orient et en Afrique subsaharienne, les EF représentent 95% du tissu économique (Gupta et al., 2010). Il a fallu attendre les années 2000 pour que les praticiens et les politiciens prennent conscience de l’importance primordiale des EF, comme en témoigne le président de la commission européenne (José Manuel Durão Barroso) qui affirme que « Les entreprises familiales sont depuis beaucoup trop longtemps les géants invisibles de l’économie européenne. Et pourtant, ancrées comme elles le sont dans le paysage de l’Europe, elles constituent nos partenaires naturels dans la construction de l’économie innovante et ouverte du XXIe siècle. Il est temps pour les entreprises familiales de s’affirmer et de réaliser leur vrai potentiel en Europe3 ! » (Chabaud, 2013 ; p.61). Depuis 1985, le nombre de consultants qui s’intéressent à l’entreprise familiale a explosé. Family Firm Institute (FFI) compte aujourd'hui 1 600 membres, dont 75% se présentant comme prestataires de services (Gersick, 2015). 1.1.2 La succession des EF, un sujet crucial et d’actualité La succession est un thème de recherche dominant, en effet, ce n’est pas un hasard si la succession a été un des premiers thèmes traités par la littérature des consultants (Daspit et al., 2016 ; Gersick, 2015 ; Steier et al., 2015). La succession – moment de transfert générationnel du management et de la propriété – est cruciale pour les EF, et constitue en quelque sorte un « éternel retour » (Chabaud, 2013), un moment récurrent de la vie de ces entreprises. Or, les propriétaires de ces entreprises familiales ne s’y prennent pas à l’avance, se retrouvent généralement dans des moments de blocage et de doute pendant des périodes critiques de la transmission. Généralement, ils ont dû mal à prendre des décisions, font appel à des consultants pour les accompagner à concevoir un plan de succession adapté au contexte spécifique de 3 Discours du 29 octobre 2007, GEEF Européen Meeting 17 l’entreprise et de la famille. Les consultants externes jouent aujourd’hui un rôle important dans le processus de succession (Salvato et Corbetta, 2013). Ils aident les successeurs à identifier leurs besoins pour leur en proposer des formations personnalisées. Les successeurs peuvent aussi bénéficier d’un accompagnement pendant la phase transitoire de la succession et aussi des conseils de la part des experts. L’objectif ultime des fondateurs est de garantir la pérennité de l’EF mais également de garder la direction et le capital au sein de la famille afin d’éviter la dissension dans l'actionnariat familial (Caby et Hirigoyen, 2002). Les EF deviennent de plus en plus résilientes et orientées vers le long-terme (Arregle et Mari, 2010). Selon les mêmes auteurs, ceci est renforcé par la tendance actuelle des managers professionnels, qui s’intéressent plus au profit à court terme et à leur rémunération au détriment du projet entrepreneurial. Le phénomène de la succession représente aujourd’hui sujet d’actualité puisqu’il coïncide avec une transition démographique de la population dans le monde. En effet, la grande majorité des baby-boomers4 sont concernés par la transmission de leur entreprise (Le Breton-Miller et StCyr, 2011). Le vieillissement des dirigeants les pousse à réfléchir sérieusement à un plan de succession. Il est à noter que dans les prochaines années, un changement de propriété touche au moins 25% des entreprises dans le monde (Le Breton-Miller et St-Cyr, 2011). En Europe, un tiers des entrepreneurs se retire de la vie professionnelle dans dix ans (Commission européenne, 2006). Au Canada par exemple, l’échec de la succession remettra en jeu deux millions d’emplois (Le Breton-Miller et St-Cyr, 2011) alors qu’en France, près de 900 000 entreprises seraient susceptibles de changer de propriétaires et 300 000 emplois seraient ainsi en jeu chaque année (Chabaud, 2013). En Allemagne, 135 000 entreprises sont concernées par la succession entre 2014 et 2018 (Schlepphorst et Moog, 2014). Cela correspond à environ 27 000 successions d'entreprises par an (Kay et Suprinovic, 2013). Aux États-Unis, plus de 70% des entreprises familiales créées dans les dix dernières années ne sont plus en activité (Daspit et al., 2016). Ces statistiques montrent ainsi le caractère crucial de la succession dans le maintien de l’activité économique. 1.1.3 La succession des EF tunisiennes : des enjeux de premier plan Sur une échelle nationale, l’engouement des entreprises familiales concerne aussi les pays émergents entre autres la Tunisie puisqu’elle recense 84% des entreprises qui sont familiales (Zaddem et Lakhdar, 2017). Selon l’étude menée en 2006 par l’association tunisienne des grandes écoles (ATUGE) : sur les 400 grandes entreprises tunisiennes, les entreprises familiales 4 Les personnes nées entre 1946 et 1964. 18 sont omniprésentes, elles se rattachent d’ailleurs à 72% du tissu économique national et réalisent ainsi 39% du PIB. Selon un rapport publié en 2009 par Fitch Ratings, les pratiques de gouvernance d’entreprises tunisiennes « manquent encore de maturité » et particulièrement en matière de transmission familiale (Zaddem et Lakhdar, 2017). En Tunisie, 47% des chefs d’entreprises familiales n’ont jamais ou vaguement évoqué un plan de succession5. Ce constat confirme la nécessité de mener des recherches scientifiques solides afin de proposer des solutions tangibles pour les EF. L’échec successoral se traduit généralement par la disparition de l’entreprise et la perte d’emploi qui constituent un obstacle pour la croissance économique. La problématique de la succession dans les entreprises familiales préoccupe ainsi les praticiens et les pouvoirs publics vu l’enjeu économique et social qu’elle représente. Décrire brièvement l’histoire de l’économie tunisienne permet à la fois d’expliquer l’importance de la problématique étudiée et de justifier l’engouement des praticiens et des dirigeants du pays pour cette thématique. L’économie tunisienne a évolué au fil du temps en fonction des changements politiques opérés par les différents gouvernements (Chouikha et Gobe, 2015). Quatre périodes phares résument ce changement historique : - De l’indépendance (1956) à la fin des années soixante (1969) : la première phase est marquée par les résultats de la décolonisation et la détérioration de la relation entre la Tunisie et la France, considérée parmi les principaux partenaires stratégiques en termes d’importation et d’exportation. Cette phase se caractérise aussi par un environnement instable dû à la guerre opposant le pays voisin l’Algérie et la France. La seconde phase arrive à la suite de la mise en place d’un plan économique socialiste (économie planifiée) visant à développer fortement le secteur public, à stimuler la création des coopératives agricoles et à nationaliser les activités industrielles et agricoles possédées par des étrangers (principalement les colons français). Le mécontentement des agriculteurs, la pression sociale et la modeste croissance économique ont été les conséquences et les prémices de l’échec de la politique adoptée par le chef du gouvernement Ahmed ben Salah. Enfin, les organismes étrangers en charge des aides et subventions internationales estiment que l’expérience socialiste ne serait suivie que par un impact négatif sur l’initiative personnelle des entrepreneurs pour lancer des nouveaux projets. En effet, le développement de la bureaucratie accrue et la rigidité organisationnelle ont contribué indirectement à la décision d’abandon de cette expérience. Le gouvernement tunisien reconnaît alors l’échec de cette expérience socialiste qui a pris fin en 1969. 5 Selon une étude récente conduite par le cabinet de conseil EY (Ernst & Young) en 2019. 19 - Un tournant libéral pendant les années soixante-dix (1970–1986) : Des changements profonds au niveau de la politique économique ont été opérés. En effet, la Tunisie a connu une révision radicale de son modèle économique adopté par l’Etat. La redynamisation de l'économie tunisienne est ainsi le résultat d’un ensemble de décisions économiques et politiques, à savoir : la promulgation de la loi de 1972 dont l’objectif principal est d’attirer les investisseurs étrangers (la Tunisie devient une destination attractive vu les conditions favorables au lancement de projets), la mise en place de structures d’accompagnement et d’aide à la création d’entreprises et finalement plusieurs avantages financiers et fiscaux ont été accordés aux entrepreneurs. A cette fin, plusieurs institutions ont vu le jour : Agence de la Promotion de l’Industrie (API), le Centre de Promotion des Exportations (CEPEX) et le Fonds de la Promotion et Décentralisation Industrielle (FOPRODI). Les pouvoirs publics soutiennent alors les porteurs de projets de divers secteurs d’activité : tourisme, agriculture, transport, enseignement et enfin les constructions immobilières. Le nouveau code d’investissement a facilité l’installation des investisseurs étrangers notamment dans le secteur du tourisme. En effet, ces derniers bénéficient désormais des mêmes avantages que les entrepreneurs locaux. Le PIB passe alors de 1.439 milliards USD en 1970 à 8.744 milliards USD en 19806. L’activité touristique s’est progressivement améliorée, le taux d’occupation de lits par les touristes est alors passé de 56 000 lits en 1974 à 123 000 lits en 19917. Cette période a été marquée par la naissance des premières entreprises privées qui sont généralement des entreprises familiales. De plus, le nombre d’entreprise n’a pas cessé de se développer dans toutes les régions de la Tunisie. - Restructuration économique de 1987 à 2011 : Le changement politique opéré à l’époque a été accompagné d’un changement du programme économique. L’ouverture économique, la décentralisation et la privatisation des structures deviennent la priorité des pouvoirs publics. Un programme d’ajustement structurel a été mis en place pour améliorer la compétitive à l’échelle internationale. Cette nouvelle orientation s’intéresse tout d’abord à l’équilibre régional et ce, à travers la mise à niveau des régions peu développées et peu peuplées. L’adhésion aux conventions internationales : General Agreement on Tariffs and Trade (GATT), les accords avec l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et la signature des partenariats avec l’union européenne (notamment 6 The world bank, https://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.MKTP.CD?locations=TN&name_desc=false, consulté le 01/01/2019 à 13h30. 7 https://fr.wikipedia.org/wiki/Tourisme_en_Tunisie, consulté le 01/012019 à 10h15. 20 en ce qui concerne les zones de libre échanges) engagent ainsi la Tunisie dans un processus d’ouverture aux marchés internationaux. - Depuis 2011 : Economie post-révolution (révolution du printemps arabe) : Un déséquilibre économique et social est souligné entre plusieurs régions de la Tunisie depuis 1995. Cette inégalité régionale est expliquée par l’orientation des investissements publics et privés dans certaines villes aux dépens d’autres. Au-delà de ces facteurs sociaux et économiques (chômage, baisse du pouvoir d’achat, inégalité sociale, etc.), il faut rajouter la corruption et le népotisme. Un sentiment d’injustice et d’humiliation a ainsi engendré une série de manifestations dans des villes de l’intérieur du pays (décembre 2010). Ce mouvement s’est renforcé progressivement et s’est propagé dans les grandes villes. La contestation devient alors incontrôlable sur le plan sécuritaire, ce qui contraint le président à quitter le pays en pleine crise sociale. Une instabilité politique et économique règne alors en Tunisie suite à des changements récurrents de gouvernements ce qui engendre une atmosphère hostile pour les entreprises étrangères. En effet, 200 d’entre elles ont quitté la Tunisie8 et près de 1868 entreprises entre 2011 et 20159 ont cessé leurs activités. Une baisse remarquable des recettes touristiques entre 2010 et 2016 estimée à près de 3522,5 MDT en 2010 et 113.1 MDT en 201610. Le dinar tunisien, monnaie locale a connu une baisse en valeur par rapport au dollar américain, il est passé d’un taux estimé à 1.43 en 2010 à 2.90 en 201811. Ces quatre périodes caractérisent l’évolution de l’économie tunisienne depuis l’indépendance. L’objectif de la politique adoptée par l’état est de promouvoir le secteur privé par le biais de la création d’entreprise et la privatisation des entreprises publiques mais également d’assurer la pérennité des entreprises déjà existantes. Nous constatons que les fondateurs des entreprises (créées principalement dans les années soixante-dix et quatre-vingts) arrivent aujourd’hui à l’âge de la retraite, le passage du témoin à la nouvelle génération devient alors une question importante et d’actualité12. Ces entreprises deviennent ainsi des acteurs incontournables dans 8 Selon Noureddine Zekri, directeur général de la l’Agence tunisienne de promotion de l’investissement extérieur (FIPA), lors d'une conférence de presse, tenue, lundi 9 juillet 2012, à l'occasion de la présentation du rapport de la CNUCED sur les investissements dans le monde « World Investment Report 2012 » http://www.investir-entunisie.net/fr/index.php/2012/07/11/tunisie-200-entreprises-ont-quitte/, consulté le 10/12/2018 à 12h. 9 Selon les dernières statistiques publiées par l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII). 10 Ministère du tourisme et de l’artisanat, http://www.tourisme.gov.tn/realisations-et-perspectives/tourisme-enchiffres/statistiques-2016.html, consulté le 19/11/2018 à 10h. 11 Historique de l’évolution de la valeur du dinar tunisien par rapport au dollar américain, site de la banque mondiale, consulté le 07/01/2019 à 15h50:https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/PA.NUS.FCRF?end=2017&locations=TN&name_desc=tr ue&start=1960&view=chart 12 Il est important de souligner que 53% des membres de la prochaine génération des entreprises familiales ne comptent pas intégrer l’entreprise familiale (selon l’enquête de EY en 2019). 21 l’économie tunisienne dont il convient d’assurer la pérennité voire le développement (surtout avec la conjoncture économique actuelle du pays). On comprend alors l’intérêt d’étudier précisément les enjeux de la succession dans le contexte tunisien. Nous mettons la lumière sur l’importance des compétences sociales pendant le processus de succession ainsi que leur impact sur la performance post-succession. La prise en compte de certaines caractéristiques sociodémographiques et des compétences sociales permet une meilleure préparation du plan de succession et permet d’éviter les préjugés liés au genre dans le choix du potentiel successeur. Cette étude revient également sur les différentes étapes de processus de succession en exposant les facteurs d’échec, notamment les conflits professionnels et familiaux au sein de l’entreprise. 1.2 Les intérêts théoriques La recherche sur les EF a connu un développement notable à partir 1980 (Arregle et Mari, 2010 ; Davis et Tagiuri, 1982 ; Ward, 1987). L’évolution et la diversité des thèmes étudiés (Allouche et Amann, 2000) montrent la jeunesse de ce domaine de recherche (Arregle et Mari, 2010). En revanche, le manque de cohérence théorique et d’analyses empiriques sont les principales faiblesses de la recherche sur les EF (Bird et al., 2002 ; Chrisman et al., 2003 ; Long et Chrisman, 2014). Certains auteurs soulignent une insuffisance scientifique pour développer un champ de recherche sur les EF (Arregle et Mari, 2010 ; Bird et al., 2002 ; Debicki et al., 2009). Ce qui explique d’ailleurs l’absence d’une théorie propre à l’entreprise familiale (Payne, 2018). Plus précisément la recherche sur la succession, qui demeure le sujet le plus étudié, est à ce jour insuffisante et athéorique (Daspit et al., 2016 ; Long et Chrisman, 2014). Les auteurs mobilisent des théories fragmentées pour expliquer les résultats d'échantillons idiosyncratiques. La littérature fournit des contributions significatives sans pour autant expliquer la cohérence du cadre théorique avec l’analyse empirique. La nature dynamique et évolutive du processus de succession est souvent négligée (Long et Chrisman, 2014). L’appel à un cadre théorique unificateur, capable d’absorber des résultats fragmentés, montre la nécessité de développer encore des travaux en matière de succession familiale (Arregle et Mari, 2010 ; Daspit et al., 2016 ; Long et Chrisman, 2014). Il est d’ailleurs nécessaire de compléter les recherches qualitatives par des analyses quantitatives rigoureuses pour améliorer la littérature existante (Debicki et al., 2009 ; Ahrens et al., 2019). Compte tenu des constats et lacunes théoriques présentés ci-dessus des questions sur la succession familiale se posent encore. Dans le cadre cette thèse, nous nous intéressons à deux thématiques qui seront abordées et traitées différemment. 22 1.2.1 Les compétences sociales du successeur Les compétences sociales sont définies comme la capacité d’interagir efficacement avec les autres (Baron et Markman, 2003). Nous revenons plus en détail sur la définition de ce concept dans le premier chapitre de la thèse, mais il importe de saisir l’intérêt de ce concept pour l’analyse de la succession. Les travaux sur les qualités et les compétences requises chez le successeur ont permis le développement d’un soubassement théorique important (Chrisman et al., 1998 ; Ibrahim et al., 2004 ; Sharma et Rao, 2000 ; Schlepphorst et Moog, 2014), en revanche les recherches quantitatives qui ont étudié directement l’impact du successeur sur la performance postsuccession demeurent rares et insuffisantes (Ahrens et al., 2019). La littérature sur les attributs des successeurs met l’accent sur l’intégrité et d’engagement du successeur dans l’EF (Chrisman et al., 1998). En effet, la volonté de prendre la relève est cruciale avant même le déclenchement du processus de succession (Barach et Gantisky, 1995 ; Chrisman et al., 1998; Sharma et al., 2001). Une étude récente montre que le choix d’un successeur familial (family member attributes) a un impact positif sur la performance postsuccession (Ahrens et al., 2019), en revanche, l’absence des compétences et qualités liées au capital humain entraine une baisse au niveau de la performance. Ce qui confirme les résultats des recherches antérieures qui soulignent l’impact négatif du népotisme et l’orientation du successeur vers les objectifs non-économique sur la performance post-succession (Bennedsen et al., 2007 ; Chang et Shim, 2015 ; Pérez-González, 2006 ; Wennberg et al, 2011). Ces résultats justifient la nécessite de prendre en compte certains critères (compétences et qualités) dans le choix du successeur potentiel. Ci-dessous un aperçu récapitulatif des travaux sur les attributs attendus chez les successeurs. 23 Tableau 2 : Récapitulatif des travaux sur les compétences et les qualités du successeur Auteurs Méthode Résultats Contexte Les auteurs ont regroupé les 30 attributs attendus chez le successeur 6 catégories : La relation personnelle avec le Etudes quantitative par le prédécesseur, la relation avec les membres de la famille, la Chrisman et al. biais d’un questionnaire position familiale, les compétences, les traits de personnalité et (1998) auprès de 485 entreprises l’implication dans l’entreprise familiale. Les résultats montrent familiales que : L’intégrité, l’engagement vers l’EF, le respect des Contexte canadien employé, la capacité à prendre les décisions et les compétences interpersonnelles sont les principales qualités Les auteurs ont fait une étude comparative en se basant sur les Etudes quantitative par le 30 attributs identifiés par Chrisman et al. (1998). Les résultats Sharma et Rao biais d’un questionnaire montrent que : L’intégrité, l’engagement vers l’EF, la capacité à (2000) auprès de 43 entreprises prendre les décisions, la confiance en soi et la confiance des familiales Contexte indien membres de la famille sont les principales qualités. En revanche, les compétences interpersonnelles figurent dans la 14 position. Etudes quantitative par le biais d’un questionnaire auprès de 42 chefs d’EF Ibrahim et al. qui ont été invités à un (2004) séminaire animé par l’auteur puis ils ont été invités à répondre au Les auteurs ont regroupé les attributs attendus chez le successeur en 3 catégories : les qualités d’un leadership, les compétences en gestion et l’engagement et le respect. Les Contexte canadien auteurs mettent l’accent sur la capacité de communiquer efficacement et la gestion des conflits questionnaire Etudes quantitative par le Motwani et al. biais d’un questionnaire (2006) auprès de 368 entreprises familiales En se basant sur les études de Chrisman et al. (1998) et Sharma et Rao (2000) les auteurs montrent que la capacité de prise de décision, l’engagement envers l’EF et les compétences Contexte américain interpersonnelles sont les trois principaux attributs du successeur. Les auteurs font la distinction entre : hard skills (compétences Schlepphorst et Moog (2014) Etude qualitative par le biais de 106 entretiens avec 53 familles techniques et expertise) et soflt skills (les traits de personnalité, aux attitudes et au comportement tels que la motivation, la communication, etc. esprit d'équipe et confiance en soi). Ils Contexte allemand soulignent que les hard skills sont nécessaires mais sont suffisantes et ils mettent l’accent sur l’importance des soflt skills Hatak and Roessl (2015) Etude quantitative : auprès Les compétences relationnelles (capacité de communication, de 107 étudiants en capacité de coopération, gestion des conflits, force de management (dont un tiers persuasion et empathie) jouent un rôle central dans le transfert sont des successeurs de connaissances entre le prédécesseur et le successeur et créent potentiels) un climat de confiance entre les acteurs. 24 Contexte autrichien L’étude faite par Goldberg (1996) montre que la réussite de la succession dépend entre autres de la capacité du successeur à intégrer le réseau développé par son prédécesseur. Dans la même logique, Steier (2001) insiste sur la capacité du successeur à identifier les personnes clés dans l’environnement interne et externe de l’entreprise. Nous constatons également que les compétences interpersonnelles ont été identifiées comme une compétence importante dans plusieurs recherches (cf. tableau 2). Ces compétences interpersonnelles sont définies par la capacité d’un individu à communiquer efficacement avec les autres, comprendre leurs motivations et maintenir des relations de coopérations (Katz, 1955). On conçoit alors l’accent est mis sur la communication et l’interaction sociale13 (De Massis et al., 2008 ; Schlepphorst et Moog, 2014 ; Michael-Tsabari et Weiss, 2015). Long et Chrisman (2014) appuient notre constat et regrettent l’absence d’analyse spécifique du rôle des compétences sociales (CS) du successeur sur la performance post-succession. Ce regret est en résonnance avec des travaux qui montrent l’importance de ces compétences sociales dans le contexte de création d’entreprise (Baron et Markman, 2000 ; 2003 ; Baron et Tang, 2009 ; Lamine et al., 2014 ; Omrane, 2014 ; 2015). S’agissant de la succession familiale, seuls Hatak et Roessl (2015) ont, à notre connaissance, montré le rôle central des « compétences relationnelles » sur la confiance et le transfert des connaissances entre le prédécesseur et le successeur, en réalisant une étude expérimentale conduite auprès d’étudiants en management : prolonger cette ligne d’interrogation est alors pertinent. 1.2.2 Le processus de succession Si la succession a suscité des analyses multiples, focalisées sur tel ou tel aspect de la succession, ou les caractéristiques du successeur, plusieurs travaux ont cherché à appréhender dans son ensemble le processus de succession, en identifiant des modèles multi phases qui s’intéressent à la dynamique globale des étapes ainsi qu’aux acteurs impliqués dans le processus (Bizri, 2016; Cadieux et al., 2002 ; Cadieux, 2007 ; Cadieux et Deschamps, 2011 ; Churchill et Hatten, 1987; Daspit et al., 2016 ; Le Breton-Miller et al., 2004). La description des étapes de succession fait souvent ressortir une vision « linéaire » de ce processus en considérant, d’une part, l’implication croissante du successeur14 depuis une situation dans laquelle il intègre l’entreprise 13 La recherche sur la succession familiale montre que la communication et l’interaction avec les autres représente un outil crucial pour comprendre les attentes des autres, l’absence de cette dernière peut mettre en péril évident le processus de succession (De Massis et al., 2008 ; Hatak et Roessl, 2015 ; Schlepphorst et Moog, 2014 ; MichaelTsabari et Weiss, 2015). 14 Il convient de souligner que, si nous parlons génériquement de successeur, nous adressons également le cas d’équipes successorale. La pratique permet en effet d’observer fréquemment des cas d’équipes de successeurs, la succession familiale étant réalisée par plusieurs membres d’une même fratrie (Cisneros et Deschamps, 2015 ; 25 familiale avec un pouvoir de décision faible ou nul, tandis que le prédécesseur suit une évolution symétrique : de l’omnipotence au désengagement. Cette vision linéaire du processus, qui a été maintes fois reprise par la suite (voir par exemple les travaux de Cadieux et Deschamps (2011) élaborés dans un contexte plus large), est particulièrement utile car elle guide les démarches de planification de la succession proposées par les cabinets de conseil lors de leurs interventions (études de KPMG et Ernst et Young, Cadieux et Brouard, 2009). Cependant, la description processuelle qui est proposée rend-t-elle compte des dynamiques observées dans la réalité ? Litz (2008) a, ainsi, proposé une modélisation processuelle de l’interface entre la famille et l’entreprise en faisant ressortir la complexité des trajectoires. Il a souligné à quel point le destin de l’EF peut être divers : si rester dans la famille est souvent l’option préférée du dirigeant, bien d’autres scénarios sont possibles depuis la cession, jusqu’à de possibles allers et retours. L’entreprise familiale pouvant alors cesser d’être familiale, avant de le redevenir ultérieurement, ce qui conduit à mettre l’accent sur de multiples facteurs de contingence (Bégin et al., 2010). La nature de la relation entre les membres de la famille pendant le processus de succession semble être aussi une piste intéressante à creuser. Des évènements d’ordre professionnels et familiaux seront ainsi pris en considération dans la description du processus. Des travaux récents soulignent que la succession est un moment délicat, source de conflits, voire de tensions entre les parties prenantes à la succession (prédécesseur et successeur) et, plus largement, au sein de la famille (Carr et Hmieleski, 2015 ; Frank et al., 2011 ; Caputo et al., 2016). Il serait alors intéressant de cerner plus précisément le déroulement de processus concrets, afin de voir dans quelle mesure une analyse approfondie des dynamiques de successions – et des conflits et tensions qui peuvent apparaître – conduit à questionner les modèles linéaires de succession, et à s’interroger à la fois sur les possibles ruptures, réaménagements dans le processus de succession. Les travaux sur les sources et conséquences des conflits dans les EF demeurent peu nombreux (Sorenson, 1999 ; Kellermanns et Eddleston, 2004 ; 2007). S’agissant de la succession, Davis and Harveston (2001) soulignent que l’implication d’une nouvelle génération dans l’EF risquent d’intensifier les conflits. Donc, il serait intéressant de creuser cette question puisque la gestion des conflits dans les EF est encore un sujet peu développé (Carr et Hmieleski, 2015 ; Caputo et al., 2018). Enfin, l’objectif est de développer des modèles adéquats dans un contexte culturel encore peu étudié comme la Tunisie, et voir dans quelle mesure la particularité de ce contexte peut jouer sur le processus de succession. Les recherches autour de la succession familiale sont généralement développées dans des pays occidentaux (continent américain, européen et asiatique). En revanche, ce sujet Deschamps et al., 2014 ; Chalus‐Sauvannet et al., 2016).
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Le pupitre et le scrutin. L’éducation du peuple à la citoyenneté dans les cantons de Vaud et de Fribourg (1815-1860)
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765 [Anonyme], « Les Veillées Vaudoises, ou Discours et Entretiens de quelques habitans d’un Village du Canton de Vaud, sur des sujets d’instruction d’une utilité générale. Ouvrage envoyé au Conseil Académique, pour le concours ouvert jusqu’au 1r Octobre 1828 pour la composition d’un Manuel à 763 208 Le manuel du citoyen, un outil idéologique Cette préface constitue un rare témoignage des choix littéraires qui président à l’élaboration d’un manuel d’éducation civique. Ici, le protagoniste n’est pas un pasteur, mais un homme de commerce : c’est son expérience du monde et sa différence avec la majorité du peuple vaudois qui lui confère sa légitimité. Le modèle du voyageur n’est pas sans rappeler le célèbre Simon de Nantua ou le marchand forain (1818) de Laurent-Pierre de Jussieu, lauréat en 1817 du premier concours de la Société pour l’Instruction élémentaire (fondée en 1815)766, réimprimé à Genève en 1825 et à Lausanne en 1844 sous l’égide de Corbaz. Simon de Nantua constitue l’un des exemples les plus célèbres du récit de voyage éducatif, où le périple apparaît comme « géographique et encyclopédique [et] également social »767. L’ouvrage est aussi prévu pour faire la promotion de l’industrie dans un canton très agricole. La présentation détaillée de la figure instruite que l’on trouve dans Le Père Thomas est fréquente dans la forme des veillées. Dans cet ouvrage, le cadre narratif initial est de plus rappelé à chaque chapitre, qui porte en chapeau une courte description du sujet en commençant par « le père Thomas démontre / explique / indique… » (ou toute autre variation). C’est par leur caractère référentiel que les veillées se distinguent ainsi du Cours, rédigé sur le mode de l’exposition et du dialogue catéchistique : elles présentent une véritable mise en écriture de la veillée à laquelle le lecteur ou la lectrice, supposément familier·ère de cette pratique, peut s’identifier à travers un protagoniste sympathique. Des Veillées du Château de Mme de Genlis que nous mentionnions plus haut au Magasin des enfants de Mme Leprince de Beaumont, en passant par L’ami des enfans de Berquin, de nombreux supports pédagogiques à teneur moralisante parus depuis la seconde moitié du xviiie siècle présentent une figure exemplaire fonctionnant comme modèle de vertu, au point de devenir une caractéristique essentielle de la littérature enfantine durant tout le xixe siècle et au-delà768. Une telle forme est d’ailleurs déjà présente dans le célèbre Almanach du Père Gérard pour l’année 1792, succès de librairie en France sous la plume de Jean-Marie Collot d’Herbois, dont s’inspira l’auteur anonyme de L’Esprit de la nouvelle Constitution helvétique. En dialogues du bon Père Nicolas avec ses paroissiens (1799)769, comme l’a montré Danièle TosatoRigo770. Le catéchisme politique se renouvelle alors sous la forme du dialogue, plus adaptée à la controverse sur le sujet de la Révolution helvétique. Du Père Gérard au Père Thomas de Miéville, la mise en abyme confère un caractère didactique au récit qui est soigneusement réfléchi par les auteurs. l’usage des Écoles primaires. 1828 », « Reçu le 17 septembre 1828 » par le Conseil académique, IV. BCUL 1M 3735. 766 Choppin Alain, « Les manuels scolaires… », p. 29. 767 François Jacquet-Francillon note que Simon était destiné aux ordres mais changea de vocation par choix. Naissances de l’école du peuple…, p. 111 et 110. 768 Matamoros Isabelle, « Mais surtout, lisez ! »…, p. 210. 769 L’ouvrage connaît d’abord deux éditions en 1798 en allemand à Berne. 770 Tosato-Rigo Danièle, « Une didactique des droits de l’homme ?… », p. 291. 209 Le pupitre et le scrutin La veillée distingue d’ailleurs souvent le protagoniste du narrateur : le second suit les leçons du premier et les transforme en un ouvrage que le lecteur tient entre ses mains. Dans Le Père Thomas, Miéville met ainsi en scène dès l’introduction un narrateur qui prend le lecteur par la main pour mieux s’effacer par la suite : « Souvent j’accompagnais M. Thomas dans ses courses, ou j’assistais à ses entretiens, et de retour chez moi, je transcrivais celles de ses leçons qui m’avaient le plus vivement attaché. Ces souvenirs ont toujours intéressé mon cœur. Je les livre aujourd’hui à mes concitoyens avec quelqu’espoir d’être utile. »771 Ce narrateur homodiégétique rend l’existence de Thomas et l’ensemble du récit plus crédibles, ancrés dans la « réalité » de l’écriture de l’ouvrage que le lecteur tient entre ses mains. Le Père Thomas rassemble ainsi les codes narratifs qui permettent de définir la forme de la veillée : scène d’énonciation présentant peu ou prou le protagoniste en charge des leçons, division de l’ouvrage en leçons thématiques (parfois appelées « soirées » ou « veillées », ailleurs simplement « chapitres »), mais aussi présentation de l’assemblée (villageois, voisins, enfants) dont les adultes prennent la parole à des degrés variables au fil des pages. Dans Les veillées vaudoises en revanche, l’assemblée réunie à la veillée du dimanche est constituée non pas de tous les villageois, mais de « braves et honnêtes gens » appliquant les valeurs présentées dans l’ouvrage et les répandant ensuite, par émulation, au sein du village. Le rôle de l’assemblée villageoise est davantage prépondérant dans un autre succès de librairie, la série des Entretiens du Maître Pierre, publiés d’abord à Strasbourg puis largement réédités, et que nous évoquions plus haut. Le Maître Pierre instruit ses concitoyens sur la physique dans le premier volume772, puis sur divers sujets. Les attenants y interviennent plus régulièrement pour poser des questions ou demander des clarifications. En guise de salle de classe, Maître Pierre dispense ses enseignements au pied du vieux chêne du village les soirs d’été, pour le bénéfice de ses voisins éreintés après une journée aux champs : « c’est là que […] cet excellent homme […] travaille à déraciner une foule de vieux préjugés et à propager les idées justes et claires sur la plupart des phénomènes de physique ou d’histoire naturelle qui se passent journellement sous nos yeux, et qui intéressent directement l’agriculture, l’industrie ou la vie privée. »773 Miéville Gabriel-Antoine, Le Père Thomas…, pp. 3-4. Brard Cyprien Prosper, Maître Pierre, ou le savant de village, entretien sur la physique, [Strasbourg], Levrault, 1828. Tinembart Sylviane, Le manuel scolaire de français…, p. 110. 773 [Brard Cyprien Prosper], Maître Pierre ou le savant de village. Entretiens sur la physique, nouvelle édition, revue et corrigée par un Professeur, Lausanne, au dépôt bibliographique de Benjamin Corbaz, 1833, p. 10. 771 772 210 Le manuel du citoyen, un outil idéologique Évocatrice de la nature et du monde paysan, la métaphore du « déracinement » de préjugés (qui plus est au pied d’un chêne ancestral, symbolisant les bonnes connaissances à acquérir) illustre bien la volonté de l’auteur de trouver le ton juste pour s’adresser à une population paysanne probablement très peu au fait de la composition de l’air ou des usages de la boussole. Les leçons visent ainsi avant tout des connaissances sur le monde physique et son fonctionnement, et sur la nature. La mention du triptyque « agriculture, industrie, vie privée » est particulièrement intéressante puisqu’il fonde les domaines où le peuple est actif et pour lesquels il doit être éduqué par l’État. D’ailleurs, outre ses vertus et ses connaissances, ce sont les qualités didactiques de Maître Pierre qui sont vantées de prime abord, puisque le savant sait admettre ses lacunes ; comme l’explique l’introduction, il sait éviter de répandre davantage de préjugés ou de présenter des notions trop compliquées pour les facultés de ses voisins : « Pierre est modeste et rempli de bon sens ; aussi toutes les fois qu’il craint de ne pas être compris par ses voisins, il n’hésite point à dire : “Je ne me rappelle pas… cela est trop difficile… n’allons pas plus loin… c’est assez pour nous.” »774 Ce « nous » inclusif rapproche Maître Pierre de l’assemblée villageoise ; il se présente davantage comme un modèle qu’il est possible d’égaler que comme un enseignant dont le savoir inatteignable surpasserait de loin les connaissances des paysans. Contrairement au père Thomas d’ailleurs, Maître Pierre possède de « petites connaissances » en physique, histoire naturelle, arithmétique, géographie et astronomie qu’il tire de son passage à Paris comme « garçon de salle à l’école des Quatre-Nations »775, une école illustre consacrée à l’instruction des élites depuis le xviie siècle. Cette exposition à la science dans un lieu prestigieux et reconnu, sans pour autant faire partie des élèves, permet à Pierre de justifier à la fois la justesse de ses propos et le caractère limité de ses connaissances ; il n’a pas reçu d’éducation suivie, mais ce qu’il a entendu à Paris, à la sauvette, lui permet déjà d’être un savant à l’échelle villageoise. À propos du statut social de Maître Pierre, la version originale française de 1828 est plus explicite, puisque Brard y précise au lecteur : « Tu ne t’attends pas sans doute à trouver ici tout l’appareil et toutes les finesses de la science, puisque c’est un simple paysan qui explique ce qu’une heureuse circonstance lui a permis d’apprendre. »776 L’exemple de Maître Pierre encense le modèle du paysan curieux de ce qui l’entoure, désireux d’apprendre et de mieux comprendre les phénomènes naturels ou la tenue de ses comptes, mais qui se limite avec sagesse à ce qui lui est utile, [Brard Cyprien Prosper], Maître Pierre ou le savant de village…, 1833, p. 10. [Brard Cyprien Prosper], Maître Pierre ou le savant de village…, 1833, pp. 7-8. 776 Brard Cyprien Prosper, Maître Pierre, ou le savant de village, entretien sur la physique, [Strasbourg], Levrault, 1828, cit. in : Aurenche Laure, « La presse de vulgarisation ou la médiation des savoirs… », p. 385. 774 775 211 Le pupitre et le scrutin sans souhaiter transcender sa condition sociale. Chaque leçon de Maître Pierre est d’ailleurs solidement ancrée dans la vie du village et dans les échanges entre villageois par une brève anecdote : s’agissant de la leçon sur la lumière par exemple, la raison en est que le curé du village a récemment été soigné de sa cataracte par un oculiste célèbre ; l’événement suscite de vives discussions sur la vue et la lumière entre villageois, ce qui amène Maître Pierre à offrir quelques explications sur le sujet tout en précisant que « cette partie de la physique lui avait toujours semblé si difficile qu’il n’avait jamais pu classer dans sa tête que les faits les plus aisés à retenir et à expliquer »777. Les ouvrages publiés pour la première fois dans le canton de Vaud font la part plus belle au pasteur, souvent avec l’aide d’un paysan du lieu. Dans Les Soirées du village (1833), le pasteur Descombaz dépeint Jean-Louis, un agriculteur autodidacte, préférant occuper ses soirées à « la lecture de bons livres religieux » plutôt qu’au cabaret ; figure vertueuse, l’agriculteur enseigne d’abord à ses enfants, puis en accord avec le pasteur, organise des veillées pour l’ensemble de la paroisse où il dispense des leçons portant sur l’histoire – en commençant par l’histoire sainte – et sur les institutions du canton. La veillée est décrite comme le lieu de l’éducation politique par excellence. Dans Les veillées vaudoises (1828), les villageois débattent ainsi « sur les affaires cantonales, sur les nouvelles lois qui venoient de paroître, sur les nominations qui avoient eu lieu dans la dernière session du Grand Conseil, sur les person(n)es du Cercle qu’il conviendroit à l’avenir de faire entrer dans ce corps souverain. »778 Rappelons cependant que l’ouvrage fut refusé par le pouvoir vaudois, qui dit tout de même espérer sa publication. Cette description du débat politique au village fait-elle partie des « fautes » critiquées par la commission du concours ? La mise en scène, à la veillée, d’une véritable politisation de la population – au sens de l’acquisition et de l’expression d’opinions politiques – constitue en tout cas une singularité à la lecture de notre corpus. Même si, comme nous l’avons montré plus haut, l’éducation politique par la pratique est largement promue par les acteurs libéraux qui prennent la plume dans Le Nouvelliste vaudois, en 1828, il est possible que le pouvoir vaudois ne puisse pas se positionner ainsi sur l’activité politique du peuple en offrant un encouragement pécuniaire à l’ouvrage. Au contraire de l’auteur anonyme des Veillées vaudoises, le pasteur Descombaz évite [Brard Cyprien Prosper], Maître Pierre ou le savant de village…, 1833, p. 27. [Anonyme], « Les Veillées Vaudoises, ou Discours et Entretiens de quelques habitans d’un Village du Canton de Vaud, sur des sujets d’instruction d’une utilité générale. Ouvrage envoyé au Conseil Académique, pour le concours ouvert jusqu’au 1r Octobre 1828 pour la composition d’un Manuel à l’usage des Écoles primaires. 1828 », « Reçu le 17 septembre 1828 » par le Conseil académique, III. BCUL 1M 3735, 2. 777 778 212 Le manuel du citoyen, un outil idéologique de mettre en scène un débat villageois : il présente dans ses Soirées la constitution et la souveraineté du peuple, ainsi que les droits des individus (liberté de la presse, de pétition, etc.) et le fonctionnement des élections et des tribunaux, sur le mode explicatif. La thématique n’en est pas moins centrale, au point que l’édition de 1838 porte en sous-titre « les droits et les devoirs du citoyen ». Expliquée, mais non débattue, la matière politique – la science de l’État – est censée atteindre l’ensemble de la population à la veillée. Surtout, en mettant en scène l’explication de la constitution, les textes soulignent l’importance de cet apprentissage susceptible de créer le débat, ou d’être mal reçu auprès des populations : la forme même de la veillée opère ainsi une « théatralisation de l’apprentissage politique »779 que l’on trouve dans les catéchismes politiques de l’Helvétique. Alors que l’instruction déborde des salles de classe et des églises où elle était traditionnellement circonscrite, ces mises en scène impliquent-elles que les villageois sont à même de prendre en main leur propre éducation – et leur éducation politique, a fortiori ? Il y a sans doute dans ces représentations – littéraires, ne l’oublions pas – une forme de prise d’autonomie fondée sur une conception protestante de l’accès individuel au savoir. Pourtant, à y regarder de plus près, la transmission des connaissances demeure soigneusement encadrée par des figures savantes dans Les Soirées du village. La prise de parole est ici divisée entre le pasteur et Jean-Louis, qui se répondent en un dialogue qui se veut pédagogique ; dans les faits, c’est surtout le pasteur qui raconte : l’agriculteur représente plutôt une sorte de modèle pour ses voisins, et joue en tant que tel un rôle de médiateur avec l’assemblée, reformulant les dires du pasteur, expliquant tel mot difficile. L’assemblée intervient parfois pour demander une information ou une définition supplémentaire. Même si l’assemblée demeure souvent muette, ce type de veillée incluant des conversations se rapproche davantage des dialogues pédagogiques, qui tentent de renouveler la forme catéchistique par demandes et réponses. Sans aller jusqu’à dispenser seul le savoir, le pasteur est associé de très près à l’entreprise des lumières au village, et ce d’ailleurs, à la fois avant et après la Régénération ; son autorité en matière d’éducation est mise en scène et réaffirmée maintes fois au fil du récit. Le modèle à suivre est d’ailleurs un agriculteur pieux qui vérifie que ses connaissances sont en accord avec les préceptes des représentants de l’Église nationale vaudoise dans les communes qui, avant comme après 1831, disposent d’un contrôle important sur l’instruction publique à l’échelle locale. Fervent partisan du Réveil protestant, le pasteur Descombaz en profite surtout pour défendre sa vision du rôle des ministres dans les campagnes, qui ne doivent pas « se contenter [d’]annoncer l’Evangile [à leurs ouailles] du haut de la chaire », mais aussi descendre parmi eux, et « converser avec eux des grands intérêts de leurs ames »780. Il fait la promotion de ce mouvement religieux en même temps 779 780 Tosato-Rigo Danièle, « Une didactique des droits de l’homme ?… », p. 294. Descombaz Samuel, Les Soirées du village…, 1833, p. 81 « Douzième soirée ». 213 Le pupitre et le scrutin que celle des associations constituées en ce début de siècle : la Société d’utilité publique, les caisses d’épargne et de prévoyance et la caisse d’assurance suisse contre l’incendie du mobilier, fondée en 1825781 et dont il souligne la nécessité avec force détails au fil des pages. La veillée véhicule ainsi une instruction utile, sur le plan social mais aussi technique782 : sous la plume de Miéville, le père Thomas explique à ses voisins les poids et mesures, la meilleure manière d’éviter la faillite ou encore le respect de la propriété d’autrui – une vertu chère aux libéraux vaudois. Le succès du modèle de la veillée, qui met en scène des lectures et un apprentis­ sage villageois, répond aussi à un changement de paradigme dans les pratiques de lecture, bouleversées par l’arrivée d’imprimés politiques à la Révolution – pamphlets, journaux –, qui dénotent un caractère plus éphémère que le catéchisme, lié à la lecture répétitive783. En omettant pour le moment de nous pencher sur les usages réels des livres, pourrait-on considérer la veillée comme une forme de mise en récit de pratiques sociales réelles (de lecture et d’enseignement public au sein des villages le soir) qui se seraient glissées de bas en haut si l’on peut dire, par assimilation, dans des supports pédagogiques ? Ou, au contraire, la veillée, en véhiculant des représentations idéalisées du quotidien paysan, cristallise-t-elle les espoirs de changement des réformateurs ? Si les veillées et a fortiori les veillées éducatives, menées par le régent, constituent des pratiques de sociabilité tout à fait attestées au sein des villages dans les sources depuis l’Ancien Régime784, comme nous le verrons dans notre dernier chapitre, Roger Chartier a montré le caractère fictionnel des lectures collectives à la veillée pour la fin du xviiie siècle : la veillée constitue plus un « motif » récurrent des livres d’éducation qu’un fidèle tableau des réalités paysannes. Loin de refléter des pratiques sociales, les veillées n’en présentent pas moins une acclamation constante du monde paysan et de ses valeurs : la communauté rurale est louée par les auteurs pour son enracinement dans un mode de vie simple, harmonieux et solidaire, qui diffère de la vie en ville où règnent par défaut péchés et corruption. Pour Chartier, la représentation même des lectures paysannes – et, ajouterons-nous, des leçons données à la veillée analysées ci-dessus – dénote « l’investissement entiers des individus dans ce qu’ils sont en train de faire, cette absorption posée comme le contraire même de la frivolité du temps »785. C’est là un élément nodal des veillées : si la mise en scène et ses codes permettent avant tout une lecture didactique, la forme littéraire elle-même existe moins pour être La caisse est fondée à Morat sous le nom de Caisse suisse d’assurance mobilière ; elle change de nom l’année suivante à Berne. À sa fondation, la caisse qui n’est alors pas obligatoire attire peu de clients en raison du droit des personnes ayant souffert d’un incendie à mendier. 782 Jaquet-Francillon François, Naissances de l’école du peuple…, p. 107 et 110 sqq. 783 Chartier Roger, « Lectures paysannes… », p. 59. 784 Chartier Roger, « Lectures paysannes… », p. 59. 785 Chartier Roger, « Lectures paysannes… », pp. 57-58. 781 214 Le manuel du citoyen, un outil idéologique réellement lue au village le soir que pour proposer une alternative vertueuse aux veillées réelles, souvent tapageuses et jugées dangereuses pour les mœurs comme on le verra plus loin. L’instruction est habituellement dispensée durant la journée, aux enfants dans les écoles. Étendre le temps de l’instruction à la veillée (notamment la veillée hivernale), c’est aussi, symboliquement du moins, inviter un public plus large que les seuls enfants aux leçons ; le temps de la veillée n’est plus un temps privé – ou plutôt, c’est un temps dont chacun est responsable, et qui doit être consacré à l’instruction en vue du bien public. Cette idée de la responsabilité se retrouve dans les encouragements à s’instruire qui sont légion dans les manuels786 ; elle constitue le corollaire d’un individualisme pensé pour le bien public. Plus largement, la forme de la veillée transmet des valeurs sur l’apprentissage lui-même : sur les détenteurs du savoir à l’échelle locale, sur les connaissances de base et leurs limites, et sur les destinataires de l’instruction. En incluant directement dans le manuel le cadre de l’apprentissage – les villageois, réunis pour écouter des leçons thématiques –, la veillée fonctionne aussi comme un appel aux parents à s’instruire. Pour l’auteur des Veillées vaudoises, l’ajout d’un chapitre introductif présentant la figure instruite qui va dispenser les leçons vise à « attirer l’attention des parens » dès l’incipit : « Voilà pourquoi on cherche dans cette espèce d’introduction, à inspirer un intérêt particulier pour la personne qui donnera les leçons les plus importantes ; […] enfin à mettre à leur aise ceux qui, par une fausse honte, auroient peut être mis de la répugnance à la lecture d’un livre destiné aux écoles. »787 L’auteur assume ici la double destination de l’ouvrage (souhaitée par les édiles vaudois qui ont préparé le programme du concours de 1823) : « tout en composant cet ouvrage pour la jeunesse, [l’auteur] n’a jamais oublié qu’il devroit être lû avec plaisir par les grandes personnes, si l’on vouloit qu’elles en recom(m)andassent la lecture à leurs enfans ou à leurs écoliers. »788 Un objectif similaire est d’ailleurs présent dans d’autres ouvrages comme Le Père Thomas, destiné explicitement aux « campagnes et [aux] écoles ». Nous avons principalement axé notre analyse des veillées sur le canton de Vaud, car si les historiettes et dialogues moraux sont bel et bien présents à Fribourg sous le régime radical, force est de constater que la veillée, avec ce qu’elle porte de représentations des élites politiques à propos des dangers de l’ignorance et des Voir ci-dessous notre section 4.2. [Anonyme], « Les Veillées Vaudoises, ou Discours et Entretiens de quelques habitans d’un Village du Canton de Vaud, sur des sujets d’instruction d’une utilité générale. Ouvrage envoyé au Conseil Académique, pour le concours ouvert jusqu’au 1r Octobre 1828 pour la composition d’un Manuel à l’usage des Écoles primaires. 1828 », « Reçu le 17 septembre 1828 » par le Conseil académique, III. BCUL 1M 3735. 788 [Anonyme], « Les Veillées Vaudoises… ». 786 787 215 Le pupitre et le scrutin vertus de la moralisation du peuple, est moins fréquente en terres catholiques. Si l’on trouve des veillées dans la France catholique, il n’est pas anodin que plusieurs collections se rattachant à l’encyclopédisme populaire, et notamment la série du Maître Pierre, soient éditées à Strasbourg, ville marquée par le protestantisme et un important centre d’imprimerie depuis le xve siècle. Pour revenir à Fribourg, il convient tout de même de mentionner les Soirées en famille, ou Recueil de différentes lectures instructives et amusantes, qui paraît en 1845 chez le libraire Pierre Meyll et l’imprimeur Léonce Schmid-Roth. Les adjectifs « instructives et amusantes » ne sont pas sans rappeler le second nom de la collection de Corbaz – la Bibliothèque instructive et amusante de la jeunesse vaudoise – dont les livres sont aussi vendus à Fribourg, et dont Meyll et SchmidRoth avaient sans doute connaissance. Si le titre rappelle explicitement les veillées vaudoises, la forme en est bien différente : loin d’une mise en scène d’une paysannerie apprenant la vertu autour d’un pasteur éclairé et instruit, il s’agit là d’historiettes morales narrées dans un style plus romantique, typique des feuilletons que l’on trouve en abondance dans la presse fribourgeoise à cette époque. Ainsi, la veillée évolue : la version de 1846 des Soirées du village de Samuel Descombaz sera refondue en donnant davantage de place au dialogue et contiendra plus d’éléments du récit romanesque, notamment des descriptions hautes en couleur, et non plus seulement des explications d’un concept dans la bouche de l’un ou de l’autre personnage. De fait, le terme de veillée prend des formes multiples au fil du xixe siècle telles la collection de romans illustrés avec les Veillées littéraires illustrées publiées en février 1848 à Paris par le libraire républicain Bry, et qui rassemblent un roman de Baudelaire et les œuvres de Walter Scott789. La veillée convaincra aussi les édiles vaudois de l’adopter dans les écoles : Le Manuel du citoyen vaudois de Miéville (1846) comporte la copie d’une missive à Miéville datée du 10 mars 1846 et concernant l’ouvrage, par laquelle le Conseil fait part de sa décision « de l’adopter pour être introduit dans les écoles primaires comme livre de lecture utile à la jeunesse »790. Paradoxalement conçue en référence à un enseignement complémentaire, intervenant après une journée de travail aux champs, la veillée finit donc par être recommandée par les autorités scolaires pour l’enseignement primaire, de jour, dans les écoles vaudoises. C’est donc une hybridation marquée qui ressort de notre enquête sur ces modèles pédagogiques particuliers. On assiste à la récupération non seulement de modèles religieux d’Ancien Régime déjà profondément modifiés à la période révolutionnaire Martin Odile, Martin Henri-Jean, « Le monde des éditeurs », in : Chartier Roger, Martin HenriJean (éd.), Histoire de l’édition française, t. 3 : Le temps des éditeurs. Du Romantisme à la Belle-Époque, Paris, Fayard, 1985, pp. 159-215, p. 181. 790 La lettre est signée par le vice-président du Conseil d’instruction publique, Rodolph Blanchet, et le secrétaire Louis de Vallière. Miéville Gabriel-Antoine, Le Manuel du citoyen vaudois…, 1846. L’ouvrage porte sur la couverture la mention « adopté par le Conseil de l’instruction publique ». 789 216 Le manuel du citoyen, un outil idéologique (le catéchisme politique par exemple), mais aussi de modèles destinés à une autre catégorie sociale et adaptés pour les besoins de l’éducation du peuple (les veillées). Ces ouvrages dessinent un panorama de la littérature pédagogique extrêmement riche et varié, dans lequel réformateurs et auteurs peuvent puiser. À cet égard, le premier xixe siècle constitue véritablement un moment charnière, alliant anciens formats et nouveaux contenus. Si le modèle catéchistique et sans doute l’almanach sont extrêmement reconnaissables et conservent une partie de leur identité puisqu’ils étaient déjà destinés aux classes inférieures (entre autres), la veillée émerge comme un support éminemment populaire, avec ses propres codes incluant dans la narration ses destinataires – et donc porteur d’un caractère novateur qui fait écho à la nouveauté du système politique. Malgré quelques résistances, la forme nouvelle de la veillée prend le pas sur le catéchisme pour l’éducation civique ; coexistant avec les dialogues et les leçons, ces modèles demeurent cependant solidement ancrés dans le panorama pédagogique du livre aux yeux des acteurs au moment de choisir la forme appropriée pour un manuel d’éducation civique. Directement lié au type d’enseignement prévu pour les enfants, mais aussi pour les adultes, le choix du modèle est donc politique ; il est étroitement lié à la transmission idéologique concernant la citoyenneté, et répond à des impératifs d’ordre social et culturel. 4.2 Les manuels, vecteurs d’une nouvelle morale civique Au xixe siècle, les manuels véhiculent des conceptions idéologiques par leur typologie, mais aussi et surtout par l’organisation de leur contenu. En nous intéressant aux rapports entre individu et État comme étant au fondement de la citoyenneté, nous analysons dans les pages qui suivent les manuels d’éducation civique et morale à l’aune de deux thématiques centrales : la manière dont est traité ce rapport de l’individu à la collectivité, en accordant une attention spéciale à la question de la morale et de la religion et, par ailleurs, la manière dont une institution étatique, l’école, est représentée dans les manuels d’éducation civique. Dieu et la nation : éduquer l’individu pour la collectivité Comme les supports religieux, les supports dits d’éducation civique règlent la place du chrétien-citoyen dans la société des hommes et vis-à-vis de l’État. Dans une société où l’appartenance à la communauté n’est plus réglée par la religion, mais par la citoyenneté, et où les libertés individuelles prennent de plus en plus de place, quelles sont les références mobilisées pour promouvoir la morale ? Quelle est la place de la religion ? À la période que nous intéresse, l’appartenance à la collectivité est fréquemment présentée comme un devoir civique. C’est ce rapport entre la vie en société et 217 Le pupitre et le scrutin l’éducation civique qui retiendra plus particulièrement notre attention dans cette partie. En 1799, dans un texte intitulé « De l’instruction publique des enfans des villages », Philippe-Sirice Bridel (dit le doyen Bridel, 1757-1845) détaille le programme éducatif qu’il entend appliquer à la jeunesse des campagnes de la jeune République helvétique. Outre une « éducation physique » supposée « préparer dans l’enfant un futur défenseur de la patrie », une « éducation intellectuelle »791 destinée à « prémunir […] contre les faux jugemens », une « éducation religieuse » supposée « conduire l’homme vers cette perfection morale dont il est susceptible », Bridel prévoit une « éducation civique » afin de « former l’homme qui vit en société aux devoirs de membre du corps social »792. Michèle Riot-Sarcey a mis en avant le combat contre l’individualisme qui caractérise le xixe siècle, alors que les dernières générations du xviiie siècle prônaient, elles, la prééminence de l’individu et de ses libertés. En conséquence, au début du xixe siècle, l’organisation sociale idéale réside dans l’harmonie entre les individus pour mieux travailler au bien commun793. En Suisse, dès la Restauration, l’objectif général de l’instruction publique est très clair : il s’agit d’« apprendre à l’homme à vivre en société », comme le souligne le théologien vaudois du Réveil Alexandre Vinet (1797-1847)794 dans une série d’articles qui paraissent à l’été 1824 dans Le Nouvelliste vaudois, fondé quelques mois plus tôt Bridel Philippe Sirice, « Quelques idées sur l’instruction publique des enfans des campagnes », Château-d’Oex, 12 mars 1799, AF B0#1000/1483#1422. Le texte sera publié quinze ans plus tard sous une forme augmentée dans Le Conservateur suisse, ou recueil complet des Étrennes helvétiennes, Lausanne, Knab, 1814, tome 4, pp. 359-392. Ce recueil paraît en treize volumes entre 1813 et 1831 ; il est l’héritier des Étrennes helvétiennes, almanach du doyen Bridel qui paraît dès 1783. Grandjean Michel, « Philippe-Sirice Bridel », in : Jorio Marco (éd.), Dictionnaire historique de la Suisse. Pour un résumé de ce texte de Bridel, voir Perrochon Henri, « Le doyen Bridel et les écoles de villages », Revue historique vaudoise 35, 1927, pp. 77-84, http://doi.org/10.5169/seals-27807. 792 Cet enseignement, qui correspond à l’éducation civique telle que nous l’avons définie, inclut en premier lieu « les obligations et les droits du citoyen », ainsi que de l’histoire, de la géographie, des textes législatifs et l’organisation administrative de la nouvelle République, mais aussi des connaissances sur le commerce des différents pays et leurs relations diplomatiques – une matière « culturelle » qui se retrouvera dans des manuels scolaires de géographie de l’ère libérale, voir Boser Hofmann Lukas, Dahn-Singh Nathalie, « Une patrie de papier. Représentations du territoire national pour le milieu scolaire dans les cantons de Vaud et Soleure, 1815-1845 », traverse. Revue d’histoire, 2017/1, pp. 19-31, p. 21. 793 Riot-Sarcey Michèle, Le réel de l’utopie…, p. 262. 794 Après des études de lettres puis de théologie à l’Académie de Lausanne, il est consacré pasteur en 1819. D’abord maître de français au Pädagogium de Bâle de 1817 à 1837, il est professeur de littérature française à l’Université de Bâle dès 1819. À partir de 1837, il enseigne la théologie pratique à l’Académie de Lausanne. Auteur d’une célèbre Chrestomathie française (1829-1830), pédagogue reconnu, il est à l’origine de l’école supérieure de jeunes filles de Lausanne et écrit en faveur de l’éducation publique des filles. Prédicateur du Réveil protestant, théologien majeur du protestantisme francophone, Vinet s’engagea pour la liberté religieuse et démissionna en 1845 en même temps qu’une centaine de pasteurs vaudois lors de l’application de mesures restreignant la liberté des cultes. Ses ouvrages jouèrent un rôle décisif dans l’élaboration du courant qui mène en 1847 à la fondation de l’Église évangélique libre dans le canton de Vaud. 791 218 Le manuel du citoyen, un outil idéologique à Lausanne795. À l’aube de la Régénération, les débats font d’ailleurs rage à propos de l’étendue de la compétence éducative de l’État. Pour Alexandre Vinet comme pour nombre de ténors du mouvement libéral, « [l]’éducation privée peut former des savans ; rarement fait-elle des citoyens et des hommes »796, et l’expérience de l’éducation publique forme à l’exercice de la vie en collectivité ; ce caractère fortement lié à l’État dans la culture libérale persistera d’ailleurs par la suite au sein du radicalisme797. Dès ses débuts, parce qu’elle contient des préceptes sur les bonnes mœurs, l’éducation civique est présentée par ses promoteurs comme un ciment social majeur, ce qui légitime son urgente nécessité. Que ce soit dans leurs écrits pédagogiques ou dans la presse politique, les réformateurs libéraux et radicaux insistent avant tout sur la nature sociable de l’homme : l’individu est fait pour vivre en société et seule une éducation idoine peut l’amener à maîtriser les comportements sociaux attendus. En premier lieu, la connaissance des lois est clairement liée à l’acquisition de cette capacité à vivre en société. Un correspondant anonyme du Confédéré de Fribourg s’exclame ainsi en 1853, parlant de l’éducation civique : « Eh bien, cette belle étude est presque inconnue chez nous. Combien y a-t-il de citoyens qui connaissent un peu nos constitutions et nos principales lois ? Combien y en a-t-il qui connaissent leurs devoirs et surtout qui les remplissent avec zèle, avec dévouement ? L’ignorance, le fanatisme, l’indifférence, l’affreux égoïsme, l’intérêt personnel ne sont-ils pas plus communs que la pratique des vertus civiques ? ce manque de civisme, de vrai patriotisme est un mal et un grand mal. »798 La morale et le patriotisme sont une composante récurrente de l’instruction publique, considérée dès lors comme un garde-fou contre la crainte que la Suisse ne s’uniformise sur le plan culturel799 ; cette morale patriotique s’applique durant la première partie du xixe siècle surtout au niveau local et régional. Après 1815, le canton et la commune deviennent à nouveau les références auxquelles les citoyens sont supposés s’identifier, à la fois pour ce qui est de leur histoire, des institutions et du lien moral avec la collectivité800 – et ce, sans pour autant effacer complètement les références à la nation suisse, qui demeurent proéminentes. Elles le deviendront même de plus en plus au cours du siècle à mesure que la « nation » [Vinet Alexandre], « Quelques réflexions sur un sujet important. Premier article », Le Nouvelliste vaudois, no 59, 23 juillet 1824. 796 [Vinet Alexandre], « Quelques réflexions sur un sujet important. Premier article », Le Nouvelliste vaudois, no 59, 23 juillet 1824. 797 Arlettaz Gérald, Libéralisme et société dans le canton de Vaud…, p. 463. 798 Le Confédéré : journal démocratique fribourgeois, no 63, 5 octobre 1853. 799 Arlettaz Gérald, Libéralisme et société dans le canton de Vaud…, p. 240. 800 Arlettaz Gérald, Arlettaz Silvia, Argast Regula, « Citoyenneté, nationalité et formation nationale… », p. 135. 795 219 Le pupitre et le scrutin s’impose comme la source d’identification collective la plus opérante801, comme le suggère l’historien suisse Oliver Zimmer : « [i]n the era of the established nationstate, debates on public institutions in general, and educational ones in particular, were inevitably framed along national lines. »802 Le civisme partout réclamé désigne une attitude individuelle naturelle, axée sur le fameux bien public : le citoyen doit être apte à faire passer l’intérêt de la collectivité avant son intérêt propre. Dans ce cadre, l’éducation civique contribue à former la raison individuelle des citoyens, tout en les amenant à la connaissance de leurs devoirs envers la collectivité. Cette complémentarité entre droits et devoirs est bien exprimée dans un rapport du Fribourgeois Louis Bornet concernant des propos du Père Girard : « [s]i [l’instruction civique] développe les droits des citoyens, elle les dérive, comme de juste, de ses devoirs comme homme et membre d’une société »803. François Jacquet-Francillon a qualifié d’« individualisme tempéré » cet équilibre entre ce que chaque individu reçoit de l’État au cours de son éducation et ce qu’il doit « en retour » à la nation804. Les manuels d’éducation civique traitent en bonne partie des bons compor­ tements à adopter pour mener une vie en harmonie avec sa communauté. Après un intérêt très marqué à la période révolutionnaire – notamment en France – pour l’organisation sociale des animaux, les métaphores animales investissent les livres de lectures et d’édification morale et civique. Mais pas n’importe quels animaux : de manière intéressante, certains reviennent régulièrement, tels le castor, la fourmi ou l’abeille. Il s’agit d’espèces dont les naturalistes français (Buffon, ou encore Cuvier) ont déterminé que leur activité individuelle était structurée par nature en fonction des besoins de la collectivité pour construire le barrage, la fourmilière ou la ruche805 ; ces animaux constituent ainsi d’utiles images de membres vertueux d’une société fonctionnelle. L’image n’est d’ailleurs pas nouvelle : l’abeille et l’organisation de la ruche ont été minutieusement étudiées par Aristote806 et la métaphore devient un véritable topos au Moyen Âge. L’image de l’abeille, en particulier, a été diffusée à la période moderne par la célèbre fable provocatrice de Bernard Mandeville (1670-1733), The Fable of the Bees : or, Private Vices, Publick Benefits, qui paraît en 1714. L’auteur y présente au contraire le vice et les défauts individuels comme le fondement de l’organisation collective ; si la leçon Zimmer Oliver, A Contested Nation…, p. 167. Zimmer Oliver, A Contested Nation…, p. 178. 803 Bornet Louis, Cours gradué d’instruction civique… 804 Jacquet-Francillon François, « Éducation, éducabilité… », pp. 46-47. 805 Voir les recherches de Pierre Serna sur la période révolutionnaire et les visions des animaux, notamment : Serna Pierre, « Des animaux en révolution », Annales historiques de la Révolution française 377, juillet-septembre 2014, en ligne : http://ahrf.revues.org/13253 ; pour le xixe siècle, la Revue d’histoire du xixe siècle 54(1), 2017, « La part animale du xixe siècle », sous la direction de Quentin Deluermoz et François Jarrige, en ligne : https://journals.openedition.org/rh19/5165. 806 À ce sujet, Legrand Stéphane, « Les abeilles sont-elles un animal politique ? », Labyrinthe 40, 2013, http://journals.openedition.org/labyrinthe/4325. 801 802 220 Le manuel du citoyen, un outil idéologique morale satirique de Mandeville sur la nature humaine n’est pas récupérée par les auteurs que nous étudions, on en retrouve en revanche la conception que l’ordre social est naturel à l’homme. Dans l’ouvrage fribourgeois de Bornet, ce sont ces animaux bâtisseurs qui sont ainsi cités en exemple (1856) : « Voyez l’ardeur extrême et les travaux extraordinaires de l’abeille et de la fourmi : les constructions du castor et celles de l’hirondelle ; admirez l’art avec lequel l’araignée filandière et tisserande fabrique sa retraite et ses filets ; apprenez de ces animaux la prévoyance, l’ordre et le travail. Vous voyez partout une sage activité honorée et récompensée, et la paresse partout odieuse dans la société et la nature. »807 Soucieux de promouvoir le travail comme une valeur sociale majeure, Bornet précise en note, à l’attention des instituteurs : « Raconter les travaux, les construc­ tions industrieuses, l’ordre, l’activité des castors vivant en société sur les bords sauvages de quelques rivières. »808 Pour les penseurs pratiques, l’enjeu est de comprendre la société comme un organisme vivant ; ces réflexions s’inscrivent dans le cadre de l’émergence des sciences naturelles pour tenter de comprendre la société, ce qui constitue l’étape nécessaire pour la changer ensuite. La nature doit donc en premier lieu être observée par les enfants pour leur servir d’exemple, comme l’atteste à Fribourg le Règlement du 10 août 1850 pour les écoles primaires : « servez-vous autant que possible, dans l’enseignement, d’exemples tirés de la vie journalière, des choses que l’enfant a l’occasion de voir, d’observer chaque jour et qui sont dans sa sphère. La vie des champs, les métiers les plus répandus, les mœurs des animaux domestiques offrent une mine de faits et d’exemples, précieuse pour un instituteur qui sait en tirer parti. »809 Dans le canton de Vaud de la fin de la Restauration, c’est l’abeille qui est à l’honneur, dans deux ouvrages au moins : L’abeille vaudoise, d’une part, dont nous n’avons que le titre, un ouvrage qui fut envoyé au Conseil d’État vaudois en 1828 dans le cadre du second concours pour des livres d’éducation à la citoyenneté et, d’autre part, L’abeille, ou les veillées du village, un support de lecture populaire à succès qui paraît d’abord en feuilles séparées avant d’être rassemblé en 1836 en un livre par le libraire lausannois Benjamin Corbaz (1786-1847). Bornet Louis, Cours gradué d’instruction civique… 809 Règlement du 10 août 1850 pour les écoles primaires, art. 188. 807 808 221 Le pupitre et le scrutin que sont les abeilles810. L’abeille, ou les veillées du village constitue un témoignage de la préoccupation constante des élites bourgeoises d’éduquer l’individu en vue de la collectivité ; l’ouvrage est d’ailleurs encensé en 1836 dans le JVSUP par ce bref commentaire élogieux : « C’est la morale mise en rapport avec nos mœurs »811. À l’inverse, au rang des métaphores animales, on trouve aussi des contreexemples, soit des animaux dont le comportement est à éviter. Dans le Journal d’éducation de la SVUP (1829), on lit dans un « Extrait d’un journal d’un instituteur de petits enfans » l’indication suivante : « Estampe de la belette. J’ai fait contraster sa belle fourrure et sa jolie marche avec ses inclinations carnassières et méchantes. – Moeurs de ces petits animaux »812. Ce résumé d’une leçon d’un instituteur à ses élèves incite à fuir la coquetterie et à se méfier des apparences pour se préoccuper au contraire d’acquérir de solides principes et des mœurs valables. On pourrait multiplier les exemples de telles métaphores édifiantes. Notons seulement que l’image se diversifie au xixe siècle en incorporant le monde industriel alors en plein essor. En 1840, sous la plume de Gauthey, on trouve ainsi une comparaison de la société ou de l’État à une machine : « [d]ans une machine composée d’un grand nombre de pièces et de rouages, il faut le concours harmonique et exact de toutes ces parties diverses, pour que l’ensemble marche d’une manière satisfaisante. Qu’une seule pièce ne fasse pas sa fonction, ou la fasse mal, et il en résultera de la gêne et du trouble dans le jeu de la machine entière. »813 L’idée est semblable aux métaphores de la ruche : pour établir un « ordre général », chaque citoyen doit accomplir sa part et se comporter de manière adéquate814. C’est d’ailleurs en insistant sur cette sociabilité naturelle à l’être humain que nombre de ces textes de la période révolutionnaire et postrévolutionnaire (manuels, veillées, mais aussi catéchismes républicains) abordent la matière politique. Dans son Catéchisme de la constitution helvétique (1798), l’avocat lausannois GabrielAntoine Miéville évoque ainsi dès le deuxième chapitre (immédiatement après « La révolution ») le « contrat social » qui oblige les individus à vivre ensemble 810 L’abeille, ou les veillées du village, pour servir de suite aux Entretiens de Maître Pierre, Lausanne, au dépôt bibliographique [B. Corbaz], 1836, p. 79 sqq. Quoique nous ne puissions pas l’affirmer avec certitude, faute de sources, on ne saurait exclure que les deux ouvrages n’en forment qu’un, soumis comme manuscrit en 1828, puis refondu sous une forme plus apte à connaître une large distribution. 811 Journal de la Société vaudoise d’utilité publique 4, 1836 pour 1835, p. 228. 812 Journal d’éducation…, p. 13 sqq.
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42 Journées de l’Association Française d’Informatique Graphique, Reims Image 2014 Géodésiques sémantiques pour la description et la labélisation automatique de parties Vincent Léon1 , Nicolas Bonneel3,5,6 , Guillaume Lavoué3,4,6 , Jean-Philippe Vandeborre1,2 1 LIFL, UMR8022, Lille1 / CNRS, Université Lille1 2 Institut Mines-Télécom / Télécom Lille 3 Université de Lyon, CNRS 4 INSA-Lyon 5 Université Lyon 1 6 LIRIS, UMR5205, F-69622, France Résumé Les applications qui reposent sur une base de modèles 3D n’utilisent généralement pas les données 3D brutes mais plutôt des méta-données obtenues manuellement ou automatiquement et qui résument le contenu de la base. Ces méta-données peuvent être des descripteurs purement géométriques, mais qui peuvent aussi porter un sens sémantique. Le plus souvent, l’information sémantique est basée sur une décomposition du modèle, obtenue par segmentation, où un label est assigné à chaque segment de manière automatique ou manuelle. Nous proposons ici un descripteur à la fois géométrique et sémantique qui n’est pas uniforme sur un segment, mais qui définit la sémantique à la surface du modèle comme un ensemble de distances géodésiques avec des points d’ancrage de sémantique connue. Ce descripteur encode ainsi naturellement les relations topologiques entre les différents labels. Nous proposons ensuite une application de ce descripteur à la labélisation automatique de segments. Abstract Applications that rely on a database of 3D models do not use raw 3D data but usually consider manually or automatically acquired metadata that summarize the content of the database. Such metadata can consist of purely geometric descriptors, but they can also bear a semantic meaning. Typically, the semantic description is partbased : a model is first segmented, and each part is assigned a label, either manually or through an automatic process. Here, we propose a description that is both geometric and semantic. It is not part-based, but defines a pervertex semantic on the surface of the model using sets of geodesic distances to anchor points of known semantic. We demonstrate the usefulness of our descriptor through an automatic labelling application. Mots clé : indexation 3D, labélisation, sémantique. dance leurs parties de fonctionnalité commune (par exemple reconnaitre tous les dossiers). Ce type de mise en correspondance de haut niveau nécessite une description sémantique du modèle. 1. Introduction Les applications d’indexation 3D permettent d’organiser de vastes collections de modèles 3D. Toutefois, la similarité entre deux modèles peut être définie à plusieurs niveaux. Les méthodes classiques d’indexation 3D utilisent le plus souvent un ensemble de descripteurs géométriques calculés sur la surface du maillage. La similarité entre deux modèles est alors définie de manière exclusivement géométrique. Cependant, cette description géométrique ne permet pas toujours de mettre en relations différents modèles à un plus haut niveau. À titre d’exemple, imaginons qu’on dispose d’une base de données 3D de chaises de formes hétérogènes, la géométrie seule ne va pas nous permettre de mettre en correspon- L’information sémantique d’un modèle 3D est le plus souvent obtenue par une labélisation (manuelle ou automatique), qui assigne à chaque segment d’un modèle un label sémantique c’est-à-dire lié à sa fonction (par exemple, dossier pour une chaise, corps ou patte pour un animal, avant-bras pour un humanoïde, etc.). Cette description sémantique est discrète (définie sur un ensemble fini de label), et uniforme pour l’ensemble des points d’un même segment. Cette propriété est assez contre-intuitive pour des formes organiques, pour lesquelles il peut être difficile, même pour c AFIG 2014, Association Française d’Informatique Graphique (http://www.asso-afig.fr) 43 Vincent Léon, Nicolas Bonneel, Guillaume Lavoué, Jean-Philippe Vandeborre / Article RI2014 métrique mais présentant la même sémantique. Les auteurs considèrent que la fonctionnalité d’une partie d’un objet ne dépend pas que de sa géométrie, mais aussi de son contexte à l’intérieur de l’objet. Plus précisément, la fonctionnalité d’une partie d’un objet peut être déduite des parties qui l’entourent et de la manière dont elles sont connectées. Ainsi Laga et al. [LMS13] proposent une méthode pour la mise en correspondance de parties de modèles. Un modèle 3D est représenté comme un graphe de segments. La similarité entre deux segments est définie récursivement à l’aide de leur similarité géométrique, mais aussi de la similarité de leurs voisins, en parcourant un graphe d’adjacence jusqu’à une profondeur donnée. Cette représentation permet de capturer le contexte d’une partie au sein d’un modèle complet et améliore ainsi grandement la mise en correspondance (c’est à dire la reconnaissance des parties communes) comparé à une approche purement géométrique. un utilisateur humain, de définir précisément les frontières d’une partie sémantique. Nous proposons dans cet article un nouveau descripteur qui encode en chaque sommet, une information sémantique riche et continue. Ce descripteur vectoriel, qui utilise ce que nous nommons des géodésiques sémantiques, est calculé à partir d’un modèle 3D maillé segmenté et labélisé. Il intègre les informations sémantiques, géométriques et topologiques (au sens des relations entre les labels) de l’objet, de manière à obtenir une description continue et non plus discrète. Cette propriété de continuité nous permet de mieux définir le contexte sémantique d’un point du modèle comparé à un label unique par segment. Les applications sont nombreuses : labélisation automatique, mise en correspondance entre objets, transfert de label, etc. La section 2 présente un état de l’art du domaine, tandis que la section 3 détaille notre descripteur. Ses performances en terme de description de segment sont analysées dans la section 4. Enfin la section 5 présente une application à la labélisation automatique. Le descripteur que nous proposons partage le même objectif : proposer un descripteur plus riche qu’une simple description géométrique, notamment applicable dans des applications de mise en correspondance sémantique de parties mais également de mise en correspondance plus dense (au niveau du sommet). 2. État de l’art Dans les applications d’indexation de modèles 3D, on trouve une très vaste littérature qui s’intéresse uniquement à la géométrie des formes. On distingue les méthodes de recherche globale qui permettent de rechercher un modèle complet, et les méthodes de recherche partielle qui permettent de retrouver les modèles contenant une certaine partie de la requête. Les méthodes de recherche globale sont généralement basées sur le calcul de descripteurs globaux [FMK∗ 03], le plus souvent robustes aux déformations [RWP06, Rus07, EKVD12]. Parallèlement, les méthodes de recherche partielle considèrent des descripteurs locaux généralement associés à des points d’intérêts [LG05, FS06, BBK∗ 09, Lav12]. Les méthodes partielles retournent, pour la plupart, un modèle complet qui contient la partie souhaitée mais ne permettent pas forcément de mettre en correspondance cette requête avec la partie similaire dans l’objet retourné. Notons qu’hormis la mise en correspondance de parties, plusieurs méthodes s’intéressent à la mise en correspondance denses entre objets 3D. Elles sont toutefois basées sur de coûteuses optimisations globales [KLF11, LF09] et s’affranchissent complètement de l’aspect sémantique. 3. Descripteur proposé Étant donné un objet segmenté et labélisé, nous introduisons un descripteur vectoriel qui peut être calculé en un point quelconque de la surface de l’objet. Il décrit de manière continue les relations géométriques et topologiques du sommet avec chaque label sémantique. Ce descripteur contient un ensemble de distances à des centroïdes de segment de labels connus. Cette section détaille le calcul de ce descripteur. 3.1. Sélection des centres de segments La mise en correspondance entre parties de modèles 3D est une question de recherche pertinente pour de nombreuses applications (indexation par partie, morphing, transfert d’attributs, etc.), en particulier la reconnaissance de parties partageant la même fonctionnalité. Plusieurs travaux s’intéressent à cette mise en correspondance de parties sémantiques entre objets 3D (qui peut être vue comme un problème de co-segmentation et co-labélisation d’objets) [SEK09, vKTS∗ 11, SvKK∗ 11]. Ces travaux s’appuient uniquement sur des descripteurs géométriques pour définir la fonctionnalité d’une partie (c-à-d sa sémantique). Notons également les travaux de Sahbani et El Khoury [SEK09] pour lesquels les modèles sont segmentés, et chaque segment est représenté par un ensemble de descripteurs géométriques pour déterminer quelles parties peuvent être saisies à la main. Notre descripteur considère des distances géodésiques à un ensemble de points d’intérêt. La première étape de notre algorithme consiste donc en la détermination de ces points. Étant donné un maillage segmenté et labélisé, par mesure d’efficacité, nous déterminons un point d’intérêt unique pour chaque segment. Ce point est un centroïde (ou isobarycentre) Riemannien, i.e., un point Ck minimisant sa distance à tous les autres points du segment k. De manière pratique, ce minimum est choisi parmi l’ensemble Sk des sommets du segment k et on a : Ck = argmin pi ∈M ( ∑ g(pi , p j )2 ) (1) p j ∈Sk où g(pi , p j ) est la distance géodésique entre les sommets pi et p j . Nous utilisons cette distance car elle est définie sur la surface du modèle et est donc plus robuste au changement de pose, contrairement à la distance Euclidienne [SSK∗ 05]. Comme noté par Laga et al. [LMS13], cette approche purement géométrique rencontre des difficultés pour les recherches dans un ensemble de modèle de grande variété géo- Ce minimum n’est pas nécéssairement unique. Par c AFIG 2014. 44 Vincent Léon, Nicolas Bonneel, Guillaume Lavoué, Jean-Philippe Vandeborre / Article RI2014 La figure 2 visualise les éléments d’un descripteur correspondants aux labels jambe, têteet corps, en tout point de différents modèles géométriques. 4. Analyse de la description sémantique Cheval (a) Les applications de mise en correspondance de formes 3D peuvent opérer à différent niveaux de description, géométriques ou sémantiques, et requièrent des métriques pour comparer les éléments mis en jeu. Nous montrons que notre descripteur permet d’établir un lien entre la géométrie et la sémantique d’un objet, et définissons une notion de distance entre segments utilisant notre descripteur. Nous présentons dans la section 4.2 le pouvoir discriminant de cette distance. Vache (b) Figure 1: Centroïdes calculés pour les têtes et corps d’un modèle de cheval (a) et de vache (b). En gris, l’énergie minimisée pour l’équation 1. 4.1. Distance entre segments La recherche de géométries partielles peut avoir recours à la mise en correspondance de segments de maillage. Ceci nécéssite une notion de distance entre segments (par exemple, dans un contexte de recherche par plus proche voisin). Nous définissons ici une telle distance entre segments, à partir de distributions de distances géodésiques sémantiques entre points. Nous esperons ainsi capturer la sémantique et la géométrie d’un segment dans une distance unique. exemple, tous les points d’une sphère sont des centroïdes potentiels. Nous choisissons un centroïde parmi les candidats possibles. En pratique, sur les maillages à notre disposition, ce centroïde est souvent unique : la figure 1 montre plusieurs exemples de centres (en rouge) calculés pour des segments différents ainsi que l’énergie minimisée dans l’équation 1 (en niveau de gris). Nous observons que l’énergie possède un unique minimum dans ces cas. Pour chaque segment S d’une surface donnée, on considère |L| histogrammes de distances géodésiques sémantiques (où L est l’ensemble des labels présents dans la base de donnée) : {h` (S) : ` ∈ L}. On échantillonne de manière stochastique un ensemble de points à la surface du segment. Pour chaque point p de S, on calcule le descripteur d(p) (Eq. 2) et plaçons la valeur d` (p) dans le bin correspondant de l’histogramme h` (S). Ce procédé d’échantillonnage permet d’obtenir un descripteur indépendent de la résolution du maillage, et robuste vis-à-vis des faibles variations de la forme du segment [OFCD02]. En pratique, nous utilisons des histogrammes de 100 bins, permettant d’assurer une discrimination suffisante. 3.2. Calcul du descripteur géométrique et sémantique Une fois l’ensemble C des centroïdes obtenus, notre descripteur peut être calculé pour un point quelconque de la surface du modèle. Soit un ensemble L de labels dans la base de modèles. Notre descripteur dépend des labels présents dans toute la base, et, en un point donné, est caractérisé par un vecteur de |L| éléments. L’élément d’indice i de ce vecteur décrit la relation du point avec le label Li . Si la base de modèles utilisée n’est pas consistante – i.e., si tous les labels ne sont pas présents dans tous les modèles – alors le descripteur sera éparse. Nous définissons enfin la distance entre deux segments S et T comme la somme des distances individuelles entre chacun des histogrammes de S et T . De manière plus spécifique, nous obtenons la mesure de similarité entre les segments S et T comme : Soit un point p de la surface. L’élément ` du descripteur d représente la distance géodésique du point p au centroide Ck du segment portant le label ` le plus proche. Ceci permet de rendre le descripteur invariant au nombre d’instances d’un label donné (par exemple, on considérera le segment jambe le plus proche du point donné, même s’il s’agit d’un quadrupède – voir Fig. 2) tout en décrivant la relation géométrique entre ce point et les différents labels. Intuitivement, ce descripteur indiquera par exemple que sur un animal, un point de la tête sera loin de la queue mais proche du corps, en distance géodésique. Nous caractérisons cette notion de “géodésique sémantique” et calculons le descripteur par : s(S, T ) = min (g(p,Ck )) (3) où V = {` ∈ L : h` (S) 6= 0, h` (T ) 6= 0} est l’ensemble des labels présents dans S et T . Les histogrammes correspondants à des labels qui ne sont pas présents dans S et T sont ainsi ignorés et seules les relations entre labels partagés par S et T sont considérées. d est une métrique de comparaison entre les histogrammes. Nous proposons d’utiliser d( f , g) = |F − G| la distance L1 entre les histogrammesR cumulés F x et G des histogrammes f et g (i.e., F(x) = −∞ f (t)dt. Cela correspond à l’Earth Mover’s Distance avec un coût `1 [RTG00] entre ces histogrammes, dans le cas 1D. Les résultats pour des choix alternatifs de d sont présentés dans la section suivante. d(p) = {d` (p), ` ∈ L} d` (p) = 1 ∑ d(h` (S), h` (T )) |V| `∈V (2) label(Ck )=` où label(Ck ) donne le label associé au segment dont le centroïde est Ck . Lorsque l’ensemble {k : label(Ck ) = `} est vide – i.e., lorsque le label ` n’est pas présent dans le modèle – une valeur par défaut de d` = ∞ est utilisée. c AFIG 2014. 45 Vincent Léon, Nicolas Bonneel, Guillaume Lavoué, Jean-Philippe Vandeborre / Article RI2014 Jambe (a) Tête (b) Corps (c) Figure 2: Visualisation de la distance minimale par rapport aux points labélisés jambe (a), tête (b) et corps (c). Notre descripteur, en un point donné, contient la distance minimale à chaque label possible. entre points choisis aléatoirement à la surface du modèle. Il n’y a pas de séparation claire entre les segments portant un label différent, et inversement, certains segments portant le même label sont séparés. Notre descripteur porte une information sémantique plus forte, car il ne prend pas seulement en compte la géométrie d’un segment mais l’ensemble de l’information contextuelle (distance par rapport aux autres segments). Figure 3: Modèles de quadrupèdes de la base coseg et leur segmentation (vérité-terrain) [SvKK∗ 11] 5. Application à la labélisation de modèles 3D Le calcul de notre descripteur nécessite la connaissance d’un label pour chaque segment. Ce descripteur pourrait alors sembler peu utile dans un contexte de reconnaissance sémantique, puisque dans ce cas, les labels ne sont pas connus à l’avance. Dans cette section, nous montrons qu’une étape d’optimisation combinatoire permet de recouvrer un ensemble de labels pour un objet segmenté mais non labélisé, consistants avec ceux d’une base d’objets segmentés et labélisés. En effet, notre descripteur permet de mettre en lien la sémantique d’un modèle et sa géométrie, ce qui se révèle utile dans un cadre de problème inverse. 4.2. Résultats Afin de valider notre approche, nous utilisons une base de modèles composés de quadrupèdes extraits de la base “coseg” [SvKK∗ 11]. Avec ces modèles sont fournies une segmentation et une labélisation manuelle. L’ensembe des modèles de quadrupèdes utilisés est présenté dans la figure 3. En comparant deux à deux tous les segments d’une base de données, nous obtenons une matrice de confusion qui nous permet d’évaluer notre méthode. Pour cela, nous utilisons une technique de positionnement multidimenionnel (MDS) [dM09] qui met en évidence la séparation entre les segments de différentes classes sémantiques. Cette technique représente chaque segment par un point dans un espace 2D, et positionne les différents points d’une manière telle que la distance Euclidienne 2D entre deux points représentant des segments S et T corresponde au mieux à la mesure de similarité s(S, T ) que nous avons introduite (Eq. 3). 5.1. Labélisation par optimisation combinatoire Nous disposons d’un modèle géométrique Q en entrée, segmenté en m segments, mais dont la sémantique des segments est inconnue. Nous disposons aussi d’une base de données d’objets segmentés et labélisés qu’on supposera contenir suffisemment de labels pour couvrir la sémantique de tous les segments de Q. On souhaite alors labéliser chaque segment du modèle Q avec un des labels déjà présents dans la base. La figure 4 (a) illustre les résultats de notre méthode sur la base de donnée de quadrupèdes. On observe que les segments sont majoritairement séparés selon leur label. Seuls deux labels sont confondus (jambe et queue) à cause de leur positionnement et formes similaires. La figure 4 (b) montre que l’utilisation d’une distance du χ2 entre les histogrammes (d( f , g) = χ2 ( f , g) dans l’équation 3) produit une séparation moins franche. En particulier, les classes correspondant aux labels queue (cyan) et jambe (magenta) sont plus confondus qu’en utilisant notre méthode. Les résultats visibles dans la figure 4 (c) utilisent le descripteur D2 de Osada et al. [OFCD02]. Ce descripteur, purement géométrique, représente le segment par un seul histogramme de distances On extrait d’abord l’ensemble des m centres de segments tel que décrit en section 3.1. Ces m centres portent des labels inconnus, dont certains pourraient être identiques. On calcule ensuite un ensemble de m × m histogrammes. Chaque histogramme contient la distribution de distances de points choisis aléatoirement à la surface d’un segment q de Q par rapport à l’un des centres de segments c. Une fois ces histogrammes calculés sur le modèle à labéliser, nous explorons l’ensemble des labélisations possibles. Pour chacune, on détermine un score de similarité qui est c AFIG 2014. 46 Vincent Léon, Nicolas Bonneel, Guillaume Lavoué, Jean-Philippe Vandeborre / Article RI2014 (b) d( f , g) = χ2 ( f , g) (a) Notre méthode (d) D2 [OFCD02] Figure 4: Positionnement de type MDS utilisant la métrique issue de notre méthode (a), ou utilisant la distance χ2 entre histogrammes (b), ou utilisant un histogramme de distances Euclidiennes point-à-point (D2) [OFCD02] (c). Chaque point représente un segment de la base “coseg” , dont la couleur encode le label de la vérité terrain (légende en Fig. 5). Vérité terrain calculé de la manière suivante :   δ(Q, D) = ∑   q∈Q D2 [OFCD02] Notre méthode  ∑ d∈D label(d)=label(q)  s(q, d)  (4) où D est l’ensemble des segments appartenant à la base de modèles, et s est la distance entre segments décrite dans l’équation 3. On ne compare que des segments de même label, ce qui nous permet calculer le score d’une segmentation par rapport à la base. La segmention retenue est celle qui minimise δ(Q, D). corps jambe 5.2. Résultats La figure 5 présente trois résultats de labélisation automatique. On utilise un modèle de cheval, constitué de 6 segments (d’après la vérité-terrain fournie avec la base coseg présentée dans la première colonne) : un segment labélisé corps, une tete et quatre jambes ; un modèle de loup, constitué de 6 segments : un segment labélisé corps, une tête, trois jambes (les deux pattes arrières forment un seul segment) et une queue ; ainsi qu’un modèle de chèvre, constitué de 8 segments : un segment labélisé corps, deux segments labélisés oreille, une tête, trois jambes (même raison que précédemment) et une queue. oreille queue tête Figure 5: Résultats de labélisations automatiques à la tête est labélisé comme corps. Pour le modèle de loup, le corps est correctement labélisé, mais les autres segments sont tous labélisés de manière incorrecte. Pour le modèle de chèvre, le corps et la queue sont correctement labélisés, ainsi que les jambes antérieures (un seul segment). De manière générale, on observe que les résultats obtenus avec notre desccripteur sont meilleurs qu’avec le descripteur D2. On observe dans l’exemple du loup que le descripteur D2 attribue le label oreille à la queue car géométriquement, ces deux catégories d’objets sont similaires géométriquement. De même, les jambes sont labélisés comme tête : le descripteur D2 étant purement géométrique, il est ainsi possible d’obtenir plus facilement une oreille jouxtant un corps, ou bien quatre têtes sur un modèle animal. A l’inverse, notre descripteur prend en compte le contexte d’une partie dans le modèle, puisque l’on calcule la distance à chaque centroïde de segments. Notre descripteur donne une labélisation correcte pour 15 des segments 20 de nos exemples, alors que le taux de succès pour le descripteur D2 est de 10 sur 20 segments. Notre méthode produit la labélisation présentée dans la troisième colonne de la figure 5. Pour le modèle de cheval, tous les segments sont correctement labélisés, à l’exception d’une jambe du cheval qui est labélisée comme faisant partie du corps. On observe que les jambes du loup, son corps et sa tête ont étés correctement labélisés, bien que les deux jambes postérieures forment un seul segment. On note cependant que la queue n’a pas été correctement labélisée (ici, elle a été confondue avec le label de corps). Enfin, pour le modèle de chèvre, la queue, le corps et les deux jambes antérieures sont correctement labélisés. Les deux oreilles et les jambes postérieures (un seul segment) ne sont en revanche pas correctement labélisés. La deuxième colonne de la figure 5 donne les résultats de la labélisation en utilisant pour chaque segment le descripteur D2 présenté par Osada et al. [OFCD02]. On remarque pour le modèle de cheval que le corps et les jambes sont correctement labélisés. En revanche, le segment correspondant 6. Conclusion Nous avons présenté un nouveau descripteur permettant de représenter la sémantique de manière continue sur un c AFIG 2014. 47 Vincent Léon, Nicolas Bonneel, Guillaume Lavoué, Jean-Philippe Vandeborre / Article RI2014 [LG05] L I X., G USKOV I. : Multi-scale features for approximate alignment of point-based surfaces. In Proceedings of the third Eurographics symposium on Geometry processing (2005), Eurographics Association, p. 217. maillage, à partir d’un ensemble de centroïdes de segments de sémantique connue. Cette nouvelle description est plus riche que la donnée d’un unique label par segment puisqu’elle contient une information géométrique et de relations entre les différents segments. Pour chaque point du maillage, il est alors non seulement possible de déterminer le label du segment correspondant mais aussi une notion de distance sémantique entre des points de sémantique différente. [LMS13] L AGA H., M ORTARA M., S PAGNUOLO M. : Geometry and context for semantic correspondences and functionality recognition in man-made 3D shapes. ACM Transactions on Graphics (TOG). Vol. 32, Num. 5 (septembre 2013), 1–16. L’utilisation de ce descripteur pour la labélisation automatique de modèles segmentés est une des applications possibles, et offre de bon résultats en comparaison à un descripteur purement géométrique tel que le descripteur D2. En revanche, il s’agit uniquement d’un premier exemple d’application directe. Nous souhaitons à l’avenir utiliser ce descripteur afin de pouvoir utiliser cette information sémantique continue et multidimensionnelle dans une application de modélisation par l’exemple. [OFCD02] O SADA R., F UNKHOUSER T., C HAZELLE B., D OBKIN D. : Shape distributions. ACM Trans. Graph.. Vol. 21, Num. 4 (octobre 2002), 807–832. [RTG00] RUBNER Y., T OMASI C., G UIBAS L. J. : The earth mover’s distance as a metric for image retrieval. International Journal of Computer Vision. Vol. 40 (2000), 2000. [Rus07] RUSTAMOV R. : Laplace-Beltrami eigenfunctions for deformation invariant shape representation. In Eurographics symposium on Geometry processing (2007), pp. 225 – 233. 7. Remerciements Ce travail s’inscrit dans le cadre du projet CrABEx (ANR13-CORD-0013), financé par l’Agence Nationale de la Recherche. [RWP06] R EUTER M., W OLTER F., P EINECKE N. : Laplace-Beltrami spectra as Shape-DNA of surfaces and solids. Computer-Aided Design. Vol. 38, Num. 4 (avril 2006), 342–366. Références [SEK09] S AHBANI A., E L -K HOURY S. : A hybrid approach for grasping 3d objects. In Intelligent Robots and Systems, 2009. IROS 2009. IEEE/RSJ International Conference on (Oct 2009), pp. 1272–1277. [BBK∗ 09] B RONSTEIN A. M., B RONSTEIN M. M., K IMMEL R., M AHMOUDI M., S APIRO G. : A Gromov-Hausdorff Framework with Diffusion Geometry for Topologically-Robust Non-rigid Shape Matching. International Journal of Computer Vision. Vol. 89, Num. 2-3 (octobre 2009), 266–286. [SSK∗ 05] S URAZHSKY V., S URAZHSKY T., K IRSANOV D., G ORTLER S. J., H OPPE H. : Fast exact and approximate geodesics on meshes. ACM Trans. Graph.. Vol. 24, Num. 3 (juillet 2005), 553–560. [dM09] DE L EEUW J., M AIR P. : Multidimensional scaling using majorization : SMACOF in R. Journal of Statistical Software. Vol. 31, Num. 3 (2009), 1–30. [SvKK∗ 11] S IDI O., VAN K AICK O., K LEIMAN Y., Z HANG H., C OHEN -O R D. : Unsupervised cosegmentation of a set of shapes via descriptor-space spectral clustering. ACM Transactions on Graphics (TOG). Vol. 30, Num. 6 (2011). [EKVD12] E L K HOURY R., VANDEBORRE J.-P., DAOUDI M. : Indexed heat curves for 3d-model retrieval. In 21st International Conference on Pattern Recognition (ICPR 2012) (Tsukuba Science City, Japan, November 11-15 2012). [vKTS∗ 11] VAN K AICK O., TAGLIASACCHI A., S IDI O., Z HANG H., C OHEN -O R D., W OLF L., H AMARNEH G. : Prior Knowledge for Part Correspondence. Computer Graphics Forum. Vol. 30, Num. 2 (2011). [FMK∗ 03] F UNKHOUSER T., M IN P., K AZHDAN M., C HEN J., H ALDERMAN A., D OBKIN D., JACOBS D. : A search engine for 3D models. ACM Transactions on Graphics (TOG). Vol. 22, Num. 1 (2003), 83. [FS06] F UNKHOUSER T., S HILANE P. : Partial matching of 3D shapes with priority-driven search. In Eurographics symposium on Geometry processing (2006), Eurographics Association, p. 142. [KLF11] K IM V., L IPMAN Y., F UNKHOUSER T. : Blended intrinsic maps. ACM Transactions on Graphics (TOG) (2011). [Lav12] L AVOUÉ G. : Combination of Bag-of-Words Descriptors for Robust Partial Shape Retrieval. The Visual Computer. Vol. 28, Num. 9 (dec 2012), 931–942. [LF09] L IPMAN Y., F UNKHOUSER T. : Möbius voting for surface correspondence. ACM Transactions on Graphics (TOG) (2009). c AFIG 2014. 48 Journées de l’Association Française d’Informatique Graphique, Reims Image 2014 Reconstruction polynomiale par morceaux de fonctions à partir de complexes de Morse-Smale simplifiés Léo Allemand-Giorgis1 , Georges-Pierre Bonneau1 et Stefanie Hahmann1 1 Université de Grenoble - CNRS - Inria - Laboratoire Jean Kuntzmann Résumé Le complexe de Morse-Smale est un objet mathématique étudié notamment dans le domaine de la Visualisation car il permet de simplifier des fonctions scalaires définies sur R2 tout en préservant les points critiques les plus importants de la fonction étudiée et les liens entre ceux-ci. De nombreux articles se sont intéressés au calcul de celui-ci à partir d’une fonction initiale, mais on peut trouver en moins grand nombre des articles traitant de la construction d’une fonction qui serait conforme à un complexe de Morse-Smale donné. Dans cet article, nous proposons un algorithme de reconstruction de fonction à partir d’un complexe de Morse-Smale simplifié, utilisant des résultats en Modélisation Géométrique tels que les surfaces de Bézier triangulaires. The Morse-Smale complex is a mathematical object which is studied in the domain of Visualization because it allows to simplify scalar functions defined on R2 while keeping the most important critical points of the sudied function and the links between them. Many articles deal with the computation of Morse-Smale complex from an initial function, but less articles deal with the construction of a function which corresponds to a given Morse-Smale complex. In this article, we show an algorithm which reconstructs a function from a simplified Morse-Smale complex using results from Geometric Modeling such as triangular Bézier surfaces. Mots clé : Complexe de Morse-Smale, Visualisation, Modélisation Géométrique, topologie, surfaces de Bézier, points critiques, monotonie Cette article propose une nouvelle approche pour le calcul d’une fonction scalaire cohérente avec un MSC simplifié qui privilégie l’usage de fonctions polynomiales par morceaux. Basée sur des techniques empruntées au domaine du Shape Preserving Design de la Modélisation Géométrique, notre méthode construit la fonction 2-cellule par 2-cellule en utilisant des courbes et des surfaces polynomiales par morceaux. Nous approximons tout d’abord les courbes frontières par des B-splines de degré quatre monotones. A l’aide d’une paramétrisation du domaine de la 2cellule sur le carré unité, nous construisons ensuite une surface monotone polynomiale par morceaux dans la 2-cellule qui interpole les courbes frontières et les points critiques fournis par le MSC simplifié. 1. Introduction La simulation de phénomènes tels que le climat gère souvent de grands ensembles de données. Un processus pour extraire les caractéristiques principales est nécessaire pour aider à la compréhension de l’ensemble de données. Le complexe de Morse-Smale (MSC) est une structure topologique définie sur les fonctions scalaires qui extrait les points critiques de la fonction et les liens entre eux. En outre, il comprend une hiérarchie entre les points critiques. Les points critiques de moindre importance peuvent être supprimés dans le but de simplifier la structure. A partir d’une fonction f : R2 → R, le complexe de Morse-Smale de cette fonction est calculé, puis simplifié. De cette structure simplifiée, nous cherchons à construire une nouvelle fonction, qui correspond à cette structure et qui est proche de la fonction initiale. La principale difficulté que nous rencontrons réside dans le fait que les courbes frontières (correspondant aux 1cellules du MSC) et les surfaces reconstruites à l’intérieur de chaque 2-cellule doivent être des fonctions monotones. En outre, la géométrie des 2-cellules peut être très complexe, voir Fig. 1 (milieu et à droite). 2. Travaux précédents Plusieurs articles existent à propos du calcul et de la simplification des complexes de Morse-Smale. Les méthodes précédentes pour la reconstruction de fonctions sont des techniques qui privilégient l’utilisation du Laplacien sur des maillages. [BHEP04] fournit une reconstruction C0 en commençant par un lissage des valeurs de hauteur des 1cellules, puis en appliquant un lissage Laplacien au maillage de chaque 2-cellule jusqu’à ce qu’elles deviennent monotones. [WGS10] propose une reconstruction C1 en appli- c AFIG 2014, Association Française d’Informatique Graphique (http://www.asso-afig.fr) 49 L.Allemand-Giorgis, G. Bonneau et S. Hahmann / Reconstruction de fonctions à partir de MSC Figure 1: Gauche : la fonction initiale. Milieu : Notre reconstruction à partir du complexe de Morse-Smale simplifié à 5%. Les 1-cellules du complexe de Morse-Smale sont en violet. Droite : Notre reconstruction à partir du complexe de Morse-Smale simplifié à 25%. H(x) H(x) à dire que : H(x) zi, j < zi+1, j+1. x x x Nous interpolons cet ensemble de données par une fonction monotone introduisant un nouvel interpolant de type Sibson-Split. Cela correspond à quatre surfaces triangulaires cubique C1 de Bézier. Figure 2: Interpolation cubique d’Hermite de données monotones croissantes. Différentes dérivées aux points données donnent des courbes différentes. Gauche : Les dérivées sont nulles, la fonction est monotone, mais des points critiques sont générés. Milieu : Ces dérivées donnent une courbe monotone. Droite : Si les dérivées sont trop grandes, la courbe n’est plus monotone. Nous avons développé un algorithme qui calcule les 25 coefficients définissant explicitement les points de contrôles de la surface de Bézier à partir des valeurs de position et de gradient aux points de la grille et qui assure que les hau∂f > 0. teurs soient croissantes le long des diagonales i.e. ∂(x+y) Cet algorithme est basé sur un théorème où nous trouvons des conditions suffisantes sur les dérivées partielles qui assurent la monotonicité de la fonction interpolante. La Figure 2 représente dans le cas 1D pourquoi des dérivées ayant des valeurs inappropriées donnent un interpolant non monotone car contenant des points critiques. Nous avons ensuite développé deux algorithmes qui permettent de calculer de façon efficace des valeurs de gradient admissibles aux sommets de la grille. Plus de détails dans [AGBHV14]. quant d’abord un lissage Laplacien aux 1-cellules, puis par une optimisation bi-laplacienne avec des contraintes qui assurent la monotonie. Ces méthodes sont basées sur des interpolations linéaires par morceaux sur le maillage original. En revanche, nous utilisons des courbes et des surfaces polynomiales définies sur un maillage plus grossier. Ceci nous permet d’être indépendant du maillage initial et de pouvoir calculer explicitement notre reconstruction en tout point du domaine de définition de la fonction. 4. Notre méthode pour la reconstruction Les entrées de notre algorithme sont une fonction initiale définie sur une triangulation, ainsi qu’un MSC simplifié de cette fonction tel que calculé par [SMN12] sous la forme de points critiques et de liens entre ceux-ci (1-cellules) donnés sous la forme de listes de position de points en 2D et de valeurs de hauteur. 3. Interpolation monotone polynomiale par morceaux de données sur une grille 2D Dans cette section, nous définissons une nouvelle surface monotone polynomiale par morceaux qui interpole des données sur une grille. Cela sera utilisé à la Section 4.2 pour calculer la surface à l’intérieur des 2-cellules. [HS97] donne une méthode permettant d’obtenir une surface monotone qui interpole les données sur la grille. La valeur de hauteur sur la grille doit augmenter le long des lignes et des colonnes. Cette monotonicité le long des axes est cependant top restrictive pour notre cas. Par conséquent, nous généralisons cette idée à des données monotone le long des diagonales de la grille. 4.1. Lissage monotone des 1-cellules Notre algorithme commence par lisser les 1-cellules séparément dans le plan (x, y) et en hauteur. Chaque 1-cellule commence en un point critique (minimum ou point col) et finit en un autre point critique (point col ou maximum) avec une valeur de hauteur plus grande. Après l’étape de simplification du complexe de Morse-Smale, les valeurs de hauteur le long d’une 1-cellule ne sont plus monotone. Nous approximons donc les valeurs de hauteurs des 1-cellules par des Bsplines de degré deux tout en garantissons la monotonicité Pour chaque point (xi , y j )1≤i, j≤n de la grille, une valeur de hauteur zi, j est donnée. Les données sont supposées être strictement croissantes le long des diagonales, ce qui revient c AFIG 2014. 50 L.Allemand-Giorgis, G. Bonneau et S. Hahmann / Reconstruction de fonctions à partir de MSC de notre approximation en utilisant [HS96]. Les B-splines sont ensuite converties en courbes de Bézier cubiques. 4.2. Interpolation monotone à l’intérieur des 2-cellules Cette partie décrit comment nous construisons une surface monotone à l’intérieur de chaque 2-cellule. Pour chaque 2cellule, nous commençons par calculer une surface monotone polynomiale par morceaux définie sur le carré unité en utilisant notre interpolant de la Section 3. Dans cette première étape, nous ne prenons en compte que la hauteur de la fonction. Ensuite, nous reparamétrisons cet interpolant monotone pour qu’il corresponde au domaine de la 2-cellule dans le plan. Figure 3: Gauche : Une surface définie sur le carré unité calculée par notre algorithme. Droite : La même surface reparamétrée à l’intérieur de la 2-cellule. Les lignes violettes représentent les courbes isovaleurs, elles montrent qu’il n’y a pas de point critique à l’intérieur des surfaces. 4.2.1. Paramétrisation du domaine d’une 2-cellule à gauche. Comme il n’y a pas de point critique à l’intérieur de la surface définie sur le carré, il n’y en a pas non plus après la reparamétrisation vers la 2-cellule. Posons Ω ⊂ R2 le domaine de la 2-cellule. Nous définissons la paramétrisation Φ : Ω → [0, 1]2 en calculant la triangulation de Delaunay contrainte du domaine, ensuite, nous appliquons la méthode Mean Value Coordinates de Floater [Flo03] entre la triangulation de la 2-cellule et le carré unité. Pour faire cela, nous associons les quatre points critiques de la 2-cellule aux coins du domaine. Le minimum se trouvant associé au coin inférieur gauche, le maximum au coin supérieur droit et les deux points cols aux coins restant. 5. Résultats Depuis une fonction initiale donnée, une simplification de son complexe de Morse-Smale est calculée et une nouvelle fonction cohérente avec ce MSC simplifié est calculée en utilisant les résultats présentés dans cet article. Notre méthode donne une fonction reconstruite C0 . Un exemple de reconstruction est montré en Figure 1. La reconstruction est polynomiale par morceaux à l’intérieur de chaque 2-cellule. Les lignes isovaleurs montrent que la fonction reconstruite est C0 à travers les courbes de bords du complexe de MorseSmale. Comparée aux méthodes basées sur le maillage, notre reconstruction ne dépend pas de la triangulation initiale de la fonction pouvant être dense. De plus, comme nous avons une représentation polynomiale par morceaux explicite de la reconstruction, notre surface peut être raffinée et évaluée explicitement en tout point. 4.2.2. Calcul de la surface monotone définie sur [0, 1]2 En utilisant la méthode décrite à la Section 3, nous calculons une surface monotone polynomiale par morceaux à l’intérieur du carré unité comme suit. Nous subdivisons les courbes frontières en utilisant la subdivision des courbes de Bézier jusqu’à ce que le nombre de courbes de Bézier soit le même pour tout les bords de [0, 1]2 . Cela définit une subdivision des bords du domaine des paramètres et une grille produit tensorielle à l’intérieur de [0, 1]2 . Les valeurs de fonction manquantes sur les points intérieurs de la grille sont estimées (plusieurs stratégies sont possibles) de façon à ce que les diagonales soient croissantes. Notre interpolant de Sibson-Split modifié est alors calculé sur toutes la grille. Il en résulte une fonction f C1 , cubique par morceaux. Un exemple de surface à l’intérieur du carré est donné à la Figure 3 sur la gauche. Les courbes isovaleurs montrent que la surface est monotone et ne contient aucun point critique à l’intérieur de son domaine. 6. Travaux futurs Comme travaux futurs, nous voudrions modifier cette technique en utilisant un interpolant amélioré qui nous permettrait d’avoir une reconstruction C1. Références [AGBHV14] A LLEMAND -G IORGIS L., B ONNEAU G.P., H AHMANN S., V IVODTZEV F. : Piecewise polynomial monotonic interpolation of 2D gridded data. In Topological and Statistical Methods for Complex Data, Bennett J., Vivodtzev F., Pascucci V., (Eds.), Mathematics and Visualization. Springer, 2014. 4.2.3. Construction de la surface à l’intérieur de la 2-cellule En utilisant la paramétrisation de Ω et la surface monotone f , nous obtenons finalement une fonction monotone F = f ◦ Φ : Ω → R en combinant notre interpolant de Sibson-Split avec la paramétrisation. La surface résultante est définie par morceaux sur toute la surface de la 2-cellule et est monotone à l’intérieur de celle-ci car Φ est un difféomorphisme et f est monotone. Cette propriété de monotonicité est importante car elle nous garantit que la surface résultante correspond bien au complexe de Morse-Smale simplifié et n’ajoute aucun point critique. L’image de droite de la Figure 3 montre un exemple de reconstruction à l’intérieur d’une 2cellule. La surface f calculée dans le carré correspondant est [BHEP04] B REMER P. T., H AMANN B., E DELSBRUN NER H., PASCUCCI V. : A topological hierarchy for functions on triangulated surfaces. IEEE Transactions on Visualization and Computer Graphics. Vol. 10, Num. 4 (jul 2004), 385–396. [Flo03] F LOATER M. S. : Mean value coordinates. Comput. Aided Geom. Des.. Vol. 20, Num. 1 (mars 2003), 19– 27. c AFIG 2014. 51 L.Allemand-Giorgis, G. Bonneau et S. Hahmann / Reconstruction de fonctions à partir de MSC [HS96] H E X., S HI P. : Monotone b-spline smoothing. Journal of the American Statistical Association. Vol. 93 (1996), 643–650. [HS97] H AN L., S CHUMAKER L. L. : Fitting monotone surfaces to scattered data using c1 piecewise cubics. SIAM J. Numer. Anal.. Vol. 34, Num. 2 (1997), 569–585. [SMN12] S HIVASHANKAR N., M S., NATARAJAN V. : Parallel computation of 2d morse-smale complexes. IEEE Transactions on Visualization and Computer Graphics. Vol. 18, Num. 10 (2012), 1757–1770. [WGS10] W EINKAUF T., G INGOLD Y., S ORKINE O. : Topology-based smoothing of 2d scalar fields with c1-continuity. In Proceedings of the 12th Eurographics/IEEE-VGTC conference on Visualization (2010), EuroVis’10, pp. 1221–1230. c AFIG 2014. 52 Journées de l’Association Française d’Informatique Graphique, Reims Image 2014 Contrôle artistique par édition de la propagation des rayons en photon mapping Thomas Subileau, David Vanderhaeghe et Mathias Paulin Université de Toulouse ; UPS ; IRIT ; France Figure 1: Notre approche permet au graphiste de capturer, déplacer et éditer les effets lumineux. Le transport lumineux ainsi édité s’intègre dans les algorithmes de rendu d’éclairement global. Dans cet exemple, l’image originale (à gauche) est modifiée (à droite) suivant deux éditions : les caustiques des verres et la réflexion du miroir. Résumé Le rendu produisant des effets d’éclairement global est devenu un standard pour la synthèse d’image de haute qualité. Néanmoins, les graphistes ne peuvent éditer et contrôler l’apparence de ces images générées informatiquement qu’au prix d’un travail long et fastidieux. Nous proposons une approche d’édition qui donne un contrôle précis sur le rendu final, sans modifier les paramètres de la scène 3D. À partir de l’identification d’un effet lumineux à éditer, l’approche consiste à sélectionner des chemins de transport lumineux et de les transformer suivant des opérations définies par le graphiste. Nous montrons la large gamme d’éditions que notre approche permet sur divers effets lumineux, allant des variations basses fréquences de diffusion indirecte de couleur, jusqu’aux variations hautes fréquences typiques des caustiques. Abstract Physically based rendering with global illumination effects, has become a standard technique for high quality computer generated imagery. Nonetheless, being able to control and edit the resulting picture so that it corresponds to the artist vision is still a tedious trial and error process. We introduce a path selection and edition metaphor, to give the artist a precise control over the final rendering without modifying the scene parameters. Starting from the identification of a lighting feature and its transcription in a path space regular expression, the proposed approach consists in selecting the corresponding light transport paths in 3D space and transforms them according to user defined operations. We demonstrate the wide range of control it permits on various lighting features, from low frequency color bleeding to high frequency caustics as well as view-dependent reflections. mer une réflexion) dans un but artistique et en se souciant peu du réalisme physique. Pour ce faire, l’éclairage de la scène va être altéré aux moyens de lumières non réalistes, par exemple, ne projetant pas d’ombre, ne créant que de l’éclairage spéculaire ou n’éclairant qu’un seul objet. Ce procédé itératif par essais et erreurs est très fastidieux, requiert une bonne expérience de la part des graphistes et nécessite de nombreux rendus lourd en temps de calcul. 1. Introduction De nos jours, le travail des graphistes pour créer des images de synthèses numériques se sépare généralement en deux étapes : la mise en place de la scène 3D (géométrie, matériaux, caméra, etc.) et la mise en place de l’éclairage. Une fois la scène construite, les designers de l’éclairage ajoutent et paramètrent les sources lumineuses une à une [Bir05]. Le rendu physiquement réaliste obtenu ne correspond pas nécessairement à la vision artistique du graphiste, malgré un paramétrage précis des lumières. Souvent, les artistes vont vouloir des effets de lumières différents (par exemple, défor- Ces dernières années, de nombreux travaux ont profité du progrès des moteurs de rendu pour se pencher sur le problème de l’édition du rendu. Dans la continuité des premiers c AFIG 2014, Association Fran caise d’Informatique Graphique (http://www.assoafig.fr) 53 T. Subileau, D. Vanderhaeghe & M. Paulin / Contrôle artistique en photon mapping un système d’édition des reflets anisotropes. La paramétrisation tangentielle d’une surface est optimisée pour faire correspondre la forme d’un reflet spéculaire à une esquisse du graphiste suivant une vue donnée. Ces approches offrent des interfaces de design efficaces et intuitives mais reste limitées aux modifications des paramètres de la scène (matériaux et lumières) et ne permettent pas l’exploration artistique en dehors de la simulation de la physique de la lumière. Notre approche est orthogonale à ces travaux car nous ne modifions pas les paramètres de la scène 3D, mais seulement le calcul de la propagation de la lumière durant le processus de rendu.
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2012DIJOL009_39
French-Science-Pile
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Classer et inventorier au XIXe siècle : administration des fonds et écriture de l'histoire locale dijonnaise par l'archiviste Joseph-François Garnier 1815-1903
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GARNIER Joseph, « Rapport sur les murs du castrum dans la maison Lorin », M.C.A.C.O., t.VI, p.LIV. GARNIER Joseph, « Mémoire sur l’artillerie des ducs de Bourgogne », M.C.A.C.O., t.VI, p.LVI. GARNIER Joseph, « Rapports sur plusieurs maisons de Dijon », M.C.A.C.O., t.VI, p.LVII. GARNIER Joseph, « Délégué pour l’estampage des tombes de Bouveau », M.C.A.C.O., t.VI, p.LXXXV. 756 GARNIER Joseph, « Rapports sur les cippes trouvés à Marsannay-la-Côte », M.C.A.C.O., t.VII, p.XVI. GARNIER Joseph, « Rapport sur les inscriptions du pourtour de Notre-Dame », M.C.A.C.O., t.VII, p.XXV. GARNIER Joseph, « Rapport sur l’ancienne chapelle des Liégeard à l’église Saint-Jean », M.C.A.C.O., t.VII, p.XXXVII. GARNIER Joseph, « Signale la découverte d’une base de colonne de l’église Saint-Médard, rue Vaillant », M.C.A.C.O., t.VII, p.XXXVII. GARNIER Joseph, « Rapport sur les fouilles de la rue Lamonoye », M.C.A.C.O., t.VII, p.XLII. GARNIER Joseph, « Propose des questions au congrès d’archéologie d’Anvers », M.C.A.C.O., t.VII, p.LIII. GARNIER Joseph, « Signale la découverte de cippes gallo-romains avec inscription vers le rond-point du parc », M.C.A.C.O., t.VII, p.LXX. GARNIER Joseph, « D’autres avec vases aux allées la Retraite », M.C.A.C.O., t.VII, p.LXX. GARNIER Joseph, « Communique la copie d’une inscription du XVe siècle conservée aux Archives du département et provenant des anciennes prisons de la ville », M.C.A.C.O., t.VII, p.CXIII. GARNIER Joseph, « Signale les deux castramétration de vautour », M.C.A.C.O., t.VIII, p.XII. GARNIER Joseph, « Assiste à la découverte des cellae du bas des Argentières », M.C.A.C.O., t.VIII, p.XIX. GARNIER Joseph, « Délégué pour l’examen du bas relief de Bessey », M.C.A.C.O., t.VIII, p.LXXIII. GARNIER Joseph, « Son opinion sur les fouilles de Chivres », M.C.A.C.O., t.IX, p.XVIII. GARNIER Joseph, « Signale la prochaine démollission du palais de justice de Beaune », M.C.A.C.O., IX, p.XVIII. GARNIER Joseph, « Membre de la commission du service des Jacobins », M.C.A.C.O., t.IX, p.XXIX. GARNIER Joseph, « Découvre un portuan du XVe siècle aux archives de Dijon », M.C.A.C.O., t.IX, p.LXXXVIII. 757 GARNIER Joseph, « Concourt à l’épigraphie de l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon », M.C.A.C.O., t.IX, p.XC. GARNIER Joseph, « Rapport sur une tombe de lépreux provenant de la Maladière et retrouvée dans la caserne des Capucins », M.C.A.C.O., t.IX, p.CII. GARNIER Joseph, « Son discours au banquet offert par la Société à M. Baudot, son président », M.C.A.C.O., t.IX, p.XC. GARNIER Joseph, « Monographie des deux premiers Hôtels de ville de Dijon », M.C.A.C.O., t.IX, p.I. GARNIER Joseph, « Rapport sur le sarcophage de Saint-Bénigne », M.C.A.C.O., t.X, p.XVIII. GARNIER Joseph, « Rapport sur les soubassements de la porte de Notre-Dame du marché, découvert sous le portail de Notre-Dame », M.C.A.C.O., t.X, p.XIX. GARNIER Joseph, « Signale la découverte sur le territoire d’Ecutigny de monnaies d’or anglaises et françaises des XVe et XVIe siècle », M.C.A.C.O., t.X, p.XXII. GARNIER Joseph, « Communique un document de l’année 1658, au sujet des tombeaux antiques découverts à Corsaint », M.C.A.C.O., t.X, p.XXVII. GARNIER Joseph, « Dépose le dessin d’un écusson en pierre gisant dans la cour du château de Blaisy », M.C.A.C.O., t.X, p.XLII. GARNIER Joseph, « Donne une copie de l’inscription de la fondation de la maison de ville de Châtillon, aujourd’hui convertie en prison », M.C.A.C.O., t.X, p.LII. GARNIER Joseph, « Son allocution lors de la mort du président Baudot », M.C.A.C.O., t.X, p.XLV. GARNIER Joseph, « Nommé président, son allocution », M.C.A.C.O., t.X, p.LII. GARNIER Joseph, « Sa réponse au compliment de M. d’Arbaumont », M.C.A.C.O., t.X, p.LVI. GARNIER Joseph, « Rapport sur les sépultures anciennes trouvées en dehors de la crypte de Saint-Bénigne », M.C.A.C.O., t.X, p.LXX. GARNIER Joseph, « Signale la découverte de substructions gallo-romaines à Chazeuil », M.C.A.C.O., t.X, p.LXXII. GARNIER Joseph, « Excursion à Malain pour les fouilles », M.C.A.C.O., t.X, p.XC. 758 GARNIER Joseph, « Rédaction de la table des matières des Mémoires de la Commission », M.C.A.C.O., t.XI, p.XXXII. GARNIER Joseph, « Discussion sur la provenance d’un chapiteau roman », M.C.A.C.O., t.XI, p.XLV. GARNIER Joseph, « Allocution de Garnier alors qu’il cède son siège de président à M. Jules d’Arbaumont », M.C.A.C.O., t.XI, p.XLVII. GARNIER Joseph, « Chabeuf sur les granges de Poiseul-la-Grange », M.C.A.C.O., t.XI, p.LXXI. GARNIER Joseph, « Communication d’un album contenant des empreintes de sceaux et cachets. », M.C.A.C.O., t.XI, p.LXXI. GARNIER Joseph, « Communications concernant le village de Minot et une tapisserie représentant la chaste Suzanne », M.C.A.C.O., t.XI, p.LXXXIV-LXXXIX. GARNIER Joseph, « Intervention de Joseph Garnier lors d’une communication de Henri Chabeuf sur un écusson de la famille d’Engilbert de Clèves. », M.C.A.C.O., t.XI, p.XCI. GARNIER Joseph, « Communication d’une fresque curieuse en danger de mauvaise conservation », M C.A.C.O., t.XII, p.II. GARNIER Joseph, « Communication de la découverte de médailles et de fragments antiques », M.C.A.C.O., t.XII, p.IV-VI. GARNIER Joseph, « Communication sur les documents relatifs aux artistes bourguignons », M.C.A.C.O., t.XII, p.IX. GARNIER Joseph, « Communication sur le tableau de l’église de Saint-Aubin », M.C.A.C.O., t.XII, p.XV. GARNIER Joseph, « Identification de sépultures », M.C.A.C.O., t.XII, p.XXVIIIXXIX. GARNIER Joseph, « Communication des nouvelles découvertes faites sur les artistes ayant travaillé sur le Tombeau de Jean sans Peur », M.C.A.C.O., t.XII, p.XXXI. GARNIER Joseph, « Communication de son travail sur les feux de la saint Jean à Dijon », M.C.A.C.O., t.XII, p.XXXII-XXXIII. GARNIER Joseph, « Visites du château de Dijon », M.C.A.C.O., t.XII, p.XXXIII. GARNIER Joseph, « Lecture d’un mémoire sur les registres du parlement de Bourgogne », M.C.A.C.O., t.XII, p.XXXV. 759 GARNIER Joseph, « Garnier prenant possession du fauteuil de présidant, allocution », M.C.A.C.O., t.XII, p.XXXVI-XXXVII. GARNIER Joseph, « Communication d’un cas curieux d’élévation rapide d’une famille bourguignonne », t.XII, p.LV. GARNIER Joseph, « Président honoraire », M.C.A.C.O., t.XII, p.LXXX. GARNIER Joseph, « Communication d’une étude sur la maison du Miroir à Dijon », M.C.A.C.O., t.XII, p.CIII. GARNIER Joseph, « Lecture d’un travail sur le château d’Argilly », M.C.A.C.O., t.XII, p.CLXXXVI. GARNIER Joseph, « Intervention sur les sculptures de la place saint Michel », M.C.A.C.O., XIII, p.V. GARNIER Joseph, « Présentation d’un plan de l’abbaye de Molesme », M.C.A.C.O., t.XIII, p.XXVI-XXVII. GARNIER (Joseph), « Visite à Villaines-en-Duesmois », M.C.A.C.O., t.XIII, p.LXXX. GARNIER Joseph, « Découverte de pièces inédites relatives aux tapisseries de l’insigne collégiale », M.C.A.C.O., t.XIII, p.CLIX. GARNIER Joseph, « Note sur la persistance de l’emploi des vases de résonnance dans la construction des églises », M.C.A.C.O., t.XIII, p CCVII. GARNIER Joseph, « Eloge », M.C.A.C.O., t.XIV, p.CLXX-CLXXII. Interventions de Joseph Garnier dans les mémoires de l’Académie des sciences, arts et belles lettres de Dijon GARNIER Joseph, « Compte rendu des travaux de 1854 et 1855 », M.A.S.A.B.L., 1854-1855 (Lettres), p. V. GARNIER Joseph, « J. Cazet », M.A.S.A.B.L., 1895-1896, p. 1. 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Les inventaires Archives départementales Documents intersériels GARNIER Joseph, Répertoire des plans [ouvrage manuscrit], 1862. Instruments de recherche par séries Série B GARNIER Joseph et ROSSIGNOL Claude, Inventaire sommaire B 3633-6633 (Chambre des comptes de Bourgogne), Paris, 1864. GARNIER Joseph, Inventaire sommaire B 6634-9499 (Chambre des comptes de Bourgogne), Dijon, 1873. GARNIER Joseph, Inventaire sommaire B 9500-11264 (Chambre des compte s de Bourgogne), Di jon , 1876. GARNIER Joseph, Inventaire sommaire B 11265-12067 et supplément des cotes intercalaires (Chambre des comptes de Bourgogne), Dijon , 1878. GARNIER Joseph, Inventaire sommaire B 12068-12269 (Parlement de Bourgogne), Dijon, 1894. GARNIER Joseph, Répertoire B, 2e partie (Archives judiciaires : parlements, bailliages, etc.) [ouvrage manuscrit], s.l., 1888. GARNIER Joseph, Inventaire du fonds de la justice municipale de Dijon (série B) [ouvrage manuscrit], s.l., ca. 1853. Série C GARNIER Joseph, Inventaire sommaire C 1-2070 (Intendances), Dijon, 1880. 764 GARNIER Joseph, Inventaire sommaire C 2071-2968 (Bureau des finances de Dijon), Dijon, 1883. GARNIER Joseph, Inventaire sommaire C 2969-3721 et 3722-7557 (Etats du Duché de Bourgogne, comtés et pays adjacents), Dijon, 1886 et 1890. GARNIER Joseph, Inventaire sommaire C 2969-7557. Introduction, Dijon, 1949. (Répertoire rédigé de 1876 à 1886) GARNIER Joseph et MASSON J., Table générale des noms de lieu, de personne, de matière des tome I à IV de l’inventaire sommaire imprimé de la série C (C 17557) [ouvrage manuscrit], s.l., 1900-1902. Série D GARNIER Joseph, Inventaire sommaire D 1-139 (Instruction publique), E 1-33 (Titres féodaux : éminage de Dijon) et E 34-2166/5 (Titres de familles), Dijon, 1898. Série E GAR Joseph, Inventaire sommaire E 2167-2918 (Notaires) [ouvrage manuscrit], s.l., 1893-1895. GARNIER Joseph, Inventaire sommaire E 2919-3950 (Communes) [ouvrage manuscrit], s.l., 1895. GARNIER Joseph, Inventaire sommaire E 3351-3490 (Corporations d’Arts et métiers) [ouvrage manuscrit], s.l., 1895. GARNIER Joseph, Inventaire sommaire E 3491-3704 (Conférences et sociétés laïques) [ouvrage manuscrit], s.l., 1895. Série F GARNIER Joseph, Inventaire 2F (Cabinet Gevinet) [ouvrage manuscrit], s.l., 1902. Série G GARNIER Joseph et GAUTHIER Jules, Inventaire sommaire G 1-1024 et 10252126 (Evêchés, chapitres cathédraux, séminaires, Chapitres collégiaux de la Sainte-Chapelle et de la chapelle aux Riches de Dijon), Dijon, 1903 et 1905. GARNIER Joseph, Inventaire sommaire G 2946/1-4188 (Chapitres collégiaux, méparts et familiarités, cures, fabriques et chapelles) [ouvrage manuscrit], s.l., l898-1902. 765 Série H GARNIER Joseph, Placier série H (ouvrage manuscrit), s.l., 1872. Archives communales et hospitalières Archives communales DIJON Archives antérieures à 1790. GARNIER Joseph, Etat de la série spéciale des plans (1-38) [ouvrage manuscrit], s.l., ca 1850. GARNIER Joseph, Inventaire analytique B 449-480 (Lettres reçues par la ville) [ouvrage manuscrit], s.l., 1851. GARNIER Joseph, Inventaire analytique C1-36 (Juridiction municipale) [ouvrage manuscrit], s.l., ca 1853. GARNIER Joseph, Inventaire analytique du Trésor des chartes (A-M) [ouvrage manuscrit], s.l., 1853. GARNIER Joseph, Inventaire analytique B114-126 (Cartulaires) [ouvrage manuscrit], s.l., 1854. GARNIER Joseph, Inventaire analytique A1-13 (Administration générale), B1113 (Administration municipale) [ouvrage manuscrit], s.l., 1855. GARNIER Joseph et GOUVENAIN Louis-Antoine de, Inventaire sommaire A113 (Administration Générale), B 1-480 (Administration municipale) [ouvrage manuscrit], s.l., 1858-1867. GARNIER Joseph, Tables des autorisations de construction délivrées par la ville (J16-76) [fichier], s.l., ca. 1855. Archives postérieures à 1790 GARNIER Joseph, Inventaire analytique 1DI/1-18 (Délibérations), 1789- VIII [ouvrage manuscrit], s.l., 1843. GARNIER Joseph, Table des registres 1DI/22-25 (Délibérations), 1815-1831 [ouvrage manuscrit], s.l., ca 1842. GARNIER Joseph, Table des registres 1DI/20-29 (Délibérations), 1831-1839 [ouvrage manuscrit], s.l., ca 1841. GARNIER Joseph, Inventaire analytique 1DI/18 et 2DI/1-15 (Arrêtés et correspondances), an VIII-1815 [ouvrage manuscrit], s.l., 1845. 766 GARNIER Joseph, Table analytique méthodique 2DI/16-30 (Arrêtés et correspondances) 1815-1830 [ouvrage manuscrit], s.l., 1847. Beaune BOUCHARD H et GARNIER Joseph, Inventaire des archives antérieures à 1790 (liasses 1-96 ; registre des délibérations et des comptes) [ouvrage manuscrit et dactylographié], s.l., 1836 ; 1848. Les périodiques Le Cabinet historique, Paris, 1855-1863. Dirigé par Louis Paris, publie des documents et des inventaires d’archives et bibliothèques. Remplacé par : Le Bulletin des Bibliothèque et des Archives publié sous les auspices du ministère de l’Instruction publique, Paris, 1884-1889. Chronique internationale des règlements, mouvement de la profession, publications. Remplacé par : Revue internationale des Archives, des Bibliothèques et des musées, Paris, 1895-1896. La partie consacrée aux Archives est rédigée par Charles-Victor Langlois et Henri Stein. Remplacé par le Bibliographe moderne. Courrier international des archives et des bibliothèques, Paris, 1897-1931. Absorbé par la Revue des Bibliothèques, Paris, 1891-1934. La Bibliothèque de l’Ecole des Chartes [Ressource électronique], 1839-1937. Consultable et téléchargeable sur Gallica, Bulletin du ministère de l’Intérieur, n°15, 1852. Bibliographie générale Dictionnaire CHARTON Edouard, Guide du choix d’un état ou dictionnaire des professions, Paris : Imprimerie de Bourgogne et Martinet, 1842. FLAUBERT Gustave, Dictionnaire des idées reçues suivi du catalogue des idées chics, Paris : Aubier, 1980. 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Ces figures pourraient donc montrer comment il est possible, dans un système anisotrope, de trouver des exposants critiques différents l'un de l'autre, tout en conservant une valeur finie pour le rapport des conductivités au seuil. Si cette application pratique sur un exemple simple est encourageante du point de vue de ses résultats, elle reste cependant difficile à étendre à l'étude de notre matériau. En effet, essayer de retrouver les relations qui ont servi à construire les courbes de conductivité de la Fig.55 (a) à partir d'ajustements est très délicat car ces derniers font intervenir 4 paramètres ajustables (A(/!, 1.), t, a(/!, 1.) et À). On s'est ainsi aperçu qu'on ne pouvait pas, malgré le nombre important de points, remonter à ces inconnues si l'on n'en connaissait pas au moins des valeurs approchées, afin de les imposer comme points de départ à la procédure d'ajustement. Si les i données expérimentales sont notées Yi, que l'ensemble des paramètres ajustables est {Xj} et que la fonction utilisée pour l'ajustement est F, alors la procédure recherche à minimiser la quantité f, telle que: f= r[Yi - Fi({xj})]2=minimumabsolu (84) i Lorsque le nombre des inconnues Xj est supérieur à l, f est une (hyper)surface pouvant comporter une forte proportion de minima locaux. Si, dès le début de la procédure, les valeurs imposées des paramètres sont trop éloignées de la solution, on risque de s'arrêter à un minimum local; la courbe 1 16 d'ajustement aura alors une allure plus ou moins convenable, mais certains paramètres, auxquels la quantité f est moins sensible, seront très différents de la valeur à laquelle on pouvait s'attendre. Ce probl est sans doute fréquemment rencontré dès que le nombre des inconnues devient important. Ainsi l'espace des solutions de la fonction F = A(//,.1). (<l>-<l>c)t.[ 1+a(//,.l).(<l>-<l>c)À] présente probablement de très nombreux minima locaux car F s'ajuste très difficilement. Par conséquent, la procédure d'ajustement consiste davantage à affiner les paramètres qu'à les révéler. En particulier, il est impératif d'imposer la valeur de A, pour ne pas "s'égarer" dans l'hypersurface. Pour réaliser l'ajustement des relations données ci-dessus pour crll et cr.l (eq. (81», nous avons utilisé les points interpolés jusqu'à la limite supposée du régime critique, c'est-à-dire jusqu'à une concentration de 5%. On a imposé arbitrairement A=O,4, valeur généralement acceptée en 3D par la plupart des auteurs. o o.DP - 1 4 -+---+----+----+---+----j----+---+ -2.5 -2 -1.5 -1 -0.5 &reur -4.34 0.81 "n 18 36 X 2 4.87 R 0.97 D - 12 -3 Valeur log (Ali) o log(A.L)+1.9*log(<jrcj>J+log(l+a.L*(<jrcj>c)0.4) Valeur Erreur log (A) -6.99 0.11 a.L -0.27 0.14 2 2.64 R 0.97 X 0.5 Fig.56 (a): Composites monocouches époxy-GMP. Ajustement des lois cr// = A//.(<!>-1,3)1,9.[I+a//.(<!>-I,3)0,4] et (Jl. = Al(<!>-I,3)1,9.[l+a1(<!>-I,3)0,4J, à partir du tracé double-logdes conductivités individuelles en fonction de l'écart au seuil. L'ajustementest réalisé à partir des points interpolés, les donnéesexpérimentales étant superposées au graphique. Les valeurs des paramètresrésultantssont regroupés dans les tableaux, et les flèches indiquent les correspondances entre courbes d'ajustement et résultats. 118 J 1 5 4.5 -f- a J 1 1 1 - (a/ /a.1) (interp.) log(A/IA}+log«(l+a// *(H/.4)/(l +a.L*(<1>-<1>/.4)) - - 1 1 1 1 (ailla) (exp.) log -e--Iog J 1 t):::::: '-' el) 3.5 -- e 0 0 3 '(;1) 2.5 -3 Valeur Erreur lCYg(A// A) 2.16 0.33 ~I 46.1 37 '1 -0.34 0.008 x? 0.56 R 0.98 0 <3 1 1 1 1 1 1 -2.5 -2 -1.5 log 1 1 1 1 -1 -0.5 1 0 0.5 (<1>-<1> ) c Fig.56 (b): Composites monocouches époxy-Glvlï'. Ajustementde la loi (aIl 1aj) =(AllI Aj).[(l+all'(<!>-<!>c)À.) 1 (l+al-.(<!>-<!>c)À.)], à partir du tracé double-log de l'anisotropie de conductivitéen fonction de l'écart au seuil. L'ajustement est réalisé à partir des points interpolés, les donnéesexpérimentales étant superposées au graphique. Les valeurs des paramètres résultants sont regroupésdans le tableau. Les paramètres fournis par la Fig.56 (a) concluent à une anisotropie au seuil de 440, alors que ceux de la Fig.56 (b) donnent 145. Ce sont des résultats convenables dans la mesure où l'interpolation des points de la Fig.54 conduit à des valeurs de 135 et 560 pour des concentrations de 1,2 et 1,3% en GMP, c'est-à-dire au voisinage immédiat du seuil. On ne tirera pas davantage de conclusions sur les données numériques de tous ces ajustements. En effet, ceux-ci n'avaient pas d'autre ambition que de montrer que l'anisotropie pouvait entraîner, dans le cas particulier des composites époxy-GMP, la détermination d'exposants critiques apparents, sans pour autant contredire l'hypothèse d'universalité. Ceci nécessite l'introduction d'un exposant d'anisotropie À dans une gamme de concentrations proches du seuil. Il est possible que les tll et tl-, presque égaux, obtenus dans les matériaux polyuréthanne, soient eux aussi des exposants très légèrement non universels. A l'heure actuelle, on ne voit pas pourquoi l'effet de l'anisotropie serait plus prononcé dans un composite plutôt que dans l'autre. Une hypothèse hélas possible serait que nous ayons observé dans les époxy un artefact dû à des incertitudes sur la concentration, d'où le recul avec lequel il a fallu considérer les résultats. Pour finir, on a représenté en Fig.57 l'anisotropie des matériaux époxy pentacouches. Comme dans le cas des composites polyuréthanne multicouches, les ordres de grandeur observés sur cette courbe sont sensiblement les mêmes que pour les films les plus minces. Pour des raisons discutées plusieurs fois, on n'a pas cherché à é 10 -j e '- b 10 5 4. i..j 1, •- ~ •~ •• ~,, 3. - j•••.1 :iII 2 : 10 1 J:?f~ 11 l**********************t***************** ; i j [!. 0.1 2 0 10 <P (% vol. GMP) Fig.57: Variations en coordonnées semi-logarithmiques de l'anisotropie des films pentacouches à base de résine époxy, en fonction de leurtaux volumique de GMP. IV. - Discussion des valeurs de la conductivité IV.I. - Conductivité au seuil de percolation On se propose de retrouver numériquement les conductivités basale et transverse à la concentration critique, pour les deux types de matériau. En chapitre 1 (eq. (23)), on avait vu que lorsque le milieu est isotrope, l'expression de la conductivité au seuil 0"* est: o" = "e J (:~ ~ "e r-u "mu (23) où O"m est la conductivité de la matrice polymérique et O"c celle des éléments bons conducteurs. De plus, lorsque les particules sont électriquement anisotropes, O"c représente la composante la plus faible (i.e. O"c = O"cmin' voir Ch.II.B § III.2.b, eq. (35)). Pour un système de particules allongées de facteur de forme l/d, la conductivité du système dans les deux directions est donnée, selon Carmona et El Amarti [62], par les relations suivantes: ( O"//l * = (1) 2U ct O " c l - u O"m u { 0"~1 * (1 )2U-2 = ct O"~ l-u O"m u (87) L'astérisque signifie qu'il s'agit des conductivités à la concentration critique, et l'indice 1 est utilisé pour repérer ce premier couple de lois. En effet, on a pu s'apercevoir que le terme (l/d)2 ne représente pas très précisément l'anisotropie au seuil, soit parce le modèle est mal adapté ici, soit plutôt à cause des incertitudes sur la détermination du taux volumique réel en (cf. Annexe 1). C'est pourquoi on propose un deuxième ensemble de relations, utilisant les valeurs de A//IA~ trouvées par interpolation et exprimant l'anisotropie au seuil. 120 (88) Nous avons calculé cr au point critique à partir de toutes ces équations, et porté les résultats sur les courbes conductivité - taux de charge en Fig.58 (a) et (b), pour les composites monocouches époxy et polyuréthanne, respectivement. 1•• • • • •.r~.;:;J~~.l:.~t~~~:E • ~*• • • -10* 1,- 5 10* 3 00- 10* 5 ** i **************, '"'"f ~ '-' - "1"*** ••••;*•••••••••• ~ - f' ". e 'QJ.>-.~ = "C 10* 7 i.~. i : ::::::::::. : ~: :i: : : : : : : : : : :j: : : : : : : : : : :t: : : : : : : : : : :1: : : : : : : : : : 10* 9'[ ]"•\ ******r*********************j_*********_-_********r***-_ ~. *****!*********************;*********************1****!. :. 1 0. = U 11 0 1 10. 1 3 o cr l-u cr o • o • Do. At. u c m 0' * = (l/d) 2u cr l-u cr u III c m cr * = (l/d) 2u-2 cr l-u cr u.11 c m 0' * (A / A )U cr l-u cr u 1/2 Il.1 c m cr * (A / A cr l-u cr u.12 Il.1 c m = = r:' 0';/ (interp) 0'.1 * (interp) --~I / : : ~ / ; \ L*******************I******************* - -- -cr.l 10. 1 5 - - t - - - - - t - - - - t - - - - + - - - t - - - - _ t _ 0 2 4 <1> 6 8 10 (% vol. GMP) Fig.58 (a): Composites époxy - GMP: courbes 0(<1» sur lesquelles on a porté les valeurs théoriques de la conductivité au seuil. Le cercle correspondà l'équation du système isotrope,les carrés au 1er couple de relations du système anisotrope, les losanges au 2ème, et les triangles aux valeurs interpolées.Les symboles ouverts et pleins décrivent les conductivitésbasale et transverse, respectivement. 12 1 10 0 *************** r*** ************ r* **************** r*** . S Cl ( ' J ........! 10' 2 11 10' 4 '-' e.-.- ; 10' 6 - ~ : ~ j' "" c , r ---. ,j :::: !.,"! ; ~ r : ~.)o \ Cl = 0 : U 10. 1 2 •••••••••.•. ;. 2u-2 : :!.•.j.••• ~ •••••••••.•.• ~ : :. 2 <1> * = (l/d) 1/2 j j j. 3 4 5 a l-u c = (Aj u m a l-u a c Il.1 0'. 12 * 0'. 1 * m A.1)U-1 l-u c u a u m at « : u (interp ) --ail 10. 1 4 -+----f ----+--- f --- f -----+--+- - -. 0.11 a (JI/ (interp) i '::I:::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::1:::::::::::::: ~ Il a ~ 'i : "0 10 C 10. • • : i : i i *1************,i ••••••••••••••••• -(•••••••••••••• - ••• <•••••••••••••••••• ••••••••••••••• 10. 8 2u III o a * = (A / A )U a . i : u m o a * = (l/d) 1 ;[::]::= 1 ••• •••••.•• ; ••••~ • '!':.•••.••• ****.:.***********•• ***.i.**** *** ****~ **** 'Q"l ~! o a 1-u a. a .1 6 (% vol. GMP) Fig.58 (h): Composites polyuréthanne - GMP: courbes 0(<1» sur lesquelles on a porté les valeurs théoriques de la conductivité au seuil. Le cercle correspond à l'équationdu système isotrope, les carrés au 1er couple de relations du système anisotrope, les losanges au 2ème, et les triangles aux valeurs interpolées. Les symboles ouverts et pleins décrivent les conductivités basale et transverse, respectivement. On a réalisé les applications numériques des relations énoncées plus haut en utilisant les valeurs suivantes: O'm (époxy) = 10-15 S/cm, O'm (polyuréthanne) = 10-13 S/cm, et O'c = 10 S/cm. On constate que l'équation du système isotrope donne une conductivité au seuil bien entendu intermédiaire entre les valeurs basale et transverse expérimentales. Les deux ensembles de relations faisant intervenir l'anisotropie au seuil conduisent quant à eux à des résultats qui surestiment légèrement la réalité, le deuxième couple étant meilleur que le premier. Cela provient peut-être du fait que l'ordre de grandeur de O'c que l'on a choisi (10 S/cm) est inapproprié. En effet, le GMP a été obtenu à partir d'un composé d'insertion du graphite; il est donc possible qu'à cause de modifications structurales induites par le processus d'insertion-désinsertion, on doive en conséquence corriger à la baisse la valeur de O'c. IV .2. - Conductivité aux forts taux de charge. Qu'il s'agisse d'un type de composite ou de l'autre, la conductivité à haute concentration en charges semble être limitée à environ 1 S/cm dans le sens parallèle, et 10-5 S/cm dans le sens perpendiculaire (voir Fig.59). Ces valeurs sont inférieures d'au moins 4 ordres de grandeur à la conductivité du matériau pur constituant la charge. Ce phénomène, qui semble systématique dans les composites conducteurs, a été interprété en termes de résistances de contact entre les particules [134, 135]. La qualité d'un "lien" électrique dépend de la présence de films interfaciaux, des rapports de conductance entre les phases en présence, et de l'état de surface des contact (dont la géométrie et l'aire sont aussi fonctions de la pression appliquée au composite, et de la dureté de ses constituants). Ainsi, même s'il existe un contact physique réel entre les particules, il est très difficile de prévoir la résistance interfaciale, dont la valeur n'est pas comparable à celle des particules elles-mêmes [136]. 122 On fait l'hypothèse qu'au-delà de 5 - 6 % en GMP, presque toutes les particules sont impliquées dans la conduction (Le. la contribution des bras morts est très faible). Cela semble justifié par l'observation d'une "saturation" de la conductivité pour ces concentrations. Par conséquent, la résistance totale du matériau est fonction de la résistance au travers de chaque particule et de la résistance de l'interface particule-particule. ~ ******************r****,.- 10- 3 -U r:J:J. 10- 5 '-' e :~ '~ U = 10- 7 = : ~ (J// époxy • (J.L époxy. o (J// polyuréthanne j**r*******************]********************;********************r***************** • (J.L polyuréthanne ï*i*******************j********************i********** 10- 9 1 0- 1 1 U 10- 1 3. o.t[*******************1*******************~*********** "I:l 0. •* • *• **.***.j~~~i~=t~~*f*= S 1/100 1/50 1/10 Tortuosité :. [!. ;. *******r*******************1********************1********************r*****************. ~ ~,. :. ~: ::::::I::::::::::::::::::r:::::::::::::::::r::::::::::::::::::t:::::::::::::::::..., 10- 15 0 4 2 <\> 6 8 10 (% vol. GMP) Fig.59: Comparaison des conductivités des deux typesde composite (monocouches époxy et polyuréthanne) en fonction de leur concentration en GMP. Les symboles ouverts et pleinsdécriventles conductivités basale et transverse, respectivement. Il y a deux contributions importantes à la résistance interfaciale particule-particule: la résistance de contact (qui peut être dûe à une constriction) et la résistance tunnel. La première, qu'on note R c, vaut dans le cas d'un contact sale (libre parcours moyen de l'électron inférieur au diamètre du contact): Re = ~i (89) où Pi est la résistivité intrinsèque de la particule, et où d est le diamètre du "point" de contact. La résistance tunnel Rt est pour sa part associée à tout film isolant qui peut recouvrir les particules. Il peut s'agir de surfactants adsorbés, ou plus simplement de la matrice polymérique qui enrobe les charges, une fois qu'elles y sont dispersées. On a: Pt Rt =a (90) 123 où Pt est la résistivité tunnel, variant de manière très sensible avec l'épaisseur du film, et où a est l'aire du "point" de contact. La résistance de l'interface particule-particule Rpp est par conséquent une somme pondérée de ces deux effets séparés, soit: Pi A Pt Rpp=a([+/-la où (91) a et ~ sont les facteurs de pondération. Puisque Pt et d (et donc a = 1td2/4) sont fonctions du taux de GMP, on ignore celui des deux termes pi/d et pt/a qui prédomine aux concentrations étudiées ici. En Fig.59, on constate qu'une fois le seuil franchi, la conductivité des composites polyuréthanne est-supérieure à celle des composites époxy, et que l'effet tend à disparaître vers une concentration de 7 - 8%. Ce phénomène semble contradictoire avec le fait que la percolation se fasse un peu moins bien dans les matériaux polyuréthanne, vu leur plus grande valeur de seuil. peut alors supposer que si les surfactants introduits dans la résine époxy sont bénéfiques pour réduire la concentration critique (Ch.III.A. § IV.2.d), ils peuvent augmenter significativement (de plusieurs ordres de grandeur) la résistivité tunnel, et par conséquent la résistivité globale. Ainsi, lorsque l'épaisseur du film isolant séparant deux grains conducteurs varie de 5 à 120 Â, Pt passe de 10-8 à 1 n.cm 2. Aux forts taux de charge, la surface des très nombreuses particules ne serait plus recouverte, et les deux types de matériau auraient des propriétés identiques. IV.3. - Autres facteurs influant sur la conductivité On peut faire dans ce paragraphe exactement les mêmes développements qu'en § A.IV de ce chapitre traitant des différents paramètres jouant sur la position du seuil de percolation. En effet, rappelons qu'au-dessus de la concentration critique, on a: a 0<: (CP_CPç)t (67) Par conséquent, à taux de charge donné et toutes choses étant égales par ailleurs, tout facteur sensé augmenter la valeur de CPc doit donc faire chuter la conductivité, et réciproquement. Il convient cependant de se méfier de l'effet des résistances de contact qui peuvent, comme souligné ci-dessus, gouverner le comportement électrique et entraîner des résultats contraires aux prévisions. On peut citer pêle-mêle quelques moyens d'augmenter la conductivité de composites à base de polymères thermodurcissables et de particules de carbone [99]. Le matériau est plus conducteur quand la durée de vulcanisation augmente, et ceci d'autant plus que la concentration en charges est proche du seuil. Ce phénomène est probablement dû à un resserrement du réseau de polymère; il est observable pendant le séchage du composite. Selon la matrice utilisée, les conséquences du vieillissement sont variées; il est intéressant de noter que dans le cas particulier des peintures chargées en graphite et séchant à l'air, la conductivité peut augmenter (de 50% environ) pendant plusieurs années. Le vieillissement semble lui aussi lié à la contraction du polymère, car une plus haute température de réticulation réduit l'ampleur de cet effet. On peut encore mentionner une méthode "exotique" pour rehausser la conductivité [139], et qui consiste à soumettre le composite liquide à un fort champ électrique alternatif pendant sa réticulation. On peut ainsi gagner deux ordres de grandeur sur a par ce phénomène, qui reste toutefois mal compris. V. - Conclusion A partir d'une utilisation prudente des données expérimentales et de quelques points polés des courbes a(cp) du chapitre Il, on a pu déterminer les exposants critiques de la conductivité dans les deux types de matériau. Il a aussi été possible de montrer qu'ils n'existent que dans une certaine gamme de concentrations voisines du seuil de percolation. Autrement dit, on a pu mesurer l'étendue du régime critique. 124 Si des valeurs quasi-universelles ont été obtenues avec les composites polyuréthanne-GMP, il n'en a pas été de même avec les films époxy. Un modèle utilisant des lois d'échelle faisant intervenir l'anisotropie du système a alors mis en évidence, grâce à une application numérique simple, la possibilité d'obtenir un exposant critique anisotrope, et par conséquent non universel. Appliquées aux données de conductivité expérimentales et interpolées des matériaux époxy, ces lois ont montré qu'une valeur de t = 1,9 pouvait être retrouvée près du seuil, i.e. que l'hypothèse d'universalité restait confirmée. Enfin on a pu juger de l'importance primordiale des phénomènes de contact entre les particules de GMP, ceux-ci limitant sérieusement l'augmentation de la conductivité du système composite. A ce sujet, on ignore toujours de quelle nature sont les mécanismes de transfert de charges qui s'opèrent entre les particules. Pour tenter de clarifier la situation, une étude des propriétés conductrices en fonction de la température et du champ électrique est menée dans le chapitre suivant. Une partie de ce dernier sera aussi consacrée au comportement électrique des matériaux lorsqu'ils sont soumis à de fortes pressions. On essayera alors de recouper les différents résultats dans le but de proposer un modèle de conductivité cohérent. Chapitre IV " Etude des variations de la conductivité des composites résine - GMP en fonction des paramètres Champ électrique Température Pression hydrostatique Recherche des processus physiques de conduction intervenant dans ces matériaux. j j j j j Généralités sur les mécanismes de conduction dans les composites a. - Introduction Ce dernier chapitre est consacré à la recherche des mécanismes de conduction intervenant dans les matériaux composites résine-GMP. Dans ce but, et comme c'est souvent le cas dans la littérature, on a réalisé des mesures de conductivité en fonction de la température. En général, l'analyse comportement observé donne beaucoup d'informations sur le processus physique qui est impliqué. Cependant, il n'y a pas nécessairement un seul mécanisme qui intervient dans la conduction; en outre, le processus dominant dépend de plusieurs facteurs, et notamment des conditions de mesure. Par exemple, il est probable qu'un certain nombre de mécanismes de conduction puissent se succéder et se superposer lorsqu'on fait varier la température très largement (environ 600 K dans notre étude). Le processus majoritaire est aussi fonction de la composition du matériau. Considérons ainsi la courbe conductivité - taux de charges de la Fig.60, représentant une transition isolant-conducteur typique. On peut distinguer trois régions dans la courbe de la Fig.60. Aux faibles taux de charges ~, la conductivité du système est essentiellement celle du milieu diélectrique (domaine 1). Lorsque la concentration augmente, on obtient un réseau de particules très proches les unes des autres, et pour lequel la conductivité croît très rapidement avec ~. Dans cette région dite de percolation (domaine II), un processus de conduction peut avoir lieu avant qu'il n'existe un contact réel entre les charges; les électrons doivent donc franchir des barrières isolantes pour passer d'une particule à l'autre. Enfin, il y a saturation de la conductivité à forte concentration, lorsque l'augmentation du nombre des contacts n'entraîne qu'une variation lente de 0' (domaine Ill). b. - Principaux mécanismes Medalia [140] a fait un récapitulatif des processus physiques les plus communément trouvés dans les composites polymère - noir de carbone. Quoique très simplifiée, cette synthèse (tableau 7) illustre bien la diversité des mécanismes qui peuvent être mis en jeu dans la conduction, selon la composition, la gamme de température, la valeur du champ électrique et de sa fréquence. Dans le Tab.7, Ta et Tl (K) sont des paramètres intervenant dans un type particulier d'effet tunnel assisté par fluctuations thermiques. Cet effet est observable pour des températures intermédiaires T*comprises entre Ta et Tl. On aura l'occasion de revenir plus en détail sur ce phénomène au cours de ce chapitre. ~ Modèle de chaînes uniformes (Fig.61.b): les particules constituent des chemins connectés de composition uniforme, qui traversent l'échantillon de part en part. Les charges peuvent être liées de manière aléatoire ou par frittage. Les variations de conductivité sont dans ce cas essentiellement ', (a) isolant (b) isolant barrière (c) Fig.61: Catégories générales de modèles de conduction dans les matériaux composites (d'après [138]). (a) Modèle uniforme (b) Modèle de chaînes uniformes (c) Modèle de barrières "non-tunnel" (d) Modèle de barrières tunnel 130 dûes à des modifications de la tortuosité et de la densité des chaînes . Ce modèle concerne surtout les régions II et III de la Fig.60. ~ Modèle de barrières "non-tunnel" (Fig.61.c): les chaînes de particules sont occasionnellement interrompues par des barrières de matériau semiconducteur ou faiblement isolant. Les mécanismes principaux dans ce cas sont la conduction limitée par charges d'espace, l'effet PooleFrenkel et l'émission Schottky, et peuvent se rencontrer dans les régions l et II de la Fig.60. ~ Modèle de barrières tunnel (Fig.61.d): les chaînes sont interrompues par des barrières plus fines au travers desquelles un processus tunnel peut avoir lieu, soit directement entre les particules, soit via un ou plusieurs états intermédiaires à l'intérieur de la barrière. Le modèle est probable dans les régions II et III de la Fig.60. Chacun de ces groupes de mécanismes a ses caractéristiques propres, si l'on considère la variation de la conductivité en fonction de paramètres tels que température et champ électrique. Ainsi, de manière à spécifier les processus pouvant être rencontrés dans nos matériaux, on se propose d'examiner ces différentes catégories de modèles à la lumière de nos résultats expérimentaux. d. - Organisation du Chapitre IV La détermination sans ambiguïté de tous les mécanismes de conduction susceptibles d'intervenir dans nos composites devrait passer par l'étude de plusieurs grandeurs physiques, dans différentes conditions de mesure. Il faudrait ainsi analyser le comportement de la conductivité de en fonction de la température T, du champ électrique E (à différentes valeurs de T), et des contraintes mécaniques. Il serait aussi très utile de déterminer les caractéristiques de l'effet thermoélectrique (coefficient Seebeck), celles du magnétotransport (effet Hall et magnétorésistance), et enfin celles de la conductivité ae à différentes fréquences. Une étude telle que celle-ci, répétée pour plusieurs échantillons de composites à différents taux volumiques de GMP, à la fois dans les directions basale et transverse, constituerait un travail considérable qui sortirait du cadre de ce mémoire. Pour cette raison, nous nous sommes limités à des mesures de conductivité en fonction des paramètres champ électrique E, température T et pression (hydrostatique) P. A chaque fois qu'on a fait varier l'une de ces trois grandeurs, les deux autres ont été maintenues constantes. Le comportement de la conductivité a alors été étudié dans les régions l, II et III de la Fig.60 lorsque les variables étaient E et P, et dans les domaines II et III lorsqu'on faisait varier T. On examinera les caractéristiques densité de c - champ électrique de la plupart des échantillons dans la partie A de ce chapitre. Les conclusions qu'on pourra en déduire seront alors confrontées aux résultats des mesures de conductivité cr en fonction de la température, développées dans la partie B. Enfin, les variations de cr sous pression seront discutées en dernière partie, en relation avec la théorie de la percolation et les mécanismes proposés. 131 A Conductivité en fonction du champ électrique E I. - Montage expérimental et mesures envisagées Pour déterminer les caractéristiques tension - courant des échantillons de composites, on a utilisé l'installation schématisée et décrite par les Fig.33 et 34 du chapitre II, respectivement. Grâce à ce montage, on avait pu obtenir les conductivités des composites les plus résistants par extrapolation à champ électrique nul. On effectue donc ici le même type de mesures, mais dans une gamme plus étendue de valeurs de E. Il est maintenant question d'étudier en détailles variations de la densité de courant j traversant un échantillon de composite en fonction du champ de imposé, et d'établir des relations entre le comportement j(E) observé et un possible mécanisme de conduction. La gamme des valeurs de E utilisées est limitée par deux facteurs. A très faible champ électrique, le courant mesuré par l'électromètre fluctue beaucoup, si bien qu'une détermination fiable de j est parfois impossible. Ce cas se réfère en particulier aux échantillons extrêmement résistants. Au contraire, pour les composites les plus conducteurs, il n'est plus possible d'augmenter Eau-delà d'une certaine valeur, fonction de la concentration en graphite. En effet, le matériau devenant toujours moins résistant dans un champ de plus en plus élevé, il y a rapidement mise en court-circuit du générateur de tension. Pour cette même raison et comme discuté dans le chapitre II, seuls les composites de taux volumiques en GMP inférieurs ou égaux à environ 3 à 4% ont pu se prêter à cette étude de la conductivité en fonction de E. II. - Relations entre les caractéristiques j - E et les mécanismes de conduction ILL - Discussion préliminaire a. - Origines des non-linéarités entre courant et tension Les déviations des caractéristiques tension - courant par rapport à la loi d'Ohm ont été attribuées aux effets suivants [141, 142]: (i) Quand le champ électrique augmente, la fraction de sites pouvant participer au transport augmente aussi, c'est-à-dire qu'il y a création de nouveaux chemins conducteurs. (ii) La probabilité d'occupation de certains sites dont l'énergie est difficile d'accès aux porteurs de charges augmente avec le champ, ce dernier rendant les sauts électroniques plus faciles. (iii) Pour des valeurs de E suffisamment faibles, il existe des portions de macroliens dans lesquels les porteurs de charge circulent dans la direction opposée à celle du champ. (iv) L'augmentation du champ peut entraîner l'activation de pièges (par exemple des bras morts), et ainsi réduire la densité des porteurs de charges dans l'amas infini. Les effets (i) et (ii) conduisent à une réponse supra-linéaire pour le courant (i.e. b. - Evaluation de la non-linéarité des composites résine - GMP Dans les gammes de champs électriques et concentrations en GMP testées, tous les échantillons montrent des non-linéarités dans leurs caractéristiques tension - courant. Le plus souvent, on a d'abord une relation linéaire entre j et E aux faibles champs, qui cesse d'être valable lorsque E augmente. Si les composites obéissaient toujours à la loi d'Ohm, on aurait l'égalité: 1 1= R Y (92) où I est le courant, R la résistance, et Y la tension aux bornes de l'échantillon. Lorsque les matériaux présentent des non-linéarités, la relation empirique suivante a été proposée [143], et décrit correctement un grand nombre de systèmes: 1= A.ya a"* 1 (93) Ici, A est une constante ayant la dimension d'une conductance, et a un paramètre mesurant la nonlinéarité de l'échantillon. Comme l'indiquent les Fig.63 et 64, représentant respectivement les échantillons à base d'époxy et de polyuréthanne, la relation ci-dessus (eq. (93» est relativement bien suivie (au moins pour les champs faibles) pour les composites résine - GMP. Pour pouvoir comparer les différents composites entre eux, on a tracé dans ces figures la densité de courant j en fonction de E en coordonnées logarithmiques, plutôt que le courant I en fonction de la tension Y. On vérifie par conséquent la relation de proportionnalité équivalente: j 0<: Ea (94) 133 0.,.-------------, tf' l'017~ --- ("l e < '-' 1,036 -5 -~ ~ ::::::: - - -. - -I og U;/1,36%)) ~ 1,114-11"" -~ -log -i" ~ \ el ) e log Uil2,28%)) --fi--log U;/l,42%)) 1,107_~~" ~-10 - o U il1,30%)) --+- log U;/0,83%)) 2,385 -15-+----+----t1---+---+-----i -2 3 -1 1 2 ° log (E(V/cm)) Ca) -2.,.-------------, 1,083~,-.,-. e < '-'-1- 1 -- 1,310 -l'" ~ ~ el) oS ~ 1,108 ("l.++.~ -~-log tI D. U1- 0,42%)) --+- log U}1,36%)) • 1,000 -14 log U1-(4,58%)) - - -. - -log U1-(2,28%)) 1,453-'~* i!:.~ • ~ -~. 1,561~~-- ~, -12 o -~--log U}1,30%)) -. - log U1-(0,83%)) 1,554 ~ =' - -. - -Iog U1-(0,40%)) -f--+---+--+--+-----jf----f---f 0.5 1 1.5 2 2.5 3 3.5 log (E(V/cm)) Ch) fu & 3 .: Applicationde la relationempirique j oc Ea pour les échantillons de composites époxy chargés à divers taux volumiques de GMP (indiqués dans la légende). Chaque valeur de a, correspondant à la pente de chaque droite, est indiquée sur le graphique. (a) Mesureseffectuées dans le sens du plan. (b) Mesures effectuées dans le sens transverse. Noter que la relation n'est valable pour certainséchantillons qu'aux faibles valeurs de E. 134, ,- ,-, ~ e < '-':::::: -8 1,145-. ~ 1,130._~ 1,214~.-. o --O--log -~ - _.• - -Iog -~ ~ el) o - log U/4%)) UIl (3%)) U (2%)) Il -log U;/1, 5% )) -1 --+ - log UIl (1 %)) -12 -- t ,--log UI / O,5%)) -0.375 0.75 1.875 3 log (E(V lem)) (a) -2-r--------------, 1,004 o 1,001 log U1-(3%)) --O--log ~~~~lrj U1-(2%)) • - -log U1-(1,5%)) -~ -log U1-(l %)) 1.007':.0,. --+- log U1- (0,5%)) 1,085 --.~ ;-.oJ!!"I-~~ 0,982 -.-. ~r -14,-t----t---+---t-----t -1.5 -0.375 0.75 1.875 3 log (E(V lem)) (h) :E.i.g,.M : Applicationde la relationempirique j oc Ecx pour les échantillons de composites polyuréthannechargés à divers taux volumiques de GMP (indiqués dans la légende). Chaque va leur de ex, correspondant à la pente de chaque droite . est indiquée sur le graphique . ( a ) Mesures effect uées dans le sens du plan. ( b ) Mesureseffect uées dans le sens transverse. Avant d'analyser ces résultats, rappelons que la relation que nous avons testée n'est rattachée à aucun mécanisme de conduction bien défini. Cependant, on peut tirer un certain nombre d'informations des différentes valeurs de l'exposant a. On constate ainsi qu'aux faibles champs et à quelques exceptions près, a augmente lorsque la concentration en GMP tend vers le point critique par valeurs supérieures. Cet effet est particulièrement net dans les composites époxy, pour lesquels on dispose d'échantillons de taux très voisins de <Pc "" 1,3% volumique en particul . Cela signifie que les matériaux du côté conducteur de la transition s'écartent de plus en plus de la linéarité lorsqu'on s'approche du seuil. Par contre, à des concentrations inférieures à <Pc et toujours à champ électrique faible, soit les matériaux redeviennent ohmiques, soit ils dévient à nouveau de la linéarité (avec a < 1 dans le cas des composites polyuréthanne)..Ces considérations simples nous amènent à penser que nos composites présentent les deux caractéristiques importantes suivantes. Tout d'abord, le fait que les non-linéarités entre courant et tension soient maximales pour des taux de charges égaux ou légèrement supérieurs à <Pc, implique que le réseau percolant n'est pas encore géométriquement créé. Il y a cependant percolation des électrons entre les particules de GMP, comme l'avaient indiquées les courbes conductivité - taux de charge des chapitres II et III (Fig.37 et 42). Par conséquent, le modèle de chaînes uniformes introduit plus haut est d'ores et déjà inadapté pour décrire les propriétés des échantillons dans cette gamme de concentrations. Ensuite, le changement dans l'évolution du paramètre a lorsque le pourcentage de GMP franchit le point critique suppose, soit qu'un autre mécanisme de conduction apparaît et remplace l'ancien, soit que cet autre processus existait déjà mais devient alors déterminant. c. - Valeurs de l'exposant a Les valeurs de a se situent, pour les concentrations étudiées et les champs faibles, dans l'intervalle 0,93 < a < 1,6. Elles sont comparables à celles trouvées par Sodolski et al [143] dans des composites polyester - noir de carbone, soit 1 ~ a ~ 1,85. Cependant, ces auteurs n'ont pas trouvé d'exposant inférieur à 1, ni de corrélation entre la valeur de celui-ci et la concentration en particules conductrices, sauf pour les taux de charges très supérieurs ou très inférieurs au point critique. En effet, leurs matériaux sont non ohmiques seulement près du seuil de percolation. Leur interprétation de ces phénomènes est alors la suivante. Aux faibles taux et champs peu élevés, le comportement du polymère est ohmique grâce à un processus de diffusion ionique. Lorsque la concentration est importante, on obtient un comportement 1-V linéaire en raison d'un contact physique réel entre des particules individuellement ohmiques. Aux taux de charges intermédiaires, un effet tunnel des électrons conduirait alors à une conductivité fonction du champ électrique pour les concentrations voisines du seuil de percolation. Un exposant a > 1, observé à des concentrations en graphite supérieures au seuil de percolation à toute valeur de champ électrique, ou en-dessous du seuil à champ élevé, traduit une augmentation de conductivité avec E. Ce phénomène est réversible, et ne peut donc être comparé à un processus de claquage électrique, pour lequel un lien isolant devient conducteur à chaque fois que le champ électrique local excède une valeur critique ec. Les liens les plus faibles (i.e. entre des particules conductrices très voisines et correspondant donc aux plus petites valeurs de ec) claquent les premiers, à la suite de quoi les autres champs locaux augmentent au sein du matériau, entraînant le claquage d'autres liens diélectriques. On a donc une cascade de processus, dits en avalanche, d'où des courbes I(V) extrêmement raides avec un exposant a de l'ordre de 1000 et parfois davantage [144]. Il est utile de préciser que les valeurs locales de E entre les particules de graphite sont sans doute très différentes du champ électrique macroscopique appliqué à l'échantillon. n.2. - Analyse des courbes j(E) et relations avec différents modèles de conduction a. - Modèles uniformes Un type de conduction dans cette catégorie serait un mécanisme de sauts électroniques entre états localisés. Un tel processus est connu pour être fortement influencé par le champ électrique appliqué, et a été étudié par de nombreux auteurs. Ainsi, il a été trouvé que la densité de courant j est toujours dépendante de manière exponentielle du champ E. Cependant, les diverses théories développées jusqu'à présent conduisent à des résultats différents, selon la façon dont elles tiennent compte (ou ne tiennent pas compte) d'un certain nombre de paramètres. Par exemple, si le matériau est considéré comme un réseau aléatoire de résistances, il y a des liens dont la conductivité dépend fortement ou non du champ, il existe différents types de corrélations entre les sites voisins, et la topologie des amas est susceptible de varier avec l'intensité de E. Les équations suivantes ont alors été proposées: j ~ exp (c le~~r) (96) où c est une constante (c=O,75 selon Hill [145], c=O,17 selon Pollak et Riess [146]), e est la charge électronique, r une distance de saut caractéristique, k la constante de Boltzmann, et T la température absolue. Shklovskii [147] a pour sa part prédit une dépendance du type:. {~eIEr)1/(l+V)} J ~ exp c \. kT (97) où v est l'exposant critique de la longueur de corrélation. En modifiant légèrement la théorie de Shklovskii, Talamantes et al [148] sont parvenus au résultat: j ~ exp (AE + B,f"E) (98) où A et B sont des constantes. Pour finir, on peut encore citer l'équation de Apsley et Hughes [149]: (99) j ~ exp (CE2) où là encore C est une constante à déterminer. 137 Aucune de ces différentes expressions ne peut ajuster convenablement les données j(E) sur l'ensemble des valeurs de champ électrique exploré. b. - Modèles de chaînes uniformes La conduction se fait ici dans un matériau de composition uniforme, et dont les chaînes qui le constituent sont tortueuses et de diamètres extrêmement variables. Le graphite étant ohmique, cette représentation ne peut rendre compte de l'augmentation de la conductivité en fonction du champ électrique, pour des composites de concentration supérieures au seuil. De plus, des constrictions de chaînes devraient constituer des points chauds dans lesquels la résistance est sensée augmenter, phénomène qui n'est pas observé ici. Comme on l'a déjà souligné plus haut, ce modèle ne semble pas convenir à nos matériaux. c. - Modèles de barrières "non-tunnel" Le constituant conducteur forme des chaînes de composition inhomogène, car interrompues par des régions semiconductrices ou scmi-isolantes. Si le processus de conduction n'est pas un effet tunnel, les mécanismes les plus fréquemment rencontrés sont alors l'émission Schottky, l'effet PooleFrenkel, et la conduction limitée par charges d'espace. Ces trois effets reposent sur la possibilité qu'a une électrode d'inject des porteurs de charges dans un diélectrique, de façon très analogue à l'émission thermionique, pour laquelle une cathode métallique chauffée émet des électrons dans le vide. Les travaux de Mott et Ourney ont montré à ce sujet que l'énergie interfaciale (i.e. la barrière de potentiel) dans un contact métal-isolant peut être très largement inférieure à celle d'un contact métalvide [150]. Par conséquent, il existe une émission électronique du conducteur.vers l'isolant dès l'ambiante et même pour des températures plus basses. * Emis.süm.SçhmJty: Dans ce type de processus, le champ électrique réduit l'énergie interfaciale entre les matériaux conducteurs et isolants, de telle manière que les caractéristiques densité de courant - champ électrique sont données par: j = jo exJk~ (!NE - L\ PL )J avec ~ -- '"\11a.x.en.e e (en unités COS) (100) jo est une constante, L\ est la hauteur de la barrière de contact (fonction du métal constituant l'électrode), eo.e est la valeur haute fréquence de la permittivité diélectrique, et le coefficient a dans le terme ~ est égal à 4. Comme on peut le constater, cette expression traduit une dépendance souslinéaire de la conductivité par rapport au champ, si E est faible. Appliquée à des compositions de concentrations en OMP inférieures au seuil, cette relation ne peut à elle seule rendre compte du comportement observé, puisqu'elle impliquerait a=l/2. On peut préciser que l'émission Schottky est estimée intervenir principalement dans des gammes de champ comprises entre 10 et 1000 kY/cm [151], valeurs pouvant facilement être atteintes à l'échelle microscopique. * Effet.P.o.ole::f.oenkel: Le phénomène est le même que ci-dessus, mais se situe au niveau des impuretés présentes dans la couche isolante, qui sont ionisées thermiquement et/ou sous l'effet du champ. Les porteurs de charges ainsi créés peuvent alors passer d'un centre localisé à un autre, en franchissant une barrière de potentiel abaissée par l'application de E. Lorsque la densité des sites est suffisamment faible, les caractéristiques densité de courant - champ électrique sont formellement les mêmes que dans l'émission Schottky, avec toutefois le coefficient a égal à 1. On peut tirer les mêmes conclusions que ci-dessus, à savoir que si cet effet est présent dans nos composites, il n'intervient pas seul vu qu'on ne peut en aucun cas obtenir une droite en traçant le logarithme de j en fonction de {E. * Conduction Iimitéep.a.t:.ç;ha.rg~sd'espace: Ici, les porteurs émis par les particules conductrices constituent une charge volumique d'espace autour d'elles. Il y a ainsi réduction du champ électrique entre les sites, et par conséquent limitation de la conductivité par la génération et la recombinaison des porteurs. Les relations générales entre courant et tension sont souvent de la forme [152]: 138. En+ l J =JO?n+l (101) où n est un entier (couramment 1 ou 2) et r est la distance moyenne entre les particules. Ce type de loi entraîne des courbes densité de courant - champ électrique bien plus raides que ce qu'on a pu observer. Cependant, il a été fait mention [153] qu'une telle relation ne s'applique pas nécessairement à la conduction dans les matériaux amorphes. L'hypothèse d'un mécanisme impliquant des charges d'espace ne saurait donc, pour l'instant, être écartée. d. - Modèles de banières tunnel n L'équation de base de l'effet tunnel pour une jonction est donnée par: ~ j(E) jo.ex{ 1t~W l~ -1 pour IEjl < Eo (102a) où Ej est le champ électrique à travers la jonction, jo le facteur pré-exponentiel (constant à température et champ fixés), et w la largeur de la barrière. Eo et la constante tunnel X sont définis comme: X= ~ 2mVO ft2 Ba = ~~o = l!.-, h étant la constante de Planck 2n avec { Vo étant le potentiel de la barrière m étant la masse de l'électron ft où e est la charge de l'électron (102b) (102c) A partir de cette équation de base, Sheng et al [154 - 156] ont développé un type particulier d'effet tunnel, dans lequel des fluctuations thermiques induisent des fluctuations de voltage, qui ont pour conséquence d'accroître la conductivité lorsque la température augmente. Les auteurs montrent que le comportement d'un réseau composite de liens est bien décrit par celui d'une jonction seule, et donnent l'équation pour la densité de courant en fonction du champ électrique appliqué E: j ~ jo.ex{.(T) (:0 -In avec ~ ~ITo a(1') T (103a) T est la température absolue, et To et Tl sont deux paramètres du modèle tels que: To Tl = UE~2 2 E {u ) 2 =~ nx wk avec = w A étant le volume de la jonction, A l'aire de sa section 8n k étant la constante de Boltzmann (103b) La signification physique de ces deux paramètres est la suivante: TO apparaît comme la température au-dessus de laquelle l'effet des fluctuations devient significatif. Ainsi, à T < TO, l'équation pour j(E) se réduit à celle de l'effet tunnel simple. Tl peut être vue comme l'énergie nécessaire à un électron pour franchir la barrière de potentiel, et correspond donc à la hauteur de celle-ci. Quand la température augmente, j devient une simple fonction exponentielle de T . si bien qu'à l'ambiante il n'est plus possible de distinguer ce processus tunnel particulier d'un autre mécanisme. Puisqu'on ne dispose que de mesures de j(E) effectuées à la température de la pièce, on n'a pas pu vérifier de cette manière l'aptitude du modèle de Sheng àdécrire nos matériaux. On verra dans la partie B de ce chapitre ce qu'il en est lors de l'étude du comportement de cr(T). Dans les systèmes tels que les métaux granulaires, un grand nombre d'équations a pu être obtenu [157] selon l'intensité du champ électrique appliqué et le type de distribution des énergies de sites. Il serait fastidieux de les passer en revue, d'autant plus qu'aucune ne convient pour ajuster nos données expérimentales sur une gamme raisonnablement large de valeurs de E. Ill. - Comportements non linéaires et théorie de la percolation IlL 1. - Modèles de base On peut compter de très nombreuses études sur les phénomènes de claquage dans les réseaux constitués de liens isolants et conducteurs. Elles concernent les systèmes de concentration P<Pc dans lesquels survient un claquage diélectrique, qui a pour conséquence une augmentation brutale de la conductivité. Le cas opposé a aussi été largement commenté et traite de réseaux tels que P>Pc, où ce sont cette fois les liens conducteurs qui se cassent et se transforment en isolants. Cependant, ces phénomènes ne concernent pas nos matériaux, puisque nous avons observé une augmentation réversible de la conductivité, à des concentrations aussi bien supérieures qu'inférieures au seuil. Les études en relation avec la théorie de la percolation et traitant des non-linéarités réversibles sont beaucoup plus rares. On s'intéresse ici à celle de Gefen et al [158, 159] pour des systèmes dont. la concentration p en liens conducteurs est telle que P~Pc+. Ces auteurs ont considéré deux approches phénoménologiques différentes pour interpréter les déviations à la loi d'Ohm dans les composites. La première consiste à examiner un réseau aléatoire de résistances non linéaires (appelé dans la littérature NLRRN: non linear random resistor network). La résistance de chaque lien contient donc une petite contribution non linéaire telle que les caractéristiques tension-courant vérifient: V = rI + Cla (104) où r est la résistance du lien, C une constante et a un paramètre supérieur à 1. Pour des courants suffisamment petits, le comportement de chaque résistance microscopique est ohmique, et les nonlinéarités deviennent importantes à partir d'un courant seuil le. dernier est tel que pour 1 < le, le terme Cla est inférieur à rI, et inversement si 1 > le. Ainsi: _ (-.I.-)1/(a-l) le 0C1 (105) Le deuxième modèle suppose un réseau dont chaque lien a des caractéristiques ohmiques, mais, lorsque le champ électrique local excède une valeur critique, une chaîne initialement isolante peut devenir conductrice. Dans la littérature, cette approche est appelée DRNN (dynamic random resistor network). Aux champs suffisamment faibles, le composite a le comportement suivant dans les deux cas NLRRN et DRNN: 1 = La.V (106) où Lü est la conductance linéaire. - 1-I---jf-----+---I---j--f--+ - 4+----1f-----+-+---t--t--+ -2 -5, ~.'1>,,,. -3,.,.,. -e-f, = 10% --U--f, = 5%,:' ~ ri ell ~,. - 5 f' """-'f, -6 - pente = 1,01±0,03 -7 -7 -6 -5 -4 log «Jo) (a) -3 -6 -e-f, = 10% "'-' -7 --U--E -8 ***,l,--f,=1% ell ~ -2 = 5% = 0,99±0,03 -9 - 8-1---j'-----+---+---I--f--+ -8 = 1% ----'".~ - 1 O+---jf-----+--+--I---+--+ -11 -10 -9 -8 -7 -6 -5 log «Jo) (b) Application de la loi jc - <JO x, valable pour des concentrations <1> > <1>c, dans le cas des composites ép oxy - GMP . La va leur de x est la pente moyenne des 3 droites tracées. (a) DonnéesjC<<JO) dans le sens basal (b) Données jc(<JO) dans le sens transverse ~: 141 - 1-t--+--+---If----+=_~ a li ft -1.5 = 10% --G--ë = 5% -&-ë, --.- - 2 t )i) ~ -2.5 -'-Ô"ë= -3 pente 1% = 1,04±0,03 -3.5+---t---t---t--+--t-3.5 -3 -2.5 -2 -1.5 -1 log (0"0) Fig.66: Application de la loi Je - crOx, valable pour des concentrations <p> <Pc, dans le cas des composites polyuréthanne - GMP. La valeur de x est la pente moyenne des 3 droites tracées. Sont représentées les données jc(crO) dans le sens basal. Comme on peut le constater, les valeurs de x obtenues sont en excellent accord avec celles prévues à partir de l'approche NLRRN. A notre connaissance, c'est la première fois que l'exposant correspondant à ce modèle est trouvé dans un milieu composite réel en 3 dimensions. Tout porte donc à croire que les résistances microscopiques du système résine - GMP sont intrinsèquement non linéaires, et qu'il n'y a pas de création de chemins de percolation supplémentaires lorsque le champ électrique est augmenté. Puisque le graphite est réputé avoir des caractéristiques ohmiques, c'est donc que les résistances interparticules dominent le comportement de la conductivité macroscopique. Ce résultat va bien dans le sens de ce que l'on avait déjà pu supposer dans le chapitre précédent, en discutant de l'importance des phénomènes de contact. Cependant, l'expression de x correspondant au modèle DRNN est donnée par une inégalité, si bien qu'on ne connaît que la limite supérieure des valeurs possibles de cet exposant. Ainsi, le fait qu'on ait trouvé x "" 1 ne prouve pas nécessairement que nous sommes dans le cas de figure exclusif de l'approche NLRRN. C'est la raison pour laquelle nous avons ajouté à notre analyse les arguments développés ci-dessous, qui viennent supporter le fait que le modèle DRNN est non pertinent pour nos matériaux. b. - Confirmation du modèle choisi Gefen et al [159] ont montré que leurs courbes leV) pouvaient très bien être ajustées par une loi du type: 1 = LY + Lyb où b est tel que x = b~l dans le DRRN (111) Si cette relation entre 1 et Y s'ajuste très bien à nos données, la correspondance entre x et b n'est quant à elle plus du tout vérifié . Chakrabarty et al [160] vont plus loin en supposant une loi d'échelle supplémentaire. Ces auteurs- avancent que leurs courbes leV) s'ajustent parfaitement selon l'expression: I=LIY+L2y2 (112) où LI est la conductance linéaire (i.e. dans la région ohmique) et L2 la conductance du 2ème ordre. Alors cette dernière suivrait une loi telle que: L2 - LlY (113) Puisque les non linéarités deviennent importantes lorsque LI Y est de l'ordre de L2v». alors le - LI 2 ~ -'-2 et comme le - LI X, on a donc x + y = 2 (114) 142 Nous avons vérifié qu'il existait bien une loi d'échelle faisant intervenir un exposant y. : : 6 : ' _ llK-,ç- "".x#''"~ - --0--jlfl,42%) 'b. jl/l,36 %) ~ :!: " *************'1 *** ******** ****1*** **** *.~ *************************t***************************j ~ jlf 2,28%) -~ - jl/l,30 %). 1 0- 1 0-t- -+- -+ _+_ o 50 100 150 E (V/cm) (a) ~ j}4,S8%) - -0-' j }2,28%) b.
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INTERDIDACTIQUE DES MATHÉMATIQUES ET DE LA PHYSIQUE. Recherches en Didactique des Mathematiques, A paraître. &#x27E8;hal-04597060&#x27E9;
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Enfin, nous nous attachons à circonscrire l’interprétation, géométrique et physique, du paramètre p, facteur de cohésion favorisant le processus de congruence sémantique entre les deux cadres de rationalité. Géométriquement, la valeur absolue de p est associée au latus rectum, le segment de droite qui passe par le foyer et qui est perpendiculaire à l’axe de symétrie de la parabole. La longueur du latus rectum est . Donc, p est associé à l’ouverture de la courbe, c’est-à-dire combien elle se rapproche ou s’écarte de son axe de symétrie. Physiquement, l’ouverture de la parabole détermine la distance horizontale parcourue par le projectile quant il sera tombé de sur yʹy et, par extension, la portée S du mouvement balistique, définie comme la distance horizontale parcourue, du point de lancement au point de tombée au sol (fig. 11, . Successivement, la portée S dépend de Recherches en Didactique des Mathématiques, Vol., n° pp. 27- , 200 28 Recherches en Didactique des Mathématiques la vitesse initiale qui est liée à p comme suit, en référence aux figures 4 et 5 appartenant au cadre de rationalité physique, ainsi qu’à la figure 3a (où ) propre au cadre mathématique : et ou, plus généralement Par conséquent, plus la vitesse initiale horizontale est grande, plus la courbe s’écarte de son axe de symétrie. Plus globalement, deux corps physiques lancés simultanément d’un même point à des vitesses initiales différentes, , décrivent des arcs de parabole de plus en plus ouverts, en fonction du carré de la vitesse initiale dans le cadre de rationalité physique ou, selon la valeur du paramètre p dans le cadre de rationalité mathématique. Il s’avère, parallèlement, que les positions des corps se situent à tout moment sur le même niveau horizontal, puisque tous deux exécutent chute libre sur l’axe vertical (fig. 13, non présente dans le manuel scolaire de physique). Figure 13. – Plus la vitesse initiale est grande, plus l’ouverture de la parabole est grande Examinons, maintenant plus en détail, la interdisciplinaire du paramètre p dans ce qui suit. dimension Interconnexions à partir de praxéologies mixtes Nous illustrons nos réflexions didactiques relatives à l’analyse des interconnexions entre physique et mathématique à partir de praxéologies mixtes avec un exercice récurrent des cours de physique de 1ere S. La méthode utilisée est issue des travaux de Malonga-Moungabio (2009) et se décline en quatre étapes :  citer l’énoncé d’un exercice ;  identifier le domaine de réalité extra-mathématique ;  analyser le champ de traitement ou phase de résolution effectuée par le truchement d’un modèle mathématique ;  critiquer le retour au champ de départ. Interdidactique des mathématiques et de la physique 29 Voici une schématisation de cette démarche : Figure 14. – Approche interdidactique entre les deux cadres de rationalité impliqués Soit l’énoncé suivant, en référence à la figure 8 : L’avion qui vole horizontalement à une vitesse constante υ0 à une altitude de 500 m, largue (à l’instant ) une bombe pour atteindre un objectif sur le sol, dont la distance horizontale est de 400 m. Déterminer la vitesse nécessaire υ0 de l’appareil pour que l’attaque soit réussie (g = 10 m/s2). Imaginons deux élèves qui accomplissent cette tâche, le premier suivant une organisation praxéologique mono-disciplinaire et le second selon une organisation interdidactique mathématiques– physique. Nous considérons les deux approches tour à tour. Résolution selon une approche mono-disciplinaire L’élève met en place une organisation praxéologique apparemment relative à la physique, inhérente à la cinématique.  Organisation praxéologique dans l’approche monodisciplinaire en physique Étant donné que la physique fait appel au formalisme mathématique pour modéliser les phénomènes, toute organisation physique relève finalement d’une organisation mathématique mixte. C’est donc selon le prisme d’un élève théorique, qui n’a pas recours au concept mathématique de parabole, que nous employons le qualificatif d’organisation physique. La cinématique du point matériel désigne le champ de départ (fig. 14). Cet élève sait que le mouvement de la bombe peut se décomposer en deux mouvements indépendants – technologie Recherches en Didactique des Mathématiques, Vol., n° pp. 29- , 200 30 Recherches en Didactique des Mathématiques physique θ –, l’un sur l’axe xʹx et l’autre sur yʹy, donc il effectue le choix des axes ci-dessous (fig. 15), suivant le cadre de rationalité de physique : Figure 15. – Représentation de la situation physique d’après un repère indirect au repos, appartenant au référentiel du sol Ensuite, il établit les équations horaires qui relèvent des technologies physiques dérivées, avec la fonction , liée au déplacement rectiligne uniforme et la fonction , relative à la chute libre : De cette manière, il est faisable de résoudre l’exercice à l’aide de technologies issues de la physique, sans intentionnellement passer par le concept de la parabole. Bien évidemment, l’équation de cette conique est sous-entendue en tant qu’outil implicite. Le processus de congruence sémantique est manquant, d’où un risque d’échec dans la construction du sens.  Praxéologies mises en œuvre dans l’approche monodisciplinaire en physique Les diverses praxéologies sont explicitées (fig. 16) au fur et à mesure du procédé mis en œuvre. Interdidactique des mathématiques et de la physique 31 Figure 16. – Analyse praxéologique d’une résolution dans le seul cadre de rationalité physique Résolution selon une approche interdidactique La cinématique étant également son champ de départ, cet élève va, en premier, reformuler et traiter la situation physique dans le cadre de rationalité mathématique.  Organisation praxéologique mixte dans l’approche interdidactique L’élève va reformuler la situation et compte tenu de la trajectoire de la bombe ayant une concavité tournée vers le bas, il avance au choix de repères de la figure 17, afin d’être assujetti au cadre des mathématiques (fig. 3b). Il écrit , Certes, il sait que la position verticale y du corps est toujours négative (abscisses négatives), et que désigne la distance entre le foyer E et la directrice δ ou, également, la distance horizontale parcourue lorsque le corps sera tombé de. Figure 17. – Représentation de la situation physique dans un repère direct au repos, appartenant au référentiel du sol Le point d’arrivée au sol, Γ(400;–500), vérifie l’équation Ensuite, l’élève va réaliser des praxéologies mixtes :  Praxéologies mises en œuvre dans l’approche interdidactique Recherches en Didactique des Mathématiques, Vol., n° pp. 31- , 200 32 Recherches en Didactique des Mathématiques Cette démarche se décline à trois parties illustrées par les figures 18, 19 et 20 : Figure 18. – Analyse praxéologique mixte, partie 1 ; détermination de p La directrice δ admet comme équation, du foyer étant de E(0 ; –80). , les coordonnées Figure 19. – Analyse praxéologique mixte, partie 2 : détermination de la Pour terminer son travail, l’élève réalise la dernière étape (flèche oblique) de la modélisation des praxéologies mixtes (cf. fig. 14). Afin de retourner dans le champ de la physique et d’interpréter ces résultats, l’intérêt de l’élève est concentré sur le sens physique du paramètre p. Comme affiché dans la figure 19, il applique le principe d’indépendance des mouvements pour écrire les équations horaires par rapport à son propre référentiel considéré (fig. 17). Au plan cinématique, la racine négative de la vitesse est rejetée, selon une technologie θ découlant de l’algèbre linéaire (théorie Θ, espaces vectoriels). Enfin, la grandeur p est égale au quotient (selon le choix d’axes précédent). Elle admet donc comme unité de mesure le mètre, comme prévu puisque,. Interdidactique des mathématiques et de la physique 33 En tout état de cause, le paramètre mathématique p peut s’exprimer en termes de physique et catalyser, ainsi, le rapport à double sens entre mathématiques et physique : au plan géométrique, p détermine l’ouverture de la parabole, tandis qu’au plan cinématique, vaut le quotient . En fait, nous retrouvons le contenu sémantique discuté plus haut. Avec une approche interdidactique pilotée par les professeurs de physique et de mathématiques, les processus mésogénétiques permettent à l’élève d’achever, dans son apprentissage, la construction sémantique bâtie selon les étapes de la figure 14. Ces processus peuvent s’appuyer sur les apports en physique de la tangente de la parabole, à partir de la tâche suivante : déterminer la direction de la vitesse instantanée pour une position donnée du corps. Pour s’attaquer à cette tâche, il faut calculer – dans un système d’axes direct – la pente de la tangente (fig. 20). L’équation de la tangente provenant du cadre mathématique,  , avec peut fonctionner, en physique, comme outil explicite de modélisation dont l’usage est bien justifié puisqu’il permet d’établir le lien entre l’objet physique de la vitesse instantanée et l’objet mathématique de l’inclinaison d’une droite. La pente de la droite est définie par le quotient négatif, , comme l’indique l’équation précédence, donc : où φ est l’angle conventionnel positif (fig. 20). Recherches en Didactique des Mathématiques, Vol., n° pp. 33- , 200 34 Recherches en Didactique des Mathématiques Figure 20. – Analyse praxéologique mixte, partie 3 : tangente de la parabole en un point A et son inclinaison D’autre part, le traitement mono-registre cinématique (appropriée à l’approche mono-disciplinaire) conduit à l’expression υy et υ0 étant les valeurs absolues des deux composantes du vecteur vitesse υA. Notons au passage qu’en physique, on calcule la tangente de l’angle aigu entre les vecteurs de la composante horizontale υ0 et de la vitesse résultante υA à la position considérée. L’opposé de ce résultat donne la pente, selon la technologie trigonométrique θ, qui régit les fonctions trigonométriques d’un angle. Or, pour le premier élève, qui n’établit pas d’allers-retours entre les deux cadres de rationalité, la discontinuité didactique est criante. Au contraire, la formule issue du cadre de rationalité des mathématiques, donne après traitement : Comme attendu, les deux angles, φ et opposées. , ont des tangentes CONCLUSION La recherche que nous avons menée à propos des rapprochements entre les mathématiques et la physique s’inscrit dans les travaux relatifs à l’étude interdidactique d’un concept mathématique mis à l’épreuve en physique, dans une perspective de transfert entre les deux disciplines scolaires (Malafosse et al., 2000). D’un point de vue psycho-cognitiviste et didactique, la capacité ou l’habileté à mobiliser et réactiver un « déjà-là » dans une nouvelle situation se développe opérationnellement chez l’apprenant par le transfert d’un apprentissage (Samson, 2004). Malonga-Moungabio (2009) souligne que la relation à double sens entre les mathématiques et la physique relève de la continuité didactique et est censée aider à la compréhension d’une notion scientifique au moyen de l’enseignement des disciplines scientifiques, entre lesquelles des liens concrets sont établis. Interdidactique des mathématiques et de la physique 35 L’objectif assigné à cet article est de mettre en évidence les discontinuités didactiques manifestées dans le cadre de l’éducation scientifique au lycée grec, lors des transferts de concepts mathématiques en classe des sciences. Nous avons étudié ces discontinuités à partir de l’objet « parabole » qui peut, en principe, revêtir le statut d’outil dans l’étude du mouvement balistique en physique. Mais la chronologie de ce cours de physique précède l’enseignement des coniques, en mathématiques. Par l’analyse didactique et épistémologique des manuels scolaires des deux disciplines, nous avons pu constater un effet de cloisonnement disciplinaire qui consiste en une sorte de discontinuité entre le traitement du concept dans les deux enseignements. Cette disharmonie résulte de contraintes institutionnelles pesant sur la situation des professeurs qui en sont autant victimes qu’acteurs. Pour en éclairer les causes, nous avons fait l’hypothèse que la façon dont la parabole émerge en physique fonctionne comme la raison d’être (Chevallard, 2000) d’une introduction ultérieure du concept, en mathématiques. Cette hypothèse semble se réitérer pour bien d’autres occurrences de transfert de concepts mathématiques, toujours d’une manière discontinue : le concept de vecteur (de vitesse, en cinématique, de force, en dynamique, etc.) et les opérations vectorielles, le cercle trigonométrique, les notions de limite et de dérivée (vitesse instantanée, accélération, etc.), l’hyperbole, le logarithme. Par exemple, le travail d’un processus thermodynamique isotherme, , est étudié en physique en 1ere S. Dans cette formule, le logarithme népérien du quotient des volumes initial et final du gaz parfait est introduit en physique, tandis que l’étude des fonctions exponentielle et logarithmique est présenté plus tard en mathématiques. De façon identique, les concepts cinématiques de vitesse instantanée et d’accélération sont introduits, dans le manuel de physique de seconde, de manière plutôt empirique sans servir à l’étude des notions mathématiques associées (limite, différentielle, dérivée, inclinaison). Plus loin, le même manuel fournit l’expression , pour le travail d’une force constante, sans pour autant amener le concept de produit scalaire (ici, entre le vecteur force et le vecteur déplacement). En revanche, l’enseignement du concept physique de moment cinétique n’a lieu qu’après l’étude, en mathématiques, du produit vectoriel. Dans la plupart des cas, les objets mathématiques sousRecherches en Didactique des Mathématiques, Vol., n° pp. Par conséquent, si notre hypothèse de départ est valable, nous nous interrogeons sur les attentes de l’institution, vis-à-vis de l’enseignant de physique, à l’égard du traitement de la parabole comme raison d’être. L’analyse des cas précédents mériterait le développement, à part entière, d’un programme de recherches en termes de modélisation selon le schéma de la figure 14 en lien avec l’analyse des praxéologies inhérentes à chacun des concepts mathématiques transférables aux disciplines scientifiques. Nous avons exposé les répercussions de l’autarcie disciplinaire dans l’enseignement et l’apprentissage, en termes de discontinuités didactiques, à l’aide des cadres de rationalité propres aux deux disciplines. Malafosse & Lerouge (2001) ont sonné l’alarme sur la coexistence, chez l’élève, d’éléments de savoir disparates, voire concurrents, vis-à-vis d’un concept utilisé dans plusieurs disciplines : Il y a donc rupture entre les règles de traitement de registres utilisés dans des disciplines différentes, ce qui constitue la source de difficultés d’élèves contraints de réaliser des traitements avec deux jeux de règles incompatibles, voire contradictoires. (2001, p. 127). Pour surmonter les difficultés identifiées, nous avons montré à partir de l’exemple de la parabole, comment l’approche interdidactique joue sur les statuts d’objet et d’outil du concept et peut contribuer à établir des liens pour son apprentissage. Enfin, un développement de cette problématique pourrait consister en la conception et la mise en œuvre d’une ingénierie didactique dont nous avons esquissé les traits au long de cet article. Plus précisément, il s’agirait de réfléchir aux types de tâches de transition les plus féconds pour dynamiser le processus de congruence sémantique, entre les mathématiques et la physique, et soutenir la construction du sens à propos de la parabole. BIBLIOGRAPHIE CARON, F. (2008). Pour une réelle intégration de la modélisation mathématique au secondaire. Dans A. HASNI & J. LEBEAUME (dirs), Interdidactique des mathématiques et de la physique 37 Interdisciplinarité et enseignement scientifique et technologique (p. 131145). Éditions du CRP. CHEVALLARD, Y. (1997). Les savoirs enseignés et leurs formes scolaires de transmission : un point de vue didactique. Skholê, 7, 45-64. CHEVALLARD, Y. (2000). Enseignement insensé, enseignement raisonné et créativité sociale. 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Retour d’expérience des médecins généralistes ayant signé un contrat d’engagement de service public en Bourgogne Franche-comté. Médecine humaine et pathologie. 2023. &#x27E8;dumas-04526013&#x27E9;
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L’accompagnement est pourtant plébiscité, et a même été identifié lors des entretiens, comme étant une raison de signer le contrat. C’est d’ailleurs une piste d’amélioration importante du dispositif. (21,24) Dans cette étude les signataires étaient à l’initiative de la prise de contact quand ils en avaient la nécessité, certains n’en n’ont pas eu besoin. Les résultats soulignent quand même que l’ARS de BFC était disponible pour répondre correctement aux questions lorsqu’elle était sollicitée. Faudrait-il aller plus loin et imaginer une grille de suivi rigoureuse pour contenter les signataires ? L’ARS n’accompagne pas mais contrôle l’évolution de chacun et vérifie qu’ils honorent le contrat dès qu’ils le peuvent. Sur ce point les retours disaient qu’elle était plus ou moins souple sur les conditions d’application du contrat, elle aurait été tantôt arrangeante tantôt contraignante. En revanche aucune des 15 personnes interrogées n’avait le décompte exact de la durée d’engagement à effectuer. Tous la calculaient approximativement par déduction. Ils dénonçaient là un défaut d’information important à leur égard. Là encore une communication systématique et personnalisée serait souhaitée. 4) Le risque de l’évolution Comme évoqué précédemment, les études de médecine sont longues. Plusieurs années peuvent s’écouler entre la signature du CESP et la fin de l’internat. Pendant ce temps les choses évoluent, et cette incertitude peut poser problème, les étudiants aspirant à plus de stabilité et de sécurité dans leur cursus. Quelques signataires de cette étude voyaient le CESP comme un cadre confortant leur projet, et ont signé aussi dans ce but. Pourtant le CESP est plus souvent une source d’inquiétude supplémentaire en lien avec le risque d’évolution détaillé ci-après. Les facteurs personnels sont primordiaux dans la décision du projet d’installation. (27) Cela est confirmé dans cette étude, où tous les répondants prenaient en compte le conjoint, les enfants et la famille pour penser leur lieu de vie, et par conséquent l’exercice de leur profession. Or l’internat se passe à un âge où les projets de couple et de parentalité se développent. Ce sont des situations qui peuvent faire évoluer les perspectives professionnelles, d’autant que la tendance est de privilégier la vie personnelle. L’idée que le CESP puisse contraindre ces projets était un frein à la signature identifié par les répondants. Le zonage, cartographié par chaque ARS pour sa région, est réévalué régulièrement et mis à jour afin de répondre aux besoins du territoire. Un axe d’amélioration possible dans la communication de l’ARS serait une accessibilité simplifiée aux cartes officielles et une information systématique des signataires lors de modifications de celles-ci. La mobilité inter-régionale était appréciée. La pertinence du zonage était mise en doute. Certains constataient que des zones en tension n’étaient pas éligibles, d’autres critiquaient de devoir s’installer à 10km d’une maison médicale vide à cause d’un respect trop rigoureux des cartes, et plusieurs soupçonnaient que des pressions politiques influencent le zonage. Les mêmes constatations étaient faites par J. BRUAUX en Pays de Loire en 2017. (21) Cela crée l’incertitude chez les signataires ayant déjà un projet précis : est-ce que la zone choisie pour le projet sera toujours éligible au moment de l’installation ? Cette contrainte était identifiée 33 comme étant la plus importante et potentiellement un des freins à la signature. Paradoxalement, beaucoup trouvaient néanmoins que le zonage était assez large pour avoir un choix satisfaisant de zones, et les signataires dans cette étude ne s’étaient pas sentis contraints géographiquement à l’installation. Il serait intéressant d’approfondir ce sujet dans une nouvelle étude, pour savoir précisément ce qui pose problème et trouver des solutions adaptées. Une enquête de 2019 de l’Intersyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale (ISNAR IMG) proposait à ce sujet de prendre en compte les cartographies des 3 années précédant l’installation pour sécuriser le projet des internes. (28) Au-delà du zonage, le projet en lui-même peut se modifier. Les différents stages effectués pendant l’externat et l’internat peuvent déclencher des coups de cœur ou des vocations pour une spécialité ou un mode d’exercice, mais ils peuvent aussi faire se rendre compte de ce qui ne plait pas. Ainsi l’expérience des stages peut modifier le projet pour lequel l’étudiant a initialement signé le CESP. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à un des répondants, et il a rompu le contrat pour continuer dans la nouvelle voie qu’il avait choisi. Pour ceux qui ont créé leur projet et signé le CESP avant les ECN, les choix disponibles à l’issue du concours en fonction de leur classement peuvent, comme pour n’importe quel autre étudiant en médecine, forcer à changer de projet. Le point commun à ces paramètres évolutifs est le risque de rupture de contrat, comme le montre cette étude et celle de l’Intersyndicale. (28) Les conséquences sont un échec pour le dispositif et des pénalités financières importantes pour les étudiants engagés. Il semble donc crucial de limiter cette incertitude. 5) La réforme Concernant la réforme empêchant aux étudiants de premier cycle l’accès au CESP, les participants à l’étude n’étaient pas au courant. Cela n’est pas étonnant car ils ne sont pas concernés par ce changement et certains ne sont même plus engagés. Ils avaient malgré tout leur avis sur la question. Les uns trouvaient que la mesure était bonne voire insuffisante pour limiter l’incertitude causée par une signature trop précoce. Ils conseillaient d’ailleurs de signer le CESP le plus tard possible, quand le projet était sûr. Les autres la trouvaient dommageable car l’intérêt du CESP était justement pour eux de permettre aux étudiants en ayant besoin de financer leurs études, surtout en début de cursus où il n’y a aucune rémunération ou très peu. Cette décision de réforme est justifiée dans un rapport de l’Assemblée nationale, selon les arguments suivants. Le nombre de contrats signés en premier cycle est faible. Il est difficile en début d’études d’avoir un projet assez abouti et sûr pour prendre une telle décision. Une signature tôt entraine un engagement long qui peut freiner les étudiants. Et enfin la réforme des études de médecine, axée sur la filiarisation progressive des étudiants en premier cycle, rend incohérent un contrat qui les engagerait avant d’avoir mûri leur projet. (29) Ces arguments sont parfaitement en adéquation avec les résultats recueillis lors de ce travail. On constate en parallèle que le nombre de CESP signés diminue entre 2017 et 2021. Cette baisse étant plus marquée pour les étudiants de 2 e cycle que pour ceux du 3e cycle, les étudiants ont donc tendance a signé moins et plus tardivement. L’idéal serait de recueillir l’opinion et l’expérience des intéressés après quelques années de recul sur cette réforme. 34 C. Regard sur l’avenir 1) Le métier A une échelle plus large que celle du CESP, la perte d’attractivité du métier de médecin généraliste se faisait ressentir dans les entretiens. Les médecins interrogés trouvaient qu’avec une formation difficile et des conditions d’exercice libéral se détériorant, le métier ne donnait pas envie aux jeunes générations. Ils déploraient que d’un point de vue étudiant, l’idée d’une année d’internat supplémentaire ne rende pas non plus service à la spécialité. (30) Eux-mêmes n’excluaient pas de changer de lieu ou de mode d’exercice dans les années à venir, après la fin de leur engagement, le problème n’étant pas le CESP mais le métier en lui-même. Cela répond au passage à la question de la pérennité du dispositif, posée par M. CAPALDI à l’issue de sa thèse. (24) On se rend compte que le CESP est certes une bonne mesure à court terme, mais n’influence pas au-delà de l’engagement. Ils avaient quelques pistes pour résoudre cette problématique. Ils souhaitaient que soit revalorisé leur statut de médecin généraliste, en tant que médecin traitant, coordinateur des soins et référent médical principal du patient, dont ils sentaient que les instances et les patients en respectaient de moins en moins la valeur. Les exigences administratives de plus en plus lourdes empiétaient sur leur rôle de soignant. Ils n’avançaient cependant pas d’idée concrète pour faire évoluer cela à part ‘arrêter la paperasse’. Ils demandaient également une augmentation de la rémunération, passant par celle de la consultation, pas pour leur propre revenu mais pour améliorer leurs conditions de travail, embaucher du personnel, investir dans du matériel. Ils jugeaient qu’actuellement, au vu de la demande de soins croissante, ils n’avaient pas les moyens de fournir la qualité de soins souhaitée aux patients. Les charges inhérentes à leur statut libéral et à leur revenu pesaient également. Enfin le principal problème qu’ils identifiaient était le manque important d’effectifs de médecins, aussi bien en ville qu’en campagne, en libéral qu’à l’hôpital. Ils parlaient tous de surmenage. Ils accusaient une mauvaise gestion politique du secteur sanitaire depuis des années. A ce sujet ils étaient malheureusement défaitistes et se résignaient à attendre que l’augmentation tardive du numerus clausus fasse son effet. 2) Le territoire Le CESP impliquant d’exercer en zones sous denses, le sujet du lieu d’installation était forcément évoqué. Si tous avaient pour projet de départ d’exercer en zone rurale, c’est aussi parce qu’ils connaissaient le secteur, ils en étaient originaires ou ils y avaient au moins passé du temps en amont, notamment en stage. La pratique rurale de la médecine avait aussi des caractéristiques recherchées. Une patientèle agréable et reconnaissante, un exercice riche et intéressant, l’avantage de bénéficier d’autres aides à l’installation (cumulables avec le CESP), un isolement professionnel qui pousse à la solidarité entre confrères, le charme des visites à domicile, le calme et la paisibilité de la campagne... En somme, une qualité de vie appréciée. Malgré qu’ils aient choisi leur territoire par affinité, ils étaient conscients de son manque d’attractivité, et parlaient même de « déserts tout court ». 35 Le manque de services de la vie courante et le manque d’offre d’emploi pour le conjoint étaient cités comme déterminants. Plusieurs études vont dans ce sens depuis plus d’une décennie, et pointent du doigt l’importance accordée par les jeunes médecins à leur qualité de vie personnelle. Celle-ci passant par le fait d’avoir à proximité les commodités nécessaires pour leur vie quotidienne et familiale. Ce facteur environnemental joue un rôle dans le choix d’installation mais aussi dans la décision de rester ou de partir après un certain temps. (27,31,32) La découverte et la familiarisation avec le territoire sont aussi primordiaux dans la décision d’installation. Plusieurs répondants rendaient compte de la nécessité d’augmenter les possibilités de stages ambulatoires dans ces zones, pour accueillir et rassurer les jeunes médecins. Les associations et syndicats d’internes et de médecins vont même plus loin en préconisant des stages spécifiques en lien avec le CESP pour construire le projet professionnel. (33) C’est un levier connu mais plus difficile à mettre en place car il nécessite de la part des médecins installés une volonté de s’investir dans la maitrise de stage. Rendre possible les remplacements était aussi une demande des signataires, pour apprivoiser le terrain, et savoir où ils mettaient les pieds. Une participante à notre étude nous a d’ailleurs fait part de son expérience. S’étant installée trop vite et sans remplacer en amont le médecin dont elle prendrait la succession, elle s’est rendue compte trop tard que les conditions d’exercice ne lui plaisaient pas. Les conséquences sont regrettables puisqu’elle envisageait, à 3 ans de son installation, d’arrêter son activité libérale dans les mois suivants l’entretien et donc de rompre le CESP, avec en sus les pénalités financières de remboursement au prorata. Pour résumer, le manque de stages et de possibilités de remplacement (lié au CESP) entrainent un manque d’expérience dans ces zones, qui freine et précarise l’installation. 3) La coercition et les autres leviers politiques Concernant la coercition souvent envisagée par les politiques pour résoudre le problème des déserts médicaux, les médecins y voient plutôt une fausse bonne idée, qualifiée de démagogique. Ils percevaient même cette perspective de restriction de liberté comme une mesure anti libérale et une injustice, estimant qu’après tant d’années d’études exigeantes ils pouvaient bien choisir leur activité. Un seul répondant l’accepterait mais en contrepartie d’avantages. Tous les autres étaient contre, et se justifiaient par le fait que la médecine générale est un métier humain choisi par passion. Si des médecins étaient forcés à travailler à contre cœur dans un environnement et des conditions non souhaités, la qualité des soins en seraient affectée. De plus, l’idée d’obliger à exercer quelque part pour un temps restreint leur faisait craindre un turn over de médecins qui nuirait au suivi des patients. Ils étaient également contre cette mesure car ils la jugeaient inefficace dans le sens où pour eux le problème ne résidait pas dans la répartition mais dans le nombre de médecins. La coercition reviendrait à « déshabiller Pierre pour habiller Paul ». Ces avis étaient déjà observés en 2022. (33) Malgré une méfiance vis à vis des politiques de santé menées, ils savaient qu’ils n’avanceraient pas sans négociations et compromis. Leurs principales demandes étaient un allègement des charges financières et administratives, pour selon eux améliorer l’attractivité de la médecine libérale. Ils souhaitaient justement garder cette liberté d’activité, essence même de la médecine générale, et craignaient que le salariat par exemple lui fasse perdre son sens. 36 Une étude de la littérature internationale réalisée par la DREES faisait le point sur diverses solutions à la portée de l’État pour remédier aux pénuries. Ces mesures viseraient à améliorer la répartition de l’offre de soins et les conditions d’exercice, pour attirer encore des médecins, et ne pas perdre ceux qui restent. Au niveau financier, elle explique que le revenu est un aspect qui importe, mais que d’autres aspects non pécuniaires de l’exercice professionnel revêtent une valeur encore plus importante. Les aides financières nécessiteraient des augmentations de revenu extrêmement élevées pour compenser des conditions d’exercice considérées comme désavantageuses. Pour la formation, l’augmentation des effectifs étaient largement souhaitable. Mais le raisonnement allait plus loin, et des propositions de décentralisation les lieux de formation, d’intégration de la santé rurale dans les programmes et de recrutement d’étudiants dans ces zones étaient des pistes sérieuses, d’ailleurs recommandées par l’OMS depuis 2010. La restriction de la liberté du choix d’installation permettait un meilleur équilibre de la répartition des professionnels, sans empêcher les pénuries locales. Cette régulation était cependant réalisée dans des contextes spécifiques et pensée dans une politique globale de territoire. Enfin des mesures de soutien professionnel et personnel étaient mises en place dans certains pays, mais dont l’impact était peu évalué, et qui rentraient également dans une stratégie d’ensemble. (32) En résumé, la coercition c’est non, l’argent c’est bien mais insuffisant. L’accent doit être mis sur l’attractivité du métier et du territoire, mais comment ? 37 III. Les forces et limites A. Population étudiée La population étudiée a été limitée aux médecins généralistes ayant signé le CESP en BFC. Cela permet que les données produites puissent être utilisée de manière ciblée à l’échelle de la région, dans le contexte actuel d’organisation territoriale des soins. B. Recrutement des participants Le recrutement des participants a été réalisé de la manière la plus exhaustive possible grâce à la diffusion d’un mail par l’ARS. Toutefois il n’est pas exclu que les répondants, sélectionnés sur la base du volontariat, soient ceux qui étaient les plus disponibles et avaient le plus de critiques à partager, rendant les résultats peut-être plus péjoratifs qu’ils ne devraient l’être. La suffisance des données a été atteinte à l’issue du 11e entretien. L’analyse des quatre derniers entretiens n’apportant pas de nouvelles données a assuré la diversité d’expériences recueillie auprès des répondants. C. Réalisation des entretiens Les entretiens ont été réalisés par appel téléphonique, ce qui empêche l’accès aux expressions non verbales et peut rendre plus difficile la perception des émotions par l’investigatrice. Néanmoins, le recrutement des participants étant régional, ce mode de recueil des données a permis d’augmenter la disponibilité des répondants et a facilité la planification des entretiens. Une autre limite de l’étude est l’inexpérience de l’investigatrice pour mener les entretiens. La répétition de l’exercice et la retranscription au fur et à mesure ont mis en évidence les modifications à effectuer, et le guide d’entretien a notamment pu être rectifié. Une amélioration de la fluidité et de la qualité des échanges a été observée au cours de leur analyse. L’investigatrice n’était pas neutre sur le sujet car il s’agissait d’une interne en médecine ayant ellemême signé un CESP en BFC. Le fait d’en avoir conscience l’a forcée à prendre du recul, pour réduire au maximum l’impact de cette subjectivité dans la conduite des entretiens. Une force associée à cette limite est la création d’un climat de confiance qui favorise les participants à se livrer à une interlocutrice apte à les comprendre. Au moment du recueil des données la profession était marquée par des tensions liées aux négociations pour établir la nouvelle convention médicale. Cela a pu éveiller ou accentuer des critiques négatives qui n’auraient peut-être pas eu lieu autrement. Leurs réflexions concernant le CESP et leurs situations professionnelles s’en sont toutefois trouvées enrichies. D. Analyse des données Le double encodage a été réalisé sur l’ensemble des 15 entretiens et augmente la scientificité des résultats. 38 IV. Les perspectives Cette étude ouvre d’autres pistes de réflexion. Le suivi par l’ARS de BFC a été jugé insuffisant. L’identification des besoins précis des signataires en terme d’information et d’accompagnement permettrait d’y répondre de manière pertinente et ainsi d’optimiser le dispositif. Les zones sous denses ne sont pas touchées que par des pénuries de généralistes, il serait intéressant de mener une étude similaire chez les signataires d’autres spécialités pour mieux comprendre les atouts et les limites de cette mesure. L’accompagnement et la maturation du projet professionnel sont des paramètres importants. La nouvelle réforme des études médicales a été mise en place pour en tenir compte. Une évaluation de son efficacité et de sa satisfaction auprès des étudiants pourrait être menée d’ici quelques années. 39 40 CONCLUSION Le CESP est une aide financière de l’état proposée aux étudiants en médecine en échange d’une installation en zone sous dense. L’objectif est de pallier l’inégale répartition des médecins sur le territoire. Treize ans après la mise en place du dispositif, étudier le retour d’expérience des médecins signataires en BFC a permis de développer les données déjà existantes avec plus de recul. Selon cette étude, la motivation à la signature restait financière, et le projet professionnel compatible à l’avance n’était pas influencé par le CESP. Cependant les améliorations du dispositif proposées dans plusieurs études n’avaient pas été mises en place. Les critiques faites à l’ARS sur l’insuffisance d’accompagnement et l’incohérence du zonage persistaient. S’ajoutaient à cela plusieurs sources d’incertitude liée au CESP et un pessimisme grandissant sur l’avenir de la profession. Les médecins interrogés étaient satisfaits du CESP, mais ne le recommandaient pas. Ils considéraient que le métier de généraliste et le territoire rural perdaient, indépendamment l’un de l’autre, en attractivité. L’argument pécuniaire était alors jugé insuffisant pour inciter et attirer les étudiants dans ces conditions. Il sera intéressant de voir comment ces derniers voient les choses. Une thèse est en cours sur le sujet en BFC. Peut-être répondra-t-elle à la question qui résume ce travail : L’argent est le nerf de la guerre, mais le jeu en vaut-il la chandelle ? 41 42 IV. Annexe 4 : Guide d’entretien 46 48 BIBLIOGRAPHIE 1. Arnault F, CNOM. Atlas de la Démographie Médicale en France - Situation au 1er Janvier 2022. 1 sept 2022;141. 2. Anguis M, Bergeat M, Pisarik J, Vergier N, Chaput H, et al. Quelle démographie récente et à venir pour les professions médicales et pharmaceutique ? Les dossiers de la DREES. mars 2021;(76):74. 3. Ministère des Solidarités et de la Santé. Renforcer l’Accès Territorial aux Soins - Fiche Région Bourgogne Franche Comté. 2017. 4. DGOS. Ministère de la Santé et de la Prévention. 2021. 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Données sur les Contrats d’Engagement de Service Public (CESP) Conclus avec les Etudiants et Internes en Médecine et en Odontologie - Campagnes 2010/2011 à 2020/2021. 2022. 10. Centre National de Gestion. Données sur les installations dans le cadre du dispositif CESP au 1er Septembre 2020 [Internet]. 2020. Disponible sur: https://www.cng.sante.fr/sites/default/files/media/202203/Bilan%20installations%20CESP%202020.pdf 11. Jedat V, Desnouhes A, Andrieux M, Besnier M, Archambault P. État des lieux des actions favorisant l’installation des médecins généralistes en France métropolitaine. Santé Publique. 2022;34(2):231‑41. 12. Lemonnier R, Aubry P. Les déterminants du parcours professionnel des médecins généralistes en France : une revue systématique de la littérature [Thèse d’exercice]. Université de Rouen Normandie; 2019. 49 13. Dumontet M, Chevillard G. Remédier aux déserts médicaux. Paris: Rue d’Ulm; 2020. 120 p. (Collection du CEPREMAP). 14. Munck S, Massin S, Hofliger P, Darmon D. Déterminants du projet d’installation en ambulatoire des internes de médecine générale. Santé Publique. 2015;27(1):49‑58. 15. Cecen B. Étude des facteurs déterminants de la future installation des internes en médecine générale de la faculté de médecine de Besançon [Thèse d’exercice]. Université de Franche-Comté. Faculté de médecine et de pharmacie; 2021. 16. Lebeau JP. Initiation à la recherche qualitative en santé. Global média santé et CNGE Production. 2021. 192 p. 17. Université de Strasbourg. Formalités réglementaires 2023 en recherche en santé [Internet]. Disponible sur: https://sondagesv3.unistra.fr/index.php/473879?lang=fr 18. Phelipot A. Quelle a été l’influence du « Contrat d’Engagement de Service Public » sur le choix de l’activité professionnelle de ses signataires ? [Thèse d’exercice]. Université Bretagne Loire; 2017. 19. Ministère de la Santé et de la Prévention. Le contrat d’engagement de service public - CESP [Internet]. Disponible sur: https://sante.gouv.fr/professionnels/se-former-s-installer-exercer/lecontrat-d-engagement-de-service-public-cesp/ 20. Ministère des Affaires Sociales et de la Santé. Brochure CESP [Internet]. 2022. Disponible sur: https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/cesp_brochure_a5_2022.pdf 21. Bruaux J. CESP : retour sur l’expérience de cette mesure par entretiens semi-dirigés réalisés auprès de 12 contractants ayant souscrit depuis 2010 en Pays de Loire [Thèse d’exercice]. Nantes Université; 2017. 22. Ministère de la Santé et de la Prévention. Santé.gouv. 2022. CESP - La foire aux questions - médecine. Disponible sur: https://sante.gouv.fr/professionnels/se-former-s-installer-exercer/lecontrat-d-engagement-de-service-public-cesp/article/la-foire-aux-questions-medecine 23. ARS BFC. Zones éligibles aux aides à l’installation de médecins en Bourgogne-FrancheComté [Internet]. 2023. Disponible sur: https://www.bourgogne-franchecomte.ars.sante.fr/actualisation-zones-eligibles-aides-installation-medecins-bfc 24. Capaldi M. Impact du contrat d’engagement du service public sur l’installation des jeunes médecins généralistes en France [Thèse d’exercice]. Université de Lorraine; 2017. 25. Association Nationale des Etudiants en Médecine de France. Enquête précarité. 2019. 26. Centre National de Gestion. Données sur les Contrats d’Engagement de Service Public (CESP) Conclus avec les Etudiants et Internes en Médecine et en Odontologie - Campagnes 2010/2011 à 2019/2020. 2021. 50 27. Grassaud MH. Déterminants du choix du lieu d’installation en zone déficitaire pour les internes ayant souscrit au contrat d’engagement de service public [Thèse d’exercice]. Université Toulouse III; 2013. 28. ISNAR-IMG. Résultats de l’enquête CESP. 2019. 29. Rist S, Mesnier T. Rapport fait au nom de la commission des affaires sociales sur le projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé. Assemblée Nationale; 2019. Report No.: 1767. 30. ANEMF. État des lieux : attractivité de la médecine générale, de l’exercice en France Et impact sur le bien-être étudiant. 2022. 31. ISNAR-IMG. Enquête nationale sur les souhaits d’exercice des internes de médecine générale. 2010. 32. Polton D, Chaput H, Portela M. Remédier aux pénuries de médecins dans certaines zones géographiques - Les leçons de la littérature internationale. déc 2021;(89):78. 33. ISNAR IMG, REAGIR, ANEMF. Contre la fin de la liberté d’installation, jeunes et futurs médecins proposent des solutions [Internet]. 2022. Disponible sur: https://www.isnar-img.com/wpcontent/uploads/Contre-la-fin-de-la-liberte-dinstallation-jeunes-et-futurs-medecins-proposentdes-solutions.pdf 51 52 TABLE DES MATIERES SOMMAIRE ..................................................................................................................................... LISTE DES ABRÉVIATIONS ........................................................................................................ INTRODUCTION .......................................................................................................................... 1 I. POINT SUR LA DEMOGRAPHIE MEDICALE EN FRANCE ............................................................. 1 II. SITUATION DE LA BOURGOGNE FRANCHE COMTE ................................................................. 1 III. DESERTS MEDICAUX ET MESURES EN PLACE ...................................................................... 2 IV. LE CESP ........................................................................................................................... 2 V. QUESTION DE RECHERCHE ..................................................................................................... 3 MATERIELS ET METHODE ...................................................................................................... 5 I. TYPE D’ETUDE ....................................................................................................................... 5 II. ASPECTS ETHIQUES ET REGLEMENTAIRES .............................................................................. 5 III. POPULATION ...................................................................................................................... 5 IV. RECUEIL DE DONNEES........................................................................................................ 6 V. ANALYSE DE DONNEES .......................................................................................................... 6 RESULTATS ................................................................................................................................... 7 I. DONNEES EPIDEMIOLOGIQUES DES PARTICIPANTS .................................................................. 7 A. Caractéristiques démographiques .................................................................................... 7 B. Caractéristiques professionnelles .................................................................................... 8 II. SYNTHESE DE L’ANALYSE DES DONNEES ............................................................................... 9 A. Retour d’expérience ......................................................................................................... 9 1) Avant de s’engager ................................................................................................................... 9 a) Le projet professionnel......................................................................................................... 9 b) Facteurs déterminants pour la signature d’un CESP ............................................................ 9 2) Les effets du CESP ................................................................................................................. 10 a) Entre confort et contraintes ................................................................................................ 10 b) Est-il vraiment incitatif ?.................................................................................................... 12 c) Les avantages et inconvénients des zones sous denses ...................................................... 12 3) Problématiques du CESP soulevées par les répondants ......................................................... 14 a) Lien avec l’ARS ................................................................................................................. 14 b) Le zonage ........................................................................................................................... 16 c) Concilier vie personnelle et professionnelle ...................................................................... 17 d) L’incertitude ....................................................................................................................... 18 B. Leur regard sur l’avenir ................................................................................................. 19 1) Une situation professionnelle précaire ................................................................................... 19 Les études........................................................................................................................... 19 Être médecin généraliste aujourd’hui ................................................................................ 19 2) Quel futur pour le CESP ? ...................................................................................................... 20 a) Si c’était à refaire ? ............................................................................................................ 20 b) Sous conditions .................................................................................................................. 20 c) Pistes d’amélioration .......................................................................................................... 21 d) Les + et - de la réforme ...................................................................................................... 22 a) b) 53 3) a) b) c) d) e) Des solutions ?........................................................................................................................ 23 Surement pas la coercition ................................................................................................. 23 Importance de l’attractivité globale du territoire ............................................................... 25 Plus de mains ..................................................................................................................... 26 La rémunération ................................................................................................................. 26 Écouter les médecins sur le terrain .................................................................................... 27 DISCUSSION................................................................................................................................ 29 I. II. LE RESULTAT PRINCIPAL ....................................................................................................... 29 LA COMPARAISON AVEC LA LITTERATURE ............................................................................ 31 A. Caractéristiques de la population étudiée...................................................................... 31 B. Retour d’expérience ....................................................................................................... 31 1) 2) 3) 4) 5) C. Regard sur l’avenir......................................................................................................... 35 1) 2) 3) III. A. B. C. D. IV. Les motivations ...................................................................................................................... 31 L’influence sur les études et l’activité professionnelle........................................................... 32 Les critiques faites à l’ARS .................................................................................................... 32 Le risque de l’évolution .......................................................................................................... 33 La réforme .............................................................................................................................. 34 Le métier................................................................................................................................. 35 Le territoire ............................................................................................................................. 35 La coercition et les autres leviers politiques .......................................................................... 36 LES FORCES ET LIMITES ................................................................................................... 38 Population étudiée .......................................................................................................... 38 Recrutement des participants ......................................................................................... 38 Réalisation des entretiens ............................................................................................... 38 Analyse des données ....................................................................................................... 38 LES PERSPECTIVES ........................................................................................................... 39 CONCLUSION ............................................................................................................................. 41 ANNEXES ..................................................................................................................................... 43 I. ANNEXE 1 : DECLARATION DE CONFORMITE CNIL ............................................................. 43 II. ANNEXE 2 : MAILS DE L’ARS POUR LE RECRUTEMENT DES PARTICIPANTS A L’ETUDE ......... 44 III. ANNEXE 3 : MAIL RECAPITULATIF AVANT L’ENTRETIEN ................................................... 45 IV. ANNEXE 4 : GUIDE D’ENTRETIEN .................................................................................... 46 V. ANNEXE 5 : MAIL INFORMEL DE L’ARS CONCERNANT LES DONNEES SUR LE CESP EN BFC EN JUIN 2023 ............................................................................................................................... 47 BIBLIOGRAPHIE ....................................................................................................................... 49 TABLE DES MATIERES ............................................................................................................ 53 54 RÉSUMÉ ______ Nom – Prénom : Gavoille Jeanne Thèse soutenue le : 28 septembre 2023 Titre de la thèse : RETOUR D’EXPÉRIENCE DES MÉDECINS GÉNÉRALISTES AYANT SIGNÉ UN CONTRAT D’ENGAGEMENT DE SERVICE PUBLIC EN BOURGOGNE FRANCHE COMTÉ Résumé : Introduction : Pour pallier le problème de la démographie médicale en France, l’État a mis en place différentes aides dont le Contrat d’Engagement de Service Public. L’objectif principal était d’analyser les retours d’expérience de médecins généralistes en ayant signé un en Bourgogne Franche Comté, afin de mieux comprendre l’impact de ce contrat dans leur vie professionnelle et personnelle. Matériels et méthodes : Une étude qualitative par entretiens semi-dirigés à l’aide d’un guide d’entretien a été réalisée. Les entretiens ont été retranscrits et analysés manuellement par méthode phénoménologique interprétative via un double codage jusqu’à suffisance des données. Résultats : Quinze entretiens téléphoniques ont été menés au premier trimestre 2023. Une synthèse a été réalisée à partir de leur analyse. Les signataires étaient motivés par l’attrait financier du dispositif et appréciaient le bénéfice qu’ils en tiraient. Ils s’engageaient après avoir maturé leur projet professionnel de façon à ne pas subir les contraintes à l’installation. Ils étaient déçus par le manque d’accompagnement de l’ARS et déploraient un zonage incohérent. Mais le problème principal était pour eux l’incertitude entrainant un risque de rupture et de remboursement pénalisant. Par ailleurs ils trouvaient que leurs conditions professionnelles se dégradaient au même titre que l’attractivité du territoire. Ils estimaient alors que le Contrat d’Engagement de Service Public était insuffisant pour résoudre ces problèmes, et même possiblement délétère pour les étudiants. Ils refusaient la coercition et évoquaient plusieurs pistes de solutions à mettre en place. Discussion et conclusion : Le Contrat d’Engagement de Service Public n’est pas en lui-même une mauvaise mesure. Ils ne le conseillent cependant pas car ils le jugent trop risqué dans un contexte professionnel défavorable. Les problèmes qu’ils identifient, et les solutions qu’ils y associent vont au-delà de cette mesure. Mots clés : CESP - Retour d’expérience - Mesure incitative - Désert médical - Étude qualitative Université de Franche-Comté Membre fondateur de UBFC UFR Sciences de la santé, 19 rue Ambroise Paré CS 71806 F 25030 Besançon Cedex tél. 03 63 08 22 00 www.univ-fcomte.fr.
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1561 Arch. dép. Rhône, Z56.201, lettre de Claude Larochette au sous-préfet, 15 octobre 1846. 1562 Ibidem, lettre de Louis Bréchard, maire de Chamelet, au sous-préfet, 3 novembre 1843. 1563 Le document utilisé est le seul faisant allusion au refus de prestation, sans préciser la proportion de chacun des motifs dans les vacances. 330 assemblées municipales sont ainsi languissantes, privées d une partie de leurs membres, vieillies par un personnel en fonction depuis 1803 pour une partie, depuis 1813 pour une autre. La loi de 1831 met un terme à cette situation. Les mandats, prévus pour être d une durée de 20 ans par la loi du 16 thermidor an X (4 août 1802), sont désormais de six ans. Le renouvellement par moitié tous les trois ans complexifie le fonctionnement de l institution. En 1834, les édiles doivent se livrer à une séance de tirage au sort pour connaître ceux d entre eux dont le mandat s achève. L administration doit tenir à jour la liste des deux séries composant les conseils. Mais, dans le même temps, par un scrutin spécifique, les places libérées par démissions ou décès sont comblées à mi-mandat. Aux séances désertes succèdent donc des assemblées dûment constituées, avec des édiles plus nombreux 1565, puisque, excepté dans les communes de moins de 500 habitants où ils demeurent au nombre de dix, leur nombre est porté à douze dans les communes de 500 à 1 500 habitants, seize entre 1 500 et 2 500 habitants, etc. Le système électif modifie également les rapports de force au sein du conseil municipal. De conseillers d un magistrat, consultés avant 1830 davantage qu ils ne sont maîtres à proprement parler de la décision, les édiles voient leur fonction de représentation des administrés réaffirmée par ce mode de désignation. Les outrages au maire de SaintRomain-de-Popey en attestent 1566. Les feuilles d imposition remises aux contribuables en novembre 1831 déclenchent un tollé. À la sortie de la messe près de 200 personnes auraient entouré le maire, sommé de justifier des augmentations estimées inégalement réparties, dégrevant les plus riches au détriment des plus pauvres. L attitude du magistrat est empreinte des craintes d une révolte antifiscale. Il confie au garde champêtre le soin de prévenir le percepteur de se cacher. Les protestataires dénoncent les « coquineries » et les « filouteries » du maire, du conseil municipal et des répartiteurs. Les témoignages chargent Pierre Vial, boucher et cabaretier âgé de 34 ans. 1565 Les conseillers sont au nombre de dix dans toutes les communes, hormis Villefranche puis Tarare. Le maire etàl adjoi tàso tà o pt sàs pa e t.àCepe da tàl adjoi tà est p se tàau àd li atio sà u e à e pla e e tà du maire. 1566 Arch. dép. Rhône, Uv [n.c.], Outrages au maire de Saint-Romain-de-Popey, 1831. 1567 Ibidem, témoignage de Claude Roman, 7 avril 1832. 1568 Ibidem,àt oig ageàd á toi eàChassi,à mars 1832. 331 « songez d obéir parce que j ai la voix du peuple » 1569. De nombreux autres propos sont échangés ;à ete o sàd eu à ueàleà ai eàestàasso i à àdesàte psàjug sà volusà uiàluiàvale tà les surnoms de « restant de Charles dix, de Polignac, de Chantel[au]ze » 1570. Le app o he e tàduà o àduà a uisàd ál o à ev tàalo sàu eàdou leàvaleu : ancien député, pair de France depuis 1827, il compte parmi les plus fidèles soutiens des ministères Villèle et Polignac 1571. De plus, ci-devant seigneur des lieux et maire de Saint-Romain-de-Popey jus u àsaàd issio àe à,àilàestàpossi leà ueàso àsu esseu,àClaude-François Désabier, notaire de profession, soit son homme-lige. Benoît Devernoille, également prévenu d outrages, aurait d ailleu sàd la à« ousà allo sàpasà a g àdesàpouletsà àávauges » 1572, résidence du châtelain. Ce rejet du passé renforce la remise en cause des détenteurs de l auto it à u i ipale.àLesàd isio sàdesà pa titeu s,à hoisisàpa àleàp fetàsu la proposition du maire, sont contestées ; le magistrat et son conseil sont considérés illégitimes. Quelques jours après les élections municipales – elles se sont déroulées le 23 octobre dans l a o disse e tà deà Villef a he 1573 –, et alors que ni le nouveau conseil ni les maire et adjoint qui doivent en être issus ne sont encore installés, Pierre Vial se récla eà d u eà nouvelle légitimité. La « voix du peuple »à do tà ilà disposeà l auto ise aità à de a de à desà comptes à un maire dont le sursis est rappelé. Une argumentation reposant sur la dichotomie « riches »/« pauvres » va dans le même sens. E fi,à leà fo tio e e tà deà l i stitutio à u i ipaleà està odifi.à âà laà sessio à ordinaire annuelle de quinze jours destinée à approuver les comptes du maire, font place, avec la loi de 1831, quatre sessions de dix jours. 1571 Adolphe ROBERT, Edgar BOURLOTON et Gaston COUGNY [dir.], Dictionnaire des parlementaires français, ouvrage cité, p. 83 En ligne : http://www2.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche/(num_dept)/13595. 1572 Arch. dép. Rhône, Uv [n.c.], Outrages au maire de Saint-Romain-de-Pope,à Chassin, 16 mars 1832.,à t oig ageà d á toi eà 1573 Recueil des actes administratifs du département du Rhône, n° 72, 1831, art. 204, pp. 661-664. 1574 André CHANDERNAGOR, Les maires en F a e, ouvrage cité, p. 62. 332 qui doivent y avoir accès gratuitement 1575. À elles, également, depuis la loi du 21 mai 1836 de fixer les prestations en nature et les centimes additionnels destinés aux chemins vicinaux 1576. Les attributions du conseil municipal se multiplient tandis que le rôle du maire estàd li it àau àpouvoi sàd l gu sàpa àl État,à est-à-di eà eu àdeàl ad i ist atio à u ilàaàseulà en charge ainsi que la convocation et la présidence du conseil. La législation implique donc des infléchissements en faveur des conseillers municipaux, particulièrement dans les o u esàoùàleà ai eàe te daitàjus u alo sàfai eàp euveàd u àpouvoi àa solu,àauà oi sàsu à le plan formel – laà fo ulatio à desà d li atio sà pou à t eà o fo eà à l esp it de la loi –, sinon réellement. Ainsi, la rupture des premières années de la monarchie de Juillet est profonde : l auto it à duà ai e, telleà u elleà taità e e eà pa à lesà ota lesà ava tà lesà T oisà Glo ieuses, s alt eà ave à leà e ouvelle e tà desà litesà auàpouvoir et se donne à lire dans des relations plus complexes vis-à-vis de conseils municipaux dont les droits sont affirmés par la loi et par la position de représentation de la population. Lorsque des châtelains acceptent à nouveau des fonctions municipales, notamment à partir du milieu des années 1840, ils ne sont plus en esu eàd i pose àu àpouvoi àa soluàsu àlesài sta esà u i ipales.àLeàsuff ageà« universel » adopté en 1848 poursuit la mutation, mais il ne met pas fin à un exercice solitaire des fonctions municipales. On peut encore le relever sous la Troisième République. 3.3. Les derniers bastions châtelains sous la Troisième République Ilà està e à ie à o pa a leà au à p e i esà a e esà duà siècle où, dans ses configurations les plus extrêmes, il correspondait à un pouvoir absolu. Cependant, il peut este àfo t.àáp sàl he àdeà eà uiàpa a tà t eàu eàvagueàdeà e o u teà u i ipaleàpa àlesà notables dans le courant des années 1880, persistent à peine quelques bastions où cette conception du pouvoir municipalàse leàatta h eà àl habitus châtelain. 3.3.1. Années 1880 : l' he d'u e te tative de e o u te u i ipale pa les notables? áuà ou sà deà l a al seà desà s uti s,à lesà le tio sà u i ipalesà deà apparues à plusieurs reprises comme une parenthèseà da sà l volutio à g pa ti ipatio à o e à so tà ale.à ái si,à laà eà s affaisseà l g e e tà à etteà date 1577, tandis que, sur la longue durée, une évolution à la hausse apparaît. De même, lors de ce vote, des candidats reçoivent près de 90 % des voix dans environ 60 % des communes, alors que, progressivement, 1575 Loi du 28 juin 1833. Recueil des actes administratifs du département du Rhône, n° 28, art. 63, 1833, pp. 217224. 1576 Recueil des actes administratifs du département du Rhône, n° 34, art. 112, 1836, pp. 229-232. 1577 Voir pp. 146 et suivantes et Annexes 5.4.2.1. 333 l u a i it à le to aleàs a oi d it 1578 e à o ja aisà lesà d sig atio sà so iop ofessio eàd lus et de communes concernés. Enfin, ellesà o tà auta tà valo is à laà p op i t à fo i eà u auà le de ai à desà suff agesà desà années 1880 1579. Lorsque ces tendances ont été o se v esà à l helleà o u ale,à ellesà o tà t à isesà e à elatio à ave à laà p se eà deà notables. Peut-on, dès lors, en conclure que les renouvellements des années 1880 sont le th t eàd u eà e o u teà ota iliai e de grande ampleur? Il s agirait ainsi d un sursaut face à la républicanisation du régime, pour laquelle un grand rôle est attribué à la « révolution o des mairies » (Daniel Halévy).àLaàsaisieàduàph eà àl helleàdeàl a o disse e tà etàe à évidence une prise de conscience collective. En outre, la naissance simultanément des s di atsà ag i oles,à s appu a tà su à laà jeu eà loià su à lesà asso iatio sà età do tà laà p iodeà deà gestatio à jus u e à -1888 ne peut être négligée 1580, démontre une volonté de rétablir un patronage traditionnel 1581 qui ne se contente pas de la seule assise municipale, qui a to e aità leu à a tio à à l helleà o u aleà età da sà u eà logi ueà st i te e tà politi o- administrative. Cetteà te tativeà seà soldeà pa à u à he à à l helleà deà l a o disse e t. Les ota lesàseàheu te tàtoutàd a o dà àu eàfo teàoppositio àdeàlaàpart des électeurs dont des pu li ai s,à ui,àpe suad sàdeàleu à o àd oitàetàp su a tàduàsoutie àdeàl ad i ist atio,à o teste tàlesà le tio sàlesàplusàlitigieuses.àái si,àp sàd u à uart des opérations électorales organisées en janvier 1881 sont présentées devant le conseil de préfecture 1582. 1579 Voir pp. 226 et suivantes et Annexes 6.1.4.1. 1580 Pierre CHAMARD, Pour une histoire de l'U io du Sud-Est, mémoire cité, f° 12. 1581 Claude-Isabelle BRELOT, « Le syndicalisme agricole et la noblesse en France de 1884 à 1914 » dans Cahiers d'histoi e, tome 41, n° 2, 1996, pp. 199-218 ; Pierre CHAMARD, Pour une histoire de l'U io du Sud-Est, mémoire cité, f 9. 1582 Voir pp. 212 et suivantes. 1583 Claude-Isabelle BRELOT, « Fonction municipale et noblesse sous la Troisième République », dans Bruno DUMONS et Gilles POLLET [dir.], Élites et pouvoirs locaux : la France du Sud-Est sous la Troisième République. Actes du colloque de Lyon, 21-22 mars 1996, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1998, pp. 429-440. 334 ôleà uià leu à i o e,à eà uià eà de eu eà possi leà u ave à l a o dà ta iteà deà leu sà administrés. Ce sont Rémi de Chénelette, le comte de Saint-Victor à Ronno, Fleury de SaintCharles à Saint-Étienne-la-Varenne, etc. Leur longévité aux fonctions de maire ne dépend ueàdeàl ge a o i ueà u ilsàatteig e t.àLes places acquises dans les années 1880 ou 1890 eà so tà d esà ueà du a tà l E t e-deux-guerres. Ce maintien sur la longue durée et la d volutio àsu esso aleàduà a datàa e tue tàl i ageàdeà g esàsa sàpa tage.àLesà o sàdeà ces maires suffisent à montrer que leur emprise sur la société villageoise dépasse les seules fonctions administratives. Agronomes, ils promeuvent les innovations sur leurs domaines et procèdent aux premiers reboisements en introduisant le sapin douglas dans les années 1860, comme Emmanuel Berger du Sablon à Claveisolles, auquel succède son fils, Charles, en 1892 1584. Ils sont également les fondateurs du syndicalisme agricole dans le Beaujolais, Gabriel de Saint-Victor notamment, et ils sont apa lesàd e t a e àave àeu àleu sàfe ie sà et leurs métayers et de mobiliser leurs relations mondaines. En outre, dans ces quelques communes, les lois scolai esà deà Julesà Fe fai eà laà d fe à do e tà e à out eà au à h telai sà l o asio à deà o st atio à deà leu à pouvoi.à Ilsà fi a e tà l ie sà àe voie tàleu sàe fa ts,à choisi la congrégatio à età fi a oleà « libre »,à s assu e tà ueà leu sà fi ie tàduàsoutie àd i stitut i esàdo tàilsào tàsouve t à l i stallatio.à Pa à e e ple,à Rémi de Chénelette fournit immeuble, mobilier et traitements aux institutrices religieuses de sa commune 1585. Les élections de la fin du 19e siècle sont pour eux une formalité. eà luà pou à leà e pla e à de eu eà à saà solde.à Po teur du titre de maire, il paraît p e d eàsesào d esàauà h teauàet,àe à,àilà e etàsaàd issio.àLeàp fetà estàpasàdupeà des motifs personnels invoqués : « sa démission avait pour but de permettre à M. de 1584 Gilbert GARRIER, Pa sa s du Beaujolais, ouvrage cité, volume 1, p. 368. 1585 Arch. p iv esà"oeu sàduà o deà u al,à M,à tatàdesà ta lisse e tsàditsàÉ oles,àfo d sàda sàleàd pa te e tà e e du Rhône depuis 1842 et personnel qui doit faire partie de ces établissements, s.d. (fin 19 -début 20 siècle). 1586 Pierre BARRAL, Les agrariens français,àouv ageà it. Voir pp. 204 et suivantes. 1587 Arch. dép. Rhône, 3M1483, mutations intervenues dans le personnel municipal, 1 juillet 1888. 1588 Arch. dép. Rhône, 3M1485, état des mutations, 11 juillet 1897. er 335 Chénelette, ancien maire, révoqué par décret du 7 juillet 1897 de revenir à la tête de la municipalité » 1589. Durant la première moitié du 20e siècle, la position prédominante des châtelains s alt e. La disparition des résultats électoraux unanimes 1590 et, particulièrement, l osio à des suffrages en faveur de la noblesse ont été relevées. Les électeurs se lasseraient-ils de leur protecteur? Vieillissant et en fonction depuis de nombreuses années, ce dernier incarne-t-ilàtoujou sàl id alàduà ai e,à eluià ueàsaàpositio àso ialeà e dài o tou a le? Le tourna tà desà a esà à a-t-il pas, dans le temps long, des incidences dans ces communes qui ont semblé échapper au rejet des notables au début de la Troisième République?à L osio à desà suff agesà i o électoral, par leà d g sà desà g e aità alo sà auà e ouvelle e tà duà o psà atio sà lesà plusà g esà età pa à l a atio s.àP og essive e t,àl id alàso ialàfo d àsu àlesài sà auà voteà deà ouvellesà galit s,àp ô àpa àlesà h telai sà età ad isà desà villageoisà s tiole ait.à âà P opi es,à leà a o à Me e -Berthaud, certes jeune acquéreur du château de La Farge, ne parvient pasà às i pose àda sàlaàdu e.àE à,àil doit le fauteuil de maire à la démission de son prédécesseur excédé des accusations que lui vaut laà pa titio àd u àse ou s 1591. Au lendemain de chaque élection municipale, il est renouvelé dans ses fonctions, obtenant le suffrage de sept des douze édiles en 1896, de neuf à dix d e t eà eu à jus u e à 1592. En 1906, il présente sa démission puis se rétracte sur l i vitatio àduà o seilà u i ipalà uià hoisit,àleà scolaire lie à eàjou,àl e pla e e tàd fi itifàduàg oupeà 1593. " agit-ilàd u à oncours de circonstances ou deàl objet de la dissension? Aucun està ta lià pa à lesà p otago istesà età lesà otifsà a gu sà pa à leà h telai à de eu e tà inconnus. Un mois plus tard, il met à exécution ses menaces. 1590 Voir pp. 208 et suivantes. 1591 Arch. dép. Rhône, 3M1484, mutations intervenues dans le personnel municipal , octobre 1895. 1592 Arch. dép. Rhône, 3M1609, Dossier Propières : procès-ve au àdesà le tio sàdeà ai esàetàd adjoi ts,à 1904. En 1904, il obtient dix voix, les deux manquantes correspondant à des abstentions. 1593 Arch. comm. Propières, Registre des délibérations municipales, délibération du 24 juin 1906. 1594 Arch. dép. Rhône, 3M1486, mutations intervenues dans le personnel municipal, août 1906. àdesà le tio sàdeà ai esàetàd adjoi ts,à . leà o seilà u i ipalàs effa e et se réduit ou presque au seul titre de disposition imposée par laàloi.àDuàfaitàdeàl auto it àso ialeàdo tàilàjouit,àilàdo deà ai eà ueà lesà l gislateu sà avaie tà pasà fait ainsi orateur. L adjoi tà ouà leà se e,àdeàplus,àu eàe ve gu eàau àfo tio sà essai e e tà e visag e.à Leà fo tionnaire se tai eà peutà assu e à la réalité de la charge administrative. Les habitants opèrent une confusion entre la position sociale du grand p op i tai eà età l auto it à uià evie tà auà ai e.à áuà d utà duà e siècle, le pouvoir sur la société villageoise paraît total. Point de remise en cause violente, sinon très localement, sousà laà fo eà d i e diesà ouà deà d p datio sà su à lesà p op i t s ; si peu de plaintes ou de pétitions adressées par les « principaux propriétaires et notables » ; moins encore fi ia tà d u à o ou sàjus u e à elà soutie à aup sà d u eà administration centrale qui, privée de leur,àad età eàpouvoi àseàpasse àduà o ou sàdesà ota les.àáuà ou sàduà si le,à l e e i eà solitai eà pe dà deà so à a pleu.à L « ig atio à deà l i t ieu », le renouvellement des réseaux gravitant autou à deà laà p fe tu eà ap sà,à l adoptio à duà suff ageà e sitai eàpuisàu ive selà as uli àpo te tàdesà oupsàfatalsà à etteà o eptio àd u à gouve e e tà u i ipalà e t eà lesà ai sà d u à seulà ho celle- ià su o eà deva tà l he à d u eà e o l tatàdeàvestigeàda sà uel uesà o e.à "ousà laà T oisi eà'pu li ue,à u teà ota iliai eà età eà de eu eà alo sà u à u esàd pe da tesàdeàleu à h telai. Maurice Agulhon a bien montré comment la littérature des 19 e et 20e siècles a fait entrer le maire dans la « galerie des fonctions sociales »,à àl i sta àduàsoldatàetàduàp t e,à duà iga dàetàduàpoli ie,àdeàl ho eàd Étatàetàdeàlaàfe eàduà o de 1596.àL i te ve tio àduà fonctionnaire dans la vie familiale, au moment du mariage civil notamment, a pu y o t i ue.à Cetteà figu eà s i spi eà eau oupà duà od leà ota iliai e,à auà oi sà jus u à laà Troisième République. Dans Les Paysans, Honoré de Balzac dépeint ainsi des maires, nobles ou bourgeois – ces derniers péjorativement rassemblés sous le terme de « médiocratie » –, qui maîtrisent les te itoi esà u ilsà ad i ist e tà e à plaça tà leu sà ho esà ligesà au à postesà stratégiques. « Un grand propriétaire doit être maire chez lui », fait valoir le régisseur à son employeur, châtelain du lieu 1597. Stendhal délivre une image peu différente avec le portrait de M. de Rênal par lequel débute Le Rouge et le Noir. Les caricaturistes se sont également emparés du personnage et ont développé le même stéréotype. Chez Honoré Daumier 1598, le maire reçoit la physionomie du bourgeois : le représenter de profil, pansu, est souvent le moyen de faire la comparaison avec les autres personnages, paysans ou autres villageois 1596 Maurice AGULHON, « De Verrières à Clocheme le », article cité, p. 407. 1597 Honoré de BALZAC, Scènes de la vie de campagne. Les Paysans, 1844. Republié dans OEuv es o pl tes, Paris, Éditions Houssiaux, 1855, tome 18, p. 330. 1598 L tudeàaà t à e e sur les 4 000 lithographies recensées par le Daumier Register (http://www.daumierregister.org) et celles faisant partie de la collection Benjamin A. et Julia M. Trustman Collection of Honoré Daumier Lithographs, Robert D. Farber University Archives and Special Collections Department, Brandeis University Libraries (http://lts.brandeis.edu/research/archives-speccoll/daumier/introduction/). Seule la diffi ult à à o stitue à u à o pusà pou à lesà aut esà lithog aphesà deà l po ue,à Ed o dà Lav ateà ota e t,à explique leur absence ici. 337 longilignes 1599.àL ha it,à edi goteàetàhautàdeàfo e, accentue les contrastes et insiste sur le statut social 1600. La posture, assise lorsque les autres sont debout ou sur une estrade, complète parfois le dispositif 1601. Inversement, lorsque les maires ne répondent pas à ces critères sociaux, ils sont dénigrés. Incompétents, ils survivent aux changements de régime, pa eà u ilsào tà t à hoisisàpa àpis-aller 1602. Selon Maurice Agulhon, cette image stéréotypée està d auta tà ieu à pe epti le u elleà està oi sà e tou eà d i agesà o u e tes,à à laà a pag eà u àlaàvilleàetàe àp ovi eà u àPa is 1603. Qui, en effet, peut prétendre, au village, arracher au re un peu de sa préséance ou de son autorité? Il y a le desservant peut-être, éventuellement un notable, mais ce sont rarement les villageois, moins encore par l i te diai eà deà leu sà ep se ta tsà o sà ava tà,à lusà e suite.à Lesà diles,à dot sà u i ue e tà d u eà identité collective 1604,à e t e tà ie à diffi ile e tà da sà l o je tifà desà auteurs souvent soucieux, tel Balzac, de dresser le portrait des « principales figures » de la société. 1602 MOLÉRI, « Le maire de village », dans Les Français peints par eux-mêmes, volume 9. Cité par Maurice AGULHON, « De Verrières à Clocheme le », article cité, pp. 406-407. 1603 Idem, pp. 407-408. 1604 Voir pp. 166 et suivantes. 1605 Honoré de BALZAC, Les scènes de campagne. Les paysans, ouvrage cité, 1 ère ère partie, chapitre 9. 1606 Idem, 1 1607 STENDHAL, Le Rouge et le Noir, 1830. Réédition : Paris, Michel Lévy frères, 1854, p. 5. partie, chapitre 8. 338 Chapitre 7 Un maire soumis à la collégialité de la décision Les règles implicites régissant les relations au sein du conseil municipal de Chamelet se situent aux antipodes de celles qui ont été observées à Odenas. Si la dignité de maire réserve à son détenteur une distinction symbolique, tel, probablement, un fauteuil tandis que les autres édiles ne disposent que de chaises 1608, il semble devoir se plier aux décisions prises collégialement, au cours de délibérations dans leur acception pleine et e ti e,àoùàseàfo tàdo àjou àlesàpositio sàdeà ha u àe àsuiteàd u àt availàp pa atoi e.àPa à ailleurs, le gouvernement dépend de la capacité à dégager un consensus, ce qui implique que la composition de la municipalité tienne compte des rapports de force entre les différents réseaux afin que les équilibres soient préservés. Enfin, cette conception du pouvoi à u i ipalàseàheu te,àava tàlaàT oisi eà' pu li ue,àauà hoi àduà ai eàetàdeàl adjoi tà pa àl ad i ist atio.àCeu -ci peuvent alors être contestés par le conseil municipal, voire par la population. 1608 Arch. comm. Chamelet, Registre des délibérations municipales, délibération du 4 mai 1850 signalant la essit à d a hete à u eà douzai eà deà haises,à laà aiso à o u eà e à ta tà pou vueà ueà pa à e p u t ; D6 D°2, Inventaire des archives et objets mobiliers de la mairie de Chamelet, 3 avril 1851 : les onzième et douzième articles sont un fauteuil (neuf) et douze chaises bois et paille (en bon état) ; D6 D°3, idem, 2 mars 1856 ; D6 D°4, idem, 12 aià à[ isà àjou àjus u auà mai 1864] ; D6 [n.c.], idem, 10 février 1889 : un fauteuil e à o à tatàetào zeà haisesàga iesàe àpailleàe àassezà o à tat.àNousà eàdisposo sàpasàd i ve tai esàult ieu s. 339 1. Une décision collective « imposée » au maire 1.1. Les actes du maire sous contrôle Alors que, dans les années 1810, le marquis de Montaigu a les coudées franches à Odenas pour choisir un garde champêtre à sa convenance, le maire de Chamelet ne paraît pas pouvoir agir sans le consentement de son conseil. Ainsi, en 1814, le voici proposant la destitution du garde – justifiée par des négligences de service – à son conseil 1609, puis lui soumettant la candidature de François Melet 1610. Lorsque, trois ans plus tard, il faut pou voi àauà e pla e e tàdeà eàde ie àpa eà u ilàestàd aux édiles sur qui porte leur vue 1820 1612 l ad i ist atio.à Laà ai e,àleà ai eàde a deà. La législation, pour le moins lacunaire sur le sujet avant i viteàpou ta tà àau u eàp, issio 1611 autio à h to i ueàpou à ueàleà hoi àsoitàvalid àpa à eà su o di atio à està e p ess e tà e tio eà e à : « M. le Mai eàe pli ueà ue,àselo àso àha itude,àilà aàpasàvoulu procéder à la nomination du garde sa sàl asse ti e tàduà o seil ;à[]àilàaàsou isà à etteàasse u ilàavaità eçues » 1613 l eàlesàdeu àseulesàde a desà. Les registres des délibérations fourmillent de ces allusions en « autorisation », « prière » ou « invitation » faites au maire à agir en conformité avec les décisions du conseil municipal. Le 14 aoûtà,à àlaàsuiteàdeàl e pos àdeàdive sàe pi te e tsàsu àdesà he i s,à le « o seilà u i ipalàd ideà àl u a i it à ueàM. le Maire est autorisé à employer tous les moyens légaux » pour faire rétablir la situation, « le priant, en outre, de mettre sous les yeux deà l ad i ist atio,à o d u àt a ie à lesà ha ita tsà deà Cha eletà so tà sa ifi s » par la modification 1614. Les expressions ne laissent rien au hasard. Les mots ont été choisis avec soin età leà to à peutà s affe estàsa sàa i à sià leà agist atà ta deà t opà à l appli atio à desà d li atio s.à ái si,à agesà ueàleà agist atàdeàCha eletàestà isàe àde eu e en 1844 : « le conseil a rappelé à M. le Maire la délibération du 20 aoûtàde ie,à[]ào jetsà ueàM. le Maire paraît avoir mis en oubli ;à età ilà l aà i vit à à luià fai eà o a t eà offi ielle e t,à sià leà lasse e tà [desà chemins vicinaux] arrêté est ou non approuvé, et à lui fournir le tout, dans le plus bref délai possible, les at iau à essai esà età ota e tà laà uotit à d i pôtsà o ilie sà [],à pou à baser la demande que la commune se propose de former et qui sera indubitablement 1609 Arch. comm. Chamelet, Registre des délibérations municipales, délibération du 18 août 1814. 1610 Idem, délibération du 15 octobre 1814. 1611 Ibidem , délibération du 6 septembre 1817. 1612 Fabien GAVEAU, L'o d e au ha ps. Histoi e des ga des ha p t es e F a e de la R volutio f a çaise à la T oisi e R pu li ue. Pou u e aut e histoi e de l'État, thèse de docto atàd histoi eàsousàlaàdi e tio àdeàJea Marc Berlière, Université de Bourgogne, 2005, f° 478 : à partir de 1820, les maires sont tenus de consulter leur o seilàetàd o te i àleu àapp o atio àava tàdeàp se te àleu à a didatà àl ad i ist atio àp fe to ale. 1613 Arch. comm. Chamelet, Registre des délibérations municipales, délibération du 12 janvier 1908. 1614 Idem, délibération du 14 août 1841. 340 a ueillie.à[]àLeàCo seilàaà gale e tài vit àM. le Maire à lui faire connaître aussi le plutôt [sic] possi leàlaà po seàdeàl ad i ist atio à àlaàp titio à uiàluiàaà t àad ess eàl a àde ie à pa à o à o eàd ha ita tsà[].àLeà o seilàesp eà ueàsoitàpa àM. le Maire directement, soit pa àl ad i ist atio àaup sàdeàla uelleàilàvoud aà ie àagi àave à peu favorablement à toutes ces justes réclamations » desà d li atio sà d Ode asà pe e gie, il sera répondu sous 1615. La comparaison avec les registres età toutà d a o d d i siste à su à laà diff e eà deà o eptio à desà fo tio sà deà ai e.à âà Cha elet,à ilà seà doità d t eà ava tà toutà l e uta tà desà esu esà adopt esàpa àleà o seilà u i ipalàetàsaàfo tio àd ad i ist ateu,à ulle e tàd i e,àl ige,à da sà età o je tif,à auà a gà desà i te lo uteu sà ave à l Étatà plutôtà u e à ep se ta tà deà eà dernier dans la commune. De plus, etteà o eptio àestàa t ieu eà àl le tio àpa àsesàpai sà et,à lo s ueà eà odeà deà d sig atio à està i stitu à deà a i eà du a le,à elleà s e à t ouveà renforcée. Amené en 1882 à se prononcer sur une deuxième vogue réclamée par les débitants de Chamelet, le maire, mis en difficulté 1616,à sou età saà d issio à à l asse l eà municipale qui, « approuvant les actes et les vues de son Maire, lui vote un ordre de confiance et le prie de vouloir bien retirer sa démission » 1617. En 1926, le pouvoir de police, pourtant spécifique au fonctionnaire, est subordonné à la volonté du conseil municipal qui « autorise le maire à passer arrêté pour tenir fermer les chiens de chasse et les poules » 1618. Ilàestàpa àailleu sà à ote àl a se eàdesà egist esàd a t sàduà ai eàda sàlesàfo dsàd a hives communales fort bien conservées. Lo s ueàlaàgestio àad i ist ativeàduà agist atà estàpasàtotale e tàsou iseà àlaà décision du conseil municipal, elle semble extrêmement surveillée. 1616 La délibération demeure très floue sur les motifs de la démission : est-il acculé par les débitants? par l ad i ist atio à à uiàlaàp titio àestà e ise? 1617 Idem, délibération du 5 novembre 1882. Souligné par nous. 1618 Idem, délibération du 15 août 1926. 1619 Idem, délibération du 28 mai 1885. 1620 Arch. comm. Chambost-Allières, Registres des délibérations municipales, délibération du 10 mai 1845. 341 Chamelet, se succèdent ainsi à cette charge Paul-Marie Jacquet 1621, Benoît Billiet 1622, Antonin Terme 1623 ou encore Marius Font 1624, principales fortunes foncières et mobilières élues. Ces hommes sont un gage sans doute de compétence, tant du point de vue de l i st u tio à ueà d u eà gestio à ad oiteà età admirée du patrimoine personnel. Ils reflètent peut-être une volo t à deà oh e eà aup sà deà l ad i ist atio,à ui,à auà ega dà desà signatures, pourrait relever le choix d dilesà peuà i st uits. Surtout, la garantie d i d pe da eà fi a i re vis-à-vis du maire explique ces nominations. En outre, cette hoità souve tà à l adjoi t 1625. Si la disposition contribue dans des communes, p side eà telles celle d Ode as, à laisser une entière liberté au maire – l adjoi tà homme de paille? 1626 à est-il pas son –, à Chamelet, elle semble assurer un contrôle effectif 1627. Enfin, chaque année, la taxe sur les chemins vicinaux est acquittée sous la forme de prestation s en nature. La direction des travaux revient théoriquement au maire. À Cha elet,à jus u à l e ploià d u à hef-cantonnier à partir de 1925 environ, la responsabilité est partagée avec les édiles 1628. 1.2. Le conseil municipal, lieu de débat : la décision collégiale À Chamelet, la décision revient donc aux conseillers municipaux. Au nombre de douze,àilà estàa priori pas exclu que quelques-u sàdi ige tàdeàfait,à u ilsàs a oge t,àsousàleà ouve tàduà o e,àlaà alit àduàpouvoi à u i ipal,à àd fautàdeàs t eàvusà onfier ouàd avoi à igu àlesàfo tio sàdeà ai eàouàd adjoi t.à'ie àdeàtelà epe da tàda sà etteà o d isio àestà oll giale.àE àt u e.àLaà oig e tàlaàp iseàdeàpa ole,àl e p essio àdeàlaàd isio à olle tiveà et le soin apporté à la consignation de ces modalités. En effet, les édiles prennent la parole lors des assemblées. Ils se présentent par exemple en initiateurs, tel Benoît Billiet proposant à la session de mai 1836 que des démarches soient faites afi à u u àvi ai eàvie 1853, Gaspard-Ja uesàGl eàse o de àleàdesse va t 1629. De même, en a dàsugg eàleàd pla e e tàd u eàfoi eà o u e eàpa à elleà 1621 Arch. comm. Chamelet, Registre des délibérations municipales, délibérations des 12 mai 1839, 10 mai 1840, 8 mai 1841, 8 mai 1842, 13 mai 1843, 10 mai 1845 et 14 mai 1848. 1622 Idem, délibération du 12 mai 1844. 1623 Idem, délibérations des 9 juin 1854, 19 1855, 14 mai 1856 et 3 juin 1860. 1624 Idem, délibérations des 4 juin 1893, 20 mai 1894, 19 mai 1895, 14 juin 1896, 23 mai 1897, 29 mai 1898. 1625 Idem, délibérations des 13 mai 1838 (Jean-Louis Bréchard), 14 mai 1852 (François Melet), 9 juin 1854, 19 mai 1855, 14 mai 1856 (Antonin Terme), 16 mai 1858, 6 mai 1861, 15 mai 1862 (Claude Terrasse), 14 mai 1872, 14 mai 1873 (Joseph Musset), 16 mai 1874, 8 mai 1875 (Antoine Aubonnet), 18 mai 1881 (Gilibert Magat), 5 juin 1884, 28 mai 1885, 27 mai 1886, 26 mai 1887, 27 mai 1888, 16 juin 1889 et 31 mai 1891 (ClaudeÉtienne Batton). 1626 Voir pp. 309 et suivantes. 1627 Voir pp. 355 et suivantes. 1628 1629 Arch. comm. Chamelet, Registre des délibérations municipales, délibération du12 mai 1836. ha d, ouvrage cité, p. 101. 342 d u eà o u eà voisi e 1630.à I itiativesà pe so elles,à ellesà so tà souve tà leà faità d a ie sà maires ou de maires potentiels : Benoît Billiet est nommé à ces fonctions en 1838, puis en 1846 et Gaspard-Jacques Glénard les a douloureusement cédées en 1852. Insistons plutôt sur la décision. Elle résulte du suffrage qui, dans un premier temps, pourrait être assez informel. Entre les années 1810 et 1830, il est fait état de l « unanimité » du conseil 1631. À partir de 1832, la pluralité des opinions s e p i e et est admise. Des décisions sont approuvées à la « majorité » 1632 et le décompte des voix est parfois signalé dans le compte rendu de délibération. Ainsi, le 8 septembre 1832, le conseil, assisté des contribuables les plus imposés de la commune 1633, doit se prononcer sur la pe ti e eà d u eà a tio à e à justi eà à l e o t eà deà Chava is,à u à p op i tai eà do tà leà p d esseu à s taità e gag à à d liv e à u à he i à à laà o u e.à Deu à uestions sont soumises au vote, témoignant de nuances qui ont dû s e p i e à lo sà deà laà dis ussio : « Mr le Maire ayant recueilli les voix sur les deux questions, elles ont été résolues affirmativement, savoir : par le conseil à la majorité de neuf voix contre deux, ces deux de ie sà vota tsà a a tà adopt à l affi ativeà ueà pou à laà se o deà uestio,à leà " Melet Étienne douzième membre, fermier de M. 1631 Idem, délibérations des 6 mai 1810, 20 avril 1814, 9 mars 1816, 18 octobre 1817, 30 mai 1818, 14 février 1819, 2 avril 1826, 15 mai 1827, 30 avril 1832, 2 septembre 1832, 10 juillet 1836, 12 août 1838, 11 novembre 1838, 10 février 1839, 12 mai 1839, 5 janvier 1840, etc. 1632 Idem, délibérations des 16 février 1833, 14 avril 1833, 4 janvier 1835, 4 juin 1837, 14 janvier 1838, etc. 1633 La loi requiert la convocation des dix plus imposés ; ici, quinze personnes siègent au début de la délibération avec les édiles. 1634 Idem, délibération du 8 septembre 1832. 1635 Idem, délibération du 17 novembre 1850. 1636 Idem, délibération du 19 novembre 1848, puis à nouveau le 16 septembre 1849. 1637 Idem, délibération du 15 mai 1862. 1638 Idem, délibérations des 22 juin 1879 et 8 janvier 1880. 343 en période prééle to aleà età l o à saità uelleà aà puà t eà laà te sio à l eà pa à laà laï isatio à deà 1639 oleà desà fillesà lo sà desà le tio sà u i ipalesà deà. Les votes à scrutins public et secret sont, selon la loi, effectués à la demande du quart des membres présents dans le p e ie à as,àouàsu à la atio àduàtie sàdeàl asse età à l aut eà durant laà eà p iodeà d l eàda sàleàse o d 1640. Le recours àl u à o t eà do à laà vigueu à desà d i o sta i e àdesàdiff e tesà odalit sàdeàl e p essio 1641 atsà età l utilisatio à. D pe da teà d une législation unique, la transcription des délibérations des conseils municipaux dans les registres diffère cependant dans leur forme. Seule celle de Chamelet insiste autant sur le déroulement des séances et le processus de décision, ce qui tend à établir l i t p tà uià leu à està a o d,à auà eà tit eà ueà laà d isio à elle-même. Ces isio sà o se v esà su à laà lo gueà du eà e lue tà laà aut esà o ti ulosit à d u à se u esàau aie tà t àp iv es.àLeà hoi àdeàl dileà ha g àduàse està pasà dava tageà e à ause.à Laà o pa aiso à desà itu esà tai eà do tà lesà ta iatàdeàsession età e à vide eà ueà laà transcription finale ne lui est pas due. En outre, la loi municipale qui autorise la présence d au iliai esà p isà ho sà duà o seilà offi ialiseà laà p se eà duà se délibérations asse 1642 tai eà deà mairie aux.à E fi,à etteà sp ifi it à deà Cha eletà està pasà li eà à desà sujetsà ueà so à l eà u i ipaleàse aitàseuleà àdevoi àt aite.àái si,àleàd o pteàdesàvoi,àl le tio à à l u a i it,à à laà ajo it à a solueà ouà elative des commissions électorales sont souvent détaillés sous la monarchie de Juillet 1643. 1.3. Le travail préparatoire à la délibération : les commissions La collégialité, que consacrent des délibérations soumises au suffrage, paraît atteindre son intensité maximale avec la préparation des séances et avec l o ga isatio àduà contrôle des actes du maire auxquelles répond la création de commissions. Rien, en effet, d i p o ptuàda sàlaàgestio àdesàdossie s.àIlsàpa aisse tà o usàe àd tailàpa àlesà dilesà uià les ont consultés, se sont fait une opinion à leur sujet et ont mobilisé leurs compétences respectives pour les faire avancer. Ainsi, la gestion administrative fait l o jetà d u à o t ôleà t oità lo s u elleà està exercée par le maire à qui peuvent être, en outre, substitués des édiles. Cette surveillance se veutàl a atio àduà o seilàda sàsaàglo alit àetà o àdesài itiativesàpe so elles,àpa tisa esà 1639 Voir pp. 565 et suivantes. 1640 Article 29 de la loi municipale du 18 juillet 1837 ; disposition reprise dans les lois municipales suivantes. 1641 Desà se si ilit sà diff e tesà o ti ue tà aujou d huià à s e p i e à d u à o seilà secrétaires de mairie qui ont en charge plusieurs communes les relèvent aisément. 1642 a u i ipalà à l aut e.à Lesà Ne figurant pas dans la loi municipale du 5 mai 1855, le recours au secrétaire de mairie est introduit par un tàduà o seilàd Étatàleà février 1862. Il est inscrit dans dans la loi du 5 avril 1884 janvier 1847. uià peuve tà t eà e e esà pa à ailleu s.à C està pourquoi des commissions sont dûment nommées. Les commissions électorales créées sous la monarchie de Juillet, celles chargées d ta li à lesà listesà duà ju à à o -1852) ainsi que celles mises en place à partir des années issio sàs olai e,àad i ist ativeàduà u eauàdeà ie faisa e,àetà ha g eàd ta li à les listes des électeurs patentés) p opose tà u à l gislatio à od leà d o ga isatio à i pos à pa à laà aisà do tà lesà dilesà o tà puà s i spi e à pou à d aut esà do ai es.à âà Cha elet,à epe da t,à l e p ie eà està a t ieu e,à ave,à e à,à leà hoi à deà deu à o issai esà chargés de répartir la somme de 400 francs entre les habitants ayant eu le plus à souffrir de la guerre 1644. Les créations de commissions demeurent néanmoins exceptionnelles et globalement limitées aux exigences de la loi jusque dans les années 1860. À partir de cette décennie, davantage encoreà à pa ti à desà a esà,à età jus u à laà fi à duà si le,à elles se multiplient. Une commission pour la réparation des croix de chemins est mise en place en 1864 1645, une autre voit le jour en 1874 1646 pour préparer une transaction destinée à l ouve tu eà d u à hemin, etc.à Deà laà gestio à d a tio sà po tuelles,à ellesà atteig e tà u eà ouvelleàdi e sio àave àl pi eu àdossie àdeàlaà o st u tio àduàg oupeàs olai eà uià o duità à la nomination de six commissions entre novembre 1881 et mai 1885, du choix de l e pla e e tàjus u auàtoisageàfi al 1647. Durant les deux dernières décennies du siècle, les fonctions municipales ont été exercées par 30 élus, dont 23 ont été inclus dans au moins une commission, sept uniquement au titre des commissions réglementaires. 1645 Idem, délibération du 10 novembre 1864. 1646 Idem, délibération du 14 février 1874.
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Figure 27: Modèle de comptage des chromosomes X faisant intervenir Tsix/Xite et Xpr Dès que la différenciation des cellules est enclenchée, les deux régions Xpr (cercles rose foncé) s'apparient et activent la transcription de Xist (cercles rose clair). Les régions Tsix/Xite (cercles bleus) s'apparient alors également, choisissent quel chromosome sera inactivé et répriment l'expression de Xist sur l'autre. Le chromosome qui réprime Xist reste actif (violet) tandis que l'autre devient inactif (bleu). D'après Stramer & Magnuson, 2009 Les régions du XIC ne sont pas suffisantes pour induire de tels phénomènes à elles seules, la présence de facteurs protéiques est également indispensable. On peut citer le facteur CTCF (CCCTC-binding factor) qui aurait de multiples fonctions dans l'inactivation du chromosome X. En effet, il joue de nombreux rôles dans la régulation de la transcription mais aussi dans l'architecture nucléaire et il permettrait de séparer les gènes inactivés de ceux échappant à l'inactivation (Filippova et al., 2005). Il pourrait également participer au choix du futur Xi en facilitant la formation d'une structure particulière de la chromatine sur l'un des chromosomes X, ce qui la rendrait conforme pour la transcription de Xist (Pugacheva et al., 2005). De plus, une concentration élevée de ce facteur a été observée sur le Xi, où il est associé au promoteur du gène Xist, mais aussi à celui de Tsix. Il a été proposé que CTCF permet d'activer la transcription de Tsix sur le Xa (Chao et al., 2002). De plus, des sites de fixation de cette protéine ont été identifiés dans le gène Tsix (Xu et al., 2007). Il a ainsi été TION proposé un modèle stochastique pour le comptage et le choix du Xi. La première étape de ce modèle est la production par les autosomes d'un facteur agissant en trans pour activer l'expression de Tsix. Au moment de la différenciation, le chromosome X, lui, exprime un facteur agissant en trans pour l'activation de Xist. La probabilité que le XIC initie l'inactivation dépend de la concentration de chaque facteur sur chaque chromosome X. Si la concentration du facteur activant Xist est suffisante, les cellules créent une opportunité pour l'ARN Xist de s'accumuler et d'initier l'inactivation, réprimant ainsi Tsix et les gènes liés au chromosome X en cis, incluant le gène codant le facteur activateur de Xist (Monkhorst et al., 2008) (Figure 28). Figure 28 : Modèle stochastique de l'inactivation du chromosome X Voir le texte pour les détails. D'après Stramer & Magnuson, 2009 Ce modèle ne correspondant pas encore exactement aux observations faites in vivo, un nouveau modèle a été proposé par Stramer & Magnuson (2009). Dans ce modèle appelé modèle par « retour d'information », le chromosome X produit un facteur agissant en trans qui se fixe sur des sites spécifiques se trouvant sur des autosomes. Une fois tous les sites saturés, les autosomes produisent alors un facteur inhibiteur en grande quantité. Ces facteurs se lient entre eux et aux XIC, et lorsqu'un chromosome X a accumulé suffisamment de facteurs inhibiteurs, le XIC initie l'inactivation. Seul un chromosome X reste actif et délivre encore le facteur mais en quantité insuffisante pour déclencher la production de facteur inhibiteur par les autosomes. - 45 - INTRODUCTION b. L'initiation de l'inactivation L'inactivation du chromosome X est initiée par la surexpression de l'ARN Xist. Elle démarre non seulement très tôt au cours du développement embryonnaire, mais également dans une fenêtre de temps courte et précise après la différenciation cellulaire. Il a été montré qu'une surexpression de Xist grâce à un transgène sous contrôle d'un promoteur inductible dans des cellules ES déjà différenciées n'induit aucune inactivation du chromosome porteur du transgène, contrairement à des cellules encore indifférenciées (Wutz et Jaenisch, 2000). L'inactivation démarre donc très tôt au cours du développement et elle ne peut plus être initiée après un certain stade. Par induction de Xist à différents stades de la différenciation, il a ensuite été possible de réduire la fenêtre d'opportunité à une période allant de l'état indifférencié jusqu'aux 24 premières heure après initiation de la différenciation. Cette répression initiale dépend de l'expression de Xist et est réversible. Nous détaillerons les facteurs impliqués dans la régulation de l'expression de Xist dans le paragraphe IV.3.1. c. La propagation de l'ARN Xist La surexpression de Xist n'est pas le seul phénomène observé lors de l'initiation de l'inactivation. L'ARN Xist n'est pas exporté dans le cytoplasme mais reste associé au chromosome X à partir duquel il est exprimé et le recouvre en quasi-totalité (rappelons que certains gènes liés au chromosome X restent actifs). La question de savoir comment cet ARN s'associe au futur Xi et comment il se propage le long de celui-ci reste non résolue, même si plusieurs hypothèses ont été émises. Il a par exemple été obervé que lorsque des translocations de portions du chromosome X contenant le XIC ont lieu sur un autosome, l'ARN Xist est incapable de se propager au-delà du point de cassure de la translocation (Popova et al., 2006). L'absence de propagation à longue distance pourrait s'expliquer par l'existence sur le chromosome X de « relais » ou « tremplins » (way stations ou booster elements, dans les termes des auteurs), favorisant la propagation sur ce chromosome (Gartler et Riggs, 1983). M. Lyon a de son côté proposé que les éléments répétés LINE-1 (long interspersed element-1) soient des cibles de haute affinité pour la fixation de l'ARN Xist (Lyon, 1998). Ces éléments se trouvent d'ailleurs en forte concentration autour du gène Xist (Jonkers et al., 2008). Toutefois, suite à la découverte de l'ARN Rsx chez l'oppossum, la composition en LINEs du chromosome X de cette espèce a été étudiée et il n'a pas été observé d'enrichissement particulier, alors que Rsx peut recouvrir le Xi (Grant et al., 2012). Il - 46 - INTRODUCTION n'est donc pas à exclure que 'autres régions d'ADN ou marques épigénétiques spécifiques pourraient également être impliquées dans la propagation de l'ARN Xist. En parallèle du recouvrement du futur chromosome X inactif par l'ARN Xist, ce chromosome adopte une conformation condensée jusqu'à la formation d'un compartiment nucléaire répressif pour la transcription. Une hypothèse contreversée concernant la structuration de ce compartiment fait intervenir les éléments de la matrice nucléaire (Clemson et al., 1996). Cette proposition est confortée par l'observation d'un enrichissement de la protéine SAF-A (Scaffold Attachment Factor A) sur le Xi. Cet enrichissement dépend du domaine d'interaction de SAF-A avec les ARN, ce qui suggère une interaction fonctionnelle avec Xist (Helbig et Fackelmayer, 2003 ; Fackelmayer, 2005). Ce compartiment a été nommé domaine Xist. Figure 29 : Modèle proposé pour la formation du domaine Xist Dans les cellules femelles non différenciées, les deux chromosomes X sont encore actifs. Après différenciation, l'ARN Xist recouvre le Xi et se structure selon un corps interne de séquences répétées transcriptionnellement inactives, qui est entourré par un ensemble de gènes. Les gènes destinés à être inactifs sont ensuite relocalisés dans le domaine Xist et l'extinction transcriptionnelle devient alors efficace. D'après la revue Chow & Heard, 2009 - 47 - INTRODUCTION d. La mise en place des marques épigénétiques et la maintenance de l'état réprimé L'état inactif du chromosome X devient irréversible 48 heures après le début de la différenciation, même après arrêt de l'expression de Xist (Wutz et al., 2002). Après accumulation de l'ARN Xist sur le Xi, plusieurs événements surviennent rapidement pour aboutir à un état silencieux stable. Nous avons déjà parlé de l'exclusion de l'ARN polymérase II. De même, des marques épigénétiques caractéristiques de l'euchromatine disparaissent au bénéfice de marques distinctives de l'hétérochromatine. En effet, les H3K9Ac, H3K4me2, H3K4me3 et l'acétylation globale des histones H4 sont perdues (Keohane et al., 1996 ; Heard et al., 2001 ; Chaumeil et al., 2002). Ces marques sont remplacées par des H3K27me3 (Rougeulle et al., 2004), H3K9me2 (Heard et al., 2001 ; Okamoto et al., 2004), H3K9me3, H4K20me1 (Kohlmaier et al., 2004) et H2AK119ub1 (de Napoles et al., 2004 ; HernandezMunoz et al., 2005). Parmi les protéines posant ces modifications, les complexes PRC1 et PRC2 ont été retrouvés sur le Xi dès 48 heures après le début de la différenciation. Les événements survenant ensuite sont entre autres l'association à un variant d'histone, la macroH2A, et à la protéine ATRX. Le dernier élément notable conduisant à un état inactivé stable et irréversible est la méthylation des ilots CpG (Chow et Heard, 2009) (Figure 30). Figure 30 : Les étapes de la mise en place de l'inactivation aléatoire du chromosome X dans les cellules ES de souris Les différentes étapes de l'inactivation aléatoire du chromosome X sont données au cours de la différenciation des cellules ES de souris (de 0 à 8 jours de différenciation) par des flèches indiquant les fenêtres temporelles de chaque événement. Se référer au texte pour les détails. D'après la revue Chow & Heard, 2009 - 48 - INTRODUCTION Ces marques apparaissant de manière séquentielle au cours de l'inactivation, il est maintenant admis qu'elles jouent des rôles distincts dans le processus, les marques les plus précoces participant à la mise en place de l'inactivation tandis que les plus tardives permettant le verrouillage de la chromatine dans un état inactif (Kohlmaier et al., 2004). Une fois que l'état inactif est établi, il est maintenu tout au long des divisions cellulaires. Certaines des modifications épigénétiques sont d'ailleurs détectées sur le Xi dans des cellules métaphasiques (Boggs et al., 2002 ; Chaumeil et al., 2002 ; Mak et al., 2002 ; Mermoud et al., 2002 ; Peters et al., 2002 ; Chadwick et Willard, 2004). De plus, une délétion de Xist dans des cellules somatiques (Brown et Willard, 1994 ; Csankovszki et al., 1999) ou l'extinction transcriptionnelle de Xist après quelques jours de différenciation (Wutz et Jaenisch, 2000) n'induit pas une réactivation globale du Xi. Cette observation souligne l'importance de ces marques dans le maintien de l'état inactif au cours des divisions, même si elles ne suffisent pas puisque la localisation de macroH2A (Csankovszki et al., 1999) et l'enrichissement en H3K27me3 (Zhang et al., 2007) disparaissent du Xi et que certain gènes sont réactivés dans ces expériences (Csankovszki et al., 2001 ; Zhang et al., 2007). La méthylation de l'ADN, quant à elle, est absolument nécessaire pour le maintien de l'état répressif, attendu que l'invalidation du gène Dnmt1 codant l'enzyme responable de cette modification provoque la réactivation du chromosome X dans l'embryon (Sado et al., 2000). IV. Le gène Xist et son transcrit IV.1 Description du gène Xist Le gène XIST a été découvert chez l'homme dès 1991, puis chez la souris (Xist). Il a été le premier gène caractérisé comme n'étant exprimé qu'à partir du chromosome X inactif dans les cellules somatiques (Borsani et al., 1991 ; Brown et al., 1991). Son implication dans l'inactivation du chromosome X a pour cette raison vite été suggérée (Penny et al., 1996). Le gène Xist est long de 35 kb et huit exons ont été caractérisés chez l'homme (Brockdorff et al., 1992 ; Brown et al., 1992 ; Chureau et al., 2002), chez la vache (Chureau et al., 2002), la souris (Simmler et al., 1996 ; Sheardown et al., 1997 ; Chureau et al., 2002) et le campagnol (Nesterova et al., 2001). En 2007, des études ont montré que la majorité des exons est conservée entre les espèces, malgré quelques exceptions (Yen et al., 2007) (Figure 31). - 49 - INTRODUCTION Figure 31 : Comparaison de l'ARN Xist entre différentes espèces Le numéro de chaque exon est indiqué sous le rectangle gris correspondant. Les introns sont représentés par des traits. L'exon 2 chez l'homme (h2), l'exon 5 chez les rongeurs (r5) et l'exon supplémentaire 4 (4b) chez le chien et la taupe ne sont pas conservés. Les répétitions sont indiquées par des rectangles de couleur. D'après les revues Brockdorff, 2002 et Yen et al., 2007 De manière générale, la conservation de séquence des exons est importante : entre la souris et l'homme, elle est de 66 %, entre la souris et la vache de 62 %. En revanche, la séquence des introns l'est très peu (Chureau et al., 2002). L'expression de ce gène est sous le contrôle de trois promoteurs. Même si la majorité des transcrits sont issus du second promoteur (environ 75 % dans les cellules somatiques) (Johnston et al., 1998), il a été montré que le troisième promoteur permet de produire un ARN de 1,6 kb (Zhao et al., 2008). Sa transcription se fait par l'ARN polymérase II, et il est maturé comme le serait un ARN messager, à savoir qu'il est épissé, qu'une coiffe lui est apposée à son extrémité 5' et qu'une queue poly(A) est synthétisée à son extrémité 3' (Brown et al., 1991 ; Brockdorff et al., 1992 ; Brown et al., 1992 ; Hong et al., 1999 ; Hong et al., 2000). Par contre, malgré toutes ces caractéristiques, il n'est pas exporté dans le cytoplasme mais reste localisé sur le chromosome dont il est issu. Plusieurs variants de l'ARN Xist ont été observés. Certains correspondent à des formes non épissées D'autres présentent une terminaison précoce de la transcription, ne contenant pas le ou les deux derniers exons (Brockdorff et al., 1992 ; Hong et al., 1999 ; Hong et al., 2000). D'autres encore constituent des variants d'épissage alternatif dont l'extrémité 3' est modifiée (Chureau et al., 2002). Nous reviendrons sur l'épissage de cet ARN par la suite. INTRODUCTION L'ARN Xist mature est composé de plusieurs régions contenant des séquences répétées en tandem. Leur conservation entre les espèces varie, certaines étant extrêmement divergentes, d'autres étant très conservées (Clemson et al., 1996 ; Nesterova et al., 2001) (cf. Figure 31). IV.2 Les fonctions de l'ARN Xist La caractérisation fonctionnelle du gène a été réalisée par une série de délétions. Les délétions de la région promotrice et du premier exon de Xist dans des cellules ES femelles (Penny et al., 1996), ainsi que les délétions de la majorité de l'exon 1 et des exons 2 à 5 (Marahrens et al., 1997) provoquent un biais dans l'inactivation, c'est-à-dire que le chromosome inactivé est toujours celui ne portant pas la délétion. Il a donc vite été émis l'idée que le gène Xist joue un rôle clé dans l'inactivation. Cela a été confirmé par l'introduction d'un ADNc de Xist dans des autosomes sous le contrôle d'un promoteur inductible (Wutz et Jaenisch, 2000). L'induction de l'expression de Xist est suffisante pour inactiver le chromosome le portant, avant que la différenciation ne soit initiée, et cela même dans un contexte mâle. Cette étude a apporté la preuve formelle de l'implication primordiale de l'ARN Xist dans l'inactivation aléatoire. La même importance a été montrée dans l'inactivation soumis à empreinte parentale par le fait que des mutations dans ce gène transmises par le père provoquent une défaillance dans le développement des tissus extraembryonnaires (Marahrens et al., 1997 ; Hoki et al., 2009). Tandis que ces premières études de délétion ont permis de montrer l'implication de l'ARN Xist dans l'inactivation, Wutz et ses collègues ont généré de nombreux ADNc Xist porteurs de diverses délétions afin d'en déterminer les éléments fonctionnels. Placé sous le contrôle d'un promoteur inductible, chacun d'entre eux a été introduit par recombinaison au locu Hprt (hypoxanthine phosphoribosyltransferase) du chromosome X dans des cellules ES mâles (Wutz et al., 2002). Après induction de l'expression de ces différents variants, ils ont étudié deux points : la localisation de l'ARN Xist par RNA-FISH, et l'efficacité d'inactivation par estimation de la mort cellulaire (rappelons que dans un contexte mâle, l'inactivation du seul - 51 - INTRODUCTION chromosome X entraine la mort cellulaire). Certaines délétions et leurs effets sur l'inactivation et sur la localisation de Xist sont résumés dans la Figure 32. Figure 32 : Eléments fonctionnels de Xist impliqués dans la localisation et dans la répression transcriptionnelle du Xi L'ARN Xist murin est présenté avec ses répétitions indiquées par des rectangles de couleur. En-dessous sont représentés certains des transgènes générés par Wutz et ses collègues afin de caractériser les éléments fonctionnels de l'ARN Xist. Les phénotypes associés aux différents transgènes sont indiqués sur le côté. D'après Wutz et al., 2002 La localisation est perdue si les deux tiers de l'ARN contenant les 6 régions conservées ne sont pas présents (transgène ∆SPs). Les auteurs ont proposés que les éléments composants cette région pourraient avoir des fonctions redondantes pour ce qui est de la localisation, ce qui expliquerait notamment la capacité de Xist à recouvrir le chromosome X même si des délétions apparaissent (transgène ∆P). C'est par exemple le cas de la délétion de l'exon 4, pourtant très conservé entre les espèces, qui ne provoque pas de délocalisation de Xist hors du Xi (Caparros et al., 2002). En ce qui concerne l'inactivation, elle n'a plus lieu avec le transgène ∆SPs, mais de manière plus intéressante, c'est également le cas lorsque seule la région des A-repeats est délétée (transgène ∆SX). Cependant, cette région n'est pas impliquée dans la localisation de Xist, ni dans la formation du domaine Xist, ni même la répression transcriptionnelle des séquences répétées du chromosome X (Wutz et al., 2002 ; Chaumeil et al., 2006 ; Clemson et al., 2006 ; Hoki et al., 2009). La région des A-repeats est donc nécessaire à la mise en place de l'inactivation, mais elle intervient dans une étape bien définie. Nous consacrerons une partie à cette région dans la suite de l'Introduction. IV.3 Les régulations de l'expression du gène Xist Bien que la surexpression de Xist ait été identifiée comme l'événement déclencheur de l'initiation de l'inactivation, les bases moléculaires l'expliquant sont restées incomprises - 52 - INTRODUCTION pendant de longues années. Au début des années 2000, il a été proposé que cette augmentation de la quantité d'ARN Xist puisse être due à une régulation différente de sa demi-vie par dégradation/stabilisation. Ce n'est que récemment que les preuves d'une augmentation de la transcription de Xist par différentes régulations ont été découvertes. IV.3.1 La régulation de la localisation et de la demi-vie de l'ARN Xist Comme nous l'avons déjà mentionné, l'ARN Xist est transcrit par l'ARN polymérase II, comme les ARN messagers codant des protéines et en possède les principales caractéristiques. Malgré ces marques distinctives qui promeuvent l'export hors du noyau par l'intermédiaire de facteurs qui recrutent les ARNm au niveau des pores nucléaires, Xist, lui, reste dans le noyau. Des études ont montré qu'il n'est pas même exporté dans le cytoplasme le temps d'être maturé avant d'être ré-importé dans le noyau ; il reste exclusivement nucléaire (Cohen et Panning, 2007). Une explication pourrait venir du fait que le facteur TAP/NXF1 ne se lie que faiblement à l'ARN Xist (Cohen et Panning, 2007). L'export de la majorité des ARNm est dépendant de ce facteur qui est recruté sur les ARN au niveau des jonctions d'exons générés par l'épissage. La faible fixation de facteurs permettant l'export du noyau semble donc contribuer à la rétention nucléaire de Xist, impliquant tous les ARN Xist produits sont regroupés et peuvent recouvrir le chromosome X. Cependant les raisons de cette fixation limitée restent toujours inconnues à ce jour. Avant la différenciation, Xist est exprimé en faible quantité à partir des deux allèles. Au moment de la différenciation, l'expression de Xist est augmentée sur le futur Xi tandis qu'elle est réprimée sur le futur Xa. Cette expression différentielle a longtemps été incomprise, jusqu'à ce qu'il soit suggéré que la transition d'une faible vers une forte expression soit due à une stabilisation de l'ARN Xist sur le Xi (Panning et al., 1997). Ceci pourrait être la conséquence de facteurs augmentant la stabilité de l'ARN sur le Xi mais aussi à des facteurs bloquant l'expression de Xist sur le Xa. Cette idée était partagée par une autre équipe qui a également montré que la stabilisation de Xist sur le futur Xi était suffisante pour expliquer l'augmentation observée de l'ARN Xist (Sheardown et al., 1997). De plus, la stabilisation sur le Xi se produit avant le silence sur le Xa. L'accumulation sur le Xi par stabilisation de l'ARN serait due à une utilisation différentielle des promoteurs de Xist (Johnston et al., 1998). Jusque là, seul un promoteur était connu, l'actuel P1. Ils ont découvert un second promoteur, situé 6,5 kb en aval du premier, qui - 53 - INTRODUCTION constitue en réalité le promoteur majeur de l'expression de Xist dans les cellules somatiques. Ils ont également mis en évidence un troisième promoteur en amont de P1, spécifique des cellules ES, désigné sous le nom de P0 (Figure 33). Ces trois promoteurs entrainent donc la transcription de trois isoformes différentes de l'ARN Xist. Figure 33 : Localisation des différents promoteurs du gène Xist La position des promoteurs est symbolisée par les flèches. Leur taille est corrélée à leur taux d'utilisation pour l'expression de Xist. D'après Johnston et al., 1998 Ils ont ainsi déterminé que les transcrits instables de Xist étaient issus de la transcription à partir du promoteur P0 et que la transition vers une utilisation des promoteurs P1/P2 permettait de transcrire des ARN stables, que ce soit lors de l'inactivation par empreinte ou lors de l'inactivation aléatoire (Johnston et al, 1998). Cependant, l'existence du promoteur P0 a été remise en cause peu de temps après (Warshawsky et al., 1999). Par ailleurs, dans le but d'identifier de nouvelles molécules impliquées dans l'inactivation du chromosome X, une analyse en série de l'expression des gènes (SAGE) a été réalisée sur des embryons murins mâles et femelles à 6,5 jours post-coïtum (Ciaudo et al., 2006). A ce stade de développement, l'inactivation aléatoire vient de démarrer dans l'épiblaste des embryons femelles et le dimorphisme sexuel entre mâle et femelle est encore limité. Si des différences de fréquence de transcrits étaient révélées, un certain nombre devrait concerner la mise en place de l'inactivation. Cette analyse a ainsi permis d'identifier, parmi les plus de 200 gènes les plus surexprimés chez la femelle par rapport au mâle, le gène Eif1. Ce gène est impliqué dans l'initiation de la traduction et la dégradation des ARN. Une diminution de l'expression de ce gène par ARN interférence conduit à l'absence de formation de domaine transcriptionnellement silencieux ainsi qu'à l'absence d'inactivation du chromosome X. De manière similaire, les mêmes auteurs ont étudié les effets d'une diminution des gènes Rent1 et Exosc10. Ces deux gènes codent pour des facteurs impliqués dans la dégradation des ARN. Rent1 est un facteur essentiel à la machinerie de dégradation non-sens, tandis que Exosc10 est un composant exclusivement nucléaire de l'exosome. Dans - 54 - INTRODUCTION les deux cas, l'ARN Xist n'est pas surexprimé et l'inactivation ne se met pas en place. Afin de compléter leur étude, ils ont montré que lorsque ces gènes sont réprimés, le taux de transcris épissés de Xist chute fortement sans que celui de transcrits non épissés ne soit affect ou que la stabilité de l'ARN ne soit diminuée (Ciaudo et al., 2006). Il ressort de cette étude que la machinerie de dégradation nucléaire est impliquée dans la régulation du taux de transcrits d'ARN Xist épissés mais également dans l'initiation de l'inactivation. IV.3.2 Les régulations transcriptionnelles de l'expression de Xist L'augmentation de la transcription du gène Xist est un élément crucial dans la mise en place de l'inactivation. L'expression de ce gène doit donc être soumise à de nombreuses régulations afin d'assurer un processus correct (fenêtre de temps, nombre de chromosomes X à inactiver, réactivation du Xi, ). La Figure 34 présente les principaux acteurs de cette régulation. Figure 34 : Les acteurs de la régulation de l'expression de Xist Vue schématique de la région XIC ainsi que des acteurs clés dans la régulation de l'expression de Xist, qu'ils agissent sur Tsix ou directement sur Xist. D'après la revue Pontier & Gribnau, 2011 a. Les inhibiteurs transcriptionnels de Xist - Régulation par l'ARN Tsix Avant l'initiation de l'inactivation, Tsix est exprimé à partir des 2 chromosomes X. Au moment de l'initiation, son expression devient monoallélique, à partir du chromosome qui restera actif. L'ARN Tsix pourrait inhiber l'expression de Xist en cis par plusieurs mécanismes : (i) par interférence au niveau de la transcription. Ce serait la transcription de l'ARN Tsix chevauchant celle de Xist en antisens qui bloquerait cette dernière (Shibata et - 55 - INTRODUCTION Lee, 2004 ; Sado et al., 2006) (Figure 35.B et C). (ii) Il a été montré que Tsix est capable d'influencer l'apposition de marques épigénétiques au niveau du promoteur de Xist. Il permettrait ainsi de moduler l'état hétérochromatinien de ce promoteur sur le Xa dans le but de bloquer son expression (Navarro et al., 2005 ; Sado et al., 2005 ; Sun et al., 2006) (Figure 35.A). (iii) Tsix pourrait de même agir de concert avec des facteurs de pluripotence afin d'inhiber l'expression de Xist, notamment dans l'étape de comptage (Shibata et Lee, 2004, Navarro et al., 2008 ; Nesterova et al., 2011) (Figure 35.A). Nous allons justement détailler ces facteurs dans le prochain paragraphe. Figure 35 : Mécanismes possibles de la régulation par Tsix de l'expression de Xist par interférence transcriptionnelle A. Modèle de régulation faisant intervenir des facteurs agissant sur la conformation de la chromatine ou directement sur l'ADN. B. Modèle dans lequel la transcription de l'ARN Tsix bloque celle de l'ARN Xist. C. Modèle dans lequel l'ARN Tsix, en s'hybridant à l'ARN Xist dont il est complémentaire, empêcherait ce dernier de diffuser tout au long du chromosome X. D'après(Shibata et Lee, 2004) - Régulation par les facteurs de pluripotence La régulation par l'ARN Tsix ne peut pas expliquer à elle seule la régulation de l'expression de Xist. En effet, l'invalidation de Tsix sur le chromosome X paternel ne bloque pas la réactivation du Xp dans les cellules de l'ICM (Kalantry et Magnuson, 2006). De même, la transcription de Xist reste réprimée dans des cellules ES indifférenciées malgré une mutation du gène Tsix (Navarro et al., 2005). C'est alors qu'une corrélation entre les facteurs - 56 - INTRODUCTION de pluripotence et l'inactivation du chromosome X a été observée : dans l'ICM du blastocyste, la réversion de l'inactivation du X suit l'expression de Nanog (Mak et al., 2004). Il a ainsi été montré que des facteurs clés comme Nanog, Oct4 ou encore Sox2 se liaient au niveau de l'intron 1 de Xist dans des cellules ES indifférenciées et qu'ils répriment l'expression de Xist (Navarro et al., 2008). Ils ont également montré l'importance de la coopérativité entre ces facteurs. Ce constat s'est poursuivi par une étude plus précise de la régulation de l'expression de Xist par ces facteurs. Outre l'action inhibitrice directe par fixation sur l'intron 1 de l'ARN Xist, Oct4 se fixe également de manière directe sur Tsix et Xite et se complexe avec le facteur CTCF (Donohoe et al., 2009). Nous avons parlé brièvement de CTCF (cf. paragraphe I.2.1), un facteur de transcription qui peut être un activateur, un inhibiteur ou encore un acteur dans la régulation de l'expression de gènes soumis à empreinte. Ce facteur possède en outre des sites de fixation localisés dans la région activatrice de Tsix (Chao et al., 2002). En revanche, ce facteur n'agit pas seul, et il a été découvert que les sites de fixation de CTCF sur cette région sont souvent accompagnés de sites pour un autre facteur de transcription, le facteur YY1 (Yin-Yang1) (Donohoe et al., 2007) (Figure 36). Figure 36 : Localisation des sites de fixation de CTCF et YY1 sur les gènes Tsix Représentation des sites de fixation des facteurs CTCF (ronds jaunes) et YY1 (triangles bleus) sur le gène Tsix. L'orientation relative des sites de YY1 est indiquée par la direction des triangles. Le locus DXPas34 possède 40 sites potentiels pour la fixation de CTCF et 20 pour celle de YY1. D'après Donohoe et al., 2007 Le facteur Oct4 agit donc en coopération avec CTCF et YY1 afin d'activer l'expression de Tsix qui, lui, réprime celle de Xist. Cette action conjointe de Oct4, CTCF, YY1 sur Xite et Tsix pourrait se réaliser également sur les étapes de comptage et de choix (Donohoe et al., 2009) (Figure 37). Par la suite, le facteur YY1 a été montré interagissant avec la région C de l'ARN Xist (Jeon et Lee, 2011), ce qui relierait encore plus la régulation de Tsix à celle de Xist. - 57 - INTRODUCTION Figure 37 : Modèle de la régulation dynamique et multifactorielle de l'inactivation du chromosome X par Oct4 Selon ce modèle, Oct4 se fixe à l'extrémité 5' de Xite et Tsix afin d'activer la transcription de Tsix. En même temps, Oct4 se fixe aux sites qui chevauchent le gène Xist, réprimant l'expression de Xist directement, et via l'activation de Tsix. Lorsque la cellule se différencie, en coopération avec CTCF, Oct4 facilite l'appariement des deux chromosomes X en agissant sur Tsix/Xite. Sur le futur Xi, Oct4 ne se fixe plus puisque son taux dans la cellule diminue, ce qui réduit l'expression de Tsix et induit celle de Xist. Sur le futur Xa, le peu de fixation de Oct4 maintient l'expression de Tsi et l'inhibition de Xist. D'après Donohoe et al., 2009 Cependant, ces trois facteurs de pluripotence ne sont pas suffisants pour expliquer la régulation de Tsix. Les expériences sur ces facteurs ayant été réalisées en majorité dans des cellules souches pluripotentes induites (iPS cells), trois autres facteurs utilisés dans ce type de culture ont été étudiés, Rex1, Klf4 et cMyc. Il avait d'ailleurs été observé une diminution de l'expression de Tsix lors d'une délétion du facteur de pluripotence Rex1 (Masui et al., 2008). Rex1 est un marqueur pour les cellules ES indifférenciées et il a été montré que Nanog est un activateur de sa transcription, et que cette activation est accentuée par Sox2 et Oct4 (Shi et al., 2006). - 58 - INTRODUC TION Figure 38 : Réseau transcriptionnel couplant les régulateurs de pluripotence à l'inactivation du chromosome X Nanog, Oct4 et Sox2 se lient à l'intron 1 du gène Xist. La protéine associée à la pluripotence Rex1 se lie à la région 5' de Dxpas34/Tsix, conjointement aux facteurs de reprogrammation Klf4 et cMyc. Oct4, Sox 2 et Klf4 se lient également à Xite. D'après Navarro et al ., 2011 b. Les activateurs transcriptionnels de Xist Tandis que Tsix réprime l'expression de Xist sur le futur Xa, il existe des mécanismes d'activation de Xist sur le futur Xi. - Régulation par la protéine RNF12 Rnf12 est un gène localisé sur le chromosome X, plusieurs centaines de kilobases en aval de Xist/Tsix et codant pour une ubiquitine ligase E3 (RNF12 ou RLIM, RING finger LIM-domain-interacting protein). Il a tout d'abord été identifié comme une activateur de la transcription de Xist durant l'inactivation aléatoire (Jonkers et al., 2009). Par la suite, son implication dans l'inactivation soumise à empreinte a été démontrée (Shin et al., 2010). Des cellules ES mâles surexprimant Rnf12 induisent l'inactivation du seul chromosome X lors de la différenciation. De même, une large fraction de cellules ES femelles surexprimant ce gène inactive leurs deux chromosomes X. L'augmentation de la transcription de Xist dans les cellules femelles semble donc déclenchée par la présence de deux copies du gène Rnf12, au contraire de la seule copie présente chez les mâles (Jonkers et al., 2009), ce qui représente une avancée majeure dans la compréhension du mécanisme de comptage du nombre de - 59 - INTRODUCTION chromosomes X dans la cellule. De manière cohérente, RNF12 a été montré comme agissant en trans sur le promoteur de Xist, sans avoir d'effet sur l'activité de Nanog, Oct4, Sox2 ou encore Tsix (Barakat et al., 2011). Cependant, RNF12 est tout de même lié aux facteurs de pluripotence. En effet, dans des cellules ES femelles surexprimant le gène Rnf12, une proportion non négligeable de cellules présente déjà une accumulation de l'ARN Xist avant même la différenciation (Jonkers et al., 2009). Cela signifie que pour assurer la réactivation du Xi dans les cellules pluripotentes, l'expression de Rnf12 doit être diminuée. Il a a été montré que les facteurs de pluripotence Nanog, Oct4 et Sox2 contrôlent également la répression de l'expression de Rnf12, en plus de leur action sur Xist et sur Tsix (Navarro et al., 2011). Très récemment, un autre lien entre facteurs de pluripotence et RNF12 a été montré. En effet, Gontan et ses collègues ont identifié le facteur Rex1 comme une cible de l'activité ubiquitine ligase de RNF12 (Gontan et al., 2012). RNF12 catalyse l'ubiquitinylation de Rex1 et ainsi sa dégradation par le protéasome (cf. Figure 38). Compte tenu de toutes les connaissances actuelles, l'hypothèse que l'on peut avancer est que lorsque les facteurs de pluripotence Nanog, Oct4 et Sox2 sont fortement exprimés dans la cellule, le gène Rnf12 est réprimé, donc Rex1 n'est pas dégradé et il peut activer l'expression de Tsix qui lui réprime celle de Xist, ce qui permet la réactivation du Xi. A l'inverse, lorsque le taux de RNF2 atteint un certain seuil (via une plus faible concentration des facteurs Nanog, Oct4 et Sox2), la dégradation de Rex1 ne permet plus à ce dernier d'activer l'expression de Tsix de manière optimale, ce qui lève la répression de l'expression de Xist et déclenche l'initiation de l'inactivation (Figure 39). INTRODUC TION Figure 39 : Régulation de l'inactivation par RNF12 et Rex1 Avant la différenciation, Xist est réprimé par des mécanismes dépendant ou indépendant de Tsix. Le taux de RNF12 est bas, conduisant à la répression de Xist et à l'activation de Tsix. Au cours de la différenciation, la concentration nucléaire de RNF12 augmente, ce qui augmente le taux de dégradation de Rex1 et permet l'activation de Xist. La couleur des flèches (noir/gris) indique l'intensité de l'activation ou de la répression. Adapté de Gontan et al., 2012 - Régulation par l'ARN non-codant Jpx Le gène non-codant spécifique des euthériens Jpx/Enox est localisé environ 10 kb en aval de Xist d'où il est transcrit en sens opposé (Chureau et al., 2002 ; Johnston et al., 2002 ; Chow et al., 2003). Jpx ne contient pas de cadre ouvert de lecture mais il est relativement conservé dans ses 50 exons. Les premiers rapports sur ce gène indiquent qu'il n'est pas régulé au cours du développement et surtout qu'il n'est pas spécifique des mâles ou des femelles, ce qui ne le plaçait pas parmi les régulateurs potentiels de l'inactivation (Chureau et al., 2002 ; Johnston et al., 2002 ; Chow et al., 2003). Pourtant, des expériences de capture de la conformation du chromosome (3C) ont identifié l'extrémité 5' de Jpx comme étant en interaction avec le promoteur de Xist (Tsai et al., 2008). Des études plus poussées ont donc été entreprises afin de comprendre le rôle de cet ARN dans le processus d'inactivation. - 61 - INTRODUCTION Il est apparu que le taux de transcrit Jpx augmente 10 à 20 fois au moment de l'initiation de l inactivation. La délétion de Jpx bloque l'inactivation et est létal dans les cellules femelles, et il en est de même si l'ARN est supprimé après sa transcription. De plus, le fait de fournir l'ARN Jpx en trans rétablit la viabilité (Tian et al., 2010). Il en a donc été conclu que Jpx est acteur de l'inactivation qui agit en trans et qui fonctionne en tant qu'ARN non-codant. D'autre part, les effets de la délétion de Jpx disparaissent lorsque le gène Tsix est tronqué, ce qui indique une relation antagoniste entre ces deux ARN. Les auteurs penchent pour des voies parallèles de régulation, les ARN Tsix et Jpx contrôlant indépendamment la transcription de Xist (Tian et al., 2010). - Régulation par l'ARN non-codant Ftx Récemment, un gène localisé dans la région 5' de Xist, dont la fonction était jusqu'alors inconnue, a été caractérisé (Chureau et al., 2011). Il s'agit du gène Ftx (five prime to Xist) (cf. Figure 25). Ce gène produit un long ARN non-codant nucléaire, conservé entre la souris, l'homme et la vache. Ftx fait partie des gènes qui échappent partiellement à l'inactivation et il a été observé que son expression augmente au début de la mise en place de l'inactivation dans les cellules ES femelles, suivant un profil remarquablement proche de celui de Xist. La délétion de ce gène dans des cellules ES provoque une altération du taux de transcrits issus du XIC, en particulier une baisse très importante du taux d'ARN Xist, corrélée à une augmentation de la méthylation des ilots CpG du promoteur de Xist. Ftx a donc été caractérisé comme un nouveau régulateur positif de l'expression de Xist (Chureau et al., 2011). c. Régulation par la région des A-repeats de l'ARN Xist lui-même La région des A-repeats située à l'extrémité 5' de l'exon 1 de l'ARN Xist régule elle aussi l'expression de Xist. La délétion de cette région sur le chromosome X paternel chez la souris conduit à une diminution de la quantité de l'ARN Xist (Hoki et al., 2009). Cette délétion conduit également à l'activation de l'expression de la copie paternelle de Tsix. De plus, les ilots CpG de la région promotrice du gène Xist paternel présentent un taux significatif de méthylations sur le X paternel muté, alors qu'il devrait être essentiellement non méthyl . Il semblerait donc que la région des A-repeats soit un élément génomique essentiel pour la régulation transcriptionnelle correcte des gènes Xist et Tsix, et par conséquent à l'inactivation du chromosome X. - 62 - INTRODUCTION V. La région des A-repeats L'ARN Xist est long de 17 kb et comme nous l'avons déjà précisé, il comporte plusieurs régions de séquences répétées en tandem (Clemson et al., 1996 ; Nesterova et al., 2001). Nous avons également déjà parlé de la région des A-repeats, localisée à l'extrémité 5' du premier exon. Dans cette partie, nous allons voir que cette région est cruciale pour l'inactivation, et ce, à plusieurs niveaux (Wutz et al., 2002 ; Hoki et al., 2009). V.1 Présentation de la région des A-repeats V.1.1 Caractérisation de la région des A-repeats La région des A-repeats est localisée entre les deux promoteurs P1 et P2 de Xist (Figure 40). Chez la souris, elle est constituée de 419 nucléotides et comporte 7 répétitions du motif G(C/U)CCA(U/A)C(G/U)GGG(C/U)(C/U)N(C/U)GGAUAC(C/U)U(G/A) auxquels s'ajoute une demi-répétition (c'est-à- dire GCCCAACGGGGC). Ces répétitions sont séparées par des régions riches en résidus A et U. Chez l'homme, elle comporte 8 répétitions entières, séparées par des régions riches en C et U. Figure 40 : Localisation de la région des A-repeats dans le gène Xist La région des A-repeats se trouve à l'extrémité 5' du gène Xist, entre les promoteurs P1 et P2 du gène. La séquence consensus du motif répété est représenté en-dessous avec le nombre de répétitions trouvé chez la souris et chez l'homme. La région des A-repeats est la plus conservée des régions répétées de l'ARN Xist. La Figure présente la comparaison des séquences de cette région pour plusieurs espèces de vertébrés et met en évidence le degré de conservation entre espèces. - 63 - INTRODUCTION Figure 41 : Conservation de la région des A-repeats chez les vertébrés Alignement de séquence de la région des A-repeats de souris, homme, orang-outan, babouin, lémur, chien, lapin, vache, cheval et éléphant. Les nucléotides identiques sont indiqués en rouge et les éléments répétés numérotés de 1 à 9 sont entourés d'un rectangle rouge. Son importance dans le processus d'inactivation a été découverte par des expériences de délétion de régions de l'ARN Xist afin d'en caractériser leurs fonctions respectives. Lorsque l'ARN Xist est transcrit à partir d'un ADNc dans lequel la région des A-repeats est délétée, il peut s'accumuler sur le chromosome X dans des cellules ES murines mâles, mais il est incapable d'en initier l'inactivation (Wutz et al., 2002). De même, dans des cellules humaines HEK293, l'intégration de l'ADN correspondant à Xist sans la région des A-repeats en simple copie conduit à un blocage de la localisation de l'ARN Xist ainsi qu'à une absence d'inactivation. Il semble donc que cette région soit essentielle pour la localisation de Xist sur le Xi et pour la répression génique dans les cellules humaines (Chow et al., 2007). Plus récemment, il a été montré que la délétion mono-allélique paternelle de la région des Arepeats chez l'embryon murin provoque un défaut d'inactivation dans les tissus extraembryonnaires (qui, pour rappel, sont soumis à l'inactivation par empreinte). Cela met en évidence l'incapacité du chromosome X muté à être inactivé (Hoki et al., 2009), et par làmême, l'importance de la région des A-repeats l'inactivation du chromosome X, qu'elle soit soumise à empreinte ou aléatoire. INTRODUCTION V.1.2 Régulation de l'expression des A-repeats Nous avons abordé précédemment les mécanismes de régulation de l'expression de Xist. Il est évident que ces mécanismes de régulation régissent également l'expression de la région des A-repeats puisque cette région fait partie de l'ARN Xist. Toutefois, la région des A-repeats est localisée entre les deux promoteurs de Xist, P1 et P2. Ceci implique que les deux ARN Xist variants issus de l'usage alternatif de ces deux promoteurs ont des propriétés différentes. Seul le transcrit issu de P1 est théoriquement capable d'inactiver, puisqu'il comprend la région des A-repeats. D'autre part, l'utilisation d'un système rapporteur a permis de démontrer que la région +79 à +320 du gène Xist permet de produire un ARN de 1,6 kb (Zhao et al., 2008). Ce promoteur qui n'était pas décrit précédemment produit un petit transcrit contenant la région des A-repeats. Cet ARN a été nommé Arep. Il a été détecté dans les cellules ES mâles et femelles non différenciées, c'est-à-dire avant inactivation du chromosome X. Son rôle n'a pas été encore identifié. V.2 Structure de la région des A-repeats V.2.1 Prédiction informatique de Wutz et al. Cette région étant essentielle pour la mise en place de l'inactivation comme nous l'avons mentionné précédemment, et comme la structure secondaire d'un ARN conditionne son action, la structure 2D potentielle de chaque répétition a tout d'abord été prédite par voie informatique. Selon le modèle obtenu, les séquences GCCC et GGGC formeraient une petite structure en tige-boucle et les triplets (C/U)GG et (C/U)U(G/A) de la partie 3' des répétitions en formeraient une autre (Figure 42.A) (Wutz et al., 2002). Néanmoins, la seconde structure tige-boucle n'est pas thermodynamiquement stable et la structure 2D globale des A-repeats - 65 - INTRODUCTION doit également impliquer les segments reliant les répétitions (qui n'ont pas été pris en compte pour la prédiction informatique). En réinsérant un nombre variable de répétitions dans le gène Xist, il a été montré qu'il faut au minimum 5,5 répétitions du motif pour que l'inactivation soit efficace (Figure 42.B, mutant XR 5.5x). La mutation des bases composant les boucles proposées par l'approche informatique n'influence pas l'inactivation (Figure 42.B, mutant XLP). En revanche, des mutations dans les éléments proposés former les hélices des structures tige-boucle abolissent l'inactivation (Figure 42.B, mutant XNX). Le fait que la génération de mutations compensatoires restaurant les structures tige-boucle semble restaurer l'inactivation suggère une importance de la structure 2D (Figure 42.B, mutant XSR) (Wutz et al., 2002). Il avait aussi été proposé par des expériences de retard sur gel que des mutants dans lesquels les structures tige-boucle potentielles étaient dé ées n'interagissent pas avec le complexe PRC2, alors que les ARN ayant la séquence sauvage sont capables d'interagir (Zhao et al., 2008), ce qui renforce l'idée que la structure 2D doit être importante. - 66 - INTRODUCTION Figure 42 : Analyse de la région des A-repeats A. Prédiction de la structure secondaire d'une répétition de la région des A-repeats B. Séquence des monomères de l'élément de base de la région des A-repeats de type sauvage ou muté par Wutz et ses collègues. Le nombre de répétitions présentes dans les transgènes étudiés est également indiqué. La capacité des séquences à instaurer une inactivation du chromosome X est indiquée par les signes + et -. D'après Wutz et al., 2002 V.2.2 Modèle proposé par Duszczyk et al. Récemment, il a été montré par résonance magnétique nucléaire qu'un élément répété de la région des A-repeats long de 26 nt est capable de former la première structure tigeboucle, alors que le deuxième élément dans cette situation in vitro participerait à la dimérisation de l'ARN (Figure 43.B) (Duszczyk et al., 2008). En plus du fait que cette répétition ait été étudiée hors de son contexte, il faut remarquer que la séquence utilisée pour cette analyse ne correspondait pas à la séquence consensus des répétitions (Figure 43.A). En effet, elle comporte les séquences GGCGC et GCGCU au lieu des séquences GCCC et GGGC, ce qui pourrait influer sur la structure observée. Figure 43 : Modèle de dimérisation des éléments répétés de la région des A-repeats proposé par Duszczyk et al. (2008) A. Comparaison entre la séquence consensus des éléments répétés de la région des A-repeats et celle utilisée par Duszczyk et al., 2008. Les nucléotides différents sont indiqués en rouge. B. Modèle de dimérisation de la partie 3' des éléments répétés de la région des A-repeats. D'après Duszczyk et al., 2008 - 67 - INTRODUCTION Les membres de cette équipe ont poursuivi leur étude RMN et ils ont observé que la boucle composée des 4 nucléotides AUCG (« AUCG tetraloop ») formée par la première structure tige-boucle d'un élément répété de la région des A-repeats est remarquablement stable (Duszczyk et al., 2011). Ils soutiennent de nouveau que la partie 3' ne se structure pas en tigeboucle comme la prédiction le proposait, mais qu'elle est impliquée dans la formation d'un duplex inter-répétition. L'expression de transgènes de Xist portant des mutations déstabilisant cette dimérisation intermoléculaire induit l'absence d'inactivation du chromosome X in vivo (Duszczyk et al., 2011). Ils en concluent que la région des A-repeats semble être stabilisée par des interactions inter-répétitions, formant ainsi une plateforme de multimérisation et de reconnaissance des « tetraloops » par des facteurs agissant en trans. Le modèle de la structure secondaire de la région des A-repeats entière qu'ils proposent est présenté dans la Figure 44. Figure 44 : Modèle 2D de la région des A-repeats proposé par Duszczyk et al. (2011) Chaque répétition est surlignée par une teinte de gris différente. L'énergie libre ∆G de cette structure à 37°C prédite par le logiciel MFold 3.2 (Zuker 2003) est -69,8 kcal/mol. Les nucléotides écrits en couleur sont impliqués dans la « tetraloop » AUCG. D'après Duszczyk et al., 2011 - 68 - INTRODUCTION Entre les modèles de dimérisation (2008) et de la région entière (2011) de Duszczyk et al., notre laboratoire a lui aussi proposé un modèle de structure 2D de la région complète des A-repeats. Elle fait également intervenir des interactions entre répétitions mais ne conduit pas tout à fait à la même structure finale. Nous y reviendrons dans la partie Résultats.
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Figure 3-7. Temps de résolution du problème de diffusion, pour une longueur d'onde, en fonction du nombre de particules traitées, et pour deux méthodes de résolution de systèmes linéaires différentes. Des particules d'argent de 20 nm de rayon sont agencées linéairement avec une période de 50 nm. L'onde plane incidente est polarisée linéairement selon cette ligne de particules. III.2. Utilisation de la transformée de Fourier pour des réseaux périodiques de particules Nous pouvons écrire l'ensemble des équations d'interaction (3.1) sous la forme d'une équation matricielle générale (3.2) Ta  Mf où les vecteurs f et a de longueur N e contiennent tous les coefficients relatifs aux ondes respectivement diffusées et incidente. Au vu de la forme des équations (3.1), la matrice M peut de mettre sous la forme M  I  TH avec I la matrice identité et T la matrice formée des matrices de transitions : 80  T1 0 0  0     0 T2 0  0    T   0 0 T3  0         0 0 0  T  Np   La matrice H est quant à elle formée des matrices de translation :  0   t H 21  H   t H31    t N p 1  H t t H12 t H13  0 t H 23  0    Np3  H 32  t H Np 2 t H   t 2N p  H t 3N p  H     0  t (3.3) 1N p H (3.4) A chaque itération de la méthode GMRES, un produit Mv i est effectué, où v i un vecteur donnant la solution approchée du système (3.2) à la i ème itération. Comme nous l'avons   2 précisé précédemment, ce produit de complexité O N e constitue la majorité du temps de calcul nécessaire par cette méthode. Si nous décomposons maintenant le produit Mv i sous la forme vi  THv i, nous pouvons remarquer que le produit Hv i est celui qui nécessite le plus d'opérations. Par la suite, nous allons montrer comment un réseau périodique de particules permet d'obtenir une structure de la matrice H permettant de réduire la complexité de ce dernier produit. III.2.a) Cas de réseaux à une dimension Considérons le système schématisé sur la Figure 3-8. Ce système est composé de N p particules (pas nécessairement identiques) alignées de façon périodique, formant un réseau de période d. Figure 3-8. Schéma d'un réseau à une dimension de N p particules. Du fait de cette périodicité, les matrices H ij, transformant les harmoniques sphériques du système de coordonnées centré sur la j ème particule vers celui de la i ème particule, admettent les égalités suivantes dans le cas de particules séparées d'une période : H12  H 23    Hi,i 1    H N p 1, N p  H1  H 21  H32    Hi 1,i    H N p, N p 1  H 1 (3.5) Dans ces dernières relations, les matrices H1 et H 1 désignent donc des translations entre deux points séparés d'une période. De la même façon, nous pouvons définir les matrices H 2 et H 2 caractérisant des translations entre deux points séparés de 2d, et ainsi de suite. 81 Finalement, la matrice H de ce réseau périodique de particules peut s'écrire de la façon suivante : N 1 t 1 t 2 t 3  0 H H H  t H p   N 2 t 1 t 2  t H 1 0 H H  tH p   t 2 N 3  t 1 t 1 H H 0 H  tH p   (3.6) H  t 3 N 4 t 2 t 1  H H H 0  tH p             t H1 N p t H 2  N p t H3 N p t H 4 N p  0   La matric e H ré écrit e sous cette forme correspond à une matrice de Toeplitz, c'est-à-dire une matrice dont les éléments sur chacune des diagonales descendantes sont égaux. La prochaine étape consiste à transformer cette matrice en matrice circulante, c'est-à-dire une matrice dont chacune des lignes correspond à une permutation circulaire de la précédente. Si nous en revenons à notre matrice H, la première ligne de sa forme circulante HC s'écrit :  H1C  0 t H1 t H2  t H N p 1 0 0 t 1 N p H  t H2 t H 1  (3.9) De façon similaire à l'expression (3.8), le produit Hv i s'écrit alors  ~ Hv i  TF 1 H1C.~vi  (3.10) ~ Afin de pouvoir calculer les transformées H1C et ~v i ainsi que la transformée inverse de leur produit, en utilisant l'algorithme de transformée de Fourier rapide (Fast Fourier Transform, FFT), il est nécessaire que H1C et v i aient un nombre d'éléments qui soit une puissance de 2. 82 Pour ce faire, nous ajoutons si besoin des zéros afin de satisfaire cette condition (comme montré dans l'expression (3.9) où un zéro a été ajouté au milieu de la ligne de matrices). L'implémentation du produit (3.10) dans le processus itératif de la méthode GMRES permet de réduire grandement le temps de calcul par rapport à la méthode initiale qui ne tire pas profit de la structure périodique des particules. La Figure 3-9 montre ainsi qu'à partir de 30 particules alignées, la méthode basée sur la FFT permet de réduire le temps de calcul d'un facteur supérieur à 10. Figure 3-9. Temps de résolution du problème de diffusion, pour une longueur d'onde, dans le cas d'un réseau de particules à une dimension, en utilisant la méthode GMRES et sa variante utilisant la FFT. La période des particules est de 50 nm. L'onde plane incidente est polarisée linéairement selon cette ligne de particules. III.2.b) Généralisation à des réseaux à deux (et trois) dimensions La méthode présentée dans la partie précédente peut aisément être généralisée à des ensembles de particules organisées périodiquement en deux ou même trois dimensions (comme schématisé dans la Figure 3-10 dans le cas à deux dimensions). Ainsi, dans le cas à deux dimensions, la matrice H est cette fois-ci de Toeplitz par blocs de Toeplitz. La mise sous forme de matrice circulante de telles structures est toujours possible, permettant de profiter des propriétés de ces dernières pour réduire la complexité de calcul. Nous pouvons préciser ici que la même approche est utilisée dans la méthode DDA, où des réseaux périodiques de dipôles sont utilisés pour représenter des particules. La FFT y est également utilisée pour résoudre plus rapidement le système linéaire caractérisant les interactions entre les dipôles. 83 Figure 3-10. Schéma d'un réseau à deux dimensions de particules. De même que dans le cas de structures à une dimension, l'implémentation d'algorithmes basés sur la FFT dans le processus itératif de GMRES permet un gain de temps de calcul drastique comparé à cette même méthode non optimisée. Ainsi, la Figure 3-11 montre des facteurs supérieurs à 10 dans le cas de systèmes à plus de 40 particules. Figure 3-11. Temps de résolution du problème de diffusion, pour une longueur d'onde, dans le cas d'un réseau de particules à deux dimensions, en utilisant la méthode GMRES et sa variante utilisant la FFT. Les deux dimensions ont une période de 50 nm et contiennent un même nombre de particules. IV. Conclusion Dans ce chapitre, nous avons dans un premier temps étudié les modes de résonance apparaissant dans des structures périodiques de particules d'or. Dans le cas de lignes périodiques de particules identiques (nous nous somme restreint à cinq particules), avec une polarisation incidente parallèle à la ligne, le mode fondamental est excité quel que soit le nombre de particules. Ce mode correspond à une oscillation en phase des moments dipolaires des particules et est caractérisé par une exaltation de champ dont l'intensité est maximale au centre de la ligne et décroit à mesure que l'on s'en éloigne. L'augmentation du nombre de particules composant la ligne fait apparaître différents modes d'ordre supérieurs caractérisés par des relations de phase différentes entre les moments dipolaires des particules. En étudiant des structures périodiques à deux dimensions, il est apparu de façon très intéressante que ce type de système présente des profils de résonance asymétriques (pouvant être apparentés à des résonances de type Fano) dans ses spectres de diffusion et d'extinction. De plus, nous avons montré dans ces réseaux la possibilité de confiner préférentiellement et de façon efficace l'exaltation de champ sur une ligne plutôt que sur une autre, simplement en basculant la longueur d'onde d'excitation de la structure de part et d'autre du creux correspondant à la résonance Fano. Ce résultat permet d'entrevoir des possibilités d'application innovantes, dans la mesure où dans la limite de nos connaissances, cet effet n'a pour l'heure jamais été étudié ni exploité. Nous avons développé dans un deuxième temps une méthode d'optimisation de la résolution du système linéaire caractéristique du problème de diffusion dans le cas de réseaux périodiques de particules. Les méthodes itératives utilisées généralement pour la ce système ont une complexité de calcul en O Ne, due à une multiplication matrice-vecteur effectuée à chaque itération. Dans le cas de réseaux périodiques de particules, une partie de la matrice intervenant dans ce produit est une Matrice de Toeplitz. La mise sous forme circulante de cette matrice permet de calculer le produit matrice-vecteur par un produit de convolution. Finalement, l'utilisation de la transformée de Fourier rapide pour effectuer ce produit de convolution permet d'obtenir une complexité de calcul en ONe log Ne . 85 Chapitre 4 : Inscription électrique de nanostructures métalliques par Microscopie à Force Atomique I. Introduction Les résonances plasmon, comme nous l'avons longuement détaillé dans les premiers chapitres de ce manuscrit, présentent des propriétés optiques uniques caractérisées par la présence de bandes de résonances dans la réponse spectrale de nanoparticules métalliques. Ces résonances sont des conséquences de la structure électronique du métal constituant les particules, et peuvent être interprétées comme des oscillations résonantes des électrons de conduction du matériau à certaines fréquences d'excitation. Dans le cas de métaux nobles comme l'or ou l'argent, les résonances plasmons se produisent dans le spectre visible. De plus, la sensibilité de ces résonances vis-à-vis de la taille, de la forme, de l'arrangement spatial des nanoparticules ainsi que de la composition de leur environnement proche a pour conséquence une utilisation de ces matériaux dans un nombre toujours croissant d'applications. Pour nombre d'entre elles, la structuration des nanoparticules est indispensable pour obtenir la réponse optique souhaitée et ce besoin a mené à l'élaboration de diverses techniques de lithographie pour la réalisation expérimentale de nanostructures métalliques. Dans l'idéal, les méthodes de lithographie permettraient de réaliser des nanostructures avec un contrôle de précision nanométrique de leur répartition, de leur taille ainsi que de leur forme. De plus, l'inscription de structures sur de larges surfaces peut être requise selon l'application. En pratique, différentes méthodes de lithographie ont vu le jour, permettant de satisfaire une ou plusieurs conditions que l'on vient de citer. Parmi toutes ces techniques, l'équipe de Micro et Nano-structuration du Laboratoire Hubert Curien développe depuis quelques années une méthode d'inscription basée sur l'utilisation d' pointe micrométrique de Microscope à Force Atomique (AFM) sous laquelle sont inscrites des nanoparticules uniques par réaction de réduction électrochimique d'ions métalliques [86], [87]. Cette méthode ainsi que les travaux consacrés à son développement constituent le thème de cette partie exclusivement expérimentale. L'articulation de ce chapitre est établie de façon à introduire dans un premier temps les principales techniques de lithographie utilisées à l'heure actuelle, avec une convergence vers les méthodes basées sur l'utilisation de pointes AFM. La méthode d'inscription que nous utilisons sera ensuite décrite. Elle consiste à inscrire des nanostructures métalliques sur la surface d'une couche mince de silice méso-poreuse imprégnée de sels métalliques par application d'une différence de potentiel entre une pointe AFM conductrice et un substrat conducteur. II. Principales méthodes de lithographie Dans cette section, nous introduisons les principales méthodes de lithographie permettant l'inscription de nanostructures métalliques. De façon très générale, il existe deux approches pour l'élaboration de nanostructures. La première, utilisant la « voie descendante » (ou « topdown » en anglais), consiste à nano-structurer un matériau macroscopique avec pour principale application la fabrication de composants pour la micro-électronique. La seconde approche, utilisant la « voie montante » (ou « bottom-up » en anglais), consiste quant à elle à créer des nanostructures à partir de leur briques élémentaires, c'est-à-dire le plus souvent les ions et atomes. Cette voie est de manière générale la plus utilisée pour la synthèse ou l'écriture de nanoparticules métalliques. II.1. Lithographie par dépôt de nano-sphères La lithographie par dépôt de nano-sphères est une technique efficace et à faible coût pour l'inscription de particules métalliques ordonnées sur de grandes surfaces [88]. Le principe de cette méthode, illustré dans la Figure 4-1, repose sur le dépôt d'une monocouche autoassemblée de billes diélectriques (polystyrène, silice, latex, ) de taille micrométrique ou sub-micrométrique. Ces billes servent alors de masque qui, lors d'un dépôt métallique, permettra un dépôt de ce métal sur le substrat seulement au travers des interstices. Les nanostructures sont finalement révélées après le retrait des billes, faisant apparaitre une organisation périodique de nanostructures métalliques. Des formes relativement triangulaire de taille et distance variables peuvent être obtenues en jouant sur les paramètres de dépôt, permettant au final de contrôler la position des résonances plasmon de ces particules [89]. Néanmoins, malgré les avantages qu'offre cette technique, la gamme de formes mais aussi de s spatiales est somme toute limitée. 87 Figure 4-1. (a) Principe de la lithographie par nano-sphères, tiré de [53] . (b) Image de microscopie électronique montrant le résultat d'une lithographie, issu de [90]. II.2. L'une des techniques les plus utilisées est sans doute la lithographie par faisceau électronique qui permet par rapport au procédé de lithographie optique de repousser la limite de diffraction de cette dernière, et ainsi d'inscrire des motifs de dimension nanométrique. Le succès de cette méthode s'explique par la grande liberté quant à la forme et la répartition des nanostructures pouvant être générées. Le procédé de lithographie électronique est schématisé dans la Figure 4-2a. Une couche mince de résine électro-sensible négative est tout d'abord déposée sur un substrat si possible conducteur pour permettre une évacuation efficace des charges. Cette résine est alors irradiée par un faisceau d'électrons en décrivant la forme souhaitée de la nanostructure. Après une étape de développement de la résine, un dépôt métallique est effectué sur l'échantillon. Enfin, l'étape de décollage permet de retirer la résine non irradiée, laissant ainsi uniquement la nanostructure métallique sur le substrat. Cette technique permet au final d'obtenir une grande précision spatiale dans l'agencement des nanostructures, mais se révèle être encore relativement couteuse et longue à mettre en oeuvre. Figure 4-2. (a) Schéma de principe du procédé de lithographie à faisceau d'électron. (b) Exemples de structures obtenues par cette méthode, issu de [91]. II.3. Lithographies basées sur l'utilisation de pointes à champ proche Les techniques décrites ci-après ont toutes en commun l'utilisation d'une pointe AFM pour l'inscription de motifs métalliques sur des surfaces. 88 II.3.a) Nano-lithographie « Dip-pen » La lithographie « Dip-pen » [92], [93] est une technique permettant de déposer une très grande variété de composés chimiques, y compris des sels métalliques voire des nanoparticules déjà formées [94], sur une surface. Le principe général consiste à diluer le composé à déposer dans un solvant, le tout formant une encre dont sera enduite une pointe AFM. En mettant en contact cette pointe avec un substrat, un ménisque se forme autour de la zone de contact, permettant à l'encre d'être déposée sur la surface du substrat (Figure 4-3a). Cette technique nécessite un bon choix de solvant selon la nature du composé à déposer, pour respecter une neutralité chimique avec une viscosité adaptée. Les mécanismes mis en oeuvre lors du dépôt de l'encre sont fortement liés aux interactions se produisant localement autour de la zone de contact entre la pointe AFM et le substrat. Ainsi, en travaillant en milieu ambiant relativement humide, un ménisque d'eau se forme autour de la zone de contact [95], [96]. Ce ménisque, pouvant potentiellement atteindre plusieurs micromètres de diamètre, sert de vecteur au dépôt de l'encre sur la surface. L'application de la nano-lithographie « Dip-pen » au dépôt de nanostructures métalliques [97], [98] (comme montré dans les Figures 4-3a et 4-3b) a surtout été développée dans la perspective d'exploiter la conductivité des structures formée, notamment pour la microélectronique, plutôt que dans l'intérêt des résonances plasmon que ces nanostructures peuvent présenter. Un autre intérêt de cette méthode est de voir être massivement parallélisée [99], notamment en mettant en oeuvre des inscriptions simultanées en utilisant des montages pouvant comporter jusqu'à plusieurs dizaines de pointes [100]. Figure 4-3. (a) Représentation schématique du procédé de lithographie « Dip-pen », issu de [98]. Images AFM montrant l'inscription de lignes (b) d'or (issu de [97]) et (c) d'argent (issu de [98]), où dans ce dernier cas l'évolution de la largeur des nanostructures est montrée en fonction de la vitesse d'écriture. II.3.b) Inscription par réduction électrochimique Parallèlement à la lithographie « Dip-pen » présentée précédemment, d'autres méthodes ne nécessitant pas l'usage d'encre ont été développées pour l'inscription de nanoparticules métalliques uniques. Le principe commun de ces méthodes est une inscription locale par 89 réduction d'ions métalliques présents dans l'échantillon, cette réduction étant initiée par l'application d'une différence de potentiel entre une pointe AFM et un substrat conducteur. Il a ainsi été démontré qu'il est possible de faire croître des nanoparticules d'or et d'argent sur des couches hybrides SiO2/TiO2 [101], des films de silice méso-poreuse [86] ou bien des couches de polymère [102]. Plus récemment, des nanoparticules d'argent et d'or ont été inscrites sur des substrats de TiO2 dopé conducteurs [103], les sels métalliques étant adsorbés sur le substrat. Dans la mesure où ces techniques ne nécessitent pas l'usage d'encre, les précurseurs métalliques étant contenus directement dans les échantillons, leur mise en oeuvre est grandement simplifiée comparé à la lithographie « Dip-pen ». Ainsi, des dispositifs AFM commerciaux peuvent être utilisés tels quels pour l'inscription de nanoparticules métalliques. D'un point de vue pratique, l'inscription est principalement contrôlée par l'intensité et le temps d'application de la tension entre la pointe AFM et le substrat conducteur. Ces différents paramètres jouent sur la taille des particules finalement obtenues (Figure 4-5a-c). La forme des nanostructures peut également être contrôlée en juxtaposant plusieurs particules côte à côte pour former par exemple des nano-bâtonnets (Figure 4-4d). Le principe de cette méthode d'inscription que nous utiliserons par la suite est similaire à celle décrite ci-de . Figure 4-4. (a)-(c) Structures d'argent inscrites sur une matrice de polymère, issu de [102]. (d)-(f) Particules d'argent inscrites sur un substrat de TiO2 dopé Nb, issu de [103]. II.3.c) Vers la commutation résistive Des pointes de microscope à effet tunnel, conductrices et assimilables à des nanoélectrodes métalliques, ont également été utilisées pour initier localement des réactions électrochimiques sur des matériaux conducteurs mixtes ionique – électronique comme Ag2S [104], [105], ou sur des conducteurs super-ioniques comme RbAg4I5 [106], [107]. Dans ces cas, l'application d'une différence de potentiel entre la pointe métallique et le matériau conducteur induit, lorsque qu'une distance nanométrique sépare les deux électrodes, la formation de nanoparticules d'argent par une réaction électrochimique [107] (Figure 4-5). Une structuration de surface peut ainsi être effectuée suivant cette méthode [106]. Figure 4-5. Représentation schématique du processus de formation de nanoparticules d'argent durant l'application d'une différence de potentiel entre une pointe métallique et un substrat conducteur ionique. Issu de [107]. L'intérêt principal de cette technique réside dans son application potentielle à la commutation résistive [108]–[110], c'est-à-dire la propriété de certains matériaux de passer d'un état conducteur à un état isolant par application d'une différence de potentiel de part et d'autre de ces matériaux. Le principe de la commutation résistive induite par des réactions électrochimiques est ainsi montré dans la Figure 4-6. Une couche mince isolante est prise entre une électrode passive (souvent du platine) et une électrode active (de l'argent ou du cuivre la plupart du temps. Cette couche est à l'origine isolante. L'application d'un potentiel négatif à l'électrode passive induit une migration d'ions métalliques au travers de la couche, formant ainsi un canal conducteur et diminuant ainsi localement la résistivité de la couche mince. Ce processus est réversible dans le sens où le canal conducteur peut être rompu et dissolu en appliquant le potentiel négatif cette fois-ci à l'électrode active, induisant une oxydation du canal métallique et une forte augmentation de la résistivité de la couche mince. La commutation résistive d'un certain nombre de matériaux est étudiée de façon très active, ce processus étant d'ores et déjà mis en oeuvre dans la fabrication industrielle de mémoires vives de nouvelle génération, plus rapides et moins gourmandes en énergie que les mémoires actuelles, avec des tailles nanométriques de cellules. Figure 4-6. Principe de la commutation résistive induite par réactions électrochimiques. Issu de [108]. Préparation des échantillons et montage expérimental Dans cette section seront décrites les procédures expérimentales mises en oeuvre pour réaliser les inscriptions de nanostructures métalliques. Les échantillons que nous utilisons (Figure 4-7) sont composés d'une couche mince de silice méso-poreuse déposée sur un substrat composé d'un film d'oxyde d'indium-étain (ITO) conducteur supporté par une lame de verre. Le support verre-ITO est obtenu dans le commerce (avec une épaisseur d'ITO estimée à 100 nm) alors que la couche de silice est préparée en laboratoire. Les pores de la couche de silice joueront le rôle de réservoir à ions métalliques, lesquels seront réduits pour former des nanostructures. Ce processus de réduction est initié par l'application d'une différence de potentiel entre une pointe AFM conductrice et le substrat conducteur d'ITO. Dans un premier temps, nous détaillerons le processus d'élaboration des échantillons allant de la synthèse des couches de silice à leur imprégnation de sels métalliques. Nous rappellerons ensuite les bases du fonctionnement d'un Microscope à Force Atomique, ainsi que les différents modes utilisés pour l'inscription et la caractérisation des nanostructures métalliques. Figure 4-7. Vue schématique des échantillons utilisés III.1. Elaboration des couches minces de silice méso-poreuse Les couches de silice méso-poreuse sont élaborées suivant le procédé sol-gel [111] permettant une synthèse chimique d'oxydes métalliques. Cette synthèse est basée sur les réactions d'hydrolyse et de condensation d'alkoxydes métalliques, précurseurs de la matrice d'oxyde métallique finale. Dans notre cas, cet alkoxyde est le tétraéthoxysilane (TEOS) Si(OC2H5)4, pour lequel la réaction d'hydrolyse s'écrit en présence d'eau : (4.1) SiOC2 H 5 4  4H 2O  SiOH 4  4C2 H 5OH Cette réaction conduit à la formation de monomères Si(OH)4 composés de groupements hydroxyles Si – OH réactifs et d'alcool C2H5OH. Les groupements hydroxyles réagissent à leur tour entre eux par une réaction de condensation menant à la formation d'un réseau ordonné d'oxyde métallique : OH  Si  Si  OH  Si  O  Si  H 2O (4.2) En général, les réactions d'hydrolyse et de condensation sont concurrentes dans le milieu réactionnel. Néanmoins, et ce sera notre cas, une catalyse acide permettra d'accélérer la réaction d'hydrolyse (généralement lente dans l'eau) et de minimiser la vitesse de 92 condensation. Ainsi, la solution formée pourra être conservée un certain temps avant dépôt (au moins quelques semaines) avant que la réaction de condensation ne soit bien engagée. La synthèse des couches de silice méso-poreuse est donc effectuée selon ce principe, en ajoutant à la formulation un copolymère tri-bloc (F127 dans notre cas) permettant d'obtenir une porosité de la couche. En effet, le copolymère est un surfactant jouant le de gabarit dans notre matériau, son choix étant fixé par la forme et la taille souhaitée des pores. Le copolymère éliminé ensuite par traitement thermique laissera place à la porosité finale. La synthèse de nos couches démarre tout d'abord par la préparation d'un sol qui sera ensuite déposé sur le support ITO-verre :  4 g de TEOS sont mélangés à 1,76 g d'acide chlorhydrique (à 0,055M).  1,14 g de F127 sont dilués dans 18 g d'éthanol puis ajoutés dans la solution. La solution ainsi formée est ensuite agitée durant 30 minutes avant d'être déposée par trempage-retrait à une vitesse de 7 cm/min (Figure 4-8). Lors du retrait des lames, le solvant s'évapore menant à une structuration du copolymère ainsi qu'à une condensation du sol. Un traitement thermique (à 400° pendant 4h) est appliqué aux couches ainsi déposées afin de dégrader le copolymère et libérer la porosité. Figure 4-8. Processus de préparation des échantillons Au final, les couches de silice méso-poreuse ainsi déposées ont une épaisseur de 200 ± 20 nm mesurée sur un profilomètre Dektak 3 ST. La rugosité de surface, mesurée par AFM sur une zone de 25 x 25 μm2, est de 7 ± 1 nm. Enfin, la taille des pores, estimée à partir d'images de la surface obtenues par Microscopie Electronique à Balayage (MEB) comme montré dans la Figure 4-9, est de 7,5 ± 2 nm. Ces pores également sont reliés entre eux par une microporosité dans les murs de silice. 93 Figure 4-9. Image MEB montrant la porosité des couches obtenues III.2. Le Microscope à Force Atomique L'inscription de nanostructures métalliques sur nos couches s'effectue en utilisant un AFM commercial (Agilent 5500). Dans cette partie, nous nous intéresserons donc aux principes de base d'un tel microscope avec une attention particulière sur les différents modes de fonctionnement qui sont utilisés pour l'inscription et la caractérisation des nanostructures. Le schéma de principe d'un Microscope à Force Atomique est donné dans la Figure 4-10. Cet appareil, dont le principe a été publié pour la première fois en 1986 par G. Binning et al. [112] sur la base du Microscope à Effet Tunnel qui leur a valu cette même année le prix Nobel de Physique, consiste de manière très générale à venir sonder des échantillons au travers de leurs interactions avec une micro-pointe. Ainsi, un AFM permet principalement de caractériser des états de surface et de déterminer quantitativement des variations de topographie, de distribution de charges, de conductivité, etc, et ce sur des zones micrométriques voire nanométriques. Le montage de base d'un AFM est composé d'une pointe AFM disposée au bout d'un levier. Le faisceau d'une diode laser est réfléchi sur ce levier et dirigé sur un capteur à quatre quadrants, permettant de rendre compte des effets de friction et de déflection du levier qui sont conséquents des interactions de la pointe avec la surface à sonder. L'échantillon est quant à lui positionné sur un scanner piézo-électrique, permettant à la pointe de scanner la surface de l'échantillon. Le tout est contrôlé électroniquement, avec en particulier un système de rétroaction visant par exemple à imposer au levier une contrainte constante durant le scan d'une surface. Figure 4-10. Schéma de principe d'un AFM 94 Les pointes AFM (Figure 4-11), obtenues par procédé de lithographie sur des wafers de silicium, sont composées d'un levier disposé sur une puce qui lui sert de support. A l'extrémité de ce levier se trouve la pointe proprement dite, dont le rayon de courbure de l'apex (généralement de quelques dizaines de nanomètres) permet des interactions très localisées avec la surface à sonder. Les propriétés mécaniques du levier sont principalement conditionnées par leur forme et leur longueur. Souvent, et ce sera le cas des pointes que nous utiliserons, les leviers sont de forme rectangulaire, la longueur fixera leur raideur et donc leur fréquence de résonance. Figure 4-11. (a) Vue au MEB d'un support de pointe AFM typique avec (b) un zoom sur l'apex de la pointe. Le fonctionnement d'un Microscope à Force Atomique repose sur les interactions de la pointe avec la surface de l'échantillon à analyser. En fonction de la distance entre la pointe et la surface, les atomes formant ces deux éléments subissent des forces attractives ou répulsives (Figure 4-12a). En fonction du type de caractérisation souhaitée et du type d'échantillon à analyser, un AFM peut fonctionner sous différents types de modes. En ce qui concerne une caractérisation de la topographie de surface, les modes les plus largement utilisés sont les modes contact (Figure 4-12b) et le mode tapping (Figure 4-12c). En mode contact, la pointe est mise au contact de la surface de l'échantillon (avec donc des forces répulsives entre les deux). La pointe scanne alors la surface et la topographie est établie en imposant à la pointe une force d'interaction constante tout au long de son parcours. Ceci est fait en utilisant la boucle de rétroaction afin de fixer à tout moment la hauteur de la pointe pour maintenir une déflection constante du levier. L'enregistrement de la hauteur de la pointe au cours du scan permet au final de remonter à la topographie de l'échantillon. En mode tapping (Figure 4-12c), la pointe est mise en oscillation à une fréquence proche de la fréquence de résonance du levier. De façon relativement similaire au mode contact, la topographie de la surface à analyser est déterminée dans ce cas en imposant à la pointe une hauteur correspondant à une amplitude d'oscillation constante du levier. Ce mode de fonctionnement a l'avantage, par rapport au mode contact, d'imposer une force mécanique moindre sur l'échantillon ce qui permet de pouvoir caractériser des échantillons relativement mous. En plus de ces deux niers modes de fonctionnement basiques, un AFM permet également d'appliquer des différences de potentiel électriques entre une pointe conductrice et un échantillon conducteur. Dans ce cas, la mesure de l'intensité électrique circulant entre la pointe et l'échantillon peut être mesurée, permettant de caractériser la résistance électrique de ce dernier (et du contact). Ainsi, le mode conducteur (Figure 4-12d) combine une mesure de topographie de surface en mode contact, avec une mesure simultanée de la conductivité de l'échantillon. Figure 4-12. IV. Inscription et commutation réversible de nanostructures d'argent Dans cette partie, nous traitons de l'inscription de nanostructures d'argent sur des films de silice imprégnés de sel d'argent, en utilisant l'AFM en mode contact ou en mode tapping et en appliquant une différence de potentiel E entre la pointe et le substrat. Nous utilisons pour cela des pointes AFM conductrices commerciales (ANSCM-PT-20, AppNano) avec un revêtement de 20 nm de Platine-Iridium. Leur levier a une constante de raideur intermédiaire de 1 à 5 N.m-1, leur permettant d'être utilisées à la fois en mode contact et en mode tapping. L'apex de la pointe a un rayon de courbure inférieur à 30 nm (donné par le fabriquant). Lorsque les inscriptions de nanostructures sont réalisées en mode tapping, le potentiel électrique est appliqué à la pointe tout en gardant le substrat d'ITO à la masse. De plus, durant l'application du potentiel, l'amplitude d'oscillation du levier est réduite à un trentième de son amplitude « à vide » (sans interaction avec la surface). Les inscriptions réalisées en mode 96 contact, au contraire, se font en appliquant le potentiel au substrat d'ITO tout en gardant la pointe à la masse (pour des raisons de conception d'instrument utilisé). Par la suite, et pour des raisons de clarté, nous indiquerons toujours le potentiel de la pointe relativement à celui du substrat. L'ensemble des inscriptions sont menées sous atmosphère ambiante, avec une humidité relative fixée à (65 ± 5) % pour assurer la présence d'une couche d'eau adsorbée sur la surface de silice [113]. Comme nous le verrons par la suite, cette couche d'eau est indispensable à la croissance des nanostructures. IV.1. Formation de nanostructures sur la surface supérieure de la couche de silice Lorsqu'un potentiel négatif est appliqué à la pointe conductrice en mode tapping, une nanostructure croît sur la surface du film de silice (Figure 4-13). Cette croissance est due à une réduction anodique locale des ions métalliques présents dans la couche. Cette nanostructure peut être de quelques nanomètres de diamètre seulement. En appliquant le potentiel suffisamment longtemps et/ou en utilisant un potentiel suffisamment élevé, les nanostructures s'étendent latéralement sur la surface sous la forme de dendrites. Par la suite, les structures créées sur la surface seront dites en position HAUT. Figure 4-13. Formation d'une nanostructure d'argent sur la surface de la couche de silice par application d'un potentiel négatif à la pointe AFM (schéma de principe). La taille latérale des dendrites form ées augmente avec l'amplitude du potentiel appliqué ainsi qu'avec son temps d'application ( Figure 4-14 a ). Leur hauteur reste à peu près constante, autour de 6 à 8 nm, quels que soient les paramètres d'inscription utilisés. En mode contact, ces dendrites sont bien plus larges (Figure 4-14b) que celles obtenues en mode tapping, à paramètres d'inscription équivalents. L'humidité ambiante joue un rôle très important dans le processus de formation des structures d'argent. Les différentes expériences menées à humidité variable montrent qu'aucune structure ni même particule ne se forme à des humidités relatives inférieures à 50 %, et ce même en appliquant des potentiels de -10 V (la tension maximale pouvant être appliquée dans notre système) durant 30 s. Au-dessus de cette humidité seuil, la taille des structures formées croît avec le taux d'humidité, à paramètres d'inscription constants. Les dendrites formées dont la taille est inférieure au micromètre ne présentent pas de contraste optique lorsqu'elles sont observées sous microscope optique, ni de signature spectrale mesurable typique de la présence de nanostructures d'argent. Figure 4-14. (a) Image topographique de nanostructures d'argent inscrites en mode tapping sur la surface du film de silice en fonction de l'amplitude du potentiel appliqué à la pointe et de son temps d'application. (b) Image topographique d'une dendrite d'argent obtenue en mode contact en appliquant – 4 V à la pointe AFM durant 15 s. Le rôle de l'humidité ambiante dans réactions d'oxydo-réduction a d'ores et déjà été exploré dans la littérature [114]–[117]. Ainsi, l'eau adsorbée est principalement impliquée dans deux étapes du processus électrochimique. L'oxydation de l'eau joue tout d'abord le rôle de contre-réaction indispensable à la réduction des ions métalliques. De plus, la mobilité des ions métalliques augmente avec la quantité d'eau adsorbée. En plus de son influence directe sur la réaction de réduction des ions métalliques, l'interaction de l'eau adsorbée avec la pointe AFM apparaît aussi cruciale pour la formation des nanostructures métalliques. Comme démontré dans la littérature [118], un ménisque d'eau est formé lors de l'application d'un potentiel entre une pointe oscillante et le substrat. Figure 4-15. (a) Image topographique de nanoparticules d'argent inscrites en mode tapping en appliquant un potentiel de -3 V durant 200 ms avec (b) le profil topographique le long de la ligne rouge (le diamètre de chacune des particules est indiqué en nanomètres). Lorsqu'un potentiel négatif est appliqué à la pointe AFM, un noyau d'argent est initialement formé sous la pointe. Ce dernier correspond au point central plus élevé des dendrites comme on peut le voir dans la Figure 4-14a. Il joue le rôle d'anode locale sur laquelle des particules d'argent s'agglomèrent pour former la structure finale . La forme dendritique de ces structures est attribuée à un mécanisme d'agglomération limitée par la diffusion [121] (« diffusion limited aggregation model» ou DLA) des ions ou atomes d'argent. Ce modèle introduit un algorithme simple permettant de générer des formes dendritiques. Partant d'une particule initiale, une autre particule est introduite dans le système à une position aléatoire. Cette particule effectue alors des déplacements aléatoires (afin de simuler son mouvement brownien) jusqu'à s'accrocher à la particule centrale. Ceci fait, ce processus est reproduit en introduisant des particules une à une jusqu'à leur agrégation à la structure. En appliquant cet algorithme dans un plan à deux dimensions (Figure 4-16), la forme dendritique de la structure apparait après agglomération de quelques centaines de particules. Figure 4-16. Formation d'une structure dendritique en deux dimensions obtenue en appliquant le modèle DLA, en fonction du nombre de particules injectées dans le système. La comparaison des structures d'argent avec celles simul ées par le modèle DLA avec plusieurs milliers de particules (Figure 4-17) montre que le processus de croissance des 99 dendrites d'argent peut être expliqué par une cinétique de croissance limitée par la diffusion des ions argent au travers de la couche durant l'application du potentiel électrique. De plus, l'image MEB d'une large dendrite (Figure 4-17a) montre que si la structure dendritique est continue, la dendrite observée donne l'impression d'être formée d'agrégats discontinus de particules. Ceci peut être interprété par le fait que certaines particules sont formées juste sous la surface, induisant une différence de contraste avec les particules formées sur la surface. Figure 4-17. (a) Image MEB d'une dendrite d'argent inscrite en appliquant -10 V durant 2 s à la pointe AFM et (b) résultat d'une dendrite obtenue par le modèle DLA avec 5 000 particules agrégées. IV.2. Formation de nanostructures à l'interface couche-substrat Lorsque la pointe est polarisée positivement, la réduction des ions argent est cette fois-ci initiée à l'interface silice-ITO (Figure 4-18), la couche conductrice jouant alors le rôle d'anode. Les structures inscrites à cette interface seront plus tard dites en position BAS. Quel que soit le mode AFM utilisé et les paramètres d'inscriptions appliqués pour la croissance de ces nanostructures, aucun changement de topographie n'apparait à la surface du film de silice. Figure 4-18. Formation d'une nanostructure d'argent à l'interface silice-ITO par application d'un potentiel positif à la pointe AFM (schéma de principe). Au-delà d'une certaine tension seuil dépendant de l'humidité ambiante, un point brillant (Figure 4-19a) apparait optiquement après chaque application d'un potentiel positif à la pointe. La caractérisation MEB de ces points (Figure 4-19b) montre , par variation de 100 contrast e, la présence de large s particul es agglomérées sous la surface du film . Des caractérisations par spectroscopie optique en transmission de réseaux de points montrent (Figure 4-19c) la présence d'une bande d'absorption centrée à 480 nm et caractéristique des résonances plasmon des nanoparticules d'argent. L'ensemble de ces caractérisations démontre ainsi que les points brillants formés lors de l'application d'un potentiel positif à la pointe AFM sont en fait formés d'ensembles de particules d'argent inhomogènes en taille et situées à l'interface entre le film de silice et le substrat d'ITO. Comparées aux dendrites formées précédemment sur la surface du film de silice, la forme des structures obtenues ici est différente. Elles sont ainsi formées d'ilots d'argent proches et apparemment indépendants, dont la taille décroit à mesure que l'on s'éloigne du centre de la structure (et donc du point central d'application du potentiel où le processus démarre). La taille globale de la structure croit avec l'amplitude du potentiel et avec son temps d'application. Contrairement à la croissance des dendrites en surface, de nombreux noyaux apparaissent simultanément à l'interface silice-ITO aux premiers instants de l'application du potentiel, à condition que le champ électrique induit soit suffisamment important pour que la réduction anodique se déroule. Le d'ITO est alors à un potentiel négatif constant et les nanostructures croissent à partir de ces noyaux à mesure que les ions métalliques migrent au travers de la couche de silice. Le gradient de champ électrique induit au final un gradient de taille de particules formant la structure finale. Malgré tout, les structures formées sont suffisamment denses pour induire un contraste optique marqué avec une réponse spectrale caractéristique. Figure 4-19. (a) Image optique de points brillants obtenus après application de 10 V durant 2 s à la pointe AFM. (b) Une image MEB de l'un de ces points (avec en insert la mésostructure de la couche observée sur toute la zone témoignant que la surface n'a pas été modifiée) et (c) le spectre de transmission optique d'un ensemble de points similaires. IV.3. Commutation réversible Si nous en revenons aux structures d'argent inscrites en position HAUT, c'est-à-dire sur la surface de la couche de silice, celles-ci peuvent de façon intéressante être "effacées" en leur appliquant un potentiel positif (Figure 4-20). Ainsi, en positionnant la pointe AFM sur les 101 structures d'argent inscrites en surface, puis en y appliquant un potentiel positif important, les structures sont totalement dissoutes par ré-oxydation et se re-dispersent très probablement sous la forme d'ions argent. La topographie de la surface du film qui révèle la mésostructuration montre que cette dernière n'a pas été modifiée. Figure 4-20. Images topographiques obtenues durant le processus d'écriture-effacement de nanostructures d'argent, avec les paramètres indiqués à gauche de la figure. La suppression totale des structures en surface intervient au-delà d'une tension seuil qui dépend des conditions environnementales (en particulier de l'humidité ambiante). En deçà de ce seuil, la structure n'est que partiellement effacée, comme le montre la Figure 4-21 où une structure est effacée en plusieurs étapes. Dans cet exemple précis, la structure initiale est formée à – 2 V, et l'application d'un potentiel de + 2 V sur cette structure n'en retire que sa partie centrale sous forme de disque. L'application suivante de + 4V permet d'effacer le reste de la structure de la surface de silice. En utilis un temps constant d'application des potentiels, la tension seuil d'effacement total est estimée à environ + 3 V. Figure 4-21. Images topographiques du processus d'effacement en plusieurs étapes d'une nanostructure d'argent initialement formée sur la surface supérieure du film de silice. Ces nanostructures que l'on supprime de la surface supérieure du film de silice par oxydation et dissolution des nanoparticules d'argent se reforment en fait sur la contreélectrode d'ITO qui fait office d'anode et donc de site réducteur, lors de cette étape . Cette commutation de la position des nanoparticules d' argent d'une interface à l'autre est ré versible . Il suffit donc d'inverser la polarité du potentiel appliqué pour voir les nanoparticules apparaître à la surface du film, puis disparaître pour se reformer dans le volume de la couche, puis réapparaître, etc. Les images de topographie de la Figure 4-22 montrent les différentes 102 étapes de trois cycles d'écritures et effacements. Les conditions de réduction des ions argent sur la pointe (- 3V durant 1 s) restent constantes durant le cycle, de même que les conditions de ré-oxydation totale des structures en contact avec la pointe (5 V durant 1 s). Nous pouvons remarquer que la taille latérale des dendrites d'argent formées décroit fortement au fur et à mesure des cycles en dépit de la constance de la tension utilisée pour leur inscription. Afin de comprendre les différents effets se produisant durant des cycles d'écriture-effacement, observons les images optiques obtenues après chaque étape du cycle. Dans l'image optique de la Figure 4-22 sont délimitées 5 zones différentes correspondant au résultat obtenu après chaque étape du cycle (répétée à 4 reprise dans chaque aire d'où la présence de 4 points sur chaque image) effectué dans les mêmes conditions que celles décrites ci-dessus. Dans l'aire 1 correspondant à une première inscription des dendrites en position AUT, aucun contraste optique n'apparaît. En revanche, dans la zone 2, obtenue après une première ré-oxydation des dendrites, des points brillants typiques de la présence de nanostructures en position BAS (à l'interface silice-ITO) apparaissent optiquement. La deuxième inscription de nanostructures en position HAUT (dans la zone 3) montre optiquement une disparition ou une forte atténuation des points brillants. Le second effacement des dendrites de surface (zone 4) laisse réapparaître les points brillants résultant de la présence de structures en position BAS. Enfin, la dernière écriture de dendrite en surface (zone 5) laisse subsister de larges structures en position BAS. 103 Figure 4-22. Différentes étapes de commutation de la position des nanostructures d'argent avec en haut les images topographiques et en bas les images optiques obtenues après chaque étape du cycle de commutation.
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RÉGULATION OSMOTIQUE ET IONIQUE CHEZ LES CRUSTACÉS CHEZ LES CRUSTACÉS Etienne MAGNIN La vie est née dans l'eau. Au cours de l'évolution, les êtres vivants vont se libérer peu à peu de ce milieu aquatique. Les animaux auront tendance à acquérir un milieu intérieur de plus en plus indépendant des fluctuations du milieu extérieur (PORTIER, 1938). Cette indépendance se manifestera d'abord par une certaine stabilité dans la composition physico-chimique des fluides de leur corps. L'acquisition d'un équilibre hydrominéral interne constant s'est réalisé de façons très diverses dans les différents phylums du règne animal (KROGH, 1939; PROSSER, 1952; BEADLE, 1957; NICOL, 1960; BAUCHAU, 1960) et chez les invertébrés en particulier (LAFON, 1954; ROBERTSON, 1957). Les Crustacés, étant donnée la variété de leur habitat - eau de mer, eau douce, eau sursalée, terre et parasites - présenteront des mécanismes très variés dans la régulation osmotique et ionique de leur milieu intérieur en face des variations du milieu extérieur (ROBERTSON, 1960). Avant d'examiner ces différentes adaptations, nous allons donner la signification de quelques termes fréquemment utilisés dans la suite de cet exposé. DÉFINITIONS PRÉLIMINAIRES On peut considérer les organismes vivants comme entourés d'une membrane qui sépare le milieu intérieur du milieu extérieur Des mouvements d'eau obéissant aux lois de l'osmose vont s'effectuer entre les deux milieux à travers cette membrane. Si les fluides internes sont plus concentrés que le milieu externe (hypertoniques - 372 - ou hyperosmotiques par rapport au milieu), l'eau aura tendance à pénétrer dans l'organisme. Si les fluides internes sont moins concentrés que le milieu externe (hypotoniques ou hypoosmotiques par rapport au milieu), l'eau aura tendance à sortir de l'organisme. Si les fluides internes ont la même concentration que le milieu extérieur (isotoniques ou isoosmotiques par rapport au milieu), aucun mouvement d'eau ne se produit : les deux milieux sont en équilibre osmotique. La pression qu'il faudrait exercer pour s'opposer à ces mouvements d'eau est appelée pression osmotique. La pression osmotique d'une solution est rarement mesurée directement; on mesure en général l'abaissement du point de congélation ou l'abaissement de la tension de vapeur de cette solution; ces trois mesures sont d'ailleurs proportionnelles entre elles, leur valeur dépendant essentiellement du nombre de particules (ions ou molécules) dissoutes. Le tableau I donne l'ordre de grandeur de ces mesures pour l'eau de mer de salinité 36,5 p. 1 000 et pour le sérum humain. Lorsque la concentration du milieu extérieur varie, le milieu intérieur peut se comporter de diverses façons : 1° Les fluides internes se mettent rapidement en équilibre osmotique avec le milieu externe. Ces animaux osmolabiles sont dits poecilosmotiques (poïkilosmotiques). Cette adaptation au milieu externe peut se réaliser de deux manières : a) Ajustement osmotique milieu sans régulation de volume: Ces organismes se comportent comme de simples osmomètres. Si leur milieu interne est hypotonique, l'eau sort de l'animal et son volume diminue. Si le milieu interne est hypertonique, l'eau pénètre et le volume de l'animal augmente. b) Ajustement osmotique avec régulation de volume : Il y a d'abord transport d'eau par les simples lois de l'osmose jusqu'à l'obtention de l'isotonicité des deux milieux mais cette variation de volume est passagère car l'organisme éliminera ou absorbera rapidement de l'eau et des sels jusqu'à ce que le volume initial soit rétabli. 2° Les fluides internes gardent une concentration indépendante des fluctuations externes. Ces animaux osmostables sont dits homéosmotiques (homoiosmotiques). Il y a alors régulation osmotique. I. A. CRUSTACÉS MARINS POECILOSMOTIQUES Le type de ces Crustacés sans régulation osmotique est l'araignée de mer Maia. Placée en eau de mer légèrement diluée, car elle ne supporte pas de trop grandes variations de salinité (sténohalin), elle augmente d'abord de poids, ce qui correspond évidemment à une entrée d'eau dans l'organisme. Après trois heures cependant, son poids diminue et revient à sa valeur initiale. Le milieu interne a la même concentration que le milievi externe (DuVAL, 1925). C'est donc un cas typique d'ajustement osmotique avec régulation de volume. On observera exactement le phénomène inverse lorsqu'on fera passer ce crabe de l'eau de mer diluée à l'eau de mer normale ou concentrée. La figure 1 donne la représentation de la variation du A intérieur en fonction du A extérieur. Lorsque l'équilibre est réalisé, les glandes antennaires continuent à excréter une urine isotonique au sang dont le flux est égal à 3 % du poids du corps par jour (BIALASZEWICZ, 1932). Comme l'eau de mer ne peut pas pénétrer osmotiquement il faut donc admettre une absorption active d'eau à partir du milieu externe (WEBB, 1940). Les sels éliminés devront aussi être remplacés par absorption active dans la mesure où ils ne sont pas apportés par la nourriture. - 374 - A défaut de régulation osmotique, Maia squinado présente une véritable régulation ionique (ROBERTSON, 1939, 1949, 1953). La concentration du plasma en pourcentage de la concentration du plasma dialysé est 100 pour le Na, 125 pour le K, 122 pour le Ca, 81 pour le Mg, 102 pour le Cl et 66 pour le S04. Les ions Na et Cl sont donc en équilibre ou presque avec le milieu externe. Par contre, la teneur plasmatique K et Ca est nettement supérieure et la teneur en Mg et SÔ4 nettement inférieure à celle du milieu. Deux mécanismes interviennent dans cette régulation ionique : 1° Excrétion sélective d'ions par les glandes antennaires. L'urine a la composition suivante, exprimée en % de la teneur en ions du plasma : Na = 100; K =s 98; Mg = 109; Cl = 101; S04 = 214. L'urine élimine donc principalement des ions Mg et S04. 2° Absorption active de certains ions à travers les branchies, mais cette action sera plus efficace dans les Crustacés homéosmotiques (ROBERTSON, 1957). Parmi les Crustacés poecilosmotiques, nous citerons les crabes Portunus puber, P. depurator et Cancer antennarius, la langouste Palinurus vulgaris. B. HOMÉOSMOTIQUES Les Crustacés marins poecilosmotiques sont tous sténohalins. Certains Crustacés marins homéosmotiques peuvent être sténohalins mais on y rencontre aussi tous les degrés d'euryhalinité : certains ne se trouvent qu'en mer mais supportent les eaux saumâtres des estuaires; quelques-uns remontent de la mer vers les eaux douces. On rencontre aussi parmi eux tous les degrés d'adaptation à la vie terrestre. Il n'est pas étonnant dès lors de trouver dans ce groupe tous les degrés de régulation osmotique. On peut cependant distinguer deux grandes lignées chez ces Crustacés marins homéosmotiques : 1) Ceux qui ne présentent pas de régulation en eau de mer normale et concentrée mais qui présentent une régulation hyperosmotique en eau de mer diluée. 2) Ceux qui présentent une régulation hypoosmotique en eau de mer normale et concentrée et une régulation hyperosmotique en eau de mer diluée. 1. Crustacés dont le milieu intérieur est isotonique au milieu extérieur en eau de mer normale ou concentrée et hypertonique en eau de mer diluée. Ce type est représenté par Carcinus maenas dont les variations du A interne en fonction du A externe sont représentées graphique- - 375 - ment dans la figure 1. On le trouve aussi à des degrés divers chez d'autres Décapodes : Homarus, Dromia, Cancer pagurus, Grapsus marmoratus, Heloecius cordiformis (DAKIN et EDMONDS, 1931; EDMONDS, 1935); chez un Stomatopode Squilla (ROBERTSON, 1953) et chez un Isopode Mesidotea (BOGUCKI, 1932 d'après LOCKWOOD, 1962). Les mécanismes de maintien de l'isotonicité du milieu interne en eau de mer normale et sursaturée sont sensiblement identiques à ceux décrits pour Maia. Il en est même pour la régulation ionique. Cette régulation ionique est cependant plus grande car elle affecte tous les ions. Chez Carcinus maenas, en effet, la concentration du plasma en % de la concentration du plasma dialysé est 110 pour Na, 118 pour K, 108 pour Ca, 34 pour Mg, 104 pour Cl et 61 pour S04 (WEBB, 1940). Les mécanismes de régulation ionique sont les mêmes que chez Maia mais plus développés : excrétion différentielle des ions par les glandes antennaires (élimination de Mg et S04 et rétention de K : BURGER, 1957) ; absorption active des ions Na, K, Ca et Cl par les branchies (NAGEL, 1935; ROBERTSON, 1957); pénétration de Mg et de S04 par les branchies suivant le gradient de concentration (WEBB, 1940). Crustacés dont le milieu intérieur est hypotonique au milieu extérieur en eau de mer normale et concentrée et hypertonique en eau de mer diluée. Nous avons pris comme type de cette régulation osmotique le crabe américain Uca crenulata (JONES, 1941) dont les variations du milieu intérieur en fonction du A extérieur ont été représentées sur la figure 1. On retrouve le même mode de régulation chez d'autres crabes américains Pachygrapsus crassipes (GROSS, 1955) ou australiens Leptograpsus variegatus, et Heloecius cordiformis (DAKIN et EDMONDS, 1931; EDMONDS, 1935), chez les Macroures palaemonides Palaemonetes varions, Leander serratus et Leander squilla (PANNIKAR, 1941; PARRY, 1954, 1955), chez l'Anomoure Birgus latro (GROSS, 1957) et chez quelques Amphipodes. Nous terminerons par l'étude du crabe Eriocheir sinensis qui s'adapte naturellement à l'eau douce. Ces différents groupes de Crustacés présentent une plus grande capacité d'adaptation aux eaux saumâtres, douces et même à l'habitat terrestre. Leur régulation interne est plus complète puisqu'elle se fait aussi bien dans l'eau de mer normale et sursalée que dans l'eau de mer diluée. Le phénomène nouveau chez ces Crustacés est le maintien de l'hypotonicité interne dans l'eau de mer normale et concentrée. ROBERTSON (1960) reconnaît que l'on ne sait encore rien des mécanismes de cette régulation. Deux hypothèses sont possibles : - absorption active de l'eau contre le gradient de concentration; - régulation semblable à celle des poissons Téléostéens qui boivent de l'eau de mer et excrètent les sels en excès par les branchies. La première hypothèse semble réalisée chez Pachygrapsus crassipes (GROSS, 1955), la seconde chez Palaemonetes varians et Leander serratus (PANNIKAR, 1941). Là encore les glandes antennaires ne jouent a rôle, l'urine excrétée étant isotonique au sang (PANNIKAR, 1941). PARRY (1955) a étudié le flux urinaire chez Palaemonetes varians et a comparé ses observations avec celles effectuées sur d'autres Crustacés. Le flux urinaire est minimum quand le sang et l'eau externe sont isotoniques; il augmente dans l'eau de mer hypo- ou hypertonique. Dans l'eau de mer à 5 %, le flux (exprimé en % du poids du corps par heure) est, chez Palaemonetes, 5 à 10 fois plus élevé que chez l'écrevisse et YEriocheir d'eau douce. Ceci suggère qu'une adaptation complète à l'eau douce implique soit des mécanismes actifs, - 377 - soit un changement de perméabilité qui réduirait le flux osmotique d'eau. Plusieurs espèces de ce groupe de Crustacés sont adaptés plus ou moins à la vie terrestre, les crabes Grapsoïdes principalement. Il est très probable que leur mode de régulation osmotique est en liaison avec cette adaptation. En eau douce, la régulation osmotique et ionique du milieu interne des Eriocheir ressemble beaucoup à celle des espèces hyperosmotiques en eau de mer diluée. Le maintien d'une concentration interne élevée (A = 1,18° C) est dû à une active absorption des sels par les branchies (KOCH et EVANS, 1956). L'urine est isotonique au sang. Les glandes antennaires ne jouent donc aucun rôle dans la régulation osmotique mais elles jouent par contre un rôle important dans la régulation ionique (SCHOLLES, 1933) : en eau douce par exemple, elles retiennent le Mg alors qu'elles éliminent activement cet ion en eau de mer II. CRUSTACÉS D'EAU DOUCE Nous allons examiner deux types de Crustacés d'eau douce bien différents au point de vue osmorégulation : un crabe Potamon (= Telphusa) edulis et les écrevisses Astacus et Cambarus. La Telphuse se rapproche beaucoup d'Eriocheir au point de vue osmorégulation (DuVAL, 1925) : son milieu interne est très concentré (A = 1,1° à 1,2°) et l'urine est isotonique au sang. Ce crabe d'eau douce s'adapte très bien à l'eau de mer normale et concentrée comme le montre la courbe représentant les variations du A du milieu interne en fonction du A du milieu externe (fig. 2). On ne connaît encore rien de la composition ionique du sang et de l'urine de ce crabe (BEADLE, 1957). - - L'écrevisse présente une osmorégulation différente. Son milieu interne a une concentration plus faible (A = 0,81° C). Son urine est nettement hypotonique au sang: A = 0,09° C (SCHOLLES, 1933). Les glandes antennaires jouent donc un rôle important dans l'osmorégulation : elles se comportent un peu comme les reins des Téléostéens d'eau douce qui éliminent l'eau et retiennent les sels. Les mécanismes de formation de cette urine hypotonique chez les écrevisses sont encore l'objet de discussions (PETERS, 1935; PROS- - - SER, 1952). Lorsque la concentration du milieu augmente, le milieu interne des écrevisses tend vers l'isotonicité avec le milieu externe et ensuite vers une légère hypotonicité. L'urine s'enrichit en sels et le flux urinaire diminue et peut même devenir nul. Deux autres mécanismes favorisent l'adaptation osmotique de l'écrevisse à l'eau douce : la faible perméabilité des téguments à l'eau et aux sels (WIKGREN, 1953) et la grande capacité d'absorption active de sels à partir de milieux très dilués. Il faut aussi noter que, comme chez tous les animaux d'eau douce, une grande partie des sels est apportée à l'organisme par la nourriture. Au point de vue composition ionique du sang, les teneurs en K, Ca, et Mg sont très semblables chez les écrevisses et les crabes Eriocheir et Telphusa. La pression osmotique plus élevée du sang des crabes provient d'une teneur plus forte en ions Na et Cl. La crevette d'eau douce Palaemonetes antennarius semble se comporter comme l'écrevisse au point de vue osmotique. Le A urinaire égal à 0,67° est légèrement inférieur au A sanguin égal à - 0,75° (PARRY, 1957). Les autres petits Crustacés d'eau douce - - 379 - sont beaucoup moins connus étant donnée la difficulté de réaliser des analyses sur des quantités de sang et d'urine très faibles. Nous donnons simplement l'abaissement du point de congélation du sang d'un Cladocère Daphnia magna : - 0,27° ; d'un Isopode Asellus sp. : --0,50° (PARRY, 1933); d'un Amphipode Gammarus pulex : -0,55° (BEADLE, 1957). III. CRUSTACÉS VIVANT EN EAU SURSALÉE C'est le cas du genre Artemia que l'on trouve dans le grand lac d'Utah dont la salinité est de 232 °/00 et dans les marais salants de diverses côtes européennes. Une étude complète de la régulation osmotique et ionique d'Arfemia salina a été faite par CROGHAN (1958). Ce Branchiopode Anostracé a un milieu interne hypotonique par rapport à l'eau de mer normale et concentrée. Pour remplacer l'eau éliminée par osmose, Artemia avale continuellement de l'eau du milieu externe. Les sels qui sont ainsi introduits dans l'organisme sont activement éliminés par les branchies. Ce mode de régulation osmotique est donc semblable à celui des Téléostéens marins. La régulation ionique a pour principal effet de maintenir un taux très faible de magnésium dans le sang. IV. CRUSTACÉS TERRESTRES Nous avons déjà parlé plus haut de la relation qui existait entre l'adaptation terrestre des crabes Grapsoïdes et leur hypoosmoticité en eau de mer. Nous avions remarqué en même temps que le crabe des cocotiers présentait la même régulation hypotonique en eau de mer. On trouve aussi chez les Isopodes divers stades d'adaptation à la vie terrestre. Lggia oceanica vit sur les plages à la limite des hautes mers : son milieu interne présente une très forte concentration (A = -1,98°). D'autres sont franchement terrestres, Oniscus, Armadillidium et Porcellio; ils ont respectivement des points de congélation du sang égaux à -1,04°, -1,18° et -1,30°. Le à élevé rapproche ces Isopodes des Insectes plus que des autres groupes terrestres comme les Vers de terre et les Mollusques Pul* - 380 - monés chez lesquels le point cryoscopique du sang passe rarement 0,5° G (PROSSER, 1952; ROBERTSON, 1960). V. CRUSTACÉS PARASITES PANNIKAR et SPROSTON, d'après BEADLE (1957), ont étudié la régulation osmotique de deux Crustacés parasites. Lernaeocera branchialis est un Copépode parasite des morues; tant qu'il est attaché à son hôte, son milieu interne dont la concentration est équivalente à 20-28/1000 de NaCl est hypotonique au milieu externe dont la concentration est équivalente à 35/1000 de NaCl; le sang de l'hôte a une concentration équivalente à 14/1000 de NaCl; Bopyms squillarum, Isopode parasite de la crevette Leander serratus, a un milieu interne faiblement hypotonique à l'eau de mer : cela doit être rapproché de la faible hypotonicité du sang de la crevette. Ces deux parasites deviennent isotoniques au milieu marin quand ils sont séparés de leur hôte. VI. PROBLÈMES DIVERS Certains problèmes n'ont pas été abordés dans l'étude qui précède : 1° L'influence de certains facteurs sur la composition du sang: température (WICKREN 1953; VERWEY 1957), état de maturité, nourriture plus ou moins abondante, stades de mues. Ces facteurs ont une influence nette sur la régulation osmotique et ionique des Crustacés vivant en eau douce et en eau saumâtre particulièrement (ROBERTSON, 1960). 2° La régulation osmotique et ionique au niveau cellulaire. Ce problème a été résumé et longuement discuté par LOCKWOOD (1962). Le rôle des tissus dans cette régulation a été étudié par SCHLIEPER (1957) et SECK (1957). Nous rappellerons enfin simplement ici la notion introduite par PORA (1958) d'homéorapie ou pouvoir que possède un organisme de garder le même équilibre entre ions antagonistes, équilibre nécessaire à un bon fonctionnement protoplasmique. 3° (1954) L'aspect énergétique de la régulation osmotique. POTTS a déterminé les facteurs capables de réduire au minimum - 381 - le travail osmotique chez les animaux vivant en eau douce et en eau saumâtre. D'après lui, un animal qui passe de l'eau de mer à l'eau saumâtre économise de l'énergie en produisant une urine isotonique au sang et en absorbant activement les sels perdus; un animal d'eau douce par contre, économise de l'énergie en produisant une urine fortement hypotonique au sang. Si ces raisonnements sont justes, il faudrait conclure que l'écrevisse est mieux adaptée à l'eau douce que la Telphuse ou que l'Eriocheir. Cette opinion est en fait discutable et elle a été mise en doute par LOCKWOOD (1962). Cette énergie dépensée par le travail osmotique est ement faible par rapport à l'énergie métabolique totale : elle n'en représente que 0,5 à 2 %. 4° Le contrôle hormonal de l'équilibre hydrominéral. Le complexe endocrinien organe X - glande sinusaire des Crustacés Décapodes dirige le cycle de mue par trois hormones distinctes : a) l'hormone inhibitrice de la mue qui règle la durée de l'intermue. L'ablation des pédoncules oculaires pendant l'intermue déclenche les processus de prémue : résorption du calcium de l'exosquelette et accumulation de calcium dans le sang ou dans d'autres organes comme les gastrolithes. b) l'hormone accélératrice de la mue qui n'agit que pendant la période de prémue. c) l'hormone régulatrice de l'équilibre de l'eau qui règle l'absorption de l'eau au moment de l'exuvation et règle par conséquent l'augmentation de taille à chaque mue. RÉSUMÉ ET CONCLUSION LA RÉGULATION OSMOTIQUE chez les Crustacés marins se ramène finalement à deux types : - régulation hypoosmotique en eau de mer normale et concentrée ; ■- régulation hyperosmotique en eau de mer diluée. Les Crustacés d'eau douce ont nécessairement une régulation hyperosmotique. - 382 - Les mécanismes régulateurs varient non seulement avec les modes de régulation mais aussi avec les espèces. On peut cependant les ramener à quelques type : 1° Régulation hypoosmotique Artemia salina a un mécanisme régulateur très proche de celui des Poissons Téléostéens : ce Crustacé boit de l'eau de mer environnante et élimine l'excès de sels par les branchies. Ce mécanisme n'a pu être mis en évidence de façon absolue chez les crabes et les crevettes hypoosmotiques. Il doit y avoir, dans ce cas, absorption active d'eau contre le gradient osmotique pour remplacer l'eau éliminée par diffusion ou par excrétion urinaire isotonique du sang. Nous avons vu aussi que l'hypotonicité du milieu interne pouvait être une préadaptation à la vie terrestre. 2° Régulation hyperosmotique Le principal mécanisme mis en jeu et qui est probablement universel chez les animaux d'eau douce est l'absorption active de sels à l'encontre du gradient de salinité. La glande antennaire excrète généralement une urine isotonique au sang et n'aide donc pas à l'osmorégulation. Chez les écrevisses, par contre, l'excrétion d'une urine hypotonique est un mécanisme très efficient de régulation. Ce dernier mécanisme présenterait, d'après certains auteurs, un gain d'énergie chez les animaux vivant en eau douce. Une autre économie d'énergie indiscutable est la faible perméabilité du corps à l'eau et aux sels. On a constaté que les Crustacés d'eau douce étaient les moins perméables; venaient ensuite les Crustacés vivant en eau saumâtre et enfin les tacés marins. 3° Dans le cas d'une isotonicité entre les milieux intérieurs et extérieurs, il n'y a pas un équilibre purement passif entre ces deux milieux. Il y a toujours absorption active de sels et d'eau à partir du milieu extérieur pour remplacer l'eau et les sels éliminés continuellement par l'urine. LA RÉGULATION IONIQUE existe chez tous les Crustacés quoique à des degrés divers : elle est plus importante, par exemple, chez les crabes euryhalins que chez les crabes sténohalins. Les glandes antennaires jouent un rôle important dans cette régulation ionique : elles éliminent certains ions tels que Mg et S04 et elles en conservent d'autres comme le K. Les branchies complètent ce rôle régulateur des glandes antennaires en absorbant ou en éliminant de façon active et sélective certains ions, particulièrement Na et CI. La majeure partie de la documentation utilisée dans ce travail nous a été fournie par Mlle DE LEERSNYDER et M. HOESTLANDT de la Faculté libre des Sciences de Lille. Nous les en remercions. Laboratoire de Zoologie de la Faculté Libre des Sciences de Lyon BIBLIOGRAPHIE A.G., 1960. - Le problème de l'eau et la vie terrestre. Rev. Quest. Sci. Louvain, 21 : 547-572. BEADLE, L.C., 1957. - Comparative physiology : osmotic and ionic régulation in aquatic animais. Ann. Rev. Physiol., 19 : 329-358. BURGER, J.W., 1957. - The gênerai form of excrétion in the lobster, Homarus. Biol. Bull., 113 (2) : 207-223. 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Il est intéressant de noter que c'est dans les échantillons issus de la maturation 2 que se trouvaient le moins de bactéries Gram-négatives après 2 jours de maturation, suivis de ceux de la maturation 3 puis de la maturation 4. C'était également le cas en fin de maturation, avec 7 à 9% de bactéries Gram-négatives à 20 jours pour la maturation 2 et entre 11 et 21% à 15 jours pour les maturations 3 et 4. Ceci montre que les bactéries Gram-négatives se sont développées moins rapidement lors de la maturation 2 que lors des maturations 3 et 4. Ceci semble corrélé à l'augmentation moins rapide de la concentration en ADN observée pour la maturation 2 que pour les maturations 3 et 4. Ces résultats montrent qu'une fois l'inoculum ajouté dans le latex, les microorganismes se développent plus ou moins vite selon les maturations et que ce développement favorise les bactéries Gram-positives au détriment des bactéries Gram-négatives. En effet, le latex contient initialement 22% de bactéries Gram-négatives et ce taux diminue après 2 jours de maturation pour atteindre 1 à 10% de bactéries Gram-négatives. Cette diminution de l'abondance relative des Gram-négatives pourrait être due en partie à un effet des agents antimicrobiens présents naturellement dans le latex, auxquels les bactéries Gram-négatives pourraient être plus sensibles que les bactéries Grampositives (Kanokwiroon, Teanpaisan et al. 2008). Les bactéries Gram-positives se développeraient également plus rapidement que les Gram-négatives. Il faut noter que la différence observée entre échantillons prélevés sur plantation et échantillons issus de maturations contrôlées pourrait venir en partie de la méthode de prélèvement des sérums. En effet lors des pré vements sur plantation, les échantillons correspondaient principalement à du sérum piégé dans les tasses sous les coagulums et à du sérum contenu à l'intérieur des coagulums, alors que dans les maturations contrôlées, les coagulums étant très petits et essorés par passages successifs entre des rouleaux dans un sachet plastique hermétique, l'extraction permettait une meilleure récupération des communautés microbiennes de surfaces en plus de celles situées à l'intérieur des coagulums et du sérum libre. Cette différence de qualité d'extraction a probablement eu un impact sur les proportions relatives des différentes espèces microbiennes en fonction de leur localisation dans les coagulums entre les deux types d'échantillons. Les bactéries Gram-négatives pourraient également mieux se développer sur plantation qu'en condition contrôlées. Répartition des bactéries selon leur sensibilité à l'oxygène Les résultats du pyroséquençage 454 permettent également d'évaluer pour chaque échantillon la proportion de bactéries aérobies strictes, anaérobies facultatives ou anaérobies strictes. Le Tableau 23 présente les proportions de ces trois groupes de bactéries dans les échantillons. Les bactéries microaérophiles ont été comptabilisées dans les bactéries anaérobies strictes. Les échantillons prélevés sur plantation possèdent des profils différents entre ces trois groupes. Le latex contient 95% de bactéries anaérobies facultatives. Les échantillons de diversité au contraire sont composés de 61 à 66% de bactéries anaérobies strictes. Ceci peut s'expliquer par les conditions d'anaérobiose régnant très probablement dans sérums piégés sous les coagulums dans les tasses de collecte. Les deux inoculums présentent des profils différents, avec une majorité de bactéries aérobies strictes (65%) pour l'inoculum de 2011 et un mélange de 48% de bactéries anaérobies strictes et de 49% de bactéries anaérobies facultatives pour l'inoculum de 2012. Ces résultats sont cohérents avec le fait que l'inoculum de 2011 correspond à du sérum de fond de tasse mais non emprisonné par le coagulum, et donc en aérobiose, alors que l'inoculum de 2012 correspond à un mélange de sérum de fond de tasse piégé par le coagulum et de sérum extrait des coagulums par pressage, et donc issu d'un milieu contenant peu d'oxygène. Les échantillons des maturations contrôlées contenaient essentiellement des bactéries anaérobies facultatives. Après 2 jours de maturation, la proportion de bactéries anaérobies facultatives variait entre 75 et 99% dans les échantillons de maturation (hors traitements à teneur réduite en organismes à 2 jours N°15,25 et 40). Une sélection semble s'être opérée une fois l'inoculum ajouté dans le latex, au profit des bactéries Gram-positives et anaérobies facultatives. Le profil microbien après 2 jours de maturation a changé fortement par rapport à l'inoculum pour se rapprocher d'un profil microbien de type latex. Ensuite, la proportion en bactéries anaérobies facultatives a diminué au profit des bactéries aérobies strictes pour les traitements en aérobiose alors qu'en anaérobiose cette proportion est restée stable ou a diminué légèrement au profit des bactéries anaérobies strictes (jusqu'à 17% pour le N°39). Il est fort probable que les bactéries aérobies strictes se développent à la surface des coagulums. Leur développement pourrait jouer un rôle dans la coloration progressive de la surface observée uniquement en aérobiose probablement lié également à la présence d'oxygène (Figure 37). Figure 37 : Photographie des coagulums frais à 20 jours pour les traitements de la maturation 2 en aérobiose (M+F-O+) à gauche et en anaérobiose (M+F-O-) à droite 150 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES B. Analyse des communautés bactériennes hors maturations contrôlées 1. Echantillon de diversité Dans l'échantillon correspondant à un mélange de sérums prélevés sur plantation et illustrant la diversité des microorganismes dans des conditions non contrôlées, 18 ordres (sur 25), 81 (sur 161) genres et 155 (sur 483) espèces différentes ont été détectés. Parmi ces 155 espèces, 79 sont communes avec les échantillons de maturations contrôlés (hors traitements à teneur réduite en microorganismes à 2 jours de maturation). Le tableau 24 présente les principaux genres et espèces retrouvés dans l'échantillon de diversité. Trois répétitions du pyroséquençage ont été réalisées sur cet échantillon afin de voir les différences liées à cette étape. D'un point de vue technique, les résultats montrent (résultats non présentés) que des genres de bactéries peuvent être observés dans une répétition de pyroséquençage mais non dans les deux autres. La limite de détection semble se situer en dessous de 30 séquences sur un total de 9876 séquences, soit 0,3% pour le genre concerné. Sur un échantillon de 5000 séquences, cela correspond à une limite de détection de 0,6%. En dessous de 0,6%, il est donc possible de ne pas voir un genre bactérien alors qu'il peut être présent. Les résultats montrent également que pour un même genre, le coefficient de variation (CV) des abondances relatives entre les trois répétitions de pyroséquençage peut varier de 4 à 40% (tableau 24). Les valeurs fortes de CV sont cependant associées séquences les moins abondantes, les plus représentées (Megasphaera, Actinomyces) étant identifiées avec un CV de l'ordre de 4%. Les Selenomonadales (O22), représentées par le genre Megasphaera, se démarquent fortement par rapport aux autres échantillons avec une abondance relative de 50% environ (Tableau 26). Beaucoup moins de bactéries lactiques (Lactobacillales) sont présentes que dans les échantillons issus des maturations contrôlées, avec une abondance relative de seulement 10 à 13% contre 40 à 90% dans les autres échantillons (annexe 6). Certaines espèces n'ont été retrouvées que dans les échantillons de diversité, particulièrement dans le genre Lactobacillus (annexe 4). Le genre Actinomyces présente également beaucoup d'espèces dans les échantillons de diversité, dont certaines qui n'ont pas été retrouvées lors des maturations en conditions contrôlées (annexe 4). 151 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES Tableau 24 : Liste des principaux genres bactériens retrouvés dans les échantillons de diversité sur champs ainsi que leurs espèces prépondérantes et l'abondance relative de chaque genre en % dans l'échantillon concerné. Moy : moyenne, E : écart type, CV : coefficient de variation. Légende ordre : Actinomycetales (O1), Coriobacteriales (O3), Sphingobacteriales (O7), Lactobacillales (O9), Clostridiales (O10), Erysipelotrichales (O11), Selenomonadales (O12), Rhodospirillales (O16), Burkholderiales (O18). Dans le cas d'espèces indéterminées, l'identification est donnée par rapport à une souche type (ex. Actinomyces sp. HKU31) pour permettre une éventuelle assignation ultérieure Ordres Genres principaux Espèces principales Diversité N°1 (%) Diversité N°2 (%) Diversité N°3 (%) Moy E CV 7,96 7,66 8,20 7,9 0,3 3,4 3,13 2,33 2,38 2,6 0,4 17,1 2,45 1,64 2,36 2,2 0,4 20,7 1,32 2,49 2,77 2,2 0,8 35,2 2,11 2,33 1,31 1,9 0,5 28,0 4,90 3,51 3,95 4,1 0,7 17,2 3,49 3,45 6,39 4,4 1,7 37,9 O1 G4-Actinomyces O1 G5-Corynebacterium O1 G22Propionibacterium O3 G29-Olsenella O7 G45Sphingobacterium O9 G60-Enterococcus O9 G64-Lactobacillus Actinomyces naturae Actinomyces lingnae Actinomyces meyeri Actinomyces sp. HKU31 Actinomyces sp. 152R-3 Corynebacterium variabile P. acidipropionici P. cyclohexanicum Olsenella sp. F0004 Olsenella sp. oral taxon 809 Sphingobacterium sp. NBRC 15340 Enterococcus devriesei E.hermanniensis Lactobacillus sp. AB032 O9 G67-We lla W. paramesenteroides 1,79 2,40 2,20 2,1 0,3 14,4 O10 G73-Clostridium Clostridium tyrobutyricum 2,74 2,74 3,25 2,9 O10 G75-Oscillibacter Oscillibacter valericigenes 0,86 1,39 1,22 1,16 O11 G80-Solobacterium Solobacterium moorei 0,84 1,20 1,05 1,03 0,3 0,2 7 0,1 8 10,0 23,2 5 17,4 4 O12 G86-Megasphaera 49,58 51,54 47,19 49,4 2,2 4,4 O16 G113-Acetobacter M.cerevisiae M. micronuciformis Acetobacter pasteurianus 1,99 1,53 1,90 1,8 0,2 13,6 O18 G132-Comamonas Comamonas sp. PG4 1,64 1,37 2,44 1,8 0,6 30,5 152 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES 2. Flore microbienne du latex Les communautés microbiennes du latex ont été fortement étudiées dans la bibliographie et il est intéressant de comparer ces résultats avec que nous avons obtenus en pyroséquençage. Une extraction d'ADN sur un latex récolté par saignée normale a permis d'obtenir 9 μg d'ADN/g de latex pour un équivalent de 3.106 UFC/ml de microorganismes totaux cultivables sur milieu PCA. Un total de 5 ordres, 18 genres et 52 espèces différentes a été retrouvé. Parmi ces espèces, 15 n'ont été trouvées que dans le latex (annexe 4). Sept autres espèces ont été retrouvées dans les maturations contrôlées: Enterococcus faecium, E. gilvus, E. hermanniensis, E. 153 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES Tableau 25: Abondances relatives (%) des principaux genres et espèces retrouvés dans le latex. Ordre Genres principaux Espèces principales % dans le latex O9 G60-Enterococcus Enterococcus italicus 16 O9 G69-Lactococcus Lactococcus lactis subsp. lactis 47 O17 G117-Novosphingobium Novosphingobium sp. ASRW6-1 3,8 Citrobacter farmeri Citrobacter amalonaticus Citrobacter braakii Citrobacter koseri Citrobacter freundii Enterobacter cloacae complex Enterobacter sp. PYPB03 Enterobacter hormaechei Enterobacter ludwigii Enterobacter sp. IR-181 Klebsiella oxytoca Klebsiella pneumoniae O21 G142-Citrobacter 5,1 O21 G144-Enterobacter O21 G147-Klebsiella O21 G153-Salmonella S. enterica subsp. enterica Salmonella sp. 10 2,2 - Eukaryota - 16 3,8 1,8 154 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES 3. Comparaison des méthodes avec ou sans culture La Figure 38 présente les résultats du pyroséquençage en abondance relative des genres retrouvés dans l'échantillon de cultivable et l'équivalent en non-cultivable. L'échantillon des cultivables a été obtenu en récupérant les colonies sur plusieurs boîtes de Pétri et en les mélangeant. L'échantillon équivalent en non cultivable correspond à une moyenne des résultats NGS sur les même échantillons mais analysées isolément. L'annexe 4 recense également les espèces ayant été retrouvées par culture. Ces résultats permettent d'évaluer l'impact de l'étape de culture sur la détection des genres bactériens. L'étape de culture ne modifie pas la détection des genres Enterococcus, Lactococcus, Kurthia, Vibrio, Pseudomonas, Salmonella, Proteus et Achromobacter. Cependant, sur les 96 genres de cette étude ( espèces), 89 genres (208 espèces) sont retrouvés dans la méthode sans culture et 35 par la méthode avec culture. Sur les 89 genres retrouvés sans étape de culture, 60 (146 espèces) ne sont pas du tout détectés par culture sur milieu PCA, soit 67%. Parmi les genres retrouvés en abondance relative significative (>1%) par méthode sans culture mais absent dans la méthode avec culture, on retrouve les genres Selenomonas, Megasphaera, Dialister, Anaeroglobulus, Clostridium, Rummelibacillus, Prevotella, Actinomyces, Massilia, Rummelibacillus et Erysipelothrix. Les genres Megasphaera, Dialister, Anaeroglobulus et Clostridium sont des bactéries anaérobies strictes ou microaérobies. Les échantillons de sérum provenant des traitements en aérobiose possèdent donc également des bactéries anaérobies strictes. Toutefois en culture sur milieu PCA, les sérums des traitements en aérobiose ont été cultivés en aérobiose, ne permettant donc pas de détecter ces genres. Les sérums des traitements en aérobiose devraient donc être cultivés sur milieu PCA en aérobiose et en anaérobiose afin d'avoir une vision plus réaliste des bactéries présentent dans l'échantillon. 155 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES Figure 38: Abondances relatives (%) des genres obtenus par méthode culture dépendante ou par méthode culture indépendante. 156 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES 4. Comparaison des inoculums de 2011 et de 2012 La comparaison des deux inoculums est primordiale pour fournir des éléments de compréhension des différences observées au niveau de l'évolution des propriétés et des paramètres physicochimiques entre la maturation 2 et les maturations 3 et 4. La Figure 39 présente la proportion de chaque ordre et de chaque genre en abondance relative entre les deux inoculums. L'inoculum de 2012 contient 13 ordres, 36 genres et 79 espèces contre 17 ordres, 62 genres, 104 espèces pour l'inoculum de 2011. Seulement un total de 19 genres et de 31 espèces est partagé entre les deux inoculums, ce qui montre la très grande diversité des microorganismes présents dans l'environnement et susceptibles de se développer dans le latex et les coagulums. L'inoculum de 2012, utilisé pour les maturations 3 et 4, contenait beaucoup plus de bactéries lactiques (Lactobacillales, 46 %), de Clostridiales (14 %) et de Selenomonadales (28 %), que l'inoculum de 2011 de la maturation 2. Ce dernier en contenait en effet respectivement 18 %, 2,1% et 28 %. Parmi les bactéries lactiques, cette distinction concernait les genres Lactococcus et Enterococcus, le genre Clostridium pour les Clostridiales et les genres Selenomonas, Dialister et Anaeroglobulus pour les Selenomonadales. Au contraire, l'inoculum de 2011 était caractérisé par une forte proportion de Rhodospirillales avec le genre Acetobacter (27% contre 0%), de Flavobacteriales avec les genres Wautersiella, Flavobacterium, Myroides, Chryseobacterium et Empedobacter (14% contre 0%), et d'Act ycetales avec les genres Corynebacterium, Leucobacter, Gordonia, Pseudoclavibacter, et Microbacterium (8,8 % contre 1,3 %). Les deux inoculums possédaient des abondances relatives similaires en Lactobacillus. La distinction se faisait au niveau de l'espèce entre les deux inoculums, avec beaucoup plus de Lactobacillus delbrueckii dans l'inoculum de 2011 (maturation 2) et une prépondérance de Lactobacillus fermentum dans l'inoculum de 2012 (données non présentées). Les Clostridiales et les Selenomonadales sont des bactéries anaérobies strictes, voire microaérophiles, et les Lactobacillales des bactéries anaérobies facultatives. Au contraire, les Rhodospirillales, les Flavobacteriales et les Actinomycetales sont des bactéries aérobies strictes, ce qui explique l'observation faite précédemment (§ III.A.3) concernant la répartition des bactéries selon leur sensibilité et besoins en oxygène. 157 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES Figure 39 : Abondances relatives (%) des genres et ordres bactériens présents dans les inoculums de 2011 et de 2012. Légende : Actinomycetales (O1), Coriobacteriales (O3), Bacteroidales (O4), Flavobacteriales (O6), Sphingobacteriales (O7), Bacillales (O8), Lactobacillales (O9), Clostridiales (O10), Erysipelotrichales (O11), Selenomonadales (O12), Caulobacterales (O13), Rhizobiales (O14), Rhodobacterales (O15), Rhodospirillales (O16), Burkholderiales (O18), Enterobacteriales (O21), Pseudomonadales (O22), Vibrionales (023), Xanthomonadales (O24). L'abondance158 relative est calculée par rapport au total sur l'échantillon CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES C. Dynamique des communautés bactériennes lors des maturations contrôlées 1. Dynamique générale Le Tableau 26 présente les résultats du pyroséquençage 454 avec les ARPN (Abondance relative pondérée normalisée, pondérée par la quantité d'ADN et normalisée par rapport au maximum de chaque taxon dans l'ensemble des échantillons) ainsi que les ARP maximales obtenues pour chaque ordre bactérien lors des maturations contrôlées. Pour information, le détail des ARPN et ARP maximales obtenues pour chaque genre bactérien est donné en annexe 5. Dans ce chapitre, les ordres dont l'ARP maximale de référence est inférieure à 100 ng d'ADN/g de latex ne seront pas discutés car considérés comme non-représentatifs. Il s'agit des ordres Bifidobacteriales (O2), Coriobacteriales (O3), Cytophagales (O5), Flavobacteriales (O6), Caulobacterales (O13), Rhodobacterales (O15), Sphingomonadales (O17), sseriales (O19), Rhodocyclales (O20), Pseudomonadales (O22), Vibrionales (O23), Xanthomonadales (O24) et Anaeroplasmatales (O25). En sélectionnant les 41 échantillons de maturations contrôlées et en excluant les témoins négatifs à deux jours de maturation (proches du niveau de diversité des échantillons de plantation), un total de 20 ordres, 120 genres et 257 espèces est retrouvé. Même si le principe d'une comparaison des ARP entre taxons peut être discuté, il est intéressant de noter que dans les échantillons de maturations contrôlées, les ARP des Actinomycetales et des Lactobacillales sont très supérieures à celles des autres ordres, avec des ARP maximales de 8871 et 7150 ng d'ADN/g de latex, respectivement. Les Actinomycetales étaient représentés par le genre Pseudoclavibacter (8160 ng d'ADN/g de latex) et les Lactobacillales par l'espèce Enterococcus italicus (5270 ng d'ADN/g de latex). Ces ordres et ces genres les plus abondants ou les mieux détectés par la méthode utilisée permettent d'observer de belles dynamiques (Tableau 26 et annexe 5). 160 9 20 2 5 10 15 20 0 0 14 67 100 63 0 30 1 1.O4-Bacteroidales 152 0 0.O5-Cytophagales 0.O6-Flavobacteriales 1 100.O7-Sphingobacteriales 140 0.O8-Bacillales 815 0 0 0.O9-Lactobacillales 6150 10 0 2 13 O10-Clostridiales 162 0 0 2 O11-Erysipelotrichales 558 0 O12-Selenomonadales 130 0 0 100 502 0 O15-Rhodobacterales 3 3 O16-Rhodospirillales 54 5 O17-Sphingomonadales 39 O14-Rhizobiales O18-Burkholderiales O19-Neisseriales O20-Rhodocyclales 0 0 0 5 10 15 2 15 2 5 10 15 2 5 0 0 1 7 23 0 0 0 3 15 26 0 1 (M+F-O-) 10 15 2 15 0 0 0 (M+F-O+) 2 5 2 1 13.O3-Coriobacteriales O13-Caulobacterales 0 2 (M+F+O+) 39 27 1 7 0 0 4 27 10 15 15 6 12 0 (M+F+O+) 2 M-O- 15 (M+F-O+) M-O+ 10 Maturation 4 M-O- 5 (M+F-O-) M-O+ 2 (M+F-O+) Maturation 3 Inoculum 2012 8871 Maturation 2 Inoculum 2011.O1-Actinomycetales.O2-Bifidobacteriales Latex propre Référence (ng / g de latex) CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES Tableau 26 : Abondances relatives pondérées normalisées (ARPN) de chaque ordre en % dans chaque échantillon, obtenues par pyroséquençage 454. Cette abondance relative est calculée en multipliant l'abondance relative de l'ordre au sein d'un échantillon par la quantité d'ADN de l'échantillon (ARP) et en exprimant le r ésultat en pour centage par rapport à la valeur maximale de cet ordre dans tous les échantillons (hors échantillons de diversité et échantillon des cultivables). (M+F-O-) 5 10 15 2 5 10 15 1 8 15 0 0 0 5 28 23 2 5 0 0 0 14 0 100 40 1 3 1 2 1 5 28 56 0 46 14 0 14 10 16 1 0 11 0 7 58 25 100 36 1 59 100 49 3 1 0 100 8 1 2 1 55 24 40 17 6 0 0 0 3 0 2 0 2 1 41 88 1 0 90 100 11 44 0 0 13 19 49 38 0 2 37 83 83 34 15 7 6 5 0 20 100 0 0 6 4 5 3 4 5 0 18 22 0 0 1 0 0 10 49 90 1 0 44 36 32 24 0 18 2 4 10 10 0 1 1 0 19 23 6 1 1 7 10 18 0 7 46 0 3 6 2 14 24 21 10 2 6 48 12 0 8 100 41 0 12 3 5 2 0 5 12 31 46 0 24 23 52 27 5 70 73 100 55 11 2 34 61 2 3 14 54 57 30 91 2 23 100 33 100 77 3 29 99 69 34 0 8 6 6 0 2 17 16 0 55 38 39 0 44 64 20 100 5 100 1 100 11 2 0 0 36 0 0 0 0 0 0 0 6 0 1 0 2 100 3431 1 0 1 2 0 0 1 0 100 10 33 0 0 0 0 0 2 1 0 1 3 0 0 100 0 100 O21-Enterobacteriales 333 41 O22-Pseudomonadales 86 1 O23-Vibrionales 33 O24-Xanthomonadales 64 O25-Anaeroplasmatales 28 2 0 0 0 0 24 0 0 88 0 4 3 0 100 0 7 13 71 32 75 0 5 100 0 99 100 0 8 35 4 2 0 0 12 2 2 30 100 31 36 0 0 0 1 1 37 5 100 29 0 0 0 83 59 0 24 6 19 13 14 21 0 66 161 20 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES 2. Lactobacillales Les Lactobacillales sont des bactéries Gram-positives chimio-organotrophes comprenant les bactéries lactiques. Elles peuvent être aérobies, anaérobies facultatives ou strictes ou microaérophiles. Figure 40: Évolution des ARPN (%) des Lactobacillales pour les maturations 2,3 et 4 et pour chaque traitement. L'APR maximale de référence (100%) est de 6150 ng d'ADN / g de latex. 162 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES La Figure 40 montre une augmentation de l'ARPN des bactéries lac tiques au cours des 10 premiers jours de maturation, suivie d'une diminution pour tous les trait ements avec micro organismes et en aérobiose. La coagulation acide a un fort impact en accélérant le développement des bactéries lactiques au cours des 10 premiers jours. Les traitements par coagulation naturelle et en aérobiose (M+F-O+) présentent des évolutions similaires des Lactobacillales. Les traitements en anaérobiose (M+F-O-) ont une ARPN en bactéries lactiques inférieure aux autres traitements avec microorganismes à cause de la faible quantité d'ADN dans ces échantillons. Ces traitements contiennent essentiellement des bactéries lactiques (70 à 96% en abondance relative) (annexe 6). Pour les maturations 3 et 4, l'ARPN des Lactobacillales pour le traitement en anaérobiose (M+F-O-) a diminué alors qu'elle a augmenté dans la maturation 2 particulièrement après 10 jours de maturation. L'évolution globale des Lactobacillales en aérobiose pour les traitements par coagulation naturelle (M+F-O+) a donc été similaire entre les trois séries de maturations mais des différences sont observables à l'échelle du genre. Les Lactobacillales étaient représentées par 10 genres identifiés dans l'ensemble des échantillons. Six genres étaient présents de façon significative dans les échantillons de maturations contrôlées : Enterococcus (G60), Tetragenococcus (G61), Vagococcus (G62), Lactobacillus (G64), Weissella (G67). L'ARPN maximale (100%) des autres genres (Carnobacterium (G58), Aerococcus (G57) et Leuconocost (G66)) était retrouvée dans les traitements à teneur réduite en microorganismes tenant très peu d'ADN, ce qui signifiait qu'ils étaient peu présents en abondance réelle dans les échantillons. Le genre Lactococcus (G69), représenté par l'espèce Lactococcus lactis, était présent dans le latex avec la plus forte ARP et représentait 474 ng d'ADN extrait/g de latex. Ce genre a cependant été très peu retrouvé lors des maturations contrôlées, à l'exception du traitement en anaérobiose de la maturation 2 (annexe 5). Il s'agit de bactéries lactiques homofermentaires produisant de l'acide lactique. La Figure 41 présente l'ARPN des 6 genres de bactéries lactiques significativement représentés dans les traitements de maturation. Les bactéries lactiques présentes étaient essentiellement homofermentaires, à l'exception de quelques espèces de Lactobacillus et du genre Weissella. Parmi les bactéries lactiques, les genres Enterococcus et Lactobacillus font partie des bactéries lactiques les plus abondantes obtenues par cette méthode avec une ARP maximale de 5457 et de 1829 ng d'ADN/g de latex respectivement. Le maximum d'Enterococcus a été retrouvé dans le traitement (M+F+O+) à 10 jours de la maturation 4 alors que la présence des Lactobacillus était maximale dans le traitement (M+F-O+) à 10 jours de la maturation 2 (Figure 41). Ces deux genres, qui présentaient un nombre important d'espèces identifiées, sont décrits plus précisément par la suite. Le genre Vagococcus (G62) était également bien représenté, avec une ARP maximale de 470 ng d'ADN/g de latex. Ce genre a été majoritairement retrouvé dans le traitement en coagulation naturelle (M+F-O+) de la maturation 2 après 10 jours et dans le traitement en coagulation acide (M+F+O+) de la maturation 3 après 15 jours. Ce genre apparait donc à son maximum plus ou moins tardivement selon les maturations, avec un maximum atteint plus rapidement pour la maturation 2. Le genre Vagococcus, représenté par l'espèce Vagococcus fluvialis, est homofermentaire. Le genre Tetragenococcus (G61) était représenté avec une ARP maximale de 21 ng d'ADN/g de latex. L'échantillon en contenant le plus était l'échantillon (M+F+O+) de la maturation 4 après 10 jours du traitement. Cet échantillon était également celui contenant la concentration maximale du genre Enterococcus vu précédemment, mais également du genre Weissella (G67) avec une ARP maximale de 37 ng d'ADN/g de latex. Le genre Tetragenococcus était représenté dans nos échantillons par l'espèce Tetragenococcus solitarius. Ce genre est homofermentaire, mésophile, ne se développe pas à pH 4,5 mais a un pH optimal de 7-8. Il a été détecté dans les maturations 3 et 4 mais non dans la maturation 2. Son abondance pourrait donc être liée à la nature de l'inoculum, où il était cependant présent en trop faible quantité pour être détecté. Le genre Weissella, représenté par l'espèce W. paramesenteroides, était relativement plus abondant dans le traitement (M+F+O+) lors des expériences de maturation 4 que lors des maturations 3 et 2. Son abondance relative était maximale après 5 à 10 jours avec une même évolution mais une dynamique plus ou moins rapide selon les maturations. Ce genre fermente les sucres, dont le saccharose, de manière hétérofermentaire pour produire du CO2, de l'éthanol et de l'acide acétique. Ces bactéries ont des besoins nutritionnels complexes et requièrent des acides aminés, des acides gras, des vitamines et des peptides pour croître (Bergey 1994). W. paramesenteroides produit également de l'acide D-lactique à partir des sucres (Choi, Cheigh et al. 2002). 164 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES Figure 41 : Évolution des ARPN des genres prépondérants de Lactobacillales, en % de la valeur maximale de chaque genre dans l'ensemble des échantillons de maturations contrôlées, pour les traitements en aérobiose des trois maturations. ARP maximales de référence (ng / g de latex) : Enterococcus (5457), Tetragenococcus (21), Vagococcus (470), Lactobacillus (1829), Weissella (37) Lactococcus (474), 165 Streptococcus (47). CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES a. Enterococcus Les bactéries du genre Enterococcus sont des bactéries Gram-positives, anaérobies facultatives, homofermentaires avec production d'acide L-lactique et sont assez résistantes aux pH acides. Elles peuvent se développer dans une large plage de pH (4 à 9) et de température (10 à 45°C). Les Enterococcus sont en général thermophiles, avec une température optimale de croissance autour de 37°C. Elles sont donc bien adaptées à la température des maturations (40°C). Ce genre fermente un panel important de sucres avec principalement la production d'acide L-lactique, mais ne produit pas de gaz. Certaines espèces sont de plus capables de métaboliser le citrate. Les besoins nutritionnels de ce genre sont cependant complexes. Ce genre possède une forte activité protéolytique et lipolytique et joue un rôle prépondérant dans les modifications de structure du fromage (El-Din, ElSoda et al. 2002). Ces bactéries peuvent produire également de nombreux bactériocines. L'abondance du genre Enterococcus (G60) a augmenté au cours de la maturation pour les traitements en aérobiose jusqu'à atteindre un maximum après 10 jours de maturation pour ensuite diminuer (Figure 41). Les traitements possédant le plus d'Enterococcus étaient ceux par ation acide (M+F+O+), avec une APRN deux fois plus forte après 10 jours de maturation que les traitements par coagulation naturelle (M+F-O-). Il se pourrait que la coagulation acide stimule la croissance des Enterococcus, ou bien que ce genre soit sélectionné car résistant bien à une acidification rapide. Ce phénomène était plus marqué pour la maturation 4 que pour la maturation 3. Pour la maturation 2, l'abondance relative des Enterococcus pour le traitement (M+F-O+) évoluait peu et était plus basse que pour les maturations 3 et 4. Les échantillons des maturations 3 et 4 possédaient donc plus d'Enterococcus que la maturation 2, tout comme leur inoculum respectif. L'inoculum de 2012 contenait en effet deux fois plus d'Enterococcus que celui de 2011. Il est intéressant de noter que pour le traitement en anaérobiose (M+F-O-) de la maturation 2, l'abondance relative des Enterococcus a suivi la même évolution que les traitements en aérobiose alors que pour les maturations 3 et 4, l'abondance relative pour ce même traitement a diminué dès 2 jours de maturation. Une diversité importante d'espèces d'Enterococcus a été retrouvée dans les échantillons de maturation avec un total de 36 espèces (annexe 4). Ces 36 espèces et leurs abondances relatives par rapport à la valeur la plus haute de la même espèce dans les différents échantillons sont présentées dans le Tableau 27. L'espèce majoritairement détectée dans les analyses NGS est E. italicus, avec une ARP maximale de 5270 ng d'ADN/g de latex, suivie de d'E. faecalis. E. italicus est décrite comme possédant une croissance optimale à 37°C et stimulée par la présence de 5% de CO2. Cette espèce résiste à des pH élevés, avec une croissance possible à pH 9,6 (Fortina, Ricci et al. 2004). Elle produit de l'acide lactique mais pas de gaz à partir d'un panel de sucres dont le saccharose et le glucose (Fortina, Ricci et al. 2004). E. faecalis présente des profils de fermentation différents en fonction de son taux de croissance, avec production essentiellement d'acide lactique à taux de croissance élevé, et d'acide acétique, d'acide lactique et d'éthanol à faible taux de croissance, avec dégradation de certains acides aminés (Mehmeti, Faergestad et al. 2012). Les profils des Enterococcus sont différents entre les traitements. La coagulation acide favorise le développement des espèces E. avium, E. can tini, E. casseliflavus, E. faecalis, E. gallinarum, E. hermanniensis, E. italicus et E. sp. GYPB01, mais défavorise le développement d'E. saccharolyticus, 166 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES E. camelliae et E. cecorum retrouvées en abondance relative supérieure par coagulation naturelle. Il est intéressant de noter que les espèces en abondance relative les plus fortes dans les traitements (M+F-O+) de la maturation 2 et (M+F+O+) de la maturation 3 (traitements avec les plus fortes évolutions de pH) étaient E. casseliflavus, E. faecalis et E. sp. GYPBO1, communément retrouvées dans le fromage et liées à son évolution structurale. Les espèces E casseliflavus et E sp. GYPBO1 ont atteint un maximum d'abondance relative après 20 jours de maturation, contrairement aux autres espèces dont l'abondance était maximale après 10 jours pour ensuite diminuer. b. 167 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES 2 5 49 0 22 26 2 135 19 0 46 23 2 2 10 15 2 15 2 5 10 15 2 5 1 10 16 3 14 84 1 30 9 1 6 4 6 8 20 36 5 3 0 5 6 6 100 10 15 4 3 100 54 27 25 15 (M+F-O-) 2 5 10 15 2 73 24 67 2 100 5 10 15 2 1 0 7 17 100 0 24 66 30 0 5 100 0 62 0 82 100 50 0 83 1 1 44 2 0 1 5 2 21 0 1 48 0 24 7 7 72 44 2 3 2 2 0 0 6 0 5 1 0 4 11 0 0 100 0 36 24 53 10 22 2 23 78 7 240 1 100 0 47 2 4 0 2 0 1 19 3 4 16 0 1 12 14 19 3 2 1 2 4 3 0 13 100 26 15 40 0 52 2 0 3 30 0 0 42 86 78 33 24 15 21 7 6 7 7 6 0 0 18 0 0 0 0 100 1 4 0 0 25 2 0 4 7 0 11 1 100 36 3 18 5 25 42 15 70 19 42 17 51 33 1 7 3 4 70 62 66 17 48 81 64 100 12 12 1 0 0 92 6 6 0 2 0 51 9 4 0 100 50 12 5 10 9 2 100 0 0 67 22 100 6 20 1 19 13 55 48 0 5 0 30 100 10 20 4 0 11 14 76 37 21 11 14 6 0 3 31 12 100 1 4 63 17 3 10 10 100 74 12 100 97 100 4 41 74 0 1 100 87 0 22 100 100 1 100 3 100 100 5 2 100 100 3 10 2 30 100 285 4 100 100 48 0 3 197 5 4 2 5270 2 (M+F+O+) 100 364 78 0 10 15 2 15 (M+F-O+) 100 61 9 (M+F-O-) 5 4 140 (M+F+O+) MO- 31 (M+F-O+) MO+ 20 2 5 10 15 20 (M+F-O-) Maturation 4 MO- 10 15 (M+F-O+) Maturation 3 MO+ Inoculum 2011 Maturation 2 Inoculum 2012 Enterococcus avium Enterococcus camelliae Enterococcus canintestini Enterococcus canis Enterococcus casseliflavus Enterococcus cecorum Enterococcus devriesei Enterococcus durans Enterococcus fae s Enterococcus faecium Enterococcus faecium Aus0004 Enterococcus gallinarum Enterococcus gilvus Enterococcus hermanniensis Enterococcus hirae Enterococcus italicus Enterococcus pallens Enterococcus phoeniculicola Enterococcus saccharolyticus Enterococcus silesiacus Enterococcus sp. 100 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES COMMUNAUTES MICROBIENNES La dynamique individuelle des espèces de Lactobacillus était similaire à la dynamique générale du genre Lactobacillus, avec une augmentation de l'abondance relative jusqu'à 10 jours de maturation puis une diminution sauf pour certaines espèces. Les espèces L. mali et L. delbrueckii (sous espèces indicus, lactis et bulgarus) présentent une ARPN maximale au bout de 2 jours de maturation puis diminuent au cours du temps. Ces espèces seraient donc plus abondantes lors de la coagulation du latex mais disparaîtraient relativement aux autres au-delà de 2 jours de maturation. L. mali est une espèce homofermentaire qui produit de l'acide DL-lactique à partir du glucose, possède une activité lipolytique et produit de l'ammoniac à partir des acides aminés (Kaneuchi, Seki et al. 1988). L'espèce L. delbrueckii est homofermentaire et thermophile. L. fermentum a suivi la même évolution que les autres Lactobacillus mais avec une dynamique différente selon les maturations et les traitements. Pour le traitement en coagulation naturelle (M+FO+), cette espèce a en effet atteint une ARPN de 50% au bout de 15 jours pour la maturation 3 et de 10 jours pour la maturation 2. La dynamique était donc plus rapide dans la maturation 2, avec cependant une ARPN maximale similaire. Le traitement par coagulation naturelle (M+F-O+) de la maturation 4 présentait une ARPN inférieure pour cette espèce comparée aux deux autres maturations. La coagulation acide semble avoir favorisé le développement de cette espèce, avec une APRN atteinte de 80 à 100% pour ces traitements lors des maturations 3 et 4. Il est intéressant de noter que cette espèce est une des seules espèces hétérofermentaires identifiées. Elle produit également acides à partir de nombreux sucres, dont le saccharose. La comparaison entre les traitements (M+F-O+) et (M+F+O+) montre que la coagulation acide a favorisé le développement de L. fermentum mais défavorisé L. acidipiscis, L. pobuzihii, L. sp. 123B, L. sp. MbBipro17 et L. sp. TTp13 et L. sp. TTp14, qui étaient plus abondantes en coagulation naturelle. Les espèces L. sp. TTp13, L. sp. TTp14, L. sp. MbBipro17 et L. pobuzihii, en plus d'être favorisées par la coagulation naturelle, ont également été retrouvées en abondance relative supérieure dans la maturation 2 que dans les maturations 3 et 4. L. pobuzihii et L. sp. 123B étaient par contre aussi abondantes dans les trois maturations pour le traitement (M+F-O+), tandis que L. 169 2 5 10 15 20 2 5 10 15 20 15 20 2 5 10 15 18 54 21 2 15 (M+F+O+) 2 5 4 10 (M+F-O-) 15 32 30 1 2 5 14 13 11 14 8 33 26 23 13 27 79 13 32 5 15 5 8 4 5 26 43 4 48 26 1 2 17 1 0 5 100 55 16 20 24 36 43 70 48 42 10 15 58 100 22 46 2 3 8 14 22 12 24 23 11 5 100 67 18 6 0 5 10 15 15 1 2 12 55 26 100 1 2 5 10 (M+F-O-) 15 2 5 10 15 2 9 5 87 75 100 30 3 1 1 3 1 100 9 29 14 7 16 15 1 9 5 9 20 25 0 38 1 7 10 22 47 0 1 10 100 2 3 100 34 18 12 13 1 1 11 14 12 100 0 9 35 16 80 47 0 18 14 27 6 37 0 7 58 60 24 19 42 36 100 7 81 72 5 37 88 7 100 100 3 58 1 15 4 18 1 5 1 15 4 100 11 0 2 7 0 2 (M+F+O+) 100 3 2 2 100 3 21 17 5 10 15 2 15 12 100 47 2 (M+F-O+) M-O- (M+F-O+) M-O+ (M+F-O-) Maturation 4 M-O- (M+F-O+) Maturation 3 M-O+ 110 2 1 7 17 7 30 0 29 24 1 361 1 0 82 10 1 1 10 444 4 20 168 0 16 42 4 2 1 5 2 3 771 157 57 5 3 Maturation 2 Inoculum 2012 HO HO HE HE HO HO HO HO HO HO HO HE HE HO HO HO HO HO HO HO HO HE HO HO HE Reference (ng / g de latex) L. acidipiscis L. agilis L. bifermentans L. brevis L. camelliae L. casei L. coryniformis L. crustorum L. curvatus L. delbrueckii L. farciminis L. fermentum L. harbinensis L. kefiranofaciens L. mali L. manihotivorans L. nantensis L. nasuensis L. plantarum L. pobuzihii L. rhamnosus L. similis L. . 123B L. sp. 88 L. sp. JCM 8609 L. sp. MbBipro17 L. sp. NBRC 107212 L. sp. NBRC 107246 L. sp. NBRC 107279 L. sp. RA2062 L. sp. rennanqilfy32 L. sp. TRF7 L. sp. TTp13 L. 63 13 9 8 4 0 14 5 7 11 0 0 13 7 11 9 9 5 6 4 16 1 10 1 9 11 14 42 54 7 2 0 0 100 68 3 2 7 13 0 13 59 2 3 2 1 100 0 0 23 18 30 16 25 43 25 72 100 0 3 10 100 21 19 67 0 0 17 16 15 38 38 66 4 13 29 22 3 63 4 2 11 7 10 37 44 88 63 47 100 27 12 5 31 56 35 0 5 24 56 89 28 6 3 2 19 51 100 100 0 1 28 30 5 55 0 0 22 0 3 68 100 4 0 7 10 93 100 5 9 37 0 100 100 10 19 81 32 38 4 5 16 22 20 100 53 100 17 8 77 3 27 9 65 77 76 67 100 100 0 3 100 100 100 72 18 54 46 0 27 8 10 29 0 1 2 5 12 17 100 11 9 8 25 9 6 0 0 2 2 1 4 2 3 30 8 44 9 35 22 20 100 11 80 9 0 0 3 2 0 100 33 170 0 1 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES FLORES MICROBIENNES 3. Actinomycetales Les Actinomycetales sont des bactéries Gram-positives, très diverses, ayant un aspect de mycélium. Chimio-organotrophes, elles sont anaérobies facultatives ou strictes, mésophiles ou thermophiles. Elles sont abondantes dans le sol, où elles jouent un rôle important dans la dégradation de la cellulose et de la chitine. Ces bactéries sont capables de dégrader des molécules très complexes. Elles ne se développent généralement qu'au-delà d'un pH de 6. Il s'agit de microorganismes de surface, notamment dans les fromages où celles-ci se développent une fois la désacidification amorcée par les levures. Elles sont connues pour leur production de composés d'intérêt, notamment pharmaceutiques (antibiotiques, anticancéreux, immunosuppresseurs) (Mahajan et Balachandran 2012). Les Actinomycetales ont été détectées abondamment dans les échantillons, avec une ARP maximale de 8871 ng d'ADN/g de latex atteinte dans l'échantillon à 15 jours de la maturation 2 du traitement en aérobiose (M+F-O+). Cette ARP est supérieure à celle des Lactobacillales (6150 ng/g). Figure 42 : Évolution des ARPN (%) des Actinomycetales au cours du temps pour les maturations 2, 3 et 4 et pour chaque traitement. L'APR maximale de référence est de 8871 ng d'ADN/g de latex. CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES FLORES MICROBIENNES Ces résultats montrent une dynamique différente entre les maturations, avec une augmentation beaucoup plus rapide de l'ARPN dans le traitement en aérobiose de la maturation 2 que de la maturation 3 ou de la maturation 4. La coagulation acide n'a pas d'impact sur l'ARPN des actinomycètes. Un total de 16 genres d'Actinomycetales a été retrouvé dans les différents échantillons de maturation. Certains avaient une ARPN maximale dans les traitements à teneur réduite en microorganismes, comme Propionibacterium (G22) et Candidatus (G10) et sont donc peu significatif dans les maturations. Quatre genres ont été retrouvés exclusivement en fin de maturation 2 du traitement en aérobiose (M+F-O+). Il s'agit des genres Dietzia (G6), Humibacter (G11), Aeromicrobium (G19) et Nocardioides (G20). Ces genres ont une ARP maximale faible (4 à 19 ng d'ADN/g de latex), laissant penser qu'ils étaient présents en faible quantité ou bien que la méthode utilisée n'a pas permis de bien les détecter. Toutefois, ces genres se sont développés à un stade avancé de maturation. Les genres Brevibacterium (G8) et Cellulosimicrobium (G17) ont été retrouvés au maximum avec une ARP de 10 ng d'ADN/g de latex dans l'échantillon du traitement (M+F+O+) de la maturation 3 après 10 jours de maturation (annexe 5). Six genres d'Actinomycetales étaient prépondérants dans les échantillons de maturation. Leur ARPN est présent en annexe 5 sous forme de tableau, et dans la Figure 43 sous forme de diagramme pour les traitements en aérobiose. Le genre majoritairement retrouvé est Pseudoclavibacter (G14) avec une ARP maximale de 8150 ng d'ADN/g de latex. Viennent ensuite les genres Corynebacterium (G5) et Microbacterium (G13) avec une ARP maximale de 496 et 292 ng d'ADN/g de latex respectivement, puis les genres Actinobaculum (G3), Leucobacter (G12) et Actinomyces (G4) avec une ARP maximale comprise entre 50 et 100 ng d'ADN/g de latex. Le genre Pseudoclavibacter était le plus abondant (ou le mieux détecté) parmi les actinomycètes. Les quatre espèces détectées sont P. soli, P. sp. KP04, P. sp. MJ28 et P. sp. R32.NA. L'espèce P. sp. KP04 était la plus représentée avec une ARP maximale de 7922 ng d'ADN/g de latex. Le genre Pseudoclavibacter était extrêmement présent dans la maturation 2 et très peu dans les maturations 3 et 4. La population de ce genre a augmenté jusqu'à atteindre un maximum à 15 jours de maturation puis diminué. Les bactéries du genre Pseudoclavibacter sont Gram-positives et aérobies strictes. Nous n'avons trouvé que peu de bibliographie sur P. sp. KP04. Par contre, P. soli a été décrite comme se développant entre 25 et 42°C (optimum à 30°C) à pH 5-8 (pH optimal de 7). Cette espèce a été décrite comme produisant des arylamidases, des estérases et des lipases mais pas de protéases. Elle métabolise les acides organiques mais non les sucres. Ce genre bactérien apparait donc dans un deuxième temps au cours de la maturation lorsque les sucres ont été transformés en acides organiques et lorsque la valeur du pH a déjà remonté. Ces microorganismes étant strictement aérobies, il y a de fortes chances pour qu'ils se développent en surface des coagulums. Le genre Microbacterium, d'ARP moyenne par rapport au genre Pseudoclavibacter, s'est développé en même temps et avec la même dynamique que celui-ci et a atteint son maximum à 15 jours de maturation. Ce genre a également été détecté en abondance dans la maturation 2 en aérobiose et très peu dans les maturations 3 et 4. Un total de 5 espèces a été mis en évidence dans les échantillons, dont une dans les échantillons de maturation contrôlée (Microbacterium sp. J54CAD). Les Microbacterium sont des bactéries Gram-positives aérobies strictes avec des besoins Leur croissance est généralement 30°C Bergey 1994). Corynebacterium, tout comme les genres Pseudoclavibacter et Microbacterium, était présent en abondance dans les échantillons de la maturation 2 en aérobiose alors qu'il n'a presque pas été détecté dans les maturations 3 et 4. La population de Corynebacterium a augmenté dans la maturation 2 jusqu'à atteindre un maximum après 20 jours. Elle s'est donc développée dans un troisième temps, après le genre Actinomyces, puis les genres Pseudoclavibacter et Microbacterium. Les principales espèces se développant lors de la maturation 2 étaient Corynebacterium variabile suivie de C. nuruki. Les bactéries du genre Corynebacterium sont bactéries Gram-positives et anaérobies facultatives, avec certaines espèces anaérobies strictes. C. variabile est capable d'assimiler l'acide lactique et certains acides aminés, et ainsi de participer à la remontée du pH observée lors des maturations. L'assimilation du glucose pour cette espèce est faible (Mounier, Rea et al. 2007). L'ARPN maximale du genre Actinomyces ne se distinguait pas fortement entre les trois maturations et les différents traitements. Elle a été atteinte après 5 ou 10 jours de maturation pour ensuite se stabiliser ou diminuer. Les représentants du genre se sont développés également dans les traitements en anaérobiose (annexe 5) et particulièrement ceux des maturations 3 et 4. Cette évolution était similaire à celle des bactéries lactiques. Le maximum a été atteint plus vite en coagulation naturelle qu'en coagulation à l'acide pour les maturations 3 et 4 avec un maximum atteint après 5 jours de maturation en coagulation naturelle. La coagulation acide retarde donc le développement des Actinomyces. Les traitements en coagulation naturelle (M+F-O+) des maturations 3 et 4 ont présenté une dynamique d'apparition de ce genre plus rapide que lors du traitement par coagulation naturelle (M+F-O+) de la maturation 2. Le genre Actinomyces semble être le premier genre d'actinomycètes à se développer. Un total de 8 espèces d'Actinomyces a été référencé dans l'ensemble des échantillons (annexe 4), dont deux sont présentes lors des maturations contrôlées : A. naturae et A. sp. 152R-3. Le genre Actinomyces correspond à des bactéries Gram-positives anaérobies facultatives mais qui nécessitent du CO2 pour une bonne croissance. Ceci explique leur développement dans les traitements en anaérobiose. Ceci pourrait également expliquer qu'elles se développent avec la même dynamique que les bactéries lactiques, elles-mêmes anaérobies facultatives. A. naturae croit normalement entre 20-43°C (optimum 3037°C) à un pH entre 4.5-9.0 (pH optimal de 6.5). Cette èce dégrade les polysaccharides pour donner de l'acide acétique, de l'acide lactique, de l'acide formique et de l'acide succinique mais ne produit pas d'acide propionique (Rao, Rash et al. 2012). Le genre Leucobacter était présent majoritairement dans le traitement (M+F-O+) de la maturation 2, ainsi que dans le traitement (M+F+O+) de la maturation 3. Il s'agissait des traitements présentant les plus fortes remontées de pH et chute de P30 (chapitre 2). Ce genre a atteint une ARPN maximale après 10 jours de maturation, tout comme les genres Pseudoclavibacter et Microbacterium, pour ensuite diminuer. Un total de 7 espèces a été référencé, dont 4 exclusivement détectées sur plantation (annexe 4). Dans les échantillons de maturation, les espèces Leucobacter chironomi, L. chromiireducens et L. komagatae étaient présentes, mais seule L. chironomi était commune aux maturations 2 et 3. L'espèce L. 173 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES FLORES MICROBIENNES Le genre Actinobaculum était majoritairement présent dans les deux traitements en aérobiose et parmi les microorganismes de la maturation 4, avec une abondance supérieure dans le traitement par coagulation acide (M+F+O+). Ce genre a atteint une ARPN maximale plus rapidement lors du traitement par coagulation acide (M+F+O+) que dans le traitement par coagulation naturelle (M+FO+), avec un maximum après 10 jours contre 15 jours. L'espèce détectée lors des maturations est Actinobaculum sp. P2P_19 P1. Les bactéries de ce genre sont anaérobies facultatives ou anaérobies strictes et peuvent bien se développer en aérobiose mais en présence de CO2. Elles produisent essentiellement de l'acide acétique ou de l'acide lactique à partir du glucose et possèdent une activité arylamidase. 174 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES FLORES MICROBIENNES Figure 43: Évolution des ARPN des genres prépondérants d'Actinomycetales, en % de la valeur maximale de chaque genre dans l'ensemble des échantillons de maturations contrôlées, pour les traitements en aérobiose. ARP maximale en ng d'ADN / g de latex : Actinobaculum (92), Actinomyces (54), Corynebacterium (496), Leucobacter (83), 175 Microbacterium (292), Pseudoclavibacter (8160). CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES FLORES MICROBIENNES 4. Burkholderiales Les Burkholderiales sont des bactéries Gram-négatives très versatiles sur les plans nutritionnel et métabolique. Elles peuvent être chimio-organotrophes ou litho-autotrophes, fermentaires, nitrifiantes, dénitrifiantes, méthylotrophes, et même fixatrices d'azote. Les Burkholderiales ont été retrouvées en abondance dans le traitement (M+F+O+) de la maturation 3, avec une ARP maximale de 3431 ng d'ADN/g de latex atteinte après 5 jours de maturation (Tableau 26) pour ensuite diminuer au cours du temps. Cet ordre a cependant été très peu retrouvé dans tous les autres traitements et les autres maturations. Un total de 17 genres de Burkholderiales a été identifié dans l'ensemble des échantillons, dont certains uniquement sur plantation avec les genres Comamonas (G132), Massilia (G137), Variovorax (G134), Cupriavidus (G127) et Ralstonia (G129). Dans les échantillons de maturation, le genre Bordetella (G123) était présent en abondance, avec une ARP maximale de 3300 ng d'ADN/g de latex. Ce genre a été également retrouvé sur plantation et par culture sur milieu PCA. Toutefois, les Bordetella ne sont pas bien détecté par culture sur milieu PCA (§ III.B 3). Les genres Achromobacter (G121) et Kerstersia (G124) ont également été identifiés, avec une ARP maximale entre 100 et 200 ng d'ADN/g de latex. Ces trois genres appartiennent à la famille des Alcaligenaceae. Une seule espèce du genre Bordetella, a été identifiée (B. sp. 61717). Le genre Bordetella correspond à des bactéries aérobies strictes. Elles sont incapables de métaboliser les glucides et leur énergie est fournie par les acides aminés. Ce genre requiert du nicotinamide et des composés soufrés organiques (par exemple de la cystéine) ainsi que de l'azote organique sous forme d'acides aminés. Ces bactéries utilisent l'acide glutamique, la proline, l'alanine, l'acide aspartique et la sérine, avec une production d'ammoniac et de CO2 (Bergey, 1994). Elles peuvent donc alcaliniser le milieu de culture. Leur température optimale de croissance se situe entre 35 et 37°C. Ce genre a été retrouvé en abondance dans le traitement par coagulation acide (M+F+O+) de la maturation 3 à 5 jours. Toutefois cet échantillon semble se démarquer par sa forte proportion en Bordetella par rapport aux échantillons à 10 et 15 jours de maturation du même traitement. L'ARP est en effet passée de 3300 ng d'ADN/g de latex à 5 jours, à 330 ng d'ADN après 10 jours pour remonter à 970 ng d'ADN après 15 jours de maturation. Il faut noter que trois répétitions de maturation ont été mélangées après extraction d'ADN et amplification par PCR, avant de réaliser le pyroséquençage. Une des trois répétitions du traitement (M+F+O+) de la maturation 3 à 5 jours s'est démarquée par sa concentration en ADN 5 fois supérieure à celle des autres, accompagnée d'un comptage des microorganismes totaux sur milieu PCA 10 fois plus élevé. Il est donc probable qu'une contamination importante par une souche de type B. sp. 61717 ait eu lieu dans l'échantillon correspondant à cette répétition, modifiant ainsi le résultat de l'analyse NGS après mélange avec les deux autres répétitions. Cependant, il faut également remarquer que la répétition concernée ne s'est pas distinguée vis-à-vis de ses propriétés (P0 et PRI). Si l'on exclue cet échantillon, la cinétique d'évolution des Bordetella serait donc plus une augmentation au cours du temps de maturation jusqu'à atteindre un maximum à 15 jours. Ces communautés microbiennes aérobies strictes sont probablement des communautés microbiennes de surface. Tout comme Bordetella, le genre Kerstersia a été retrouvé exclusivement dans le traitement (M+F+O+) de la maturation 3, avec un maximum atteint après 5 jours. Toutefois, comme pour 176 CHAPITRE 3 : MICROBIENNES Bordetella, il est fort probable que l'ARPN à 5 jours soit plus fa en réalité et donc que l'ARPN augmente régulièrement au cours du temps de maturation jusqu'à 15 jours. Une seule espèce, Kerstersia gyiorum, a été identifiée. Cette espèce croit entre 28 et 42°C. Elle peut assimiler un panel important d'acides organiques et d'acides aminés mais ne métabolise pas les sucres (Coenye, Vancanneyt et al. 2003). Le genre Achromobacter (également appelé Alcaligenes) a été retrouvé dans les traitements en aérobiose et avec microorganismes (M+F+O+) et (M+F-O+) des maturations 3 et 4 mais pas de la maturation 2 (annexe 5). La population de ce genre a augmenté au cours du temps de maturation jusqu'à atteindre un maximum à 15 jours. CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES FLORES MICROBIENNES 5. Bacillales Les Bacillales sont des microorganismes ubiquistes chimio-organotrophes, souvent sporulés, aérobies ou anaérobies facultatifs, généralement mésophiles ou thermophiles. La Figure 44 présente l'évolution de l'ARPN des Bacillales sous forme de courbes et le Tableau 26 en donne les données chiffrées. La population de Bacillales s'est accrue au cours de la maturation et était maximale pour le traitement (M+F+O+) de la maturation 3 avec une ARP de 815 ng d'ADN/g de latex au bout de 5 jours. Elles ont également été retrouvées en abondance dans le traitement (M+FO+) de la maturation 3 et le traitement (M+F+O+) de la maturation 4. Les Bacillales étaient plus abondantes dans les échantillons de la maturation 3 que dans ceux de la maturation 4. Pour le traitement (M+F+O+) de la maturation 3, les teneurs estimées en Bacillales étaient maximales à 2 et 5 jours pour ensuite diminuer puis réaugmenter jusqu'à 15 jours de maturation. Une réorganisation par succession de genres et d'espèces au sein de cet ordre a probablement dû avoir lieu pour ce traitement au cours de la maturation. Figure 44 : Évolution des ARPN (%) des Bacillales au cours du temps pour les maturations 2,3 et 4 et pour chaque traitement. L'ARP maximale de référence est de 815 ng d'ADN/g de latex. 178 CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES FLORES MICROBIENNES Les genres prédominants de Bacillales retrouvés étaient Bacillus, Lysinibacillus, Kurthia et Rummeliibacillus (annexe 5). Le genre Kurthia, représenté par l'espèce K. gibsonii, a été principalement observé dans le traitement (M+F+O+) de la maturation 3. L'ARP maximale était de 731 ng d'ADN/g de latex à 2 jours, ce qui explique la forte proportion de Bacillales dès les premiers jours pour ce traitement. Ce genre a également été retrouvé dans les premiers jours du traitement (M+F-O+) de la maturation 4. Ce genre est présent à son maximum après 2 jours de maturation pour ensuite devenir de moins en moins abondant au cours du temps. Il s'agit de bactéries Gram-positives, strictement aérobies et ne produisant pas d'acides à partir des sucres. L'espèce K. gibsonii est capable de métaboliser les acides propionique et lactique, ainsi que l'acide formique et certains acides aminés selon les souches. Elle produit de l'H2S. Cette espèce produit des acides à partir du glycérol, mais peu à partir du fructose (Bergey 1994) Le genre Bacillus était le plus présent dans les échantillons du traitement (M+F+O+) de la maturation 3 après 15 jours, avec une ARP de 313 ng d'ADN/g de latex. Les Kurthia ont donc disparu pour laisser place au genre Bacillus dans ce traitement. Les Bacillus étaient également bien représentés dans le traitement (M+F-O+) de la maturation 2 après 20 jours, ainsi que, mais en moindre proportion, dans le traitement (M+F+O+) de la maturation 4. Pour chacun des traitements, des espèces différentes de Bacillus ont été retrouvées. Pour le traitement (M+F O+) de la maturation 3, il s'agissait essentiellement de B. clausii et B. sp. JU2(2010), alors que pour le traitement (M+F+O+) de la maturation 4 ces espèces n'ont pas été détectées : l'espèce retrouvée était alors Bacillus sp. D-39-253. Dans le cas de la maturation 2, l'espèce représentée était Bacillus sp. B2(2007b). Au sein du même traitement (M+F+O+) de la maturation 3, l'espèce B. clausii a atteint sa représentativité maximale après 15 jours de maturation (217 ng d'ADN/g de latex) alors que Bacillus sp. JU2(2010) a atteint son maximum après 5 jours (122 ng d'ADN/g de latex) pour ensuite être de moins en moins abondante. Le traitement (M+F+O+) de la maturation 3 a donc présenté une dynamique des Bacillales avec en premier les Kurthia, puis Bacillus sp. JU2(2010) puis B. clausii en fin de maturation. Les bactéries du genre Bacillus sont capables de s'adapter à une large variété de pH, température et salinité et peuvent également sporuler, ce qui en fait des bactéries très résistantes. Les Bacillus sont également connues pour produire de nombreuses protéases extracellulaires (Seong, Jo et al. 2004; Bhunia 2012). Aucune information n'a été trouvée pour l'espèce Bacillus sp. B2(2007b) de la maturation 2. Par contre, B. clausii, présente lors de de la maturation 3, est référencée comme une bactérie alcalinophile et produisant de nombreuses protéases, dont une connue pour fonctionner à haut pH. Cette espèce est ainsi capable d'hydrolyser les protéines et certains sucres. Le maximum d'abondance des représentants du genre Rummeliibacillus a été observé dans le traitement (M+F-O+) de la maturation 3 (699 ng d'ADN/g de latex) après 15 jours. La population correspondante a augmenté dans les traitements (M+F-O+) de la maturation 3, (M+F-O+) et (M+F+O+) de la maturation 4, qui correspondaient aux traitements avec peu de Bacillus, et atteint son maximum au bout de 15 jours de maturation. Par contre, pour le traitement (M+F+O+) de la maturation 3 contenant le plus de Bacillus, le genre Rummeliibacillus atteint son maximum après 5 jours, en même temps que l'espèce correspondant à Bacillus sp. JU2(2010), pour ensuite diminuer. Ce genre est dominé par R. sp. J3Ba-35 et R. sp. J5Ba-57. Ces bactéries sont Gram-positives et aérobies strictes. Chimio-organotrophes, elles croissent dans de larges gammes de températures et produisent des acides à partir des sucres. Il semble qu'en présence du genre Kurthia à 2 et 5 : ÉVOLUTION DES FLORES MICRO NES maturation, le relai soit pris par le genre Bacillus en fin de maturation, mais que si Kurthia n'est pas présent c'est le genre Rummeliibacillus qui prend le dessus en fin de maturation. Le genre Lysinibacillus a été retrouvé exclusivement dans le traitement (M+F+O+) de la maturation 4, avec les espèces L. fusiformis et L. sphaericus. Leur présence a augmenté au cours du temps de maturation pour atteindre un maximum après 15 jours (ARP de 54 ng d'ADN/g de latex). Ces bactéries sont Gram-positives, anaérobies facultatives et peuvent oxyder les sucres sans production d'acide. L. sphaericus ne métabolise pas les polysaccharides et produit des protéases en abondance. Dans ce traitement, les Lysinibacillus se sont développées en même temps que les Rummeliibacillus. 3. Erysipelotrichales Les Erysipelotrichales sont des bactéries chimio-organotrophes anaérobies strictes ou facultatives. CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES FLORES MICROBIENNES 5. Enterobacteriales Les entérobactéries sont un groupe hétérogène sur le plan biochimique, génétique et écologique, et certaines sont pathogènes pour l'homme, les animaux, les insectes ou les plantes. Gram-négatives et généralement anaérobies facultatives, elles sont capables de fermenter les sucres avec production d'acide et souvent de gaz. Elles ont fait l'objet de très nombreuses études en laboratoire, notamment parce qu'elles sont à l'origine de la plupart des toxi-infections alimentaires communes. Les entérobactéries ont été présentes essentiellement dans les traitements par coagulation acide (M+F+O+) des maturations 3 et 4, avec une abondance légèrement supérieure dans la maturation 4. Elles ont atteint une ARP maximale de 333 ng d'ADN/g de latex. D'un point de vue dynamique, la population d'entérobactéries a augmenté au cours des 5 premiers jours pour le traitement (M+F+O+) de la maturation 3 et jusqu'à 10 jours pour le traitement (M+F+O+) de la maturation 4 pour ensuite diminuer. Un total de 14 genres d'entérobactéries a été retrouvé dans l'ensemble des échantillons, dont 4 dans les échantillons de maturations contrôlées. Il s'agit des genres Escherichia, Citrobacter, Proteus, et Enterobacter. Ces quatre genres ont suivi la dynamique générale des entérobactéries et ont atteint respectivement une ARP maximale de référence de 125, 107, 78 et 38 ng d'ADN/g de latex. Les genres Escherichia, Proteus et Enterobacter étaient aussi abondants lors les maturations 3 et 4, alors que le genre Citrobacter était plus représenté dans la maturation 4 que la maturation 3. Trois espèces d'Escherichia ont été identifiées dans les échantillons de maturation, majoritairement E. coli. Cette espèce peut métaboliser un nombre important de substrats, comme des sucres, des acides organiques, des acides aminés et les acides gras (Campbell, Morgan-Kiss et al. 2003). Elle peut fermenter les acides organiques en anaérobiose pour donner de l'acide pyruvique, de l'acide acétique, de l'acide lactique, de l'acide formique, de l'éthanol, de l'acide succinique ainsi que du CO2. Concernant le genre Citrobacter, 9 espèces ont été identifiées lors des maturations contrôlées, avec essentiellement l'espèce C. koseri. Ce genre est capable d'utiliser le citrate comme seule source de carbone. Il ne produit pas de lipases. Le genre Proteus regroupe 2 espèces identifiées lors des maturations : P. mirabilis et P. vulgaris. La première était plus abondante lors de la maturation 4, alors que P. vulgaris l'était lors de la maturation 3. CHAPITRE 3 : ÉVOLUTION DES FLORES MICROBIENNES 6. Selenomonadales Les Selenomonadales appartiennent à la classe des Negativicutes. Les bactéries de cet ordre sont des bactéries Gram-négatives. Les Selenomonadales ont été retrouvées dans les trois maturations, avec une ARP maximale de 130 ng d'ADN/g de latex dans le traitement (M+F-O+) de la maturation 4 (Tableau 26). Elles étaient plus abondantes lors les expériences de maturation 3 et 4 que lors de la maturation 2. Cette observation était également valable pour les deux inoculums respectifs. Parmi les Selenomonadales, 5 genres principaux ont été identifiés : Dialister (G85), Anaeroglobulus (G84), Megasphaera (G86), Mitsuokella (G87) et Allisonella (G83). Ces genres ont respectivement une ARP maximale de 77, 61, 59, 10 et 2 ng d'ADN/g de latex et font tous partie de la famille des Veillonellaceae. Ces bactéries chimio-organotrophes produisent des gaz en abondance et des composés volatils (acides gras). Elles possèdent un profil de fermentation des sucres différents selon les genres. Les genres Dialister, Anaeroglobus et Megasphaera ont été retrouvés dans les trois maturations, mais plus abondamment dans les maturations 3 et 4 que dans la maturation 2. Au contraire, les genres Allisonella et Mitsuokella ont été observés uniquement lors de la maturation 2. Les profils de présence des Selenomonadales étaient donc différents entre la maturation 2 et les maturations 3 et 4. Pour le genre Megasphaera, 5 espèces ont été identifiées dans les maturations avec essentiellement M. cerevisiae suivie de M. sp. BV3C16-1. Les bactéries du genre Megasphaera sont anaérobies strictes à microaérophiles. Ce genre fermente les sucres mais non le galactose et le mannose. Elles méta isent préférentiellement l'acide lactique par rapport au glucose pour produire de l'acide acétique, de l'acide propionique, de l'acide valérique, parfois de l'acide caproïque et des acides gras en C4 linéaires et branchés, du CO2 et un peu d'H2. La fermentation du lactate donne de l'acide acétique et de l'acide propionique alors que celle du glucose produit de l'acide acétique et butyrique (Hino 1994). Ce genre a été majoritairement détecté dans le traitement par coagulation naturelle (M+F-O+) de la maturation 3, avec un développement progressif jusqu'à atteindre un maximum après 15 jours. Ce genre était moins abondant dans le traitement par coagulation naturelle de la maturation 4. Les traitements par coagulation acide (M+F+O+) ont conduit à une évolution différente de la représentation des Megasphaera, avec un maximum atteint après 2 ou 5 jours de maturation pour ensuite diminuer. Le traitement en anaérobiose (M+F-O-) de la maturation 3 a montré la même évolution que le traitement par coagulation acide (M+F+O+) de la même maturation. Deux espèces appartenant au genre Dialister ont été retrouvées lors des maturations : D. propionicifaciens et celle correspondant à la souche D. sp. oral taxon 119 (annexe 4). Ces bactéries sont anaérobies strictes à microaérophiles, ne dégradent pas le saccharose et ne produisent pas de gaz. D. propionifaciens produit de l'acide propionique, de l'acide acétique et de l'acide lactique. Elle est capable de décarboxyler l'acide succinique pour donner de l'acide propionique (Jumas-Bilak, Jean-Pierre et al. 2005). Ce genre était plus abondant lors de la maturation 4 que lors de la maturation 3. Lors de la maturation 4, la population de Dialister a augmenté jusqu'à atteindre un maximum après 5 jours pour le traitement avec coagulation acide (M+F+O+) et après 10 jours pour le traitement avec coagulation naturelle (M+F-O+), pour ensuite diminuer. La coagulation acide semble donc avoir eu un impact sur la dynamique de développement du genre Dialister en l'accélérant. Lors de la maturation 3 et du traitement par coagulation naturelle (M+F-O+), l'abondance des Dialister a augmenté jusqu'à atteindre une ARPN maximale (34%) après 15 jours. Pour le traitement (M+F-O-) la maturation 4, la était semblable à celle observée pour le traitement par coagulation acide (M+F+O+) de la maturation 4, mais avec un maximum atteint plus faible (59% contre 100%). Le genre Anaeroglobus est représenté par l'espèce A. geminatus. Ces bactéries sont anaérobies strictes et fermentent très peu les sucres sauf le galactose et le mannose, en acides acétique, propionique, isobutyrique, butyrique et isovalérique. Elles ne produisent pas d'acide lactique ni d'acide succinique. Elles ne métabolisent pas non plus l'acide lactique et ne produisent pas de gaz, contrairement au genre Megasphaera (Carlier, Marchandin et al. 2002). Ce genre était présent majoritairement lors de la maturation 4 et dans une moindre mesure de la maturation 3, mais non dans la maturation 2. Il a suivi la même dynamique que le genre Dialister pour tous les traitements.
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Le contexte, l'image et la musique à l'unisson dans la collaboration de Nikita Mikhalkov avec Edouard Artemiev
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En 1991 Nikita Mikhalkov remporta le prix du Lion d’Or au festival international de Venise avec Urga263. En 1995, le prix « Oscar » du meilleur film étranger a été attribué à son film Soleil Trompeur qui a été également récompensé par le prix du jury au festival de Cannes en 1994. Le Barbier de Sibérie 264 (1998) est, quant à lui, devenu une vraie légende du cinéma russe. En 2007 Mikhalkov a produit et réalisé le film 12 265. Dans cette adaptation de la pièce de théâtre Douze hommes en colère du dramaturge américain Reginald Rose, le cinéaste propose une version très différente de celle de Sidney Lumet. Mikhalkov avait d’ailleurs joué dans cette pièce étant jeune étudiant à l’institut de théâtre Chtchoukine. De nombreuses controverses ont été suscitées par le film 12 dans lequel un jury criminel composé de douze personnes doit rendre le verdict au sujet d’un jeune homme accusé du meurtre de son beau-père, un soldat qui a combattu en Tchétchénie. Les douze acteurs qui jouaient les membres du jury s’engagèrent à ne participer à aucun autre projet, quel qu’il soit pendant la période des répétitions (un an environ) et le tournage du film.266 Grâce à 12 Mikhalkov a décroché le « prix spécial pour la contribution à l’art de cinéma » au festival international de Venise. Tous les films du réalisateur ont comme particularité un regard inhabituel sur les gens et sur les choses. Le monde de Mikhalkov a ses couleurs particulières. Par exemple, dans Quelques jours de la vie d’Oblomov, basé sur une œuvre littéraire du XIXe siècle, le cinéaste démontre qu’Oblomov, ce symbole de la paresse, n’est pas un être nuisible puisque 263 En russe : Урга — территория любви – Tr ité, Camera One et Hatchette — 1991 264 En russe : Сибирский цирюльник – Trité et Camera one 1998 265 12 – Trité – 2007 266 URL: http:// nmi halkov.ru/regisser.php 53 c’est un homme avec un cœur pur, très loin des idées matérialistes et de l’approche pragmatique de la vie. Nikita Mikhalkov a sa propre société de production et de distribution cinématographique, Trité, depuis 1989. Grâce à la création de cette société, le tournage de films de qualité, même pendant la période difficile de l’histoire du pays, est devenu envisageable. Ainsi, Trité a permis à Mikhalkov de créer ses chefs-d’œuvre cinématographiques Urga et Le Barbier de Sibérie. Le tournage de ce dernier fut l’un des plus coûteux dans l’histoire cinématographique du pays : il a coûté 45 millions de dollars, ce qui était un budget inimaginable en Russie dans les années 1990, pendant la période qui a suivi la chute de l’URSS. La moitié du budget fut empruntée à des pays occidentaux, l’autre partie fut accumulée grâce à Trité. La société Trité contribua également à la création de 12 en 2007267. À plusieurs reprises Nikita Mikhalkov a pris part aux projets cinématographiques en tant que scénariste. Pour un certain nombre de ses films il a écrit le scénario lui-même, pour d’autres il était coscénariste. Alexandre Adabachyan268 a été coscénariste d’un nombre important des films de Mikhalkov. Sur le scénario du film Urga (1991) le cinéaste a travaillé avec Roustam Ibragimbekov 269. À travers une histoire presque anecdotique, Mikhalkov a réussi à créer une œuvre très profonde qui est devenue par la suite très populaire chez les spectateurs et les critiques. Le film a été nominé pour le prix Nika en cinq catégories, ainsi que pour l’Oscar du meilleur film étranger. Avec Ibragimbekov et le scénariste Rospo Pallenberg, Nikita Mikhalkov a travaillé sur le scénario du Barbier de Sibérie, le film qui porte sur l’Empire russe de l’époque d’Alexandre III. Nikita Mikhalkov a écrit également le scénario du Nôtre parmi les autres, Quelques jours de la vie d’Oblomov, Soleil trompeur, Soleil trompeur 2, Les yeux noirs (qui fit sensation à l’époque), 12 et plusieurs autres films.270 267 URL : http://nmihalkov.ru/tri_t.php consulté le 25/01/2016 268 269 En russe : Александр Артёмович Адабашьян, né en 1945 En azéri : Rüstəm Məmməd İbrahim oğlu İbrahimbəyov ; en russe : Рустам Ибрагимбеков – né en 1939 270 URL : http://nmihalkov.ru/scenarist.php consulté le 26/01/2016 54 Nikita Mikhalkov a été honoré par d’innombrables prix et titres. En 1984 il a été reconnu Artiste du peuple de la Fédération de Russie. Les mérites de Mikhalkov n’ont pas été appréciés qu’en Russie : il est récipiendaire de la Légion d’Honneur (1994) en France. De nombreux prix ont été également remis à Mikhalkov lors de divers festivals de cinéma : notamment, il a reçu en 1991 le prix principal au festival de Venise, ainsi que le grand-prix du Festival de Cannes en 1994 ainsi que l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1995.271 Aujourd’hui Nikita Mikhalkov est très actif, non seulement dans le cinéma en tant que réalisateur ou acteur, mais aussi sur des postes administratifs. Ainsi depuis 1993 Mikhalkov occupe le poste de président de la Fondation culturelle russe. Il est également membre de la Commission de la Fédération de Russie pour l’UNESCO depuis 1995. En 1998, Mikhalkov a été élu président de l’Union des cinéastes russes, et réélu en 2002. Il est également membre de la présidence du Conseil mondial russe.272 Un aspect important des activités de Nikita Mikhalkov durant ces dernières années, est son engagement politique : en 2011, il crée sur YouTube son blog vidéo Besogon273, dans lequel il donne son opinion sur divers événements, aussi bien politiques que sociaux. Le blog devint vite populaire. Aujourd’hui il sort également sur la chaîne télévisée russe « Vesti 24274. Cet aspect prend de l’ampleur au point d’occuper une place centrale dans les activités du cinéaste. Nikita Mikhalkov est artiste du peuple, artiste émérite de la Russie et président de l’Union russe des cinéastes. 271 URL: http://nmihalkov.ru/ consulté le 27/01/2016 272 URL: http://nmihalkov.ru/tvorcheskij_put.php consulté le 27/01/2016 273 En russe : Бесого н ТВ 274 En russe : Bести 24 55 Figure n°6. Nikita Mikhalkov et sa fille Nadejda à la 67e cérémonie des Oscars en 1995 1.4.2. Edouard Artemiev Edouard Nikolaïevitch Artemiev — Artiste du peuple et artiste émérite de la Fédération de Russie, lauréat du Prix d’État de la RSFSR et russe, est né le 30 novembre 1937 à Novossibirsk. Il est membre de l’Union des Compositeurs et de l’Union des Cinéastes de Russie. Il est également le président de l’Association russe de musique électronique », fondée par lui-même en 1990, et membre du Comité exécutif de la Confédération internationale de musique électroacoustique (ICEM) auprès de l’UNESCO. De 1964 à 1985, il enseigna l’instrumentation (l’orchestration) à l’Institut de Culture de Moscou et actuellement il continue de donner des conférences et des masters classes pour les étudiants du Conservatoire de Moscou. Il commença son éducation musicale à l’école de chœur d’enfants de Moscou, et pris les premiers cours de composition dans cette école (1953- 56 1955) sous la direction de M.A.Partshaladze 275. Sa pensée créative non conventionnelle et la passion pour les timbres inhabituels sont apparues dès le début de sa carrière de compositeur. Les œuvres tardives d’Alexandre Scriabine et certaines compositions de Claude Debussy et d’Igor Stravinski, ont marqué l’esprit du jeune compositeur. Il consultait souvent la grande bibliothèque musicale de son oncle, où se trouvaient tous les grands classiques d’opéra. Edouard Artemiev, depuis son enfance, s’intéressait à l’opéra et connaissait très bien les œuvres des compositeurs italiens tels que Puccini, Bellini, Donizetti, etc. Après ses premiers pas, il intégra la classe de composition de Iouri Chaporine276 au conservatoire de Moscou, et en sortit diplômé en 1960. La rencontre avec l’ingénieur Yevgueny Mourzine 277, l’inventeur du synthétiseur optique-photoélectrique ANS278, a joué un rôle majeur dans le destin du compositeur. La musique électronique lui offrit de nouvelles possibilités de créations. ANS a été inventé et exposé au musée d’Alexandre Scriabine en 1960. C’était une réelle terra incognita, sur laquelle les compositeurs n’avaient pas encore mis le pied. Cette nouvelle invention a attiré l’attention de tout un groupe de jeunes compositeurs russes, ce qui a donné naissance à un nouveau courant musical en Russie — celui de la musique électronique. Edouard Artemiev faisait partie de ces premiers jeunes compositeurs enthousiastes et curieux de découvrir de nouveaux horizons. De 1961 à 1963 il se rendait régulièrement au laboratoire de Mourzine et devint son disciple dans le domaine de la musique électronique. Aujourd’hui Edouard Artemiev est reconnu comme le fondateur de la musique électronique en Russie. Parmi tous les jeunes compositeurs russes qui se sont intéressés à la musique électronique (Volkonski279, Kreïtchi280 et 275 En russe : Мераб Алексеевич Парцхаладзе, en géorgien : მერაბ ფარცხალაძე (1924 – 2008) 276 En russe : Юрий Александрович Шапорин (1887 – 1966) 277 En russe : Евгений Викторович Мурзин (1914 – 1970) était un ingénieur du son russe et inventeur du synthétiseur ANS 278 Yevgueny Mourzine attribue les initiales de « Alexandre Nikolaïevitch Scriabine » (ANS) à son invention en l’honneur du compositeur. 279 Andreï Mikhaïlovitch Volkonski (russe : Андрей Михайлович Волконский), est un compositeur et claveciniste russe né le 14 février 1933 à Genève et mort le 16 septembre 2008 à Aix-en-Provence. 280 Stanislav Mikhaïlovitch Kreïtchi en russe :Станислав Михайлович Крейчи – né en 1936 57 plus tard Nemtine 281, Boulochkine 282, Kaloch 283, Goubaïdoulina 284, Denisov285, Schnittke286, Meschaninov287 » etc.)288, il était le seul à lier son destin à ce genre musical. En 1968, lorsque Mourzine a présenté au Congrès international de la musique électronique à Florence son synthétiseur « ANS » à travers la musique d’Edouard Artemiev, la presse italienne a écrit : « L’un des principaux centres de musique électronique d’avant-garde se trouve à Moscou »289. Edouard Artemiev est, à juste titre, le leader de la musique électronique en Russie, et même lorsque le laboratoire de Mourzine a été fermé par les dirigeants du pays, il a continué à investir dans ce nouveau domaine. ès les premiers jours de travail sur ANS, le compositeur a fait preuve d’enthousiasme et de dévouement dans ce nouveau courant musical. 281 Alexandre Pavlovitch Nemtine, en russe: Александр Павлович Немтин (1936 – 1999) 282 Oleg Boulochkine, en russe: Олег Булошкин 283 En hongrois : Sandor Kalloś, en russe : Шандор Эрнестович Каллош, est un compositeur soviétique d’origine hongroise né en 1935 284 Sofia Asgatovna Goubaïdoulina (en russe : София Асгатовна Губайдулина) est une compositrice soviétique, puis russe, née le 24 octobre 1931 à Tchistopol, en RSSA tatare (RSFS de Russie, Union soviétique). 285 Edison Vassilievitch Denisov (en russe : Эдисон Васильевич Денисов) est un compositeur russe né à Tomsk, alors Union soviétique, le 6 avril 1929 et mort à Paris le 24 novembre 1996. 286 Alfred Garrievitch Schnittke — en russe : Альфред Гарриевич Шнитке (1934 — 1998) est un compositeur soviétique de l’après-guerre d’origine allemande. 287 Piotr Nikolaïevitch Meschaninov – en russe : Пётр Николаевич Мещанинов (1944 – 2006) 288 URL : http://www.edwardartemiev.ru/putevoditel-po-biografii-maestro/biografia-e-n-artemeva-poversii-portala-ludi consulté le 25 mai 2015 289 La stampa (14 juin 1968) 58 Figure n°7. Yevgueny Mourzine travaillant sur son invention « synthétiseur ANS » Figure n°8. Edouard Artemiev au EMS synthi 100, le synthétiseur fabriqué à Londres en 1971 On peut constater l’influence des tendances culturelles de l’époque sur l’évolution de l’œuvre d’Artemiev. Au fil des années, il aborda diverses 59 manières d’écriture. Ces changements de style ont révélé différentes facettes de la personnalité du compositeur. Les œuvres des années soixante début des années soixante-dix portaient l’esthétique d’avant-garde. Durant les premières années, après avoir fini ses études au conservatoire de Moscou, Artemiev avait encore une écriture très traditionnelle, alors qu’il maîtrisait déjà parfaitement la musique électronique et connaissait très bien le synthétiseur ANS. Pendant cette période, il écrivait dans les grandes formes musicales : un oratorio sur des poèmes d’Alexandre Tvardovsk290, une suite symphonique (1960), un concerto pour alto (1961), une suite pour chœur de femmes et orchestre (1962), la musique de la pantomime (1966), une cantate sur les textes et la poésie populaires (1967), etc.291 Dès le début de sa carrière, Artemiev voyait clairement ce à quoi il voulait arriver par le biais de nouveaux moyens : créer de nouveaux timbres, ambiance sonore et espace — ce que le compositeur mit en œuvre à l’aide de la musique électronique. Grâce à la musique électronique, le compositeur a exploré un monde acoustique différent, avec de nouvelles couleurs sonores, qui était un nouveau domaine d’expérimentation pour lui. « Le son est une palette de teintes riches et de couleurs subtiles » 292, raconte le compositeur. La synthèse électronique du son, lui a apporté de nouvelles qualités : une sonorité spécifique, une durée illimitée et un timbre multicolore. En musique électronique Artemiev a trouvé ce qui répondait à ses besoins : le synthétiseur, pour lui, était un instrument pour créer un son avec un timbre bien particulier. Il pouvait le sculpter, le façonner, lui donner une « couleur » qui dégageait une énergie particulière, et lui donner de la longueur. Effectivement pour un compositeur, la création d’un univers sonore qui lui 290 En russe : Алекса́ ндр Три́ фонович Твардо́ вский (1910 – 1971), écrivain et poète russe, était le rédacteur en chef du journal novii mir (nouveau monde). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Aleksandr_Tvardovsky, consulté le 23 mai 2015 291 URL : http://www.edwardartemiev.ru/putevoditel-po-biografii-maestro/biografia-e-n-artemeva-poversii-portala-ludi, consulté le 25 mai 2015 292 Le site du réalisateur Andreï Kontchalovski — rubrique des amis — Artemiev, URL : http://www.akonchalovsky.ru/living/behind-the-scenes/friends/friends_20.html, consulté le 24 avril 2015 60 soit propre était un défi particulier. Cela demandait du talent pour choisir les timbres justes et de l’intuition pour rassembler tous les éléments, ce qu’Artemiev possédait et le différenciait de ses confrères. Dans ses premières compositions de musique électronique, le compositeur explora, et démontra surtout, les possibilités du synthétiseur ANS, qui était un instrument très avancé pour son époque. Les œuvres de cette époque étaient généralement d’une durée très courte. Dans l’espace293, Nocturne étoilé294 (1961) et Étude295 (1964) font partie des compositions de cette époque. Au fur et à mesure de ses compositions de musique électronique, Artemiev découvrit des sonorités qui lui sont propres, exploita la durée du son, sa résonance, en bref, tout un ensemble d’éléments donnant un effet spatial particulier à son univers. Ses découvertes ont repoussé les limites dans le domaine de la perception des couleurs sonores. Au début des années 1960, les expériences du compositeur dans le domaine de la musique électronique ont intéressé les cinéastes de films de science-fiction et de films sur l’espace et les planètes. Dans ces films, les réalisateurs voulaient avoir un soutien musical qui illustrerait les bruits non-terrestres par le biais d’effets électroniques, en mettant l’accent sur une sonorité « surnaturelle ». À la rencontre du rêve296, réalisé par N. Koryukov297 (1961 en collaboration avec le compositeur Vladimir Mouradeli298 ) fut la première expérience d’Edouard Artemiev dans le domaine de la musique de film. Elle fut suivie par les films documentaires Planète Océan 299 et La maison dans l’espace 300. Puis il composa la musique pour les journaux télévisés Je veux tout savoir301 et Almanach du voyage cinématographique302. 293 En russe : В космосе 294 En russe : Звездный ноктюрн 295 En russe : Этюд 296 En russe : Мечте навстречу – Studio d’Odessa 1963 297 En russe : Михаил Федорович Карюков (1905 – 1992) 298 En russe : Вано Ильич Мурадели (1908 – 1970) 299 En russe : Планета Океан 300 En russe : Дом в космосе 301 En russe : Хочу все знать 302 En russe : Альманах кинопутешествий 61 Dans la composition Mosaïque 303 (1967), l’utilisation de nouveaux timbres permit de faire sentir à l’auditeur les mouvements du son dans l’espace. Mosaïque, pour Artemiev, fut une composition de référence, puisqu’en composant Mosaïque il trouva une nouvelle forme d’expression, de nouvelles techniques de synthèse électronique et mit en œuvre l’enregistrement multi pistes ; il se révéla être un architecte et un poète du son. Cette composition a acquis une reconnaissance dans les festivals de Florence, Venise, Cologne et Bourg es. À partir de 1967, après avoir écrit la musique pour le film Arène304, réalisé par S. Samsonov (studio Mosfilm) la composition de musique de film a occupé une place majeure dans la vie professionnelle du compositeur jusqu’à aujourd’hui, devenant pour lui, d’après ses propos, « un excellent laboratoire pour une variété d’expériences créatives »305. Edouard Artemiev fut l’un des premiers compositeurs russes à employer d’une manière personnelle des sons électroniques dans ses compositions de musique de films. Dans Les douze points de vue sur le monde du son : variations sur un timbre 306 composé en 1969, Artemiev a su créer un espace sonore mystérieux en jouant avec les timbres et les nuances. Dans cette composition, Artemiev poursuivait un objectif technique : créer une série de variations à partir d’un seul timbre, pour arriver à une homogénéité acoustique dans le microcosme et le macrocosme. Edouard Artemiev compare l’espace sonore à la perspective : « On peut continuer ces variations à l’infini grâce au grand nombre d’harmoniques »307. 303 En russe : Мозаика 304 En russe : Арена – Mosfilm 1967 305 URL : http://www.edwardartemiev.ru/putevoditel-po-biografii-maestro/biografia-e-n-artemeva-poversii-portala-ludi, consulté le 28 mai 2015 306 En russe: 12 взглядов на мир звука: Вариации на один тембр 307 Le site du réalisateur Andreï Kontchalovsky — rubrique des amis — Artemiev, URL : http://www.akonchalovsky.ru/living/behind-the-scenes/friends/friends_20.html, consulté le 24 avril 2015 62 Exemple musical n°1. Extrait d’« Arena », la première partition de musique de film, écrit par Edouard Artemiev 63 La rencontre avec le réalisateur Andreï Tarkovski a joué un rôle important dans la carrière d’Edouard Artemiev. Tarkovski a été attiré par la sonorité unique des compositions d’Artemiev et la capacité de la musique électronique à créer une ambiance mystique. Ce nouveau phénomène (la musique électronique) pouvait répondre aux besoins de ses films, puisque, très souvent, il n’avait pas besoin de musique proprement dite, mais seulement d’une atmosphère. Dans une interview le compositeur a cité les propos d’Andreï Tarkovski qui lui étaient adressés, pour lui donner des indications et des pistes, afin d’arriver à ce qu’il attendait de la musique dans ses films : « Il suffit de créer l’ambiance, il me faut une organisation de sons et de bruits (...) Lis le scénario, regarde le matériel tourné, essaie de déterminer les endroits qui ont besoin de musique. Puis je te dirai où faire intervenir la musique »308. En ce qui concerne le côté avant-gardiste de l’œuvre du compositeur, il convient également de parler de la musique composée pour les films d’Andreï Tarkovski, car ce que lui demandait le réalisateur était très différent des tâches habituelles des compositeurs de musique de film. Artemiev, dans la musique des films de Tarkovski (Solaris309, miroir310 et Stalker311 ), changea la perception du temps et de l’espace par sa musique. Le travail sur ces films a donné lieu à de nouvelles expériences dans le domaine de la musique électronique. À noter que le compositeur a travaillé sur l’ensemble des bruitages, de la musique et de l’espace sonore dans le film Solaris. La partition de ce film fut l’une des rares partitions conservées de musique électronique russe du début des années 1970 (exemple musical n° 2). 308 Interview Arkadiï Petrov avec Edouard Artemiev à propos de sa collaboration avec Andreï Tarkovsky URL : http://www.electroshock.ru/edward/interview/petrov3/index.html, consulté le 12 juin 2015 309 En russe : Солярис – Mosfilm – 1972 310 En russe : Зеркало – Mosfilm – 1974 311 En russe : Сталкер – Mosfilm – 1979 64 Exemple musical n°2. Exrait de la partition de Solaris – le chœur à 4 voix 65 Pour Artemiev «... la musique est un moyen, donné à l’homme mortel, pour être en contact avec Dieu. Les vibrations sonores créent un système de résonances, qui peut toucher notre âme et nous faire sentir la présence de quelque chose de grand. C’est inexplicable. » 312 Il a donc une vision très spirituelle de la musique et de la vie en général. On a pu constater cette spiritualité dans la composition « Méditation313 » pour une scène de Stalker, avec un mouvement de caméra extrêmement lent sur l’eau presque immobile, ou qui coule lentement. Dans cette composition Artemiev a employé le solo de tar, instrument iranoazerbaidjanais. Afin d’avoir des harmoniques qui résonnent dans l’espace, il a baissé énormément la fréquence du son de tar, produisant ainsi une sonorité proche de celle des cordes en vibration d’un tampura.314 On peut en déduire que, pour Artemiev, la synthèse sonore était un moyen d’avoir un timbre personnalisé qui correspondait aux besoins du contexte. 312 Interview de Margarita Katouniane avec Edouard Artemiev, http://www.electroshock.ru/edward/interview/katunyan/index.html, consulté le 14 avril 2015 313 En russe : Медитация 314 Instrument indien à 4 cordes, qui est employé avoir un bourdonnement harmonique 66 URL : Figure n°9. Edouard Artemiev, Natalia Bondartchouk et Andreï Tarkovski, lors du tournage de Solaris en 1972 Le milieu des années 1970 a marqué le début d’une nouvelle étape dans le travail d’Edouard Artemiev. À cette période, sa musique s’appropria des caractéristiques différentes. Le compositeur manifesta à cette époque un intérêt accru pour la musique rock : il a été attiré par une nouvelle « esthétique » de son, ce qui impliquait une émotivité ouverte et lumineuse, et une sonorité plus expressive par l’ensemble des éléments qui ont rendu cette musique plus accessible aux auditeurs. « C’est un langage musical accessible à tout le monde. Pour moi, la plus puissante des armes dans la musique est sa capacité émotionnelle, ce qui permet d’influer directement sur les cordes de l’âme et de les faire résonner »315. — a dit le compositeur. Depuis le milieu des années 1970 l’œuvre du compositeur a pris une nouvelle dimension : la simplicité et le mélange des styles. L’éducation académique du compositeur et sa passion pour la musique électronique avaient déjà donné naissance à un style personnel à ce moment-là, mais son 315 URL : http://www.edwardartemiev.ru/putevoditel-po-biografii-maestro/biografia-e-n-artemeva-poversii-portala-ludi consulté le 17 juin 2015 67 intérêt pour le rock fut l’objet de nouvelles tendances dans son œuvre. Le compositeur employa de nouveaux moyens d’expression basés sur l’intuition. La diversité des timbres conserva toujours son importance, mais de nouveaux rythmes, de nouvelles harmonies et de nouvelles structures des phrases mélodiques firent la distinction en matière d’écriture, à cette époque, par rapport à ses compositions précédentes. Ces nouveaux moyens d’expression avaient leurs reflets, d’une manière ou d’une autre, dans un certain nombre de compositions de cette époque. On peut les constater clairement dans la cantate Ode au porteur de bonnes nouvelles316, composée sur un texte de Pierre de Coubertin 317, pour les Jeux olympiques de Moscou 1980. Sur le carnet du disque phonographique de cette cantate, on trouve les commentaires d’Edouard Artemiev à propos de cette composition : « J’ai décidé de ne pas passer par le chemin de la synthèse, mais par celui de la symbiose de tous les moyens d’expression que je maîtrise, et d’écrire chaque partie de la cantate par une technique particulière et d’une manière différente de celle des autres. Dans cette composition la musique électronique sert de pivot qui rassemble toutes ces parties. » Vers la fin des années 1980, la musique d’Edouard Artemiev, tout en gardant les héritages des décennies précédentes (l’accessibilité et la simplicité venant de la musique rock), s’approprie une nouvelle qualité, celle des tendances plus avant-gardistes, rationnelles et intuitives. En 1989 Edouard Artemiev écrivit une suite, composée de 13 morceaux, à partir des thèmes musicaux des films d’Andreï Tarkovski, et dans laquelle il a réuni la musique de Solaris, de Miroir et de Stalker. Évoquant les associations avec certains épisodes des films de Tarkovski, cette suite créa rétrospectivement une image de l’univers poétique du réalisateur. La suite a été enregistrée et a été sortie en disque sous label néerlandais Boudisque en 1990. La composition Trois points de vue sur la révolution318, qui fut créée pour le 200e anniversaire de la Révolution française, a été fortement appréciée au 316 En russe : Ода доброму вестнику 317 Pierre Fredy de Coubertin (1863 – 1937) 318 En russe : Три взгляда на революцию 68 festival de la musique électronique à Bourges, en 1989. Le journal portugais Diario de Lisboa en témoigna : « Une véritable découverte fut l’œuvre des Trois points de vue sur la révolution du compositeur soviétique Edouard Artemiev : sa musique est puissante, elle est d’une perfection remarquable. Cette perfection est typique pour le travail d’un compositeur russe, éduqué dans les traditions de Moussorgski, Stravinski et Chostakovitch. Ceci est une musique très expressive, qui porte une grande puissance épique »319. Outre sa collaboration avec Andreï Tarkovski, Edouard Artemiev a collaboré avec de grands noms du cinéma russe comme Nikita Mikhalkov, Andreï Kontchalovski, Vadim Abdrachitov320, Samson Samsonov321 et bien d’autres encore. De 1989 à 1993, Edouard Artemiev vécut et travailla aux États-Unis d’Amérique. Il y est allé suite à la proposition d’Andreï Kontchalovski (le frère aîné de Nikita Mikhalkov), qui tournait à cette époque-là à Hollywood, pour travailler sur la musique de Voyageurs sans permis322. Après son retour en Russie en 1993, il continua à y aller souvent jusqu’en 1997 pour travailler sur ses projets hollywoodiens. Il fut l’auteur de la musique de neuf films hollywoodiens. 319 cf. article « Synthèse et la Révolution française », Peixinho, 27 Octobre. 1989 — http://www.electroshock.ru/edward/index.html consulté le 20 juin 2015 320 En russe : Вадим Юсупович Абдрашитов , né en 1945 321 En russe : Самсон Иосифович Самсонов (1921 – 2002) 322 En anglais : Homer and Eddie URL: https://fr.wikipedia.org/wiki/Voyageurs_sans_permis consulté le 29 juin 2015 69 URL : Figure n° 10. Edouard Artemiev et Andreï Kontchalovski Sa composition autobiographique, I would like to return323 (« Je voudrais revenir », 1993) est une œuvre électronique. Structurellement, son travail reflétait les étapes de l’évolution de la technologie de la musique électronique de ses débuts à nos jours. L’écriture de cette musique coïncida avec sa décision de rentrer en Russie, suite à la proposition de Nikita Mikhalkov de composer la musique de Soleil trompeur (1994). Dans la composition Ici et là324 (1996), on peut sentir la tendance à la synthèse de styles et de genres. C’est un trio pour ténor, soprano et chanteur de rock avec un orchestre symphonique, sur des poèmes de Iouri Riachentsev325, dans lequel Artemiev a réuni des traditions académiques du chant lyrique et de la musique rock. 323 En russe : Я хотел бы вернуться 324 En russe : Здесь и там 325 En russe : Ряшенцев, Юрий Евгеньевич, Poète, écri vain, scé na riste , parol ier et traducteur sovi étique et russe , né en 1931 à Leningrad (Saint-Pétersbourg d’aujourd’hui) 70 Edouard Artemiev a terminé l’écriture de son opéra Crime et châtiment326, d’après le roman éponyme de Fiodor Dostoïevski, en 2000, après des années de travail sur ce projet. Le livret de cet opéra est rédigé par A.Kontchalovski, M.Rozovski 327 et I.Riachentsev 328. Le compositeur avait commencé l’écriture de cet opéra en 1977. Initialement il avait l’intention d’en faire un opéra rock, mais l’idée est venue progressivement d’en faire un mélange de styles, en employant un groupe de rock, un orchestre symphonique, des instruments folkloriques russes et les moyens de la musique électroacoustique moderne. Dans cet opéra, qui est sans aucun doute la composition la plus importante de la carrière du compositeur, il rassembla un orchestre symphonique avec un groupe de rock et maria la musique folklorique russe, les motifs tziganes et la romance russe avec sa musique avant-gardiste. Dans chaque ligne de cette partition, Edouard Artemiev a choisi, avec beaucoup de soin et de subtilité, les lignes mélodiques et l’instrumentation qui convenait à une partie ou l’autre de l’histoire. Dans cette œuvre, la musique électronique devint une partie de l’orchestre et parfois même, le prolongement des instruments de l’orchestre. La première de cet opéra, sur lequel il a travaillé plus de 28 ans, a eu lieu le 16 mars 2016 à Moscou. Edouard Artemiev est l’un des maîtres incontestables de musique de film. Il a composé la musique de plus de 200 films, documentaires et dessins animés. Il est également l’auteur de musique d’un grand nombre de productions théâtrales, radiophoniques et télévisées, avec une grande variété thématique. Il a donc été confronté, à plusieurs reprises, aux différentes tâches, et a signé les partitions de différents styles, ce qui demande une grande maîtrise des divers genres de musique. Sa collaboration avec Andreï Kontchalovski a donné naissance à l’un des plus célèbres thèmes musicaux du cinéma russe, celui de Sibériade (1978). 326 En russe : Преступление и наказание – roman de Fio dor Dostoïevski publié en feuilleton en 1866 et en édition séparée en 1867 327 En russe : Марк Григорьевич Розовский, né en 1937 328 En russe : Юрий Евгеньевич Ряшенцев, né en 1931 71 Le disque de cette partition est sorti en France en 1979329, ce qui lui apporta une certaine notoriété en Europe occidentale. Sa collaboration avec Nikita Mikhalkov est celle qui a marqué l’histoire du cinéma. Le tandem Artemiev-Mikhalkov s’est formé à l’occasion du tournage du court-métrage Une journée tranquille à la fin de la guerre, avec lequel le réalisateur est sorti diplômé de l’école de cinéma. Edouard Artemiev signa la partition de vingt-quatre longs-métrages de Nikita Mikhalkov dont la filmographie en compte vingt-cinq. Le début de cette collaboration date de 1970 et n’arrête pas de donner ses fruits encore aujourd’hui. Le compositeur vit et travaille actuellement à Moscou. 329 Le Chant de Monde, LDX 74719 72 Figure n°11. Edouard Artemiev et Nikita Mikhalkov - 73 1.5. La rencontre et le début d’une longue collaboration La rencontre d’Edouard Artemiev avec Nikita Mikhalkov a eu lieu en 1968, dans un théâtre où le compositeur écrivait la musique pour une pantomime, d’après le roman Les Âmes mortes330 de Nikolaï Gogol331, mis en scène par Alexandre Orlov332. Nikita Mikhalkov, jeune étudiant en cinéma à cette époque-là, invita le compositeur à créer la musique pour son film de fin d’études Une journée tranquille à la fin de la guerre333, bien que ce fut deux ans avant le tournage. « Puis il a disparu pour longtemps, j’ai déjà pensé que ce n’était que des paroles », — raconta Artemiev dans une interview. Pourtant quelque temps plus tard, le compositeur reçut un télégramme de la part de Mikhalkov où ce dernier lui rappela son projet. Tout de suite après ses études au VGIK, le jeune réalisateur commença à travailler sur son premier long métrage Le Nôtre parmi les autres, et discuta avec Edouard Artemiev de la musique de ce film. Mais le tournage fut arrêté très tôt, car Mikhalkov a été convoqué à l’armée, plus exactement à la flotte du Pacifique, pour effectuer son service militaire. À l’automne de cette même année, Artemiev reçut une lettre envoyée de l’unité militaire, implantée à Petropavlovsk-Kamtchatski, de la part du « matelot Mikhalkov ». Dans sa lettre le jeune réalisateur demandait au compositeur de ne donner à personne la musique composée pour le film. Dans cette lettre, datée du 19 août 1972, Nikita Mikha lkov s’exprima ainsi : « Cher Liocha334, Je t’écris quelques lignes. J’étais assis aujourd’hui dans le fumoir de mon corps militaire, les gars chantaient, je les écoutais, il pleuvait. 330 En russe : Мёртвые души – publié en 1842 331 En russe : Николай Васильевич Гоголь (1809 – 1852) 332 En russe : Алекса́ ндр Серге́ евич Орло́ в, né en 1940 333 En russe : Спокойный день в конце войны – Mosfilm 1970 334 Le diminutif du prénom Alekseï, puisque la grand-mère du compositeur a décidé de l’appeler ainsi, ce qui a été son prénom de baptême, et depuis son enfance tous ses amis et ses proches l’appellent Alekseï ou bien Liocha. 74 Et soudain avec une acuité désespérée j’ai senti ta musique dans notre film. Mes genoux se sont mis à trembler. Je me suis mis à imaginer les scènes, l’une après l’autre comme on en avait parlé avec toi avidement... et puis je me suis rappelé de la maison de campagne et du pré printanier... et toi en robe de chambre et le vin au goulot... et le piano à queue... et comment on pleurait avec toi, mon cher russe, et puis dans la véranda, un soir où il faisait frais, on buvait du thé et de la vodka aux groseilles et on lisait des fables chinoises... Maintenant il me semble que tout cela n’était qu’un rêve. Est-ce que tout ça réellement s’est passé? Dieu le sait. Je sais maintenant seulement ce qu’il y a là, en ce moment [...] Il y a aussi ce que j’appelle la “mémoire du sentiment”. Peut-être c’est ce qui est le plus important. Je ne sais pas, mais j’espère... Il y a aussi la foi... qui ne m’abandonne pas — c’est un grand bonheur. Est-ce que ça sera toujours comme ça? Est-ce que Dieu ne fera pas grâce à nous — les gens — qui ne souhaitons rien de mal à personne, et au contraire, qui ne souhaitons qu’une seule chose : dire aux autres par notre art et notre foi, qu’il faut s’embrasser et regarder autour de nous avec des yeux pleins de larmes de joie, et voir les pins, et la rivière, et la rosée sur l’herbe... et faire rouler la canette, par les coups de pied, et se plonger dans l’eau froide, et sentir par les paumes les grains de sable, chauffés au soleil... Liocha! Ne donne à personne notre musique! Ce n’est pas pour rien qu’elle est née, qu’elle a pris forme et s’est envolée. Elle doit devenir encore plus insolente et plus audacieuse, plus vaillante et plus douce. J’accumule mes forces, Liocha! Je veux verser tout ce que j’ai amassé dans notre film. Effrontément, facilement et légèrement! Les mains dans les poches, je voudrais me relever fermement sur mes pieds. Qu’est ce qu’ils peuvent, mon petit Liocha, me faire? Eh bien, ils m’envoient à l’armée, eh bien encore quelque chose... et puis après? On est de toute façon là! Toi, tu es là! Moi, je suis là! Nos amis sont là! Ils seront toujours là! Aie confiance en toimême, mon cher. C’est notre foi qui est la source de notre force et de notre joie. Dieu réside en chacun de nous. 75 Pense au film! Ne l’oublie pas ! Seulement , ajoute à tout ce qu’on a dit la ténacité, les grincements de dents, et tu sais, quand un homme fort tient dans ses mains un papillon... Tu comprends? [...] Je t’embrasse tendrement, je pense à toi et j’espère... Bien à toi Nikita » 335 Ci-dessus se trouve la traduction du texte de la lettre de Nikita Mikhalkov adressée à Edouard Artemiev, quasiment dans son intégralité, afin de montrer la confiance et l’amitié très solide entre le cinéaste et le compositeur. Le compositeur affirma que Le Nôtre parmi les autres fut le film qui a formé son tandem artistique avec Mikhalkov. Il expliqua que « contrairement à Une journée tranquille à la fin de la guerre, où la musique était un élément auxiliaire, dans le premier long-métrage de Mikhalkov, la musique trouva sa place »336. Le Nôtre parmi les autres est devenu pour le jeune compositeur, en quelque sorte, un film décisif. En effet, Artemiev était persuadé que si le film ne réussissait pas, il n’y aurait aucune suite dans la carrière de Mikhalkov en tant que cinéaste. Ce fut après le succès du nôtre parmi les autres que Mikhalkov créa Esclave de l’amour, Partition inachevée pour piano mécanique, Quelques jours de la vie d’Oblomov et d’autres films glorieux. Le compositeur confia qu’au début le travail sur la musique des films de Mikhalkov n’était pas facile : «... j’étais égaré, mais par les efforts conjugués on a trouvé, à tâtons, la bonne route ». Selon Artemiev, Nikita Mikhalkov « a une énergie ondulée et fabuleuse qui est capable d’allumer et d’animer ». Si pour certains réalisateurs il suffisait que la musique crée l’ambiance générale d’un film, pour Mikhalkov, d’après Artemiev, les intonations les plus fines avaient toute leur importance. Pour lui, il n’était pas nécessaire que les gens puissent retenir la musique, ce qu’il voulait c’était que la 335 Cette lettre est citée dans le livre « L’Univers d’Edouard Artemiev », en russe : « Вселенная Эдуарда Артемьева », écrit par Tatiana Egorova, en russe : Татьяна Егорова (ЗАО "Вагирус" – 2006) 336 http://portal-kultura.ru/articles/music/69115-eduard-artemev-mikhalkovu-vazhny-tonkosti-intonatsii/ 76 musique attire l’attention des spectateurs par les qualités uniques qu’elle portait. Depuis plus de quarante-cinq ans à dater de leur rencontre, Edouard Artemiev et Nikita Mikhalkov furent de grands amis. Mikhalkov est le parrain du petit-fils d’Artemiev, et le compositeur est parrain de l’une des deux filles du réalisateur. « Notre amitié est étonnante, elle tient depuis si longtemps et si bien. C’est un vrai bonheur », affirmait Artemiev.337 À propos de sa collaboration avec Nikita Mikhalkov, le compositeur s’exprima ainsi dans une interview : « En fait, avec Mikhalkov, je travaille facilement, parce que c’est un homme qui dégage une énergie incroyable. Une énergie colossale. C’est quelqu’un qui a le don de t’entraîner dans la bonne voie et, je ne sais comment dire ça, tu peux travailler comme un zombie. Il a ça en lui. Oui. J’ignore si c’est rare, en tout cas, c’est une qualité précieuse : il sait toujours très exactement ce qu’il veut. Toujours prêt à discuter, parfois il vous donne même des exemples : “Écoute ça, j’aurais voulu quelque chose dans cet esprit.” Il y a des compositeurs qui n’aiment pas ça, mais moi, ça ne me gêne pas. En fait, quand tu travailles toujours tout seul, une idée de l’extérieur peut donner quelque chose de neuf. Pour moi ça a pratiquement toujours été le cas. À l’exception d’Esclave de l’amour où on n’avait pas le temps, dans tous les autres films, il me donnait des modèles, ou me demandait une instrumentation très précise, ou juste le caractère du thème, surtout il souhaitait une ambiance précise, parce que c’est important pour lui lorsqu’il se prépare à tourner. C’est un homme exigeant, mais avec qui j’ai toujours travaillé très facilement ». 337 https://daily.afisha.ru/archive/volna/heroes/kompozitor-eduard-artemev-o-mihalkove-religii-amerikevoyne-i-kraftwerk/ 77 Figure n°12. Edouard Artemiev et Nikita Mikhalkov 1982 Figure n°13. Nikita Mikhalkov et Edouard Artemiev 2016 78 DEUXIÈME PARTIE LANGAGE MUSICAL D ’EDOUARD ARTE MIEV : LES CHOIX ESTHÉTIQUES 79 80 2.1. Les influences Ainsi qu’il l’affirmait lors de notre interview, Edouard Artemiev a toujours été intéressé par les sonorités insolites ; dès son plus jeune âge, il appréciait les œuvres d’Alexandre Scriabine, Claude Debussy et Maurice Ravel. Aujourd’hui encore, en écoutant la musique de Debussy, Artemiev continue de découvrir de nouveaux aspects de son langage. « J’étais jeune, avec un esprit curieux. Il y avait beaucoup de coïncidences. J’aimais l’enregistrement du son et j’adorais Debussy. J’avais dix ans quand j’ai entendu sa musique et les œuvres tardives de Scriabine. C’était très différent de ce que je chantais dans la chorale et de ce que je jouais au piano. Cela a été le principal moteur pour moi, je voulais essayer d’écrire comme ça. Je suis attiré par la beauté du son »338. En effet, les derniers opus (op.72 et 74) d’Alexandre Scriabine ont représenté pour Artemiev une découverte musicale inoubliable. Il appréciait les harmonies et les sonorités qui lui étaient méconnues auparavant. Le compositeur devait cette révélation à son oncle, très bon pianiste : « Petit, j’ai entendu mon oncle jouer au piano les derniers opus de Scriabine. Cette musique m’a bouleversé. Je pense que c’est cela qui m’a donné envie de composer de la musique. »339 Parmi les compositeurs qui l’ont surtout ému lors de ses études au conservatoire de Moscou, Artemiev a cité notamment Edgar Varèse, Igor Stravinski et Pierre Boulez (en particulier Le marteau sans maître). Edouard Artemiev a toujours porté un amour sans borne pour l’opéra italien ; son compositeur de prédilection est Giacomo Puccini. C’est d’ailleurs l’une des raisons de sa parfaite entente musicale avec le cinéaste Nikita Mikhalkov, lui-même admirateur de l’opéra italien. Mikhalkov a utilisé d’ailleurs dans ses films à maintes reprises des airs célèbres d’opéras, tels que Una furtiva lagrima de Donizetti, Casta Diva de Bellini, Non più andrai de Mozart, etc. La musique folklorique russe a été une autre source d’inspiration qui a beaucoup influencé l’œuvre d’Edouard Artemiev. Dans plusieurs de ses 338 URL : http://www.electroshock.ru/edward/interview/katunyan/index.html / consulté le 28 mars 2015 339 De notre interview avec le compositeur, le 7 août 2015 81 œuvres, on constate l’emploi de sujets et de motifs populaires russes. À titre d’exemple on peut citer la cantate Les chants libres340. Artemiev s’est mis à la composition de cette cantate presque aussitôt après avoir fini le conservatoire. Il est fort possible que l’idée de sa création lui soit venue spontanément au cours des expériences effectuées en laboratoire, sur le déchiffrage des enregistrements des chants folkloriques, afin de développer la théorie de Yevgueny Mourzine sur les « consonantes décroissantes », qui consiste en la division du demi-ton (l’intervalle le plus petit dans la musique occidentale) en six parties égales. Selon le compositeur, c’était « la beauté, le caractère imagé, la souplesse étonnante, la mélodie et la liberté rythmique de la poésie folklorique russe » qui l’ont incité à créer une cantate en quatre parties pour chœur de femmes, cordes, piano, deux cors d’harmonie, bois et percussions. Il est à noter que les paroles de cette composition étaient basées sur des textes folkloriques russes. Ce n’était pas la première fois qu’Artemiev abordait le sujet de la liberté, thème très répandu dans l’art du peuple russe. Les chants libres ont été, en quelque sorte, la continuité des traditions de deux compositions de ses années d’études : la suite Les Khorovods341 et la cantate J’ai été tué près de Rjev 342. Bien qu’il n’y ait pas de liens directs, il existe quelques parallèles entre ces deux compositions. Notamment, la structure dialogique dans l’interaction de la chorale avec les instruments, ainsi que l’expressivité et le caractère émotionnel des parties d’orchestre. D’ailleurs, ce fut pendant son travail sur Les chants libres qu’Artemiev a décidé de finaliser la cantate J’ai été tué près de Rjev qu’il avait abandonnée. Durant cette même année de 1961 le compositeur a commencé un nouveau projet, et en seulement quatre mois il a créé une version orchestrale et une transcription pour piano à quatre mains de sept pièces miniatures qu’il a réunies en une suite intitulée Les Loubki343. 340 En russe : Вольные песни 341 En russe : Хороводы Le Khorovod était dans é en Russie à la cour du tsar à partir d’Alexandre Ier (au début du xixe siècle). C’est une danse en cercle, à trois temps et plutôt rapide (moderato). 342 En russe : Я убит подо Ржевом 343 En russe : Лубки 82 Les loubki étaient des estampes populaires russes qui sont apparues au XVII siècle. C’étaient des tableaux multicolores, simples et narratifs, souvent inspirés de la littérature, d’histoires religieuses et populaires. Les loubki étaient utilisés comme supports décoratifs dans les maisons. Ils reflétaient les goûts esthétiques du peuple, ses notions du bien et du mal, son critère moral et ses normes éthiques. L’hétérochromie des loubki et la diversité de ses sujets furent projetées sur la structure et le caractère musical de la suite d’Artemiev. Dans Les Loubki, le compositeur mis en regard des intonations « citadines » et celles « du village ». Pourtant, il évita de citer des chants folkloriques, en essayant de les remplacer par des morceaux stylisés, aussi « décorés » mélodiquement que des chants populaires, mais très contemporains du point de vue des rythmes et des timbres. Un autre phénomène musical qui a particulièrement ému Edouard Artemiev, et qui a influencé ses créations ultérieures, était la musique rock.
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508 B. CONDÉ (al, al) à chacun des sternites IV à VI, est le premier Palpigrade récolté dans le département de la Savoie. Les autres stations françaises d'Eu, spelaea sont situées dans l'Isère, la Drôme et les Basses-Alpes (Bourne, 1974). Eukoenenia sp. (Condé, 1972) Autriche. V. Mahnert. Kaisergebirge, près de Kufstein, Tyrol, alt. 1.100 m, 21-VI-69, leg. Identique à la larve précédente; il pourrait s'agir de Eu. spelaea (ou de Eu. austriaca) dont ce serait la seule trouvaille dans le domaine endogé. Eukoenenia spelaea hauseri Condé, 1974a Yougoslavie. Grotte Ostrvicka pecina près de leg. B. Hauser. Femelle adulte holotype, seul spécimen connu. Gospic. Croatie, Lika, 23-VI-72, Eukoenenia speiaea strouhali Condé, 1972 Autriche. Weinstockstollen, ancienne mine de Tyrol, 2-VI-1948, leg. E. Stüber. Femelle adulte holotype, seul spécimen connu. la Nordkette, près d'Innsbruck, Eukoenenia cf. juberthiei Condé, 1974& Grèce. Attique. Keratea, grotte « spilia tou Panos » (= grotte Kerateas), ait. 600 m., | 13-V-74: 1 femelle adulte, leg. B. Hauser. Péloponnèse. Kato Klitoria, grotte << Ton Limnon », ait. 800 m., 17-V-74: 1 femelle juvénile, leg. P. Strinati. Femelle adulte Longueur. — 1,40 mm (opisthosome en extension); le flagelle manque. Prosome. — Organe frontal médian à branches allongées, terminées par une courte pointe et dont les bords latéraux sont faiblement convexes; organes latéraux avec 3 éléments foliacés, larges, de chaque côté. Le bouclier dorsal porte 20 soies courtes, sauf deux paires insérées près des marges latérales. Ces phanères forment 6 rangées transverses de 2, 4, 4, 4, 2 et 4 éléments. Segment libre avec 2 + 2 poils; les latéraux (/3) manquent. 5 soies deuto-tritosternales insérées sur un V ouvert. Chélicères: 8 dents à chaque mors. Pédipalpes, pattes locomotrices I et IV. Les longueurs relatives des articles sont les suivantes: pédipalpes: ti = 62, bta I = 23, bta II = 26, ta I = 14, ta II = 20, ta III = 30. pattes I: ti = 68, bta 1 + II = 47, bta III = 23, bta IV = 26, ta I = 12, ta II = 15, ta III = 63. pattes IV: ti = 65, bta = 46, ta I = 27, ta II = 34. 509 PALPIGRADES DE GENEVE A 25um D 'iV\\ a\ Y\t\s l(l\ \\\\ LULhll B Fig. 1. Eukoenenia cf. juberthiei, femelle adulte de la grotte « spilia tou Panos». — A. Propeltidium et segment libre, face tergale. — B. Opisthosome, face tergale. — C. Opisthosome, face sternale, à partir du IVe segment. — D. Détails de l'organe latéral gauche et de l'organe frontal médian. Explication des lettres dans le texte. 510 B.CONDE Aux pattes I, la soie raide du basitarse III est 1 fois 12 aussi longue que le bord tergal de l'article (90/60) et est insérée un peu au-delà du milieu du bord sternal (24/45); son apex dépasse le bord distal du basitarse IV. Aux pattes IV, la soie raide du basitarse est environ une fois 1/5 plus courte que le bord tergal de l'article (93/114) et est insérée au V3 proximal de es bord (39 114); son apex dépasse le bord distal de l'article. ?^^% 50 Fig. 2. Eukoenenia cf. juberthiei. Femelle adulte de la grotte « spilia tou Panos ». — ■ A. Basitarses III et IV de la première paire de pattes locomotrices. — B. Basitarse de la quatrième paire de pattes locomotrices. Femelle juvénile de la grotte « Ton Limnon ». — C. Basitarse de la quatrième paire de pattes locomotrices, r = soie raide. Opisthosome. — Face tergale, les segments III à VII portent 3+3 poils à large embase (îL t2, t3), compris entre 1 + 1 poils à embase plus petite et à tige plus grêle (s); en outre, un poil médian t. plus court que les tl\ est présent sur le tergite VI. Les segments VIII à XL subcylindriques, portent au total: 7 + 7 poils en VIII, 5 + 1 t (médio-tergal) + 5 en IX, 4 - 1 r (médio-tergal) - 4 en X. 4 + 1 r (médio-tergal) + 4 + 1 5 (médiosternal) en XL Le premier volet génital porte 11 + 11 soies formant 5 rangées transversales: 4 sternales qui comprennent respectivement 2 — 2. 3 — 3. 1 — 1 et 1-1 soies, et une 5e distale de 4 + 4 soies. La disposition de ces phanères est conforme au schéma habituel. A la rangée distale, les al (20) sont à peine plus courtes que les al (22), elles-mêmes un peu plus courtes que les a3 et les aA qui sont subégales (25-26). al, al et a3 sont sensiblement équidistants, aA étant un peu plus éloigné de a3. Un processus subtriangulaire hyalin, échancré à l'apex, difficile à observer avec précision, prolonge le volet vers l'arrière. Le deuxième volet génital comporte 2 lobes subtriangulaires dont la portion apicale est hyaline (vue en bout sur la flg. 3A). Chaque lobe porte les 3 soies habituelles (.v, v, z). Réceptacle séminal circulaire en coupe optique, sans sclériflcations particulières. 511 PALPIGRADES DE GENEVE Segments IV, V et VI pourvus de 2 paires de poils épais (al, al), comprises entre 2 paires de poils plus minces (si, si). En V et en VI, les al sont plus courts que leur écartement (48/67-57); ils sont de même longueur que les al en V (48) et un peu plus courts qu'eux en VI (48/50-52). Une paire d'orifices (g), présumés glandulaires, s'ouvrent entre les a\ aux trois segments. #u B Fig. 3. Eukoenenia cf. juberthiei. — A. Volets génitaux de la femelle adulte. Rangée antérieure de soies du premier volet non représentée; deuxième volet vu en bout. Explication des lettres dans le texte. — B. Volets génitaux de la femelle juvénile, v = ébauches du troisième volet. Rev. Suisse de Zool., T. 82, 1975 33 512 B.CONDE Femelle juvénile Longueur. — 1,20 mm (opisthosome en extension); pas de flagelle. Prosome. — Organes latéraux ne comprenant chacun que 2 éléments foliacés. Chélicères: 7 dents à chaque mors. Aux pattes IV, la soie raide du basitarse est égale au bord tergal de l'article (90). Opisthosome. — Les volets génitaux sont presque identiques à ceux décrits et figurés chez une femelle juvénile de Eu. hanseni Silvestri (Condé 1951); il y a seulement une paire de soies submédianes supplémentaires à la 2e rangée du premier volet (3 + 3 au lieu de 2 + 2). Sternites IV et V avec 2 paires de poils épais (al, al) comprises entre une paire de poils plus minces (s) ; sternite VI avec une seule paire de poils a et une paire de poils s. Discussion. — Les caractères du basitarse de la dernière paire de pattes, de même que la présence d'ö4 à la rangée distale du premier volet génital, écartent ce spécimen des espèces du groupe spelaea-austriaca, chez lesquelles les sternites IV à VI portent 3 + 3 poils épais (spelaea) ou 2 + 2 (austrìaca). Des a\ existent chez£«. remyi Condé, d'Herzégovine, qui est, géographiquement, la forme cavernicole la plus voisine, mais beaucoup d'autres caractères (basitarse IV, sternites IV-VI, organes latéraux du prosoma) éloignent cette espèce de l'individu étudié ici. C> 50 um Fig. 4. Eukoenenia cf. juberthiei, femelle adulte, Chétotaxie du sternite VI. Explication des lettres dans le texte. Il existe, par contre, de grandes ressemblances entre l'espèce grecque et Eu. juberthiei Condé, d'une grotte du Liban, qui n'est malheureusement connue que par un unique mâle. Le basitarse des pattes IV est tout à fait identique; la chétotaxie sternale est très semblable, à l'exception du VIe segment qui ne possède qu'une paire de poils a chez juberthiei; les organes sensoriels du prosome sont bien conformes chez les deux adultes. Nous ignorons la valeur qu'il convient d'attribuer aux divergences de la chétotaxie tergale de l'opisthosome, ce caractère n'ayant été que peu utilisé jusqu'ici. Il faut donc attendre la découverte de nouveaux spécimens, en particulier de femelles topotypiques de Eu. juberthiei, avant de se prononcer sur l'identité exacte du spécimen de PALPIGRADES DE GENEVE 513 Grèce. Ajoutons que les nombreuses ressemblances entre la faune de la péninsule hellénique et celle de la région syrio-palestinienne rendent fort vraisemblable le rapprochement proposé ici. BIBLIOGRAPHIE Bourne, J. D. 1974. Un Arachnide intéressant de la grotte de Verel-de-Montbel (Savoie). Hypogées (Bull. Sect, de Genève Soc. suisse Spéléol.) 33: 1-2. Condé, B. 1972. Les Palpigrades cavernicoles d'Autriche. Revue suisse Zool. 79: 147-158. Condé, B. 1914a. Eukoenenia remyin. sp., Palpigrade cavernicole d'Herzégovine. Anni s. Spéléol. 29:53-56. Condé, B. 191 Ab. Un Palpigrade cavernicole du Liban. Ibid.: 57-62. Silvestri, F. 1905. Note aracnologiche. I Specie italiane del genere Koenenia con descrizione delle femmine giovani e del maschio, della K. mirabilis. Redia 2: 239-253. Adressedel'auteur: Université Nancy I Zoologieapprofondie 34, rue Ste-Catherine 54000 Nancy (France) Condé, Bruno. 1975. "Les Palpigrades du Muséum d'Histoire naturelle de Genève." Revue suisse de zoologie 82, 507–513. https://doi.org/10.5962/bhl.part.78272. View This Item Online: https://www.biodiversitylibrary.org/item/127363 DOI: https://doi.org/10.5962/bhl.part.78272 Permalink: https://www.biodiversitylibrary.org/partpdf/78272 Holding Institution Smithsonian Libraries and Archives Sponsored by Biodiversity Heritage Library Copyright & Reuse Copyright Status: In Copyright. Digitized with the permission of the rights holder. Rights Holder: Muséum d'histoire naturelle - Ville de Genève License: http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/3.0/ Rights: https://www.biodiversitylibrary.org/permissions/ This document was created from content at the Biodiversity Heritage Library, the world's largest open access digital library for biodiversity literature and archives. 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L'univers merveilleux de la beauté en Communication Scientifique : De la responsabilité de dispenser a minima de la Qualité et de l'Honnêteté pour contribuer à la Beauté de la Communication Scientifique et/ou Technologique.. 2011. &#x27E8;hal-00657672v2&#x27E9;
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RESUME L’univers merveilleux de la beauté en Communication Scientifique De la responsabilité de dispenser a minima de la Qualité et de l’Honnêteté pour contribuer à la Beauté de la Communication Scientifique et/ou Technologique. L’univers merveilleux de la beauté en Communication Scientifique et Technologique L’univers du merveilleux touche le monde entier et nombreux sont ceux qui - à un moment donné de leur existence- ont eu soif d’entendre la réponse du miroir magique à la question: “Miroir, miroir en bois d’ébène, dis-moi, dis-moi que je suis la plus belle” révélée par les frères Grimm1, à moins d’entendre qu’ils ont fait, admiré ou possédé la plus belle des choses, accompli la plus belle des actions... Depuis le fond des temps, la beauté sublime le monde. La beauté sublime les êtres. C’est sans nul doute pour cette qualité qu’elle se perçoit et qu’elle se juge. Nombreux sont ceux qui la critiquent, l’exigent, la commandent ou la façonnent. Certains la construisent ou l’acquièrent sous des formes artistiques (Arts Plastiques, visuels, architecturaux...), d’autres l’exposent (Musées, décors,...) tandis que quelques-uns encore l’exhortent même à posséder leurs corps grâce au développement des sciences esthétiques (chirurgie..). Et si la notion abstraite de beauté aborde de nombreux domaines, pour quelle(s) 1 Auteurs de contes et légendes : ici l’exemple de Blanche-neige 1 raison(s) cette question de l’esthétique -ou des esthétiques multiples qui ont pour objet les perceptions, les sens et le beau- n’émergerait-elle donc pas dans celle de la Communication Scientifique. Cette aporie peut se poser : la Communication Scientifique peut-elle être belle? Au travers d’une expérience professionnelle de consultante en communication scientifique, nous nous projetterons dans le monde de la beauté par l’histoire de la philosophie et de Platon2 pour lequel la beauté est indissociable de l’utilité et de la qualité. Nous rendrons aussi hommage à kant3 et Hegel4 pour les notions de liberté et de vérité sans lesquelles la Beauté n’est pas, tout comme de Burke qui lui adjoint la notion essentielle de plaisir. A la lumière de ces penseurs, il sera alors possible de répondre à la question « miroir, miroir, je suis une Communication Scientifique. La Qualité, l’Honnêteté et la Beauté définissent mes objectifs. Puis-je apparaitre comme belle?... » 2 428-427 av. JC, 347-346 av. JC. 1724- CONTRIBUTION L’univers merveilleux de la beauté en Communication De la responsabilité de dispenser a minima de la Qualité et de l’Honnête té pour contribuer à la Beauté de la Communication Scientifique. De l’esthétique à la Communication Scientifique Transmis à travers le temps, de générations en générations, les questionnements des Hommes se livrent au travers de récits. Dans ces histoires, la beauté prend parfois une place importante et nombreux sont ceux qui disent et redisent la célèbre phrase : « Miroir, miroir, dis-moi qui est la plus belle.... ». Si la réponse semble simple à un enfant, devenu adulte, celui-ci comprend peu à peu que des perceptions plurielles se confrontent autour de cette notion abstraite de beauté. Car même si la beauté possède des règles et des critères, ceux-ci peuvent être uniquement propres à un individu et ne pas être partagés, voire violemment critiqués par l’Alter. A l’inverse, ces jugements peuvent toutefois satisfaire un groupe qui en partage la même lecture, les mêmes avis d’appréciation et attribue ainsi à la beauté un sens identique. Entre ces deux parties, un accord commun reflète néanmoins que l’attention portée à la beauté se révèle précieuse par les deux parties car comme le précise Euridipe « ce qui est beau est toujours chers aux hommes5 ». Alors, dans le cadre qui nous préoccupe, et en toute objectivité, serait-il possible d’affirmer que la Communication Scientifique est belle? 5 Bacchantes 3 La Beauté est Utilité et Qualité Avant de s’engager dans cette réflexion, il s’avère nécessaire de définir au mieux cette notion de Beauté. D’après Platon6, le beau concerne tout d’abord une caractéristique de l’objet qui doit être utile. Le philosophe grec énonce par ailleurs le principe de convenance7 pour expliquer que le bel objet est celui qui convient le mieux à sa fonction. Il s’agit alors de savoir à ce point de la réflexion, si cette forme de communication convient pleinement à ses fonctions, si elle joue bien son rôle et plus précisément de poser la question suivante : la Communication Scientifique est-elle utile? Pour répondre à cette première interrogation, la définition même du mot « communication » semble nécessaire. Le terme de Communication Scientifique est souvent entendu comme une diffusion d’information, une présentation d’avancée de travaux, de résultats de recherche, de valorisations, etc. qui guident donc positivement l’objet vers une reconnaissance de l’Alter. Trop souvent, croyant produire de la Communication Scientifique, les chercheurs ne procèdent en réalité qu’à un simple partage d’information avec une communauté de spécialistes en attente d’une confrontation critique (négative/positive) de leurs pairs dans « un style qui cumule la neutralité du compte-rendu positiviste et la fadeur du rapport bureaucratique 8».A cette pensée parfois trop rapide, le professionnel de la Communication (Science de l’Information et de la Communication-SIC) précise qu’« informer n’est pas communiquer9 » et que seule la production d’un message ne suffit pas à donner l’ampleur attendue pour que l’objet devienne communication. Dans ce même sens, Dominique Wolton10, directeur de recherche au CNRS11 et spécialiste en communication explique qu’il faut entendre par le terme de communication un « idéal d’expression et d’échange », « l’ensemble des médias de masse » mais aussi « l’ensemble des nouvelles techniques de communication » et enfin « les valeurs, symboles et représentations qui organisent le fonctionnement de l’espace public des démocraties de masse». Examinons chacun de ses axes sous l’angle de la Communication Scientifique. 6 428-427 av. JC, 347-346 av. JC. PLATO, Thététe ou De la Science. Œuvres de Platon (traduction v. Cousin).Tome2, Bossange frères, Leipsig,1dccc.24, p.25 8 Pierre BOURDIEU, Homo Academicus, 1984 9 Dominique Wolton, Informer n’est pas communiquer, CNRS édition, Paris, 2009 10 Dominique WOLTON, Sauver la communication, Edition Flammarion, Paris, 2005 11 Centre National Recherche Scientifique (France). Institut des Sciences de la Communication, Paris 7 4 - Tout d ’ abord , il est aisé de constater que la Communication Scientifique se dirige souvent vers un idéal d’expression et d’échange par la rédaction de rapports, d’articles, les publications d’ouvrages, la réalisation de films, les rencontre entre le scientifiques, la tenue de conférences, etc. - En second lieu, elle peut convoquer l’ensemble des médias de masse grâce à l’information active qui est produite par des annonces télévisées (résultats des recherches...), radiophoniques (interview d’experts scientifiques...) ou dans la presse écrite (articles vulgarisés ou spécialisés,..). - Pour poursuivre, la Communication Scientifique s’appuie aussi sur l’ensemble des nouvelles techniques de communication car il arrive qu’elle utilise - pour une partie de la diffusion de ses messages - les réseaux sociaux internationaux (sollicitations de contributions sur internet, diffusions d’informations sur page Facebook/Twitter...). Elle peut également lier sa communication classique à des figures (schémas, diagrammes, etc.) fournis grâce aux Nouvelles Techniques d’Information et de Communication (NTIC). - Pour conclure cette réflexion, la Communication Scientifique sert également les intérêts d’une population large (prise de conscience, utilité de changement de comportement...), démocratique (sondage, discussion, critique, argumentation...) et se diffuse parfois à l’international en respectant des valeurs de l’espace public dont elle est issue (cadre culturel, législatif, représentatif...). Pour se définir sous la terminologie de la beauté, elle doit en outre se manifester comme un vecteur d’identification et d’unification, ce qu’elle peut accomplir lors de ces fonctions précédentes en toute légitimité. A la lumière de ses données et à la condition exclusive que la Communication Scientifique soit de qualité dans le sens où elle respecte parfaitement les fonctions qui lui sont attribuées, qu’elle sert un objet dans le sens de l’utilité et de respect, alors il est possible d’admettre qu’elle tient bien une partie de son rôle qui peut lui permettre d’être remarquée comme belle. 5 La Beauté est Liberté, la Beauté est Vérité Si une des finalités de la Communication Scientifique est examinée plus avant par ces quatre points résumés rapidement sous le terme de qualité, le philosophe allemand Emmanuel Kant12 définit de plus, la beauté comme « libre ». Cette nouvelle propriété engage à se demander si – pour recevoir le qualificatif de belle- la Communication Scientifique peut ou doit-elle être libre? S’il est entendu par ce concept de liberté la possibilité de communiquer sans contrainte, clairement, ouvertement sur un sujet scientifique, quelles qu’en soient les causes et les effets immédiats et/ou à venir, il est possible d’associer la notion de liberté à celle de Communication Scientifique. Dans l’aspect communicationnel des sciences, cet état peut être notamment apporté par la liberté de communication du sujet, la diffusion-en totale indépendance -d’information liée à l’objet libéré de toute contrainte. Si nombreuses sont les communications (articles, rapports, conférences,...) considérées comme autonome, affranchies dans leur contenu et leur présentation, l’histoire montre que, toutefois, certaines communications scientifiques ne répondent pas à cet objectif. Tout d’abord, car ces communications subissent un contrôle avant même d’apparaitre au grand jour -réduisant ainsi le champ de leur liberté- et que pour de multiples raisons, elles sont alors parfois retenues, masquées, déguisées, tronquées, détournées... que ce soit notamment pour des raisons d’intérêts personnels ou d’Etat, politiques, financiers, et/ou médiatiques, etc. Ces forces dirigent alors ces communications scientifiques qui se retrouvent privées de leur entière liberté (il est particulièrement complexe pour certaines autorités d’autoriser la libre circulation des informations de certains sujets qu’ils soient dits sensibles13ou pas). Ce faisant, soit le chercheur ne communique plus sur l’objet de la Communication Scientifique soit il dissimule une partie de son contenu et ouvre la possible porte de la malhonnêteté en réduisant la totale vérité actant en cela le mensonge par omission. Mais la Vérité est-elle utile à la Beauté? En cela, une des réponses pourrait démontrer que la Communication Scientifique comme Technologique peut devenir belle car cette libre orientation de partage des connaissances « permet à l’Homme d’accéder à la conscience de soi » comme le précise Hegel qui entend le beau comme « une œuvre de l’esprit », une « présentation de la vérité ». A ces conditions encore : si elle sait rester libre et honnête, si objectivement vérifiable, elle présente la vérité de tous, si elle sert l’unification, alors, la Communication Scientifique peut être envisagée en partie comme belle. 14 15 George ELGOZY, L’esprit des mots ou l’Antidictionnaire, Editions Denoël, 1981 Umberto ECCO, L’isola del giorno prima, Bompiani, Milano, 1994, p.66 7 La Beauté est émotion et plaisir Les critères d’utilité, de qualité, de liberté, d’honnêteté et de vérité décrits précédemment ne suffisent sans doute pas à définir les principes de la beauté de la communication scientifique . En effet, la perception de la beauté s’enrichit de sens liés au plaisir : « La beauté est libérée de tout but clairement défini et objectif» (Kant). Le beau doit être harmonieux et attirant faisant appel au domaine du sensible et « en tant qu’êtres esthétiques, nous sommes émus par la beauté16 ». D’après Edmund BURKE17, la beauté exprime de plus une sensation de plaisir ou un sentiment de satisfaction, une émotion esthétique. « Le beau est ce qui est représenté sans concepts comme l’objet d’une satisfaction universelle. Cette définition du beau en fait l’objet d’une citation tirée de tout intérêt » affirme encore Kant qui souligne la nécessité d’une approbation. Dans ce cadre, de quelle manière, la Communication Scientifique peut-elle répondre à cet aspect des choses? Communique-t-elle un sentiment de plaisir? Si une communication dévoile un savoir en s’appuyant sur un aspect esthétique travaillé et appuyé (packaging, film, visuels, etc.), elle peut effectivement être qualifiée d’harmonieuse selon les regards portés principalement tant sur le fond que sur la forme du produit ou de l’objet de la communication. L’outil de communication et/ou le support renvoie alors au sujet la force de la beauté quand il ne s’agit pas l’objet lui-même qui peut être défini comme harmonieux ou source de plaisir. En effet, la Communication Scientifique peut encore procurer une émotion forte à l’entendement subliminal ou pas d’une communication en nous transportant dans un monde « merveilleux ». Mais n’est-ce pas plutôt le sujet dévoilé qui fait appel à notre sensibilité et non pas la Communication Scientifique elle-même? Dans ce cas, la beauté du sujet unique serait donc reflétée par le jeu du miroir embellissant de la communication. Cela suffit-il alors à la considérer sous son meilleur aspect esthétique? L’abstraction donnée à cette dernière dénomination force à aiguiser la pensée et la réflexion se doit d’être posée différemment. La Communication Scientifique procure-t-elle du plaisir, de l’émotion? Pour ceux qui tentent désespérément de s’en approcher professionnellement, qui l’apprécient, qui y travaillent avec passion et/ou qui s’y plongent avec volupté, sans doute ; Pour les autres, complexes sont les sentiments liés à la satisfaction sensitive, émotionnelle qui pourraient apparaître car « la science est bizarre18». Le jugement esthétique de la Communication Scientifique se fonde ici sur la compréhension individuelle du sens 16 Kant, Critique de la raison pure, Traduction Jules Barni, Edition G. donné à la beauté (et non pas universelle comme l’entend Kant). Pourtant, « une culture [...] se bâtit collectivement au travers des individualités qui la composent19 » et ce serait omettre que la Communication Scientifique sert à la culture, au savoir, à faire connaître, à faire aimer, à donner du plaisir. Le plaisir est apporté par le contentement de la connaissance diffusée grâce et par cette forme de communication. D’ailleurs, dans l’école de l’antiquité grecque, le principe psychologique « toute connaissance dérive de la sensation 20» amène à porter un autre regard sur la question. Pour être efficace et servir au mieux sa tache, pour mieux diffuser des informations, la Communication Scientifique peut et doit apporter de part sa fonction une sensation. Il est envisageable que ce soit donc un sentiment de plaisir réel et certain « car le monde véritable que la science nous révèle est de beaucoup supérieur au monde fantastique créé par l’imagination21 ». Il en ressort que si la Communication Scientifique est entendue comme la diffusion de connaissances sous une forme de juste communication et que les informations dispensées suscitent un sentiment de satisfaction et/ou de plaisir, elle peut toucher ce sens d’émotion plaisante et positive. En ce sens, ces éléments peuvent contribuer à sa beauté. « Miroir, miroir, dis-moi si la Communication Scientifique est belle... ». En conclusion, la beauté de la Communication Scientifique ferait-en partie- appel principalement à un ensemble de six propriétés reliant celles d’utilité, de qualité, de liberté, de vérité, d’honnêteté et de plaisir. Selon ces premiers critères définis, il serait alors possible d’énoncer la règle de la Beauté de la Communication scientifique et Technologique selon ces propos : Si la Communication Scientifique et technologique, - sert son objet dans le sens de l’utilité, - respecte les fonctions qui lui sont attribuées, 19 Daniel MOATTI , l’emprise technologique sur la pédagogie – la représentation de Sophia Antipolis dans les manuels scolaires ». Communication, informatique et pédagogie, Edition Universitaire de Dijon, 2010 20 Platon ibid p . 5 21 Renan, L’avenir de la science V, ed. Calmann-Levy, 1890, p.395 9 - énonce et partage de justes énoncés utiles - que ces énoncés sont justement et honnêtement établis et dans une totale liberté - que ces énoncés sont de qualités irréprochables par leurs véridicités - que ces énoncés ont la capacité d’inspirer un sentiment de plaisir ou une émotion agréable. Alors la Communication Scientifique et technologique peut être considérée comme Belle. Les communicants portent donc la responsabilité de dispenser lors de toutes communications scientifiques et/ou technologiques ces critères a minima pour contribuer à la Beauté de la Communication Scientifique en veillant particulièrement que l’adage populaire se plait à rappeler que « l’amour est aveugle ». La Communication Scientifique et technologique peut donc s’afficher avec certitude et très aisément comme la plus belle en son royaume. Tout acteur de la Communication Scientifique doit donc -non seulement pour des raisons éthiques mais aussi pour donner du sens à son organisation- pouvoir maitriser l’ensemble des informations à communiquer et ces éléments. Ne pas maitriser l’ensemble du processus de communication scientifique comme dissimuler des informations participe à l’affaiblissement de cette même communication et/ou à engendrer des impacts médiatiques négatifs d’autant plus forts qu’ils auront été tardifs. Ainsi, les diffuseurs ne doivent pas hésiter à s’appuyer sur des professionnels de la communication (SIC), ces communicants consciencieux travaillant en effet à construire une communication selon un cœur de cible et une stratégie bien définie. Nombreux sont les scientifiques qui -pensant l’acte de communication simple-tentent de dispenser certaines communications et de développer quelques outils annexes sans concevoir aucune stratégie communicationnelle ni s’appuyer sur un(e) spécialiste en communication qui pourraient les renseigner entre autres sur les techniques à utiliser (cibles, cœur de cible, symboliques, formes, couleurs, signes subliminaux, représentation de l’émetteur, contenu du message, niveau de langue, culture du récepteur, etc.). Pour être juste, il convient donc de s’appuyer sur ces spécialistes (SIC) et/ou d’établir si les scientifiques eux-mêmes possèdent la capacité de réfléchir à la question sans implication personnelle et/ou s’ils ne se trouvent pas abusés par le miroir magique sur lequel est gravé « Riséd elrue ocnot edsi amega siv notsap 10 ert nomen ej22 23» car il renvoie les souhaits les plus profonds » (Riséd24) à moins qu’ils ne subissent l’influence du miroir qui révèle les vérités lointaines (Peau d’âne25)? Quelque soit la réponse apportée à cette aporie, les chercheurs en oubliant leur individualisme et appliquant le jeu parrèsiastique 26 ont la responsabilité de rester exigeants avec eux-mêmes et d’appliquer les règles « du beau », au minimum celles de la qualité, de l’honnêteté et de la Beauté non seulement dans la perspective d’une théorie esthétique mais aussi pour le respect qu’ils doivent leurs fonctions : « Le beau n’est pas dans l’analyse ; mais le beau réel, celui qui ne repose pas sur des fictions de la fantaisie humaine, est caché dans les résultats de l’analyse27 ». Grégory Bateson28 également s’appuie sur les liens entre les éléments plutôt que sur les élé ments eux-mêmes en poussant le regard à analyser non pas les cinq doigts d’une main mais bien les quatre relations entre ces doigts. En cela, les chercheurs peuvent s’appuyer aussi sur l’enrichissement du passé (Colin Turnbull, Bruno Latour...) et sur d’autres sciences (SIC29...) car la réflexion commune est enrichissante. Servant toujours d’exemple dans de nombreux territoires auprès d’un large public reconnaissant, l’immense savant Leonardo da Vinci a beaucoup œuvré à la diffusion de la Communication Scientifique et Technologique comme à sa beauté (l’homme de Vitruve30, etc.). Précurseur, il a sans nul doute « identifié des espaces de rencontre entre esthétique et sciences de la communication31» liant ainsi Communication Scientifique et technologique à de multiples chefs d’œuvre pensés et produits pour le plus grand plaisir de l’humanité. Marie-Nathalie JAUFFRET-CERVETTI Consultante en Communication Enseignante en Sciences de l’Information et de la Communication. Université de Nice Sophia Antipolis. France. Laboratoire I3M (N° EA 3820) [email protected] 22 « Je ne montre pas ton visage mais de ton cœur le désir » J. K.Rowling, Harry Potter and the Philosopher's Stone 24 Anagramme de désir. Le miroir sert à observer son désir le plus profond. 25 Conte populaire dont la version la plus célèbre est attribuée à Charles Perrault (1694). 26 Notion grecque de parrêsia : courage de dire la vérité et t’entendre les critiques en relevant 27 Renand, l’avenir de la science V, Garnier-Flammarion, Paris, 1995 28 Gregory BATESON, Une Unité Sacrée ou quelques pas de plus vers une écologie de l'esprit, Seuil, Paris, 1996 29 Sciences de l’Information et de la Communication 30 Leonardo Da Vinci 1492 31 Hillaire Norbert, De l’Art aux frontières : art, communication et médiatisation culturelle. Revue Solaris n°7. Girsic, Caen, Janvier 2001. 23
30,780
d2426e42feeeea4314520437207a0d85_20
French-Science-Pile
Open Science
Various open science
2,013
Indicateurs essentiels : Espagne
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PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – DANEMARK La pension de vieillesse du régime public (soit les prestations de base et complémentaires, auxquelles s’ajoute le montant de la retraite supplémentaire) est ajustée chaque année en fonction du salaire moyen, selon un indice des hausses de salaire des deux années précédentes. Si la hausse des salaires nominaux dépasse 2 %, une somme correspondant au maximum à 0.3 % de l’excédent est allouée à une réserve pour dépenses sociales. En conséquence, l’indexation des retraites et autres prestations sociales est basée sur les hausses de salaire minorées des affectations à la réserve. En 2008, une déduction fiscale spéciale sur les revenus du travail a été introduite pour différer la sortie définitive du marché du travail. Depuis juillet 2008, tout retraité au titre du régime des pensions de vieillesse peut soustraire du calcul des retraites de base et ciblées un revenu salarié d’un montant maximal annuel de 30 000 DKK. Régimes professionnels Il s’agit de régimes par capitalisation intégrale à cotisations définies mis en place par les partenaires sociaux. La couverture de ces régimes est quasiment universelle. Les cotisations représentent généralement entre 9 et 17 % du salaire. En 2006, le taux applicable à la majorité des actifs danois a été porté à 10.8 % et c’est celui qui a été retenu pour la modélisation. Les prestations sont habituellement versées sous forme de rente. Le taux d’intérêt retenu est de 1.5 % pour les cotisations récentes ou les nouveaux régimes. Toutefois, les régimes fonctionnant sur un modèle « à but lucratif », l’augmentation des retraites dépend du rendement des actifs et des statistiques du fonds en matière de mortalité. De nombreux régimes autorisent également les sorties en capital. Depuis 2000, le calcul des rentes doit être fondé sur des tables de mortalité unisexe. Régime à cotisations définies L’ATP (la retraite complémentaire danoise du marché du travail) est un régime obligatoire d’assurance collective à cotisations définies reposant sur le principe de la capitalisation intégrale. L’ATP prévoit le versement d’une pension viagère à partir de 65 ans, ainsi que d’un capital au conjoint survivant ou à ses enfants en cas de décès de l’adhérent. L’ATP couvre tous les salariés et presque tous les bénéficiaires des prestations sociales. L’adhésion à l’ATP est facultative pour les travailleurs indépendants. L’ATP couvre la quasi-totalité de la population et il est pratiquement universel. Techniquement, la pension de vieillesse de l’ATP est une rente différée garantie. La cotisation correspond à une somme fixe – et non à un pourcentage du revenu – et ne dépend que du nombre d’heures travaillées. Un employé à temps plein devait verser 3 240 DKK en 2012. Les cotisations sont à la charge de l’employeur pour les deux tiers et du salarié pour le tiers restant. Le barème des cotisations (soit la somme des cotisations patronales et salariales) en fonction des heures travaillées est présenté dans le tableau suivant (pour les salariés mensualisés) : Nombre d’heures travaillées par mois < 39 39-77 78-116 Cotisation, en DKK par mois à compter de 2008 0 81 163 244 Nombre d’heures travaillées par mois < 39 39-77 78-116 > 116 Cotisation, en DKK par mois à compter de 2009 0 90 180 270 PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 > 116 303 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – DANEMARK Le cas échéant, le montant de la cotisation est ajusté sur décision des partenaires sociaux dans le cadre des conventions collectives. Depuis 20 ans, la cotisation a été relevée progressivement en suivant peu ou prou la hausse du salaire moyen. La modélisation prend pour hypothèse que le montant de la cotisation progresse en fonction du salaire moyen. Une augmentation d’environ 10 % a été convenue pour 2009. Jusqu’en 2002, 396 DKK de cotisations donnaient droit à 100 DKK de retraite à partir de 65 ans, quel que soit l’âge auquel étaient versées ces cotisations, ce qui impliquait (pour toutes les cohortes acquérant des droits) un taux d’intérêt moyen d’environ 4.5 %. Depuis 2002, le taux d’intérêt nominal présumé ressort à 1.5 %. Dans le modèle, on suppose que le taux d’intérêt de l’ATP est identique à celui retenu dans d’autres pays de l’OCDE pour les régimes par capitalisation à cotisations définies. Si sa situation financière le permet, le régime ATP augmente de la même façon les pensions servies et les droits à retraite, sous forme de bonification. Les augmentations sont garanties de même que les droits acquis. La modélisation suppose une indexation totale sur l’inflation. Un système ATP d’acquisition de droits à retraite entièrement nouveau a été introduit en 2008. Le modèle repose sur des swaps de taux d’intérêt et non sur un taux d’intérêt nominal fixe, de 1.5 % par exemple. Le nouveau système d’acquisition de droits abandonne l’allocation aux fonds de garantie et de bonification différenciée en fonction de l’âge au profit d’une répartition uniforme, 80 % de toutes les cotisations allant au fonds de garantie et 20 % au fonds de bonification. Variantes de carrière Retraite différée Il est possible de différer la jouissance de la pension de vieillesse du régime public pendant 10 ans au plus. La surcote accordée pour une année correspond au ratio entre la durée du report et l’espérance de vie moyenne au moment de la liquidation des droits. Par exemple les projections démographiques indiquent que l’espérance de vie à 68 ans est de 17.1 ans. Dans ce cas, la surcote par année de report au-delà de 67 ans serait de 1/17.1 = 5.8 %. Enfants Pour les périodes de congé maternité/paternité/parental, le montant des cotisations à l’ATP est multiplié par deux. Le bénéficiaire verse un tiers de ces cotisations, l’État ou les collectivités locales s’acquittant des deux tiers restants. Au total, les prestations de maternité/paternité/parentales peuvent être versées au plus pendant 52 semaines. Les quatre semaines précédant la naissance et les 14 semaines suivantes sont réservées à la mère. Le père a droit à deux semaines de congé durant les 14 semaines suivant immédiatement la naissance (congé paternité). Les 32 dernières semaines peuvent être divisées ou partagées entre le père et la mère (congé parental). Habituellement, les personnes qui restent en dehors du marché du travail au-delà du congé de maternité pour élever des enfants basculent vers un autre régime qui prévoit également une cotisation à l’ATP. En règle générale, les jeunes parents reprennent le travail à la fin de leur congé sauf si l’enfant est malade ou handicapé, par exemple, auquel cas il est logiquement possible de percevoir une prestation publique avec cotisation à l’ATP. Dans les régimes de retraite 304 PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – DANEMARK professionnels, aucune cotisation n’est due et aucune majoration accordée pour les périodes d’inactivité consacrées à l’éducation des enfants. Chômage Pendant les périodes de chômage, l’assurance-chômage (ou les collectivités locales pour ceux qui ne sont pas assurés) prend en charge l’obligation de paiement de l’employeur, et le taux de cotisation à l’ATP est doublé lorsque le chômeur est indemnisé par l’assurance-chômage (le taux normal s’applique lorsqu’il touche la prestation de l’aide sociale). L’État prend en charge les deux tiers du paiement lorsque l’assurance-chômage est épuisée et que le chômeur reçoit des prestations de chômage de l’aide sociale. Dans les régimes de retraite professionnels, aucune cotisation n’est due et aucune majoration n’est accordée pour les périodes de chômage. Il existe également un programme de retraite anticipée facultatif lié à l’assurancechômage, qui verse des prestations entre 60 ans (seuil qui sera porté progressivement à 62 ans entre 2014 et 2017) et l’âge normal de la retraite. Pour y avoir droit, les actifs doivent avoir adhéré à la caisse d’assurance-chômage pendant 30 ans au moins et avoir acquitté les cotisations facultatives de retraite anticipée durant cette période. Ils doivent aussi satisfaire aux conditions d’acquisition de droits aux prestations de chômage au cas où ils seraient au chômage au moment de la transition vers le régime facultatif de retraite anticipée. Le montant de la prestation correspond aux prestations de chômage, sous réserve d’un plafond correspondant à 91 % de l’allocation chômage maximum, soit 3 585 DKK par semaine pour les salariés à temps plein et 2 390 DKK pour les salariés à temps partiel (chiffres de 2012). Il n’est pas possible de cumuler le bénéfice des prestations facultatives de retraite anticipée et de la pension de l’aide sociale. Les personnes qui diffèrent la perception des prestations facultatives de retraite anticipée pendant au moins deux ans après l’ouverture de leurs droits et la poursuite de leur activité reçoivent des prestations de retraite anticipée plus élevées équivalentes à l’allocation chômage maximum (soit 3 940 DKK par semaine en 2012). Celles qui ont droit à un départ en retraite anticipée ou à un avantage équivalent et qui ont continué de travailler à temps plein pendant trois ans peuvent percevoir une somme forfaitaire d’un montant maximum de 147 516 DKK en 2012. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 305 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – DANEMARK Résultats de la modélisation des retraites : Danemark CD (professionnel) ATP De base Niveau brut relatif des pensions Ciblé Taux brut de remplacement 2.5 1.25 2.0 1.00 1.5 0.75 1.0 0.50 0.5 0.25 0 0 0.25 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen 0 0.25 Net 0 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen Brut Niveau relatif des pensions, brut et net Taux de remplacement, brut et net 2.5 1.25 2.0 1.00 1.5 0.75 1.0 0.50 0.5 0.25 0 0 0.25 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen Hommes Femmes (si différent) 0 0.25 0 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen Salaire individuel, en multiple de la moyenne Salarié à revenu médian 0.5 0.75 1 1.5 2 74.5 60.3 69.4 78.5 96.7 114.8 73.8 61.0 69.2 77.4 93.4 106.5 83.7 120.7 92.5 78.5 64.4 57.4 82.4 117.5 90.9 77.4 67.4 60.5 Patrimoine retraite brut 13.9 20.5 15.5 13.0 10.4 9.2 (en multiple du salaire individuel brut) 15.5 23.0 17.3 14.5 11.6 10.2 Patrimoine retraite net 9.5 14.4 10.7 8.8 7.0 5.9 (en multiple du salaire individuel brut) 10.7 16.1 12.0 9.9 7.8 6.6 Niveau relatif brut des pensions (en % du salaire moyen brut) Niveau relatif net des pensions (en % du salaire moyen net) Taux de remplacement brut (en % du salaire individuel brut) Taux de remplacement net (en % du salaire individuel net) 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932967682 306 PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – ESPAGNE Espagne Indicateurs essentiels Espagne : le système de retraite en 2012 Le système public de retraite espagnol comporte une prestation unique liée à la rémunération (volet contributif) avec une retraite minimum soumise à conditions de ressources. Il comporte également un volet non contributif soumis à conditions de ressources qui remplace le régime d’aide sociale antérieur. Salaire de l’ouvrier moyen Espagne OCDE EUR 25 600 32 400 USD 33 700 42 700 Dépenses publiques au titre des retraites En % du PIB 9.3 7.8 Espérance de vie À la naissance 82.0 79.9 À 65 ans 20.4 19.1 En % de la population d’âge actif 27.9 25.5 Population de plus de 65 ans 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932970247 Conditions d’ouverture des droits Suite à la réforme des retraites de 2011, l’âge requis pour bénéficier d’une retraite à taux plein a été porté de 65 à 67 ans, tant pour les hommes que pour les femmes. Quinze années de cotisation sont nécessaires pour avoir droit à une prestation de retraite. Il sera encore possible de prendre sa retraite à 65 ans sans pénalité avec 38.5 années de cotisation. Dans la modélisation, on suppose que l’intéressé est entré dans la vie active à l’âge de 20 ans et que sa durée de cotisation est complète. Ces hypothèses correspondent à un âge de départ à la retraite de 65 ans. Calcul des prestations Régime lié à la rémunération Auparavant, l’acquisition des droits se faisait selon le barème suivant : après 15 années de cotisations, le taux correspondait à 50 % de la base de rémunération. Les dix années suivantes, le taux d’acquisition des droits augmentait de 3 % par an, et par la suite de 2 % par an. Le taux maximum atteint après 35 années de cotisations était de 100 %. Depuis la réforme, le taux d’acquisition est toujours de 50 % après 15 ans, mais 37 années de cotisation sont désormais nécessaires pour qu’il atteigne 100 %. La base de rémunération est le salaire des 25 dernières années (contre les 15 dernières années auparavant), revalorisée chaque année en fonction de l’évolution des prix, exception faite des deux dernières années, ce qui signifie que le taux de remplacement par rapport au dernier salaire est inférieur à 100 %. Pour le calcul des cotisations et des prestations, les rémunérations sont plafonnées à 39 150 EUR, soit 153 % du salaire moyen. Les prestations sont indexées sur les prix. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 307 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – ESPAGNE Pension minimum et maximum Une pension minimum de 618.90 EUR par mois, soit 34 % du salaire moyen, est versée à partir de 65 ans aux retraités n’ayant pas de conjoint à charge ; pour ceux qui en ont un, son montant est de 763.60 EUR par mois, soit 42 % du salaire moyen. Les versements sont effectués sur 14 mois. Il existe en outre une nouvelle pension minimum pour les veuves, qui s’élève à 715.60 EUR par mois pour celles qui ont des enfants à charge, ainsi qu’une pension minimum pour les orphelins. La pension minimum a augmenté plus vite que l’indice des prix au cours des dernières années. Ainsi, entre 2004 et 2012, l’indice des prix a progressé de 22.87 % tandis que les pensions minimum ont enregistré une augmentation comprise entre 55.6 et 40.5 % selon le type de pension. La pension maximum, qui était de 2 522.89 EUR par mois en 2012, est versée sur 14 mois. Variantes de carrière Retraite anticipée La retraite anticipée est possible à partir de 63 ans (chômage involontaire) ou 65 ans (chômage volontaire), contre 61 ans (chômage involontaire) et 63 ans (chômage volontaire) auparavant, sous réserve d’avoir cotisé 33 et 35 ans respectivement (contre 33 ans dans les deux cas auparavant). La réduction actuarielle des prestations varie de 2 à 1.5 % chaque trimestre, en fonction de la durée de cotisation. La pension minimum de retraite anticipée est de 578.90 EUR, soit 32 % du salaire moyen pour les retraités n’ayant pas de conjoint à charge et de 715.60 EUR par mois, soit 39 % du salaire moyen, pour ceux qui en ont un ; après 65 ans, c’est le taux le plus élevé qui s’applique. Une retraite partielle est possible à partir de 63 ans (avec un nouveau salarié) ou de 65 ans (sans remplaçant). Tant le nouveau salarié que le salarié en retraite partielle cotiseront à taux plein au régime de retraite. Avant la réforme, les salariés en retraite partielle cotisaient seulement au prorata des jours effectivement travaillés. Retraite différée Il est possible de différer la pension au-delà de l’âge normal de la retraite. Les travailleurs ayant cotisé entre 15 et 25 années et qui continuent de travailler après 67 ans voient leurs prestations augmenter à hauteur de 2 % de la base de calcul par année de report. La hausse est de 2.75 % s’ils ont cotisé entre 25 et 37 ans, et de 4 % s’ils ont cotisé au moins 37 ans. À partir de 67 ans, il est également possible de cumuler une pension partielle et un emploi à temps partiel. Dans ce cas, il n’y a pas d’obligation de remplacer les heures de travail restantes. Enfants Une couverture est prévue pendant le congé de maternité et paternité. Deux années d’interruption de carrière pour élever des enfants sont validées dans le calcul des prestations de retraite. 308 PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – ESPAGNE Chômage Durant les périodes de chômage indemnisé, l’État prend à sa charge l’intégralité de la part patronale et la part salariale des cotisations au régime de l’assurance retraite est payée par le salarié. Le salaire de base pour le calcul des cotisations est le salaire moyen des six mois précédant l’épisode de chômage. La durée des prestations dépend du nombre de jours de cotisation dans les six années précédant l’épisode de chômage : elle varie entre quatre mois et deux ans. L’assistance chômage qui est versée ensuite ne donne lieu à aucun crédit de retraite, excepté pour les personnes de 55 ans et plus. Pour ces personnes, les cotisations à la pension de vieillesse sont prises en charge par l’État jusqu’à l’âge de la retraite. Ces cotisations sont calculées sur 100 % de la base minimum de 748.20 EUR par mois. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 309 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – ESPAGNE Résultats de la modélisation des retraites : Espagne Selon le revenu Niveau brut relatif des pensions Taux brut de remplacement 2.5 1.25 2.0 1.00 1.5 0.75 1.0 0.50 0.5 0.25 0 0 0.25 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen 0 0.25 Net 0 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen Brut Niveau relatif des pensions, brut et net Taux de remplacement, brut et net 2.5 1.25 2.0 1.00 1.5 0.75 1.0 0.50 0.5 0.25 0 0 0.25 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen Hommes Femmes (si différent) 0 0.25 0 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen Salaire individuel, en multiple de la moyenne Salarié à revenu médian 0.5 0.75 1 1.5 2 57.6 36.9 55.4 73.9 110.8 113.2 64.6 44.4 62.4 80.1 113.6 115.7 73.9 73.9 73.9 73.9 73.9 56.6 79.8 79.5 79.9 80.1 79.8 63.9 Patrimoine retraite brut 12.9 12.9 12.9 12.9 12.9 9.8 (en multiple du salaire individuel brut) 15.0 15.0 15.0 15.0 15.0 11.5 Patrimoine retraite net 11.1 12.0 11.2 10.8 10.2 7.8 (en multiple du salaire individuel brut) 13.0 14.0 13.1 12.6 11.9 9.1 Niveau relatif brut des pensions (en % du salaire moyen brut) Niveau relatif net des pensions (en % du salaire moyen net) Taux de remplacement brut (en % du salaire individuel brut) Taux de remplacement net (en % du salaire individuel net) 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932968195 310 PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – ESTONIE Estonie Indicateurs essentiels Estonie : le système de retraite en 2012 Le système conjugue un régime public lié à la rémunération et un régime par capitalisation avec cotisations obligatoires. Il existe aussi une retraite de base forfaitaire et une retraite nationale à titre de filet de protection. Salaire de l’ouvrier moyen Estonie OCDE EUR 11 000 32 400 USD 14 400 42 700 Dépenses publiques au titre des retraites En % du PIB 7.9 7.8 Espérance de vie À la naissance 74.2 79.9 À 65 ans 16.3 19.1 En % de la population d’âge actif 29.1 25.5 Population de plus de 65 ans 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932969753 Conditions d’ouverture des droits L’âge d’ouverture des droits est de 63 ans pour les hommes et il atteindra 63 ans pour les femmes à partir de 2016. Par la suite, l’âge de la retraite passera progressivement à 65 ans d’ici à 2026 pour les deux sexes. Il faut pouvoir justifier au moins de 15 années d’activité ouvrant droit à la retraite. Calcul des prestations Régime de base La prestation de base forfaitaire était de 120.20 EUR par mois en avril 2012 et de 114.66 EUR en 2011-12 et elle ne peut être versée qu’en complément d’une retraite liée au salaire. Régime lié à la rémunération Les prestations de retraite sont calculées en fonction des cotisations versées pour le compte de la personne concernée rapportées à la cotisation moyenne acquittée. Cela représente le coefficient d’assurance-retraite annuel de l’intéressé. Au départ en retraite, ces coefficients cumulés sont multipliés par la valeur d’une année d’activité ouvrant droit à la retraite pour calculer les droits à pension. La valeur d’une telle année d’activité était de 4.34 EUR en juillet 2011 et 4.52 EUR en avril 2012. Il n’existe pas de plafonnement des salaires aux fins du calcul des cotisations ou des prestations. Chaque année, en avril, les pensions servies sont indexées à 20 % sur les prix à la consommation et à 80 % sur les recettes tirées des cotisations. Cela s’applique au montant de base, à la valeur d’une année d’activité ouvrant droit à la retraite dans le régime liée à la rémunération et à la valeur des prestations dans le cadre du régime ciblé. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 311 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – ESTONIE Régime ciblé Une garantie de retraite minimum est assurée par le régime national. Elle se montait à 134.10 EUR en avril 2012. Régime à cotisations définies Les actifs qui choisissent la formule par capitalisation doivent verser une cotisation supplémentaire correspondant à 2 % de leur salaire à leur caisse de retraite. Les cotisations ont été pleinement rétablies en 2012, après avoir été réduites de moitié en 2011 et suspendues entre juin 2009 et 2011. De plus, 4 % de la totalité des cotisations de sécurité sociale sont également dévolus à cette caisse. Les nouveaux entrants sur le marché du travail (c’est-à-dire ceux nés en 1983 ou après) sont tenus de choisir la formule par capitalisation. Depuis 2011, seuls les nouveaux actifs peuvent rejoindre le second pilier. Plus de 630 000 personnes ont ouvert des comptes individuels. Variantes de carrière Retraite anticipée La retraite du régime public peut être liquidée jusqu’à trois ans avant l’âge normal (c’est-à-dire à terme à partir de 60 ans) sous réserve que la personne parte en retraite et qu’elle réponde à la condition des 15 années d’activité ouvrant droit à pension. La pension subit une décote de 4.8 % pour chaque année de retraite anticipée. Retraite différée La retraite du régime public peut être différée au-delà de l’âge normal. Tout report donne droit à une surcote de 10.8 % par an. Au cours de la période de report, le salarié continue de cotiser et d’acquérir des droits supplémentaires. Il est également possible de cumuler un emploi et une retraite. Dans ce cas, les cotisations sont de nouveau versées et la pension fait l’objet d’un nouveau calcul chaque année. Enfants L’État prend en charge les cotisations patronales versées pour le compte des bénéficiaires de l’allocation de garde d’enfant à concurrence de trois années par enfant. Elles représentent 20 % d’un salaire hypothétique équivalent au salaire minimum (290 EUR en 2012). Les personnes qui reçoivent des allocations parentales doivent acquitter les cotisations (taux de cotisation de 1 %) au régime à cotisations définies. Le système va changer à compter de 2013. Pour chaque enfant né après 2013, l’un des parents bénéficiera de cotisations supplémentaires au régime de retraite lié à la rémunération. Elles seront égales à 4 % du revenu moyen national, et seront versées mensuellement pendant une durée maximum de trois ans. En outre, pour les enfants nés avant 2013, les parents pourront toucher un supplément pour enfant à charge qui pourra atteindre jusqu’à trois fois la valeur d’une année de cotisation. Cette règle dépend de la date de naissance exacte, puisque certains parents ont déjà bénéficié d’une année de cotisation supplémentaire par enfant en vertu des anciennes règles. Chômage Les périodes de chômage ne sont pas validées. 312 PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – ESTONIE Résultats de la modélisation des retraites : Estonie CD Selon le revenu De base Niveau brut relatif des pensions Taux brut de remplacement 2.5 1.25 2.0 1.00 1.5 0.75 1.0 0.50 0.5 0.25 0 0 0.25 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen 0 0.25 Net 0 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen Brut Niveau relatif des pensions, brut et net Taux de remplacement, brut et net 2.5 1.25 2.0 1.00 1.5 0.75 1.0 0.50 0.5 0.25 0 0 0.25 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen Hommes Femmes (si différent) 0 0.25 0 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen Salaire individuel, en multiple de la moyenne Salarié à revenu médian 0.5 0.75 1 1.5 2 44.8 32.6 42.4 52.2 71.8 91.4 54.9 41.5 52.5 62.4 82.1 101.8 55.3 65.2 56.5 52.2 47.9 45.7 67.1 79.7 69.0 62.4 55.5 52.0 Patrimoine retraite brut 8.4 10.1 8.7 8.0 7.2 6.9 (en multiple du salaire individuel brut) 10.7 12.8 11.0 10.0 9.1 8.7 Patrimoine retraite net 8.1 10.1 8.4 7.5 6.5 6.0 (en multiple du salaire individuel brut) 10.3 12.8 10.7 9.4 8.2 7.6 Niveau relatif brut des pensions (en % du salaire moyen brut) Niveau relatif net des pensions (en % du salaire moyen net) Taux de remplacement brut (en % du salaire individuel brut) Taux de remplacement net (en % du salaire individuel net) 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932967701 PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 313 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – ÉTATS-UNIS États-Unis Indicateurs essentiels États-Unis : le système de retraite en 2012 Salaire de l’ouvrier moyen Dans le régime public de retraite, connu sous le nom de « sécurité sociale », les prestations sont calculées selon une formule progressive. À cela s’ajoute un complément de retraite soumis à conditions de ressources pour les retraités à faible revenu États-Unis OCDE USD 47 600 42 700 USD 47 600 42 700 Dépenses publiques au titre des retraites En % du PIB 6.8 7.8 Espérance de vie À la naissance 78.8 79.9 À 65 ans 19.2 19.1 En % de la population d’âge actif 22.8 25.5 Population de plus de 65 ans 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932970342 Conditions d’ouverture des droits L’âge normal de la retraite (normal retirement age – NRA) était de 66 ans en 2012, et sera progressivement porté à 67 ans d’ici à 2022. L’ouverture des droits aux prestations de retraite dépend du nombre d’années de cotisations, avec un minimum de dix ans. Calcul des prestations Régime lié à la rémunération La formule de calcul des prestations est progressive. Pour la première tranche, soit jusqu’à 767 USD par mois de rémunération ouvrant droit à pension, le taux de remplacement est de 90 %. Il est de 32 % pour la tranche comprise entre 767 et 4 624 USD par mois, qui représentent respectivement 22 et 133 % de l’indice national du salaire moyen en 2010. Entre ce dernier seuil et le plafond de rémunération, le taux de remplacement est de 15 %. Une majoration de 50 % pour personne à charge s’applique aux couples mariés lorsque le deuxième apporteur de revenu a acquis moins de droits, et en présence d’un enfant à charge remplissant les conditions requises. Les salaires des années antérieures sont revalorisés, en fonction de la progression du salaire moyen à l’échelle nationale, jusqu’aux 60 ans du bénéficiaire. Les rémunérations perçues au-delà de cet âge ne sont plus revalorisées. La prestation de base est calculée pour une liquidation de la retraite à 62 ans. Par la suite, elle est ajustée en fonction de l’évolution des prix. La prestation est basée sur le salaire moyen des 35 meilleures années (après revalorisation), y compris les années de rémunération nulle éventuellement nécessaires pour atteindre 35 années. Le plafond de rémunération pour les cotisations comme pour les prestations est de 110 000 USD par an, ce qui correspond à 264 % de l’indice national des salaires moyens estimé en 2010. Cet indice est revalorisé chaque année sur la base de la progression des salaires à l’échelle nationale. Les pensions mises en paiement sont ajustées en fonction de l’évolution des prix. 314 PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – ÉTATS-UNIS Régime ciblé Les États-Unis accordent aux personnes âgées une prestation sous conditions de ressources appelée revenu complémentaire de sécurité (Supplemental security income). Les personnes âgées de 65 ans et plus sans conjoint admissible à ces prestations peuvent percevoir jusqu’à 8 376 USD par an selon leur patrimoine et leurs autres revenus. Lorsque les deux membres d’un couple ont droit à cette prestation, son montant est de 12 576 USD maximum (soit 50 % de plus que pour une personne seule). Ces montants équivalent respectivement à environ 18 et 26 % du salaire moyen en 2012. La prestation maximum est indexée sur les prix. Les critères de patrimoine sont stricts : le plafond s’élève à 2 000 USD pour les personnes sans conjoint ayant droit à la prestation, et à 3 000 USD pour les couples, les effets personnels, la résidence principale, la voiture, l’assurance pour frais d’obsèques et l’assurance-vie étant exclus (pour ces deux assurances, la valeur maximum est de 1 500 USD). Une petite déduction (20 USD par mois) s’applique sur la plupart des types de revenu pris en compte pour calculer la prestation. Une autre déduction s’applique sur les gains, à hauteur de 65 USD par mois et de la moitié des gains restants. Une fois que toutes les déductions appropriées ont été appliquées, la prestation est dégressive au taux de 100 % de l’excédent de revenu. L’analyse est compliquée par le fait que les États et le district de Columbia peuvent compléter le minimum fixé au niveau fédéral. Si 6 États ne versent que le minimum fédéral, 30 administrent leur propre système, 8 proposent des compléments gérés par la seule administration fédérale de la sécurité sociale (Social Security Administration, SSA) et 7 proposent des compléments administrés à la fois par l’État concerné et par la SSA. Le complément de retraite moyen administré par la SSA dans ces 15 États est de 19 % de la prestation fédérale maximum pour une personne dont le conjoint n’est pas admissible et de 30 % pour un couple dont les deux membres sont admissibles. On notera que la modélisation ne prend pas en compte ces paiements complémentaires. Régime privé facultatif Il existe une retraite complémentaire facultative que l’on suppose être à cotisations définies. Le taux de cotisation retenu par hypothèse est de 9 %. Variantes de carrière Retraite anticipée Un départ anticipé à la retraite est possible à partir de 62 ans, avec une réduction actuarielle. Pour chaque année d’anticipation par rapport à l’âge normal, la prestation est réduite de 6.67 %. Toutefois, au bout de trois ans, la réduction tombe à 5 %. Cela s’applique aux retraités pour lesquels l’âge normal de la retraite (NRA) est supérieur à 65 ans. Retraite différée Le versement initial de la pension peut être repoussé au-delà du NRA et les périodes de report sont validées jusqu’à 70 ans. La surcote actuarielle pour les personnes atteignant l’âge de 62 ans à partir de 2012 est de 8 % par année de report. Le cumul emploi-retraite est également possible, mais il est soumis à des conditions de revenu. Pour les bénéficiaires qui n’ont pas atteint le NRA, la pension subit une décote PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 315 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – ÉTATS-UNIS de 50 % de l’excédent de salaire au-delà de 14 460 USD. Pour les actifs ayant atteint le NRA, il n’y a pas de décote fondée sur la rémunération. Enfants Les périodes d’interruption de la vie professionnelle liées aux enfants ne sont pas validées (excepté pour les travailleurs devenus invalides à un âge précoce, qui peuvent exclure ces années du calcul de leurs prestations). Chômage Les périodes de chômage ne sont pas validées. Mais, dans bien des cas, elles peuvent être exclues du calcul de la rémunération pour l’établissement des prestations, car seul est pris en considération le salaire des 35 meilleures années. Les périodes d’invalidité ne sont pas prises en compte dans les 35 années considérées. 316 PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – ÉTATS-UNIS Résultats de la modélisation des retraites : États-Unis Selon le revenu Niveau brut relatif des pensions Taux brut de remplacement 2.5 1.25 2.0 1.00 1.5 0.75 1.0 0.50 0.5 0.25 0 0 0.25 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen 0 0.25 Net 0 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen Brut Niveau relatif des pensions, brut et net Taux de remplacement, brut et net 2.5 1.25 2.0 1.00 1.5 0.75 1.0 0.50 0.5 0.25 0 0 0.25 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen Hommes Femmes (si différent) 0 0.25 0 0.50 0.75 1.00 1.25 1.50 1.75 2.00 Salaire individuel, en proportion du gain moyen Salaire individuel, en multiple de la moyenne Salarié à revenu médian 0.5 0.75 1 1.5 2 33.2 24.8 31.6 38.3 50.1 56.4 41.3 31.5 39.4 47.3 60.2 67.2 41.0 49.5 42.1 38.3 33.4 28.2 49.9 58.7 51.0 47.3 42.9 37.1 Patrimoine retraite brut 6.3 7.6 6.5 5.9 5.1 4.4 (en multiple du salaire individuel brut) 7.0 8.5 7.2 6.6 5.7 4.9 Patrimoine retraite net 6.1 7.5 6.3 5.6 4.8 4.0 (en multiple du salaire individuel brut) 6.8 8.4 7.0 6.3 5.3 4.5 Niveau relatif brut des pensions (en % du salaire moyen brut) Niveau relatif net des pensions (en % du salaire moyen net) Taux de remplacement brut (en % du salaire individuel brut) Taux de remplacement net (en % du salaire individuel net) 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932968290 PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 317 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – FÉDÉRATION DE RUSSIE Fédération de Russie Indicateurs essentiels Fédération de Russie : le système de retraite en 2012 Le système de retraite obligatoire comporte deux composantes : une composante liée àla rémunération et reposant sur des cotisations définies notionnelles et une composante à cotisations définies. Il existe également des pensions sociales lég ales e t des plans d’’épargne-retraite facultatifs administrés par des fonds de pension non étatiques (privés). Salaire de l’ouvrier moyen Fédération de Russie OCDE RUB 321 900 1 303 500 USD 10 500 42 700 Dépenses publiques au titre des retraites En % du PIB 9.2 7.8 Espérance de vie À la naissance 68.0 79.9 À 65 ans 13.9 19.1 En % de la population d’âge actif 19.6 25.5 Population de plus de 65 ans 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932970152 Conditions d’ouverture des droits L’âge normal d’ouverture des droits à la pensionprofessionnelle de vieillesse est de 60 ans pour les hommes et 55 ans pour les femmes, et un minimum de cinq années de cotisation est requis. Outre les périodes d’activité, les périodes suivantes sont prises en compte aux fins d’ouverture des droits : périodes de service militaire et service assimilé (ministère de l’Intérieur, service public de lutte contre les incendies, etc.), avec prise en compte des membres de la famille, périodes d’incapacité temporaire indemnisée par l’assurance sociale publique, périodes consacrées à l’éducation des enfants par l’un des parents pour chaque enfant jusqu’à l’âge de 18 mois (à concurrence de trois ans au total), périodes de chômage indemnisé, participation à des travaux d’intérêt général rémunérés, voyage en cas d’affectation dans une autre localité par le service national de l’emploi, périodes de détention pour les personnes réhabilitées après avoir été jugées coupables et condamnées à tort, périodes pendant lesquelles ces personnes ont purgé leur peine en exil ou en réclusion et périodes consacrées à la prise en charge, par une personne valide, d’un invalide de catégorie I, d’un enfant handicapé ou d’une personne de plus de 80 ans. Des périodes d’assurance peuvent également être accordées, à concurrence de cinq années au total, au membre d’un couple marié qui suit son conjoint, chef de famille, alors qu’il accomplit son service militaire ou civil. Les personnes souffrant de maladies causées par des radiations ou autres accidents dus à l’homme peuvent également prétendre à une pension de vieillesse, à condition qu’elles soient âgées de plus de 50 ans (pour les hommes) ou 45 ans (pour les femmes) et justifient d’au moins cinq années d’activité. La pension d’État au titre de l’aide sociale est versée aux invalides et aux personnes qui satisfont aux conditions d’âge (65 ans pour les hommes, 60 ans pour les femmes). Il n’est pas nécessaire de prendre sa retraite pour percevoir une pension. Il n’y a pas de conditions de revenu pour un pensionné qui travaille. 318 PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – FÉDÉRATION DE RUSSIE Calcul des prestations Les pensions sont financées par les cotisations au régime d’assurance invaliditévieillesse-obligatoire (cotisations définies notionnelles – NCD), conformément à la loi relative à l’assurance invalidité-vieillesse obligatoire, mais aussi par des transferts du budget fédéral au budget du Fonds de pension russe destinés à financer les prestations et pensions d’aide sociale légales. En 2012, les employeurs acquittaient une cotisation de 22 % sur la tranche du salaire inférieure à512 000 RUBet de 10 % sur la tranche excédant ce montant. En 2013, ce taux sera de 22 % sur la tranche inférieure à 568 000 RUB et de 10 % au-delà de ce montant. Retraite professionnelle de vieillesse La pension professionnelle de vieillesse est la somme de deux composantes : ● une composante fondée sur un compte notionnel (NCD) et ● une composante financée par capitalisation – calculée sur la base de l’encours d’un compte individuel (cotisations de 6 % majorées des intérêts), en général versée depuis le 1er juillet 2012. La composante notionnelle comprend une fraction de base (« fraction forfaitaire de base ») qui, en 2012, s’élevait à 3 279 RUB pour un retraité âgé 80 ans au plus, sans personne à charge et ne présentant pas de handicap. Aux termes de la loi relative aux pensions professionnelles dans la Fédération de Russie,la composante notionnelle (hors fraction forfaitaire de base) est calculée en fonction du capital-retraite figurant, à la date de liquidation des droits, au crédit d’un compte notionnel fondé sur la capitalisation, avec indexation annuelle selon des modalités fixées par le gouvernement. Au 1er janvier 2012, le coefficient annuel d’indexation du capitalretraite est de 1.10. Le taux de cotisation au régime constituéde la fraction forfaitaire de base et du compte notionnel s’établit à 16 % sur la tranche du salaire inférieure à 512 000 RUB et à 10 % au-delà. Le montant de la pension mensuelle (NCD et composante capitalisée) correspond au quotient obtenu en divisant le montant du capital-retraite figurant au crédit du compte par la durée attendue de paiement de la pension exprimée en mois. En 2013, cette durée s’établira à 228 mois (19 ans). La composante notionnelle est également indexée, selon des modalités définies par décret par le gouvernement. Dans certains cas, la composante capitalisée peut être versée sous forme de capital. La pension professionnelle de vieillesse peutêtre accordée aux personnes victimes de radiations ou d’accidents causés par l’homme. Son montant s’établit alors à 250 % de la pension sociale. Officiellement, il n’existe pas de pension mensuelle minimum ou maximum. Variantes de carrière Retraite anticipée Il n’est pas possible de demander à liquider sa retraite avant l’âge normal. Toutefois, certaines catégories d’assurés travaillant dans un environnement dangereux pour la santé peuvent prétendre à une retraite anticipée (le nombre d’années pendant lequel il faut avoir travaillé dans un environnement dangereux pour bénéficier de cette possibilité peut varier selon les conditions de travail et les professions). Les prestations correspondantes sont PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 319 9. PANORAMA DES PENSIONS 2013 : DESCRIPTIFS PAYS – FÉDÉRATION DE RUSSIE financées par l’État selon le principe de la répartition. À compter du 1er janvier 2013, les employeurs dont les salariés travaillent dans des conditions spéciales et les salariés qui peuvent prétendre à une retraite anticipée doivent acquitter une cotisation d’assurance supplémentaire au régime d’assurance invalidité-vieillesse obligatoire – 2 % et 4 % ; 2014 – 4 % et 6 % ; 2015 – 6 % et 9 %. Retraite différée Le bénéfice de la retraite professionnelle (pension professionnelle de vieillesse) peut être différé. Dans ce cas, aux fins du calcul de la NCD, chaque année pleine de report est décomptée, à hauteur d’un an (12 mois), de la période attendue de versement de la pension, laquelle ne peut cependant pas être inférieure à 14 ans (168 mois). Fin 2012, le gouvernement a adopté une Stratégie à long terme pour le système de retraite, qui prévoit quelques mesures incitatives destinées à encourager les salariés à différer leur départ en retraite pour augmenter le montant de leurs droits. Enfants Les périodes consacrées à l’éducation des enfants (jusqu’au 18e mois de l’enfant au maximum, à concurrence de trois années au total) sont comptabilisées dans la durée d’assurance (période ouvrant droit à pension). Chômage Sur proposition du service national de l’emploi, les chômeurs âgés de 60 ans au plus (pour les hommes) ou de 55 ans au plus (pour les femmes) qui ne justifient pas des conditions d’activité requises peuvent ouvrir droit à une pension à condition toutefois de ne pas être éloignés de plus de deux ans de l’âge normal de la retraite, d’avoir cotisé pendant plus de 25 ans (pour les hommes) ou de 20 ans (pour les femmes) et de justifier de la durée d’activité requise pour ouvrir droit à une retraite anticipée en cas de faillite de l’entreprise ou de l’employeur ou de compression des effectifs. Le montant de cette pension est déterminé par la loi sur les pensions professionnelles dans la Fédération de Russie, comme la fraction contributive de la pension professionnelle. 320 PANORAMA DES PENSIONS 2013 : LES INDICATEURS DE L’OCDE ET DU G20 © OCDE 2013 9.
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Intégration de mélangeurs optoélectroniques en technologie CMOS pour la télémétrie laser embarquée haute résolution. Micro et nanotechnologies/Microélectronique. Institut National Polytechnique de Toulouse - INPT, 2010. Français. &#x27E8;NNT : 2010INPT0134&#x27E9;. &#x27E8;tel-04284065&#x27E9;
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Intégration de mélangeurs optoélectroniques en technologie CMOS pour la télémétrie laser embarquée haute résolution HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ %0$503"5%&-6/*7&34*52%&506-064& ฀ ฀ ฀ Institut National Polytechnique ฀ de Toulouse (INP Toulouse) ฀ ฀ ฀ Con de Circuits Micro-électroniques et Microsystémes ฀ ฀ ฀ ฀฀ ฀ ฀ MOUTAYE M. Emmanuel ฀ ฀ ฀ ฀฀ ฀ ฀ de mé eurs opto é lectronique en technologie CMOS pour la ฀ télémétrie laser embarquée haute ré solution . ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ ฀ M Christian RO M Gérald LE M . Marc LESCURE M. Guo-Ne ng LU, Mme. Hél ène TAP-BETEILLE, M. Frédéric TRUCHETET ฀ ฀ Gé nie Electrique, Electronique et Télécommunications (GEET) ฀ ฀ ฀ ฀ Laboratoire d'Optoélectronique฀ pour les S ystème s Em bar qués ฀ ฀ ฀ Mme Hélène TAP-BETEILLE ฀ M. Guo-Neng LU, M. Frédéric TRUCHETET Mots clés - Photocapteurs - Photodiode à avalanche - Mélangeur optoélectronique - Télémétrie laser - Technologie CMOS - ASIC analogique. Résumé La mesure de distance et la détection d’objets sont devenues essentielles dans de nombreux domaines tels que l’automobile ou la robotique, les applications médicales, les procédés industriels et agricoles, les systèmes de surveillance et de sécurité, etc. Dans le but d’améliorer les performances des dispositifs de télémétrie laser en terme de bruit et de diaphonie, une technique hétérodyne par mélange optoélectronique doit être utilisée. Par ailleurs, l’aspect système embarqué nécessite une réduction de l’encombrement et de la consommation à performances égales. L’intégration de mélangeurs optoélectroniques en technologie CMOS apporte donc une solution optimale à cette approche grâce à ses multiples avantages (intégration du circuit d’instrumentation sur la même puce, modèles bien connus, coût raisonnable, performances élevées,...). Ainsi cette thèse traitera de l’étude de mélangeurs optoélectroniques en technologie CMOS pour la télémétrie embarquée haute résolution. Le premier chapitre de ce manuscrit présente les diverses technique de mesure de distance par télémétrie laser par et justifie le choix de la télémétrie laser par déphasage ainsi que le gain en performances lié à l’hétérodynage. Le second chapitre décrit les mélangeurs électriques et optoélectroniques ainsi que les propriétés nécessaires à leur réalisation. Quelques photodétecteurs y sont présentés au vu de la possibilité de les utiliser en mélangeurs optoélectroniques et d’une intégration potentielle en technologie CMOS. Les principales contraintes liées à l’intégration en technologie CMOS de photocapteurs utilisables en mélangeurs optoélectroniques, sont exposés dans la troisième partie. Les travaux de conception et d’optimisation des structures ainsi que les phases de simulations et de test y sont détaillés. 1 Enfin, valider expérimentalement les études précédentes, le dernier chapitre présente la conception d’une chaîne de mesure multivoies pour une tête de photoréception CMOS matricée pour un télémètre laser embarqué haute résolution. 2 Keywords - Optical sensors - Avalanche photodiode - Optoelectronic mixer - Laser range finding - CMOS Technology - ASIC. Abstract Distance measurement and object detection has become essential in many fields such as automotive and robotics, medical applications, industrial processes and farming systems, surveillance and security, etc.. In order to improve the performance of laser ranging devices in terms of noise and crosstalk, an optoelectronic heterodyne technique of mixing should be used. Moreover, the aspect of embedded system requires a reduction in the size and power consumption for the same performance. The integration of optoelectronic mixers in CMOS technology will provide an optimal solution to this approach through its many advantages (integrated instrumentation circuit on the same chip, well-known models, reasonable cost, high performance,...). Thus this thesis will focus on the study of optoelectronic mixers in CMOS technology for high resolution, embedded laser range finding systems. The first chapter of this thesis discusses the various technique of distance measurement by laser ranging and justifies the choice of phase shift technique and the gain in performance related to heterodyning. The second chapter describes the electrical and optoelectronic mixers and the properties needed to develop them. Some photodetectors are presented given the opportunity to use optoelectronic mixers and a potential integration with CMOS technology. The main constraints to the integration of CMOS photosensors used in optoelectronic mixers are set out in Part III. The work of design and optimization of structures and phases of simulations and testing are detailed. Finally, to experimentally confirm the earlier studies, the final chapter presents the design of a measuring head for a multichannel photoreceptor CMOS for a high resolution laser range finder. 3 Glossaire Ad(jf) : Réponse en fréquence du gain différentiel en boucle ouverte de l’amplificateur transimpédance. AR : Surface de la pupille de l’optique de photoréception. aVCO : Vitesse de variation de la fréquence du VCO. Bn : Bande passante équivalente de bruit. BV : Tension de claquage d’une jonction par effet zener. c : Célérité de la vitesse dans le vide (c = 3.108 m.s-1). CDB : Capacité drain-substrat du transistor MOS. CDS : Capacité drain-source du transistor MOS. CGB : Capacité grille-substrat du transistor MOS. CGD : Capacité grille-drain du transistor MOS. CGS : Capacité grille-source du transistor MOS. Cj : Capacité de jonction de la photodiode. Cox : Capacité de l'oxyde de grille par unité de surface. CSB : Capacité source-substrat du transistor MOS. D : Distance cible – capteur. Dmin : Distance minimale expérimentale choisie pour l'application considérée. D0min : Distance minimale mesurable avec une modulation linéaire idéale du VCO. Eg : Largeur de la bande interdite dans un semiconducteur. F : Facteur d’excès de bruit. fi : Fréquence de coupure haute associée à la constante de temps τi. fHF : Haute fréquence, égale à la somme des fréquences fRF et fLO. fIF : Fréquence intermédiaire, égale à la différence entre les fréquences fRF et fLO. fOL : Fréquence imposée par l’oscillateur local. fRF : Fréquence de modulation du signal modulant la diode laser. gds : Conductance petit signal drain-source du transistor MOS. GL : Conductance de sortie. GM : Transconductance de la fonction (pente à l'origine de la caractéristique ∆ID(vd)). gM : Transconductance petit signal de la grille du transistor MOS. gout : Conductance de sortie petit signal. h : Constante de Planch (6.626.10-34 J.s). Iprim : Photocourant primaire hors multiplication. ID : Courant drain quasi-statique du transistor MOS. IDL : Amplitude du courant moyen de modulation de la diode laser. iPD : Courant photoélectrique traversant la photodiode (PIN ou APD). Ith : Courant de seuil de la diode laser. kB : Constante de Boltzman (1.380.10-23 J.K-1). L : Longueur du canal du transistor MOS. NA : Nombre d’atome accepteurs intervenant dans le dopage d’un semiconducteur (cm-3). ND : Nombre d’atome donneurs intervenant dans le dopage d’un semiconducteur (cm-3). M : Gain d’avalanche dans une APD. n̂ : Densité d’électron en excès. p̂ : Densité de trous en excès. PDL : Puissance crête de l’onde laser transmise. Popt : Puissance optique incidente sur un photodetecteur. q : Charge de l’électron (1.602.10-19 C). Rf : Résistance de contre-réaction de l'amplificateur transimpédance. RL : Résistance de sortie. 4 SD : Sensibilité de la mesure. STI : Shallow Trench Isolation Sλ : Réponse spectrale de la photodiode. Tr : Période de modulation du VCO. Tλ : Coefficient de transmission de l’optique d’émission pour une longueur d’onde donnée. TR : Coefficient de réflexion de l’optique du réception. tretard : Temps de retard associé à une ligne à retard. Ut : Tension thermodynamique de Boltzman (26mv à 300 K). VBS : Tension substrat-source du transistor MOS. VCC : Tension d'alimentation. VDS : Tension drain-source du transistor MOS. VGS : Tension grille-source du transistor MOS. Vbi : Tension de barrière dans une jonction métal-semiconducteur. VoutBP : Signal issu de la multiplication des signaux issus de l’oscillateur local et du montage transimpédance, dont le signal haute fréquence a été filtré. Vref : Signal issu de la multiplic des signaux issus des oscillateurs local et RF, dont le signal haute fréquence a été filtré. vOL : Tension issue de l’oscillateur locale. vRF : Tension issue de l’oscillateur de référence. Vth : Tension de seuil du transistor MOS. W : Largeur du canal du transistor MOS. Wm : Travail de sortie de métal. Ws : Travail de sortie du semiconducteur. ZCE : Zone de charge d’espace. Zt : Fonction de transfert de l’amplificateur transimpédance. α : Coefficient d’absorption d’un semiconducteur. αn : Coefficient d’ionisation des électrons. αp : Coefficient d’ionisation des trous. δ : Largeur de la zone de charge d’espace. δD : Résolution de la mesure de distance par le télémètre. δφ : Résolution de la mesure du déphasage. ∆f : Excursion en fréquence du VCO. ∆fi : Largeur de la bande de fréquence associé à un amplificateur. ∆φ : Différence de phase entre l’onde émise et l’onde reçue par le télémètre laser par ∆VG : Différence entre VGS et Vth. déphasage. εs : Permittivité diélectrique d’un semiconducteur (1pF.cm pour le Silicium). φ : Potentiel de barrière à une jonction. λ : Facteur de modulation de la longueur du canal. λ0 : Longueur d'onde du faisceau laser. λC : Longueur d’onde de coupure de la sensibilité spectrale. η : Rendement quantique interne aux photodetecteurs. μ : Mobilité des porteurs. ρdiff : Coefficient de réflexion diffusant de la cible non-coopérative. τD : Temps de vol. χ : Affinité électronique. σ : Conductivité d’un matériaux. φMS : Différence des travaux de sortie métal-semiconducteur/ Remerciements Je souhaite d'abord remercier du fond du cœur Mme Hélène TAP-BETEILLE pour son encadrement, ses conseils et son soutien sans faille durant cette thèse. Ses nombreuses qualités, telles que sa motivation inaltérable et sa grande facilité de communication, m'ont permis de tre en valeur jour après jour l'ensemble des travaux effectués. Je tiens aussi à exprimer ma profonde gratitude à M. Marc LESCURE pour les conseils qu'il m'a prodigués au cours de ces trois années. La pertinence de ses critiques et ses nombreuses connaissances dans les domaines de l'optoélectronique et de la conception de circuits analogiques m'ont permis d'explorer de nombreuses voies et d'étoffer considérablement mes travaux de recherche. Je tiens à témoigner toute ma reconnaissance à M. Christian BOISROBERT, président du jury de soutenance, à M. Guo-Neng LU et M Frédéric TRUCHETET, rapporteurs de ce manuscrit, et enfin à M. Gérald LEPAGE pour avoir accepté de faire partie de mon jury de thèse. Un très grand merci à M. Francis JAYAT pour l'aide qu'il m'a apportée lors de la réalisation des circuits imprimés de test des différents photocapteurs intégrés, à M. Clément TRONCHE et M. Xavier BENOIT-GONIN pour l'ensemble du matériel qu'ils ont mis à ma disposition au moment des tests de caractérisation des photocapteurs et pour leurs aides dans l’avancement de ces tests. Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à M. Thierry BOSCH, directeur du laboratoire LOSE, pour tous les conseils et le soutien qu'il a su me prodiguer au cours de ces trois années. Je souhaite aussi témoigner toute ma reconnaissance à M. Pascal TANNOU, Mme Danielle ANDREU et Mme Catherine MONTELS pour le soutien permanent qu'ils m'ont apporté tout au long de ces trois années. Je remercie aussi M. Julien PERCHOUX, M. Francis BONY, M. Olivier BERNAL, M. Han CHENG, l'ensemble des doctorants (M. Joseph EL ASSAD, M. Saroj PULLTEAP, Mme Maha SULLEMAN, M. Usman ZABIT, Mme Lucie CAMPAGNOLO, M. Florent BOUYJOU M. Raphael TEYSSEYRE,...), et autres personnels du laboratoire pour le sérieux et la bonne humeur qu'ils amènent ou ont amené au jour le jour. Enfin, je souhaite remercier chaleureusement ma famille et mes amis qui ont été un soutien constant tout au long de mes études et méritent donc tous de se voir dédicacer ce manuscrit. 6 Table des matières Mots clés.................................................................................................................................... 1 Résumé....................................................................................................................................... 1 Keywords................................................................................................................................... 3 Abstract...................................................................................................................................... 3 Glossaire..................................................................................................................................... 4 Remerciements........................................................................................................................... 6 Table des matières...................................................................................................................... 7 Introduction générale................................................................................................................ 11 CHAPITRE I Télémétrie Laser............................................................................................ 14 I.1. INTRODUCTION............................................................................................................. 14 I.2. MESURE DE DISTANCE PAR TEMPS DE VOL.......................................................... 16 I.2.1. Introduction................................................................................................................. 16 I.2.2. Technique impulsionnelle........................................................................................... 17 I.2.3. Régime sinusoïdal permanent..................................................................................... 18 I.2.3.1. Télémétrie par modulation de fréquence (pseudo FMCW)................................. 19 I.2.3.2. Télémétrie laser par mesure de déphasage........................................................... 20 I.3. CONCLUSION ET PROBLEMATIQUES....................................................................... 24 I.3.1. Conclusion sur le choix du principe de mesure.......................................................... 24 I.3.2. Réalisation d’un système embarqué............................................................................ 25 I.3.3. Bilan............................................................................................................................ 26 I.4. REFERENCES.................................................................................................................. 27 CHAPITRE II : Les mélangeurs optoélectroniques........................................................... 32 II.1.INTRODUCTION............................................................................................................. 32 II.1.1.Les mélangeurs........................................................................................................... 32 II.1.2.Les mélangeurs optoélectroniques.............................................................................. 33 II.1.3.Les photodétecteurs.................................................................................................... 33 II.1.4.Conclusion.................................................................................................................. 35 II.2.LES PHOTODIODES A AVALANCHE......................................................................... 36 II.2.1.Généralités.................................................................................................................. 36 II.2.1.1.Principe de fonctionnement................................................................................. 36 II.2.1.2.Bruit dans une APD............................................................................. ................ 43 II.2.1.3.Temps de réponse................................................................................................ 44 II.2.1.4.Influence de la géométrie de la structure sur la sensibilité spectrale et le gain... 46 II.2.1.5.Polarisation de l’APD et sensibilité à la température.......................................... 48 II.2.2.Etude de l’APD en mélangeur optoélectronique........................................................ 49 II.2.3.APD et applications en mélangeur optoélectronique.................................................. 51 7 II.3.LES PHOTODIODES METAL-SEMICONDUCTEUR-METAL................................... 52 II.3.1.Généralités.................................................................................................................. 52 II.3.2.Theorie de la photodiode Schottky............................................................................. 52 II.3.3.Etude des MSM-PD en mélangeur optoélectronique................................................. 55 II.3.4. MSM-PD et applications en mélangeur optoélectronique......................................... 57 II.4.LES PHOTOCONDUCTEURS........................................................................................ 58 II.4.1.Généralités.................................................................................................................. 58 II.4.2.Théorie des photoconducteurs.................................................................................... 58 II.4.3. Etude des photoconducteurs en mélangeur optoélectronique.................................... 61 II.4.4.Photoconducteurs et applications en mélangeurs optoélectroniques.......................... 62 II.5.CONCLUSION................................................................................................................. 63 II.6.REFERENCES.................................................................................................................. 64 CHAPITRE III Implémentation de mélangeurs optoélectroniques en Technologie CMOS...................................................................................................................................... 68 III.1.INTRODUCTION............................................................................................................ 68 III.2.PHOTO DIODE A AVALANCHE.................................................................................. 70 III.2.1.Théorie...................................................................... ................................................ 70 III . 2.2. Simulations et Layout................ ................ ................................................................ 73 III . 2.2.1 .APD_P+ N _ NI..................................................... ................................................ 73 III . 2.2.2 .APD_P + N_ I........................................................ ................................................ 81 III . 2.2.3.APD_N+P_I........................................................ ................................ 88 III.2.3.Synthèse des performances de simulation................................................................. 95 III.2.4.Validations e xpérimentales ....................................................................................... 97 III.2.4.1.APD_P+N_NI..................................................................................................... 97 III.2.4.2.APD_P+N_I...................................................................................................... 103 III.2.4.3.APD_N+P_I...................................................................................................... 108 III.2.4.4.Récapitulatif des résultats expérimentaux........................................................ 113 III .3.PHOTODIODE MSM À B ARRIÉRE SCHOTTKY..................................................... 114 III.3.1.Diagramme des bandes d’énergie............................................................................ 114 III.3.1.1.Cas où WM > WS............................................................................................... 114 III.3.1.1.A.Semiconducteur de type N....................................................................... 114 III.3.1.1.B.Semiconducteur de type P........................................................................ 116 III.3.1.2.Cas où WM < WS............................................................................................ 117 III.3.1.2.A.Semiconducteur de type N....................................................................... 117 III.3.1.2.B.Semiconducteur de type P........................................................................ 118 III.3.2.Compatibilité avec les contraintes technologiques d’AMS.................................... Hormis le coût de production, les principaux critères de conception sont la plage de mesure, la résolution, la consommation, l’encombrement et la fiabilité. Les performances relatives à chacun de ces critères dépendent de l’application considérée. Les principes de mesures de distance déduite du temps de vol d'un faisceau laser peuvent être séparés en deux grandes familles : une correspondant à un régime impulsionnel, l’autre à un régime sinusoïdal permanent (à fréquence fixe ou modulée). Dans le cadre du régime sinusoïdal permanent à fréquence fixe, la détermination de la distance à partir du déphasage donne de très bons résultats sur des cibles non coopératives, en particulier en termes de résolution, pour des intervalles de mesure allant de 0,5m à 20m. Une résolution proche de la dizaine de μm peut être obtenue à l'aide de cette technique de mesure en modulant la puissance optique du laser à une fréquence de l'ordre du GHz. C'est cette technique qui a été retenue pour la réalisation d’un télémètre laser embarqué haute résolution car elle offre les meilleures performances en termes de précision sur une plage de mesure sans indétermination de l'ordre du mètre. De plus, pour améliorer les performances du système en termes de bruit et de diaphonie, l’utilisation d’un mélangeur optoélectronique devient incontournable. Celui-ci permet en effet de faire l’acquisition du déphasage à des fréquences réduites. Ce qui permet d’avoir de grande résolution sur la mesure tout en améliorant le rapport signal à bruit du dispositif. La photodiode à avalanche est le mélangeur optoélectronique le plus fréquemment utilisé. Cellesci nécessitent des tensions comprises entre -150V et -400V pour les polariser dans leur région d’avalanche et sensibles aux longueurs d’onde du visible dans le silicium. Depuis de nombreuses années déjà, les chercheurs du monde entier se sont attachés à intégrer des systèmes, puis des microsystèmes, dans le but d’augmenter les fonctionnalités tout en diminuant l’encombrement et la consommation. A l’heure des systèmes embarqués, le silicium reste l’élément incontournable de cette démarche. En effet, les avantages d’intégrer 11 un système embarqué sur substrat silicium sont nombreux (technologies de la microélectronique bien connues, matures et optimisées, diminution des dimensions, diminution des temps de transit des signaux et augmentation de la bande passante,...). Par ailleurs, si la technique utilisée est compatible CMOS, les avantages sont encore multipliés (intégration multifonctions, application aisée du facteur d’échelle pour l’évolution du système vers des technologies nouvelles, réduction des coûts pour une fabrication de masse). Ainsi, l’intégration en technologie CMOS d’un télémètre laser haute résolution permettrait d’obtenir à bas coût un système embarqué de mesure de distance fiable, d’encombrement réduit et de faible consommation. Seule la diode laser nécessiterait une hybridation sur le circuit CMOS de la tête d’émission. Concernant la tête de photoréception de ce « System On Chip » (SOC), la principale difficulté réside dans l’intégration en technologie CMOS d’un mélangeur optoélectronique permettant, par hétérodynage, l’obtention de performances optimisées. Cette thèse porte donc sur la conception, la modélisation l’intégration et le test de photodétecteurs non-linéaires pour utilisation en mélangeur optoélectronique dans la tête de photoréception d’un SOC de mesure de distance haute résolution. Le premier chapitre de ce manuscrit présente les diverses technique de mesure de distance par télémétrie laser par et justifie le choix de la télémétrie laser par déphasage ainsi que le gain en performances lié à l’hétérodynage au sein d’un mélangeur haute-résolution. Le second chapitre décrit les mélangeurs électriques et optoélectroniques ainsi que les propriétés nécessaires à leur réalisation. Quelques photodétecteurs y sont présentés au vu de la possibilité de les utiliser en mélangeurs optoélectroniques et d’une intégration potentielle en technologie CMOS. Les principales contraintes liées à l’intégration en technologie CMOS de photocapteurs utilisables en mélangeurs optoélectroniques, sont exposés dans la troisième partie. Les travaux de conception et d’optimisation des structures ainsi que les phases de simulations et de test y sont détaillés. 12 Enfin, pour valider les études précédentes, le dernier chapitre présente la conception d’une chaîne de mesure multivoies pour une tête de photoréception CMOS matricée pour un télémètre laser embarqué haute résolution. 13 CHAPITRE I Télémétrie Laser Ce chapitre présente des dispositifs optoélectroniques appliqués à la mesure de distance sans contact et plus particulièrement les applications télémétriques. Les avantages et inconvénients des différentes techniques y sont exposés aussi bien sur les performances que sur la mise en œuvre de l’électronique associée. I.1. INTRODUCTION Lorsqu’une onde acoustique ou électromagnétique illumine une surface quelconque, une fraction de l’énergie est rétrodiffusée dans l’espace du demi-plan de cette surface. Pour distinguer cette surface cible de tout l’environnement dans laquelle elle est placée, il est nécessaire que la majorité de la puissance de l’onde incidente soit en interaction avec la cible, afin d’obtenir une analyse quasi-ponctuelle. Si la distance à mesurer est grande devant la dimension de la cible à détecter, il est nécessaire que le faisceau incident d’analyse soit de faible section et peu divergent. Ceci est indispensable lorsque la puissance d’émission est relativement faible et qu’elle doit encore satisfaire le rapport signal sur bruit du bilan de liaison. Une faible divergence du faisceau d’analyse est obtenue lorsque la pupille de la source est de grande section en comparaison de la longueur d’onde, ce qui donnera une faible diffraction du faisceau d’analyse. Grâce aux diodes laser, les techniques optiques dont la longueur d’onde est proche de 1μm permettent de fournir à la fois des faisceaux de faible divergence et de forte puissance. La mesure de distance et la détection d’objets sont devenues essentielles dans de nombreux domaines tels que la détection d’obstacles pour les véhicules ou les robots autonomes ([Hueber, 2000], [Okada, 2005], [Wand, 2007], [Qianjin, 2010]), les applications médicales ([Berkelman, 2003]), les procédés industriels et agricoles ([Liessem, 2002], [Cheng, 2008]), la détection de surface des routes ([Xiangyang, 2003], [Kiichiro, 2006], [Vilaca, 2009]), les systèmes de surveillance et de sécurité ([Hosmer, 2004]), etc. Les conditions de détection dépendent de l’application souhaitée, de l’intervalle de distance sur lequel la détection doit se faire, de la résolution souhaitée et de la position angulaire du capteur par rapport à la surface. Selon ces conditions, on choisit un type précis 14 de capteur, ayant les propriétés physiques optimales pour l’application considérée. Ces capteurs peuvent être optiques (opérant dans le visible ([Wand, 2007], [Ozdemir, 2001]) le proche infrarouge ([Hosmer, 2004]), ou l’ultraviolet ([Pauchard, 2000], [Nerguizian, 2004]), à ultrasons ([Hueber, 2000]), etc. Les capteurs à ultrasons sont utilisés dans les environnements nécessitant de la détection d’obstacles sur des distances moyennes (de l’ordre du mètre), les capteurs du type radar pour les grandes distances. Les capteurs optiques présentent une gamme de mesure de distance relative importante, pour des surfaces pouvant être difficiles d’accès et dont les dimensions peuvent être petites devant la distance. Le choix de la longueur d'onde du capteur optique dépend notamment de sa réponse par rapport à la cible souhaitée et de l'hostilité de l'environnement, en fonction de l'ensemble des interférences et autres phénomènes perturbateurs du milieu. Par exemple, un faisceau laser CO2 ayant une longueur d'onde de 10.6μm peut se propager au travers d'une épaisse fumée noire produite par un incendie ([Yamada, 1993]). Les principes de mesures de distance sans contact peuvent être séparés en deux grandes méthodes. L'une, passive, se contente d’ "analyser" une scène, souvent soumise à un "éclairage naturel" et uniforme. L'autre, dite active, consiste à projeter la puissance d’une onde (ultrasonique ou électromagnétique) sur la scène à étudier et à analyser la fraction de l’énergie de l’onde de retour renvoyée par l’environnement et la cible. Dans ce chapitre, nous nous placerons dans ce deuxième cas. On distingue trois grandes familles de techniques optiques de mesure de distance par faisceau laser ([Bosch, 1995]) : - les méthodes par triangulation, - les méthodes par interférométrie, - les méthodes par temps de vol. Le principe de base de la mesure de distance par technique de triangulation est la projection sur une cible d'un faisceau de lumière collimaté et monochromatique dont la composante diffusante est rétrodiffusée vers un photorécepteur ([Dorsch, 1994], [Häusler, 1997], [Bosch, 1994]). Bien que cette technique ne nécessite pas de performances extrêmes au niveau de la source optique et de l’électronique associée, son principal inconvénient réside dans l'existence d'une "zone d’ombre" due à la non-colinéarité des faisceaux d’émission et de réception. Le principe de base de la mesure de distance par technique interférométrique consiste à compter le nombre de franges d’interférence produites par deux faisceaux lumineux 15 cohérents issus de la même source et déphasés dans un interféromètre de type Michelson par exemple ([Lang, 1997]). Bien que cette technique permette des mesures d'une précision de l'ordre d’une fraction de longueur d’onde pour des distances de l'ordre du mètre, ses principales limitations sont souvent imposées par la nature de la surface des cibles coopératives ([Williams, 1986], [Salvadé, 1997]), et la rugosité de la cible pour des cibles non-coopératives ([Bosch, 1995], [Bosch, 1994]). De plus, cette technique de mesure de distance nécessite une électronique de traitement assez conséquente. En effet cette technique est bien adaptée pour la détermination d’un déplacement (comptage de franges et frange fractionnaire); la détermination directe de la distance est plus complexe à obtenir car elle fait appel à des techniques de longueur d’onde synthétiques. Le paragraphe suivant aborde la troisième grande famille de techniques optiques de mesure de distance : les méthodes par temps de vol. I.2. MESURE DE DISTANCE PAR TEMPS DE VOL I.2.1. Introduction La mesure de distance D est directement déduite du "temps de vol" aller-retour τD de la lumière entre la source et le photorécepteur, via la cible illuminée. Si les faisceaux d’émission et de réception sont co-linéaires ou quasi-parallèles et si le rayon incident illumine la cible de façon quasi-ponctuelle, une fraction de l’énergie optique émise par la source sera rétrodiffusée par la surface de la cible dans une direction très voisine de celle du faisceau incident. En supposant que l’indice de groupe de l’atmosphère à la longueur d’onde λ est égal à 1, la distance D à mesurer est directement déduite de la relation : D= c.τD 2 (I-1) Ainsi, la connaissance de la vitesse de propagation de la lumière c dans le milieu considéré (air par exemple) permet d'accéder directement à la valeur absolue de la distance, par opposition aux dispositifs de comptage ou de défilement qui n’indiquent que des déplacements. A priori, la technique par temps de vol est l’une des mieux adaptées pour la mesure de distance sur une plage importante et pour des cibles du type partiellement diffusantes ou non coopératives. La figure I-a représente un exemple de tête optique d’un dispositif fonctionnant par temps de vol. La source laser émet un faisceau optique collimaté 16 ou faiblement divergent. Le photorécepteur est positionné sur l’axe et au foyer de l’optique de collecte. Figure I-a : Représentation de la tête optique d’un télémètre à diode laser fonctionnant par temps de vol. La technique de mesure de distance par temps de vol est bien adaptée aux surfaces cibles diffusantes, dont la composante de rétrodiffusion lambertienne est importante. Cette propriété offre comme avantage que la surface ciblée peut présenter une orientation quelconque par rapport au rayon laser d'émission. Pour accéder à la détermination de la distance par temps de vol, il apparaît principalement deux techniques "classiques" de modulation de la puissance optique émise par la source laser : le régime impulsionnel et le régime sinusoïdal permanent. Concernant la deuxième technique, deux méthodes sont possibles, l’une basée sur la modulation continue de fréquence (FMCW) et l'autre fonctionnant à fréquence fixe (télémétrie laser par déphasage). I.2.2. Technique impulsionnelle Les télémètres utilisant une technique impulsionnelle sont les plus répandus pour mesurer de grandes distances absolues ([Maatta, 1993], [Ailisto, 2002]). Le dispositif d’émission lance des impulsions optiques de fortes puissances crêtes, de 1Wcrête à 100Wcrête, avec un temps de montée très court et une largeur de l’impulsion compatible avec le temps de montée du signal photoélectrique de la réception. La technique en régime impulsionnel permet d’accéder à la mesure de distances sur des cibles non coopératives à priori quelconques dans une plage de 3m à 300m environ, avec une résolution de quelques dizaines de cm en "mono-coup" ([Kaisto, 1983], [Koskinen, 1992]). Pour des applications 17 représentatives, les largeurs à mi-hauteur des impulsions sont de l’ordre de 10ns et la fréquence de répétition est voisine de la dizaine de kHz. Le rapport cyclique (rapport entre la durée de l’impulsion et la période de répétition) est généralement faible (10-3 à 10-5) ce qui permet d’obtenir une faible valeur de la puissance moyenne émise. Cette propriété est très intéressante car elle permet de concevoir des dispositifs satisfaisants à la fois les conditions d’exposition maximales permises en termes de sécurité oculaire ([CEI 825]) et le bilan de liaison en termes de rapport signal sur bruit. I.2.3. Régime sinusoïdal permanent La puissance optique émise par la source laser est modulée en amplitude par un signal sinusoïdal (ou carré avec un rapport cyclique proche de 50%). La méthode la plus simple consiste à moduler l’intensité du courant de polarisation directe de la diode laser. Si on admet une modulation linéaire (c’est à dire du type "petit signal"), l’intensité du courant de polarisation de la diode laser est de la forme : ( IDL(t) = Ith + IDL. 1+ m.sin(2.π.fRF.t) ) (I-2) Avec Ith le courant de seuil de la diode laser, IDL l'amplitude du courant moyen de modulation, m l'indice de modulation (dans la pratique, m ≈ 1), et fRF la fréquence du signal de modulation. Avec l’hypothèse d’une efficacité quantique (ou pente) constante de la diode laser, la puissance optique émise est alors de la même forme : ( PDL(t) ≅ PDL. 1+ m.sin( 2.π.fRF.t) ) (I-3) Jusqu’à des fréquences de modulation supérieures à plusieurs centaines de mégahertz, on pourra considérer que la diode laser est apériodique en fonction du courant alternatif de polarisation. On peut donc décomposer la puissance optique émise en la somme d’une puissance optique moyenne <PDL> et d’une puissance optique "alternative" d’amplitude ou de valeur crête PDL : PDL(t) ≡ < PDL > + PDL.sin ( 2.π.fRF.t) 18 (I-4) I.2.3.1. Télémétrie par modulation de fréquence (pseudo FMCW) Une première méthode de mesure de distance par temps de vol en régime sinusoïdal permanent repose sur la modulation de la puissance optique par un signal lui-même modulé en fréquence dans un large domaine (une octave). Pour une modulation li néaire en fréquence, la mesure de distance est déterminée par la valeur d’une fréquence de battement issue du décalage temporel entre le signal d’émission et le signal photoélectrique de retour ([Bazin, 1996]). La figure I-b représente le schéma synoptique du dispositif. Figure I-b : Schéma synoptique d’un télémètre FMCW. Une ligne à retard facilite la mesure de la fréquence de battement. Le signal de modulation est généré par un oscillateur haute fréquence contrôlé en tension (VCO). Le signal photoélectrique rétrodiffusé par la cible, est multiplié par le signal de modulation directement issu du VCO par l’intermédiaire d’une ligne à retard ([Dupuy, 2001]). On obtient ainsi un signal de battement (de fréquence intermédiaire fIF) disponible à la sortie du mélangeur et du filtre passe-bas. La vitesse de variation aVCO de la fréquence du VCO est très élevée. En modulant linéairement la fréquence du signal généré par le VCO par un signal triangulaire de période Tr, la vitesse de variation aVCO (MHz. μs-1) s'écrit : a VCO = d fRF 2.∆f =± dt Tr 19 (I-5) Si ∆f est l’excursion en fréquence du VCO, la fréquence intermédiaire générée par le mélangeur est proportionnelle au temps de vol : fIF(t) = ± 2.∆f 2.∆f 2.D τ =± Tr D Tr c (I-6) Si le temps de vol est petit devant la demi-période de la rampe de contrôle, on peut négliger les périodes de transition du changement de signe de la pente de la rampe. Si la distance D est suffisamment grande, l’écart entre la fréquence instantanée du VCO et celle du signal photoélectrique est relativement élevé. On obtient alors un certain nombre de périodes de ce signal de battement durant une durée correspondant à la période Tr de la modulation. La distance minimale D0min mesurable avec une modulation linéaire idéale est ([Bazin, 1996]) : D0min = c 4. ∆f (I -7) Pour une excursion ∆f = 100MHz du VCO, on en déduit D0min = 0,75m. Pour accéder à des mesures de distances inférieures à D0min, on améliore le dispositif par la mise en œuvre d'une ligne à retard caractérisée par le temps de retard τdelay. L'expression de la fréquence intermédiaire devient, pour une modulation linéaire : f IF (t ) = aVCO. (τ delay ± τ D ) (I-8) La ligne à retard est placée soit entre le VCO et la diode laser, soit entre le VCO et le mélangeur (fig. I-b). I.2.3.2. Télémétrie laser par mesure de déphasage La technique par déphasage consiste à moduler la puissance du faisceau laser d’émission avec un signal dont la fréquence fRF est fixe ([Poujouly, 2000]). La figure I-c représente le schéma bloc d’un télémètre par déphasage. La puissance optique émise par la diode laser est modulée par un signal sinus ou carré généré par un oscillateur très stable en fréquence. Le signal optique rétrodiffusé par la cible est capté par la photodiode dont le courant photoélectrique est amplifié par un circuit transimpédance. 20 Figure I-c : Schéma de principe du télémètre laser par déphasage avec méthode hétérodyne. Les filtres passe bande accordés sur la fréquence intermédiaire permettent de réduire la bande passante équivalente de bruit. La distance D séparant le dispositif de la cible est déduite du glissement de phase ∆φ qui existe entre le signal photoélectrique et celui de modulation de la puissance optique : ∆φ = 2 π fRF τD = 2 π fRF 2D c (I-9) Cependant, la détermination de D est effectuée à priori modulo 2π, ce qui donne une plage d’incertitude égale à un nombre entier de Λ ([Salvadé, 1997]) : Λ ≡ Dmodulo= c 2.fRF (I-10) Ainsi, plus la fréquence de modulation fRF est importante, plus l'intervalle de mesure est limité. Par exemple, Λ = 0.9m pour fRF = 166,6MHz. En revanche, la sensibilité de la mesure est accrue à hautes fréquences. Dans les mêmes conditions où fRF = 166,6MHz, on obtient une sensibilité ΔD/Δφ = 2,5 mm par degré (eq. I-11). On en déduit alors une résolution δD de la mesure de distance en fonction de la résolution δφ de la mesure du déphasage. Par exemple, pour satisfaire δD = 50μ à fRF = 166,6MHz il est nécessaire d’obtenir δφ = 0.02°. c ∆D = ∆φ 2.360°.f RF (I-11) Pour faciliter l’acquisition du déphasage, on effectue la mesure à une fréquence de battement fIF beaucoup plus faible grâce à une technique hétérodyne ([Dziadowiec, 1984]). Le signal utile est alors mélangé avec celui issu d’un oscillateur local fLO de telle sorte que : 21 fIF = fOL − fRF avec fIF << fRF (I-13) Un signal auxiliaire de fréquence intermédiaire est aussi appliqué sur la voie référence du phasemètre. Il est obtenu par le mélange direct entre les signaux issus des deux oscillateurs. Le signal photoélectrique de fréquence intermédiaire f IF est soumis si possible à une amplification à bande étroite de largeur ∆fIF afin d’améliorer son rapport signal sur bruit. Pour des raisons de symétrie, un filtre identique est positionné sur la voie référence. On peut montrer que la technique hétérodyne conserve le glissement de phase ∆φ entre les signaux de fréquence fRF et ceux de fréquence intermédiaire fIF ([Dziadowiec, 1983], [Poujouly, 2000]). Une photographie du montage décrit ci-dessus est présentée sur la figure I-d. Figure I-d : 1. Partie émettrice et réceptrice du télémètre laser par déphasage. 2. Tête optique du télémètre. On pourrait également utiliser une méthode d’échantillonnage des signaux de fréquence fRF pour acquérir le déphasage en effectuant une transposition à une fréquence moins élevée. Cependant, la technique hétérodyne est préférable à celle d’échantillonnage car elle propose un meilleur rapport signal sur bruit grâce à une bande passante équivalente de bruit Bn plus faible. En effet si l’on considère constantes les densités spectrales des bruits d’origine de grenaille et thermique dans la bande passante du signal utile, la bande passante équivalente de bruit s'écrit ([Dziadowiec, 1995]) : 22 Bn = π 2 ∆f IF (I-14) Dans la majorité des dispositifs électroniques, le signal minimal détectable est imposé par celui du bruit. Cependant, pour le télémètre par déphasage, une limitation au moins aussi importante, sinon davantage, est le couplage diaphonique électrique qui existe entre les circuits d’émission et ceux de réception. Ce phénomène peut être de très grande importance car "non visible" et avec un niveau relatif bien plus petit que celui du bruit. Ainsi, le bruit "blanc" ne donne qu’une perte de résolution en phase au dispositif, alors que le phénomène de diaphonie ("crosstalk" en anglais) introduit une erreur importante sur la mesure du déphasage ([Bosch, 1997]). Cette erreur varie aussi avec le déphasage réel à déterminer. Une méthode de post correction a été proposée ([Payne, 1992]). Pour la photodétection classique, l’utilisation d’une photodiode à avalanche (APD) permet d’obtenir dans les conditions de quasi obscurité un rapport signal sur bruit bien meilleur qu’avec une photodiode PIN (de l’ordre de 10 fois supérieur) (fig. I-e) car le courant photoélectrique primaire est multiplié dans le cœur même de la photodiode et ne subit donc pas directement le couplage diaphonique. Figure I-e : Schéma de principe du télémètre laser par déphasage avec méthode hétérodyne et mélange optoélectronique au sein de la photodiode avalanche (APD). En effet, la bande passante et le rapport signal sur bruit du circuit représenté figure I-c (circuit de type transimpédance associé à la photodiode) sont imposés par la capacité de jonction Cj de la photodiode, la résistance Rf de contre-réaction, la réponse en fréquence du gain différentiel en tension en boucle ouverte Ad(jf) de l’amplificateur et par la présence de capacités parasites. De plus, pour garantir la stabilité en fréquence et pour obtenir une faible bande passante équivalente de bruit, la marge de phase de l’amplificateur transimpédance doit être supérieure à 45°. Cette condition est difficile à satisfaire avec une photodiode de grande 23 surface active, présentant une grande capacité en entrée de l’amplificateur transimpédance. Réaliser un mélange optoélectronique entre le courant photoélectrique issu de l'onde optique rétrodiffusée par la cible de fréquence fRF et le signal électrique de fréquence fOL directement au sein d'une APD (fig. I-e) ([Dupuy, 2002(a)], [Castagnet, 2006]).permet de contourner cette difficulté et d’améliorer le rapport signal sur bruit. Par ailleurs, l’intérêt du mélangeur optoélectronique réside essentiellement dans la suppression de l’amplificateur transimpédance qui génère une pénalité en bruit à haute fréquence. A la sortie du dispositif, on dispose du signal photoélectrique de fréquence intermédiaire. On pourra alors mettre en oeuvre un simple amplificateur "basse fréquence" dont la tension de bruit ramenée à l’entrée sera très faible. I.3. CONCLUSION ET PROBLEMATIQUES I.3.1. Conclusion sur le choix du principe de mesure De par son principe, la technique par triangulation semble être la plus facile à mettre en œuvre. Elle peut être utilisée pour des cibles non coopératives diffusantes. Cependant, si le problème de la zone d’ombre peut être résolu, la dynamique de la plage de mesure reste relativement faible (2cm à 2m environ) pour une résolution relative d'environ 10-3 ([Lin, 1983]). Les mesures de distances issues de l’interférométrie ne semblent pas favorables pour la détection d’obstacles en "temps réel" en raison des limitations associées à la nature et à la rugosité des cibles ([Salvadé, 1997], [Bosch, 1995]). La technique de mesure de distance par temps de vol est la mieux adaptée des trois grandes familles pour la détection d’obstacles. Cette technique demande des composants optoélectroniques et des circuits électroniques plus performants en puissance optique et en bande passante que les techniques issues de la triangulation, mais la plage relative des distances mesurables est plus grande. De plus elle donne directement la mesure de distance « en valeur absolue » à partir de la connaissance de la célérité de la lumière. La technique en régime impulsionnel permet d’accéder à la mesure de distances sur des cibles non coopératives à priori quelconques dans une plage de 3m à 300m environ, avec une résolution de quelques dizaines de cm en "mono-coup" ([Kaisto, 1983], [Koskinen, 1992]). De par sa structure, le télémètre laser utilisant une technique de modulation de fréquence possède un certain nombre d'avantages car l’information "distance" est contenue dans une fréquence de battement. Ce second dispositif de mesure par temps de vol présente à priori une meilleure immunité à la diaphonie et aux variations d’amplitude du signal photoélectrique que 24 le télémètre laser par déphasage sur une plage de mesure de 1m à 20m, avec une résolution de l'ordre du millimètre ([Dupuy, 2002(b)]). La détermination de la distance à partir du déphasage donne de très bons résultats sur des cibles non coopératives, en particulier en termes de résolution, pour des intervalles de mesure allant de 0,5m à 20m. Une résolution proche de la dizaine de μm peut être obtenue à l'aide de cette technique de mesure en modulant la puissance optique du laser à une fréquence de l'ordre du GHz ([Payne, 1992]). C'est cette technique qui a été retenue dans le cadre de cette thèse car elle offre les meilleures performances en termes de précision sur une plage de mesure sans indétermination de l'ordre du mètre. Par ailleurs, il a été établi que l’intervalle de mesure peut être agrandi d’un facteur 3 environ en intégrant un réseau de neurones analogique dans la tête optique de mesure [Gatet, 2007]. Cette technique présente l’avantage de ne pas complexifier le système en évitant la mise en œuvre d’une double modulation. La plage peut être encore plus grande en utilisant successivement deux fréquences fRF de modulation : une faible (fRF = 8 MHz pour Λ = 18 m par exemple) pour lever l’indétermination et une élevée pour obtenir la résolution souhaitée. Ainsi, pour l’ensemble des raisons citées dans ce chapitre, cette thèse s’appliquera à développer un système télémétrique basé sur le principe de la mesure du temps de vol par le déphasage, en utilisant une technique hétérodyne par mélange optoélectronique. I.3.2. Réalisation d’un système embarqué Les progrès des technologies de l'information et de la communication associés à la miniaturisation des composants électroniques conduisent à la mise en place d'un univers intelligent, dans lequel les systèmes peuvent percevoir leur environnement et communiquer entre eux ainsi qu’avec les utilisateurs. Les systèmes embarqués suscitent un intérêt croissant dans l’industrie du fait des enjeux considérables qu’ils représentent par la capacité de progrès technologiques et par l’importance des marchés. Dans le cadre d’une telle approche, les performances des systèmes doivent être étudiées en termes d’encombrement, de consommation, d’autonomie et de coût. Depuis de nombreuses années déjà, les chercheurs du monde entier se sont attachés à intégrer des systèmes, puis des microsystèmes, dans le but d’augmenter les fonctionnalités tout en diminuant l’encombrement et la consommation. 25 A l’heure des systèmes embarqués, le silicium reste l’élément incontournable de cette démarche. En effet, les avantages d’intégrer un système embarqué sur substrat silicium sont nombreux [Orton, 2006] : - bénéficier des techniques de la microélectronique (bien connues, matures et optimisées), - diminuer les dimensions, - diminuer les temps de transit des signaux, - bénéficier, si nécessaire, des multiples propriétés du silicium (électriques, optiques, mécaniques,...) Par ailleurs, si la technique utilisée est compatible CMOS (CMOS MEMS), les avantages sont encore multipliés [Baltes, 2002], [Qu, 2007] : - intégration multifonctions, - application aisée du facteur d’échelle pour l’évolution du système vers des technologies nouvelles [Levi, 2006], - réduction des coûts pour une fabrication de masse, - modèles électriques et technologiques bien connus et très précis [Ando, 2001], [Caignet, 2001]. Ainsi, pour l’ensemble des raisons citées dans ce chapitre, nous allons nous attacher à développer un système télémétrique intégré en technologie CMOS. I.3.3. Bilan En conclusion de ce chapitre, nous pouvons dégager deux priorités : - Dans le cadre de la réduction du bruit et de la diaphonie au sein du télémètre tout en gardant une résolution élevée, l’utilisation de mélangeur optoélectronique devient incontournable. - De plus, l’approche système embarqué nécessite une réduction de l’encombrement et de la consommation. L’intégration de mélangeur optoélectronique en technologie CMOS apporte une solution à cette approche grâce aux avantages liés à la technologie. Ainsi cette thèse traitera de l’étude de mélangeurs optoélectroniques en technologie CMOS pour la télémétrie embarquée haute résolution. La problématique de la thèse est d’obtenir un système de photoréception intégré hautes performances pour un système embarqué. I.4. REFERENCES [Ailisto, 2002] : AILISTO H., HEIKINNEN V., MITIKKA R., MYLLALA R., KOSTAMOVAARA J., MANTYNIEMI A., KOSKINEN M., Scannerless imaging pulsedlaser range finding, J. Opt. A: Pure Appl. Opt. 4, 337-346 (2002). [Ando, 2001] : ANDO, B.; BAGLIO, S.; NOUET, P.; SAVALLI, N., “Characterization of parasitic behaviors in CMOS microsensors”, Instrumentation and Measurement Technology Conference, 2001. IMTC 2001. Proceedings of the 18th IEEE, Volume 3, 21-23 May 2001 pp 1459 – 1462. [Baltes, 2002] : BALTES, H.; BRAND, O.; HIERLEMANN, A.; LANGE, D.; HAGLEITNER, C., “CMOS MEMS - present and future”; Micro Electro Mechanical Systems, 2002. The Fifteenth
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Propagation et réfexion de la marée interne : une étude numérique et expérimentale
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52 2.10 Amplitude du mode principal de la vitesse horizontale (A 1 (u) (Eq. 4.9)) calculée entre la 5ème et la 7ème période pour l’expérience GERK48. 52 2.11 Amplitude du mode principal de la vitesse verticale ( A 1 (w) (Eq. 4.9)) calculée entre la 5ème et la 7ème période pour l’expérience GERK 48. 53 2.12 Comparaison du cas non-hydrostatique (image en haut) au cas hydrostatique (image en bas) ; champ u obtenu à 2000 m sous de la surface après 15 périodes pour une thermoc line peu marquée. 53 2.13 Champ de vitesse u après 10 périodes de la marée avec une thermocline plus raide et une différence de température de 5◦C entre la surface et le fond (voir la figure (Fig. 2.6)), obtenu par le code parallèle. 54 2.14 Champ de vitesse u après 9 périodes de marée obtenu par le code parallèle pour les conditions de l’expérience EXPB5 (voir tableau 3.1 du chapitre 3). 55 2.15 Zoom de la figure (FIG. 2.14). 56 3.1 Photo de la grande cuve tournante Coriolis, pendant l’installation du talus. 59 3.2 a) Schéma de la position de la caméra et de la tranche laser par rapport au talus et au canal. b) Un exemple d’image de particules brillantes. 62 xiv TABLE DES FIGURES 3.3 Vélocimétrie par Corrélation d’Images (CIV). a) Image de PIV pour t=80(s) pour EXPB5. b)Image de PIV à t=80+dt ; dt=1(s) pour EXPB5. c et d)Champ de vitesse calculé par CIV entre 2 images consécutives. e)Composante horizontale du champ de vitesse (u) pour EXPB5 entre le temps 80s et 81s après le début de l’expérience. 63 3.4 Schéma de principe du calcul des déplacements par PIV. 64 3.5 Canal et talus utilisés pour nos expériences ; a) vue de côté, ) vue de dessus, c) Profil analytique de la topographie. La plaine, le talus continental et le plateau continental sont indiqués. 65 3.6 Dispositif expérimental du canal ; vue de dessus. 67 3.7 Dispositif expérimental du talus ; vue de côté et trois fenêtres de prise d’images par PIV. 68 3.8 Champs de densité et valeurs de N pour les expériences faites en a) Juin et Juillet 2006, b) Septembre 2006. 69 3.9 Positions des points de mesure des séries temporelles sur le talus. 70 3.10 Position de la fuite d’eau autour du piston ; a) vu de derrière du piston b) vu de face du piston. 76 4.1 Champs instantanés de la vitesse horizontale u au début de la 11.5ème période (302 s) pour l ’ expérience EXPB5 ( Nω =0.34) et angle du rayon d’énergie par rapport à l’horizontale (θ). 78 4.2 Courant barotrope normalisé en différentes lignes verticales, pour ω =0.34 N et d 0 =0.605 cm (EXPB5, 13 et 14) ; a) EXPB13 pour x=40cm b) EXPB5 pour x=50cm c) EXPB5 pour x=120cm d) EXPB14 pour x=280cm. 79 4.3 Courant barotrope normalisé et moyenné horizontalement en différents sous domaines a) EXPB13 ; −40 ≤ x ≤ 55cm b) EXPB5 ; 0 ≤ x ≤ 150cm c) EXPB14 ; 150 ≤ x ≤ 312cm (la plaine abyssale) d) EXPB39 ; 0 ≤ x ≤ 150cm mais avec une amplitude d’oscillation plus grande. 80 TABLE DES FIGURES xv 4.4 Amplitude du courant barotrope normalisé et amplitude du flux du courant barotrope normalisé pour le mode principal, calculé de la deuxième à la 18ème période, entre x=38 cm et x=113 cm et entre x=188 cm et x=288 cm pour les expériences EXPB5 et EXPB14 ( Nω =0.34 et d 0 =0.605 cm). 81 4.5 Valeur de U nor m en un point : a) x=50 cm ; b) x=120 cm à EXPB5 (T=26.25 s, d 0 =0.605 cm). 82 4.6 Valeur de U nor m en un point : a) x=50 cm ; b) x=120 cm à EXPB39 (T=30.95 s, d 0 =3.1 cm ). 82 4.7 Valeur de U nor m en x=50 cm à EXPB 8 (T=6 2.34 s, d 0 =0.605 cm ). 83 4.8 Valeur de Un or m pour le point =50 cm et y=70 cm à l’expérience a ) EXP B 39 (T=30.95 s, d 0 =3.1 cm), b) EXPB38 (T=41.27 s, d 0 =3.1 cm). 85 4.9 Valeur de Unor m pour les points y=80 cm et a) x=50 cm ; b) x=120 cm à l’expérience EXPB5 (T=26.25 s, d 0 =0.605 cm). 86 4.10 Séries temporelles de u sur les points avec x=120cm (Fig. 3.9) et U × 5. 87 4.11 Position de la ligne perpendiculaire au rayon (lignes tirées) et sa direction (flèche). 88 4.12 Enveloppe de la vitesse longitudinale u S suivant la direction perpendiculaire au rayon σ à la : a) 3ème période ; b) 5ème période ; c) 12ème période ; d) 16ème période ; e) 22ème période ; f) 24ème période ; g) 34ème période pour l’expérience EXPB5. 89 4.13 Amplitude de la vitesse longitudinale pour le rayon d’incident principal de l’expérience EXPB5. 90 4.14 Amplitude de la vitesse horizontale pour le mode principal A 1 (u) calculé du début du calcul jusqu’à la 39ème période pour l’expérience EXPB5, les valeurs de l’amplitude de la vitesse sont en centimètres par seconde . 92 xvi TABLE DES FIGURES 4.15 Distribution spatiale du champ A 1 (u) pour l’expérience EXPB5 calculé a) de la 3ème à la 5ème période b) de la 18ème à la 22ème période. La position du rayon est indiquée en traits pointillés noirs et une ligne perpendiculaire au rayon en traits pointillés blancs. Le tracé de A 1 (u) suivant cette ligne est représenté sur les figures c) et d) respectivement. 93 4.16 Valeur de l’amplitude de la vitesse horizontale (A 1 (u)) suivant la direction perpendiculaire au rayon (σ) tracée sur la figure (Fig. 4.15-a et b) pour l’expérience EXPB5 pour différents intervalles de temps. 94 4.17 Valeur maximum de A 1 (u) pour le rayon incident en fonction du temps calculé à partir de la figure (Fig. 4.16). 95 4.18 Lignes perpendiculaires au rayon et ligne le long du rayon pour l’amplitude de la vitesse horizontale calculée entre la 5ème période et la 7ème période pour l’expérience EXPB5. 95 4.19 Amplitude de la vitesse horizontale calculée entre la 5ème et la 7ème période pour l’expérience EXPB5 sur les lignes perpendiculaires au rayon de la figure (Fig. 4.18). 96 4.20 Amplitude de la vitesse horizontale calcul ée entre la 5ème et la 7 ème période pour l’expérience EXPB5 sur la ligne le long du rayon de la figure (Fig. 4.18). 97 4.21 Largeur du faisceau sur les lignes perpendiculaires au rayon présenté à la figure (Fig. 4.18) pour l’ EXPB5 calculé entre la 5ème et la 7ème période. 98 4.22 Méthode de calcul de la vitesse de phase au milieu du faisceau a) Champ de phase entre la 3ème et la 5ème période pour la vitesse horizontale de l’expérience EXPB5 (φ1 (u)) et position de la ligne perpendiculaire au rayon b) Valeur de la phase sur la ligne perpendiculaire au rayon en direction de σ, présentée à l’image (a) c) Valeur de la phase au milieu du faisceau et calcul du gradient de phase sur cette image, le ∇φ est égal 0.18 rad/cm pour ces conditions. 99 TABLE DES FIGURES xvii 4.23 Champs instantanés de la vitesse horizontale U au début de la 4.5ème période pour les expériences : a) EXPB5, d 0 = 0.605cm b) EXPB37, d 0 = 2cm c) EXPB39, d 0 = 3.1cm. 102 4.24 Sinus de la deuxième harmonique de la vitesse horizontale ( b22 (Eq. 4.8)) calculé entre la 8ème et la 12ème période pour l’expérience EXPB5,13 et 14 ( Nω =0.34, d 0 =0.605 cm). 104 4.25 Sinus du mode principal de la vitesse horizontale ( b21 (Eq. 4.8)) calculé entre la 8ème et la 12ème période pour l’expérience EXPB5,13 et 14 ( Nω =0.34, d 0 =0.605 cm). 105 4.26 Cosinus de la deuxième harmonique de la vitesse horizontale ( a22 (Eq. 4.7)) calculé entre la 18ème et la 22ème période pour l’expérience EXPB18 ( Nω =0.14, d 0 =0.605 cm). 105 4.27 Cosinus de la troisième harmonique de la vitesse horizontale ( a23 (Eq. 4.7)) calculé entre la 18ème et la 22ème période pour l’expérience EXPB18 ( Nω =0.14, d 0 =0.605 cm). 106 4.28 Amplitude a) du mode principal de la vitesse horizontale (A 1 (u) (Eq. 4.9)) et b) de la deuxième harmonique (A 2 (u)) ; calculée entre la 18ème et la 22ème période pour l’expérience GERK7 ( Nω =0.34 et d 0 =0.605 cm). 106 4.29 Amplitude a) du mode principal de la vitesse horizontale (A 1 (u) (Eq. 4.9)) et b) de la deuxième harmonique (A 2 (u)) ; calculée entre la 18ème et la 22ème période pour l’expérience GERK12 ( Nω =0.34 et d 0 =2.0 cm). 107 4.30 Amplitude de la deuxième harmonique de la vitesse horizontale A 2 (u) (Eq. 4.9)) calculée entre la 14ème et la 18ème période pour l’expérience GERK48. 108 4.31 Amplitude du mode principal de la vitesse horizontale (A 1 (u) (Eq. 4.9)) calculée entre la 14ème et la 18ème période pour l’expérience GERK48. 108 xviii TABLE DES FIGURES 4.32 a) Sinus du mode principal de u ( b21 (Eq. 4.8)) calculé entre la 13ème et la 17ème période ; Amplitude de la sous harmonique de U (A 1 (u) (Eq. 4.9)) calculé : b) entre la 8ème et la 12ème pé2 riode c) entre la 13ème et la 17ème période d) entre la 18ème et la 22ème période e) entre la 23ème et la 27ème période f) entre la 28ème et la 36ème période, pour l’expérience EXPB37 (T=31.0 s, d 0 =2.0 cm). 110 4.33 Amplitude du mode sous-harmonique de u, A 1 (u), calculé entre 2 la 22ème et la 25ème période pour l’expérience numérique de période d’oscillation 26.1 s et d’amplitude d’oscillation 0.24 m, obtenu par le code numérique (calcul de I. Pairaud & C. Staquet).111 4.34 Cosinus du mode principal de la vitesse horizontale ( a21 (Eq. 4.7)) calculé entre la 18ème et la 22ème période pour l’expérience GERK7 et les directions de la vitesse de phase (C P ) et de la vitesse de groupe (Vg ). 111 4.35 Cosinus de la deux ième harmonique de la vitesse horizontale ( a22 (Eq. 4.7)) calculé entre la 18ème et la 22ème période pour l’expérience GERK7 et les directions de la vitesse de phase (C P ) et de la v itesse de groupe (Vg ). 111 4.36 a ) Quatre parties différents pour vecteurs d’onde à espace de Fourier ( A : k x > 0, k y > 0 ; B : k x > 0, k y < 0 ; C : k x < 0, k y < 0 ; D : k x < 0, k y > 0 ) b) Quatre configurations possibles de la propagation de la vitesse de groupe Cg et de la vitesse de phase Cp d’ondes planes. 114 4.37 Partie réelle de la transformée de Hilbert de u pour GERK7 (Tab. 3.2) à la 20ème période b) C : k x < 0, k y < 0 ; c) B : k > 0, k y < 0 ; d) D : k x < 0, k y > 0 ; e) A : k x > 0, k y > 0. 115 4 .38 Phase de la transformée de Hilbert de u pour GERK7 (Tab. 3.2) à la 20ème période b) C : k x < 0, k y < 0 ; c) B : k x > 0, k y < 0 ; d) D : k x < 0, k y > 0 ; e) A : k x > 0, k y > 0. b) Composantes horizontal es du champ de vitesse (u) pour EXPB30, 3.5 périodes après le début de l’expérience. 122 5.2 Angle du rayon d’énergie par rapport à l’horizontale pour l’expérience EXPB30 (Tab. 3.1) après 3.5 périodes. 122 5.3 Courant barotrope normalisé en différentes lignes verticales pour les expériences EXPB30 (T=30.90 s ; d 0 =3.1 cm ; TR =90 s) et EXPB39 (T=30.95 s ; d 0 =3.1 cm ; TR = ∞) ; a) EXPB30 pour x=50cm b) EXPB30 pour x=120cm c) EXPB39 pour x=50cm d) EXPB39 pour x=120cm. 123 5.4 Courant barotrope normalisé et moyenné en fonction de "X" sur tout le domaine (0 ≤ x ≤ 150cm) pour l’expérience EXPB30 (d 0 =3.1 cm, T=30.90 s et TR =90 s). 124 xx TABLE DES FIGURES 5.5 Valeur maximum de U à x=50 cm et x=120 cm en présence de rotation en fonction de d 0 (Tab. 5.1) ; U 90∗∗ est la valeur maximum de U pour la période de rotation (TR ) égale 90 s et U 130∗∗ est la valeur maximum de U pour la période de rotation (TR ) égale 130 s. 125 5.6 Valeur maximum de U nor m à x=50 cm et x=120 cm en présence de rotation en fonction de d 0 (Tab. 5.2) ; U 90∗ est la valeur maximum de u normalisée et moyennée avec la période de rotation (TR ) égale 90 s et U 130∗ est la valeur maximum de u normalisée et moyennée avec la période de rotation (TR ) égale 130 s. 127 5.7 Valeur de U nor m à, a) x=50 cm ; b) x=120 cm pour l’expérience EXPB30 Tab. 3.1). 127 5.8 Valeur de U nor m à, a) x=50 cm ; b) x=120 cm pour l’expérience EXPB34 (Tab. 3.1) ; d 0 =0.92 cm, T=27.81 S et TR =130 S. 128 5.9 Valeur de la composante horizontale de vitesse u normalisée par rapport à la vitesse du piston pour l’expérience EXPB30 (d 0 =3.1 cm, T=30.90 s et TR =90 s) pour le point x=120 cm et y=45 cm. 130 5.10 Valeur de u normalisée par rapport à la vitesse du piston pour le point x=50 cm et y=70 cm pour l’expérience EXPB30 (d 0 =3.1 cm, T=30.90 s et TR =90 s). 131 5.11 Valeur de u normalisée par rapport à la vitesse du piston pour les points y=80 cm et a) x=50 cm ; b) x=120 cm à l’expérience EXPB30. 132 5.12 Enveloppe de la vitesse longitudinale u S suivant la direction perpendiculaire au rayon σ à la : a) 3ème période ; b) 5ème période ; c) 12ème période ; d) 16ème période ; e) 24ème période ; f) 34ème période pour l’expérience EXPB30 (d 0 =3.1 cm, T=30.90 s et TR =90 s) et à la 3ème période pour g) l’expérience EXPB32 (TR plus grande) ; h) l’expérience EXPB39 (sans rotation). 134 5.13 Amplitude de la vitesse longitudinale pour le rayon incident principal de l’expérience EXPB30 (d 0 =3.1 cm, T=30.90 s et TR =90 s). 135 TABLE DES FIGURES xxi 5.14 Valeur de l’amplitude de la vitesse horizontale (A 1 (u)) suivant la direction perpendiculaire au rayon (σ) pour l’expérience EXPB30 pour différents intervalles de temps. 136 5.15 Valeur de l’ amplitud e de la vitesse horizontal e (A 1 (u)) suivant la direction perpendiculaire au rayon (σ) pour différents interval les de temps pour a) l’expérience EXPB32 (d 0 =3.1 cm, T=27 . 79 s et TR = 130 s) ; b) l’expérience EXP B39 ( d 0 =3.1 cm, T=30.95 s et TR = ∞). 136 5.16 Lignes perpendiculaires au rayon pour l’amplitude de la vitesse horizontal e calculé entre la 18ème et la 22 ème période pour l’expérience EXPB33. Les lignes sont distants entre elles de 10 cm. 137 5.17 Amplitud e de la vitesse horizontale calculé entre la 18 ème et la 22 ème période pour l ’ expérience EXPB 33 sur les lignes perpendi s au rayon de la figure (Fig. 5.16). 138 5.18 Largeur du faisceau à partir de A 1 (u)) et calculé entre la 5ème et la 7ème période pour ωd 0 =0.145 cm/s, TR = ∞ s, d 0 =0.605 cm, θ=19.7◦ (EXPB5) et pour ωd 0 =0.17 cm/s, TR =130 s, d 0 =0.92 cm, θ=12.7◦ (EXPB33). 139 5.19 a) Sinus de la deuxième harmonique de la vitesse horizontale ( b22 (Eq. 4.8)) et b) sinus de la troisième harmonique de la vitesse horizontale ( b23 (Eq. 4.8)) ; calculé entre la 26ème et la 34ème période pour l’expérience EXPB30. 143 5.20 Amplitude du mode principal de u (A 1 (u) (Eq. 4.9)) calculé entre la 3ème et la 5ème période ; amplitude de la sous harmonique de u (A 1 (u) (Eq. ii A.2 Valeur de U (cm/s) sur les points de y et a) x=50 cm ; b) x=120 cm à EXPB39 (T=30.95 s, d 0 =3.1 cm)................. ii A.3 Valeur de U (cm/s) sur les points de y et a) x=50 cm ; b) x=120 cm à EXPB8 (T=62.34 s, d 0 =0.605 cm)................. ii A.4 Valeur de U (cm/s) sur les points de y et a) x=50 cm ; b) x=120 cm à EXPB30 (Tab. 3.1) ; d 0 =3.1 cm, T=30.9 s et TR =90 s...... iv A.5 Valeur de U (cm/s) sur les points de y et a) x=50 cm ; b) x=120 cm à EXPB27 (Tab. 3.1) ; d 0 =0.92 cm, T=30.97 s et TR =90 s..... iv A.6 Valeur de U (cm/s) sur les points de y et a) x=50 cm ; b) x=120 cm à EXPB34 (Tab. 3.1) ; d 0 =0.92 cm, T=27.81 s et TR =130 s.... iv A.7 Valeur de U (cm/s) sur les points de y et a) x=50 cm ; b) x=120 cm à EXPB35 (Tab. 3.1) ; d 0 =2.0 cm, T=27.89 s et TR =130 s..... v A.8 Valeur de U (cm/s) sur les points de y et a) x=50 cm ; b) x=120 cm à EXPB32 (Tab. 3.1) ; d 0 =3.1 cm, T=27.79 s et TR =130 s..... v A.9 Valeur de U (cm/s) sur les points de y et a) x=50 cm ; b) x=120 cm à EXPB31 (Tab. 3.1) ; d 0 =3.1 cm, T=33.9 s et TR =130 s...... v A.10 Partie réelle de la transformée de Hilbert de u pour EXPB5, 13 et 14 (Tab. 3.1) à la 20ème période b) C : k x < 0, k y < 0 ; c) B : k x > 0, k y < 0 ; d) D : k x < 0, k y > 0 ; e) A : k x > 0, k y > 0........ vi A.11 Phase de la transformée de Hilbert de u pour EXPB5, 13 et 14 (Tab. 3.1) à la 20ème période b) C : k x < 0, k y < 0 ; c) B : k x > 0, k y < 0 ; d) D : k x < 0, k y > 0 ; e) A : k x > 0, k y > 0. vii Liste des tableaux 3.1 Description d’une partie des expériences réalisées ; T est la période d’oscillation, TR est la période de rotation, d 0 est l’amplitude d’oscillation, N est la fréquence de Brunt-Väisälä et θ est l’angle du rayon d’énergie par rapport à l’horizontale obtenu par la relation de dispersion. 72 3.2 Description d’une partie des expériences réalisées ; T est la période d’oscillation, TR est la période de rotation, d 0 est l’amplitude d’oscillation, N est la fréquence de Brunt-Väis älä et θ est l’angle du rayon d’énergie par rapport à l’horizontale obten u par la relation de dispersion. 73 4.1 A mplitude du flux du courant barotrope normalisée par rapport à la vitesse d’oscillation. 84 4.2 Changement de la valeur du vecteur d’onde, la vitesse de phase au milieu du faisceau, largeur du faisceau et π/k (λ/2 largeur du faisceau) en temps pour l’expérience EXPB5 ; et le maximum de la valeur de A 1 (u) qui a déjà été présenté à la figure (Fig. 4.17). 100 4.3 Valeur du vecteur d’onde au milieu du faisceau (k = ∇φ), calculé en différents intervalles du temps ; L’objet de ce tableau est de montre comment la valeur du vecteur d’onde varie quand la période d’oscillation est constante et l’amplitude d’oscillation varie. 101 xxiii xxiv LISTE DES TABLEAUX 4.4 ur de la vitesse de phase au milieu du faisceau (c P = ω/k), calculé en différents intervalles du temps ; dans ce tableau, on cherche le changement de la valeur de la vitesse de phase quand la période d’oscillation est constante et l’amplitude d’oscillation varie. 102 4.5 Changement de la valeur du vecteur d’onde, la vitesse de phase au milieu du faisceau et π/k (λ/2 largeur du faisceau) sur les lignes perpendiculaires au rayon présenté à la figure (Fig. 4.18) et calculé entre la 5ème et la 7ème période et la valeur de la largeur du faisceau sur les mêmes lignes qui a déjà présenté à la figure (Fig. 4.21) pour l’expérience EXPB5. 103 5.1 Valeur maximum de U à x=50 cm et x=120 cm en présence de la rotation (Fig. 5.5) ; T est la période d’oscillation, TR est la période de rotation et d 0 est l’amplitude d’oscillation. 125 5.2 Valeur maximum de U nor m à x=50 cm et x=120 cm en présence de rotation (Fig. 5.6) ; T est la période d’oscillation, TR est la période de rotation et d 0 est l’amplitude d’oscillation. 126 5.3 Valeur maximum de A 1 (u) au milieu du faisceau et la largeur du faisceau sur les lignes perpendiculaires au rayon (voir la figure (Fig. 5.16)) pour l’expérience EXPB33 (d 0 =0.92 cm, T=33.93 s et TR =130 s) calculé entre la 18ème et la 22ème période. 139 5.4 Changement de la valeur du vecteur d’onde, la vitesse de phase au milieu du faisceau, largeur du faisceau, π/k (λ/2 est la largeur du faisceau) et le maximum de la valeur de A 1 (u) en temps pour l’expérience EXPB33 (d 0 =0.92 cm, T=33.93 s et TR =130 s) sur la ligne numéro 9 de la figure (Fig. 5.16). 141 5.5 Changement de la valeur du vecteur d’onde, la vitesse de phase au milieu du faisceau et π/k (λ/2 largeur du faisceau) sur les lignes perpendiculaires au rayon présenté à la figure (Fig. 5.16) et calculé entre la 18ème et la 22ème période pour l’expérience EXPB33 (d 0 =0.92 cm, T=33.93 s et TR =130 s). 142 Bibliographie [1] R. 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Zhang, B. King, and H.L. Swinney. Experimental study of internal gravity waves generated by supercritical topography. Physics of Fluids, 19 :096602, 2007. 27, ix 1 1 Les chiffres bleus donnent un lien vers la page que ce référence est utilisé la dans. Résumé Ce manuscrit présente les résultats d’une étude numérique et expérimentale sur la marée interne et l’interaction de la marée interne avec un talus continental dans un fluide stratifié dans le cas d’une pente super-critique. L’étude numérique est basée sur le code MITgcm, qui résoud les équations de Navier-Stokes non-linéaires et non-hydrostatiques en employant une technique de volumes-finis. Les expériences sont réalisées sur la grande cuve tournante du Coriolis, LEGI en utilisant des techniques PIV et CIV. Nous avons étudié la propagation et la réflexion de la marée interne en présence de rotation et sans rotation. Nos résultats marquants sont la génération de faisceaux d’ondes internes à la fréquence harmonique de la fréquence de forçage, par interaction des faisceaux incident et réfléchi sur le fond de la cuve, l’occurrence d’une instabilité paramétrique sous-harmonique dans le faisceau incident et la définition et l’étude de la largeur du faisceau en fonction des paramètres de forçage et de la rotation. Mots clés : Fluide stratifié, Onde interne, Marée interne, Rotation, Simulation numérique, Expérience de laboratoire. Abstract This manuscript presents the results of a numerical and experimental study on the internal tide and the interaction of the internal tide with a continental slope in a stratified fluid in the case of a super-critical slope. The numerical study is based on the MITgcm code, which solves the non-linear and not-hydrostatic Navier-Stokes equations by employing a technique of finite volume. The experiments are carried on the big tank’s rotating of Coriolis, LEGI by using the techniques PIV and CIV. We studied the propagation and the reflection of the internal tide in the presence of rotation and without rotation. Our outstanding results are the generation of internal waves beams at the frequency harmonic of the frequency of forcing, by interaction of the incident beams and reflected beams on the bottom of the tank, the occurrence of a parametric instability sub-harmonic in the incidental beam and the definition and the study of the width of the beam according to the parameters of forcing and of rotation. Key words : Stratified fluid, Internal wave, Internal tide, Rotation, Numerical simulation, Laboratory experiment.
41,551
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French-Science-Pile
Open Science
Various open science
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Emprunts auprès de la Banque centrale Toutes les dettes vis-à-vis de la Banque d’Espagne, quelle que soit leur forme, sont portées à ce poste. Dépôt interbancaires Ce poste inclut les soldes débiteurs des comptes interbancaires, des comptes de correspondant, des comptes à terme, des opérations de pension et autres comptes vis-à-vis d’autres établissements de crédit résidents. Dépôts des clientèles non bancaires Ce sont tous les soldes créditeurs en pesetas et en devises vis-à-vis des administrations publiques (y compris les comptes de collecte d’impôts), des autres secteurs résidents et nonrésidents sous forme de comptes à vue, de comptes d’épargne et de comptes à terme, de mobilisation d’actifs, d’opérations de pension et d’opérations d’assurance. Obligations Ce poste couvre les émissions d’obligations, d’autres actifs négociables (y compris ceux détenus par l’établissement lui-même) et les financements subordonnés. STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 63 ESPAGNE Autres passifs Ce poste recouvre les autres engagements qui ne figurent pas dans les postes précédents, notamment les comptes créditeurs spéciaux d’autres secteurs résidents, le fonds de pension interne, les comptes auprès d’établissements de crédit non-résidents ainsi que les comptes de régularisation et comptes d’opérations diverses. Pour mémoire Actif Valeurs mobilières à court terme Ce poste comprend les titres à court terme émis par l’ensemble des secteurs résidents et détenus par les établissements de dépôts : bons et effets des administrations publiques, billets de trésorerie, effets et autres instruments des établissements de crédit officiels. Obligations Ce poste comprend les titres à moyen et à long terme émis par l’ensemble des secteurs résidents et non résidents, détenus par les établissements : obligations des administrations publiques, portefeuilles de valeurs à revenu fixe des établissements de crédit (à l’exception des effets et autres instruments des établissements de crédit officiels), obligations des autres secteurs résidents et portefeuille total de valeurs à revenu fixe de non-résidents. Actions et participations Ce poste rassemble les participations, actions et valeurs à revenu variable émises par les établissements de crédit et les autres secteurs résidents et non-résidents qui sont détenues par les établissements de dépôts. Créances sur des non-résidents Ce poste recouvre le total des créances sur des non-résidents : billets de banque étrangers, créances sur des établissements de crédit non-résidents, créances sur d’autres banques centrales et immobilisations en devises, figurant tous au poste 18 « Autres actifs » ; les créances douteuses sur des non-résidents et sur des établissements de crédit non-résidents ainsi que les crédits consentis à des clientèles non bancaires non résidentes, portés au 16 « Prêts » ; enfin, le portefeuille de valeurs à revenu fixe et d’actions figurant au poste 17 « Valeurs mobilières ». Passifs Engagements envers des non-résidents Il s’agit de tous les engagements envers des non-résidents : les engagements envers des établissements de crédit non-résidents figurant dans le poste 24 « Autres passifs » ; les dépôts de clientèles non bancaires non résidente du poste 22 « Dépôts des clientèles non bancaires », ainsi que les financements subordonnés en devises pris en compte au poste 23 « Obligations ». Adéquation des fonds propres Fonds propres de base (Tier 1) Il s’agit pour l’essentiel du capital et des réserves, dont sont déduits les immobilisations corporelles et les résultats négatifs et pertes des sociétés consolidées. 64 STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 ESPAGNE Fonds propres complémentaires (Tier 2) Les principaux postes sont les financements subordonnés, les actions préférentielles, les fonds sociaux des caisses d’épargne, les fonds socio-éducatifs des banques mutualistes, et les provisions génériques et statistiques (dynamiques). Éléments à déduire des fonds propres Pour l’essentiel, il s’agit de l’excédent des participations dans des institutions financières et des entreprises non financières. VI. Sources Toutes les données sont tirées des rapports remis par les entreprises à la Banque d’Espagne dans le cadre de la procédure de surveillance. Les bilans et comptes de résultats sont publiés dans le Boletín Estadístico de la Banque d’Espagne (chapitre 4, www.bde.es). C’est de ces bilans et comptes de résultats qu’ont été déduites les statistiques publiées dans Statistiques bancaires – Comptes des banques, bien que toutes les données présentées ici ne soient pas publiées dans le Boletín Estadístico. (comme celles concernant l’adéquation des fonds propres, par exemple). Notes 1. Structure de l’assemblée générale : moins de 50 % des membres représentent les communautés autonomes (régionales et locales), entre 25 et 50 % les clients et entre 5 et 15 % les salariés. Cette composition s’applique aux caisses d’épargne des communautés dans les gouvernements régionaux (autonomies) adoptent la législation de l’État. Néanmoins, les gouvernements régionaux (autonomes) sont libres de fixer des répartitions différentes de ces groupes, ce que certains ont d’ailleurs déjà fait. 2. Avec l’exception mentionnée précédemment de l’inclusion des établissements de crédit officiels dans les banques depuis 1994. 3. Dans tout le texte, l’expression « Autres secteurs résidents » fait référence aux secteurs résidents autres que la banque centrale, les établissements de crédit et les administrations publiques (fonds de sécurité sociale inclus). 4. Sauf indication contraire, tous les ratios figurant sous cette rubrique portent sur décembre 2008. 5. Voir aussi les tableaux ci-après « Concordance du compte de résultats » et « Concordance du bilan ». 6. Depuis l’entrée en vigueur de la Circulaire 4/1991 (aujourd’hui remplacée par la circulaire 4/2004) de la Banque d’Espagne, les revenus générés par les placements des fonds de pension internes doivent être traités comme des coûts financiers pour l’institution. Auparavant, ces coûts figuraient dans les affectations aux fonds et donc sous forme de frais de personnel. Pour la période antérieure à 1992, on procédait à une estimation de ce coût (en appliquant aux fonds de pension le taux d’intérêt moyen des opérations de prêt inscrites au bilan) et ce chiffre était ensuite déduit du montant attribué au fonds de pension, ce qui assurait l’homogénéité des séries. STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 65 ESPAGNE Espagne Concordance du compte de résultats – Ensemble des banques – 2008 Présentation de l’OCDE Millions EUR Présentation nationale 1. Revenus d’intérêts 153 688 Revenus d’intérêts (36.1) + résultat sur capitaux propres (36.2) (p) 2. Charges d’intérêts 106 495 Charges d’intérêts (36.2) 3. Revenus nets d’intérêts 47 192 Revenus nets d’intérêts (36.3) + résultat sur capitaux propres (36.2) (p) 4. Revenus nets autres que d’intérêts 22 921 Revenus nets autres que d’intérêts a. Frais et commissions à recevoir 15 555 Frais et commissions à recevoir (40.3) b. Frais et commissions à payer 2 529 Frais et commissions à payer (40.8) c. Profits ou pertes nets sur opérations financières 7 186 Profits ou pertes nets sur opérations financières 40 (12 + 13 + 14) + 36.11 (p) d. Autres revenus nets non liés à l’intérêt 2 712 36.11 (p) 5. Revenus nets d’intérêts et non liés à l’intérêt 70 113 Revenus nets d’intérêts et non liés à l’intérêt 6. Frais d’exploitation 30 210 Frais d’exploitation a. Frais de personnel 18 171 Frais de personnel 17 901 Charges générales de personnel (36.7) 270 b. Frais relatifs aux locaux et matériel 11 648 Charges exceptionnels de personnel (36.8) (p) Frais généraux 36.6 (p) c. Autres frais d’exploitation 391 7. Revenu net avant provisions 39 902 Impôts autres que l’impôt sur le résultat 36.6 (p) Revenu net avant provisions 8. Provisions nettes 19 505 Provisions nettes a. Provisions sur prêts 13 981 Provisions sur prêts 36.9 (p) b. Provisions sur titres 1 875 Provisions sur titres 36.9 (p) c. Autres provisions nettes 3 650 Autres 36.9(p) + 36.8 (p) 9. Résultat avant impôt 20 397 Résultat avant impôt (36.13) 10. Impôt sur le résultat 1 903 Impôt sur le résultat (36.14) 11. Résultat net après impôt 18 495 Résultat net après impôt (36.15 + 36.16) 12. Bénéfices distribués 10 993 Bénéfices distribués 13. Bénéfices non distribués 7 501 Bénéfices non distribués P : Partiel : seule une fraction de ce poste a été prise en compte. 1. Les chiffres renvoient aux tableaux et colonnes du chapitre 4 du Boletín Estadístico de la Banque d’Espagne (www.bde.es). 66 STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 ESPAGNE Espagne Concordance du bilan – Ensemble des banques – 2008 Présentation de l’OCDE Millions EUR Présentation nationale Actif Actif 14. Caisse et avoirs auprès de la Banque centrale 62 473 Caisse et avoirs auprès de la Banque centrale 51.2 (p) + 61.2 (p) + 71.2 (p) + 51.10 (p) + 61.10 (p) + 71.10 (p) 15. Dépôts interbancaires 374 002 Dépôts interbancaires 51.2 (p) + 61.2 (p) + 71.2 (p) + 51.5 (p) + 61.5 (p) + 71.5 (p) 16. Prêts 17. 18. Valeurs mobilières Autres actifs 1 901 605 Prêts 48 688 Crédit aux administrations publiques 51.3 + 61.3 + 71.3 1 795 109 Crédit aux autres secteurs résidents 51.4 + 61.4 + 71.4 57 808 Crédit au secteur extérieur 51.5 (p) + 61.5 (p) + 71.5 (p) 486 027 Valeurs mobilières 96 572 Dettes des administrations publiques 51.6 (p) + 61.6 (p) + 71.6 (p) 389 455 Autres 51.6 (p) + 61.6 (p) + 71.6 (p) + 51 [7 + 8 + 9] + 61 [7 + 8 + 9] + 71 [7 + 8 + 9] 272 148 Autres actifs 161 Secteur extérieur 51.10 (p) + 61.10 (p) + 71.10 (p) 35 638 Immobilisations et actifs sociaux 56.1 + 66.1 + 76.1 + 66.8 + 76.8 236 349 Divers 56.8 + 66.11 + 76.11 Passif Passif 19. Capital et réserves 232 758 Comptes de capital 52.8 + 62.8 + 72.8 20. Emprunts auprès de la Banque centrale 102 187 Emprunts auprès de la Banque centrale 52.3 (p) + 62.3 (p) + 72.3 (p) 21. Dépôts interbancaires 583 169 Dépôts interbancaires 52.3 (p) + 62.3 (p) + 72.3 (p) + 52.6 (p) + 62.6 (p) + 72.6 (p) 22. Dépôts des clientèles non bancaires 23. 24. Obligations Autres passifs 1 576 841 Dépôts des administrations publiques 52.4 + 62.4 + 72.4 1 428 935 Dépôts des autres secteurs résidents 52.5 + 62.5 + 72.5 72 848 Secteur extérieur 52.6 (p) + 62.6 (p) + 72.6 (p) 355 874 Obligations 328 259 Obligations 52.7 (p) + 62.7 (p) + 72.7 (p) 27 615 Financements subordonnés 52.7 (p) + 62.7 (p) + 72.7 (p) 245 426 Autres passifs 52.9 + 62.9 + 62.10 + 72.9 + 72.10 20 937 Fonds de pensions 224 489 Divers Total du bilan 25. Total en fin d’exercice Dépôts des clientèles non bancaires 75 058 Total du bilan 3 096 255 51.1 + 61.1 + 71.1 P : Partiel : seule une fraction de ce poste a été prise en compte. 2. Les chiffres renvoient aux tableaux et colonnes du chapitre 4 du Boletín Estadístico de la Banque d’Espagne (www.bde.es). STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 67 Statistiques bancaires de l’OCDE : Notes méthodologiques par pays 2010 © OCDE 2011 États-Unis I. Couverture institutionnelle Les statistiques publiées sous le titre Statistiques bancaires – Comptes des banques concernent les institutions nationales de dépôt, qui comprennent les banques commerciales, les institutions d’épargne et les mutuelles de crédit. Toutes ces institutions ont inscrit à leur passif des dépôts qui sont inclus dans les agrégats monétaires. Les banques commerciales consentent une large gamme de prêts commerciaux, immobiliers et personnels financés principalement par les dépôts à terme, dépôts d’épargne, dépôts à vue et autres dépôts mobilisables par chèques. Les institutions d’épargne consentent surtout des prêts au logement, leurs sources de financement étant analogues à celles des banques. Les mutuelles de crédit proposent des plans d’épargne personnelle et des produits d’emprunts et ne sont pas assujetties à l’impôt sur les sociétés aux États-Unis. Avant 1980, seules les banques membres du Système fédéral de réserve étaient tenues de constituer des réserves obligatoires. Aux termes de la Loi de 1980 sur le contrôle monétaire, tous les établissements de dépôts, y compris les succursales et agences de banques étrangères aux États-Unis, doivent constituer des réserves obligatoires déterminées par la Réserve fédérale. Cette loi prévoit en outre que toutes les institutions qui doivent constituer des réserves obligatoires ont accès au guichet de l’escompte et aux services de paiement de la Réserve fédérale. II. Couverture géographique et degré de consolidation Ces statistiques comprennent les comptes consolidés nationaux et étrangers des banques agréées aux États-Unis. Aux fins du présent rapport, « national » recouvre les 50 États des États-Unis ainsi que leurs territoires et possessions. Les données relatives aux banques sous contrôle étranger et agréées aux termes de la législation américaine sont également prises en compte. En revanche, les établissements opérant aux États-Unis sous forme de succursales ou d’agences de banques étrangères ont été exclus. III. Description succincte des activités des banques Moyens de paiement Les moyens de paiement recouvrent les dépôts à vue non rémunérés, assortis le cas échéant de facilités de découverts proposées par de nombreux établissements, ainsi que d’autres dépôts rémunérés mobilisables par chèques, se composant de comptes d’ordres négociables de retrait (Negotiable Orders of Withdrawal – NOW) et de comptes à virement automatique de couverture (Automatic Transfer Service – ATS). Ces comptes apparaissent dans l’agrégat monétaire M1 publié par le Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale. Les comptes d’épargne rémunérés permettent un nombre limité d’opérations par mois. Comme 69 ÉTATS-UNIS les petits dépôts à terme, ils sont inclus dans l’agrégat monétaire M2. Les fonds déposés sur des comptes d’épargne et des comptes-chèques peuvent être retirés aux guichets automatiques de banques (Automated Teller Machines – ATMs). Un nombre croissant de banques proposent des dispositifs permettant de virer automatiquement les fonds excédentaires des comptes à vue sur des comptes d’épargne. Par ailleurs, d’autres services tels que les virements électroniques, les prélèvements automatiques, les comptes de traitements et salaires et les services de correspondant bancaire sont largement répandus. Dépôts de la clientèle non bancaire Différentes catégories de dépôts sont proposées aux particuliers, aux entreprises et aux entités administratives. La gamme des dépôts, des échéances et des rémunérations est très large. Les certificats de dépôt d’un montant élevé (USD 250 000 ou plus), sont souvent négociables et peuvent être cédés sur le marché secondaire. Les conditions de tenue des comptes, par exemple le maintien d’un solde minimum, ou les intérêts éventuellement versés dépendent des montants déposés et de la liquidité des capitaux. Émissions d’instruments d’épargne négociales ou non négociables Aux États-Unis, les institutions financières du secteur privé n’émettent pas de bons d’épargne. Les banques commerciales comme les institutions d’épargne émettent des obligations négociables, garanties ou non, dans le cadre de leur financement à long terme, mais celles-ci ne sont pas considérées comme des instruments d’épargne revêtant la forme de certificats et de dépôts non négociables. Instruments du marché monétaire Les banques commerciales comme les institutions d’épargne interviennent activement sur le marché des « fonds fédéraux », où elles proposent des capitaux disponibles immédiatement et non le jour ouvrable suivant. Ces sommes sont généralement empruntées pour de très courtes périodes, principalement par les banques commerciales. D’autre part, ces deux types d’institutions négocient diverses catégories d’effets du marché monétaire. Elles comptent parmi les grands acquéreurs de titres à court terme du Trésor ainsi que de valeurs émises par des organismes fédéraux. Elles détiennent par ailleurs des acceptations de banque et des billets de trésorerie. Les banques commerciales effectuent également des placements en titres à court terme émis par les États et les administrations locales. Opérations de prêts diverses Les institutions d’épargne font surtout des opérations de prêt hypothécaire, mais elles consentent aussi, pour des montants plus faibles, des prêts personnels remboursables par versements échelonnés ou autres. Les banques commerciales consentent différents types de prêts, y compris des facilités de découvert ou des lignes de crédit rattachés à des dépôts à vue et des financements par voie d’acceptation. Elles octroient des prêts commerciaux et industriels à court et à moyen terme ; elles consentent des crédits hypothécaires commerciaux et agricoles et pour l’acquisition de logements ; des prêts personnels remboursables par versements échelonnés ou autres; des prêts à l’agriculture; des prêts à d’autres institutions financières notamment à des banques situées à l’étranger; enfin, des prêts destinés à financer l’achat de valeurs mobilières. Les banques proposent également des formules de crédit-bail. 70 STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 ÉTATS-UNIS Quelques banques se spécialisent aussi dans certaines catégories de prêts. Dans les zones rurales par exemple, elles consentent une forte proportion des prêts à l’agriculture, alors que d’autres préfèrent mettre l’accent sur les concours aux grandes entreprises. Aux États-Unis, les banques ne prêtent généralement pas directement au secteur public, mais elles contribuent à couvrir ses besoins de financement en achetant des titres publics. Opérations sur titres, gestion de portefeuille et opérations fiduciaires De nombreuses banques commerciales offrent à leur clientèle des services fiduciaires. À ce titre, elles achètent et vendent des valeurs mobilières et gèrent le portefeuille de leurs clients. Cependant, les opérations de fiducie sont totalement distinctes des opérations de prêt et de dépôt des banques, bien que les commissions générées par ces services soient prises en compte dans les revenus des banques indiqués ici. Aux États-Unis, selon une tradition qui remonte aux années 30, il y a une stricte séparation entre banques commerciales et banques d’affaires. Les banques commerciales ne sont pas autorisées à prendre ferme des émissions de valeurs mobilières, exception faite de celles des États et des administrations locales. Elles ne peuvent pas non plus faire de placements en actions pour compte propre. Cependant, les sociétés de holding bancaires sont habilitées à prendre ferme des émissions d’obligations et d’actions, dans certaines limites et par l’intermédiaire de filiales régies par « l’article 20 »*. Opérations de change et paiements à l’étranger Les banques commerciales négocient pour leur propre compte et pour celui de leur clientèle les devises, l’or et d’autres métaux précieux. IV. Réconciliation des données nationales et la présentation de l’OCDE Types d’institutions Grandes banques commerciales : il s’agit des 100 plus grandes banques commerciales classées en fonction de leur actif total. Banques commerciales étrangères :il s’agit des banques commerciales dont l’actionnaire principal soumis à une réglementation est considéré comme une organisation bancaire étrangère aux termes de la loi sur les sociétés de holding bancaires, la loi sur les activités bancaires internationales ou la réglementation K. Caisses d’épargne : il s’agit des banques d’épargne ayant un agrément des États et des banques d’épargne fédérales. Autres banques : cette catégorie comprend les banques de crédit mutuel et les caisses d’épargne et de prêt au logement. Compte de résultats Revenus nets autres que d’intérêts : total des revenus nets autres que d’intérêts, c’est-àdire des plus- (ou moins-) values sur valeurs mobilières du portefeuille de placement et des éléments exceptionnels. ● les frais et commissions à recevoir incluent les frais facturés sur les comptes de dépôts dans les agences nationales, les revenus d’activités fiduciaires et les autres revenus de commissions ; * Loi Glass-Steagall, 1933. STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 71 ÉTATS-UNIS ● les profits ou pertes nets sur opérations financières comprennent les revenus des opérations de négociation et les plus- ou moins-values sur valeurs mobilières du portefeuille de placement ; ● les autres revenus nets non liésà l’intérêt sont un poste résiduel ; ● de 1980 à 1986, les banques de crédit mutuel ont regroupé les revenus d’intérêts et les commissions dans un poste unique. En conséquence, pour ces exercices, les revenus d’intérêts et les revenus nets d’intérêts comprennent les commissions, qui sont en revanche exclues des revenus nets autres que d’intérêts. Ceci concerne uniquement la catégorie « autres banques ». Frais d’exploitation :il s’agit du total des charges non liées à l’intérêt, à l’exclusion des provisions et impôts. ● les frais de personnel recouvrent les salaires et les prestations aux salariés ; ● les frais relatifs aux locaux et matériel comprennent le coût des bâtiments et des immobilisations ; ● les autres frais d’exploitation sont un poste résiduel. Provisions nettes : ● les provisions sur prêts incluent la provision pour pertes sur prêts et sur locations (ce qui comprend les provisions éventuelles pour pertes sur titres) et la provision pour risques de transfert ; ● les provisions sur titres sont incluses dans les provisions sur prêts. Impôt sur le résultat :ce poste comprend les impôts sur les résultats ordinaires et exceptionnels. Bénéfices distribués :ce sont les dividendes versés en numéraire. Bénéfices non distribués :il s’agit des bénéfices non distribués. Bilan Actif Caisse et avoirs auprès de la Banque centrale : ce poste comprend la caisse et les avoirs non rémunérés auprès d’établissements de dépôts, après déduction des soldes non rémunérés auprès d’établissements de dépôts aux États-Unis. Dépôts interbancaires : il s’agit des soldes rémunérés auprès d’établissements de dépôts et des soldes non rémunérés auprès d’établissements de dépôts aux États-Unis. Prêts : ce poste comprend les les prêts rémunérés moins les réserves pour pertes sur prêts, et les fonds fédéraux vendus. Valeurs mobilières : il s’agit des valeurs mobilières détenues dans le portefeuille de placement et dans le portefeuille de négociation. Autres actifs : il s’agit d’un poste résiduel. Passif Capital et réserves : il s’agit du compte de capital (actions préférentielles à durée de vie limitée et excédents correspondants plus capital social total). 72 STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 ÉTATS-UNIS Dépôts interbancaires :ce poste comprend les dépôts à vue et non mobilisables auprès de banques commerciales, d’autres établissements de dépôts aux États-Unis et de banques dans des pays étrangers. Dépôts des clientèles non bancaires : ce poste se compose des dépôts après déduction des dettes interbancaires. Obligations : il s’agit de titres subordonnés et d’obligations garanties. Autres passifs : ce poste correspond au total du passif, plus le capital, moins les dépôts, les obligations et le capital. Adéquation des fonds propres Total du capital réglementaire : il s’agit de la somme des fonds propres de base (Tier 1), des quasi-fonds propres (tier 2) et des dettes à court terme subordonnées (Tier 3). V. Sources Les données sont collectées ou publiées par les autorités suivantes : pour les banques commerciales : Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale (Federal Reserve Board), Société fédérale de garantie des dépôts (Federal Deposit Insurance Corporation), Services du Contrôleur de la monnaie (Controller of the Currency); pour les institutions d’épargne : Société fédérale de garantie des dépôts et Office de surveillance des institutions d’épargne (Office of Thrift Supervision); pour les banques de crédit mutuel : Assocation nationale des mutuelles de crédit (National Credit Union Association). STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 73 Statistiques bancaires de l’OCDE : Notes méthodologiques par pays 2010 © OCDE 2011 Finlande I. Couverture institutionnelle Les statistiques publiées sous le titre Statistiques bancaires – Comptes des banques se rapportent aux établissements de crédit qui font partie du secteur S.122 du SCN. Les établissements de crédit peut être les banques de dépôts (S.1221) – les banques commerciales, les banques étrangères, les caisses d’épargne et les banques mutualistes – ou les autres établissements de crédit (S.1223), tels que les sociétés financières ou les sociétés de cartes de crédit. À la fin de 2009, on comptait en Finlande 15 banques commerciales nationales, 35 caisses d’épargne, 261 banques coopératives et 7 autres établissements de crédit. La Caisse centrale des banques mutualistes (Pohjola Pankki Oyj formerly OKO Oyj), une des banques commerciales, fait fonction d’institution monétaire centrale pour les banques mutualistes. Les banques de dépôts forment le groupe le plus important en matière de compilation des statistiques monétaires et bancaires. Le rôle des autres établissements de crédit est faible. Les établissements de crédit et les banques de dépôts sont agréés par le ministère des Finances et supervisés par l’Autorité de Supervision financière. Les données fournies dans le tableau 1 pour l’ensemble des banques correspondent aux données fournies dans le tableau 2 pour le même groupe. La description de la structure, la couverture et les sources de données du tableau 2 sont notées dans le tableau ci-dessous. Les sources de données des groupes d’autres institutions financières et d’institutions d’assurance sont nombreuses et la couverture des données varie. Seules les données de la banque centrale, et des catégories Ensemble des banques et Autres institutions financières diverses (mêmes sources que celles des banques) sont complètes. Il y a très peu d’informations sur le nombre de branches et le nombre d’employés. Les données fournies dans les tableaux 1 et 2 pour l’ensemble des banques correspondent aux données fournies dans le tableau 3 pour le même groupe. La ventilation par devise n’est pas disponible depuis 2005. Structure du tableau 2 Couverture Source Banque centrale S.121 Banque de Finlande Rapport annuel de la Banque de Finlande Banques commerciales S.1221 Banques de dépôts Statistiques de la supervision financière dont : Banques étrangères S.1221 Banques de dépôts Statistiques de la supervision financière Banques mutualistes S.1221 Banques de dépôts Statistiques de la supervision financière Caisses d’épargne S.1221 Banques de dépôts Statistiques de la supervision financière Autres institutions monétaires diverses S.1223 Autres institutions de crédit Statistiques de la supervision financière Autres institutions monétaires 75 FINLANDE Structure du tableau 2 Couverture Source Autres institutions financières Institutions de crédit hypothécaire Non existantes Institutions de crédit de développement S.1232 Fonds d’investissement Statistiques des fonds d’investissement Sociétés financières S.1222 Fonds du marché monétaire Statistiques des fonds communs de placement S.1231 Fonds communs de placement Statistiques des fonds communs de placement S.1239 Autres intermédiaires financiers Comptes financiers annuels Autres institutions financières diverses S.124 Auxiliaires financiers Statistiques de la supervision financière Institutions d’assurance Sociétés d’assurance S.1251 Sociétés d’assurance Fédération des services financiers finlandais Fonds de pension et fondations S.1252 Fonds de pension à contribution volontaire Autorité de la supervision d’assurance Autres institutions d’assurance S.13141 Régimes de pension d’emploi Comptes financiers annuels Note : Les secteurs S.1231, S.1232, S.1239, S.1251 et S.1252 sont des amendements finnois aux secteurs du SCN, qui sont utilisés pour la compilation des données de comptes financiers. II. Couverture géographique et degré de consolidation Les données des banques nationales opérant en Finlande couvrent toutes leurs succursales domestiques et étrangères, à l’exclusion de leurs filiales nationales ou étrangères. Les données sur les filiales des banques étrangères opérant en Finlande sont comprises mais les succursales des banques étrangères ne le sont pas. La consolidation se fait sur une base sociale : c’est-à-dire que les transactions et les positions entre une banque sous contrôle domestique et ses succursales finlandaises et étrangères sont éliminées. Les ajustements de consolidation sont effectués par les entités déclarantes. III. Structure du système financier Les institutions monétaires qui fournissent des services au marché financier finlandais sont notées dans le schéma ci-dessous. Beaucoup de sociétés fournissent des services différents ou font partie d’un groupe bancaire proposant l’ensemble des services financiers. Les groupes bancaires les plus importants de Finlande sont le groupe Nordea, le groupe Sampo (qui fait partie du groupe Danske bank depuis 2007) et le groupe OP. La réglementation des institutions monétaires est plus étendue que celle des autres sociétés. L’Autorité de Supervision Financière Finlandaise (FIN-FSA) supervise les marchés financiers et les parties qui opèrent sur ces marchés. La FIN-SFA évalue l’état financier, la capacité à supporter les risques et les systèmes de gestion des risques des organisations supervisées. Elle contrôle également que de bonnes pratiques soient observées et elle examine les cas soupçonnés d’abus d’information d’initiés et autres crimes de marché des titres. IV. Description succincte des activités des banques Intermédiation de paiements Les entreprises comme les ménages ont recours aux banques pour la plupart de leurs activités et opérations financières. Tous les salaires ou traitements sont quasiment crédités directement sur les comptes bancaires de leurs bénéficiaires. En outre, l’utilisation des cartes bancaires et d’autres cartes de débit est très répandue. De nombreux Guichets automatiques bancaires (GAB) permettent des virements entre comptes et certains sont équipés de lecteurs de codes barres qui simplifient le paiement de factures. Cependant, le 76 STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 FINLANDE Institutions financiers Entités appartenant au marché des valeurs mobilières Investisseurs en capitaux Compagnies d’assurance Banques Sociétés de fonds communs de placement Investisseurs en capitaux privés Compagnies d’assurance vie Institutions d’épargne Agents de change Investisseurs en capitaux publics Sociétés d’assurance de retraite Sociétés financières Gestionnaires de biens immobiliers Établissements émetteurs de cartes de crédit Compagnies d’assurance non-vie Banques d’investissement Institutions de crédit spéciales moyen le plus populaire et en pleine expansion d’effectuer des virements est le service Internet des banques. Collecte de dépôts Les banques de dépôts sont les seuls établissements de crédit habilités à collecter des dépôts et à émettre des certificats de dépôts. Les établissements de crédit et les banques de dépôts sont agréés par le ministère des Finances et supervisés par l’Autorité de Supervision Financière. Activités de prêt Une part importante des activités bancaires consiste à prêter de l’argent aux ménages et aux entreprises. Au cours des dernières années, la compétition sur le marché des prêts a été féroce et les marges de prêts des banques se sont rétrécies. Cette perte de revenu a été compensée par différents frais de services. La majorité des prêts est liée aux taux de marché (généralement le taux interbancaire offert à Helsinki – Euribor – à douze mois) ou aux propres taux de référence des banques (taux préférentiels). V. Réconciliation des données nationales avec la présentation de l’OCDE* Explication des postes individuels Les statistiques bancaires de Statistiques Finlande sont fondées sur la collecte de données de l’Autorité de supervision financière. C’est une base de données conjointe avec les collectes de données de la Banque de Finlande et de Statistiques Finlande (appelé Virati). Le formulaire de déclaration de Virati est disponible sur le site Internet www.stat.fi/ tup/virati/index_en.html. Les tableaux A contiennent les tableaux du compte de pertes et profits, et les tableaux B contiennent les tableaux du bilan. La collecte de données a été revue en 2007 * Voir aussi les tableaux qui suivent : « Concordance du compte de résultats » et « Concordance du bilan ». STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 77 FINLANDE pour satisfaire les exigences des nomes IAI/IFRS. Les formulaires précédents sont également disponibles (comptes de pertes et profits et bilans dans le même fichier). Évaluation Les comptes de pertes et profits et les bilans sont compilés conformément aux règles comptables IAS/IFRS à partir de 2005. également, les années précédentes (au moins de 1995 à 2004) les instruments négociables étaient évalués à leur juste valeur. VI. Sources Les données proviennent de l’institut statistique, Statistiques Finlande. Cet institut publie des statistiques bancaires trimestrielles sur Internet (http://tilastokeskus.fi/til). Des données plus détaillées sont disponibles sur une publication-papier intitulée « Institutions financières monétaires ». La publication-papier des premier, deuxième et troisième trimestres est en finlandais. Celle du quatrième trimestre contient également une section suédoise et une section anglaise. Les informations méthodologiques proviennent de Statistiques Finlande et de l’association des banquiers finlandais. 78 STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 FINLANDE Finlande Concordance du compte de résultats – Ensemble des banques – 2009 Présentation de l’OCDE 1. Revenus d’intérêts Millions EUR Présentation nationale 8 243 8 157 480 1 099 53 1 045 5 476 219 1 152 –270 87 2. Charges d’intérêts 4 583 872 23 849 1 401 1 334 67 1 428 Revenus d’intérêts de titres de créance éligibles pour le refinancement avec les banques centrales de créances sur des établissements de crédit Banques centrales Établissements de crédit de créances sur le public et des entités du secteur public de titres de créance de contrats d’instruments dérivés autres revenus d’intérêts Revenu net d’opérations de leasing Charges d’intérêts Sur des engagements envers des établissements de crédit Banques centrales Établissements de crédit Sur des engagements envers le public et des entités du secteur public Dépôts Autres passifs Sur des titres de créance émis dans le public 796 Sur des contrats d’instruments dérivés et autres passifs détenus à des fins commerciales 136 Sur des engagements subordonnés –49 Autres charges d’intérêts 3. Revenus nets d’intérêts 3 660 4. Revenus nets autres que d’intérêt 1 181 a. Frais et commissions à recevoir 1 638 Frais et commission : produits b. Frais et commissions à payer 679 Frais et commission : charges c. Profits ou pertes nets sur opérations financières 473 225 151 6 Participations 67 Autres entreprises 1 063 4 d. Autres revenus nets non liés à l’intérêt Revenus nets d’actifs financiers disponibles à la vente Revenus nets de la comptabilité de couverture 27 Revenus nets d’investissement immobilier –812 Dépréciation sur prêts et autres recevables (–) –3 Dépréciation sur autres actifs financiers (–) –251 191 Autres revenus d’exploitation 436 Autres frais d’exploitation –6 Revenus et frais extraordinaires Revenus nets d’intérêts et non liés à l’intérêt 4 840 6. Frais d’exploitation 2 620 a. Frais de personnel 1 281 1 101 c. Autres frais d’exploitation Revenus nets d’opérations sur titres et d’opérations de change –32 5. b. Frais relatifs aux locaux et matériels Revenus nets d’opérations sur titres Actions et participations dans des entreprises de groupe Salaires, traitements et honoraires (partie de : Frais administratifs) 180 Dépenses de retraites (partie de : Frais administratifs) 148 Dépréciation et dévaluation des actifs corporels et incorporels 1 192 106 1 086 Autres frais relatifs au personnel (partie de : Frais administratifs) Autres frais administratifs (partie de : Frais administratifs) STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 79 FINLANDE Finlande Concordance du compte de résultats – Ensemble des banques – 2009 (suite) Présentation de l’OCDE 7. Revenus nets avant provisions 8. Provisions nettes Millions EUR Présentation nationale 2 220 169 a. Provisions sur prêts b. Provisions sur titres c. Autres provisions nettes 80 169 9. Résultat avant impôt 10. Impôt sur le résultat 11. Résultat net après impôt 12. Bénéfices distribués 834 13. Bénéfices non distribués 710 Dotations 2 051 507 Impôts sur le résultat 1 544 STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 FINLANDE Finlande Concordance du bilan – Ensemble des banques – 2009 Présentation OCDE Millions EUR Présentation nationale Actif 14. Actif Caisse et avoirs auprès de la Banque centrale 12 109 11 951 159 Caisse Dépôts auprès des banques centrales (partie de : Créances sur les établissements de crédit) 15. Dépôts interbancaires 80 009 Dépôts auprès d’autres banques (partie de : Créances sur les établissements de crédit) 16. Prêts 166 186 Créances sur les entités du secteur public 17. Valeurs mobilières 33 320 16 334 Titres éligibles pour le refinancement avec les banques centrales 11 372 Titres de créance 3 543 Actions et participations 33 1 948 18. Autres actifs 2 169 Actifs provenant d’opérations de crédit-bail 77 961 Contrats d’instruments dérivés 173 Actifs incorporels 1 341 Actifs corporels 4 509 Autres actifs 1 606 Produits à recevoir et remboursements anticipés Passif Capital et réserves 23 812 2 479 Dotations 21 334 Capitaux propres Emprunts auprès de la Banque centrale 3 857 Emprunts auprès des banques centrales (partie de : Engagements envers les établissements de crédit) Dépôts interbancaires 62 760 Emprunts auprès des établissements de crédit (partie de : Engagements envers les établissements de crédit) Dépôts des clientèles non bancaires 110 385 Dépôts (partie de : Engagements envers le public et des entités du secteur public) Obligations 37 574 21. 22. 24. Autres passifs 34 296 Obligations (partie de : Titres émis dans le public) 3 277 Passifs subordonnés 140 989 5 454 Autres passifs (partie de : Engagements envers le public et des entités du secteur public) 46 279 Autres (partie de : Titres émis dans le public) 76 741 Contrats d’instruments dérivés et autres passifs 10 093 Autres passifs 2 362 Charges à payer et produit constaté d’avance 60 Total du bilan 25. Actifs d’impôts différés Passif 20. 23. Actions et participations dans des entreprises de groupe 87 841 82 19. Participations Total en fin d’exercice Passifs différés Total du bilan 379 377 STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 81 Statistiques bancaires de l’OCDE : Notes méthodologiques par pays 2010 © OCDE 2011 France I. Couverture institutionnelle Les statistiques publiées sous le titre Statistiques bancaires – Comptes des banques, tableau 1, portent sur les établissements de crédit habilités « à recevoir du public des fonds à vue ou à moins de deux ans de terme ». Ce sont les banques, les banques mutualistes ou coopératives et les caisses de crédit municipal, hors succursales d’établissements étrangers. Depuis le 1er janvier 2000, la catégorie des banques mutualistes ou coopératives comprend les caisses d’épargne. Les caisses de crédit municipal sont classées dans la catégorie « autres institutions monétaires ». Dans la catégorie des banques commerciales, les statistiques relatives aux grands établissements concernent les seules filiales bancaires des quatre groupes : Société Générale, BNP-Paribas, Crédit agricole et HSBC France. Ceux-ci sont constitués à partir de la notion de « groupe économique d’appartenance » (établissements de crédit ayant des liens en capital et contrôlés par la même entité), mais composés, pour l’étude, uniquement la catégorie juridique « banques ». La sous-catégorie des banques sous contrôle étranger retient les filiales françaises et exclut les succursales de toutes les banques étrangères. Il convient de noter que les établissements monégasques sont inclus dans les statistiques. Enfin, il y a une rupture des séries après 2003 : en conséquence, les statistiques ne sont pas totalement comparables à celles d’avant 2004. Les statistiques publiées sous le titre Statistiques bancaires – Comptes des banques, tableau 2, incluent également les sociétés financières et les institutions financières spécialisées. Les sociétés financières ne peuvent effectuer que les opérations de banque résultant de la décision d’agrément qui les concerne ou des dispositions législatives et réglementaires qui leur sont propres. Les institutions financières spécialisées sont des établissements de crédit auxquels l’État a confié une mission permanente d’intérêt public. Elles ne peuvent effectuer d’autres opérations de banque que celles afférentes à cette mission. Sauf autorisation accordée à titre accessoire par le ministre chargé de l’Économie, les sociétés financières et les institutions financières spécialisées ne peuvent recevoir du public des fonds à vue ou à moins de deux ans de terme. La non-similitude des données sur le nombre d’institutions communes aux tableaux 1 et 2 provient de modes de recensement différents. 83 FRANCE II. Couverture géographique et degré de consolidation Les données sont établies sur base sociale. Elles concernent les activités et les résultats des succursales étrangères de banques dont le siège est en France, mais exclut les filiales hors de France. Les statistiques agrégées de la sous-catégorie « grandes banques commerciales » couvrent toutes les succursales et filiales bancaires en France et les succursales étrangères des plus grands groupes bancaires. Comme toutes ces données sont un sous-ensemble de la catégorie de « banques commerciales », elles sont agrégées sur une base sociale. Pour des raisons de cohérence, il n’est pas fourni de données consolidées. III. Description succincte des activités des banques Selon les termes du Code monétaire et financier, les opérations de banque comprennent la réception des fonds du public, les opérations de crédit, ainsi que la mise à la disposition de la clientèle ou la gestion de moyens de paiement. Sont assimilés à des opérations de crédit le crédit-bail et toute opération de location assortie d’une option d’achat. Les établissements de crédit peuvent aussi effectuer les opérations suivantes : les opérations de change, les opérations sur or, métaux précieux et pièces, les transactions sur les valeurs mobilières et tout revenu d’intérêts, le conseil et l’assistance en matière de gestion de patrimoine, le conseil et l’assistance en matière de gestion financière, l’ingénierie financière et tous les services destinés à faciliter la création et le développement des entreprises, les opérations de location simple de biens mobiliers ou immobiliers, les prises de participation dans des entreprises existantes ou en création. D’autres activités peuvent être exercées, mais uniquement à titre occasionnel et pour une importance limitée. IV. Réconciliation des données nationales avec la présentation de l’OCDE* Compte de résultat Les données présentées sont issues du compte de résultat publiable dont le modèle est inspiré par la directive européenne du 8 décembre 1986 concernant les comptes annuels et les comptes consolidés des banques et autres établissements financiers. Depuis 2000, les comptes publiables ont été modifiés. Le compte de résultat intègre désormais des soldes intermédiaires de gestion. En revanche, quelques rubriques ne sont plus décomposées d’où l’indisponibilité de certaines informations. Les Revenus d’intérêts et les Charges d’intérêts comprennent l’ensemble des produits et des charges d’exploitation sous forme d’intérêts ou de flux assimilés à des intérêts perçus et payés lors des opérations de trésorerie avec les établissements de crédit, des opérations avec la clientèle, y compris sous forme de crédit-bail et de location simple, et de la détention ou de l’émission de titres à revenu fixe. Les Revenus nets autres que d’intérêts comprennent les revenus de titres à revenu variable, les commissions nettes et les gains nets sur opérations financières (opérations sur titres, sur instruments financiers à terme, opérations de change). Les autres produits nets d’exploitation et les résultats exceptionnels y figurent également ainsi que les gains ou pertes sur actifs immobilisés depuis 2000. * Voir aussi les tableaux « Concordance du compte de résultats » et « Concordance du bilan ». 84 STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 FRANCE Les Frais d’exploitation comprennent les frais de personnel (ceux-ci ne sont plus distingués depuis 2000), les autres frais généraux et les dotations aux amortissements. Les Provisions nettes sont constituées des dotations nettes aux provisions sur les créances et le hors-bilan (coût du risque), des dotations nettes au fonds pour risques bancaires généraux, et des dotations nettes aux provisions sur immobilisations financières (seulement jusqu’en 1999 pour ces dernières). Bilan Actif Les Dépôts interbancaires comprennent les créances sur les établissements de crédit au titre des opérations de trésorerie. Les Prêts à la clientèle comprennent l’ensemble des financements directs de la clientèle, y compris sous forme de crédit-bail et de location simple. Les titres inscrits à l’actif sous le poste Valeurs mobilières sont les titres détenus en portefeuille ainsi que les titres de participation et les parts dans les entreprises liées. Les Autres actifs comprennent les immobilisations, la promotion immobilière, les comptes de régularisation, le capital souscrit non versé et les actions propres. Passif Le Capital et réserves contient le capital souscrit et les primes d’émission, les réserves, le report à nouveau et le fonds pour risques bancaires généraux. Les Dépôts interbancaires comprennent les dettes sur les établissements de crédit au titre des opérations de trésorerie. Les Dépôts des clientèles non bancaires représentent les fonds collectés auprès de la clientèle, notamment sous forme de dépôts et de bons de caisse (jusqu’en 1999 pour les bons de caisse). Les Obligations inscrits au passif sous le poste Obligations contiennent des encours de titres (interbancaires, obligataires, subordonnés, créances négociables) émis par les établissements (ainsi que les bons de caisse depuis 2000). Les Autres passifs comprennent notamment les provisions de passif, les subventions d’investissement, les dépôts de garantie à caractère mutuel, les comptes de régularisation, les écarts de réévaluation et le résultat de l’exercice. Changements méthodologiques La réforme de la collecte de l’information demandée aux établissements de crédit français, qui est entrée en vigueur le 1er janvier 1993, a entraîné la modification des documents comptables. La série présentée disponible depuis 1988 a été retraitée afin d’assurer sa cohérence dans le temps, aussi bien pour le bilan que pour le compte de résultat. Les comptes publiables (sur base sociale comme sur base consolidée) ont été modifiés en 2000. Par rapport aux exercices précédents, certaines rubriques ne sont pas décomposées (c’est le cas des frais généraux, par exemple, qui ne sont plus décomposés entre frais de personnel et autres frais administratifs). STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 85 FRANCE V. Sources Les données proviennent de la Commission bancaire. Tous les établissements de crédit sont tenus de publier leur bilan et leur compte de résultat dans les journaux d’annonces légales. Les bilans et les comptes de résultat agrégés des différentes catégories d’établissements sont présentés et analysés dans les recueils publiés annuellement par le secrétariat général de la Commission bancaire. Le Comité consultatif de la législation et de la réglementation financière (CCLRF) édite et actualise chaque année le recueil des textes relatifs à l’exercice des activités bancaires. Les statistiques mensuelles, trimestrielles et annuelles de la Banque de France, ainsi que les rapports annuels de la Banque de France, de la Commission bancaire, du CCLRF et du Comité des établissements de crédit et des entreprises d’investissement (CECEI) contiennent des informations se rapportant à la monnaie, au crédit ainsi qu’aux activités des diverses composantes du système bancaire français. 86 STATISTIQUES BANCAIRES DE L’OCDE : NOTES MÉTHODOLOGIQUES PAR PAYS 2010 © OCDE 2011 FRANCE France Concordance du compte de résultats – Banques commerciales Présentation de l’OCDE 1. Présentation nationale jusqu’en 1999 Présentation nationale depuis 2000 Opérations avec les établissements de crédit Intérêts et produits assimilés Opérations avec la clientèle Produits sur opérations de crédit-bail et assimilées Obligations et titres à revenu fixe Produits sur opérations de location simple Revenus d’intérêts Crédit bail et location simple Autres intérêts et produits assimilés 2. Charges d’intérêts Opérations avec les établissements de crédit Intérêts et charges assimilées Opérations avec la clientèle Charges sur opérations de crédit-bail et assimilées Obligations et titres à revenu fixe Charges sur opérations de location simple Crédit bail et location simple Autres intérêts et charges assimilées 3. Revenus nets d’intérêts 4. Revenus nets autres que d’intérêts a. Frais et commissions à recevoir Commissions perçues (produits) Commissions perçues (produits) b. Frais et commissions à payer Commissions versées (charges) Commissions versées (charges) c. Profits ou pertes nets sur opérations Produits nets sur opérations financières financières Gains ou pertes sur opérations de portefeuille et négociation d. Autres revenus nets non liés à l’intérêt Gains ou pertes sur opérations de portefeuille de placement Revenus des titres à revenu variable Revenus des titres à revenu variable Autres produits nets d’exploitation Autres produits nets d’exploitation Produits nets exceptionnels Produits nets exceptionnels Gains ou pertes sur actifs immobilisés 5. Revenus nets d’intérêts et non liés à l’intérêt 6. Frais d’exploitation Frais généraux d’exploitation Frais généraux d’exploitation a. Frais de personnel Frais de personnel Charges générales d’exploitation b. Frais relatifs aux locaux et matériel Dotations aux amortissements et provisions sur immobilisations Dotations aux amortissements et provisions sur immobilisations c. Autres frais d’exploitation Autres frais administratifs 7. Revenus nets avant provisions 8.
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Analyse critique d’un dispositif de coordination du secteur santé-social : le cas d’une méthode d’action pour l’intégration des services d’aides et de soins dans le champ de l’autonomie, MAIA
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29 Direction Régionales des Entreprises, de la Con currence, de la Consomm ation, du T ravail et de l'Emploi. 30 Depuis l’année 2015, celles-ci sont uniquement soumises au régime d’autorisation pour pou voir délivrer des services subventionnés par l’APA . 78 Thèse de Doctorat Na wal K ARIM- OUAH RI Nous portons notre choix plus précisément sur l’étude d’une MAIA située au sud de la France pour plusieurs raisons. D’abord, cette MAIA se distingue des autres MAIA puisqu’elle a été retenue en 201131, c’est-à-dire trois ans après le processus d’expérimentation de 17 projets fin 2008 et un an après la validation de 15 sites parmi les 17 expérimentés. Cela implique qu’elle fait partie de la première phase de généralisation à l’échelle nationale, et que par conséquent celle-ci peut être considérée comme représentative d’un modèle de MAIA « canonique » (à vocation d’institutionnalisation par la CNSA). Par ailleurs, cette dernière doit composer avec une population vieillissante qui ne cesse de s’accroître d’une année à l’autre. Enfin, elle contient un panier de ressources offrant des prestations dans les secteurs sanitaires, sociaux et médicosociaux assurés par différents intervenants sur le territoire et à destination des séniors de plus de 60 ans en perte d’autonomie (cf. tableau 7 ci-après). 31 Parmi les 40 dispositifs qui ont été installés en 2011. 79 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI Tableau 7. Récapitulatif des caractéristiques de la MAIA « Alpha » 750 km2 Superficie Nombre d’habitants Caractéristiques géographiques Caractéristiques du tissu d’acteurs Caractéristiques organisationnelles > 150 000 Nombre de personnes âgées de 60 ans et plus > 21% Nombre de personnes âgées de 75 ans et plus >12000 CHU 01 Clinique 01 Médecins 156 Ergothérapeute 01 Pédicures-podologues 28 Infirmières Libérales (IDEL) 295 SAAD 23 SSIAD 07 HAD (hors territoire) 02 Réseau ILHUP (hors territoire) 01 EHPAD 19 CCAS 12 Pôle info Senior 01 Date de création 2011 Pilote 01 Gestionnaires de cas 03 Assistante administrative 01 Source : auteure, d’après le diagnostic MAIA, 2011 En fin , cette dernière nous a été décrite comme l’une des MAIA les plus dynamiques et dont le pilote est particulièrement impliqué, ce qui a conforté notre choix. 80 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI CONCLUSION DU CHAPITRE 2 Dans ce chapitre, nous nous sommes d’abord attachée à présenter les enjeux démographiques du territoire de la MAIA « Alpha » ainsi que les enjeux liés au champ de la prise en charge des personnes âgées de 60 ans et plus en perte d’autonomie. Ainsi, nous exposons les enjeux liés à l’existence d’une population vieillissante (qui représente 21 % de la population totale sur le territoire de la MAIA étudiée), qu’ils soient médicaux (impact de la progression des maladies qui présentent plusieurs pathologies chroniques et maladies neuro-dégénératives), ou encore socio-économiques (augmentation des demandes de soins et d’aide). Ensuite, nous exposons le processus d’implantation de la MAIA « Alpha ». Nous relatons l’expérimentation de sa mise en place en milieu d’année 2011 pour mieux appréhender le contexte dans lequel ce dispositif a pu se lancer. Puis, nous présentons les organisations et les acteurs majeurs issus des différents champs du sanitaire, du social et du médico-social intervenant auprès de la population âgée de plus de 60 ans en perte d’autonomie et vivant à domicile. Cette présentation permet de mettre en lumière les missions de chacun des professionnels censés mettre en cohérence leurs activités pour la prise en charge de ces patients. Enfin, nous expliquons la pertinence de notre choix de terrain de recherche, à savoir celui du dispositif de la MAIA en général et plus particulièrement de la MAIA que nous étudions. De ce point de vue, nous soulignons les raisons qui motivent notre choix. 81 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI CHAPITRE 3. LE CADRE MÉTHODOLOGIQUE DE LA RECHERCHE Notre travail de recherche a pour objectif de comprendre le fonctionnement d’une MAIA, ses intérêts et ses limites, nous essayons de répondre à la problématique suivante : Face aux difficultés de coordination des acteurs rencontrées dans le cadre du dispositif de la MAIA, quelles variables critiques peuvent être identifiées pour améliorer et pérenniser ce dernier? SECTION 1. La stratégie de recherche mobilisée : étude de cas 1.Etude exploratoire et qualitative Selon Charreire-Petit et Durieux (2014), il existe deux principales voies permettant de créer des connaissances : il s’agit de l’exploration et le test. Pour ces mêmes auteurs, le test est « l’ensemble des opérations par lesquelles le chercheur met à l’épreuve de la réalité un ou des objets théoriques ou méthodologiques. L’objectif est de produire une explication par l’évaluation de la pertinence d’une hypothèse, d’un modèle ou d’une théorie. » (Charreire-Petit et Durieux, 2014, p.78). Tandis que l’exploration consiste à « découvrir ou approfondir une structure ou un fonctionnement pour servir deux grands objectifs : la recherche de l’explication (et de la prédiction) et la recherche d’une compréhension. » (Charreire-Petit et Durieux, 2014, p.78). En faisant référence à l’objectif de notre travail qui est la compréhension du fonctionnement de la MAIA dans son contexte, notre travail de thèse s’inscrit pleinement dans une visée exploratoire et non de test. En ce sens, notre recherche mobilise une approche qualitative. Denzin et Lincoln (2002) définissent la recherche qualitative comme suit « a situated activity that locates the observer in the world. It consists of a set of interpretive, material practices that make the world visible. These practices transform the world. They turn the world into a series of representations, including field notes, interviews, conversations, photographs, recordings, and memos to the self ». En effet, celle-ci « implique un contact personnel avec les sujets de recherche, principalement par le biais d’entretiens et par l’observation des pratiques dans les milieux même où évoluent les acteurs. » (Paillé et Mucchielli, 2016). 82 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI De plus, pour Dumez (2013, p.29), « la nature même d’une recherche qualitative est d’être compréhensive, c’est-à-dire de donner à voir et d’analyser les acteurs pensants, éprouvants, agissants et interagissants ». D’après ces différentes explications et définitions de la méthode qualitative, cette stratégie nous semble tout à fait adaptée à notre travail de recherche qui vise à comprendre un phénomène dans son contexte. Il est important de préciser également la compatibilité de cette approche avec la démarche exploratoire adoptée dans le cadre de notre travail de recherche (Wacheux, 1996). 2. Un mode de raisonnement inductif Avant de justifier notre choix d’adopter un raisonnement inductif, nous présentons brièvement les trois modes de raisonnement choisis dans une démarche de recherche : déductif, inductif et abductif. Selon Charreire-Petit et Durieux (2014), le chercheur adopte un mode de raisonnement inductif ou abductif pour une recherche exploratoire, alors que pour le test, le chercheur adopte un mode de raisonnement déductif ou hypothético-déductif (Charreire-Petit et Durieux (2014, p.78). • La déduction consiste à « élaborer une ou plusieurs hypothèses et à les confronter ensuite à une réalité. Le but est alors de porter un jugement sur la pertinence de l’hypothèse initialement formulée » (Charreire Petit, Durieux, 2014, p.79). • L’induction est « une inférence conjecturale qui conclut : 1) de la régularité observée de certains faits à leur constance ; 2) de la constatation de certains faits à l’existence d’autres faits non donnés mais qui ont été liés régulièrement aux premiers dans l’expérience antérieure » (Morfaux, 2011, d’après Charreire-Petit et Durieux, 2014, p.79). Autrement dit, l’induction correspond à une forme de raisonnement par laquelle le chercheur passe du particulier au général, des faits aux lois (Charreire-Petit et Durieux, 2014, p.80). • L’abduction est « l’opération qui, n’appartenant pas à la logique, permet d’échapper à la perception chaotique que l’on a du monde réel par un essai de conjecture sur les relations qu’entretiennent effectivement les choses [...]. L’abduction consiste à tirer de l’observation des conjectures qu’il convient ensuite de tester et de discuter » (Koenig, 1993, d’après Charreire-Petit et Durieux, 2014, p.79). 83 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI Dans cette recherche doctorale, nous adoptons un mode de raisonnement à caractère inductif. Ce type de raisonnement apparait plus adapté à notre objectif de recherche qui est d’aller sur le terrain à la découverte du dispositif qu’est la MAIA, comprendre son fonctionnement afin de cerner les problèmes réels rencontrés par les acteurs qui prennent part ou gravitent autour de celui-ci. Notre but est d’aboutir à des hypothèses à tester à plus grande échelle (dans le cadre de recherches futures) relatives à des cas d’expérimentation en santé venus d’« en-haut », tel que celui de la MAIA. En effet, selon Wacheux (1996), l’induction consiste à découvrir sur le terrain des régularités partir de cas particuliers. En résumé, pour notre cas, bien que la MAIA Alpha soit issue d’une première phase dite de « généralisation », force est de constater que la nature et la jeunesse du dispositif justifient le fait que notre travail de recherche s’inscrit pleinement dans une visée exploratoire, et mobilise une approche essentiellement qualitative et inductive. 3. Le choix de la méthode des cas 3.1. Étude de cas Nous présentons ici les arguments qui nous conduisent au choix de la méthode des cas comme méthode d’investigation. Selon Eisenhardt (1989), la méthode de cas est une stratégie de recherche axée sur la compréhension des dynamiques présentes dans des contextes uniques. Selon Yin (1990), la méthode des cas se révèle adéquate quand la question de recherche amène à s’interroger sur le « pourquoi » et le « comment » d’un phénomène managérial à l’étude (Yin, 1990, d’après Wacheux et Roussel, 2005). Cette méthode permet de « faire une étude empirique approfondie pour décrire un phénomène, générer ou bien tester des théories à propos de ce phénomène » (Eisenhardt, 1989, d’après Wacheux et Roussel, 2005). Au regard de notre problématique « Comment résoudre les problèmes de coordination qui se posent à l’acteur pivot que représente la MAIA... Cette dernière est-elle en mesure de jouer pleinement son rôle? », nous cherchons à comprendre comment un dispositif se met en place et peut changer la donne du point de vue des professionnels de terrain et/ou des patients. Pour repérer les leviers et les obstacles influant sur le développement des MAIA, ainsi que le cas échéant sa pérennisation, nous réalisons le choix délibéré de solliciter le point de vue subjectif des acteurs ayant participé à l’expérimentation. 84 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI De plus, l’étude de cas est « une enquête empirique qui examine un phénomène contemporain au sein de son contexte réel lorsque les frontières entre phénomène et contexte ne sont pas clairement évidentes et pour laquelle de multiples sources de données sont utilisées » (Yin, 1990, d’après Wacheux et Roussel,2005). En ce sens, la compréhension profonde des phénomènes se fait en incluant leurs environnements (Evrard et al., 2009). La méthode de cas est « souvent classée et pensée comme une stratégie de recherche à but exploratoire, suivant une logique constructiviste ou interprétativiste, qualitative, inductive (Gombault, 2005). Ainsi, le choix d’une méthode de cas se mêle bien avec notre démarche qualitative à caractère exploratoire. Pour conclure, malgré certaines critiques dont a pu faire l’objet la méthode des cas (Yin, 2009), nous pouvons insister sur le fait que celle-ci est désormais considérée comme étant une stratégie acceptée et reconnue en sciences de gestion (Giroux, 2003). Elle est également « sans doute la stratégie la plus utilisée parce qu’elle est bien adaptée à l’objet d’analyse qu’est l’organisation » (Wacheux, 1996, d’après Wacheux, et Roussel, 2005). Elle permet de « l’appréhender dans sa globalité, de la découper en unités d’analyse, et ainsi de comprendre une situation de gestion (Eisenhardt, 1989). 3.2. Le choix d’une étude de cas unique Comme nous venons de l’expliquer ci-dessus, la méthode des cas nous permet d’explorer le fonctionnement de la MAIA dans son contexte. Yin (2009) distingue deux types d’études de cas, à savoir : étude de cas multiples et étude de cas unique. Nous présentons ci-dessous les arguments ainsi que les limites qui nous ont duit au choix d’étudier en profondeur le cas d’une MAIA plutôt que d’étudier de manière comparative plusieurs MAIA (cf. tableau 8 cidessous). 85 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI Tableau 8. Comparaison entre étude de cas multiple et unique Cas unique Raison Cas multiple Permet une approche ethnographique en profondeur ; Facilite l’imprégnation du chercheur ; Permet de confirmer, remettre en question ou étendre une théorie existante ; Est utilisé pour les cas révélateurs, ou des champs d’expérimentation jusqu’alors inaccessibles à la recherche (/exemplarité). Limites L’étude de plusieurs cas facilite le contrôle et l’atteinte d’une validité externe satisfaisante ; Chaque cas permet d’éclairer un aspect spécifique de l’investigation ; Permet l’analyse comparative et l’extension à d’autres construits de la littérature (flexibilité et diversité d’analyse). Il est difficile de savoir si les observations sont dues à la validation du construit ou à l’idiosyncrasie du cas étudié ; La profondeur de l’investigation est limitée par des contraintes de temps ; La généralisation (validité externe) est difficile ; Le risque existe d’avoir un groupe de cas non réellement comparables ; Est beaucoup mieux adapté à des progressions théoriques de faible variation, ou à des cas singuliers, qu’à la novation théorique. Le design de la recherche est complexe, et nécessite de nombreux va-et-vient entre données et construction empirique. La sélection des cas doit être minutieuse. Source : Baumard, (1994), d’après la thèse de Bernardini-Perinciolo, 2016. Comme nous venons de l’évoquer, les MAIA constituent un phénomène récent et en développement, sur lequel peu de travaux scientifiques ont été réalisés. De ce fait, nous souhaitons aboutir à une compréhension approfondie de la MAIA, de son organisation, de ses enjeux de coordination. En effet, nous cherchons l’identification des variables critiques facilitant ou freinant la bonne mise en œuvre de ce dispositif. Dans cette perspective, il nous apparait que le choix d’une étude de cas unique permet en effet une investigation en profondeur de ce dispositif, serait plus adéquate que l’investigation superficielle de plusieurs cas. 86 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI De même, comprendre « en profondeur la spécificité du contexte organisationnel et environnemental pour saisir les logiques d’acteurs » (Gombault, 2005, d’après Wacheux et Roussel, 2005) appelle une approche de collecte et d’analyse d’un matériau riche, particulièrement chronophage lorsqu’elle est réalisée directement sur le terrain (données primaires). En outre, nous estimons que la méthode de l’étude de cas unique ne grève en rien nos possibilités d’obtenir des résultats suffisamment significatifs au regard de notre problématique de recherche. L’étude de cas unique semble en effet pertinente pour appréhender le caractère complexe lié à la coordination de plusieurs acteurs au sein du dispositif de la MAIA. SECTION 2. Le recueil de données dans notre recherche La nature qualitative de notre démarche nous a amenée à mobiliser différentes sources de données primaires et secondaires (Yin, 2009). Le recueil de données constitue une étape essentielle pour le chercheur dans un programme de recherche (Royer et Zarlowski, 2014, p.273). En effet, la collecte de données permet de disposer d’un ensemble d’informations qui facilitent la réponse à notre problématique de recherche. Le fait d’opter pour une étude de cas exige en particulier une « multi-triangulation -souvent une triangulationclassiquement des sources et des techniques de production et/ou, plus rarement pour des raisons pratiques mais non moins intéressantes, des chercheurs » (Gombault, 2005, d’après Wacheux, 2005), notamment lorsqu’on cherche à obtenir une image la plus objectivée possible d’un phénomène, tout en recherchant et préservant le point de vue subjectif des personnes interrogées. De même, selon Yin (2012), « un point important quand on fait du travail de terrain est de poser la même question à différentes sources de preuves empiriques (different source of evidence), comme le fait de poser la même à des interviewés différents. Si toutes les sources donnent la même réponse, alors vous avez triangulé vos données avec succès. » (Yin, 2012, d’après Dumez, 2013, p.186). La triangulation des données peut également être réalisée par le croisement de données primaires et secondaires (Thiétart, 2014, p.247), de données d’observation et d’enquête (Gombault, 2005, d’après Wacheux, 2005, p.37). Dans le cadre de notre thèse, nous faisons recours à des données primaires à travers la réalisation des entretiens semi-directifs (1). Ces entretiens sont complétés par une observation non participante comme mode de collecte de données (2). Puis, nous complétons notre collecte par 87 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI des données secondaires propres au fonctionnement de la MAIA (des documents internes et externes) (3). Nous proposons de les présenter de manière plus exhaustive dans les sections suivantes. Pour compléter nos données empiriques, nous étudions quatre micro-situations. 1. L’entretien semi-directif complété par des microsituations 1.1. L’entretien semi-directif comme source principale de collecte de données primaires Selon Roussel et Wacheux, 2005, la technique de l’entretien est « l’une des méthodes qualitatives les plus utilisées dans les recherches en gestion ». Elle vise à « amener les sujets à vaincre ou à oublier les mécanismes de défense qu’ils mettent en place vis-à-vis du regard extérieur sur leur comportement ou leur pensée. » (Roussel et Wacheux, 2005). L’entretien est défini également comme « une technique destinée à collecter, dans la perspective de leur analyse, des données discursives reflétant notamment l’univers mental conscient ou inconscient des individus ». (Baumard et al., 2014). L’entretien est fondé sur « la pratique d’un questionnement du sujet avec une attitude plus ou moins marquée de non-directivité de l’investigateur vis-à-vis du sujet » (Ibid.). Tandis qu’« un questionnement directif ne relève pas de l’entretien mais du questionnaire ». (Baumard et al., 2014). En outre, le principe de non-directivité est fondé sur « une attention positive inconditionnelle » de la part de l’interviewer (Evard et al., 2009, d’après Baumard et al., 2014). Ainsi, il existe deux types d’entretiens : l’entretien non-directif et l’entretien semi-directif. Dans l’entretien non directif, l’intervention du chercheur se limite à une « facilitation du discours de l’autre, à la manifestation d’une attitude de compréhension, à une relance fondée sur les éléments déjà exprimés par le sujet ou à un approfondissement des éléments discursifs déjà énoncés » (Baumard et al., 2014, p.274). Alors que dans l’entretien semi-directif, appelé également entretien centré, le chercheur « applique les mêmes principes, à la différence qu’il utilise un guide structuré pour aborder une série de thèmes préalablement définis » (Baumard et al., 2014, p.274). Ici, le répondant a plus de liberté à s’exprimer, sous le contrôle évidemment de l’interviewer (Mayer et al., 2000 ; Romelaer, 2005). 88 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI Au regard de tout ce que nous venons de dire, parmi les différentes formes possibles de collecte de données par entretien, l’entretien semi-directif apparaît comme le type d’entretien le plus approprié à notre travail de thèse. En effet, au regard de la nature complexe de la MAIA, et dans la perspective de collecter le maximum d’informations relatives au fonctionnement de celle-ci, les problèmes rencontrés par les acteurs de terrain puisqu’il permet aux répondants de s’exprimer plus librement. Dès lors, les entretiens semi-directifs se sont appuyés sur un guide d’entretien figurant en annexe 1. 1.1.1 L’élaboration du guide d’entretien Le guide d’entretien se définit comme : « l’inventaire à aborder au cours de l’entretien et des données de fait qui, à un moment ou à un autre de l’échange, feront l’objet d’une intervention de l’enquêteur si l’enquêté ne les aborde spontanément. » (Gavard-Perret et al., 2012, p.116). Il contient les principales questions qui peuvent faire l’objet d’une modification lors de l’entretien en remplaçant certaines questions par d’autres en fonction de l’intérêt des thèmes abordés par le répondant (Baumard, 2014). Le guide d’entretien est initialement établi à la suite de notre premier entretien exploratoire réalisé avec notre directrice lors de notre première rencontre avec le pilote de la MAIA Alpha. Ainsi, les questions sont présentées comme des dimensions exploratoires permettant de collecter des données riches. Celles-ci ont été classées en quatre thématiques : Thème 1 : Implication des acteurs Thème 2 : Interactions inter-acteurs Sous thème 1 : Perception de la coordination Sous thème 2 : Formes de la coordination Thème 3 : Variables critiques Thème 4 : Voies d’amélioration Chaque entretien commence par un mot d’introduction où nous nous présentons à chaque fois comme étant une chercheuse réalisant une thèse de doctorat. Ceci nous a situé d’emblée comme une intervenante extérieure à l’organisation et non pas une partie prenante du dispositif de la MAIA, ni d’un organisme de tutelle. Cela nous permet de gagner la confiance des personnes 89 Thèse de Doctorat Nawal KARIM -OUAHRI interviewées. Malgré l’accord obtenu pour être présent pour une période d’immersion au sein de la MAIA ainsi que pour assister aux tables de concertation qui regroupent les responsables des services que nous souhaitons interroger, il faut gagner la confiance des acteurs, d’autant plus que ceux-ci sont appelés à se prononcer sur un vécu, sur un cas de patient (illustration d’un cas d’un patient) et surtout sur des relations entre collègues. Notre procédure d’introduction d’entretiens ainsi que les éléments du guide sont présentées en annexe 1. 1.1.2. La variété de l’échantillon et les modalités d’entretien Après avoir présenté comment nous construisons notre guide d’entretien, il convient d’expliquer comment nous choisissons nos interviewés, et ainsi présenter en détail les caractéristiques de notre échantillon. Nous prenons en considération plusieurs critères de sélection des personnes que nous souhaitons interviewer dans le cadre de notre thèse, afin de « favoriser la diversité des profils socio-démographiques (CSP, âge, lieu de résidence, taille de commune, niveau de revenu) et favoriser la diversité des profils par rapport à l’objet de l’étude (gros/petit utilisateurs ; supérieurs/subordonnés ; homme/femme ; partisans/détracteurs, etc. » (Gavard-Perret et al., 2018). Le tableau 9 ci-dessous présente une synthèse des éléments de sélection des interviewés selon ces auteurs. 90 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI Tableau 9. Les considérations opérationnelles pour un entretien individuel QUI ▪ Favoriser la diversité des profils socio-démographiques (CSP, âge, lieu de résidence, taille de commune, niveau de revenu) ▪ Favoriser la diversité des profils par rapport à l’objet de l’étude (gros/petit utilisateurs ; supérieurs/subordonnés ; homme/femme ; partisans/détracteurs, etc.). COMBIEN ▪ Pas de norme précise ▪ Fonction de l’objectif et du type de recherche. Creswell (1998) recommande d’interroger environ 10 personnes dans une recherche phénoménologique et de 20 à 30 personnes dans le cadre de la théorie enracinée. ▪ Optimum quand : La saturation sémantique est atteinte. ==> Un entretien additionnel n’apporte plus d’informations nouvelles. Les profils sont suffisamment variés. La taille n’est pas trop importante pour permettre une analyse en profondeur. OÙ ▪ De préférence un lieu neutre, calme, confortable, isolé du monde extérieur (salle de réunion en centre-ville par exemple). ▪ Si le lieu officiel (laboratoire de recherche, université) : Renforce la distance entre chercheur et répondant par la en valeur du statut scientifique. Déséquilibre qui peut conduire à un effet de demande. ▪ Si le lieu familier (domicile, bureau) : Présente un risque de distraction (téléphone, collaborateurs, famille, etc.) Peut assurer le répondant, le mettre plus rapidement en confiance. Peut augmenter l’implication du répondant et servir les objectifs de la recherche (par exemple, un syndicaliste ou un ouvrier dans son usine, un patron dans son bureau). Source : Gavard-Perret et al., 2018. 91 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI Selon (Gavard-Perret et al., 2018), il n’y a pas de norme précise et le nombre des entretiens dépend de la fonction et de l’objectif de la recherche. Selon les mêmes auteurs, l’idéal est de parvenir au seuil de saturation c’est-à-dire lorsqu’un entretien supplémentaire ne produit plus de nouvelles informations et que la variété des profils est suffisante (Gavard-Perret et al., 2018). Dans notre cas, le seuil de saturation est de fait difficile à atteindre, étant donné la diversité et la distance institutionnelle entre de nombreux acteurs appartenant à des catégories différentes. Nous veillons toutefois à intégrer un maximum de diversité socio-professionnelle dans le choix des personnes interviewées (ce qui représente déjà plus de 30 entretiens), afin d’obtenir une vision étendue de la perception qu’ont les acteurs de la MAIA. Les personnes que nous interviewons appartiennent en effet à différentes catégories (sanitaires, sociales, médicosociales) de prise en charge des personnes âgées de plus de 60 ans en perte d’autonomie (cf. le tableau 2.2 résume la liste des personnes interviewées). Le choix de nos répondants est fait en fonction de leur implication et de leur connaissance du dispositif de la MAIA (et notamment, dans un premier temps, de leur présence aux tables de concertation auxquelles nous avons assisté). Ce choix s’est fait également en fonction de leur disponibilité et de leur accord pour être interrogés. Les auteurs (Ibid.) préconisent également que le lieu de l’entretien soit « neutre, calme, confortable, isolé du monde extérieur », afin de favoriser la concentration de l’interviewer et de l’interviewé, placer la personne interviewée en situation de confort et lui permettre de prendre du recul. Toutefois, les entretiens réalisés sur le lieu de travail permettent également de mettre la personne interviewée en situation de confort et de faciliter sa remise en situation sur des événements passés (avec à la clef des archives à portée de main). La majorité de ces entretiens est réalisée dans ces conditions (à l’exception des infirmiers libéraux sans cabinet), d’autant plus que les acteurs interrogés marquent une faible disponibilité. Cela est d’autant plus compréhensible pour les professionnels soignants, notamment les médecins. La prise de contact pour nos premiers entretiens s’est effectuée lors des tables de concertation auxquelles nous avons assisté. Cette prise de contact s’est faite soit par présentation par nousmême, soit par le pilote qui nous a présentés en tant que doctorante préparant une thèse sur la coordination interprofessionnelle, notamment celle portée par le dispositif de la MAIA Alpha. Globalement, aucune difficulté majeure n’a entravé cette phase, mis à part la difficulté 92 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI quelquefois à fixer les rendez-vous pour passer les entretiens avec les acteurs du terrain en raison de leur charge de travail. La période retenue pour réaliser les entretiens peut également expliquer pour partie cette difficulté. En effet, ces derniers ont été effectués pendant les mois de juin, juillet, août (périodes des congés estivaux et donc d’accumulation de dossiers à prendre en charge avant et après les congés). Cela a nécessité de passer plusieurs appels et envoyer plusieurs courriels et de s’adapter aux horaires des professionnels afin de ne perturber en aucune manière leur fonctionnement habituel et quotidien. À la fin de certains entretiens, nous avons également saisi l’occasion de demander à la personne interviewée de nous orienter vers des acteurs qui seraient, selon elle, pertinents au regard de notre recherche et disposés, a priori, à être interviewés. Employer la technique de la « boule de neige » nous a en effet permis, en étant ainsi recommandée auprès d’acteurs que nous n’avions pas directement rencontrés, d’aller au-delà des personnes ayant assisté aux tables de concertation de la MAIA auxquelles nous avions participé. Au total, nous avons réalisé 32 entretiens semi-directifs. Ces derniers sont tous enregistrés grâce à un dictaphone avec l’accord des personnes interviewées. Les entretiens sont tous menés de manière individuelle. Nous précisons que nous avons eu également l’occasion de mener des discussions informelles avec le pilote de la MAIA, le responsable du Pôle Info, les gestionnaires de cas, la coordinatrice pôle info et certains acteurs de prise en charge lors des tables de concertation. Compte tenu de ce contexte de haute confidentialité et d’éthique auquel sont soumis les acteurs, nous avons évoqué de manière préalable notre engagement à conserver l’anonymat absolu des entretiens afin de laisser les répondants s’exprimer librement. Les interviews ont une durée comprise entre 40 min et 2h17min. Nous avons pris le temps d’expliquer, lors de chaque entretien, et assez brièvement, comment nous allions utiliser les données recueillies et préserver leur caractère confidentiel. De plus, nous avons tenu à respecter une « ligne de conduite » qui visait à refuser de divulguer, à tout moment et à tout acteur, des informations obtenues lors des entretiens avec des collègues. Le tableau 10 ci-dessous récapitule l’ensemble des interviews réalisés. 93 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI Tableau 10. L’échantillon de l’étude ACTEURS Nbre Pilote 1 Gestionnaire de cas 3 MAIA Catégorie sanitaire Acteurs de prise en charge des personnes âgées de plus de 60 ans, en perte d’autonomie Médecins 2 Infirmiers libéraux 2 SSIAD 4 CLIC/PÔLE IS 1 EHPAD 4 Accueil de jours 3 Service APA 3 CCAS 3 SAAD 3 Hors catégorie Ergothérapeute 1 Réseaux professionnels Réseau ILHUP 1 Réseaux de familles de patients COODERPA 1 Catégorie médico-sociale Précisions/ modalités d’entretien Discussions informelles et repas lors de la période d’immersion Discussions informelles et repas lors de la période d’immersion Un repas pris avec une directrice d’EHPAD Catégorie sociale Total 32 Source : auteure 1.2. Les micro-situations comme source complémentaire aux entretiens semi-directifs Ces entretiens sont complétés par le recueil d’un autre type de données en allant chercher des données au niveau micro. Ainsi, nous analysons des micro-situations. Celles-ci nous permettent de venir sur des cas concrets de patients ayant été vécus par les gestionnaires de cas afin d’illustrer de manière pratique le déroulement de la prise en charge de la situation. 94 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI Nous avons obtenu les données empiriques en demandant aux gestionnaires de cas le récit de cas où la coordination des interventions a bien fonctionné et d’autres cas où elle a mal fonctionné. Ainsi, ces acteurs ont fait le choix de nous relater des situations qui les ont interpellés. Pour des raisons d’éthique et de confidentialité, les gestionnaires de cas ont anonymisé les données personnelles relatives aux patients. Donc, aucun nom réel de patient n’est utilisé dans notre document. Par ailleurs, nous décortiquons avec les gestionnaires de cas, les dossiers sans contrevenir au secret médical ou aux droits des patients relatifs à leurs informations personnelles afin d’obtenir les informations concernant la prise en charge des patients et d’approfondir notre analyse. Durant nos échanges avec les gestionnaires de cas, nous prenons des notes et également enregistrons ce qui est dit sur la situation afin de s’assurer de ne rien omettre. Nous aurions souhaité compléter ces données en faisant des interviews avec d’autres acteurs qui avaient été impliqués dans les situations étudiées, mais malheureusement dans les cas d’échec, les acteurs n’étaient pas impliqués et dans le cas de réussite, deux acteurs seulement ont accepté d’être interviewés et, enfin, nous n’avons finalement pas pu interviewer le deuxième acteur en raison de sa charge de travail et de sa position professionnelle. Nos données sont en fait limitées au récit des gestionnaires de cas. Pour autant, elles sont suffisamment riches pour nous permettre de comprendre le processus de coordination mené par ces professionnels dans le cadre de la prise en charge des patients en situation complexe. 2. L’observation passive ou non participante comme source primaire Selon Gavard-Perret et al. (2018), « le succès de l’observation dans les sciences de gestion tient en partie au fait qu’elle constitue l’une des clés de voutes des recherches procédant par études de cas » (Ragin et Becker, 1992 ; Yin, 2003). Baumard et al (2014), définissent quant à eux l’observation comme « un mode de collecte des données par lequel le chercheur observe de luimême, de visu, des processus ou des comportements se déroulant dans une organisation, pendant une période de temps délimitée ». En outre selon Gavard-Perret et al. (2018), l’observation est définie, au sens étroit comme « une technique de collecte de données primaires visibles et audibles ». En ce sens, l’observateur se contente d’observer. L’observation 95 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI consiste à voir et entendre ce que font les personnes afin de saisir « le phénomène étudié ». C’est ce qu’on appelle alors l’observation passive ou non participante dans laquelle le chercheur ne participe pas aux tâches que font les acteurs et se contente de rester passif (Yin, 2009), à la différence de l’observation participante où le chercheur devient « l’outil même de la collecte (production) de données ». En revanche, elle est définie également au sens large comme « une stratégie particulière d’interaction avec le terrain » (Gavard-Perret et al., 2018). Dans le cadre de notre recherche, nous retenons « l’observation non participante ». Ce type d’observation peut prendre deux formes : l’observation « non systématique ou flottante » (Evard et al., 2009) où le chercheur recueille des informations préliminaires, ou l’observation « focalisée et standardisée » dans laquelle le chercheur adopte un mode de collecte qui « impose de développer et de valider un cadre standard d’observation avant de recueillir les données qui vont servir de base empirique à la recherche. » (Baumard et al., 2014, p.279). Ainsi, le choix d’une observation passive s’est imposé de lui-même, en raison de la nature de l’objet observé. En effet, notre objectif est d’observer le fonctionnement de la MAIA sans en être acteur. En effet, dans ce type d’observation, « le chercheur n’endosse pas un rôle d’acteur, il regarde et enregistre ses perceptions sur la situation » (Wacheux, 1996, p.215). Au regard de notre terrain, il est impensable que le chercheur prenne une attitude participative étant donné le haut degré d’expertise technique requis pour espérer apporter quelque valeur ajoutée directe aux situations professionnelles auxquelles nous sommes exposée, quelle que soit la position occupée. Pour notre part, nous nous sommes donc mise dans une posture empathique. Selon Gavard-Perret et al. (2018), « l’observation a besoin d’être outillée pour produire un corpus de données utile à l’analyse de l’objet de recherche. Les moyens techniques sont de deux ordres : la prise de notes et l’enregistrement audio et vidéo ». Ainsi, nos observations s’accompagnent de la rédaction d’un journal de bord, au travers duquel nous reportons l’ensemble de nos prises de notes. Nous avons par ailleurs enregistré deux réunions. Dans les autres cas, nous nous sommes contentée de prendre des notes et faire des fiches de synthèse. Nous réalisons deux types d’observation non participante : Le premier type d’observation non participante concerne la « participation non systématique ou flottante » (Evrard et al., 2009) dans laquelle nous visons une imprégnation au sein de la 96 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-O UAH RI MAIA afin de mieux saisir les différents aspects de l’objet de l’étude. Nos observations ont lieu dans les locaux du dispositif de la MAIA étudiée entre le 24 Octobre 2016 et le 09 Janvier 2017. Nous comptons un total de 113 heures d’observations. L’objectif de ces observations est d’assurer une meilleure compréhension du fonctionnement de la MAIA en lien avec la problématique de la coordination. Nous avons à cette occasion pu observer diverses situations de gestion (préparation de réunions, de comptes rendus, de moments de coordination entre pilotes et gestionnaires, accueil de publics au sein du pôle info, observation des propositions de prises en charge par la coordinatrice, présence à des tables de concertation de la MAIA, présence au sein de comités internes). Nous avons assisté également à quatre réunions de « synthèse pôle info » durant lesquelles étaient recensés tous les travaux déjà faits en amont, et étaient étudiées les limites de la pratique professionnelle de coordination. Nous avons assisté à une réunion avec l’association « Sud Eval » qui s’occupe de l’évaluation des besoins des personnes âgées, l’élaboration de plans d’aide individualisés et du suivi de leur mise en œuvre. Cette association procède également à l’évaluation des activités, de la qualité et de la conformité des prestations délivrées par les institutions sociales et médico-sociales, y compris les structures gestionnaires de services à la personne, en particulier par l’analyse des logiques d’action et des axes de travail. Le deuxième type d’observation concerne « l’observation focalisée et standardisée » (Baumard et al., cité in Thiétart, 2014, p. 279). Celle-ci s’est produite lors des différentes réunions. Ainsi, nous avons assisté à plusieurs tables de concertation : une table stratégique qui regroupe des décideurs et financeurs et cinq tables de concertation tactiques qui se composent des responsables et des directeurs des établissements et services sanitaires, sociaux et médicosociaux, des professionnels de santé qui accompagnent ou prennent en charge des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées et les personnes âgées en perte d’autonomie sur le territoire concerné. Lors de ces périodes d’observation focalisée, nous avons pris note des ordres du jour et des attentes exprimées par les participants, listé les personnes présentes, les personnes prenant la parole ou non pour intervenir, les personnes donnant leurs points de vue ou non après sollicitation. Nous avons également pris la « température » des échanges, pris note des points de discussion focalisant l’attention, observé la cohérence du mode de prise de décision, la continuité des sujets abordés d’une table à l’autre (et notamment de la représentation de structures, et des personnes opérant cette représentation). Nous avons 97 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI enfin assisté à une « Réunion MAIA-pôle info » et une « Réunion MAIA-Association Beta », que nous avons enregistrées en cas de besoin d’exploration plus précise. Ces observations se sont déroulées entre mai 2016 et avril 2017. Nous avons pu observer au total 14 réunions d’une durée de 1 à 3 heures chacune (cf. tableau11 ci-dessous). Tableau 11. Une synthèse des heures d’observation Activités de recherche 1er type d’observation 2ème type d’observation Réunions Quantité Immersion dans la MAIA du Pilote Durée 113 heures Tables tactiques 05 11h Table stratégique 01 3h Réunion d’équipe (MAIA-pôle info) 01 0h30min Réunion d’équipe MAIA 01 0h45 min Réunions d’équipe pôle info 04 10h Réunion externe (Association EVAL SUD) 01 2h30min Réunion Alliage-MAIA 01 2h Sous-total 14 29h45min TOTAL 142h45min Source : auteure 3. Les données secondaires comme source complémentaire Dans le cadre de notre recherche, nous utilisons les données secondaires comme une source complémentaire, nous permettant une meilleure appréhension du fonctionnement de la MAIA étudiée. Les données secondaires sont définies comme « des données qui existent déjà » (Baumard et al., 2014). Ces données sont « utiles pour établir des comparaisons et évaluer des données primaires » (ibid.). 98 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI Au-delà, nous faisons le choix de recourir à ce mode de collecte de données. Ces derniers peuvent être internes lorsqu’ il s’agit des « informations déjà produites par des organisations ou des personnes privées. Elles n’ont pas été recueillies pour répondre aux besoins spécifiques du chercheur, mais elles constituent de véritables sources de données secondaires pour celui qui les consulte. » (Baumard et al., 2014). Elles constituent « un excellent support pour se familiariser avec un terrain d’étude » (ibid.). À cet effet, nous bénéficions de données secondaires internes comme par exemple : Rapports d’étape 2015 et 2016 de la MAIA étudiée (avec annexes) ; Compte rendu des tables de concertation (stratégique et tactique) ; Fiches techniques et plaquettes des différents établissements de prise en charge des personnes âgées (sanitaires, sociaux, médico-sociaux) ; Fiches de synthèse d’activité ; -Manuel d’utilisation d’outil Inter-RAI (Le Résident Assessment Instrument), (filtragesorientation) ; Le site de la MAIA, site du forum des pilotes des MAIA au niveau national. Ces données facilitent la compréhension du contexte de la MAIA étudiée et nous permettent d’accéder à des informations non abordées lors des entretiens. En effet, il a fallu avoir connaissance des acteurs impliqués dans la MAIA, revenir sur l’histoire du déploiement du dispositif. L’accès à ces données nous a été facilité par le pilote. Celui-ci nous a transmis les documents relatifs à la MAIA (comptes rendus et documents de travail, etc.). Nous avons également pu nous procurer des données secondaires externes. Ces dernières constituent les données qui ne sont pas produites par l’organisation. En ce sens, nous avons eu accès à différents documents, dont notamment : Rapport d’évaluation national des MAIA première phase expérimentale 2009-2010 ; Rapport d’évaluation national des MAIA deuxième phase expérimentale 2010-2011 ; Rapport d’évaluation des MAIA (2017) ; Cahiers pédagogique de la CNSA (2014) ; Rapports d’étape (2015 ; 2016 ; 2017 ; 2018). 99 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI SECTION 3. L’analyse de contenu thématique Nous définissons dans un premier temps l’analyse de contenu (1). Dans un second temps, nous expliquons l’étape de codage des données empiriques comme outil de l’analyse (2). 1. Définition de l’analyse de contenu Nous choisissons d’analyser nos données à partir d’une analyse de contenu. Celle-ci est apparue au début du XXème siècle. Elle permet d’analyser les articles de presse notamment les articles de propagande (Gavard-Perret et al., 2018). Selon Gavard-Perret et al. (2018), cette analyse est la plus connue des techniques d’analyse des données qualitatives. L’analyse de contenu est définie par Bardin (2003, d’après Gavard-Perret et al., 2018) comme « un ensemble de techniques d'analyse des communications visant, par des procédures systématiques et objectives de description du contenu des énoncés, à obtenir des indicateurs (quantitatifs ou non) permettant l'inférence de connaissances relatives aux conditions de production/réception (variables inférées) de ces messages » (Bardin, 2003, p. 246). Il existe trois phases de l’analyse de contenu selon Gavard-Perret et al. (2018) : La préanalyse : selon Gavard-Perret et al. (2018), cette phase renvoie à la « lecture dite flottante que l’analyste doit faire et aux choix préalables majeurs qu’il doit opérer et qui sont étroitement imbriqués ». Pendant cette phase, nous procédons à une lecture flottante de notre corpus afin d’avoir une vision d’ensemble sur notre matériau empirique. L’objectif est « d’arriver à déterminer des règles de découpage du corpus, puis de catégorisation et de codage des unités ainsi constituées » (Gavard-Perret et al., 2018). Cette phase de préanalyse est réalisée essentiellement lors de notre travail de retranscription à la main des interviews et autres enregistrements, que nous accompagnons de pré-réflexions et qui nous permettent de noter ou de nous remémorer des éléments « surprenants » ou inattendus. L’exploitation du matériel : cette phase consiste à « appliquer sur le corpus construit à des fins d’analyse, les règles définies lors de l’étape antérieure. Elle doit aboutir au codage et, éventuellement au comptage, des données et à leurs énumération et classification » (GavardPerret et al., 2018). Dans notre cas, nous procédons à un premier codage émergent et intuitif de nos données d’entretien, notamment à partir des observations précédemment réalisées lors de 100 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI la phase de lecture flottante. La question du codage de nos données est abordée dans la partie (2) suivante. Traitement des résultats et interprétations : cette phase permet de « traiter les données alors codées afin d’obtenir des résultats valides et significatifs » (Bardin, 1977 d’après la thèse de Bernardini, 2016). Dans notre cas cette phase a consisté à mettre en ordre nos codages en thématiques émergentes. 2. Codage des données empiriques et analyse Nous exposons ici l’unité d’analyse que nous choisissons (2.1.). Ensuite, nous nous attardons sur l’étape de catégorisation des différentes unités d’analyse extraites du corpus (2.2.). 2.1. Choix de l’unité d’analyse Selon Blanc (2014), le processus de codage consiste à « découper le contenu d’un discours ou d’un texte en une unité d’analyse (mots, phrases, thèmes, etc.) ». Ainsi, Weber (1990) distingue six unités d’analyse, à savoir : le mot sans faire distinction de sens ; le sens de mot ou groupe de mots ; la phrase ; des morceaux de phrases. ; le paragraphe ; le texte intégral. Bardin (2013) distingue deux grands types d’analyse de contenu : les analyses lexicales, qui consistent à découper le corpus en mots et à analyser « la fréquence d’apparition des mots » ; et les analyses thématiques, qui consistent à découper le corpus en portions de phrase (ou groupes de phrases), en constituant des thèmes (Paillé et Mucchielli, 2016). Ainsi, elle consiste à « procéder systématiquement au repérage, au regroupement et, subsidiairement, à l’examen discursif des thèmes abordés dans un corpus, qu’il s’agisse d’une transcription d’entretiens, d’un document organisationnel ou de notes d’observation. » (Gavard-Perret et al., 2018), Dans le cadre de notre thèse, nous considérons les phrases ou groupes de phrases comme étant les unités d’analyse. En effet, les entretiens que nous avons réalisés nous permettent d’étudier des situations de gestion vécues par les acteurs, qui sont nécessairement contextualisées (et même techniques), et n’autorisent pas nécessairement l’emploi d’unités d’analyse plus courtes. Nous ne nous situons pas par ailleurs dans une démarche de recherche purement « objectiviste » visant à donner une représentation unifiée de la perception des acteurs gravitant autour de la MAIA. Par ailleurs, notre panel d’interviewés démontre que les acteurs ont des profils très diversifiés appartenant à différents secteurs (sanitaire, social, médico-social), et laissent 101 Thèse de Doctorat Nawal KARIM-OUAHRI présumer (et observer) que ceux-ci peuvent aborder les mêmes problématiques en utilisant un langage différent. Ainsi, il nous apparait que le choix de l’analyse thématique nous permet de cerner en « une série de courtes expressions (les thèmes) l’essentiel d’un propos ou d’un document » ( illé et Mucchielli, 2016), nous permettant de nous concentrer sur la signification et le sens des propos tenus. 2.2. Catégoriser les unités d’analyse à l’aide du logiciel NVIVO 12 Une fois que nous avons repéré les unités d’analyse, nous prenons soin de placer les unités d’analyse ayant des significations proches dans une même catégorie32 (Paillé et Mucchielli, 2016). La catégorie « se situe dans son essence, bien au-delà de la simple annotation descriptive ou de la rubrique dénominative. Elle est l’analyse, la conceptualisation mise en forme, la théorisation en progression » (Paillé et Mucchielli, 2016). Ainsi, les catégories « peuvent être, plus au moins fortement, inspirées par la littérature existante selon le codage, celui-ci peut se faire de manière émergente ou a priori » (Gavard-Perret., et al 2018). Lors d’un codage a priori, le chercheur « va construire une grille de codage sur la base d’une théorie » (Gavard-Perret et al., 2018). À la différence d’un codage a priori, lors d’un codage émergent, le chercheur ne repose pas sur des « catégories déjà constituées » (Gavard-Perret et al., 2018), mais part de son matériau brut de recherche. Dans notre cas, nous faisons le choix d’un codage émergent, pouvant s’apparenter aux méthodes à la Gioia, en cohérence avec notre démarche de recherche inductive (Gioia et al., 2013). Le logiciel N’VIVO nous permet de réaliser un archivage de ces étiquettes afin d’en favoriser la manipulation ultérieure. Lors d’une première phase de codage « ouverte » et intuitive de nos données, lors de laquelle nous créons une première série d’étiquettes thématiques, nous nous efforçons simplement de garder en tête nos questions de recherche (en vue d’identifier au sein de notre matériau des premiers éléments de réponse). Ainsi, nous construisons des èmes qui traitent les questions 32 Une catégorie est un regroupement d’unités d’analyse (Paillé et Mucchielli, 2016).
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VIBROMETRIE HOLOGRAPHIQUE CHAMP LARGE A 100 KHZ Pascal Picart, Laure Lagny, Julien Poittevin, C Faure, Julien Le Meur, Kevin Heggarty, François Gautier, Charles Pezerat VIBROMETRIE HOLOGRAPHIQUE CHAMP LARGE A 100 KHZ Pascal Picart1,4, Laure Lagny1, J. Poittevin1, C. Faure1, Julien Le Meur3, Kevin Heggarty3, François Gautier1, Charles Pezerat1 1 Le Mans Université, LAUM, CNRS UMR 6613, Avenue Olivier Messiaen, 72085 LE MANS Cedex 9, France 2 Telecom 3 École Bretagne, Département d'Optique, IMT-Atlantique, Technopole Brest-Iroise, CS 83818, 29285 BREST, France Nationale Supérieure d'Ingénieurs du Mans, rue Aristote, 72085 LE MANS Cedex 9, France [email protected] SUM Cet article présente une méthode de vibrométrie holographique numérique, avec configuration en ligne, pour la mesure de vibrations plein champ à une fréquence d'images très élevée. Les résultats expérimentaux démontrent la pertinence de l'approche proposée en fournissant une mesure de vibrations sur un diamètre de plus de 20 cm à une fréquence d'acquisition de 100 kHz. MOTS FS : holographie numérique, imagerie large champ, vibrations, problème inverse 1. INTRODUCTION Dans le contexte de la réduction de masse des structures, évaluer les propriétés vibratoires des structures légères afin de développer des structures non sonantes sans ajouter de masse est un défi. En règle générale, dans le domaine des vibrations structurelles, les sources de vibrations opérationnelles sont de nature complexe et souvent difficiles d'accès. Leur caractérisation est donc un problème majeur. L'holographie numérique est une méthode très efficaces pour la mesure des champs de déformation de la surface de l'objet et pour la mesure des profils de surface [1]. C'est une technologie clé pour étudier les vibrations des structures à leur échelle de temps en fournissant une grande collection de points de données à la surface de l'échantillon étudié. Avec les enregistrements holographiques numériques à très grande vitesse (100 kHz), il devient possible de visualiser les ondes transitoires générées par les chocs dont la bande passante est de l'ordre de 30 kHz. Dans cet article, nous discutons d'un système holographique comprenant un interféromètre holographique compact avec la configuration de Fresnel équipé d'un zoom négatif pour les grandes surfaces et un élément optique diffractif (DOE) pour améliorer l'efficacité photométrique. Fig. 2 : (a) amplitude reconstruite à 805 Hz, (b) carte de phase brute entre deux instants consécutifs, (c) carte de phase filtrée, (d) carte de phase déroulée. Fig. 3 : (a) amplitude de la vibration à 805 Hz, (b) phase de la vibration à 805 Hz, (c) amplitude de la vibration à 1825 Hz, (d) phase de la vibration à 1825 Hz.
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Figure III-10: Spectres RMN du proton de la phénylhydrazine (haut) et de l'heptazine nitroxyde (bas). Les encadrés en noir représentent un zoom sur les pics ayant une multiplicité complexe. Ces pics sont triés de droite à gauche par ordre croissant du déplacement chimique. L'attribution des pics est visible via les lettres en suivant un code couleur : orange pour les chaines isobutyl, violet pour le groupement TEMPO Figure III-9: Spectres RMN du carbone 13 de la phénylhydrazine (haut) et de l'heptazine nitroxyde (bas). Les encadrés en noir représentent un zoom sur les pics ayant une multiplicité complexe. Ces pics sont triés de droite à gauche par ordre croissant du déplacement chimique. L'attribution des pics est visible via les lettres en suivant un code couleur : orange pour les chaines isobutyl, violet pour le groupement TEMPO Sur le spectre RMN du carbone 13 (fig. III-10), des résultats similaires sont obtenus. Néanmoins, les pics correspondant aux CH3 du groupement TEMPO sont différentiable. La différence s'explique par la proximité d'une paire de CH3 de l'heptazine. Les pics entre 153 et 165 65 ppm correspondent aux carbones de l'heptazine. Deux groupes de trois pics sont observés, l'un correspondant aux carbones à l'intérieur du cycle et l'autre à ceux à l'extérieur. La faible différence de déplacements chimiques entre les pics au sein de chaque groupe témoigne du faible impact du groupement TEMPO sur la symétrie de l'heptazine. La structure et la pureté de la molécule ayant été vérifié, l'étude de ses propriétés physicochimiques peut alors être réalisée. III-A-2-c. Analyses électrochimiques Après adsorption ces molécules vont permettre de détecter la présence 'heptazines sur la surface de graphène. La méthode de détection étant la cyclovoltampérometrie, une étude préliminaire de ces composés libres en solution est alors réalisée. Les voltampérogrammes obtenus sont réunis dans la figure III-11. Figure III-11: Voltampérogrammes cycliques obtenus pour les heptazines liées au nitroxyde (violet), aux ferrocènes par une chaine courte (bleu) et longue (rouge). Les potentiels ont été calibré versus ENH via le potentiel du ferrocène libre en solution. Solvant : acétonitrile. Electrolyte : [Bu4NBF4] = 0,1 M. Concentration de l'espèce étudiée : 1,0 mM. Sur cette figure on observe pour les courbes bleu et rouge, correspondant respectivement à HF-CC et HF-CL, une oxydation réversible qui a lieu à 0,64 V / ENH. Il s'agit de l'oxydation du groupement ferrocène en ferrocénium. Cette oxydation a lieu au potentiel attendu du ferrocène dans l'acétonitrile.3 On remarque ainsi que le groupement heptazine n'a pas d'influence sur les propriétés redox du ferrocène. En effet, le potentiel du couple ferrocène/ferrocén ium est identique qu'il soit libre en solution, ou relié à l'heptazine via une chaine courte ou longue. Sur le voltampérogramme violet, correspondant à l'heptazine-nitroxyde, on observe l'oxydation réversible du radical nitroxyde à 0,96 V / ENH. On remarque que son potentiel est légèrement inférieur au potentiel redox trouvé dans la littérature pour l'aminoTEMPO dans l'acétonitrile de 1,06 V/ENH.9 Cependant, le potentiel redox du couple NO●/NO+ est fortement 66 dépendant des substituants du nitroxyde. Il n'est donc pas surprenant que l'heptazine perturbe légèrement les propriétés redox. Les molécules étant synthétisées, purifiées et caractérisées, les études de l'adsorption peuvent être réalisées. III-A-2-d. La présence du radical nitroxyde nous permet d'utilise la spectroscopie RPE pour obtenir des informations quant à l'environnement de ce dernier. L'adsorption de la molécule sur le graphène devrait ainsi modifier sa mobilité dans l'espace, ce qui se traduit par une anisotropie du spectre obtenu. Sur la figure III-12 est représenté le spectre RPE obtenu pour la molécule heptazine-nitroxyde. Figure III-12: Spectre RPE de l'heptazine-nitroxyde libre en solution dans le chloroforme. Trois raies équidistantes sont observées, correspondantes aux couplages hyperfins de l'électron (S=1/2) avec le noyau 14 N (S=1). La troisième raie d'absorption est de plus faible intensité, cela est interprété par une diminution de la mobilité de l'électron dans l'un des axes x, y ou z. Les spectres de référence de la molécule libre en solution ayant été enregistré, une étude de l'adsorption peut être réalisé. III-B. Adsorption sur une surface de graphène III-B-1. Electrochimie En fonction de la méthode d'analyse, différents systèmes ont dû être élaborés. Pour les analyses d'électrochimie, des électrodes de graphène fonctionnalisées ont été réalisées. L'élaboration de ces électrodes est réalisée en préparant une solution de 2g/L de graphène en suspension contenant 1% massique de difluorure de polyvinylidene (PVDF) dans la n-methyl-2pyrrolidone (NMP). Le PVDF est utilisé comme liant pour que l'électrode soit cohérente. A cette suspension est ajouté l'heptazine à adsorber pour arriver à une concentration de 2mg/mL. Sur une électrode de 3mm de diamètre est ensuite déposé 10μL de cette solution à trois reprises. Entre chaque dépôt, l'électrode est mise à sécher dans un four à 60°C. Une fois les trois dépôts effectués, l'électrode est séchée pendant 24h à 60°C pour éliminer toute trace de NMP. Pour chaque molécule synthétisée, une électrode de graphène fonctionnalisée est réalisée et des études de voltampérométries cycliques sont réalisées. Les molécules synthétisées étant solubles en milieux organiques, afin d'amélioré la stabilité du dépôt, le choix des conditions expérimentales s'est porté sur un milieu aqueux à pH neutre. Les voltampérogrammes obtenus sont disponible figure III-13. Sur cette figure, on observe en noir le voltampérogramme du graphène sans heptazines adsorbées, le courant mesuré correspond au courant capacitif relatif à la surface spécifique du graphène, aucun courant faradique d'est observé. Lorsque le graphène est fonctionnalisé avec l'heptazine-nitroxyde (violet), les courants faradiques liés à l'oxydation et à la réduction du groupement TEMPO sont observés à 0,97 V/ENH. Un transfert électronique a donc lieu entre le graphène et l'heptazine-nitroxyde, cette molécule est donc ancrée sur le graphène. Le potentiel obtenu après adsorption est proche de celui obtenu en voltampérométrie cyclique de la molécule libre en solution (0,96 V/ENH). L'adsorption des molécules sur le graphène n'affecte donc pas ou peu les propriétés électrochimiques du groupement nitroxyde. Une étude de l'évolution de l'intensité du courant faradique en fonction de la vitesse de balayage est représentée figure 13. On observe que le courant est directement proportionnel à la vitesse de balayage, caractéristique des espèces adsorbées. L'intensité s'exprime par la relation : ip = n2F2 νAΓ ∗.10 4RT Dans cette relation ip correspond à l'intensité du pic en A, n au nombre d'électron transféré, F à la constante de Faraday, ν à la vitesse de balayage en V/s, A à la surface de l'électrode en cm2, Γ ∗ la concentration de l'espèce sur la surface en mol/cm2, R la constante des gaz parfait et T la température en K. Il n'est cependant pas possible de remonter à la concentration d'espèce adsorbée sur le graphène, car la surface de l'électrode en contact avec l'électrolyte est inconnue. Figure III-13: A gauche : voltampérogrammes cycliques pour les électrodes de graphènes sans heptazine adsorbée (noir), avec adsorption de l'heptazine-ferrocène avec une chaine longue (rouge), avec une chaine courte (bleu) et de l'heptazine nitroxyde (orange). Vitesse de balayage : 100mV/s Réf : Hg/HgSO4. Solvant : eau. Électrolyte : [Na2SO4] = 0,1 M. En haut à droite : Evolution de l'intensité en fonction de la vitesse de balayage pour l'électrode fonctionnalisée avec l'heptazine-nitroxyde. En haut à gauche : Valeur des potentiels des pics d'oxydation et de réduction des espèces en solution et adsorbés. Lorsque le graphène est fonctionnalisé avec des heptazines liées aux groupements ferrocènes, les résultats dépendent de la taille de la chaine aliphatique reliant l'heptazine au ferrocène. En effet, lorsque la chaine est courte, en bleu, un courant faradique est mesuré pour l'oxydation du ferrocène. En revanche lorsque la chaine contient six carbones, en rouge, le courant faradique est fortement réduit voire inexistant. Comme il a été abordé précédemment, si lorsque la chaine est longue, aucun courant faradique n'est observé, alors l'adsorption se fait par le groupement heptazine (fig. 2B). Les intégrales correspondant aux oxydations et réductions sont proportionnelles au nombre d'électrons transférés. La valeur moyenne des intégrales pour HF-CC est de 3.10-6μA/V et celle obtenue pour l'heptazine-nitroxyde est de 3.10-5 μA/V. Ces résultats indiquent que l'heptazine liée au ferrocène s'adsorbe moins bien que celle avec le nitroxyde. Cette faible intensité a empêché de mener à bien l'étude de la variation d'intensité en fonction de la vitesse de balayage. L'adsorption sur le graphène impacte peu les cinétiques de transfert d'électron. En effet, on observe qu'en solution les ΔEp sont de 0,08V et 0,111V respectivement pour l'heptazine-nitroxyde et HF-CC. Après adsorption, les ΔEp sont de 0,115 V et 0,096 V respectivement pour l'heptazine69 nitroxyde et HF-CC. Ainsi, on observe que dans le cas de l'heptazine-nitroxyde, l'adsorption sur le graphène ralenti légèrement la cinétique de transfert électronique. En revanche cette cinétique semble améliorée dans le cas de HF-CC. Les études électrochimiques nous apportent insi trois informations majeures : - Il y a adsorption des molécules synthétisées sur la surface de graphène. - Dans le cas des heptazines avec le ferrocène, le transfert électronique se fait via le groupement heptazine. - L'heptazine-nitroxyde à une cinétique de transfert d'électron plus faible lorsqu'elle est adsorbée sur le graphène. III-B-2. Dans le cas de l'heptazine-nitroxyde, les études électrochimiques ne permettent pas de déterminer quel groupement est responsable de l'adsorption. En effet, l'électron radicalaire du nitroxyde peut réagir avec les défauts de la surface du graphène et ancrer la molécule. Pour répondre à cette question, des analyses RPE ont été effectuées. (fig. III-14) Pour cela, du graphène et l'heptazine nitroxyde ont été mis en solution dans des proportions massiques égales, dans la N-méthyl-pyrrolidone à une concentration de 1,0.10-6M. Figure III-14: Spectre RPE pour l'heptazine nitroxyde avant adsorption (violet) et après adsorption (orange) Sur la figure 14 on observe qu'un spectre RPE a été obtenu lorsque cette molécule est en présence du graphène. Cela indique que radical NO● est toujours présent et n'a pas été mis en jeu dans une réaction. Le groupement TEMPO n'est donc pas une fonction d'ancrage sur le graphène. 70 Sur ce spectre, la troisième raie d'absorption est moins intense lorsque la molécule est en présence de graphène (orange). Cela est interprété comme une diminution de la liberté du radical suivant l'un des axes x, y ou z. Ce résultat correspond aux attentes, car lorsque la molécule s'adsorbe, le plan que forme le graphène bloque la rotation de la molécule suivant l'un des axes, sa mobilité a lieu non plus dans un espace tridimensionnel mais dans ce plan. Cette diminution d'intensité a déjà été observé pour la molécule en solution. Le fait que la même raie perde en intensité, confirme que la diminution de la liberté a lieu dans le même plan que l'heptazine. Ainsi, l'heptazine est adsorbée parallèlement au graphène. Il n'est pas aberrant de penser que les forces qui régissent cette adsorption sont des interactions π-π. III-C. Conclusion A la suite des résultats présentés précédemment, nous pouvons conclure que les heptazines s'adsorbent efficacement sur le graphène, permettant ainsi de fonctionnaliser le matériau. Afin de vérifier et étudier l'adsorption, trois molécules ont été synthétisées spécialement pour pouvoir être détectées par électrochimie et spectroscopie RPE. Ces heptazines, liées par des chaines aliphatiques plus ou moins longues, à des substituants ferrocènes ou nitroxyde, ont permis de valider l'adsorption mais aussi de confirmer le rôle de l'unité heptazine dans ce phénomène. En effet, en électrochimie, lorsque les molécules sont adsorbées sur graphène, les courants correspondant aux oxydations des groupements ferrocène et nitroxyde sont observé sur les voltampérogrammes. Cela est la preuve que la surface est fonctionnalisée et confirme la présence de ces molécules sur la surface du graphène. De plus, l'absence de courant faradique lorsque l'heptazine liée au ferrocène par une chaine longue est adsorbée, montre que le transfert électronique se fait par le biais de l'unité heptazine. Le groupement permettant de réaliser l'adsorption est donc l'heptazine. De la même manière, ces conclusions ont pu être obtenues par spectroscopie RPE de l'heptazine nitroxyde. La présence d'un signal correspondant au radical NO• indique que le nitroxyde n'est pas mis en jeu dans l'adsorption. De même, la diminution de l'intensité de la troisième raie indique que la mobilité du nitroxyde est limitée au plan de l'heptazine, lui-même parallèle au plan du graphène. Laissant supposer que des interactions π ont lieu entre le graphène et l'heptazine. Enfin, d'autres méthodes d'analyse pourraient permettre d'aller loin dans la caractérisation de la fonctionnalisation. Des analyses par microscopie électronique pourraient permettre 71 d'observer l'arrangement des heptazines sur la surface du graphène. Des analyses par microscope à force atomique pourraient aussi permettre d'avoir des informations sur la solidité du lien entre l'heptazine et le graphène. L'objectif de cette thèse étant le développement de catalyseurs, ces expériences n'ont pas été réalisées. Etant en mesure de fonctionnaliser les surfaces et électrodes de graphène via des heptazines, nous disposons de matériaux conducteurs et à importantes surfaces spécifiques composés d'heptazines. Ainsi, les dérivés d'heptazines développés pour avoir des propriétés catalytiques pourrons être, à terme, adsorbés sur du graphène. Ces études pourront permettre d'étudier les propriétés électrocatalytiques. Ornelas, C. Application of Ferrocene and Its Derivatives in Cancer Research. New J. Chem. 2011, 35 (10), 1973. https://doi.org/10.1039/c1nj20172g. Astruc, D. Why Is Ferrocene so Exceptional? Eur. J. Inorg. Chem. 2017, 2017 (1), 6–29. https://doi.org/10.1002/ejic.201600983. Connelly, N. G. Chemical Redox Agents for Organometallic Chemistry. 34. Zambon, A. Modèles Chimiques Du Nitrure de Carbone Graphitique: Lien StructurePropriétés, Grenoble Alpes, 2015. Tebben, L.; Studer, A. Nitroxides: Applications in Synthesis and in Polymer Chemistry. Angew. Chem. Int. Ed. 2011, 50 (22), 5034–5068. https://doi.org/10.1002/anie.201002547. Fey, T.; Fischer, H.; Bachmann, S.; Albert, K.; Bolm, C. Silica-Supported TEMPO Catalysts: Synthesis and Application in the Anelli Oxidation of Alcohols. J. Org. Chem. 2001, 66 (24), 8154–8159. https://doi.org/10.1021/jo010535q. Karthikeyan, G.; Bonucci, A.; Casano, G.; Gerbaud, G.; Abel, S.; Thomé, V.; Kodjabachian, L.; Magalon, A.; Guigliarelli, B.; Belle, V.; et al. A Bioresistant Nitroxide Spin Label for In-Cell EPR Spectroscopy: In Vitro and In Oocytes Protein Structural Dynamics Studies. Angew. Chem. Int. Ed. 2018, 57 (5), 1366–1370. https://doi.org/10.1002/anie.201710184. Lee, T. D.; Keana, J. F. W. In Situ Reduction of Nitroxide Spin Labels with Phenylhydrazine in Deuteriochloroform Solution. Convenient Method for Obtaining Structural Information on Nitroxides Using Nuclear Magnetic Resonance Spectroscopy. J. Org. Chem. 1975, 40 (21), 3145–3147. https://doi.org 021/jo00909a033. Blinco, J. P.; Hodgson, J. L.; Morrow, B. J.; Walker, J. R.; Will, G. D.; Coote, M. L.; Bottle, S. E. Experimental and Theoretical Studies of the Redox Potentials of Cyclic Nitroxides. J. Org. Chem. 2008, 73 (17), 6763–6771. https://doi.org/10.1021/jo801099w. Elgrishi, N.; Rountree, K. J.; McCarthy, B. D.; Rountree, E. S.; Eisenhart, T. T.; Dempsey, J. L. A Practical Beginner's Guide to Cyclic Voltammetry. J. Chem. Educ. 2018, 95 (2), 197–206. https://doi.org/10.1021/acs.jchemed.7b00361. Chapitre IV Ligands de première génération : conception et caractérisation Lors de l'optimisation des propriétés catalytiques du g-CN, des métaux de transition peuvent être utilisé pour doper le polymère. Nous avons vu dans l'introduction que les matériaux obtenus étaient souvent mal caractérisés notamment vis-à-vis de la position et de l'état du métal. Afin d'apporter des réponses à ces questions, des ligands dérivés heptazines ont été réalisés. Nous verrons dans ce chapitre, comment ces ligands ont été synthétisés et quel est leurs comportements vis-à-vis des métaux de transition. IV-A. Conception architecturale des ligands La création d'une liaison métal-ligand est dominée par deux critères majeurs : - Le recouvrement des orbitales mises en jeu est nécessaire pour qu'une liaison apparaisse. Deux types recouvrements existent, le recouvrement σ, où les deux orbitales sont sur le même axe et les lobes de mêmes signes sont face à face. (fig. IV-1A). Le recouvrement π ou les deux orbitales sont parallèles et les lobes ont la même orientation. (fig. IV-1B, IV1C). - La différence d'énergie entre les deux orbitales ne doit pas être trop importante, de manière à stabiliser de manière significative les deux orbitales. Ainsi, en fonction du caractère de la liaison avec le métal, les ligands sont classés en trois catégories, σ-donneur (fig. IV-1A), π-donneur (fig. IV-1B) et π-accepteur (fig. IV-1C). Figure IV-1: Représentation du recouvrement des orbitales, du type d'orbitale mise en jeu, et du diagramme d'énergie des orbitales lors de la création d'une liaison métal-ligand Les orbitales du ligand misent en jeu lors de la complexation sont généralement les plus hautes en énergies. Au vu des énergies relativement faibles de ces orbitales (pour le melem : EHOMO ≈ 7eV et ELUMO ≈ -3eV)1 ; nous nous attendons à ce que les heptazine soient des ligands π-accepteurs et mauvais σ-donneurs. Les énergies des HOMO-LUMO du melem sont plus basses que les énergies des OM d'un homologue aux heptazines : les triazines2 (pour la mélamine : EHOMO ≈ -6eV et ELUMO ≈ 1eV). Ces dernières sont déjà utilisées comme ligand des métaux de transition, mais des substituants leur sont ajoutés pour faciliter la complexation. Les énergies des orbitales de l'heptazine étant plus basses, il est attendu qu'une fonctionnalisation par des groupements complexants soit aussi nécessaire. En plus des critères liés aux orbitales, s'ajoutent des critères de géométrie. La formation d'un complexe métallique avec deux azotes d'une heptazine formerait un cycle à quatre liaisons, ce qui est peu stable en chimie de coordination. Les cycles à cinq liaisons sont connus pour être les plus stables, devant les cycles à 6 liaisons, c'est le cas des complexes avec des ligands bipyridines. La figure IV-2 donne une représentation de la géométrie des orbitales moléculaires de la 2,2'bipyridine, un ligand largement étudié, ainsi que d'une heptazine. Figure IV-2: Dessin de la position et de la taille des doublets non liants des azotes, de la 2,2' bipyridine (à gauche), ainsi que de l'heptazine (à droite). La stratégie adoptée afin de complexer des métaux, est d'ajouter à l'heptazine un groupement organique capable d'assister et de faciliter la complexation des métaux de transition. Ce groupement doit avoir un hétéroatome ayant un doublet non-liant avec une densité électronique suffisamment importante pour permettre la complexation. D'autre part, après complexation, la position de cet hétéroatome doit permettre la formation d'un cycle à cinq atomes, favorisant ainsi la stabilité du complexe. Parmi les groupements décrit dans la littérature, quatre groupements différents ont été sélectionnés : pyridyl, pyrazolyl, triazolyl, hydrazyl. (figure IV-3) Après substitution, chacun de ces substituants présentent un atome d'azote en α de la liaison avec l'heptazine. C'est cet atome qui permettra de lier le métal. L'azote possédant un doublet non-liant permettra la création d'une liaison σ avec le métal. Figure IV-3: Structure mettant en valeur la position souhaitée de l'hétéroatome (noté X) permettant d'améliorer la complexation. L'atome noté M symbolise le cation métallique après complexation. Dans l'encadré sont représenté les formules développées des groupements sélection nés pour la synthèse de nouveaux ligands. De gauche à droit e : le groupement pyridyl, pyrazolyl, triazolyl et hydrazyl . L'ensemble des groupements sélectionnés, ont été choisis pour leur caractère complexant. Chacun d'entre eux a fait l'objet de nombreuses publications scientifiques concernant leurs propriétés de coordination des métaux de transition.3–14 Le premier groupement sélectionné pour la synthèse de ligand est le groupement pyridyl. La formation d'une liaison C-C entre le substituant et l'heptazine, stabiliserait le produit final. En effet, les liaisons C-C sont connues pour être bien plus stables que d'autre liaison mettant en jeu un carbone et un hétéroatome, leurs énergies de dissociation étant d'environ 350 kJ/mol contre 75 290 kJ/mol pour les liaisons C-N. Les heptazines étant très électroattractrice, l'énergie de dissociation est généralement plus basse. Deux autres substituants comparables ont aussi été envisagés : le pyrazole et le triazole. Dans ces composés, la présence de deux azotes en α permet d'envisager la formation d'une liaison Cheptazine-N, connue au laboratoire pour être aisément formée. Le second azote permettra la complexation avec le métal. La molécule la plus simple possédant deux azotes en α est l'hydrazine, c'est le dernier groupement qui a été sélectionné. Pour mieux contrôler la réaction de substitution et éviter la formation d'hydrazine disubstituée par des heptazines, la diméthylhydrazine a été choisie. Le choix de ce groupement ne s'est pas fait uniquement sur sa capacité à lier des métaux, mais aussi sur la structure de la molécule finale. En effet, l'électro-attractivité de l'heptazine rend le proton en α du carbone périphérique de l'heptazine suffisamment acide pour être arraché par une base forte telle que l'hydroxyde de tetra(methyl)ammonium. La charge négative insi formée, devrait se délocaliser sur les azotes de l'heptazine via des formes tautomères (cf. figure IV-4). Ce type de délocalisation peut être observé dans le cas de l'acide cyamérulique, où les protons, normalement portés par les oxygènes, sont situés sur les azotes en périphérie de l'heptazine.15,16 Cette délocalisation a aussi pu être observée au laboratoire, avec un dérivé de l'acide cyamérulique. L'intérêt de ces délocalisations est d'augmenter la densité électronique de l'heptazine afin d'en faire un meilleur ligand. Figure IV-4: Structure du ligand hept-hz protoné, déprotoné ainsi qu'une forme tautomère après déprotonation Ce chapitre relate des différentes synthèses utilisées pour réaliser les ligands, de leurs caractérisations ainsi que leurs propriétés. 76 IV-B. Synthèse et préparation de ligands à partir d'heptazine IV-B-1. Heptazyl-Pyridine La synthèse d'un tel composé est un défi en matière de chimie organique. En effet, la formation d'une liaison carbone-carbone avec une heptazine n'a été que très peu décrite. Les seules synthèses ayant été réalisés avec succès, à partir du chlorure de cyamérulyl, sont des acylations de Friedel-Craft en utilisant AlCl3.17 Malheureusement, la présence de formes mésomères de la pyridine favorise les substitutions sur les positions méta. Ces réactions ne semblent donc pas adaptées à nos besoins Figure IV-5: Rétrosynthèse du ligand pyridyl-heptazine D'autres réactions ont été imaginées, impliquant des dérivés organométalliques de la pyridine, (Fig. IV-5) dans le but de réaliser une substitution nucléophile. Les réactifs et les résultats des expériences sont rassemblés dans le tableau IV-1. Les produits de synthèse ont été analysés par ESI-MS. Dans les cas où le produit recherché a été identifié, les rendements étaient trop faibles pour permettre d'isoler le produit. Tableau IV-1: Récapitulatif des différents organométalliques utilisés, les conditions de synthèse ainsi que les résultats obtenus lors des réactions pour synthétiser la pyridyl-heptazine. Réactifs Condition de synthèse THF à 25°C THF à 66°C Toluène Pd(PPh3)4 110°C THF Pd(PPh3)4 66°C 77 Résultats Aucun produit observé Détecté en spectrométrie de masse Détecté en spectrométrie de masse L'utilisation de dérivés organométalliques est peut-être la raison de ces faibles rendements. En effet, lors de précédentes synthèses utilisant des organométalliques tels que le butyllithium, une ouverture du cycle heptazine a été observée. Il est possible qu'un comportement similaire apparaisse lors de l'utilisation de ces autres réactifs. De même, lors de leurs études sur la réactivité du chlorure de cyamérulyl, Schroeder et Kober n'avaient pas été en mesure de former ces liaisons à l'aide d'organomagnésiens. Pour ces mêmes raisons, l'utilisation d'un dérivé organométallique de l'heptazine n'a pas été envisagée. IV-B-2. Heptazyl-Pyrazole Le ligand pyrazolyl-heptazine (noté hept-pz) a été synthétisé à partir du chlorure de bis(di(isobutyl)aminocyamérulyl via une réaction de substitution nucléophile par le 1,2-pyrazole. Après purification par chromatographie sur colonne de silice, un rendement de 94% a pu être obtenu, témoignant de l'efficacité des substitutions utilisant des azotes comme nucléophile sur les heptazine. Figure IV-6: Rétrosynthèse du ligand heptazyl-pyrazole Il est possible d'échanger un hydrogène en position β des azotes du pyrazole pour le remplacer par un deutérium formant ainsi le pyrazole-d1. Cet échange se fait en amont de la substitution avec l'heptazine via un traitement thermique du pyrazole dans le D2O. Cette méthode permet aussi de synthétiser le azole-d3 et les deux ligands hept-pz-d1 et hept-pz-d3 ont pu être synthétisés. Ainsi, le marquage d'une position du pyrazole permettra de nous aider lors de l'élucidation des spectres RMN. 78 IV-B-3. Heptazyl-triazole Un second ligand avec un groupement triazolyl comme groupement complexant a été réalisé. Figure IV-7: R étro synthèse du ligand heptazyl-triazole Le ligand heptazine lié à un triazole (noté hept-2-tz) est obtenu via une réaction de substitution nucléophile par le 1,2,3-triazole sur le chlorure de bis(di(isobutyl)aminocyamérulyl. Le proton lié à l'azote du pyrazole est délocalisé sur les trois azotes du cycle (figure 8). Ainsi, la molécule hept1-tz est aussi formée lors de la synthèse. Après purification par chromatographie sur colonne de silice, un rendement global de 62% est obtenu. Les proportions de hept-1-tz et hept-2-tz obtenus après purification sont de 2 :1, amenant le rendement à 20 % pour la synthèse de hept-2-tz. Cela témoigne de l'équiprobabilité de la position du proton sur les azotes du triazole. Figure IV-8: Forme mésomères du triazole Bien que hept-1-tz aurait pu être utilisé en tant que ligand, la présence des azotes côte à côte engendrerait trop d'incertitude quant à la caractérisation du complexe et la position du métal. (fig. IV-9) En revanche, le ligand hept-2-tz dispose, au niveau du triazole, de deux azotes de part et d'autre de l'heptazine. Comme la molécule finale présente deux sites de complexations, il sera envisageable de synthétiser des complexes bi-nucléaires. (fig. IV-9) Figure IV-9: Formules de hept-2-tz (droite) et hept-1-tz (gauche) et des positions envisagées des métaux après complexation 79 IV-B-4. Heptazyl-hydrazine Pour étudier l'influence du substituant complexant sur les complexes obtenus, un autre groupement ayant un caractère σ-donneur a été utilisé. L'heptazyl-hydrazine (noté hept-hz) est synthétisé par substitution nucléophile de la diméthylhydrazine sur le chlorure de bis(di(isobutyl)aminocyamérulyl. (fig. IV-10) Le rendement de 76% témoigne, encore une fois, de l'efficacité de la substitution nucléophile sur les heptazines en utilisant des azotes. Figure IV-10: Rétrosynthèse du ligand heptazyl-hydrazine 80 IV-C. Analyses et caractérisation des ligands La RMN nous a permis de vérifier la pureté et la nature des ligands synthétisés. Les propriétés électroniques ont été étudiées par spectroscopie UV-Visible et électrochimie. Enfin, lorsque cela a été possible nous avons pu établir une structure cristalline par DRX IV-C-1. Diffraction par rayon X Des monocristaux du ligand hept-pz ont été obtenus par évaporation d'une solution de chloroforme et d'hexane, à température ambiante et à l'air libre. (figure IV-11). Figure IV-11: Dessins Mercury de la structure obtenue par DRX du ligand hept-pz. A droite est montré une vue de face et à gauche une vue de profile. Le ligand cristallise dans un système monoclinique, avec un groupe d'espace du type P21. Au sein de la maille du cristal on retrouve deux molécules indépendantes avec un angle de 75,5° entre chaque molécule. On retrouve dans la maille des molécules d'eau en proportion équimolaire avec les heptazines. Comme il a pu être observé dans de précédentes études,18 les molécules s'empilent via des interactions π avec une distance de 3,19 Å entre chaque plan de l'heptazine, ce qui est comparable à ce qui était observé avec le melem (3,27 Å). En revanche l'empilement ne se fait plus entre deux unités heptazines, mais entre unité heptazine et un groupement pyrazole. Les atomes de l'heptazines forment un plan quasi parfait à 0,06 Å près. Les trois liaisons des azotes des groupements di(isobutyl)amines forment un plan quasi coplanaire avec celui de l'heptazine avec un angle dièdre de 5,32°. La distance de 1,35 Å entre ces azotes et les carbones périphérique de l'heptazine indique que la liaison est entre un double et une simple liaison. Ces observations sont en faveur d'une hybridation sp2 de l'azote avec une forte délocalisation du doublet sur le cycle heptazine, empêchant ainsi la rotation de ces substituants. Le plan du pyrazole est quasi coplanaire du plan de l'heptazine avec un angle dièdre de 1,7° entre les deux. De plus, la distance de 1,416Å de la liaison entre le Cheptazine et Npyrazole indique que 81 la nature de cette dernière se situe entre une double et une simple liaison. Ces résultats montrent que les électrons sont délocalisés sur l'ensemble des deux cycles aromatiques. Enfin, la distance entre l'azote du pyrazole en β de l'heptazine et celui de l'heptazine est de 2,756 Å, ce est comparable aux résultats trouvés pour la bipyridine (2,80 Å). Cette analyse suggère que les caractéristiques structurales de hept-pz sont comparables à d'autres ligands bidentates, il est donc attendu qu'elle complexe les métaux. IV-C-2. Les ligands synthétisés ont été caractérisés principalement par spectroscopie RMN. Les spectres RMN du proton et du carbone sont rassemblés respectivement dans figures IV-12 et IV14. L'attribution des pics a été réalisée à l'aide des spectres COSY, NOESY, HSQC et HMBC disponibles en annexe. a b c c b d a d e a e c b a b c c b a a e d c f f d b e a d c c b a a d 8 b 6 c b 4 2 [ppm ] Figure IV-12: Spectres RMN du proton des ligands hept-hz (vert), hept-pz (rouge), et hept-2-tz (bleu). Les attributions suivent un code couleur, en orange les groupements isobutyl, hydrazine (vert), pyrazole (rouge) et triazole (bleu). Dans les encadrés sont représentés un zoom sur les pics aux multiplicités complexes. Solvant : CDCl3 82 Sur chaque spectre, les pics correspondant aux protons (marqué a, b et c) des chaines isobutyles montrent l'asymétrie des molécules. Comme expliqué précédemment, la délocalisation du doublet non-liant des azotes des di(isobutyl)amines sur l'heptazine empêche la libre rotation de ces groupements, provoquant ainsi une séparation des doublets obtenus en RMN lorsque les substituant de l'heptazine sont différents. Ce phénomène s'observe particulièrement sur les pics correspondant aux protons des CH3 (marqué c), où plusieurs doublets sont obtenus, témoignant de la non-équivalence des chaines isobutyles. Pour les ligands hept-2-tz et hept-pz, deux doublets sont obtenus pour les protons noté c. Ce résultat est attendu pour le ligand hept-2-tz qui présente un plan de sy ie perpendiculaire au plan de l'heptazine et passant par la liaison Cheptazine-Ntriazole. En revanche, le ligand hept-pz ne présente pas de plan de symétrie, la présence de ces deux doublets indique donc une faible influence de ce groupement sur les chaines isobutyles. Sur le spectre du ligand hept-hz, les pics correspondant aux CH2 des chaines isobutyles, trois doublets de différentes intensités sont observés. Le doublet de plus forte intensité correspond aux chaines isobutyles les plus éloignés de l'hydrazine. Et les deux autres pics de plus faibles intensités correspondent aux isobutyles proches de l'hydrazine, de part et d'autre de l'heptazine. La séparation de ces pics est expliquée par l'encombrement stérique des deux méthyls de la di(méthyl)hydrazine. Sur le spectre RMN du proton du ligand hept-2-tz, (figure IV-13) un seul pic dans la zone des protons aromatiques est observable. Figure IV-13: Spectres RMN de hept-1-tz (jaune) et hept-2-tz (bleu). 83 Pour le ligand hept-hz le pic noté d correspond aux méthyles de la di(methyl)hydrazine. Sa forme de singulet, témoigne de l'équivalence des deux CH3 et donc de la libre rotation de la liaison N-N de l'hydrazine. Sur la figure IV-14 est représenté les spectres RMN du ligand hept-pz et hept-pz-d1. On observe une perte du pic à 6.5 ppm lorsque le proton est échangé par un deutérium. Figure IV-14: Spectres RMN du proton centrés sur la zone des protons aromatiques. En noir hept-pz-d1, en rouge heptpz. Les spectres RMN du carbone 13 (figure IV-15), des informations similaires sont obtenues. Alors qu'un seul pic est obtenu pour les carbones des CH2 (noté A) pour hept-2-tz et hept-pz, quatre pics sont obtenus pour le ligand hept-hz. Cette information nous indique que les groupements pyrazole et triazole influent peu sur la symétrie de la molécule, alors que le groupement hydrazine différencie chaque chaine isobutyle. Les carbones du groupement heptazine ont un déplacement chimique situé entre 150 et 165 ppm. Pour les ligands hept-pz et hept-2-tz, 4 pics correspondent aux carbones de l'heptazine, attestant de la symétrie du groupement suivant un plan perpendiculaire à l'heptazine, dans l'axe de la liaison Cheptazine-Npyrazole/triazole. Encore une fois, bien que le pyrazole n'ait pas de symétrie suivant ce plan, il influe peu sur la symétrie globale de la molécule. En revanche pour le ligand hept-hz, six pics sont obtenus, attestant que l'ajout du groupement hydrazine brise la symétrie de l'heptazine. Cela s'explique par l'encombrement stérique des méthyls de la di(méthyl)hydrazine et de la non-rotation de la liaison Cheptazine-Nhydrazine. Pour les ligands hept-pz et hept-2-tz, les carbones aromatiques des groupements complexant donne une information similaire aux spectres RMN du proton. Les trois pics correspondant au groupement pyrazole sont liés aux protons aromatiques visibles sur la figure 10 (voir Annexe). Et de même le pic à 138,5 ppm observé sur le spectre RMN 13C du ligand hept-2-tz correspond aux deux carbones équivalents du groupement triazole. du ligand hept-hz se traduisent en RMN du carbone par un unique pic, confirmant que les deux méthyls sont équivalents et que la liaison NN est en rotation. Figure IV-15: Spectres RMN du carbone 13 des ligands hept-hz (vert), hept-pz (rouge) et hept-2-tz (bleu). Les attributions suivent un code couleur, en orange les groupements isobutyles, hydrazine (vert), pyrazole (rouge) et triazole (bleu). Solvant : CDCl3 85 IV-C-3. Les heptazines sont des molécules qui absorbent dans le proche UV (200-300 nm). Leurs coefficients d'absorption molaire sont généralement élevés (≈105 L.mol-1.cm-1). Figure IV-16: Spectres UV-Vis des ligands hept-pz (rouge), hept-hz (vert) et hept-2-tz (bleu) Sur la figure IV-16, les spectres UV-Vis des ligands synthétisés sont représentés. Pour les ligands hept-pz et hept-2-tz, deux transitions associées à des énergies différentes peuvent être observées : i- Entre 260 et 280 nm, des transitions très intenses avec des coefficients d'absorption molaire de l'ordre de 105 L.mol-1.cm-1, qui sont classiquement attribuées dans la littérature à des transitions du type π→π*.18–20 Ces transitions électroniques correspondent à des énergies d'environs 4,6eV ii- Entre 330 et 380 nm, des absorptions intenses, avec des coefficients d'absorptions molaires de l'ordre de 103 L.mol-1.cm-1 attribuées à des transitions du type n→π*.18,19 Les énergies correspondantes à ces transitions sont d'environ 3,3 -3,4eV. Les transitions entre l'HOMO et la LUMO sont généralement de faible intensité et sont difficilement observables sur les spectres.18 Ces deux molécules étant très proches structurellement (seulement un atome diffère), il était attendu que leurs spectres UV-Visible soient comparables. Pour le ligand hept-hz, on retrouve la bande de forte intensité à 270 nm, attribuée aux transitions π→π*. En revanche, on note la disparition de la bande entre 330 et 380 nm, attribuée 86 aux transitions n→π*. La présence de l'hydrazine peut impacter les orbitales de type n et ainsi déplacer la bande d'absorption vers les plus faibles longueurs d'onde. On relève aussi l'apparition d'une bande à 232 nm (5,3 eV), inexistante pour les deux autres composés. Ne disposant pas de calculs théoriques, il est difficile de déterminer la nature de cette transition. En revanche, dans la littérature, des absorptions comparables peuvent être observées avec des heptazines portant des fonctions –NH, sans avoir été précisément attribuée. Ces études permettent toutefois de conclure que la présence de cette seconde bande est due au substituant NH. IV-C-4. Pour certains composés, lorsqu'un électron est dans un état excité, un photon peut être émis lorsque celui-ci retourne à son état fondamental. Les différentes transitions électroniques qui suivent l'absorption d'un photon sont représentées dans le diagramme de Jablonski. (Figure IV17) Figure IV-17: Diagramme de Jablonski Lorsqu'un photon est absorbé, la molécule, initialement dans un état fondamental singulet S0, s'excite et atteint des états singulets plus haut en énergie (S1 et S2). L'énergie du photon absorbé correspond alors à la différence d'énergie entre S0 et ces états excités. Lorsque la molécule est dans un état excité vibrationnel, elle relaxe par vibration jusqu'au niveau d'énergie plus bas le plus proche. C'est ce qu'on appelle la relaxation vibrationnelle. Lorsque la molécule est dans un état excité S1, plusieurs phénomènes peuvent apparaitre : - Une transition vers un niveau vibrationnel de S0 de même énergie que S1 peut se réaliser. C'est ce qu'on appelle la conversion interne. Suite à cette conversion, l'électron retourne à l'état fondamental via une relaxation vibrationnelle. Dans ce cas, aucune émission de 87 photons n'est observée. Pour ce type de relaxation, les temps de vie des états excités sont de l'ordre de 10-12 s à 10-10s. Ces relaxations non-radiatives, entre deux niveaux d'énergie, entrainent une baisse du rendement quantique. (rendement quantique = photon émis ) photon absorbés - Une transition vers le niveau fondamental S0 ou un de ses états vibrationnels plus bas en énergie que S1. Cette transition électronique se manifeste par l'émission d'un photon, c'est ce qui est appelé la fluorescence. Dans ce cas, la durée de vie de l'espèce excitée est relativement courte (10-10 à 10-7s) - Une transition vers un niveau vibrationnel d'un état triplet, de même énergie que S1, peut apparaitre, c'est ce qu'on appelle « intersystem crossing ». Lorsque cet état T1 est peuplé, l'électron peut retourner à l'état fondamental S0 via l'émission d'un photon, c'est ce qu'on appelle la phosphorescence. Dans ce cas, le temps de vie de l'état excité augmente considérablement. (10-6 à 10s) Lorsqu'une émission de photons est observée, il existe deux manières de différencier la fluorescence de la phosphorescence. En effet, le temps de vie de l'état excité est plus court pour la fluorescence que pour la phosphorescence, car les transitions d'un état triplet vers un état singulet induisent un changement de spin et sont alors interdites. Aussi, les énergies relatives à ces émissions sont différentes. Dans le cas de la fluorescence, les photons de plus hautes énergies correspondent aux transitions S1→S0, ce qui correspond aux absorptions les plus faible en énergie (S0→S1). Lorsque les spectres d'absorption et d'émission sont représentés, il y a alors un léger recouvrement entre les bandes d'absorption et d'émission. En revanche, lors de la phosphorescence, les transitions de T1→S0 sont généralement plus faible en énergie, il n'y alors aucun recouvrement des bandes qui est observé. Dans le cas d'émission par fluorescence, il est possible de retrouver le gap HOMO-LUMO, en calculant l'énergie correspondant à la longueur d'onde d'émission où l'absorption et l'émission se recouvrent. Cette longueur d'onde correspond aux transitions S1→S0. Figure IV-18:A droite : Spectres d'absorptions (pointillés) et d'émissions (lignes pleines) des ligands hept-2-tz (bleu), hept-hz (vert) et hept-pz (rouge). Tous les spectres ont été normalisés pour une meilleure lisibilité. Les longueurs d'onde d'excitation sont de 270 nm pour hept-pz et hept-hz et de 267 nm pour hept-2-tz. Un filtre bloquant les longueurs d'onde supérieures à 290 nm a été utilisé à la sortie de la source lumineuse. A gauche : Zoom sur la zone de recouvrement entre l'émission et l'absorption. [hept-hz] = 6.10-6mol.l-1 [hept-2-tz] = 4.10-6 mol.L-1 [hept-pz] =5.10-7 mol.L-1 Sur la figure IV-18 sont représentés les spectres normalisés d'absorption et d'émission des ligands synthétisés. Les longueurs d'onde d'émission obtenues pour hept-pz, hept-hz et hept-2-tz sont comparables aux résultats obtenus dans de précédentes études, avec des maximums d'émission respectifs à 399 nm, 381 nm et 411 nm.18,20 Les énergies correspondantes à ces transitions sont respectivement de 3,1 eV, 3,25 eV et 3,0. Des excitations à différentes longueurs d'onde (230, 290 et 340 nm) ont été réalisées sans que le maximum d'émission ne soit modifié. Ainsi, les déplacements de Stokes sont calculés à partir de l'absorption de plus faible énergie et le maximum d'émission. Ces déplacements correspondant aux ligands hept-hz, hept-pz, et hept-2tz sont respectivement de 0,41 eV, 0,28 eV et 0,29 eV. Ces valeurs sont relativement faibles par rapport à ce qui décrit dans la littérature, où les valeurs varient entre 0,4 eV et 0,9. Les substituants utilisés dans la littérature ont un caractère donneur, comme c'est le cas de l'hydrazine. En revanche, les substituants triazole et pyrazole étant peu donneur, ils peuvent être une raison pour laquelle les déplacements de Stokes obtenus pour ces deux ligands sont relativement faibles. Les recouvrements entre les bandes d'émissions et d'absorption pour hept-hz, hept-2-tz et hept-pz ont respectivement lieu à 323 nm 365 nm et 367 nm. Les énergies correspondantes sont respectivement des 3,8 eV 3,4 eV et 3,4 eV. Ce recouvrement entre les bandes d'absorptions et d'émissions permet de classer les photoémissions comme de la fluorescence. Pour les ligands hept-pz et hept-2-tz, les bandes d'émissions présentent des épaulements de part et d'autre du maximum d'absorption. Cela peut s'expliquer par la présence de trois bandes rapprochées, correspondant chacune à différentes conformations des molécules. Ces épaulements ne sont pas visibles pour hept-hz. Dans la littérature, seules des heptazines substitués par trois groupements identiques ont été analysées en fluorescence, pour lesquelles ces épaulements ne sont pas observés. Sur les ligands, la présence de différents substituants peut induire des états vibrationnels et ainsi favoriser la relaxation vers ces états. Non seulement la modification des groupements liés à l'heptazine affecte l'énergie liée à l'émission d'un photon, mais cela affecte aussi le rendement quantique. Sur la figure 19 est représenté le rapport entre l'émission et l'absorbance à la longueur d'onde d'excitations, à une concentration donnée pour les différents ligands. L'absence de références dans l'acétonitrile pour ces longueurs d'onde d'émission et d'excitations a empêché le calcul des rendements quantiques. Cependant la figure IV-19 permet de comparer ce rendement pour différents ligands. Il apparait que le ligand hept-pz a un bien meilleur rendement quantique que ligand hept-2-tz et hept-hz, ce dernier ne fluoresce que très faiblement. En effet, le rendement quantique de hept-pz est supérieur à celui de hept-2-tz d'un facteur 40 et à celui de hept-hz d'un facteur 350. L'ajout du substituant hydrazine apporte une fonction NH et sa vibration est connue pour atténuer ou supprimer la fluorescence. Dans le cas de hept-2-tz, seule la liaison N-N-N diffère de son homologue hept-pz, c'est pour cette raison que nous attribuons la chute du rendement quantique à cette fonction. Figure IV-19:Spectre de fluorescence traçant l'émission divisé par l'absorption du composé en fonction de la longueur d'onde. En vert est représenté hept-hz, hept-2-tz en bleu et hept-pz en rouge Les données obtenues sont proches de celles reportées dans la littérature. Bien que les temps de vie et rendements quantiques n'aient pas pu être mesurés, nous pouvons nous attendre à des résultats comparables à ceux déjà reportés dans de précédentes études. Les dérivés heptazines 90 présentent un temps de vie de l'ordre de 100ns et les rendements quantiques associés varient entre 0,4% et 20% 21–23 (jusqu'à 91% dans certains cas, utilisant des substituants TPA) IV-C-5. Electrochimie Pour compléter l'étude des propriétés physicochimiques des ligands. Une analyse électrochimique est réalisée afin de mesurer les potentiels d'oxydation et de réduction. Figure IV-20: Voltampérométries cycliques des ligands hept-pz, hept-hz, hept-2-tz. Les potentiels ont été calibrés vs ENH via le potentiel du ferrocène. Solvant : acétonitrile. Sel de fond : [ Bu 4 NBF4] =0,1 M. [ligand]= 1,0 mM. Les heptazines ont généralement des vagues d'oxydations irréversibles à haut potentiel (> 2V / ENH), ainsi que des vagues de réductions irréversibles à bas potentiel (<-1,5 V / ENH). Les cyclovoltampérogrammes des ligands synthétisés sont représentés figure IV-20. Les ligands hept-pz et hept-2-tz ont des potentiels de réduction et d'oxydation dans les gammes de potentiels attendus. En revanche, deux vagues d'oxydations sont observées pour le ligand hept-hz. La première oxydation a lieu à 1,44V, ce qui est très bas comparer aux potentiels des heptazines. Cette oxydation est due à la présence d'une amine tertiaire, disposant d'un doublet non liant facilement oxydable.24 La seconde vague d'oxydation et la vague de réduction, sont à des potentiels correspondants aux potentiels habituels des heptazines. Le calcul du gap HOMO-LUMO en utilisant les voltampérométries obtenues peut être source d'erreur. En effet, les réductions et oxydations étant irréversibles, nous n'avons pas accès aux réels potentiels redox. Des effets de surtensions peuvent augmenter les différences de potentiel mesurés. Tableau IV-2 : Récapitulatif des gaps mesurés via différentes techniques analytiques. Hept-pz Hept-2-tz Hept-hz Energies des 4,6 (π→π*) 4,6 (π→π*) 4,6 (π→π*) transitions UV (eV) 3,4 (n→π*) 3,4 (n→π*) 5,3 3,1 (maximum) 3,0 (maximum) 3,25 (maximum) 3,4 (intersection) 3,4 (intersection) 3,8 (intersection) 3,89 4,25 Energies des transitions en fluorescence (eV) Différences de potentiels mesurés (V) 3,63 4,60 Dans le tableau 2, sont réunis les gaps mesurés via différentes techniques pour les trois ligands. Les gaps mesurés en spectroscopie pouvant correspondre au gap HOMO-LUMO sont plus faibles que les DDP mesurées en électrochimie. Comme énoncé précédemment, cette différence est probablement due au caractère irréversible des vagues d'oxydation et de réduction.
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French-Science-Pile
Open Science
Various open science
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R-D des entreprises, 2005 et 2015
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40 Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l’OCDE 2017 © OCDE 2018 1. ÉCONOMIE DU SAVOIR ET TRANSFORMATION NUMÉRIQUE 2. Croissance, emploi et transformation numerique Quelles compétences pour le monde numérique de demain ? Pour identifier les compétences nécessaires à la transformation digitale, il faut pouvoir appréhender quelles qualifications font défaut (et/ou sont particulièrement demandées) et appellent une majoration salariale dans les secteurs plus ou moins exposés au numérique. Un certain nombre de compétences ont une incidence notable sur la performance des entreprises. De fait, les secteurs à forte intensité numérique ont de meilleurs rendements du marché du travail que les autres secteurs. Par ailleurs, certaines compétences semblent jouer un rôle particulièrement important dans les activités à forte intensité numérique, en particulier celles ayant trait à l’analyse quantitative, à l’utilisation des TIC, à la maîtrise du calcul, au domaine des STIM, ainsi qu’à l’organisation autonome, aux qualités d’encadrement, et à la communication. Ce phénomène s’expliquerait par le fait que les personnes exerçant dans ces domaines travaillent de façon plus indépendante et décentralisée (e.g. en télétravail), exécutent une proportion relativement plus élevée de tâches non routinières, ou sont confrontées à des environnements en constante évolution, dans lesquels les compétences techniques, alliées aux qualités de communication et d’organisation, gagnent en puissance. 33. Rendements additionnels des compétences sur le marché du travail dans les secteurs à forte intensité numérique, 2012 ou 2015 Évolution (en pourcentage) de la rémunération horaire pour une augmentation d’un écart type des compétences Rendements des compétences dans les secteurs moins exposés au numérique Rendements additionnels des compétences dans les secteurs à forte intensité numérique Coefficient non significatif à 5 % % 12 10 8 6 4 2 ue ng ili tr i aî M et g ti n M ar ke se co de m la pt la ab en pr d’ ap té on Vo l so Ré té e dr es m ob pr de n tio lu ni ga Or -A ST IM lè no to au n tio sa se na ly tc te en em dr En ca e iv at tit an qu m om se tr i aî M m e n io un du ic ca es nc te pé m Co at lc TI C ul 0 Source : Calculs de l’OCDE d’après la Base de données du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC), juin 2017. Voir notes de chapitre. 12 http://dx.doi.org/10.1787/888933720053 Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l’OCDE 2017 © OCDE 2018 41 1. ÉCONOMIE DU SAVOIR ET TRANSFORMATION NUMÉRIQUE 2. Croissance, emploi et transformation numerique Emploi : des gagnants et des perdants Entre 2010 et 2015, l’emploi total a progressé de 4.9 % dans la zone OCDE (soit un gain net d’environ 27 millions d’emplois). Cette hausse s’observe principalement dans les pays hors UE – un gain net de 12.9 millions de postes est enregistré dans la seule zone de l’ALENA, contre seulement 3.6 millions dans l’Union européenne. La plupart des créations nettes d’emplois se concentrent dans les secteurs des services des pays de l’OCDE (en hausse de 24.8 millions) ; à cela s’ajoutent 2 millions de postes dans les activités manufacturières. En 2016, l’emploi dans l’Union européenne a solidement progressé pour la troisième année consécutive, portant à 6.4 millions le nombre de créations nettes pour la période 2010-16, dont une hausse notable de 3.9 millions d’emplois concerne les Activités professionnelles, scientifiques et techniques, et les Autres services aux entreprises. Derrière ces chiffres se cachent toutefois d’importantes disparités. De fait, l’Allemagne et le Royaume-Uni affichent tous deux des gains nets de quelque 2.5 millions d’emplois, tandis que l’Espagne, la Grèce et le Portugal peinent à retrouver leurs niveaux d’avant la crise et subissent une perte nette collective s’élevant à 1.5 million de postes au cours de la période considérée. 34. Géographie des pertes et des créations d’emplois, 2010-16 Contribution relative à l’évolution de l’emploi total, par grand secteur d’activité économique Agriculture, sylciculture et pêche Activités extractives, électricité, gaz et eau Activités de fabrication Construction Commerce de gros et de détail, activités d’hébergement et de restauration, transport Activités financières, d’assurances et immobilières Information et communication Activités professionnelles, scientifiques et techniques, autres services aux entreprises Administration publique, éducation, santé et autres services % 100 75 50 25 0 -25 -50 -75 -100 K L IR SV E T AU SW L IS K DN E CZ LV A L BE A FR N FI L D NL PO N JP IT A N SV P ES T PR GR C -125 % Gains, thousands 100 27 826 9 556 75 50 25 0 -750 -25 Losses, thousands -50 -75 -3 143 DE OC 28 UE A L CH US E CH R IS L NZ X LU R GB EX U DE M N CA S N HU AU R TU T R NO ES R KO -100 Note : Les données pour la Corée, Israël, le Japon, le Mexique, la Nouvelle-Zélande et l’agrégat de la zone OCDE se rapportent à la période 2010-15. Source : Calculs de l’OCDE d’après la Base de données des Comptes nationaux annuels, http://www.oecd.org/fr/std/cn, la Base de données pour l’analyse structurelle (STAN), http://oe.cd/stan-fr, et des sources nationales, septembre 2017. Voir notes de chapitre. 12 http://dx.doi.org/10.1787/888933720072 Comment lire ces graphiques On peut « normaliser » les variations de l’emploi par activité économique afin de mettre en évidence la contribution relative de chacune d’elles à la variation totale de l’emploi entre deux périodes, dans chaque pays. Pour ce faire, les variations sectorielles sont exprimées, pour chaque pays, en pourcentage de la somme des variations absolues. Les groupes d’activité sont définis suivant les divisions de la CITI rév. 4. Les créations et les pertes d’emplois correspondent respectivement à la somme des secteurs dans lesquels les variations sont positives et à la somme des secteurs présentant des variations négatives. Le recours à une ventilation plus fine des activités (en se fondant par exemple sur les codes de divisions à deux chiffres de la CITI rév. 4) donnerait lieu à des estimations différentes du nombre total de créations et de pertes d’emplois ; la variation nette totale resterait toutefois inchangée. 42 Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l’OCDE 2017 © OCDE 2018 1. ÉCONOMIE DU SAVOIR ET TRANSFORMATION NUMÉRIQUE 2. Croissance, emploi et transformation numerique Emploi : des gagnants et des perdants Les secteurs de l’information sont réputés être d’importants leviers de croissance dans la zone OCDE, bien qu’ils ne représentent que 5.5 % de l’emploi du secteur des entreprises de cette zone. Entre 1997 et 2015, l’emploi lié aux activités de l’information a progressé de 18 % à l’échelle de la zone, soit une croissance plus rapide que celle de l’emploi dans le secteur des entreprises (13%) au cours de la même période. Ce taux est toutefois sujet à une volatilité conjoncturelle relativement importante depuis 1997. À titre d’exemple, après la crise financière, il a enregistré, dans la zone OCDE, un recul de 4.2 % entre 2008 et 2010, conduisant à la perte de 800 000 emplois. Les États-Unis, après avoir atteint environ 35 % avant 2001, représentent aujourd’hui quelque 30 % de l’emploi de l’OCDE dans les secteurs de l’information, et demeurent un moteur puissant de l’évolution de la main-d’œuvre dans ces secteurs. Les services d’information dominent en matière de créations de postes, tandis que sur la dernière décennie, le secteur manufacturier des TIC a enregistré, des pertes dans bon nombre de pays de l’OCDE, y compris aux États-Unis. 35. Croissance de l’emploi dans les secteurs de l’information, OCDE, 1997-2015 Variation annuelle en pourcentage et en milliers d’individus Variations de l’emploi, services d’information : États-Unis (échelle de droite) Variations de l’emploi, services d’information : OCDE hors États-Unis (échelle de droite) Variations de l’emploi, secteur manufacturier des TIC : États-Unis (échelle de droite) Variations de l’emploi, secteur manufacturier des TIC : OCDE hors États-Unis (échelle de droite) Croissance de l’emploi dans la zone OCDE (échelle de gauche) : secteurs de l’information Croissance de l’emploi dans la zone OCDE (échelle de gauche) : secteur des entreprises % 8 Milliers de personnes 1 200 1 000 6 800 4 600 400 2 200 0 0 - 200 -2 - 400 -4 - 600 - 800 -6 -1 000 -8 14 -1 5 20 13 -1 4 20 12 -1 3 20 11 -1 2 20 10 -1 1 20 9 -1 0 09 20 08 -0 8 20 07 -0 20 06 -0 7 6 20 05 -0 5 20 04 -0 4 03 20 20 -0 3 -0 2 02 20 01 -0 1 20 00 -0 00 20 20 9- 8- 99 19 9 19 9 19 9 79 8 -1 200 Source : Calculs de l’OCDE d’après la Base de données des Comptes nationaux annuels, www.oecd.org/fr/std/cn, la Base de données pour l’analyse structurelle (STAN), http://oe.cd/stan-fr, et des sources nationales, juin 2017. Davantage de données via StatLink. Voir notes de chapitre. 12 http://dx.doi.org/10.1787/888933720091 Définition des secteurs de l’information Les « secteurs de l’information » sont définis d’après la classification CITI rév. 4 ; ils englobent la fabrication d’équipements TIC (division 26 : Fabrication d’ordinateurs, d’articles électroniques et optiques), les services d’information (divisions 58 à 60 : Activités d’édition, audiovisuel et activités de diffusion), ainsi que la division 61 (Télécommunications) et les divisions 62 et 63 (Activités informatiques et autres services d’information). Cette définition couvre donc à la fois le secteur des TIC et le secteur des contenus et médias, comme défini dans OCDE (2011). Le secteur des entreprises englobe pour sa part les divisions 05 à 66 et 69 à 82 de la CITI rév. 4, soit l’ensemble de l’économie à l’exception des divisions suivantes : Agriculture, sylviculture et pêche (divisions 01 à 03), Activités immobilières (68), Administration publique (84), Éducation (85), Santé et activités d’action sociale (86 à 88) et Arts, spectacles et loisirs, Activités de réparation d’articles ménagers et Autres activités de services personnels (90 à 99). Les données sur l’emploi proviennent essentiellement des comptes nationaux et sont exprimées en nombre de personnes, sauf pour le Canada, le Japon et le Mexique, lesquels utilisent le nombre de postes comme unité de mesure. Il conviendra donc de faire attention lorsque l’on comparera l’évolution de l’emploi structurel dans ces trois pays à la situation d’autres pays. Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l’OCDE 2017 © OCDE 2018 43 1. ÉCONOMIE DU SAVOIR ET TRANSFORMATION NUMÉRIQUE 2. Croissance, emploi et transformation numerique L’emploi des uns dépend de la demande de produits des autres Le renforcement de l’intégration économique et politique à l’échelle mondiale rend l’emploi national ou régional de plus en plus tributaire de la demande d’autres pays ou régions. Les Tableaux internationaux des entrées-sorties (TIES) de l’OCDE permettent de décomposer les variations annuelles de l’emploi dans la zone OCDE, afin de rendre compte des fluctuations de la demande finale de biens et de services dans différents pays et régions. Par exemple, entre 2009 et 2013, l’emploi dans le secteur des entreprises de l’OCDE a globalement augmenté de 9.2 millions, mais ce résultat n’est qu’apparence car il dissimule la perte de quelque 10 millions de postes, imputable à une réduction de la demande dans l’Union européenne, largement compensée par la création d’environ 19.2 millions d’emplois destinés à satisfaire la demande émanant des économies hors UE. En 2014, la demande des pays de l’UE avait suffisamment progressé pour induire un effet positif sur les emplois du secteur des entreprises de la zone OCDE. Au cours des dernières années, la fluctuation de la demande dans les économies partenaires a exercé une influence croissante sur l’évolution de l’emploi dans les pays de l’OCDE. 36. Origine de la demande soutenant les emplois dans le secteur des entreprises, zone OCDE, 1995-2014 En millions d’individus, variations annuelles par région d’origine de la demande UE28 ALENA Asie orientale (hors Chine) Asie du Sud-Est (hors Indonésie) BRIICS (hors Chine) Chine Reste du monde Total Millions d’individus 16 12 8 4 0 -4 -8 -12 13 -1 4 20 12 -1 3 20 11 -1 2 20 10 -1 1 20 -1 0 09 20 -0 9 8 20 08 07 -0 7 20 20 20 05 06 -0 -0 6 5 -0 04 20 03 -0 4 3 20 20 02 -0 2 01 -0 1 20 20 -0 20 9- 00 00 99 819 9 19 9 8 79 19 9 97 619 9 19 9 5- 96 -16 Source : Calculs de l’OCDE d’après les Tableaux internationaux des entrées-sorties (TIES), la Base de données pour l’analyse structurelle (STAN), la Base de données des Comptes nationaux annuels, la Base de données sur le contenu en emploi des échanges, et des sources nationales, juin 2017. Voir notes de chapitre. 12 http://dx.doi.org/10.1787/888933720110 37. Origine de la demande soutenant les emplois dans les secteurs de l’information, zone OCDE, 1995-2014 En millions d’individus, variations annuelles par région d’origine de la demande UE28 ALENA Asie orientale (hors Chine) Asie du Sud-Est (hors Indonésie) BRIICS (hors Chine) Chine Reste du monde Total Millions d’individus 1.5 1.0 0.5 0 -0.5 13 -1 4 20 12 -1 3 20 11 -1 2 20 10 -1 1 20 -1 0 09 20 9 20 08 -0 8 20 07 -0 7 20 06 -0 6 20 05 -0 5 20 04 -0 4 20 03 -0 3 20 02 -0 2 20 01 -0 1 -0 00 20 00 920 8- 99 19 9 19 9 8 79 19 9 97 619 9 19 9 5- 96 -1.0 Source : Calculs de l’OCDE d’après les Tableaux internationaux des entrées-sorties (TIES), la Base de données pour l’analyse structurelle (STAN), la Base de données des Comptes nationaux annuels, la Base de données sur le contenu en emploi des échanges, et des sources nationales, juin 2017. Voir notes de chapitre. 12 http://dx.doi.org/10.1787/888933720129 44 Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l’OCDE 2017 © OCDE 2018 1. ÉCONOMIE DU SAVOIR ET TRANSFORMATION NUMÉRIQUE 2. Croissance, emploi et transformation numerique L’emploi des uns dépend de la demande de produits des autres L’intégration croissante aux chaînes de valeur mondiales n’est pas sans conséquences sur la demande de compétences dans les pays. On estime qu’en 2014, aux États-Unis, les travailleurs très qualifiés représentaient 38 % des quelque 13 millions d’employés du secteur des entreprises dont les activités productives étaient destinées à satisfaire la demande finale extérieure. Même constat dans les 22 pays de l’UE membres de l’OCDE, où les professions hautement qualifiées représentaient 36 % des 54 millions de salariés travaillant pour répondre à la demande extérieure ; demande qui, en majorité, émanait d’autres pays de la zone. Toutefois on constate des disparités selon les pays de l’UE, avec des taux variant d’environ 25 % en Grèce et en République slovaque, à plus de 40 % dans les pays où le secteur des services occupe une place prépondérante, à l’instar du Luxembourg (56 %), du Royaume-Uni (47 %), de la Suède (46 %), de la Finlande (43 %) et de la France (43 %). Dans les autres pays de l’OCDE, la part des emplois hautement qualifiés soutenus par la demande extérieure allait d’environ 21 % en Australie et en Corée à 40 % au Canada. Ces écarts reflètent les disparités observées quant aux compétences requises pour produire à des fins de consommation intérieure et d’exportation, aux profils de compétences de la main-d’œuvre des sociétés étrangères et nationales, et à la composition structurelle de la demande finale intérieure et extérieure. 38. Emplois du secteur des entreprises soutenus par la demande finale extérieure, par intensité de qualification, 2014 En pourcentage de l’emploi total du secteur des entreprises % 100 Haute qualification Qualification moyenne Faible qualification Total des emplois du secteur des entreprises soutenus par la demande extérieure, 2004 80 60 40 20 R AU S JP N US A N TU CA C R GB A GR IT A FR N R ES P NO R KO FI L BE K SW E NL D PO L LV A AU T PR T DE U E CH DN T ES L K CZ E SV N SV L N IS HU IR LU X 0 Note : Les estimations des emplois soutenus par la demande finale extérieure sont tirées des Tableaux internationaux d’entrées-sorties (TIES) de l’OCDE pour 2004 ; celles concernant 2014 sont des projections ou actualisations préliminaires. Cet indicateur expérimental décompose l’emploi total soutenu par la demande finale extérieure en trois catégories d’intensité de qualification, définies selon les grands groupes de la Classification internationale type des professions 2008 (CITP-08) : professions très qualifiées (grands groupes 1 à 3 de la CITP-08), moyennement qualifiées (groupes 4 à 7) et peu qualifiées (groupes 8 et 9). Source : Calculs de l’OCDE d’après les Tableaux internationaux des entrées-sorties (TIES) de l’OCDE, la Base de données des Comptes nationaux annuels, les bases de données pour l’analyse structurelle (STAN) et sur le Contenu en emploi des échanges, la Base de données mondiale des entrées-sorties, les enquêtes européennes sur les forces de travail, les enquêtes nationales sur la population active et d’autres sources nationales, juin 2017. Voir notes de chapitre. 12 http://dx.doi.org/10.1787/888933720148 Mesurer l’emploi soutenu par la demande finale extérieure Les biens et services acquis par les individus comprennent des intrants produits sur le territoire national ou importés de différents pays du monde. Or les flux de biens et de services circulant au sein des chaînes de production mondiales ne transparaissent pas toujours dans les statistiques traditionnelles sur les échanges internationaux, ni dans les tableaux nationaux des entrées-sorties, ou des ressources et des emplois, lesquels décrivent les flux intersectoriels (ou entre groupes de produits) des biens et services intermédiaires que les pays utilisent pour produire et satisfaire leur demande intérieure et extérieure. S’appuyant sur ces sources de données, et bien d’autres, les Tableaux internationaux des entrées-sorties (TIES) de l’OCDE fournissent des estimations des flux de biens et de services circulant entre 63 économies, ventilés selon 34 activités économiques fondées sur la CITI rév. 3 (dont 16 secteurs manufacturiers et 14 secteurs de services) et couvrant la période 1995-2011. Dans cette analyse, le secteur des TIC, défini conformément à la CITI rév. 3, englobe la fabrication d’ordinateurs, d’articles électroniques et optiques (divisions 30, 32 et 33), les postes et télécommunications (division 64) et les activités informatiques et activités rattachées (division 72). Les TIES sont notamment utilisés pour bâtir un ensemble d’indicateurs sur les échanges en valeur ajoutée (TiVA) permettant d’identifier l’origine (tant locale qu’étrangère) de la valeur ajoutée des exportations des pays et de la demande finale. Ils permettent également d’estimer le contenu en emplois (autrement dit les emplois soutenus par) de la demande finale extérieure, à l’instar des estimations du contenu en valeur ajoutée locale de la demande finale extérieure. Les indicateurs expérimentaux sur l’emploi reposent néanmoins sur plusieurs grandes hypothèses. On suppose notamment qu’au sein de chaque secteur, la productivité de la main-d’œuvre des entreprises exportatrices est la même que celle des entreprises productrices de biens et de services destinés à un usage exclusivement national, et que, pour une production donnée, la part d’importations dans la production est la même pour l’ensemble des entreprises, qu’elles soient exportatrices ou non. Il s’avère néanmoins que les entreprises exportatrices enregistrent une productivité du travail plus élevée et ont davantage recours aux importations pour produire. Des efforts complémentaires devront être déployés pour tenir compte de l’hétérogénéité des entreprises dans le cadre des TIES et réduire les éventuelles surestimations découlant des hypothèses actuelles. Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l’OCDE 2017 © OCDE 2018 45 1. ÉCONOMIE DU SAVOIR ET TRANSFORMATION NUMÉRIQUE 2. Croissance, emploi et transformation numerique Évolution de la nature des emplois L’innovation et les nouvelles technologies – en particulier les technologies de l’information et des communications (TIC) –, alliées à l’évolution de l’organisation de la production des entreprises, à l’échelle tant locale qu’internationale, transforment les emplois et les profils de compétences de la main-d’œuvre. Les économies à forte intensité d’utilisation des TIC sont aussi celles qui présentent une part d’emplois non routiniers plus importante. Ces derniers se caractérisent par l’exécution de tâches relativement complexes, difficiles à codifier ou à séquencer (comme la programmation ou la prise de décisions). On retrouve ce type de postes à la fois dans les services et dans le secteur de la fabrication. Si, en apparence, les emplois dans les services ont davantage recours aux TIC pour l’exécution de tâches, la corrélation positive entre la composante non répétitive des tâches et leur intensité en TIC est généralement plus marquée dans le secteur manufacturier. La structure organisationnelle des entreprises, l’adoption des technologies, leur participation aux chaînes de valeur mondiales, ou le degré d’automatisation, de délocalisation et de relocalisation des emplois manufacturiers routiniers sont autant de facteurs qui contribuent à ces phénomènes. 39. Part de l’emploi non répétitif et de l’intensité des tâches liées aux TIC, 2012 ou 2015 Corrélation avec les valeurs sectorielles moyennes dans chacun des grands secteurs Secteurs des services marchands Emplois non répétitifs (%) 75 NOR FRA 65 SGP JPN 55 ISR GRC KOR LTU 45 TUR IRL EST CHL 35 POL 25 SVN BEL AUT GBR β = 0.97*** CAN USA CZE DEU NZL NLD DNK AUS SWE SVK ESP ITA FIN 15 30 35 40 45 50 55 60 65 70 Intensité des tâches liées aux TIC Secteurs Manufacturiers Emplois non répétitifs (%) 75 NOR 65 ISR GRC 55 SGP JPN 45 CHL AUT KOR FRA 35 IRL CZE LTU 25 TUR 35 CAN AUS USA SWE FIN DNK GBR ESP POL SVK 15 30 EST BEL DEU ITA SVN β = 1.32*** NLD NZL 40 45 50 55 60 65 70 Intensité des tâches liées aux TIC Source : Calculs de l’OCDE d’après la Base de données du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC), juin 2017. Voir notes de chapitre. 12 http://dx.doi.org/10.1787/888933720167 Contenu des emplois en tâches répétitives et en tâches liées aux TIC L’OCDE a dernièrement mis au point des indicateurs fondés sur les composantes des emplois, afin de mesurer l’« intensité routinière » (Marcolin et al., 2016) et l’« intensité des tâches liées aux TIC » des professions (Grundke et al., 2017). Les deux ensembles d’indicateurs s’appuient sur des informations extraites du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC) de l’OCDE. L’« intensité routinière » des emplois reflète le degré d’autonomie dont disposent les travailleurs pour planifier et organiser leurs activités et leur temps, ainsi que la liberté dont ils jouissent pour décider de l’exécution et de l’ordonnancement de leurs tâches. L’« intensité des tâches liées aux TIC », quant à elle, révèle la palette des tâches exécutées, allant de la simple consultation de l’internet à l’utilisation des logiciels Word ou Excel, ou d’un langage de programmation. Ces approches fondées sur les composantes des emplois présentent un avantage par rapport aux études précédentes : elles permettent d’opérer une distinction entre les tâches que les salariés exécutent au travail et les compétences dont ils sont dotés. 46 Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l’OCDE 2017 © OCDE 2018 1. ÉCONOMIE DU SAVOIR ET TRANSFORMATION NUMÉRIQUE 2. Croissance, emploi et transformation numerique Formation en entreprise Les travailleurs qui exécutent des tâches non répétitives ou des tâches à forte intensité de TIC présentent généralement un niveau de qualification relativement élevé. La formation en entreprise est un moyen de motiver et de récompenser les travailleurs, tout en alignant leurs compétences sur les besoins des entreprises. Elle peut en outre contribuer à réduire les inégalités et doter les travailleurs peu qualifiés des compétences nécessaires pour affronter la transformation numérique. Pourtant, les faits montrent que la formation a surtout servi à renforcer les compétences des personnes disposant déjà d’un niveau de qualification moyen à élevé. En moyenne, dans les pays examinés, entre 30 % (pour la Fédération de Russie et la Grèce) et 76 % (aux Pays-Bas, au Danemark et en Finlande) des travailleurs ont bénéficié de formations proposées par leur employeur. Exception faite de la Turquie, moins d’un quart des travailleurs ayant bénéficié d’une formation sont peu qualifiés ; en revanche, entre un quart (en Autriche) et les trois quarts (dans la Fédération de Russie) des plus qualifiés ont suivi une formation. 40. Travailleurs ayant bénéficié d’une formation en entreprise, par niveau de qualification, 2012 ou 2015 En pourcentage du nombre total d’actifs occupés Qualification faible % 80 Qualification moyenne Qualification élevée 70 60 50 40 30 20 10 R A IT A GR C RU S TU FR K L LT U SV PO L P CH L JP N ES T R BE KO N AU R SV E IS U CZ T ES DE L IR R SW E US A CA N AU S GB R L NZ NO FI N DN K NL D 0 Source : Calculs de l’OCDE, d’après la Base de données du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC), juin 2017. Voir notes de chapitre. 12 http://dx.doi.org/10.1787/888933720186 Comment mesurer la formation La formation en entreprise permet de doter les individus des compétences dont ils ont besoin pour mener à bien leur mission et pour passer d’un emploi à un autre, des atouts particulièrement essentiels dans un environnement marqué par l’évolution rapide de la technologie. En l’absence de méthodologies établies à l’échelle internationale pour mesurer les investissements des entreprises en matière de formation, l’OCDE (Squicciarini et al., 2015) a mis au point une nouvelle approche pour estimer le recours à différents types de formations. On distingue ainsi la formation formelle, dispensée dans un cadre organisé, extérieur à l’environnement professionnel, sanctionnée par un diplôme délivré par un établissement d’enseignement, de la formation en cours d’emploi, qui peut être dispensée au sein ou en dehors de l’entreprise mais ne donne généralement pas lieu à l’obtention d’un diplôme officiel. Les chiffres concernant la formation reflètent le nombre d’employés qui, dans le cadre de l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC), ont déclaré avoir suivi une formation au moins une fois dans l’année, qu’ils appartiennent au secteur public ou au secteur privé. Une pondération est appliquée pour que ces valeurs soient représentatives sur le plan national. Les chiffres relatifs à la fréquence des formations peuvent masquer des différences quant à la durée de la période de formation, selon les individus et les pays. Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l’OCDE 2017 © OCDE 2018 47 1. ÉCONOMIE DU SAVOIR ET TRANSFORMATION NUMÉRIQUE 2. Croissance, emploi et transformation numerique Les femmes au travail La rapidité, l’échelle et la portée de la transformation numérique remodèlent tous les aspects de la vie des individus, y compris sur le plan professionnel. Les modalités de travail nouvelles et atypiques peuvent certes ouvrir la voie à davantage de flexibilité, mais au détriment de la qualité de l’emploi. La manière dont les connaissances sont générées et partagées peut contribuer à lever un certain nombre de barrières culturelles ou institutionnelles, mais également à en créer de nouvelles. Dans un monde de plus en plus incertain, établir des prévisions relève de la gageure. D’où l’importance de développer et de renforcer les compétences, afin d’aider les travailleurs à affronter le changement numérique et en tirer le meilleur parti. La rémunération des femmes reste souvent très inférieure à celle des hommes, même si l’on tient compte des caractéristiques personnelles et professionnelles. Les compétences n’expliquent qu’en partie les écarts de salaire entre les hommes et les femmes dans les différents pays. Par exemple, les hommes tendent à être dotés d’un niveau relativement plus élevé de compétences STIM, lesquelles sont valorisées sur le marché du travail. Les écarts se resserrent lorsque l’on tient compte des compétences, sans toutefois disparaître totalement, révélant ainsi d’autres sources d’inégalités salariales qui vont des choix organisationnels d’affectation des responsabilités de projet, à la titularisation des employés, en passant par la discrimination. Les compétences TIC sont l’un des facteurs qui expliquent les inégalités salariales entre les hommes et les femmes. Les estimations indiquent que, toutes choses égales par ailleurs, le rendement de la composante TIC est plus élevé pour les femmes que pour les hommes. La formation des femmes et l’acquisition de compétences TIC complémentaires pourraient donc ouvrir la voie à de meilleures rémunérations et à une réduction des écarts salariaux entre les sexes. 41. Écarts salariaux hommes-femmes, par pays, 2012 ou 2015 Différences de salaire horaire, en pourcentage (avec et sans prise en compte des différents types de compétences) Écart salarial hommes-femmes, avec prise en compte des compétences % 40 Écart salarial hommes-femmes, sans prise en compte des compétences 35 30 25 20 15 10 5 T N JP R ES KO LT U P CH L SV K L N ES CA E N PO FI R A CZ GB T US L AU A NZ FR IT A AU S NL D N SW E GR C L BE SV L IR IS R RU S DE U NO R TU R DN K 0 Source : Calculs de l’OCDE d’après la Base de données du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC), septembre 2017. Voir notes de chapitre. 12 http://dx.doi.org/10.1787/888933720205 42. Rendement de la composante TIC sur le marché du travail, par sexe, 2012 ou 2015 Pourcentage de variation du salaire horaire pour une augmentation de 10 % de l’intensité des tâches liées aux TIC (par rapport à la moyenne nationale, par sexe) Femmes % 5 Hommes Coefficient non significatif à 10 % 4 3 2 1 K R IS DN L PO N IT A CH L GR C SW E AU S FR A NO R R SV L TU NZ K P AU T JP N DE U ES SV E N FI L D CZ NL R S BE GB RU T LT U R ES N KO A CA US IR L 0 Source : Calculs de l’OCDE d’après la Base de données du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC), septembre 2017. Voir notes de chapitre. 12 http://dx.doi.org/10.1787/888933720224 48 Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l’OCDE 2017 © OCDE 2018 1. ÉCONOMIE DU SAVOIR ET TRANSFORMATION NUMÉRIQUE 2. Croissance, emploi et transformation numerique Les femmes au travail La formation joue un rôle essentiel dans l’amélioration des compétences de la main-d’œuvre et augmente par là même la base de capital humain d’une économie. Des travaux de recherche de l’OCDE ont montré que les femmes sont proportionnellement plus nombreuses à suivre des formations en cours d’emploi ; en revanche, elles sont sensiblement moins nombreuses que les hommes à le faire pendant les heures de travail. Peuvent toutefois entrer en ligne de compte des facteurs tels que la propension plus ou moins élevée à travailler à temps partiel ou à développer ses compétences, les choix des employeurs quant aux personnes à former, et les rendements que les entreprises attendent de la formation. 43. Employés ayant suivi des formations en cours d’emploi, par sexe, 2012 ou 2015 En pourcentage du nombre total d’employés du même sexe, dans l’économie considérée % 100 Femmes : hors temps de travail Femmes: pendant temps de travail Hommes : hors temps de travail Hommes : pendant temps de travail Femmes 75 50 25 0 25 50 75 N FI P R ES T NO R AU S NL D DN K US A NZ L SW E GB SG L IR CA U BE L CZ E ES P AU T KO R SV N R IS DE C IT A TU R SV K FR A JP N LT U PO L CH L CY P S RU GR N Hommes 100 Source : Calculs de l’OCDE d’après la Base de données du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC), septembre 2017. Voir notes de chapitre. 12 http://dx.doi.org/10.1787/888933720243 Investir dans les compétences pour réduire les écarts salariaux entre hommes et femmes En l’absence de mesures convenues à l’échelle internationale pour évaluer l’investissement dans la formation, l’OCDE propose de recourir à une méthodologie expérimentale pour estimer l’investissement dans différents types de formations. La formation formelle est une formation dispensée dans un cadre organisé, extérieur à l’environnement professionnel, et sanctionnée par un diplôme. La formation en cours d’emploi peut quant à elle être dispensée au sein ou en dehors de l’entreprise, mais ne débouche généralement pas sur l’obtention d’un diplôme officiel (Squicciarini et al., 2015). Pour évaluer quelles compétences sont davantage valorisées sur le marché du travail, l’OCDE (Grundke et al., à paraître) estime le rendement des compétences ; pour ce faire, elle analyse la corrélation entre la rémunération du travail, sous la forme des salaires, et les compétences dont disposent les travailleurs. L’évaluation du rendement des compétences par sexe peut aider à repérer quels types de formation sont davantage susceptibles de contribuer à réduire l’écart de salaire associé. Les estimations s’appuient sur des indicateurs de compétences cognitives comme la maîtrise de la langue et du calcul, sur les compétences mises en évidence par une analyse des tâches menées par les individus dans le cadre de leur travail (pour de plus amples informations, voir Grundke et al., 2017), ainsi que sur les données du PIAAC. L’indicateur de la composante TIC tient compte de tâches allant de la simple consultation de l’internet à l’utilisation des logiciels Word ou Excel, ou d’un langage de programmation. Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l’OCDE 2017 © OCDE 2018 49 1. ÉCONOMIE DU SAVOIR ET TRANSFORMATION NUMÉRIQUE 2. Croissance, emploi et transformation numerique Productivité sectorielle Comprendre les moteurs de la croissance de la productivité dans l’économie totale nécessite de connaître chaque contribution sectorielle. Dans les années qui ont précédé la crise économique (2001-07), un grand nombre de pays de l‘OCDE ont vu leur productivité croître presque entièrement du fait de la hausse de la productivité dans le secteur manufacturier et de l’augmentation de la part des services aux entreprises dans l’activité globale. La plupart des pays de l’OCDE, pour lesquels les données sont disponibles, affichaient une croissance de la productivité du travail en baisse après le déclenchement de la crise financière en 2008, et ce dans tous les secteurs. L’Estonie, la Finlande, la Grèce, la Lettonie, la République slovaque, la République tchèque, le Royaume-Uni et la Slovénie ont connu un net ralentissement (de plus de 2 %) de la croissance moyenne de leur productivité entre 2009 et 2015 par rapport à la période 2001-07, en particulier avec un recul notable de la croissance de leur productivité manufacturière. Toutefois, certains pays – comme l’Australie, l’Espagne, l’Irlande, Israël, l’Italie et la Pologne – ont dans le même temps enregistré des gains modestes. 44. Décomposition sectorielle de la croissance de la productivité du travail, 2001-07 et 2009-15 Contributions du secteur des entreprises non agricoles à la variation annuelle moyenne en pourcentage Activités extractives; production et distribution d’énergie, collecte et traitement des déchets Activités de fabrication Construction Commerce de gros et de détail, hôtels, services de restauration, transports Information et communication Activités financières et d’assurances Activités professionnelles, scientifiques, techniques et autres services aux entreprises Total du secteur des entreprises non agricoles hors activités immobilières Percentage points 10 2001-07 8 6 4 2 0 -2 28 R UE E CH CH GB P SW E P SW E ES N ES K N SV T T SV L PR L PR R PO R PO L NO D NZ D NZ X LU LU NL LV A LV A R IT A KO R R IT A KO R L IS N IR N IR C HU GR U GR A U DE FR N FR T N FI K ES K E ES L CZ DN T BE S AU AU -4 Percentage points 6 2009-15 4 2 0 -2 28 E K L X L C A R UE GB SV SV NO NL IS HU DE T E CZ FI L BE DN T AU AU S -4 Source : OCDE, Base de données sur la productivité, http://www.oecd.org/fr/std/stats-productivite, septembre 2017. Voir notes de chapitre. 12 http://dx.doi.org/10.1787/888933720262 Mesurer la productivité du travail par secteur On entend par « croissance de la productivité du travail » le taux de croissance en valeur ajoutée réelle par heure travaillée. Les écarts de croissance observés pour la productivité du travail de différents secteurs peuvent être liés, par exemple, à l’intensité d’utilisation du capital (y compris le capital intellectuel) et de la main-d’œuvre qualifiée dans la production, à l’ampleur de l’innovation de produit et de procédé, au degré d’uniformisation des produits, à l’importance des économies d’échelle et à la participation des secteurs aux chaînes de valeur mondiales. Les problèmes liés à la mesure de la valeur ajoutée réelle peuvent influer sur l’aptitude à comparer la croissance de la productivité entre secteurs et entre pays. Par exemple, la plupart des pays postulent l’absence de variation de la productivité du travail dans les activités des administrations publiques, raison pour laquelle ce secteur n’apparaît pas ici. Les activités immobilières sont également exclues, car leur production correspond principalement à la valeur attribuée aux services d’hébergement que les propriétaires fournissent et consomment. En outre, le travail à temps partiel et l’activité indépendante occupent une grande place dans des secteurs comme la construction et certains services (par exemple, hôtellerie et restauration), ce qui peut nuire à la qualité des estimations du nombre réel d’heures travaillées. Pour un examen plus approfondi des questions liées à la mesure de la productivité, voir OCDE (2017a). 50 Science, technologie et industrie : Tableau de bord de l’OCDE 2017 © OCDE 2018 1. ÉCONOMIE DU SAVOIR ET TRANSFORMATION NUMÉRIQUE 2. Croissance, emploi et transformation numerique Productivité sectorielle Les secteurs de l’information, pour la plupart des pays de l’OCDE, ont une contribution à la croissance totale de la productivité du travail relativement faible. Ils affichent néanmoins une productivité du travail bien supérieure à la moyenne, du fait de leur relative intensité de capital fixe (actifs corporels) et intellectuel. En 2015, dans la zone OCDE, la productivité du travail dans les secteurs de l’information dépassait de 60 % en moyenne celle des autres branches du secteur des entreprises. L’Irlande arrivait en tête, sous l’effet particulier de la forte croissance de la productivité des services des TIC et, en partie, de l’implantation de multinationales américaines ayant généré une forte valeur ajoutée dans ce secteur, avec relativement peu de salariés. La productivité du travail reflète les changements dans l’utilisation et l’efficacité tant du capital fixe que du capital intellectuel (actifs incorporels). Les estimations de la productivité totale des facteurs (PTF), du fait qu’elles incluent la contribution « évaluée » du capital au PIB (y compris achats de logiciels et dépenses de R-D considérés comme des investissements), rendent aussi compte de l’apport d’actifs incorporels « non évalués » tels que le capital organisationnel ou l’investissement dans des formations personnalisées. Dans l’ensemble, la PTF, tous secteurs confondus, a été notablement plus faible au cours des six années qui ont suivi la crise économique qu’au cours des deux périodes de six ans (1995-2001 et 2001-07) la précédant. Parmi les pays présentés, seuls le Danemark et le Japon ont enregistré une PTF plus élevée en 2009-15 qu’au cours des périodes 1995-2001 et 2001-07.
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Territoire et patrimonialisation en Tunisie : enjeux de pouvoir ?. Sociologie. Université de Lyon, 2022. Français. &#x27E8;NNT : 2022LYSE2015&#x27E9;. &#x27E8;tel-03934352&#x27E9;
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D’après ce qu’explique un ancien membre de l’Assidje, à propos de Djerba, et contrairement à la médina de Tunis, si les mutations urbaines du plan de modernisation ne sont pas déjouées, elles risquent de modifier l’île de façon irréversible. La difficulté de ce projet associatif résiderait dans le fait que ce qui doit être préservé n’est pas un espace urbain délimité — toujours en comparaison avec la médina de Tunis — mais une île de 514 km². Prendre en compte cet élément serait une condition sine qua non de la réussite des objectifs que s’est fixé l’Assidje lors de sa création, à savoir « Œuvrer dans tous les domaines et par tous les moyens au développement harmonieux de l’île de Djerba, en vue d’assurer la sauvegarde de son caractère original et authentique »198. Selon lui, c’est un non-sens de penser qu’un environnement insulaire puisse être géré de la même manière qu’un territoire continental. Or, c’est bien de cette façon que tend à se comporter l’État à l’égard de ce territoire depuis l’indépendance. Ce serait pour cette raison que l’Assidje se distinguerait des autres « associations de sauvegarde », par le caractère insulaire du territoire qu’elle s’est donné pour mission de « développer » tout en le « sauvegardant ». De plus, l’Assidje se distingue des autres associations par son statut « spécial ». Ses membres fondateurs ont refusé un statut tel que celui de l’ASM de Tunis, car il imposait que le président soit systématiquement le président de la municipalité, ce qui allait à l’encontre des recommandations d’autonomie totale formulées lors du séminaire. Ils ont également refusé d’être une filiale de l’Association Tunisienne de Protection de la Nature et de l’Environnement (ATPNE) pour les mêmes raisons. En définitive, son statut a été décidé après avoir retravaillé l’objet de l’association. Elle n’est pas une « de sauvegarde », mais une association « œuvrant pour le développement intégré » (qui deviendra plus tard le développement durable) : son objet Hassouna Mzabi, La croissance accélérée à Jerba et ses conséquences sur la vie de relations avec l’extérieur, Tunis, Publication de l'université de Tunis, 1978. 196 Mathilde Bielawski, « Deux représentations contradictoires d’un mode de vie insulaire. Patrimoine ou habitat sur l’île de Djerba en Tunisie ? », in Belgeo [En ligne], 2 | 2018, [ mis en ligne le 13 juillet 2018] [consulté le 21 février 2019] URL : http://journals.openedition.org/belgeo/23941 197 Élise Bernard, « Djerba, tourisme international et nouvelles logiques migratoires », in Revue européenne des migrations internationales, Paris, Association pour l’Étude des Migrations Internationales, vol. 1, n°18, 2002, pp. 103-112. 198 Documents Assidje. - 94 - est donc le développement de l’île, et la sauvegarde un moyen. Le président de l’Assidje en 2015, Si Naceur résume cela : « Donc elle avait [l’Assidje] comme objectif majeur d’assurer dans cette île le principe d’un développement durable harmonieux qui tient compte des spécificités insulaires sans entraver l’essor économique et social de l’île. » L’emploi d’un tel vocabulaire s’apparente à des usages stratégiques. S’ils utilisent ces termes, c’est parce qu’ils sont politiquement corrects. Ils servent la finalité de leur projet en s’adaptant aux mécanismes de langage usités dans la sphère internationale des bailleurs de fonds. Le développement durable est ici un moyen pour eux de se faire entendre. Selon les propos des membres de l’association, la ligne de conduite de l’Assidje est de maintenir l’équilibre fragile de Djerba, car il serait perçu comme son atout majeur pour un développement durable. « Développement » et « sauvegarde » pourraient aller tout à fait de pair, il faudrait juste savoir les allier, c’est ce qu’affirme un autre membre du bureau directeur : « L’enjeu aujourd’hui est de savoir préserver ce qui reste de l’île, de cet équilibre entre l’homme et l’environnement. Ce qui reste de ce patrimoine matériel qui représente une marque collective des habitants de l’île, de le conserver, de le mettre en valeur et pourquoi pas de l’intégrer et de le réexploiter dans une perspective économique. Donc voilà et ça rentre dans les centres d’intérêts de notre association. » S’ils mettent un point d’honneur à sauvegarder les spécificités de Djerba c’est parce que, d’après eux, c’est sur ces bases que se sont construit les premiers hôtels qui ont permis à l’île de devenir une destination mondiale privilégiée du tourisme balnéaire199. Dans cette logique, l’Assidje sait pertinemment que s’opposer au tourisme c’est condamner la principale source d’emploi de l’île, ce qui est inacceptable socialement et politiquement ; et le laisser se développer comme depuis les années 1960, c’est condamner les spécificités de l’île qui ont fait sa richesse culturelle, ce qui revient à tuer le gisement touristique à terme et n’être qu’une station balnéaire. Ils prônent une troisième voie qui constitue la ligne directrice de l’association. L’emprunter consisterait à orienter l’île vers un tourisme durable plus respectueux de l’environnement insulaire. En prenant en compte les points de vue des nombreux membres de l’association et en s’appuyant sur les différents secteurs d’activité des associations tunisiennes recensées par l’Ifeda, l’Assidje entrerait dans le secteur des « associations de développement », mais Il est possible renvoyer au projet du club méditerranée évoqué dans l’autobiographie de Laris Kyndinys : Laris Kyndinys, Djerba, l’île enchantée de mon enfance, Tunis, MC, 2009. 199 - 95 - également dans le secteur culturel et celui de l’environnement. Ce particularisme proviendrait aussi du fait qu’elle agirait selon le modèle d’un triple objectif200 : - Valorisation-restauration-animation du patrimoine local ; - Sauvegarde-défense-protection ; - Environnement-site-paysage. Hors entretien, Si Férid rapporte le « statut particulier » à cette condition insulaire, puisque leur ligne de conduite serait inextricablement liée et dictée par elle. Cette dernière est perçue par les membres comme un marqueur identitaire indissociable de la « culture djerbienne ». L’image de l’îlien est présente dans leurs discours, car très souvent ces derniers renvoient à des références littéraires célèbres rappelant cette insularité. Les deux références les plus citées sont celle de L’Illiade et l’Odyssée d’Homère, où Ulysse aurait effectué un passage sur l’île de Djerba ; et Salammbô de Flaubert, où l’une des péripéties s’y déroule. Les expressions utilisées par les membres sont liées à la littérature et sont très foisonnantes, comme le montre un article : « l’île aux sables d’or », « l’île des lotophages », « l’île oasis », « l’île verger », « l’île jardin »201, etc. M’interpellant, un membre use d’une formule qui mobilise l’œuvre de Flaubert : « Comment ne pas vouloir sauver l’île où l’air est si doux qu’il empêche de mourir ? » Ces expressions littéraires sont tout autant reprises par les nombreux scientifiques et personnes de lettres ayant publié à propos de l’île : S.-E. Tlatli, K. Tmarzizet, M. Bourgou & A. Kassah, etc. Ainsi, l’imaginaire littéraire du caractère insulaire est utilisé dans la justification de leurs actions de développement et de sauvegarde, puisque ce sont à ces publications que la grande majorité des propos des membres de l’Assidje se réfèrent. Mais également afin de rappeler que Djerba ne partage pas vraiment la même histoire que le reste de l’ancienne Ifriqiya. Il y a toujours cette volonté de se distinguer du territoire continental, et cela passe par la façon dont les Djerbiens s’identifient au territoire tunisien. D’après une auteure, c’est toujours en opposition avec le continent. L’« identité insulaire djerbienne » se construit dans et par le rapport qu’entretiennent les individus à cet espace territorial particulier en distinction avec le territoire continental202. C’est également ce que note S. Ben Jebara Boussaada après l’étude de récits de voyage : « N’est djerbi que celui qui possède des terres à Djerba. » Elle écrit en indiquant que cela s’effectue aussi à travers l’autre, celui qui n’est pas insulaire : « Il en ressort de ses propos Paul Iogna-Prat, « La place du tiers-secteur dans les politiques publiques du patrimoine », op.cit. Sarra Ben Jebara Boussaada, « Représentation d’une île méditerranéenne à travers récits de voyage et guides touristiques. Le cas de l’île de Djerba », in Insularité, Langue, Mémoire, Identité, Foued Laroussi (dir.), Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 47-65. 202 Inès Ben Rejeb, « Discours et insularité : ce qui disent les Djerbiens de leur île », in Insularité, Langue, Mémoire, Identité, Laroussi F. (dir.), Paris, L’Harmattan, 2017. pp. 95-101. 200 201 - 96 - une image du Djerbien qui se détache du reste des Arabes. »203 C’est un point qui a été présenté par un ancien secrétaire général de l’Assidje lors de mes premières semaines sur le terrain. Selon lui, il serait très important que je sache vite faire la différence entre le « Djerbien de souche » et « l’autre », car : « Seul “le Djerbien de souche” exprime un attachement inconditionnel à cette île. Parce que les “Djerbiens de souche” ce sont des insulaires, les autres ne comprennent pas ce que cela veut dire. Pas parce qu’ils ne le veulent pas, mais parce qu’ils ne le peuvent pas. Ce sont des continentaux, pour eux Djerba c’est la Tunisie comme le reste du continent, or ce n’est pas le cas. Djerba n’a jamais été comme le reste de la Tunisie et notre défi, encore à l’heure actuelle, est qu’elle le reste. » À cela il ajoute qu’être Djerbien c’est être attaché à une mémoire collective, des traditions, des savoir-faire, qui s’expriment à travers le rapport de l’individu avec l’île. Ainsi, sauvegarder cette mémoire, ces traditions et ces savoir-faire, c’est sauvegarder ceux qui en sont les témoins : les « patrimoines culturels matériels, immatériels et naturels ». Sur la base des précédents auteurs et de ces propos, l’île n’est insulaire que pour les gens qui le ressentent. Il y a un mirage pour les uns, et un horizon pour les autres. Les autochtones ont grandi avec cet horizon. Chez les « amoureux », ces étrangers qui ne sont pas nés sur l’île la racine n’est pas une question primordiale mais une construction. Nous sommes au cœur même d’une fabrication, où la reproduction d’un mythe est nécessaire à la maintenance et au développement d’une identité. Cette construction se base sur une perception : la représentation insulaire. Cela veut dire que les autochtones et les « amoureux » partagent la même représentation. Pour les premiers, elle provient d’un enracinement, pour les seconds, elle provient de la littérature. En ce sens, l’insularité comme représentation n’est pas une dimension uniquement territoriale, mais elle est multidimensionnelle204. C’est pourquoi les actions qu’ils mettent en place sont très diversifiées. Elles sont soutenues par des bailleurs de fonds tels que le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) ou la Confédération suisse. L’Assidje a déjà, à l’heure actuelle, un grand nombre de projets à son actif concernant la gestion de l’environnement. Par exemple : la création d’aires naturelles protégées pour préserver la biodiversité de la faune et de la flore, des projets sur la conservation de la diversité génétique du palmier dattier, la mise en place d’actions en lien avec le développement durable comme la gestion des déchets terrestres et Sarra Ben Jebara Boussaada, « Représentation d’une île méditerranéenne à travers récits de voyage et guides touristiques. Le cas de l’île de Djerba. », op.cit. p. 52 & 62 204 Foued Laroussi, « Introduction : L’insularité, une notion multidimensionnelle », in Insularité, Langue, Mémoire, Identité, Foued Laroussi (dir.), Paris, L’Harmattan, 2017, pp. 7-17. 203 - 97 - maritimes. Des actions s’orientent également autour de la réhabilitation de savoir-faire, par exemple les pêcheries fixes. Ce procédé de capture du poisson participerait au développement de la vie animale et végétale. Le système de pêcherie fixe est un système de pêche conçu pour utiliser les phénomènes de marée et de courant. Sur la partie ouest de l’île, depuis la route qui longe le littoral, il est possible d’apercevoir des formes sombres qui sortent de l’eau. Par la voie aérienne, surtout au moment du décollage ou de l’atterrissage, à l’aéroport international de Djerba, on aperçoit de grandes flèches qui se suivent dans la mer et se dirigent vers le large. Ce sont des haies de palmes plantées dans la vase du fond marin destinées à arrêter le poisson et le laisser se diriger grâce au courant de marée jusqu’aux chambres de capture. De cette façon les pêcheurs peuvent aller récupérer dans les nasses placées à la sortie des chambres le poisson qui s’est fait entraîner par le courant. Ce projet n’est pas uniquement dans l’optique de sauvegarder l’environnement marin, réhabiliter ces pêcheries c’est assurer le renouvellement des pratiques et savoir-faire ancestraux. En effet, ces actions connexes contribuent à sauvegarder l’environnement et participent à préserver d’autres dimensions de l’île, notamment son « patrimoine culturel immatériel » (« PCI »). Par exemple, pour les membres de l’Assidje, la préservation de l’architecture de l’île va de pair avec des actions de réhabilitation des savoirfaire en déshérence qui redonneraient vie au patrimoine. S’ajoute à cela, bien entendu, le « patrimoine culturel matériel » à travers la restauration d’édifices à valeur historique. Deux grands projets illustrent ces actions de restauration. Le premier étant celui du Borj Gazhi Mustapha, le second celui des mosquées toujours en collaboration avec l’INP et les trois municipalités de l’île de Djerba. Enfin, elle s’insère dans un travail de communication auprès du grand public avec : l’organisation de forums sur les questions du développement durable, de conservation du « patrimoine culturel matériel et immatériel », la participation à des festivals culturels et à des colloques nationaux et internationaux. Les membres de l’Assidje sont également actifs dans le domaine de l’enseignement et de la recherche par la publication d’articles dans la presse universitaire ou journalistique, et dans la réalisation de films sur les projets qu’elle a pu monter205. Ce travail de documentation et de production scientifique existe grâce au centre de documentation qui se tient dans les locaux de l’association à Houmt Souk. Il est l’un des plus importants de l’île et de la région, en matière de littérature scientifique internationale. Il est ouvert aux jours et horaires d’ouverture de l’association à tous ceux qui le souhaitent gratuitement. Il s’agit du projet le plus revendiqué par l’Assidje, et le plus reconnu par l’« élite 205 Voir au centre de documentation de l’Assidje, les films sur le nettoyage du canal d’Ajim, de la réhabilitation des pêcheries fixes et sur les mosquées. - 98 - de l’île ». Il s’avère qu’en dehors de la bibliothèque municipale, c’est le seul endroit sur l’île où il est possible de trouver de la littérature scientifique, dans de nombreuses langues, très souvent enrichie et renouvelée. À l’heure actuelle, l’association a publié huit ouvrages, en français et en arabe, comprenant des études, des actes de colloque et des œuvres206. Le développement du centre de documentation se poursuit toujours pour répondre à la demande scientifique croissante concernant leurs fonds, mais également afin d’en faciliter l’accès au plus grand nombre ; l’association a lancé, en 2019, un projet de catalogue en ligne avec la numérisation des ouvrages207. 2.4.2. Lieu de rencontre d’une « élite locale indépendante » ? Si l’Assidje a la capacité de couvrir autant d’actions diversifiées, c’est parce qu’elle est composée de membres aux profils aussi divers et variés. Ils sont universitaires, professeurs — exerçant aussi bien dans le primaire, le secondaire, que dans le supérieur – architectes, urbanistes, médecins, hauts fonctionnaires, entrepreneurs dans le secteur touristique ou de la culture, retraités dans ces précédents domaines ou étudiants, etc. Dans tous les cas, la grande majorité a fait ses études à Tunis ou en Europe. Ils se définissent tous comme étant des « amoureux » de Djerba. Même s’ils ne sont pas natifs de cette île, de la région, ou bien même du pays — l’association contient également des membres européens, principalement Français et Italiens — tous ont en commun d’agréables souvenirs de Djerba et sont venus s’installer, comme me l’ont avoué certains, « par amour de l’île » ou parce qu’ils ont fait l’expérience « tel Ulysse du fruit du lotos ». En s’engageant, ils veulent préserver cet héritage millénaire pour que d’autres, après eux, « puissent faire l’expérience de l’environnement exceptionnel de l’île ». La grande majorité de ses membres me confiait qu’ils avaient essayé de vivre ailleurs, à Tunis ou en Europe, mais que Djerba les aurait rappelés à elle. Ce sont tous des bénévoles, qui ne perçoivent aucune rétribution monétaire pour leurs actions. En 2019, ils sont 12 membres permanents, appartenant au bureau directeur, réélu tous les deux ans. À cela s’ajoutent les deux cadres administratifs salariés, ainsi que deux responsables du centre de documentation. Ces emplois sont les principales postes de dépenses de l’Assidje, auxquels s’ajoutent environ 1 200 DT par mois — soit environ 400 € — pour le maintien de l’ouverture quotidienne du centre de documentation. En ce qui concerne la provenance des fonds pour la mise en place de leur action, tout passe par leurs partenariats avec des bailleurs de fonds208. À chaque assemblée générale, Pour en savoir plus consulter le site de l’Assidje à cette adresse : https://www.assidje.tn/publications/ [consulté le 24 février 2020] 207 https://www.assidje.tn/bibliotheque/ [consulté le 24 février 2020] 208 https://www.assidje.tn/bureau-directeur/ [consulté le 24 février 2020] 206 - 99 - les membres du bureau directeur mettent un point d’honneur à exposer en toute transparence le bilan financier. Président d'honneur Président Vice-Président Cadres administratifs Employés affectés au CdD Secrétaire général Trésorier Secrétaire général adjoint Membres permanents Trésorier adjoint L'ensemble des adhérents Figure 3: Organigramme de l'Assidje. Les chapeaux rouges désignent les membres du bureau directeur. C’est ce modèle de fonctionnement qui la distingue de la grande majorité des « ASM traditionnelles », selon ses membres. Dans le modèle ASM, l’immense majorité des membres sont des professionnels du patrimoine, des techniciens qui agissent pour les municipalités. Toutefois, les membres de l’Assidje sont issus d’une « élite de Djerba ». Dans la bouche de ces membres, ce n’est pas un terme tabou, c’est même revendiqué. Ce qu’ils entendent par « élite » est le fait qu’ils ont suivi des études supérieures, qu’à présent, ils travaillent dans la production de savoir et qu’ils ont les outils nécessaires pour pouvoir mobiliser les données scientifiques qui servent leurs actions. En ce sens, selon eux, toute personne étant détentrice d’un savoir, quel qu’il soit est la bienvenue pour agir à leurs côtés. Une partie des habitants considère néanmoins l’association et ses membres comme une « élite de Houmt Souk » qui gênerait le développement économique de Djerba tout en s’enfermant dans un entre-soi. Pour autant, en raison de ses compétences, son expérience, son comportement sérieux et la confiance qu’elle inspire, elle reste une interlocutrice privilégiée des pouvoirs publics, https://www.assidje.tn/relations-et-partenariats/ [consulté le 24 février 2020] - 100 - notamment de l’INP : c’est ce que confirment les propos de Si Sami, représentant local de l’INP à Djerba, lors d’une réunion d’information publique, où il indique que l’Assidje et l’INP ont toujours eu une « collaboration étroite, stricte et fructueuse ». C’est également l’avis que partage Madame Aziza, première représentante de l’INP à Djerba et ancienne présidente de l’Assidje. Cependant, même si une collaboration étroite existe depuis la naissance de l’association, le président d’honneur de celle-ci aime à rappeler qu’elle a toujours agi de façon indépendante, même avant la « révolution », lorsque « la liberté d’expression n’était pas très répandue ». D’ailleurs le premier souhait d’inscription de Djerba sur la Liste du patrimoine mondial dans les années 1990 est le fruit de cette posture indépendante et volontaire. Toutefois, cela aurait justement été à cause de cette autonomie vis-à-vis d’organismes ou d’institutions gouvernementales, que ce premier projet n’aurait pas pu aboutir. D’après certains informateurs, une autre raison de cet échec aurait été le manque de volonté politique à l’échelle nationale. Il s’agissait alors de proposer une inscription globale de l’environnement insulaire et culturel de l’île, ce qui d’après eux aurait pu permettre de sauvegarder l’essence de Djerba avant les dégradations subies depuis cette période. Le projet aurait débuté en 1992 avant de s’achever en 1996. L’objectif principal était que l’intégralité du territoire insulaire soit classée sur la Liste du patrimoine mondial, sans que la promotion touristique ne soit partie intégrante. Les experts de l’Unesco sont venus sur place à deux reprises. Ils avaient adhéré à l’idée du classement de l’intégralité de l’île. Cependant, prétendre à un tel classement national aurait impliqué un changement total des politiques d’aménagement de l’île, ce qui aurait eu des incidences sur l’économie touristique telle qu’elle était conduite depuis les années 1960. C’est là que seraient apparues les premières formes de résistance à l’inscription de la part de certaines administrations nationales notamment le ministère de l’Équipement. La raison principale serait que le projet tel qu’il était mené aurait fait barrage à certains intérêts fonciers d’individus proches du pouvoir, qui auraient fait pression dans le but de l’arrêter. L’inscription aurait contraint à revoir l’ensemble des plans d’aménagements existants, complexifiant la visibilité sur de grands projets fonciers à venir. Le nouveau projet d’inscription quant à lui a été relancé par la délégation permanente de Tunisie auprès de l’Unesco le 17 février 2012 en plaçant l’île de Djerba sur la Liste indicative du patrimoine mondial209. L’île a été placée sur la liste aux Plus de précisions sur le site de l’Unesco: http://whc.unesco.org/fr/listesindicatives/5686/ [consulté le 06 février 2016] ou voir en annexe page 411. La Liste indicative reprend tous les biens que chaque « État partie » veut proposer pour une inscription à l’Unesco. La Liste indicative de la Tunisie est consultable sur le site de l’Unesco : http://whc.unesco.org/fr/etatsparties/tn [consulté le 06 février 2016] 209 - 101 - côtés de cinq autres biens210. En effectuant cette procédure, d’après un bon nombre d’enquêtés, le nouvel État tunisien a voulu montrer au reste du monde une volonté d’ouverture à la politique culturelle internationale, et poursuivre son projet de démocratisation à la suite de la « révolution ». J’ai rapidement été intriguée par les coulisses du projet d’inscription, et j’ai tout d’abord essayé de comprendre comment une association locale se retrouvait à rédiger un dossier aussi technique que peut l’être une proposition d’inscription à l’Unesco. Quelles étaient les raisons de leur implication ? J’ai très vite pu réaliser des entretiens formels et informels avec les membres du comité de pilotage du dossier. En effet, ce sont des personnes désireuses de partager leur projet avec le plus grand nombre, c’est pourquoi la discussion sur le sujet n’a pas été difficile à mettre en place. Les premières informations qui se dégagent de ces échanges sont qu’à Djerba, et qui ont été mentionnées dans le chapitre précédent, les multiples projets concernant la conservation du « patrimoine culturel djerbien » ont vu le jour à travers une collaboration collégiale et cordiale qu’il y a toujours eu entre le représentant de l’INP à Djerba et l’Assidje. Cependant durant la « révolution », les possibilités d’action des deux organismes ont été réduites et ils ont dû faire face à l’accroissement d’incivilités à l’encontre du « patrimoine culturel » : dégradations de biens publics, pillage de sites historiques et archéologiques, rénovation ou démolition de bâtiments à caractère historique sans autorisations, nouvelles constructions au-dessus de zones archéologiques, etc. Cette période de transition démocratique, entre le 14 janvier 2011 — date de la fuite hors de Tunisie de Ben Ali — et la mise en place de la nouvelle république par les décideurs politiques, a été désastreuse pour le « patrimoine culturel » selon les membres de l’association. Il a été une des victimes de cette « révolution », car symbolique d’un État, d’un système. Ces dégradations interpellent comme étant la manifestation d’un mécontentement de la part des citoyens. Le vide institutionnel d’une autorité stable faisant respecter les législations n’a pas permis de maintenir le suivi nécessaire à la bonne conservation et sauvegarde du patrimoine. L’INP et l’Assidje se sont retrouvés seuls sur le terrain face aux nombreuses problématiques et incivilités dont ont été victime les biens culturels. Le premier constat fait sur le terrain est que l’Assidje est très souvent le lieu privilégié Les Mausolées Royaux de Numidie, de la Maurétanie et les monuments funéraires pré-islamiques (2012) Le complexe hydraulique romain de Zaghouan-Carthage (2012) Les carrières antiques de marbre numidique de Chimtou (2012) Les frontières de l’Empire romain : Limes du Sud tunisien (2012) La médina de Sfax (2012) http://whc.unesco.org/fr/etatsparties/tn [consulté le 18 mars 2019] 210 - 102 - où les citoyens viennent dénoncer et se plaindre de ces dégradations. De ce fait, je suppose qu’elle a été victime d’une analogie existante dans l’imaginaire collectif, puisqu’elle a très fréquemment travaillé en coopération avec l’INP qui est une institution sous tutelle du ministère des Affaires culturelles. Dans l’esprit des habitants de l’île, elle a été assimilée à l’État dans ce domaine. D’ailleurs, c’est une confusion qui persiste encore aujourd’hui. Seulement, elle reste une association et n’a donc aucune autorité pour faire appliquer la législation. Elle n’a pu qu’essayer d’informer et de raisonner les malfaiteurs, lorsqu’elle en avait connaissance, sans garantie que le rappel à la loi ne soit respecté. Un membre du bureau directeur explique que c’est en partie pour ces raisons que l’Assidje a vu une opportunité de limiter les dégâts lorsque la Délégation permanente de la Tunisie auprès de l’Unesco a décidé de placer Djerba sur la Liste indicative. Le fait que ça ait été la Délégation permanente à avoir initié la démarche en ce sens a été encourageant pour eux. La volonté de faire cesser les dégradations à l’encontre du « patrimoine culturel » est le premier motif de l’adhésion des membres de l’Assidje à ce projet d’inscription confie un autre membre du bureau directeur : « […] au sein de l’Assidje, aussi au sein du comité de pilotage, on pense que c’est une occasion pour stopper l’hémorragie prendre conscience de l’importance de ce patrimoine et c’est un moyen, c’est une occasion, c’est peut-être l’occasion de sauvegarder et préserver ce qui reste et aussi donner une idée de ce que l’on peut faire de la gestion de ce patrimoine. » Cet extrait d’entretien montre également qu’au-delà de la volonté première de protéger le « patrimoine culturel », le classement est perçu comme un label de qualité entraînant le développement local. Aboutir à la mise en place de ce classement serait de même, selon le bureau directeur de l’Assidje, un moyen de redorer le blason de la Tunisie après les malheureux événements terroristes qui se sont déroulés sur le sol du pays après la « révolution ». Ceci pourrait permettre à la Tunisie d’avoir une visibilité internationale qui soit, cette fois-ci, positive. Cette vision rejoint celle de l’Unesco qui présente le classement comme un label avec ses avantages : « • offrir à l’État partie et à la communauté locale la possibilité de célébrer leur bien comme l’un des sites naturels et culturels les plus précieux de la planète ; • faire du bien l’emblème par excellence du système national de classement des zones et sites protégés, et amener ainsi la communauté à mieux prendre conscience de son patrimoine et à se soucier davantage de sa protection ; - 103 - • susciter l’intérêt de la communauté internationale pour le patrimoine mondial, qui a souvent pour effet d’encourager la coopération internationale et les efforts conjoints en faveur de la protection du bien ; • aider à mobiliser les financements et les appuis, y compris le soutien des donateurs et du Fonds du patrimoine mondial ; • faire connaître des techniques et des méthodes de protection, de conservation et de gestion susceptibles d’être appliquées au patrimoine national et local. URL : http://kapitalis.com/tunisie/2015/05/30/djerba-aux-portes-du-patrimoine-de-lhumanite/ [consulté le 1er juillet 2015]. 213 Fadhel Blibech, « Patrimoine culturel national et mondialisation : l’exemple de la Tunisie et du Maroc », op.cit. 211 - 104 - ces propos au début de l’année 2019 et d’après ces détracteurs toujours rien de concret n’a été présenté par l’État. « De toute façon » me soupire l’un d’entre eux « Ne dit-on pas loin des yeux loin du cœur ? » - 105 - Patrimoine et transition en Tunisie Cette première partie a permis de montrer que la gestion du « patrimoine culturel » fait partie intégrante des enjeux de gouvernance territoriale « postrévolutionnaire »214. C’est pourquoi je pense que l’étude de la gestion du patrimoine entre la Tunisie dite « du Nord » et celle dite « du Sud » est un laboratoire à ciel ouvert. C’est particulièrement prégnant à travers le cas de l’inscription de l’île de Djerba sur la Liste du patrimoine mondial. Premièrement, ce terrain est un sujet propice à une pareille étude précisément parce que la notion de « patrimoine mondial » — qui se veut être un concept universaliste — est en réalité pensée et développée dans les pays du Nord et principalement travaillé à l’échelon institutionnel dans deux langues : l’anglais et le français215. Or, nous l’avons vu, dans le contexte tunisien la notion de « patrimoine culturel » s’est construite dans un rapport hégémonique hérité du contexte colonial216. Elle s’est ensuite perpétuée à la suite de l’indépendance puisque le premier président de la toute nouvelle République tunisienne, Habib Bourguiba, a vu à travers le « patrimoine culturel » un outil de développement économique — dans le cadre du développement du tourisme international — et de politiques internationales — afin de permettre l’entretien de bonnes relations diplomatiques avec les pays du Nord217. La même stratégie a été entretenue par son successeur, Zine el-Abidine Ben Ali. Ainsi de 1956 à 2011, le concept de « patrimoine culturel » n’est plus seulement celui d’une puissance étrangère sur une autre, elle est celle d’un État extrêmement fort et centralisé qui s’impose à toute sa population. Cette manière d’administrer le « patrimoine culturel tunisien » amène alors à se questionner quant à une démocratisation de la culture, et le rapport que peuvent avoir les citoyens tunisiens à celuici. Hela Yousfi, « Redessiner les relations État/collectivités locales en Tunisie : enjeux socio-culturels et institutionnels du projet de décentralisation », in Papiers de Recherche AFD, n°47, Juin 2017. 215 Martin Drouin, Lucie K. Morisset & Michel Rautenberg, « Les changements du patrimoine », in Les confins du patrimoine, Martin Drouin, Lucie K. Morisset & Michel Rautenberg, Québec, PU du Québec, 2018, pp. 1-18. Rodney Harrison, Understanding the politics of heritage, Manchester, Manchester University Press/ The Open University, 2010. p. 155 Chiara Bortolotto, « Le transfert d’un standard international. Le patrimoine culturel vu par la France », in Les vocabulaires locaux du « patrimoine ». traductions, négociations et transformations, Julien Bondaz, Florence Graezer Bideau, Cyril Isnart & Anaïs Leblon (eds.), Berlin, LIT, 2015, pp. 107-122. 216 Myriam Bacha, Patrimoine et monuments en Tunisie, Rennes, PU Rennes, 2013. Nabila Oulebsir, Les usages du patrimoine. Monuments, musées et politiques coloniale en Algérie (1830-1930), Paris, la Maison des Sciences de l’Homme, 2004. Yassine Karamti, Patrimoine, Economie et Altérité : Essai sur la muséologie des mémoires entre deux rives, Tunis, Regroupement Latrach du livre spécialisé, 2009. 217 Ali Mahjoubi, « Habib Bourguiba et le choix occidental », in Actes du Premier Congrès International : Habib Bourguiba & l’établissement de l’État national : approches scientifiques du bourguibisme, 1 au 3 septembre 1999, Abdeljelil Temimi (dir.), Publication de la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l’Information, Zaghouan, 2000, pp. 99-107. Habib Saidi, Identité de façade et zones d’ombre : tourisme, patrimoine et politique en Tunisie, Paris, Petra, 2017. 214 - 106 - C’est là que l’étude de la « société civile tunisienne », à travers les « associations de sauvegarde du patrimoine », permet de mettre au jour les enjeux, et de soulever le problème de la concurrence entre les territoires. La première concurrence est celle qui se joue entre l’État et la « société civile ». Il est intéressant de noter que les associations préexistent à la « révolution » puisque nombre d’entre elles ont toujours été aux côtés de l’État dans le cadre de projets de restauration, de conservation et de sauvegarde du patrimoine — tout particulièrement pour les associations dites « gouvernementales ». Le cas de l’Assidje est en ce sens intéressant, car il s’agit d’une association qui existe depuis plus de 40 ans et qui a donc vu le jour sous le joug de l’ancien régime. Même si elle se revendique comme indépendante dans ses choix et actions, elle a quand même vécu les restrictions et contrôles imposés par l’ancien régime. En effet, l’ombre de l’INP n’est jamais très loin, Si Naceur le dit lui-même, de nombreux projets réalisés par l’Assidje ont été menés : « […] en coordination et en partenariat avec l’Institut National du Patrimoine. Cela a permis de restaurer et de relever beaucoup de monuments de leurs cendres voilà ! Maintenant ils sont, ils existent et ils résistent avec une restauration dans les règles avec la contribution évidemment technique, des techniciens de l’INP en place. » D’autres propos de ce genre, d’autres membres de l’Assidje ou fonctionnaires de l’INP, appuient le fait qu’un certain nombre d’actions de conservation et de sauvegarde à Djerba ont pu voir le jour parce que l’État à travers ses institutions délégatrices y était impliqué. Il en est de même pour une association telle que l’ASM de Tunis. Elles ont toutes deux également vécu les événements de 2011 et le changement de statut des associations qui s’en est suivi, les inscrivant dans la nouvelle « société civile postrévolutionnaire »218. La deuxième concurrence est celle entre institutions locales et nationales. Le cas de l’Assidje et du projet d’inscription de Djerba est tout aussi intéressant du fait qu’il y a déjà eu un premier essai dans les années 1990. La nouvelle tentative d’inscription initiée l’année suivante de la « révolution » permet alors de rendre compte des problématiques de la conduite d’un tel dossier selon deux contextes politiques et économiques dans lesquels chacun des projets a été mené. Le manque de décentralisation dans la gestion territoriale et l’emprise hégémonique de l’État dans les affaires locales sont les principaux arguments communs au nonaboutissement du premier projet et à la lenteur de l’avancée du second. Enfin, la troisième et dernière concurrence se joue entre le territoire continental et celui Amin Allal & Vincent Geisser, « Introduction – Good bye Ben Ali ! », in Tunisie : une démocratisation audessus de tout soupçon ?, Amin Allal & Vincent Geisser (dir.), Paris, CNRS, 2018. pp. 9-39. p. 27 Pierre-Noël Denieuil & Houda Laroussi, Tunisie 2011-2014 : radioscopie d’une entrée en révolution, Paris, L’Harmattan, 2017. 218 - 107 - insulaire. Le second problème soulevé par le projet d’inscription est celui de l’île de Djerba comme un environnement à part entière à distinguer du projet de développement économique entamé sur les côtes continentales et qui a eu cours depuis l’indépendance jusqu’à la révolution. Or ce développement touristique et balnéaire qui a eu lieu à Djerba sur le modèle continental est considéré comme étant non adéquat à l’environnement insulaire. La « révolution » a permis à l’Assidje de reprendre la main et d’essayer de couper court au projet étatique qui n’était pas celui voulu par les « amoureux » et ni les locaux attachés à cette île. À travers le projet d’inscription à l’Unesco, l’association souhaite imposer un nouveau développement, celui du développement durable prenant plus en compte la caractéristique insulaire du territoire djerbien. Ainsi, la « révolution » a permis aux autochtones et aux passionnés, de construire et d’imposer une nouvelle représentation de cet espace qu’ils fabriquent en faisant appel à un récit se basant sur des mythes comme celui d’Ulysse ou de Flaubert afin de servir le développement local. Pour conclure, cette première partie a montré de quelle manière certaines « associations de sauvegarde du patrimoine » prennent à cœur et en charge les problématiques de gestion du « patrimoine culturel tunisien », en parallèle des institutions étatiques pourtant responsables de ce même patrimoine. La présentation de l’Assidje ci-dessus, ainsi que de ses actions et de ses acteurs, indique que la production du « patrimoine culturel djerbien » n’en échappe pas, et c’est ce que tend également à démontrer la deuxième partie de cette thèse. - 108 - - 109 - Partie II - La production d’ un « patrimoine mondial » à Djerba Cette partie nous permet de pénétrer au cœur de la dernière et majeure entreprise menée par l’Association pour la Sauvegarde de l’île de Djerba (Assidje) : le projet d’inscription de l’île sur la Liste du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science, et la culture (Unesco). C’est donc au sein de ce processus que je me suis impliquée depuis 2015. Les grandes phases du dossier d’inscription correspondent aux étapes d’un processus de patrimonialisation décrites par les auteurs J. Davallon, G. Di Méo et D. Fabre, c’est-à-dire, sélectionner l’objet à patrimonialiser, le qualifier selon des critères prédéfinis et le valoriser auprès du plus grand nombre219. La phase de sélection commence par ce que nous avons déjà évoqué, c’est-à-dire, le placement du bien sur la Liste indicative par l’« État partie ». Cette liste permet aux « États parties », c’est-à-dire les États qui ont ratifié la Convention du patrimoine mondial, d’indiquer à l’Unesco qu’ils préparent un dossier afin de présenter le bien à la candidature pour l’inscription sur celle du patrimoine mondial au cours des cinq à dix années à venir220. L’île de Djerba a été placée sur cette liste aux côtés d’autres biens le 17 février 2012 par la délégation permanente de la Tunisie à l’Unesco, date à laquelle le projet d’inscription a officiellement démarré et dont se sont saisis les membres de l’Assidje221. Cette partie se focalisera sur la deuxième phase, celle de la qualification. Elle correspond au temps de rédaction du dossier, durant lequel sont déterminés le ou les critères auxquels doit répondre le bien qui prétend à l’inscription222. En plus d’un de ces critères, au minimum, le bien doit posséder deux valeurs patrimoniales essentielles celles de l’« intégrité » et de l’« authenticité ». L’idéal, selon l’Unesco, est que le bien ait conservé la totalité de sa valeur d’« intégrité », c’est-à-dire, qu’il ait conservé, sans altérations, sa nature d’origine. À terme, il doit détenir une valeur d’« authenticité », ce qui signifie avoir encore quelques attributs d’origine, ne pas être totalement altéré. Ensuite, l’« État partie » doit prouver qu’il a la capacité de conserver l’« intégrité » et l’« authenticité » du bien culturel en proposant un plan de gestion Jean Davallon, « Comment se fabrique le patrimoine ? », in Sciences Humaines. Hors-Série, n° 36, Mars-AvrilMai, 2002, pp. 74-77. Guy Di Méo, « Processus de patrimonialisation et construction des territoires », in Colloque Patrimoine et industrie en Poitou-Charentes : connaître pour valoriser, Sep 2007, Poitiers-Châtellerault, Geste, 2008, pp. 87-109. Web. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00281934 [consulté le 10 avril 2019]. Daniel Fabre (dir.), Émotions patrimoniales, Paris, la Maison des Sciences de l’Homme, 2013. 220 Établir une proposition d'inscription au patrimoine mondial (deuxième édition 2011)Titre original : Preparing World Heritage Nominations (Second edition, 2011). Publié en novembre 2011 par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture. Ce manuel est une réédition. La première version, Edition 2010, faisait référence à la version des Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial (2008). Le présent manuel est basé sur la nouvelle version des Orientations (2011). 221 http://whc.unesco.org/fr/listesindicatives/state=tn [consultée le 3 juin 2020] 222 Ces critères sont consultables en annexe page 412 ou sur le site officiel de l’UNESCO à l’URL suivante : http://whc.unesco.org/fr/criteres/ [consulté le 3 juin 2020]. 219 - 110 - de ce dernier qui sera mis en place à la suite de l’inscription. Ce travail d’identification d’un ou plusieurs critères, des valeurs d’« authenticité » et d’« intégrité », ainsi que des modalités de gestion du bien après inscription suivant les prescriptions de l’Unesco sont au cœur de l’initiative, car il permet de justifier que le bien détient une « valeur universelle exceptionnelle » (VUE). Cette dernière est la condition sine qua non pour l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial. « Les Orientations définissent l’expression “valeur universelle exceptionnelle” comme désignant une importance culturelle et/ou naturelle tellement exceptionnelle qu’elle transcende les frontières nationales et qu’elle présente le même caractère inestimable pour les générations actuelles et futures de l’ensemble de l’humanité (paragraphe 49). »223 Si la VUE du bien à inscrire n’est pas démontrée, l’inscription ne peut aboutir. Dans le cas de Djerba, la phase de qualification a duré de 2014 à 2017, période pendant laquelle les critères ont été réfléchis et discutés lors des réunions d’un comité de pilotage composé de membres de l’Assidje et ont ensuite été présentés aux experts nationaux et internationaux lors de leur visite sur l’île. Présenter les différents temps de travail qui ont composé cette phase de qualification dans le premier chapitre de cette partie offre de plonger au sein de la « fabrique d’un patrimoine mondial », et par la même occasion, de saisir les cheminements de ce processus. Cela permet également de confronter les attentes locales de la production du patrimoine aux attentes internationales et amène à interroger la posture d’experte de l’association. Le deuxième chapitre aborde la dernière phase qui est celle de la valorisation du projet auprès du grand public. Elle a été amorcée en 2017, et s’est poursuivie en 2018 à travers des actions de communication sur le projet d’inscription. Ces actions ont été mises en place par les membres de l’Assidje et permettent de comprendre leur engagement dans la cause patrimoniale et d’interroger la forme que prend leur militantisme patrimonial. 223 Établir une proposition d’inscription au patrimoine mondial (deuxième édition 2011), op. cit. p. 32 - 111 - 3. L’Assidje en tant qu’« experte » ? Pour espérer réussir l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial, le dossier technique qui est présenté par l’« État partie », dans notre cas la Tunisie, doit répondre à des exigences bien particulières présentées précédemment (critères, valeurs). Il s’agit d’un processus laborieux et complexe qui nécessite de savoir manipuler les normes et standards internationaux de la sauvegarde et de la conservation du patrimoine224. Si Naceur en est conscient et l’indique dans son article évoqué dans le chapitre précédent : « Un premier pas est certes franchi, très important parce qu’incontournable, mais beaucoup, voire le plus dur, reste encore à faire. Un dossier technique dans les règles, aussi minutieux qu’exhaustif, est à élaborer, à espérer dans les mois à venir, pour être présenté à l’appréciation du Comité du patrimoine mondial qui statuera, après examen du dossier par l’une de ces commissions consultatives, l’Icomos ou l’IUCN, en fonction de la nature du bien, sur la suite à donner à cette candidature […] »225 Afin de mobiliser les compétences nécessaires à la bonne réalisation du projet, les membres de l’Assidje ont composé le 11 novembre 2013, sous les recommandations d’experts tunisiens travaillant auprès de l’Institut National du Patrimoine (INP) et de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (Alecso), un comité de pilotage réunissant des experts locaux. Parmi eux architectes, archéologues, urbanistes, historiens, géographes qui se sont chargés de ces premières étapes de sélection et de qualification. Ces derniers sont en grande majorité membres de l’Assidje. Au fur et à mesure des années, l’équipe se réduit à un noyau dur d’une dizaine de membres réguliers.
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L'organisation du terrain, qui est le procédé d'exécution de la fortification de campagne, est devenue, au fur et à mesure de la prolongation de la durée de la guerre et de l'accroissement de la puissance destructrice des armements, d'une réelle efficacité protectrice mais aussi d'une extraordinaire complexité. Le génie, « arme du travail »336, est l'acteur essentiel de cette organisation, dont les principes tactiques sont décidés par le Commandement, mais dont l'ensemble des aspects techniques lui revient. La mission qui incombe au génie est donc, par nature, déjà très complexe à réaliser, et cette difficulté est accentuée par le fait que la réalité du terrain s'impose toujours face aux prescriptions des textes officiels et que la puissance de travail du sapeur dépend de trois paramètres complémentaires - des effectifs de travailleurs nombreux et stables, bien formés à la mise en oeuvre de techniques et de moyens issus de l'industrie civile et bénéficiant de conditions d'emploi qui leur permettent d'avoir une efficacité maximum - sur lesquels il n'a que peu d'influence. UNE MISSION COMPLIQUEE A FINALISER 1. Des responsabilités réparties entre les armes En juillet 1915, le général Joffre propose au ministre de la Guerre de retirer des documents officiels l'édition 1914 de l'Ecole de fortification de campagne qui ne lui paraît plus « en harmonie avec les circonstances et les enseignements de la guerre moderne »337. Il lui propose de faire étudier la rédaction d'une Instruction sur les travaux de campagne et de sape qui serait la synthèse de ce qui concerne les travaux de fortification de campagne et la guerre de tranchées ou de siège. Il ajoute qu'« il est essentiel, ainsi que le démontre la guerre actuelle, que les troupes d'infanterie soient instruites des détails des travaux de la guerre de tranchée et de la guerre de siège comme de ceux se 335 IGTOA n° 35/0 du 5 août 1917, SHJD 16N1767. 336 Dossier Deuil, op.cit. 337 G.Q.G. EM 3°B n° 9323 du 19 juillet 1915, SHD 16N862. 196 rapportant à la guerre de campagne []. Les parties concernant plus particulièrement le génie seraient indiquées en caractères spéciaux ».338 Telle qu'elle est définie par les documents officiels, notamment dans l'instruction du 22 août 1917, l'organisation du terrain requiert un nombre important de travaux élémentaires qui ne trouvent leur justification que dans leurs interactions réciproques. Très étalée en surface, elle se prolonge sous terre et l'ensemble forme un système extraordinairement complexe à réaliser, car il nécessite du temps, de l'espace, des moyens humains et matériels importants et une forte volonté notamment de la part du commandement organique des unités concernées. L'infanterie et le génie ont chacune un rôle bien défini à tenir dans la réalisation de cet ensemble, l'artillerie n'est concernée que par les travaux d'organisation de ses propres positions (auxquels contribuent les sapeurs). Les travaux courants (parallèles, boyaux, défenses accessoires, travaux d'entretien, abris ordinaires) incombent à l'infanterie. « Toute unité d'infanterie doit être à même de construire par ses propres moyens abris dont elle a besoin »339. Les sapeurs-pionniers sont chargés des travaux les plus délicats et des travaux d'intérêt général de leur secteur demandant une certaine expertise (postes de commandement, postes de secours, postes de guetteurs, observatoires). Ils doivent aussi être capables d'établir des passages sur des brèches étroites et d'exécuter des destructions simples à l'explosif. Les unités du génie ne sont, en théorie, employées qu'aux seuls travaux nécessitant une compétence que ne possèdent pas les sapeurs-pionniers ou que ceux-ci ne peuvent pas exécuter faute d'effectifs suffisants. « Confier aux compagnies du génie des travaux qui peuvent être exécutés par l'infanterie, c'est vivre au jour le jour, préférer un résultat immédiat, mais minime (le génie ne peut apporter, pour les travaux courants, qu'une aide insignifiante à l'infanterie) à des résultats plus lointains il est vrai, mais beaucoup plus importants. Pour obtenir des unités du génie tout le rendement dont elles sont susceptibles, il faut : - Appliquer systématiquement aux points spéciaux de l'organisation (ouvrages comportant un grand développement de travaux souterrains, ou des 338 G.Q.G. EM 3°B n° 9323 du 19 juillet 1915, SHD 16N862. 339 Instruction sur l'organisation du terrain à l'usage des troupes de toutes armes G.Q.G. EM 3°B n° 25.006 op.cit. p 97. de béton, observatoires, abris importants, etc.) toutes les unités qui ne sont pas employées à d'autres travaux spéciaux du génie (ponts, mines, etc.) ; - Employer le génie par compagnies entières ou tout au moins par fractions constituées bien encadrées ; - Le pourvoir en engins mécaniques appropriés partout où l'emploi de ceux-ci peut être avantageux. Au combat, les unités du génie sont chargées des travaux de communications et de destructions. Elles peuvent, en outre, participer à l'organisation des positions. Ici encore, la répartition des missions est faite d'après les principes exposés plus haut : - Appliquer les unités du génie aux travaux qui demandent une habileté dépassant celle du fantassin ; - Eviter de les morceler : chaque fois que l'on détache une fraction, il faut que ce soit en vue d'un emploi probable à une mission utile »340. Les officiers et les gradés de toutes les armes sont tenus de connaître les principes et les procédés d'exécution des travaux élémentaires, mais le spécialiste des travaux les plus difficiles reste le sapeur. Les travailleurs de l'infanterie doivent maîtriser l'exécution des travaux courants : le creusement et l'aménagement de tranchées, de sapes, de galerie de mines, le fascinage et la mise en oeuvre de réseaux de fil de fer. « Ces travaux constituent le maniement d'armes des travaux de campagne. Ils doivent être enseignés avec la même rigueur »341. Les officiers du génie et les officiers chefs de pelotons 342 de sapeurs-pionniers doivent être en mesure de diriger tous les travaux spéciaux exigeant des connaissances techniques spécifiques (construction d'abris à l'épreuve, de casemates pour mitrailleuses, d'observatoires blindés, etc.). Cette compétence n'est toutefois pas exigée des chefs de section de sapeurs-pionniers. Au premier abord, les tâches sont clairement définies, chacun sait ce qu'il a à faire. Mais la théorie n'est pas la réalité du terrain, notamment dans le secteur de Verdun, comme cela a été évoqué précédemment. Nous verrons, dans la suite de cette étude, que les missions données au sapeur divergent assez souvent des documents officiels. Si les travaux effectués en arrière de la zone des contacts peuvent être réalisés dans le respect des règlements car la situation est globalement 340 Instruction sur l'organisation du terrain à l'usage des troupes de toutes armes G.Q.G. EM 3°B n° 25.006 op.cit. p. 98. 341 Idem. P. 100. 342 Rappel : un peloton est général ement composé de deux sections . plus calme, les exigences de la bataille en première ligne priment sur toute autre considération. Les recherches effectuées nous ont permis de noter qu'une des rares prescriptions réglementaires qui soit régulièrement appliquée est la répartition des responsabilités de décision : le commandant de l'unité d'infanterie concernée (régiment, brigade, division, etc.) décide de l'organisation générale des travaux dans une perspective tactique, son commandant du génie l'assiste de ses conseils et prend en charge tous les aspects techniques des travaux. C'est le principe de la double subordination – opérationnelle vis-à-vis de l'infanterie et technique par rapport à la chaîne de commandement du génie – que nous avons évoqué dans la première partie de cette étude. Un bon exemple de ce principe de fonctionnement peut être trouvé dans l'étude de la position intermédiaire faite par le capitaine commandant la compagnie du génie 3/4, en avril 1916. C'est une unité de corps d'armée, et il est engagé dans le secteur de la 27ème D.I. (PC à Belrupt), commandée par le général Legrand, sapeur d'origine, qui occupe le secteur sud du groupement Nivelle. Le secteur nord est à la charge de la 48ème D.I. (PC à Souville), le secteur centre revient à la 6ème D.I. (PC à Tavannes). La compagnie du génie est renforcée par le 26ème R.I.T. qui met quatre compagnies territoriales à sa disposition. Le capitaine du génie joue pleinement son rôle de conseiller technique du Commandement. Il ne se contente pas de décrire le terrain sous l'angle du sapeur, il intègre une dimension tactique dans son raisonnement : « Il est nécessaire que la position intermédiaire englobe et tienne en sa possession tous les observatoires d'où nous pouvons dominer le au et ceux dont la possession permettrait à l'ennemi d'avoir des bonnes vues sur le plateau. []. Ce but exige de toute évidence que la position intermédiaire englobe, par ses avancées, les arêtes dorsales qui se détachent du plateau pour avancer en plaine et qui portent d'excellents observatoires soit pour nous, soit contre nous.[]. On obtiendra ce résultat par la création de deux centres de résistances avancés, l'un sur l'arête du Mardi Gras, l'autres sur les arêtes du Bois d'Eix »343. Il est intéressant de noter le « nous » employé par cet officier sapeur qui s'intègre totalement dans le combat du fantassin, ce n'est pas un technicien qui 343 Nivelle 3/4 Sous-secteur Sud en réponse à la note du 22 avril 1916 SHD 22N145. 199 mène une étude déconnectée de la réalité. Au contraire, on peut supposer qu'il imagine ses sapeurs au combat sur ces positions, avec leurs camarades de l'infanterie, avec lesquels la coordination est efficace. « [] L'on peut dire que le tracé des lignes les exploite très heureusement. Avec les modifications proposées, cette position pourra être extrêmement solide »344. Mais il n'oublie pas son oeil de sapeur, expert du terrain, « Du point de vue défensif, le terrain où serpente cette position, présente de très grands avantages »345. Le tracé définitif des lignes est une prérogative du commandant de l'unité d'infanterie concernée, qui est l'expert en tactique du combat. Il est responsable de la cohérence de l'organisation défensive de sa position, gage de sa solidité et de son efficacité. Le sapeur lui apporte sa capacité à déceler les points forts et les points faibles du terrain au regard de l'organisation projetée « [] Cette ligne est bien placée sur le terrain. Elle court sous bois ou dans les taillis, restant le plus masquée possible tout en assurant une bonne surveillance et une bonne défense du terrain. Il est possible de créer en avant d'elle deux réseaux très solides et dissimulés dans les arbres et les broussailles » 346. Il est également fondé à lui proposer des modifications de tracé visant à tirer un meilleur parti du terrain sur lequel les travaux vont être réalisés, « [] Dans le Bois de Pins, la tranchée existante a été transformée en boyau profond avec niches dans les parois. Elle ne peut plus servir que de boyau, d'ailleurs dans ce bois très dense, elle n'a de vues que jusqu'à 60 m en avant d'elle. De ce fait, il serait possible à des groupes ayant pénétré dans le bois de s'y accrocher et de s'y organiser à très courte distance de la ligne. Il y a donc lieu de creuser une nouvelle tranchée en avant et à une distance de la lisière telle que l'on voie à travers le bois jusqu'en avant de lui. La tranchée se trouvera encore à 60 m à l'intérieur du bois c'est à dire hors de la lisière et bien masquée [] ». Il prend ensuite sa casquette de spécialiste de l'organisation défensive et il passe en revue les différents travaux à réaliser : « 2 800 m de réseau à réparer, à consolider et à porter de 5 à 10m d'épaisseur, 2 000 m de réseau à exécuter sur une épaisseur de 10 à 12 m, poursuivre le clayonnage des épaulements des mitrailleuses, réaliser 12 abris-cavernes pour 15 hommes chacun, 8 éléments de tranchées à approfondir jusqu'à 1,60 m, 2 tranchées de section à réfectionner presque entièrement, [] »347. 344 Idem. 345 Idem. 346 Idem. 347 Idem. En dehors de ce point de règlement, le fait est que les exigences du combat obligent les chefs sur le terrain à s'adapter au mieux, souvent dans l'urgence, en fonction de leur mission et des moyens disponibles. C'est la raison pour laquelle, tout au long des combats livrés dans le secteur de Verdun, le sapeur est amené à exécuter des missions qui ne relèvent pas de son domaine de responsabilité selon les documents officiels sur l'organisation du terrain. Lors des travaux préparatoires aux opérations de l'été 1917, la compagnie du génie 26/3 est donnée en renforcement au 51ème R.I. (6ème Brigade / 3ème D.I. / 2ème C.A.) commandé par le lieutenant-colonel Teilhac. Elle arrive, le 26 juin, dans le secteur « Bois d'Avocourt – cote 304 ». Elle cantonne à Montzéville et elle est chargée des travaux de construction d'abris aux environs de la cote 304, ainsi que du poste de commandement et d'un observatoire (sur le plateau de Favry) pour le général commandant la 6ème brigade. Le 28 juin, les Allemands lancent une attaque entre le bois d'Avocourt et le Mort-Homme. Ils s'emparent des deux premières lignes françaises. Dans la nuit du 29 au 30 juin, à 01h15, la partie de la compagnie qui cantonne à Montzéville est alertée. Elle reçoit pour mission « de défendre la vallée par où l'ennemi pourrait s'infiltrer »348. La lecture du journal des marches et des opérations de la compagnie du génie 28/4 concernant les attaques du 24 octobre et du 15 décembre 1916 nous propose d'autres exemples. Le 24 octobre, lors de l'attaque qui aboutit à la reprise du fort de Douaumont, « la 4ème section accompagne les troupes de 1ère ligne chargées de la conquête du 1er objectif []. Le chef de section exécute ensuite le tracé de l'organisation avec le Cdt d'Infie et fait la mise en chantier. Les sapeurs exécutent environ 80 m de tranchée »349. Le 15 décembre, une escouade de la 3ème section est avec le 401ème R.I. qu'elle appuie dans sa conquête du premier objectif. Une fois « le travail terminé et rejoignant sa section, l'escouade s'arrête sur la demande d'un chef de section de chasseurs qui a besoin d'un complément d'effectifs pour organiser une tranchée et coopérer à sa garde »350. En plus de ses missions ordinaires, le sapeur est amené à faire le coup de feu avec ses camarades fantassins, à les ravitailler en munitions diverses, à occuper des positions dans les tranchées pour pallier ponctuellement les pertes subies par l'infanterie, à devoir continuer à travailler alors que sa division d'appartenance est 348 JMO de la 26/3 pour la période du 18 octobre 1915 au 9 juillet 1917, SHD 26N1306/11. 349 JMO de la compagnie du génie 28/4 p 31, SHD 26N13/12. 350 Idem. 201 relevée. Le génie a longtemps été considéré comme n'étant pas une arme combattante. Seules l'infanterie, la cavalerie et l'artillerie avaient droit à cette reconnaissance. Les combats de Verdun prouvent que, certes le sapeur est le spécialiste des travaux du terrain, mais qu'il est aussi un combattant, capable d'exécuter des missions simples de l'infanterie. Sa spécificité est que simultanément à sa participation directe au combat des premières lignes, le génie de la II°Armée construit, dans la zone arrière, des cantonnements pour les troupes au repos, améliore les conditions de vie, pour les hommes comme pour les animaux, crée de toutes pièces un dispositif de ravitaillement des unités en eau potable, installe des groupes électrogènes pour le confort des abris. Comme nous l'avons étudié dans la première partie de ce mémoire, il est également en charge de la gestion des parcs d'armée et de corps d'armée (puis de division d'infanterie à la suppression de ces derniers), destinés au ravitaillement des unités des premières lignes. Il est aussi un acteur essentiel de la création et du maintien en condition des voies de communication, il a en charge l'aménagement et l'entretien des cantonnements, ainsi que la gestion d'un certain nombre de dépôts et d'établissements spécialisés, dans la zone de l'Intérieur. Les règlements répartissent les tâches à accomplir entre les trois armes. L'infanterie, par le nombre de ses travailleurs, apporte une contribution indispensable aux travaux d'organisation du terrain, quand l'artillerie n'est concernée que par ses propres travaux de protection, avec l'appui du sapeur. Mais, quand le fantassin, appuyé par les canons de l'artilleur, est engagé au combat, il ne reste que le sapeur pour assurer les trav de protection que la situation peut imposer dans l'urgence. Le génie reste la seule arme à posséder les expertises nécessaires pour appuyer le combat de l'infanterie dans les premières lignes, pour contribuer à l'organisation du terrain sur les positions arrière et pour améliorer les conditions de vie sur l'ensemble du secteur. 2. La protection est une exigence opérationnelle permanente a) L'amélioration des conditions de vie A la fin de l'année 1915, le G.Q.G. tire les enseignements de l'hiver précédent et demande aux armées351 d'améliorer les conditions de vie générales des unités au front, notamment en période hivernale. Il s'agit de donner aux hommes qui séjournent dans les tranchées les moyens de se prémunir contre les effets désastreux de l'envahissement quasi permanent des abris et des tranchées par l'eau et la boue et de permettre à chacun de disposer d'une place dans un abri chauffé. Les troupes au repos ou de passage dans les cantonnements doivent disposer de meilleures conditions d'installation, en renforçant l'isolation des baraques dans lesquelles elles vivent contre le froid et la pluie et en leur donnant les moyens de disposer d'une meilleure hygiène corporelle. A cette période, les conditions de vie dans les cantonnements sont très spartiates, comme le montre le témoignage du caporal Louis Barthas, du 296ème R.I.T. qui décrit, dans ses carnets de guerre, une installation de douches qui « n'avait rien du confort moderne ; dans une vieille et petite bicoque ouverte à tous les vents d'avril [la scène se déroule à la fin du mois d'avril 1916, alors que son régiment va être engagé dans les tous prochains jours sur le front de Verdun] il fallait patauger dans la boue pour recevoir une aspergée d'eau plutôt froide qui descendait d'un réservoir installé sur le toit et alimenté par des seaux d'eau puisés à la rivière et que des infirmiers juchés sur une échelle se faisait passer »352. À la fin de l'année 1916, le Commandement dispose des équipements nécessaires pour offrir un meilleur confort aux troupes en campagne. Les appareils de chauffage et d'éclairage sont largement disponibles dans les stocks de la direction de l'Arrière ainsi que des groupes électrogènes pour l'éclairage des abris de première ligne et des lignes arrière. Des unités de désinfection des vêtements sont installées dans les cantonnements, les installations de bains douches se multiplient, les lavabos sont chauffés, des cuisines en dur sont construites, ce qui G.Q.G. E.M. 1er et 3ème bureaux et D.A.n°8291 du 15 octobre 1915. Louis Barthas « Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918 », Edition du centenaire, CPI Bussière, octobre 2013, 561 pages, page 280. 351 352 203 permet de remettre en état les roulantes, des salles de détente et des points de vente de diverses denrées sont créés etc. Par ailleurs, afin de limiter au mieux le portage à dos d'hommes des matériels et des matériaux nécessaires aux chantiers ou du ravitaillement en munitions pour l'infanterie, l'emploi de la voie de 0,40 m ou de 0,60 m est recherché chaque fois que cela est possible, comme c'est déjà le cas pour les munitions d'artillerie. Concomitamment à ces décisions, le G.Q.G. décide de créer des unités spécialisées dans les armées, à mesure que le besoin apparaît, comme nous l'avons vu dans la première partie de cette thèse en ce qui concerne la II°Armée : compagnies de puisatiers, d'électriciens, de cantonniers, de forestiers et de monteurs de baraques. Il s'agit là encore de répondre au mieux à l'ensemble des besoins des forces, dans les premières lignes comme dans l'arrière front, dans le domaine opérationnel comme dans celui du confort de vie. Ces unités sont placées sous le commandement du général commandant le génie de l'armée qui coordonne leur emploi. « On peut donc dire que peu à peu tous les techniciens mobilisés dans les diverses unités de l'armée avaient été recherchés et groupés en vue de leur faire assurer un service spécial sous la direction d'officiers de complément exerçant euxmêmes, en temps de paix, des fonctions analogues à celles qui leur étaient confiées »353. 353 Général Caloni, « L'industrialisation dans la zone des armées », in Revue du génie Militaire, mai 1930, pp. 495-508. Ces compagnies sont souvent renforcées par des unités de territoriaux ou même par des unités d'active momentanément au repos ou à l'instruction. La création de ces compagnies spécialisées ne propose toutefois qu'une réponse partielle à l'accroissement des besoins des forces. C'est tout particulièrement vrai pour les besoins en électricité. Le besoin en énergie électrique et le constat qu'il ne pourra pas être satisfait par les seuls moyens disponibles dans les armées est identifié très tôt, puisque dès le mois de février 1915, une commission technique des applications militaires de l'électricité est constituée par le ministre de la Guerre Dans son premier rapport, daté du 27 du même mois, traitant de la mise en place de spécialistes dans les armées, elle recommande de nettement différencier « les applications de l'électricité et la fourniture de l'énergie électrique »354. Les besoins en énergie électrique dépendent de la nature des travaux à exécuter, comme par exemple l'électrification des réseaux de fil de fer sur laquelle nous reviendrons dans une prochaine partie. Le personnel du génie des divisions d'infanterie possède les compétences nécessaires pour les prendre à sa charge. Par contre, la fourniture de cette énergie pose davantage de difficultés, car elle ne peut être réalisée que par des lignes à haute tension, les moyens disponibles dans les forces, notamment les groupes électrogènes, ne sont pas suffisants et ils ne sont utilisés que pour un besoin très local. Ces lignes proviennent des « usines et installations existantes qu'il faudra pour un grand nombre remettre en état ; on se trouve en face d'un grand nombre de problèmes techniques de distribution à résoudre et seuls des spécialistes 355 très au courant de ces questions peuvent le faire » 356. Elles nécessitent un personnel très qualifié pour leur manipulation. La demande en énergie électrique ne fait qu'augmenter tout au long du conflit, que ce soit dans la zone des combats, avec le recours aux engins mus par l'électricité ou l'éclairage des abris de plus en plus nombreux et importants, ou dans la zone arrière des armées avec l'amélioration des conditions d'installation des troupes (éclairage, distribution d'eau, chauffage, ou encore ventilation), l'accroissement de la production des différents ateliers gérés par le génie et la mise en service d'installations industrielles au profit des armées comme les scieries ou 354 G.Q.G. EM 1er Bureau n° 4669 du 14 mars 1915, SHD 16N843. 355 Ces considérations vont déboucher sur la création des compagnies d'électriciens, dont une partie sera spécialisée dans les travaux liés à la haute tension. 356 G.Q.G. EM 1er Bureau n° 4669 op.cit. 205 les minoteries. La II°Armée, à l'instar de l'ensemble des forces, ne possède pas, en dotation organique, la capacité de production nécessaire. Son recours aux installations civiles de l'Intérieur est favorablement étudié par la sous-commission des usines357 qui relève de la commission technique des applications militaires de l'électricité. Une canalisation haute tension, longue de quatre-vingt kilomètres, est connectée au réseau de Meuse et Marne à Bar-le-Duc pour aboutir à Souilly, d'où partent plusieurs lignes secondaires. La longueur du réseau de distribution, qui se fait en basse tension, est variable, car elle dépend des besoins. Le premier contrat signé stipule que la société Meuse et Marne alimente les installations d'éclairage des services de la II°Armée, tandis qu'un deuxième, passé entre l'administration de la Guerre et un groupe de sociétés358, prévoit la fourniture de matériel électrique et le rachat des lignes et du matériel aux services de la II°Armée, la mise à disposition par les armées d'une main d'oeuvre militaire et par la société Meuse et Marne des électriciens chefs d'équipe. Les contrats sont fermement négociés afin que les industriels ne profitent pas de la situation pour engranger des bénéfices indus. Au cours des discussions, les industriels veulent fixer un prix du kilowattheure lié à une consommation minium garantie, or les besoins en énergie électrique ne sont pas immuables, car ils dépendent, pour partie, de l'évolution des effectifs soutenus, qui sont eux-mêmes dépendants de la situation opérationnelle sur le front. Le ministère rejette donc cette notion de seuil minimum garanti et il demande un tarif dégressif (détaillé sur le tableau ci-après, extrait du document cité en référence) indexé sur la consommation réelle. Prix du kilowattheure Conso ation envisagée 12 centimes Pour les premiers 18 000 KWH 10 centimes Pour les 18 00 KWH suivants 8 centimes Pour les 36 000 KWH suivants 7 centimes Au-delà de ces 72 000 KWH La consommation de charbon envisagée est de 1,5 kg par KWH, au prix de 20 frs. la tonne. L'électricité est l'énergie la plus simple à produire et à distribuer et les besoins des forces dans la zone des armées croissent au fur et à mesure de l'allongement de la durée du conflit. Seul le recours aux moyens de production 357 Ministère de la Guerre Commission technique de l'application militaire de l'électricité 4ème Direction génie 2ème Bureau Matériel 1ère section n° 54.341 2/4 du 31 août 1916, SHD 16N843. 358 Les sociétés concernées sont : la société Meuse et Marne, la compagnie Lorraine d'électricité et la société Energie – Eclairage. 206 civils permet de satisfaire cette demande. Il en est de même pour le maintien en état des routes dans la zone de la II°Armée. Le recours aux technologies issues du civil s'est également rapidement imposé dans les travaux liés à la création et au rétablissement des communications routières. Les moyens du service routier se sont fortement mécanisés pour pouvoir faire face aux nécessités de la bataille de Verdun en 1916 et en 1917 359. En décembre 1917, le chef du service routier de la II°Armée, le lieutenant-colonel Richard dispose « de cinq mille travailleurs, mais aussi de cent 360 camions, cinq cents tombereaux, cinquante-quatre cylindres à vapeur et à essence, cent cinquante tonnes d'arrosage, vingt kilomètres de voie Decauville, quatorze concasseurs mécaniques, [] »361. L'obligation d'assurer l'écoulement fluide d'un trafic important, indispensable à la bataille en cours, a entraîné la mécanisation de l'ensemble de la chaîne « création – entretien – réparation » des routes. Dans le même temps, les services de l'armée sont confrontés à une pénurie grandissante d'effectifs disponibles, car la bataille réclame toujours plus d'hommes et l'effort de guerre de la Nation impose le retour dans les usines de nombreux ouvriers qualifiés tandis que les pertes (morts, blessés, disparus) s'accumulent. La production des matériaux dans les carrières s'est mécanisée, que ce soit pour l'abattage des cailloux, leur concassage, mais aussi le chargement des camions. Chaque fois que l'évolution de la bataille, la densité du trafic et les conditions météorologiques le permettent, le recours aux engins (cylindres, tonnes d'arrosage, compresseurs mécaniques, appareils de chargement automatique, camions de transport, etc.) s'est avéré payant. Les travaux sont plus rapidement et mieux réalisés, ils durent plus longtemps, l'écoulement du trafic est facilité et les véhicules sont moins endommagés (la non utilisation des cylindres pour la remise en état de la route Bar le Duc – Verdun cause la détérioration rapide des bandages en caoutchouc des roues des camions, et, par suite, leur immobilisation pour réparation alors que leur nombre est compté). La mécanisation du service routier impose que les cadres soient aussi des techniciens expérimentés. Chaque zone comporte un certain nombre de secteurs, à 359 II°Armée Service Routier, note (sans numéro) du 8 décembre 1917, SHD 19N505. 360 Ce nombre est sujet à caution, car le tampon du Service Historique de la Défense empêche la lecture précise du dernier chi 207 la tête de chacun desquels est placé un officier d'administration du génie, voire de l'infanterie. Cet officier doit être « le surveillant quotidien de l'exécution. []. Toujours sur ses chantiers, il doit veiller à l'exécution des ordres requis, utiliser au maximum les moyens d'action mis à sa disposition, signaler d'urgence l'insuffisance ou parfois la surabondance relative de ses moyens »362. Le service routier dispose de spécialistes (sapeurs, cantonniers) qui servent à encadrer le reste du personnel, mais aussi d'ouvriers qualifiés, formés à la mise en oeuvre, à l'entretien et à la réparation de ces engins de travaux publics. Le Bulletin de Renseignements du génie363 décrit la façon les sapeurs ont réussi à accélérer l'entretien et la remise en état des axes de communication dans la zone des armées avec l'utilisation du matériel Mascart-Dessoliers, normalement utilisé dans les travaux d'organisation du terrain. L'exemple proposé est celui d'un dispositif monté dans la région de Soissons364. Cette mission requiert un tonnage important de macadam 365. Une grande partie de ce matériau arrive en péniches jusqu'à proximité de son lieu d'utilisation. Pour améliorer le rendement de ces moyens de transport somme toute assez lents, il faut pouvoir les décharger dans un minimum de temps et avec un minimum de main d'oeuvre. L'emploi des transporteurs Mascart-Dessoliers permet d'atteindre le rendement d'une péniche déchargée par jour, soit en moyenne deux cent quatre-vingt tonnes. « Le dispositif permet de décharger le macadam et de l'amener sans fausse manoeuvre ni reprise, soit dans des wagons de voie normale, soit dans des wagons de voie de 0,60 m, soit au stockage »366. Au vu de ces résultats très satisfaisants, la marine de guerre a décidé d'adapter le système au déchargement des cargos charbonniers, sur la base de mille tonnes par chantier et par jour. 362 II°Armée Service Routier op.cit. 363 Bulletin de Renseignements du génie, Janvier 1918 n°4, pages 95 à 98, SHD 16N901 364 Nos recherches ne nous ont pas permis de trouver l'équivalent pour la région de Verdun, mais la facilité de mise en oeuvre de ces moyens largement utilisés permet de supposer que cela a pu être fait. 365 Bulletin de Renseignements du génie op.cit. 366 Bulletin de Renseignements du génie op.cit. 208 Déchargement de péniches à l'aide d'appareils M.D. Les moyens organiques que possèdent les armées ne sont pas suffisants en quantité et en qualité pour satisfaire, dans les délais disponibles, tous les besoins. Le recours aux méthodes, procédés, techniques et moyens issus du monde civil s'impose peu à peu comme une nécessité pour qu'elles puissent faire face à l'ensemble des besoins, de toutes natures générés par la guerre. C'est dans le domaine de la protection des troupes que ces besoins sont les plus exigeants, car la vitesse de réalisation des travaux est une des clés de son efficacité. b) L'industrialisation au profit de la protection des troupes La satisfaction des besoins opérationnels en première ligne passe d'abord et avant tout par le recours permanent à une protection plus rapide et plus efficace des troupes, qui permet de préserver la capacité offensive de l'infanterie : elle est à la fois la raison d'être et l'objectif final367 de l'organisation du terrain. Instruit par les premiers mois de guerre, le Commandement insiste sur la nécessité de réaliser au plus vite et au mieux les travaux nécessaires. Les contraintes sont nombreuses qui s'opposent à cette volonté, en dehors des blocages psychologiques que nous avons évoqués précédemment : les délais sont toujours comptés, ils sont souvent restreints du fait de l'action de l'ennemi qui anticipe notre action en déclenchant « Un objectif est un résultat précis à atteindre dans un délai déterminé. Il est défini quantitativement et / ou qualitativement. La formulation d'un objectif s'accompagne de la définition des moyens à mettre en oeuvre ». (http://andre.font.free.fr/Font/entreprisefinalite.html) 367 209 une attaque ; la situation tactique évolue en permanence ; ce qui est envisageable aujourd'hui en termes de délais, mais aussi en termes de troupes de travailleurs disponibles l'est pas forcément demain ; les flux du ravitaillement logistique, notamment en matériels d'organisation du terrain (rondins, châssis d'étayage des galeries, planches, ciment, etc.) sont toujours tendus. L'atteinte d'un niveau satisfaisant de protection des troupes dépend principalement de la capacité du génie, arme du travail, à gagner de vitesse les destructions réalisées par une artillerie allemande toujours plus puissante. En dépit d'un recours croissant aux méthodes et moyens de l'industrie, cette course de vitesse ne sera gagnée que le jour où la II°Armée pourra aligner une puissance de feu supérieure à celle des Allemands. Ce sera le cas lors des opérations d'octobre à décembre 1916, marquées par la reprise des forts de Douaumont le 24 octobre, de Vaux le 3 novembre et de l'ouvrage de Bezonvaux le 15 décembre. Pour faire face à cette urgence, les armées s'inspirent logiquement des méthodes de travail utilisées dans l'industrie civile : division du travail, spécialisation des individus, mécanisation maximum des tâches à accomplir. L'organisation scientifique du travail préconisée par l'ingénieur américain Winslow Taylor commence à se mettre en place dans l'industrie. Nombre de cadres et de soldats, notamment du génie, sont des ingénieurs de formation ou des spécialistes civils du métier qu'ils exercent dans les armées ; ils appliquent, au front, les principes de fonctionnement auxquels ils sont habitués. Ainsi, les hommes utilisent-ils de plus en plus d'outils mécaniques, pneumatiques et électriques, dans les travaux d'organisation du terrain. L'ensemble du travail est divisé en actions élémentaires, chacune confiée à une équipe de travailleurs au sein de laquelle chacun accomplit une seule tâche, toujours la même et si possible toujours au même endroit. Les actions à réaliser sont séquencées dans le temps et les ordres sont donnés en conséquence. Il n'y a aucune part laissée à l'initiative, notamment en ce qui concerne le travail effectué par l'infanterie. Le fantassin n'est initialement pas formé, par exemple, à la construction d'abris, or le sapeur a besoin de sa capacité de travail pour l'avancement du chantier. Le temps manque pour former toutes les unités d'infanterie dans des centres d'instruction dédiés. Cette formation se fait le plus souvent sur le terrain, dans la boue et sous les obus. Il faut donc à l'essentiel et obtenir du travailleur qu'il accomplisse parfaitement le 210 geste que l'on attend de lui. Des sapeurs, généralement des caporaux, sont employés comme moniteurs auprès des équipes de travailleurs de l'infanterie. Sur un chantier, chaque soldat fait tous les jours, sur le même abri ou la même casemate, les mêmes gestes. Très vite, il fait correctement ce que l'on attend de lui et l'ensemble de l'équipe devient aussi efficace que le permettent les conditions de travail. C'est le but recherché par le Commandement ; dans une note adressée à ses deux régiments – les 156ème et 160ème R.I. Ce mode de fonctionnement permet aussi de réaliser une planification des travaux, de suivre leur réalisation, d'anticiper la fin de chacun des chantiers afin, soit de réorienter le travail, soit de disposer de la main d'oeuvre libérée pour l'engager ailleurs, de prévoir les besoins en matériels du génie qui sont commandés tous les jours à l'échelon supérieur. Ce processus d'industrialisation de la guerre, notamment celle que mène le sapeur, est inévitable, car les procédés et les techniques mis en oeuvre par les unités du génie permettent de compenser le manque d'effectifs, de préserver de façon plus efficace la vie des soldats 370 et de gagner du temps dans l'exécution des travaux. Le combattant est mieux et plus rapidement protégé, le sapeur dispose des moyens d'essayer de prendre l'ennemi de vitesse dans la réalisation des travaux d'organisation du terrain ou dans la guerre de mines. Ainsi, les compagnies du génie du groupement Z engagées dans la guerre de mines qui se déroule sur le plateau de la Fille Morte dans le secteur de la Haute Chevauchée, vers l'Argonne, utilisent un total de cinq groupes compresseurs pour alimenter des marteaux piqueurs et perforateurs et des tuyères de ventilation. Elles disposent également de trois groupes électrogènes pour la mise en oeuvre de ventilateurs électriques, de treuils d'évacuation des déblais, de pompes électriques et de l'éclairage des 368 La compagnie du génie 20/52 est détachée à la 78ème Brigade. Elle doit fournir des moniteurs à l'infanterie, faire le piquetage des ouvrages 3 et 4 et des boyaux, construire les postes de commandements et les abris blindés de ces ouvrages. 369 78ème Brigade d'infanterie (sans numéro ni date) – Note pour les 156ème et 160ème R.I. SHD 25N758. La ème Brigade appartient à la 39ème D.I. qui fait partie du groupement Guillaumat. 370 L'emploi des marteaux pneumatiques permet de creuser dans des sols durs, difficilement attaquables à la main. Les abris qui sont réalisés sont naturellement plus résistants et protègent mieux les hommes. 211 chantiers. L'ensemble « des machines électriques et pneumatiques du secteur »371 est placé sous l'autorité directe de l'adjoint du commandant du génie de la 9ème D.I., ce qui permet une meilleure planification et un suivi de leur emploi plus efficace. Toujours pour illustrer l'apport de l'industrialisation dans les travaux du génie, nous prendrons comme exemple l'ordre donné à la compagnie du génie 6/4, qui est engagée entre le fort de Souville et celui de Tavannes, en juin 1916, comme élément non endivisionné du groupement Paulinier (groupement E). En plus de préciser le rôle du génie dans l'organisation de la position défensive, ce document montre l'extrême précision dans la définition du « qui, fait quoi, avec quoi». Deux bataillons du 112ème R.I.T. et la compagnie du génie 6/4 372 (qui bivouaque dans des péniches à l'écluse de Belleray) ont la mission de construire des abris pour du personnel et des mitrailleuses, de créer deux nouveaux boyaux et d'aménager le boyau de l'Étang et celui d'Altkirch. La compagnie du génie et un bataillon du 112ème R.I.T. sont chargés de la construction des abris. Leurs hommes sont répartis en deux équipes comprenant chacune la moitié des sapeurs et deux compagnies d'infanterie. Chaque équipe reste vingt-quatre heures sur le chantier et travaille seize heures coupées par huit heures de repos. La relève est prévue chaque nuit à 0h30. Chaque compagnie d'infanterie est fractionnée en quatorze groupes de travailleurs, toujours affectés au même abri. Chaque groupe emporte quatre pelles, deux pioches et deux pics. Quatre groupes d'abris sont à construire : 371 Groupement Z 9°DI génie n° 295142 du 8 septembre 1916 SHD 22N1192. Les compagnies du génie concernées sont les 14/14 et 14/15 du 4ème R.G., la 15/13 du 7ème R.G. et les 16/1, 6/4, 16/51 du 2ème R.G. 372 La compagnie du génie 6/4, du 9ème R.G., est engagée sur le front de Verdun du 16 juin au 31 juillet 1916. Entre le fort de Souville et celui de Tavannes, « dans la dépression où passe la ligne de chemin de fer, on établit une ligne de résistance : réseaux sur une très grande profondeur, tranchées consolidées et abris-cavernes []. 212 Travaux à réaliser Groupe 5 : 4 abris pour personnel et 2 abris de mitrailleuses Groupe 6 : 4 abris pour personnel et 3 abris de mitrailleuses Groupe 7 : 4 abris pour personnel et 3 abris de mitrailleuses Groupe 8 : 5 abris pour personnel et 1 abri de mitrailleuses Travailleurs La moitié de la compagnie 6/4 et les compagnies paires du bataillon territorial. Direction technique Lieutenant Mercier et adjudant Kermarec de la 6/4. La moitié de la compagnie 6/4 et les compagnies impaires du bataillon territorial. Lieutenant Francisci et souslieutenant Gros de la 6/4. Le 8 juillet suivant, la compagnie doit réarticuler son dispositif sur les groupes d'abris 6, 7 et 8, car le groupe n°5 est pris en charge par la compagnie 6/5 sur ordre du colonel commandant le génie du groupement. Les travaux liés aux boyaux sont à la charge du deuxième bataillon du 112ème R.I.T. Ils sont exécutés par les fantassins sous la direction de leurs officiers. « Le capitaine Desouches, de la 6/4, indiquera à ces officiers les travaux à exécuter et leur donnera tous les détails techniques. Les aspirant Mignard et Dalle de la 6/4, seront les adjoints du capitaine Desouches » 373. Chaque compagnie fractionne son personnel en ateliers de trois hommes, équipés de deux pioches, une pelle, un pic et une pince. D'autres abris sont prévus à la carrière du Cabaret Ferme, mais compte-tenu de la dureté du soussol, ils doivent être réalisés à l'aide d'outils mécaniques. La direction de ce chantier est assurée par le lieutenant Versel, chef du groupe compresseur n°14, avec l'équipe de mise en oeuvre du groupe, une équipe de sapeurs de la compagnie 6/4, renforcée par quatre mineurs et trente travailleurs du 112 ème R.I.T. placés sous les ordres de deux sous-officiers et répartis en deux brigades comprenant chacune un sous-officier, deux mineurs et seize travailleurs. Un autre exemple permet d'insister sur le fait que la mécanisation des tâches s'impose comme la solution qui permet de pallier le manque de travailleurs et de répondre aux exigences de rapidité d'exécution imposées par le Commandement. Le 26 avril 1916, la compagnie du génie 3/4 appartenant au groupement Nivelle travaille dans le secteur des forts de Souville et de Tavannes et de l'ouvrage d'Eix. Le lieutenant Roi de cette compagnie effectue une reconnaissance ème R.G des travaux à effectuer et propose l'emploi de groupes compresseurs pour la construction d'abris-cavernes dans le sous-secteur sud de la position intermédiaire (voir le croquis ci-après). « Le creusement de ces abris nous mettra en présence de terrains calcaires demi durs dans lesquels le creusement à la main donnera un rendement très faible, nécessitera donc d'importants effectifs et sera de longue durée » 374. laquelle il préc e l'emploi de groupes perforateurs qui donneront « un rendement triple de celui donné par le travail à la main dans le terrain que nous avons à creuser »375. Un certain nombre de zones possèdent des ravines naturelles ou de larges excavations creusées antérieurement. Les entrées des abris peuvent ainsi être horizontales, ce qui facilite leur évacuation en cas de nécessité et les préserve de toute accumulation d'eau. Les emplacements les plus favorables sont numérotés de 1 à 4 sur le croquis ci-dessous. Croquis indiquant les emplacements des abris-cavernes de la position intermédiaire - sous-secteur sud. (II°A Groupement Nivelle génie Compagnie 3/4 du 26 avril 1916 SHD 22N145) Au début du mois de mai 1916, le général Lebrun remplace à la tête du groupement G le général Nivelle, appelé le 2 du mois à prendre le commandement 374 II°A groupement Nivelle génie compagnie 3/4 du 26 avril 1916, SHD 22N145. 375 Idem. 214 de la II°Armée, car le général Pétain se voit confier celui du groupe d'armées Centre (GAC), mais la mission du groupement reste inchangée. Les travaux d'organisation du terrain prévus restent trop importants au regard des effectifs de sapeurs disponibles. Le colonel Belle, commandant le génie du groupement, rend compte à son général que « L'importance des travaux à exécuter est considérable ; l'est aussi celle des réparations à effectuer chaque jour en raison du bombardement ennemi. [] Si donc le commandement désire « gagner de vitesse » la rapidité de démolition ennemie et constater la progression effective de l'organisation défensive de la position intermédiaire, il doit affecter à cette organisation [] un personnel numériquement très supérieur à celui nécessaire au simple entretien de ce qui existe, et des moyens de transport en rapport avec cette « puissance de travail » manuelle »376. A la fin du mois, son problème n'est toujours pas résolu, il n'a pas bénéficié du renfort en personnel souhaité. Il appelle une nouvelle fois l'attention de son chef, en précisant « qu'il ne m'est pas possible, étant donné la pénurie de personnel dont je dispose, d'assurer l'exécution simultanée »377 de l'ensemble des travaux ordonnés (construction de postes de secours pour le secteur du fort de Souville, aménagement de la position intermédiaire, organisation défensive du village de Fleury). Les besoins estimés en effectifs sont importants : Entretien Travaux neufs Total Génie 3 sections 9 sections 12 sections = 3 compagnies Infanterie territoriale 3 compagnies 12 compagnies 15 compagnies = 4 bataillons 3/4. Les troupes du groupement G, à l'instar de l'ensemble de la II°Armée, sont fatiguées et amoindries par des pertes qui ne sont pas systématiquement compensées nombre pour nombre. Pour exécuter les ordres reçus et satisfaire à l'exigence de rapidité imposée par le général Lebrun – « votre ordre verbal du 28 prescrivant de commencer immédiatement des postes de secours pour le secteur Souville »378 - le colonel Belle ne dispose que des effectifs suivants : 376 Groupement Lebrun Commandement du génie n° 58 du 2 mai 1916 SHD 22N140. 377 Groupement Lebrun Commandement du génie n° 26 du 31 mai 1916 SHD 22N140. 378 Idem. 215 « 1 compagnie 1/4 + 25 sapeurs ». Génie 7 compagnies R.I.T. Infanterie territoriale du 7ème « La compagnie 14/1, fatiguée et d'effectif réduit, est absorbée, sauf 25 sapeurs, par des travaux étrangers à la position intermédiaire : pont de la Falouze, abri du dépôt d'eau au nord du magasin près de Bellevue, renforcement des caves et sous-sols de Marceau, etc. Les deux compagnies 18/3 et 18/4 sont, en raison de leurs pertes depuis leur entrée (70 tués et blessés évacués au total, sans compter les malades évacués), réduites à la valeur de 1 compagnie 1/2. Une section de la 18/3 est affectée aux postes de secours []. Il reste [] pour la position intermédiaire et les boyaux 1 compagnie 1/4 du génie et 25 sapeurs, soient 165 travailleurs en moyenne chaque nuit » 379. 325 travailleurs sont mis chaque nuit à disposition du génie, mais vu leur fatigue et les ordres reçus de les ménager, ils ont une « valeur de 200 travailleurs »380. Ces unités devant préserver leur instruction ne fournissent chaque nuit qu'un total de 150 travailleurs. 6 compagnies de mitrailleuses (2 du 5ème R.I.T., 2 du 110ème R.I.T. et 2 du 50ème R.I.T.) 60 pionniers provenant de différents régiments d'infanterie sont mis à la disposition chaque nuit du génie, ce qui représente un total arrondi à 400 travailleurs quotidiens.
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Sur les corps constitués d'une atmosphère les analyses en spectroscopie X peuvent uniquement être réalisées à même la surface. Cette technique est utilisée très largement in situ sur la surface martienne depuis la mission Viking avec l'instrument XRFS (Baird et al., 1977) à l'instrument générique APXS (Rieder et al., 1997) qui a été embarqué sur Sojourner, Spirit, Opportunity et Curiosity permettant une analyse à une résolution spatiale de ∼2 cm3. C'est grâce à ses analyses qu'on a pu pour la première fois mesurer une composition chimique d'échantillons martiens in situ très similaires à celles des SNC (Shergottites-Nakhlites-Chassignites) qui sont des météorites que l'on pense être originaires de Mars (Rieder et al., 2004). Les compositions élémentaires dans le cratère Gusev, cible du rover Spirit, ont mis en évidence la présence de roches basaltiques très primitives de part leur 25 1.1. ÉTUDE DE LA COMPOSITION DES SURFACES PLANÉTAIRES 26 faible concentration en éléments incompatibles, notamment leur teneur en potassium (partie 1.2). Ces observations ont permis de conclure que ces roches résultaient d'un magma très peu diérencié et donc d'un degré de fusion important (section 1.2.2) du manteau martien (Gellert et al., 2004). Le prochain rover de la NASA Mars2020 portera à son bord un imageur dans ce domaine de longueur d'onde, l'instrument PIXL (Thompson et al., 2014), d'une résolution spatiale de 100 μm. Cet instrument permettra les premières cartographies à l'échelle microscopique d'éléments chimiques sur Mars. Il est conçu pour pouvoir détecter directement des biosignatures et d'autres éléments chimiques traceurs de potentielles biosignatures comme les organiques par exemple ( wood et al., 2015). Sur les astéroïdes, la spectroscopie X est utilisée depuis l'orbite (XRS/NEAR-Shoemaker (Goldsten et al., 1996), XRFS/Hayabusa (Okada et al., 2006a) et prochainement REXIS/OsirisRex (B. Allen et al., 2013)) qui permet des analyses de l'échelle du km à la centaine de mètres. Á des échelles de quelques dizaines de mètres, l'instrument XRFS a permis d'estimer les rapports de composition Mg/Si et Al/Si localement sur l'astéroïde Itokawa (cible de la sonde japonaise Hayabusa). Ceux-ci apparaissent très homogènes sur la surface (Okada et al., 2006b). Des variations de surface observées à une échelle plus ne dans le proche infrarouge avec l'instrument NIRS n'ont pas pu être mises en évidence avec la spectroscopie X (Okada et al., 2006b). La diraction à rayons X - Cette technique en particulier ne peut être qu'utilisée in situ car elle nécessite la préparation d'échantillons. Elle a été embarquée pour la première fois sur le rover Curiosity par l'instrument CheMin. La XRD permet d'avoir accès directement accès à la minéralogie in situ qualitativement et quantitativement. Elle peut donc nous apporter un point d'ancrage pour les études martiennes. L'étude des sols de Gale Crater à Yellowknife Bay par des analyses en XRD (Vaniman et al., 2014) et à Rocknest (Bish et al., 2013) ont montré la présence de plusieurs minéraux ignés (Figure 1.8 (b)) dont nous nous servirons pour modéliser les minéraux magmatiques sur Mars, notamment le plagioclase, la forstérite, l'augite, la pigeonite et la magnétite (chapitre 4). Ces mesures in situ de la minéralogie peuvent donc permettre de raner et/ou conrmer le choix des minéraux utilisés pour modéliser les données orbitales (chapitre 4). Dans le cas précis de Yellowknife Bay par exemple, la diminution de la quantité en olivine (Fe-forstérite) modélisée dans ces roches sédimentaires (< 3 % pour John Klein et < 1% pour Cumberland) en comparaison de Rocknest (∼ 17%), est expliquée par de l'altération de cette phase conduisant à la formation des argiles (préférentiellement la smectite détetée à plus de 15% dans les deux échantillons) (Vaniman et al., 2014). 1.1. ÉTUDE DE LA COMPOSITION DES SURFACES PLANÉTAIRES 27 Figure 1.8 (a) Spectres de diraction à rayons X des échantillons John Klein (rouge) et Cumberland étudiés à Yellowknife Bay. (b) Tableau récapitulatif des abondances modales pour chacun des deux échantillons. (c) et (d) Images de caméra MAHLI des trous dont ont été extraits les échantillons. Données extraites de Vaniman et al. (2014). Le LIBS (Laser Induced Break-down Spectrometer ) - De la même façon que la XRD cette technique est réservée aux études in situ des surfaces planétaires. L'instrument ChemCam à bord du rover Curiosity/MSL (Maurice et al., 2012) est le premier laser à avoir été envoyé sur une surface planétaire. Il combine une caméra haute résolution (RMI - remote microimager ) et un LIBS ce qui permet de contraindre directement le contexte géologique des mesures. La technique mis en place par le LIBS permet un accès à la composition élémentaire des échantillons étudiés en terme d'éléments majoritaires et minoritaires (Cousin et al. (2011), Sautter et al. (2014), LeDeit et al. (2016), Payré et al. (2017)). De nombreux échantillons ont été mesurés à Gale Crater avec ChemCam mettant en évidence une grande variabilité en terme de composition (voir section 1.2.4, Figure 1.19). La quantication des diérents oxides permet de remonter à une estimation de la minéralogie ce qui comme dans le cas de la spectroscopie X permet un autre point de comparaison in situ, en prenant soin d'analyser les hypothèses mises en jeu pour obtenir la composition modale à partir des spectres ChemCam. Dans le cas d'échantillons mesurés à Bardbury Rise (Sautter et al., 2014) (Figure 1.9), les analyses ChemCam ont permis de mettre en évidence une composition atypique des roches martiennes ignées observées depuis la surface. Cette composition à dominante feldspathique pour toutes les roches étudiées à Bradbury Rise suggère une nature variée des roches magmatiques martiennes et donc de processus d'évolution divers qui pourront être étudiés depuis l'orbite avec l'instrument OMEGA (chapitre 4). 27 1.1. ÉTUDE DE LA COMPOSITION DES SURFACES PLANÉTAIRES 28 Figure 1.9 (a) Image de contexte RMI de la cible Coronation. (b) Pics d'émission du LIBS dans l'UV, le vision et l'infrarouge proche. En noir : Coronation. En bleu et vert : les échantillons Stark et Thor lake 5 non discutés en détail ici. (c) Compositions chimique et minéralogique et erreurs associées pour l'échantillon Coronation. Données extraites de Sautter et al. (2014). La spectroscopie Mössbauer - La spectroscopie Mössbauer fournit des informations sur la dis- tribution du fer et permet de rendre compte de son degré d'oxidation, de la présence de phases riches en Fe et de la distribution du Fe à l'intérieur de ces phases (Wdowiak et al., 2003). C'est une technique également réservée aux investigations in situ car elle nécessite un contact direct avec les échantillons. Caractériser l'état du Fe et sa distribution permet de contraindre des processus de formation des roches primitives, notamment les conditions dans lesquelles elles ont cristallisées ainsi que la contribution de l'altération et/ou de l'érosion responsables de leur évolution. En modélisant les spectres Mössbauer à partir de spectres de laboratoire, il est possible d'en extraire la composition minéralogique. La présence de jarosite a pu être mise en évidence dans le site d'atterrissage d'Opportunity et la présence d'hématite conrmée (Klingelhöfer et al., 2004). La détection de jarosite dans Meridiani Planum à la surface de Mars, implique de l'altération aqueuse de surface dans un milieu acide et permet donc de tracer des processus d'évolution exogène d'une surface planétaire. De la même façon que pour la spectroscopie X et du LIBS, les résultats de la modélisation des données de spectroscopie Mössbauer pour passer de la composition élémentaire à la composition minéralogique pourront être utilisées à titre de comparaison avec les données de modélisation d'abondances qui seront réalisées avec OMEGA (chapitre 4) en prenant soin de dénir le cadre dans lequel ses comparaisons sont valides. Les caméras visibles - Ces techniques, soit parce qu'elles combinent la spectroscopie et l'ima- gerie (voir section 1.1.3.1) soit parce qu'elles sont associées à des caméras, permettent de combiner les résultats spectroscopiques à des contextes géologiques comme nous avons pu l'illustrer par de nombreux exemples dans les paragraphes précédents (Figures 1.4, 1.7, 1.8, 1.9). Des caméras visibles sont largement répandues en orbite autour de Mars et des astéroïdes et permettent aujourd'hui d'atteindre des résolutions spatiales de l'ordre du mètre pour les caméras haute résolution (HiRiSE/MRO, HRSC/MEx, CTX/MOdy, MOC/GRS). Le contexte géologique est indispensable pour pouvoir associer des détections d'éléments chimiques et/ou de minéraux à des processus physiques et/ou chimiques de grandes échelles depuis l'orbite, ou localisés directement depuis la surface. Les analyses réalisées dans la suite de cette thèse seront dès que possible et nécessairement associées à des contextes géologiques, topographiques, et morphologiques précis. 1.1. ÉTUDE DE LA COMPOSITION DES SURFACES PLANÉTAIRES 29 1.1.3.3 Résumé Il est important de conclure ici que les techniques diérentes permettent de contraindre la composition de surface dans sa globalité, aussi bien qualitativement que quantitativement et en terme de composition élémentaire et/ou de minéralogie et à toutes échelles. Cela permet donc de rendre compte de nombreux processus de formation et d'évolution des sols étudiés, comme nous avons pu l'illustrer dans les paragraphes précédents. En particulier, la combinaison de ces techniques variées aux données OMEGA (Figure 1.10) pour l'étude des minéraux maques à la surface de Mars constitue un atout considérable et sera exploitée dans cette thèse. Quant aux investigations avec MicrOmega, cette approche multi-échelle et multi-instruments apparaît très prometteuse, comme décrite dans la Figure 1.10 (b). Figure 1.10 (a) Illustration récapitulative des techniques et instruments associés qui seront combinés aux données d'imageries hyperspectrales dans le VIS-PIR de l'instrument OMEGA pour la caractérisation de la surface martienne (chapitres 2 et 4). Les instruments annotés en gris indiquent que la comparaison est du second ordre étant donné qu'ils fournissent à la base des informations sur la composition élémentaire et à une échelle diérente de celle de l'instrument OMEGA. (b) Illustration récapitulative des futures investigations du même ordre qui pourront avoir lieu sur l'astéroïde Ryugu à partir des données de l'instrument MicrOmega. Les diérents instruments seront discutés dans la section 1.3.3.2. Un diagramme similaire pourra être appliqué à l'instrument MicrOmega dans le cadre de la mission ExoMars2020. 1.2. LA PLANÈTE MARS 30 1.2 La planète Mars Nous allons voir ici les grandes lignes permettant d'expliquer l'évolution des planètes telluriques ainsi que les phénomènes associés à la formation des roches magmatiques permettant de tracer l'activité interne des planètes. Ces notions de bases vont nous servir dans un second temps pour décrire plus en détail l'évolution de la planète Mars. La partie qui va suivre a donc pour vocation de présenter une revue non exhaustive de la littérature concernant la formation et l'évolution de Mars en se concentrant sur les aspects lié au magmatisme et au volcanisme pour ensuite faire le lien entre les processus physiques mis en jeu et les observations en terme de composition de surface observée. Pour cela nous expliciterons la distribution des édices et plaines volcaniques en associant les diérentes structures à des processus et âges précis pour essayer de décrire au mieux l'histoire du volcanisme martien basé sur la morphologie et topographie de la surface. Une synthèse de l'étude des minéraux liés au volcanisme basée sur les études depuis l'espace (tant depuis l'orbite qu'in situ ) associées aux études des météorites dites martiennes (les SNC) sera ensuite exposée. 1.2.1 Généralités Les quatre planètes telluriques sont les survivantes parmi de nombreux planétésimaux qui peuplaient le système solaire lors de sa formation. On estime aujourd'hui qu'il y avait dans le système solaire interne, lors de sa formation des milliers de corps de taille kilométrique, quelques 100 objets de la taille de la Lune, une dizaine d'objets de la taille de Mercure et un peu moins de la taille de Mars (Anderson et al., 1992). Ces gros objets, probablement déjà fondus et/ou diérenciés ont continué à s'accréter pour former planètes qu'on connait aujourd'hui. Ce stade tardif d'accrétions par collisions massives associé à l'énergie gravitationnelle et au chauage interne par radioactivité, a fourni assez d'énergie pour faire fondre les planètes et faciliter la diérenciation du noyau métallique composé en majorité de Ni, Fe et S (très dense qui va migrer vers l'intérieur de la proto-planète) et du manteau de silicates (de densité faible qui va migrer vers l'extérieur). Le passage par un océan de magma, total ou partiel, à la surface des planètes avant diérenciation est encore discuté. Dans le cas de Mars, les modèles permettant d'expliquer la formation de son noyau s'accordent sur la présence de celui-ci (Righter & Drake, 1996). 30 1.2. LA PLANÈTE MARS 31 Figure 1.11 Minéralogie d'un océan de magma martien à partir de la composition du manteau estimée par Bertka et Fei (1997) et Longhi (1992) (a) Avant le retournement. (b) Après le retournement. Figures extraites et adaptées de Elkins-Tanton et al. (2005) et Elkins-Tanton et al. (2008). Une des caractéristiques des planètes telluriques est qu'elles ont formé une croûte au dessus du manteau, croûte qui constitue en partie l'enveloppe solide externe de la planète. La présence d'une croûte est également possible sur des astéroïdes diérenciés de grande taille comme c'est le cas pour Vesta (Zuber et al., 2011). Pour les quatre planètes telluriques, l'épaisseur et la densité moyennes ainsi que la composition de leur croûte peuvent être diérentes. L'épaisseur moyenne de la croûte martienne par exemple est de 40 km, elle peut atteindre 80 km dans les régions volcaniques de Tharsis et moins de 10 km dans le bassin d'impact d'Hellas (Zuber et al., 2000) (voir Figure 1.15 (a)). Il existe trois types de croûte planétaire : La croûte primaire : qui est vraisemblablement formée lors de la diérenciation initiale, résultant de la cristallisation de l'océan de magma fusionné lors de l'accrétion collisionnelle (Elkins-Tanton et al., 2005). La formation de celle-ci a lieu tôt lors de la formation des planètes et se fait rapidement (∼ 108 ans). L'océan de magma peut atteindre des profondeurs diérentes en fonction de la taille du corps qui se diérencie. Plus l'océan de magma se trouve en profondeur, plus la pression résultante sera élevée, or le type de minéraux cristallisés dépend de la pression. Les minéraux les plus denses auront ensuite tendance à descendre dans le manteau alors que les minéraux les moins denses resteraient en surface créant ainsi une croûte de moindre densité comparée au manteau. C'est le cas des observations réalisées sur la Lune où une croûte d'anorthosite épaisse est observée. Cette croûte ire peut présenter une concentration en éléments incompatibles assez importante. Ces éléments qui de par leur faible anité avec les solides se retrouvent en grande quantité dans le magma fondu. Sur Mars, cette croûte primaire (également appelée croûte primitive) a donc été largement remodelée au cours 31 1.2. LA PLANÈTE MARS 32 du temps formant ainsi une croûte secondaire. La croûte secondaire : cette seconde croûte est formée sur des échelles de temps plus longues et plus longtemps après la n de l'accrétion. Elle résulte de la fusion partielle d'un volume limité du manteau de silicates, qui peut se traduire en épanchement volcaniques et former des structures géologiques comme les plaines du nord observées sur Mars (section 1.2.4). Il s'agit donc de resurfaçage de la croûte primaire qui au-delà du volcanisme inclut également les processus d'érosion, d'altération, éoliens et liés aux impacts. La croûte tertiaire : qui est observée uniquement sur Terre (croûtes continentales) et qui résulte de sédimentation, métamorphisme et/ou de la fonte de la croûte secondaire. En plus de la limite collisionnelle qui sépare la croûte du manteau, il existe une autre limite qui est cette fois de nature rhéologique (qui traduit une diérence en terme de viscosité). Cette délimitation se situe un peu plus en profondeur dans le manteau (∼100 km pour la Terre et ∼300 km pour Mars) et sépare la lithosphère de l'asthénosphère. La lithosphère constitue une couche froide et solide alors que l'asthénosphère est plus chaude et visqueuse. La limite entre les deux couches correspond à la limite supérieure à partir de laquelle on observe de la convection dans le manteau. Dans le cas de Mars, l'épaisseur de la lithosphère est telle que celle-ci ne présente pas de fragmentation et on observe donc une surface lithosphérique de type "mono-couche" et donc sans tectonique des plaques. L'absence de tectonique des plaques implique qu'il n'existe pas sur Mars de volcanisme associé à la subduction, comme on peut l'observer sur Terre. Il n'y a donc pas une uniformité des processus de formation et évolution d'une planète tellurique. De plus, même lorsque l'on rencontre des objets similaires comme c'est le cas pour la Terre et Vénus qui ont une structure interne comparable et une taille et densité moyenne presque identiques (RV = 0.9488RT et ρV = 0.9454ρT ), on voit que les processus d'évolution ont conduit à deux planètes complè diérentes. Parmi les traceurs qui peuvent apporter des informations concernant l'évolution divergente des planètes pendant et après leur formation, on trouve le magmatisme. C'est sur les processus liés au magmatisme et au volcanisme que nous allons nous concentrer dans la suite dans le cas des études martiennes mais avant de rentrer dans les détails spéciques à la planète rouge nous allons dresser un portrait succinct des diérents phénomènes mis en jeu. Les roches ignées aussi appelées roches magmatiques constituent une des trois grandes familles de roches qui existent, parmi lesquelles on trouve également les roches sédimentaires et les roches métamorphiques. La formation et l'évolution de ces trois familles de roches s'inscrivent dans un cycle des roches représenté en Figure 1.1. La section qui va notamment nous intéresser ici concerne la cristallisation des roches ignées à partir d'un magma résultant de la fusion du manteau. LA PLANÈTE MARS 33 La fusion et l'ascension du magma De part des changements de température et/ou de pression à l'intérieur du manteau planétaire, à une certaine profondeur dans la lithosphère une partie de celui-ci peut entrer en fusion et former un magma. Ce magma liquide et donc moins dense que le manteau solide va essayer de "s'échapper" en remontant à la surface (via des structures faibles par fracturation hydraulique). Diérents processus peuvent entraîner la fusion d'une partie du manteau et donc la formation d'un liquide magmatique qui se traduirait ensuite par une activité volcanique : 1. La décompression adiabatique : à température constante dans le manteau, des roches peuvent migrer vers l'extérieur, la pression appliquée diminue ce qui engendre une fusion partielle de ces dernières. Sur Mars, la fusion par décompression adiabatique se fait à des températures plus basses que sur Terre étant donné le rapport Fe/Mg contenu dans le manteau. En eet, dans le manteau martien on observe un rapport Fe/Mg de l'ordre de ∼0.25 contre ∼0.11 sur Terre, or plus la teneur en Fe par rapport à la teneur en Mg est élevée plus la température de fusion diminue (Zhang & Herzberg, 1994). Ce type de phénomène est donc plus propice sur Mars (ElMaarry et al., 2009). 2. L'apport de chaleur : diérentes sources de chaleur peuvent entrer en jeu. La chaleur accumulée lors de l'accrétion et/ou la diérenciation peut être évacuée dans le manteau et donc chauer celui-ci localement et entraîner la fusion. La source de chaleur la plus importante provient de la désintégration radioactive. Celle-ci peut avoir lieu dans le manteau ou dans la croûte et à n'importe quelle période de temps durant la formation et l'évolution de planète. 3. L'hydratation du manteau : si le manteau est hydraté en profondeur, le solidus (qui correspond à la limite en terme de pression et température où commence la fusion du manteau) va se décaler vers des températures plus basses et donc permettre la fusion partielle du manteau. Ce phénomène est observé sur Terre au niveau des zones de subduction qui permettent l'apport d'eau dans le manteau. 4. Les impacts : les énergies impliquées lors d'impact géants peuvent engendrer la fusion partielle et recristallisation du manteau. Dans ce cas là, la formation de magma en fusion ne constitue pas à proprement parler une activité volcanique comme c'est le cas lorsqu'un magma formé sous la surface atteint la surface par eusion volcanique au niveau de plaques de subduction ou par volcanisme de point chaud. 5. Les eets de marées : les forces de marées mises en jeu dans des cas extrêmes comme on peut le voir pour le satellite Io de la planète Jupiter peuvent entaîner un réchauement substantiel qui engendre la formation de magma. Cette source d'énergie n'intervient pas dans le cas de Mars. Le volcanisme de subduction met en jeu la fusion d'une partie de la croûte lorsqu'une fraction de la lithosphère glisse et s'enfouit en profondeur dans le manteau. Ce type de volcanisme nécessite donc une activité tectonique. Sur Mars, l'absence de tectonique des plaques implique que l'activité volcanique provient principalement de volcanisme de point chaud. Le volcanisme de point chaud résulterait de la remontée de panaches chauds qui proviennent d'une couche limite profonde juste au-dessus de la limite entre le noyau et le manteau et qui permettent le refroidissement du noyau. C'est pourquoi les grands édices volcaniques martiens sont en général considérés comme étant formés à partir de panaches chauds montants mais les roches volcaniques observées aujourd'hui en surface peuvent avoir une nature diérente (fusion du manteau par impact ou par chauage désintégration radioactive par exemple). La densité du manteau et de la croûte à travers desquels le magma réalise son ascension sont donc des paramètres déterminants pour expliquer la composition des roches magmatiques observées en surface. En eet, on observe par exemple sur la Lune dont la croûte d'anorthosite présente une faible densité que magma ne peut que dicilement atteindre la surface car il aura une densité toujours plus élevée que celle de la croûte. Cela permet d'expliquer pourquoi sur la Lune aucun édice volcanique imposant n'est observé, mais préférentiellement des mers lunaires par volcanisme ssural. Ce type de volcanisme a également été suggérer sur Mars pour expliquer la topographie des plaines de l'hémisphère nord, qui auraient été entièrement remplies par un épisode "d'inondations volcaniques" (volcanic ooding ) (Head et al., 2002). La cristallisation fractionnée Le magma peut rejoindre la surface rapidement ou inversement, il peut se retrouver piégé dans des chambres magmatiques à quelques dizaines de mètres sous la surface et subir un refroidissement beaucoup plus lent. En eet, la remontée du magma est en grande partie conduite par les diérences de densité entre le magma moins dense et les matériaux qui l'entourent. Lorsque le magma arrive dans une zone où les matériaux qui l'entourent ont la même densité, il arrête sa remontée et est bloqué dans une chambre magmatique. La composition du magma peut alors évoluer par cristallisation fractionnée qui engendre la cristallisation des matériaux denses comme l'olivine et le pyroxène en premier (Figure 1.12). Le magma secondaire résultant est moins dense et peut continuer son ascension vers la surface ou vers une autre chambre magmatique. Le temps de refroidissement du magma va inuer sur la nature des minéraux observés. Il existe deux types de roches ignées qui gardent en mémoire une information sur le temps de refroidissement du magma : les roches plutoniques qui naissent du refroidissement très lent du magma et forment donc des minéraux avec de gros cristaux. En eet, plus le refroidissement se fait lentement plus les cristaux ont le temps de se développer ; et les roches volcaniques qui elles résultent du refroidissement rapide du magma qui se traduit donc par la présence de cristaux plus petits. La composition minéralogique de ces deux types de roches est identique mais elles se diérentient par leur texture. Le granite est largement observé sur Terre alors que sur les autres planètes telluriques on observe préférentiellement des minéraux basaltiques. Pour connaître plus en détail les conditions de température de cristallisation d'un magma on peut se référer à la série de Bowen (Figure 1.12) qui représente l'ordre de cristallisation des éraux en fonction de la température du magma qui se refroidit. Cette série est simpliée par rapport aux diérentes conditions de pression et température dans le manteau (notamment liées à la profondeur) qui engendrent des degrés de fusion diérents et donc des séries de cristallisation plus complexes. 34 1.2. LA PLANÈTE MARS 35 Figure 1.12 Série de Bowen de cristallisation des roches ignées. En vert sont indiquées les roches volcaniques (intrusives) et en rouge les roches plutoniques (extrusives). En plus de la température de cristallisation diérente pour chaque minéral qui engendre une cristallisation dite fractionnée, la composition nale des roches ignées va également dépendre de la composition élémentaire du magma en fusion et du degré de fusion. En eet, une fusion partielle d'un magma va modier la composition relative de celui-ci par rapport à une fusion complète. L'étude de la composition minéralogique des roches peut donc permettre de contraindre les conditions de cristallisation du magma ainsi que sa composition élémentaire initiale. En fonction de la composition minéralogique de la roche observée nous parlerons de roche ultramaque, maque, intermédiaire ou felsique. Les roches largement rencontrées sur Mars qui vont attirer notre attention dans la suite de ces travaux sont les minéraux constituant les basaltes qui sont les olivines, les pyroxènes et les plagioclases (section 1.2.4), également appelées roches maques. En eet, sur Mars, si le manteau est constitué principalement de péridotite, les roches magmatiques résultantes auront une composition proche du manteau solide. La formation de minéraux plus riches en silice tels que les minéraux felsiques implique une composition du magma également plus riche en silice. Cependant, l'absence de tectonique des plaques sur Mars ne permet pas l'apport de ces minéraux en profondeur via les zones de subduction comme on peut le voir sur Terre. Il n'y a donc pas d'apport de ces minéraux dans le manteau. Le magma résultant est donc toujours le résultat de la fusion de la péridotite du manteau, la composition nale des roches observée reste donc proche de cette composition initiale c'est-à-dire une composition de type utlra-maque à maque, en théorie. Cependant, nous verrons que des roches anorthositiques (et donc felsiques) ont été déctées en bordure des bassins d' s sur Mars (Carter & Poulet, 2013) ce qui implique que les processus mis en jeu pour rendre compte de la croûte martienne sont plus nombreux et potentiellement complexes que ceux énumérés ci-dessus. L'olivine est le premier minéral à cristalliser, la composition chimique du magma va donc évoluer car pour se former l'olivine va puiser les ressources en magnésium et en fer du magma. Les minéraux qui vont se former ensuite sont les pyroxènes. Les pyroxènes qui sont également principalement constitués de fer et de magnésium vont continuer à puiser ces éléments dans le magma liquide. Les pyroxènes qui se forment peuvent être plus ou moins riches en calcium, la part relative de calcium va dépendre du taux de fusion du magma. En eet, le calcium est un élément dit incompatible ce qui implique que de par son rayon ionique plus grand que celui du fer et du magnésium il va moins bien s'intégrer au solide et donc se séparer plus facilement de celui-ci. Lors de fusions partielles faibles, il sera donc libéré dans le magma liquide en plus grande quantité que le fer ou le magnésium, sa concentration relative dans le magma sera donc supérieure. Les pyroxènes riches en calcium vont donc se former préférentiellement dans ce cas-là. En revanche, si le taux de fusion est élevé la part relative de calcium dans le magma liquide va être plus faible. Les pyroxènes pauvres en calcium vont alors se former. Les plagioclases vont commencer à cristalliser à des températures similaires aux températures de cristallisation des pyroxènes. Lors de la cristallisation du magma, des phases amorphes peuvent également se former. Ces verres basaltiques se forment naturellement à travers du volcanisme ou des impacts et sont détectés à la surface des régolites planétaires. Les verres préservent la composition primaire du magma et permettent donc de nous renseigner sur la composition initiale et peuvent être de bons traceurs de l'altération. En eet, la préservation des verres basaltiques sur Mars, peut être utilisée pour identier des zones où l'altération est privilégiée car ces phases amorphes s'altèrent rapidement et développent des caractéristiques morphologiques sous forme de rides lorsqu'elles sont altérées dans des conditions acides (Cannon et al., 2017). En plus de la série de Bowen, les roches magmatiques peuvent également être classées fonction du type de volcanisme auquel elles sont associées : le volcanisme alcalin (magma riche en K2 O et N a2 O, qui traduira plutôt du volcanisme dit de point chaud), le volcanisme sub-alcalin (magma plus riche en SiO2 et plus diérencié). On peut représenter les diérentes roches dans un diagramme TAS ("Total Alcali-Silica ") (Cox et al. (1979), LeBas et al. (1986)) qui va donc permettre de dénir une roche volcanique à partir de sa composition chimique en SiO2 et K2 O + N a2 O (Figure 1.13). Figure 1.13 Représentation des diérentes séries volcaniques dans un diagramme TAS. Le graphique est issu de Wilson (1989). 36 1.2. LA PLANÈTE MARS 37 1.2.3 Propriétés physiques et morphologiques de la croûte martienne et structures volcaniques associées Mars est donc aujourd'hui composée d'un manteau rocheux dans lequel la chaleur résultante de l'accrétion et de la formation du noyau est transportée. Sa croûte primaire s'est formée par fusion partielle du manteau vraisemblablement à partir d'un océan de magma profond, elle a depuis subi de nombreuses transformations via entre autres des impacts, du volcanisme, de l'érosion à des degrés diérents (Figure 1.14 (a) et (b)). Le resurfaçage de la croûte primaire est en majorité dû au volcanisme, qui était a priori le plus actif au début de l'Hespérien (Figure 1.14 (a), Tanaka et al. (2014)) et qui ne fait que diminuer comme nous le verrons plus en détail dans les paragraphes qui vont suivre. Cependant, même si les traces les plus évidente de volcanisme intense datent de l'Hespérien, il est possible que le volcanisme ait été plus important à l'époque du Noachien. Le resurfaçage continuel de la croûte ne nous permet pas de sonder cette époque plus ancienne. Dans la grande majorité des terrains martiens, c'est donc cette croûte secondaire formée à partir du resurfaçage de la crôute primaire que nous observons. Figure 1.14 (a) Taux de resurfaçage de la surface martienne par unités géologiques en fonction du temps. (b) Taux de resurfaçage par époques (N,H,A = Noachien, Hespérien, Amazonian et e,m,l = early, middle, late ). Seules les unités associées au volcanisme et impacts sont directement lié à un processus de resurfaçage précis. La profondeur de resurfaçage et le volume total de matériau érodés et transportés ne sont pas mesurés. Données extraites de Tanaka, et al. (2014). Sa croûte occupe 4% de son volume total ce qui représente en moyenne une épaisseur de 50 km qui n'est pas homogène sur toute la surface. Son épaisseur (Figure 1.15 (a)) est fortement correlée à la topographie générale qui se présente sous la forme du dichotomie entre les terrains très élevés du sud (plus de 2 km au dessus du niveau zéro) et les plaines de basses altitudes des terrains du nord (4 km en dessous du niveau zéro en moyenne) (Figure 1.15 (b)) (Zuber et al., 2000). Diérentes hypothèses sont discutées pour expliquer la présence de cette dichotomie. Elle aurait pu se former naturellement soit par cristallisation de l'océan de magma après le supposé retournement du manteau (Elkins-Tanton et al., 2005), soit grâce à des processus de convection dans le manteau qui aurait modiés l'épaisseur de la croûte avec le temps (Solomon et al., 2005). Son origine pourrait également être exogène et résulter de l'arrachement d'une partie de la croûte par impacts géants (Nimmo, Hart, Korycansky, et Angor (2008)). Ces principales hypothèses toujours débattues aujourd'hui convergent cependant vers le fait que la dichotomie nord-sud est apparue tôt dans l'histoire martienne. Au-delà de leur diérence en terme d'altitude moyenne et d'épaisseur de la croûte, les terrains du nord et du sud se diérencient pas leur rugosité qui elle aussi semble suivre la dichotomie nord-sud (Figure 1.15 (c)). Les unités foncées du nord sont associées à des surfaces lisses et sont notamment corrélés aux terrains d'origine volcanique (voir Figure 1.16) qui témoignent de resurfaçage récent, alors que les unités claires traduisent une rugosité élevée caractéristiques des terrains fortement forte cratérisation traduit un âge de surface plus élevé pour les terrains du sud que pour les terrains lisses du nord qui n'ont pas encore étaient soumis à un fort taux d'impacts ni à des déformations tectoniques. Figure 1.15 (a). Èpaisseur de la croûte martienne en km obtenue à partir des données de topographies et gravitométries de MOLA/MGS, la ligne rouge indique la limite de la dichotomie nord-sud. (b). Carte topographique de Mars à partie des données MOLA/GRS. Les cartes (a) et (b) sont extraites de Zuber et al. (2000). (c) Carte de rugosité martienne sans échelle (les unités claires correspondent aux terrains fortement rugueux à l'inverse des terrains foncés qui correspondent aux terrains lisses). Carte extraite de Kreslavsky et Head (2002). La surface de Mars est largement recouverte de matériaux volcaniques (Greeley et Spudis (1981) estiment la couverture volcanique à ∼ 54%). Le volcanisme est donc très présent mais il n'est pas uniformément distribué à la surface (Figure 1.16 (b)) et se traduit par de nombreux édices à morphologies très diérentes parmi lesquels on trouve (Greeley & Spudi s , 1981 ) : (1) de larges volcans 38 1.2. LA PLANÈTE MARS 39 boucliers ( not amment dans la province de Tharsis ( encadré en jaune sur la Fig. 1.16)), (2) des dômes composites aussi appelés tholus ( que l' on trouve principalement dans la province d'Elysium (encadré en vert sur la Fig. 1.16 (b))) et autres petits dômes, (3) des paterae c aractérisées par leur relief peu prononcé (dans les hauts plateaux cra térisés du sud (encadré en noir sur la Fig. 1.16 (b))) qui ne font pas partie des provinces vol caniques principales. Figure 1.16 (a) Carte de la surface martienne entre -60 et +60 de diérentes provinces et édices volcaniques sur le fond MOLA indiquant l'altitude. Les zones colorées représentent les édices, et les unités volcaniques datant du Noachien, de l'Hespérien et de l'Amazonien d'après Tanaka, et al. (2013). Le nom des régions volcaniques est indiqué directement sur la carte et les volcans les plus grands sont indiqués par une èche. (b) Carte des diérents dépôts d'olivine étudiés en détail par Ody et al. (2013). Les détections en rose (plaines hespériennes) et en rouge (fond de cratère) sont associées à du volcanisme ssural datant de l'Hespérien. Toutes ces structures volcaniques sont associées à des laves de faible viscosité (Carr, 1987), ce qui sur Terre signie qu'elles sont pauvres en Si. 1.2. LA PLANÈTE MARS 40 en évidence par l'étude topographique des plaines du nord (Head et al., 2002) et l'étude globale des dépôts d'olivine dans l'hémisphère sud par Ody et al. (2013) sont répertoriées à l'échelle globale et apparaissent sur la Figure 1.16 (a). La composition de surface de toutes les zones associées au volcanisme martien mises en évidence sur la Figure 1.16 (b) ne sera pas étudiée à partir des données OMEGA dans les études présentées en chapitre 4 (voir Figure 1.18 (b)). En eet, les terrains de l'hémisphère nord cartographiés ici rendent compte de la majeure partie de l'activité volcanique de la planète mais sont recouverts d'une épaisse couche de poussière qui peut atteindre plusieurs mètres donc malheureusement la minéralogie de surface n'est pas accessible depuis l'orbite. La présence de cette poussière se traduit par un albédo élevé dans les régions de Tharsis, Arabia Terra et Elysium (Figure 1.16 (b)) en comparaison aux terrains sombres de l'hémisphère sud. Le dôme de Tharsis (de diamètre ∼ 4000 km et de hauteur ∼ 1000 km) couvre près d'un quart de la surface de la planète et regroupe les plus imposants volcans boucliers de Mars (volcanisme eusif) et le plus imposant du système solaire : Olympus Mons qui culmine à plus de 20 km de hauteur. Le dôme d'Elysium (∼ 1700 × 2400 km2 ) est lui constitué de trois édices volcaniques principaux : Ely Mons, et Albor Tholus et Hecates Tholus. Ces Les paterae de l'hémisphère sud sont des structures volcaniques beaucoup moins élevées, et correspondraient à des volcans à cheminée centrale, très anciens (Plescia & Saunders, 1979). Ils sont caractérisés par des caldera centrales et des crêtes radiales (Greeley et al., 2000). Ces volcans engendreraient des éruptions de type mixte et leur formation pourrait être le résultat d'écoulement de pyroclastes (Greeley et al., 2000). Ces diérences en terme de topographie nord (hauts édices)sud (faibles reliefs) peuvent être expliquées par deux processus : (1) la profondeur de la source du magma (qui va jouer sur la composition et donc le comportement d'écoulement du magma) et (2) une histoire éruptive plus longue dans l'hémisphère nord. La distribution de ces édices et plaines volcaniques et les processus internes associés ne sont pas homogènes spatialement. Les couleurs sur la Figure 1.16 indiquent de plus que ces traceurs du volcanisme ne sont pas tous datés des mêmes époques. Le volcanisme associé au Noachien (∼ 4.0 3.7 Ga) représente les plus vieilles traces de volcanisme martien, si il y a eu du volcanisme à cette époque les signatures en surface ont été eacées au cours du temps par les processus représentés sur la Figure 1.14. Les petits tholi et paterae du dôme de Tharsis (Figure 1.17) seraient les plus vieux traceurs du volcanisme martien et ce qui indique que le volcanisme dans la province de Tharsis a commencé très tôt même si à cette époque les grands boucliers n'étaient pas encore formés. Le début de la formation d'Olympus Mons est par exemple daté de ∼ 3.8 Ga. La formation des principaux volcans boucliers se serait terminée autour de 3.55 Ga. Les petits tholus et paterae qui composent le dôme de Tharsis sont datés pour les récents de 3.7 Ga (Werner, 2009). Leur formation résulterait de l'interaction de lave et de glaces (C. Allen, 1979) ou du produit d'éruptions de type phréatique (Frey et al., 1979). Des dépôts épais de laves qui ont été façonnés par des contraintes tectoniques sont également détectés dans les terrains du sud. Ces plaines ridées sont caractéristiques de rides de compression volcaniques (Tanaka et al., 1988). Une augmentation de l'activité volcanique débute entre la n du Noachien et le début de l'Hespérien (Figures 1.14 et 1.17) notamment dans les paterae des hauts plateaux de l'hémisphère sud (Figure 1.16). Ce volcanisme se traduit par la formation paterae qui s'étendent sur plusieurs centaines de kilomètres et qui présentent des reliefs peu élevés (Syrtis Major, et les paterae Amphitrites, Peneus, Tyrrhena et Hadriaca). La proximité des paterae des terrains de l'hémisphère sud au bassin d'impact d'Hellas laisse suggérer que leur activité volcanique a été à l'époque favorisée par la fracturation de la croûte résultante des impacts géants (Greeley & Spudis, 1981). Le type de volcanisme associé à ces volcans a évolué avec le temps, passant d'un volcanisme explosif qui se traduit par les chenaux profonds sur les ancs de leur large 40 1.2. Figure 1.17 Résumé du comptage de cratères de diamètre de 1 km et âges dérivés par Hartmann et Neukum (2001) pour la majorité des constructions volcaniques de Mars et quelques plaines. Graphique extrait de Werner (2009). Les couleurs correspondent aux ères géologiques : Noachien (rouge), Hespérien (bleu) et Amazonien (Vert). Le volcanisme largement répandu à la surface martienne est donc complexe, varié et épisodique. Il résulte principalement de l'activité volcanique eusive qui a perduré à travers les diérentes ères géologiques et qui a été précédé d'une activité plutôt explosive conduisant à la formation de structures plates et fortement érodées dans les terrains du sud. 1.2. LA PLANÈTE MARS 42 En résumé, la surface martienne présente aujourd'hui une grande diversité de terrains en terme d'âge et de nature (bassins, édices volcaniques, plaines, hauts plateaux) (Figure 1.18 (a)). Les édices volcaniques sont majoritairement concentrés sur les deux grandes provinces de Tharsis et d'Elysium. En addition au volcanisme très présent dans ces deux régions, des traces de volcanisme ssural dans les terrains de l'hémisphère sud ont été mis en évidence grâce à l'étude des dépôts d'olivine localisés et dans l'hémisphère nord grâce à des études morphologiques. L'étude de la composition de surface pour rendre compte du magmatisme martien à l'échelle globale dont il sera question dans le chapitre 4 ne sera basé que sur certaines des régions discutées dans cette section, à cause de l'épaisse couverture de poussière masquant la minéralogie de surface dans la majeur partie de l'hémisphère nord. Il est donc important de noter ici que l'échantillon, représenté sur la Figure 1.18 (b), sur lequel est basée notre étude à l'échelle globale présentera un biais (spatial et temporel) car il est principalement constitué de terrains de l'hémisphère sud datés du Noachien. Il est important de noter ici que certains âges à cette échelle peuvent être biaisés du de la résolution. Par exemple, certains terrains tels que les dunes peuvent être mal datés. Les étapes conduisant à la distribution spatiale particulière représentée en Figure 1.18 (b) ainsi que les implications liées à cette distribution spatiale et temporelle seront détaillées dans le chapitre 4. Figure 1.18 Carte de la distribution des âges. Les données sont extraites de Tanaka, et al. (2014). Le orange est associé au Noachien, le bleu à l'Hespérien et le vert et rose à l'Amazonien. Les dégradés de couleurs rendent compte des diérents types de terrains. (c) Carte globale de 0 à 30. (d) Carte ne prenant en compte que les zones modélisées dans le chapitre 4. Les régions qui seront mises en avant dans les analyses sont indiquées par des étoiles de diérentes couleurs. LA PLANÈTE MARS 43 1.2.4 Composition de la croûte martienne À partir des données morphologiques et topographiques il est donc possible de remonter à une chronologie assez précise du volcanisme martien, cependant pour comprendre l'origine et les processus internes à ce volcanisme la connaissance de la composition de surface est primordiale (1.2.2). En eet, la composition de surface peut apporter des informations complémentaires concernant l'origine des roches (magmatiques, sédimentaires, altérées), leur évolution (métamorphisme, altération aqueuse ou non) qui ne sont pas accessibles uniquement avec les études morphologiques. Nous allons donc maintenant essayer de dresser une synthèse des connaissances actuelles concernant la composition de surface associée aux épisodes volcaniques décrits dans les paragraphes précédents. Les nombreuses phases minéralogiques associées à l'altération, aqueuse ou non, détectées à la surface de Mars ne seront pas discutées ici. Depuis Mariner 9, la surface de Mars a été sondée de nombreuses fois, tant concernant sa composition chimique que sa composition minéralogique et aussi bien depuis l'orbite que in situ ou à partir des météorites dites martiennes. La Figure 1.19 regroupe les donnée s d'analyses de la composition chimique de la surface extraites de : Christensen, Wyatt, et al. (2004) (analyses APXS avec Opportunity), Gellert et al. (2004) (analyses APXS avec Spirit), Boynton et al. (2007) (données orbitales de GRS/MOdy), McSween et al. (2009) (données sur les SNC, données Viking et données Pathnder), McSween et al. (2009) (conversion des données minéralogiques de TES en composition chimique), (Mangold et al., 2016) et (Sautter et al., 2015) (analyses ChemCam avec Curiosity). Figure 1.19 Diagramme TAS global des sols martiens observés depuis l'orbite (GRS/MOdy et TES/MGS), in situ (Viking, Pathnder, Opportunity (triangle), Spirit (croix), Curiosity) en comparaison aux SNC. Les données TES ne donnent pas accès à la composition chimique, les données minéralogiques sont converties en éléments chimiques avec la méthode présentée dans Wyatt, et al. (2001). 43 1.2. LA PLANÈTE MARS 44 La nature basaltique de la surface martienne a été déterminée dès les premières observations télescopiques (Soderblom (1992), Roush et al. (1993)). Cette composition a été conrmée de nombreuses fois (Figure 1.19) même si la surface martienne couvre une large gamme de compositions diérentes des pycrobasaltes aux trachytes. D'après les analyses chimiques, elle semble se concentrer sur une composition de type basaltique voire basaltique andésitique pour les résultats TES et certains sols analysés par Curiosity. Les analyses minéralogiques ont permis de détecter de nombreux minéraux maques qui traduisent la nature basaltique de la surface, et les résultats convergent vers une composition dominée par les plagioclases, les pyroxènes (riche et pauvre en calcium) et plus localement l'olivine (Bandeld et al. (2000), Christensen et al. (2000), Mustard et al. (2005), Rogers et al. (2007), Koeppen et Hamilton (2008), Poulet, Bibring, et al. (2009)). Du verre basaltique riche en Si a été également été proposé comme composant du régolite martien, résultant de processus volcaniques et/ou d'impacts (Bandeld et al. (2000), Hamilton et al. (2001), McSween et al. (2003)). Une des détections les plus évidentes à avoir été reportée se situe dans le cratère Hargraves près de la dépression de Nili Fossae (Cannon & Mustard, 2015). diérentes compositions seront discutées individuellement dans les paragraphes qui vont suivre. 1.2.4.1 Les analyses orbitales Les analyses spectroscopiques depuis l'orbite martienne sont très nombreuses et variées et permettent la détection et/ou quantication des phases présentes (voir section 1.1.3). De nombreuses phases minéralogiques associées aux minéraux maques et éléments chimiques ont pu être détectées et cartographiées à l'échelle globale et à des résolutions diérentes (section 1.1.3). La composition chimique a été cartographiée par GRS/MOdy à l'échelle globale et concerne de nombreux éléments chimiques (Taylor, Stopar, et al. (2006), Taylor, Boynton, et al. (2006), Boynton et al. (2007), Karunatillake et al. (2009), Gasnault et al. (2010). Figure 1.20 Cartes d'abondance d'éléments chimiques (Si (a),Th (b)) obtenues avec l'instrument GRS/MOdy à une échelle de 500km/px. Les cartes sont extraites de Boynton, et al. (2007) (a) et Karunatillake, et al. (2006) (b) où la méthodologie pour obtenir les cartes lissées présentées ici est décrite.
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4.2.1 Principe Le principe du refroidissement est shématisé figure 4.3. 5 Une telle technique avait été proposée et appliquée dans le cas d'ions piégés[60, 59] pour éviter d'utiliser une transition dip olaire interdi te et pour pouvoir effectuer du refroidissement par bandes latérales sur des ions ne possédant pas une telle transion . 64 Les cycles de fluorescence décrits dans la section précédente, sont obtenus ici par un processus en deux étapes. Tout d'abord, un couplage cohérent entre les deux états hyperfins est introduit en utilisant une transition Raman stimulée. En utilisant une impulsion suffisamment longue, la sélectivité en énergie est suffisante pour satisfaire le régime des bandes résolues et il est possible de n'induire quasiment que des transitions de F = 3 à F = 4 qui diminuent le niveau vibrationnel de 1. Ensuite, le niveauxEF = 4 est rendu instable grâce à un laser qui le couple à l'état excité 6P3/2, F = 4 : les E atomes transférés dans F = 4 sont ainsi pompés optiquement dans l'état 6S1/2, F = 3 après émission de quelques photons spontanés. L'énergie reçue par l'atome à l'issue du pompage optique est plus faible que l'énergie vibrationnelle. En effet, l'énergie reçue lors de l'absorption et l'émission de photons est faible devant h̄ωosc car la condition de Lamb Dicke est vérifiée. De plus, la variation d'énergie de l'atome lors de son passage dans l'état excité est négligeable devant h̄ωosc. Un ordre de grandeur de cette énergie est donné par le raisonnement classique suivant. Le potentiel dipolaire de l'état excité est du même ordre de grandeur que celui de l 'état fondamental. Le temps caractéristique d'évolution est donc donné par la période d'oscillation du potentiel dipolaire de l'état excité qui est de l'ordre de 1/ωosc (voir note 6 ). Or les atomes passent un temps de l'ordre de te = 30 ns dans l'état excité très inférieur à la période d'oscillation. On peut donc négliger l'effet du potentiel dipolaire de l'état excité. Ainsi, à l'issue d' un "cycle de fluorescence", l'énergie de l'atome a diminuée. En répétant de tels cycles, on peut accumuler les atomes dans l'état fondamental. 4.2.2 Couplage Raman Transitions à deux photons Le couplage entre les deux niveaux hyperfins F = 3 et F = 4 est obtenu à l'aide de deux faisceaux, appelés faisceaux Raman, dont la différence de fréquence, proche de la fréquence correspondant à la transition |F = 3i → |F = 4i est ajustable et précise à la dizaine de Hertz près. La stabilité de la différence de fréquence entre les deux lasers est obtenue grâce à un asservissement en phase du battement entre les lasers[50]. Pour cela, le signal délivré par une photodiode observant le battement entre les deux lasers est lui-même mélangé avec une référence électronique provenant d'un oscillateur 6 Le potentiel dipolaire de l'état excité n'a pas été calculé. En plus du terme anti-piégant dû au couplage avec l'état fondamental, des couplages vers des états excités peuvent introduire un terme piégeant. Dans tous les cas, le potentiel est modulé dans la direction verticale comme celui de l'état fondamental et le fond des puits du potentiel de l'état fondamental coincide avec un extremum du potentiel de l'état excité. Ainsi les atomes amenés dans l'état excité sont proches d'un extremum du potentiel et l'échelle de temps de leur évolution est donc donnée par la courbure du potentiel près d'un extremum (évolution en cos(ωt), sin(ωt) si potentiel piégeant et évolution en Ch(ωt), Sh(ωt) si potentiel anti-piégeant). 4.2. REFROIDISSEMENT UTILISANT F=4 6P3/2 n=5 n=4 n=3 n=2 n=1 n=0 ∆ = 30 GHz n=5 n=4 n=3 n=2 n=1 n=0 |F = 4i ωHF |F = 3i 4.3: Refroidissement utilisant |F = 3i et |F = 4i. Les faisceaux Ramans accordés sur la transition |F = 3, ni −→ |F = 4, n − 1i transfèrent des atomes de F = 3 à F = 4 en diminuant leur niveau vibrationnel de 1. L'impulsion choisie est suffisamment précise en énergie pour que les transferts hors résonance soient négligeables. Un laser repompeur couple ensuite l'état F = 4 à l'état excité 6P3/2, F ′ = 4. A l'issue de l'émission de quelques photons spontanés, les atomes précédemment transférés dans F = 4 retombent ainsi dans F = 3. La condition de Lamb Dicke étant satisfaite, en répétant de tels cycles, on accumule les atomes dans l'état quasi-noir |F = 3, n = 0i. à quartz. (4.12) Le nombre de photons spontanés émis lors d'un transfert Raman est donc de l'ordre de Γ Nspont ≃ Γspont Ttrans ≃ (4.13) 4∆ Donc, si ∆ ≫ Γ, le nombre de photons spontanés émis durant une transition entre F = 3 et F = 4 est négligeable. C'est le cas dans nos expériences où ∆ = 30 GHz ≃ 6000Γ. En fait, comme présenté dans la section 4.2.4, la durée de l'impulsion Raman utilisée pour le refroidissement est plus grande que Ttrans. Cependant, le nombre de photons spontanés émis reste négligeable. Dans le cas du Césium, l'état excité et les états F = 3 et F = 4 sont eux-mêmes composés de plusieurs sous niveaux. Plusieurs sous-niveaux de l'état excité peuvent servir d'état intermédiaire à une transition Raman. Le couplage entre deux sousniveaux |F = 3, mi et |F = 4, m′ i donnés de F = 3 et F = 4 est alors donné par la somme sur les états excités X hF = 4, m′ | Vr |ei he| Vb |F = 3, mi Ωef f, = 2 h̄2 ∆e |ei (4.14) oùVb et Vr sont les couplages induits par les lasers Raman respectivement bleu et rouge et ∆e le désaccord Raman pour chaque état excité |ei. Le désaccord des faisceaux Raman par rapport à la transition 6S1/2 → 6P1/2 est très supérieur au désaccord par rapport à la transition 6S1/2 → 6P3/2. La contribution des niveaux de 6P1/2 à la somme 4.14 est donc négligeable. 4.2. REFROIDISSEMENT UTILISANT F=4 6P3/2 ∆ = 30 GHz ωr ωb Ω2 Ω1 Ωeff δ |F = 4i ωHF = 9, 19 GHz |F = 3i Figure 4.4: Fréquences des deux faisceaux Ramans par rapport aux transitions du césium. La différence de fréquence entre les faisceaux Ramans, de l'ordre de 9 GHz, est asservie par un asservissement en phase de leur battement. Un modulateur acoustooptique permet ensuite d'ajuster le désaccord δ. Les transitions à un photon vers l'état excité sont désaccordées de 20 et 30 GHz environ. L'émission de photon spontané lors d'un transfert Raman est alors négligeable. Polarisation des faisceaux Raman Le couplage Raman entre différents sous-niveaux de F = 3 et de F = 4 dépend de la polarisation des faisceaux Raman. En particulier, le couplage Raman est quasiment nul pour certaines polarisations. Le choix de la polarisation des faisceaux Ramans est donc important. (4.16) U correspond alors à un décalage global en énergie : il n'y a pas de couplage Raman entre F = 3 et F = 4. Dans le cas général, comme U est une matrice 2x2, elle est identique au "hamiltonien" correspondant à un décalage global en plus une intéraction avec un champ magnétique fictif9. Seul le champ magnétique fictif introduit un couplage entre F = 3 et F = 4. Or son "hamiltonien" est un opérateur vectoriel. Les couplages Raman entre des niveaux de F = 3 et ceux de F = 4 sont donc, pour une polarisation donnée mc du champ magnétique fictif, proportionnels aux coefficients de Clebsch-Gordan hF = 4, m′ | |F = 3, m; 1, mc i. Pour des faisceaux Raman se propageant suivant le même axe, le couplage Raman est maximum pour des polarisations circulaires identiques ou pour des polarisations linéaires orthogonales. Nous avons choisi dans l'expérience la polarisation des faisceaux Raman linéaire et orthogonale comme présenté figure4.5. ωr z~0 ωb Figure 4.5: Direction et polarisation des faisceaux Raman. Couplage entre niveaux vibrationnels Dans l'équation 4.14, seul l'état interne apparaı̂t. Or le couplage induit par chacun des deux lasers agit aussi sur l'état externe de l'atome pour assurer la conservation de la 8 Ceci n'est vrai que dans la limite où le désaccord Raman est très grand devant l'écart en énergie des niveaux hyperfins de 6P3/2. 9 Comme U n'est pas à priori hermitique le champ magnétique fictif peut avoir une polarisation complexe, par exemple σ +. 69 4.2. REFROIDISSEMENT UTILISANT F=4 quantité de mouvement lors de l'absorption ou de l'émission d'un photon. Le couplage induit par le laser bleu s'écrit Vb eikb.r (4.17) et le couplage induit par le laser rouge s'écrit Vr eikr.r, (4.18) où Vr et Vb n'agissent que sur l'état interne de l'atome. kr et kb sont les vecteurs d'onde des deux lasers et r est l'opérateur position du centre de masse de l'atome. Le couplage Raman entre un état de F = 3 et un état de F = 4 agit donc lui aussi sur la fonction d'onde du centre de masse de l'atome. Il s'écrit Vint ei(kb −kr ).r, (4.19) oùVint n'agit que sur l'état interne de l'atome. Comme seul le mouvement des atomes dans la direction verticale nous intéresse, les deux faisceaux sont disposés verticalement de façon à ce que le couplage Raman n'agisse que sur le mouvement vertical des atomes. Si les deux faisceaux se propagent dans la même direction, alors le couplage Raman s'écrit Vint ei(kb −kr )z. (4.20) h̄∆k = h̄(kb − kr ) ≃ h ̄ 200 m −1 ≃ h̄2π/(3 cm) est la variation de la quantité de mouvement d'un atome à l'issue du transfert Raman. Cette quantité de mouvement est q très inférieure aux quantités de mouvement typique des atomes (p0 = h̄mωosc /2 ≃ h̄2π/(260 nm)) et peut être négligée. Ainsi, la modification de la fonction d'onde du centre de masse de l'atome lors du transfert Raman est négligeable et le couplage s'écrit simplement Vint. (4.21) Aucun changement de l'état de l'état externe des atomes n'a lieu lors d'un transfert Raman. Si, au contraire, les deux faisceaux se propagent en sens inverse, alors le couplage Raman est, en approximant kb + kr par 2k, Vint e2ikz. (4.22) Dans ce cas, le changement de quantité de mouvement (∆p = 2h̄k) est beaucoup plus important et des états du centre de masse différents peuvent être couplés. Le couplage entre un état vibrationnel |ni et un autre état vibrationnel |n′ i est Vn→n′ = Vint hn′ | ei2kz |ni. (4.23) En dévelopant l'exponentielle, cette équation s'écrit V n → n′ = Vint! (2ikz)2 |ni +. hn |ni + hn | 2ikz |ni + hn | 2 ′ ′ ′ (4.24) 70 Si n n'est pas trop élevé, l'étalement spatial de la fonction d'onde de |ni est de l'ordre q de la taille de l'état fondamental z0 = h̄/(2mωosc ). Or, dans l'expérience, kz0 = η ≃ 0.15. Donc les éléments de matrice de 2kz sont petits. Ainsi, on peut, dans l'équation 4.24, ne retenir que le terme d'ordre 1 en kz. On obtient Vn→n′ = Vint hn′ | Id + i2kz |ni. (4.25) En écrivant z = z0 (a + a+ ), on a Vn→n′ = Vint hn′ | Id + 2iη(a + a+ ) |ni. (4.26) A cet ordre, un niveau vibrationnel n'est couplé qu'à ses premiers voisins. Les couplages entre le niveau vibrationnel |ni de F = 3 et les niveaux |ni, |n − 1i et |n + 1i de F = 4 vérifient                  Vn→n = Vint √ √ Vn→n−1 = 2iη n Vint ≃ 0.3Vint n (4.27) √ √ Vn→n+1 = 2iη n + 1 Vint ≃ 0.3Vint n + 1 Le coefficient 0.3 est obtenu pour le facteur de Lamb Dicke η = 0.14 correspondant à la fréquence d'oscillation de 80 kHz. En conclusion, si les lasers Raman sont co-propageants, le couplage entre différents niveaux vibrationnels de F = 3 et F = 4 est très faible et il ne sera pas possible de l'utiliser. Par contre, si les lasers Raman sont contre-propageants, le couplage entre un niveau vibrationnel |n − 1i de F = 4 et le niveau |ni de F = 3, bien que beaucoup plus petit que le couplage entre F = 3 et F = 4 sans changement de niveau vibrationnel, est suffisamment important pour être utilisé. Pour le refroidissement, les faisceaux seront donc contre-propageants comme présenté sur la figure 4.5. Avec la puissance des lasers Ramans dont nous disposons, la valeur maximum de Vint est h × 70 kHz. 4.2.3 Transitions Raman utilisées comme diagnostic Les faisceaux Raman sont utilisés non seulement pour le refroidissement mais aussi comme moyen de diagnostic. Par exemple, la fréquence d'oscillation verticale peut être mesurée à l'aide d'un spectre Raman. Un tel spectre donne le nombre d'atomes transférés dans l'état F = 4 en fonction du désaccord δ des faisceaux Raman pour une impulsion de puissance et de durée donnée. Le nombre d'atomes transférés en F = 4 est mesuré après l'impulsion Raman, en observant la fluorescence émise lorsque leEnuage est éclairé par un faisceau en résonance avec la transition fermée 6s1/2, F = 4 → E 6p3/2, F ′ = 5 [58]. Une telle observation est destructrice car elle chauffe les atomes. Ainsi, chaque point d'un spectre Raman correspond à une expérience différente (chargement du piège magnéto-optique, piégeage dipolaire,). 4.2. REFROIDISSEMENT UTILISANT F=4 N /1000 Si la durée de l'impulsion Raman est assez longue, il est possible de résoudre la structure vibrationnelle : pour δ = 0, les atomes sont susceptibles d'être transférés dans F = 4 sans modification de leur niveau vibrationnel, pour δ = ωosc les atomes sont susceptibles d'être transférés dans F = 4 avec augmentation de 1 de leur niveau vibrationnel et pour δ = −ωosc, les atomes sont susceptibles d'être transférés dans F = 4 avec une diminution de 1 de leur niveau vibrationnel. Le spectre est donc constitué d'une raie centrale et deux deux bandes latérales rouges et bleue séparées de ±h̄ωosc de la raie centrale. Pour que le transfert Raman avec modification du niveau vibrationnel soit possible, les faisceaux Raman sont choisis contre-propageants. En pratique, on choisit la puissance des faisceaux Raman pour effectuer une impulsion Π pour la raie centrale. La figure 4.6 présente un tel spectre Raman obtenu avec une impulsion Raman de 140 μs. Le nombre d'atomes transférés dans F = 4 lorsque δ = ±ωosc est petit car le couplage Raman avec changement de niveau vibrationnel est lui-même petit par rapport au couplage entre mêmes niveaux vibrationnels (voir formule 4.27). La largeur des bandes latérales, plus grande que la largeur du pic central, est due à l'inhomogénéité des fréquences d'oscillations dans le piège. Cette dispersion a deux origines : comme présenté au chapitre 3, les micro-puits excentrés ont une fréquence d'oscillation faible et, à l'intérieur d'un même micro-puits, l'étalement des atomes dans le plan horizontal induit aussi une dispersion de fréquences d'oscillation. Pour une température de 20 μK, cette deuxième source de dispersion est de 0.20ωosc/(2π) ≃ 15 kHz. 45 40 35 30 25 20 15 ∆n = −1 10 5 0 -5 -10 -200 -150 -100 ∆n = 0 ∆n = +1 -50 0 δ (kHz) 50 100 150 200 Figure 4.6: Spectre Raman obtenu avec une impulsion de 140μs. La présence d'atomes ayant une fréquence d'oscillation faible est un obstacle à un bon refroidissement car il sera difficile, pour ces atomes, de respecter la condition des 72 bandes résolues10. D'autre part, comme nous le verrons au chapitre 5, la manipulation ultérieure de l'état quantique des atomes sera d'autant plus facile et donnera des résultats plus simples à interpréter si la dispersion des fréquences d'oscillation est faible. Il est donc intéressant de réduire la dispersion des fréquences d'oscillation. Pour cela, nous utilisons une séquence appelée séquence de nettoyage qui enlève du piège les atomes de faible fréquence d'oscillation. Elle consiste en une impulsion Raman qui transfère dans F = 4 les atomes de faible fréquence d'oscillation suivie E d'une impulsion d'un laser en résonance avec la transition fermée 6S1/2, F = 4 → E 6P3/2, F ′ = 5. Ce laser est de plus polarisé σ et pompe donc les atomes sur la transiE E tion 6S1/2, F = 4, m = 4 → 6P3/2, F ′ = 5, m′ = 5. Le taux de photons spontanés est E alors maximum et des excitations hors résonance vers 6P3/2, F ′ = 4, néfastes car elles E pourraient être suivies d'une émission spontanée vers 6S1/2, F = 3, sont interdites. E La pression de radiation à laquelle sont soumis les atomes qui sont dans 6S1/2, F = 4 chasse les atomes hors du piège en un temps de l'ordre de 50μs. L'impulsion Raman utilisée est une impulsion balayée en fréquence de 35 à 75kHz en environ 1 ms. 4.2.4 Impulsion Raman utilisée pour le refroidissement L'impulsion Raman utilisée pour le refroidissement transfère les atomes de |F = 3, ni à |F = 4, n − 1i, où n dénote le niveau vibrationnel. Pour avoir une bonne efficacité du transfert et pour s'adresser à tous les atomes quelle que soit leur fréquence d'oscillation, nous utilisons une impulsion de durée 500 μs balayée en fréquence de ∆δ = 80kHz. Pour étudier le profil d'excitation d'une telle impulsion, on l'applique sur les atomes après l'extinction du YAG avec des faisceaux Raman co-propageants. Dans cette configuration, comme montré dans la section 4.2.2, le couplage Raman ne dépend pas de l'état externe des atomes et, dans la limite de Lamb-Dicke, a la même valeur que le couplage Raman, dans le piège, entre deux mêmes niveaux vibrationnels. Le spectre Raman obtenu est donné figure 4.8. Pour refroidir, on utilise cette impulsion avec un désaccord initial de -50kHz. L'impulsion a un profil d'excitation suffisamment large 10 La condition de Lamb-Dicke est vérifiée pour des fréquences aussi faible que 10 kHz. 73 4.2. REFROIDISSEMENT UTILISANT F=4 (a) (b) 600 z (μm) z (μm) 600 400 400 200 200 0 0 0 200 300 400 0 600 200 300 400 600 x (μm) x (μm) 60 sans nettoyage avec nettoyage 50 N (u.a.) 40 30 20 10 0 -10 -200 -150 -100 -50 0 δ (kHz) 50 100 150 200 Figure 4.7: Diminution de la dispersion des fréquences d'oscillation avec l'utilisation d'une séquence de nettoyage. La courbe en pointillée est le profil d'excitation attendu de l'impulsion de nettoyage. Sur les images du nuage d'atomes piégés prises avant (a) et après (b la séquence de nettoyage, la diminution de la taille du nuage est visible. pour s'adresser à toutes les fréquences d'oscillation. Cependant, ses bords sont suffisamment raides pour ne pas induire de transition ∆n = 0. 4.2.5 Résultat Le refroidissement est une suite de séquences consistant chacune en une impulsion Raman suivie d'une impulsion de pompage optique qui permet aux atomes transférés dans F = 4 de revenir dans F = 3 par émission spontanée. ECette impulsion est E réalisée par un laser résonnant avec la transition 6S1/2, F = 4 → 6P3/2, F ′ = 3. Les facteurs de branchement F ′ = 3 → F = 4 et F ′ = 3 → F = 4 étant a = 1/2 et 74 CHAPTER 4. REFROIDISSEMENT PAR BANDES LATÉRALES 0.7 0.6 0.5 N Ntot 0.4 0.3 0.2 0.1 0 -0.1 -50 0 50 100 δ ( kHz) 150 200 250 Figure 4.8: profil d'excitation de l'impulsion de refroidissement. Pour ce spectre Raman, les faisceaux Ramans sont co-propageants. Impulsion Raman pompage dans F = 3 500 μs 30 μs t Figure 4.9: Séquence de refroidissement élémentaire. Le refroidissement jusqu'à l'état fondamental nécessite une vingtaine de telles séquences. √ b = 3/2, le nombre moyen de photons spontanés nécessaires pour le pompage optique est b2 /(1 − a2 )2 ≃ 1.3. L'impulsion de pompage optique E a une durée de 30μs suffisante pour pomper tous les atomes dans l'état 6S1/2, F = 3. La figure 4.9 donne la séquence de refroidissement élémentaire. Pour le refroidissement des atomes, cette séquence est répétée un certain nombre de fois. La figure 4.10 présente différents spectres Raman obtenus après différents nombre de séquences de refroidissement. Après 20 séquences de refroidissement, ce qui représente 10 ms, la bande latérale rouge a disparu ce qui est bien ce que l 'on attend si tous les atomes sont dans l'état fondamental. La hauteur de la bande latérale bleue a également √ diminué, ce qui est dû au fait que le couplage Raman n → n+1, proportionnel à n + 1, diminue lui aussi lorsque le niveau vibrationnel diminue (voir équation 4.27). De la hauteur relative des deux bandes latérales, il est en principe possible de déduire le niveau vibrationnel moyen des atomes. En effet, dans la limite des faibles transitions, 4.2. REFROIDISSEMENT UTILISANT F=4 70 0 séquences 5 séquences 20 séquences 60 N (u.a.) 50 40 30 20 10 0 -10 -200 -150 -100 -50 0 δ (kHz) 50 100 150 200 Figure 4.10: Spectres Raman pour différents nombre de séquences de refroidissement. 20 séquences de refroidissement nécessitent 10 ms. le nombre d'atomes transférés est proportionnel au carré du couplage. Donc, d'après 4.27 le rapport entre la hauteur de la bande bleue et celle de la bande rouge est r= hn + 1i, hni (4.28) où la moyenne porte sur l'occupation des niveaux vibrationnels. Ainsi, le niveau vibrationnel moyen s'écrit 1. (4.29) hni = r−1 Il peut donc être déduit de la mesure expérimentale de r. Cependant, quand le refroidissement est très efficace, la bande latérale rouge disparaı̂t dans le niveau de bruit et la hauteur de la bande bleue n'est que légèrement supérieure au bruit. L'estimation du niveau vibrationnel moyen est alors très imprécise. Ainsi, sur le spectre Raman de la figure 4.10 pris après 20 séquences de refroidissement, la bande rouge a disparue dans le bruit et la hauteur de la bande bleue n'est qu'environ 3 fois le bruit. Donc la seule estimation du niveau vibrationnel moyen est la majoration hni < 1 = 0.5. 3−1 (4.30) Mesure avec des impulsions Raman efficaces Comme montré précédemment, la mesure d'un petit nombre vibrationnel moyen est impossible, compte tenu du bruit, en utilisant des spectres Ramans réalisés avec une CHAPTER 4. REFROIDISSEMENT PAR BANDES LATÉRALES Après refroidissement 1 1 0.8 0.8 N (u.a) N/Ntot Avant refroidissement 0.6 0.4 0.2 0 -200 -100 0.6 0.4 0.2 0 100 δ(kHz) 200 300 0 -200 -100 0 100 δ(kHz) 200 300 Figure 4.11: Spectres Raman pris avant et après refroidissement. Dans les deux cas, les impulsions de sélection sont des pulses balayés en fréquence sur une largeur de 65kHz en 1 ms. impulsion ayant une faible efficacité. Pour remédier à ce problème, on utilise une impulsion Raman ayant une probabilité de transfert proche de 1 aussi bien pour le pic central que pour les bandes latérales. Cette impulsion est balayée en fréquence suffisamment lentement pour que les atomes subissent un transfert adiabatique lorsque la fréquence de l'impulsion passe sur une fréquence de transition. La plage de balayage de 60 kHz est suffisamment grande pour couvrir entièrement les bandes latérales et suffisamment petite pour résoudre la structure vibrationnelle. La figure 4.11 présente un tel spectre effectué après 20 séquences de refroidissement. Sur cette figure, la bande latérale bleue a la même hauteur que le pic central. C'est bien ce que l'on attend si la condition d'adiabaticité est satisfaite. En effet tous les atomes contribuent à ces deux transitions. (4.32) Ainsi, l'utilisation d'impulsions Raman balayées fournie une très bonne estimation du niveau vibrationnel moyen. Mesure de la distribution en vitesse Outre les spectres Raman, nous avons à notre disposition un autre outil très puissant pour sonder les atomes : nous pouvons prendre des images du nuage d'atomes, comme 77 4.2. REFROIDISSEMENT UTILISANT F=4 ( a) z(μm) -400 -200 0 200 400 0 0.5 1.5 2 z(μm) (b) -400 -200 0 200 400 -0.1 0 0.1 0.2 0.3 − log(I/I0 ) Figure 4.12: (a) est une image des atomes piégés et (b) une image prise après 8.7 ms de temps de vol. 40 séquences de refroidissement ont refroidi le degré de liberté vertical. Les coupes verticales de ces images ont été ajustées par des courbes gaussiennes, représentées en pointillées. La largeur quadratique moyenne de la taille initiale est de 53 μm et la taille quadratique moyenne après le temps de vol est de 113 μm. La largeur de la distribution en vitesse, déduite de ces ajustements gaussiens, est celle de l'état fondamental. décrit au chapitre 3. Une image prise après un temps de vol permet de déterminer la largeur de la distribution en vitesse du nuage d'atomes. Une telle mesure permet de calculer l'efficacité du refroidissement vertical. Comme montré ci-dessous, il est ainsi confirmé que le refroidissement accumule l'essentiel des atomes dans l'état fondamental. Bien que moins précise que la mesure obtenue à partir des spectres Raman utilisant des impulsions balayées, cette mesure de l'efficacité du refroidissement est plus simple et plus rapide. De plus, les images de temps de vol renseignent sur le mouvement horizontal des atomes. La figure 4.12(b) présente une image par absorption prise après un temps de vol de ms effectuée après 40 séquences de refroidissement. Pour déterminer la largeur de la distribution en vitesse, une prise en compte de la taille initiale est nécessaire puisqu'elle apporte une contribution de typiquement 25% à la mesure de la largeur de la distribution en vitesse. La distribution initiale des atomes dans le piège est elle-même CHAPTER 4. REFROIDISSEMENT PAR BANDES LATÉRALES 2.5 vrms /v0 2 1.5 10 ms de refroidissement 1 0.5 0 0 20 40 60 80 nombre de séquences de refroidissement 100 Figure 4.13: Evolution de la largeur quadratique moyenne de la distribution en vitesse verticale en fonction du nombre de séquences de refroidissement utilisées. 4.2.6 Conclusion Le refroidissement mis au point accumule plus de 90% des atomes dans l'état fondamental du mouvement vertical, en un temps de 10 ms. Le nuage d'atomes peut donc être décrit, dans la direction verticale, par un état quantique quasiment pur. A partir de cet état quantique, d'autres états quantiques purs ont été produits. Ces expériences, qui fournissent de belles illustrations de la mécanique quantique, seront décrites au 4.3. chapitre 5. On peut suivre une autre direction d'investigation. En effet, comme le refroidissement par bandes latérales dans la direction verticale est très efficace, il est tentant de l'utiliser pour refroidir les degrés de liberté horizontaux. On peut pour cela utiliser tout simplement le couplage entre les degrés de liberté horizontaux et vertical introduit par les collisions. Le but de ce refroidissement est d'obtenir un gaz quantique dégénéré, ou tout du moins d'obtenir une densité dans l'espace des phases proche de 1. En appliquant le refroidissement pendant un temps long, nous avons bien observé un refroidissement des degrés de liberté horizontaux. L'étude du refroidissement horizontal obtenu ainsi fait l'objet du chapitre 6. Cependant, d'importantes pertes d'atomes accompagnent ce refroidissement. Ces pertes peuvent être induites par des collisions inélastiques impliquant un atome dans l'état hyperfin de plus haute énergie de 6S1/2 (F = 4). En effet, un changement de niveau hyperfin lors de la collision convertit en énergie cinétique l'énergie hyperfine de 9 GHz. Les atomes ont alors suffisamment d'énergie pour quitter le piège. De telles pertes sontEinévitables dans le refroidissement décrit précédemment qui utilise l'état 6S1/2, F = 4. Or, un refroidissement par bandes latérales n'utilisant que les sous niveaux Zeeman de l'état hyperfin de plus basse énergie F = 3 a été mis au point par Vuletic et al.[61]. Dans ce refroidissement, les collisions inélastiques sont énergétiquement interdites. Donc aucune perte associée à ces collisions ne peut avoir lieu lors du refroidissement. Cette technique de refroidissement présente un autre avantage par rapport à celle que nous avons mise au point. En effet, les atomes à l'issue du refroidissement sont polarisés. Le nombre d'atomes par état quantique (densité dans l'espace des phases) est donc 7 fois plus élevé que pour un gaz d'atomes non polarisés dans 6S1/2, F = 3 à nombre d'atomes et températures identiques. Nous avons donc décidé de mettre au point cette méthode de refroidissement dans notre expérience. 4.3 Refroidissement dans F=3 Dans cette section, nous étudions une méthode de refroidissement du mouvement vertical des atomes dans laquelle seul le sous-niveau hyperfin de plus basse énergie de l'état fondamental est utilisé (F = 3). Comme la technique de refroidissement décrite précédemment, cette méthode de refroidissement est un refroidissement par bandes latérales utilisant des transitions Raman entre sous-niveaux de l'état fondamental. Mais les sous-niveaux utilisés sont cette fois-ci les sous-niveaux Zeeman de l'état 6S1/2, F = 3. Comme expliqué dans la suite, ce refroidissement ne nécessite pas de faisceaux Raman indépendants : les faisceaux réalisant le piège dipolaire sont aussi utilisés pour le couplage Raman. Le montage est ainsi simplifié. D'autre part, le refroidissement est réalisé 80 en continu. Dans un premier temps, le principe général du refroidissement est présenté. Ensuite, les éléments importants du refroidissement sont étudiés plus en détail aussi bien d'un point de vue théorique que pratique. On s'intéressera tout d'abord au laser qui rend instable les états intermédiaires du refroidissement en les couplant à l'état excité. Puis, le couplage Raman entre différents niveaux Zeeman est présenté. Pour ces deux éléments du refroidissement, des expériences sont réalisées pour mesurer leur efficacité. Enfin, le refroidissement obtenu est présenté. L'effet, sur le refroidissement, de différents paramètres expérimentaux est étudié. En dernière partie, je présente un modèle simplifié de refroidissement. 4.3.1 Principe Le refroidissement utilise les différents sous-niveaux magnétiques de F = 3. Un champ magnétique uniforme sur le nuage d'atomes introduit un effet Zeeman qui lève la dégénérescence des différents sous-niveaux magnétiques de F = 3 et empêche la dépolarisation des atomes. Un laser de E E repompage en résonance avec la transition fermée 6S1/2, F = 3 → 6P3/2, F ′ = 2 et dont la polarisation, par rapport à l'axe du champ magnétique, a une composante σ +, une composante π, mais pas de composante σ − rend instable tous les sous-niveaux magnétiques de F = 3 sauf le niveau m = 3.11 Pour refroidir les atomes dans l'état fondamental de m = 3, on introduit un couplage entre |m = 3i et |m = 2i en résonance avec la transition |m = 3i → |m = 2i qui diminue le niveau vibrationnel de 1. Comme dans la méthode précédente, ce couplage est un couplage Raman stimulé. La transition Raman est en résonance avec la transition ∆n = −1 lorsque la différence de fréquence δ entre les deux lasers Raman vérifie δ = ωz − ωosc, (4.33) où ωz est l'écart d'énergie Zeeman entre m = 3 et m = 2. Pour simplifier le montage, le module du champ magnétique est choisi de façon à ce que ωz = ωosc. La transition ∆n = −1 est alors à résonance lorsque les deux faisceaux Raman ont la même fréquence. On peut donc utiliser un seul laser et le plus simple est d'utiliser le laser YAG lui même. Pour cela il est nécessaire de modifier légèrement sa polarisation comme indiqué au paragraphe 4.3.3. La fréquence de Rabi du couplage obtenu est de l'ordre de 5 kHz. Les atomes transférés dans |m = 2i par le YAG sont ensuite ramenés dans |m = 3i par le laser de repompage. Contrairement à la méthode précédente, le refroidissement s'effectue ici en continu : le couplage dû au YAG et le laser de repompage sont présents en permanence durant le refroidissement. La condition des bandes résolues est vérifiée en utilisant une puissance du laser de repompage suffisamment faible pour que la durée de vie de m = 2 soit très supérieure à la période d'oscillation. Il existe un deuxième état non couplé à la lumière. Mais ce deuxième état est une superposition de différents niveaux magnétiques. 4.3.2 Repompage Les sous-niveaux magnétiques m 6= 3, utilisés comme états intermédiares du refroidissement, sont rendus instables grâce à la présence d'un laser en résonance avec la transition 6S1/2, F = 3 −→ 6S1/2, F ′ = 2 polarisé Π et σ+ (voir note 12 ). Après l'émission de 12 On ajoute un laser en résonnance avec la transition 6S1/2, F = 4 → 6P3/2, F ′ = 4 pour ramener dans 6S1/2, F = 3 les atomes qui, à l'issue d'une excitation hors résonance, seraient retombés dans 82 quelques photons spontanés, les atomes initialement dans des états |m 6= 3i retombent dans l'état |m = 3i. Deux paramètres de ce laser sont importants pour le refroidissement. Tout d'abord sa polarisation doit être bien ajustée. En effet, une mauvaise polarisation induit des excitations de l'état |m = 3i qui engendrent un chauffage. De plus, la durée de vie des états m 6= 3 doit être suffisamment courte pour que le refroidissement soit rapide mais elle doit être suffisamment longue pour que le régime des bandes résolues soit satisfait. Nous présentons ci-dessous une mesure de la qualité de la polarisation du faisceau. Nous présentons par la même occasion la méthode de mesure du champ magnétique appliqué au nuage d'atome. Ensuite, la durée de vie des sous-niveaux magnétiques instables est estimée par une mesure de la durée de la polarisation. Le nombre de photons nécessaire pour polariser les atomes est aussi mesuré. Mesure de la polarisation et du champ magnétique Le laser utilisé pour le repompage est un faisceau laser horizontal dont la direction de propagation fait un angle β = 45o avec la direction du champ magnétique (voir figure 4.19). L 'axe de quantification choisi étant la direction du champ magnétique, pour que ce laser ne contienne pas de composante σ −, sa polarisation doit être √ √ cos β 2 sin β 1 + (4.34) ǫ = q Π + 2q σ = √ Π + √ σ−. 2 2 3 3 1 + sin β 1 + sin β Pour mesurer la polarisation des atomes, nous utilisons des spectres Raman pris avec les lasers Raman co-propageants de façon à ce que les transitions ne dépendent pas de l'état du centre de masse des atomes. 4.3. REFROIDISSEMENT DANS F=3 (a) (b) 4 ωz 3 2 1 z0 0 B ωb ωr 0 1 2 3 ωz Figure 4.15: (a) : direction et polarisation des faisceaux Raman utilisés pour mesurer la polarisation des atomes et le champ magnétique. (b) : couplages Raman entre les sous-niveaux magnétiques. La polarisation du faisceau Raman bleu étant Π, aucun changement de niveau magnétique n'a lieu à l'absorption d'un photon de ce faisceau. Par contre, le faisceau Raman rouge ayant une composante de polarisation σ + et une composante σ −, le niveau magnétique de l'atome peut être modifié de ±1 à l'émission stimulée. où Π 3 est la population de |m = 3i. Cette mesure procure une estimation de la puissance de la composante de polarisation σ− du laser de repompage. En effet, en négligeant l'émission spontanée vers m = 1, et en admettant que la limite des faibles intensités est vérifiée et donc que les taux d'excitation sont proportionnels à l'intensité du laser, les populations Π3 et Π2 de m = 3 et m = 2 vérifient, à l'état stationnaire, Π3 15 5 Pσ− = Π2 PΠ, 21 21 (4.36) où Pσ− et PΠ sont les puissances du laser 3-2 dans les composantes de polarisation σ− 5 et 15 sont les carré des facteurs de Clebsh-Gordan des transitions et Π. Les facteurs 21 21 ′ |F = 3, m = 2i −→ |F = 2, m′ = 2i et |F = 3, m = 3i −→ |F ′ = 2, m′ = 2i. Les équations 4.36 et 4.35 donnent Pσ− < 0.03PΠ. (4.37) Cette proportion relative de mauvaise polarisation de 3% est environ la meilleure polarisation que l'on peut espérer réaliser compte tenu de la qualité des lames biréfringeantes utilisées. 84 Dans cette analyse, la réabsoprtion de photons a été négligée. Comme les photons spontanés émis peuvent être réabsorbés par des atomes dans |F = 3, m = 3i, la réabsorption de photons rend difficile la polarisation des atomes. Si la polarisation du faisceau de pompage optique est parfaite, on s'attend quand même à accumuler tous les atomes dans l'état noir |F = 3, m = 3i. Mais le temps nécessaire à la polarisation sera plus important. Par contre, si la polarisation du faisceau n'est pas parfaite, on s'attend à ce que l'état stationnaire de polarisation des atomes soit plus mauvais qu'en l'absence de réabsorption. Dans l'expérience, le nuage d'atomes est optiquement dense (densité optique de l'ordre de 2). Pourtant, nous n'avons pas observé de dépendance de la polarisation des atomes avec le nombre d'atomes. Les spectres Raman co-propageants sont aussi utiles pour mesurer la différence d'énergie Zeeman notée ωz entre deux niveaux adjacents et l'ajuster à la fréquence d'oscillation. 1.2 3 −→ 4 1 Nat (u.a.) 0.8 3 −→ 2 2 −→ 3 2 −→ 1 1 −→ 2 0.6 0.4 2ωz 0.2 0 -600 -400 -200 0 δ (kHz) 200 400 600 Figure 4.16: Spectres Raman co-propageants. En pointillés, spectre obtenu sur des atomes non polarisés. En ligne continue, spectre obtenu après 3.6 ms de polarisation avec une intensité du laser 3-2 d'environ 0.3Isat. La puissance des lasers Raman est choisie de façon à réaliser une impulsion Π pour la transition |F = 3, m = 3i −→ |F = 4, m = 4i. Durée du pomage optique La largeur en énergie Γ′ de m = 2 induite par son couplage h̄Ω/2 avec l'état excité, paramètre important pour le refroidissement, s'écrit Γ′ = Ω2. Γ (4.38) 85 4.3. REFROIDISSEMENT DANS F=3 Prenant en compte le coefficient de Clebsh-Gordan et le fait que seulement le tiers de la puissance est dans la composante de polarisation Π qui est la seule à coupler m = 2 à l'état excité, 4.38 s'écrit Γ′ = 5 1Γ I 5 I I = Γ ≃ 1250 ms−1, 21 3 2 Isat 126 Isat Isat (4.39) où I est l'intensité du faisceaux 3-2. Ainsi, pour avoir Γ′ = 10 kHz, il faut prendre I/Isat ≃ 0.05. Si l'intensité du fais ceau 3-2 peut être mesurée, une mesure directe du paramètre Γ′ est difficile. D'autre part, dans le cas où le couplage du YAG est de l'ordre ou plus grand que Γ′, les atomes sont susceptibles d'effectuer plusieurs transferts Raman et d'aller ainsi dans m = 1, 0, avant d'être repompés. Γ′ n'est alors pas le seul paramètre du refroidissement. Pour avoir une indication de l'effet du faisceau 3-2, nous avons mesuré le temps nécessaire pour polariser les atomes initialement non polarisés. On s'attend à ce que ce temps de polarisation soit plus grand que Γ′ mais du même ordre de grandeur. Pour cette mesure, nous utilisons des spectres Raman co-propageants comme ceux de la figure 4.16. La hauteur du pic de droite de tels spectres Raman est proportionnelle au nombre d'atomes dans m = 3, et l'étude de son évolution en fonction de la durée de l'impulsion du laser 3-2, permet de mesurer le temps nécessaire pour polariser. On appelle durée de polarisation le temps de croissance à 1/e d'un ajustement exponentiel de l'évolution de la hauteur de ce pic. Comme les faisceaux du YAG sont susceptibles d'induire un couplage entre niveaux magnétiques, il est préférable pour cette étude d'appliquer l'impulsion du laser après la coupure des faisceaux YAG. Le graphe 4.17 donne la durée de la polarisation en fonction de l'intensité du laser 3-2. Pour des intensités inférieures à 0.03 Isat, le temps de polarisation est à peu près inversement proportionnel à l'intensité, comme attendu. Quantitativement, pour des intensités inférieures à 0.03 Isat, Γpolar ≃ 100 I ms−1. Isat (4.40) Le temps de polarisation est environ 12 fois plus long que la durée de vie de m = 2 estimée à partir de la mesure de l'intensité et de l'équation 4.39. On s'attend à un temps de polarisation plus long car, initialement, des atomes sont dans des niveaux magnétiques "éloignés" de |m = 3i. Pour des intensités élevées, on s'attend à ce que la durée de la polarisation soit limitée par 1/ωz. En effet, en plus de |m = 3i, il existe un état non couplé à la lumière dans lequel les atomes peuvent s'accumuler qui est une superposition de différents niveaux magnétiques. Les atomes quittent cet état en un temps de l'ordre de 1/ωz qui est le temps typique de déphasage entre sous niveaux magnétique. Cette saturation doit apparaı̂tre lorsque Γ′ devient de l' ordre de ωz. Sur le graph e 4.17, une saturation de l'inverse du temps de polarisation apparaı̂t pour Γ′ ≃ 3 ms−1. 86 3 (ms−1 ) 2.5 Γpo lar = 1 Tpolar 2 1.5 1 0.5 0 0 0.00 5 0.01 0.015 0.02 0.025 0.03 0.035 0.04 0.045 I/Isat Figure 4.17: Durrée de la polarisation en fonction de l'intensité du laser 3-2. La droite correspond à Γploar = 100I/Isat ms−1. Nous pouvons aussi mesurer le nombre de photons nécessaire à la polarisation . Cette information , ajoutée au résultat de la mesure du temps de polarisation, permet une estimation d'une durée de vie moyenne des niveaux-magnétiques |m 6= 3i. 4.3.3 Couplage dû au YAG Pour le refroidissement, un couplage entre le sous-niveau magnétique m = 3 et le sous niveau magnétique m = 2 est nécessaire. De plus, ce couplage doit agir sur le mou13 La direction de propagation du faisceau 3-2 est orthogonale à la direction du faisceau sonde. La variation de quantité de mouvement des atomes dûe à l'absorption de photons est donc dans l'axe horizontal des images 87 p/prec 4.3. REFROIDISSEMENT DANS F=3 10 9 8 7 6 5 4 3 2 1 0 ≃ 0.03 photons/μs nm=3 ≃ 85% ≃ 0.3 photons/μs 0 20 40 60 80 100 Tpolar (μs) 120 140 160 Figure 4.18: Quantité de mouvement transférée aux atomes en fonction de la durée du pulse de polarisation. prec = h̄k/m est la variation de quantité de mouvement lors de l'absorption d'un photon. L'intensité du laser 3-2 est I = Isat et la différence d'énergie Zeeman entre niveaux adjacents est de 80 kHz. vement vertical de l'atome de façon à ce que le niveau vibrationnel n de m = 3 soit couplé au niveau vibrationnel n − 1 de m = 2. Comme expliqué au paragraphe 4.3.1, l'énergie de l'état |m = 2, n − 1i est amenée au niveau de l'énergie de |m = 3, ni par un champ magnétique. Ainsi, les transitions |m = 3, ni −→ |m = 2, n − 1i peuvent être réalisées par des transferts Raman utilisant uniquement les faisceaux YAG du piège dipolaire. Cependant, si la polarisation des deux faisceaux YAG est linéaire et parallèle selon Ox, tout l'état fondamental 6S1/2 est déplacé en énergie de la même quantité : il n'y a pas de couplage entre sous-niveau de 6S1/2 (voir paragraphe 3.1.1). Pour introduire un couplage entre les sous-niveaux magnétiques, on modifie donc la polarisation de l'un des deux bras du YAG. Nous avons choisi de modifier la polarisation du faisceau montant. La direction du champ magnétique est alors choisie le plus judicieusement possible, comme expliqué ci-dessous. Le calcul du couplage entre sous-niveaux magnétiques dû aux faisceaux YAG est ensuite présenté. Il permet de choisir la polarisation qui fournira le refroidissement le plus efficace. Enfin, une mesure expérimentale du couplage Raman dû aux faisceaux YAG est reportée. Choix de la direction du champ magnétique Les polarisations des faisceaux YAG après la modification de la polarisation du bras montant sont donnés figure 4.19. Les polarisations des deux faisceaux YAG sont orthogonales à la direction Z de propagation du faisceau montant. Donc en choisissant 88 Z comme axe de quantification, aucun des deux faisceaux n'a de composante Π. Dans cette situation, l'effet du YAG est celui d'un potentiel dipolaire ne dépendant pas du sous-niveau de 6S1/2 plus celui d'un champ magnétique fictif dans la direction Z. En effet, le désaccord du YAG étant très grand devant la largeur en énergie des structures hyperfines de 6S1/2, 6P1/2 et 6P3/2, on peut se restreindre à calculer son effet dans la base fine de l'état fondamental. L'état fondamental est divisé en deux sous-niveaux de moment cinétique ±h̄/2. Pour qu'une transition Raman couple l'états mJ = 1/2 à l'état mJ = −1/2, il faut qu'il y ait absorption d'un photon Π et émission d'un photon σ + ou absorption d'un photon σ − et émission d'un photon Π. Or, ceci est impossible car aucun des deux faisceaux YAG n'a de composante de polarisation Π. Ainsi, si l'axe de quantification est l'axe Z, les deux états mJ = 1/2 et mJ = −1/2 ne sont pas couplés. L'effet du YAG est donc la somme d'un décalage global en énergie plus l'effet d'un champ magnétique dans la direction Z. Ainsi, le YAG introduira un couplage maximum entre niveaux magnétiques pour un axe de quantification orthogonal à Z. Dans l'expérience, la direction du champ magnétique est x. Le couplage du YAG est donc maximum. D'autre part, avec ce choix de la direction du champ magnétique, les termes d'énergie sont identiques pour tous les sous-niveaux magnétiques. Calcul du couplage dans le cas général La polarisaton du faisceau montant s'écrit, dans le cas général, ǫ = cos αx0 + sin αeiφ Y 0 = cos αx0 + μY 0 (4.41) Les vecteurs unitaires et orthogonaux x0 et Y 0 sont définis figure 4.19 : x0 est le vecteur unitaire horizontal du plan de polariation du faisceau montant. Pour calculer l'effet du YAG sur 6S1/2, le plus simple est de se placer dans la base fine, ce qui est justifié car le désaccord du YAG est très grand devant les structures hyperfines de 6S1/2,6P3/2 et 6P1/2. L'état fondamental a un moment cinétique 1/2. L'axe de quantification choisi est la direction du champ magnétique x0. Le couplage entre les états mJ = 1/2 et mJ = −1/2 est, en notant VYAG le couplage entre l'état fondamental et les états excités et ∆1 = 54 THz et ∆2 = 69 THz les désaccords par rapports aux transitions D1 et D2, V1/2→ −1/2 = − ∆11 − ∆12 1/2 X D 6S1/2, −1/2 VY AG 6P1/2, mJ 3/2 X D 6S1/2, −1/2 VY AG 6P3/2, mJ mJ =−1/2 | mJ =−3/2 {z Emission induite ED 6P1/2, mJ VY AG 6S1/2, 1/2 }| ED {z Absorption 6P3/2, mJ VY AG 6S1/2, 1/2 E } E (4.42) 89 4.3. REFROIDISSEMENT DANS F=3 (a) Z x , X B 1 0 z0 0 1 0 1 0 1 000 111 0 1 000 111 0 1 000 111 0 1 000 111 0 1 000 111 0 1 000 111 y0 0 1 000 111 111111 000000 000 111 11111 00000 00000000 11111111 0 1 000 111 000 111 00000000 11111111 000 111 00000000 11111111 000 111 00000000 11111111 000 111 3-2 00000000 11111111 000 111 000 111 00000000 11111111 000 111 000 111 x0 00 11 00000000 11111111 000 β =111 45 00 11 000 111 00 11 000 111 00 11 B 000 111 000 111 000 111 000 111 z θ y Y (b) x, X α Y Figure 4.19: Configuration utilisée pour le refroidissement par bandes latérales dans F = 3. Sur la perspective cavalière (a), la direction du faisceau repompeur en résonance avec la transition 6S1/2, F = 3 −→ 6P3/2, F ′ = 2 est représentée. La figure (b) est une représentation de la polarisation du faisceau YAG montant. Selon la phase relative des composantes de polarisation selon Y et X, la polarisation peut être linéaire, elliptique ou une super position des deux. Pour le refroidissement, la polarisation est choisie linéaire. Pour le refroidissement, la transition qui intervient est une transition entre m = 3 et m = 2 qui modifie le niveau vibrationnel. Dans le calcul 4.42, il faut donc prendre en compte le couplage du YAG agissant sur le centre de masse de l'atome. (4.43) L'action sur le centre de masse de l'atome associée à ces processus est donc e±2ik sin θz. L'axe de quantification étant x0, la polarisation du bras descendant est Π et celle du bras montant est, d'après 4.41, μ ǫ = cos αΠ + √ (σ − − σ + ). 2 (4.44) On note d0, le couplage dipolaire entre l'état fondamental l = 0 et l'état excité l = 1. La puissance dans chaque bras est identique et on note E0 le champ électrique de l'onde du bras descendant. Le couplage du YAG entre différents niveaux de la structure fine est, pour une polarisation donnée, proportionnel aux coefficients de Clebsch-Gordan, comme montré au 2.3. Le couplage 4.42 s'écrit donc − ∆12 d20 ( √ μ∗ 2 E0 √ E ei∆kz 3 2 0 √ + 32 E0 √μ2 E0 e−i∆kz √ − 32 E0 √μ2 E0 √ μ∗ E ) + 32 E0 √ 2 0 √ ∗ μ 2 + 3 E0 √2 E0 ei∆kz √ − 32 E0 √μ2 E0 e−i∆kz √ + 32 E0 √μ)2 E0 √ ∗ √ E0 ) − 32 E0 μ) 2 V1/2→−1/2 = − ∆11 d20 ( − abs. Π dans (FD), ém. σ+ dans (FM) abs. σ− dans (FM), ém. Π dans (FD) abs. σ− dans (FM), abs. Π dans (FM), ém. Π dans (FM) ém. σ+ dans (FM) (4.45) où (FD) et (FM) désignent respectivement le faisceau descendant et le faisceau montant. Cette équation se simplifie en V1/2→−1/2 11 1 i∆kz 1 = − U0 ∆Y AG − μe − μ∗ e−i∆kz + μ − μ∗, 34 1 ∆2 (4.46) où U0 = 4E02 d20 /∆Y AG est la profondeur du potentiel lorsque les deux bras du YAG ont des polarisations linéaires et parallèles. Le couplage entre |F = 3, m = 3i et |F = 3, m = 2i, est obtenu à partir de 4.46 en développant ces états dans la base fine. On a √ 1 3 Vm=3→m=2 = − √ V1/2→−1/2. (4.47) 8 2 Le calcul des termes d'énergie V1/2 et V−1/2 se fait de la même manière que celui du couplage V1/2→−1/2. Seules les composantes de polarisation dans la direction x0 91 4.3. REFROIDISSEMENT DANS F=3 interviennent. A cause de la symétrie des coefficients de Clebsch-Gordan, on trouve V1/2 = V−1/2. Donc tous les sous-niveaux magnétiques sont soumis au même potentiel. Comme la composante Π du bras montant est moins importante que pour des polarisations parallèles, le terme d'interférence est moins important. La profondeur du piège est donc diminuée et le contraste de la modulation d'intensité selon 0z diminue. Si on note ωx0, ωy0 et ωz0 les fréquences d'oscillations lorsque les polarisations des faisceaux du YAG sont parallèles, les fréquences d'oscillations avec la polarisation 4.35 sont         s 1 + cos(α) 2 s 1 + cos(α) 0   ωy = ωy   2  q   ω = ω 0 cos(α) z z ωx = ωx0 (4.48) Les minimums des micro-puits sont situés en ∆k z = 0, ±2π, ±4π Polarisation permettant le meilleur refroidissement L'expression générale du couplage entre les sous-niveaux |m = 3i et |m = 2i de F = 3 est donné par 4.46, μ tant défini par 4.41. Le couplage dépend de la phase de μ, c'est-à-dire de la phase relative entre les deux composantes de polarisation du faisceau montant. Cette dépendance du couplage avec la phase de μ et donc avec la phase relative entre la composante de polarisation selon Y 0 du faisceau montant et le faisceau descendant14 provient d'un phénomène d'interférence. En effet, les deux processus "absorption dans le faisceau montant-émission dans le faisceau descendant" et "absorption dans le faisceau descendant-émission dans le faisceau montant" contribuent au couplage. La figure 4.20 présente le potentiel dip olaire (qui est le même pour tous les sous-niveaux de 6S 1/2 ), et le couplage entre |m = 2i et |m = 3i dans les cas où μ est réel et imaginaire pur. Pour une raison de parité, seule la composante réelle de μ introduit un couplage entre les sous niveau-magnétiques qui soit susceptible de modifier le niveau vibrationnel de 1. Ainsi, seule cette composante de polarisation est utile au refroidissement. Pour montrer cette propriété, considérons le micro-puits centré en z = 0. Si μ est réel, ce qui correspond à une polarisation du faisceau montant linéaire tournée, alors d'après 4.46 et 4.47, le couplage entre m = 3 et m = 2 s'écrit √ 1 1 311 1 1 2i sin α sin(∆kz). (4.52) Mise en oeuvre expérimentale Dans l'expérience, la méthode utilisée pour modifier la polarisation du YAG a subi plusieurs modifications. Nous présentons ici le dernier dispositif expérimental mis au point qui est aussi le plus performant car il permet un contrôle électronique de la polarisation et donc sa modification éventuelle en cours d'expérience. La modification de la polarisation est effectuée par des lames à cristaux liquides (marque : Midowlack Optics). La biréfringence de ces lames dépend d'un champ électrique oscillant appliqué. Pour une tension nulle, le déphasage entre les deux composantes de polarisation est d'environ 240o. Le déphasage introduit par la lame diminue lorsque l'on applique un champ électrique oscillant à une fréquence de 10 kHz. Sa valeur minimum est atteinte pour une amplitude 20 V. La biréfringence est alors faible : le déphasage est de 10o. La polarisation du faisceau montant du YAG est contrôlé par deux lames à cristaux liquides placées l'une derrière l'autre. Les axes de la première sont inclinés de 45o par rapport à la polarisation linéaire incidente. Si on note x0 l'axe de la polarisation incidente et y0 le vecteur orthogonal, la polarisation après la première lame est π ǫ = cos(φ1 /2)x0 + sin(φ1 /2)ei 2 y0, (4.53) 93 4.3. REFROIDISSEMENT DANS F=3 (a) Um (b) E Um Ω 0.5 Um 0.5 Um 0 0 -1 0 z/λl 1 (c) -1 0 z/λl 1 (d) Y Y x, X x, X Figure 4.20: Couplage du YAG entre |F = 3, m = 3i et |F = 3, m = 2i avec μ réel (a, c) et μ imaginaire pur (b, d) en fonction de la position des atomes. Um est la profondeur du potentiel. L'échelle en position (λl = 665 nm) est la période du potentiel. En ligne continue est représentée le potentiel dipolaire, identique pour tous les sous-niveaux. La référence des énergies est choisie de façon à ce que le potentiel soit nul au fond des micro-puits. Le couplage, représenté en ligne pointillée a été multiplié par 80 pour plus de lisibilité. Les figures (c) et (d) montrent la polarisation du faisceau montant dans les deux cas. où φ1 est le déphasage introduit par la lame. La deuxième lame a ses axes parallèles à x0 et y0 et son déphasage est ajusté pour compenser le déphasage de π/2 introduit par la première lame et les déphasages entre les deux polarisations x0 et y0 introduits par les miroirs ultérieurs et la biréfringence de la face d'entrée de la cellule. Ainsi, la polarisation au niveau des atomes est une polarisation linéaire faisant un angle φ1 /2 avec la direction du champ magnétique. Cet angle est simplement contrôlé par la tension appliquée à la première lame à retard variable. Mesure expérimentale du couplage Pour avoir une estimation expérimentale du couplage du YAG, nous observons, en présence d'un champ magnétique amenant en résonance les transitions |m = 3, ni → |m = 2, n − 1i, la dépolarisation d'atomes initialement polarisés dans m = 3 à l'aide d'une impulsion intense du laser 3-2. Pour cela, nous étudions, sur des spectres Raman co-propageants, l'évolution temporelle de la hauteur du pic correspondant à la transition Raman |F = 3, m = 3i → |F = 4, m = 4i et celle du pic correspondant aux CHAPTER 4. REFROIDISSEMENT PAR BANDES LATÉRALES θ = 20o 1.2 1.2 1 1 0.8 0.8 Nat (u.a.) Nat (u.a.) Polarisations linéaires 0.6 0.6 0.4 0.4 0.2 0.2 0 0 50 100 t(μs) 150 200 0 0 50 100 t(μs) 150 200 Figure 4.21: Evolution, en fonction du temps, des pics de spectres Raman copropageants correspondant à la transition |F = 3, m = 3i → |F = 4, m = 4i (+) et aux transitions |F = 3, m = 3i → |F = 4, m = 2i et |F = 3, m = 2i → |F = 4, m = 3i (×). Les atom ont été initialement polarisés dans m = 3. transitions |F = 3, m = 3i → |F = 4, m = 2i et |F = 3, m = 2i → |F = 4, m = 3i. La figure 4.21 présente ces évolutions dans le cas d'une polarisation des faisceaux du YAG linéaires et parallèles en (a) et faisant un angle de 20o (b). Dans le premier cas, aucune dépolarisation n'est visible. Dans le deuxième cas, on observe un début d'oscillation qui se brouille au delà de 50 μs. Un tel brouillage des oscillations est attendu. En effet, la fréquence de Rabi √ de la transition |m = 3, ni → |m = 2, n − 1i dépend du niveau vibrationnel (Ω ∝ n + 1) et les atomes peuplent plusieurs niveaux vibrationnels. Avec la température initiale de 26 μK, on attend que les oscillations q h̄ωosc se brouillent en un temps de l'ordre de kB T Ω0 ≃ 0.4/Ω0, où h̄Ω0 /2 est le couplage entre |m = 3, n = 1i → |m = 2, n = 0i. Ainsi, les oscillations doivent s'amortir en un temps plus court que la période d'oscillation. Pour mesurer la fréquence de Rabi moyenne, nous avons ajusté les 40 premières microsecondes de la courbe par une sinusoı̈de d'amplitude 1 (voir note 15 ). La fréquence de Rabi mesurée est de 5 kHz. Cette valeur est proche de la valeur théorique de 6 kHz prédite par 4.51. Dans l'analyse précédente, nous avons supposé que tous les atomes contribuaient 15 Une approche plus rigoureuse consisterait à étudier √ le spectre en fréquence de l'évolution obtenue. On s'attend à avoir des composantes aux fréquences nΩ0, où n = 1, 2, 4.3. F=3 95 aux oscillations. Or cela n'est pas le cas. Tout d'abord, les atomes dans l'état vibrationnel n = 0 de m = 3 ne sont pas dépolarisés par les faisceaux YAG car aucune transition Raman vers m = 2 n'est à résonance. Avec la température initiale, cela correspond à environ 14% des atomes. De plus, le champ magnétique ne rend résonante la transition |m = 3, ni → |m = 2, n − 1i que pour une fréquence d'oscillation donnée. Ainsi, la transition dépolarisante | m = 3, ni → |m = 2, n − 1i n'est résonante que pour certains atomes du pièges. Ceux dont la fréquence d'oscillation diffère d'environ Ω0 ≃ 5 kHz de la fréquence centrale ne sont pas transférés dans m = 2. Avec une largeur typique de la distribution des fréquences d'oscillation de 30 kHz (visible sur un spectre Raman tel que celui de la figure 4.6), on s'attend à ce que seul un petit nombre d'atomes contribuent aux oscillations. La prise en compte quantitative de cet effet est difficile. 4.3.4 Les images, prises après un temps de vol, présentées figure 4.22 mettent en évidence un refroidissement dans la direction verticale. L'intensité du laser 3-2 est ici de de 96 2.4 × 10−2Isat et la polarisation du bras montant du YAG fait un angle de 20o avec l'horizontale. La figure 4.23 présente l'évolution de la largeur de la distribution en v itesse dans la direction verticale en fonction du temps de refroidissement. Le refroidissement est très efficace mais cependant, les atomes n'atteignent pas l'état fondamental. Le nombre vibrationnel moyen à l'état stationnaire est hni ≃ 0.35, ce qui correspond à environ 65% des atomes dans l'état fondamental. Figure 4.22: Les deux images de gauche sont prises après 8 ms de temps de vol. Sur la première image, les atomes ont subi 15 ms de refroidissement et la largeur quadratique moyenne verticale du nuage est de 124 μm. La deuxième image est prise sans refroidissement et la largeur du nuage est de 220 μm. La largeur quadratique moyenne du nuage piégé, déduite de la dernière image prise sans temps de vol, est de 51 μm. L'échelle est identique pour les trois images. Pour optimiser le refroidissement et chercher à comprendre l'origine de la limite du refroidissement, nous avons mesuré la variation de l'efficacité du refroidissement en fonction des différents paramètres de l'expérience. Résonance en champ magnétique Le premier paramètre que nous cherchons à optimiser est la valeur du champ magnétique. Sur la figure 4.24(b), est représenté la largeur de la distribution en vitesse verticale en fonction de la différence d'énergie Zeeman ωz entre niveaux magnétiques adjacents. Le refroidissement est appliqué pendant 5ms ce qui est environ 4 fois le temps de refroidissement à 1/e pour ωz = 74 kHz. La polarisation du bras montant du YAG est linéaire avec α = 20o. Le temps de polarisation par le laser de repompage est de l'odre de 0,3 ms. Le graphe 4.24(a) qui présente un spectre Raman donne la fréquence d'oscillation verticale qui est d'environ 75 kHz. On observe bien une résonance piquée autour du champ magnétique qui réalise ωz = ωosc. La largeur de cette résonance pour la courbe la plus large est de 28 kHz. Les deux courbes représentées correspondent à deux largeurs de distribution de fréquences d'oscillation différentes comme montré sur les spectres Raman. Une distribution en fréquence d'oscillation fine est obtenue à l'aide d'un nettoyage comme écrit au paragraphe 4.2.3 . La largeur de la résonance en champ magnétique décroı̂t lorsque 97 4.3. REFROIDISSEMENT DANS F=3 2.6 2.4 2.2 vrms v0 0 5 10 Tref (ms) 15 20 Figure 4.23: Evolution de la largeur quadratique moyenne de la distribution en vitesse dans la direction verticale en fonction du temps pendant lequel le laser 3-2 est allumé. v0 est la largeur quadratique moyenne de l'état fondamental. La courbe en pointillée est un ajustement exponentiel des données et le temps de refroidissement trouvé est 2.5 ms. la dispersion des fréquences d'oscillation diminue.
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morbidités 335. 33 http://www. s.com/ 2/ i ETUDE DU DEVENIR DES ENFANTS ISSUS DE RUPTURE PREMATUREE DES MEMBRANES AU DEUXIEME TRIMESTRE – MORTALITE ET MORBIDITES – A PARTIR DE LA SERIE DE CAS SUIVIS A LA MATERNITE REGIONALE ET UNIVERSITAIRE DE NANCY ENTRE 2002 ET 2009 Examinateurs de la thèse : M. JM. HASCOËT Professeur Président M. B. FOLIGUET Professeur Juge M. O. MOREL Juge Mme. R. DESANDES Juge Mme. P. FRANCK Juge FACULTÉ DE MÉDECINE DE NANCY ------------ Président de l ' Université : Professeur Jean-Pierre FINAN CE Doyen de la Faculté de Médecine : Professeur Henry COUDANE Vice Doyen Mission « sillon lorrain » : Professeur Annick BARBAUD Vice Doyen Mission « Campus » : Professeur Marie-Christine BÉNÉ Vice Doyen Mission « Finances » : Professeur Marc BRAUN Vice Doyen Mission « Recherche » : Professeur Jean-Louis GUÉANT DOYENS HONORAIRES Professeur Adrien DUPREZ – Professeur Jean-Bernard DUREUX Professeur Jacques ROLAND – Professeur Patrick NETTER ========== PROFESSEURS HONORAIRES Pierre ALEXANDRE – Jean-Marie ANDRE - Daniel ANTHOINE - Alain BERTRAND - Pierre BEY Jean BEUREY - Patrick BOISSEL - Jacques BORRELLY - Michel BOULANGE - Jean-Claude BURDIN Claude BURLET - Daniel BURNEL - Claude CHARDOT Jean-Pierre CRANCE - Gérard DEBRY Jean-Pierre DELAGOUTTE - Emile de LAVERGNE - Jean-Pierre DESCHAMPS - Michel DUC Jean DUHEILLE - Adrien DUPREZ - Jean-Bernard DUREUX - Gérard FIEVE - Jean FLOQUET Robert FRISCH - Alain GAUCHER - Pierre GAUCHER - Hubert GERARD - Jean-Marie GILGENKRANTZ Simone GILGENKRANTZ - Oliéro GUERCI - Pierre HARTEMANN - Claude HURIET - Christian JANOT Jacques LACOSTE - Henri LAMBERT - Pierre LANDES - Alain LARCAN - Marie-Claire LAXENAIRE Michel LAXENAIRE - Jacques LECLERE - Pierre LEDERLIN - Bernard LEGRAS - Michel MANCIAUX Jean-Pierre MALLIÉ - Pierre MATHIEU - Denise MONERET-VAUTRIN - Pierre NABET Jean-Pierre NICOLAS - Pierre PAYSANT - Francis PENIN Gilbert PERCEBOIS Claude PERRIN Guy PETIET - Luc PICARD - Michel PIERSON - Jean-Marie POLU Jacques POUREL - Jean PREVOT Antoine RASPILLER - Michel RENARD - Jacques ROLAND - René-Jean ROYER - Paul SADOUL Daniel SCHMITT – Michel SCHWEITZER - Jean SOMMELET - Danièle SOMMELET - Michel STRICKER Gilbert THIBAUT - Augusta TREHEUX - Hubert UFFHOLTZ - Gérard VAILLANT - Paul VERT Colette VIDAILHET - Michel VIDAILHET - Michel WAYOFF - Michel WEBER ========== Professeur François GUILLEMIN – Professeur Thierry CONROY 3 Professeur Didier PEIFFERT – Professeur Frédéric MARCHAL 3ème sous-section : (Immunologie) Professeur Denis WAHL – Professeur Sergueï MALIK 5 Docteur Béatrice MARIE – Docteur Aude BRESSENOT ---------43ème Section : BIOPHYSIQUE ET IMAGERIE MÉDICALE 1ère sous-section : (Biophysique et médecine nucléaire) 6 --------54ème Section : DÉVELOPPEMENT ET PATHOLOGIE DE L'ENFANT, GYNÉCOLOGIEOBSTÉTRIQUE, ENDOCRINOLOGIE ET REPRODUCTION 3ème sous-section : MAÎTRES DE CONFÉRENCES 5ème section : SCIENCE ÉCONOMIE GÉNÉRALE Monsieur Vincent LHUILLIER ---------40ème section : SCIENCES DU MÉDICAMENT Monsieur Jean-François COLLIN ---------60ème section : MÉCANIQUE, GÉNIE MÉCANIQUE ET GÉNIE CIVILE Monsieur Alain DURAND ---------61ème section : GÉNIE INFORMATIQUE, AUTOMATIQUE ET TRAITEMENT DU SIGNAL Monsieur Jean REBSTOCK – Monsieur Walter BLONDEL 64ème section : BIOCHIMIE ET BIOLOGIE MOLÉCULAIRE Mademoiselle Marie-Claire LANHERS – Monsieur Pascal REBOUL – Mr Nick RAMALANJAONA ---------65ème section : BIOLOGIE CELLULAIRE Mademoiselle Françoise DREYFUSS – Monsieur Jean-Louis GELLY Madame Ketsia HESS – Monsieur Hervé MEMBRE – Monsieur Christophe NEMOS - Madame Natalia DE ISLA Madame Nathalie MERCIER --------- section : PHYSIOLOGIE Monsieur Nguyen TRAN ---------67ème section : BIOLOGIE DES POPULATIONS ET ÉCOLOGIE Madame Nadine MUSSE ======== PROFESSEURS ASSOCIÉS Médecine Générale Professeur associé Alain AUBREGE Professeur associé Francis RAPHAEL 7 MAÎTRES DE CONFÉRENCES ASSOCIÉS Médecine Générale Docteur Jean-Marc BOIVIN Docteur Jean-Louis ADAM Docteur Elisabeth STEYER Docteur Paolo DI PATRIZIO Docteur Sophie SIEGRIST ======== 8 A NOTRE PRESIDENT DE THESE Monsieur le Profess eur Jean - Michel HASCOËT Professeur de Pédiatrie Vous nous avez fait l'honneur de bien vouloir nous confier ce travail et d'accepter la présidence de notre jury de thèse, nous vous en remercions. 9 A NOTRE JUGE Monsieur le Professeur Bernard FOLIGUET Professeur d'Histologie, Embryologie et Cytogénétique Officier de l'Ordre des Palmes Académiques Nous vous remercions de l'honneur que vous nous avez fait en acceptant de juger notre travail. Nous vous sommes reconnaissants de l'intérêt que vous avez manifesté à l'égard de ce travail. Veuillez trouver l'expression de notre profond respect. 10 A NOTRE JUGE Monsieur le Docteur Olivier MOREL Maître de Conférence Universitaire Praticien hospitalier de Gynécologie Obstétrique Nous vous remercions vivement d'avoir accepté de juger notre travail. Veuillez recevoir l'expression de notre profonde gratitude. 11 A NOTRE JUGE Madame le Docteur Roxane DESANDES Praticien hospitalier de Pédiatrie Nous vous remercions de nous avoir proposé et confié ce travail. Vous nous avez fait l'honneur d'en accepter la direction. Vous nous avez guidés et témoigné votre soutien tout au long de l'élaboration de ce travail. Nous vous remercions pour votre disponibilité, votre réactivité et vos précieux conseils. Veuillez trouver ici le témoignage sincère de notre gratitude et de notre profond respect. 12 A NOTRE JUGE Madame le Docteur Patricia FRANCK Praticien Hospitalier de Biologie Nous vous remercions d'avoir accepté de juger notre travail, nous vous en sommes reconnaissants. Veuillez recevoir l'expression de notre profonde gratitude. 13 A tout es les personnes qui ont participé à la réalisation de ce travail L'équipe obstétricale de la Maternité Régionale de Nancy pour avoir accepté de se joindre à notre projet. Merci à Anabela JANELA pour le travail que nous avons partagé et réalisé ensemble. Madame le Dr Jeanne FRESSON, du DIM de la Maternité Régionale de Nancy, pour nous avoir aidés à mettre en place cette étude et permis de la mener à son terme. Un grand merci à Haritina EL HADSSI pour la réalisation des statistiques. Monsieur le Professeur Bernard FOLIGUET, pour son aide dans le recueil des données anatomo-pathologiques. Mademoiselle Hélène DESFORGES, pour les renseignements fournis. Le personnel des archives de la Maternité Régionale de Nancy pour leur disponibilité. 14 A toutes les personnes rencontrées au cours de notre internat qui nous ont transmis leur savoir et leur expérience : à l'ensemble des Professeurs, Praticiens Hospitaliers et Chefs de clinique, aux équipes paramédicales. A ceux qui m'ont enseigné la Médecine, mais aussi certaines valeurs humaines et l'humilité. Merci de m'avoir donné l'envie d'exercer chaque jour mon métier. Aux enfants, pour leur innocence. 15 A Jean-Sébastien, avec tout mon amour. A ma Mère et à la mémoire de mon Père, pour leur amour, leur soutien et leur bienveillance. Merci. Que cette thèse soit le témoignage de ma profonde affection et de ma reconnaissance. A ma Soeur, pour le précieux lien qui nous unit. Vous êtes ma force. A ma belle-famille, pour son soutien et sa confiance. A mes amis, fidèles et présents en toutes circonstances. SERMENT d'HIPPOCRATE « Au moment d'être admise à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J'interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité. J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences. Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. Admise dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me sont confiés. Reçue à l'intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les moeurs. Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission. Je n'entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés. J'apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu'à leurs familles dans l'adversité. les hommes et mes confrères m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonorée et méprisée si j'y manque. ». 18 ABREVIATIONS 22 INTRODUCTION 25 I. Rappel sur le développement et la constitution des membranes amniotiques A. Embryologie des membranes 1) Origin e fo etale des membran es 2) Origin e maternelle des membranes 3) Les accol ements membranaires B. Structure des membranes foetales 1) L'amnios 2) Le chorion 3) La décidue C. Dégradation des membranes foetales 27 27 27 31 31 32 32 33 33 33 La rupture prématurée des membranes foetales (RPM) Définitions Epidémiologie Physiopathologie et étiologies – Les facteurs fragilisant les membranes 1) Les facteurs de risque de RPM a) L'infection b) Les antécédents maternels c) Les facteurs mécaniques d) Le stress oxydatif e) Les facteurs hormonaux f) Le défaut d'accolement membranaire g) Les facteurs socio comportementaux 2) Le site de la rupture des membranes foetales D. Diagnostic 1) Clinique 2) Examens complémentaires a) Historique b) Définition du marqueur idéal c) Les tests disponibles E. Conséquences materno‐foetales des RPM du deuxième trimestr e 1) Les conséquences foetales a) La prématurité b) L'infection c) Le retentissement de l'oligoamnios 2) Cons équences maternelles a ) La chorioamniotite b) La ré tention placentaire c) L'extraction par césarienne d) L'hématome rétro‐placentaire (HRP) e) Les complications thrombo‐emboliques f) Le retentissement psychologique F. Prise en charge : expectative versus IMG 1) Bilan initial et surveillance ([11, 83], et protocole de l'équipe obstétricale de la Maternité Régionale de Nancy) 2) L'antibiothérapie 3) La corticothérapie anténatale 4) La tocolyse 5) L'amnioinfusion 34 34 35 35 35 35 37 38 38 39 39 39 39 40 40 40 41 41 41 43 43 43 44 45 51 51 51 51 52 52 52 II C. METHOD E 53 54 Type d'étude Population étudiée 1) Critères d'inclusion 2) Critères d'exclusion 3) Base de données C. Variables recueillies 1) Les données anténatales 2) Les données périnatales 3) Les données néonatales et post‐natales D. Recueil et saisie des données E. Analyse statistique 59 61 62 62 65 65 RESULTATS 66 I. 67 68 68 69 69 70 70 71 71 73 76 II. Description de la population obstétricale A. Description du groupe « interruption médicale de grossesse » 1) Caractéristiques maternelles 2) Grossesse en cours 3) Phase de latence 4) L'Interruption Médicale de Grossesse 5) Caractéristiques foetales et placentaires B. Caractéristiques du groupe « prise en charge expectative » ‐ 81 grossesses 1) Caractéristiques épidémiologiques des mères 2) Caractéristiques des RPM au diagnostic (tableaux 2 et 3) 3) Description de la phase de latence : durée, suivi, complications et prise en charge Travail et accouchement pour les grossesses du groupe « expectative » 1) Modalités du travail 2) Déroulement du travail et voie d'accouchement 3) Terme à la naissance, durée de latence 4) Anatomopathologie placentaire 80 80 80 81 84 III. Population des nouveau-nés A. Description de la population (mère‐enfant) du groupe morts‐nés 1) Caractéristiques maternelles et facteurs de risque de RPM 2) Age gestationnel à la rup ture des membranes 3) Age gestationnel à l'accouchement 4) Phase de latence, durée et complications 5) Voie d'accouchement 6) Caractéristiques des nouveau‐nés 7) Analyse placentaire B. Description de la population des enfants nés vivants (n=63) 1) Phase de latence 2) Travail et voie d'accouchement 3) Age gestationnel à la naissance 4) Caractéristiques des nouveau‐nés à la naissance 5) Analyse des morbidités des enfants a) Morbidité respira toire b) Morbid ité hémodynamique et cardiaque c) Mor bid ité infectieuse d) Morbidité neurologique e) Morbidité digestive f) Morbidité sensorielle g) Morbidité orthopédique 85 85 85 86 86 86 87 87 87 87 87 88 88 88 89 89 93 94 99 103 103 104 IV. Mortalité hospitalière A. Nombre de décès et taux de mortalité B. Description succincte des cas d'enfants décédés durant l'hospitalisation 105 105 106 20 C. 1) 2) Facteurs pronostiques sur la survie et sur les comorbidités associées Caractéristiques de la RPM et c néonatales Comparaison des comorbidités entre survivants et enfants décédés en hospitalisation DISCUSSION 110 110 111 112 I. Nos résultats : devenir des foetus concernés par une RPM précoce survenue entre 16 SA+0 j et 25 SA+6 j 113 1) La mortalité 113 2) Les morbidités 115 II. Comparaison de nos résultats à la population globale du service de néonatologie de la Maternité Régionale de Nancy III. IV. V. Comparaison de nos résultats aux données de la litt é rature 1) Facteurs de risque de RPM 2) AG à la RPM, durée de latence, AG à la naissance 3) Gestion de la période de latence en cas d'e xpect ative 4) Interruption de grossesse pour motif médical 5) Mortalité 6) De venir néonatal ‐ Morbidités 7) Infection 8) Nouvelles perspectives apportées par les biomarqueurs : l'Interleukine 6 Les points faibles de notre étude Les points forts de notre étude 118 120 120 120 121 122 122 123 124 127 128 130 CONCLUSION 132 BIBLIOGRAPHIE 134 21 ABREVIATIONS 22 AC = âge corrigé AD = âge de développement AG = âge gestationnel AI = anoxo-ischémie périnatale AIT = amnio-infusion thérapeutique AMP = Assistance Médicale à la Procréation BMI = Body Mass Index CPAP= Continuous Positive Airway Pressure CPDPN = Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal DBP = dysplasie broncho-pulmonaire DIM = département d'information médicale ECBU = examen cytobactériologique des urines ECUN = entérocolite ulcéro-nécrosante EEG = éléctroencéphalogramme ETF = échographie transfontanellaire FN = faux négatifs FP = faux positifs HTAPP = hypertension artérielle pulmonaire persistante IA = index amniotique ICT= index cardio-thoracique IPP = identifiant permanent du patient IMF = infection materno-foetale IMG = Interruption Médicale de Grossesse IRMn = Imagerie par Résonnance Magnétique nucléaire LHR = Long over Head Ratio LMPV = leucomalacie périventriculaire MAP= menace d'accouchement prématuré MMP= matrix métalloprotéinase NOi = monoxyde d'azote inhalé OEA = oto-émissions acoustiques OHF = oscillation haute fréquence PA = péri abdominal PEA = potentiels évoqués auditifs PMSI = programme de médicalisation des systèmes d'information 23 PPR = pointes positives rolandiques PTH = périmètre thoracique PV = prélèvement vaginal RPL = Réseau Périnatal Lorrain RPM = rupture prématurée des membranes SA = semaines d'aménorrhée SR = sexe-ratio (rapport nombre garçons/ nombre filles) TDM = tomodensitométrie VC = ventilation conventionnelle VHFO = ventilation par oscillation à haute fréquence VI = ventilation invasive VM = ventilation mécanique VNI = ventilation non invasive VPN = valeur prédictive négative 25 L'amélioration de la prise en charge en réanimation néonatale a permis de reculer la limite de viabilité des grands prématurés. La rupture prématurée des membranes avant terme touche 0,5 à 7% des grossesses et celle survenant avant 28 SA concerne 0,1 à 0,7% des accouchements [1]. La rupture prématurée des membranes au deuxième trimestre de la grossesse est une situation rare et complexe, pourvoyeuse de complications maternelles et foetales. 26 I. RAPPEL SUR LE DEVELOPPEMENT ET LA CONSTITUTION DES MEMBRANES AMNIOTIQUES Les membranes foetales constituent une interface entre la mère et le foetus. Elles composent la paroi du sac utérin qui contient le foetus baignant dans le liquide amniotique, lui-même relié à la face foetale du placenta par le cordon ombilical. Les membranes sont constituées de trois couches : l'amnios et le chorion d'origine foetale et la décidue d'origine maternelle. La croissance des membranes est permanente au cours de la grossesse grâce à un équilibre entre la synthèse et la dégradation de la matrice extra-cellulaire, et le renouvellement cellulaire. Embryologie des membranes A. La formation de la cavité amniotique et de la cavité choriale, et l'accolement de ces deux cavités aboutissent à la mise en place des trois couches constituant les membranes [3, 4]. 1) • Origine foetale des membranes Formation de la cavité amniotique Au stade de blastocyste (au sixième jour de vie), l'oeuf est composé du bouton embryonnaire et d'une cavité limitée par le trophoblaste [5] (schéma 1). Schéma 1 : Blastocyste – embryoblaste et trophoblaste (Fécondation et Nidation – Galopin 1997) 27 Au neuvième jour de vie, l'embryon est un disque constitué de deux feuillets : l'entoblaste et l'ectoblaste. Du liquide s'accumule dans l'épaisseur de l'ectoblaste creusant la cavité amniotique (schéma 2). Les cellules de l'ectoblaste se différentient en amnioblastes, ils vont recouvrir l'ensemble de la cavité amniotique. Entre la quatrième et la huitième semaine, le disque embryonnaire se plie dans le sens céphalocaudal et dans le sens transversal schéma 4) [6]. La cavité amniotique croît et s'enroule autour de l'embryon, ne respectant que le cordon ombilical. Schéma 2 : Début de la deuxième semaine de gestation. Constitution de l'entoblaste et de la cavité amniotique (Embryologie Humaine - P.Loiseau - 2008) • Formation de la cavité choriale Une prolifération cellulaire a lieu à partir de l'entoblaste. Les cellules tapissent la cavité limitée par le cytotrophoblaste pour former la vésicule vitelline. Une membrane basale apparaît entre la face externe de la vésicule vitelline et le cytotrophoblaste et s'enrichit en tissu conjonctif : la membrane de Heuser (schéma 3). Ce tissu conjonctif devient circonscrit par les cellules mésoblastiques. Les cellules mésoblastiques proviennent du cytotrophoblaste et du feuillet ectoblastique de l'embryon. Des lacunes apparaissent au sein de ce tissu et convergent pour former la cavité 28 choriale. Cette cavité est liée à la plaque choriale qui est composée de mésoderme extra-embryonnaire et de trophoblastes [7]. La cavité choriale se retrouve au contact de la cavité amniotique du fait de la plicature de l'embryon et de la croissance rapide de la cavité amniotique (schéma 4). Schéma 3 : Embryon didermique – Cavité amniotique et cavité choriale (Embryologie Humaine - P.Loiseau - 2008) 29 Schéma 4 : A – Disque embryonnaire. B – Plicature transversale. C - Plicature cranio-caudale (Embryologie Humaine Descriptive – WJ.Larsen – Edition De Boeck - 2003) 30 2) Origine maternelle des membranes L'oeuf au stade de blastocyste s'implante dans l'endomètre durant la deuxième semaine de gestation, un caillot fibrineux se forme à son point de pénétration. Au 12ème jour de la grossesse, l'épithélium utérin se reconstitue et recouvre le caillot fibrineux. La région superficielle de la muqueuse utérine qui s'est régénérée après l'implantation de l'oeuf et de ce fait recouvre le chorion lisse sur le pôle antiembryonnaire est la décidue ovulaire. Le reste de l'endomètre qui n'est pas en rapport direct avec les tissus embryonnaires correspond à la décidue pariétale. 3) Les accolements membranaires L'évolution de la cavité amniotique, de la cavité choriale, du cytotrophoblaste et des décidues aboutit à la mise en place des trois couches constituant les membranes : l'amnios, le chorion et la décidue. • Accolement des cavités amniotiques et choriales : La croissance de la cavité amniotique est beaucoup plus rapide que celle de la cavité choriale. Sous cette pression, la cavité choriale devient virtuelle et les feuillets mésoblastiques de ces deux cavités s'accolent. • Accolement chorio-décidual : L'accolement du chorion et de la décidue constitue la dernière étape de la formation des membranes. L'embryon bombe dans la cavité utérine, la décidue ovulaire rec ant le chorion se distend et s'amincit. Vers 22 SA, la diminution de l'apport sanguin entraîne la disparition de la décidue ovulaire. Le cytotrophoblaste lisse, constituant la couche la plus externe du chorion s'accole alors à la décidue pariétale. 31 Schéma 5 : Relation des membranes au sein de l'utérus B. Structure des membranes foetales La juxtaposition de l'amnios, du chorion et de la décidue constitue les membranes foetales. 1) L'amnios L'amnios est une structure avasculaire dépourvue de terminaisons nerveuses, orientée vers le foetus et constituée par cinq couches : - une couche de cellules épithéliales (couche la plus interne), - une membrane basale amniotique composée de collagène et de glycoprotéines, - une couche compacte composée de collagène, - une couche fibroblastique mince contenant des macrophages, 32 - une couche spongieuse au contact du chorion sous-jacent composée de collagène et de protéoglycanes, c'est une zone de glissement entre l'amnios et le chorion. Le collagène est un composant essentiel dans la structure et la cohésion membranaire et confère à l'amnios une grande solidité. 2) Le chorion Le chorion est une structure avasculaire constituée par trois couches : - une couche réticulaire au contact de la face profonde de l'amnios, riche en collagène et en protéoglycanes, - une membrane basale, - une couche épithéliale de cellules trophoblastiques. Le tissu mésenchymateux du chorion est accolé à celui de l'amnios, l'amnios est orienté vers le foetus et le chorion vers la décidue. 3) La décidue La décidue comprend des cellules maternelles et du tissu de soutien extra-cellulaire. Les cellules endométriales se modifient lors de l'implantation de l'oeuf : elles se chargent en lipides et glycogène, c'est la décidualisation. L'interface entre le chorion et la décidue permet la diffusion des nutriments du versant maternel vers le versant foetal et sert aussi de barrière immunologique entre les deux compartiments. C. Dégradation des membranes foetales La croissance des membranes durant la grossesse est permise grâce à un équilibre perpétuel entre dégradation et renouvellement. La dégradation des membranes est un processus physiologique qui repose sur deux mécanismes : - l'apoptose des cellules, - la dégradation enzymatique du collagène au niveau de la matrice extracellulaire par les matrix métalloprotéinases (MMP). L'apoptose, ou mort cellulaire programmée, provoque la lyse cellulaire et peut être déclenchée par de nombreux facteurs : les radicaux libres, les cassures de l'ADN, 33 les oncogènes, les agents toxiques ou médicamenteux, la privation de facteurs de croissance, les signaux de mort cellulaire provenant des lymphocytes cytotoxiques ou Natural Killer (NK). Les matrix métalloprotéinases constituent une famille d'enzymes assurant la dégradation des fibres de collagène des membranes foetales [8, 9]. Ces enzymes se trouvent dans les membranes foetales humaines, essentiellement dans l'épithélium amniotique et les cellules trophoblastiques chorioniques qui encadrent les couches membranaires riches en collagène. La régulation enzymatique des MPP dépend de facteurs augmentant leur expression et de facteurs inhibant leur activité. L'augmentation de l'expression des MPP est induite par : les cytokines présentes dans les membranes, la colonisation bactérienne du liquide amniotique, elle-même associée à l'augmentation des cytokines et par des facteurs mécaniques comme la tension exercée sur les membranes. II. LA RUPTURE PREMATUREE DES MEMBRANES FOETALES (RPM) A. Définitions La rupture prématurée des membranes, quel que soit le terme de la grossesse, se définit comme la rupture franche de l'amnios et du chorion, avant toute entrée en travail. Ceci inclut les fissurations ou « ruptures hautes ». Le délai de latence entre l'ouverture du sac amniotique et le début du travail n'est pas consensuel, pouvant varier de 1 à 24 heures. La rupture est considérée comme non liée au travail et dite « prématurée » si elle précède ce dernier de plus de 12h. Les ruptures sont dites prolongées lorsqu'elles dépassent 24 ou 48h et très prolongées si elles dépassent 5 jours. Aucun cas de rupture n'a été rapporté avant 15 SA. Sur le plan embryologique, ce n'est qu'à la fin du 3ème mois de grossesse que les membranes s'individualisent nettement. La fréquence des ruptures s'accroît nettement avec l'avancement de la grossesse. 34 B. Epidémiologie L'incidence de la rupture prématurée des membranes quelque soit le terme est de 2 à 15% [10]. La majorité des RPM se produisent au-delà de 37 SA. Un tiers des RPM ont lieu avant 37 SA, elles concernent 0,5 à 7,2% des accouchements [11]. Les RPM survenant avant 28 SA ne concernent que 0,1 à 0,7% des grossesses et celles survenant avant la limite de viabilité (24 SA) représentent 0,34% des grossesses [1, 12-14]. La RPM est une des principales causes de prématurité puisque la probabilité d'accouchement dans la semaine qui suit la rupture est de 60% avant 29 SA, 80% entre 29 et 32 SA et 90% entre 33 et 36 SA [15]. L'accouchement survient dans le mois qui suit la rupture dans près de 80% des cas de RPM du deuxième trimestre [16]. C. Physiopathologie et étiologies – Les facteurs fragilisant les membranes Tout au long de la grossesse, les membranes s'adaptent à la croissance foetale. La croissance des membranes foetales est permise par l'existence d'un équilibre permanent entre les processus de dégradation et de renouvellement. La physiopathologie de la rupture des membranes fait appel à une augmentation de la pression amniotique et/ ou à une fragilisation de la structure des membranes. De nombreux facteurs peuvent être à l'origine d'une déstabilisation de cet équilibre et entraîner la rupture des membranes : l'infection, des facteurs mécaniques, le stress oxydatif, des facteurs hormonaux, des facteurs socio-comportementaux. 1) Les facteurs de risque de RPM a) L'infection L'infection est l'un des principaux mécanismes de la rupture prématurée des membranes. Les lésions membranaires seraient liées à la production d'enzymes protéolytiques par les bactéries ainsi qu'à des phénomènes inflammatoires conduisant à la libération de protéases, de cytokines et de précurseurs de prostaglandines [17]. 35 Il existe quatre voies de contamination possible de la cavité utérine : • Voie vaginale ascendante : c'est la voie la plus commune. Le processus débute par un déséquilibre de la flore vaginale et cervicale permettant la croissance des germes pathogènes. Ces germes peuvent ensuite contaminer l'espace chorio-décidual, ce qui induit une réaction inflammatoire locale. La contamination va se poursuivre jusqu'à la cavité amniotique par passage transmembranaire des micro-organismes. Le foetus baignant dans un liquide amniotique infecté va lui même être contaminé en ingérant ou inhalant ce liquide. Les infections cervico-vaginales telles que la vaginose bactérienne, les infections à Trichomonas vaginalis, à Chlamydia trachomatis, à Streptocoque B et gonocoque augmentent le risque de RPM. L'association entre RPM avant terme et infection amniotique est largement reconnue dans la littérature. Les prélèvements de liquide amniotique réalisés dans les RPM objectivent la présence de germes pathogènes dans 25 à 50% des cas [18, 19]. Les germes les plus impliqués dans les RPM semblent être : Ureaplasma urealyticum et Mycoplasma hominis. Une étude a montré que le liquide amniotique prélevé au deuxième trimestre pour analyse génétique était contaminé par Ureaplasma urealyticum dans 12.8% des cas et par Mycoplasma hominis dans 6.1% des cas. Dans cette étude, toutes les patientes ayant présenté une RPM précoce avaient une contamination du liquide amniotique par un de ces deux germes au moment où était réalisée l'amniocentèse [20]. Néanmoins, deux hypothèses sont établies quant au lien existant entre la RPM et l'infection amniotique. La première pose la RPM comme à l'origine de l'infection amniotique par une contamination secondaire de la cavité utérine depuis la flore vaginale. La seconde pose l'infection amniotique comme responsable de la fragilisation des membranes et de leur rupture. • Voie hématogène transplacentaire ; • Voie péritonéale : contamination par les trompes de Fallope à la suite d'une infection intra-péritonéale ; 36 • Voie trans-utérine à la suite d'un geste invasif tel qu'une amniocentèse. Schéma 6 : Chorioamniotite, contamination par voie vaginale ascendante (Robert.L et al – 2000 - Intra Uterine infection and preterm delivery - New England Journal of Medicine) b) Les antécédents maternels • Il n'y a pas de lien évident entre la parité, les fausses couches spontanées et les RPM avant terme. Les antécédents d'accouchement prématuré ou de RPM avant terme ou à terme augmentent le risque de RPM avant terme (récurrence de 16 à 32% pour les grossesses ultérieures) [21-23]. 37 En revanche, les antécédents d'IVG augmentent le risque de RPM avant terme [24]. Les antécédents de cerclage, conisation, et l'exposition au distilbène® sont également des facteurs de risque de RPM [24, 25]. • La présence de maladies vasculaires ou de maladies du collagène constitue un facteur de risque de RPM précoce (maladie d'Ehlers-Danlos ou Lupus Erythémateux Disséminé) [23]. c) Les facteurs mécaniques Les facteurs concourants à l'augmentation de la tension membranaire tels l'hydramnios et les grossesses multiples sont des facteurs de risque de RPM, 7 à 10% des grossesses gémellaires sont compliquées par une RPM avant terme [23, 26]. Les gestes invasifs durant la grossesse comme l'amniocentèse et la biopsie de trophoblaste sont source de RPM iatrogènes : l'incidence est de 0,2 à 2% [27]. L'incompétence cervicale nécessitant un cerclage en cours de grossesse est aussi un facteur de risque de RPM [28]. L'examen au speculum, le toucher vaginal, l'activité maternelle et les rapports sexuels pendant la grossesse n'augmentent pas le risque de rupture [23, 29]. d) Le stress oxydatif Le stress oxydatif découle d'un déséquilibre de la balance oxydants-antioxydants à la faveur des oxydants qui sont les radicaux libres de l'oxygène. Les radicaux libres proviennent d'une production endogène dans l'organisme mais aussi d'un apport exogène, et fragilisent les membranes. Les mécanismes de production de radicaux libres due à la consommation de tabac et de cocaïne sont bien connus [23, 30]. Les métrorragies du premier et du deuxième trimestre de la grossesse sont également génératrices d'un stress oxydatif lors du contact du sang avec les membranes : les atomes de fer libre provenant de la dégradation de la chaîne de globine favorisent la production de radicaux libres [31]. Spinillo et al rapportent un risque relatif de RPM de 2,6 pour les métrorragies du 38 premier trimestre et de 2,9 pour les mé ragies plus tardives [24]. De plus, la présence de sang dans la cavité utérine augmente le risque infectieux car elle favorise la croissance des micro-organismes pathogènes. e) Les facteurs hormonaux La progestérone joue un rôle important dans le maintien de la grossesse et dans la physiopathologie de la prématurité incluant la RPM [32]. Une sécrétion de progestérone a été mise en évidence au niveau du chorion, de l'amnios et de la décidue dans l'espèce humaine [33]. L'action préventive de la progestérone dans la prématurité serait due à des propriétés anti-inflammatoires. Gotkin et al ont montré sur des échantillons de chorion placentaire une diminution significative de la production de cytokines en cas d'exposition préalable des tissus à la progestérone [34]. 2) Le site de la rupture des membranes foetales La fragilisation des membranes entraînant la rupture aboutit à un écoulement du liquide amniotique de la cavité utérine vers le vagin à travers le col utérin. Une étude menée sur les membranes à terme a montré que celles-ci avaient des propriétés physiques hétérogènes et qu'il existait une zone de fragilisation à proximité du col avant le début du travail [37]. En ce qui concerne les RPM avant terme, il semble que le point de rupture se trouve également à proximité du col [38]. 39 Dans les cas particuliers de rupture des membranes iatrogènes après amniocentèse, le point de rupture se trouve à distance du col, en regard du point de ponction [39]. La rupture des membranes est la conséquence d'un processus complexe associant différents facteurs mécaniques, biochimiques et hormonaux aboutissant à la fragilisation des feuillets membranaires. D. Diagnostic 1) Clinique La rupture de la poche des eaux occasionne un écoulement vaginal de liquide amniotique qui apparaît clair, abondant, d'odeur fade et parfois teinté ou mêlé à des particules de vernix. Dans la majorité des cas, à fortiori à l'approche du terme, l'écoulement est abondant, continu, majoré par les mouvements foetaux ou maternels. Le diagnostic est alors facile et le recours à un test biologique est inutile. Le diagnostic est moins aisé si l'écoulement est faible, mêlé à du sang, ou s'il survient précocement dans la grossesse. L'examen clinique au spéculum peut confirmer le diagnostic s'il permet de visualiser le liquide sourdre du col et s'écouler dans le cul de sac vaginal, ceci pouvant être favorisé par la mobilisation de l'utérus (signe de Tarnier), le changement de position, la toux. Le risque de faux négatif (FN) de l'examen au speculum est de l'ordre de 12% dans une population suspecte de rupture [40]. Des examens complémentaires ou tests biologiques sont nécessaires lorsque l'examen au speculum est douteux. 2) La mesure échographique de l'index amniotique (IA) n'est pas performante car d'une part, en fin de grossesse, l'oligoamnios est physiologique et d'autre part le liquide peut se maintenir en quantité subnormale après une rupture [41]. A une période étaient utilisés les tests d'injection intra amniotique de colorant (indigo carmin et phénol-sulfonéphtaléine) par voie trans-abdominale, l'écoulement de liquide coloré par voie vaginale pouvait être visualisé. Ces tests invasifs ont été abandonnés du fait du risque foetal, du risque infectieux et du risque d'induire une rupture. a) Historique Historiquement, trois tests diagnostiques ont été utilisés pour mettre en évidence le liquide amniotique (LA) ou ses composés dans les sécrétions recueillies au niveau de l'endocol d'une patiente suspecte de RPM. Le test d'évaporation consistait à étaler les sécrétions sur une lame et à les chauffer jusqu'à évaporation complète. Il persistait un résidu blanchâtre après évaporation si du liquide amniotique était présent. Le test de cristallisation consistait à observer au microscope une lame enduite de sécrétions cervicales, la présence de LA se traduisait par la visualisation de structures en feuilles de fougère. La sensibilité et la spécificité de ce test étaient respectivement de 42 et 76% [42]. D'autres tests colorimétriques consistaient à appliquer un colorant sur les lames enduites de sécrétions cervicales : test au sulfate de bleu du Nil (cellules cutanées foetales en rouge, autres cellules en bleu), test au pinacyanole, test à l'éosine acqueuse. L'usage de ces tests était limité aux grossesses d'âge gestationnel avancé car ils mettaient en évidence la présence de cellules etales dans le LA (test au sulfate de bleu du Nil inutilisable avant 32 SA avec un taux de faux positifs (FP) de 5% et de FN de 15%. b) Définition du marqueur idéal Le test diagnostic biologique idéal utiliserait un marqueur biologique spécifique du LA, présent quelque soit l'âge gestationnel, stable dans le liquide et facilement détectable même à de faible concentration. L'objectif étant de limiter les FP qui seraient dûs à une contamination par un autre liquide biologique, et les FN liés à une rupture ultra précoce et ancienne, ou à une détection impossible sur un écoulement de faible quantité. La technique d'analyse doit être simple, rapide, accessible, reproductible et peu coûteuse. c) Les tests disponibles • La mesure du pH 41 Le pH cervical en condition physiologique se situe entre 5 et 6. • Dosage de la diamine oxydase (DAO) La DAO est une enzyme synthétisée par le placenta, présente dans le liquide amniotique à partir de 20 SA. Son dosage étant réalisé par technique radioanalytique en laboratoire spécialisé, il n'est plus utilisé actuellement. La sensibilité de ce test est de 84 à 91% et la spécificité proche de 100%, mais un prélèvement souillé par du sang maternel peut entraîner un FP car la DAO circule dans le sang maternel [43]. C'est également le cas de l'alpha-foetoprotéine (AFP), de l'hormone chorionogonadotrophique (hCG), de la prolactine, de l'urée, de la créatinine et des lactates. • Fibronectine foetale La mise en évidence de fibronectine foetale dans le canal cervical peut également être un test diagnostic de RPM. Il existe des kits de dépistage rapide immunoenzymologique (Fetal Fibronectin Immunoassay®, RapidFN®) qui ont une sensibilité de 84% et une spécificité de 83% [44]. Mais la fibronectine foetale est présente de manière physiologique dans l'endocol avant 24 SA et est fortement influencée par l'entrée en travail. La fibronectine foetale est donc utilisée uniquement comme marqueur de menace d'accouchement prématuré (MAP). • Insulin-like Growth factor Binding Protein-1 (IGFBP-1) L'IGFPB-1 est synthétisée par la caduque et le foie foetal. Elle est présente dans le LA à une concentration 400 à 700 fois plus élevée que dans le sang maternel, et elle est absente des sécrétions vaginales. Elle n'est pas modifiée par l'entrée en travail ni par les infections vulvo-vaginales. L'IGFPB-1 est détectable par méthode immunochromatographique à l'aide de bandelette (Acti-Prom®). La sensibilité de ce test est 42 de 95 à 100% et la spécificité de 93 à 98% [45]. Sa sensibilité, sa spécificité ainsi que son faible coût en font le meilleur marqueur actuel. • Des études sont en cours pour la mise au point d'autres tests diagnostics basés sur l'identification de protéines spécifiques du LA. Le diagnostic clinique de rupture prématurée des membranes n'est pas toujours évident, surtout lorsque la grossesse est jeune. Dans ce cas, la recherche d'IGFBP-1 dans le cul de sac vaginal paraît être le test le plus opportun. E. Conséquences materno-foetales des RPM du deuxième trimestre La rupture des membranes précoce expose le foetus à trois complications majeures : la prématurité et ses conséquences, l'infection et le retentissement de l'oligoamnios. Les autres complications sont : le risque plus élevé de procidence du cordon, de présentation dystocique et d'anomalie du travail. La RPM expose également la parturiante à certaines complications : l'infection, l'hématome rétroplacentaire (HRP), l'accident thrombo-embolique et un stress ou « mal-être » psychologique. 1) Les conséquences foetales a) La prématurité La prématurité est la première complication des RPM survenant avant terme. La probabilité d'accouchement dans la semaine suivant la rupture dépend de l'âge gestationnel à la rupture : 60% pour les ruptures avant 29 SA, 80% pour celles entre 29 et 32 SA, et 90% pour celles entre 33 et 36 SA [15]. Pour les ruptures survenant avant 28 SA, la moitié des femmes accouchent dans la semaine suivant la rupture, 25% des femmes dépassent 2 semaines de rupture et seules 5 à 20% atteignent un mois de rupture [46]. Le degré de prématurité est donc conditionné par l'AG à la rupture et par la durée de la phase de latence entre la rupture et le début du travail. La durée moyenne de la phase de latence est variable selon les auteurs. Dans les études rapportant des RPM survenues avant 24 SA, la latence moyenne est de 14 jours pour Muris et al [47], de 21,5 jours (1 à 161 jours) pour Bengston et al [48], et de 39 jours +/-24 (3 à 89 jours) pour Xiao et al [49]. Plus la rupture a lieu à un AG avancé, plus le délai de latence est raccourci : la latence moyenne est supérieure à 20 jours pour les ruptures survenant aux alentours de 20 SA et égale à 2,8 jours pour les ruptures survenant à 28 SA [50]. L'âge gestationnel à la rupture conditionne le devenir foetal. Les ruptures survenant avant 20 SA sont de très mauvais pronostic, l'évolution spontanée est très souvent celle de la MFIU. Quelques cas d'enfants survivants sont rapportés dans les études pour ces ruptures très précoces [46, 48, 51]. Le pronostic des RPM survenant entre 20 et 24SA est sombre, avec un taux de mortalité variant de 78 à 90% selon les séries [46, 49, 52-54]. Le taux de mortalité diminue pour les ruptures survenant après 24 SA, il varie de 25 à 70% entre 24 et 26 SA [46, 48, 52-55]. Dans l'étude de Morales, le taux de mortalité global pour l'ensemble des ruptures survenues avant 26 SA est de 60% [51]. Le taux de mortalité des RPM survenues après 26 SA chute considérablement, 18% dans la série de Camus [46]. Dans quelques études, les RPM sont classées en deux groupes de part et d'autre d'un AG de survenue fixé à 22 . Cette date semble être une période charnière puisque le taux de survie pour les RPM de moins de 22 SA va de 10 à 20% et pour celles de plus de 22 SA de 33 à 82% [49, 56, 57]. L'AG à la naissance est aussi un facteur conditionnant la survie. Le taux de mortalité périnatale varie de 50 à 64% pour les naissances entre 23 et 25 SA, et de 10 à 12% pour les naissances entre 26 et 28 SA [54]. b) L'infection L'incidence de la chorioamniotite sur l'ensemble des grossesses est de 1%. • L'hypoplasie pulmonaire L'oligoamnios sévère et prolongé est responsable de l'hypoplasie pulmonaire. Celleci est induite par la compression extrinsèque du thorax et la diminution des mouvements respiratoires foetaux [63, 64]. L'hypoplasie pulmonaire est définie morphologiquement par un rapport du poids pulmonaire sur le poids foetal total inférieur à 0,015 avant 28 SA, et inférieur à 0,012 après 28 SA. L'hypoplasie pulmonaire a également une définition morphométrique : c'est la diminution du compte radial alvéolaire. Sur le plan histologique, l'examen retrouve de façon constante une diminution du nombre des alvéoles, des bronchioles respiratoires et des artérioles. L'aspect histologique est variable selon qu'il existe ou non un retard de maturation associé. L'AG à la rupture est le déterminant principal du risque de survenue d'une hypoplasie pulmonaire [65]. La date de 22-24 SA paraît marquer un tournant décisif dans le pronostic des RPM [66]. De 17 à 24 SA, le poumon est en phase de croissance canaliculaire [63]. Celle-ci est déterminante dans la mise en place de l'unité fonctionnelle pulmonaire tant au plan morphologique que biochimique. Les acini et capillaires pulmonaires se développent, les cellules épithéliales pulmonaires se différentient en cellules de type I et II, et les capillaires pulmonaires prolifèrent. Cette phase marque une étape importante vers la viabilité à partir de 24 SA. Les pneumocytes de type II ont pour fonction essentielle la biosynthèse du surfactant, son stockage et sa libération dans l'espace alvéolaire. Le surfactant est l'agent tensioactif de surface qui empêche le collapsus alvéolaire à partir de la naissance. Le taux d'hypoplasie est supérieur à 50% dans les cas de RPM survenant avant 22 SA [67]. Au-delà de 22 SA, l'incidence de l'hypoplasie pulmonaire diminue progressivement pour être minime à 28 SA. Le degré et la durée de l'oligoamnios conditionnent le pronostic de l'hypoplasie. La sévérité de l'oligoamnios (défini par la mesure échographique d'une grande citerne inférieure à 1 cm ou d'un IA inférieur à 2 cm) et la persistance de celui-ci au-delà de 14 jours sont des facteurs de risque indépendants d'hypoplasie pulmonaire [65-68]. Dans l'étude de Kilbride al, le taux de mortalité pour les cas de rupture survenant avant 25 SA et compliqués par un oligoamnios sévère de plus de 14 jours, est de 91%, 87% d'entre eux décédant d'hypoplasie [69]. Blott et Greenough ont étudié une série de 30 grossesses compliquées par une RPM survenue entre 15 et 28 SA et dont la durée de latence était supérieure à 14 jours. Ils ont dénombré 27% d'hypoplasie pulmonaire. Les nouveau-nés présentant une hypoplasie avaient un AG à la RPM plus bas (17 SA versus 24 SA) et une latence plus longue (10 semaines versus 5) [70]. Les critères diagnostiques d'hypoplasie pulmonaire sont basés sur des critères post mortem. La prédiction d'une hypoplasie pulmonaire en période anténatale est 46 complexe. Les nouvelles techniques d'imagerie, échographie 3D - doppler et Imagerie par Résonnance Magnétique nucléaire (IRMn), permettent d'évaluer le développement du poumon à l'aide de plusieurs critères, mais leur pertinence est difficilement mesurable du fait du faible nombre de cas dans les séries. La grande majorité des études portant sur l'évaluation anténatale du poumon en imagerie est réalisée sur des séries de hernie diaphragmatique congénitale. En échographie, il est possible de réaliser des mesures biométriques et d'observer des signes indirects d'hypoplasie pulmonaire. Les mesures biométriques sont : la circonférence thoracique, l'index cardio-thoracique (ICT), le ratio coeur/poumon, le périmètre thoracique, le périmètre abdominal, le Lung over Head Ratio (LHR) (iconographie 1). Les signes indirects laissant présager d'une hypoplasie du poumon sont : la quantité de liquide amniotique, les mouvements respiratoires foetaux. L'observation des mouvements du foetus et des mouvements respiratoires, le ratio de la circonférence thoracique sur la circonférence abdominale ne seraient pas prédictifs du devenir pulmonaire selon Kilbride [68]. La présence de mouvements respiratoires foetaux comme outil pronostique d'hypoplasie est controversée [71-73]. L'échogénicité du poumon augmente au cours de la grossesse, traduisant l'architecture complexe du parenchyme pulmonaire foetal, mais il existe une grande variabilité interindividuelle. L'évaluation quantitative de la vascularisation pulmonaire en doppler 3D serait corrélée à la fonction pulmonaire postnatale [74]. La répercussion de l'hypoplasie peut être étudiée en échographie par la mesure des ventricules cardiaques et l'analyse de la proportion « ventricule droit/ventricule gauche » et par la mesure du diamètre des branches de l'artère pulmonaire est corrélée à la masse pulmonaire. L'IRMn foetale reste actuellement l'examen de référence pour l'estimation du volume pulmonaire foetal, la délimitation des contours des poumons est plus aisée qu'en échographie du fait d'une meilleure résolution en contraste [75]. En ce qui concerne la maturation pulmonaire, son évaluation serait possible par cette technique, ceci est en cours d'étude. Cependant, l'échographie est plus facilement réalisable, et moins onéreuse. Une étude portant sur une population de foetus porteur de hernie diaphragmatique congénitale (âgés de 20 à 33 SA) et dont le taux de survie postnatale était de 40% a montré que les foetus dont le volume pulmonaire total était inférieur au quart du 47 volume pulmonaire normal pour l'âge avaient un taux de survie de 24%, et que pour ceux dont le volume pulmonaire total était supérieur au quart du volume normal, la survie était alors de 62% [75].
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Le procédé de la superposition favorise cette approche strictement formelle, puisque la seule façon d'accepter l'association étant de se rendre à sa pertinence visuelle, les objets étant sélectionnés en fonction de leur compatibilité esthétique. Concernant leur provenance, si Lavier a des préférences, il ne se limite pas comme Brancusi à des formes naturelles, à la manière de Fernand Léger : « Recherchant des effets de contraste, Léger organisait dans ses toiles et sur le même plan visuel, des formes appartenant à des registres extrêmement différents : une tête, une architecture, un trousseau de clefs, une reproduction du tableau de la Joconde, etc. Lavier opère un peu de la même manière, mais à même l'espace réel. Lui aussi représente, soit en les repeignant, soit en les assemblant, () des images immatérielles qu'il découvre dans la nature, les magasins ou les magazines »376. Chez Léger comme chez Lavier, le procédé permet une forme d'unification. En réduisant l'objet à des formes, on plutôt à une association de formes, il permet d'effacer les différences possibles d'origine, de style, d'utilisation entre les deux objets. C'est ce qui permet à Lavier d'ailleurs, de ne jamais tomber dans le système surréaliste du cadavre exquis objectal, qu'il 375 376 C. Francblin, Bertrand Lavier, Galeries contemporaines, Centre Georges Pompidou, op.cit., p. 119. Ibid. 155 chercher sciemment à éviter. A propos de l'incongruité surréaliste, il déclare : « Il me semble en effet totalement l'éviter. Ce qui intéressait les surréalistes, quand il faisait coexister deux ou trois éléments hétérogènes, c'était précisément le plus grand écart possible »377. On peut aussi avoir l'impression, avec Lavier, que les deux objets qui n'ont aucun rapport entre eux. Effectivement, un coffre-fort et un réfrigérateur n'ont aucun rapport entre eux, sauf à un niveau symbolique un peu facile. Or, la superposition laviérienne se déroule sur un plan formel et non symbolique ou sémantique, prenant ainsi le contrepied de la confrontation surréaliste. Chez le Lavier, il y a toujours un rapport entre les deux formes proposées, et celui-ci respecte des principes simples d'homogénéité ou d'équivalence, ce qui n'exclut pas l'éventualité de la poésie du résultat. On ne saurait évoquer l'histoire des objets dans l'art contemporain sans mentionner Marcel Duchamp et ses ready-mades. Les deux artistes choisissent des objets industriels qu'ils ne modifient pas ou très peu. L'un des premiers ready-mades, Roue de bicycle 378 (1913) propose d'ailleurs la superposition d'une roue de vélo à un tabouret. Dans les deux cas, nous sommes face à une transformation minime ou, comme Duchamp l'appelait, au « changement de la matière en oeuvre d'art » »379. Seulement, Duchamp ne choisit pas ses objets selon les mêmes critères : « Il est un point que je veux établir très clairement, c'est que le choix des ready-mades ne me fut jamais dicté par une quelconque délectation esthétique. Ce choix était fondé sur une réaction d'indifférence visuelle, assortie au même moment d'une absence totale de bon ou de mauvais goût en fat, une anesthésie complète »380. La volonté de Duchamp est d'aller à l'encontre de l'histoire de la l'art générale, jusque là basée selon lui essentiellement sur le travail formel. On peut trouver l'urinoir beau ou laid, là n'est pas la question. 377 Entretien avec B. Marcadé, Bertrand Lavier, Athénéum, le Consortium, op.cit., p. 21. Cf. ANNEXES, fig. 13. 379 M. Tabart, Brancusi et Duchamp, Les Carnets de l'Atelier Brancusi, Regards historiques, Centre Pompidou, Paris, 2000, p. 10. (Citations extraites de M. Duchamp, Duchamp du Signe, Flammarion, Paris, 1994, p. 187, 189.) 380 M. Duchamp, Duchamp du Signe, Flammarion, Paris, 1975, p. 191. 381 Entretien avec C. Francblin, Bertrand Lavier, Flammarion, op.cit., pp. 166-168. 378 156 Les objets, Duchamp en fait des questions sur l'art ; Lavier en fait des sculptures. Chez Duchamp ce sont la décontextualisation et la destruction de l'identité originale de l'objet qui lui permettent de devenir une oeuvre d'art. L'urinoir est descellé, retourné, signé d'un faux nom, exposé, débattu, rejeté puis adoubé. Tout se joue par un lent processus. Uriner dessus le renvoie à sa condition première et rendrait l'opération caduque. Chez Lavier, l'objet ne perd pas définitivement son caractère d'outil, mais prend une nouvelle dimension, simultanément, son identité visuelle et fonctionnelle n'étant pas altérée. Elle est même parfois exposée : ainsi le radiateur de Knapp Monarch/Solid Industries est branché, la caisse acoustique de Tudor/Triangle diffuse du son La fonctionnalité de l'objet n'est pas remise en cause par sa décontextualisation : l'objet peut être montré en état de fonctionner, cela n'altère pas la force de la superposition : « Et puis, il y avait aussi l'aspect « duchampien », qui impliquait qu'il était hors de question de mettre une bouteille sur un porte-bouteilles ; ça, ce n'était pas possible. Donc, comme on m'a beaucoup comparé à Duchamp, il était important de montrer que mon travail était différent, et une manière de le faire, c'était effectivement de mettre des bières dans le frigo peint ou dans le frigo qui était sur le coffre-fort, prouver que ça n'enterrait pas l'oeuvre. Pour moi, c'était une façon simple, presque simpliste, de montrer que ça se passait à un autre niveau »382. Est-ce à dire que les superpositions de Lavier ne doivent rien aux ready-mades? La réponse est non. L'histoire des objets dans l'art contemporain est trop liée à l'activité de Marcel Duchamp pour qu'on puisse ignorer cette lointaine parenté. Sans cette capacité de Duchamp à mépriser les conventions artistiques, cette indifférence, justement, qui lui a permis de considérer l'immense famille des objets industriels comme matière première artistique, il serait difficile d'envisager une oeuvre comme Brandt/Haffner. Avouant lui-même vouloir se différencier de Duchamp, Lavier admet se construire par rapport à lui, même en négatif, au moins pour cette série. Pour aussi intéressantes qu'elles soient, les influences de Brancusi et Duchamp font tout de même figure d'ancêtre pour un artiste des années 1980, agissant soixante ans après les oeuvres mentionnées. Lavier est aussi en prise avec un contexte riche en réflexion concernant l'objet. La période précédente a fait beaucoup avancer la réflexion sur l'utilisation de l'objet dans l'art. A la même époque, avec des bases théoriques similaires et des réalisations proches, on peut se trouver face à des conceptions variées de l'objet, tels que les minimalistes ou l'arte povera. Lavier se situe sans l'avoir voulu à la suite de cette période conceptuelle, justement très tributaire de Duchamp, où l'art s'était transformé en une machine à conquérir de nouveaux territoires, vouée à la destruction systématique des frontières et des aprioris. Les attitudes, le texte, le corps, et donc, précisément, les objets : « Une question aussi absurde ne se poserait pas si Lavier n'aimait pas à ce point brouiller les catégories et jeter le doute à tout moment sur la hiérarchie convenue entre arts mineurs et arts majeurs. Elle ne se poserait pas non plus si l'artiste n'appartenait pas à une génération qui a non seulement cherché à annexer à son profit les matériaux et les outils des arts populaires (), mais qui a aussi souvent été tentée de mettre ceux-ci sur un pied d'égalité avec l'art. Ces questions qui furent débattues à l'époque du Bauhaus sont en effet redevenues centrales à partir des années 1960, et les années 1980 achevèrent de répandre l'idée qu'il n'existait plus – ou qu'il ne devrait plus exister, de différences entre les oeuvres d'art et les autres produits de la création contemporaine »383. Dans les années 1960-1970, le déplacement de focale, depuis le matériel vers le spirituel, s'accompagna d'une forme de relaxe envers le premier. Ainsi, la primauté du concept sur la 382 383 Entretien avec F. Stech, J'ai parlé avec, op.cit., pp. 12-13. C. Francblin, Bertrand Lavier, Flammarion, op.cit., p. 132. 157 matérialisation d'une oeuvre explique la grande permissivité envers les supports concrets au cours de la période conceptuelle. Aussi immatérielle qu'elle voulut être, la période produisit nombre d'oeuvres et mis en scène nombre d'objets, qui peuvent de loin en loin avoir créé le terreau favorable à l'éclosion de Brandt/Haffner. Au fond, quand on regarde les oeuvres des minimalistes, ces surgissements sculpturaux géométriques dans l'espace, la parenté visuelle apparaît. La ressemblance est parfois troublante, notamment entre les Structures384 de Sol LeWitt, des parallélépipèdes rectangles en acier ou en bois, peints en blancs, et les réfrigérateurs choisis par Lavier. Pour autant, Bertrand Lavier, s'il ne renie pas être quelque part le produit de cette période qui l'a vu naître en tant qu'artiste, affirme avoir surtout travaillé en réaction à cet héritage : « Il y a eu une grande époque de la dématérialisation et moi je me suis employé à rematérialiser l'oeuvre d'art »385. Aussi productrice d'objets qu'elle fût, la décennie précédente privilégiait la dimension mentale sur la réalisation. Même pour les « objectaux » comme André, la présence de l'objet est toujours subordonnée au contexte, adaptée à l'espace. L'objet y est tributaire d'autres choses et sa force individuelle est niée. z Lavier la perspective adoptée est bien différente car l'intérêt est avant tout porté sur l'objet et ses forces intrinsèques. Si l'environnement a parfois un rôle, c'est surtout dans la permissivité quant aux dimensions de l'objet qu'il compte. Chez Lavier, la présence physique de l'objet est la donnée essentielle de l'oeuvre-événement, comme le souligne Germano Celant : « La recherche de Lavier est une réaction au trouble pictural des années 1960 ; elle ambitionne de questionner l'image et la représentation du monde artistique et non-artistique et projette de remettre en question non seulement les préalables réalistes, mais les images elles-mêmes. Son travail échappe par conséquent à l'angoisse de voir se réduire sur la toile la dimension prométhéenne des objets ; ainsi, alors que d'autres cherchent à s'en libérer, lui au contraire tente de réintroduire et de garantir sa présence, pour entretenir la tradition d'un rapport au réel »386. Parmi les infinies variations du conceptuel, l'objet est convoqué comme la fin d'une réflexion longue et aboutie. Il est la concrétion d'un processus mental. La réflexion aboutit à l'objet, alors que chez Lavier justement, la réflexion part de l'objet qui est au centre de tout. Quand bien même ses oeuvres de Lavier portent une réflexion sur l'art, l'attention est portée sur l'objet et ses propres propriétés visuelles. Il y a donc un fossé entre les deux propositions. En travaillant plus sur la sculpture que sur l'art ou les problèmes d'espace, Lavier induit une forme de réflexion sur le métier et toutes ces formes d'applications pratiques, raisonnement bien éloigné des visées parfois éthérées de ses aînés. Il y a ici un retour à la chair, à la sollicitation des sens (vue, ouïe, toucher), qui se pose de manière évidente en opposition à la décennie précédente. Encore une fois, ce contexte lui donne quelques clés, mais c'est principalement en négatif de cette image que Lavier a construit son rapport aux objets. Reste à examiner enfin le cas des contemporains de Lavier, ceux qui utilisent des objets communs en ce début des années 1980. Un courant émerge à ce moment-là, celui des simulationnistes, Koons et Steinbach en tête. Ces artistes s'appliquent à présenter des objets non- 384 Cf. ANNEXES, fig. 40. Entretien avec F. Stech, J'ai parlé avec, op.cit., p. 12. 386 G. Celant, Bertrand Lavier, Athénéum, Le Consortium, op.cit., p. 8. 385 158 transformés, en tous cas visuellement intacts. Il arrive par exemple à Koons de fondre des objets industriels dans le bronze ou l'argent, pour leur donner l'aspect de sculptures classiques, altérant ainsi l'aspect général des éléments sans en modifier la structure. Les objets sont présentés en série, atténuant ainsi la valeur individuelle au profit du procédé général. Catherine Francblin pose directement la question à Lavier, de son accointance avec ce groupe : « J'aurais tendance à dire que ce que je fais est à double détente, tandis que le travail de Steinbach est à simple détente. Son art relève du one shot : on tire un coup et ça produit des effets. C'est typique de l'art américain. Il n'y a pas cet éventuel rapport dialectique entre un premier mouvement de l'ordre du concept, de la préméditation, et un second temps où l'objet est lancé balistiquement. Chez ces artistes, la convocation de l'objet s'inscrit clairement dans une démarche post, ou néo-pop, où est érigé un discours sur l'érosion des rapports entre high et low et la disparition du bon et du mauvais goût. La statufication est plus symbolique que physique, au sens où c'est le fait même de mettre des objets en situation de sculpture qui va créer l'intérêt. Les objets sont choisis en fonction d'un univers particulier : sport, électroménager, pop culture, sous-culture. La présentation est volontiers esthétique, sans que la puissance formelle des objets soit nécessairement mise en avant. Ils n'ont pas été sélectionnés pour cela, mais plutôt pour tester les limites, ou l'absence de limites, de l'efficacité du kitsch, du très populaire dans l'art, dans cette optique finalement très moderne de mélanger l'art et la vie. C'est probablement ce que Lavier sous-entend ici. Pour une pratique qui se veut, par ses choix, très libre, cynique et férocement antihiérarchique, résolument postmoderne, elle illustre au final un esprit très « début de siècle ». Les appropriationnistes et Bertrand Lavier ne se posent pas les mêmes questions. On se retrouve dans la même situation qu'avec Duchamp, au sens où il s'agit pour ces artistes d'élargir le champ artistique, de repenser la zone de l'art, alors que Lavier cherche à interroger la sculpture et la régénérer. On pourrait dire pour résumer, sans faire de jugement de valeur, de ces artistes qu'ils tendent à mettre l'art au niveau des objets, tandis que Lavier met les objets au niveau de l'art. Avec des plasticiens aussi divers que Cragg, Bijl ou Fischli & Weiss, l'objet a subi diverses fortunes au cours des années 1980. La liste est longue et chacun peut être rattaché à Lavier, mais de manière essentiellement superficielle. De la même manière qu'il a probablement profité du « retour à la peinture » au début de la décennie, sans pour autant tomber dans l'expressionnisme existentiel ou la revendication sociale d'un art urbain, il s'inscrit ici tout à fait dans ce contexte général de retour à l'objet, de retour au réel post-1970, et en ce sens, il est lié à toute cette génération d'artistes. Cependant, le rattacher clairement à un autre créateur ou à un groupe semble inopportun. D'une part, parce que cette série, bien que clé dans son parcours, ne représente qu'une partie d'une activité plus vaste et protéiforme. D'autre part, parce que Lavier s'abstient de toute forme de discours sur l'objet, au moins d'un point de vue social. L'objet ne fait pas « l'objet » d'une analyse, il n'est pas littéralisé, il est présent en tant que proposition sculpturale. C'est sans doute ici que Lavier se démarque grandement des autres artistes de sa 387 Entretien avec C. Francblin, Bertrand Lavier, Flammarion, op.cit., p. 170. Bertrand Lavier nous a fait peu ou prou la même déclaration à propos de Jeff Koons, cf. Entretien avec N. Ferrand, 6 mai 2013, Annexes. 159 génération : il travaille sur la sculpture, là où d'autres travaillent autour. Lavier s'active sur une catégorie de l'art qui est quasiment niée par les autres. C'est sans doute pour cela qu'il est plus aisé de le relier à Brancusi qu'à des artistes récents, car le Roumain est un sculpteur avant tout. Les formes que chacun convoque viennent se mettre au service d'une réflexion sur le médium, ils ne les ont pas choisies pour le plaisir de les mettre. On retrouve chez Lavier cette forme de pureté dans l'exercice, où contrairement aux autres, le choix des formes est dicté par des impératifs plus esthétiques que sociologiques. En cela, il se rapproche effectivement du formalisme minimaliste d'André et LeWitt, sauf que ceux-ci n'avaient que peu de goût pour l'objet quotidien dans la sculpture. Ainsi, Bertrand Lavier poursuit des réflexions laissées depuis longtemps à l'abandon, y insufflant malgré tout une certaine dose de contemporanéité en incorporant des objets issus du réel immédiat. En somme, Lavier concilie les deux champs qui ont été interrogés au cours du siècle dernier : la structure même de la sculpture et pertinence du recours aux objets. Ces deux thèmes ont été maintes fois abordés par les sculpteurs. La combinaison − la superposition? – des deux en revanche semble être l'apanage de Lavier. Ceci est peut-être dû à sa recherche perpétuelle du brouillage : au fond, les deux approches se basent sur des propositions antinomiques. Les recherches « structuro-sculpturales » et formalistes sont fondées sur une approche autonome de la sculpture. Quand bien même Brancusi est animé de mysticisme ou qu'André ou LeWitt développent une théorie complexe et profonde dans leur utilisation de l'espace, ils agissent à l'intérieur de la sphère artistique et s'attaquent à une refonte des moyens. 3) Ontologie et facultés de l'acte de superposition. Cette série des objets superposés constitue un moment important dans la carrière de l'artiste. Chantier de référence pour son image, il présente un corpus d'oeuvres très vaste dont le saisissement de l'essence est à l'évidence capital pour la compréhension du système laviérien. Nous diviserons notre propos en deux temps. Tout d'abord, tâcherons de décrypter le fonctionnement du procédé de superposition en examinant de quelle façon celui-ci peut transformer l'objet oeuvre. Dans un second temps, nous nous livrerons à une interprétation plus poussée du chantier, et nous essaierons de livrer son sens, ses ressorts essentiels. A chaque fois, il conviendra de convoquer les différentes positions adoptées par nos prédécesseurs et, le cas échéant, de nous y confronter. 3.1. la superposition comme moyen de passage de l'objet à l'oeuvre. Il est temps de nous intéresser au procédé employé par Lavier pour réaliser les oeuvres de cette série, quels sont les moteurs du système ; les tenants et les aboutissants ; comment, au fond, l'artiste arrive à transformer les objets en oeuvre d'art simplement en les posant l'un sur l'autre. a) Une chose entre deux mondes Avant de parler du procédé en lui-même, il est important de revenir sur la double nature de l'objet-oeuvre. Lavier parvient à concilier deux éléments qu'on pouvait penser antinomiques a priori, l'art et l'utile : « Par rapport à cette finalité dans laquelle l'objet, qui est à la base de l'oeuvre, conserve son utilité, Kant définit la beauté comme « la forme de finalité d'un objet en tant qu'elle est perçue en celui-ci sans représentation d'une fin »388. Et le goût, pour Kant, représente la faculté de juger « sans aucun intérêt »389. J'ai l'impression que vous essayez de réintégrer, de fortifier cette idée de finalité dans le sens d'une possible utilisation. Bref, vous redonnez une valeur d'usage aux objets d'art, d'une manière matérialiste »390. Cette double nature disqualifie le ready-made qui n'est qu'une oeuvre, ou une idée d'oeuvre, alors que la superposition de Lavier se situe à la fois, physiquement et mentalement, dans la cosmogonie des objets comme celle des oeuvres d'art, « à égale distance de la cuisine et de la galerie d'art, ou du supermarché et du musée »391. Gauville et Nurisdany notent la même chose : « Pourquoi ces oeuvres qui sont () des sculptures sans en être, ne sont-elles pas non plus de simples ready-mades? Parce que Lavier s'obstine à se tenir à l'entre-deux. Entre les objets de consommation courante et les objets artistiques, entre le trivial et le spectaculaire, entre les mots et les choses. Cette situation singulière qu'il occupe sur la scène artistique empêche de le rattacher à tel ou tel courant »392 ; « Quand il installe un réfrigérateur sur un coffre-fort, on voit, bien sûr, que le coffre-fort servant de socle au réfrigérateur, transforme celui-ci en sculpture mais, en conservant leur usage () les deux objets ne sauraient être réduits à cette seule fonction. Toute désignation est ici mise en échec. Cet innommable, produit par la simple superposition, reste dans l'indéterminé. Question posée dans un éclat de rire, et qui ouvre sur l'incertitude, l'effroi peut-être »393. Ici, peut-être, trouve-t-on la clé du rapprochement avec le ready-made. On peut parler de « vide de la désignation », comme pour le ready-made avant lui car il n'y a pas vraiment de nom pour lui. Avec la superposition, Lavier ouvre une nouvelle brèche dans la sculpture, et cette brèche se situe dans la temporalité particulière de l'oeuvre. La spécificité de ces oeuvres est précisément cette faculté de pouvoir exister simultanément sur deux plans distincts. Les éléments sont à la fois des objets usuels, en état de marche et pouvant être utilisés à tout moment et étant même parfois 388 E. Kant , Critique de la faculté de juger, Vrin, Paris, p. 83. Ibid., p. 73. 390 F. Stech, J'ai parlé avec, op.cit., p. 12. 391 B. Lavier « un léger plus », Bertrand Lavier, Galeries contemporaines, Centre Georges Pompidou, op.cit., pp. 109-110. 392 H. Gauville, « C'est Lavier et personne d'autre », Libération, lundi 21 novembre 1988, Paris, p. 44, in ibid., p. 110. 393 M. Nurisdany, Bertrand Lavier, l'idea di Europa, De Luca, op.cit., p. 17. 389 161 utilisés sur le moment 394, et à la fois les parties constitutives d'une sculpture. Ces deux natures ne répondent pas au même type de temporalité comme nous l'explique Marcadé, à la suite de Deleuze : « Et si () cette oeuvre de Bertrand Lavier mettait () en oeuvre une dimension inédite du temps et de la vitesse? Le temps de l'art n'est pas le temps des horloges. Dans sa Logique du sens, Gilles Deleuze s'est appliqué à distinguer, au travers de l'opposition d'Aion et de Chronos, deux dimensions hétérogènes du temps. Chronos est le temps de la mesure qui fixe les choses dans un avant et un après. Aion est le temps de l'événement, « la ligne flottante qui ne connaît que les vitesses, et ne cesse à la fois de diviser ce qui arrive en un déjà-là et un pas encore-là, un trop tard et un trop tôt simultanés, un quelque chose à la fois qui va se passer et qui vient de se passer ». Dans cette perspective, il est possible de dire de Brandt/Fichet-Bauche qu'il est déjà une sculpture, mais qu'à tout moment chacun de ses éléments peut rallier ses anciennes attributions et fonctions. Ceci explique en partie le trouble que peut susciter une oeuvre comme Brandt/Fichet-Bauche, et la difficulté que l'on peut avoir à la qualifier. Si on prend la définition d'une sculpture dans le dictionnaire, voici ce que l'on trouve : « Représentation d'un objet dans l'espace, création d'une forme en trois dimensions au moyen d'une matière à laquelle on impose une forme déterminée, dans un but esthétique (). 2. OEuvre sculptée (-> statue) ; oeuvre d'art plastique en trois dimensions »396. Or, pour Marcadé, l'oeuvre en question comme assemblage physique ne donne pas à lui seul le statut de sculpture : « Dire que c'est la superposition des deux éléments qui donne à cet assemblage () le statut de sculpture, est également insuffisant. () il pourrait s'agir d'une sculpture composée d'un frigo sur un coffre-fort. C'est pourquoi il faut parler de composition. Brandt/Fichet-Bauche n'existe en puissance ni dans le frigo, ni dans le coffre-fort. La sculpture n'existe que dès l'instant où ces deux éléments sont vus ensemble »397. Avec la superposition, l'oeuvre existe bel et bien en trois dimensions, ce qui la fait correspondre à la définition du dictionnaire, et pourtant son existence en tant que telle dépend d'une dimension externe aux trois premières, puisqu'elle s'active dans la quatrième selon Einstein, celle du temps. L'oeuvre échappe donc à une temporalité biologique. Nous ne faisons pas face à une sculpture, simplement, mais face à des objets assemblés de manière à faire une sculpture, à ce moment-là. C'est une temporalité différente que celle que les autres sculptures ont pu proposer jusque là. La superposition octroie à ses composants un curieux d'on d'ubiquité, puisqu'ils sont à la fois eux-mêmes, pertinents dans l'univers des objets, et autre chose, indiscutablement sculptures. C'est la possibilité revêtue par ces objets d'être deux choses simultanément qui rend le procédé de la superposition si particulier. Comme nous le disions, c'est notamment cet élément qui augmente la difficulté pour qualifier l'oeuvre, qui ne correspond plus exactement à la définition d'une 394 L'expression « sur le moment » est ici intéressante, car elle rappelle celle « sur le motif » utilisée par les premiers peintres ayant posé leur chevalet dans la nature, hors de l'atelier. Outre le rapprochement visuel avec le réel, il existe un rapprochement temporel, ce qu'on retrouve donc dans ces oeuvres. 395 B. Marcadé, Bertrand Lavier, Galeries contemporaines, Centre Georges Pompidou, op.cit., p. 18. 396 Le Nouveau petit Robert de la langue française 2008, ed. Le Robert, Paris, 2008, p. 2332. 397 B. Marcadé, Bertrand Lavier, Galeries contemporaines, Centre Georges Pompidou, op.cit., p. 19. 162 sculpture, en raison de l'importance de dimension temporelle. Ce faisant, il crée une souscatégorie de la sculpture, qui n'appartiendrait, pour le moment, qu'à lui. C'est ce qui fait dire à Hervé Gauville : « Cela ne veut pas dire que pointe le nez d'un nouvel académisme mais, au contraire, que la signature Lavier non seulement peut s'appliquer à une grande variété de propositions mais serait en outre apte à revendiquer un style propre. () En mars 1985, à l'ARC, l'artiste avait intitulé son exposition Bertrand Lavier. De là à conclure que Lavier « c'est personnel », il n'y a qu'un pas que nous franchissons allègrement, stimulés à ce saut par le soupçon que Lavier, c'est le nom générique de toutes ces oeuvres () Ikea/Zanussi, Tennis/Volley-Ball, Brandt/Fichet-Bauche, deviennent ainsi les variables de la formule Lavier/OEuvre »398. Quelque part, Lavier expérimente le concept d'oeuvre « à temps partiel ». On ne peut pas rattacher cela aux tentatives conceptuelles de l'event ou de l'happening. Si ces oeuvres étaient basées sur une temporalité différente de l'habituelle, cette temporalité reste unique et fixe, se produisant à un temps T. Son souvenir reste, de même que la théorie ou volonté qui l'anime, mais nous sommes alors passés à autre chose. Avec Lavier, on est perpétuellement et jamais face à l'oeuvre. Nous voyons une sculpture, mais nous voyons en même temps un réfrigérateur sur un coffre-fort − qui eux ne sont pas des sculptures. Ce n'est pas une oeuvre à plein temps, elle doit être activée physiquement et conceptuellement. La sculpture naît quand le regardeur cesse de voir un réfrigérateur posé sur un coffre-fort et envisage la superposition comme une composition visuelle, dans l'espace. Ce n'est qu'à ce moment-là que l'oeuvre proposée retombe dans le champ établi par la définition de la sculpture. Le terme d' « événement plastique » utilisé par Marcadé trouve ici toute sa pertinence. Nous avons bel et bien affaire à une sculpture, mais celle-ci ne se fait jour que sous certaines conditions. b) La nature de la superposition, un procédé atypique. L'action elle-même relève d'une simplicité enfantine. Lavier la décrit lui-même : « En 1984, je pose un réfrigérateur sur un coffre-fort, Brandt-sur-Fichet-Bauche, en 1987, j'installe un congélateur dans un fauteuil, Philips dans rue de Passy. Dans ces oeuvres, la valeur d'usage de ces objets n'est pas détruite, et l'autonomie de ces trois oeuvres reste intacte quelque soit leur contexte »399. Le principe est basique et ne jamais. Les objets sont intacts et l'oeuvre ne dépend pas du lieu où elle est exposée − du moins la plupart du temps. Le procédé résulte d'une simple association de deux objets dont la force représentative n'est pas non plus un facteur. Lavier se sépare donc ici des deux procédés habituellement utilisés en sculpture comme le souligne Soutif : « L'objet ne parvient effectivement à se transsubstantier en oeuvre que sous deux conditions qui peuvent être séparées ou combinées : il s'agit soit de l'action du contexte, soit de la mise en évidence de certaines propriétés formelles des objets eux-mêmes. La limite du ready-made est, on l'a vu, de s'en tenir strictement à la première de ces conditions. 398 H. Gauville, Bertrand Lavier, Galeries contemporaines, Centre Georges Pompidou, op.cit., pp. 110-111. B. Lavier « un léger plus », ibid, pp. 109-110. 400 D. Soutif, ibid., p. 115. 399 163 Lavier ouvre donc une troisième voie. Ici l'artiste semble choisir les objets parce qu'ils viennent d'univers différents, sans toutefois être tout à fait antinomiques. Les deux objets, en revanche, doivent se tenir en dehors de la sphère artistique − nous incluons ici les objets venus du design. Plusieurs exceptions seront faites en musique et en sculpture, dans une expérimentation visant à prouver que le procédé fonctionne aussi à l'intérieur même de l'art. Notons à ce sujet qu'il utilise parfois des objets d'art, Lavier les superpose entre eux. La seule exception à la règle est Calder/Calder, dont le principe est évident à quiconque sait lire. Il y a donc un mélange, opéré sciemment par l'artiste, entre le matériau de départ −l'outil− et le résultat souhaité −l'oeuvre d'art−, opposition classique et problème éternel de l'art contemporain. Le sel de la réalisation tient à ce qu'en associant des matériaux ordinaires, on obtienne un troisième objet extraordinaire. Le procédé rappelle les listes alchimiques ou certaines opérations mathématiques, quand diviser deux nombres négatifs revient à les additionner −ce qui correspond bien à notre situation, si on range les objets communs comme négatifs et les oeuvres comme positives. Le descriptif technique est ici édifiant : réfrigérateur sur coffre-fort, aile de voiture sur réfrigérateur, fût sur colonne, machine agricole sur garage métallique etc. Rien ne laisse supposer qu'il s'agit d'une d'art, et pourtant il s'agit bien de composants artistiques, au même titre que l'habituel « huile sur toile ». Notons immédiatement que le procédé artistique intouchable, premier, est lui aussi une superposition, celle du pigment sur la toile. A partir d'éléments non-artistique et d'un procédé essentiel, Bertrand Lavier obtient une sculpture. Le système est si simple que Blistène l'a résumé ainsi : « Il produit des situations et les expose »401. Résumant ainsi la position de Soutif, Blistène indique par cette sentence laconique que l'artiste dépasse ou ignore les entreprises classiques déjà employées pour les objets. Il crée donc des « situations » proposant un objet posé sur un autre, formant ensemble une sculpture, dans un contexte expositionnel. L'efficacité du résultat repose sur la façon dont les deux éléments vont s'accorder entre eux. L'artiste nous parle ainsi de son oeuvre : « Je ne sais plus qui disait cela, Jules Renard je crois : tout s'arrange, même mal »402. La superposition fonctionne comme suit : l'artiste présente deux objets associées verticalement, et hétérogènes de nature. Ils sont des usages, des textures, des couleurs, des formats et des origines différentes. Et pourtant, ce simple procédé va révéler une proximité entre eux et faire naitre une sculpture, l'artiste ayant activé une subtile harmonie entre leurs antagonismes et leurs points de rapprochements. c) Greffe, hybridation, court-circuit, analyse de l'alliance entre les deux composants. Nouvelle entité ou interrogation persistante? Une fois ces deux éléments associés, que se passe-t-il? Faut-il considérer comme un enchaînement? Comme un tout? Par quel mécanisme d'harmonisation l'artiste va-t-il les mettre en relation? A ce propos, les interprétations se révèlent parfois contradictoires. Plusieurs termes reviennent fréquemment : l'hybridation, la greffe et le court-circuit. Les trois termes évoquent 401 402 B. Blistène, Bertrand Lavier, Roma, op.cit., p. 143. Entretien avec B. Marcadé, Bertrand Lavier, Athénéum, Le Consortium, op.cit., p. 13. 164 chacun à leur manière une forme d'alliance entre deux items hétérogènes, le degré de réussite variant selon chacun. La greffe prend deux sens, le sens botanique : « Pousse d'une plante () que l'on insère dans une autre plante () pour que celle-ci produise les fruits de la première »403 ; et le sens médical : « Opération qui consiste à insérer une portion de l'organisme d'un individu () sur une autre partie du corps () ou sur un autre individu »404. Du fait de l'incongruité même de son principe, elle est sujette à un pourcentage élevé d'échec. L'hybridation, elle, pousse l'idée un peu plus loin, car si la greffe est une action postérieure à la naissance des deux composants, l'hybridation est le résultat d'un croisement, elle est le produit des deux : « Croisement naturel ou artificiel entre deux variétés, deux races d'une même espace () ou entre deux espèces »405. Là où la greffe proposait de mettre la partie d'une chose dans une autre chose, l'hybridation permet la fusion à part égale des deux parties dans un troisième élément. On conviendra que si l'idée de départ est plus ou moins, la même, les implications sont différentes. Le court-circuit propose quant à lui encore autre chose : « Mise en relation de deux points à potentiel différent (par un conducteur de résistance négligeable) (). Accident (interruption de courant par fusion des plombs) qui résulte d'un courtcircuit »406. Les commentateurs utilisent indifféremment les trois termes dan leurs explications du processus. La préférence va le plus souvent au terme de greffe, mis en avant par l'artiste et présentant l'avantage de pouvoir le rattacher à son passé d'étudiant en horticulture. Il déclare à Birnbaum : « Quand je mets un réfrigérateur sur un coffre-fort () l'oeuvre semble flotter entre plusieurs choses différentes, au moins deux en tous les cas. () C'est difficile de donner une très bonne définition. Alors je dis que comme travail est comme une tangerine »407. Lui-même convient que passer par l'image règle le problème de la définition. Le terme est repris par Béatrice Parent qui lui associe immédiatement le terme d'hybride 408 ; Marcadé reprend l'analogie de la greffe seule409 ; tout comme Blistène410. Eric Troncy, sans la nommer, semble pencher pour l'hybridation : « l'addition de deux sortes de perfection produit une monstruosité »411. Ici le terme de monstruosité renvoie directement à l'hybride, le dictionnaire renvoyant directement aux chimères de la mythologie. Chacun des termes renferme sa part de pertinence. Au fond, l'hybridation correspond : si on part du principe que la sculpture est un objet différent du frigidaire et du coffre-fort, on assiste bien à la naissance d'un troisième élément, produit par l'association à part égale de deux géniteurs. Il recouvre aussi bien le sens de la superposition, car le monstrueux hybride à cet aspect « jamais vu », inédit sied bien aux étranges unions conçues par Lavier, s'apparentant à ses monstres imprévus par la nature, mais qu'elle tolère jusqu'à preuve du contraire. Le terme de 403 Le Nouveau petit Robert de la langue française 2007, ed. Le Robert, Paris, 2007, p. 1184. Ibid. 405 Ibid . , p. 1259. 406 Ibid., p. 569. 407 Entretien avec D. Birnbaum, Bertrand Lavier, MAM, op.cit., p. 15. 408 B. Parent, ibid., p. 12. 409 B. Marcadé, Expérience Pommery #6, op.cit., p. 48. 410 B. Blistène, Bertrand Lavier, Roma, op.cit., p. 135. 411 E. Troncy, Vitrines, op.cit., p. 12. greffe n'est pas en reste, d'une part, parce qu'il est employé par l'artiste, et d'autre part parce qu'il permet de retrouver l'irrésolution que l'on ressent face aux sculptures. Avec la greffe, en particulier en chirurgie, le greffon reste toujours, bien qu'accepté par l'organisme, hétérogène, et est ad vitam eternam sujet au rejet, nécessitant soins et vérifications. Lavier l'a dit : dans sa sculpture, il y a deux parties différenciées et différenciables. Les deux termes sont donc valables, et ils recouvrent chacun une réalité différente de l'oeuvre d'art proposée. Le terme de « courtcircuit » est plus en retrait, car plus employé pour qualifier la méthode générale de Lavier, plutôt que les superpositions en particulier. Béatrice Parent l'utilise pour concilier les deux termes précédents412, tentant d'expliquer le double phénomène : nous sommes face à un système qui fonctionne, alors que les composants ne sont pas faits a priori pour travailler ensemble. Il ne s'agit pas de dire qu'un court-circuit est un élément de fonctionnement, mais plutôt qu'« il se passe quelque chose » là où normalement il ne devrait rien se passer. Coulange lui reprend le terme pour commenter le résultat de la superposition. Le court-circuit, c'est l'électricité, l'éclair soudain et quasiment accidentel qui va apporter une lumière différente sur des objets ignorés 413. Le courtcircuit évoque la possibilité d'un dysfonctionnement et que les deux parties en présence ne produisent pas l'effet escompté. Chaque terme apporte comme précisions, pistes et éclairages sur le procédé. Dans tous les cas, nous sommes face à l'addition de deux morceaux de réalité, réunis pour un même événement et formant pour 'occasion une sculpture. Aussi efficace qu'elle soit, elle reste fondamentalement composite. Chacun des termes renvoie à cette ambivalence troublante, chacun suggère l'alliance, mais celle-ci est toujours à deux doigts d'être détruite, révélant son extrême fragilité. La superposition est une tension, une mise en suspens, dont la temporalité particulière, la rend perpétuellement sujette au réexamen et à l'irrésolution. Cet état de fait a provoqué une sorte d'impasse interprétative qui aura parfois perdu les analystes et Lavier lui-même. Le point de discussion est le suivant : faut-il simplement considérer la sculpture, soit une entité visuelle autonome, un troisième terme transcendant les deux autres, ou bien soit comme une forme d'irrésolution, un entre-deux ténu n'oubliant jamais sa nature disparate? Les camps ne sont d'ailleurs pas aussi tranchés, et on retrouve parfois les mêmes partisans de chaque côté. La première proposition découle d'une forme de pensée logicienne. Au cours de ses éclairages, Lavier a insisté sur le travail visuel conduisant les superpositions, qui sont à considérer comme des entités à part entière. L'oeuvre d'art est la sculpture et non la somme de ses parties, au même titre, par exemple, qu'un enfant est un individu propre et non l'addition de ses deux parents. Ceci est évident lorsqu'il déclare que « les formes deviennent forme »414. La formule est assez nette : on passe du pluriel « formes » au singulier « forme », comme si les deux termes de la superposition s'étaient unis en une seule chose. C'est le pas théorique que franchit Troncy lors qu'il déclare que « l'addition de deux perfections produit une monstruosité ». Lavier a validé à plusieurs reprises cette hypothèse : « A partir de deux choses, une troisième émerge »415 ; « [à 412 B. Parent, Bertrand Lavier, MAM, op.cit., p. 13. A. Coulange, Peut-être , op . cit ., p. 18. 414 B. Lavier « un léger plus », Bertrand Lavier, Galeries contemporaines, Centre Georges Pompidou, op.cit., p. 110 ; Entretien avec B. Marcadé, Bertrand Lavier, Athénéum, le Consortium, op.cit., p. 20. 415 Entretien avec F. Stech, J'ai parlé avec, op.cit., p. 7. 413 le principe de ces objets, comme à Pommery, c'est qu'une fois associés, ces deux objets deviennent un troisième »416. On navigue encore une fois en pleine alchimie. Avec des combinaisons mobilisant des éléments parfois très différents, il est nécessaire de les faire passer par une sorte de machine unifiante produisant une nouvelle chose, ayant dépassé le stade de la contradiction bienheureuse. Ceci permet d'expliquer aussi qu'une fois reçues et acceptées les divergences qui existent entre les objets, le spectateur finit toujours par convenir du bien fondé de leur association. C'est l'union des deux qui fait naitre l'oeuvre et c'est donc elle qu'il faut célébrer et retenir. Quand bien même l'association fonctionne, il y a toujours cette petite voix pour rappeler que les deux objets n'ont pas été conçus pour aller ensemble au départ. Il y a quelque chose qui se rapproche de l'oxymoron, sans jamais toutefois l'atteindre. Comme dans la figure de style, le résultat de l'association est frappant et pertinent, mais les deux termes n'auraient jamais du être associés. Ce qui en ressort est inhabituel. Marcadé et Lavier font une comparaison similaire : « - BM : Les Espagnols ont édifié au milieu de la magnifique mosquée de Cordoue une église baroque qui symbolise la Reconquête. Ils n'ont pas détruits la mosquée, ils sont simplement surimposé un signe sur –et dans- un autre. - BL : c'est Brandt/Fichet-Bauche! () Je pense que tous les grands faits de civilisation procèdent d'une forme de superbe barbarie si vous voulez bien me pardonner une telle alliance de mots. Le style, j'en suis sûr, passe par une certaine forme de brutalité »417. Si le terme de « superbe barbarie » est un véritable oxymoron et excessif pour qualifier les superpositions, on retrouve ici une idée que la théorie de la synthèse ne peut souffrir : le sentiment que quelque chose cloche, va ou peut clocher. C'est précisément aussi ce qui fait que l'oeuvre rappelle inévitablement qu'elle est simultanément autre chose. L'examen visuel, qui permet d'apprécier les objets en tant que formes, fait aussi prendre conscience des différences qui existent entre les deux parties. Ceci fait dire à Lavier et Obrist : « les détails ne disparaissent pas dans l'entité de la superposition »418. Ceci est un coup sévère porté à la théorie de la synthèse pure. Les 416 Entretien avec D. Lequeux, Expérience Pommery #6, op.cit., p. 10. Entretien avec B. Marcadé, Bertrand Lavier, Athénéum, Le Consortium, op.cit., p. 20. 418 H.U. Obrist, Argo, op.cit., p. 24. 417 167 objets ne cessent pas d'exister, et d'ailleurs, sans deux, l'oeuvre ne peut exister. Les titres donnés par l'artiste sont de ce point de vue éloquents. Quand il titre une superposition, il la nomme 1⁄2 et non pas 0,5. Le titre, qui est l'identité de l'oeuvre, ce par quoi on va la désigner, continue de convoquer le morcellement dont elle est issue. Ces noms sont comme l'huile et l'eau, insolubles l'un dans l'autre. On en revient alors à se demander lequel s'est mis au diapason de l'autre. Est-ce le frigidaire qui fait la même largeur que le coffre, ou l'inverse? Est-ce le siège Panton qui a la même couleur que le frigidaire, ou l'inverse? Ces questions sont à dessein stupides et insolu bles, mais elles illustrent le fait que dans la superposition, aucun objet ne prend le pas sur l'autre. Ils sont irréductibles l'un à l'autre et irréductible ensemble, c'est-à-dire que le socle et la sculpture sont différents, et que c'est précisément parce qu'ils sont hétérogènes que leur superposition débouche sur une oeuvre d'art. Ils restent ce qu'ils sont et ceci qui leur permet, ensemble, d'être autre chose. Marcadé remet très bien en perspective cette ubiquité : « Ses frigidaires auraient pu rester des frigidaires. Mieux encore, ses frigidaires auraient pu devenir des sculptures sans rester des frigidaires (). Or, les frigidaires de Bertrand Lavier sont devenus les éléments d'une sculpture tout en restant des frigidaires. Même juchés sur des coffres-forts, les frigidaires de Lavier resteront toujours des frigidaires. La synthèse, si elle est dépassement, est aussi réconciliation : après avoir fait le compte des points de rapprochement et des points d'achoppements, mais au final ce sont les premiers qui priment. Or, il apparaît que Lavier refuse de saper les dissensions qui subsistent, d'arrondir les angles. Il revient sur l'idée de synthèse dans un entretien avec Marcadé : « - BM : Il vous importe, je crois, de laisser se déployer les objets dans leurs tensions respectives. - BL : S'il est une idée qui me fait particulièrement horreur, c'est bien celle du consensus. Il y a derrière, sous-entendue, toute une idéologie diplomatique de la négociation et du partage que, bien entendu, je ne partage pas (). - BM : Permettez-moi de vous reprendre au mot. Brandt/Fichet-Bauche () ne constitue donc pas seulement, comme vous avez pu l'indiquer certaines fois, un troisième terme qui allierait quasi alchimiquement les vertus sculpturales d'un frigidaire et d'un coffre-fort. Entendez-moi bien : je ne dis pas non plus que ce ne soit pas aussi cela ; je remarque simplement qu'il s'agit bien et d'une sculpture et d'un frigidaire juché sur un coffre-fort. () - BL : () Il m'est arrivé, c'est vrai, de dire que les deux parties constitutives de ce type de pièces disparaissaient dans le « tout », de ce qui était devenu une autre proposition formelle. C'était, à l'évidence, oublier les autres points de vue possibles sur le travail. C'est, j'en conviens, une des faiblesses du langage que de laisser échapper de tels errements de sens. L'épreuve du visible, vous le saviez, est à cet égard beaucoup plus impitoy Il semble alors que la synthèse, car elle existe, n'est qu'une facette du procédé de la superposition mais ne peut en aucun cas la résumer avec exactitude. Ce serait ne pas rendre compte que l'intérêt de l'oeuvre réside aussi dans le fait qu'on ne peut choisir définitivement entre l'objet et la sculpture, et qu'on ne nous laisse pas le choix à ce propos. L'examen optique que Lavier nomme « épreuve du visible » porte cette double faculté de nous amener vers l'appréciation de l'oeuvre d'art, tout en nous rappelant à chaque instant de quoi il s'agit au départ, et en même temps. Les tensions qui existent, aussi, entre les composants, sont toujours actives et participent 419 420 B. Marcadé, Bertand Lavier, Galeries contemporaines, Centre Georges Pompidou, op.cit., p. 18. Entretien avec B. Marcadé, Bertrand Lavier, Athénéum, Le Consortium, op.cit., p. 20. 168 de la force de l'oeuvre. On ne saurait réduire la définition de la superposition à comment arranger le mieux possible deux objets sans rapport. d) L'essence de l'action de l'artiste Le passage de l'objet à l'oeuvre doit aussi être examiné à l'aune du rôle joué par l'artiste. Contrairement à la série précédente, Lavier n'a pas réalisé l'opération seul, notamment en raison de la massivité des composants. Néanmoins, c'est toujours le traitement qui « fait » l'oeuvre. Sans l'action de superposer un objet sur un autre, il n'y aurait ni socle, ni sculpture, et donc pas d'oeuvre d'art. Celle-ci n'existe pas en puissance dans les objets pris séparément ; c'est donc cette infime translation qui constitue le moment-clé. Lavier n'est pas 'auteur des objets choisis. Il ne les a pas dessinés ou peints, n'a pas déterminé leur proportions ou décorations. Il a choisi parmi un éventail de formes déjà disponibles, éventail déterminé par d'autres et dont il est tributaire. Il n'est probablement pas celui qui a placé physiquement l'objet sur un autre. Pourtant c'est cette seule action qui autorise la combinaison gagnante : « En effet, si chaque combinaison de Lavier, en s'appuyant exclusivement sur les qualités formelle des objets dans la plupart des cas, parvient à être clairement repérable comme oeuvre d'art, il convient de préciser que l'objet en tant que tel subit un traitement plastique en ce qu'il ne se présente jamais seul ou tel quel »421. C'est l'action de superposition qui va changer l'objet, ou plutôt le regard qu'on porte sur lui. On pourrait penser que Lavier prend une posture très distante par rapport à l'oeuvre qu'il ne « touche » pas, posture qu'on pourrait rapprocher de Warhol ou Baldessari, qui tentent de s'absoudre de la réalisation physique de leurs oeuvres, avec des méthodes et des motivations très différentes, l'un dans le rapport machinique, l'autre dans la dématérialisation. Or, si Lavier délègue l'action effective de poser un objet sur l'autre, il n'est pas pour autant absent du processus physique. Cette opération d'agencement de lignes, de matières, de proportions, de couleurs appartient autant au domaine du visible, du sensible, du corps, donc, que du domaine mental. Il y a donc quelque chose d'éminemment reptilien dans ces agencements de frigidaires et de coffresforts. 421 422 P.H. Parsy, Bertrand Lavier, Galeries contemporaines, Centre Georges Pompidou, op.cit., p. 9. D. Soutif, Bertrand Lavier, MAM, op.cit., p. 27. 169 Pour autant, on ne saurait comparer le travail effectué par Lavier à celui d'un authentique sculpteur de prime abord. Il ne cisèle pas la matière pour en tirer une forme, ni ne coule le bronze à partir d'un moule, mais ramène la fonction à l'essentiel : faire des sculptures tout en s'insérant dans l'histoire de la discipline. Indubitablement, Lavier est l'auteur de l'oeuvre, dont la forme n'existait pas avant lui, au contraire des composants. Il a découvert seul cette possibilité visuelle et en ce sens remplit les conditions essentielles qu'un sculpteur doit fournir. Son rapport au métier parait toutefois empreint de recul. En refusant le « travail manuel » − alors qu'il embrassait celui de peintre dans la série précédente− et en se plaçant selon une perspective historique, l'artiste en sus de faire des sculptures, produit également un discours sur la discipline. Rester extérieur à l'action pure lui permet d'adopter une posture critique que l'on retrouve souvent dans son travail : « Bertrand Lavier a récemment donné une définition de son travail qui me paraît parfaitement pertinente. Il s'agit d'une révision des genres artistiques –peinture, sculpture, installation () -réalisée avec l'intention précise d'introduire un virus dans le processus, qui en perturbe le parcours qui le corrompe dans ses intentionnalités, de telle sorte que le résultat final, l'oeuvre, se manifeste comme intrinsèquement altérée, d'une altération qui vient entièrement « de l'intérieur », comme une mutation génétique »423. Cette mise à distance lui permet de considérer objectivement les choses et les techniques, afin de le mettre au service de son propre style : « Non seulement, Lavier n'entend pas établir une sorte d'égalité entre l'oeuvre d'art et les objets qu'il détourne, en outre les différentes techniques qu'il utilise et sa propre activité, mais tous les objets, toutes les techniques, toutes les images qu'il s'approprie, tous les professionnels de l'art dont il s'entoure – du socleur au designer, du restaurateur au peintre de renom, en passant (entre autres) par le dessinateur de bandes-dessinées, le sculpteur académique, l'informaticien et le mosaïste, agissent de concert dans son oeuvre pour mettre en relief la constante et indiscutable spécificité de sa propre action »424. Lavier ne semble pas penser que l'essence de la sculpture réside dans la faculté artisanale du travail manuel, mais plutôt dans l'aptitude à créer des formes dans l'espace, ce qui ne nécessite pas forcément grand-chose. Blistène compare cette activité au collage : « Il ne lui déplait sans doute pas que la musique s'installe, qu'elle prenne place. Il ne lui déplaît en tous cas pas que les pistes soient brouillées, que les choses soient superposées, que le bon vouloir de l'artiste les marie comme bon lui semble. Les marie ou les colle car après tout, cette esthétique de la superposition procède par extension du domaine et de la pratique du collage. Calder et Varèse « à la colle », parce que Lavier en a décidé ainsi »425. L'analogie est tout à fait intéressante, car elle concilie plusieurs facteurs qu'on peut effectivement rattacher à la pratique de Lavier. Comme le colleur, celui-ci se sert d'un matériau déjà défini, voire redéfini -si on prend en compte, chez Hains et Villéglé par exemple que d'autres intervenaient : ceux qui faisaient les affiches, ceux qui les collent, ceux qui en collent d'autres pardessus, ceux qui les déchirent etc. Comme le colleur, Lavier va disposer de ce matériau nonartistique, en réunir plusieurs et c'est de cet agencement que va naitre l'oeuvre d'art. Ici l'artiste s'apparente à un metteur en scène, où la notion de responsabilité créatrice se dilue dans l'infinité des possibilités et la simple faculté de pouvoir orienter le regard. Il déplace le lieu du geste créateur qui n'est plus dans le coup de burin ou de ciseau : « Intéressant point de vue pour mesurer la radicalité de la position de l'artiste : ses processus « marginalisent » la subjectivité créatrice au 423 G. Verzotti, Bertrand Lavier, Roma, op.cit., p. 11. C. Francblin, Bertrand Lavier, Flammarion, op.cit., p. 135. 425 B. Blistène, Expérience Pommery # 6, op.cit., p. 30. 424 170 point de la faire disparaitre dans des séquences de gestes apparemment insensés, répétitifs, anonymes, ou basés sur une pure superposition ou déplacement de tel ou tel objet »426. En ce sens, Lavier réduit la sculpture à un simple déplacement d'objet, ce qui supprime évidemment l'obligation de l'habileté technique, mais ouvre également les possibilités sur un autre plan. L'artiste, par sa capacité à prendre des décisions (mentales ou visuelles), peut faire naitre l'oeuvre d'art à partir de n importe quel terreau : « A l'instar de Hains décrit par Forest, Lavier « en appelle à faire de l'artiste un dieu doué du pouvoir de se créer lui-même à partir du néant »427. Ceci institue une différence notable entre le penser et le faire. Placer le moment de création artistique simplement au niveau de l'Idée renverrait aux conceptuels. Or, Lavier insiste sur le fait que ces oeuvres ont été réalisées, activées, et que cela est uniquement de son fait : « Lavier est celui qui fait ce que tout le monde peut faire, sans le faire. Il est celui qui met en forme les idées qu'on aurait pu avoir : l'irritation générée parfois par son travail trouve ici son origine. Quelqu'un de farouchement conceptuel comme Baldessari ou de profondément mental, comme Duchamp, se serait contenté d'envoyer à la galerie l'instruction suivante : « Mettez un frigo sur un coffre-fort » et aurait laissé une part de hasard et d'interprétation à l'équipe en charge de sa réalisation, l'essentiel étant l'idée de départ. Chez Lavier, l'approche est différente car tout est pendu à ses propres choix, ses décisions, ses constructions visuelles. Il ne suffit pas de penser qu'un coffre-fort ferait un excellent socle, il faut le mettre à l'épreuve. C'est lui qui décide des composants et de l'agencement. Il est donc directement impliqué dans la physique de l'oeuvre et c'est ce résultat qui va sanctionner l'effectivité de l'oeuvre, ce qui le distingue clairement de la posture conceptuelle classique. Ce faisant, il crée de « véritables sculptures ». e) Verticalité et totémisme. Cette volonté d'être une sorte de metteur en scène renvoie directement à la façon dont les objets sont présentés. En réalisant la superposition, Lavier place deux objets dans un ordre hiérarchique, l'un étant le socle, l'autre la sculpture. Ceci crée un rapport de verticalité, la superposition se faisant de bas en haut, l'un devenant fonction de l'autre 429. Cet élan vertical revendique un « saut », un surgissement du sol vers le ciel, par extension du terrien à l'aérien et du corporel au mental, processus que l'on peut qualifier de métaphysique. La verticalité induit un discours physique et moral, qui retrace également le chemin parcouru par l'objet passant du statut d'instrument à celui d'oeuvre d'art. Cette route reste gravée physiquement dans l'oeuvre, puisque l'on part d'un instrument, le socle −instrument artistique, mais instrument tout de même − pour aboutir à l'oeuvre d'art, soit la sculpture juchée. Certaines associations vérifient ce passage entre « low » et « high », si on pense par exemple aux objets design posés sur des classeurs ou des 426 G. Verzotti, Bertrand Lavier, Roma, op.cit., p. 15. B. Blistène, Expérience Pommery # 6, op.cit., p. 27. 428 E. Troncy, Vitrines, op.cit., p. 14. 429 N. Bourriaud, Expérience Pommery # 6, op.cit., p. 38. 427 171 frigidaires, où l'objet esthétique, est posé sur un élément utilitaire. Cependant, ce dernier aspect est à prendre avec précaution, Lavier associant le plus souvent deux objets sans vocation artistique. Le totem est une construction verticale faisant le lien entre le monde terrestre et le monde des esprits et se caractérise, surtout en Amérique du Nord, par la superposition de plusieurs figures animales représentants des ancêtres ou des protecteurs du clan. Si la dimension apotropaïque est absente chez Lavier, on retrouve cette addition verticale de forme sans rapports entre elles, produisant un nouveau sens et un passage inédit vers un monde différent, − ici du supermarché au musée. Le principe du totem est qu'il met le spirituel sur le plan réel, dynamique animiste qui cherche le suprahumain dans l'environnement immédiat. L'esprit est construit à partir du réel, de la chose, ce qui induit un rapport différent des monothéismes, où Terre et Ciel sont séparés, et où le premier est clairement tributaire du second. Selon la perspective des tribus, les ours, les pumas, les serpents et les aigles font partie du quotidien : ce sont des proies, des voisins, des dangers, des fournisseurs de matières premières (peau, os, nourriture), mais ce sont aussi, une fois passés sur le mode rituel − donc représentatif−, des éléments spirituels. C'est de cette proximité que nait la relation entre la tribu et l'animal-totem. Au final, comme chez Lavier, les ours, les pumas, etc., ne sont pas divinités en puissance, ils le sont devenus après avoir été vus au travers d'un certain prisme. De la même façon, les frigidaires, les chaises, et les classeurs n'ont pas vocation à être des oeuvres. Ils font partie de notre réel proche. Ce n'est qu'une fois placés selon une perspective différente que l'on va les considérer comme des éléments artistiques. Cette perspective particulière ramène automatiquement à l'opération de superposition, qui, comme on a pu le constater auparavant, le point de vue que l'on a sur les objets, physiquement et symboliquement. Réexaminons le phénomène : en plaçant un objet sur un autre, qui a fonction de socle, on donne fatalement à voir l'objet superposé comme une sculpture. Il convient donc de le « regarder » comme tel, ce qui induit une différence dans l'appréciation, l'intérêt se portant sur la forme, mais non plus sur l'utilité. Par ricochet, le spectateur est amené à considérer aussi le socle, qui n'est plus un simple objet quotidien, mais un vecteur artistique.
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11,774
Tableau II. 7. Résultats des tests de cointégration de Kao (1999) Equations KAO ADF (1) (2) (3) (4) (5) (6) -23.95*** -17.07*** -24.95*** -20.61*** -18.42*** -20.64 *** Les statistiques sont N(0,1) sous H0 : non cointégration. *** indique le rejet de H0 à 1%. Les relations de cointégration ainsi mises en évidence sont estimées par la méthode des DFE (Tableau II.8), seules les élasticités de long terme sont reportées. Les estimations par la méthode des PMG et des MG étant apparues impossibles en pratique dans Stata avec nos données. Les résultats des estimations DFE sont donnés dans le Tableau II.8. Résultats des estimations Le coefficient de correction d'erreur est différent de 0 dans l'ensemble des 6 équations estimées, il apparait toujours négatif et statistiquement significatif au seuil de 1%. On peut en conclure que les relations de long terme sont validées et qu'il existe entre les variables une dynamique d'ajustement vers l'équilibre. Tableau II. 8. Résultats des estimations à l'aide de la méthode des Effets fixes dynamiques (Dynamic Fixed Effects DFE) (1) Variable endogène : Logarithme Crédit à l'économie (2) (3) (4) (5) (6) Variables EC Log PIB Log prix Log dépôts Politique monétaire Log liquidité 1 -0.442*** (0.0315) 0.656** (0.266) -0.957** (0.470) 0.594*** (0.0844) -0.505*** (0.181) -0.277*** (0.0687) Log liquidité 2 Log actif Log fonds propres Log liquidité 1 x politique monétaire 0.420*** (0.107) 0.0358 (0.0488) -0.456*** (0.0316) 0.650*** (0.241) -1.043** (0.436) 0.594*** (0.0793) -0.795*** (0.202) -0.474*** (0.0813) 0.516*** (0.101) 0.0272 (0.0460) -0.468*** (0.0322) 0.679*** (0.244) -1.001** (0.438) 0.574*** (0.0789) -0.917*** (0.224) -0.104*** (0.0276) -0.470*** (0.0324) 0.686*** (0.233) -1.113*** (0.425) 0.591*** (0.0764) -0.936*** (0.216) 0.111 (0.126) 0.0533 (0.0458) -0.214*** (0.0398) 0.186 (0.123) 0.0284 (0.0444) 0.0361*** (0.00896) 0.0362*** (0.00864) -0.463*** (0.0323) 0.652*** (0.237) -1.087** (0.432) 0.617*** (0.0772) -0.803*** (0.210) 0.401*** (0.101) -0.283*** (0.0879) -0.199*** (0.0408) 0.469*** (0.0998) -0.286*** (0.0857) 0.0364*** (0.00955) -2.876 (2.529) 0.0341*** (0.00933) -2.182 (2.381) 0.0216*** (0.00805) Log liquidité 2 x politique monétaire 0.0329*** (0.00870) Log actif x politique monétaire Log fonds propres x politique monétaire Constante -0.467*** (0.0323) 0.669*** (0.245) -0.994** (0.441) 0.603*** (0.0787) -0.837*** (0.216) -0.0987*** (0.0279) -4.141 (2.555) -2.807 (2.366) -2.793 2.524) -2.180 (2.372) Nombre de banques 40 40 40 40 40 40 Dimension temporelle 15 15 15 15 15 15 Les chiffres entre parenthèses notent les écart-types. ***, ** et * indiquent la significativité respectivement à 1%, 5% et 10% Les résultats sont globalement similaires à ceux obtenus à partir de l'estimation de la relation statique. L'effet positif de la production est maintenu dans toutes les équations de même que l'influence négative des prix. Les dépôts et la taille de la banque ressortent toujours positivement liés à l'activité du crédit. Les coefficients négatifs des deux variables de liquidité sont significatifs dans tous les cas, cependant que l'effet des fonds propres demeure significatif seulement dans les estimations (5) et (6). L'instrument de politique monétaire exerce un effet négatif et significatif sur l'offre de crédit dans toutes les estimations. Les coefficients des variables multiplicatives gardent un signe positif et sont tous statistiquement significatifs au seuil d'erreur de 1%. Contrairement au modèle statistique, la variable croisée relative à la liquidité a une influence significative quelle que soit la mesure de la liquidité utilisée. L'hypothèse d'une transmission asymétrique des chocs monétaires de la BCEAO selon la résilience des banques est donc vérifiée : l'activité de crédit des firmes bancaires les plus liquides ; les plus capitalisées ou les plus grandes, est moins sensible aux chocs monétaires. 6. CONCLUSION L'inefficacité de la politique de la BCEAO est soulignée par plusieurs travaux empiriques (Diop, 1998 ; Doe et Diallo, 1997, Doe et Diarisso, 1998 ; Diagne et Dourouré, 2001 ; Nubukpo, 2002 ; Samake, 2010). Cette littérature a, cependant, peu exploré le rôle spécifique des banques dans les mécanismes de transmission. Dans le présent chapitre, nous avons entrepris d'évaluer empiriquement l'hypothèse du canal du prêt bancaire sur des données microéconomiques. Dans un contexte de faible développement des marchés de crédit, nous avons testé l'hypothèse d'une plus grande exposition aux chocs monétaires de l'activité de prêt des petites banques ainsi que celles disposant de faibles liquidités et de fonds propres. Les grandes banques, les plus liquides et les plus capitalisées peuvent recourir à leur pouvoir de marché ou à leurs suppléments relatifs de ressources pour amortir les variations du taux directeur de la banque centrale et ainsi maintenir leur programme de crédit. A cet effet, nous avons construit, à partir des publications de la Commission bancaire de l'UEMOA, une base de données cylindrée comportant 40 banques observées de 1991 à 2005. Notre investigation s'appuie sur une équation de détermination du crédit dans laquelle, à coté des arguments traditionnels macroéconomiques et ceux relevant du secteur bancaire, nous introduisons une variable croisée entre la politique monétaire et une variable spécifique de bilan bancaire. Nous avons recours à trois méthodes d'estimation. Dans un premier temps nous examinons les résultats de base des régressions par la méthode des effets fixes. Puis nous adoptons une spécification dynamique de l'équation de crédit que nous estimons par GMM-system. En dernier ressort nous envisageons la non stationnarité des variables. Les estimations par les effets fixes établissent des asymétries de transmission monétaire suivant la liquidité, la capitalisation et la taille de la banque. Les résultats établis par les GMM-system, et corrigés de l'hétéroscédacité confirment les premières conclusions. Ces résultats paraissent robustes à l'utilisation d'un nombre d'instruments inférieur à la dimension individuelle du panel. Par la suite, nous conduisons une analyse de l'ordre d'intégration des variables par les tests de LLC, de IPS et de Hadri (2000). Le test de Kao (1999) révèle des relations de cointégration qui sont estimées par la méthode des DFE, les techniques du PMG et du MG étant apparues non concluante de façon pratique. Les résultats économétriques obtenus aussi bien en spécifiant la fonction de crédit bancaire suivant un modèle statique qu'en considérant une dynamique autorégressive, montrent que la transmission de la politique de la BCEAO est conditionnée à la taille, à la capitalisation et la liquidité des banques : les petites banques ; celles disposant de liquidité ou de fonds propres moindres, ajust plus amplement leur activité de prêt consécutivement aux chocs monétaires. Ces résultats empiriques apportent une première preuve quant à la non neutralité des variables bancaires vis-à-vis de l'efficacité de la politique monétaire de la BCEAO. 108 Par ailleurs, on peut déduire de ces résultats que les différentes mesures réglementaires visant à contrôler les équilibres bilanciels, en particulier le dispositif prudentiel en vigueur depuis 2000 dans les pays de l'UEMOA ainsi que le relèvement du capital minimum des banques, ont (et auront) des effets connexes sur l'efficacité de la politique monétaire via des interactions avec les canaux de transmissions du crédit bancaire. 7. ANNEXES Interprétation de la variable multiplicative Soit l'équation de suivante Credit = β1Polt + β2Concentit + β3(Pol×Concent)it + αi + εit avec Cred pour offre de crédit bancaire, Pol pour politique monétaire, Concent pour concentration bancaire, i et t respectivement les indices identifiant les pays et le temps. Les coefficients β1 et β2 captent respectivement les effets de la politique monétaire et de la concentration bancaire. L'effet de la concentration sur la transmission de la politique s'obtient en dérivant doublement la fonction de crédit par rapport à la politique monétaire et à la concentration bancaire. C'est-à-dire : 2 Cred / Pol Concent = 2 Cred / Pol Concent = β3 (β1 + β3Concent)/ Concent Ainsi, β3 traduit l'effet recherché. Si β3 > 0, alors la concentration bancaire amoindrit l'impact de la politique monétaire sur l'offre de crédit (Brandor et al. 2006). 110 Tableau II. 9. Tests de racine unitaire à niveau Variables LLC H0 : non stationnaire constante Constante + trend IPS H0 : non stationnaire constante Constante + trend Hadri H0 : stationnaire constante Constante + trend 0.0000 0.2742 0.7876 0.9994 0.0000 0.0000 Log PIB 0.0000 1.0000 0.9909 1.0000 0.0000 0.0000 Log Prix 0.0000 0.9980 0.2321 1.0000 0.0000 0.0000 Log Actif 0.0001 0.0000 1.0000 0.0000 0.0000 0.0000 Log Crédit 0.5334 1.0000 1.0000 1.0000 0.0000 0.0000 Log Fonds propres 0.0000 0.0000 0.9993 0.0000 0.0000 0.0000 0.0000 0.2671 0.8698 0.9985 0.0000 0.0000 0.0000 0.4740 0.8751 0.9999 0.0000 0.0000 Log liquidité 1 0.9371 0.5285 1.0000 0.9846 0.0000 0.0000 Log Liquidité 1 x Politique monétaire 0.0000 0.2674 0.8654 0.9990 0.0000 0.0000 Log Liquidité 2 0.0000 0.8691 0.0000 0.0000 0.0000 0.3510 Log Actif x Politique Log Fonds propres Log Liquidité 2 x 0.0000 0.1416 0.8766 0.9935 0.0000 0.0000 Politique monétaire Les chiffres correspondent aux probabilités p. Pour p >0.1 l‟hypothèse nulle de non stationnarité ne peut être rejetée suivant les tests de LLC et IPS. En revanche pour p<0.1, l‟hypothèse nulle de stationnarité est rejetée suivant le test de Hadri. Tableau II. 10. Tests de racine unitaire en différence première LLC H0 : non stationnaire constante Constante + trend Variables IPS H0 : non stationnaire constante Constante + trend Hadri H0 : stationnaire constante Constante + trend - 0.0000 0.0000 0.0000 0.1608 0.0000 Log PIB - 0.0000 0.0000 0.0000 0.4081 0.2994 0.0000 0.0000 0.0000 0.1140 0.3421 - - 0.0000 - 0.9900 0.5156 0.0003 0.5602 0.0000 0.0971 0.9995 0.0014 - - 0.0000 - 0.9882 0.0971 - 0.0000 0.0000 0.0000 0.3847 0.0000 - 0.0000 0.0000 0.0000 0.1772 0.0000 Log Liquidité 1 - 0.0000 0.0000 0.0000 0.9601 0.0000 Log Liquidité 1 x Politique monétaire - 0.0000 0.0000 0.0000 0.4064 0.0000 Log Liquidité 2 - 0.0000 - - 0.2062 - - Log Prix Log Actif Log Crédit Log Fonds propres Log Actif x Politique Log Fonds propres x Politique Log Liquidité 2 x 0.0000 0.0000 0.0000 0.4939 0.0000 Politique monétaire Les chiffres correspondent aux probabilités p. Pour p >0.1 l‟hypothèse nulle de non stationnarité ne peut être rejetée suivant les tests de LLC et IPS. En revanche pour p<0.1, l‟hypothèse nulle de stationnarité est rejetée suivant le test de Hadri. Tableau II. 11. Statistiques descriptives des variables Variables Log Crédit Log Dépôts Log PIB Log Prix Taux de pension Log liquidité 1 Log liquidité 2 Log actif Log fonds propres Observations 598 598 600 600 600 598 599 599 590 Moyenne 23.99749 24.20804 28.33392 1.952545 6.87538 22.17018 23.10247 24.74513 22.36174 Ecart-type 1.36393 1.349286.7989487.0960991 2.361851 1.333646 1.19416 1.122513 1.014244 Min 19.2387 19.87976 26.57914 1.718813 4.110656 17.2655 18.68688 21.60906 16.58183 Max 26.64178 26.64585 29.78523 2.068594 11.62432 24.65391 25.4 Tableau II. 12. Descriptions des variables Variables Descriptions Crédit bancaire CREANCES SUR LA CLIENTELE : - Portefeuille d'effets commerciaux (Crédits de campagne et Crédits ordinaires) - Autres concours à la clientèle (Crédits de campagne et Crédits ordinaires) -Comptes ordinaires débiteurs -Affacturage Fonds propres DETTES à l‟égard de la CLIENTELE : - Comptes d'épargne à vue, - Comptes d'épargne à terme - Bons de caisse - Autres dettes à vue -Autres dettes à terme FONDS PROPRES -Capital ou dotations -Primes liés au capital -Réserves : prélevées sur les bénéfices des exercices antérieurs. Calculés par l‟ auteur à partir des individuels des bilans banques Liquidité banc aire 2 Caisse + (C réances – Dettes) interbancaires y compris Banque centrale Commission bancaire de Taux de prise en pension de la BCEAO. Taux annualisé à partir de l‟historique des taux d‟intérêt www.bceao.int Indice des prix à la Consommation Production l‟UEMOA. L‟indice des prix à la consommation. Base 100 en 2000. Pour le Bénin l‟observation de 1991 est une moyenne des valeurs de 1992 et 1993; la série de l‟indice des prix pour ce pays n‟étant disponible dans le WDI 2006 qu‟à partir de 1992. P IB courant en monnaie locale WDI 2006 CHAPITRE 3 : CONCENTRATION BANCAIRE ET TRANSMISSION DE LA POLITIQUE MONETAIRE DANS L'UEMOA Un « motif d‟inefficacité de la politique monétaire conduite par la BCEAO est la structure fortement oligopolistique du secteur bancaire » Nubukpo, (2007b). 1. INTRODUCTION Une idée majeure structure toute notre thèse : les imperfections des marchés de crédit, qui ont un relief particulier dans l'UEMOA, rendent pertinente et fructueuse l'exploration de la « boite noire » que constituaient les institutions financières, les banques notamment, dans la compréhension globale de la transmission monétaire. Nous avons montré dans le chapitre précédent que la résilience des bilans bancaires conditionne la sensibilité de l'offre de crédit aux mouvements du taux directeur de la BCEAO. En particulier, la fonction de crédit des grandes banques est apparue moins affectée par les chocs monétaires, sans doute en rapport avec le pouvoir de marché de ces firmes. Nous prolongeons cette intuition dans le présent chapitre en portant la réflexion sur la structure des industries bancaires. Comme nous l'avons discuté dans le chapitre 1, les modèles de l'économie industrielle permettent de dériver des enseignements relatifs à l'impact de la concentration bancaire sur l'efficacité de la politique monétaire. En effet, si ces modèles ont une interprétation différente de la structure des marchés, ils prédisent à une nuance près le même effet de la concentration sur la transmission des chocs monétaires. On peut déduire aussi bien de l'hypothèse de la « Structure Efficiente » que du modèle SCP que, toute chose égale par ailleurs, moins l'industrie bancaire est concentrée, plus important est le canal du crédit. Le rôle de la structure des marchés bancaires a été également souligné dans plusieurs travaux d'évaluation du canal du crédit. Si les travaux pionniers ont été appliqués aux Etats-Unis, l'agenda de la construction de la monnaie commune européenne a commandé des études sur le cas de l'Union Européenne. La création de l'euro a, en effet, aiguisé le besoin de comprendre la transmission de politique monétaire dans une Union avec des asymétries importantes entre les structures financières des pays membres. Si les structures financières influent sur la transmission de la politique monétaire, comme postulé dans les théories du canal du crédit, on peut, en conséquence, envisager des différences d'amplitudes de transmission suivant la diversité des systèmes financiers ainsi que leur 115 évolution dans le temps. Pour Kashyap et Stein (1997), Cecchetti (1999) ainsi que Leuvensteijn et al. (2008), les niveaux de concentration très différenciés entre les systèmes bancaires peuvent être sources de transmissions asymétriques. La structure de l'industrie bancaire est déterminante dans l'efficacité de la politique monétaire selon le modèle de Khemraj (2008). Dans un environnement d'oligopole bancaire, la tarification du crédit est fondée sur l'exigence d'un taux d'intérêt minimum qui génère des détentions excessives de liquidité. L'offre de crédit bancaire est, par conséquent, moins affectée par les chocs monétaires que dans un environnement de concurrence bancaire. Les exercices de calibration menés par l'auteur montrent que l'impact de la politique monétaire sur le crédit bancaire s'accroit avec le nombre de firmes bancaires présentes dans le secteur. Les économies de l'UEMOA offrent un cadre intéressant d'évaluation de cette relation entre structure du secteur bancaire et transmission monétaire. Les restructurations bancaires et la libéralisation financière, entamées au lendemain des violentes crises financières qui ont frappé ces économies durant la décennie 1980, ont permis de rétablir la liquidité et la solvabilité du secteur, occasionné l'entrée de nouvelles firmes, et même marqué des évolutions de la structure des marchés. Comme présenté plus loin, à l'exception du Togo, la concentration bancaire a connu globalement un affaiblissement dans les pays de l'UEMOA de 1991 à 2006. Des asymétries importantes existent également entre pays. Les industries bancaires demeurent toutefois relativement concentrées voir très concentrées. Ce caractère oligopolistique des secteurs bancaires revient souvent dans la littérature sans cependant connaitre des mesures précises (Joseph, 1997 ; Nubukpo, 2002 et 2007b). Il est cité au premier rang des contraintes qui pèsent sur la faiblesse de l'efficacité de la politique monétaire de la BCEAO. En effet, pour Nubukpo (2007b) un « motif d‟inefficacité de la politique monétaire conduite par la BCEAO est la structure fortement oligopolistique du secteur bancaire ». Cette hypothèse n'est toutefois pas testée empiriquement. Le présent chapitre s' e à mesurer de façon systématique la concentration des secteurs bancaires de l'UEMOA de 1991 à 2006. Elle évalue ensuite son impact 116 sur le canal du crédit : dans quelle mesure la concentration bancaire affecte-t-elle la transmission des impulsions monétaires à l'offre de crédit bancaire? En soulignant le rôle déterminant de la structure des marchés bancaires, l'étude peut éclairer le cas échéant une source d'asymétrie de transmission de la politique entre les économies membres de l'Union monétaire. En effet, en dépit d'une longue histoire monétaire et financière commune, les économies de l'UEMOA montrent des profils de transmission différenciés. A l'aide de modèle VAR Diagne et Doucouré (2000) montrent que la politique monétaire commune a des effets asymétriques entre ces économies. 2. REVUE DE LA LITTERATURE L'impact de la structure de l'industrie bancaire sur la transmission de la politique a souvent été examiné à travers les effets sur les taux d'intérêt et la quantité du crédit. Plusieurs travaux ont mis en évidence une viscosité des taux d'intérêt et une asymétrie de transmission suivant le sens de la politique dans un contexte de concentration ou de faible concurrence bancaires. Selon les modèles pionniers de concurrence imparfaite de Klein (1971) et Monti (1972), les banques utilisent leur pouvoir de marché pour fixer des taux d'intérêt conséquents. Les variations des taux d'intérêt dépendent également des conditions de concurrence dans le secteur. Leuvensteijn et al. (2008) analysent l'impact de la concurrence sur les taux d'intérêt créditeurs et débiteurs des banques sur la période 1994-2004 dans les pays européens. Ils trouvent que la concurrence affecte, à la baisse, les écarts entre les taux d'intérêt. A l'aide d'un modèle à correction d'erreurs (MCE), ils montrent qu'en situation de concurrence, les taux d'intérêt des banques sont plus sensibles au changement des taux du marché. A la recherche des déterminants des taux d'intérêt bancaires dans l'Union Européenne, Maudos et Fernández de Guevara (2004) montrent qu'une augmentation du pouvoir de marché d'une banque induit une hausse des marges nettes d'intérêt. Ces résultats sont similaires à ceux de Corvoisier et Gropp (2002). Les deux auteurs obtiennent que, sur les marchés concentrés, les taux appliqués aux emprunteurs sont plus élevés cependant que les taux rémunérateurs des dépôts sont moindres. Selon les travaux de Cottarelli et Kourelis (1994) et Borio et Fritz (1995), la transmission de la politique monétaire est contrainte par la viscosité des taux d'intérêt dans un environnement peu concurrentiel. Sur un échantillon international, Cottarelli et Kourelis (1994) n'observent pas cependant d'effet des niveaux différents de concentration sur la transmission de la politique monétaire. En revanche, se plaçant dans la perspective des marchés contestables (Baumol, Panzar et Willig, 1982), ils trouvent que les barrières à l'entrée de l'industrie bancaire limitent les effets des chocs monétaires. Pour Adams et Amel (2005) ce résultat pourrait tenir à l'hypothèse de l'étude qui assigne une échelle nationale aux banques. Hannan et Berger (1991) testent positivement la rigidité des prix dans l'industrie bancaire américaine. Pour les deux auteurs, les marchés concentrés connaissent une viscosité des taux. Ils montrent cependant une asymétrie de transmission suivant le cycle de la politique monétaire. En période de durcissement de la politique, l'ajustement des taux bancaires est plus prompt, tendant à montrer une collusion entre les banques. Cottarelli et al. (1995) confirment ce résultat pour l'Italie. La rigidité des taux d'intérêt y est asymétrique suivant le cycle de la politique monétaire. Les résultats de Graeve et al. (2004) indiquent que les banques belges disposant de pouvoir de marché, ont une politique tarifaire moins concurrentielle. A l'aide d'un indicateur de dérégulation emprunté à Gual (1999), Mojon (2001) montre que la concurrence bancaire permet un ajustement rapide des taux créditeurs bancaires consécutivement à une baisse des taux du marché monétaire dans la Zone euro. Par contre, elle tend à réduire les incitations aux ajustements à la hausse en cas de resserrement des conditions du marché. Gropp et al. (2007) De Bondt (2005) ; Sander et Kleimeier (2002, 2004) ; Scholnick (1996) et Heinemann et Schüler (2002) apportent des preuves de l'asymétrie de transmission de la politique. La concurrence bancaire est associée à des pratiques de tarification plus favorable à la clientèle. En prélude à la monnaie commune européenne, Kashyap et Stein (1997) passent en revue un ensemble de facteurs pouvant potentiellement affecter le canal du crédit dans les pays européens. Ils insistent sur le rôle de la concentration bancaire. A partir de différents indicateurs de concentration, ils distinguent des groupes de pays suivant l'impact potentiel sur la transmission de la politique. Cecchetti (1999) emprunte la même perspective et évalue la concentration bancaire dans les pays de l'Union Européenne, dans les autres pays européens, au Japon et aux Etats-Unis. Les niveaux de concentration différents des systèmes bancaires expliqueraient, pour partie, des différences dans les profils de transmission entre ces pays. Les résultats de ces premières études sur les asymétries de transmission entre pays européens sont confirmés par Kok Sørensen et Werner (2006). Ils montrent que les différences-pays dans les profils de transmission de la politique monétaire aux taux d'intérêt trouvent, dans une certaine mesure, une explication dans les niveaux disparates de concurrence dans les secteurs bancaires nationaux. A coté de l'impact de la concentration et de la concurrence sur les prix dans l'industrie bancaire, plusieurs travaux ont envisagé leurs effets sur la quantité du crédit et in fine sur l'investissement et la croissance. Pagano (1993) montre à l'aide d'un modèle de croissance que la concentration des marchés bancaires peut réduire le volume de fonds prêtables, et ainsi affaiblir la croissance. A l'aide de leur pouvoir de marché, les banques peuvent administrer des taux d'intérêt débiteurs élevés et proposer des taux rémunérateurs faibles aux déposants. Dans un modèle d'équilibre général Guzman (2000) montre, qu'en cas de rationnement de crédit, les marchés bancaires monopolistiques imposent des niveaux plus importants de rationnement à secteur bancaire concurrentiel. Adams et Amel (2005), dans une étude sur des données de la Community Reinvestment Act de 1996 à 2002, évaluent l'impact de la concentration sur la transmission des chocs monétaires aux prêts destinés aux petites entreprises aux Etats-Unis. Ils introduisent, dans une équation de détermination du crédit, une 120 variable croisée entre la politique monétaire et l'indicateur de concentration de Herfindahl-Hirschman. A l'aide d'estimation en différence, ils obtiennent des résultats concluants qui tendent à montrer que la concentration bancaire affaiblit le canal du prêt bancaire. l'effet attendu in fine sur le volume du crédit est suggéré de façon implicite, bien souvent cet effet n'est pas précisément évalué. Ce faisant, ces travaux postulent implicitement ou explicitement que les mouvements du taux d'intérêt affectent le volume des fonds prêtés. Il y a là, au fond, la supposition d'une relation simple entre le taux d'intérêt et le niveau du crédit, relation de la même nature que les liens standards entre prix et quantité. Cependant, la prise en compte des asymétries d'information sur les marchés du crédit montre que le taux d'intérêt n'est pas un prix ordinaire qui s'ajuste comme sur les marchés d'enchères (Stiglitz et Weiss, 1981). Pour Greenwald et Stiglitz (2003), en situation de rationnement de crédit, c'est la quantité et non le taux d'intérêt qui est le facteur critique. Cette situation est souvent celle qui prévaut dans les pays sous-développés étant donné que les imperfections de marchés y sont particulièrement exacerbées. Par conséquent, à l'instar de la littérature des effets des caractéristiques bancaires sur la transmission de la politique monétaire et de plusieurs travaux consacrés à la même problématique que celle qui nous occupe ici (Adams et Amel, 2005), nous retenons le crédit bancaire comme variable endogène. 3. INDICATEURS DE CONCENTRATION BANCAIRE Dans cette section nous présentons les mesures de concentration (3.1) ainsi que les limites qu'elles comportent, notamment parce qu'elles ne sont pas des indicateurs dédiés précisément à l'évaluation de la concurrence (3.2). Des contraintes de données empêchent toutefois la mobilisation d'indicateur de concurrence dans la présente étude. 3.1. LES RATIOS HIRSCHMAN DE CONCENTRATION ET L'INDICATEUR DE HERFINDAHL- L'économie industrielle offre des indices de concentration utilisés comme instruments traditionnels de mesure de la structure d'un marché (Bajo et Salas, 1999). Ces indices de concentration prennent en compte deux aspects essentiels de 122 la structure de l'industrie : le nombre de firmes et la distribution inégalitaire de leur taille. Sous une forme générale, les indices de concentration se définissent selon la formule suivante : CI = i Wi Avec : CI = l'indice de concentration Si = la part de marché de la banque i Wi = le poids accordé à la banque i n = le nombre de firmes bancaires présentes sur le marché Deux types d'indices de concentration peuvent être obtenus à partir de cette formule générale. Le premier indicateur est donné par la formule suivante : CRk = i Le ratio de concentration CRk correspond à la part de marché des k plus grandes firmes, et varie entre 0 et 1. Si l'industrie est caractérisée par une atomicité des firmes, l'indicateur sera proche de 0. A l'opposé, le caractère oligopolistique de l'industrie est signifié par un indice proche de 1. Toutefois, cet indice ne permet pas de différencier une situation de monopole pur, cas où n=1, de celle d'un oligopole, n=k, et n>1 (Bikker et Haaf, 2000). Dans les deux cas CRk = 1. Par ailleurs, les petites firmes, celles dont la taille est inférieure à la kème plus grande banque, ne sont pas prises en compte dans le calcul de l'indice de concentration CRk. Cela en constitue la principale limite. Ce d'autant qu'il n'existe pas de règle de détermination de k. L'information donnée par l'indice ne concerne que les parts de marché des plus grandes banque . Toute nouvelle entrée dans l'industrie n'est prise en compte que dans la mesure où celle-ci change le partage du marché entre les grandes banques. Par conséquent, l'information fournie par l'indice CRk sur la structure du marché est incomplète. Un second indicateur, celui de Herfindahl-Hirschman noté HHI, permet de prendre en compte l'ensemble des firmes présentes sur le marché. Il est obtenu par la formule suivante : H HI = i2 L'indicateur HHI est souvent utilisé dans la perspective du modèle SCP. Il pondère davantage les grandes banques et permet d'éviter le problème du choix arbitraire de k. S'il est par conséquent plus approprié pour mesurer la concentration de l'industrie, il requiert par contre une information complète sur les parts de marché de l'ensemble des banques du secteur. La valeur de HHI est donnée en général en multipliant le résultat de la formule par 10 000. L'indice est utilisé par plusieurs autorités de régulation dans le cadre des politiques de concurrence. Trois zones sont habituellement distinguées pour juger le niveau de concentration des marchés. Aux Etats-Unis les bornes de ces zones sont 1000 et 1800, cependant que la Commission européenne considère plutôt 1000 et 2000.  Pour HHI < 1000 : le marché est jugé très peu concentré voir très concurrentiel.  Pour 1000<HHI<1800 (ou 2000) : la concentration est moyenne mais des risques existent et une surveillance vigilante du marché doit être de mise.  Pour HHI > 1800 (ou 2000) : le marché est très concentré et les risques d'absence de concurrence sont particulièrement importants. Dans son rapport annuel 2009, la Commission bancaire de l'UEMOA situe la zone intermédiaire dans l'intervalle où HHI est compris entre 1000 et 2000. 3.2. LIMITES Si les indicateurs de la concentration bancaire caractérisent la structure des marchés, elles ne mesurent pas précisément la concurrence dans le secteur. En effet, la relation entre la concentration et la concurrence bancaires n'est pas univoque. L'approche conventionnelle SCP soutient l'existence d'une relation négative entre elles. Les marchés concentrés sont la traduction d'une concurrence très faible dans le secteur. Dès lors, à partir de l'étude de la concentration, on peut établir des déductions sur le niveau et les effets de la concurrence. Cependant, l'hypothèse d‟Efficience postule une relation dynamique entre les deux. La concentration du secteur peut être le résultat d'une compétition âpre dont sortent gagnantes les banques les plus efficientes, qui consolident ainsi leurs parts de marché30. Bresnahan (1982), Panzar et Rosse (1987) et Boone (2000, 2001 et 2004) offrent des modèles permettant d'évaluer le niveau de concurrence notamment par le pouvoir de marché (Bresnahan, 1982), ou par l'efficience31. La méthode de Bresnahan (1982), utilisée par Uchida et Tsutsui (2005) et Bikker (2003) part de la modélisation d'une fonction de profitabilité bancaire en situation d'oligopole. Elle consiste à déterminer le pouvoir de marché λ d'une firme bancaire « moyenne » à partir de la maximisation de cette fonction de profitabilité. Le pourvoir de marché λ varie entre 0 en situation de concurrence parfaite et 1 en cas de collusion parfaite entre les banques. L'approche de Panzar et Rosse (1987) consiste à calculer une statistique H en faisant la somme des élasticités obtenues de l'estimation d'une équation réduite du revenu des banques sur des données transversales. Si la statistique H ≤ 0, on est en situation de monopole ou de cartel. L'état de concurrence parfaite est exprimé par H=1. Pour 0 < H < 1 on est en situation d'oligopole ou de concurrence monopolistique. Voir par exemple Bikker, et al. (2007), Smirlock, Gilligan et Marshall (1984), Rhoades (1985), Smirlock (1985) ou encore Shepherd (1986). 31 Pour une présentation synthétique de ces différents indicateurs voir par exemple Bikker et Haaf (2000) et Leuvensteijn et al. (2008). 30 125 L'indicateur de Boone est conforme à l'hypothèse de l'Efficience. La concurrence est d'autant plus importante que l'impact de l'efficience sur les parts de marché est déterminant. Les banques les plus efficientes, c'est-à-dire celles disposant des coûts marginaux les plus faibles, auront les parts de marché les plus importantes et les niveaux de profitabilité les plus élevés. Bikker et Haaf (2000) examinent la relation entre la concurrence et la concentration bancaires. Pour ce faire, ils utilisent plusieurs indicateurs: les indicateurs de concurrence de Bresnahan (1982) et Panzar et Rosse (1987) d'une part ; et d'autre part des ratios de concentration CRk et l'indice HHI. Dans le cadre de la présente étude, il aurait été intéressant d'envisager cette perspective. Mais il est particulièrement difficile d'évaluer la concurrence bancaire dans les économies de l'UEMOA. En effet, le nombre très faible des banques n'offre pas un échantillon minimal d'estimation, par année et par pays, d'un indicateur de concurrence. Dès lors l'étude se consacre à la concentration. A présent examinons les profils de concentration dans les différents pays. 4. CONCENTRATION DES INDUSTRIES BANCAIRES DE L'UEMOA La littérature a souvent souligné le rôle de la concentration dans l'explication de la faible performance des secteurs bancaires africains et particulièrement ceux de l'UEMOA (Nubukpo, 2007b ; Joseph, 2002). Mais ces analyses restent en général sommaires et ne sont pas systématiques de sorte qu'elles ne permettent pas de caractériser de façon exacte la variété des profils de concentration et de rendre compte de leur évolution au cours du temps. Nous procédons ici à une évaluation précise et dynamique de ces profils ainsi que de leur distribution asymétrique entre les économies. De plus, si la concentration affecte l'efficacité de la politique monétaire, on pourrait escompter de l'identification des traits majeurs de ses dynamiques temporelles et spatiales, un éclairage supplémentaire de cet impact sur la transmission. 126 Les politiques de restructuration des industries bancaires de l'UEMOA ont conduit à liquider certaines institutions, permis de restaurer des secteurs antérieusement en crise et d'y attirer de nouvelles firmes. Sous l'effet conjugué de ces facteurs et de diverses dynamiques de partage des marchés, la concentration bancaire marque des évolutions. Nous l'analysons ici en deux temps. Dans un premier temps un examen des données agrégées au niveau de l'UEMOA permet d'éclairer la dispersion par taille des établissements bancaires et la dominance du marché par les grands groupes étrangers. Dans un second temps l'analyse des indices HHI montre l'évolution du phénomène et les asymétries entre les industries nationales. Ces indices ont été construits à l'aide de la base de données que nous avons constituée autour des bilans de l'ensemble des firmes bancaires de 1991 à 2006. 4.1. CONCENTRATION AU NIVEAU DE L'UNION32 Dans ses rapports annuels, la Commission bancaire de l'UEMOA analyse le paysage des établissements de crédit à travers leur répartition suivant la taille et l'affiliation aux groupes bancaires33. Les institutions de crédit sont regroupées en trois catégories : les institutions moyennes dont l'actif total est compris entre cinquante (50) et cent (100) milliards de FCFA ; et les classes inférieures et supérieures à ces bornes respectives (Figure III.1). Par ailleurs, les parts de marché des groupes bancaires sont évaluées au niveau sous-régional (Figure III.2). Le paysage financier est dominé par les banques (98% des actifs) dont l'écrasante majorité, 87,6%, développe une activité généraliste. En 2006, 27 établissements de crédit sur 112 ont une taille supérieure à 100 milliards et représentent 68% du total des actifs, (contre 59, 8% en 2005 et 62% en 2004). Ils concentrent par ailleurs en 2006, 50,9% des guichets et 59,9% des Les chiffres de cette sous-section proviennent du rapport 2006 de la Commission bancaire de l'UEMOA. 33 Le calcul des indices HHI dans les publications de la Commission bancaire est très récent (rapport 2009 publié en 2010). 32 127 comptes de la clientèle. Les 19 banques de taille moyenne ne détiennent que 18,2% des actifs du système bancaire (contre 29,4% en 2005). Elles contrôlent 25,5% du réseau bancaire et 32,3% des comptes bancaires. Les établissements de taille inférieure sont de loin les plus nombreux, 66 ; ils ne représentent pourtant que 13,4% du total des actifs, 23,6% des implantations et 7,8% des comptes bancaires. Figure III. 1. Répartition du marché de l'UEMOA suivant la taille des banques en 2006 Actif < 50 13% 50 < Actif < 100 18% Actif > 100 68% Source : Données extraites du Rapport 2006, Commission bancaire de l‟UEMOA. Les chi ffres sont en milliards de FCFA . Figure III. 2. Répartition du marché de l'UEMOA suivant les grands groupes en 2006 SOCIETE GENERALE: 14,5% B NP PAR IBAS: 10,4% AUTRES: 48,5% AFH/BOA: 8,9% AFG:3,4% CAYLON: 3,4% ECOBANK: 10,9% Source : Données extraites du Rapport 2006, Commission bancaire de l‟UEMOA. En 2006, 6 groupes bancaires se partagent 51,5% du marché de l'UEMOA. Cette forte concentration cache une dominance des banques étrangères notamment françaises. Avec un petit nombre d'établissements, 11 en 2006, cellesci contrôlent plus du quart du marché (28,3%) et près du tiers en 2005. Cette situation justifie le terme de « cartel des banques françaises » et conduit selon Nubukpo (2007b) à des comportements d'entente et de collusion avérés. L'impact qui en résulte sur l'altération de la politique de la BCEAO serait d'autant plus important que la résilience de ces banques est accrue par leurs réseaux internationaux. En plus de la dominance des grandes banques et de la prépondérance des groupes étrangers, on peut également relever une forte concentration des portefeuilles de crédit sur quelques grandes entreprises, dans des secteurs particuliers (67% pour le commerce et les services, 30% pour l'industrie et seulement 3% pour l'agriculture) et sur un horizon de maturité court (60% du crédit est à court terme)34. Si la maturité courte des crédits pouvait tendre à accroître, toute chose égale, la sensibilité de l'activité du crédit aux chocs monétaires, la concentration des financements sur quelques entreprises d'une poignée de secteurs dans les seuls centres urbains (Meisel et Mvogo, 2007) renforcerait les effets asymétriques de la politique au sein même des économies nationales. 4.2. CONCENTRATION AU NIVEAU DES INDUSTRIES NATIONALES A partir de quelques ratios de parts de marché, Joseph (2002) observe qu'en Cote d'Ivoire, la concentration du marché bancaire a été accentuée entre 1987 et 1995. Une observation de l'indicateur HHI sur la période 1991-2006 permet cependant de voir des évolutions assez notables dans ce pays ainsi que dans les autres économies de l'UEMOA (Figure III.3). On peut faire plusieurs observations relatives à l'évolution tendancielle de la concentration et à son importance relative. 34 Pour l'année 2006. 129 Premièrement, il apparait que toutes les industries bancaires connaissent un affaiblissement tendanciel de leur concentration sur la période, à l'exception de celle du Togo où l'indicateur HHI s'est plutôt apprécié. Ce dernier pays est le seul à connaitre un recul du nombre de firmes sur l'ensemble de la période étudiée (Tableau III.6 en annexe). Dans les autres pays le secteur a connu une augmentation nette du nombre de banques. 130 4000 1000 5000 4000 2000 1000 0 Burkina Faso 3000 2000 y = -125,99x + 3438,7 0 Côte d'Ivoire 3000 y = -95,689x + 2446,8 3000 1000 5000 4000 1000 2000 1000 1000 500 0 0 Mali 2000 y = -46,609x + 2399,1 0 3000 2000 1 991 1 992 1 993 1 994 1 995 1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2004 2005 2006 y = -53,138x + 3110 1 991 1 992 1 993 1 994 1 995 1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2004 2005 2006 3000 1 991 1 992 1 993 1 994 1 995 1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2004 2005 2006 1 991 1 992 1 993 1 994 1 995 1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2004 2005 2006 2000 Bénin 1 991 1 992 1 993 1 994 1 995 1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2004 2005 2006 1 991 1 992 1 993 1 994 1 995 1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2004 2005 2006 4000 1 991 1 992 1 993 1 994 1 995 1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2004 2005 2006 Figure III. 3. Evolution des indices HHI 2500 2000 1500 1000 Togo y = 11,253x + 1776,4 500 0 Niger Source : Calculs de l‟auteur à partir des publications des bilans bancaires de la Commission Bancaire de l‟UEMOA. y = -121,86x + 3640,6 0 1500 Sénégal y = -12,943x + 1633,7 131 Deuxièmement, l'évolution de la concentration bancaire est particulièrement prononcée, par ordre décroissant, au Niger, au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire. En effet, les pentes des droites d'ajustement associées aux nuages des points de concentration de ces pays sont les plus élevées. A contrario, le secteur bancaire sénégalais est le moins affecté sur la période. Suivent par ordre d'importance croissante de l'ampleur des changements, les marchés bancaires togolais, béninois et malien. Si l'évolution du nombre de banques peut affecter celle de la concentration du secteur, elle n'en est qu'une cause relative. En effet, le secteur bancaire béninois, par exemple, a connu la plus forte augmentation des entreprises y opérant ; cependant l'ampleur des variations de l'indicateur HHI dans ce pays est parmi les plus réduite. Troisièmement, la Figure III.4 montre comment les industries bancaires nationales s'ordonnent de façon dynamique selon leur niveau de concentration. La Côte d'Ivoire et le Sénégal présentent les plus faibles indicateurs HHI. Si jusqu'en 1996, le marché sénégalais était le moins concentré, cette place revient désormais à l'industrie ivoirienne. L'indice HHI du marché burkinabè présente depuis 1995, une tendance très marquée à la baisse qui la porte à converger vers le niveau de concentration des deux économies les plus développées de l'UEMOA. Les scores du Burkina Faso sont très proches de ceux du Sénégal sur les dernières années de la période sous revue. L'appréciation de la concentration tout au long des années 2000, a rendu la place golaise davantage conglomérée que celle du Mali allant jusqu'à rejoindre la position de l'industrie nigérienne. Sur ces dernières années, le secteur bancaire béninois est de loin le plus concentré de l'UEMOA35. 35 Nous rappelons que nous ne tenons pas compte de la Guinée Bissau. Figure III. 4. Evolution contrastée, suivant les pays, des indicateurs HHI 5000 Benin Burkina Faso Cote d'Ivoire Mali Niger Sénégal To go 2006 2005 2004 2 003 2 002 2 001 2 000 1 999 1 998 1 997 1 996 1 995 1 994 1 993 1 992 1 991 0 Source : Calculs de l‟auteur à partir des publications des bilans bancaires de la Commission bancaire de l‟UEMOA. Tableau III. 1. Analyse de l'importance de concentration bancaire dans l'UEMOA Pays Faible concentration bancaire Concentration bancaire moyenne Forte concentration bancaire HHI<1000 1000<HHI<2000 HHI >2000 Bénin - 2006 1991-2005 Burkina Faso - 2001-2006 1991-2000 Côte d‟Ivoire - 1991, 1995-2006 1992-1994 Mali - 1996-2000 ; 2003-2006 1991-1995, 2001-2002 Niger - 2006 1991-2005 Sénégal - 1991-2006 Togo - 1991-2002 ; 2004-2006 2003 Source : Synthèse de l‟auteur. Quatrièmement, on peut analyser l'importance de la concentration dans les différents pays (Tableau III.1). L'indice HHI est supérieur à 1000 pour tous les pays durant la période 1991-2006. La concentration du marché bancaire est demeurée modérée (HHI < 2000) au Sénégal, au Togo (à l'exception de l'année 2003) et en Côte d'Ivoire (à l'exception des années 1992, 1993 et 1994). A l'exception de la dernière année de la revue (2006), l'indice de concentration bancaire est resté supérieur au seuil de 2000 au Bénin et au Niger durant toute la période. A partir de 2001, le marché burkinabé est à considérer désormais comme moyennement concentré. Au Mali, l'indice HHI a oscillé autour de la valeur de 2000 : la concentration est apparue forte entre 1991 et 1995 ainsi qu'en 2001 et 2002. Cinquièmement, le poids de grandes firmes est intéressant à noter. En 2005, les deux plus grandes banques contrôlent 34% du marché ivoirien, contre 52% au Niger et 63% au Bénin. La même année, les chiffres pour les trois plus grandes banques sont de 47% pour la Côte d'Ivoire, 70% et 75% pour le Niger et le Bénin. Aucune banque « leader national » ne contrôle moins du cinquième du marché total en 2005. Durant cette même année au Bénin, la première banque concentre à elle-seule près de la moitié du marché, 43%, contre 34% au Mali. En somme, la structure des marchés bancaires de l'UEMOA a évolué depuis les réformes de restructuration. A l'exception du Togo, la concentration bancaire a connu une tendance baissière, avec toutefois des rythmes différents de progression : baisse particulièrement prononcée au Niger ; au Burkina Faso et Côte d'Ivoire, affaiblissement plus amorti pour le Sénégal ; le Bénin et le Mali. La place togolaise s'est en revanche davantage concentrée. Par ailleurs, les asymétries entre pays sont importantes: les marchés ivoirien ; sénégalais ; burkinabè et malien sont par ordre décroissant les plus concentrés, l'écart entre les indices HHI des deux pays classés aux extrèmes, la Côte d'Ivoire et le Bénin, est de l'ordre de plus du double. En comparaison avec le Ghana, la concentration bancaire est plus forte dans l'UEMOA. En 2000, l'indice HHI était de 1066 pour le Ghana36 contre 1393 pour la Côte d'Ivoire, 1463 pour le Sénégal, 1555 pour le Mali, 1871 pour le Togo, 2046 pour le Burkina, 2104 pour le Niger et 2720 pour le Bénin. En 2006 la concentration bancaire est faible au Ghana avec un indice qui de 871. Dans l'UEMOA, les indices HHI sont toujours dans la zone intermédiaire : 1064 pour la Côte d'Ivoire ; 1403 pour le Sénégal ; 1378 pour le Burkina ; 1593 pour le Mali ; 1785 pour le Niger ; 1788 pour le Togo et 1912 pour le Bénin. Cette configuration des industries bancaires peut poser une double contrainte à la politique monétaire. D'une part la nature concentrée du secteur peut être une source d'inefficacité des impulsions monétaires, inefficacité qui irait toutefois en se réduisant sur la période dans la plupart des pays en rapport avec le recul constaté de la concentration. D'autre part les effets asymétriques de la politique de la BCEAO peuvent être renforcés par les disparités observées entre les indices HHI. 5. SPECIFICATION DU MODELE ET STRATEGIE ECONOMETRIQUE Nous décrivons dans cette section les variables et les données (5.1) ainsi que les méthodes économétriques mobilisées (5.2), notamment les tests d'analyse de la stationnarité des variables, les tests de cointégration et la stratégie d'estimation. 5.1. LE MODELE L'objectif de l'étude est d'évaluer l'incidence de la concentration bancaire sur la transmission de la politique de la BCEAO. A l'instar de la littérature empirique évaluant la credit view (Bernanke, 1983 ; Kashyap, Wilcox et Stein, 1993 ; Bernanke et Blinder, 1992 ; Kashyap et Stein, 1994, 1995, 1997, 2000; Kishan et Opiela, 2000 36 Les chiffres concernant le Ghana proviennent de divers numéro de « Financial Stability Report, Bank of Ghana ».
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Statut des objets " extra-ordinaires " du Gravettien final de l'abri Pataud (Les Eyzies, Dordogne) : objets abandonnés dans l'habitat ou dépôt intentionnel? Laurent Chiotti, R . Nespoulet, Dominique Henry-Gambier, André Morala, Carole Vercoutère, Safia Agsous, Arnaud Lenoble, L. Marquer, Dominique Grimaud-Hervé To Chiotti Statut des objets " extra-ordinaires " du Gravettien final de l'abri Pataud (Les Eyzies, Dordogne) : objets abandonnés dans l'habitat ou dépôt intentionnel?. X e rencontres internationales d'archéologie histoire d Antibes, Oct 2008 Antibes, France. pp.29 . shs-01006290 Du matériel au spirituel. Réalités archéologiques et historiques des « dépôts » de la Préhistoire à nos jours XXIXe rencontres internationales d'archéologie et d'histoire d'Antibes Sous la direction de S. Bonnardin, C. Hamon, M . Lauwers et B. Quilliec Éditions APDCA, Antibes, 2009 Statut des objets « extra-ordinaires » du Gravettien final de l'abri Pataud (Les Eyzies-de-Tayac, Dordogne) : objets abandonnés dans l'habitat ou dépôt intentionnel? Laurent Chiotti*, Roland Nespoulet**, Dominique Henry-Gambier***, André Morala****, Carol e Vercoutère**, avec la collaboration de Safia Agsous**, Arnaud Lenoble ***** , Laurent Marquer**, Dominique Grimaud-Hervé ** Résumé Le Gravettien final du niveau 2 de l'abri Pataud a livré une des plus importantes séries de vestiges humains du Gravettien français , ainsi qu'une concentration inhabituelle d'objets mobiliers remarquables. Ces objets sont-ils des pièces usuelles abandonnées dans l'habitat ou des dépôts intentionnels de pièces n'entrant pas dans la sphère du quotidien? Existe-t-il un lien avec l'assemblage de vestiges humains? L'analyse combinée des collections et des archives Movius avec les données des fouilles récentes offre un nouvel éclairage sur ces questions. Abstract Level 2 at Abri Pataud (Final Gravettian) yielded one of the most important collections of human remains from the French Gravettian, including an unusual concentration of portable objects. There are many questions surrounding these objects: Were they objects used in everyday life, or did they function only in exceptional circumstances? Were they simply discarded after having been used or were they intentionally buried together? If the latter is true, then are they somehow associated with the human remains found in this level? Here we will discuss these questions based on analyses of the original documents and collections of Movius and preliminary results of new excavations. * Département de préhistoire du Muséum national d'histoire naturelle, UMR 7194, abri Pataud, 20 rue du Moyen Âge, 24620 Les Eyzies-de-Tayac. <[email protected]> **Département de préhistoire du Muséum national d'histoire naturelle, UMR 7194, Institut de paléontologie humaine, 1 rue René Panhard, 75013 Paris. *** Laboratoire d'anthropologie des populations du passé, PACEA, UMR 5199, Université Bordeaux 1, avenue des Facultés, 33405 Talence. **** Musée national de Préhistoire, 24620 Les Eyzies-de-Tayac, UMR 5199, Université Bordeaux 1. ***** Département de préhistoire du Muséum national d'histoire naturelle, UMR 7194, Musée de l'Homme, Palais de Chaillot, 17 Place du Trocadéro, 75116 Paris. 29 Laurent Chiotti et al. Introduction L'abri Pataud, situé dans le village des Eyzies-de-Tayac en Dordogne, a livré une importante stratigraphie couvrant la première moitié du Paléolithique supérieur. Fouillé entre 1958 et 1964 par H. L. Movius, Professeur à l'université de Harvard, cet abri a livré 14 niveaux d'occupation aurignaciens et gravettiens. La couche 2, dont ont été exhumés les objets discutés dans cet article, est attribuée au Gravettien final1. Elle a été fouillée sur 14 m2 en 1958 et en 1963. Depuis 2005, une nouvelle fouille, dirigée par R. Nespoulet et L. Chiotti, a été entreprise dans le secteur nord, immédiatement adjacent aux fouilles précédentes. Cette couche est un niveau d'habitat en pied de falaise durant la phase finale de l'évolution de l'abri, ayant livré des milliers d'objets archéologiques, dont une importante série de vestiges humains (plus de 300 restes), la seule actuellement connue pour le Gravettien final européen (22-20000 ans BP). Les fouilles et les études de l'équipe de H. L. Movius n'ont pas permis de statuer sur la signification de ces vestiges humains. S'agit-il de vestiges abandonnés ou correspondent-ils à des dépôts intentionnels relevant de pratiques funéraires? S'agit-il de dépôts primaires perturbés? Quel est l'agent de ces perturbations? Le programme de recherche qui a débuté en 2005 a pour principal objectif d'essayer de répondre à ces interrogations. Trois approches complémentaires ont été développées : 1) la fouille du niveau 2, sur une surface volontairement limitée ; 2) la révision des collections Movius2 ; 3) l'analyse des archives Movius (Nespoulet et al., 2008). C'est dans ce cadre que s'inscrit l'analyse d'une série d'objets dits « extraordinaires » présentée ici. Nous détaillerons ces objets et envisagerons les différents arguments qui font d'eux : soit des rejets fortuits (et donc sans signification particulière) ; soit un ou plusieurs dépôts intentionnels. S'il s'agit de dépôts intentionnels, quel sens peut-on alors leur attribuer? Pourquoi des objets « extra-ordinaires »? Les fouilles de H. L. Movius ont livré plusieurs objets qui, en fonction de critères techniques et de fréquence, se démarquent nettement des milliers d'autres vestiges (faune, silex, etc.) qui font la richesse du niveau 2, d'où ce qualificatif pouvant paraître un peu audacieux d'« extra-ordinaire ». Ces objets 1. Le Gravettien final a initialement été défini sur le site de Laugerie-Haute Est par D. et E. -Peyrony (1938) sous le nom de Protomagdalénien. Cette culture est également dénommée Périgordien VII. 2. Statut des objets « extra-ordinaires » du Gravettien final de l'abri Pataud relèvent de plusieurs domaines : artistique (statuette, bloc gravé, scapula peinte) ; technique (galets abrasés, bâton percé, biface acheuléen collecté) ; ornemental (perles rectangulaires) ; s'y ajoutent des éléments de faune (crânes de cerf, tronçon de défense de mammouth). L'individualisation de ces objets repose sur plusieurs critères : 1) la rareté : ils sont peu nombreux au regard de la quantité de matériel collectée dans le niveau 2. 2) la répartition spatiale : ils sont localisés dans la bande la plus profonde (F/G), située près de la paroi du fond de l'abri. En outre, certains d'entre eux sont concentrés dans la partie nord du site (Trench VII). 3) la matière première : certains sont en ivoire de mammouth (perles et tronçon de défense), alors que le mammouth est absent de la faune chassée ; d'autres sont réalisés sur des galets de roches magmatiques ou métamorphiques, matières rares et fortement sélectionnées. 4) l'investissement technique : leur réalisation a le plus souvent nécessité un investissement technique important ou témoigne d'un usage durable. Caractéristiques de ces objets Les objets d'art La scapula ornée En 1963, un fragment de scapula de grand herbivore (AP/63-1/2-107) fut mis au jour dans la Trench VII, au-dessus d'un grand bloc gravé. Sept ou huit lignes de ponctuation rouges décorent l'une de ses faces (Movius, 1977, p. 10). En 2006, lors d'un tri de la faune Movius réalisé par D. Henry-Gambier, la découverte de nouveaux fragments portant des ponctuations rouges a permis de compléter cet os, accroissant significativement la surface ornée et le nombre de ponctuations (fig. 1). Elle porte, en outre, de très nombreuses stries. La plupart correspondent à un aménagement de la surface par raclage, avant l'application de la peinture. Quelques unes, postérieures, pourraient être des traits de gravure. La pièce est cependant trop incomplète pour statuer sur le caractère et la signification de ces traits. Quoi qu'il en soit, cet objet demeure exceptionnel à l'échelle du niveau 2, mais également du Gravettien français. La statuette Une petite pièce de calcaire (AP/63-2-1964), dénommée « Pseudo-Art Object » par H. L. Movius, fut mise au jour dans le carré FVII, en 1963. Elle fut alors décrite comme un fragment de calcaire naturellement roulé et à peine modifié afin de suggérer une vague forme animale (Movius, 1977, p. 27) (fig. 2a). 31 Laurent Chiotti et al. Stries de raclage et/ou traits de gravure Peinture rouge Surfaces de fracture 0 5 cm Sédiment résiduel Fig. 1. AP/63-1/2-107, Scapula de grand herbivore ornée de lignes de ponctuations rouges. Relevé E. Man-Estier, 2008. b a 23-CHIOTTI et al 1 0 5 cm Fig. 2. AP/63-2-1964, Statuette animale et/ou féminine (« Pseudo-Art Object »). Dessin . Laurent, a : d'après Movius, 1977 ; b : d'après White, 2002. Il s'agit en réalité d'un objet façonné sans doute par raclage. L'altération du calcaire qui se délite en très fines couches infra-millimétriques a effacé la plupart des stigmates de ce façonnage. Seules quelques traces de raclage sont encore visibles. En 2002, R. White a proposé une nouvelle interprétation de cette statuette. En effet, positionnée verticalement (fig. 2b), elle entre dans la variabilité morphologique des statuettes féminines gravettiennes. Elle est notamment très proche de la « vénus » de Sireuil, trouvée à quelques kilomètres des Eyzies-deTayac (White, 2002). 32 Statut des objets « extra-ordinaires » du Gravettien final de l'abri Pataud a b c 0 10 cm Fig. 3. Bloc immeuble gravé. a : relevé des gravures par P. Laurent (d'après Movius, 1977) ; b : vue générale du bloc (photo L. Chiotti) ; c : relevé de l'image vulvaire (d'après Delluc, 1991). Le bloc immeuble gravé Couvrant une grande partie du carré FVII, un bloc gravé occupant une surface d'environ 2 m2 fut mis au jour en 1963. Il faisait partie d'une ligne N.-S. continue de blocs d'effondrement, de volume comparable, qui barrait toute la largeur de l'abri. La surface supérieure de ce bloc est gravée de traits fins et entremêlés qui, selon H. L. Movius, étaient indéchiffrables (Movius, 1977, p. 25) (fig. 3a). D'après B. et G. Delluc (1991 ; 2004), au milieu de ces tracés, un ensemble représenterait une vulve schématisée (fig. 3c) : « Cinq de ces traits situés dans l'angle nord-est du bloc dessinent une image [] relativement isolée qui nous OTTI et Laurent Chiotti et al. parait représenter une image vulvaire ovalaire : le trait de contour irrégulier présente une portion supérieure difficile à suivre et des portions latérales très vigoureusement incisées [], conservant des traces de piquetage à droite ; le sillon médian, large de 15 mm et profond de 9 mm, est doublé à droite par deux traits plus courts et moins profondément incisés » (Delluc, 1991, p. 208). Les objets de parure Les perles rectangulaires Le niveau 2 a livré plusieurs éléments de parure. L'ensemble le plus original est constitué par 82 perles rectangulaires, à perforation centrale, très probablement façonnées, en tout cas pour certaines, dans de l'ivoire de mammouth (fig. 4a). Ces perles sont très standardisées et leur façonnage est très élaboré. Elles présentent une face plane et une face bombée, avec une incision transversale sur la face plane, au niveau de la perforation. Elles sont toutes de petites dimensions (6 à 11,5 mm de longueur ; 3 à 6,5 mm de largeur ; 1,5 à 3,5 mm d'épaisseur ; Vercoutère, étude en cours). Soixante-treize d'entre elles, découvertes en 1963, proviennent du carré GVII. Soixante-trois ont d'ailleurs été retrouvées concentrées dans un cercle de 10 cm de diamètre (archives Movius, abri Pataud). Le nettoyage des déblais d'une fouille clandestine à hauteur du carré GVIII a livré trois perles en 1989, et six nouvelles perles en 2008, toutes de même forme. Les outils Le bâton percé Un bâton percé (AP/63-2-1280) a été mis au jour en 1963, dans le carré GVII. Il s'agit d'un bois de massacre de renne perforé. Cet objet, réalisé sur un bois gauche, gros module, comprend un fragment du crâne, la base de l'andouiller d'oeil, la base de l'andouiller de glace et la perche A. Ce bâton percé ne révèle aucune trace anthropique autre que la perforation (Vercoutère, 2007). Il est exceptionnel par ses dimensions, puisqu'il atteint une longueur de 60 centimètres (fig. 4b). Les galets Une série de 34 galets provient de la couche 2. Ils sont généralement de forme allongée et de matières premières originales : roches dures, magmatiques ou métamorphiques. Certains d'entre eux ne portent aucun stigmate anthropique, alors que d'autres présentent de très importantes traces d'utilisation (Chiotti et al., étude en cours). L'un d'entre eux (AP/58-2-430), découvert dans le carré GVI, est particulièrement intéressant. Il s'agit d'un galet de roche magmatique très dure et très compacte (fig. aux pièces néolithiques et nommé, pour cette raison, « Polisher : Neolithic Type » par H. L. Movius (1977, p. 25). Il est entièrement « façonné » par l'utilisation. Sa surface porte de multiples facettes d'abrasion striées, des plages de percussion, des traces d'impacts isolés et de très nombreuses stries. Il s'agit donc d'un outil aux usages multiples, dont la durée d'utilisation a manifestement été très longue. Le biface acheuléen 23-CHIOTTI et al 04 La Trench II, au sud de la fouille, a livré un biface lancéolé (AP/58-2-237) (fig. 5), pièce surprenante pour le Gravettien! De grandes dimensions (185 x 94 x 42 mm), elle est décrite comme typique de l'Acheuléen moyen (Movius, 1977, p. 26). Ce biface, réalisé sur du silex calcédonieux lacustre du Tertiaire, porte une patine profonde de couleur brun orangé, caractéristique des objets provenant otti Fig. 5. AP/58-2-237, biface de type acheuléen. Photo L. Chiotti. 23-CHIOTTI et al 05 Fig. 6. Crânes de cerf (Cervus elaphus) placés contre la paroi du fond de l'abri dans le carré GIII, d'après Movius, 1977. 36 Statut des objets « extra-ordinaires » du Gravettien final de l'abri Pataud de sites de plein air, où il a probablement été collecté. La pointe de cet outil, non patinée, a été retaillée sur ses deux faces, après son ramassage par les Gravettiens. Les vestiges de faune Les crânes de cerfs En 1958, H. L. Movius met au jour ce qu'il dénomme alors le « Deer Skull Complex » : trois crânes de cerfs isolés, comprenant deux adultes et un immature, situés dans le carré GIII, contre la paroi du fond de l'abri. Ces spécimens, quasiment complets lors de leur découverte, présentaient, selon H. L. Movius, un arrangement particulier (Movius, 1977, p. 23) : le crâne le plus au nord, celui d'une femelle âgée de deux ans, reposait sur la voûte, le maxillaire orienté vers le haut, le museau pointé vers celui des deux autres crânes. Ces derniers, ceux d'une femelle de 14 ans et d'un jeune de 6 mois selon J. Bouchud (1975), étaient superposés et en contact par les maxillaires. Ils étaient situés à 14 centimètres du premier crâne (fig. 6). Dans les trois cas, les mandibules n'ont pas été retrouvées. Sous le troisième crâne, se trouvait une série de 7 lamelles à dos, toutes dans le même silex. En outre, des pièces lithiques et des blocs de calcaire brûlé gisaient à proximité des crânes (Movius, 1977, p. 24-25). Il est malgré tout impossible d'affirmer que la disposition observée à la fouille correspond à l'arrangement initial, des perturbations postérieures au dépôt ne pouvant être exclues. Le sommet des trois crânes portait un enfoncement qui, selon J. Bouchud, rappela celui provoqué par un coup de merlin (Bouchud, 1975, p. 80). Malheureusement, l'altération de ces trois crânes et des restaurations peu soigneuses au plâtre masquent totalement la voûte crânienne, empêchant de nouvelles analyses, et notamment la vérification de ce mode d'abattage. L'originalité de cet ensemble par rapport aux autres vestiges de faune du niveau 2 est cependant multiple. D'une part, il est le seul ensemble de ce type et, bien qu'il soit très endommagé aujourd'hui, les crânes étaient complets au moment de leur découverte, alors que la faune du niveau 2 est très fragmentée et que les restes crâniens y sont rares, toutes espèces confondues. . 0 5 cm Fig. 7. AP/58-2-309, tronçon de défense de mammouth (« Mammoth tusk Container »). Dessin P. Laurent, d'après Bricker, 1995. L'examen de cette pièce confirme l'existence de stigmates d'entaillage aux deux extrémités du tronçon. Toute la surface externe présente des traces de raclage longitudinal. Le bord de l'une des extrémités est aminci et sa surface interne montre des traces de raclage transversales et obliques (Vercoutère, étude en cours). Malgré tout, il est difficile d'affirmer, à ce stade des analyses, que l'évidemment est totalement d'origine anthropique. En dépit de cette interrogation, ce tronçon reste une pièce originale et remarquable dans le contexte du niveau 2, not amment parce qu'il est, avec certains éléments de parure et 4 fragments d'ivoire bruts, le seul élément représentant le mammouth. Les autres sites du Gravettien final ont-ils livré des pièces comparables/identiques? Les gisements du Gravettien final clairement identifiés sont rares et connus uniquement en France. Hormis l'abri Pataud, trois autres sites ont livré des 38 Statut des objets « extra-ordinaires » du Gravettien final de l'abri Pataud occupations du Gravettien final. Il s'agit de Laugerie-Haute Est (Les Eyzies-deTayac, Dordogne), du Blot (Cerzat, Haute-Loire) et des Peyrugues (Orniac, Lot). Si les objets présentés ici sont bien originaux dans le contexte du niveau 2 de l'abri Pataud, existent-ils dans les autres sites? Si oui quelle est leur importance? Des perles rectangulaires de forme et de dimensions comparables sont connues aux Peyrugues et au Blot. Vingt-cinq perles ont été retrouvées aux Peyrugues (Allard et al., 1997). Leur partie centrale perforée est plus déprimée que sur les perles de l'abri Pataud, de telle sorte qu'elles se positionnent en croix lorsqu'elles sont enfilées sur un lien. Une perle très proche de celles de l'abri Pataud a été retrouvée au Blot (Chauvière, Fontana, 2005). Une première différence entre les perles des trois gisements serait la matière utilisée. À l'abri Pataud, certaines seraient en ivoire de mammouth, alors que celles des Peyrugues, et sans doute celle du Blot, sont en bois de renne. Il faut cependant noter que la détermination de la matière première est toujours délicate sur des objets aussi petits et ayant subi une abrasion et un polissage. Aussi, il est impossible d'exclure que certaines des perles de Pataud puissent être en os ou en bois de renne. Une seconde différence réside dans leur quantité et leur répartition : elles sont nettement plus nombreuses à Pataud et beaucoup moins dispersées. Elles sont en outre ocrées. Le Gravettien final de Laugerie-Haute Est (fouilles D. Peyrony) a livré un bâton percé (Peyrony, Peyrony, 1938, p. 30). Cette pièce, de dimensions plus modestes que l'exemplaire de l'abri Pataud, mesure une quinzaine de centimètres de longueur. Un important décor gravé constitué de deux mammouths affrontés et d'un arrière-train de bison en fait cependant un objet exceptionnel (Dubourg, 1997, p. 354). Des galets de roches dures, utilisés ou non, sont présents à Laugerie-Haute Est (Chiotti et al., étude en cours). Comme à l'abri Pataud, les matières premières sont variées, toutefois aucun n'est aussi investi techniquement que le « Polisher : Neolithic Type » de la couche 2. En résumé, si certains de ces objets que nous avons qualifiés d'« extra- rdinaires », sont présents dans plusieurs sites du Gravettien final, d'autres reso tent, en l'état actuel de nos connaissances, spécifiques à l'abri Pataud. Le bâton percé et le biface sont représentés chacun par un unique exemplaire, à l'abri Pataud comme à Laugerie-Haute Est. Les perles et les galets travaillés, respectivement présents aux Peyrugues, au Blot et à Laugerie-Haute Est y sont moins nombreux qu'à l'abri Pataud. Le choix de l'ivoire pour les perles de Pataud, matière rare dans le sud-ouest de la France, n'est peut-être pas anodin. Dernier point à rappeler, les galets de Laugerie-Haute Est sont fragmentés, donc inutilisables, alors que ceux de l'abri Pataud sont le plus souvent entiers et ne présentent aucune raison évidente d'abandon. Comment expliquer une telle « concentration » d'objets à Pataud? Outre la présence de ces objets « extra-ordinaires », l'autre spécificité majeure du niveau 2 de l'abri Pataud est la présence de vestiges humains, fait unique pour cette période du Gravettien final. Les fouilles de 1958 et de 1963 ont en effet livré une série importante de vestiges humains (Movius, 1977). Étudiés par H. V. Vallois, G. Billy et P. Legoux (Movius, Vallois, 1959 ; Billy, 1975 ; Legoux, 1975), ils représentent au moins 3 individus adultes et 3 immatures. Ils constituent un assemblage original, à la fois par leur remarquable état de conservation, par le taux de représentation des squelettes et par leur répartition dans le site (fig. 8). Ils se divisent en deux concentrations, l'une au nord (carrés F/G VII/VIII), l'autre au sud (carrés F/G II). Entre ces deux concentrations, quelques vestiges sont dispersés. Chaque concentration groupe au moins un adulte de sexe féminin et un immature. À ce stade de l'analyse, la signification de ces vestiges reste problématique, car des indices de manipulations par les Préhistoriques ont été mis en évidence (Henry-Gambier, 2008a ; étude en cours). Se pose donc la question d'une relation entre vestiges humains et objets « extra-ordinaires ». L'examen des archives de fouille permet de démontrer qu'au moins une partie de ces derniers était vraisemblablement associée aux vestiges humains. Les données spatiales et altimétriques extraites des archives de fouille montrent en effet qu'il existe une bonne concordance entre les vestiges humains de la concentration nord et plusieurs objets. Répartition altimétrique Les vestiges humains de la partie nord du site (bande VI, VII, VIII) sont quasiment tous situés dans la partie supérieure du niveau 2 : Lens 1, Eboulis a et base de l'Eboulis 1/2 (Movius, 1977), à une profondeur allant de 200 à 270 cm (Henry-Gambier, 2008a). Les objets décrits précédemment proviennent également de la partie supérieure du niveau, surtout de la Lens 1 et de l'Eboulis a (fig. 9). carré GVII se trouvaient, par exemple, entre 256 et 275 cm de profondeur. Le bâton percé était à 268 cm de profondeur et la statuette à 262 cm (archives Movius, abri Pataud). Ré partition spatiale 23- CHIOTTI et al 08 Les perles et le bâton percé étaient en GVII, donc directement associés aux vestiges humains de la concentration nord. 41 Laurent Chiotti et al. Objet Subdivision stratigraphique Z Zone AP/63-1/2107 Eboulis 1/2 non coordonné FVII AP/63-2-1964 Lens 1 -262 FVII Pas de N° - non coordonné FVII AP/63-2-2117 Red Facies of Rear Eboulis -275 GVII 19 N° différents Base (Level with Human Bones) ou Lens 1 ou Red Facies of Rear Eboulis ou U.A. L clande (fouille actuelle) -256 à -272 GVII GVIII Bâton percé AP/63-2-1280 Lens 1 -258 à -268 GVII Galet AP/58-2-430 Eboulis a -260 GVI Biface acheuléen AP/58-2-237 Top of Proto-Mag. (Base of Eboulis) -188 FII Pas de N° Upper portion of the reddish facies of rear eboulis -220 à -232 GIII AP/58-2-309 Lens 1 -180 FIV Scapula ornée Statuette Bloc gravé Lot de 63 perles rectangulaires Autres perles rectangulaires Crânes de cerfs Défense de mammouth Numéro Fig. 9. Répartition spatiale et altimétrique des différents objets étudiés dans le niveau 2 de l'abri Pataud. La scapula ornée et la statuette, en FVII, étaient très proches des vestiges humains, c'est-à-dire incluses dans l'espace délimité par le bloc gravé et la paroi. Le galet le plus travaillé (AP/58-2-430), se trouvait en GVI, un peu plus éloigné de la concentration d'ossements humains, mais à proximité immédiate de l'os coxal isolé N° 3 (fig. 10). Sans être en association stricte avec les vestiges humains, ces éléments en étaient donc très proches, que l'on considère leur répartition spatiale ou altimétrique. En revanche, la mise en relation spatiale et altimétrique des autres objets et des vestiges humains est plus problématique. Les crânes de cerfs et le tronçon de défense de mammouth se situaient plutôt au centre de la zone fouillée respectivement dans les carrés GIII et FIV (fig. 10). Ils se placent en dehors des deux concentrations de vestiges humains. Un lien clair avec les vestiges humains est plus difficile à admettre. Toutefois, nous savons que divers processus naturels ont sans doute perturbé les dépôts (Nespoulet et al., 2008). Il est possible que cette dissociation soit en relation avec ces processus naturels dont nous ignorons encore l'impact. Cela dit, le regroupement des trois crânes de cerfs et leur état de conservation plaident en faveur d'un dépôt intentionnel. Sa signification, « offrande », comme le supposait H. L. Movius (1977, p. 27), ou autre, reste cependant hypothétique. Le biface était spatialement et altimétriquement peu éloigné de la concentration sud de vestiges humains (fig. 10). Il provient du carré FII, tandis que les vestiges humains étaient dans les carrés F/GII. de 188 cm, alors que les vestiges humains de la concentration sud se situaient entre 199 et 203 cm. La concordance entre biface et vestiges humains est donc moins claire. Toutefois, là encore, une dissociation liée aux processus naturels ne peut être exclue. De même, la relation entre le bloc gravé situé en FVII, ou plus précisément les gravures, et la concentration de vestiges humains est encore incertaine. En effet, d'après les fiches de terrain (archives Movius, abri Pataud) et la publication (Movius, 1977, p. 25), il semble que la Lens 1 recouvrait la surface du bloc, ce qui impliquerait que les gravures n'étaient plus visibles au moment du dépôt des corps. Ce point n'est cependant pas tranché. Conclusion Nous avions pour objectif principal de présenter les données factuelles et contextuelles permettant de discuter de la signification d'une série d'objets archéologiques que nous avons qualifiés d'« extra-ordinaires » au vu de leurs caractéristiques intrinsèques. Ces dernières suffisent pour s'interroger sur leur statut : objets rejetés sans intention particulière ou objets déposés intentionnellement et, dans ce cas, dans quel cadre? Ces objets sont donc au coeur des questionnements sur l'occupation gravettienne de la couche 2 de l'abri Pataud. Cette question doit être examinée en relation avec le contexte particulier de cette occupation, qui apparaît complexe. Les caractéristiques extrinsèques de ces objets (données spatiales et altimétriques) montrent que la plupart d'entre eux étaient situés dans un espace relativement restreint, celui d'une structure d'accueil contraignante, au fond d'un abri qui livre aussi des vestiges humains. Ajouté à leurs qualités propres, cela plaide contre un rejet fortuit et suggère, au contraire, un lien entre ces objets et les vestiges humains. Le lien spatial et altimétrique de certains d'entre eux avec les vestiges humains de la concentration nord nous semble assez bien démontré. Il faut d'ailleurs rappeler que les données sur les sépultures gravettiennes d'Europe (Henry-Gambier, 2008b) montrent que des défunts (immatures, adultes des deux sexes) ont été déposés avec notamment des outils, et plus rarement des objets d'art ou de la faune. Concernant Pataud, l'interprétation la plus simple serait de considérer les objets des Trenches VI et VII comme associés intentionnellement aux deux individus de la concentration nord dont ils constitueraient le mobilier. Nous serions alors en présence d'un dépôt mortuaire3 sans doute remanié et de l' unique cas connu de dépôt d'une statuette féminine avec des vestiges humains pour -l'ensemble du Gravettien européen. En revanche la signification des objets trouvés plus au sud reste, à ce stade des recherches, problématique. Remerciements Les travaux présentés ici n'auraient pu avoir lieu sans le soutien financier du ministère de la Culture, du Service régional de l'archéologie d'Aquitaine, du Conseil général de la Dordogne, du Muséum national d'histoire naturelle, de l'ANR GUEROPE et du Centre national de la recherche scientifique. Les pièces du Gravettien final de Laugerie-Haute Est ont pu être étudiées grâce à l'autorisation de Jean-Jacques Cleyet-Merle, directeur Musée national de préhistoire, que nous tenons à remercier ici. 3. À ce stade des analyses, nous préférons le terme de mortuaire à celui de funéraire..
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Pour l'IS801, des isoformes étaient associés à des plasmides et/ou des chromosomes de différents pathovars de Pseudomonas syringae, responsables de pathologies végétales variées (Romantschuk, Richter et al. 1991). L'IS91 et l'IS1294 semblent être spécifiques aux bactéries pathogènes infectant les animaux, alors que l'IS801 se trouve principalement dans les pathogènes des plantes (Garcillan-Barcia and de la Cruz 2002). Les éléments de la famille des IS91 sont également associés aux gènes de résistance aux antibiotiques. Le premier cas d'une telle association a été révélé en 1989 ; il concernait l'élément IS1294 qui a ainsi été retrouvé à proximité du gène aph (aminoglycoside-3'phosphotransferase type 1) conférant la résistance à la kanamycine sur le plasmide pUB2380 (Albiger, Comanducci et al. 2000). Des travaux expérimentaux publiés en 2000 ont montré la mobilisation du gène aph par l'IS1294 (Tavakoli, Comanducci et al. 2000). Plus récemment, le séquençage complet des plasmides de différents groupes d'incompatibilité (IncA/C, IncI1 et IncF), dans des souches d'E. coli ou de Salmonella, a montré une association entre cette IS1294 et le gène de la céphalosporinase plasmidique blaCMY-2 (Karczmarczyk, Wang et al. 2014; Sidjabat, Seah et al. 2014; Tagg, Iredell et al. 2014). Comme il a été mentionné précédemment, la transposition des éléments de la famille des IS91 se fait probablement par le mécanisme du cercle roulant. Les propriétés structurelles et fonctionnelles de ces éléments seront détaillées dans le chapitre 3, paragraphe 4.5. 3.2) Les transposons composites Un transposon composite est formé de deux copies d'une même IS en orientation directe ou inverse, en ant un segment d'ADN qui comporte différents gènes de résistance aux antibiotiques et/ou cataboliques (MAHILLON and CHANDLER 1998; Bennett 2008). Très souvent, l'une des deux séquences IS code pour une transposase fonctionnelle, tandis que l'autre code pour un régulateur de la transposition. Les transposons composites les plus célèbres sont Tn5 (IS50), Tn9 (IS1) et Tn10 (IS10) auxquels sont associés des gènes de résistance à un antibiotique (Bennett 2008; Siguier, Gourbeyre et al. 2014). Le transposon Tn5 est composé d'une IS50R et une IS50L en orientation inverse et encadrant des gènes de résistance à la kanamycine et à la streptomycine (Bennett 2008). Le Tn9 comporte deux IS1 en orientation directe flanquant le gène catA1a qui confère la résistance au chloramphénicol (Partridge 2011). Le transposon Tn10 formé de deux IS10, héberge les gènes tetA et tetR qui codent pour la résistance à la tétracycline (Partridge 2011). Figure 10 : Représentation schématique d'une séquence d'insertion, d'un transposon composite et un transposon de type Tn3. tnpA = gène de la transposase; R1 = gène de résistance aux antibiotiques; IRL et IRR = Inverted repeats left and right; res = site de résolution interne; tnpR = gène de la résolvase; bla = gène de β-lactamase 28 3.4) Les transposons conjugatifs Les transposons conjugatifs (CTns), également appelés éléments intégratifs et conjugatifs (ICEs), sont des éléments autotransmissibles qui peuvent avoir un spectre d'hôtes très large, et possèdent tous les gènes nécessaires pour se transférer d'une bactérie à une autre par contact cellule à cellule. Ce sont des éléments de grande taille regroupant les propriétés d'intégration des prophages et les propriétés de transfert des plasmides conjugatifs (Burrus, Pavlovic et al. 2002; Burrus and Waldor 2004). La structure génétique globale des CTns est composée de trois modules fonctionnels distincts assurant la maintenance, la dissémination et la régulation (Burrus and Waldor 2004). Les CTns sont très souvent impliqués dans les phénomènes de propagation des résistances aux antibiotiques, mais ils peuvent aussi accomplir des fonctions plus larges: adaptation des bactéries à de nouvelles conditions environnementales, colonisation de nouvelles niches écologiques, voies cataboliques, biosynthèse de quelques composés antimicrobiens (Burrus and Waldor 2004). La plupart des CTns contiennent le gène int codant pour une recombinase spécifique de site appartenant à la famille des recombinases à tyrosine (comme l'intégrase du phage lambda). Certains contiennent en outre un gène adjacent xis codant pour une excisionase nécessaire pour l'excision. Les s catalysant la conjugaison (Tra) sont très similaires à celles portées par les plasmides conjugatifs d'E. coli. Le premier CTn décrit dans la littérature était le Tn916 identifié chez Enterococcus faecalis dans les années 80 (Franke and Clewell 1981); il code essentiellement pour la résistance à la tétracycline et minocycline (Rice 1998). Figure 11 : Représentation schématique du transposon conjugatif Tn916 (Adam P. Roberts, 2009). Le triangle noir indique la position de l'oriT; tet(M) = gène de résistance à la tétracycline; xis = excisionase; int = tyrosine recombinase. 3.5) Les transposons mobilisables Les transposons mobilisables (MTns), également connus en tant qu'éléments mobilisables intégratifs (IMEs), ils codent les fonctions nécessaires à leur mobilisation, mais ne sont pas conjugatifs en eux-mêmes. Ils portent cependant leur propre site oriT (origine de transfert ou site RSA) et codent pour une protéine de mobilisation TnpZ qui facilite le transfert du transposon dans la cellule réceptrice (Adams, Lyras et al. 2002). Cependant, ce transfert dépend nécessairement de la présence d'un élément "helper" (plasmide ou transposon conjugatif) qui code pour des protéines impliquées dans la formation des ''pores'' de conjugaison (Adams, Lyras et al. 2002). Le Tn4451 est un transposon mobilisable identifié pour la première fois chez Clostridium perfringens, il code une recombinase site spécifique (résolvase) responsable à la fois de l'excision et de l'intégration, et il porte en plus le gène catP conférant la résistance au chloramphénicol. - Chapitre III Familles des transposases et catalyse de la transposition La principale différence entre les séquences d'insertion est la nature des réactions biochimiques catalysées par leurs transposases. Ainsi, cinq familles des transposases ont été décrites: les transposases à motif catalytique DDE, les plus abondantes et les mieux caractérisées, les transposases à motif catalytique DEDD, les transposases à sérine, les transposases à tyrosine, et les transposases HUH. Chacune de ces familles de transposases est caractérisée donc par un domaine catalytique spécifique, qui est retrouvé dans de nombreux autres types d'enzymes impliqués dans des processus cellulaires très diversifiés. Dans tous les cas de transposases DDE, le mécanisme de transposition implique deux étapes: 1) un clivage endonucléolytique site spécifique au niveau des extrémités du transposon permettant d'exposer des groupements 3'-OH. 2) une étape de transfert de brin d'ADN qui permet de transférer ces extrémités 3'-OH de l'ADN donneur dans un ADN cible. 1) Les transposases à motif catalytique DDE 1.1) Variété des éléments utilisant une transposase à motif catalytique DDE Les transposases à motif catalytique DDE sont caractérisées par la présence de deux résidus acide aspartique (D) et un résidu acide glutamique (E) dans le coeur catalytique. Elles constituent la classe la plus abondante chez les organismes procaryotes et eucaryotes, et catalysent les réactions de clivage et transfert de brin d'ADN nécessaires à la transposition sans former une liaison covalente à leur substrat. La majorité des IS classiques, les transposons unitaires, les transposons composites et les bactériophages transposables utilisent des transposases à motif DDE. Les IS classiques les plus dominantes chez les espèces bactériennes appartiennent à la famille IS3. Les membres de cette famille diffèrent significativement au niveau de leurs séquences nucléotidiques, par contre leurs transposases putatives présentent une haute conservation du motif DDE. Le transposon unitaire le plus connu est le Tn7 dont la transposase TnsB appartient à la famille des transposases à DDE. Les transposons composites Tn5 et Tn10 ainsi que le bactériophage Mu sont aussi des exemples 31 très connus des éléments transposables bactériens possédant des transposases avec une triade catalytique DDE. Chez les eucaryotes, les éléments transposables utilisant des transposases DDE sont aussi très variés; les plus répandus sont ceux appartenant à la famille Tc/mariner (Plasterk, Izsvak et al. 1999). Les rétrotransposons à LTR (Long Terminal Repeat), apparentés aux rétrovirus, codent au moins deux gènes: gag et pol. Le gène gag code une protéine de structure de la capside, et le gène pol trois activités enzymatiques distinctes parmi lesquelles celle codant pour une transposase DDE, plus communément connue sous le nom de l'intégrase (Curcio and Derbyshire 2003). 1.2) Mécanisme de catalyse Du point de vue structural et catalytique, les transposases à motif DDE (Acide aspartique-Acide aspartique-Acide glutamique) appartiennent à la superfamille des polynucléotidyl-transférases qui partagent un motif structurel commun, le domaine RNaseHlike (Rice and Baker 2001) qui a été identifié pour la première fois dans la structure cristalline de la nucléase RNase H d'E. coli (Yang, Hendrickson et al. 1990). Le repliement RNaseH-like permet un positionnement étroit des trois résidus catalytiques (Nowotny 2009). Les transposases à DDE sont composées de multiples domaines fonctionnels: un (ou des) domaine(s) de fixation à l'ADN, situé le plus souvent dans la partie N-terminale, et un domaine catalytique dans la partie C-terminale, séparés par des domaines variés parmi lesquels ceux qui sont impliqués dans la multimérisation. La triade DDE hautement conservée sert à coordonner un ou deux cations divalents tels que Mg2+ qui, à leur tour assistent la polarisation du groupe phosphate appartenant à la liaison phosphodiester cible, ce qui facilite le clivage. Les enzymes DDE utilisent des groupes hydroxyles comme des nucléophiles pour réaliser le clivage et le transfert de brin: une molécule d'H2O pour le clivage initial et un 3'OH, généré par clivage des extrémités, pour la réaction de transfert de brin. Le mécanisme de transposition est déclenché suite à un clivage monocaténaire aux bornes de l'élément transposable. La molécule d'H2O attaque la liaison phosphodiester qui lie le transposon à l'ADN donneur, ce qui génère des extrémités 3'-OH à chacune des extrémités de l'élément. Ces extrémités 3'-OH sont ensuite transférées par la transposase, dans un ADN cible, via une réaction de transestérification. Toutes ces réactions 32 se déroulent au sein d'un complexe nucléoprotéique, appelé le transpososome, qui assure l'intégration concertée de chaque extrémité du transposon, dans l'ADN cible (Surette, Buch et al. 1987). L'attaque nucléophile des extrémités 3'-OH dans la cible est décalée, et entraine une duplication de l'ADN cible au niveau du site d'insertion et ceci après réparation par la machinerie cellulaire de l'hôte. La taille de duplication varie de 2 à 9 nucléotides et elle est caractéristique de chaque transposon (par exemple Tn5 : 9 pb, Tn7 : 5 pb, IS911 : 3-4 pb) (Curcio and Derbyshire 2003). En effet l'importance des résidus DDE pour la catalyse a été établie par des études de mutagénèse dirigée dans plusieurs cas (intégrase du VIH, MuA, InsAB, TnsAB) (Mizuuchi 1992; Sarnovsky, May et al. 1996; Engelman, Liu et al. 1997; Ton-Hoang, Turlan et al. 2004). Les cations bivalents dont le Mg2+ ou Mn2+ sont absolument requis pour l'activité catalytique de la transposase, ils sont fixés et orientés par le phosphate scissile et par les résidus carboxylates chargés négativement dans le site catalytique. 33 Figure 12 : Comparaison de la structure du domaine catalytique RNAse H de différentes protéines de la superfamille des polynucléotidyl-transférases (Nowotny 2009). Le feuillet β central (avec des brins numérotés) et l'hélice α conservée sont représentés en orange et en jaune respectivement. Les parties non conservées sont colorées en gris. Les résidus du site catalytique sont représentés en boules et bâtons. Les deux ions métalliques observés dans les structures de Tn5 et RNase H1 sont colorés en violet. Les sites des insertions dans le repliement RNase H sont représentés par des lignes pointillées. Figure 13 : Conservation du motif DDE de différentes transposases, intégrases et rétrotransposases (Ohta, Tsuchida et al. 2002). Les acides aminés constituant le motif DDE sont montrés en noir. 34 Figure 14 : Réactions de clivage et transfert de brin catalysées par les transposases à DDE. A) Réaction d'hydrolyse de la liaison phosphodiester par une molécule d'H 2O. B) Réaction de transestérification via une attaque réalisée par les extrémités 3'-OH sur l'ADN cible. Figure 15 : Modèle de catalyse à deux ions (Yang 2008; Nowotny 2009). La coordination des ions métalliques A et B est indiquée par des pointillés. L'acide aspartique Asp conservé est représenté en rose. Les atomes d'oxygène de la protéine et du phosphate scissile sont représentés en rose. La molécule nucléophile est colorée en bleu. Selon ce modèle, l'ion métallique A agit comme un acide de Lewis, il active une molécule d'eau par déprotonation. L'ion B stabilise l'intermédiaire pentavalent formé entre la transposase et le phosphate scissile du substrat ADN. L'attaque nucléophile par la molécule d'eau permet de dissocier la liaison phosphodiester pour libérer le transposon avec une extrémité 3'-OH nucléophile coordonnée à l'ion B (étape d'hydrolyse). Dans l'étape de transfert de brin (non schématisée ici), l'extrémité 3'-OH activée par l'ion B est capable d'attaquer le phosphate scissile au niveau de l'ADN cible. 1.3) Modalités de transposition Historiquement, les mécanismes de transposition ont été divisés en deux modes principaux, conservatif et réplicatif. Dans la transposition conservative, le transposon est libéré complètement de la molécule donneuse suite à un clivage double-brin aux deux 35 extrémités. Cependant la transposition réplicative implique une coupure simple-brin à l'extrémité 3' et permet la réplication du transposon à la fois dans la molécule donneuse et receveuse. Figure 16 : Les deux modes principaux de transposition (Hallet and Sherratt 1997). Dans la transposition conservative, l'élément transposable (représenté par un rectangle) est excisé de l'ADN donneur par des coupures double brin à chaque extrémité (triangles noirs), puis transféré dans l'ADN cible. La transposition réplicative conduit à la formation d'un cointégrat dans lequel l'ADN donneur et cible sont fusionnés; la réplication de l'élément génère deux copies dont l'une est attachée à l'ADN donneur et l'autre est liée à la cible. Le cointégrat est résolu par recombinaison homologue site spécifique entre les deux copies de transposon. Des répétitions directes (représentées par des triangles blancs) sont généralement générées, dans les deux modes de transposition, au niveau du site d'insertion. 1.3.1) La transposition conservative ou "couper-coller" Dans la transposition conservative ou "couper-coller", le transposon est excisé du site donneur et réinséré dans un site cible sans réplication. Ceci implique le clivage des deux brins d'ADN au niveau des extrémités 3' et 5' de l'élément et leur ligature à l'ADN cible pour générer une insertion simple. Cette stratégie est adoptée par une variété d'éléments comme le Tn7, IS10 et IS50 (Kleckner 1990; Goryshin and Reznikoff 1998) et la famille des Tc/mariner (Richardson, Dawson et al. 2006). La cassure double brin introduite à la molécule donneuse 36 peut conduire à sa perte. Cependant, dans certains cas on peut observer une réparation des cassures double brin ou un phénomène de conversion génique. Une variété des stratégies ont été développées par les éléments transposables pour performer le clivage du second brin d'ADN: - Formation de structures en "épingles à cheveux" aux extrémités du transposon: Cette stratégie est adoptée par les séquences d'insertion IS10 et IS50, et par les transposons Tn5 et Tn10. La première étape de clivage est une coupure hydrolytique catalysée par la transposase aux extrémités 3' du transposon. Les groupes 3'OH libres attaquent les extrémités 5 ', formant ainsi une épingle à cheveux aux extrémités du transposon, ce qui permet la libération de l'ADN donneur flanquant. L'épingle à cheveux est résolue par une hydrolyse, catalysée, par la transposase, en 3' des extrémités. Ensuite, les extrémités 3'-OH libérées sont transférées dans l'ADN cible via la réaction de transestérification (Bhasin, Goryshin et al. 1999; Curcio and Derbyshire 2003). - Formation de structures en épingles à cheveux" sur l'ADN flanquant: Cette stratégie implique des clivages aux extrémités 5' du transposon, générant ainsi des 3'OH nucléophiles sur l'ADN flanquant. La transestérification directe par les 3'-OH libres sur les brins opposés entraine la formation des structures en "épingle à cheveux" mais cette fois au niveau de l'ADN flanquant, ce qui permet la libération du transposon sous forme linéaire. Ce mécanisme est utilisé uniquement par les transposons eucaryotes appartenant à la famille hAT (Zhou, Mitra et al. 2004) dont leur transposase présente des similarités significatives avec la recombinase RAG responsable de la recombinaison V(D)J qui implique également la formation des structures en hairpin. 1.3.2) La transposition réplicative: Formation de cointégrat La transposition réplicative est réalisée par un clivage monocaténaire aux extrémités 3' du transposon (le transposon ou l'IS, n'est pas excisé de la molécule donneuse). Les groupements 3'-OH libérées sont ensuite transférés sur les brins opposés de l'ADN cible de façon à créer une structure similaire à une fourche de réplication à chaque extrémité du transposon. Cette structure est appelée "intermédiaire de Shapiro" (Shapiro 1979), dans laquelle le transposon est lié covalemment à l'ADN cible (en 3') et l'ADN donneur (en 5'). La résolution de l'intermédiaire de Shapiro est sous la dépendance de la machinerie de réplication de l'hôte. La réplication est initiée à partir des groupements 3'-OH nouvellement générés dans l'ADN cible; cela conduit à la duplication du transposon, à la réparation du site cible et à la fusion des deux molécules (donneuse et accepteuse du transposon) dont le produit est appelé "cointégrat" qui comprend donc deux copies du transposon (Curcio and Derbyshire 2003). Les deux copies ont un brin d'ADN du transposon d'origine et un brin nouvellement répliqué. Le cointégrat peut être résolu en deux molécules d'ADN qui contiennent chacune une seule copie du transposon, par l'un des deux mécanismes: 1) Certains transposons codent une protéine spécifique appelée résolvase qui se lie à un site particulier à l'intérieur du transposon et favorise la recombinaison site-spécifique entre les deux copies de l'élément (Machida and Machida 1989); 2) D'autres transposons comptent sur les enzymes de recombinaison homologue de l'hôte pour résoudre les cointégrats (MAHILLON and CHANDLER 1998). Les éléments qui utilisent cette stratégie de position comprennent le bactériophage Mu, les membres de la famille Tn3 et la famille IS6. 1.3.3) La transposition "copier-coller": Formation d'un intermédiaire circulaire C'est une stratégie de transposition alternative qui permet d'éviter la coupure double-brin. Elle est utilisée par l'IS911, l'IS2 et l'IS3 (Curcio and Derbyshire 2003), et permet de générer, avec l'aide des protéines réplicatives de l'hôte, une copie circularisée de l'élément sans passer par une structure en hairpin (Curcio and Derbyshire 2003). La première étape, l'hydrolyse catalysée par la transposase, est asymétrique et implique le clivage d'une 38 seule extrémité 3' du transposon. Figure 17 : Mécanismes de transposition performés par les transposases à motif DDE (Curcio and Derbyshire 2003). Les lignes vertes représentent l'ADN donneur flanquant. Les lignes bleues représentent le transposon. L'ADN cible est coloré en orange. L'ADN synthétisé par la réplication est montré en lignes mauves. Les cercles colorés selon la nature de l'ADN (donneur, transposon, cible ou issu de la réplication) représentent les groupements 3'-OH terminaux issus des réactions de clivage. 1.4) Stratégie de sélection du site cible Le site cible peut être choisi par une interaction directe entre l'ADN cible et la transposase, ou alternativement, grâce à une collaboration entre la transposase et d'autres protéines accessoires qui peuvent être codées par l'élément transposable et/ou par la cellule hôte. Plusieurs mécanismes de sélection du site cible sont utilisés par les éléments qui possèdent des transposases à DDE. Dans certains cas, la transposase interagit préférentiellement avec des séquences spécifiques; dans d'autres cas, la transposase préfère des structures d'ADN particulières. 1.4.1) Sélection du site d'insertion via une interaction entre la transposase et l'ADN cible Certains éléments transposables présentent une nette préférence pour des sites cibles qui partagent une séquence consensus commune. L'interaction de la transposase avec ces séquences semble être le facteur déterminant dans le choix du site cible. Un exemple notable et particulièrement bien étudié d'un élément de ce genre est le transposon bactérien Tn10, un élément composite formé par la collaboration entre deux séquences d'insertion IS10 qui flanquent un module de résistance à la tétracycline. Tn10 et IS10 s'insèrent de manière préférentielle dans des "hotspots" qui partagent la séquence cible consensus 5' GCTNAGC 3' (Halling and Kleckner 1982). Cependant, il a été montré que l'identité des nucléotides qui flanquent la séquence consensus déjà décrite, peut également avoir un impact considérable sur la sélectivité du site cible (Halling and Kleckner 1982). En outre, des mutations dans la transposase de l'IS10 peuvent altérer spécifiquement la reconnaissance de la cible (Bender and Kleckner 1992). D'autres éléments comme le Tn3 présentent une spécificité d'insertion dans des sites ues à leurs extrémités (Tu and Cohen 1980). Pour le transposon Tn9 et son constituant IS1, les sites d'intégration privilégiés sont des sites riches en AT (Zerbib, Gamas et al. 1985). Certains éléments de la famille Tc/mariner (Tc1 et Tc3) génèrent une duplication TA lors de l'intégration dans l'ADN cible au niveau du dinucléotide TA préférentiel situé dans la séquence consensus CAYATATRTG (Korswagen, Durbin et al. 1996). 1.4.2) Sélection du site cible via une interaction entre la transposase et d'autres protéines Une caractéristique notable de nombreux systèmes de transposition qui utilisent des protéines accessoires pour la sélection de la cible est que l'insertion de l'élément est préférentiellement dirigée vers des sites d'insertion "sûrs" qui ne se trouvent pas dans des gènes essentiels à l'hôte. Le transposon bactérien Tn7 peut utiliser deux types de sites cibles: Il s'insère à haute fréquence dans un site spécifique attTn7 dans le chromosome de E. coli et de nombreuses autres bactéries, et s'insère également à basse fréquence dans des sites non-attTn7 (Waddell and Craig 1988). La spécificité d'insertion du Tn7 est assurée par la transposase TnsAB en présence de la protéine régulatrice TnsC et la protéine de ciblage TnsD. Tn7 est dirigé vers le site d'insertion suite à la fixation spécifique de la protéine TnsD sur le site attTn7; ce qui permet le recrutement de la protéine régulatrice TnsC qui interagit également avec la transposase TnsAB liée aux extrémités de l'élément (Bainton, Kubo et al. 1993). TnsAB est alors activée pour performer les réactions de clivage et de transfert de brin. Il a été également montré que la spécificité d'insertion du Tn7 est influencée par la machinerie de réplication. En effet, le Tn7 peut utiliser une voie de transposition alternative médiée par une autre protéine de ciblage appelée TnsE, permettant de diriger les insertions dans les plasmides conjugatifs avec une préférence pour la région d'ADN conductrice de la conjugaison (Peters and Craig 2001). Le transfert conjugatif est une forme spécialisée de la réplication de l'ADN, il est initié suite à une coupure simple brin, médiée par la relaxase, au niveau du site nick situé dans l'origine de transfert oriT. La relaxase se lie à l'extrémité 5' clivée et dirige le passage d'un brin du plasmide dans la cellule receveuse. Ensuite un brin d'ADN complémentaire est synthétisé durant le transfert, à la fois dans les cellules donneuses et receveuses afin de régénérer un plasmide double brin. Il a été montré que l'ADN conjugatif synthétisé dans la cellule réceptrice est une cible privilégiée pour la transposition du Tn7. Le mécanisme qui régit le ciblage de cette intégration est récemment connu ; il implique une interaction spécifique entre la protéine TnsE et le facteur ß-clamp associé à la fourche de réplication du brin retardé retrouvé dans la cellule receveuse (Parks, Li et al. 2009). L'effet de la réplication a été également étudié pour quelques autres éléments comme l'IS903 qui semble aussi utiliser le facteur ß-clamp pour le ciblage des insertions (Hu and Derbyshire 1998). Figure 18 : Voie de transposition TnsABC+D utilisée par Tn7 pour l'intégration dans le chromosome (Peters and Craig 2001). La fixation de TnsD induit une distorsion asymétrique du site attTn7, ce qui permet le recrutement de TnsC. TnsC constitue une plateforme dans le sillon mineur du site d'insertion, et active la transpsase TnsAB liée aux extrémités de Tn7, conduisant à l'intégration dans attTn7. L'encadré montre le décalage de 5 pb généré après intégration. Le chiffre zéro indique le point central de l'insertion. Figure 19 : Voie de transposition TnsABC+E utilisée par Tn7 pour l'intégration au niveau du plasmide conjugatif. TnsABC+E permet une transposition spécifique de Tn7 au niveau des plasmides conjugatifs à leur entrée dans la cellule réceptrice. 1.5) Régulation de la transposition Les éléments utilisant une transposase à DDE ont développé différentes stratégies pour contrôler leur activité de transposition. Les mécanismes de régulation peuvent intervenir à des étapes très variées du processus de transposition: transcription et traduction du gène de la transposase; activité et stabilité de la transposase; fixation à l'ADN et réaction de catalyse. En général, l'activité de transposition est maintenue à un niveau bas car des activités trop élevées pourraient engendrer des effets délétères à la cellule hôte (Nagy and Chandler 2004). Du point de vue transcriptionnel, les promoteurs des transposases sont généralement faibles et sont localisés au niveau des extrémités IRs, ce qui permet leur autorégulation par la liaison aux transposases (MAHILLON and CHANDLER 1998). La protéine InsA codée par la séquence IS1 est capable de se lier à la région promotrice au sein de l'extrémité IRL pour réguler négativement sa propre expression, et probablement, celle des autres protéines qui sont codées en aval (Escoubas, Prere et al. 1991). Un autre exemple d'une autorégulation, mais qui implique un promoteur transitoire, est celui de l'IS911 dont la transposition génère un intermédiaire circulaire dans lequel les extrémités IRL et IRR sont précisément jointes: l'assemblage du promoteur dit Pjunc au sein de la jonction permet une synthèse accrue de la transposase pour stimuler l'intégration de la forme circulaire; cependant après insertion de l'élément, le promoteur fort Pjunc est désassemblé suite à un clivage de la jonction par la transposase; ainsi c'est le promoteur faible PIRL, localisé normalement dans l'extrémité IRL, qui reprend sa fonction de modulateur de l'expression (Ton-Ho , Betermier et al. 1997). Il a aussi été montré que des dérivés tronqués de la transposase OrfAB, codée par l'IS911, sont capables de réprimer l'activité de Pjunc (Duval-Valentin, Normand et al. 2001). Parallèlement, la régulation de la transposition peut se faire au niveau translationnel. De nombreux mécanismes sont utilisés parmi lesquels la synthèse de petites molécules d'ARN anti-sens et le décalage programmé du cadre de lecture ou "frameshifting". La séquence d'insertion IS10 produit par exemple un petit ARN anti-sens appelé RNA-OUT qui s'apparie avec l'extrémité 5' de l'ARNm de la transposase, ce qui bloque le site de fixation au ribosome permettant ainsi une régulation négative de la traduction (Ma and Simons 1990). Le "frameshifting" est aussi un mécanisme efficace pour contrôler la transposition, il est observé dans plusieurs ISs comme l'IS1 qui contient deux cadres ouverts de lecture ou orfs (insA et insB') portés sur le même brin de l'IS1. La première protéine produite est InsA qui 43 joue le rôle de répresseur de la transcription en se liant au promoteur endogène comme déjà décrit. La protéine InsAB' est la vraie transposase de l'IS1, elle est produite suite à un "frameshifting" entre insA et insB'. Ainsi l'activité de transposition de l'IS1 est modulée par le ratio InsAB'/InsA (Chandler and Fayet 1993). Les modifications post-traductionnelles de la transposase peuvent également affecter l'activité de transposition, cela a été observé avec la transposase de l'IS903 qui a montré une meilleure stabilité et une préférence d'agir en trans dans des souches d'E. coli déficientes en protéase Lon (Derbyshire, Kramer et al. 1990). D'autre part, les facteurs de la cellule hôte peuvent jouer des rôles importants dans la régulation de la transposition. Ces facteurs incluent les protéines histone-like (IHF, HU, Fis et HNS), la protéine DnaA initiatrice de la réplication, les protéines chaperones (ClpX, ClpP et ClpA), la Dam méthylase et également la protéine LexA du système SOS. Il a été montré que les extrémités IRs de certains éléments (IS1, IS903 et IS10) portent des sites de fixation pour les protéines IHF et H-NS qui peuvent être impliquées dans la régulation de l'expression de la transposase ou dans l'assemblage du transpososome et la sélection du site cible d'intégration (Gamas, Galas et al 1985; Swingle, O'Carroll et al. 2004; Liu, Haniford et al. 2011). La protéine chaperone ClpX est nécessaire pour la croissance du phage Mu, et est également requise pour le désassemblage du transpososome et pour l'installation de la fourche de réplication (Kruklitis, Welty et al. 1996). La méthylation des sites GATC au sein des extrémités IRs peut affecter la transposition des éléments IS10, IS50 et IS903; en outre, l'activité des promoteurs des gènes de transposases de ces éléments est beaucoup plus importante dans les cellules Dam- (Roberts, Hoopes et al. 1985). Concernant l'effet de la protéine DnaA, il a été confirmé que la mutation de cette protéine induit une baisse de la fréquence de transposition du transposon Tn5 (Yin and Reznikoff 1987). La contribution du système SOS dans la régulation de la transposition a également été montrée pour les éléments IS1, IS10 et Tn5. 2) Les transposases à motif catalytique DEDD Les transposases à motif catalytique DEDD (acide asparique, acide glutamique, acide aspartique, acide aspartique) sont apparentées à la résolvase RuvC, elle-même apparentée aux transposases DDE. A ce jour, une seule famille d'IS, IS110, est connue pour coder ce type d'enzyme (Siguier, Gourbeyre et al. 2014). L'organisation des membres de cette famille est tout à fait différente de celle des IS à DDE: ils ne contiennent pas des IRs à leurs extrémités et ne génèrent pas des répétitions directes lors de l'insertion. Cela implique que leur transposition se produit en utilisant un mécanisme différent de celui des IS à DDE. Bien qu'il ait été difficile de déterminer l'activité in vitro des transposases DEDD, la transposition des IS codant ces enzymes peut être exceptionnelle et impliquer des intermédiaires avec jonction de Holliday, qui doivent être résolus en utilisant un mécanisme similaire à celui de la résolvase RuvC (Siguier, Gourbeyre et al. 2014). 3) Les transposases à sérine 3.1) Les transposases à sérine: apparentées aux recombinases à sérine spécifiques de site Les transposases à sérine partagent de nombreuses caractéristiques catalytiques avec les recombinases à sérine site-spécifiques comme les résolvases et les invertases (Hickman and Dyda 2015). Peu de choses sont connues sur le mécanisme de transposition utilisé par les éléments qui possèdent des transposases à sérine, et donc toutes les données expérimentales disponibles proviennent de l'étude des recombinases à sérine spécifiques de site dont la fonction est de catalyser la recombinaison spécialisée entre deux segments d'ADN homologues, en utilisant un résidu sérine comme nucléophile afin de générer des coupures de brins (Grindley, Whiteson et al. 2006). Les réactions de clivage et transfert de brin catalysées par les recombinases à sérine correspondent à des réactions de transfert de liaison phosphoryle qui ne nécessitent pas la présence des cofacteurs métalliques. La 45 réaction de catalyse se déroule au sein d'un complexe synaptique qui rassemble quatre brins d'ADN (constituant les deux sites de recombinaison) et quatre sous-unités de recombinase permettant de performer deux coupures double brin; ce qui conduit à la formation d'un lien covalent phosphosérine entre les recombinases et les extrémités 5' des brins clivés. Les groupements 3'-OH ainsi libérés agissent comme nucléophiles pour attaquer les liaisons 5'phosphosérines, ce qui favorise l'échange des brins et la formation des produits recombinants (Grindley, Whiteson et al. 2006). La famille des recombinases à sérine est composée de trois groupes: le groupe des résolvases/invertases; les recombinases à sérine de grande taille; et les transpo ases à sérine (Boocock and Rice 2013; Siguier, Gourbeyre et al. 2014). Le groupe le plus étudié, pour lequel de nombreuses informations structurales sont disponibles, est celui des résolvases/invertases; ceux-ci catalysent la résolution des cointégrats de transposition (exemple: résolvase γδ de la famille Tn3) ou l'inversion des ségments d'ADN (exemples: les invertases Hin de Salmonella, et Gin des phages Mu et P) (Grindley, Whiteson et al. 2006; Boocock and Rice 2013). Le deuxième groupe qui a également été caractérisé biochimiquement comprend les recombinases à sérine de grande taille, qui incluent des intégrases des bactériophages (exemple: intégrase du phage φC31) (Grindley, Whiteson et al. 2006) ainsi que des transposases à sérine de certains transposons (exemple: TnpX du transposon mobilisable Tn4451, et TndX du transposon conjugatif Tn5397) (Mullany, Roberts et al. 2002). 46 Figure 20 : Recombinaison site-spécifique catalysée par les recombinases à sérine (Hirano, Muroi et al. 2011). Les ellipses blanches et grises représentent les molécules de recombinases à sérine qui sont liées à chaque substrat ADN. Dans le complexe synaptique, les recombinases à sérine, formant une liaison 5'-phosphosérine avec le substrat ADN, sont représentées en ellipses noires. Les petites flèches indiquent la direction du site de recombinaison. La rotation signifie que deux molécules de recombinases tournent (par rapport à l'autre paire de recombinases) pour religuer leurs 5'-phosphates aux extrémités 3'-OH des ADNs qui n'ont pas subi la rotation. 3.2) La transposition des éléments utilisant des transposases à sérine 3.2.1) le transposon conjugatif Tn5397 Tn5397 est un transposon conjugatif de 21 kb, portant la résistance à la tétracycline (Mullany, Wilks et al. 1990). Il a initialement été isolé chez Clostridium difficile, et sa séquence d'ADN complète montre une similarité avec celle du transposon conjugatif Tn916, en particulier au niveau des régions impliquant le transfert et la résistance à la tétracycline (Roberts, Johanesen et al. 2001). Par contre, les extrémités requises à la transposition dans les deux éléments, sont complètement différentes. Tn5397 code une transposase nommée TndX appartenant au groupe des recombinases à sérine de grande taille. TndX est requise pour l'excision et l'intégration de l'élément in vivo. La délétion du gène tndX abolit le transfert conjugatif ainsi que la production des formes circulaires de Tn5397 (Wang, Roberts et al. 2000). Le mécanisme de transposition médié par TndX est de type "couper-coller". Tn5397 présente à ses extrémités (appelées attL et attR), un dinucléotide 5'GA en répétition directe. TndX est capable d'introduire des coupures décalées de 2 pb en 3' des dinucléotides 5'GA à chaque extrémité du transposon (Wang, Smith et al. 2006). Ensuite, l'échange des brins se produit, conduisant à l'excision du transposon sous forme d'un intermédiaire circulaire dans lequel les deux extrémités sont jointes au niveau du dinucléotide 5'GA; le site 47 formé à cette jonction est appelé attTn (Wang, Smith et al. 2006). L'ADN donneur ainsi dépourvu de l'élément, subit une régénération avec une liga au niveau du dinucléotide 5'GA. Un seul brin de la forme circulaire peut ensuite être transféré à une nouvelle cellule hôte par conjugaison. Dans la cellule receveuse, un nouveau brin est synthétisé, et l'élément double brin est ensuite inséré dans l'ADN cible par recombinaison entre le 5'GA du site attTn et le 5'GA présent dans le site d'intégration (Wang, Smith et al. 2006). Figure 21 : Organisation structurale du transposon Tn5397 (Mullany, Roberts et al. 2002). La ligne supérieure montre l'échelle de taille en kpb. Les rectangles fléchés représentent les cadres ouverts de lecture. Les régions colorées en noir sont spécifiques au transposon Tn5397. Le dinucléotide répété 5'GA est montré aux extrémités. Figure 22 : Représentation schématique du test d'excision d'un minitransposon (miniTn5397) construit à partir de Tn5397 (Wang and Mullany 2000). Le minitranspson miniTn5397 contient un gène de résistance au chloramphénicol (catP) encadré par 250 pb des extrémités attL et attR. 3.2.2) Le transposon mobilisable Tn4451 Tn4451 est un transposon mobilisable de 6,3 kb, a été identifié sur un plasmide conjugatif dans une souche de Clostridium perfringens, et confère la résistance au chloramphénicol (Abraham and Rood 1987). Comme le transposon Tn5397, Tn4451 présente aux extrémités le dinucléotide 5'GA qui constitue également le site cible d'intégration. L'excision de l'élément sous forme circulaire est catalysée par la transposase TnpX qui appartient à la même famille que TndX (Lyras and Rood 2000). Cet intermédiaire circulaire sert alors de substrat pour TnpX qui permet son insertion de manière spécifique dans l'ADN cible au niveau d'un site similaire à celui retrouvé dans la jonction des deux extrémités de la forme circulaire (5'GA, comme mentionné précédemment). Cependant, la principale caractéristique qui distingue le processus de transposition du Tn4451, est que la formation de l'intermédiaire circulaire conduit à l'apparition d'un promoteur fort qui comprend une boite -10 située dans l'extrémité gauche et une boite -35 localisée dans l'extrémité droite, au niveau de la jonction. La création d'un promoteur fort permettant la production de TnpX en grande quantité, serait une nécessité pour les intermédiaires circulaires qui sont des formes non réplicatives et qui ont besoin d'être maintenus rapidement par intégration au niveau des plasmides ou des chromosomes (Lyras and Rood 2000). Figure 23 : Mécanisme de transposition de transposition de Tn4451 (Adams, Lyras et al. 2002). Le transposon Tn4451 contient six gènes parmi lesquels tnpX qui code la transposase, et tnpZ qui code la protéine de mobilisation. Le site RSA est l'origine de transfert du transposon. Tn4451 présent le dinucléotide 5'GA en répétition directe aux extrémités. TnpX catalyse l'excision de l'élément sous forme d'un intermédiaire circulaire non réplicatif. Inversement, TnpX est capable de catalyser l'intégration de la forme circulaire au niveau du site cible 5'GA. 49 Figure 24 : Mécanisme de mobilisation de Tn4451 (Adams, Lyras et al. 2002). Le transposon Tn4451 (montré en bleu, avec les extrémités colorées en rouge) est excisé par la TnpX pour former l'intermédiaire circulaire. Cette molécule est ensuite clivée par la protéine TnpZ au niveau du site RSA (rectangle vert). En présence d'un élément conjugatif comme le plasmide RP4, le transposon est transféré dans la cellule réceptrice où il doit s'intégrer dans le chromosome. 3.2.3) La séquence d'insertion IS607 La séquence d'insertion IS607 a été décrite pour la première fois dans les pathogènes humains Mycobacterium tuberculosis et Helicobacter pylori (Boocock and Rice 2013). Cette IS code deux protéines: TnpA2, une transposase de type sérine, et TnpB, une protéine de structure inconnue. La transposition de l'IS607 est absolument dépendante de la fonction de TnpA2; par contre TnpB n'est pas requise (Kersulyte, Mukhopadhyay et al. 2000; Boocock and Rice 2013). Des protéines similaires à TnpB sont aussi codées par les éléments de la famille IS200/IS605 qui codent également une deuxième protéine TnpA1, différente de TnpA2 en raison de son appartenance à la famille des transposases ayant une seule tyrosine Y1. Les extrémités de l'IS607 contiennent le dinucléotide 5'GG qui est retrouvé également dans les sites d'insertion. L'analyse des insertions de l'IS607 chez E. coli a montré qu'il y a très peu de sélectivité de la séquence cible (Kersulyte, Mukhopadhyay et al. 2000). Peu de données expérimentales sont disponibles sur le mécanisme de transposition de cet élément. Il a été 50 proposé que cette IS transpose via un intermédiaire circulaire dans lequel les deux extrémités de l'élément sont liées par le dinucléotide 5'GG qui pourrait être clivé par TnpA2. La recombinaison entre le site de coupure dans la forme circulaire et un dinucléotide correspondant dans l'ADN cible pourrait insérer l'élément dans un nouvel emplacement génomique (Boocock and Rice 2013). Figure 25 : Modèle du mécanisme de transposition catalysé par les transposases à sérine (Curcio and Derbyshire 2003). Les lignes vertes représentent l'ADN donneur flanquant. Les lignes bleues représentent le transposon. L'ADN cible est coloré en orange. Les cercles colorés selon la nature de l'ADN (donneur, transposon ou cible) représentent les groupements 3'-OH terminaux issus des réactions de clivage. Les quatre molécules de transposases à sérine sont représentées par des cercles renfermant la lettre S. Des clivages concertés bicat énaires surviennent à chaque extrémité du transposon par 4 molécules de transposases, ce qui produit des liaisons 5'phosphosérines entre les transposases et les brins clivés. Les extrémités 3'-OH libres attaquent d'une manière concert ée les liaisons 5'-phospho sérines situées à l'autre jonction, ce qui génère la formation d'un intermédiaire circulaire. L' ADN donneur , ainsi dé pourvu du transposon , est refermé précisément. L'intermédiaire circulaire est intégré dans l'ADN cible par le même processus déjà utilisé pour l'excision. 4) Les transposases à tyrosine 4.1) Les transposases à tyrosine: lien avec les recombinases à tyrosine spécifiques de site Du point de vue structural et mécanistique, les transposases à tyrosine sont apparentées à la famille des recombinases à tyrosine spécifiques de site les mieux caractérisées, comme Cre, Flp et l'intégrase λ (Grindley, Whiteson et al. 2006). Les recombinases à tyrosine sont répandues chez les bactéries et les archées, mais sont également retrouvées chez les eucaryotes et certaines familles des rétrotransposons. Comme les recombinases à sérine, les recombinases à tyrosine catalysent des réactions de transfert de liaison phosphoryle sans l'intervention des cofacteurs métalliques. Cependant, la réaction de clivage catalysée par les recombinases à tyrosine est favorisée grâce à une attaque nucléophile du phosphate scissile par un résidu tyrosine de la protéine, générant ainsi des extrémités 5'-OH libres au lieu des extrémités 3'-OH, et une liaison covalente 3'phosphotyrosine entre la recombinase et son substrat d'ADN (Grindley, Whiteson et al. 2006). Il est à noter que le processus de recombinaison, impliquant le clivage et l'échange des brins, se fait au sein d'un complexe synaptique formé par un tétramère de recombinase et deux sites de recombinaison. La réaction de catalyse est initiée par une coupure simple brin au niveau de chaque duplex d'ADN, par l'un des monomères. Dans la deuxième étape, l'échange des brins, les extrémités 5'-OH libres attaquent la liaison 3'-phosphotyrosine du brin opposé, ce qui génère une jonction de Holliday (Grindley, Whiteson et al. 2006). Cette jonction est ensuite résolue grâce à l'activation des deux autres monomères de protéine, qui vont performer la deuxième réaction de clivage mais cette fois sur le second brin de chaque duplex d'ADN. Les nouvelles extrémités 5'-OH attaquent alors leurs liaisons partenaires 3'phosphotyrosine, ce qui permet de libérer la protéine et les produits recombinants (Grindley, Whiteson et al. 2006). D'autre part, plusieurs transposases à tyrosine codées par des transposons ont été décrites. Comme pour les transposases à sérine, les mécanismes précis de transposition médiés par des transposases à tyrosine sont mal connus. Cependant la similarité retrouvée entre ces transposases et les recombinases à tyrosine, ainsi que la nature des produits de transposition, seraient à l'appui des mécanismes quasiment identiques. La seule majeure différence est que les transposases à tyrosine permettent la recombinaison entre des sites 52 non homologues, en favorisant des insertions dans des sites cibles très différents plutôt que spécifiques (Curcio and Derbyshire 2003). Figure 26 : Recombinaison site-spécifique catalysée par les recombinases à tyrosine (Hirano, Muroi et al.). Les ellipses blanches et grises représentent les molécules de recombinase à tyrosine qui sont liées à chaque substrat ADN. Dans le complexe synaptique, les recombinases à tyrosine, formant une liaison 3'-phosphotyrosine avec le substrat ADN, sont représentées en ellipses noires. Les petites flèches indiquent la direction du site de recombinaison. 4.2) Transposons conjugatifs utilisant des transposases à tyrosine 4.2.1) Cas de Tn916 Tn916 a été découvert dans les années 1970 chez Enterococcus faecalis. Il a une taille de 18 kb et une organisation génétique présentant quatre modules fonctionnels: conjugaison, régulation, recombinaison et des gènes accessoires non impliqués dans la transposition conjugative (Roberts and Mullany 2009). Tn916 code deux protéines: Int-Tn qui est une intégrase à tyrosine, et Xis-Tn ou excisionase qui est une petite protéine basique (figure 8). Il a été montré que les deux protéines sont requises pour l'excision de l'élément, cependant seule la protéine Int-Tn est suffisante pour l'insertion (Storrs, Poyart-Salmeron et al. 1991). Des concentrations plus fortes de la protéine Xis-Tn pourraient inhiber l'intégration du transposon (Marra and Scott 1999). La transposition de Tn916 implique l'excision d'un intermédiaire circulaire non réplicatif covalemment clos et qui constitue le substrat pour le processus d'intégration. Les extrémités de Tn916 sont bordées par deux séquences de 6 pb appelées séquences de couplage qui sont presque toujours différentes. La protéine Int-Tn est capable de générer des coupures monocaténaires décalées en 5' des séquences de 53 couplage à chaque extrémité de l'élément. Ceci génère des bordures simple brin dont la ligation conduit à l'excision de l'élément sous forme d'un intermédiaire circulaire présentant des mésappariements au niveau de la jonction. Ces mésappariements correspondent à un hétéroduplex de 6 pb formé des séquences de couplage flanquant le transposon sur le site donneur (Marra and Scott 1999; Wang, Roberts et al. 2000; Curcio and Derbyshire 2003). même temps, la machinerie de réplication de l'hôte permet de résoudre la structure hétéroduplex portée par l'ADN donneur au niveau du site d'excision. Avant d'être transféré dans une cellule réceptrice, l'intermédiaire circulaire double brin est clivé (au niveau d'un site oriT) et un seul brin passe par conjugaison dans la cellule receveuse où la réplication permet la synthèse du second brin (Mullany, Roberts et al. 2002). L'étape d'intégration de l'intermédiaire circulaire dans une nouvelle cible est similaire à ce qui est observé pour l'excision. Après intégration, le transposon est encadré par deux régions hétéroduplex de taille identique mais de séquence différente. Après réplication, deux molécules de transposons sont produites, portant respectivement à droite et à gauche les séquences de couplage présentes initialement sur l'intermédiaire circulaire. L'intégration de Tn916 ne génère pas des duplications au niveau de l'ADN cible. 54 Figure 27 : Modèle d'excision et d'intégration du transposon Tn916 (Salyers, Shoemaker et al. 1995). Les lignes épaisses représentent le transposon. Les lignes minces représentent l'ADN donneur flanquant ou l'ADN cible. Les petites flèches noires indiquent les coupures décalées. Les séquences de couplage sont représentées par par les paires de nucléotides X-Y, Q-R et A-B. Des coupures décalées surviennent 6 nucléotides au-delà de chaque extrémité de transposon, ce qui produit des bordures simple brin (séquences de couplage). La ligation des deux extrémités produit un intermédiaire circulaire présentant une zone non appariée. De nouvelles coupures décalées ouvrent la forme circulaire et le site cible. L'intégration du transposon dans la cible produit deux régions non appariées qui sont résolues par le mécanisme de réplication.
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La prise en compte des pratiques usagères étudiantes dans la mise en œuvre de politiques de mobilité durable : l’exemple de Gembloux, en Belgique. Architecture, aménagement de l'espace. 2022. &#x27E8;dumas-03794844&#x27E9;
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La prise en compte des pratiques usagères étudiantes dans la mise en œuvre de politiques de mobilité durable : l’exemple de Gembloux, en Belgique Lucile Moutier To cite this version: Lucile Moutier. La prise en compte des pratiques usagères étudiantes dans la mise en œuvre de politiques de mobilité durable : l’exemple de Gembloux, en Belgique. Architecture, aménagement de l’espace. 2022. �dumas-03794844� HAL Id: dumas-03794844 https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03794844 Submitted on 3 Oct 2022 HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. La prise en compte des pratiques usagères étudiantes dans la mise en œuvre de politiques de mobilité durable - L’exemple de Gembloux, Belgique 1 MOUTIER Lucile 2 MOUTIER Lucile - Notice bibliographique PROJET DE FIN D’ETUDES MASTER URBANISME ET AMENAGEMENT PARCOURS TRANSFORMATIVE URBAN STUDIES Autrice : Lucile Moutier Titre du Projet de Fin d’Etudes : La prise en compte des pratiques usagères étudiantes dans la mise en œuvre de politiques de mobilité durable. L’exemple de Gembloux. Date de soutenance : 1er Septembre 2022 Organisme d’affiliation : Institut d’urbanisme et de Géographie Alpine de l’Université Grenoble Alpes Organisme dans lequel le stage a été effectué : Traject (Bruxelles, Belgique) Directeur de stage : Jonathan Haynes Directrice du Projet de Fin d’Etudes : Kamila Tabaka Collation : Nombre de page : 87 / Nombre d’annexes : 1 / Nombre de références bibliographiques : 60 Mots-clés analytiques : Pratiques de mobilité, mobilité durable, étudiants, universités, aménagement du territoire, politiques publiques, participation citoyenne. Mots-clés géographiques : Gembloux, Wallonie, Belgique. 3 MOUTIER Lucile - RésuméPortés par l’appel de Greta Thunberg, les étudiants manifestent internationalement pour le climat en 2019. Le changement climatique est bien là, et ses conséquences sur l’environnement de plus en plus probantes. Le rôle de la mobilité et de l’usage accru des voitures individuelles dans le changement climatique n’est plus à prouver. Les étudiants, générations du futur, sont les acteurs de demain. Leurs discours en faveur du climat sont-ils en raccord avec leurs pratiques de mobilité ? Quelles sont ces pratiques et comment sont-elles imbriquées à l’offre de mobilité disponible ? Gembloux, commune rurale en plein cœur de la Belgique et particulièrement étudiante, est le terrain d’étude de ce mémoire. Les pratiques de mobilités quotidiennes des étudiants sont-elles influencées par le caractère rural de la commune ? En quoi font-elles état des enjeux de mobilité à Gembloux ? L’expertise d’usage des étudiants est un atout pour les acteurs du territoire, alors comment les prendre en compte et les accompagner vers une mobilité plus durable et à termes, changer les pratiques de mobilité pour changer de vie ? - Abstract Driven by Greta Thunberg's call, students demonstrate internationally for the climate in 2019. Climate change is here, and its environmental consequences are becoming increasingly evident. The role of mobility and the increased use of individual cars in climate change is no longer in doubt. Students, the generations of the future, are the actors of tomorrow. Are their speeches in favour of the climate in line with their mobility practices? What are these practices and how do they fit in with the available mobility offer? Gembloux, a rural municipality in the heart of Belgium and particularly student-oriented, is the field of study of this thesis. Are the daily mobility practices of students influenced by the rural aspect of the municipality? How do they reflect the mobility issues in Gembloux? The students' expertise is an asset for the actors of the territory, so how can we take them into account and accompany them towards a more sustainable mobility and, in the long run, change the mobility practices to change our life? 5 MOUTIER Lucile - Remerciements Je tiens à remercier toute l’équipe de Traject de m’avoir offert l’opportunité de réaliser ce stage de fin d’étude de Master. Merci pour votre accueil si chaleureux, l’entraide, les bons moments ensemble, et merci particulièrement à Jonathan et Marie, pour votre soutien et vos précieux conseils dans la rédaction de ce mémoire. Je remercie également ma professeure et directrice de mémoire, Kamila Tabaka de l’Institut d’Urbanisme de Grenoble, pour son suivi et conseils dans l’élaboration de mon mémoire, et finalement, de m’avoir fait connaitre Traject. Merci également aux étudiants de l’université Agro-Bio Tech de Gembloux, d’avoir pris du temps pour répondre à mon enquête. Enfin, un tout grand merci à mes parents, sans qui cette expérience n’aurait pu se réaliser, ainsi qu’à Marina, Maylis, Floriane, et Joakim, pour votre soutien permanent, de près comme de loin. 6 MOUTIER Lucile - GlossaireASBL : Association Sans But Lucratif AOT : Autorité Organisatrice du Transport DG : Direction Générale FAST : Flexibilité, Accessibilité, Santé et Sécurité, Transfert Modal GES : Gaz à effets de serre OCBM : Organe de Consultation de Bassin de Mobilité OTW : Opérateur de Transport de Wallonie (nom commercial : TEC) PCM : Plan Communal de Mobilité SNCB : Société Nationale des Chemins de Fer Belges SPF : Service Public Fédéral SPW : Service Public de Wallonie SPW-ARNE : SPW Agriculture, Ressources Naturelles et Environnement (aussi appelé DGO3) SRM : Stratégie Régionale de Mobilité 7 MOUTIER Lucile - Table des matières INTRODUCTION ........................................................................................................................ 10 PARTIE 1 : CONTEXTE ET ENJEUX AUTOUR DE LA MOBILITE DURABLE ............................. 13 1/ Origine de la mobilité durable et modes de vies capitalistes ................................................................... 13 1.1 Retour sur la notion de mobilité et essor de la notion ...................................................................................... 13 1.2 Des modes de vie non soutenables ni pour l’environnement…................................................................... 15 1.3 …Ni pour la santé publique ........................................................................................................................................... 17 2/ La gouvernance en Belgique : son approche de la mobilité durable et la gestion de la mobilité estudiantine......................................................................................................................................................................... 19 2.1 Le cadre politique de l’Union Européenne en matière de mobilité ........................................................... 19 2.2 L’Etat Fédéral........................................................................................................................................................................ 19 2.3 Les Régions et leur rôle central dans la mobilité .................................................................................................. 21 2.4 Les communautés ............................................................................................................................................................. 23 2.5 Les Provinces, le premier échelon local ................................................................................................................... 23 2.6 Les bassins de mobilité, organes de consultation incontournables ........................................................... 24 2.7 Les communes, l’échelon situé au plus près de sa population..................................................................... 25 Partie 2 : Profilage du public étudiant et pratiques de mobilité à Gembloux .................................................................................................................................................... 26 1/ Les étudiants et leurs pratiques de mobilité dans la littérature scientifique ....................................... 26 1.1 Définition des notions ...................................................................................................................................................... 26 1.2 Un public conséquent et pourtant occulté de la littérature dédiée à la mobilité ................................ 27 2/ Présentation du territoire d’étude : Gembloux une commune universitaire à dominance rurale .................................................................................................................................................................................................. 30 2.1 Le rural et sa dépendance à la voiture individuelle ............................................................................................ 30 2.2 Gembloux : statistiques et attraction ......................................................................................................................... 36 2.3 L’offre de transport disponible à Gembloux ...................................................................................39 8 MOUTIER Lucile 2.4 Le Plan Communal de Mobilité de Gembloux et ses ambitions ..................................................43 3/ Focus sur un public universitaire et ses pratiques de mobilité ................................................................ 45 3.1 Profilage des étudiants de Gembloux ...................................................................................................................... 45 3.2 Leurs pratiques de mobilité ........................................................................................................................................... 45 3.3 Un choix ou une obligation ? ...................................................................................................................................... Nos modes de vie occidentaux ne sont pas soutenables. La voiture, mode de transport majeur depuis bien longtemps et le transport aérien (entre autres) émettent quantité d’émission de gaz à effet de serre (dont le CO2) et de polluants atmosphériques (particules fines, ozone etc.), dérèglant l’atmosphère pour les premiers, et polluant l’air pour les seconds. À l’échelle de l’Union Européenne, le secteur des transports est responsable d’un quart des émissions de gaz à effets de serre en 2019, dont 60,6% est imputable aux voitures (source : Agence Européenne pour l’Environnement, 2022). Leurs effets néfastes sur la santé et l’environnement sont encore peu pris en considération, au profit de la croissance économique : “Comme la demande de transport continue de progresser à peu près au même rythme que l’économie dans son ensemble – autrement dit, comme il n’y a pas le moindre « découplage » entre l’essor des transports et la croissance économique–, le fait que les modes de transport dominants – le routier et l’aérien – sont aussi ceux qui contribuent le plus à la pollution de l’environnement ne rapproche guère les objectifs de mobilité durable du monde des réalités tangibles” (Giorgi L., 2003). Cependant, le constat est sans appel. En Europe, la canicule historique de cet été 2022, atteignant des températures records et provoquant une série de feux de forêts, témoigne une fois encore de la crise environnementale et climatique. Agir sur la mobilité à travers les politiques publiques et par nos modes de vie individuels, pour tendre vers une mobilité durable plus respectueuse de l’environnement et de la santé, est nécessaire pour réduire les émissions de polluants et de GES en partie responsables du changement climatique. « La mobilité durable est un projet qui a beaucoup fait pour changer la réflexion et même, bien souvent, amener aussi les décideurs et les principales parties prenantes à changer de position. Des objectifs comme la protection de l’environnement et des idées comme la démocratie participative, auxquels, il 10 MOUTIER Lucile n’y a pas si longtemps, planificateurs et experts des transports n’auraient jamais songé, figurent désormais en bonne place parmi les préoccupations gouvernementales en la matière, et même ceux qui dénient au discours du développement durable toute pertinence dans le cas des transports et de la mobilité se trouvent forcés d’admettre qu’il fait aujourd’hui partie intégrante des règles du jeu. » (Giorgi, L., 2003). Les politiques publiques sont de plus en plus amenées à exercer la démocratie participative, qui pour des auteurs comme Liana Giorgi, fait partie intégrante de la mobilité durable. Connaître son territoire et sa population est primordial pour mener à bien des politiques publiques de mobilité durable, or, certains publics sont oubliés de celles-ci. Que ce soit dans les statistiques ou dans les études, les habitants d’un territoire sont les représentants des dynamiques démographiques et territoriales. Mais qu’en est -il de ces personnes ayant une double appartenance territoriale ? vivant ici mais travaillant làbas ? Ou de celles consommant dans leurs villes, contribuant à l’économie locale même si elles ne l’habitent pas. Il s’agit là d’un ensemble d’acteurs, actifs dans les villes et pourtant peu pris en compte dans les politiques publiques : migrants, sans-abris, travailleurs, étudiants, touristes et la liste n’est pas exhaustive. Ce mémoire s’axe sur l’un de ces publics : les étudiants et leurs pratiques de mobilité. L’état de l’art de la littérature aborde la mobilité étudiante, transfrontalière Belgique-France (Gérard, M., 2006) et internationale avec le programme Erasmus et en lien avec les anciennes colonies belges (Godin, M. et al., 2011), ainsi que son impact socio-économique (Chevalier, C. et al., 2009), mais pas de la mobilité quotidienne étudiante et sa prise en compte dans les politiques publiques. L’ambition de ce travail est ainsi de comprendre les dynamiques de mobilités quotidiennes des étudiants dans un contexte rural, pour ensuite adapter au mieux l’offre de transports par le biais de politiques de mobilités durables, dans la perspective de réduction du changement climatique. S’axer particulièrement sur les mobilités quotidiennes revient à s’intéresser « aux déplacements que tout un chacun effectue de manière plus ou moins répétitive dans le cadre de sa vie quotidienne. » (Flamm, M., 2004). Soit, les déplacements de la vie de tous les jours en lien avec les études, les achats et rendez-vous etc. La question à laquelle ce mémoire cherche à répondre est : Dans quelle mesure la compréhension et la prise en compte des pratiques de mobilité étudiantes dans l’exercice de l’aménagement du territoire peut améliorer l’offre de mobilité et inciter à tendre vers une mobilité plus durable ? Le cas de Gembloux en Belgique. Nous avançons ainsi deux hypothèses, qui vont nous guider à travers ce mémoire : - Les étudiants de Gembloux sont plus disposés à l’usage de la voiture individuelle en raison du caractère rural de la commune. 11 MOUTIER Lucile - Ce public jeune et dynamique, conscient du changement climatique, est force de proposition pour améliorer les conditions de mobilité et les rendre plus durables à Gembloux. L’objet de l’étude s’ancre dans mon stage réalisé à Traject à Bruxelles, bureau d’études et de conseils spécialisé en mobilité et trafic. Durant ce stage qui s’est déroulé de Mars à Août 2022, j’ai contribué, entre autres missions, à la mise en œuvre du Plan Communal de Mobilité de Gembloux, et particulièrement à la première phase consistant en un diagnostic territorial approfondi en matière de mobilité. L’analyse du territoire de Gembloux et de son offre en mobilité dans ce mémoire est principalement nourrie par le diagnostic du territoire effectué pour cette étude, avec l’aide de données qualitatives (travail de terrain, observations et entretiens avec les acteurs du territoire) et quantitatives (cartographies réalisées par mes collègues et moi-même, analyses statistiques). J’ai réalisé des recherches documentaires et de littérature afin de comprendre le contexte et les enjeux autour de la mobilité durable ainsi que de saisir le profilage des étudiants en général et celui du territoire d’analyse. Elles permettent également d’enrichir les propos tout au long du mémoire. L’analyse quantitative se retrouve également à travers un questionnaire (joint en annexe) que j’ai établi dans le cadre de ce mémoire, à l’intention des étudiants de Gembloux, interrogeant leurs pratiques de mobilités. Diverses cartographies personnelles ont été réalisées afin de comprendre l’organisation du territoire belge d’abord, et ensuite afin d’apporter une dimension territorialisée à Gembloux, et à l’étude. Le présent mémoire se décline en trois parties. La première pose les bases à travers un détour historique sur le contexte d’apparition de la mobilité durable et de ses enjeux contemporains. Elle présente également les compétences territoriales de la « lasagne institutionnelle belge » comme les appellent les locaux, leurs approches de la mobilité durable et leurs liens avec le système scolaire belge. Enfin cette partie tentera de réaliser un profilage socio-économique du public étudiant, et d’en décerner ses pratiques de mobilité. La seconde partie montrera combien le public étudiant, bien qu’important en nombre, est assez peu représenté que ce soit dans la littérature scientifique ou dans les enquêtes nationales belges. Ensuite, nous nous attacherons plus particulièrement à présenter la commune rurale de Gembloux, pour comprendre ses caractéristiques influençant les mobilités quotidiennes en général, et celles des étudiants en particulier. Nous nous pencherons sur l’analyse de ce territoire, de son offre en mobilité ainsi que sur la compréhension des pratiques étudiantes de mobilité pour les confronter avec l’offre disponible et ainsi tenter de mettre en lumière des points d’amélioration. Enfin la dernière partie consistera en l’application de la prise en compte des pratiques de mobilité étudiantes (de manière générale) dans l'exercice de l’aménagement du territoire, à travers leur 12 MOUTIER Lucile considération dans les analyses statistiques d’abord, puis avec l’aide d’outil de concertation et de participation citoyenne, Pour finir, nous aborderons diverses manières d’accompagner les étudiants au changement de pratiques de mobilité pour tendre vers plus de durabilité. - PARTIE 1 : CONTEXTE ET ENJEUX AUTOUR DE LA MOBILITE DURABLE 1/ Origine de la mobilité durable et modes de vies capitalistes 1.1 Retour sur la notion de mobilité et essor de la notion L’état de l’art de la littérature scientifique nous montre que la notion de mobilité est très vaste et varie selon les disciplines des sciences sociales qui l’abordent, dont notamment : sociologie, démographie, anthropologie, et aménagement du territoire. Il en irait même jusqu’à un « émiettement de la notion de mobilité » (Kaufmann, V. et al., 2003) tant ce terme est remanié. « Toute mobilité est nécessairement spatiale sous peine d’être immobile, tout comme elle s’inscrit dans le temps puisqu’elle nécessite une durée, si courte soit-elle, pour ne pas se fondre dans l’ubiquité. » (Montulet, B., 2006). De manière très simple, comme le rappel Guillaume Fontaine (2019) « La mobilité commence de fait avec la simple possibilité de quitter son lieu de vie et les déplacements qui y sont associés (travail, approvisionnement…). ». Elle recoupe plusieurs notions et rassemble à la fois du vocabulaire du transport et celui des évolutions sociales. La mobilité varie selon les rythmes et temporalités, qui de fait, ne s’appréhende pas de la même manière : la mobilité quotidienne allant du jour à la semaine, les mobilités résidentielles sur du plus long terme, voyages et tourisme, ou encore migrations. L’accès aux biens, services et activités est rendue possible par la mobilité. Elle possède alors un rôle d’intégration sociale et urbaine pour certains auteurs tels que Vincent Kaufmann, et ne pas en disposer reviendrait à être exclus de la société. Associée au mouvement, la mobilité est parfois étudiée sous l’angle de « l’immobilité », notamment dans le cas des personnes les plus démunies et les plus en difficulté pour se mouvoir, les sans-abris entre autres. « La mobilité inclut la spatialité, mais aussi la temporalité et la sociabilité. » (Champagne, E., 2012). 13 MOUTIER Lucile La mobilité est profondément ancrée dans la sociologie, à travers l’étude de l’égalité d’accès aux ressources et à la mobilité en elle-même. La mobilité serait à la fois une « dimension structurante de l’insertion sociale » (Kaufman V., 2004, p38) et un « puissant discriminant social » (Fol, 2009), creusant les inégalités d’accès, que ce soit entre les personnes, ou entre les territoires pas tous égaux face à la mobilité (Fol, 2009). Vincent Kaufmann emprunte à Amartya Sen la notion de « capabilité », et la transpose en « motilité ». Elle se compose « de facteurs relatifs aux accessibilités (les conditions auxquelles il est possible d’utiliser l’offre au sens large), aux compétences (que nécessite l’usage de cette offre) et à l’appropriation (l’évaluation de l’offre par rapport à ses projets). » (Kaufmann, V., 2004, p19). Dans cette optique, la mobilité serait donc un capital mobilisable propre à chacun, variant selon sa socialisation (pendant l’enfance et à toutes étapes de la vie), ses expériences personnelles et ses ressources, pour mener à bien, de la façon entendue, la finalité de son déplacement : « La manière dont un individu ou un groupe fait sien le champ du possible en matière de mobilité et en fait usage pour développer des projets. L’usage de ce potentiel peut soit conduire à la réalisation d’une mobilité sociale ou spatiale, soit au renoncement actif, à la décision de ne pas être mobile en vue du maintien du champ du possible, soit à la construction d’un nouveau champ de motilité. » (Kaufmann, V., 2004, p18). Nous retiendrons la définition de Marion Pignel et de David Stokkink (2019), enveloppant la majeure partie des enjeux cités précédemment : « La mobilité est la capacité à se déplacer dans un espace. Elle renvoie à la fois au déplacement en lui-même, mais aussi aux moyens et aux services qui permettent ce déplacement ». Depuis les années 1990, la mobilité est appréhendée et renouvelée sous un nouveau jour. Avec les préoccupations environnementales grandissantes et la forte responsabilité de la mobilité dans le changement climatique, la question de la durabilité fait son entrée et concerne également les mobilités. Certains auteurs avancent le fait que ce concept (de mobilité durable) « est précurseur d’un changement de paradigme, impliquant une nouvelle façon d’analyser les enjeux de transports » (Champagne, E., 2012). De fait, l’intérêt pour la préservation de l’environnement, y compris à travers des modes de déplacements plus écologiques, plus « verts » et durables, est au cœur du sujet. « La mobilité durable consiste à assurer l’accessibilité aux territoires et satisfaire la liberté de mouvement et de déplacement des individus à court et long terme, tout en considérant l'intérêt collectif des générations actuelles et futures » (Bianchet, B., et al, 2021). Cette définition reprend la publication historique de 1987 « Notre avenir à Tous » (« Our Common futur »), de la Commission des Nations Unies sur l’Environnement et le Développement (ONU), ou plus communément appelé « le rapport Brundtland », du nom de l’ancienne Ministre de l’Environnement Norvégienne, Gro Harlem Brundtland, présidant l’élaboration de ce rapport. Ce document apporte les bases de la notion du développement durable s’appuyant sur trois piliers interdépendants : social, économique, et environnemental, (Figure 14 MOUTIER Lucile 1) et dont la définition est la suivante : « Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (Commission Mondiale de l’Environnement et de Développement, 1987). Figure 1 : Les trois piliers du développement durable - Source : Campusforall.com L’ambition de la mobilité durable est ainsi de pérenniser les déplacements effectués dans des conditions respectueuse de l’environnement et de la santé de tous, et se doit d’être accessible à tous, tant socialement qu’économiquement. 1.2 Des modes de vie non soutenables ni pour l’environnement… A la fin de la Révolution Industrielle, le fordisme (organisation horizontale du travail, travail à la chaine, standardisation, production de masse…), inspiré du taylorisme, contribue à l’expansion de la construction automobile, qui, par sa praticité et sa capacité à parcourir plusieurs kilomètres en transportant plusieurs personnes (et des charges lourdes) en font rapidement un mode de déplacement très apprécié des consommateurs. Sa démocratisation par les politiques publiques et surtout par les constructeurs automobiles, font de la voiture le modèle dominant, « une banalisation de l’automobile » (Halleux, J.M. et Lambotte, J.M., 2006, p27), notamment en Europe dès les années 1960 (Pignel, M. et al., 2019). La production en masse de véhicules motorisés est par-dessus tout vectrice de pollution et entame déjà la destruction environnementale. L’environnement continue à être malmené par la voiture (pour ne citer qu’un exemple), à travers la construction d’infrastructures facilitant son usage. « L’aménagement urbain a été pensé pour la voiture et a donc facilité jusqu’à il y a peu son usage » (Pignel, M. et al., 2019). Au cours des ans, les politiques publiques, par le biais de l’aménagement du territoire, ont favorisé l’usage de la voiture avec la 15 MOUTIER Lucile construction de grandes infrastructures routières à travers le territoire. Leurs implantations mobilisent quantités de béton et asphalte, et un besoin en espace conséquent grignotant les terres agricoles et forestières. De nos jours, le réseau routier en Europe est largement développé, perçant le territoire à tout va. Avec l’essor des voitures électriques, de nouvelles négations environnementales et controverses apparaissent. Leurs productions, et notamment les batteries lithium-ions qui les compose, nécessitent le recours à des ressources rares, à savoir le lithium, particulièrement présent dans le « Triangle de Lithium » (Chili, Argentine, Bolivie), mais surtout particulièrement demandé dans ce secteur en pleine croissance (Aulanier, H., 2016). Cependant, les méthodes d’extraction de ce métal possèdent un impact environnemental non négligeable : « impact négatif sur la balance hydrique des aquifères, empreinte au sol trop importante, production de résidus en quantité conséquente, nécessité d’une amélioration du taux de récupération du lithium (de 50 % actuellement) » (Aulanier, H., 2016, p17). De plus, les batteries faites de ce composant sont difficilement recyclables (Aulanier, H., 2016), une autre problématique environnementale. La pollution environnementale des voitures électriques est également imputée à l’énergie utilisée pour produire le véhicule, à celle qui le fait rouler, aux composantes électroniques, à sa taille (variable) et à bien d’autres aspects (Reporterre, 2020) qui ne seront ici pas énuméré dans leur entièreté. Les voitures émettent des émissions de gaz à effet de serre (GES), responsables du changement climatique, lui-même impactant l’environnement. En effet, la Terre est viable pour l’Humanité et la Biodiversité grâce à l’ensemble de ses composantes, les pôles Nord et Sud, à l’eau liquide en quantité, et à la présence d’une atmosphère notamment. Seulement, les émissions de GES produites entre autres par l’usage marqué des voitures individuelles, se concentrent et stagnent dans l’atmosphère, la réchauffant. La planète est alors déstabilisée et se reconstruit difficilement tant les records de température sont plus forts et plus longs (Clay, J., 2021), entrainant des désastres environnementaux et climatiques. L’une des conséquences, et non des moindres, est la raréfaction de la faune et la flore, voire leur disparition dans des lieux où elles étaient autrefois florissantes (à noter que la hausse des températures n’est toutefois pas la seule cause de leur raréfaction). Depuis la Révolution Industrielle (1850), nous sommes dans l’ère de l’Anthropocène, étymologiquement « l’Âge de l’Homme ». Cette ère caractérise l’empreinte laissée par l’Homme sur la planète « qui serait telle qu’elle traduit d’une véritable influence géologique sur la biosphère et le système terrestre » (source : GEO.fr, 2018). Pour certains, « l’anthropocène est peut-être un point de non-retour » (Jean Robert Viallet, 2019) tant son influence sur l’environnement est conséquente, voire irréversible. 16 MOUTIER Lucile Le rôle de la mobilité, et la manière dont nous la pratiquons, dans le changement climatique est sans équivoque et est encore prouvé récemment à travers la crise sanitaire du COVID19. L’arrêt total des activités économiques et l’assignation à résidence de la population a fortement impacté nos modes de vie, dont la mobilité. De fait, nous nous sommes moins déplacés et moins loin de nos domiciles, avec pour effets la réduction de la pollution sonore et atmosphérique notamment. Nos modes de vie étaient contraints de changer, et notre mobilité avec. Par modes de vie on entend, au sens de Bruno Maresca, « un système prégnant qui oriente les pratiques de consommation, les modes d’habiter, les modes de travail, de mobilité, etc […] il est d’abord une conséquence du fonctionnement du système productif d’un pays (ou d’une région, voire d’une communauté) et des institutions qui l’accompagnent. » (2017, p17). La mobilité quotidienne est de ce fait considérée comme partie intégrante des modes de vies (Kauffman, V., 2021). Avec l’apparition des principes du développement durable, les autorités politiques sont responsables d’engager un tournant en faveur de modes de vies plus durables. En se faisant, elles remettent en cause nos modes de vies actuels forgés par le système économique dominant (Maresca, B., 2017, p26), dont la consommation de masse et la croissance économique sont les mots d’ordre, qui montre ses limites. Le GIEC, Groupement d’Experts Intergouvernementale sur l’Evolution du Climat, sonne l’alarme depuis les années 2000 : « Les émissions anthropiques de gaz à effet de serre ont augmenté depuis l’époque préindustrielle en raison essentiellement de la croissance économique et démographique . » (GIEC, 2014, p.46). Nous avons donc constaté combien nos modes de vie basés sur le système économique dominant a au cours du temps (et encore aujourd’hui) laissé une empreinte environnementale majeure, traduite notamment par le changement climatique. 1.3 …Ni pour la santé publique La course effrénée à la rapidité promue par notre système économique dominant mène à une « implosion du temps, [et à une] explosion des mobilités. » (Pineau, J., 2019). D’après la Commission Européenne (2014), il y a 8 ans déjà, il s’agirait chaque année de plus de 10 000 kilomètres parcourus par les Européens, dont 74% en voiture. Les émissions de polluants atmosphériques, causées par la filière des transports, et notamment les voitures, dégradent la qualité de l’air comme nous l’avons vu précédemment et sont ainsi nocifs pour la santé. Elles sont en effet MOUTIER Lucile 17 Figure 2 : La pollution de l'air : un tueur silencieux Source : OMS, 2018 responsables de maladies respiratoires (cancer du poumon, affections respiratoires chroniques ou aiguës, asthme…) (source : Vision FAST 2030) et même de décès : l’Organisation Mondiale de la Santé estime la pollution de l’air responsable de 7 millions de décès chaque année, dont près de 500 000 en Europe (2018) (Figure 2). D’après l’Agence Européenne de l’Environnement, « Air pollution is a major cause of premature death and disease and is the single largest environmental health risk in Europe » (2020). A l’échelle de la Belgique, la pollution de l’air par le trafic routier est responsable de plus de 2 400 décès par an et le bruit du trafic de plus de 200 (calculs IEW d’après les chiffres de l'agence européenne de l'environnement). (Source : Vision FAST 2030). Il en va de la protection de la santé publique : « Les externalités négatives des mobilités physiques sont immenses et ne cessent de s’accroître : mal-être des usagers, accidents, pollution de l’air et problèmes de santé, engorgement des abords des villes, artificialisation des terres, massacre des écosystèmes naturels… Tout cela n’est ni durable ni soutenable, et pourtant… » (Pineau, J., 2019). Par ailleurs, nos modes de vie, à la fois hyper-mobiles mais finalement très peu, posent des questions de santé publique. En effet, comme nous l’avons montré, en Europe et en Belgique, la majorité des déplacements se font en voiture. Couplé à la sédentarisation de nos modes de vie, très peu d’activités physiques sont effectuées : « La pratique d’activité physique dans la population générale diminue et le temps de sédentarité augmente, aussi bien dans le cadre professionnel que durant les loisirs et les déplacements quotidiens » (Misslin, R., et al, 2015). Les risques pour la santé sont accrus, et vont jusqu’au développement de maladie cardiovasculaires, de diabètes ou encore de cancers. L’OMS alerte, « entre quatre et cinq millions de décès pourraient être évités chaque année si la population mondiale était plus active physiquement » (2020). La santé publique est de plus en plus mise sur le devant de la scène par les politiques publiques comme étant un enjeu majeur et de fait. La promotion des modes actifs tels que la marche ou le vélo, est d’ailleurs plébiscitée pour encourager la population à réaliser de l’exercice physique et ainsi à prendre soin de sa santé. L’usage accru de la mobilité et particulièrement des voitures individuelles dans nos modes de vie, et son rôle majeur dans la destruction environnementale et dans la fragilisation de la santé publique n’est plus à démontrer. L’intention est à présent de mettre en évidence comment la gouvernance belge s’emparent de la question de la mobilité durable et du lien entretenu avec la mobilité estudiantine. 18 MOUTIER Lucile 2/ La gouvernance en Belgique : son approche de la mobilité durable et la gestion de la mobilité estudiantine Après avoir remis dans son contexte la mobilité durable et les enjeux contemporains liés aux mobilités excessives, il convient de se focaliser sur l’organisation territoriale de la Belgique pour en comprendre ses compétences en matière de mobilité. Plus précisément, il s’agit de mettre en évidence l’action des divers échelons territoriaux (allant de l’Union Européenne aux communes belges) dans le champ de la mobilité et leurs approches de la durabilité. En parallèle sera décelé la gestion des établissements scolaires par l’échelon concerné, et son lien avec la mobilité estudiantine. 2.1 Le cadre politique de l’Union Européenne en matière de mobilité A la base de toute politique en Europe, l’Union Européenne. Son ambition est de veiller « à la circulation libre, efficace et sûre des biens et des personnes dans toute l’UE au moyen de réseaux intégrés combinant tous les modes de transport (route, rail, eau et air). La politique de l’UE traite également de questions aussi variées que le changement climatique, les droits des passagers, les carburants propres et la simplification administrative des passages en douane dans les ports » (source : eur-lex.europa.eu). Les différents aspects que traite l’UE en matière de mobilité durable ont principalement attraient à la réduction des émissions de CO2 et de la pollution causée par tous modes de transports confondus, et à la promotion des énergies propres (source : eur-lex.europa.eu), en fixant des objectifs à atteindre, et seuils à ne pas dépasser. 2.2 L’Etat Fédéral La Constitution Belge de 1993 exprime dans son premier article que « La Belgique est un État fédéral qui se compose des communautés et des régions » (source : Belgium.be). Il s’agit d’un pays gouvernant à 6 échelles distinctes : communal, provincial, communautaire, régional, fédéral et européen (source : UCLouvain, 2022). La Belgique est un pays fédéral, autrement dit, ses entités fédérées, ici les trois Régions et les trois Communautés, sont autonomes politiquement, possédant chacune un parlement et un gouvernement propre. Au total, il s’agit de six entités régis par les trois principes propres aux pays fédéraux : l’autonomie (politique, financier etc.), l’égalité Figure 3 : Le mécanisme de solidarité dans un Etat fédéral. L'exemple des flux financier - Source : CRISP 2015 19 MOUTIER Lucile entre elles (aucune n’a plus de poids qu’une autre), et enfin le mécanisme de solidarité, à titre d’exemple, l’argent est redistribué par l’Etat Fédéral en fonction des besoins de chaque entité, si une est plus riche, elle va donner plus à l’autre (Figure 3) (Blaise, P., 2015). Ce pays est ainsi découpé en trois Régions autonomes : la Flandre dans sa partie Nord, la Wallonie au Sud, et la Région Bruxelles enclavée en Flandre (cf. carte ci-dessous). Carte 1 : Limites administratives de la Belgique - Source : Réalisation personnelle, 2022. Il est également subdivisé en 3 Communautés, autonomes également, basées sur les langues et la culture. Elles forment la communauté flamande majoritaire en Flandre et s’étend sur la Région Bruxelles, la communauté française particulièrement en Wallonie ainsi qu’en Région Bruxelles, et enfin, la communauté germanophone sur une infime partie de la Wallonie (frontalier avec l’Allemagne) (source : Belgium.be). Ces 6 entités fédérées exercent leurs compétences conjointement sur le même territoire. L’Etat fédéral dans ses politiques couvre l’ensemble de la Belgique. Ses compétences sont la défense nationale, la justice, les affaires étrangères, les finances, la sécurité sociale, l’intérieur et la santé (source : 20 MOUTIER Lucile Belgium.be). A chaque domaine de compétence est attribué un Service Public Fédéral (SPF), chargé de sa gestion et de sa mise en œuvre. L’implication du niveau fédérale dans les politiques de mobilités est mineure. Le Ministre en charge de la mobilité a néanmoins la charge de la gestion du SPF Mobilité et Transports, Skeyes (aérien), Infrabel (le gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire), et la SNCB (l’exploitant ferroviaire) (source : mobiliteentreprise.be). L’Etat est donc « le pilote de la Société nationale des chemins de fer belges (SNCB) » (Damay, L., 2013). C’est au travers du SPF Mobilité et Transports, qu’il exerce ses compétences en matière de transport ferroviaire (source : SPF Mobilité et Transport) : o Préparation et évaluation de la politique ferroviaire o Suivi de la législation et de la réglementation ferroviaire o Coordination de la politique ferroviaire o Organisation de certains contrôles Outre la gestion du transport ferroviaire, l’Etat Belge intervient dans la mobilité à travers l’instauration de l’enquête fédérale déplacements domicile-lieu de travail, à destination des entreprises et services publics de plus de 100 employés : « L’État fédéral est également intervenu, en imposant la réalisation d’un diagnostic des déplacements entre le domicile et le lieu de travail, aux entreprises et aux institutions publiques employant plus de cent travailleurs. » (Gailly, J., 2004). Un effort de collecte de données qui a lieu tous les 3 ans en Belgique, permettant d’orienter et d’appuyer les décisions politiques. 2.3 Les Régions et leur rôle central dans la mobilité Au nombre de trois (Flandres, Région Bruxelles, Wallonie), chacune est autonome dans la mise en œuvre de politiques. Leurs compétences sont attraites au territoire au sens large : aménagement du territoire, logement, économie et emploi, aux pouvoirs locaux (financement et contrôle des communes et des provinces), aux travaux publics et aux transports (routes, transport en commun, cours d’eau…) et enfin aux relations internationales qui relèvent de leurs compétences (source : vivreenbelgique.be). Il s’agit de l’échelon ayant le plus de poids en matière de mobilités : « […] les Régions [sont] au cœur de la régulation : elles sont en effet compétentes sur leur territoire en matière de transport public » (Damay, L., 2013), mais pas seulement. En effet, les régions sont également gestionnaires des routes régionales, elles ont donc la main mise sur quelconque action qui y ont attrait. De plus, elles élaborent des documents stratégiques exprimant leurs ambitions en termes de mobilité et par extension, de mobilité durable. 21 MOUTIER Lucile Notre cas d’étude, Gembloux, se situant au cœur de la Région Wallonne, nous allons nous pencher plus particulièrement sur cette région et ses aspirations en termes de mobilité durable. La Région Wallonne a élaboré sa Vision FAST 2030. Il s’agit d’un document cadre, définissant son ambition en termes de mobilités à l’horizon 2030. Partant du constat de la prépondérance de la voiture individuelle contribuant au changement climatique, elle souhaite réduire son usage et favoriser des modes de déplacements alternatifs à celle-ci. Elle se positionne dans la lignée des objectifs européens de réduction des GES (projet ESR « effort sharing regulation », avec en ligne de mire pour la Belgique « une réduction de 35% des GES pour les secteurs non ETS d’ici 2030 » (source : Vision FAST 2030). L’acronyme FAST « résume à la fois les buts ultimes poursuivis, les finalités sociétales : Fluidité, Accessibilité, Sécurité/Santé et la principale orientation stratégique qui sera mise en œuvre pour les atteindre : le transfert modal. » (Source : Stratégie Régionale de Mobilité, 2019) (Figure 4). Figure 4 : La Vision FAST déclinée sous ses ambitions - Source : FAST 2030 L’objectif est à termes, pour la mobilité des personnes, d’augmenter la part modale (en km parcourus) de tous les modes de déplacement et de réduire celle de la voiture individuelle d’ici 2030 (Figure 5). MOUTIER Lucile 22 Figure 5 : Répartition actuelles des parts modales (en km parcourus) et objectifs 2030 - Source : Stratégie Régionale de Mobilité 2019, d'après la Vision FAST 2030. La Vision FAST 2030 de la région Wallonne est reprise à travers la Stratégie Régionale de Mobilité. Il s’agit d’un document cadre fixant les grandes orientations à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs de parts modales visés à l’horizon 2030. Sa stratégie est déclinée en 3 axes de travail : la gouvernance (pouvoir agir), les investissements (l’offre), et l’évolution des comportements (la demande). Tous projets ou intentions politiques se doivent d’être conformes à ce document de référence en Wallonie, le cas des OCBM et des PCM notamment sur lesquels nous reviendrons ultérieurement. La Wallonie a adopté le 29 Mars 2018 un décret réformant la gouvernance de la mobilité dans cette région. Celui-ci inclut entre autres la création de l’Autorité Organisatrice du Transport qui se situe au sein du SPW Mobilité et Infrastructures, dont la mission est « d’organiser, de réguler et de surveiller les systèmes d’exploitation du transport public de personnes » (source : mobilite.wallonie.be). Il s’agit d’un acteur incontournable des politiques de mobilité en Wallonie, agissant conjointement avec l’Opérateur de Transport de Wallonie (OTW), dont le nom commercial est le « TEC », chargé de la mise en œuvre opérationnelle des transports publics (bus et trams). 2.4 Les communautés Les communautés sont le résultat des revendications linguistiques et culturelles flamande et wallonne. Leurs frontières linguistiques, français au Sud, néerlandais au Nord, allemand à l’Est et la Région de Bruxelles bilingue, ont été établies grâce aux Lois linguistiques de 1962 et 1963. Ce n’est qu’en 1970 que les Communautés (tout comme les régions) sont inscrites dans la Constitution (Blaise, P. 2015) et deviennent officielles, donnant naissance à la communauté française, majoritairement en Wallonie, la communauté flamande en Flandre, et enfin la communauté germanophone, à l’Est de la Wallonie. Elles sont compétentes dans les domaines de la culture, de l’aide aux personnes, de l’éducation, et des relations internationales relevant de leurs compétences entre autres (source : Belgium.be). 2.5 Les Provinces, le premier échelon local Il existe donc en Belgique 10 provinces, réparties équitablement entre la Flandre et la Wallonie. Contrairement aux Régions et aux Communautés, ce ne sont pas des entités fédérées, autrement dit elles n’ont pas la possibilité de légiférer sur leur territoire (Blaise, P. 2015). Néanmoins, elles peuvent exercer plusieurs compétences telles que : « développer l’activité sportive, elles organisent des établissements scolaires (en particulier dans l’enseignement technique), elles interviennent dans le domaine de la sécurité, elles s’occupent de promotion du tourisme, elles créent des institutions sociales et de santé, etc. » (Blaise, P. 2015, p50). 23 MOUTIER Lucile 2.6 Les bassins de mobilité, organes de consultation incontournables Les bassins de mobilité ont été définis de la sorte par le décret du 29 mars 2018, le même qui a créé l’AOT : « C’est une circonscription géographique comprenant plusieurs territoires communaux résultant de l'existence d'un ou de plusieurs pôles d'attraction vers lesquels les habitants du bassin se déplacent quotidiennement étant entendu que les déplacements internes au bassin de mobilité sont plus importants que les déplacements vers ou depuis l'extérieur de ce même bassin » (source : mobilite.wallonie.be). Ces bassins de mobilité sont organisés en Organe de consultation (OCBM), se réunissant deux fois par an pour émettre des recommandations (qui doivent par ailleurs être strictement suivies par les communes) et élaborer une stratégie pour les transports publics. Plusieurs acteurs y sont présents, dont un représentant de l’Autorité Organisatrice du Transport (AOT), du collège communal de chaque commune du bassin, de la Direction des routes du SPW Mobilité et Infrastructures, de l’Opérateur de transport de Wallonie (OTW) et du Ministre de la Mobilité (source : mobilite.wallonie.be). Six OCBM sont définies en Wallonie (à titre informatif il s’agit de 15 en Flandres), en voici les pourtours : Carte 2 : Périmètres des bassins de mobilité - Source : SPW Mobilité Infrastructures - Autorité Organisatrice du Transport, 15/04/2022 Elles doivent aligner leurs décisions sur la Stratégie Régionale de Mobilité 2019 qui prévaut. 24 MOUTIER Lucile 2.7 Les communes, l’échelon situé au plus près de sa population Il existe 589 communes en Belgique (Blaise, P. 2015). Les communes exercent une partie des tâches imposées par les entités fédérales et fédérées (Etat, Régions, Communautés), à savoir la gestion administrative de la population (délivrance de papiers etc.), maintien de l’ordre, entretien des voiries communales etc. En parallèle, elles peuvent agir dans « le domaine de l’enseignement autre que primaire, du logement, du tourisme, du développement économique, de la culture. » (Blaise, P. 2015, p52). En matière de mobilité, les communes peuvent élaborer un Plan Communal de Mobilité (PCM) en faisant appel à des prestataires. Il s’agit d’un document de planification non contraignant juridiquement, ce qui signifie qu’il peut ne pas être pris en compte par les politiques locales. L’objectif d’un PCM est d’établir un état des lieux de la commune en termes de mobilité, afin d’en ressortir ses points forts et faiblesses, et, à termes, de proposer des pistes d’amélioration. Les PCM doivent s’appuyer sur les décisions élaborées par les OCBM dans lequel ils se situent, ainsi que sur la Stratégie Régionale de Mobilité de la Région. La commune de Gembloux, sujet de ce mémoire, élabore actuellement le sien, mais nous y reviendrons plus tard. MOUTIER Lucile 25 Figure 6 : Compétences territoriales dans la mobilité - Source : Réalisation personnelle, 2022 - Partie 2 : Profilage du public étudiant et pratiques de mobilité à Gembloux 1/ Les étudiants et leurs pratiques de mobilité dans la littérature scientifique 1.1 Définition des notions Les « étudiants » sont entendus, au sens du Larousse comme « une personne qui fait des études supérieures dans une université ou un établissement d'enseignement supérieur, une grande école. » soit une personne dont la principale activité est d’étudier. En Belgique comme en France, les études supérieures se réalisent généralement après l’apprentissage effectué au lycée (le secondaire en Belgique), soit vers 18 ans. Les études supérieures sont enseignées dans deux types d’établissements scolaires (Figure 7), les universités où les cours sont majoritairement théoriques, et dans les hautes écoles plus professionnalisantes. Figure 7 : Organisation des études supérieures en Belgique - Source : Student.be Les pratiques d’individus sont largement étudiées dans la littérature scientifique, de ce fait, plusieurs auteurs s’attachent à définir cette notion. D’après la théorie de la pratique de Reckwitz, analyser les pratiques d’un individu repose sur plusieurs aspects : l’activité, l’objet utilisé, le contexte d’utilisation ainsi que sur la signification qui lui est attribuée : « A “practice” is a routinized type of behaviour which consists of several elements, interconnected to one another : forms of bodily activities, forms of mental activities, “things” and their use, a background knowledge in the form of understanding, know how, states of emotions and motivational knowledge. » (Reckwitz, 2002, p. 249). 26 MOUTIER Lucile Dans ce mémoire, nous nous intéressons ainsi aux pratiques de mobilité des étudiants, et plus particulièrement à celles concernant les déplacements domicile-université, permettant d’analyser les déplacements qui se réalisent sur un même territoire (Gembloux). En effet, si notre étude se concentrait seulement sur les déplacements des étudiants vivant à Gembloux, nous perdrions d’abord une partie du public étudiant qui réalise le trajet domicile-université quotidiennement sans pour autant habiter le territoire, mais aussi des modes de déplacements qui pourraient moins être utilisés (tel que le train à titre d’exemple).
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La Peste Porcine Africaine en Europe. Bulletin de l'Académie Vétérinaire de France, 2021, 174, pp.298-303. &#x27E8;10.3406/bavf&#x27E9;. &#x27E8;anses-04455737&#x27E9;
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La Peste Porcine Africaine en Europe HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. LA PESTE PORCINE AFRICAINE EN EUROPE AFRICAN SWINE FEVER IN EUROPE Par Marie-Frédérique LE POTIER 1 (Communication présentée le 3 février 2021, RÉSUM La peste porcine africaine (PPA) est une maladie, non zoonotique, qui affecte les suidés. Elle provoque une fièvre hémorragique souvent létale chez les porcs domestiques et les sangliers européens alors qu’elle est asymptomatique chez les suidés africains adultes. Cette infection est due à un virus à ADN, double brin et enveloppé, seul membre de la famille des Asfarviridae, qui peut aussi infecter des tiques molles du genre Ornithodoros, vecteur non obligatoire. La PPA, endémique en Afrique, a été réintroduite sur le continent européen en 2007, via la Géorgie, et a depuis diffusé largement jusqu’à atteindre l’Union européenne en 2014, la Chine en 2018 avant de s’étendre à l’Asie du Sud-Est et aux îles du Pacifique. La haute résistance du virus dans l’environnement a favorisé sa large dispersion géographique en lien avec les activités humaines. Actuellement, en l’absence de vaccin ou de traitement disponible, seule l’application de mesures drastiques de biosécurité peut prévenir l’introduction en élevage. Mots-clés : Peste Porcine Africaine, Europe, virus, vecteurs, épidémiologie, vaccins, traitements ABSTRACT African swine fever (ASF) is a non-zoonotic disease that causes a hemorrhagic fever often lethal for domestic pigs or European wild boar, while it is asymptomatic in African wild suids. ASF is due to a double strand, enveloped, DNA virus, single member of the Asfarviridae family, that can also infect soft ticks of Ornithodoros spp., a non-compulsory competent vector. ASF, historically endemic in Africa, has been re-introduced on the European continent in 2007, in Georgia, then has spread to reach the European Union in 2014, China in 2018 and further Eastern Asia and Pacific islands. ASF spread in Eurasia is essentially “man-made”, in relation to the environmental resistance of the ASF Virus. As no vaccines or treatments are currently available, disease control measures rely on high level of biosecurity at herd level to prevent ASF introduction. Key-Words: African swine fever, Europe, virus, vectors, epidemiology, vaccines, treatments INTRODUCTION La peste porcine africaine (PPA) est une maladie spécifique des suidés domestiques et sauvages qui n’est pas transmissible à l’homme. Elle a été décrite la première fois en 1910 au Kenya (Montgomery, 1921), mais est probablement présente depuis plusieurs centaines d’années, au sein d’un cycle sauvage entre phacochères et tiques molles du genre Ornithodoros. Elle a été introduite à diverses reprises sur les continents européen et américain depuis l’Afrique, dans les années 1960-1990, où elle a été responsable de foyers sporadiques. Elle a cependant persisté plus longuement dans la péninsule ibérique puisqu’elle n’a pu être éradiquée qu’en 1995. La présence de tiques molles de l’espèce O. erraticus, compétentes sur le plan vectoriel dans le sud de l’Espagne et du Portugal, a probablement participé aux difficultés rencontrées dans l’éradication. La prévalence de la maladie qui persiste en Sardaigne suite à son introduction en 1978, a diminué depuis la mise en œuvre du dernier plan d’éradication initié en 2015, avec l’élimination systématique des porcs errants (Franzoni et al., 2020). Le dernier foyer domestique a été déclaré en septembre 2018 et le nombre de cas chez les sangliers est en diminution, voire quasi-absent dans une des régions affectées (EFSA, 2021). 1 : Chef d'Unité Virologie Immunologie Porcine, Responsable du laboratoire national de référence PPA. Anses Ploufragan-Plouzané-Niort, site de Ploufragan. Courriel : [email protected] En 2007, le virus est de nouveau introduit sur le continent européen, via le débarquement de viande de porc contaminée au port de Poti, en Géorgie. Il va ensuite diffuser largement au sein de la fédération de Russie, notamment en élevage en lien avec les activités humaines, et impactera ponctuellement des populations de sangliers, suite à la consommation de viande de porcs contaminés. En 2014, il atteint la frontière Est de l’Union européenne (Pologne, Pays Baltes) où les populations de sangliers sont alors largement affectées, en plus des élevages. La maladie a depuis atteint plusieurs états membres de l’UE. Les États comme la République Tchèque et la Belgique où le virus n’a affecté que des populations de sangliers sauvages ont réussi à l’éradiquer en deux ans au prix de méthodes de lutte incluant un fractionnement du paysage (clôtures) et une diminution drastique de la densité de sangliers dans les zones considérées. Depuis 2018, la maladie a atteint la Chine puis l’ensemble de l’Asie du Sud-Est et certaines iles du Pacifique. Aucun vaccin n’est encore disponible pour lutter contre cette infection, malgré de nombreuses recherches menées ces dix dernières années. Le virus de la PPA est un très gros virus à ADN, qui peut coexister sous sa forme moyennement virulente avec des anticorps sériques pendant plusieurs semaines. Depuis peu, la séquence complète du génome viral est disponible pour quelques-unes des souches connues, permettant ainsi d’identifier progressivement des gènes potentiellement impliqués dans la virulence. Une meilleure connaissance de la relation entre le virus et la cellule hôte est indispensable pour comprendre la manière dont le virus détourne la réponse immunitaire à son profit, et pouvoir ainsi développer des stratégies vaccinales adaptées. LE VIRUS DE LA PESTE PORCINE AFRICAINE Le virus de la PPA est le seul membre de la famille des Asfarviridae et du genre Asfarvirus. C’est un virus à ADN double brin, de grande taille, qui se réplique dans le cytoplasme de la cellule et ne ressemble à aucun autre virus décrit. L’ADN génomique est protégé par une matrice, elle-même entourée d’une membrane lipidique puis d’une capside protéique. A maturité, les particules virales présentent une deuxième membrane externe, acquise lors du bourgeonnement à travers la membrane cellulaire (Figure 1). Les deux types de virions, avec ou sans membrane externe, sont infectieux (Alonso et al. 2018). Figure 1 : Schéma de la particule virale (Source : ViralZone, Swiss Institute of Bioinformatics) Le virus est très résistant, notamment lorsqu’il est protégé par de la matière organique (viande, sang...). Il va survivre des semaines voire des mois dans de la viande fraiche ou congelée, des produits de salaison, des cadavres de sanglier, mais aussi plusieurs jours sur du matériel (bottes, véhicules...). La taille du génome viral varie entre 170 et 193 kpb et code pour 150 à 167 protéines, dont celles requises pour la réplication virale. La taille du génome varie essentiellement en fonction de l’acquisition ou de la perte de gènes de la famille des multigènes (MGF) (Dixon et al. 2013), phénomène qui pourrait être dû à des recombinaisons homologues (Zhu et al. 2019). Sur la base de la séquence partielle du gène codant pour la protéine de la capside (P72), vingt-quatre génotypes différents sont actuellement décrits en Afrique, contre seulement deux en Europe, le génotype I en Sardaigne, suite à l’introduction du virus en 1978, et le génotype II sur le continent eurasien, depuis son introduction en 2007. Les études plus approfondies des séquences moléculaires des souches isolées depuis 2007 au travers du continent européen et plus récemment en Asie, ont confirmé qu’elles dérivaient toutes de la souche Georgia 2007/01, même si certaines présentent des évolutions sur d’autres régions du génome (CVR, IGR et MGF) définissant de nouveaux clusters, associés à une géolocalisation, confirmant ainsi l’introduction unique puis la diffusion du virus à l’échelle du continent eurasien (Gallardo et al. 2018). Actuellement, moins d’une vingtaine de souches ont pu être séquencées complètement en raison de l’extrême complexité du génome du virus de la PPA (Dixon et al. 2019). PATHOGÉNIE Les macrophages et les monocytes sont les principales cellules cibles du virus pour sa réplication. La manipulation des fonctions du macrophage par le virus est déterminante dans les mécanismes de pathogénie et d’évasion immunitaire (Karger et al. 2019). Plusieurs gènes ne sont pas essentiels pour la réplication virale, dont certains inhibiteurs de la réponse l’hôte, comme les inhibiteurs de la réponse interféron de type I ou de l’apoptose (Dixon et al. 2019). L’infection est associée à une lymphopénie et une thrombopénie, à une destruction des cellules endothéliales vasculaires et à l’induction d’une apoptose massive des lymphocytes non infectés dans le sang comme dans les organes lymphoïdes. Des souches hautement virulentes peuvent provoquer des formes cliniques aiguës qui peuvent induire jusqu’à 100% de mortalité chez le porc domestique ou le sanglier européen en moins de 7 jours. La mortalité est plus faible (30-70%) pour la forme subaiguë de la maladie, due à des souches modérément virulentes. Les premiers signes cliniques des formes aiguës, perte d’appétit et léthargie, sont associés à une forte hyperthermie (>41°C). Les signes cliniques apparaissent en général entre 3 à 5 jours post-inoculation en conditions expérimentales, selon la voie d’inoculation et la dose administrée, et ceci de manière comparable chez le porc et le sanglier européen. Rapidement, les animaux arrêtent de se nourrir et dépérissent. Des diarrhées hémorragiques, des vomissements, ou des avortements sont observés. Les principales lésions sont associées à des hémorragies pouvant induire un érythème dermique, de l’œdème pulmo- naire, une splénomégalie avec une rate déstructurée et élargie, des ganglions lymphatiques congestionnés et hémorragiques, des pétéchies sur les reins, la vessie, les poumons. Les souches faiblement virulentes vont induire une forme chronique avec essentiellement un retard de croissance, des œdèmes des articulations et des ulcères dermiques. Ces animaux peuvent survivre plusieurs semaines, voire récupérer. L’absence d’expression clinique chez les suidés africains (phacochères et potamochères), pour lesquels la virémie n’est détectable que chez les jeunes et à un niveau maitrisé, pourrait être due à une résistance génétique dont la caractérisation ouvrirait des perspectives intéressantes pour la mise au point de vaccins, voire pour la sélection de porcs résistants (Netherton et al. 2019a). Une autre hypothèse sur l’origine de cette résistance naturelle a été argumentée récemment, suite à une étude comparative de la sensibilité de porcs et de phacochères à l’infection par le virus de la PPA, qui a démontré l’influence protectrice du microbiote intestinal (Zhang et al. 2020). HÔTES, TRANSMISSION, VECTEURS, CONTAGIOSITÉ Hôtes et cycles de transmission Traditionnellement en Afrique, l’infection implique un cycle sauvage de transmission entre phacochères et tiques molles du genre Ornithodoros, sans induire de signes cliniques apparents chez le phacochère adulte, seule une virémie est décrite chez le jeune (Plowright et al. 1994). Cette persistance chronique dans la faune sauvage est à l’origine du cycle entre les tiques et le porc domestique conduisant à l’expression clinique de la maladie chez cet hôte très réceptif. Ce cycle a été décrit dans certaines parties de l'Afrique subsaharienne, mais a également joué un rôle important dans la persistance de la maladie lors de l'épizootie dans la péninsule ibérique dans les années 60 et 70 (Boinas et al. 2011). Le rôle des potamochères dans le cycle sauvage est moindre, en raison d’interactions très rares avec les tiques, et d’une prévalence très faible chez ces suidés (Penrith et al. 2019). Le cycle domestique est impliqué dans la grande majorité des foyers de peste porcine africaine dans le monde : le virus est alors transmis par les porcs domestiques ou par des produits porcins infectés aux porcs domestiques. Le profil épidémiologique de l’épizootie actuelle de peste porcine africaine en Europe définit un nouveau cycle épidémiologique impliquant les sangliers et leur environnement. Ce cycle se caractérise à la fois par une transmission directe entre sangliers et par une transmission indirecte via l’environnement où la contamination persiste via les cadavres, la persistance du virus dans l'environnement étant favorisée par le froid et l'humidité et le climat du pays (Chenais et al. 2019). Les modalités de transmission incluent la voie directe (de porc/sanglier infecté à porc/sanglier sensible) et la voie indirecte compte-tenu de l’importante résistance du virus (homme, seringues, matériels, véhicules souillés, produits d’origine animale, aliments contenant des produits porcins dont déchets de cuisine et denrées alimentaires). Les animaux infectés excrètent le virus dans la plupart des fluides et excrétas corporels incluant le sang, fluide nasal, fèces et urine (Guinat et al. 2014), mais la charge virale est très largement supérieure dans le sang, ce qui implique une transmission essentiellement par contact très proche entre animaux plutôt que par voie aérienne. Vecteurs La question du rôle que pourraient jouer des vecteurs potentiels comme les tiques molles en Europe a été régulièrement posée depuis 2014. Afin de répondre à cette question, des études ont été menées en collaboration entre l’Anses et le CIRAD sur la compétence vectorielle vis-à-vis de la souche virale circulante en Eurasie (Georgia 2007/1), des espèces d’Ornithodoros présentes en Europe (O. erraticus et O. verrucosus), en comparaison avec la tique africaine O. moubata. Dans nos conditions expérimentales, ni O. erraticus, ni O. verrucosus infectées n’ont réussi à transmettre la souche virale Georgia 2007/1 à des porcs sains, contrairement à O. moubata. (Pereira de Oliveira et al. 2019). Cependant, les deux espèces européennes maintiennent le virus infectieux plusieurs semaines (Pereira de Oliveira et al. 2020a). De plus, lorsque que l’on donne à manger des tiques O. erraticus infectées à un porc, il déclenche la maladie (Pereira de Oliveira et al. 2020b). Ces tiques pourraient donc potentiellement jouer un rôle de réservoir. Les tiques molles étant endophiles et nidicoles, on ne les retrouve que dans certaines zones géographiques en Europe où les conditions climatiques (température et hygrométrie) leur sont favorables, actuellement principalement au sud du Portugal et de l’Espagne et près de la mer Noire (ECDC & EFSA, 2020), mais leur habitat est en constante régression. Sur le territoire métropolitain, le risque de transmission et de réservoir associé a en conséquence était considéré comme quasi-nul (Saegerman et al. 2020). L’existence de vecteurs mécaniques représentés par des arthropodes piqueurs est régulièrement évoquée dans les Pays de l’Est de l’UE notamment en raison d’une plus forte pression infectieuse en élevage pendant les mois d’été. Leur implication dans la diffusion de l’infection reposerait sur leurs capacités à agir en tant que vecteurs mécaniques. Les hématophages tels que les stomoxes ou les tabanidés pourraient en théorie transmettre du sang infecté à un autre hôte lors de repas de sang interrompus (Bonnet et al. 2020 ; Vergne et al. 2020) mais la preuve de leur implication doit être encore démontrée par des données expérimentales contrôlées ainsi que des données sur leur fréquence en élevage de porcs ou en forêt. Conta giosité La PPA a été longtemps décrite comme une maladie hautement contagieuse, mais les données acquises depuis sa réintroduction au sein de l’UE, aussi bien sur le terrain que lors d’expérimentations contrôlées ont remis en cause cette définition. La PPA diffuse lentement en élevage, de porc à porc majoritairement suite à des contacts avec des épanchements sanguins. En général, après l’introduction dans un élevage, la mortalité est très faible les deux premières semaines, puis augmente progressivement jusqu’à atteindre un fort taux. Chez les sangliers sauvages, la propagation de la maladie se fait de même de proche en proche. Les sauts de plusieurs milliers de kilomètres qui ont pu être observés sont à relier à l’activité humaine, le virus pouvant résister très longtemps dans la viande ou sur des matériels souillés. ÉPIDÉMIOLOGIE EN EUROPE Depuis sa réintroduction sur le continent européen en avril 2007, la PPA a diffusé au travers du Caucase et de la fédération de Russie où elle s’est installée au sein des élevages de porcs et des populations de sangliers sauvages (Gogin et al. 2013). En 2014, la PPA a atteint les états de l’est de l’Union Européenne, la Pologne et les Pays Baltes affectant là aussi porcs et sangliers, puis a diffusé à l’occasion d’erreurs humaines en Moldavie (2016), Roumanie (2017), République Tchèque (2017), Hongrie (avril 2018), Belgique (septembre 2018), Slovaquie (juillet 2019), Serbie (août 2019), et Grèce (février 2020), ou de proche en proche au sein de populations de sangliers comme à la frontière entre la Pologne et l’Allemagne (septembre 2020). Au sein de l’Union européenne (UE), la plupart des élevages de porcs affectés étaient de petits élevages familiaux, mais quelques élevages industriels avec un niveau de biosécurité bien supérieur ont aussi été atteints. Ces foyers domestiques ont été le plus souvent éradiqués rapidement, à l’exception de la Roumanie, où la diffusion est difficile à maitriser. En revanche, la maladie s’est installée dans les populations de sangliers sauvages dans plusieurs régions de l’UE, notamment dans les régions très forestières comme en Pologne ou dans les États baltes. La situation épidémiologique évoluant rapidement, un bulletin hebdomadaire est publié et consultable sur le site de la plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale : https://www.plateforme-esa.fr/. MÉTHODES DE LUTTE ACTUELLES En l’absence de vaccin ou de traitement, la prévention de l’introduction en élevage repose sur des mesures de biosécurité drastiques afin préserver les animaux de contacts à risque. Les méthodes de lutte au sein de l’UE consistent en une détection rapide de la maladie, à l’abattage du foyer infecté et à un blocage des mouvements des élevages alentours. La présence d’un foyer infecté va induire la mise en place par l’UE de différentes zones « tampons » qui, pour éviter la propagation de la maladie, vont être soumises à des restrictions de mouvements vers les zones indemnes (Décision EU 2014/709). Chez les sangliers sauvages, la stratégie consistant à suspendre la chasse au cœur du foyer ainsi que toute activité forestière pouvant déranger les sangliers, à fractionner le paysage par des clôtures, et à réduire drastiquement le nombre de sangliers présents dans la zone limitrophe du foyer, appelée « zone blanche » a permis à la République Tchèque comme à la Belgique de retrouver en deux ans leur statut indemne. Cependant, cette stratégie pourrait s’avérer plus délicate à appliquer lorsque le foyer d’infection se trouve sur une zone plus difficile à délimiter en raison de sa géographie et de son paysage (montagnes, zones humides...). PERSPECTIVES D’UNE VACCINATION CONTRE LE VIRUS DE LA PESTE PORCINE AFRICAINE Différentes stratégies de développement de vaccins ont été tentées avec des succès divers. L’administration de virus inactivé en absence ou en présence d’adjuvants modernes n’a induit aucune protection, alors que les candidats vaccins avaient induit une séroconversion (Blome et al. 2014). Les approches de type vaccin sous-unitaire, basé sur des protéines recombinantes ou des ADN plasmidiques n’ont pas ou peu induit de protection. Une protection partielle avec un retard de l’expression clinique a pu être obtenue par inoculation d’ADN plasmidiques, en l’absence de séroconversion (Argilaguet et al. 2012). Une protection plus complète avec une nette réduction des signes cliniques a été obtenue suite à l’immunisation avec une librairie d’ADN chez une proportion des porcs immunisés mais pas pour l’ensemble des animaux (Lacasta et al. 2014). La plupart des approches vectorielles développées n’ont pas non plus permis de protéger les porcs, et ce quel que soit le vecteur utilisé (Jankovich et al. 2018 ; Netherton et al. 2019b). Récemment, en ayant recours à un protocole de pré-immunisation avec un cocktail de huit adénovirus recombinants suivie d’un rappel avec un vecteur recombinant du virus de la vaccine modifié « Ankara », codant pour les mêmes huit gènes, Goatley et al. (2020) ont réussi à protéger l’ensemble des porcs vis à vis d’une épreuve avec la souche virale hyper-virulente OURT88/1 du génotype I, ces résultats ouvrent la voie pour une approche vaccinale vectorisée qui permettraient de disposer d’un vaccin candidat contre la souche du génotype II circulant actuellement en Eurasie. Pour autant actuellement, ce sont encore les souches vivantes atténuées qui induisent la meilleure protection, notamment les souches naturellement atténuées du génotype I qui permettent une protection homologue ou croisée vis-à-vis de certains autres génotypes (King et al. 2011). Cependant, ce type de souche atténuée induit quelques inflammations et œdèmes au niveau articulaire qui ont un impact négatif sur la croissance des porcs. Des essais d’atténuation plus importante par délétion génétique de ces souches naturellement atténuées a pu conduire selon les cas, à une diminution du pouvoir protecteur (Abrams et al. 2013), comme à une meilleure protection (Reis et al. 2017). Les approches les plus récentes consistent à déléter plusieurs gènes de la région des MGF, gènes qui inhibent la réponse Interféron de type I, pouvant ainsi atténuer la virulence de la souche modifiée chez le porc et le protéger contre une épreuve par le virus parental (O'Donnell et al. 2015). Par ailleurs, Borca et al. (2020) ont pu protéger des porcs en les vaccinant avec une souche Georgia délétée pour le gène I177L, vis-à-vis de la souche parentale inoculée 28 jours plus tard. La souche délétée induisait une virémie sur une période de 28 jours mais n’était pas transmise aux porcs sentinelles. Cependant, cette souche délétée se cultive moins bien sur macrophages que la souche parentale. Ces quelques exemples illustrent la difficulté de développer un vaccin contre la PPA selon les méthodes éprouvées pour d’autres maladies. Les principales limites sont aujourd’hui liées à la difficulté de produire un virus vivant suffisamment atténué pour ne pas diffuser ou rendre malades les animaux tout en conservant un potentiel protecteur vis-à-vis du virus sauvage. Le vaccin doit pouvoir aussi induire une réponse sérologique distinguable d’une infection par le virus sauvage et être suffisamment stable pour être délivré dans l’environnement à destination des sangliers sauvages. Le déficit de connaissance du génome du virus est en train de se combler, grâce aux nouvelles méthodes de séquençage profond. Pour autant, les fonctions de plus de 150 protéines virales sont loin d’être identifiées, et tous les gènes de virulence ne sont pas encore connus. Ce virus interfère avec les réponses innées, et les corollaires de protection ne sont pas encore identifiés. De plus, les virus vivants atténués, actuellement brevetés, se cultivent sur cellules primaires (macrophages), ce qui est incompatible avec une production industrielle (Arias et al. 2017). AUTRES TRAITEMENTS Quelques rares études publiées évoquent des pistes de traitement. Le virus de la PPA est le seul virus connu comme étant capable de coder sa propre Topoisomérase II. L’action de certains antibiotiques (Fluoroquinolones, Isoflavone...) sur cette enzyme entraine une inhibition du cycle de réplication in vitro (Freitas et al. 2016 ; Coelho & Leitão, 2020). Par ailleurs, Hübner et al. (2018) ont montré, en utilisant la technologie CRIPS/Cas9, que la suppression du gène de la P30 inhibe la réplication du virus de la PPA, in vitro. Cette nouvelle approche pourrait permettre d’identifier des pistes pour le développement d’antiviraux spécifiques, voire d’imaginer l’induction d’une résistance chez des porcs transgéniques. CONCLUSION Longtemps peu considérée par les principaux pays producteurs porcins (Europe, Asie, Amérique), la peste porcine africaine est devenue, en quelques années, l’enjeu majeur de cette filière. Même si de nombreuses équipes de recherche se sont investies dans la mise au point de candidats vaccins, l’obtention d’un vaccin efficace et sécurisé semble difficilement atteignable à très court terme. La pression d’infection représentée aujourd’hui par de multiples foyers sauvages ou domestiques non maîtrisés en Europe comme en Asie suggère un risque considérable d’introduction de la maladie à tout instant sur le territoire français et dans une zone qu’il est difficile de prévoir compte-tenu de son caractère aléatoire, à relier à des erreurs humaines. Cependant, des mesures de biosécurité bien appliquées suffisent à protéger un élevage, en évitant ainsi des contacts à risque. La vigilance de tous les acteurs et la mise en place de dispositifs de surveillance efficaces se révèlent incontournables alors que l’épizootie continue de progresser en Europe comme en Asie. BIBLIOGRAPHIE • Abrams CC, Goatley L, Fishbourne E, Chapman D, Cooke L, Oura CA et al. Deletion of virulence associated genes from attenuated African swine fever virus isolate OUR T88/3 decreases its ability to protect against challenge with virulent virus. 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84 la couche infiniment mince. Soit a1 l’angle correspondant au pouvoir dispel’sif de 61 (AI), a, celui de O2 (Pt), et posons a2&#x3E; a1. Plus les rayons émergents sont obliques et plus ils ont accompli iiii long parcours dans le métal, moins il en arrive dans le condensateur et moins leurs parcours y sontlons, c’est-à-dire moins l’ionisation est grande. Ur la figure montre clairement que la divergence des rayons dépend de l’ordre de succession des feuilles et de leur épaisseur; nous pouvons l’accroître si nous ajoutons une seconde feuille b1 (fig. 5 en bas) même au cas ou cette fouille prise isolement produirait une dispersion nulle. On explique ainsi très naturellement l’accroissement des ordonnées pour les courbes Ag/2 Al, Ag/3 Al, Al/2 Au, Au/2 Al (fig. 8). Les courbes de la figure 8 folt connatre approximativement l’ordre des métaux au point de iuc de la dispersion. L’ordonnée correspondante au courant 40 nous donne les nombres 2,5 2,5 2,8 el 5,0 pour les valeurs des différences Aï-Métal moins Métal-Al. Colnme la divergence des rayons augmente avec l’épaisseur des couches et qu’on peut prendre comme mesure de la dispersion la divergence correspondant à l’épaisseur 1, nous obtenons ces grandeurs en valeur relative si nous divisons les logarithmes des différences par l’épaisseur des feuilles (Au 1,65), Pt i,624, Ag 5,89, Cu 3,08. ,10-3 nllll.), ce qui donne respectivement les nombres 241, 224, 123 145. Si nous les divisons encore par la racine carrée du poids atomique, nous obtenons la série de nombres i7, 11, 12, 18, qui peut être considérée comme constante à l’ordre de précision des mesurer. L’écart correspondant al’ar- gent tient peut-être à ce qu’on a employé ici une nouvelle feuille probablement moins épaise. Il est donc très probalue que le pouvoir dispersif des métaux pour les rayons a croit avec le poids atomique el doute comme la racine carré de ce dernier. Tou) ce qui précède ne saurait contredire les résultats expérimentaux de J. J. Thomson et Rutherford, savoir que dans le vide extrême on a un rayonnement secondaire très lent. On peut dire setilenieiii, qu’à la pression ordinaire ce rayonnement est arrête par quelques millimètres d’air et nc produit plus d ionisation appréciable. Mais il est impossible d identifier avec Rutherford Ce rayonnement b avec le rayonnement secondaire clc Mme Curie. Peut-être peut-on expliquer dans notre manière de voir le fait décrit plus haut, savoir le relèvement de la courbe d’ionisation quand on rapproche l’écran absorbant du condensateur. L’observation montre qu’aux grandes ionisations (de 10 unités par exemple) la dispersion n’est que de quelques centièmes, tandis que lorsque la courbe est relevée dc 2 millimètres, l’ionisation change de plus de 100 pour 100, Nous concluons de là que la plus grande partie de l’effet vient de ce que l’absorption des rayons x dépend de leur vitesse, bien qu’une faible part puisse revenir à la dispersion. Toutes les analogies indiquent que l’absorption des raj’ons z doit, comme toutes leurs propriélés, être une fonction de la vitesse. sans Décembre 1906. Traduit de l’allemand par Léon BLOCH. Vitesse et énergie des particules 03B1 des substances radioactives Par E. RUTHERFORD, Professeur de physique. Mc. Gill University, Montréal. DANS deux mémoires précédents 1, il a été rendu radioactive avec une très grande vitessc. La valeur de compte de mesures de masse et de vitesse faites sur certains produits du radium, de e m,- rapport de la charge à la masse de la parti- l’actinium et du thoriuln. On a fait voir que, dans la limite des erreurs expérimentales, les particules Y. émises par chacune de ces substances ont même masse et ne dînèrent que par leur vitesse de projection. Sous les conditions expérimentales ordinaires, la particule x porte une charge positive et se comporte comme un atome matériel projeté par la substance 1. Voir le Radium, Nov. 1906. a été trouvée égale à 5,07.1 (P. La cule a, probabilité que la particule a est un atome d’hélium se trouve discutée en détail dans un des mémoires déjà mentionnés. Le parcours d’ionisation dans l’air des particules a d’une couche très mince de matière active est une quantité définie et aisément mesurable, caractéristique de chaque produit. Les parcours dans I air dc, - Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/radium:019070040208401 85 produit du radium ont été soigneusement déterminés par Bragg et Kleeman. Levin a déterminé le parcours des particules dupoionium (radium F); Hahu a étudié en détail les parcours des particules a émises par les différents produits du thorium et de l’actinium. Les vitesses des rayons a issus d’uiie source homo- La vitesse initiale de projection de la particule ce de chaque produit est donc une constante bien définie, qui peut servir à le caractériser aussi bien que sa période de transformation. Les vitesses des particules ex émises par les différents produits sont rassemblées dans le tableau 1. Tableau I. gène sont toutes réduites d’une même quantité à la traversée d’un écran matériel. A la suite d’une étude de la variation de vitesse subie par les particules du radium C au passage de la matière, j’ai montré que la vitesse Y d’unc particule ayant le parcours r dans l’air après traversée d’un écran est donnée par oit Vo est la vitesse initiale des particules 7. émises par le radium C et possédant dans l’air un parcours de 7,06 cms. Cette relation a été confirmée par la mesure directe des vitesses des particules 7. des différents produits à rayonnement a qui possèdent des parcours d’ionisations différents. On a déterminé la valeur de V0, qui est égale à 2,06.10 9 cm. par sec. Par conséquent la vitesse V d’une particule a qui est capable d’ioniser l’air sur une distance de r cms. est Ceci repose sur l’hypothèse, vérifiée dans un grand nombre de cas, que les particules x des différents produits doués du rayonnement Y. ont une masse identique. On a ajouté, a titre de comparaison, la période de transformation et le parcours des rayons 4 dans l’air. La 4e colonne donne l’énergie cinétique de la particulc x au moment de son émission. Puisque l’énergie cinétique 1 2 mu2 est égale à 1 2 mu2 2. e et que la valeur de mu2 e est déterminée directement a 1 aIde dcs Baleurs de l’énergie cinétique est exprimée en fonction de e, la charge (en unités électromagnétiques) portée par la particule a. Sous cette forme, les résultats n’impliquent aucune lypothèse sur la connues u et e m, ,raie valeur de e. Les parcours des rayons x des différentes substances, sauf l’uranium, ont été déterminés par la méthode électrique, imaginée par Bragg et Kleeman. lnl la faible activité de l’uranium, on n’a pu encore par cette méthode déterminer le parcours de ses rayons x. Mais Bragg a déterminé 1 absorption de la particule a de l’uranium par l’aluminium, et l’on peut aisément (réduire de là que le parcours de la particule x de l’urani11 est voisine de 5,5 cms. Il est intéressant de comparer la vitesse moyenne 86 Tableau II. et l’énergie de la particule « émise par les produits successifs des éléments radioactifs. Les résultats sont résumés ci-dessous. La 5e colonne donne l’énergie cinétique totale de la particule x libérée à la suite des désintégrations successives d’un atome générateur. Puisque chaque fois qu’un élémcnt primaire est en équilibre radioactif avec ses produits, le même nombre d’atomes de chacun d’eux se brise par seconde, la vitesse moyenne ou l’énergie moyenne des particules x pour chaque famille de produits est donnée par la sonlme des vitesses ou des énergies divisée par le nombre des produits intervenant. Les tableaux ci-dessus font voir que I° Les vitesses d’émission des particules a de tous les élémcnts radioactifs sont comprises entre 1,56.109 et 2,25.109 cms par sec., c’est-il-dire que la vitesse d’émission la plus grande est seulement 1,£4 fois supérieure à la plus faible. Ce sont les particules du thorium C qui ont la plus grande vitesse d’émission, celles de l’uranium et du radium qui ont la moindre. 2° La vitesse moyennc et l’énergie moyenne des particules « des familles du thorium et de l’t1cLiniun1 sont très sensiblement les mêmes et plus grandes que celles de la famille du radium. La vitesse moyenne d’émission des particules z de la famille du radiuln (y compris radium F), est plus faible d’environ. 6 pour 100 que dans le cas du thorium ou de l’actinium. 3° L’énergie totale libérée par désintégration stiecessive d’un atome de radium est moindre que celle d’un atome de thorium, mais plus grande que celle d’un atome d’actinium. Malgré le nl0indre nombre de produits à rayonne- ment x dans le cas du thorium, l’énergie totale libérée par désintégration d’un atome de thorium est pratiquement la mèlne que celle d’un atome d’uranium (y compris le radium et ses produits). Relation entre la vitesse d’émission d’une particule o,. et la constante de temps du produit correspondant. Si l’on veut trouver une relation de ce genre, il faut remarquer que, dans un grand nombre de cas, la vitesse d’émission de la particule x augmente quand la constante de temps diminue. Puisque la constante de temps d’un produit peut être regardée comme une mesure de la stabilité des atomes qui la Composent, ceci semble indiquer que la vitesse d’émission de la particule est une fonction de la stabilité de l’atome, qui est plus petite pour les atomes les plus stables. C’est ce qu’on voit clairement dans le cas de l’uranium, du radium, du radiunl F. et du radiothorium, qui sont à transformation relativement lente. Les particules de l’uranium et du radium ont le parcours minimum, 3,:) centimètres environ, celles du radium F ont le parcours le plus petit ensuite, soit 5,86 centimètre. De même pour la famille du llioriuni, les particules u des produits à longue période sont celles qui ont la plus petite vitesse. La constante de temps du radiothorium n’a pas été Inesurée jusqu’ici, mais elle n’est pas inférieure à une année, et sans doute bien supérieure ; Cll tout cas elle est plus grande que pour tout autre produit à rayons x du thorium. La relation éclate plus clairement si l’oii dispose, comllle dans le tableau ci-dessous, les produits de Tableau III. 87 chaque famille radioactive par ordre de vitessc d’émission croissante des particules a, Les seules exceptions a la règle que la vitesse d’émission des partieules a. augmente quand la constante de temps diminue correspondent aux trois produits marques d’un astérisque, savoir lc radium C, le thorium X et l’actinium X. Si l’on admet que la règle en qucstion est universelle, on devrait trouver pour la constante de temps du radium C moins d’une minute et pour celles du thorium X et de l’actinium X quelques secondes. Il est possible que de nouvelles recherches fassent disparaître ces corps de la liste des exception. Il se peut par exemple qu’il se produise deux changements successifs dans le radium C, l’un sans rayons a constante de 19 minutes, un autre très court avec rayons u. Il est possible qu’il en soit de même pour le thorium X et l’actinium X. De pareils chargements doubles, de vitesse très inégale, seraient très difficiles à déceler. Il l’émission calorifique par gramme de radium est environ 2 000000 fois plus grande que pour l’uranium et le thorium. Puisque l’émission calorifique des substances radioactives est une mesure de l’énergie des particules n émises, toute nlatière radioactive qu’elle que soit sa dissémination émettra de la chaleur proportionnellement à sa masse. Il est par conséquent tout à fait permis d’admettre, par exemple, que le dégagement de chaleur du radium distribué en petites cluantités dans l’écorce terrestre est proportionnel a la lnasse de radium présente. Considérations générales. Nous avons vll que la vitesse d’émission des particules ce des différentes substances radioactives est toujours comprise dans d’étroites limites, savoir entre 1,56.10 et 2,25.109 centimètres. Dans un précédent mémoire, j’ai montré que la particule oc par son n’y a pas jusqu’ici d’argument qui s’y oppose. Dans la plupart des cas, la constante de temps dé- pouvoir d’ionisation, son pouvoir photographique et croît trus vite pour un léger accroissement dans la son action de phosphorescence, quand sa vitesse tombe vitesse d’émission des particules. Je n’ai pas réussi à au-dessous de 0,4. Vo, Vo désignait la vitesse des partrouver une relation simple entre la vitesse d’émission ticules ex du radium C. La valeur de Vo a été montréc de la particule « et la constante de temps du produit. être égale a 2,06.109 centimètres par seconde, de Ilahn a déjà attiré l’attention sur le fait intéressant sorte que la vitesse critique de la particule a est d’enque les produits correspondants du thoriunl et de viron 0,82.109 centimètres par seconde. La vitesse l’actinium occupent la même position relative, si on d’émission de la particule est en général de 2 à 5 fois les range par ordre de vitesse croissante d’émission plus grande. Une particule émise sous une vitesse des particules e. inférieure à la vitesse critique serait difficile à déceler, et ne produirait qu’une ionisation faible ou nulle. Si les particules a des substances actives avaient été proVitesse d’émission de l’énergie. jetées avec une vitesse moyenne moitié moindre, il Nous avons vu que l’énergie des particules x due à aurait été difficile de découvrir des particules x quelles la désintégration successive d’un atome de l’élément qu’elles fussent. I)ans l’absence de connaissance précise des causes primitif est 12,5. 1014 pour pour le radium (non compris le radiumF),17,7, 10 14 hour le thorium ett 14, 0.1014 e qui conduisent aux désintégrations successives de pour l’actinium. Dans un précédent mémoire, j’ai l’atome, il nc semble pas possible présentement de montré que l’effet calorifique du radium est, en grande donner une explication adéquate des modes de transpartie, une mesure de l’éncrgie cinétique des parti- forl11ation des substances radioactives. Il n’est pourcules a émises. Nous pouvons donc admettre avec tant pas douteux que les données accumulées déjà sur oc a confiance que le thorium, l’uranium et l’aetiniurn émcttcnt aussi de l’énergie calorifique en quantité proportionnelle à l’énergie cinétique des particules a qu’ils émettent. Jusqu’à ce qu’on ait déterminé avec certitude pour chacun de ces éléments le nombre des atomes qui se brisent par seconde, l’émission calorifique vraie ne peut être calculée avec certitude. Mais des mesures d’activité relative du thorium et de l’uranium comparés au radium permettent de déduire que les constantcs de temps et les vitesses d’émission doivent éclaircir finalement notre conception de l’atome. L’étude de la radioactivité a souligné l’importance de la particule u comme unité constitutive des atomes les plus lourds, et il est probable que la particule joue un rôle tout aussi important dans la structure des atomes autres que ceux du thorium, de l’uranium, du radiunl et de l’actinium. Décembre 1906. Traduit de l’anglais par, Léon BLOCH.
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ANALYSE ÉCONOMÉTRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE : CAS DE LA RÉGION MARRAKECH-SAFI
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ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI FATIMA ARIB Professeur de l'Enseignement Supérieur à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc [email protected] AALIOUA ABDEL MOULA Doctorant à la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales, Université Cadi Ayyad, Marrakech, Maroc [email protected] RESUME Cet article se propose d’analyser le comportement des entreprises marocaines vis-à-vis de la transition écologique, et ce à travers une étude empirique portant sur 80 entreprises industrielles de la Région Marrakech-Safi. Une revue de littérature a mis d’abord le point sur les principaux concepts nécessaires à la compréhension de la problématique, ainsi que les différents paradigmes et théories qui ont jalonné la question environnementale. La partie empirique s'est basée sur une méthodologie mixte. Après une phase qualitative exploratoire, l'étude empirique a fait appel à un modèle d’équations structurelles (MES), assisté d’une analyse multi groupe. Les résultats révèlent que les cinq principales variables explicatives du comportement environnemental de ces entreprises sont : La réduction des coûts, le manque de moyens financiers et de compétences, l’avantage concurrentiel, la législation et la pression des parties prenantes. Mots clés : Transition écologique, comportement, entreprises industrielles, parties prenantes ABSTRACT: ECONOMETRIC ANALYSIS OF ENTERPRISE BEHAVIOR OF ECOLOGICAL TRANSITION CASE OF THE MARRAKECH-SAFI REGION This article aims to analyze the behavior of Moroccan companies vis-à-vis the ecological transition, through an empiricalstudy of 80 industrial enterprises in the Marrakech-Safi Region. A literaturere view first focused on the main concepts needed to understand the issue, as well as the different paradigms and theories that have marked the environmental issue. The empirical part wasbased on a mixed methodology. After a qualitative exploratory phase, the empiricalstudyused a model of structural equations (MES), assisted by a multi-group analysis. The resultsrevealthat the five main explanatory variables of the environmental behavior of thesecompanies are : Cost reduction, lack of financial means and skills, competitive advantage, legislation and pressure from stake holders Key words: Ecological transition, behavior, industrial enterprises, stakeholders. Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 257 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI INTRODUCTION Les réflexions sur les conséquences économiques des actions environnementales des entreprises s’articulent la plupart du temps autour de deux attitudes difficilement conciliables. La première, la plus traditionnelle, considère que les avantages des actions environnementales ne compensent pas les coûts souvent importants supportés par l’entreprise. Les questions écologiques apparaissent donc comme des contraintes susceptibles de menacer la pérennité des organisations et auxquelles les entreprises doivent répondre par des investissements. La seconde attitude repose au contraire sur l’affirmation que les actions pour réduire les impacts sur le milieu naturel, sont profitables pour l’entreprise, et constituent des opportunités pour améliorer le positionnement concurrentiel, et moderniser les procédés. Apporter une explication au phénomène de « l’engagement environnemental des entreprises industrielles marocaines », et identifier les différents facteurs impulsant ou freinant ces comportements sont les principaux objectifs de cet article. Pour conduire cette recherche et après une synthèse de la littérature existante, nous avons procédé à une phase qualitative exploratoire afin d’affiner nos hypothèses de recherche issues de la littérature. Nous avons ensuite testé ces dernières en faisant appel à un modèle d’équations structurelles (MES), assisté d’une analyse multi groupe, lors d’une phase quantitative via le logiciel XLSATAT et à partir des réponses au questionnaire par 104 entreprises industrielles opérant dans la Région Marrakech - Safi. 1. REVUE DE LITTERATURE La question environnementale a été appréhendée par plusieurs courants de pensées, à travers l’histoire de la pensée économique, ces écoles peuvent être résumées en trois courants principaux. 1.1. L’approche orthodoxe : l’économie de l’environnement La littérature économique s’intéressant à l’environnement est issue en premier lieu du champ de l’économie de l’environnement qui a appréhendé la relation entre croissance économique et environnement comme deux visions purement antagonistes. Selon la première, la Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 258 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI croissance économique se ferait au détriment de l’environnement, les activités économiques prélevant des ressources naturelles et rejetant dans l’environnement des pollutions (la théorie pigouvienne des externalités), selon la seconde approche, les conditions effectives de la croissance économique sont à même d’induire une compatibilité entre économie et qualité environnementale (Beckerman, 1992 ; Barrytte, 1992). L’analyse utilitariste des néoclassiques va rattacher l’existence d’un bien non pas à sa consistance matérielle mais à la satisfaction qu’il procure. Ceci explique pourquoi les néoclassiques se sont si longtemps désintéressés de l’environnement. 1.2. L’approche hétérodoxe : l’économie écologique Se démarquant du courant néoclassique, l’économie écologique conçoit l’économie comme imbriquée dans son écosystème. Il s’agit d’une tentative d’humanisation ou d’écologisation du développement, c’est une critique de l’orthodoxie économique. Elle repose sur un certain nombre de principes à savoir : - L’acceptation d’un niveau optimal de pollution (celui qui maximise les bénéfices sociaux nets), - La micro-économie environnementale et l’accent porté sur les droits de propriété privée, - L’analyse coûts-bénéfices comme une incitation principale des agents économiques, - L’évaluation économique des services écologiques généralement considérés comme gratuits (par exemple le cycle hydrologique, la pollinisation des abeilles, le filtrage naturel des eaux par les plantes ou les zones humides, l’effet de tampon assuré par les zones côtières intermédiaires comme les mangroves ou les plaines alluviales, etc.), - Le souci concernant la dégradation des espaces et ressources naturels en accès libre, en dehors de tout régime de propriété (par exemple les océans ou l’atmosphère) à tous les acteurs économiques. 1.3 Paradigme sociétal et institutionnaliste Selon ce paradigme, l’entreprise est soumise à des pressions externes auxquelles elle doit impérativement répondre. Les écarts entre les attentes de la société et la perception du comportement des entreprises, souvent associées à des « pollueurs », représentent donc des Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 259 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI menaces pour la légitimité et pour la survie des organisations. Ainsi, les enjeux environnementaux sont la source de pressions sociales que les entreprises doivent savoir analyser et anticiper. Cette approche s’inscrit dans la perspective d’une socio-économie qui souligne l’inscription du rapport au milieu naturel et à ses ressources dans des institutions, des cultures, des visions morales (Foster, 1997) et un fonctionnement social qui médiatisent la formation des choix individuels (Kapp, 1950 ; Bromley, 1995) et leurs modes de coordination (Godard, 1990), il s’agit de l’institutionnalisme. A l’issue de cette revue de littérature, une série d’hypothèses s’est attachée à caractériser le poids des facteurs qualifiés de déterminants et qui vise à expliquer le comportement pro environnemental chez les entreprises à savoir :  Les facteurs situationnels (internes) conditionnant les comportements écologiques à déplacer avant la méthodologie Le niveau situationnel (le niveau interne), rappelle les approches théoriques instrumentales qui considèrent que l’engagement permet de réaliser des économies ainsi que des bénéfices financiers, alors que d’autres (Chan et Wong, 2006 ; Hesan et al., 2001 ; Egels-Zandén, 2009) soutiennent l’impact positif sur les couts de production ; et celles relatives à l’éthique et à la personnalité du dirigeant, identifiées dans le modèle de (Garriga et Mele, 2004)1. Ce niveau regroupe les déterminants qui sont initiées par des forces internes à l’entreprise, et influencent son engagement environnemental (Déterminant situationnel H1). Le niveau situationnel de notre modèle a été représenté, par la réduction des coûts (H1.1) et le manque de moyens (H1.2). Ces dernières influencent l’engagement environnemental des entreprises  Les facteurs contextuels (externes) conditionnant les comportements écologiques Les attentes des clients (H2.2), les subventions de l’Etat (H2.3), la législation (H2.4) ainsi que la pression des différentes parties prenantes (H2.5) sont autant de facteurs qui peuvent expliquer le choix de ce niveau Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 260 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI  Les variables modératrices conditionnant les comportements écologiques De la même manière qu’avec les précédents déterminants, nous allons introduire dans notre modèle ceux propres à l’entreprise qui ont été prouvées théoriquement et empiriquement dans les recherches antérieures et constituent des variables de contrôle dans notre étude Notre modèle général de recherche encadre l’ensemble de nos hypothèses de recherche. 2. METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE ET APPROCHE D’ETUDE Ce travail s’intéresse aux comportements des entreprises industrielles marocaines vis-à-vis de la transition écologique dans le contexte de la région Marrakech Safi. Il tentera d’apporter des éléments de réponse face aux interrogations en lien avec ce contexte. A travers ce travail, nous souhaitons apporter des éclairages à la problématique suivante : Comment les entreprises industrielles marocaines se comportent-elles vis-à-vis de la transition écologique? 2.1. Cheminement méthodologique Deux approches méthodologiques, exploratoire et quantitative, ont été mobilisées pour déterminer les facteurs poussant les entreprises du secteur industriel de la région de Marrakech- Safi à adopter un comportement responsable vis à vis de l'environnement. Ainsi, 104 questionnaires ont été administrés auprès des entreprises, seuls 79 questionnaires ont fait l'objet d'analyse. 2.2. Approche exploratoire Cette étude s'est reposée d'abord sur l’analyse de contenu des documents et des entretiens exploratoires effectués auprès de cinq entreprises. Elle nous a permis de : - Acquérir davantage d’informations spécifiques au terrain quant aux mesures pro environnementales adoptées par ces entreprises ainsi qu’aux différents facteurs impulsant ce type de comportement. - Mieux saisir le rôle des dirigeants ainsi que leur volonté individuelle dans l’implication et l’imprégnation de cette culture. - Distinguer le faible rôle ainsi que, le manque d’implication de l’Etat que ce soit en matière de sensibilisation ou par subventions financières, ainsi que le faible rôle joué par les organismes internationaux, les médias et les organismes non gouvernementaux Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 261 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI (ONG), dans la pression exercée sur les entreprises, afin d’intégrer le souci environnemental dans la stratégie entrepreneuriale de l’entreprise. Dans ce sens, durant l’entretien par exemple avec la responsable du département QSE de l’entreprise ATLAS COUSCOUS, elle n’a pas lié leur engagement à des pressions exercées par les autorités publiques ou n’importe quelle instance, mais à une prise de conscience et à un volontarisme de la part des responsables. Au regard des résultats enregistrés à partir des entretiens, il s’est avéré aussi que les cinq entreprises enquêtées insistent de plus dans leur gestion environnementale sur l’aspect technique (tout ce qui est acquisition d’équipement, station d’épuration, procédures…) et négligent l’aspect managérial (conception et instauration d’un Système de Management Environnemental conformément à la norme 14001, Etude d’Impact Environnementale… ), parfois les prétextes avancés dans ce sens sont en relation avec l’énorme budget susceptible de mettre en place ce type systèmes ou d’études pareilles et parfois c’est une question du manque de conscience et d’intérêt pour ce type de modes de gestion. 2.3 Méthodologie quantitative de la recherche L’analyse quantitative a pour objectif de tester les hypothèses et sous-hypothèses issues du modèle d’analyse. Le modèle d’équations structurelle a été choisi afin d’étudier les liens de causalité multiple entre l’ensemble des variables étudiées. La définition des échelles de mesure qui vont mesurer les différentes variables latentes de notre modèle de recherche, et rendre les variables observables (Manifeste), a nécessité un travail de traduction empirique des définitions conceptuelles afin de tester nos hypothèses de recherche. L’opérationnalisation des variables à expliquer, explicatives, et médiatrices, nous a permis de disposer de 85 items. Concernant le niveau d’analyse situationnel. Nous avons 8 items qui mesurent les 3 variables. Au niveau contextuel nous avons 10 items qui mesurent les 4 variables. De plus, concernant les variables modératrices, nous avons 13 items, qui mesurent 2 variables. Enfin, cinq items pour mesurer la variable dépendante. Nous avons opté pour la méthode non probabiliste avec la méthode d’échantillonnage à choix raisonné. En effet, la sélection des entreprises, s’est faite à travers un réseau de contacts, afin Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 262 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI de faciliter l’accès, et selon les caractéristiques suivantes : Le secteur d’activité et la localisation géographique Cette étude a bénéficié d’un soutien logistique de la part de la délégation régionale du ministère de l’Industrie et du commerce implantée à Marrakech ainsi que du soutien de la Confédération Générale des Entreprises Marocaines (CGEM) à Marrakech, le centre d’Investissement Régional ainsi que la chambre du Commerce, d’Industrie et des Services de Marrakech. Un questionnaire a été ensuite finalisé et administré sur les sites des entreprises ou en ligne via la version électronique du système. 3. RESULTATS, ANALYSE ET DISCUSSION L'analyse des réponses des 79 entreprises nous ont permis de mesurer et comprendre l'importance des différentes variables explicatives retenues dans le modèle. 3.1ANALYSE STATISTIQUE L’ensemble des items qui nous ont aidés à mesurer nos variables explicatives ont été d'abord récapitulés dans le tableau ci-dessous : Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 263 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI Tableau 1 : Récapitulatif des items des variables explicatives Variables Réduction des coûts Variables situationne lles internes Manque de moyens Dimensions Réduction des coûts Manque de moyens financiers et de compétences Lourdeur administrative Législation Avantages concurrenti els Variables contextuell es externes Avantages concurrentiels Attentes des clients Subventions Pression des parties prenantes Subventions Pression des parties prenantes Items L’entreprise est motivée par la réduction des coûts liés aux risques opérationnels L’entreprise est motivée par la réduction de la consommation des énergies et des rejets des déchets. L’entreprise est motivée par augmentation de la productivité et de la rentabilité L’entreprise est freinée par le manque des moyens financiers. L’entreprise est freinée par le manque de ressources humaines compétentes. L’entreprise est freinée par le manque d’intérêt pour cette question. Manque d’appui public Formalités administratives lentes et lourdes L’entreprise est motivée par la conformité à la législation et loi en vigueur. L’entreprise est motivée par la diminution du risque pénal pour le non-respect de la réglementation L’entreprise est motivée par les nouveaux instruments et institutions réglementaires créés par l'Etat (police de l'environnement) L’entreprise est motivée par l’amélioration de son image et sa réputation. L’entreprise est motivée par le fait que les concurrents se sont engagés dans la cause environnementale L’entreprise est motivée par l’augmentation de la fidélité de ses clients L’entreprise est motivée par l’amélioration de la sensibilité des clients envers la protection de l’environnement L’entreprise est motivée par la création d'un produit qui prend en considération la préoccupation des clients L’entreprise est motivée par l’accès aux crédits et subventions financières proposées par l’Etat L’entreprise est motivée par le parrainage de l'Etat afin d’accéder aux événements comme les foires, les expositions. Bonne relation avec l’environnement local Adhésion et motivation des employés Meilleure relation avec les différentes parties prenantes Alpha de Cronbach Alpha en cas de suppression ,833 0,860 ,780 ,799 ,409 0,565 ,323 ,615 0,569 … … ,532 0,575 ,123 ,715 … 0,653 … ,811 0,808 ,613 ,776 … 0,907 … ,840 0,902 ,837 ,907 Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 264 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI Un test par groupe a été nécessaire pour approfondir l’analyse à propos des déterminants affectant l’engagement des entreprises industrielles. En effet, le logiciel XLSTAT inclut des méthodes de comparaisons multi groupes introduites dans le cadre de l’approche PLS par Wynne Chin (2005). Pour la présente recherche, on distingue entre deux groupes, le premier inclut les entreprises ayant un nombre de salariés compris entre 50 et 250 tandis que l’autre groupe concerne celles ayant un nombre de salariés supérieur à 250. L'objectif est de voir s'il y a des différences significatives entre les paramètres associés à chaque sous-échantillon. Le modèle PLSPM de XLSTAT permet l’utilisation d’un test t pour comparer les coefficients entre eux et un test global basés sur des permutations. 3.2Validation et estimation du modèle, analyse et discussion. La validation du modèle s'est faite en deux étapes: un modèle interne avec dans notre cas les indices de qualité de la régression PLS2, et un modèle externe d’après des critères variés selon si le schéma est réflectif ou formatif. Il existe plusieurs critères (unidimensionnalité, fiabilité composite, validité convergente et validité discriminante) à la validation des schémas réflectifs. Le non-respect de ces critères entraîne exclusion de certaines variables du modèle. Nous avons commencé avec la vérification de la qualité d’ajustement du modèle. Les résultats montrent que le GOF relatif, celui du modèle externe et celui du modèle interne présentent des résultats très élevés. Ainsi que le GOF absolu qui affiche un résultat assez satisfaisant (0,5801). Ces valeurs prouvent l’existence d’une bonne qualité d’ajustement du modèle aux données. D’après les résultats, la qualité de l’ajustement est assez élevée (R²=0.43) ; ce qui est normal compte tenu du nombre important de variables explicatives dans l’équation. Le modèle est globalement significatif. L’approche PLS ne propose pas d’indice global de la qualité du modèle. Certains auteurs exposent dans leur article théorique des indices d’évaluation de la qualité du modèle externe par la communalité, la redondance pour le modèle interne et le GoF un critère global permettant de choisir un modèle plutôt qu’un autre (Tenenhaus et al. 2005 ; Stan et Saporta 2006 ; Jakobowicz 2007). Toutefois, ces auteurs ne donnent pas de seuil permettant d’indiquer si ces indices indiquent une bonne qualité ou pas du modèle. Nous avons donc opté pour le GOF comme critère. 2 Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 265 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI Variable latente Réduction des coûts Manque de moyens financiers compétences Lourdeur administrative Attentes des clients Avantages concurrentiels Législation Pression des parties prenantes Subventions Valeur et 0,3314 de -0,3373 -0,1022 0,0095 0,0753 0,0232 0,1951 -0,0195 Erreur standard 0,1467 0,0956 t Pr > |t| 2,2590 -3,5278 0,0270 0,0007 0,0941 0,1272 0,1271 0,0976 0,1326 0,1061 -1,0854 0,0744 0,5927 0,2372 1,4713 -0,1841 0,2814 0,9409 0,0753 0,0832 0,0657 0,8544 Les résultats montrent que la variable latente « Engagement Environnemental » est déterminée principalement par la réduction des coûts et le manque de moyens financiers et de compétences. Le t statistique de ces deux variables sont égaux respectivement à 0,0270 et 0,0007, leurs significativités dépassent de loin le seuil de 5 %. En plus les variables « Avantages concurrentiels », « Législation », ainsi que les « Pressions des parties prenantes » sont significatives au seuil de 10%. Par ailleurs, ces résultats indiquent aussi que les autres variables restantes à savoir les variables « Lourdeur administrative », « Subvention » et « Attentes des clients n’ont aucun effet significatif sur l’engagement environnemental. Les résultats de l’estimation du modèle dans son ensemble et la vérification des hypothèses de recherche sont présentés successivement dans la figure 2. Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 266 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI Figure2 : Résultats de l'estimation du modèle structurel 3.3. Vérification des hypothèses. Après avoir vérifié la solidité et la fiabilité du modèle utilisé, nous examinons à présent, les hypothèses de notre recherche où le modèle retient en bloc toutes les variables explicatives. Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 267 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI Tableau 2 : Synthèse de la validation des hypothèses et sous hypothèses Code H1.1 H1.2 H1.2.1 H1.2.2 H2.1 H2.2 H2.3 H2.4 H2.5 Hypothèses Plus la réduction des coûts est recherchée par les entreprises, son influence sera positive sur leur engagement environnemental de l’entreprise. Le manque de moyens Manque de moyens financiers et de compétences Lourdeur administrative La recherche d’un avantage concurrentiel influence positivement l’engagement environnemental de l’entreprise. (Motivation) Les attentes des clients influencent positivement l’engagement environnemental de l’entreprise. Les subventions de l’Etat influencent positivement l’engagement de l’entreprise La crainte de la règlementation influence positivement l’engagement de l’entreprise. La pression des parties prenantes influence positivement l’engagement de l’entreprise, et la probabilité d’observer des comportements écosensibles est plus importante si l’intensité des pressions externes à l’entreprise est forte. Décision Pr > |t| Vérifiée 0,0270 vérifiée Non Vérifiée 0,0007 0,2814 vérifiée 0,0753 Non vérifiée 0,9409 Non vérifiée 0,8544 0,0832 vérifiée vérifiée 0,0657 Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 268 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI 3.4. Modèle externe L'examen du modèle externe nous a amené à constater que des variables telles que la réduction des coûts, le manque de moyens financiers et de compétences, la lourdeur administrative, l’avantage concurrentiel, les attentes des clients, les subventions de l’Etat, la règlementation et la pression des parties prenantes sont les facteurs qui expliquent l’engagement environnemental des entreprises industrielles. Chose qui n’a pas été vérifiée pour l’ensemble de ces facteurs, cinq déterminants sur huit ont été vérifiés pour lesquels un t statistique était très significatifs (moins de 5%). Le tableau 3 présente les différentes variables de mesures ainsi que leurs poids externes. Tableau 3: Les variables de mesure et leurs poids externes Variables latentes Engagement environnemental Réduction des coûts Manque de moyens financiers et de compétences Lourdeur administrative Attentes des clients Variables manifestes Poids externe ENGENV_1-1 0,5601 ENGENV_1-2 -0,5601 ENGENV_2-1 0,3419 ENGENV_2-2 -0,3419 ENGENV_3-2 -0,2586 ENGENV_3-1 0,2586 ENGENV_4-2 -0,2811 ENGENV_4-1 0,2811 ENGENV_5-2 -0,3724 ENGENV_5-1 0,3724 REDCOU_1 0,3919 REDCOU_2 0,4900 REDCOU_3 0,5339 MANQRC_1 0,5919 MANQRC_2 0,3939 MANQAL_1 0,7398 MANQAL_2 0,4607 ATTCLI_1 0,5716 ATTCLI_2 0,5781 Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 269 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI Avantages concurrentiels Législation Pression des parties prenantes subventions AVANCON_1 0,6971 AVANCON_2 0,6397 LEGIS_1 0,5523 LEGIS_2 0,6032 PARPRE_1 0,3037 PARPRE_2 0,4048 PARPRE_3 0,4341 SUBVEN_1 0,3205 SUBVEN_2 0,4943 Dans notre recherche, les variables incluses dans le modèle sont celles qui présentent des coefficients de régression statistiquement significatifs, c’est-à-dire celles avec un seuil de signification fixé entre 5 % et 10%, ainsi que celles qui s’associent à des coefficients de régression statistiquement non significatifs, qui dépassent le seuil de 10%. Dans l’ensemble, l’analyse du modèle interne et externe laisse relever les résultats suivants : - La réduction des coûts détermine positivement l’engagement environnemental des entreprises industrielles. - Le manque de moyens financiers et de compétences affecte négativement l’engagement environnemental de ces entreprises. - La recherche d’un avantage concurrentiel influence positivement l’engagement environnemental de l’entreprise. - La crainte de la règlementation influence positivement l’engagement de l’entreprise. - La pression des parties prenantes influence positivement l’engagement de l’entreprise, et la probabilité d’observer des comportements écosensibles est plus importante si l’intensité des pressions externes à l’entreprise est forte. Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 270 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 271 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI 4. DISCUSSION DES RESULTATS Les résultats des différents tests sont discutés dans cette section, afin de les mettre en perspective à la lumière de la littérature existante. 4.1 Les variables significatives A l’issue de notre analyse, il s’est avéré que les facteurs situationnels impulsant le comportement pro environnemental auprès des entreprises industrielles ne sont pas en totalité significatifs : - La réduction des coûts : L’hypothèse de réduire les coûts comme déterminant positif vis-à-vis de l’engagement environnemental a été vérifiée avec un taux de significativité de P= 0,0270 au seuil de 5%. La relation positive entre la recherche de réduction des coûts chez les entreprises industrielles a été acceptée et confirme notre constat sur le terrain lors de l’étude exploratoire - Le manque de moyens : Cette hypothèse a été, sur la base des tests de fiabilité et de validité, divisée en deux : Manque de moyens financiers et de compétences : Cette hypothèse a été vérifiée et la variable « SITUMANQ » présente un taux de significativité de P=0,0007au seuil de 5%. Ce qui explique l’influence négative du manque de moyens financiers et de compétence sur l’engagement des entreprises. - La lourdeur administrative : C’est une hypothèse qui s’est ajoutée lors de la phase de vérification et d’analyse. C’est une variable dont le coefficient, n’est pas statistiquement significatif (P= 0,2814). Ce qui veut dire que la lourdeur administrative ne peut être expliquée ni comme frein ni comme motivation. Ainsi concernant les déterminants situationnels internes, on peut déduire que sur trois hypothèses deux ont été validées, ce qui explique fortement l’impact des déterminants internes et leur ampleur dans l’explication de l’engagement environnemental des entreprises du secteur industriel. - La recherche d’un avantage concurrentiel : La variable « CONTEXAVANCONC », présente un taux de significativité de P= 0,0270 au seuil de 5%. Ces résultats nous ont permis d’identifier la recherche d’un avantage concurrentiel comme un des déterminants importants qui agissent sur l’engagement environnemental de la part Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 272 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI des entreprises industrielles marocaines. Ces résultats confirment les recherches au niveau de la littérature dans ce domaine qui ont identifié formellement l’avantage concurrentiel comme déterminant incontournable qui impulsent l’engagement des entreprises dans la cause - La législation : Cette hypothèse a été vérifiée et la variable « CONTEXLEG » présente un taux de significativité de P= 0,0007au seuil de 5%. Ce qui explique l’influence positive de la législation sur l’engagement des entreprises. Ces résultats confirment ceux des recherches au niveau de la littérature dans ce domaine qui ont identifié formellement la conformité et la législation ou l’anticipation sur la nouvelle législation comme déterminant incontournable qui impulsent l’engagement des entreprises dans la cause environnementale (Porter et van der Linde 1995 ; Henriques et Sadorsky, 1999 ; Quazi et al. 2001 ; Givel, 2007). Au Maroc, les entreprises ont compris, que l’engagement environnemental va leur permettre de prendre de l’avance sur la législation qui n’est pas certes contraignante en ce moment, mais qui ne cesse pas de le devenir avec les grands changements, au niveau de la politique environnementale dans le monde en général et dans notre pays en particulier. - Pression des parties prenantes : La variable « CONTEXPPP », présente un taux de significativité de P= 0,1457 au seuil de 10 %. Ces résultats nous ont permis d’identifier la pression des parties prenantes comme un des déterminants importants qui agissent sur l’engagement environnemental de la part des entreprises industrielles marocaines. Nous présentons ci-dessous les coefficients des variables explicatives qui ont été significatifs et par conséquent, les hypothèses qui ont été retenues pour expliquer les déterminants impulsant l’engagement des entreprises du secteur industriel. 4.2 Les variables non significatives Les résultats révèlent que deux variables n'expliquent pas le comportement des entreprises objet de cette étude : - Les attentes des clients : la variable « Attentes des clients » n’a pas été retenue. En d’autres termes, le coefficient de la variable « CONTEXATT » (hypothèse H2.1), n’est Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 273 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI pas statistiquement significatif (P= 0,9409). Bien que, la littérature a été abondante sur l’influence de cette variable sur l’engagement environnemental des entreprises ; - Les subventions de l’Etat : La variable « CONTEXSUB » présente un taux de significativité de P= 0,8544 au seuil de 5% qui n’était pas significatif. Ces constats empiriques contredits, plusieurs études empiriques qui ont été mobilisées pour élaborer ces hypothèses à l’instar de Haklik, (1997) dans le cas des entreprises à Singapour, où 70% du coût de l’obtention d’une certification ISO 14001 est subventionnée par le gouvernement. D’où la non validation de l’hypothèse H2.3. La totalité des entreprises interrogées au niveau de l’étude qualitative ont affirmé qu’elles ne bénéficient d’aucune subvention de la part de l’Etat, ni en ce qui concerne les études d’impact environnemental, ni au niveau des processus de certification ou d’investissement. CONCLUSION Cette recherche a le mérite de proposer un nouveau modèle multi facteurs pour contribuer à améliorer la compréhension du comportement des entreprises industrielles marocaine vis-àvis de la transition écologique en se penchant sur les facteurs explicatifs (déterminants) de l’engagement pro environnemental de ces entreprises dans le contexte marocain. L’utilisation d’une méthodologie mixte témoigne de l’originalité de cette approche par l’utilisation des méthodes économétriques et notamment un modèle probabiliste (Le modèle des équations structurelles PLS). Toutefois, les résultats de cette étude feront l’objet d’approfondissement dans nos recherches futures. Revue Internationale du Marketing et Management Stratégique, Volume 1, N°1, Janvier-Mars 2019 Page 274 ISSN : 2665-7414, e-ISSN : 2665-7341 ANALYSE ECONOMETRIQUE DU COMPORTEMENT DES ENTREPRISES VIS-A-VIS DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE : CAS DE LA REGION MARRAKECH-SAFI BIBLIOGRAPHIE                 Aguilera J, et al. (2007), Cold response in Saccharomyces cerevisiae : new functions for oldmechanisms. FEMS MicrobiolRev 31(3) :327-41 Bansal P., et Roth K. (2000), « Why Companies go green : A model of ecological Responsiveness», Academy of Management Journal, 43(4), 717-737. Beckerman, Wilfred (1992), Economic Development and the Environment : conflict or complémentarité ? Balliol Collège Oxford University Beckerman W., (1992), Economic Growth and the Environment : Whose Growth ? Whose Environment ? World Development, 20 (4), pp. 481-496 Wong, M.Y.F. and Chan, S.W.C. (2006) The Qualitative Experience of Chinese Parents withChildrenDiagnosed of Cancer. 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2004TOUR4054_6
French-Science-Pile
Open Science
Various open science
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Les composés secondaires soufres des Allium : rôle dans les systèmes de défense du poireau et actions sur la biologie des insectes
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French
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137 5.2/ Matériels et Méthodes a) Matériel biologique a1) Le poireau Les plants de poireau (variété Parlton) utilisés dans cette étude proviennent du CTIFL de Carquefou, comme indiqué précédemment. Ils sont âgés d’environ 6 mois et possèdent un diamètre de fût d’environ 2 cm. Les plants sont transplantés dans des pots de 10 cm de diamètre et sont maintenus en serre jusqu’à leur utilisation pour les expériences, 4 à 8 semaines après la transplantation. a2) Le lépidoptère phytophage Le phytophage utilisé pour cette étude est la teigne du poireau, A. assectella, déjà présentée dans les chapitres précédents. a3) L’hyménoptère parasitoïde (fig. 51) * Biologie sommaire de l’insecte L’hyménoptère parasitoïde utilisé dans cette étude est D. pulchellus. Cet insecte est un Ichneumonidae endoparasitoïde solitaire des chrysalides d’A. assectella, présentant une reproduction sexuée et une parthénogenèse arrhénotoque. D’après la littérature, cet hyménoptère serait un spécialiste strict de la teigne du poireau (Labeyrie, 1960 ; Rojas-Rousse, 1980 ; Kalmès, 1984) même si en condition de laboratoire il peut parasiter les chrysalides de teignes du chou, Plutella xylostella (Thibout, 1988). Cette espèce semble avoir une aire de répartition limitée aux régions tempérées, avec une localisation plutôt atlantique (Kalmès, 1984). Fig. 51: Femelle de D. pulchellus s’apprêtant à parasiter une chrysalide d’A. assectella (cliché F Bénédet). U U 138 * Conditions d’élevage La souche de D. pulchellus est élevée au laboratoire et renouvelée partiellement chaque année par captures d’individus dans un champ de poireau. La souche maintenue en cage dans une pièce climatisée, est élevée sur les chrysalides de la teigne du poireau. Les conditions de thermopériodes, de photopériodes et d’humidité relative (HR) sont de 25°C, 70 + 10 % HR durant les 16 h de lumière et 17°C, 70 + 10 % HR durant les 8 h d’obscurité. Des chrysalides d’A. assectella, âgées de 24 h, sont proposées chaque jour aux femelles fécondées de D. pulchellus pour la ponte. Les adultes émergent 3 semaines environ après la ponte. b) Méthodes expérimentales b1) Etude du comportement alimentaire et du comportement de ponte chez A. assectella. L’étude du comportement alimentaire et du comportement de ponte chez A. assectella a été réalisée de façon comparative sur des poireaux sains et sur des poireaux préalablement attaqués de telle sorte que ces poireaux aient pu mettre en place la réponse induite observée dans le chapitre précédent. Le postulat de départ de cette étude est donc que les poireaux attaqués possèdent globalement des concentrations de précurseurs soufrés supérieures aux poireaux sains. Le dispositif expérimental est constitué d’un boite de Pétri transformée pour les besoins de l’expérience. Pour réaliser cette enceinte, quatre entailles ont été percées sur les bords de la boite de manière à pouvoir y glisser parallèlement deux feuilles de poireau, une feuille issue d’un poireau sain et une feuille issue d’un poireau attaqué. L’enceinte est ainsi divisée en deux parties équivalentes, l’une contenant la feuille issue d’un poireau sain et l’autre la feuille issue d’un poireau attaqué (fig. 52 a & b). Lors de ces expériences, les substances volatiles soufrées n’ont très certainement que peu d’influence car les feuilles proposées aux femelles à l’intérieur du dispositif sont intactes, toujours reliées à leur poireau d’origine et n’émettent donc que peu ou pas de substances volatiles. Par ailleurs, l’enceinte étant close, par suite de diffusion, aucun gradient d’odeur ne doit exister. Donc, seules les substances pouvant être détectées par contact, tels les précurseurs soufrés, auront une influence dans nos conditions expérimentales. 139 Ces expérimentations sont réalisées dans des conditions de photopériode, de thermopériode et d’hygrométrie identiques à celles de la salle d’élevage. Boite de Pétri Feuille issue poireau sain du Feuille issue du poireau attaqué Fig. 52a: Schéma du dispositif expérimental utilisé pour l’étude du comportement alimentaire et du comportement de ponte d’A. assectella en enceinte close. Fig. 52b: Dispositif expérimental pour l’étude du comportement alimentaire et du comportement de ponte d’A. assectella en enceinte close. 140 • Etude du comportement alimentaire Une larve de stade L4 est déposée au centre d’une enceinte identique à celle précédemment décrite, à égale distance des 2 feuilles. Toutes les issues potentielles sont ensuite obstruées au moyen de coton, de film étirable et de ruban adhésif pour éviter la fuite de l’individu. La larve sera enlevée 24 h après son introduction et pour chacune des deux feuilles la longueur totale consommée par la larve est mesurée, la larve consommant la feuille de façon rectiligne, parallèlement aux nervures du végétal. Pour cette expérience, 83 répétitions ont été effectuées. • Etude du comportement de ponte Ü Influence des stimulus de contact Les individus des deux sexes sont préalablement séparés et isolés au début du stade nymphal. Des couples sont formés 24 h après l’émergence des adultes et le lendemain la femelle est déposée au centre de l’enceinte expérimentale précédemment décrite. Le nombre d’œufs pondus sur chaque feuille est compté 24 h après l’introduction de la femelle. Seules sont retenues les répétitions où les femelles ont pondu, l’absence de ponte étant souvent liée à un manque d’accouplement préalable (Thibout, 1974). Pour cette expérience, 75 répétitions ont été effectuées. Ü Influence des stimulus volatils Pour tester l’influence des composés volatils émis par des poireaux ayant été attaqués ou non préalablement, sur le comportement de ponte d’A. assectella, une série d’expériences en tunnel de vol a été réalisée. La partie expérimentale du tunnel est un parallélépipède rectangle en plexiglas de 1,40 m de long avec une section carré de 0,40 m de côté. A la partie amont se situe la soufflerie permettant l’émission d’un courant d’air continu réglé à la vitesse de 0,2 m.s-1. A la sortie du tunnel se trouve un extracteur permettant de véhiculer le flux odorant vers l’extérieur. Les deux plants de poireaux, l’un attaqué l’autre non, sont disposés à l’entrée du tunnel de vol et seront changés de côté après chaque série d’expériences (fig. 53). Les femelles fécondées âgées de deux jours sont lâchées par groupe de 5 à la sortie du tunnel et sont laissées à l’intérieur du dispositif pendant toute la période nocturne, période pendant laquelle les pont sont généralement 141 effectuées (Dakkouni, 1982). Les œufs pondus sur chaque poireau sont comptés le lendemain. Flux d’air Fig. 53: Description schématique du tunnel de vol utilisé pour l’étude du comportement de ponte d’A. assectella et pour l’étude du comportement de recherche de l’hôte par D. pul che llus . Pour cette série d’expériences, deux modalités d’attaques ont été étudiées, une attaque dite « faible », c’est à dire 5 larves pendant 8 jours et une attaque dite « forte », 15 larves pendant 8 jours. Pour chaque modalité d’attaque, 6 groupes de 5 femelles fécondées sont utilisés. Précisons que dans cette série d’expériences, les stimulus de contact ne sont pas absents mais agissent avec les stimulus volatils. b2) Etude du développement chez A. assectella. De la même façon que pour les séries d’expériences précédentes, l’étude du développement chez A. assectella a été réalisée de façon comparative sur des poireaux sains et sur des poireaux préalablement attaqués. Ainsi l’attaque initiale a été réalisée à l’aide de 15 larves pendant 8 jours de manière à déclencher la réponse induite chez la plante observée lors du chapitre 4. Le développement des teignes sur les poireaux attaqués ou non est suivi depuis le dépôt de l’œuf jusqu’à l’émergence des adultes. Des morceaux de plastique préalablement enduits d’exsudats de poireau stimulant l’oviposition (Arnault, 1982), sont placés dans la cage d’élevage durant 24 h. Après ce délai les plastiques contenant les œufs sont récupérés puis découpés par morceaux regroupant 3 œufs chacun. Deux 142 morceaux, soit 6 œufs sont déposés par poireau. Le retrait des plastiques et la vérification de l’éclosion des œufs sont effectués sous loupe binoculaire 6 jours après le dépôt (au delà de ce délai, les œufs non éclos sont considérés comme morts). Un œuf éclos est reconnaissable à sa couleur transparente et au trou de perforation à sa surface. Les larves effectuent ensuite tout leur développement sur le poireau et les chrysalides sont récoltées le jour de leur apparition. Les chrysalides à l’intérieur de leur cocon sont pesées 4 jours après, ce délai permettant une diminution des variations de poids dues aux pertes d’eau. Après la pesée, les chrysalides sont isolées jusqu’à l’émergence des adultes. Le jour de leur émergence, les femelles sont disséquées pour permettre le dénombrement des ovocytes chorionnés dans les ovarioles. L’intérêt de cette dissection le jour de l’émergence est que les femelles n’ont pas eu le temps d’être stimulées par des facteurs externes, le nombre d’ovocytes ne dépend donc que des conditions de développement larvaire. Ainsi, peuvent être analysés le poids des chrysalides dans leur cocon, la durée de développement du stade œuf jusqu’à l’ ergence, le taux de mortalité larvaire et la fécondité potentielle des femelles chez des individus ayant réalisé leur développement sur des poireaux attaqués ou non. b3) Etude du comportement de recherche de l’hôte par D. pulchellus. Les parasitoïdes utilisés pour ces expériences sont des femelles âgées de 4 à 5 jours, âge auquel la réponse aux composés secondaires soufrés des Allium est la plus importante (Rojas-Rousse, 1980). Ces femelles sont isolées dès leur émergence et aussitôt accouplées avec des mâles préalablement isolés âgés de 4 jours. Une fois fécondées, les femelles sont placées dans la pièce climatisée où s’effectueront les expériences par la suite. Depuis l’émergence, elles sont nourries avec de l’eau sucrée et ne sont jamais en contact avec le poireau ou l’odeur de celui-ci. Les plantes utilisées sont des poireaux âgés de 6 mois, comme décrit dans le chapitre précédent. La préparation des poireaux avant l’expérience sera détaillée dans la partie « Résultats » ainsi que dans les légendes des figures. Les expériences sont réalisées dans le tunnel de vol décrit précédemment, en début d’après midi, dans une pièce climatisée où règnent les mêmes conditions de thermopériode, photopériode et hygrométrie que dans la salle d’élevage. Le comportement de recherche de l’hôte par les femelles de D. pulchellus est analysé en situation de choix ; deux poireaux leur sont toujours proposés. Les deux 143 plantes sont placées à l’extrémité amont du tunnel, l’une à coté de l’autre, mais les feuilles des deux plantes ne se touchent pas. Après 5 répétitions, les plantes sont changées de côté pour éviter un biais lié à une possible dissymétrie latérale. Chaque femelle est placée à l’extrémité aval du tunnel à l’intérieur d’une boite de Pétri. Un système relié par du fil de nylon à l’extérieur du dispositif permet l’ouverture de la boite sans perturber la femelle (fig. 53). Un flux d’air réglé à 0,20 m.s-1 à l’aide d’un anémomètre, véhicule les molécules odorantes émises par les plantes. L’expérience est arrêtée, lorsque la femelle a effectué un choix, c’est à dire lorsqu’elle a atteint un des deux poireaux et qu’elle commence une phase de prospection antennaire supérieure à 30 secondes. Si après 5 minutes d’expérience, aucun choix n’est effectué par la femelle, nous considérons que celle-ci n’a été attirée par aucun des deux poireaux proposés. Trois séries d’expériences décrites dans la partie « Résultats » seront réalisées. Pour chaque série d’expérience, une soixantaine de femelles sera utilisée. c) Analyses statistiques Après analyse de la normalité des échantillons par un test de Kolmogorov et comparaison des variances par un test de Fisher, les moyennes seront comparées par un test t de Student pour données appariées ou indépendantes. Les effectifs sont comparés par un test de Khi2 (χ2). Les données d’abords testées au seuil α = 0,05 (*) puis éventuellement au seuil α = 0,01 (**) et α = 0,005 (***). 5.3/ Résultats a) Influence de la réponse induite chez le poireau sur le comportement alimentaire d’A. assectella L’étude du comportement de nutrition des larves d’A. assectella montre qu’il n’y pas de différence significative de quantité de poireau consommée entre des poireaux sains ou des poireaux attaqués (fig. 54a ; t = 1,398 ; P = 0,083). Les larves de teigne, en situation de choix, ne semblent donc pas consommer plus de surface de poireau sain ou de poireau préalablement attaqué. 144 NS Consommation (mm) 14 12 10 8 6 4 2 0 N=83 N=83 SAIN ATTAQUE Fig. 54a: Moyenne (+ SE) de la longueur de la mine traduisant la quantité de végétal consommé par les larves d’A. assectella sur un poireau sain ou sur un poireau préalablement attaqué par 15 larves pendant 8 jours (P = 0,083). En revanche , l’observation du nombre de fois où l’un ou l’autre des deux poireaux a été consommé plus que l’autre, révèle que les larves de teigne ont une tendance significative à consommer plus souvent le poireau préalablement attaqué (fig. 54b ; χ2 = 6,37 > 3,84 ; P < 0,05 ; 1 ddl). Sur un total de 83 individus, 50 larves ont consommé davantage de végétal sur le poireau préalablement attaqué. Les larves de teigne ont donc tendance à se nourrir davantage aux dépens des poireaux préalablement attaqués, bien que la quantité moyenne consommée ne soit pas différente entre les deux lots de poireaux. * Pr éférence alimentaire 60 50 40 30 20 10 0 SAIN ATTAQUE Fig. 54b: Nombre de larves d’A. assectella ayant consommé plus de surface végétale sur l’un ou l’ poireau (χ2 = 6,37 > 3,84 ; P < 0,05). 145 b) Influence de la réponse induite chez le poireau sur le comportement de ponte d’A. assectella • Influence des stimulus de contact L’observation du comportement de ponte montre que le nombre d’œufs moyen pondu par femelle sur le poireau attaqué, 33,1 + 2,8 est significativement supérieur au nombre d’œufs moyen pondu par femelle sur le poireau sain, 25,1 + 2,1 (fig. Nb d'oeufs pondus 55a ; t = 2,75 ; P = 0,004). 40 35 30 25 20 15 10 5 0 ** N=75 N = 75 SAIN ATTAQUE Fig. 55a: Moyenne (+ SE) du nombre d’œufs pondus par femelle d’A. assectella sur un poireau sain ou sur un poireau préalablement attaqué par 15 larves pendant 8 jours, en enceinte close (P = 0,004). De plus, sur un total de 75 individus, 48 femelles pondent significativement plus d’œufs sur le poireau préalablement attaqué (fig. 55b ; χ2 = 5,88 > 3,84 ; P < 0,05 ; 1 ddl). Il semble donc que dans nos conditions expérimentales en absence d’influence des composés volatils soufrés, les femelles d’A. assectella pondent préférentiellement sur les poireaux préalablement attaqués. * Préférence de ponte 60 50 40 30 20 10 0 SAIN ATTAQUE Fig. 55b: Nombre de femelles de A. assectella ayant pondu plus d’œufs sur l’un ou l’autre poireau (χ2 = 5,88 > 3,84 ; P < 0,05). 146 • Influence des stimulus volatils En situation de choix, en présence d’un poireau sain et d’un poireau faiblement attaqué (5 larves pendant 8 jours), les femelles de teignes du poireau testées par groupe de 5 pondent significativement plus d’œufs sur le poireau attaqué (fig. 56 ; t = 4,153; P = 0,004). ** Nb d'oeufs pondus 170 160 150 140 130 120 N=6x5 N=6x5 SAIN ATT 5L Fig. 56: Moyenne (+ SE) du nombre d’œufs pondus par un groupe de 5 femelles d’A. assectella sur un poireau sain ou sur un poireau attaqué par 5 larves pendant 8 jours, en tunnel de vol (P = 0,004). En revanche, lorsque l’attaque est de plus forte intensité (15 larves pendant 8 jours), la différence d’œufs pondus sur le poireau sain ou sur le poireau attaqué n’est pas significative (fig. 57 ; t = 0,648 ; P = 0,273). Nb d'oeufs pondus 170 NS 160 150 140 130 120 N=6x5 N=6x5 SAIN ATT 15L Fig. 57: Moyenne (+ SE) du nombre d’œufs pondus par un groupe de 5 femelles d’A. assectella sur un poireau sain ou sur un poireau attaqué par 15 larves pendant 8 jours, en tunnel de vol (P = 0,273). 147 Le choix du site de ponte des femelles d’A. assectella est donc orienté vers le poireau attaqué lorsque celui-ci ne l’est que faiblement, ce choix disparaissant en présence d’un poireau plus fortement attaqué. c) Influence de la réponse induite chez le poireau sur le développement d’A. assectella Le suivi du développement des teignes sur des poireaux préalablement attaqués, a permis d’analyser des composantes importantes de la fitness des individus. • Analyse du poids des individus Chez les lépidoptères, le poids de la chrysalide est un indicateur intéressant de la qualité de la plante hôte sur laquelle s’est développée la chenille. Les pesées réalisées sur des chrysalides de 4 jours révèlent qu’il n’y a pas de différence significative de poids, au sein d’un même sexe, entre des individus ayant réalisé leur développement larvaire sur un poireau attaqué ou non (fig. 58). En effet, le poids moyen des chrysalides mâles issues des poireaux attaqués est de 7,7 + 0,8 mg et n’est pas significativement différent de celui des chrysalides mâles issues de poireaux sains, 7,6 + 0,6 mg (P = 0,695). De même, le poids moyen des chrysalides femelles issues des poireaux attaqués est de 8,8 + 0,9 mg et n’est pas significativement différent de celui des chrysalides femelles issues des poireaux Poids des cocons + chrysalides (mg) sains, 9,1 + 0,9 mg (P = 0,204). N 10,00 N 8,00 6,00 mâles 4,00 femelles 2,00 0,00 N=30 N=30 N=26 N=37 SAIN ATTAQUE Fig. 58: Moyenne (+ SE) du poids des chrysalides d’A. assectella mâles et femelles dans leur cocon s’étant développées sur poireau sain ou sur poireau préalablement attaqué par 15 larves pendant 8 jours (P♂ = 0,695 ; P♀ = 0,204). 148 La réponse induite du poireau n’a donc pas d’influence notable sur le poids des chrysalides de la teigne dans nos conditions expérimentales. • Analyse de la durée de développement La durée de développement d’un insecte, de la ponte de l’œuf au stade imago est également une composante importante de la fitness d’un individu. La durée de développement des individus mâles issus de poireaux attaqués est de 28,7 + 2,2 jours et est significativement plus longue que la durée de développement des mâles issus des poireaux sains qui est de 27,5 + 1,3 jours (fig. 59 ; t = 2,421 ; P = 0,017). En revanche, les femelles issues de poireaux attaqués ont une durée de développement de 29,1 + 2,0 jours, non significativement différente de celle des femelles issues des poireaux sains qui est de 28,4 + 1,6 jours (fig. 59 ; t = 1,474 ; P = 0,140). Durée Dvpt (jours) 30 NS * 29 Mâles 28 Femelles 27 26 N=30 N=30 N=26 N=37 SAIN ATTAQUE Fig. 59: Moyenne (+ SE) de la durée de développement d’individus mâles et femelles d’A. assectella issus d’un poireau sain ou d’un poireau préalablement attaqué par 15 larves pendant 8 jours (P♂ = 0,017 ; P♀ = 0,140). La réponse induite chez le poireau augmente donc légèrement la durée de développement des individus mâles mais n’a pas d’influence sur la durée de développement des individus femelles. 149 • Analyse de la mortalité larvaire Le taux de mortalité larvaire a été calculé comme étant la différence entre le nombre d’œufs éclos et le nombre de chrysalides récupérées. Sont ainsi comptabilisées comme mortes les larves qui se sont échappées du poireau avant la nymphose, ce qui pourrait expliquer les valeurs relativement élevées des taux de mortalité observés. Il n’y a pas de différence significative de mortalité entre les larves ayant effectuées leur développement sur l’un ou l’autre poireau (fig. 60 ; χ2 = 1,01 < 3,84 ; P > 0,05 ; ddl 1). NS 50 Mortalité (%) 40 30 20 10 N=108 N=101 SAIN ATTAQUE 0 Fig. 60: Pourcentage de mortalité des larves d’A. assectella se développant sur un poireau sain ou sur un poireau préalablement attaqué par 15 larves pendant 8 jours (χ2 = 1,01 < 3,84 ; P > 0,05). La réponse induite chez le poireau ne provoque donc pas dans nos conditions expérimentales, une augmentation du taux de mortalité des individus. • Analyse de la fécondité potentielle des femelles La dissection de l’abdomen des femelles obtenues à l’issue de cette expérience a permis l’observation du nombre d’ovocytes chorionnés dans les ovarioles, reflet de leur fécondité potentielle à l’émergence. Les individus issus des poireaux attaqués possèdent en moyenne 79,9 + 13,1 ovocytes chorionnés, alors que les individus issus de poireaux sains possèdent un nombre d’ovocytes significativement supérieur qui est de 96,1 + 15,1 (fig. 61 ; t = 4,641 ; P < 0,003). 150 Nb d'ovocytes chorionnés *** 120 100 80 60 40 20 0 N =30 N =36 SAIN ATTAQUE Fig. 61: Moyenne (+ SE) du nombre d’ovocytes chorionnés dans les ovarioles de femelles d’A. assectella issues d’un poireau sain ou d’un poireau préalablement attaqué par 15 larves pendant 8 jours (P < 0,003). La réponse induite du poireau provoque donc une diminution importante de la fécondité potentielle des femelles. d) Influence de la réponse induite chez le poireau sur le comportement de recherche de l’hôte par D. pulchellus • Attraction par : poireau sain Vs poireau attaqué Le comportement des femelles de D. pulchellus a tout d’abord été étudié en présence d’un poireau sain et d’un poireau sur lequel 15 larves L3-L4 ont été déposées 8 jours auparavant, certaines de ces larves se sont nymphosées et d’autres continuent de se nourrir sur la plante qui émet ainsi des composés volatils caractéristiques du poireau attaqué et des féces larvaires. Parmi les 57 femelles utilisées pour cette expérience, 37 ont effectué un choix (soit 65% des individus), dont 31 atterrissent sur le poireau attaqué et 6 sur le poireau sain (fig. 62). Dans nos conditions expérimentales, les femelles de D. pulchellus sont significativement plus attirées par le poireau attaqué que par le poireau sain (χ2 = 8,44 > 7,88 ; P < 0,005 ; 1 ddl). 151 Nb de femelles ayant choisi *** 35 30 25 20 15 10 5 0 SAIN ATTAQUE Fig. 62: Nombre de femelles de D. pulchellus ayant choisi le poireau sain ou le poireau attaqué par 15 larves d’A. assectella pendant 8 jours (χ2 = 8,44 > 7,88 ; P < 0,005). • Attraction par : poireau sain Vs poireau sain + féces Lors de l’expérience suivante, deux poireaux sains sont utilisés, mais sur l’un des deux, des féces fraîches étaient rajoutées. Parmi les 61 femelles utilisées, 35 ont effectué un choix (soit 57% des individus), dont 26 ont atterri sur le poireau sur lequel des féces ont été rajoutées et 9 sur le poireau sain sans féces (fig. 63). Un poireau sain badigeonné de féces est donc significativement plus attractif qu’un poireau sain sans féces pour les femelles de D. pulchellus (χ2 = 5,46 > 3,84 ; P < Nb de femelles ayant choisi 0,05 ; 1 ddl). * 30 25 20 15 10 5 0 SAIN FECES Fig. 63: Nombre de femelles de D. pulchellus ayant choisi le poireau sain ou le poireau sain + féces (χ2 = 5,46 > 3,84 ; P < 0,05). 152 • Attraction par : poireau sain + coupures Vs poireau attaqué – féces + coupures Enfin, l’attraction du parasitoïde a été étudiée en présence de deux poireaux, l’un sain, l’autre préalablement attaqué par 15 larves pendant 8 jours mais dont les larves et leurs féces ont été retirées la veille de l’expérience. Une feuille de chacun des deux poireaux est coupée méthodiquement au ciseau, à raison de 10 coupures de 1 cm de long, juste avant le début de l’expérience. Soixante-trois femelles ont été testées, 31 ont effectué un choix (soit 49% des individus), dont 19 ont choisi le poireau préalablement attaqué et 12 le poireau sain (fig. 64). Cette différence n’est pas significative (χ2 = 1,58 < 3,84 ; P > 0,05 ; ddl 1), il n’y a donc pas de choi Nb de femelles ayant choisi préférentiel pour l’un ou l’autre poireau dans ces conditions. NS 20 15 10 5 0 SAIN coupé ATTAQUE fécès Fig. 64: Nombre de femelle ayant choisi le poireau sain coupé ou le poireau coupé et préalablement attaqué mais lavé de toutes traces de féces (χ2 = 1,58 < 3,84 ; P > 0,05). 5.4/ Discussion Cette étude a permis l’analyse des conséquences de la réponse induite chez le poireau sur le comportement et les capacités de développement de l’insecte phytophage spécialiste, la teigne du poireau et sur le comportement de recherche de l’hôte par son principal ennemi naturel, le parasitoïde D. pulchellus. Les effets de l’augmentation de la concentration en précurseurs soufrés et la modification du bouquet de composés volatils émis chez les poireaux préalablement 153 attaqués sur le phytophage, semblent à première vue donner des résultats contrastés concernant la défense de la plante vis-à-vis de cet insecte. Globalement, le comportement des teignes est positivement affecté par la réponse de la plante alors que leur développement est perturbé et ne s’effectue pas de la même façon sur une plante saine et sur une plante attaquée. En situation de choix, les larves de teigne ont tendance à se nourrir davantage aux dépens d’un poireau préalablement attaqué plutôt qu’aux dépens d’un poireau exempt de toute attaque. Cette préférence pourrait être le fait de la plus forte concentration en PCSO dans les feuilles du poireau attaqué (cf. chapitre 4), cette substance ayant par ailleurs été démontrée comme étant phagostimulante pour les larves de la teigne du poireau (Al Rouz et Thibout, 1989). La réponse induite de la plante a donc un effet positif sur le comportement alimentaire du phytophage. De la même façon, contrairement à de nombreux systèmes plante-phytophage (Anderson et al., 2001 ; Srinivas et al., 2001 ; Thaler et al., 2001 ; Agrell et al., 2003), la réponse induite chez la plante provoque un accroissement de la prise alimentaire chez certains insectes spécialistes, tel Delia radicum ou P. brassicae (Baur et al., 1996 ; Mattiacci et al., 2001b). Cependant, l’effet positif de la réponse induite du poireau sur la prise alimentaire des larves de teigne doit être relativisé. En effet, la préférence alimentaire pour le poireau préalablement attaqué ne se traduit pas par une augmentation de la surface végétale consommée par l’insecte. De plus, l’expérience de choix a été réalisée en présence de feuilles vertes de la plante dans lesquelles l’induction de l’augmentation des précurseurs soufrés semble être plus faible qu’au niveau des jeunes feuilles en cours de croissance (cf. chapitre 4). Une expérience réalisée en présence de ces jeunes feuilles aurait peut-être permis d’obtenir des résultats différents. Le comportement de ponte des femelles de teigne du poireau est également positivement affecté par la réponse induite chez le poireau lorsque celles-ci sont dans une enceinte close sans courant d’air. Ainsi, la plus forte concentration de précurseurs soufrés présents dans les feuilles de la plante pourrait orienter le choix de ces individus vers les poireaux attaqués. Ces acides aminés soufrés, et notamment le PCSO, sont détectés par les récepteurs sensoriels de la femelle et sont impliqués dans le déclenchement du comportement de ponte (Thibout et Auger, 1996). De même, chez les insectes spécialistes des crucifères, tel P. rapae, les concentrations 154 en glucosinolates détectés ont un rôle important dans l’induction du comportement de ponte (Städler et al., 1995 ; Renwick et Lopez, 1999), néanmoins les femelles de cet insecte évitent de pondre sur des plantes préalablement attaquées par des congénères (Sato et al., 1999). Lors des expériences réalisées en tunnel de vol où les composés volatils jouent un rôle dans l’attraction des individus et donc probablement dans le comportement de ponte (Lecomte et Thibout, 1981 ; Thibout et al., 1982), le choix des femelles est orienté vers les poireaux attaqués par un faible nombre de congénères. Lorsque l’attaque est plus importante, la préférence pour le poireau attaqué disparaît, malgré la présence d’une concentration en substances soufrées non volatiles, qui comme vu précédemment, stimulerait le comportement de ponte. Cette perte de préférence pour les poireaux fortement attaqués pourrait donc être le fait d’une différence dans l’émission des substances volatiles. En effet un poireau faiblement attaqué et un poireau plus fortement attaqué n’émettent certainement pas le même ratio de concentration thiosulfinates/disulfures. Ainsi un poireau fortement attaqué émet très probablement une plus forte quantité de disulfures par l’intermédiaire notamment des féces larvaires, qu’un poireau plus faiblement attaqué, indiquant alors à la femelle, une forte présence de congénères. Des études précédentes ont montré que les thiosulfinates sont beaucoup plus attractifs vis-à-vis des adultes de teigne du poireau que ne le sont les disulfures (Thibout et al., 1982). Le pouvoir attractif des disulfures pourrait alors disparaître lorsque leur concentration augmente. De même, les isothiocyanates émis par les crucifères sont attractifs pour P. xylostella, mais lorsque leur concentration augmente, ils deviennent répulsifs (Pivnick, et al., 1994). Il se pourrait donc que la réponse induite chez le poireau lorsqu’elle n’est pas trop intense ait une action positive sur le comportement des individus d’A. assectella. En revanche, une forte réponse de la plante et l’émission par celle-ci, par le biais des féces larvaires, d’une concentration importante de disulfures pourrait alors indiquer aux femelles la présence de congénères compétiteurs ce qui inhiberait la préférence de ces individus pour une plante préalablement attaquée. Pour pouvoir percevoir convenablement leur plante hôte, il doit donc falloir aux teignes du poireau une concentration suffisante de composés soufrés informatifs, d’où les réponses comportementales positives face à la réponse induite du poireau. Cependant, une forte concentration de composés soufrés résultant de la réponse induite chez la plante peut devenir néfaste pour le phytophage. 155 Contrairement à l’effet globalement positif de la réponse induite chez le poireau sur le comportement de la teigne du poireau dans les conditions expérimentales utilisées, le développement des individus est perturbé par cette réponse de la plante. Ainsi les individus mâles se développant sur des poireaux préalablement attaqués ont une durée de développement plus élevée, ce qui n’est pas les cas chez les femelles. Ce résultat pourrait s’expliquer par le fait que les mâles étant plus légers que les femelles, pour une même quantité de nourriture ingérée, la concentration de composés potentiellement nocifs serait plus importante dans un organisme de moindre masse, et donc aurait un impact plus important sur son métabolisme. Cet allongement de la durée de développement chez les mâles et pas chez les femelles pourrait avoir des conséquences non négligeables sur la formation des couples en désynchronisant quelque peu les émergences des individus des deux sexes. La réponse induite chez la plante a également un effet important sur les femelles qui présentent une forte diminution de leur fécondité potentielle. Une réponse induite chez une plante affectant la fécondité du phytophage a déjà été observée chez le puceron Sipha flava se nourrissant sur Sorghum halepense (CostaArbulù et al., 2001) ou chez le doryphore, Leptinotarsa decemlineata en présence d’inhibiteurs de protéase pouvant être induits chez la pomme de terre (Bolter et Latoszek-Green, 1997). Toutefois, la réponse induite chez le poireau n’a pas d’influence notable dans les conditions expérimentales utilisées sur le poids des chrysalides des deux sexes et cette réponse ne provoque pas non plus une mortalité larvaire plus importante. Ces deux derniers paramètres, composantes importantes de la fitness d’un individu sont, chez d’autres espèces d’insect phytophages, régulièrement affectés par la réponse induite chez leur plante hôte (Karban et Baldwin, 1997). Ainsi, les larves des insectes généralistes Spodoptera exigua et Spodoptera littoralis présentent une mortalité larvaire accrue et les survivants ont un poids moins élevé lorsqu’ils atteignent le stade nymphal (Alborn et al., 1996 ; McAuslane et Alborn, 2000). Néanmoins chez certains insectes spécialistes, la réponse induite de la plante n’affecte pas le phytophage (Agrawal et Karban, 1999 ; Agrawal, 2000a). 156 Au regard des résultats obtenus sur le comportement et les capacités de développement de la teigne du poireau en présence de plantes préalablement attaquées, la réponse induite chez le poireau, bien qu’ayant des conséquences non négligeables sur la fitness du lépidoptère spécialiste pourrait orienter le choix de cet insecte vers une plante préalablement attaquée. Dans ce cas le choix de la plante hôte par la femelle ne garantirait pas la meilleure fitness possible pour la descendance. Cette opposition entre le comportement et la capacité de développement sur une plante a également été retrouvée dans d’autres complexes plante-phytophage. Ainsi, certains composés secondaires peuvent affecter positivement le comportement d’un insecte malgré des effets négatifs importants sur les capacités de développement de celui-ci (Adler et al., 1995 ; Mattiacci et al., 2001b ; Agrawal et Kurashige, 2003). Cependant dans notre système plantephytophage, la préférence de la teigne du poireau pour une plante préalablement attaquée semble disparaître lorsque les signaux issus de la plante attaquée sont importants. Ces signaux pourraient donner des indications au phytophage sur la présence d’un grand nombre de congénères, et de ce fait sur l’état physiologique de la plante chez laquelle le système de défense induite a pu être mis en place. Les effets négatifs devenant alors plus nombreux que les effets positifs. Les observations de terrain semblent de plus indiquer que la teigne du poireau évite de pondre sur des plantes fortement attaquées (observations personnelles). Il semble donc que la réponse induite chez la plante, en modifiant le comportement et en perturbant le développement de son phytophage spécialiste puisse être considérée comme un système de défense induite directe. Cependant pour s’assurer qu’une réponse induite chez une plante est un système de défense de celle-ci, il faudrait pouvoir démontrer que cette réponse engendre un gain de fitness pour la plante (Agrawal, 2000a). Concernant les parasitoïdes en situation de choix entre un poireau sain et un poireau attaqué, les femelles de D. pulchellus sont particulièrement attirées par le poireau attaqué. Les odeurs issues de la plante attaquée sont donc très certainement responsables de cette attraction. Dans nos conditions expérimentales, deux types de substances composent majoritairement le bouquet de volatils issu de la plante attaquée, les thiosulfinates émis directement par la plante lors de la phase de nutrition des larves de teigne du poireau, et les disulfures émis par les féces de ces 157 mêmes larves. Des études précédentes ont montré que ces deux types de substances, testées seules en olfactométrie, sont attractives vis-à-vis des femelles de D. pulchellus, les disulfures étant cependant plus attractifs que les thiosulfinates (Lecomte et Thibout, 1984 ; 1986), contrairement aux résultats obtenus chez la teigne du poireau (Thibout et al., 1982). Un poireau sain sur lequel sont ajoutées des féces fraîches est également attractif, ce qui semble indiquer que l’émission de disulfures chez un poireau par le biais des féces larvaires suffit pour provoquer l’attraction des femelles de l’ennemi naturel de la teigne du poireau. En revanche, il n’y a pas de différence significative d’attraction entre un poireau sain coupé et un poireau attaqué puis coupé mais dont les féces larvaires ont été enlevées. Cependant dans cette expérience, les deux poireaux émettent des thiosulfinates alors que lors des expériences précédentes, les poireaux sains n’émettaient aucune odeur. En absence de disulfures, la réponse des femelles aux poireaux proposés reste néanmoins élevée, 49% d’individus attirés par l’un des deux poireaux, pour 57% et 65% lors des expériences précédentes. Il semble donc que les thiosulfinates émis par un poireau blessé aient également un rôle important dans l’attraction des femelles de D. pulchellus. L’émission simultanée de thiosulfinates par la plante et de disulfures par les féces larvaires provoque donc une forte attraction des femelles de D. pulchellus, les disulfures émis par les féces larvaires ayant semble-t-il une influence prépondérante sur le comportement de recherche de l’hôte chez ces hyménoptères. Les substances volatiles émises par les plantes lors de l’attaque d’un phytophage sont dans de nombreux cas utilisées par les entomophages pour la découverte de leur hôte (Dicke et Sabelis, 1988 ; Turlings et al., 1990 ; Vet et Dicke, 1992 ; Guerrieri et al., 1999 ; Neveu et al., 2002). Ces substances volatiles représentent alors des indices fiables pour la détection de l’hôte chez les entomophages attaquant ou parasitant les stades larvaires des phytophages (Dicke, 1999a). Toutefois, chez les parasitoïdes de stade nymphal tel D. pulchellus, la détection des composés volatils émis par la plante lors de l’attaque d’un phytophage n’implique pas à coup sûr la présence d’un hôte potentiellement parasitable, mais peut cependant, permettre la localisation de la plante abritant l’espèce hôte. Ainsi l’attraction des femelles de D. pulchellus, par les thiosulfinates, permet la découverte de l’habitat de l’espèce hôte, mais ne permet pas nécessairement la découverte de la chrysalide hôte. En revanche, la détection de disulfures, une fois 158 l’habitat de l’hôte localisé, peut représenter, vis-à-vis des femelles de D. pulchellus, un indice chimique plus fiable de la présence d’une chrysalide hôte. En effet, lors du dernier stade larvaire, c’est à dire peu avant la nymphose, les larves de teignes sortent de leur galerie, leurs féces sont ainsi à l’air libre et l’émission de disulfures devient alors importante. Cette émission de disulfures par les féces larvaires provenant d’une activité bactérienne (Thibout et al., 1993 ; 1995) se produit très certainement même après nymphose de la larve. Ainsi la détection de thiosulfinates et de disulfures par les femelles de parasitoïde permet d’augmenter fortement les probabilités de rencontre avec une chrysalide de l’espèce hôte, d’autant plus que la larve va ensuite se nymphoser sur le poireau lui-même (Nowbahari et Thibout, 1992). Dans d’autres systèmes tritrophiques étudiés, les féces larvaires permettent également la localisation de l’hôte par le parasitoïde (Agelopoulos et al., 1995 ; Cortesero et al., 1997 ; Steidle et al., 2001). En revanche, peu d’études ont été réalisées sur l’influence des substances volatiles sur le comportement de recherche de l’hôte chez les parasitoïdes de stade nymphal. Cependant, chez l’hyménoptère, Dentichasmias busseolae, parasitoïde du stade nymphal de Chilo partellus, les odeurs émises par le maïs infesté associées aux odeurs des féces larvaires, interviennent également dans la découverte de la chrysalide hôte (Gohole et al., 2003). Ainsi, du fait du rôle apparemment très important des disulfures, la réponse induite chez le poireau se traduisant par la modification du bouquet de composés volatils émis directement par la plante, ne semble donc pas à elle toute seule permettre une attraction optimale de l’ennemi naturel du phytophage spécialiste. Toutefois, les disulfures émis par les féces larvaires sont issus d’une transformation bactérienne des précurseurs soufrés ingérés par les larves de teigne lors de la consommation du poireau (Auger et al., 1990 ; Thibout et al., 1993). Lorsque ces larves sont nourries sur milieu artificiel supplémenté en poudre de poireau pauvre en précurseurs soufrés, l’émission de disulfures par les féces est moindre et l’attraction des femelles de D. pulchellus est réduite (Thibout et al., 1993). Aussi, il se pourrait que l’augmentation des précurseurs soufrés chez le poireau suite à l’attaque des larves de teigne puisse conduire d’une part à une plus forte émission de thiosulfinates par la plante et d’autre part à une plus forte émission de disulfures par les féces et donc à une plus forte attraction des hyménoptères. L’analyse du comportement de D. pulchellus en présence de deux poireaux attaqués dont l’un déjà attaqué au préalable, aurait permis d’étudier l’implication réelle de la réponse 159 induite, observée lors du chapitre précédent, dans l’attraction du parasitoïde. Cependant, suite à des problèmes survenus dans l’élevage de parasitoïdes, il fut impossible de réaliser ces expériences complémentaires. Etant donné le rôle prépondérant des composés soufrés émis par le poireau dans le comportement de recherche de l’hôte par D. pulchellus, il semble donc que ces composés secondaires puissent représenter un système de défense indirecte de la plante. Malgré tout, pour statuer sur la mise en place d’un réel système de défense indirecte, des expériences, analysant l’impact du parasitoïde sur l’abondance de la population de teigne et les gains de fitness pour la plante qui en découlent, seraient nécessaires. Pour lutter contre le phytophage spécialiste des Allium, le poireau a semble-t-il mis en place un système de défense induite directe et indirecte faisant intervenir les composés secondaires soufrés. Pourtant ces deux systèmes de défense pourraient être négativement corrélés puisque les composés impliqués font partie de la même voie de biosynthèse. Ainsi une larve de teigne se nourrissant sur un poireau chez lequel la réponse a préalablement été induite, pourrait alors séquestrer une concentration de composés soufrés plus importante pouvant alors s’avérer néfaste pour la larve du parasitoïde. En effet, il a précédemment été démontré que le taux d’émergence de parasitoïde était plus faible lorsque celui-ci est issu d’une chrysalide de teigne s’étant développé sur un milieu enrichi en substances soufrées (BressanNascimento et Thibout, 2000). La réponse induite directe de la plante pourrait donc avoir des répercussions négatives sur le parasitoïde. D’autres expériences semblent donc indispensables pour parfaire la compréhension des systèmes de défense du poireau impliquant les composés secondaires soufrés. 160 DISCUSSION GENERALE Tout au long de cette étude, l’action des composés secondaires des Allium sur le comportement et la physiologie d’insectes satellites ou non du poireau a été analysé. La forte toxicité de ces composés soufrés sur toutes les espèces testées 161 semble indiquer que ces substances pourraient être impliquées dans les systèmes de défense de la plante. Les composés secondaires soufrés constitutifs des Allium : un système de défense efficace contre les insectes généralistes... Dans la première partie de ce manuscrit, il a été mis en évidence la très forte toxicité des substances secondaires soufrées volatiles produites par le poireau, à savoir, les thiosulfinates et leurs composés de dégradation, les disulfures. En accord avec la théorie coévolutive (Rausher, 2001), préalablement énoncée en introduction générale, il semble que la production de ces substances soufrées se soit développée dans les populations d’Allium sauvages et que celle-ci ait été conservée par la sélection naturelle du fait de la protection qu’elles confèrent aux plantes qui les émettent vis-à-vis d’un grand nombre d’herbivores ou de pathogènes. Ainsi, les insectes phytophages, lors de la consommation de ces plantes, ont été confrontés aux précurseurs et aux thiosulfinates directement émis par la plante lors de la lésion des tissus, puis de nouveau aux thiosulfinates et aux disulfures émis dans leur tube digestif lors de la digestion des fragments végétaux. Ces composés soufrés, tel le DMDS qui agit sur le métabolisme respiratoire via l’inhibition de la cytochrome oxydase conduisant à une diminution brutale de la production d’ATP, ont des répercussions importantes sur le fonctionnement du système nerveux central des insectes (Dugravot et al., 2003), et peuvent provoquer la mort ou la fuite des organismes consommateurs. De ce fait, les plantes produisant de telles substances, auront été nettement moins attaquées par les insectes phytophages, et ont très certainement pu transmettre les gènes codant pour l’élaboration de ces composés aux générations futures. Chez les insectes phytophages, pour survivre, des processus de reconnaissance et d’évitement de ces composés secondaires se sont donc probablement développés, et ces substances ont ainsi pu jouer par la suite un rôle de barrière chimique répulsive vis-à-vis de ces insectes (Auger et al., 1989), comme c’est le cas pour les composés soufrés produits par les crucifères (Chew, 1988). Le très faible nombre d’espèces d’herbivores capables de consommer des plantes du genre Allium (Arnault et al., 1986) tiendrait donc son explication dans ces phénomènes de toxicité/répulsion.
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2007TOU10020_6
French-Science-Pile
Open Science
Various open science
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Éléments méthodologiques pour le développement des systèmes décisionnels dans un contexte de réutilisation
None
French
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– Règles de transformation des dimensions Ai : – Information AI : – AI1 : une classe-dimension avec le stéréotype << Dimension >> est associée à toute dimension, – AI2 : un attribut « Id» est associé à chaque classe-dimension, – AI3 : un attribut est associé à tout paramètre, – Traitements AP : – AP1 : une opération est définie pour chaque traitement (applicable à ce groupe en fonction du tableau 4.8) dont les propriétés associées sont annotées dans le graphe de propriétés, – AP2 : une opération d’attribut est associée à tout paramètre qui possède des arguments différents pour un traitement donné. La classe-dimension « Temps » n’est généralement pas rafraı̂chie, – AP3 : les concepts d’informativité sont associés aux attributs de la classedimension en fonction des traitements déclarés, Puis, les règles syntaxiques sont appliquées : – Information SDI : – SDI1 : une classe-dimension ne peut pas être reliée une autre classe-dimension, – SDI2 : une classe-fait ne peut pas être reliée à une autre classe-fait, – SDI3 : à toute mesure est associée le concept d’informativité et le traitement d’historisation sur l’exercice précédent pour l’analyse des tendances, Thèse de doctorat Estella Annoni 4.2. MODÈLES ET DÉMARCHES COMMUNS 99 – SDI4 : à tout paramètre est associé le concept d’informativité d’historisation et le traitement sur l’exercice précédent pour l’analyse des tendances. – Traitements SDP : – SDP1 : si le concept d’informativité porte sur tous les attributs de la classe et avec les mêmes paramètres alors l’opération liée est spécifiée au niveau de la classe, – SDP2 : si une des mesures du fait de l’analyse possède les concepts d’informativité liée à l’historisation « h» ou à l’archivage « a» alors toutes les dimensions liées doivent posséder aussi cette propriété. De plus, la période et la condition de l’opération associée doivent être au moins égales à celles de la mesure, – SDP3 : l’opération « Rafraı̂chir() » ne doit pas être appliquée à la dimension temps car elle est initialisée pour assurer tout le cycle de vie du SID. A partir de ces diagrammes décisionnels, le concepteur décisionnel applique les règles de fusion afin de simplifier la confrontation des besoins en manipulant le moins de diagrammes possible, soit un diagramme par groupe d’acteurs, il convient de les fusionner à l’aide des règles associées. Le diagramme décisionnel obtenu (étoile ou constellation) varie suivant les possibilités de mise en commun des classes-dimensions et des classes-faits, autrement dit suivant la logique de l’organisation. – FUS : regrouper les diagrammes décisionnels ayant les mêmes classes-faits et des classes-dimensions en commun, – FUS1 : fusionner les classes-dimensions partagées par ajout des attributs et des opérations, – FUS2 : fusionner les classes-faits par ajout des attributs et des opérations, – FUS3 : ajouter les classes-dimensions propres à chaque diagramme. – FDS : regrouper les diagrammes décisionnels ayant des classes-faits différentes et des classes-dimensions en commun, – FDS1 : fusionner les classes-dimensions par ajout attributs et des opérations. – FDR : regrouper les classes-dimensions qui ont des attributs en commun, – FDR1 : pour les classes-dimensions de noms différents ayant peu d’attributs en commun, définir les relations de dépendance fonctionnelle entre les attributs des classes-dimensions et les attributs communs. Puis, il faut supprimer les attributs communs des classes-dimensions dont les attributs communs et les attributs de ces classes-dimensions ne définissent pas des relations de dépendance fonctionnelle directes. Enfin, il faut définir les relations de dépendance fonctionnelle entre ces classes-dimensions, – FDR2 : les classes-dimensions de noms différents mais, dont les attributs sont identiques à l’identifiant près sont fusionnés, – FRD3 : définir des n relations « En Fonction » entre la classe-fait et la classe-dimension résultant de la fusion de n classes-dimensions, – FRD4 : définir n rôles différents exprimant la sémantique du lien entre la classe-fait et cette classe-dimension. – FRC : fusion des liens entre classes multidimensionnelles, – FRC1 : reporter les liens entre les différents classes multidimensionnelles, Thèse de doctorat Estella Annoni 4.3. ANALYSE DES BESOINS TACTIQUES 100 – FRC2 : pour la cohérence des données, une classe-dimension ne peut pas être cible d’une relation de dépendance fonctionnelle et participer à des liens d’association avec des classes-faits qui sont liés à la classe-dimension qui est source de la relation de dépendance fonctionnelle. Le lien de dépendance fonctionnelle est conservé et les liens d’association avec les classes-faits sont supprimés. Il y a toujours au moins un élément en commun, en l’occurrence la dimension Temps. La confrontation des besoins prend toujours en paramètre deux diagrammes. 4.3 Analyse des besoins tactiques Dans cette section, nous présentons la méthode d’analyse des besoins du groupe tactique. La particularité de ce groupe est que les acteurs sont liés à des métiers spécifiques. Ces acteurs ont donc une vision verticale de la prise de décision au sein de l’organisation. 4.3.1 Collecte Au début de l’analyse des besoins du groupe tactique, les tableaux croisés ou les requêtes des exigences analytiques définis dans le document d’expression des besoins tactiques sont analysés. Nous évaluons la redondance de ces tableaux suivant la démarche de collecte des besoins utilisateurs. Exemple : après l’étude du document d’expression des besoins du groupe tactique, les tableaux croisés définis sont les tableaux 4.2, 4.9, 4.10. Immobilisations. Valeur vénale Bien.Date achat 14/03/2005 25/03/2005 05/04/2005 31/09/2005 Bien.id 125486 125495 137258 145326 Bien.no immo AB4582 AB5512 AC2451 AB6981 Temps.Année 2003 2004 2005 523,14 715,45 8 245,85 2 452,64 409.21 654,78 7 985,23 2 425,54 424.25 698,14 8 019,24 2 425,54 Tab. 4.9 – Tableau crois é de la valeur vénale des biens du fabricant ”BELL” et d’état ”utilisé” pour les trois dernières années Thèse de doctorat Estella Annoni 4.3. ANALYSE DES BESOINS TACTIQUES Immobilisations. Valeur vénale Catégories.Catégorie Immateriel Postes utilisateurs Catégories.Sous catégorie Logiciels Progiciels Ecrans PC Terminaux 101 Etats.Etat description Disponible Utilisé Hors usage 142 542,25 24 527 5 36,14 1 452,12 224,12 6202,70 1 531,31 142,77 944,30 0,00 24 425,14 59 785,26 3 945,21 5 024,53 1 067,22 Tab. 4.10 – Tableau de bord de la valeur vénale par catégorie et par état au cours l’année 2005 Ces tableaux croisés partagent des et des faits mais ils ne se recouvrent pas totalement, les trois sont donc évalués pour l’analyse. Après la collecte de la statique du SID, nous interviewons les décideurs en parcourant le graphe de propriétés du groupe tactique suivant la démarche d’annotation des graphes. Nous obtenons le graphe de propriétés représenté dans la figure 4.6. Thèse de doctorat Estella Annoni 4.3. ANALYSE DES BESOINS TACTIQUES 102 Fig. 4.6 – Graphe de propriétés CSD du groupe tactique du projet immobilisations 4.3.2 Formalisation Chaque tableau croisé est transformé en un diagramme décisionnel en fonction du graphe de propriétés tactiques. La transformation est faite à partir des concepts des tableaux croisés et du diagramme décisionnel. La mise en oeuvre de la démarche de formalisation des besoins pour le tableau 4.2 est la suivante : – EI1 : il y a 3 tableaux croisés donc 3 diagrammes décisionnels seront crées, – EI2 : les tableaux croisés sont bien structurés. – SI1 : la classe-fait « Immobilisations » est associée au fait « Immobilisations », – SI2 : l’attribut « Valeur vénale » est associé à la mesure « Valeur vénale », – SP1 : les propriétés « suivi », « remontée », « rafraı̂chissement », « historisation », « archivage », « consolidation », « calcul », « niveau d’informatisation décisionnelle », « niveau d’urbanisation décisionnelle » sont annotées alors nous spécifions les opérations associées, Thèse de doctorat Estella Annoni 4.3. ANALYSE DES BESOINS TACTIQUES 103 – SP2 : toutes les opérations sont au niveau de la classe multidimensionnelle car elles ne sont pas spécifiques à au moins une mesure du fait, sauf l’opération « Calculer() ». Cette dernière est déclarée au niveau de l’attribut car elle indique que l’attribut est calculée à partir de la « Valeur achat » et de la « Dépréciation », soit Calculer(Valeur vénale, Valeur achat, Dépréciation) << attribut >>, – SP3 : les concepts d’informativité « c » et « s » sont associés à la mesure « Valeur vénale » car elle est calculée et consolidée en plus de ceux liés aux traitements définis au niveau de la classse-fait. – AI1 : les classes-dimensions « Catégories » et « Temps » sont associées aux dimensions « Catégories » et « Temps », – AI2 : l’attribut « Id » est ajouté à chaque classe-dimension « Temps » et « Catégories », – AI3 : les attributs de la classe-dimension « Temps » sont « Mois », « Trimestre », « Semestre » et « Année ». Les attributs de la classe-dimension « Catégories » sont « Catégorie » et « Sous catégorie », – AP1 : les propriétés « suivi », « remontée », « rafraı̂chissement », « historisation », « archivage », « consolidation », « calcul », « niveau d’informatisation décisionnelle », « niveau d’urbanisation décisionnelle » sont annotées alors nous spécifions les opérations associées, – AP2 : les opérations sont définies au niveau des classes-dimensions car il n’y a pas de spécificités pour un paramètre donné. La classe-dimension « Temps » n’est pas rafraı̂chie dans ce projet, – AP3 : les concepts d’informativité « h », « * », « a », « t », « e » sont appliqués aux attributs des classes-dimensions car les opérations associées sont définies. On obtient alors le diagramme décisionnel associé au tableau 4.2. Fig. 4.7 – Diagramme décisionnel associé au tableau 4.2 Thèse de doctorat Estella Annoni 4.3. ANALYSE DES BESOINS TACTIQUES 104 En appliquant les règles de transformation aux tableaux croisés 4.9 et 4.10 comme ci-dessus, on obtient les diagrammes décisionnels représentés dans les figures 4.8 et 4.9. Fig. 4.8 – Diagramme décisionnel associé au tableau 4.9 Fig. 4.9 – Diagramme décisionnel associé au tableau 4.10 Thèse de doctorat Estella Annoni 4.3. ANALYSE DES BESOINS TACTIQUES 105 Lors de la vérification des règles syntaxiques à la fin de la conception des diagrammes décisionnels, il n’y a pas d’incohérence détectée. Nous fusionnons les diagrammes du groupe tactique dans l’optique de la confrontation. Tous les diagrammes décisionnels ont la même classe-fait : « Immobilisations ». On applique donc uniquement les règles FUS car les diagrammes ont la même classe-fait « Immobilisations » et des classes-dimensions en commun, – FUS1 : la fusion des classes-dimensions par ajout des attributs laisse les classesdimensions inchangées car les attributs étaient les mêmes pour chaque classedimension. Les classes-faits « Immobilisations » des diagrammes ont en commun les classes-dimensions « Temps », « Catégories », « Etats », – FUS2 : la fusion des classes-faits n’a pas lieu d’être car elles ont les mêmes données et les mêmes opérations, – FUS3 : la classe-dimension « Fabricants » et « Biens » sont ajoutées. Les trois diagrammes décisionnels sont fusionnés en un seul composé d’une classefait et de cinq classes-dimensions. Le diagramme décisionnel du groupe tactique résultant est présenté dans la figure 4.10. Fig. 4.10 – Diagramme décisionnel du groupe tactique du projet immobilisations Thèse de doctorat Estella Annoni 4.4. ANALYSE DES BESOINS STRATÉGIQUES 4.4 106 Analyse des besoins stratégiques Le groupe stratégique est composé des « hauts » décideurs. Il exprime des besoins liés à la gouvernance de l’organisation. Ces acteurs ont une vue synthétique et globale de celle-ci. En plus, de ces besoins qui définissent grande partie le contexte décisionnel, ces acteurs expriment des besoins liés à la sécurité de l’information. Au début du projet, ces acteurs définissent le périmètre du projet dont les domaines d’activités concernés. Nous définissons un domaine d’activités comme un secteur d’activité, un ensemble de métiers conjointement liés ou une classe d’utilisateurs d’une organisation. 4.4.1 Collecte Contrairement aux décideurs du groupe tactique qui ont une vision détaillée de leur métier, les acteurs stratégiques ont une vision synthétique de l’organisation. Ces derniers expriment donc principalement leurs besoins sous forme de tableaux qui présentent les tendances des faits au cours du temps via une liste d’indicateurs de performance. Ces indicateurs de performance sont les mesures du sujet d’analyse, soit le fait. Ces tableaux qui sont des variantes des tableaux croisés sont appelés des tableaux croisés synthétiques. Exemple : le tableau croisé synthétique défini dans le document d’expression des besoins stratégiques est présenté dans le tableau 4.11. Valeur vénale Amortissement Dépréciation Temps.Mois Octobre 19 452 422,15 950 758,19 9 757 215,25 Novembre 19 985 62,10 1 095 058,19 9 895 456,38 Décembre 21 310 771,72 1 116 726,79 10 823 340,82 Tab. 4.11 – Tableau croisé synthétique des immobilisations sur le dernier trimestre Nous définissons les tableaux croisés valides pour l’analyse des besoins stratégiques. Exemple : Dans notre exemple, il y a un seul tableau croisé synthétique donc nous n’appliquons pas les règles de sélection des tableaux. Les mesures des tableaux croisés synthétiques sont souvent liées car les décideurs croisent les chiffres afin d’évaluer de manière plus précise les tendances. Ces mesures dérivées sont pertinentes pour les décideurs mais elles impactent la fiabilité des Thèse de doctor at Estella Annoni 4.4. ANALYSE DES BESOINS STRATÉGIQUES 107 données. Il importe donc de définir les règles de calcul associées chaque mesure et les liens entre ces mesures lors de la collecte de l’aspect dynamique des besoins. Exemple : les mesures du tableau 4.11 sont liées. Plus précisément, la mesure « Valeur vénale » est une mesure dérivée à partir de la soustraction de la mesure « Dépréciation » à la « Valeur achat » du bien. La mesure « Amortissement » est une mesure fournie directement par les sources. Après l’analyse de la statique des besoins stratégiques, nous procédons à l’interview des acteurs stratégiques suivant la démarche d’annotation du graphe de propriétés CSD. Le résultat de collecte des besoins du groupe stratégique exprimant l’aspect dynamique est présenté dans la figure 4.11. Fig. 4.11 – Graphe de propriétés CSD du groupe stratégique du projet immobilisations 4.4.2 Formalisation Les besoins du groupe stratégique sont exprimés sous forme synthétique du tableau croisé. Pour la formalisation des besoins, il est nécessaire de transformer les tableaux croisés synthétiques en des tableaux croisés. Thèse de doctorat Estella Annoni 4.4. ANALYSE DES BESOINS STRATÉG IQUES 108 – EI1 : il y a un tableau croisé synthétique donc un diagramme décisionnel est crée, – EI2 : le tableau est restructuré en un tableau à deux dimensions, soit les dimensions « Biens » et « Temps », présentant le fait « Immobilisations » caractérisé par trois mesures qui sont : « Valeur vénale », « Amortissement », « Dépréciation ». – SI1 : la classe-fait « Immobilisations » est associée au fait « Immobilisations », – SI2 : les attributs « Valeur vénale », « Amortissement », « Dépréciation » sont associés aux mesures « Valeur vénale », « Amortissement », « Dépréciation », – SP1 : les propriétés « criticité », « ouverture », « rafraı̂chissement », « historisation », « archivage », « consolidation », « calcul » sont annotées alors nous spécifions les opérations associées, – SP2 : toutes les opérations sont au niveau de la classe car elles ne sont pas spécifiques à au moins une mesure du fait, sauf l’opération « Calculer() » ». Elle est déclarée au niveau de l’attribut car elle indique que l’attribut est calculée à partir de la « Valeur achat » et du « Dépréciation », soit Calculer(Valeur vénale, Valeur achat, Dépréciation) << attribut >>, – SP3 : les concepts d’informativité « p », « h », « * », « a », « s », « c » sont associés aux attributs en raison des traitements définis au niveau de classe-fait. – AI1 : les classes-dimensions « Biens » et « Temps » sont associées aux dimensions « Biens » et « Temps », – AI2 : l’attribut « Id » est ajouté à chaque classe-dimension « Biens » et « Temps », – AI3 : les attributs de la classe-dimension « Temps » sont « Mois », « Trimestre », « Semestre » et « Année ». Les attributs de la classe-dimension « Biens » ne sont pas définis, – AP1 : les propriétés « criticité », « ouverture », « rafraı̂chissement », « historisation », « archivage », « consolidation », « calcul » sont annotées alors nous spécifions les opérations associées, – AP2 : les opérations sont définies au niveau des classes-dimensions car il n’y a pas de spécificités pour un paramètre donné, – AP3 : les concepts d’informativité « p », « h », « * », « a » sont appliqués aux attributs des classes-dimensions car les traitements associées y sont définis. La formalisation du tableau croisé 4.11 est le diagramme décisionnel représenté dans la figure 4.12. Thèse de doctorat Estella Annoni 4.5. ANALYSE DES BESOINS SYSTÈMES 109 Fig. 4.12 – Diagramme décisionnel associé au tableau 4.11 Lors de la vérification des règles syntaxiques à la fin de la conception des diagrammes décisionnels, une incohérence est détectée suivant la règle SDP3 car l’opération « Rafraı̂chir() » est définie pour la dimension « Temps ». Pour garantir la cohérence du KDD, il convient de supprimer l’opération « Rafraı̂chir() » et le concept d’informativité « * » associé aux attributs de cette classe-dimension. La fusion n’a pas lieu d’y être dans notre exemple d’analyse des besoins stratégiques car il y a un seul diagramme décisionnel KDD. 4.5 Analyse des besoins systèmes Le groupe système exprime des besoins liés aux sources de données internes ou externes de l’organisation. Leurs besoins principalement liés à la composante technique du SID abordent aussi des problèmes liés à la composante décision car ces acteurs doivent prendre en compte l’urbanisation du SID dans le temps (passé, présent et futur du SID). 4.5.1 Collecte La collecte des besoins systèmes correspond à la récupération des schémas entitéassociation des sources. Dans le cas où les schémas ne sont pas disponibles, nous les collectons avec un outil commercial de reverse engineering. Afin de prendre en compte que les sources pertinentes pour le projet, nous considérons les sources des applications transactionnelles ou des progiciels liés aux domaines d’activités concernant le projet. Dans notre exemple, nous disposons du schéma des sources 4.13. Th èse de doctorat Estella Annoni 4.5. ANALYSE DES BESOINS SYSTÈMES 110 Fig. 4.13 – Modèle entité-association de l’application des immobilisations Après l’étude des schémas des sources qui informe sur les données disponibles, nous procédons aux interviews suivant la démarche d’annotation du graphe de propriétés CSD. Dans notre exemple, nous obtenons le graphe de propriétés du groupe système présenté dans la figure 4.14. 4.5.2 Formalisation La formalisation des besoins du groupe système consiste à dériver un diagramme décisionnel système (SDD) à partir d’un schéma entité-association. Nous proposons quatre types de règles pour cette dérivation : les règles de sélection des concepts multidimensionnels contenus dans les sources, les règles de transformation, des règles syntaxiques et des règles de fusion. Nous appliquons dans l’ordre les règles de sélection, les règles de transformation, les règles syntaxiques et enfin les règles fusion. Thèse de doctorat Estella Annoni 4.5. ANALYSE DES BESOINS SYSTÈMES 111 Fig. 4.14 – Graphe de propriétés CSD du groupe système du projet immobilisations Règles de sélection des concepts multidimensionnels Les règles de sélection permettent de déterminer dans un premier temps les faits candidats et dans un second temps les dimensions candidates. Enfin, les concepts multidimensionnels valides sont déterminés afin de formaliser les besoins via le diagramme décisionnel. Les méthodes existantes définissent généralement le fait soit de manière qualitative, soit via l’intervention des décideurs [Golfarelli and Rizzi 1998a; Cabibbo and Torlone 1998; Husemann et al. 2000; Luján-Mora and Trujillo 2003]. [Kimball 1996; Phipps and Davis 2002] proposent d’évaluer les attributs numériques, mais ils ne tiennent pas compte du fait que ces attributs soient des clés primaires (PK). Afin de déterminer avec plus de précision les faits candidats, nous proposons de tenir compte non seulement du nombre d’attributs numériques mais aussi de la contrainte portée par l’attribut et de l’arité de l’entité ou de l’association. L’arité d’une entité ou une association est le nombre de liens définis entre cette entité ou cette association avec d’autres associations respectivement d’autres entités. Thèse de doctorat Estella Annoni 4.5. ANALYSE DES BESOINS SYSTÈMES 112 Nous proposons de définir les faits candidats CFk à partir d’une matrice. Cette matrice évalue le nombre de liens des entités et des associations ainsi que le nombre d’attributs numériques qui ne sont pas clé primaire. Le nombre de lignes (Nb att) de la matrice est égal au nombre maximum d’attributs numériques qui ne participent pas à une clé primaire et qui ne sont pas uniques (max(Nb att)) d’une entité ou d’une association du schéma. Les entêtes des lignes prennent leurs valeurs dans l’intervalle [1 ;max(Nb att)]. Le nombre de colonnes (Nb liens) est égal au plus grand nombre de liens d’une entité ou d’une association du schéma. Les entêtes des colonnes prennent leurs valeurs dans l’intervalle [1 ;max(Nb liens)]. La cellule(n, p) contient les noms des entités ou des associations qui ont n attributs numériques qui ne participent pas à une clé primaire, non-uniques et qui ont une arité égale à p. Exemple : La matrice obtenue à partir du schéma conceptuel de notre source de données est présentée dans le tableau 4.12. « Biens » est un fait candidat car cette entité contient deux attributs numériques qui ne sont pas des clés primaires et qui ne sont pas uniques, soit « Valeur achat » et « Valeur assurance ». « Immobilisations » est un fait candidat car cette association est contient deux attributs numériques qui ne sont pas des clés primaires et qui ne sont pas uniques, soit « Amortissement » et « Dépréciation ». N att 4 4 3 2 1 Biens 3 N liens 2 1 Immobilisations Tab. 4.12 – Matrice des faits candidats Soit CFk le fait candidat caractérisé par la mesure candidate CMCFk. Il est connecté à la dimension candidate CDCFk. Soit fk le fait valide caractérisé par la mesure mfk. Il est connecté à la dimension valide dfk. Nous définissons la fonction ArityR : CF → CF qui retourne les entités ou les associations qui sont liées à une association respectivement à une entité fait candidat CFk. Nous avons constaté que les faits valides sélectionnés dans les sources sont situés dans la partie supérieure du tableau mais, nous définissons les règles suivantes pour les déterminer formellement. Règles de sélection des faits (SF) et des mesures (SM) : – SF1 : toute entité ou association contenue dans la matrice est un fait candidat CFk, – SF2 : si CFi ∈ ArityR(CFk ) alors CFk est un fait f ∈ F et CFi ∈ / F. Dans le cas où CFi ∈ ArityR(CFk ) et CFk ∈ ArityR(CFi ), les faits candidats qui sont des associations sont définis comme faits valides et les faits candidats qui sont des entités ne sont pas définis comme valides, Thèse de doctorat Este lla Annoni 4.5. ANALYSE DES BESOINS SYSTÈMES 113 – SF3 : si CFk − > CFi (dépendance fonctionnelle) alors CFk est un fait ∈ F, CFi ∈ / F, – SM1 : tous les attributs numériques des CFk qui ne participent pas à une clé primaire sont des mesures candidates CMCFk, – SM2 : tous les attributs numériques des faits valides fk qui ne participent pas à une clé primaire sont des mesures. Règles de sélection des dimensions (SD) : – SD1 : toute entité en relation directe avec un fait candidat CFk qui n’est pas un fait candidat ou un fait est une dimension candidate CDCFk, – SD2 : toute entité ∈ ArityR(fk ) qui n’est pas un fait est une dimension dfk ∈ D, – SD3 : pour fk, les attributs ∈ / Mfk qui ne sont pas de type date forment une nouvelle dimension dfk ∈ D, – SD4 : toute entité en relation directe avec une dimension dk qui n’est pas un fait fk est une dimension valide ddk ∈ D. Cette règle s’applique de manière récursive afin de définir les niveaux des hiérarchies, – SD5 : les attributs de type date de fk sont extraits afin de créer la dimension Temps. Le fait est relié à la dimension n fois avec n=nombre de d’attributs de type date. Dans le cas où n>1, alors il faut ajouter un rôle à l’association, – SD6 : dans le cas où la dimension « Temps » n’a pas été créée auparavant, elle est rajoutée parmi les concepts multidimensionnels valides, – SD7 : les liens avec une notion de temps entre un fait fk et une entité ou une association ∈ ArityR(CFk ) sont transformés en plusieurs relations « En fonction » avec des rôles différents, – SD8 : vérifier la non-existence de dépendances fonctionnelles entre les attributs d’une classe-fait et ceux d’une classe-dimension. Si une dépendance fonctionnelle existe, alors les attributs de la classe-fait qui dépendent fonctionnellement d’un ou de plusieurs attributs de la classe-dimension sont transférés dans cette dernière, – SD9 : vérifier la non-existence de dépendances fonctionnelles entre les attributs des classes-dimensions. Si une dépendance fonctionnelle existe, elle est représentée par un trait discontinu entre les classes-dimensions. Règles de sélection des paramètres (SP) et des attributs faibles (SW) : – SP1 : tout attribut numérique d’une dimension dfk est transformé en un paramètre pk ∈ P. Les attributs qui participent à la clé primaire sont traités suivant cette règle, – SP2 : les dimensions dfk ne peuvent pas contenir des attributs qui participent à la définition des attributs des faits fk, – SW1 : tout attribut non-numérique dune dimension dfk est transformé en attribut faible ak ∈ A. Thèse de doctorat Estella Annoni 4.5. ANALYSE DES BESOINS SYSTÈMES 114 Règles de structuration liées au groupe système Les règles de structuration permettent de représenter via le diagramme décisionnel les concepts multidimensionnels définis à partir des règles de sélection. Règles de structuration des données : – SRD1 : tout fait fk est transformé en une classe-fait avec des attributs correspondant à ses mesures mCFk, – SRD2 : toute dimension dfk est transformée en une classe-dimension avec des attributs correspondant à ses paramètres pk et ses attributs faibles ak, – SRD3 : tout classe-fait fk est associée à chacune de ses classes-dimensions dfk par une association représentée un trait continu qui signifie « fk analysé EN FONCTION de dfk ». Ce lien est précisé avec les rôles définis à partir des règles de sélection, – SRD4 : toute classe-dimension est reliée à ses classes-dimensions par des flèches discontinues représentant un lien hiérarchique, – SRD5 : toute règle de calcul définie dans le graphe de propriétés via la propriété « Calcul » de la catégorie « Transformation » est spécifiée par une opération attribut dans la classe-fait ou la classe-dimension liée. Règles de structuration des processus : – SRP1 : les opérations Disponible(d, f, c), Harmoniser(c, h), Trace(l), Exception(e,m), Calculer({vi }+ ), Historiser(p, d, cond), Rafraı̂chir(f, m), Archiver(p, d, fct, cond) sont définies en fonction des annotations du graphe de propriétés du groupe système, – SRP2 : une opération d’attribut est associée à tout paramètre qui possède des arguments différents pour un traitement donné, – SRP3 : les concepts d’informativité sont associés aux attributs des classes multidimensionnelles en fonction des traitements déclarés. Règles syntaxiques liées au groupe système Les règles syntaxiques permettent de contrôler la consistance des SDD dérivés à partir des sources. – WR1 : une classe-fait peut être reliée à une autre classe-fait. – WR2 : une classe-dimension peut être reliée à une autre classe classe-dimension si et seulement s’il existe une dépendance fonctionnelle entre les deux entités. – WR3 : une classe-dimension peut être reliée à une classe-fait par un trait continu et à une autre classe-dimension par un trait discontinu. Thèse de doctorat Estella Annoni 4.5. ANALYSE DES BESOINS SYSTÈMES 115 Les règles de fusion des SDD sont identiques à celles des diagrammes décisionnels des groupes tactique et stratégique. Exemple : l’application des règles de sélection, de structuration et syntaxiques pour notre source de données est la suivante : – SF1 : l’association « Immobilisations » et l’entité « Biens » sont des faits candidats CFk, – SF2 : « Biens » ∈ ArityR(Immobilisations) et Immobilisations est une association alors « Immobilisations » est un fait et « Biens » n’est pas un, – SF3 : Il n’existe pas de dépendance fonctionnelle entre le fait « Immobilisations » et « Biens », – SM1 : les attributs numériques, soit « Valeur assurance », « valeur achat » sont des mesures candidates du fait candidat Biens, – SM2 : les attributs numériques, soit « Valeur assurance », « Valeur achat », « Dépréciation », « Amortissement » ne participent pas à la clé primaire de « Immobilisations », ils sont donc des mesures candidates CMCFk sont des mesures. – SD1 : les entités « Fabricants », « Comptes », « Sous catégories » sont en relation direct avec « Biens » alors elles sont des dimensions CDfk, – SD2 : les entités « Biens » et « Etats » sont en relation directe avec « Immobilisations » et elles ne sont pas des faits, alors « Biens » et « Etats » sont des deux dimension Dfk, – SD3 : pour le fait « Immobilisations », il n’y a pas d’attribut autre que les mesures et Date immo de type date, – SD4 : l’entité « Catégories » n’est pas un fait et elle est en relation direct avec la dimension « Sous catégorie », elle est donc une dimension valide. Elles forment la hiérarchie « h catégorie », – SD5 : la dimension « Temps » est crée à partir de l’attribut « Date immo », – SD6 : la dimension « Temps » existe déjà, – SD7 : il n’y pas d’autre notion de date entre l’association « Immobilisations » et d’autres entités, – SD8 : il y n’a pas de dépendance fonctionnelle entre le fait et les dimensions « Biens » et « Etats », – SD9 : il y a des dépendances fonctionnelles entre la dimension « Biens » et la dimension « Sous catégories », le lien entre ces dimensions est donc représenté par un trait discontinu. Une dépendance fonctionnelle existe aussi entre la dimension « Biens » et la dimension « Fabricants », le lien entre ces dimensions est donc représenté par un trait discontinu. – SP1 : les attributs numériques des dimensions « Biens », « Sous catégories », « Catégories », « Comptes », « Etats » et « Fabricants » sont transformés en paramètres de ces derniers, – SP2 : les dimensions ne contiennent pas d’attributs participant à la définition des attributs du fait, Thèse de doctorat Estella Annoni 4.5. ANALYSE DES BESOINS SYSTÈMES 116 – SW1 : les attributs non-numériques des dimensions « Biens », « Sous catégories », « Catégories », « Comptes », « Etats » et « Fabricants » sont transformés en attributs faibles de ces derniers. Les concepts multidimensionnels de notre source de données sont structurés comme ci-dessous : – SRD1 : le fait « Immobilisations » est transformé en une classe-fait avec les attributs « Dépréciation », « Amortissement » correspondant à ses mesures, – SRD2 : les dimensions « Biens », « Sous catégories », « Catégories », « Comptes », « Etats », « Fabricants » et « Temps » sont transformées en des classes-dimensions avec des attributs correspondant à leurs paramètres pk et leurs attributs faibles ak, – SRD3 : la classe-fait « Immobilisations » est associée à ses classes-dimensions « Biens », « Etats », et « Temps » par des traits continus, – SRD4 : la classe-dimension « Biens » est reliée à ses classes-dimensions « Sous catégories », « Catégories », « Comptes » et « Fabricants » par des flèches discontinues représentant un lien hiérarchique, – SRD5 : la propriété « Calcul » de la catégorie « Transformation » du graphe de propriété ne spécifie aucune règle de calcul. – SRP1 : les opérations sont définies en fonction des annotations du graphe de propriétés du groupe système comme suit : – SRP1 : Disponible(6, jour) pour la classe-fait « Immobilisations » et Disponible(6, semaine) pour les classes-dimensions suivant la propriété « Disponibilité » de la catégorie « Extraction-chargement », – SRP2 : Harmoniser(1, 1) pour toutes les classes multidimensionnelles car la source est unique et elle est une base classique et l’extraction des données qui requiert des transformations simples comme indiqué dans les propriétés « Complexité » et « Hétérogénéité » de la catégorie « Extractionchargement », – SRP3 : Trace(2) pour toutes les classes multidimensionnelles car les acteurs souhaitent suivre les traitements suivant la propriété « Suivi » de la catégorie « gestion des erreurs », – SRP4 : Exception(”Problème de jointure”, ”Données invalides”) pour toutes les classes multidimensionnelles car les acteurs souhaitent contrôler la cohérence des données suivant la propriété « Remontée » de la catégorie « gestion des erreurs », – SRP6 : il n’y a pas d’opération « Calculer() » car la propriété « Calcul » de la catégorie « Transformation » n’est pas annotée, – SRP7 : Historiser(année, 3) pour toutes les classes multidimensionnelles car les décideurs souhaitent revenir sur des données détaillées datant au plus de trois ans selon la propriété « Historisation » de la catégorie « Validité », – SRP8 : Rafraı̂chir(semaine, merge) suivant la propriété « Rafraı̂chissement » de la catégorie « Validité », – SRP9 : Archiver(année, 10, sum) suivant la propriété « Archivage » de la catégorie « Validité ». Thèse de doctorat Estella Annoni 4.5. ANALYSE DES BESOINS SYSTÈMES 117 – SRP2 : il n’y a pas ’opération d’attribut car tous les paramètres sont définis au niveau de la classe. – SRP3 : les concepts d’informativité « * », « h », « a », « d », « l », « t », « e », « p » sont associés aux attributs des classes multidimensionnelles en fonction des traitements déclarés, L’application des règles permet de définir le diagramme décisionnel des besoins du groupe d’acteurs présenté dans la figure 4.15. Fig. 4.15 – Diagramme décisionnel du groupe système du projet immobilisations Le contrôle de la consistance de notre diagramme décisionnel SDD suivant les règles syntaxiques, il n’y pas de modifications à faire sur le diagramme. De plus, il y n’a qu’une source de données donc l’application des règles de fusion n’est pas requise. Thèse de doctorat Estella Annoni 4.6. CONFRONTATION DES BESOINS DU SID 4.6 118 Confrontation des besoins du SID La tâche de confrontation est la dernière tâche de la phase d’analyse. En entrée de cette tâche, il y a un graphe de propriétés et un diagramme décisionnel par groupe d’acteurs. Tous les acteurs du SID y participent jusqu’au rapprochement de leurs besoins. Comme nous distinguons les décideurs, nous définissons deux confrontations afin de prendre en compte les priorités propres aux besoins utilisateurs et les priorités entre les besoins des utilisateurs et les sources de données. Les deux confrontations sont appelées ”Evaluer la connaissance utilisateur” et ”Evaluer la connaissance de l’environnement” comme indiqué dans la figure 4.3. – ”Evaluer la connaissance utilisateur” est la confrontation entre le diagramme décisionnel du groupe tactique (TDD) et celui du groupe stratégique (KDD). Nous réalisons cette tâche afin de synchroniser les intérêts des domaines d’activités et les orientations stratégiques de l’organisation avant la confrontation avec les sources. Nous obtenons le diagramme décisionnel utilisateur (UDD), – ”Evaluer la connaissance de l’environnement” est la confrontation entre le diagramme décisionnel utilisateur (UDD) et celui du groupe système (SDD). Elle correspond à la tâche de confrontation évoquée par les méthodes mixtes. Pour la confrontation des besoins utilisateurs, nous considérons le KDD comme le noyau car il importe de fédérer les besoins des décideurs autour des grandes orientations de l’organisation. Ainsi, toutes les classes multidimensionnelles du KDD sont conservées ; seuls des ajouts et des modifications sont réalisables. Ces modifications sont faites en fonction des priorités définies par catégories de propriétés dans le graphe de propriétés. Par ailleurs, les besoins du groupe tactique impactent les performances de l’organisation. Ils doivent prévaloir comme le confirme l’étude de l’Etat des lieux des projets décisionnels en 2005/2006 faite par IDG (cf. note de bas de page 1. Autrement dit, les catégories de propriétés du graphe de ce groupe ayant un poids important doivent être traitées et satisfaites en priorité pour assurer une bonne gestion de la performance de l’organisation. Ainsi, pour la confrontation des besoins du groupe tactique et du groupe stratégique, nous parcourons les graphes de propriétés annotées suivant une recherche en profondeur. La confrontation consiste à comparer les propriétés suivant les règles définies ci-après afin d’obtenir le diagramme décisionnel utilisateur. Nous commençons par le sous-graphe « Décision » puis nous finissons par le sous-graphe « Technique ». Nous appliquons les règles UCONF suivantes : – UCONF1 : appliquer les règles de fusion pour les classes multidimensionnelles de même nom, – UCONF2 : pour la confrontation des attributs de même nom appartenant à deux classes multidimensionnelles différentes, Thèse de doctorat Estella Annoni 4.6 . CON FRONTATION DES BESOINS DU SID 119 – UCONF2A : si les attributs sont partagés par des classes-faits distinctes alors il convient de préciser fonctionnellement l’environnement afin de déterminer si ces données représentent un ou plusieurs concepts, – UCONF2B : si les attributs sont partagés par des classes-dimensions distinctes alors il faut vérifier les dépendances fonctionnelles entre ces classes, – UCONF3 : pour la confrontation des opérations de même nom, ayant des paramètres différents, appartenant à deux classes multidimensionnelles de même nom, nous évaluons les propriétés associées à ces traitements : – UCONF3A : si les contraintes de valeurs des propriétés sont proches alors nous considérons la moins restrictive, – UCONF3B : si les contraintes de poids sont égales et les contraintes de valeurs sont contraires alors nous considérons les contraintes de valeurs du graphe de propriétés du groupe tactique car ces acteurs maı̂trisent le domaine d’activité, – UCONF3C : si les contraintes de poids ne sont pas égales, les contraintes de valeurs sont contraires et la contrainte de poids la plus importante est celle du groupe stratégique alors nous considérons la contrainte de valeurs définie par ce groupe, – UCONF3D : si les contraintes de poids ne sont pas égales, les contraintes de valeurs sont contraires et la contrainte de poids la plus importante est celle du groupe tactique alors nous considérons que l’itération de l’analyse en cours est clôt et qu’une nouvelle itération est définie. Exemple : l’application des règles de la confrontation entre le diagramme décisionnel du groupe tactique (TDD) et celui du groupe stratégique (KDD) est présentée ci-dessous. Nous obtenons le diagramme décisionnel utilisateur (UDD) présenté dans la figure 4.16. – UCONF1 : application des règles de fusion pour les classes multidimensionnelles de même nom, – FUS : regroupement du diagramme décisionnel tactique et du diagramme décisionnel stratégique car ils ont en commun la classe-fait « Immobilisations » et les classes-dimensions « Biens » et « Temps », – FUS1 : fusion respective des classes-dimensions partagées « Biens », « Temps ». La classe-dimension « Biens » possède 4 attributs et 7 opérations par ajout des données et des opérations. La classe-dimension « Temps » possède 5 attributs et 6 opérations par ajout des données et des opérations. Cependant, il y a un conflit entre les paramètres de l’opération « Archiver » des classes-dimensions fusionnées, – FUS2 : fusion des classes-faits « Immobilisations ». La classe-fait « Immobilisations » obtenue possède 3 attributs et 9 opérations par ajout des données et des opérations. Cependant, il y a un conflit entre les paramètres des opérations « Archiver » et « Consolider », – FUS3 : ajout des classes-dimensions « Catégories », « Etats » et « Fabricants » propres au diagramme décisionnel tactique ; – FDS : les diagrammes décisionnels n’ont pas de classes-faits différents, – FDR : les classes-dimensions n’ont pas des attributs communs, Thèse de doctorat Estella Annoni 4.6. CONFRONTATION DES B ESOINS DU SID 120 – UCONF2 : il n’y a pas d’attribut de même nom appartenant à deux classes multidimensionnelles différentes, – UCONF3 : les opérations « Archiver » et « Consolider » ont des paramètres différents pour des classes multidimensionnelles de même nom : – UCONF3A : pour le conflit concernant l’opération « Archiver », nous évaluons la propriété archivage des graphes de propriétés des groupes tactique et stratégique. Ce conflit est valable pour toutes les classes multidimensionnelles du diagramme décisionnel utilisateur, nous évaluons donc une seule fois ce conflit. Les contraintes de valeurs de la propriété archivage sont proches car seules les durées d’archivage sont différentes. Nous considérons la moins restrictive, soit la durée de 9 ans. L’opération Archiver » du diagramme décisionnel est donc « Archiver(annee, 9, sum) ». Pour le conflit concernant l’opération « Consolider », nous évaluons la propriété consolidation des graphes de propriétés des groupes tactique et stratégique. Ce conflit est valable que pour la classe-fait « Immobilisations ». Les contraintes de valeurs de la propriété consolidation sont identiques, l’opération « Consolider » du diagramme décisionnel stratégique est définie pour les trois attributs dont l’attribut Valeur vénale (attribut pour lequel est définie l’opération attribut du diagramme décisionnel tactique). Nous considérons la moins restrictive, soit la consolidation de tous les attributs de la classe-fait. L’opération « Consolider » de la classe-fait du diagramme décisionnel utilisateur est donc « Consolider(1) ». Thèse de doctorat Estella Annoni 4.6. CONFRONTATION DES BESOINS DU SID 121 Fig. 4.16 – Diagramme décisionnel utilisateur du projet immobilisations Pour la confrontation des besoins utilisateurs et des besoins systèmes, nous devons tenir compte de la disponibilité des données dans les sources. La confrontation consiste à comparer les propriétés suivant les règles définies ci-après afin d’obtenir le diagramme décisionnel du SID. Ces propriétés sont celles du graphe de propriétés du groupe système et du graphe de propriétés du groupe tactique ou stratégique suivant la valeur qui a été retenue pour la définition des diagrammes décisionnels. Dans le cas où les sources de données sont insuffisantes par rapport aux besoins des utilisateurs, la mise à disposition de ces données relève de la budgétisation du projet. Cette problématique étant spécifique à chaque projet, elle n’est pas traitée dans cette thèse. Nous utilisons les règles suivantes pour cette confrontation : – SCONF1 : les classes multidimensionnelles définies dans le diagramme utilisateur (UDD) qui ne sont pas définies dans le diagramme décisionnel système (SDD) doivent être évaluées et budgétisées, – SCONF2 : les classes multidimensionnelles définies dans le diagramme système (SDD) qui ne sont pas définies dans le diagramme décisionnel utilisateur (UDD) sont supprimées dans le cas où ces données sont des données supplémentaires non nécessaires à la cohérence des données sinon, elles sont conservées, – SCONF3 : appliquer les règles de fusion pour les classes multidimensionnelles de même nom, Th èse de doctor at Estella Annoni 4.6 .
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Tableau 25 : Comparaison des paramètres du modèle de séchage avec convection. LCPC (20°C, 50 % HR) LMT (19°C, 42 % HR) LMT (25°C, 60 % HR) a b [Pa] q K [m2] h0 [SI] 0,500 0,500 0,500 6,68.107 6,68.107 6,68.107 4 4 4 2,0 10-21 2,9 10-21 1,1 10-21 2,8 109 2,8 109 2,8 109 Comme dans le cas des simulations numériques, sans prise en compte de la convection, nous obtenons des valeurs de perméabilité intrinsèque peu différentes entre les essais. Les conclusions sont similaires. Par contre, nous pouvons remarquer que la valeur de perméabilité intrinsèque identifiée en prenant compte la convection est supérieure d'un ordre de grandeur à celle identifiée sans prendre en compte la convection. En effet, la convection « ralentit » le séchage, puisque l'humidité relative en surface décroît beaucoup plus lentement. 2.1.4.5 Simulation des essais de préséchage (40°C et 80 % HR) Les évolutions expérimentales et simulées de la perte en masse sont reproduites dans la Figure 149 pour l'essai de préséchage (40°C et 80 % HR) des éprouvettes (11x22) à 40°C et 80% HR. Les paramètres ont été déterminés de manière à caler la courbe expérimentale. Seuls les paramètres b et K ont été modifiés (Tableau 26). En effet, les paramètres relatifs à l'isotherme de désorption dépendent de la température. Peu de résultats d'essais sont disponibles dans la littérature. Néanmoins, les essais d'isotherme de désorption réalisés par Robert [Robert 2008] sur des BAP montrent que seul le paramètre b relatif à la loi de van Genuchten [van Genuchten 1980] dépend de la température entre 20°C et 80°C, le paramètre a pouvant être gardé constant. Les valeurs des paramètres matériaux sont reproduites dans le Tableau 26. Ces simulations numériques permettront de déterminer le degré de saturation initial éprouvettes pré-séchées et donc d'identifier les paramètres matériaux relatifs au retrait et au fluage de dessiccation (éprouvettes 13x50). 1 0,8 0,6 q =4 0,4 40° C, 80% HR [LCPC] h0=2,8.109 et K=4,0.10-21m2 0,2 10 20 30 40 50 Figure 149 : Identification des paramètres (40°C et 80 % HR). Etude du fluage des bétons en traction. Application aux enceintes de confinement des centrales nucléaires à eau sous pression. Tableau 26 : Paramètres de séchage (40°C et 80% HR). LCPC (40°C, 80 % HR) a b [Pa] q K [m2] h0 [SI] 0,500 4,01.107 4 4,0 10-21 2,8 109 Les simulations numériques montrent, conformément aux essais réalisés par Robert [2008] qu'il n'est pas nécessaire d'identifier à nouveau le paramètre a. Par contre, la valeur de b obtenue à 40°C est environ 40 % inférieure à celle mesurée à 20°C, alors que Robert [Robert 2008] observe une diminution de 10 % entre 20°C et 50°C. Nous obtenons par identification, à 40°C, une valeur de perméabilité intrinsèque légèrement supérieure à celle identifiée à 20°C, ce qui est conforme aux résultats de la littérature. La Figure 150 présente l'évolution du degré de saturation après préséchage. On remarque que l'éprouvette n'a pas eu le temps de sécher complètement. 1 0,8 0,6 0,4 0 jour 1 heure 2 jours 30 jours 57 jours 0,2 0 0,E+00 Rayon [m] 1, E -02 2, E -02 3, E-02 4,E-02 5,E-02 6, E-02 Figure 150 : Profil du degré de saturation pour la géométrie des éprouvettes avec préséchage pour du séchage avec convection. 2.1.4.6 Simulation des essais (20°C et 50 % HR) après préséchage (40°C et 80 % HR) La Figure 151 présente les résultats de la simulation numérique de l'essai de perte en masse à 20°C et 50 % HR après préséchage à 40°C et 80 % HR (paragraphe précédent). Comme nous l'avons vu dans le paragraphe [§ 1.3.1.4], les points expérimentaux présentent une discontinuité inexpliquée. Par conséquent, nous nous sommes focalisés sur le début de la courbe (jusqu'à 1 jour). Dans ce cas, nous obtenons par identification une valeur de perméabilité intrinsèque K = 1,2.10-21 m2. Cette valeur est légèrement inférieure à celle identifiée précédemment. Ce résultat souligne à nouveau que le mode de pré-séchage choisi n'a pas entraîné de fissuration importante dans l'éprouvette. Les valeurs des paramètres matériaux sont regroupées dans le Tableau 27. 0,40 K=2,0.10-21 m2 K=1,2.10-21 m2 20°C, 50% HR après préséchage à 40°C et 80 % HR 0,35 0,30 0,25 0,20 0,15 0,10 0,05 Temps [jours] 0,00 0 1 2 3 4 5 Figure 151 : Identification des paramètres (20°C et 50 % HR) après préséchage à (40°C et 80 % HR). Tableau 27 : Paramètres de séchage (20°C et 50% HR) après préséchage. (20°C, 50 % HR) après préséchage a 0,500 b [Pa] 6,68.107 q 4 K [m2] 1,2 10-21 h0 [SI] 2,8 109 2.1.4.7 Récapitulatif des paramètres identifiés (avec convection) Le Tableau 28 présente un récapitulatif des paramètres de séchage avec convection identifiés dans ce chapitre. Tableau 28 : tableau récapitulatif des paramètres de séchage. LCPC (20°C, 50 % HR) LCPC 2008 (20°C, 50 % HR) LMT (19°C , 42 % HR ) LMT (25°C, 60 % HR) Préséchage (40°C, 80 % HR) Séchage (20°C, 50 % HR) après préséchage a b [Pa] q K [m2] h0 [SI] 0,500 0,500 0,500 0,500 0,500 6,68.107 6,68.107 6,68.107 6,68.107 4,01.107 4 4 4 4 4 2,0 10-21 2,0 10-21 2,9 10-21 1,1 10-21 4,0 10-21 2,8 109 2,8 109 2,8 109 2,8 109 2,8 109 0,500 6,68.107 4 1,2 10-21 2,8 109 2.1.5 Conclusion Ce chapitre sur la simulation numérique du séchage nous a permis de voir que les courbes expérimentales de perte en masse peuvent être reproduites avec et sans prise en compte de la convection. Néanmoins, des modifications au niveau du modèle de l'isotherme de désorption ont été effectuées. Etude du fluage des bétons en traction. Application aux enceintes de confinement des centrales nucléaires à eau sous pression. C : RESULTATS ET Plusieurs auteurs, [Thiery et al. 2008], [Courtois et al. 2006], [Meschke et Grasberger 2001], [Baroghel-Bouny et al. 1999] avaient déjà identifié des paramètres pour simuler le séchage sans tenir compte la convection. Il est à noter que ces auteurs étudiaient le séchage sur le long terme. Néanmoins, si le phénomène de convection n'est pas pris en compte durant le séchage, une perméabilité intrinsèque très faible (de l'ordre de 10-22 m2) est identifiée sur les essais de perte en masse. Par contre, en prenant en compte la convection, la cinétique de séchage est réduite, et une valeur de perméabilité intrinsèque supérieure (10-21 m2) est identifiée. Etant donné que la convection modifie le gradient hydrique, la microfissuration prédite devrait être changée. Par conséquent, nous avons comparé les simulations numériques de retrait de dessiccation (ainsi que l'endommagement induit), avec et sans prise en compte de la convection. Ainsi, dans le cas d'essais sur une courte durée (ce qui est notre cas) et/ou si la microfissuration induite par le retrait de dessiccation différentiel est à simuler, il nous apparaît important de tenir compte du phénomène de convection. 2.2 Modélisation de la fissuration Afin de décrire la fissuration, notre choix s'est porté sur un modèle d'endommagement élastique isotrope, basé sur le modèle de Mazars (1984).En effet, c'est un modèle « simple » (toutes les équations locales sont analytiques) et robuste. Il permet de prédire correctement la fissuration en mode I (qui se produit lors du séchage). Des simulations numériques aux éléments finis montrent que ce modèle donne des résultats similaires à un modèle élastoplastique endommageable orthotrope sur des éprouvettes et des poutres en flexion soumises à un séchage ou à une élévation de température [de Sa 2007], [de Sa et al. 2008]. Les contraintes apparentes σ sont reliées aux déformations élastiques εe par le biais du tenseur de rigidité E0 et d'une variable d'endommagement scalaire D : ~ = E ⋅ (1 − D ) ⋅ ε σ = (1 − D ) ⋅ σ [48] 0 e Le critère d'endommagement s'écrit [Mazars 1984] : f = εˆ − κ 0 [49] Où κ0 est le seuil de déformation et εˆ est la déformation d'extension, définie par : εˆ = εe + : εe + [50] La variable d'endommagement D est reliée à la variable d'endommagement en compression Dc et en traction Dt [Mazars 1984] : D = (1 − α t )Dc + α t Dt [51] Où α t est relié aux déformations principales de traction et compression induites par les contraintes de traction et compression [Mazars 1984] : αt = ∑ Page 157 ε T _ ii (ε T _ ii + ε C _ ii ) ⋅ [H (ε T _ ii + ε C _ ii )] [52] εˆ 2 i ù H est la fonction de Heaviside. Les variables d'endommagement en compression Dc et de traction Dt sont reliées à la déformation équivalente d'extension εˆ : [( ) ( ) κ Dx = 1 − 0 1 + A exp − B εˆ − Ax exp(− 2 B x εˆ )] x x εˆ [53] Où Ax et Bx (x = c pour la compression et x = t pour la traction) sont des paramètres matériaux constants identifiés sur la branche non linéaire de la courbe contrainte-déformation. Le comportement adoucissant induit une dépendance au maillage et une rupture sans dissipation d'énergie si le maillage devient suffisamment fin, lors de la localisation des déformations [Pijaudier-Cabot et al. 1987]. Tableau 29 : Valeur des paramètres matériaux du modèle mécanique en traction et compression. At 1 Bt 17.10 Ac 3 1,5 Bc 1300 κ0 E [GPa] ft [GPa] 31,3 3,29 -4 1,05.10 La Figure 152 présente la courbe contrainte-déformation en traction. 3,5 100 200 300 400 500 Déformation [*106] Figure 152 : Courbe contrainte-déformation en traction. 2.3 Modélisation du retrait de dessiccation Afin d'identifier correctement les déformations de fluage de dessiccation et de prédire la micro-fissuration induite par le séchage, il est nécessaire de prédire les déformations de retrait de dessiccation de manière précise. L'analyse bibliographique a mis en évidence qu'il existe plusieurs modèles. Par conséquent, afin de simuler les déformations de retrait de dessiccation, nous avons choisi de comparer quatre modèles issus de la littérature, qui nous paraissent les plus pertinents. La déformation de retrait de dessiccation εrd s'écrit : 1 − 2ν [55] - [Schrefler] : ε rd = bS S l × pc E 1 − 2ν [56] - [Coussy] : dε rd = bC S l × dpc E - [Granger] : dε rd = K S × dS l [57] - [Bažant] : dε rd = K h × dh [58] où bS et bC sont les coefficients de Biot associés à la phase liquide. Ils sont théoriquement compris entre la porosité φ et 1. Sl, pc et h sont le degré de saturation, la pression capillaire et l'humidité relative. E et ν sont le module d'Young et le coefficient de Poisson, respectivement. KS et Kh sont 2 constantes de proportionnalité. Les coefficients bS, bC, KS et Kh sont à identifier à partir de l'évolution de la déformation de retrait de dessiccation. L'approche dénommée [Schrefler] est basée sur le modèle développé par [Gawin et al. 2007], de même l'approche [Granger] développée par Granger [Granger 1996] se base sur celle de Carlson [Carlson 1937]. Le modèle proposé par Coussy a été repris par BaroghelBouny [Baroghel-Bouny 1999]. L'approche Bažant a été développée dans [Bažant et Chern 1985]. Il est à noter que nous n'avons pas pris en compte les déformations de fluage sous l'action de la pression capillaire [Benboudjema, 2002], étant donné la courte durée des essais. En effet, la prise en compte des déformations de fluage permet de reproduire la zone asymptotique de la courbe retrait – perte en masse. Déformation de retrait de dessiccation [normée] 1 Schrefler Coussy Bažant Granger 0,2 0,4 0,6 0,8 1 Humidité relative Figure 153 : Evolution des déformations de retrait de dessiccation suivant les 4 modèles utilisés. (HR variant de 0 à 100 %). Sur la Figure 153, les quatre approches sont comparées pour une humidité relative variant de 0 à 100% (de façon homogène). On voit que sous ces conditions, les réponses des 4 modèles sont assez éloignées les unes des autres. Cependant, si on réduit la gamme d'humidité relative entre 50 et 100 %, les écarts entre les différents modèles se réduisent fortement (Figure 154). Déformation de retrait de dessiccation [normée] 1 Schrefler Coussy Bažant Granger Humidité relative 0 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1 Figure 154 : présentation des différentes approches pour la simulation numérique du retrait de dessiccation. (HR variant de 50 à 100 %). Par la suite, nous avons identifié chacun des paramètres matériaux bS, bC, KS et Kh à partir des résultats expérimentaux de chaque campagne. 2.3.1 Simulation des essais de retrait de dessiccation (séchage sans convection) Etant donné que la cinétique de séchage influence la cinétique et le gradient de déformation de retrait de dessiccation (et donc la microfissuration induite), nous avons effectué des simulations numériques avec et sans prise en compte de la convection. De plus le Etude du fluage des bétons en traction. Application aux enceintes de confinement des centrales nucléaires à eau sous pression. fluage propre et le fluage de dessiccation ne seront pas pris en compte dans ce chapitre (les résultats avec fluage seront présentés par la suite). En effet, il n'est pas possible d'identifier séparément les paramètres de retrait de dessiccation et de fluage de dessiccation. Les premiers calculs ont été effectués en élasticité et sans prise en compte du fluage. Le Tableau 30 présente les paramètres utilisés pour chaque approche présentée ci-dessus, lors des simulations numériques. Les courbes obtenues sont présentées sur la Figure 155 et la Figure 156. Tableau 30 : coefficient des différentes approches considérées. Schrefler Coussy Granger Bažant Elastique Elastique Elastique Elastique bs bc Ks Kh 0,18 0,135 8.10-4 4.10-4 Déformations de Retrait de -1 dessiccation [μm.m ] 60 20°C, 50 % HR [LCPC] Schrefler_élastique Bazant_élastique Granger_élastique Coussy_élastique 50 40 30 20 10 Perte en masse [%] 0 0 0,1 0,2 0,3 0,4 -10 Figure 155: Simulation des déformations de retrait de dessiccation en fonction de la perte en masse. Comme on peut le voir sur la Figure 155 et la Figure 156, aucune des approches n'est satisfaisante dans ces conditions. En effet, l'allure de la courbe expérimentale, pour des valeurs faibles de perte en masse (phase dormante [Granger 1996] cf. § 1.4.2.1), n'est pas correctement reproduite par les simulations numériques. Etant donné que le modèle est élastique, la microfissuration (qui s'oppose aux déformations de retrait de dessiccation) ne peut pas être reproduite. Déformations de Retrait -1 de dessiccation [μm.m ] 80 20°C, 50 % HR [LCPC] Schrefler_élastique Bazant_élastique Granger_élastique Coussy_élastique Temps [jours] 0 -10 0 1 2 3 4 Figure 156 : Simulation de l'évolution des déformations de retrait de dessiccation en fonction du temps. La Figure 157 présente les isovaleurs d'endommagement obtenues à partir des simulations numériques à 4 jours. On remarque l'apparition d'endommagement en peau (dû au retrait de dessiccation différentiel). De plus, l'endommagement est « localisé » sur une faible largeur et les valeurs sont très faibles. Par conséquent, les valeurs de retrait de dessiccation ne seront que très peu influencées par l'endommagement, comme nous pouvons le voir sur la Figure 158. De précédentes simulations numériques, sur ce béton B11, mettaient en évidence une zone dormante liée à la micro-fissuration en surface ([Granger 1996], [Benboudjema 2002], [de Sa 2007]). De plus, la taille de la zone endommagée a été trouvé plus importante. La différence de résultats est due à plusieurs facteurs. Nous nous sommes limités dans cette étude à 4 jours de séchage. Les simulations numériques aux éléments finis [Benboudjema 2002] montrent que la microfissuration liée au gradient hydrique ne se stabilise qu'après plusieurs mois. De plus, les simulations numériques précédentes ([Granger 1996], [Benboudjema 2002], [de Sa 2007], [de Sa et al. 2008]) utilisaient l'isotherme de désorption mesurée par Philajavaara [Philajavaara 1982], alors que nos simulations numériques utilisent celles que nous avons mesurées expérimentalement. En effet, la taille de l'éprouvette est plus faible, par conséquent le gradient hydrique est m élevé ce qui induit une microfissuration plus faible. 0,20 0,40 0,60 0,80 1 Figure 157 : Isovaleurs d'endommagement issues du calcul aux éléments finis CAST3M (approche [Coussy]). Déformations de Retrait de -1 dessiccation [μm.m ] 60 20°C, 50 % HR [LCPC] 50 Coussy_élastique Coussy_Mazars 40 30 20 10 0 0 0,1 0,2 0,3 0,4 -10 Figure 158 : Comparaison d'un calcul avec et sans prise en compte de l'endommagement pour une même approche [Coussy]. Ces résultats seront comparés par la suite à ceux obtenus en tenant compte de la convection. 2.3.2 Simulation des essais de retrait de dessiccation (séchage avec convection sans prise en compte du fluage) Plusieurs simulations numériques ont été effectuées, pour les différents essais expérimentaux réalisés : - les essais [LCPC] à 20°C et 50% HR sur éprouvette creuses (13x50 cm) - les essais [LMT] à 19°C et 42% HR sur éprouvette pleines (11x22 cm) - les essais [LCPC 2008] à 20°C et 50% HR sur éprouvette pleines (13x50 cm) - les essais avec préséchage à 40°C et 80% HR sur éprouvette creuses (13x50 cm) - les essais à 20°C et 50% HR après préséchage sur éprouvette pleine (13x50 cm) Les simulations numériques ont été effectuées en tenant compte de la convection hydrique lors du séchage, mais sans prise en compte des déformations de fluage. 2.3.2.1 Simulation des essais de retrait de dessiccation LCPC (20°C et 50% HR) Des simulations numériques ont été effectuées afin d'identifier les paramètres matériaux de retrait de dessiccation sur les essais expérimentaux [LCPC] (20°C et 50 % HR). La Figure 159 présente la déformée obtenue après 4 jours de séchage. Le maillage représente 1⁄4 de l'éprouvette pour des raisons de symétrie et les simulations numériques sont effectuées en condition axisymétrique (comme dans le cas du chage). Le trou central est donc situé à gauche de la figure (ce qui explique la libre déformation de l'éprouvette sur ce côté). Figure 159 : Déformée sous Cast3M (amplification d'un facteur égal à 8,19.103). Le Tableau 31 présente les coefficients bs, bc, Ks et Kh identifiés pour chaque approche sur la courbe expérimentale (loi de comportement élastique). 164 Tableau 31 : Paramètres matériaux identifiés pour les différentes approches considérées (LCPC). Schrefler Coussy Granger Bažant Elastique Elastique Elastique Elastique bs bc Ks Kh -4 0,18 0,135 8.10 4.10-4 La Figure 160 et la Figure 161 présent ent les courbes obtenues (en fonction de la perte en masse et en fonction du temps, respectivement). Dé formations de Retrait de -1 dessiccation [ μ m.m ] 70 20°C, 50 % HR [LCPC] Schrefler_élastique Coussy_élastique Bazant_élastique Granger_é lastique 0 -10 0 0,1 0,2 0,3 0,4 Figure 160 : Modélisation des déformations de retrait de dessiccation en fonction de la perte en masse (Avec convection). On remarque sur la Figure 160 que le modèle de [Granger] est celui qui permet de mieux reproduire la courbe expérimentale. Déformations de Retrait -1 de Dessiccation [μm.m ] 80 20°C, 50 % HR [LCPC] Schrefler_élastique Coussy_élastique Bazant_élastique Granger_élastique Temps [jours] 0 -10 0 1 2 3 4 Figure 161 : Modélisation des déformations de retrait de dessiccation en fonction du temps. (Avec convection). Nous avons alors effectué une simulation numérique en tenant compte cette fois-ci de l'endommagement pour l'approche de [Granger]. La Figure 162 présente les isovaleurs d'endommagement, la Figure 163 et la Figure 164 présentent la comparaison entre la simulation en élasticité et avec le modèle d'endommagement proposé dans le [§ 2.2] pour la même valeur de coefficient K s . 0 0,20 0,40 0,60 0,80 1 Figure 162 : Isovaleurs d'endommagement avec l'approche [Granger] Déformations de Retrait de -1 dessiccation [μm.m ] 60 Page 166 20°C, 50 % HR [LCPC] Granger_élastique Granger_Mazars 50 40 30 20 10 Perte en masse [%] 0 0 0,1 0,2 0,3 0,4 -10 Figure 163 : Modélisation des déformations de retrait de dessiccation en fonction de la perte en masse en tenant compte de la convection avec endommagement. Déformations de Retrait de -1 Dessiccation [μm.m ] 60 20°C, 50 % HR [LCPC] Granger_élastique Granger_Mazars 50 40 30 20 10 Temps [jours] 0 0 1 2 3 4 -10 Figure 164 : Modélisation des déformations de retrait de dessiccation en fonction du temps en tenant compte de la convection avec endommagement. Ces figures mettent en évidence les effets de l'endommagement sur le retrait de dessiccation (même valeur pour le coefficient Ks = 8.10-4). L'endommagement ne débute pas dès le début de l'essai (correspondant également au début du séchage) à cause du phénomène de convection qui permet d'éviter le « choc hydrique ». Par opposition aux calculs sans prise en compte de la convection, on observe une influence plus importante de l'endommagement sur les résultats . En effet, les gradients hydriques au sein de l'éprouvette (et donc de déformations de retrait de dessiccation) sont différents (l'augmentation de la valeur q accentue la non linéarité de la perméabilité relative, cf. Figure 141). Néanmoins, il est nécessaire de rappeler que les déformations de fluage ne sont, pour l'instant, pas prises en compte. Par conséquent, les auto-contraintes et la microfissuration sont surestimées. Ainsi, nous n'avons pas procédé à une ré-identification des paramètres matériaux en tenant compte de l'endommagement. Etude du fluage des bétons en traction. Application aux enceintes de confinement des centrales nucléaires à eau sous pression . 2.3.2.2 Simulation des essais de retrait de dessiccation LMT (19°C, 42 % HR) La Figure 165 et la Figure 166 montrent l'application du modèle de retrait de dessiccation sur les essais effectués au LMT (19°C, 42 % HR). Les coefficient bs, bc, Ks et Kh ont été à nouveau identifiés pour chaque approche à partir des courbes expérimentales. Les valeurs obtenues sont reportées dans le Tableau 32. Tableau 32 : Coefficient des différentes approches considérées (LMT). Schrefler Coussy Granger Bažant Elastique Elastique Elastique Elastique bs bc Ks Kh -4 0,37 0,35 14.10 9.10-4 Les valeurs de bs, bc, Ks et Kh déterminées pour chaque approche sont supérieures (d'un facteur 2 environ) à celles déterminées pour l'essai de retrait de dessiccation [LCPC]. Déformations de Retrait de dessiccation [μm.m-1] 140 120 100 80 19°C, 42 % HR [LMT] Schrefler_élastique Coussy_élastique Bazant_élastique Granger_élastique 60 40 20 0 0 0,1 0,2 0,3 0,4 Figure 165 : Modélisation des déformations de retrait de dessiccation en fonction de la perte en masse (avec convection) en élasticité. Déformations de Retrait -1 de Dessiccation [μm.m ] 250 200 150 19°C, 42 % HR [LMT] Schrefler_élastique Coussy_élastique Bazant_élastique Granger_élastique 100 50 1 2 3 4 Figure 166 : Modélisation des déformations de retrait de dessiccation en fonction du temps (avec convection) en élasticité. Déformations de Retrait de -1 dessiccation [μm.m ] Comme pour les essais LCPC, l'approche utilisée par Granger semble mieux réproduire la courbe expérimentale. C'est pourquoi nous avons effectué un calcul avec l'approche de Granger en tenant compte à nouveau de l'endommagement. (Figure 167 et Figure 168). 140 19°C, 42 % HR [LMT] Granger_élastique Granger_Mazars 0 0 0,1 0,2 0,3 0,4 Figure 167 : Modélisation des déformations de retrait de dessiccation en fonction de la perte en masse (avec convection) avec endommagement. Etude du fluage des bétons en traction. Application aux enceintes de confinement des centrales nucléaires à eau sous pression. Déformations de Retrait de -1 Dessiccation [μm.m ] RESULT ET Page 169 19°C, 42 % HR [LMT] Granger_élastique Granger_Mazars 200 150 100 50 1 2 3 4 Figure 168 : Modélisation des déformations de retrait de dessiccation en fonction du temps (avec convection) avec endommagement. De façon similaire aux simulations effectuées lors des essais [LCPC ], la cour be simulée avec prise en compte de l'endommagement s'éloigne de celle expérimentale. L'influence de l'endommagement est plus marquée. En effet, les déformations de retrait de dessiccation étant 2 fois plus importantes (valeurs intrinsèques cf. Tableau 31 et Tableau 32) et le rayon étant également plus important, les gradients de déformation de retrait de dessiccation sont également plus marqués, ce qui accentue la micro-fissuration en peau. 2.3.2.3 Simulation des essais de retrait de dessiccation LCPC 2008 (20°C, 50 % HR) La Figure 169 et la Figure 170 montrent l'application du modèle de retrait de dessiccation aux essais effectués au LCPC [LCPC 2008] dans le cadre du contrat de collaboration avec l'IRSN [Tailhan 2008]. Les coefficients bs, bc, Ks et Kh sont présentés dans le Tableau 33. Tableau 33 : Coefficient des différentes approches considérées [LCPC 2008]. Schrefler Coussy Granger Bažant Elastique Elastique Elastique Elastique bs bc Ks Kh -4 0,25 0,23 14.10 6.10-4 Déformations de Retrait de -1 dessiccation [μm.m ] 100 Page 170 20°C, 50 % HR [LCPC 2008] Schrefler_élastique Coussy_élastique Bazant_élastique Granger_élastique 80 60 40 20 0 0 0,1 0,2 0,3 0,4 Déformations de Retrait -1 de Dessiccation [μm.m ] Figure 169 : Modélisation des déformations de retrait de dessiccation en fonction de la perte en masse (avec convection) en élasticité. 100 80 60 20°C, 50 % HR [LCPC 2008] Schrefler_élastique Coussy_élastique Bazant_élastique Granger_élastique 40 20 1 2 3 4 Figure 170 : Modélisation des déformations de retrait de dessiccation en fonction du temps (avec convection) en élasticité. Pour cet essai, toutes les approches donnent des résultats assez similaires et relativement satisfaisants. 2.3.2.4 Simulation des essais de retrait de dessiccation (20°C, 50 % HR) avec préséchage (40°C, 80 % HR) Pour cet essai, l'identification de bs, bc, Ks et Kh s'est effectuée à partir de la courbe de retrait de dessiccation en fonction du temps. En effet, le suivi de perte en masse à 20°C et 50 % HR après préséchage a eu lieu sur une éprouvette de géométrie différente de celle où la déformation de retrait de dessiccation a été mesurée. Les valeurs des coefficients bs, bc, Ks et Kh déterminés pour chaque approche sont présentés au Tableau 34. Tableau 34 : Paramètres des différentes approches considérées (après préséchage). Schrefler Coussy Granger Bažant Elastique Elastique Elastique Elastique bs bc Ks Kh -4 0,336 0,28 8,4.10 7.10-4 La Figure 172 et la Figure 171 présentent les courbes simulées des différentes approches et la courbe expérimentale. La Figure 171 montre que le résultat obtenu pour chaque approche est cohérent et cale relativement bien la courbe expérimentale. Déformations de Retrait de -1 Dessiccation [μm.m ] 50 20°C, 50 % HR après préséchage Schrefler_élastique Coussy_élastique Bazant_élastique Granger_élastique 40 30 20 10 1 2 3 Figure 171 : Evolutions des déformations de retrait de dessiccation simulées et expérimentales en fonction du temps (avec convection, en élasticité). Etude du fluage des bétons en traction. Application aux enceintes de confinement des centrales nucléaires à eau sous pression. 4 PARTIE C : RESULTATS ET EMENTS _élastique ant_élastique Granger_élastique 30 20 10 0 0 0,05 0,1 0,15 0,2 0,25 Figure 172 : Evolution des déformations de retrait de dessiccation simulées en fonction de la perte en masse (avec convection, en élasticité). A nouveau, les valeurs des paramètres matériaux sont proches de celles obtenues sur les autres essais. 2.3.2.5 Bilan de l'identification des paramètres matériaux Le Tableau 35 est une synthèse de l'identification des coefficients bs, bc, Ks et Kh pour chaque essai effectué, et pour chaque approche. Tableau 35 : Bilan de l'identification des paramètres matériaux relatifs au retrait de dessiccation pour chaque essai (séchage avec prise en compte de la convection, loi de comportement élastique). LCPC (20°C et 50 % HR) LMT (19°C et 42 % HR) LCPC 2008 (20°C et 50 % HR) 20°C et 50 % HR après préséchage Valeur moyenne Ecart-type Schrefler Coussy Granger Bažant Elastique Elastique Elastique Elastique bs bc Ks Kh -3 0,18 0,135 0,8.10 4.10-4 0,37 0,35 1,4.10-3 9.10-4 0,25 0,23 1,4.10-3 6.10-4 0,336 0,28 0,84.10-3 7.10-4 0,284 0,249 1,11.10-3 6,5.10-4 0,085 0,09 0,33.10-3 2,08.10-4 Les simulations numériques mettent en évidence des écarts importants entre les valeurs des paramètres matériaux. Ces paramètres, quel que soit le modèle utilisé, varient du simple au double, ce qui se traduit directement par des déformations variant également du simple au double. Cette variabilité nous semble bien trop importante. De plus, il est à rappeler (cf. § 1.4.2.1) que la phase dormante au début de la courbe retrait de dessiccation/perte en masse, Etude du fluage des bétons en traction. Application aux enceintes de confinement des centrales nucléaires à eau sous pression. Déformations de Retrait de dessiccation [μm.m-1] n'a été observée que lors de la campagne [LCPC] (20°C et 50 % HR, éprouvette creuse de diamètre 13 cm), alors que les éprouvettes de la campagne [LCPC 2008] (20°C et 50 % HR) ont le même diamètre extérieur (et donc le gradient hydrique est plus important). Les difficultés expérimentales soulignées dans la partie « enseignement » sont peut-être à l'origine de ces différences. Aucune simulation numérique ne permet de reproduire la zone dormante. Les raisons ont été données plus haut [cf. § 2.3.1]. Le coefficient bc associé à l'approche [Coussy] doit d'être théoriquement compris entre la valeur de la ité (13,8 %) et 1 [Courtois et al. 2006]. Nos résultats sont donc théoriquement admissibles. Il est à noter que les valeurs que nous avons obtenues sont inférieures à celle trouvée (0,58) par Courtois et al. [Courtois et al. 2006] pour le même matériau (B11). Néanmoins, ces auteurs font le constat que la valeur, qu'ils ont obtenue, semble assez élevée pour un matériau comme le béton : la valeur de bc serait plutôt assez proche de la valeur de la porosité (ce que nous avons globalement trouvé dans nos simulations). Il est à noter que Courtois et al. [Courtois et al. 2006] ont identifié leurs paramètres matériaux à partir des résultats expérimentaux de Granger [Granger 1996]. Etude du fluage des bétons en traction. Application aux enceintes de confinement des centrales nucléaires à eau sous pression. Déformations de Retrait de Dessiccation [μm.m-1] PARTI : RESULTATS ET 210 20°C, 50 % HR [LCPC] 180 Granger_élastique [LCPC] 150 19°C, 42 % HR [LMT] 120 Granger_élastique [LMT] 20°C, 50 % HR [LCPC 2008] 90 Granger_élastique [LCPC 2008] 60 20°C, 50 % HR après préséchage 30 Temps [jours] 0 0 1 2 3 Granger_élastique [après préséchage] 4 Figure 174 : Evolution des déformations de retrait de dessiccation simulées en fonction de la perte en masse pour le modèle utilisé par [Granger] (avec convection, en élasticité). 2.3.3 Conclusion Dans cette partie, nous avons identifié, pour chaque modèle [Schrefler], [Coussy], [Granger] et [Bažant] les paramètres bs, bc, Ks et Kh permettant de reproduire au mieux la courbe expérimentale, et ce, pour les quatre types d'essais réalisés dans des conditions et sur des géométries différentes. La zone dormante observée sur les essais LCPC n'a pas été reproduite lors des simulations numériques. La raison la plus probable est liée à la courte durée des essais (4 jours). Ceci explique que les modèles utilisés ont permis de reproduire correctement sur toute la durée des essais les résultats expérimentaux des campagnes [LMT] et [LCPC 2008], avec néanmoins des jeux de paramètres différents. Parmi les quatre modèles utilisés, celui proposé par [Granger] nous a semblé donner les meilleurs résultats. Par conséquent, c'est celui que nous avons conservé par la suite pour les simulations numériques de fluage de dessiccation. Il est à rappeler les simulations numériques ont été effectuées sans prendre en compte les déformations de fluage. Les résultats des simulations numériques du retrait de dessiccation avec prise en compte des effets du fluage seront présentés dans le chapitre [§ 2.5.2.2]. 2.4 Modélisation des déformations de fluage propre 2.4.1 Description du modèle utilisé Les déformations de fluage en traction sont assez mal connues, que ce soit du point de vue des mécanismes physico-chimiques en jeu ou de sa cinétique et son amplitude, par rapport aux déformations de fluage en compression. Nos essais ont montré que l'amplitude de la déformation de fluage propre en traction est très différente de celle en compression. Cette différence ne peut pas s'expliquer par un effet d'échelle, puisque les éprouvettes sont protégées de la dessiccation (les états de contraintes et de déformations sont homogènes à l'échelle macroscopique). Par conséquent, les modèles proposés dans la littérature ne peuvent pas être utilisés. Il est à noter que le modèle proposé par Benboudjema [2002] permet de retrouver un comportement différent en compression et en traction (via la partie positive présente dans la partie sphérique). Néanmoins, la différence, dans un essai uniaxial, n'est pas significative. Par conséquent, nous proposons dans ce travail une autre approche, qui peut être adaptée à la plupart des modèles de fluage propre utilisés dans la littérature. Le fluage propre est modélisé à l'aide de plusieurs chaînes de Kelvin-Voigt placées en série. Un amortisseur est placé en série afin de retrouver une déformation partiellement réversible lors de la recouvrance (Figure 175). ηfp1 ηfpn σ kfp1 ηfpn+1 σ kfpn Figure 175 : Modèle de fluage propre. Dans le cas de contraintes 1D, en considérant une chaîne de Kelvin-Voigt i et si on ne distingue pas le cas des contraintes de traction ou de compression, le modèle de fluage avec une chaîne de Kelvin-Voigt s'écrit : η ifp ε& ifp (t ) + k ifp ε ifp (t ) = σ~ [59] Où ε ifp est la déformation du fluage propre au temps t, σ~ est la contrainte effective (cf. équation 48), k ifp est la rigidité et η ifp est la viscosité associée à la chaîne de Kelvin-Voigt i. La prise en compte de la contrainte effective (et non la contrainte apparente) dans l'équation précédente indique seul le matériau non fissuré subit des déformations de fluage. Ce type d'approche n'est pas suffisant pour tenir compte du couplage fluage/fissuration. Ce point sera abordé par la suite [cf. § 2.6.1]. Le temps caractéristique τ ifp associé à la chaîne de Kelvin-Voigt i est défini par : τ ifp = η ifp k ifp [60] La déformation de fluage propre dans l'amortisseur s'écrit : η nfp+1ε& nfp+1 (t ) = σ~ [61] La déformation de fluage propre est obtenue en sommant les déformations élémentaires : ε fp (t ) = i = n +1 ∑ε (t ) i =1 i fp [62] Pour distinguer le fluage spécifique associé à des contraintes de compression et de traction, nous proposons la relation suivante où on introduit un paramètre ψ pour pondérer la part de fluage en traction : − η ifpε& ifp (t ) + k ifpε p (t ) = σ~ + ψ σ~ + et η nfp+1ε& nfp+1 (t ) = σ~ − + ψ σ~ + [63] Ce modèle suppose que la cinétique de déformation est la même en compression et en traction. Si l'amplitude de fluage propre en traction est plus faible que celle en compression, on a alors ψ < 1. 2.4.2 Identification des paramètres matériaux L'identification des paramètres de fluage propre est basée sur la minimisation entre les déformations expérimentales ε exp fpj (j représente le numéro de l'essai) et la déformation ε fp calculée à l'aide de la formule [63], en se basant sur la méthode des moindres carrées. Cette méthode permet de trouver un jeu de paramètres qui s'approche de la courbe expérimentale, quel que soit le pas de temps considéré. On propose d'ajouter une fonction poids qui pondère l'erreur e, de telle façon que l'erreur soit minime pour des temps élevés. Deux types d'identification ont été effectués en tenant compte dans le calcul de l'erreur de : - soit la moyenne des courbes expérimentales (erreur e1) ; - soit la prise en compte de chaque courbe expérimentale (erreur e2). Ces calculs correspondent aux expressions suivantes : e 1 = e2 = i = nombre points expé ∑ (ε exp_ moy fp (ti ) − ε fp (ti ))2 × ti i =1 i = nombre points expé j = nombre d'essais ∑ i =1 ∑ j =1 [66] (ε (t ) − ε (t )) × t exp fpj 2 i fp i i [67] où t est le temps. Les erreurs e1 et e2 sont minimisées à l'aide du solveur Excel (méthode de Newton). 2.4.3 Conditions aux limites La Figure 176 reporte la géométrie et les conditions aux limites des éprouvettes en traction [LCPC] et en compression [LMT]. 13 cm E prouvette [L C P C ] H = 22 cm H = 50 cm 11 cm E prouvette [L MT ] Figure 176 : Géométrie et conditions aux limites des éprouvettes testées au LCPC et au LMT. Flu Prop re . 2.4.4 Simulation du fluage propre en traction Les paramètres matériaux de fluage propre en traction sont tout d'abord identifiés séparément de ceux en compression. L'objectif est de vérifier la pertinence du modèle proposé pour caractériser simultanément les déformations de fluage propre en traction et en compression. La Figure 177 et la Figure 178 présentent deux résultats différents de la simulation numérique du fluage propre en traction. Pour chacun de ces calculs, 3 chaînes de Kelvin-Voigt et un amortisseur en séries ont été utilisées ( τ 1fp = 0,1 jours, τ 2fp = 1 jours, τ 3fp = 10 jours). Sur la Figure 177, nous avons reporté l'évolution du fluage propre spécifique simulé après minimisation de l'erreur en se basant sur la courbe moyenne expérimentale (Equation 66). Cette courbe est comparée à la moyenne expérimentale. Fluage propre spécifique [μm.m-1.MPa-1] 7 Simulation Traction [LCPC] 6 5 4 3 2 1 Temps [jours] 0 0 1 2 3 4 Figure 177 : Simulation numérique avec minimisation de l'erreur entre la moyenne des courbes expérimentales et la courbe simulée. La Figure 178 présente la courbe simulée après minimisation de l'erreur en se basant sur chaque courbe expérimentale (Equation 67). Fluage propre spécifique [μm.m-1.MPa -1] 8 Simulation 1,7MPa 1,4MPa 1 MPa 7 6 Page 179 2,4MPa 1,4MPa 1 MPa 5 4 3 2 1 Temps [jours] 0 0 1 2 3 4 Figure 178 : Simulation numérique avec minimisation de l'erreur entre chaque courbe expérimentale et la courbe simulée. Les deux résultats obtenus sont très similaires. La recouvrance est correctement reproduite. Le Tableau 36 présente les paramètres obtenus après minimisation de l'erreur. Tableau 36 : Valeurs des paramètres matériaux pour le fluage propre en traction. TRACTION k 1fp GPa Minimisation de e r/moyenne des courbes 641,15 Minimisation de e r/chaque courbe 776,69 k 2fp k 3fp η nfp+1 GPa 659 472 GPa 87,1 98,1 GPa.s 6.1010 2,44.1012 Les valeurs de viscosités η ifp sont obtenues en multipliant les valeurs de k ifp par les temps caractéristiques donnés précédemment. 2.4.5 Simulation du fluage propre en compression De même que pour la traction, les paramètres matériaux de fluage propre en compression sont tout d'abord identifiés séparément de ceux en traction. La Figure 179 et la Figure 180 présentent les deux calculs différents pour l'identification des paramètres matériaux de fluage propre. La Figure 179 est le résultat de la minimisation de l'erreur e1 (Equation 66) par rapport à la moyenne des courbes expérimentales, alors que la Figure 180 présente la courbe numérique déterminée à partir de la minimisation de l'erreur e2 (Equation 67) par rapport à chaque courbe expérimentale. 180 Deformations [μm/m/MPa] Simulation 4 Compression [LMT] 2 Temps [jours] 0 0 1 2 3 4 5 6 7 Figure 179 : Modélisation avec minimisation de l'erreur entre la oyenne des courbes de traction et la modélisation (COMPRESSION). Fluage propre spécifique [μm.m-1.MPa-1] 25 Simulation Moyenne Essai 1 Essai 2 Essai 3 20 15 10 5 1 2 3 4 5 6 Figure 180 : Modélisation avec minimisation de l'erreur entre chaque courbe expérimentale et la modélisation (COMPRESSION). Le Tableau 37 présente les valeurs des paramètres matériaux caractérisant le fluage propre en compression. Tableau 37 : paramètres calés pour le fluage propre en compression. k 1fp COMPRESSION k 2fp η nfp+1 k 3fp GPa GPa GPa Minimisation de e /moyenne des courbes 420,64 336 21,0 Minimisation de e r/chaque courbe 283,67 522,45 33,25 r GPa.s 2.109 3.108 2.4.6 Modélisation combinée du fluage propre en traction et en compression. Les paramètres matériaux caractérisant le fluage propre en traction et en compression sont identifiés à partir du calcul des déformations (équation 63). Le paramètre ψ est identifié de manière à avoir les mêmes valeurs de paramètres matériaux pour les chaînes de Kelvin-Voigt et de Maxwell en compression et en traction. Pour ψ = 0,436, on obtient les évolutions reportées sur la Figure 181 et la Figure 182. Le Tableau 38 présente les valeurs des paramètres matériaux identifiés. Nous avons choisi de minimiser l'erreur par rapport à chaque courbe expérimentale (Equation 67 ). Tableau 38 : paramètres calés pour le fluage propre en compression et en traction. k 1fp k 2fp k 3fp η nfp+1 GPa 755,83 GPa 460 GPa 298 GPa.s 1,5.108 ψ = 0,436 r Minimisation de e /chaque courbe Fluage propre spécifique [μm.m-1.MPa-1 ] 8 7 6 5 4 3 Simulation 2,4MPa 1,7MPa 1,4MPa 1,4MPa 1 MPa 1 MPa 2 1 Temps [jour ] 0 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 Figure 181 : Modélisation du fluage propre en traction pour ψ = 0,436. Etude du fluage des bétons en traction. Application aux enceintes de confinement des centrales nucléaires à eau sous pression. 4 PARTI C : RESULTATS ET EMENTS Page 182 Fluage propre spécifique [μm.m-1.MPa -1] 25 test 1 test 2 test 3 Simulation 20 15 10 5 1 2 3 4 5 6 Figure 182: Modélisation du fluage propre en compression pour ψ = 0,436. En traction, comme en compression, la courbe simulée est assez proche de celles expérimentales et celles issues des 2 minimisations indépendantes (cf. Figure 178 et Figure 180) lors du maintien de la charge. Par contre, la recouvrance est correctement reproduite uniquement en traction. Les simulations numériques surestiment les valeurs des déformations de fluage propre réversibles. Ce résultat était prévisible étant donné que nous avions mesuré des déformations de fluage propre réversibles (après décharge) plus importantes en traction qu'en compression. Le jeu de paramètre présenté dans le Tableau 38 a été utilisé par la suite lors des simulations numériques. 2.4.7 Conclusion La modélisation du fluage propre proposée permet de reproduire correctement les évolutions des déformations de fluage propre sous des contraintes de traction et de compression, en introduisant un paramètre matériau additionnel ψ. Ce choix suppose que la cinétique de déformation reste la même en compression et en traction. Nous avons obtenu après identification la valeur ψ = 0,436, que nous avons conservée par la suite. Cette approche s'avère pertinente dans les conditions de nos essais pendant la phase de chargement. Par contre, la différence de recouvrance en compression et en traction ne peut pas être reproduite avec cette approche. Ce résultat ne peut pas être étendu étant donné que nous avions souligné dans la partie [§ 1.5.3] que nos observations ne sont pas totalement en accord avec les (rares ) résultats disponibles dans la littérature. 2.5 Modélisation des déformations de fluage de dessiccation Les résultats expérimentaux ont montré une différence de fluage de dessiccation spécifique en compression et en traction, comme dans le cas du fluage propre. Néanmoins, contrairement au fluage propre, nous avions souligné dans la partie [§ 1.6] que le fluage de dessiccation étant fortement sensible à la dimension des éprouvettes et des conditions d'essais (humidité relative de l'ambiance), l'analyse que nous avions menée est forcément approximative. Une analyse correcte ne peut se faire que par des simulations numériques aux éléments finis. Par conséquent, nous avons supposé tout d'abord que le fluage de dessiccation intrinsèque en traction et en compression est identique. De plus, nous avons observé pendant la durée des essais une proportionnalité entre les déformations de fluage de dessiccation en compression et en traction et les déformations de retrait de dessiccation. Ainsi, nous avons choisi le modèle proposé par Bažant et Chern [Bažant et Chern 1985] pour la prédiction des déformations de fluage de dessiccation intrinsèque : ~ ε& fd = μ h& σ [68] où ε fd est la déformation de fluage de dessiccation et μ est un paramètre matériau. En effet, cette équation constitutive permet de retrouver la linéarité observée expérimentalement entre la déformation de fluage de dessiccation et le retrait de dessiccation, si on admet que le retrait est proportionnel à la variation d'humidité relative. Cependant, elle ne permet pas d'obtenir une réponse sensible à la vitesse de séchage, telle que cela a été obtenu expérimentalement par Day [Day et al. 1984]. 2.5.1 Conditions aux limites La Figure 176 reporte la géométrie et les conditions aux limites des éprouvettes. 13 cm E prouvette [L C P C ] H = 22 cm = 50 cm 11 cm E prou vette [L MT ] Figure 183 : Géométrie et conditions aux limites des éprouvettes testées au LCPC et au LMT. Fluage de dessiccation. Etude du fluage des bétons en traction. Application aux enceintes de confinement des centrales nucléaires à eau sous pression. : RESULTATS 2.5.2 Analyse des déformations de fluage de dessiccation Dans ce chapitre nous présentons les résultats des simulations numériques pour les 3 essais ([LCPC], [LMT] et [LCPC 2008]). Pour la modélisation du retrait de dessiccation, le modèle utilisé par [Granger] a été utilisé (les valeurs du paramètre Ks sont données dans le Tableau 35).
33,666
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12,890
Chapitre 5. Apport des mesures de champ sur l'identification de paramètres matériaux 5.4.2 Identification du paramètre β En résolvant le système linéaire précédent, un champ de température 1D théorique peut être calculé. En effectuant une minimisation au sens des moindres carrés entre ce signal 1D théorique et le signal 1D expérimental, 3 paramètres sont à identifier : le paramètre cx qui est attaché à la température moyenne de la zone utile, δ qui pilote l'intensité du terme source et β qui gère l'influence de la pré-déformation plastique 1D (le paramètre bx est nul puisque le profil d'élévation de température 1D est symétrique par rapport aux mors et ax est calculé via la linéarisation du système). Un schéma itératif est choisi et détaillé sur la figure 5.18. Figure 5.18: Diagramme itératif pour extraire les valeurs des paramètres du modèle de champ de source par une minimisation sur le signal de température. Avec cette méthode de résolution, une minimisation est réalisée pour chaque palier de chargement retenu. Ainsi, pour chacun des paliers, une valeur de β est identifiée (figure 5.19). Dans chaque cas, l'allure de la courbe de température expérimentale 1D est parfaitement décrite, que ce soit au niveau de l'allure moyenne (i.e., par une bonne description des conditions aux limites thermiques) ou des fluctuations locales. La figure 5.20 donne l'allure des termes sources calculés avec les paramètres du modèle identifiés lors de la minimisation. Dans tous les cas, l'allure de la courbe est identique : le terme source n'est pas maximal au centre de l'éprouvette (car la contrainte est maximale au centre de l'éprouvette ainsi que le niveau de pré-déformation plastique). La discontinuité observée au centre provient du fait que la pré-déformation plastique analytique introduite dans le modèle possède une singularité analytique, alors qu'en réalité, au niveau de plan de symétrie, le profil 190 5.4. Extraction de l'influence d'une pré-déformation plastique sur les propriétés en fatigue. Grade C f = 30 Hz, R = -1 r 315 MPa 12 -3 8 285 MPa 6 (x 10 W.m ) 305 MPa r 2.5 2 1D 10 6 Terme source 1D, St Elévation de température stabilisée, θ Grade C f = 30 Hz, R = -1 3 1D (K) est continu et continument dérivable. 260 MPa 4 240 MPa 2 Température calculée Température expérimentale 0 -20 -15 -10 -5 0 5 10 15 20 Abscisse, x (mm) 1.5 1 0.5 240 MPa 260 MPa 285 MPa 0 -20 -15 -10 -5 305 MPa 315 MPa 0 5 10 15 20 Abscisse, x (mm) Figure 5.19: Résultats de la minimisation sur les champs de tempé 1D pour les 5 paliers de chargement d'intérêt. Figure 5.20: Terme source analytique obtenu pour les 5 paliers de chargements d'intérêt. Finalement, les résultats de l'identification, spécifiquement la valeur du paramètre β qui pilote l'influence d'une pré-déformation plastique sur les propriétés en fatigue à grand nombre de cycles sont donnés dans le tableau 5.4. Les valeurs de β trouvées sont les mêmes pour chacun des paliers de chargement, avec une identification qui est robuste puisqu'une large gamme de pré-déformations plastiques est considérée. Cette valeur est en accord avec celle obtenue expérimentalement en utilisant une approche 0D à partir d'éprouvettes pré-déformées de manière homogène. Tableau 5.4: Résultats de l'identification 1D des valeurs de β pour les différents paliers de chargement. Comparatif avec l'approche homogène 0D. Σ0 (x = 0)(MP a) Valeur de β Approche 1D 240 260 285 305 315 1.32 1.34 1.34 1.29 1.32 de 6 à 17% Approche 0D 1 essai complet 1.33 2 niveaux mini ëEps ë 191 Chapitre 5. Apport des mesures de champ sur l'identification de paramètres matériaux Finalement, comme dans le cas de la mesure de champ cinématique, le traitement effectué s'est basé sur une approche 1D, issue de mesures de champ 2D. Pour confirmer la validité de cette approche, les différents champs de mesure thermique 2D sont donnés sur la figure 5.21 (issus du palier à 315 MPa au centre de l'éprouvette). Les cartes 5.21a et 5.21b permettent de comparer les champs de température expérimentaux et calculés. La carte 5.21c donne l'erreur relative entre ces deux champs définie par 2D 2D θexp (x, y) − θ cal (x), (5.24) Errorθ = 2D θexp (x, y) et finalement la carte 5.21d donne le terme source 2D. Ces figures mettent en évidence la très bonne corrélation entre les résultats expérimentaux et numériques, l'erreur commise étant inférieure à 3%. De plus, cette erreur est homogène dans la zone d'intérêt. Ces résultats permettent également de valider l'approche 1D pour notre problème et de constater que le terme source proposé permet de reconstruire un signal de température théorique qui peut décrire la réponse expérimentale obtenue. Température expérimentale, θ 2D exp a (K) Température calculée, θ 2D calc b (K) Temperature error, Εrror (%) θ c Terme source, S 2D t 6 -3 (.10 W.m ) d Figure 5.21: Champs 2D thermiques obtenus pour le palier à 315 MPa au centre de l'éprouvette ; a) champ de température expérimental ; b) champ de température calculé ; c) erreur sur la température ; d) terme source. 5.4.3 Pertinence du terme source proposé Nous cherchons maintenant à confirmer la pertinence du terme source proposé. Pour cela, nous fixons dans le modèle la valeur de β à zéro et cherchons à reproduire le signal de température expérimental en identifiant les autres paramètres. Ceci revient à considérer qu'il n'y a aucune influence de la pré-déformation plastique sur l'évolution des propriétés à l'auto-échauffement, et donc pas d'influence sur les propriétés à la fatigue. 192 Grade C f = 30 Hz, R = -1 12 r Elévation de température stabilisée, θ 1D (K) 5.4. Extraction de l'influence d'une pré-déformation plastique sur les propriétés en fatigue. 315 MPa; β = 0 11 10 9 8 7 Température calculée Température expérimentale 6 -20 -15 -10 -5 0 5 10 15 20 Abscisse, x (mm) Figure 5.22: Minimisation avec β = 0 entre les champs de température pour le palier à 315 MPa au centre de l'éprouvette. Il n' a donc que deux paramètres du modèle à identifier, cx donnant l'allure moyenne de la courbe de température et δ qui correspond à l'intensité du terme source. Toujours sur le palier où la sollicitation maximale est de 315 MPa au centre de l'éprouvette, les résultats de la minimisation entre les deux signaux de température sont donnés sur la figure 5.22. Le signal théorique n'est pas capable de décrire correctement à la fois l'allure globale et les fluctuations locales : le signal de température n'est décrit correctement ni au centre de l'éprouvette, ni aux conditions aux limites. Température expérimentale, θ 2D exp a (K) Température calculée, θ 2D calc b (K) Erreur relative, c Εrror (%) θ Terme source, S 2D t 6 -3 (.10 W.m ) d Figure 5.23: Champs 2D thermiques en fixant β = 0 obtenus pour le palier à 315 MPa au centre de l'éprouvette ; a) champ de température expérimental ; b) champ de température calculé ; c) erreur sur la température ; d) terme source. Ce résultat se confirme en observant les cartes 2D de champs thermique pour β 193 Chapitre 5. Apport des mesures de champ sur l'identification de paramètres matériaux fixé à 0. Si le comparatif des cartes de température de la figure 5.23a et 5.23b ne montre pas d'erreur évidente entre les deux champs calculé et expérimental, la carte d'erreur est plus démonstrative (figure 5.23c). L'erreur relative n'est pas beaucoup plus élevée en moyenne que dans le cas où le paramètre β est laissé libre. En revanche, l'erreur obtenue est très fortement hétérogène et prouve que le m adopté n'est pas capable de décrire le signal de température. Le terme source doit dépendre de la pré-déformation plastique. 5.5 Conclusions et perspectives à cette étude Dans ce chapitre, très peu d'essais mécaniques ont été réalisés en comparaison avec les autres chapitres. En effet, nous ne considérons ici qu'une seule éprouvette, un essai de traction uniaxiale et un essai d'auto-échauffement sous sollicitation cyclique. A l'aide de moyens de mesure de champ et d'outils d'analyse pertinents, une quantité très importante d'informations est extraite. A partir d'une seule éprouvette, il est possible de déterminer l'influence d'une pré-déformation plastique sur les propriétés en fatigue à grand nombre de cycles sur une large gamme de pré-déformations plastiques. Plusieurs éléments clés interviennent dans cette étude. Le premier consiste à développer une géométrie d'éprouvette basée sur l'écrouissage du matériau, avec pour objectif d'obtenir, après traction uniaxiale, une évolution linéaire de la prédéformation plastique au sein de la zone utile de l'éprouvette. Ensuite, par corrélation d'images, la valeur du gradient expérimental de pré-déformation plastique, obtenu à l'issue de l'essai de traction est identifié à partir du champ de déplacement 1D. Puis un essai d'auto-échauffement est réalisé sur l'éprouvette pré-déformée en utilisant une caméra infrarouge afin d'obtenir des mesures de champ thermique. Enfin, en résolvant l'équation de la chaleur 1D avec la stratégie développée, les paramètres du modèle probabiliste à deux échelles sont identifiés à partir du champ de température. Le comparatif avec des résultats obtenus dans des situations homogènes permet de valider l'approche mise en place. Pour résumer, une quantité importante d'informations, issues de l'expérience acquise des essa d'auto-échauffement, de la mesure de champ et de l'utilisation d'un modèle probabiliste à deux échelles, sont introduites en amont des essais pour se placer dans une configuration maîtrisée que nous sommes capables de résoudre avec les outils mis en place. Cette étude a été publiée dans la revue Experimental Mechanics [Munier et al., 2011]. La première perspective à cette étude consiste à développer cette approche sur d'autres grades. La seule chose à modifier concerne la géométrie de l'éprouvette qui doit être conçue en fonction de l'écrouissage du grade d'intérêt. Suivant le comportement plastique du grade, rien ne garantit qu'une évolution linéaire de la prédéformation plastique soit adaptée. La question se pose d'étudier d'autres types d'hétérogénéités. De la même manière, il peut être intéressant de chercher à capter HAPITRE 6 Influence de chemins de déformations plus complexes sur l'évolution des propriétés à la fatigue Dans ce chapitre, nous cherchons, par l'intermédiaire du modèle, à rendre compte de l'influence de pré-déformations plastiques plus complexes qu'une traction uniaxiale sur l'évolution des propriétés en fatigue. Nous nous attaquons à des questions qui ne pourraient être abordées que très difficilement sans la démarche mise en place basée sur les mesures d'auto-échauffement sous sollicitation cyclique. Dans le quatrième chapitre, l'influence d'une pré-déformation plastique uniaxiale sur l'évolution des propriétés en fatigue à grand nombre de cycles a été mise en avant à partir de mesures d'auto-échauffement sous sollicitations cycliques. La démarche adoptée consistait à observer dans un premier temps les évolutions qualitatives des deux régimes d'auto-échauffement, ce qui permet d'introduire une dépendance à la pré-déformation plastique pour certains paramètres du modèle à deux échelles. Les résultats de l'identification ont ensuite démontré la capacité du modèle à décrire les courbes d'auto-échauffement obtenues après pré-déformation plastique en traction uniaxiale. Finalement la validation a été réalisée par comparaison avec des résultats de fatigue standards. Nous souhaitons dans ce chapitre appliquer la même démarche pour d'autres chemins de pré-déformation plastique plus complexes. Concernant la mise en forme de pièces réelles, les chemins de déformations sont la plupart du temps complexes et multiaxiaux. Une connaissance de l'évolution des propriétés en fatigue en fonction d'une pré-déformation plastique en traction uniaxiale peut ne pas être suffisante pour rendre compte des évolutions réelles. En effet, la question se pose de savoir si l'évolution des propriétés en fatigue est la même suivant le chemin de pré-déformation appliqué, en utilisant un scalaire comme la déformation plastique équivalente. Nous souhaitons mettre à profit l'utilisation des essais d'auto-échauffement pour caractériser ces évolutions sur deux chemins de pré-déformation plus complexes que la traction uniaxiale : la traction plane et le cisaillement. Chapitre 6. Influence de chemins de déformations plus complexes sur l'évolution des propriétés à la fatigue La finalité de ce chapitre consiste à mettre en évidence le chemin qu'il reste à parcourir avant d'être capable de prendre en compte toutes les évolutions des propriétés en fatigue en fonction de la pré-déformation plastique appliquée, que ce soit le niveau ou le mode de pré-déformation ou encore la direction de sollicitation pour le dimensionnement de composants. Néanmoins, si beaucoup d'éléments doivent entrer en considération dans une politique de dimensionnement en fatigue au plus juste des composants, entre autres automobiles, nous souhaitons démontrer que les outils mis en place, à partir de mesures d'auto-échauffement, sont suffisants, adaptés et pertinents pour déterminer l'évolution des propriétés en fatigue après une pré-déformation plastique quelconque. Avant d'aborder l'influence de chemins de pré-déformations différents de la traction uniaxiale, une première étape consiste à s'intéresser à l'anisotropie initiale des grades. En effet, il est nécessaire de garder à l'esprit que les aciers plats étudiés sont des aciers laminés, ce qui peut provoquer en l'occurrence une légère anisotropie initiale, que le grade soit laminé à chaud ou à froid. Suivant le mode de pré-déformation et la direction de sollicitation, l'évolution des propriétés en fatigue peut varier. Dans un second temps, il est question de pré-déformation en traction plane, puis le cas d'une déformation en cisaillement est abordé. Finalement, un bilan est réalisé sur les quatre grades principaux de l'étude. 6.1 Étude de l'anisotropie initiale Les tôles en acier sont obtenues par laminage à chaud ou à froid. Cette opération induit en surface des contraintes résiduelles et/ou une faible déformation plastique, suivant l'application d'un skin-pass 1 en sortie de laminoir. Les aciers ne sont testés en fatigue que pour la direction transverse au sens du laminage. Cependant, une légère anisotropie existe et peut influencer les résultats de fatigue. Avant de s'intéresser à l'influence de directions de prélèvement différentes issues d'essais de pré-déformation en traction plane et en cisaillement, il est nécessaire de chercher à mettre en évidence cette anisotropie. Elle est plus ou moins marquée suivant les grades, leur microstructure, Pour étudier l'anisotropie initiale, des éprouvettes sont prélevées au sein des tôles suivant différentes directions par rapport à la direction de laminage (figure 6.1). Des essais de traction sont classiquement réalisés suivant les directions SL, ST et à 45°. Nous ne cherchons pas ici à déterminer de lien entre le mode de laminage à chaud ou à froid, ou la microstruture et l'anisotropie, mais seulement à mettre en évidence cette anisotropie initiale pour certains grades à partir d'essais d'auto-échauffement. 1. Un skin-pass est la dernière étape du laminage d'une tôle qui consiste à écrouir le matériau très légèrement pour en améliorer l'état de surface 6.1. Étude de l'anisotropie initiale Figure 6.1: Prélèvement d'éprouvettes d'auto-échauffement suivant différentes directions pour étudier l'anisotropie initiale. 6.1.1 Grades isotropes ou quasi-isotropes Pour les aciers dual phase par exemple, leurs caractéristiques mécaniques var peu selon la direction de sollicitation. Le tableau 6.1 donne les caractéristiques mécaniques du grade E (DP450 laminé à froid) suivant trois directions. L'anisotropie y est très faible permettant de le considérer comme isotrope. Tableau 6.1: Caractéristiques mécaniques du grade E suivant trois directions de prélèvement. Direction Rp0.2 (MPa) Rm (MPa) Ag (%) A% (%) SL 45° ST 288 297 285 463 478 469 19.5 17.8 18.5 32.1 28.6 30.5 En auto-échauffement maintenant, les courbes réalisées dans ces trois directions sont données sur la figure 6.2. Les courbes possèdent une allure similaire, avec toutefois un léger décalage de l'augmentation progressive de la température, la courbe la plus à droite étant celle orientée dans le sens travers (ST) au laminage. Pour mettre en avant les modifications apportées aux deux régimes d'auto-échauffement suivant la direction de sollicitation, la représentation logarithmique est toujours la plus intéressante (figure 6.3). Le régime primaire est identique (le décalage observé étant inférieur à 0.1 K soit la précision du thermocouple) et l'intensité du régime secondaire évolue légèrement, sans que la pente ne soit toutefois modifiée. Un autre exemple de grade quasi-isotrope est le grade C (DP600 laminé à chaud), lui aussi un acier dual phase. Ses courbes de traction dans les trois directions, ST, SL et à 45° sont données sur la figure 6.4. Là encore, une très légère anisotropie est 199 10 (K) Acier dual phase DP450 Grade E R = -1, f = 30Hz ST 45° SL 8 6 4 2 0 10 0 Acier dual phase DP 450 Grade E R = -1, f = 30Hz r ST 45° SL 0D r 0D (K) Chapitre 6. Influence de chemins de déformations plus complexes sur l'évolution des propriétés à la fatigue 1 Droite pente 2 0.1 1 1 Amplitude de Contrainte, Σ (MPa) 0 Amplitude de Contrainte, Σ (MPa) 0 Figure 6.2: Influence de la direction de sollicitation sur la réponse à l'autoéchauffement du grade E ; ⊛ = pour des raisons de confidentialité, les données sur ce grade sont quées. Figure 6.3: Influence de la direction de sollicitation sur la réponse à l'autoéchauffement du grade E (représentation logarithmique) ; ⊛ = pour des raisons de confidentialité, les données sur ce grade sont masquées. visible, les courbes de traction étant très proches les unes des autres. Materiau : DP600 Grade C 700 600 500 400 300 ST SL 45° 200 100 0 0 5 10 15 20 Déformation, ε (%) 25 30 Figure 6.4: Courbes de traction monotone du grade C dans le sens travers au sens de laminage (ST) dans le sens du laminage (SL) et à 45°. Au vu de ces résultats, il est ainsi justifié de considérer ces grades comme isotropes. l' nisotropie initiale 6.1.2 Grades anisotropes Pour d'autres grades en revanche, l'anisotropie initiale est plus marquée, comme en attestent les courbes de traction du grade B (HSLA420 laminé à chaud) dans le sens transverse au sens de laminage et dans le sens du laminage (figure 6.5). La longueur du palier plastique est similaire, l'allongement à rupture du sens long est plus important mais, en contrepartie, sa limite d'élasticité macroscopique conventionnelle est plus faible, d'une trentaine de MPa environ. Materiau : HSLA 420 Grade B Contrainte Nominale, σ (MPa) SL ST 100 0 0 5 10 15 20 Déformation, ε (%) 25 30 Figure 6.5: Courbes de traction monotone du grade B dans le sens travers au sens de laminage (ST) dans le sens du laminage (SL). Les deux régimes d'auto-échauffement sont impactés par cette anisotropie initiale (figure 6.6). L'intensité du régime primaire est plus élevée dans le sens long, tandis que la pente ne semble pas avoir évolué suivant la direction de sollicitation (figure 6.7). L'apparition du régime secondaire d'auto-échauffement est plus précoce pour une direction de sollicitation dans le sens long, mais la pente de ce régime n'est pas non plus modifiée (figure 6.8). Les conséquences de l'étude de l'anisotropie sur la réponse à l'auto-échauffement d'un grade légèrement anisotrope ne sont pas sans rappeler celles obtenues pour de faibles niveaux de pré-déformations plastiques en traction uniaxiale. En effet, si nous superposons sur le même graphique la courbe d'auto-échauffement du grade B obtenue après une pré-déformation plastique de 1% en traction uniaxiale, elle est pratiquement confondue avec la courbe de l'éprouvette testée dans le sens long. Nous avons donc dans le cas d'une sollicitation dans le sens long, un état du matériau équivalent à celui obtenu après une pré-déformation plastique de 1% dans le sens transverse. L'anisotropie des nuances d'aciers étudiées est donc faible, mais observable à l'aide de mesures d'auto-échauffement sous sollicitations cycliques. Dans la suite 201 10 (K) Acier HSLA 420 Grade B R = -1, f = 30Hz ST SL 8 6 4 2 0 0 Acier HSLA 420 Grade B R = -1, f = 30Hz 10 r 0D r 0D (K) Chapitre 6. Influence de chemins de déformations plus complexes sur l'évolution des propriétés à la fatigue ST SL 1 droite pente 2 0.1 100 0 Figure 6.6: Influence de la direction de sollicitation sur la réponse à l'autoé ment du grade B. (K) 1 0.1 100 Acier HSLA 420 Grade B R = -1, f = 30Hz 10 r ST SL ||E ps|| = 1% (TU), ST 0D ST SL (K) r du régime secondaire, θS 0D Température moyenne stabilisée 10 Acier HSLA 420 Grade B R = -1, f = 30Hz Figure 6.7: Influence de la direction de sollicitation sur la réponse à l'autoéchauffement du grade B (représentation logarithmique). Figure 6.8: Évolution du régime secondaire seul d'auto-échauffement en fonction de la direction de sollicitation. 8 6 4 2 0 0 Figure 6.9: Comparatif entre influence de la direction de sollicitation et influence d'une pré-déformation plastique uniaxiale sur le grade B. de l' étud e , nous nous intéressons maintenant à divers modes de pré-déformation plastique, tels que la traction plane et le cisaillement. Ces modes de pré-déformation permettent ensuite de caractériser les évolutions des propriétés à la fatigue des divers grades suivant différentes orientations, dans les directions principales de pré202 6.2. Pré-déformation en traction plane déformation ou non. 6.2 Pré-déformation en traction plane Dans cette partie, il est question de la caractérisation des propriétés en fatigue à grand nombre de cycles après une pré-déformation en traction plane. Le principe de cet essai est tout d'abord présenté. Ensuite, après prélèvement d'éprouvettes d'auto-échauffement au sein des tôles pré-déformées, les évolutions qualitatives des deux régimes d'auto-échauffement sont mises en évidence. Diverses directions de prédéformations et de prélèvement des éprouvettes sont étudiées. Enfin, les paramètres du modèle sont identifiés sur les courbes d'auto-échauffement avant de valider les résultats à partir de comparatifs avec des essais de fatigue standards. 6.2.1 La pré-déformation en traction plane est réalisée sur une machine Zwick Z600 de capacité 600 kN présentée sur la figure 6.10. Les mors de cette machine sont d'une largeur de 500 mm ce qui permet de pré-déformer des tôles de grandes dimensions (la limitation étant imposée par la capacité de la machine). Les dimensions des tôles à pré-déformer sont des carrés de 300 × 300mm2. Pour un prélèvement des éprouvettes à 90° de la direction de pré-déformation, une distance de 30 mm est laissée entre les mors (figure 6.11). Pour un prélèvement dans le sens de la pré-déformation, la distance entre les mors est de 100 mm. Dans tous les cas, l'essai est piloté en déformation avec un extensomètre positionné dans la direction de la sollicitation. Figure 6.10: Machine pour réaliser les essais de pré-déformation en traction plane. Figure 6.11: Exemple de tôle prédéformée en traction plane dans le sens long (SL) et prélèvement d'une éprouvette d'auto-échauffement dans la zone utile dans le sens travers (ST). Chapitre 6. Influence de chemins de déformations plus complexes sur l'évolution des propriétés à la fatigue En notant x1 la direction de pré-déformation, x2 la direction transverse et x3 la direction suivant l'épaisseur, les tenseurs de contraintes Σps et de déformation E ps sont donnés par   Σ1 0 0  Σps =  (6.1)  0 Σ2 0 0 0 0 (þx1,þx2,þx3 ) E ps ǫ1 0 0  , = 0 0 0 0 0 ǫ3 (þx1,þx2,þx3 )   (6.2) avec ǫ3 = −ǫ1 en négligeant les déformations élastiques. Connaissant via l'extensomètre le niveau de déformation atteint lors de l'essai suivant la direction x1, la déformation plastique équivalente au sens de von Mises est donnée par ëEps ë = ó 2 E ps : E ps = 3 ó 2 2 2 (ǫ1 + ǫ23 ) = √ ǫ1. 3 3 (6.3) Deux grades sont à l'étude dans cette partie, les grades B et D. Plusieurs niveaux de pré-déformation plastique sont étudiés ainsi que plusieurs directions de prélèvement des éprouvettes. Ceci est résumé dans le tableau 6.2. Tableau 6.2: Grades étudiés après une pré-déformation en traction plane : niveaux de prédéformation plastique équivalente ëEps ë, direction de pré-déformation dirps et direction de prélèvement des éprouvettes d'auto-échauffement dirAE. Grade ëEps ë(%) 10% Grade B HSLA420 17% 5% Grade D FB450 10% dirps dirAE SL ST SL ST ST SL ST SL SL SL SL ST SL ST Les éprouvettes d'auto-échauffement sont prélevées par électro-érosion au centre de la zone utile de la tôle pré-déformée (figure 6.11). En effet, pour ce mode de pré-déformation et avec la géométrie choisie, il n'y a que le centre de la zone utile où le niveau de pré-déformation plastique est homogène. Nous détaillons maintenant les évolutions qualitatives des propriétés à l'auto-échauffement après cette prédéformation en traction plane. 6.2. Pré-déformation en traction plane 6.2.2 Évolution qualitative des régimes d'auto-échauffement 10 r SL 8 ||E || = 17% ST, SL ps ||Eps|| = 17% SL, ST 6 ||Eps|| = 10% ST, SL ||E || = 10% SL, ST 4 ps 2 0 0 100 50 100 150 200 250 300 350 400 Amplitude de Contrainte, Σ (MPa) 0 Figure 6.12: Essais d'auto-échauffement sur le grade B après une pré-déformation en traction plane pour différents niveaux et différentes orientations. Grade B déformation en traction plane R = -1, f = 30Hz r ST ||Eps|| = 17% ST, AE SL 0D ST (K) Grade B déformation en traction plane R = -1, f = 30 Hz 0D ( K ) Tous les essais suivants sont réalisés pour un rapport de charge de -1. Les courbes d'auto-échauffement du grade B après pré-déformation plastique en traction plane sont données sur la figure 6.12. Les courbes des éprouvettes pré-déformées dans une direction et sollicitées à 90° de la direction de pré-déformation sont équivalentes. Nous obtenons toujours deux régimes d'auto-échauffement. Toutes les courbes possèdent le même régime primaire dont l'intensité est légèrement supérieure à celle du grade vierge (figure 6.13). Il n'y a plus d'anisotropie pour ce trajet, alors que les courbes d'auto-échauffement en sens long SL et en sens travers ST sont différentes pour le grade vierge (figure 6.12). 10 ||Eps|| = 17% SL, AE ST ||Eps|| = 10% ST, AE SL ||Eps|| = 10% SL, AE ST 1 pente de 2 0.1 100 Figure 6.13: Représentation logarithmique des courbes d'auto-échauffement du grade B après une pré-déformation plastique en traction plane. Sur la figure 6.13, les régimes primaires dépendent toujours du carré de l'amplitude du chargement cyclique, et leur intensité est légèrement modifiée par la pré-déformation plastique en traction plane (celle-ci n'est pas comparable à la modification engendrée par une pré-déformation en traction suivie d'une sollicitation en traction dans le même sens. Dans le cas d'une pré-déformation en traction uniaxiale, le trajet est continu et les cellules de dislocations créées dans une direction sont sollicitées ensuite suivant cette même direction). L'apparition du régime secondaire est légèrement déc lée suivant le niveau de pré-déformation plastique, mais sans que sa pente ne soit impactée (figure 6.14). 205 Chapitre 6. Influence de chemins de déformations plus complexes sur l'évolution des propriétés à la fatigue r 0D (K) ST ||Eps|| = 17% ST, AE SL ||Eps|| = 17% SL, AE ST S du régime secondaire, θ Température moyenne stabilisée 100 Grade B déformation en traction plane R = -1, f = 30Hz 10 ||Eps|| = 10% ST, AE SL ||Eps|| = 10% SL, AE ST 1 0.1 100 Figure 6.14: Évolution du régime secondaire d'auto-échauffement après introduction d'une pré-déformation plastique en traction plane sur le grade B. 6 ST ||E || = 10% SL, AE SL 5 ps ||Eps|| = 10% SL, AE ST 4 || Eps|| = 5% ST , AE SL 3 2 1 0 0 50 100 150 200 250 300 Amplitude de Contrainte, Σ (MPa) 0 Figure 6.15: Essais d'auto-échauffement sur le grade D après une pré-déformation en traction plane pour différents niveaux et différentes orientations. 206 100 Grade D déformation en traction plane R = -1, f = 30Hz r ST ||Eps|| = 10% SL, AE SL 0D r (K) Grade D déformation en traction plane R = -1, f = 30Hz 0D (K) Pour le grade D, les courbes d'auto-échauffement obtenues après différents niveaux de pré-déformation plastique et différentes orientations sont données sur la figure 6.15. Le régime primaire semble ici avoir évolué pour deux des courbes 6.16 pour passer d'une pente de 2 à une pente de l'ordre de 4. Le régime secondaire est lui aussi modifié mais sa pente ne semble pas avoir changé. ||Eps|| = 10% SL, AE ST 10 ||Eps|| = 5% ST, AE SL 1 droite pente 2 0.1 100 200 Amplitude de Contrainte, Σ (MPa) 0 Figure 6.16: Représentation logarithmique des courbes d'auto-échauffement du grade D après une pré-déformation plastique en traction plane. 6.2. Pré-déformation en traction plane Les deux régimes d'auto-échauffement sont modifiés par l'introduction d'une prédéformation plastique en traction plane. De plus, par rapport aux résultats qui ont été obtenus lors de l'étude de l'influence d'une pré-déformation plastique en traction uniaxiale, la pente du régime primaire peut évoluer, dans quelques cas. En soi, nous avons pu montrer dans le chapitre 2 de ce manuscrit que le modèle était capable de rendre compte de ce type de comportement à l'auto-échauffement. Cependant, nous ne disposons pas de suffisamment de temps ni de données, notamment sur l'allure des boucles pour ces conditions de pré-déformation, pour pouvoir conclure. Aussi dans la suite de l'étude, nous conservons la même stratégie que celle adoptée dans le chapitre 4, avec seuls les paramètres α et δ dépendants de la pré-déformation plastique ||Eps ||. Dans ce cas, la température moyenne stabilisée est toujours donnée par θ 0D Σ0 = α (ëEps ë) × Σmax (ëEps ë = 0) 6.2.3 A B2 Σ0 + δ (ëEps ë) × Σmax (ëEps ë = 0) A Bm+2. (6.4) Identification et validation A partir des résultats d'auto-échauffement obtenus après une pré-déformation plastique en traction plane, nous cherchons à prévoir l'évolution des propriétés en fatigue pour les deux grades étudiés. Pour le grade B, aucun essai de fatigue n'est disponible pour valider les résultats des prévisions. En revanche, des résultats de fatigue ont été réalisés pour le grade C que nous comparerons avec les prévisions des résultats d'auto-échauffement. Les comparatifs sur ce grade permettront de conclure quant à la pertinence des prévisions pour le grade B. 6.2.3.1 Grade B L'identification est réalisée sur les deux niveaux de pré-déformation plastique en imposant la valeur de m à celle du grade vierge sollicité dans le sens travers ST (pour rappel, la valeur de m est ici de 11.64). Dans les deux cas, les courbes d'auto-échauffement sont bien décrites, que ce soit le régime primaire ou secondaire (figures 6.17 et 6.18). Comme pour l'étude de l'influence d'une pré-déformation plastique en traction uniaxiale, la prévision de l'évolution des propriétés en fatigue avec la pré-déformation plastique est donnée par la quantité δevo qui, pour rappel, est donnée par δevo = A δ (ëEps ë = 0) δ (ëEps ë) B1/m = Σ∞ (ëEps ë). Σ∞ (ëEps ë = 0) (6.5) La courbe de la figure 6.19 donne l'évolution de cette quantité pour le grade B pré-déformé en traction plane. Nous prévoyons donc un gain sur les propriétés en fatigue, avec une équivalence entre pré-déformation dans une direction suivie d'une 207 10 ||Eps|| = 10% ST, AE SL 8 Modèle ||Eps|| = 10% SL, AE ST 6 4 2 0 0 Grade B déformation en traction plane R = -1, f = 30Hz 10 r 0D r (K) Grade B déformation en traction plane R = -1, f = 30Hz 0D (K) Chapitre 6. Influence de chemins de déformations plus complexes sur l'évolution des propriétés à la fatigue 50 100 150 200 250 300 350 400 Amplitude de Contrainte, Σ (MPa) ||Eps|| = 17% ST, AE SL 8 Modèle ||Eps|| = 17% SL, AE ST 6 4 2 0 0 0 50 100 150 200 250 300 350 400 Amplitude de Contrainte, Σ (MPa) 0 Figure 6.17: Identification des paramètres du modèle sur les courbes d'autoéchauffement du grade B pré-déformé à 10% en traction plane. Figure 6.18: Identification des paramètres du modèle sur les courbes d'autoéchauffement du grade B pré-déformé à 17% en traction plane. sollicitation dans une direction à 90°. En fin de chapitre, nous comparerons les résultats obtenus pour divers modes de pré-déformation plastique. Grade B Mode de déformation : traction plane R = -1, f = 30Hz Evolution régime secondaire, δ evo (-) 1.2 r ST SL SL ST 0 5 10 15 20 Pré-déformation plastique, ||E || (%) ps Figure 6.19: Prévision de l'évolution des propriétés en fatigue après une pré-déformation en traction plane par l'évolution du paramètre δevo obtenu lors de l'identification sur les courbes d'auto-échauffement. 208 6.2. Pré-déformation en traction plane 6.2.3.2 Grade D 0D (K) Les résultats de l'identification des paramètres du modèle sur le grade D prédéformé en traction plane sont donnés sur la figure 6.20. La description du régime secondaire est satisfaisante, malgré l'erreur engendrée sur la description du régime primaire du fait de son identification fixée à une puissance d'ordre 2. Grade D pré-déformation en traction plane R = -1, f = 30Hz, ||E || = 10% 6 r ps ST vierge SL SL Modèle SL SL SL ST Modèle SL ST 5 4 3 2 1 0 0 50 100 150 200 250 300 Amplitude de Contrainte, Σ (MPa) 0 Figure 6.20: Identification des paramètres du modèle sur les courbes d'auto-échauffement du grade D pré-déformé en traction plane. Nous comparons les prévisions du modèle (issues de l'identification sur les courbes d'auto-échauffement) avec des résultats de fatigue obtenus dans différentes directions après une pré-déformation plastique en traction plane de 10% (figure 6.21). Les prévisions du modèle pour une pré-déformation de 10% dans le sens long SL, et une sollicitation dans le sens travers ST sont validées, les résultats de fatigue obtenus dans ces conditions étant similaires. En revanche, nous ne disposons pas de résultats de fatigue réalisés dans le sens long SL après une pré-déformation plastique dans le même sens pour valider la prévision par auto-échauffement dans ces conditions. Une autre information intéressante concerne l'influence de la direction de la sollicitation par rapport à la direction de pré-déformation. En effet, un gain plus important sur les propriétés en fatigue est prévu après sollicitation effectuée à 90° de la direction de pré-déformation, ce qui est aussi observé en fatigue. Nous pouvons de plus constater que les résultats de fatigue obtenus (SL ST et ST SL) sont identiques, ce qui corrobore les résultats obtenus en auto-échauffement sur le grade B. Nous observons maintenant l'influence d'une pré-déformation plastique en cisaillement sur l'évolution de la réponse à l'auto-échauffement et sur l'évolution des propriétés en fatigue. 209 Chapitre 6. Influence de chemins de déformations plus complexes sur l'évolution des propriétés à la fatigue Grade D Mode de déformation : traction plane R = -1, f = 30Hz 1.3 Evolution régime secondaire, δ evo (-) r 1.2 1.1 1 AE SL ST AE SL SL AE ST SL Fatigue ST SL Fatigue SL ST Fatigue ST ST 0.9 0.8 0.7 0 5 10 15 20 Pré-déformation plastique, ||E || (%) ps Figure 6.21: Évolution des propriétés à la fatigue après une pré-déformation plastique en traction plane : prévisions par auto-échauffement (AE) résultats de fatigue. 6.3 Pré-déformation en cisaillement Étudier l'influence d'une pré-déformation plastique en cisaillement a déjà été effectué par le passé [Doudard, 2004]. Ces premiers résultats étaient prometteurs mais n'avaient pas été étendus depuis. Nous souhaitons ici étudier l'influence d'une pré-déformation plastique en cisaillement mais en utilisant les outils dont nous disposons aujourd'hui, à savoir la description du régime primaire et la procédure d'essai actuelle. Nous présentons ainsi dans un premier temps le principe de l'essai de pré-déformation en cisaillement, avant d'observer qualitativement les évolutions des deux régimes d'auto-échauffement. Trois grades sont étudiés ici : les grades A, B et C (dernier grade qui était celui étudié dans [Doudard, 2004]). Ensuite, les paramètres du modèle sont identifiés sur les courbes d'auto-échauffement avant de chercher à valider les résultats sur le grade C. 6.3.1 L'essai de pré-déformation plastique en cisaillement est réalisé sur une machine servo-hydraulique MTS de capacité 1000 kN sur le site d'ArcelorMittal. Le montage utilisé est posé sur le mors inférieur, tandis que le mors supérieur comprime la partie centrale du montage qui peut coulisser (figure 6.22). Le montage est serré autour de l'éprouvette en appliquant un couple de 300 N.m pour les plus fines épaisseurs de tôle à un couple de 500 N.m pour le grade A d'une épaisseur de 3.6 mm. Ces conditions de serrage sont prépondérantes et permettent d'empêcher le glissement, notamment dans la partie centrale de l'éprouvette. Le déplacement de la partie coulissante permet ainsi de cisailler deux zones utiles (figure 6.23). Pour déterminer le niveau de pré-déformation atteint 6.3. Pré-déformation en cisaillement de 2 mm sont déposées en surface des éprouvettes. Elles permettent de connaitre l'homogénéité de la déformation et d'en déduire les zones de prélèvement des éprouvettes d'auto-échauffement. Figure 6.22: Montage pour réaliser une pré-déformation plastique en cisaillement [Doudard, 2004]. y x Figure 6.23: Schéma du mode de prédéformation en cisaillement. Figure 6.24: Schéma de pré-déformation plastique en cisaillement et définition de αp. Pour déterminer le niveau de pré-déformation plastique et les directions principales, nous utilisons la mesure logarithmique de la déformation [Rougée, 1997] associée au tenseur de Cauchy C = F T F qui est un opérateur défini positif (F T étant la transposée de F ). Ainsi la déformation est donnée par 1 E ps = ln (C). 2 (6.6) Chapitre 6. Influence de chemins de déformations plus complexes sur l'évolution des propriétés à la fatigue Dans le cas du cisaillement étudié ici, un point M0 se retrouve en M après une pré-déformation en cisaillement (figure 6.24). Ces coordonnées sont alors définies par (par rapport aux coordonnées du point M0 ) x = x0 y = y0 + αp x0, (6.7) avec αp l'angle de distorsion défini sur la figure 6.24. Le tenseur de Cauchy est ainsi donné par C D 1 + αp2 αp C=. (6.8) αp 1 En calculant les valeurs propres de C, les déformations principales sont déterminées en fonction de l'angle αp par  1 ǫ1 = ln(c1 ) = ln  2 αp + ñ αp2 + 4 2 ñ  , −αp + α p2 + 4 1  . ǫ2 = ln(c2 ) = ln  2 2   ( 6.9 ) (6.10) La somme des déformations étant nulle, l'éprouvette est bien pré-déformée en cisaillement. La pré-déformation plastique équivalente de von Mises est ainsi donnée par ñ   2 2 2  αp + αp + 4 . (6.11) ëEps ë = √ ǫ1 = √ ln 2 3 Les directions des déformations principales sont défini es par l'intermédiaire des valeurs propres de C. Par rapport à l'axe des abscisses, la première direction principale, notée d1, est définie par l'angle θp1, ce qui nous permet d'en déduire la relation C 1 + αp2 αp cos(θp1 ) = ǫ1 sin(θp1 ) αp 1 D C D (6.12) Après pré-déformation, cette direction principale est repérée par l'angle θ1 qui est relié à αp et à θp1 par θ1 = tan−1 (tan(θp1 ) + αp ). (6.13) La seconde direction principale, notée d2 est positionnée à 90° de la première dans le plan (þx, þy). Nous choisissons de prélever des éprouvettes d'auto-échauffement dans la direction d1 et d3, d3 étant la direction située à 45° des deux directions principales (figure 6.25). En effet, il a été montré que les directions principales d1 et d2 possèdent des réponses à l'auto-échauffement identiques [Doudard, 2004]. Le tableau 6.3 résume les différents niveaux de pré-déformation plastique et les différentes orientations pour les trois grades étudiés ici. Les conditions de pré-déformation en cisaillement ayant été précisées, nous observons maintenant les évolutions qualitatives sur les deux régimes d'auto-échauffement. 6.3. Pré-déformation en cisaillement d3 d1 Figure 6.25: Exemple de prélèvement des éprouvettes d'auto-échauffement au sein des éprouvettes pré-déformées en cisaillement dans les directions d1 et d3 pour le grade B. Tableau 6.3: Grades étudiés après une pré-déformation en cisaillement : niveaux de prédéformation plastique équivalente ëEps ë, θ1 = angle pour le prélèvement dans la direction d1 et θ3 = angle pour le prélèvement dans la direction d3 Grade 6.3.2 ëEps ë(%) Grade A DP600 3.1 10.8 Grade B HSLA420 12.6 21.8 Grade C DP600 4 22 32 θ1 θ3 46° 48° 1° 3° 48.5° 3.5° 50° 5° 46° 50° 53° 1° 5° 8° Évolution qualitative des régimes d'auto-échauffement Les courbes d'auto-échauffement du grade A après une pré-déformation plastique en cisaillement sont données sur la figure 6.26. Tout d'abord, nous pouvons noter un décalage entre les courbes obtenues dans la direction principale de pré-déformation d1 et celles obtenues dans la direction d3, décalage qui semble constant vis-à-vis du niveau de pré-déformation plastique. La représentation logarithmique des courbes d'auto-échauffement (figure 6.27) met en évidence un régime primaire d'ordre 2 pour toutes les courbes. L'apparition du régi me secondaire évolue quant à elle en fonction de l'amplitude du chargement avec une pente qui reste identique (figure 6.28). Pour le grade B, un décalage des courbes d'auto-échauffement peut aussi être noté au même niveau de pré-déformation plastique entre les éprouvettes sollicitées dans la direction d1 et celles sollicitées suivant d3 (figure 6.29). De plus, les régimes 213 Grade A pré-déformation en cisaillement R = -1, f = 30Hz 20 ||Eps|| = 3.1% d3 ||Eps|| = 10.8% d1 ||Eps|| = 10.8% d3 10 5 0 0 r Vierge ||Eps|| = 3.1% d1 0D 15 Grade A pré-déformation en cisaillement R = -1, f = 30Hz (K) r Vierge ||Eps|| = 3.1% d1 0D (K) Chapitre 6. ||Eps|| = 3.1% d3 10 ||Eps|| = 10.8% d1 ||Eps|| = 10.8% d3 1 droite pente 2 0.1 100 Figure 6.27: Représentation logarithmique des courbes d'auto-échauffement du grade A pré-déformé en cisaillement. Grade A pré-déformation en cisaillement R = -1, f = 30Hz (K) 0D du régime secondaire, θS Température moyenne stabilisée r Vierge ||Eps|| = 3.1% d1 10 ||Eps|| = 3.1% d3 ||Eps|| = 10.8% d1 ||Eps|| = 10.8% d3 1 0.1 100 Figure 6.28: Représentation logarithmique de l'évolution du régime secondaire d'autoéchauffement du grade A pré-déformé en cisaillement. primaires de 3 courbes sont identiques, seule la courbe de l'éprouvette pré-déformée à 12.6% et testée dans la direction d1 possède un régime primaire dont l'intensité est plus élevée, mais toujours avec la même pente de 2 (figure 6.30). Nous observons ici encore un comportement singulier puisque pour une pré-déformation plastique plus importante, l'intensité du régime primaire diminue pour atteindre le niveau des autres courbes. Le comportement pour le régime secondaire est conforme à ce qui a déjà pu être constaté, avec une apparition plus ou moins précoce selon le niveau de 214 6.3 . Pré-déformation en cisaillement Grade B pré-déformation en cisaillement R = -1, f = 30Hz 20 15 ||Eps|| = 12.6% d3 ||Eps|| = 21.8% d1 ||Eps|| = 21.8% d3 10 5 0 0 Grade B pré-déformation en cisaillement R = -1, f = 30Hz 100 r Vierge ||Eps|| = 12.6% d1 0D (K) r vierge ||Eps|| = 12.6% d1 0D (K) pré-déformation lastique. 50 100 150 200 250 300 350 400 Amplitude de Contrainte, Σ (MPa) 0 ||Eps|| = 21.8% d1 ||Eps|| = 21.8% d3 1 droite pente 2 0.1 100 Figure 6.29: Courbes d'autoéchauffement du grade B après une pré-déformation plastique en cisaillement. 100 ||Eps|| = 12.6% d3 10 Figure 6.30: Représentation logarithmique des courbes d'auto-échauffement du grade B pré-déformé en cisaillement. Grade B pré-déformation en cisaillement R = -1, f = 30Hz (K) 0D ps 1 ||E || = 12.6% d S du régime secondaire, θ Température moyenne stabilisée r Vierge ||E || = 12.6% d 10 ps 3 ||E || = 21.8% d ps 1 ||E || = 21.8% d ps 3 1 0.1 100 Figure 6.31: Représentation logarithmique de l'évolution du régime secondaire d'autoéchauffement du grade B pré-déformé en cisaillement. Pour le grade C, trois niveaux de pré-déformation plastique sont étudiés, 4%, 22% et 32%. Les courbes d'auto-échauffement après la pré-déformation plastique en cisaillement sont données sur la figure 6.32. Toutes les courbes possèdent un régime primaire similaire, avec une pente de 2 dans la représentation logarithmique (figure 215 Chap itre 6. Influence de chemins de déformations plus complexes sur l'évolution des propriétés à la fatigue Grade C pré-déformation en cisaillement R = -1, f = 30Hz 20 ||E || = 4% d 15 ps 3 1 3 ||E || = 32% d 10 ps 1 ||E || = 32% d ps 3 5 0 0 100 100 200 300 400 Amplitude de Contrainte, Σ (MPa) 0 Grade C pré-déformation en cisaillement R = -1, f = 30Hz r vierge 0D 1 ps (K) r Vierge ||E || = 4% d 0D (K) 6.33), exceptée celle pré-déformée à 4% et testée dans la direction principale d1, où la pente est de 3.5. Nous retro uvons ici le même type de comport ement que ce qui a pu être observé en traction plane pour le grade D. Le régime secondaire est quand à lui toujours affecté par la direction de sollicitation et par l'augmentation du niveau de pré-déformation plastique. ||Eps|| = 4% d1 ||Eps|| = 4% d3 10 ||Eps|| = 22% d1 1 ||Eps|| = 22% d3 ||Eps|| = 32% d1 pente de 2 0.1 100 ||Eps|| = 32% d3 200 300 400 Amplitude de Contrainte, Σ (MPa) 0 Figure 6.32: Courbes d'autoéchauffement du grade C après une pré-déformation plastique en cisaillement. 6.3.3 Figure 6.33: Représentation logarithmique des courbes d'auto-échauffement du grade C pré-déformé en cisaillement. Identification et validation Une fois encore, la même stratégie d'identification que dans le cas de la traction uniaxiale ou la traction plane est appliquée dans la suite. Seuls les paramètres α et δ du modèle dépendent du niveau de pré-déformation plastique. La puissance du régi me primaire est toujours fixée à 2 et celle du régi me secondaire à m + 2. L'identification est réalisée pour les trois grades pour lesquels nous avons observé les évolutions qualitatives des propriétés à l'auto-échauffement. 6.3.3.1 Grade A L'identification des paramètres du modèle pour le grade A ne présente pas de difficultés (figure 6.34). Les régimes primaires et secondaires sont décrits de manière satisfaisante. Grâce à l'évolution du paramètre δ (toujours normé par rapport à la courbe obtenue dans le sens travers ST sur le grade vierge), des prévisions sur l'évolution des propriétés en fatigue peuvent être effectuées. Hormis l'écart initial dû à la direction de sollicitation, les courbes semblent présenter la même allure. Nous pouvons constater un gain quasi-immédiat sur les propriétés en fatigue pour 216 6.3. Pré-déformation en cisaillement 20 Vierge ||Eps|| = 3.1% d1 15 ||Eps|| = 3.1% d3 ||Eps|| = 10.8% d1 ||Eps|| = 8% d3 10 Modèle 5 0 0 50 100 150 200 250 300 350 400 Amplitude de Contrainte, Σ (MPa) 0 Figure 6.34: Identification des paramètres du modèle pour le grade A après une pré-déformation plastique en cisaillement.
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Entretien n°31 : Adil, 18 ans, Castres (Tarn), Lycéen. Entretien réalisé par Internet, le 18/01/2013. - Maîtrise de soi, persévérance, loyauté, mental, détermination. - Découverte en 2011 par le film Never Back Down. - Du respect, envie de vaincre, de l'adrénaline. Sport nécessaire pour lui car il est « hyperactif ». Ce sont des guerriers au Pride , et des intermittent s du spectacle à l'UFC. - Le manque de compétition est le point négatif selon lui. Il ressent un « stress sportif » durant les compétitions. Le temps est perçu plus long quand il est moins préparé. - Il regarde les films et porte les habits relatifs au MMA. Il est au lycée. - Il a pratiqué directement le MMA. Durée : Non évaluable, la discussion instantanée a duré 1h30 avec de nombreuses pauses. La prise de contact fut prise sur le réseau social Facebook où je reconnus l'un des jeunes combattants de l'interclub de Carcassonne, du 13 décembre 2012. Il s'agissait du jeune participant « désinvolte ». Cependant, ses réponses contrecarraient l'avis négatif initial que je portais, il apportait même un discours « convenu ». Dans le milieu depuis peu, il a une vision fantasmée de son sport et souhaite vivre de celui-ci. Ses autres passions sont le football et le rap, il donne de l'importance à la religion. Après avoir marqué comme profession « UFC », il a mis PDG Louis Vuitton sur sa page Facebook. Il fait des compétitions de kempo amateur et il ne cache pas ses combats de MMA effectués alors que la compétition est interdite sur le sol français742. Il avait une photo sur son profil Facebook de l'UFC (au MGM Grand de Las Vegas) où il met qu'il y était. Il pourrait ainsi profit du MMA pour se donner de l'importance aux yeux des gens. Entretien n° 35 : Gor, 24 ans, Béziers (Hérault). Agent de sécurité et combattant MMA. Entretien réalisé à Béziers, le 25 mars 2013. - Souffrance, respect, mixité, amitié, voyage. - Découverte il y a plus de 15 ans. C'est l'un des sports les plus durs. - Ce ne sont pas des guerriers car le sport n'est pas la guerre, pas de têtes brûlées car il faut être intelligent, l'honneur et les intermittents dépendent des individus. - Le MMA ne peut pas plus évoluer sportivement, sinon il y aura plus dopage, ce qui est le point négatif avec l'argent. - Pas de différences avec les sports traditionnels où des « vices » existent en lutte. Il s'adapte à toutes les règles. - Pas de stress avant le combat, lucide pendant sauf quand il est épuisé ou sonné. Le temps passe plus vite. Il laisse l'arbitre intervenir sauf s'il voit que l'adversaire est K.O. -Il regarde des films, ne joue pas aux jeux vidéo. Il aime le sport, la randonnée, famille. - Formation à l'INSEP, CREPS après un BAC STG. - Il a pratiqué la lutte à très haut niveau, et un peu de course à pied. Durée de l'entretien: 1h20. Après 50 minutes de questions semi-fermées et enregistrées sur dictaphone, l'entretien s'est poursuivi pendant 30 minutes avec des questions ouvertes. Numéro 1 français dans la catégorie des légers avec 11 combats (une seule défaite) dont 3 en MMA. L'entretien s'est déroulé dans son appartement, sur le canapé. Nous étions en face à face. Il en a profité pour manger pendant l'entretien car nous étions entre deux séances d'entraînement. Il regardait dans les yeux en fin de réponse. Il ne faisait pas de gestes particuliers. Il répondait avec franchise. Il n'y a pas d'éléments relatifs au MMA et aux sports de combat dans son appartement. Il ne semble pas être particulièrement passionné par le MMA. Il a un recul sur sa pratique et la notion de violence. Il manque de culture sur les autres sports de combat (boxe par exemple). Il semble émoussé par ses années d'entraînement, de compétition et sensible à la notion d'injustice. E ntretien n°40 : Ludovic, 35 ans, Miramas (Bouches du Rhône), Gérant et entraîneur du GP Sport. Entretien réalisé le 24 mai 2013, par téléphone. - Sacrifice, détermination, assiduité, persévérance, passion. - Découverte en 1993-1994, les premiers UFC par VHS. 598 - Une « quête de complétude », le « combat global », un sport doit passer par le spectacle pour grossir. Le MMA doit rester à mi-chemin entre sport et spectacle. - Le point négatif : la politique américano-américaine de l'UFC. Il ne veut pas les coudes. - Contrairement aux arts martiaux traditionnels, le MMA n'est pas bridé et évolue. - Un peu de peur avant le combat, « adrénaline canalisée » et pas assez conscient pendant, déçu après. Le temps passe plus vite. -Il aime le cinéma, lecture. Durée de l'entretien : 45 min. L'entretien a été réalisé par téléphone et enregistré sur un dictaphone. Il mangeait pendant l'entretien car c'était le créneau entre deux séances d'entraînement. Il compte trois combats professionnels en MMA. Une amie en commun nous l'a présenté. Véritable passionné de MMA, il possède une grande collection de DVD d'évènements. Il voyage beaucoup et il est proche des philosophies orientales. Entretien n°49 : Kussay, 33 ans, Montpellier (Hérault). Intermittent du spectacle, combattant MMA/pancrace/kempo. Entretien réalisé le 03 /09/2014, à Montpellier . - Liberté, créativité, endurance, courage, technique. - Découverte en 1993 par un magazine. - Un sport où on est « face à soi-même », comme un sport extrême car l'« humain est un élément de la nature ». Dépassement de soi, maîtrise, vigilance et créatif. - Pas de guerriers car pas plus de violence qu'en politique ou dans le milieu du travail. Des têtes brûlées avec des limites, intermittents du spectacle et des hommes d'honneur « d'une certaine manière ». - Le dopage est le point négatif. -Une hypocrisie des arts martiaux traditionnels avec des « gourous » et des « techniques illusoires ». - Un stress car peur de la défaite. Le combat est « hors du temps ». - Il n'aime pas les films et les jeux vidéo spécialisés, mais ne porte pas d'habits. Il aime les livres et la musique. - Il a fait un an d'université (Lettres), a travaillé dans la s écurité . - Il a pratiqué le kung-fu, le karaté et la boxe thaïlandaise. Durée : 1h45. À la suite de l'évènement de l'Honor & Glory III du 17 mai 2014, nous avons contacté Kussay pour sa double culture de combattant et artiste. Il compte trois combats professionnels dont un en MMA, en Espagne. Nous avons réalisé l'entretien dans un parc de Montpellier où il s'occupait de son fils. Nous étions côte à côte. L'entretien fut enregistré pendant une heure, puis la discussion continua pendant 45 minutes. Il n'avait pas de tics verbaux, surveillait constamment son fils donc il ne me regardait pas dans les yeux. Il avait une voix posée, non tremblante, bavard et clair dans ses propos. Il est très cultivé, et particulièrement dans les arts martiaux et sports de combat, mais aussi en musique, littérature, philosophie antique. Il a une vision profonde de son sport. Il ne considère pas le MMA comme un sport mais comme un art, ce qui explique le fait que ses coéquipiers trouvent qu'il néglige sa préparation physique, mais il privilégie la créativité dans ses combats. Il avoue une part sombre dans sa vie passée, ses combats dans la rue et une part animale qui sommeille en lui, qui s'exprime en combat. Entretien n°50 : Morgane, 32 ans, Aix-en-Provence (Bouches du R hône). Combat tante, entraîne use et psychologu e clinicienne . Entretien réalisé le 17/11/2014 par Skype . - Combat, abnégation, discipline, ferveur, respect. - Découverte vers 2000, après le film Fight Club . - Elle a pratiqué des arts martiaux birmans, puis full-contact en light et full, boxe birmane, boxe thaïlandaise. Mais aussi de la danse, natation synchronisée et de l'équitation - Elle trouve dommage que les jeunes démarrent directement par le MMA. - Même si ce n'est pas de « l'adrénaline pure » comme dans les sports extrêmes, elle « se sent en vie ». - Le plus dangereux n'est pas les règles de combat mais le matchmaking. Elle laisse l'arbitre intervenir, mais elle préfère frapper au corps qu'à la tête. - Le combat c'est « se dominer soi-même avant de dominer l'autre ». - Les instances morales dictent ce qui est violent ou non. Hypocrisie sur d'autres pratiques comme la gymnastique, boxe anglaise. - Elle a un master de psychologie clinique et un master de philosophie. - Lecture, voyage, le sport, les balades, les amis, le spectacle et la fête, les expositions, l'art en général, la culture. « En fait j'ai une soif d'apprendre, et le MMA me permet ça ». 600 - Elle a grandi avec les films de Bruce Lee et joue aux jeux vidéo spécialisés. Durée : 2h10. Une amie en commun nous a présenté Morgane qui a un combat professionnel (perdu) en MMA, en Angleterre. Après un message sur un réseau social, nous avons réalisé l'enquête par Skype. Faute de dictaphone, des prises de notes étaient nécessaires. L'entretien était non directif. La discussion était d'ailleurs assez large, dépassant les questions de départ. L'enquêtée avait un ton ferme, anticipait régulièrement les futures questions. Elle répondait rapidement et n'avait pas sa langue dans sa poche. Elle a participé à un documentaire consacré au MMA féminin. Annexe n°19 : Entretiens du groupe 2 Annexe n°19.1 : Entretien n°29, Arthur, 31 ans, Paris, Réalisateur. Entretien réalisé le 05/12/2012, à Paris (11ème arrondissement).78 Pouvez-vous me définir le MMA avec les cinq premiers mots qui vous viennent en tête? Vérité, esprit martial, Test, sport spectacle pour le spectateur, (il réfléchit). T'as le courage de te tester mais ce n'est pas le courage commet'as un bâtiment en feu, t'es pompier tu rentres dedans. Depuis quand connaissez-vous le MMA? J'étais en 4ème, j'ai vu la cassette de l'UFC 2, la cassette vidéo, au début je croyais que c'était une fiction (accentuation), je ne comprenais pas du tout l'intérêt de ce film. Et je trouvais ça vachement sale forcément. Pour moi ça saignait tellement, c'était de la fiction. Après j'ai compris que ce n'était pas de la fiction, on y voyait notre « ami » Orlando Wiet asséner des coups de coude à Roberto Luccarelli, ça se voyait à la tête qui vibrait que l'impact c'était du vrai. Donc au début j'ai eu un rejet, puis après une fascination. Il y avait ce côté « mais pourquoi ils font ça les types? Est-ce que ce sont vraiment des malades mentaux? » Ensuite, j'ai vu les UFC 3 et 5 qui étaient assez gratinés, surtout le 5 où il y avait beaucoup de mecs qui ressemblaient à rien, qui se battaient comme dans la rue, il faut le dire. Et donc voilà, une fascination qui a continué avec ces UFC-là. Et puis il y a eu l'arrivée du Pride en DVD, début des années 2000. C ' est de puis ce temps-là , j' avais 15 ans , en 1994. D'accord. Quel est ton cursus sportif? Moi je n'ai pas fait grand-chose comme sport. J'ai commencé le sport tardivement, j'ai fait de l'aïkido à mes 15/16 ans pendant un an et demi, j'ai fait du yoseikan budo je sais pas si tu connais, c'est un système sympa, c'est qu'à chaque cours, tu apprends un art martial ou un sport différent. Les compétitions sont pas terribles, j'en ai jamais fait parce que c'est à la touche, mais l'enseignement est sympa. Ensuite j'ai fait du grappling pendant 3 ans, à la BTT France. Et du MMA? Du MMA, non. Et dans le futur, vous comptez en faire? Non. En loisir mais pas en compétition. J'ai vraiment pas la fibre, je comprends ça mais il me manque le mécanisme d'arriver à avoiner quelqu'un qui ne m'a rien fait. Je l'ai pas ce truc-là, je comprends la violence « sportive » entre guillemets. Je le comprends, mais le faire non. Quelles sont les raisons de cet intérêt pour le MMA? Tout simplement, quand j'étais gosse j'ai vu Bloodsport que j'ai adoré. T'as le côté Street Fighter 2 où tu prends un personnage il fait du karaté, un autre fait de la boxe anglaise à la base moi j'aime beaucoup ça en MMA, une discipline bien identifiée. T'as ce côté-là, moi j'aime bien au pancrace savoir que tel combattant vient du judo, même si je sais très bien qu'il va savoir envoyer des low kicks, un clinch et soumettre. J'aime bien ça, l'opposition des styles qui do nnent souvent une couleur au combattant. Un type qui vient du karaté, tu sais souvent qu'il va essayer de finaliser très rapide ment, à frapper une seule fois, à faire des enchaînements très brefs. Et puis le côté sol qui me parle beaucoup comme les autres, c'est le côté très échec et mat (accentuation) que j'apprécie beaucoup. Vous êtes satisfait de l'évolution du MMA? Avec par exemple la standardisation des lutteurs. Non ça je n'aime pas. En fait, longtemps on a attendu cette standardisation parce que les mecs qui faisait de la peine c'est les mecs qui faisaient qu'un seul des arts martiaux, qu'un sport de combat. Ça faisait de la peine, tu dis : la pauvre, il est envoyé à l'abattoir. Voilà, il se faisait souvent remballer vite fait bien fait. Là on est trop dans la standardisation et on sait à l'avance ce qu'il va se passer, je veux dire pas le déroulement exact du combat mais les techniques employées, on sait souvent ce qui va être utilisé. On n'est pas très surpris sauf par 602 des gens qui innovent comme Anderson Silva ou Jon Jones notamment. Voilà on sait souvent que ce sera de la boxe anglaise debout, même sans coups de poing retournés, les coups de coude debout on en voit super rarement, c'est étonnant parce que normalement, c'est une arme en boxe thaïlandaise, il y a mille et une manières de l'utiliser debout, je comprends pas pourquoi ils ne s'en servent pas en MMA. Et ensuite, en clinch, le judo, la lutte c'est vrai qu'il y a des techniques qu'on ne voit pas souvent qui pourraient être utilisées. On sait qu'au sol c'est pareil, en MMA il y a des choses qui ne sont pas utilisées. Pourquoi il n'y a pas de soumissions un peu plus inventives? Pourquoi on ne voit pas de compressions musculaires comme en luta livre? On en a vu mais il y a quelque temps maintenant, une compression de mollet contre Charles Oliveira je crois. Mais c'est super rare, pourtant c'est super efficace. Je pense que la future évolution du MMA quand tout le monde sera standardisé, on aura de plus en plus de combattants comme Anderson Silva ou Jon Jones qui vont justement comprendre que tu dois surprendre l'adversaire, même si ça fonctionne pas forcément. Ça c'est l'intelligence de combat. Et c'est ça que j'attends en voyant du MMA. Malheureusement, en ce moment ce n'est pas vraiment ça. Donc vous pensez qu'à l'avenir, le MMA va revenir à un retour des arts martiaux plus traditionnels? Oui, carrément. C'est pour ça que la crainte des fédérations de judo, etc. qui disent : « ils vont nous voler des pratiquants », pour moi ce n'est pas vrai, c'est l'inverse. Tu vois, les français, ils retournent faire des disciplines de base, tu les vois tourner en lutte, tourner en karaté, faire de l'anglaise, etc. Donc voilà, c'est clair et net pour moi. En fait, la gué-guerre entre fédérations, c'est un faux débat. C'est ridicule, ça ne sert à rien. C'est hors de propos. Est-ce que vous êtes nostalgique de l'époque du valetudo, du Pride? Le Pride c'est quand même rude. Je trouvais le Pride plus dur que l'UFC parce que les soccer kicks et les stomps, les genoux au sol surtout, c'est vraiment horrible comme technique. Il y avait un combattant je crois que c'est James Schiavo! C'est James Schiavo qui avait dit : « ouais ça plaît au public, mais dans les coulisses après un combat, t'as des gars qui tombaient par terre, parce qu'ils avaient une commotion cérébrale à cause de coups de genoux au sol », on ne le disait pas mais c'était une catastrophe. Donc c'était vachement rude, la nostalgieje ne dirai pas nostalgie. J'ai mes vidéos, j'ai mes DVD, c'est vrai qu'un combat de NHB ça n'a pas du tout la même saveur qu'un combat de MMA, de l'UFC de nos jours, mais après je me 603 mets à la place d'un combattant. Il y a deux types de gars de nos jours : t'as les artistes martiaux du MMA et t'as les sportifs du MMA, c'est ça qui est différent. Les artistes martiaux veulent se tester comme « leurs ancêtres » entre guillemets, les doyens des UFC 1 et compagnie qui ont vraiment cette envie de se tester, bien préparés avec le minimum de barrière, il y en a qui seraient encore partants pour faire ça. Et après t'as les sportifs qui ne seront pas intéressés parce que derrière ils auront une carrière (accentuation), eux ils ne peuvent pas perdre. Eux, ils font en sorte de se mettre moins en danger sur le ring pour ne pas perdre, juste pour gagner et ça se respecte parce que le MMA est un sport. Maintenant, quelle est ta position quand tu regardes le MMA? Voilà, moi je ne fais pas d'arts martiaux, je ne suis jamais monté sur un ring. Maintenan t quand j'assiste à un combat, j'ai envie d'en prendre plein la vue. Et après t'en as qui seront intéressés par ce côté sport tactique, qui seront impressionnés par un combat comme Georges Saint-Pierre contre Jake Shields, Georges Saint-Pierre contre Josh Koscheck, là où ça ennuie très fortement les gens, il y en a qui seront passionnés. Ça dépend des gens, c'est une question de point de vue. Que représentent pour vous les combattants? Tout simplement des athlètes, des sportifs. Des athlètes très entraînés. Pour avoir vu pas mal de préparations et d'entraînements, franchement c'est quelque chose parce qu'ils doivent s'entraîner dans toutes les disciplines mais aussi dans le cardio surtout pour être capable de sortir toutes les techniques et ça mérite un certain respect. Je ne pense pas que tu puisses faire ça en loisir, ce n'est pas possible. Donc pour moi ce sont des athlètes. Je vais vous donner des propositions pour désigner des combattants. Les voyez-vous comme des guerriers? (Il réfléchit) Certains combats oui! Après en tant que tel, tous les combattants non. Pour moi ce sont avant tout des athlètes. T'as certains combats oui, c'est la guerre, donc quelque part c'est des guerriers. Mais « guerre », ça fait trop penser à des morts, sportivement ce n'est pas ça. Après c'est vrai que certains combats, ce sont des vraies guerres, des guerres sportives, on sait qu'il n'y aura pas de morts mais c'est la boucherie, on sait pas comment ça va finir. Est-ce que vous les voyez comme des têtes brûlées? Non. Non ou alors certains. Ça touche à une thématique, c'est la psychologie des combattants. Parce que je pense, il y en a ils tiennent parce que ça ne va pas bien dans leur tête, certains (accentuation), je ne pense pas que ce soit la majorité. Je pense qu'il y en a 604 certains qui ont des petits soucis, qui ont besoin de se prouver quelque chose, qui ont été malmenés, ça existe, c'est un cliché mais qui existe. Je pense que pour certains ça peut être des têtes brûlées, ça veut dire qu'ils vont au carton. Est-ce que vous les voyez comme des intermittents du spectacle? (il réfléchit) Non, non pas des intermittents du spectacle. Je les vois comme des athlètes encore une fois. Et pourtant j'ai dit que c'était un sport spectacle. Sport-spectacle, par le show qu'il y a autour, les trailers etc., le spectacle il vient de là. Quand un combat est spectaculaire, ce n'est pas spectaculaire dans le sens spectacle « venez voir le cirque Pinder », euhc'est un spectacle où t'en prends plein les yeux par les techniques. Avant tout, ce sont des athlètes. Vous pensez donc que le côté spectacle est apporté par des éléments extra-sportifs? Sur la promotion, voilà. La promotion. Ouais pour moi, ça fait monter la sauce. C'est ça. Il y a eu un temps le MMA avait été interdit aussi . Après faut savoir que ça peut être une histoire politique avec les fédérations. Je ne connais pas l' histoire mais ça peut être des gens qui ne se sont pas entendus et qui se mettent des bâtons dans les roues. Quelle est votre implication dans ce sport? Déjà c'est personnel dans le sens où la première chose que j'ai réalisée dans le MMA c'est un documentaire personnel, personne me l'a commandé, j'ai eu envie de le faire. C'est un documentaire qui s'appelle Toutes les forces. Pourquoi j'ai voulu faire ça? Parce que je m'entraînais à la BTT France et que c'était un peu le QG de tous les combattants d'Île-deFrance, t'avais des David Baron, Cyrille Diabate, les Johnny Frachey et tout ça qui venaient s'entraîner. Je les voyais s'entraîner, taper dans les sacs, avec Jean Marie Merchet. Il y avait ce côté très impressionnant d'être avec ces combattants-là tous les jours. Je les trouvais sympathiques, ils rigolaient, concentrés sur ce qu'ils faisaient. Moi, à la base je voulais être réalisateur de cinéma, faire un documentaire je n'y avais pas pensé. Je me suis dit : « tiens, c'est quand même un sujet assez fort, il y a quelque chose d'intéressant ». Après ça m'a permis de voir des combats, d'aller au Cage Rage et franchement, c'était assez impressionnant, je ne m'attendais pas à ça. C'est toujours pareil, quand tu vois quelque chose à la télé, au cinéma, un spectacle à la télé et dans une salle, là c'est plus du tout pareil. Là le MMA , j'avoue que j'ai pris plein tarif, j'ai assisté à des K.O, des gros K.O, des gros grounds and pounds sur T.K.O, la salle qui résonne, le public c'est super impressionnant. Donc j'ai essayé de retranscrire ça au mieux, c'est-à-dire que je n'ai pas fait le petit défenseur du MMA gnangan « oui c'est génial et tout ça », mais je n'ai pas non plus évidemment sabré la discipline parce que je l'apprécie. Ça m'a permis de rencontrer pas mal de combattants français, le milieu était bien plus petit avant, en 2006. Atch a bien aimé ce que j'ai fait, il m'a proposé de travailler pour lui. Après j'ai aussi travaillé pour Fightsport pendant un an et demi. Je prends toujours parti des gens qui sont injustement montrés du doigt. Savoir qu'ils ont été traînés dans la boue pendant des années, je voulais les mettre en valeur. C'est vrai que pour rentrer dans les détails, je gagne mieux ma vie en faisant des films institutionnels, en travaillant mutuellement pour la télévision, mais le plaisir est ici. C'est sur que dans la partie documentaire, le plaisir c'est de travailler dans le MMA, pancrace, dans le sport. Dans le MMA est-ce que vous êtes dans la recherche des émotions? Ou plutôt dans le côté spectacle? 606 En fait je te dirai les deux, parce que dans mon équipe, je travaille toujours avec un cadreur. Le cadreur est là pour m'assurer d'avoir un plan d'ensemble du combat. Et moi avec des plans plus serrés, je vais chercher le visage des combattants, c'est ce qui marque pour moi. Voir ce qui se lit sur les visages : l'appréhension là ça va mal je suis en train de perdre, ou alors je suis à l'aise, ça c'est intéressant. Et ensuite dans le montage je me sers des plans qui concordent, c'est-à-dire des plans de spectacle : les K.O spectaculaires qu'on passe au ralenti après, et puis les plans un peu plus introspectifs. Pour moi, les deux sont indissociables. Par contre, je me mets des certaines limites. Il y a des choses que je m'interdis, par exemple si tu veux il y avait un 100% Fight où t'avais un combattant qui attendait de faire un retour fracassant et était opposé à quelqu'un de pas très connu qui l'a mis K.O. Et alors, il a eu du mal à encaisser ça, le K.O c'est pas marrant, tu perds quelques secondes de mémoire, ce n'est pas bon pour la santé, ça ne rend pas plus intelligent. Et puis finalement il est parti après avoir salué tout le monde, j'ai couru derrière lui pour avoir sa réaction. J'ai vu qu'il s'est mis à genou, il a pleuré, une horreur franchement, ça m'a fendu le coeur. Il a pleuré avec les mecs autour de lui qui lui tapaient sur l'épaule : « c'est pas grave », franchement j'aurais pu filmer, il me voyait pas, j'aurais pu filmer, mais je me suis interdit de le faire, il y a des limites je trouve. Oui c'est dommage, mais c'est humain. Ce n'est pas que dans le MMA. C'est un divertissement, en tant que spectateur c'est un divertissement, faut pas se leurrer. Moi par exemple, à plus petit niveau, récemment, on m'a un peu calomnié sur Internet : « Ouais Arthur, de toute façon tu prends parti de telle personne, t'as été payé pour orienter ton reportage de telle manière ». Franchement, je l'ai mal pris, parce que j'y mets beaucoup de coeur, beaucoup d'énergie pour que tout le monde soit au même niveau. (la discussion se poursuit) Si vous deviez faire votre propre règlement pour un évènement, vous choisiriez lequel? C'est marrant ça parce que j'ai écrit là-dessus sur Ikusa. Moi j'aimais beaucoup la règle de l'Open guard du Cage Rage, pour l'avoir vu en Live, j'ai trouvé que ça marchait bien. C'est un peu comme ce que fait le One F.C, mais c'est litigieux? Au One fc c'était pas clairement défini. Au C age Rage, c'était tout simple : t'avais une ligne à un mètre de l'octogone, à l'intérieur, donc le combattant il pouvait voir s'il était au bord de la cage. Si t'avais un combattant au sol au-delà de cette ligne, t'avais pas le droit de lui envoyer un penalty et des stomps. Si le mec était avant cette ligne, tu pouvais le faire à l'exception que le mec soit sur le dos face à lui, ça permettait au mec de se défendre. C' est pour é viter qu'un mec sonné à quatre pattes ne reçoive un grand coup de savate dans la tron che. Pour le coup ça donne une image vachement sale même si ça fait partie du combat total . Voilà, donc au Cage Rage, les coups de coude debout, les coudes au sol, les clés, torsions tout ce que tu voulais, et les penaltys avec l'open guard. Quelle est pour vous, l'image la plus néfaste du MMA? C'est l'arbitre qui n'est pas au taquet, il laisse un gars sonné qui ramasse au moins (accentuation) une frappe en trop, ça me fait mal au coeur. Ce sera toujours une image sale et tu ne pourras jamais la modifier. Après globalement c'est l'image du dopage qui ne repartira pas demain la veille malheureusement. Ce que je n'aime pas du tout c'est le cutting, ce n'est pas sportif, c'est un cercle vicieux dans lequel un combattant professionnel doit rentrer de toute façon de nos jours. Mais ça ressemble à rien, un combat poids légers, en fait t'as deux poids moyens qui combattent, c'est une situation débile où personne ne fait vraiment son poids, retour à l'absolut! Pour moi l'absolut représente au mieux ce qu'est le MMA, parce que tu testes quelqu'un qui a toutes les techniques, parfois différentes des tiennes, et qui ne fait pas forcément la même taille, le même poids, et ça je trouve ça bon. En France, il y a eu le 608 Contenders 6 d'Atch où il avait un tournoi absolut de 73 à 93 kilos, c'est un tournoi que j'ai beaucoup aimé, malheureusement, on ne peut plus le faire. Morphologiquement les champions se ressemblent : grand, longiligne, grands segments à la Anderson Silva, Jon Jones, Junior Dos Santos. Chez les poids lourds, ils sont entre 115 et 120 kilos. Il n'y a plus le poids lourd comme Fedor. C'est vrai, ça collera peut-être avec ce qu'on disait sur l'évolution du MMA. Et peut-être t'auras des gars qui puiseront des techniques que les autres utilisent pas forcément. Fedor, il avait un excellent ground and pound, il jouait là-dessus, il avait une grosse défense de soumissions, il encaissait super bien. Ses enchaînements, sa vélocité. Est-ce que vous portez des vêtements fightwear? Ouais, ouais j'en porte. J'aime bien la marque Tapout, j'ai toujours aimé la marque et quand tu connais l'histoire, c'est lourd de sens parce qu' au début du MMA, t'avais UFC et Tapout et personne d'autre. T'as des mecs qui se sont lancés, on va créer un système où l'agent va transiter entre l'UFC et cette marque. J'aime bien ce qu'ils font. Ils sont souvent copiés par Venum d'ailleurs pour ne pas les citer. Et pour parler de marques moins connues, j'aime beaucoup Pride or Die, j'en ai un sur moi là, Pride or die c'est un côté fun du MMA : bien sûr personne ne va mourir mais le côté fun, surfeur qu'on retrouve dans le MMA et le jiu-jitsu, côté les vagues, tu viens prendre des ondes, t'es bien, tu t'extériorises. Pour moi Pride or die c'est ça. D'ailleurs, le t-shirt Pride or die « Fight club » ressemble à celui de la série Sons of Anarchy. C'est vrai. Dans la terminologie, les symboles, la marque joue sur le côté mauvais garçon. Oui comme la marque Bad boy. C'est vrai, bon après, t'en as de mauvais goût faut pas de cacher, c'est pas terrible. Il y a la marque Invincible de sympathique, j'aime le nom pour une marque de MMA, ça colle. Sur les films, vous m'avez répondu, Bloodsport. Vous regardez les films sur les sports de combat? Oui j'aime ce film, il y a un charme, il a bien vieilli, Van Dammej'aime ce côté de combattant personnifié, avec un style bien défini. Il y a aussi Warrior, c'est un peu plus cru, un peu plus premier degré, mais c'est respectable. Bon après c'est un peu tchip, il y a moins de budget, dans Kickboxer 4 t'as un tournoi NHB. T'as le retour de Tong Po qui fait un 609 tournoi à huit clos, avec des combattants de la capoeira. Il y a les frères Machado d'ailleurs, en 1996. C'est très marqué « premiers UFC ». Oui carrément. Mais c'est sympa. L'UFC est né à la suite des films comme Bloodsport, et aujourd'hui on voit des films plus premier degré. Oui c'est la tendance du cinéma actuel. En fait depuis les années 2002-2003, t'as un revival. T'as un retour de ce qui se faisait dans les années 1970. Les années 1970, les films n'étaient plus là pour divertir, mais montrer des choses de la vie réelle : des flics faisant des bavures, une violence crue. L'ExorcisteLa violence n'est pas contournée, on y va frontalement, ça s'est atténué dans les années 1980, 1990 encore plus et 2000 Et là ça revient en fait, et les mecs ils vont pas refaire Bloodsport ça marcherait pas, ils font Warrior. (la discussion reprend sur le cinéma avant de revenir sur le MMA) Êtes-vous fan des highlights sur le MMA? Oui des highlights de combattants, moi-même j'en fais, à la demande. Là on travaille sur celle de Florent Betorangal, un combattant du Parabellum qui a combattu chez Atch et qui vient de faire une sortie victorieuse en Italie, où il a gagné par T.K.O et qui combat en Russie dans deux semaines. Ouais, j'aime bien en faire, c'est sympa. Il y a des highlights qui peuvent être un peu sales (accentuation) Mais le highlight en règle générale, c'est une très bonne chose. Est-ce que vous avez un HL maker préféré? Oui, il y en a un, je crois que c'est un américain je les connais pas tous mais lui il était novateur il s'appelle Machinemen. C'est un espagnol. C'est un espagnol? Étonnant. Sensibilité européenne comme dirait les critiques (il sourit). C'est quelqu'un qui est très souvent dans les émotions. Excellent. C'est ça que j'aime parce que lui à l'époque, son premier highlight que j'ai vu une espèce de prévisionnel du combat de Wanderlei Silva contre Chuck Liddell avec la musique de la série télé Heroes. C'était la première fois que je voyais un highlight sans rap (accentuation), sans rock, sans truc violent! Parce que justement il faut être intelligent, le MMA il y a assez d'images brutales, faut pas rajouter de musiques brutales. Tu peux le faire 610 mais ce n'est pas très fin je trouve, alors que lui il mettait des musiques de cinéma, des bandes originales. Je remarque qu'on utilise davantage actuellement de musiques instrumentales. Oui, tu ne mets pas du blanc sur du blanc, tu mets du blanc sur du noir pour ressortir. C'est le même système pour moi. Est-ce que vous avez d'autres passions que le MMA et le cinéma? Celle-là est dépassée maintenant, mais j'étais fan des jeux de plateau Warhammer 40000. C'est comme un jeu de plateau avec des figurines où tu te construis une armée, et tu dois construire, peindre, tu te fais toi-même les décors et ensuite c'est comme des échecs. J'aime ce côté éche c . Vous aimez les combats de Georges Saint-Pierre et les stratégies à la Greg Jackson? Alors Georges Saint-Pierre jusqu'à 2007 et son deuxième combat contre Matt Serra ouais j'aimais bien. Le personnage est sympathique quoiqu'il arrive. Depuis 2008, j'accroche moins. Ok c'est le challenger qui doit aller chercher la ceinture, mais il est tellement rodé que ça fait des combats qui ne passionnent pas. En MMA j 'ai un côté fou gu eux, j'ai envie d'en prendre plein les yeux . Parce qu'en tant de spectateur c'est un rég al, t'as l'adrénaline à 100% , voilà le curseur est à 100%, tu ne sais pas ce qui va se passer, t ' as des coups dans tous les sens , c'est dangereux. Annexe n°19.2 : Méthodologie et idées clés groupe 2 Entretien n° 5 : Florent, 30 ans, Montpellier (Hérault). Fondateur et instructeur du club multisports Arte Suave à Montpellier. Entraîneur assistant spécialisé dans le JJB pour la préparation en MMA . Entretien réalisé à Montpellier, le 02/02/2011. - Découverte en 1996, avec l'UFC 2, par une cassette vidéo d'un ami du jiu-jitsu. - C'est un « mélange, donc intéressant sur le plan stratégique ». Un combat n 'est jamais le même. Il porte un intérêt particulier pour les « aspects techniques, tactiques, stratégiques ». Les différences entre sport et spectacle varient selon les stratégies commerciales, différentes entre le Japon (plus spectacle) et les USA (plus sport). Des valeurs positives comme les autres arts martiaux avec « le courage, l'abnégation, l'entraide ». - Les combattants ne sont pas des guerriers car ce « n'est pas la guerre », ne sont pas des têtes brûlées, sont un peu des intermittents du spectacle. Ne sont pas forcément des hommes d'honneur car ça dépend de la personne et non du sport. - Le MMA est violent mais pas violent quand on fait déjà des sports de combat. Besoin d'éduquer les gens qui ne connaissent pas ce sport. - Il a pratiqué le jiu-jitsu, jiu-jitsu brésilien et un peu de boxe anglaise. - Il n'est pas passionné par le MMA, ne porte pas d'habits, pas de films spécialisés. - Mélange, technique, violent, abnégation, efficacité. Durée : 50 min. L'entretien avait lieu dans la salle d'entraînement de l'Arte Suave, quartier Maurin de Montpellier. Nous étions assis en face à face. Il était sans gêne dans ses réponses, cherchant à être le plus précis possible, nt des hésitations. Il a le mérite d'être un acteur des arts martiaux en général ayant un recul sur les disciplines : un avis objectif. Entretien n°9 : Yohann, 32 ans Bordeaux (Gironde). Fondateur et webmaster du site Ikusa, éducateur sportif au Kraken Team de Bordeaux. Entretien réalisé par téléphone, le 04/03/2011. - Découverte en 1996, UFC 2, par un ami. 613 -La cage, les gants représentent le MMA, ne rien lâcher, l'investissement total des hommes. Le spectacle l'a charmé au début, puis c'est devenu un sport. - Des guerriers oui, mais plus trop maintenant car c'est moins « bourrin ». Des têtes brûlées au début. Des intermittents du spectacle surtout pour les français à cause de leur précarité. Des hommes d'honneur aujourd'hui car il y a plus de règles. - Le MMA est les arts martiaux « modernes » car une synthèse de tout . Privilégie autant la défense que l'attaque. Beaucoup d'arts martiaux comme le judo ont oublié d'où ils viennent, avec trop de règles . - Il a pratiqué le football, judo, jiu-jitsu, jiu-jitsu brésilien et grappling . - Passion né par le sport. Regardez au début des films comme Bloodsport. Ne porte pas d'habits spécialisés. Il aime aussi l'informatique. - Endurance, psychologie, passion, technique, persévérance. Durée : 1h30. L'entretien s'est déroulé par téléphone. Il est entraîneur de grappling au club de « Kraken team » sur Bordeaux, fondateur et administrateur du plus grand site francophone de combat libre Ikusa. Il était bavard, apportant des réponses rapides même s'il s'éparpillait quelques fois. Entretien n°10 : Steve, 27 ans, Mulhouse (Haut-Rhin), Informaticien. Entretien réalisé par Skype, le 09/03/2011. - Découverte en 1994, par un magazine où il parlait de l'UFC 2, un « tournoi à la Bloodsport ». - Les combattants sont des athlètes, motivés, qui font des sacrifices. Ce ne sont pas des guerriers, ne sont pas tous des têtes brûlées car ils jouent la sécurité, sont plus ou moins des intermittents du spectacle à cause de leur précarité et sont dans la majorité des hommes d'honneur. - C'est violent mais pas plus. Ça peut choquer à cause des , des coupures et du sang. - Les arts martiaux traditionnels ont montré qu'en combat « réel », ils n'étaient pas efficaces. Ils n'ont pas évolué leurs techniques depuis longtemps. De plus, les règles limitent l'efficacité des techniques. - Il regrette que les règles américaines dominent car les juges et certains combattants abusent du système de la notation. Contre les coudes au sol, il ajouterait les coups de genou au sol. 614 - Passionné par le sport en général. Il regarde les films de sports de combat. Il ne porte pas de fightwear. Il aime le cinéma, la lecture, le voyage, l'informatique, le billard. - Il a pratiqué la lutte contact, natation, escalade, karaté shotokan, aïkido, nunjitsu, grappling et jiu-jitsu brésilien. - Efficacité, arts martiaux, mélange, sport, éthique. Durée : 30 min. L'entretien s'est déroulé sur Skype. Le sujet est un modérateur du forum Ikusa, spécialisé dans le MMA américain. Hormis deux questions où il prenait son temps pour répondre, il apportait des réponses rapides, d'où la relative fa durée de l'entretien. Entretien n°16 : Sophian , 26 ans , Ami ens ( Somme ), Employé à France Télécom . Entretien réalisé par t éléphone , le 20 mars 2011. - Découverte en 2001, avec l'UFC 1 ou 2 et le Pride 10, « tout natur ellement quand on fait dé jà un sport de combat ». - « Sport de combat de référence avec toutes les phases de combat réel ». C'est un sport avec du spectacle derrière. - « Ce sont des gladiateurs des temps modernes », il faut du courage, du travail, de la détermination. Il les voit comme des guerriers , des têtes brûlées pour « rentrer dans la cage », des hommes d'honneur à « 98% » mais pas des intermittents du spectacle. - C'est plus violent parce qu'il y a les gants plus fins, ça coupe, il y a les coudes, les stomps avant. « Mais c'est pas plus violent que la box e th aïlandaise ». - Il y a plus de respect dans les arts martiaux tradition nels, où il n 'y a pas de trash-talking. Le respect en MMA est après le combat. - Passionné par le sport en général. Il aime la musique, le cinéma et la vie de famille. - Il a pratiqué le football américain, judo, boxe thaïlandaise et boxe anglaise. - Courage, travail, sacrifice, respect, honneur. Durée : 30 min. Entretien réalisé par téléphone, sans dictaphone. Le sujet a été choisi à partir des réponses apportées sur le forum Ikusa. Il était accompagné de sa fille en bas âge dont il s'occupait durant l'entretien. Pratiquant de boxe thaï, il a pu nous éclairer sur les différences entre les deux sports. Entretien n°34 : Cynthia, 22 ans, Hawaï (États-Unis), Réalisatrice de clips. Réponses reçues par mail le 12 mars 2013. - Passion, évolution, Pride, coeur, dévouement. - Découverte en 2003-2004, par le K-1, puis Pride et UFC . Elle était déjà fan de boxe mais sans l' influence des parents . - Ce sont des « guerriers des temps modernes », certains sont des intermittents du spectacle pour le show, ce sont des hommes d ' honneur car il y a l'esprit des arts martiaux. - Le Pride représentait la pratique parfaite. - Le MMA est plus « innovant », plus « frais » que les arts martiaux traditionnels. -À travers les highlights, elle veut créer une histoire avec les sentiments et pensées des combattants. - Les fans américains ont une méconnaissance de ce sport, le MMA ayant grandi « trop vite ». 616 -Elle regarde les films de Jean-Claude Van Damme et de Michelle Yeoh. Elle joue aux jeux vidéo mais ne porte pas de fightwears. Elle aime les voyages, l'anthropologie et l'archéologie. - Elle pratique la boxe anglaise et le kempo. Durée non évaluable. Malgré le souhait de réaliser l'entretien par Skype, le décalage horaire et l'emploi du temps chargé de Cynthia nous poussaient à le réaliser par mail. Après un rappel, elle a renvoyé ses réponses franches et complètes. Entretien n°41 : Lorenzo dit « Machinemen », 31 ans, Jaén (Espagne). À la recherche d'un emploi, réalisateur de clips. Réponses reçues le 15 juin 2013. - Grandeur, magique, passion, merveilleux, émotion. - Découverte vers 2000, par un ami avec une vidéo, puis sur Internet. -Nostalgie du Pride. Le One F.C a actuellement les meilleures règles. - L'Ultimate Fighter fut l'élément qui a permis à l'opinion sur le MMA d'évoluer - À travers ses highlights, il veut montrer le côté humain, émouvoir le téléspectateur. - Il regarde beaucoup de films sur ces sports, joue aux jeux vidéo et porte un peu de fightwears. Il aime le cinéma, la musique, les voyages et le sport. - Il pratique la musculation et la course. Durée non évaluable. L'enquêté ne souhaitait répondre que par mails, prétextant un emploi du temps chargé. Il a fallu deux rappels pour obtenir ses réponses. Entre-temps il a continué son activité artistique en réalisant plusieurs clips sur le MMA. Il est considéré comme le plus grand HLmaker de l'histoire du MMA. Discret en dehors de cette activité, nous étions les seuls à connaître son identité, en dehors d'un forum espagnol (MMAbarracus). Il a une vision idyllique de la discipline. Entretien n°47 : Benjamin, 30 ans, Paris, journaliste. Entretien réalisé par mail, réponses reçues le 1er février 2014. - Puissance, droiture, combat, respect, art. - Découverte pendant le Pride, par Internet et des DVD. - Ce sont des sportifs de très haut niveau. 617 - Le point négatif est que des bloggeurs s'approprient ce sport. Le MMA est trop dépendant de l'UFC. Il gagne sa vie grâce au MMA , ce qui cause des jalousies en France. - Il a pratiqué le football, boxe anglaise et du MMA à l'entraînement. Durée de l'entretien non évaluable. L'enquêté est un journaliste et producteur de l'émission No Contest, diffusée sur la chaîne Kombat sport. Originaire de la région parisienne, il séjourne régulièrement aux États-Unis, et plus particulièrement à Las Vegas. Il s'habille surtout en streetwears et d'autres fightwears. Il joue aux jeux vidéo spécialisés en MMA. Il a un regard critique sur les professionnels de ce sport en France. L'entretien n'a pas pu se faire par téléphone, il préférait par mails car il était encore sur le sol américain. Annexe n°20 : Entretiens du groupe 3 Annexe n°20.1 : Entretien n°25, Nicolas R., 48 ans, Valence (Drôme), Éducateur sportif pour la municipalité de Valence, préparateur physique pour le Rhône Ovalie Club, entraîneur et dirigeant du PlanetBoxe training camp. Entretien réalisé le 17 janvier 2012, à Valence. Depuis quand êtes-vous entraîneur de boxe anglaise? Oula depuis plus de 30 ans! Je fais ça depuis plus de 30 ans. J'ai démarré avec la boxe éducative, avec des petits, j'ai commencé à faire mes armes là, la filière fédérale classique : instructeur fédéral BE1, BE2. Après j'ai évolué logiquement dans la pratique : boxe éducative, boxe amateur, boxe semi-professionnelle, boxe professionnelle et haut niveau. Et si vous deviez définir la boxe anglaise, quelles seraient selon vous les principales valeurs? (il réfléchit) Il y a deux casje le vois de deux façons : il y a la boxe de compétition et la boxe-business. J'ai évolué dans les deux les deux rayons. La boxe business, il n'y a que l'argent qui prime. Ok, et depuis quand vous connaissez le MMA? Le MMA j'en ai entendu parler au départ sur Internet. Euh bien évidemment, on était fondamentalement contre! La diffusion du MMA, au niveau de la télé parce que ça nous 618 prenait de l'espace de l'espace temps et bien évidemment argent (accentuation). Donc je sais queil y a des gens de l' « ancien régime » de la boxe anglaise qui ont fait en sorte qu'on refuse l'accès au droit télé au MMA. Pour moi, le MMA bien évidemment c'est quelque chose qui serait diffusé parce que c'est codifié de la même façon qu'une autre pratique, que ça soit la boxe, le kick, etc. Voilà, je le place au même niveau qu'une autre pratique de sport de combat, d'opposition. Quand vous dites les droits télésvous faites référence à l'histoire de canal +? (NDLR la boxe était diffusée sur Canal+ alors que le Pride F.C était diffusé sur Sport+, soit une chaîne du groupe Canal). Moi, ce que je voisc'est que l'évolution aujourd'hui fait que dans les clubs, on arrive pratiquement à faire de la multi-boxes, on va de plus en plus vers de la multi-boxe. Parce que les mecs de l'anglaise se rendent compte que finalement, les gamins ne viennent pas parce que la boxe anglaise, elle est moins attractive que du pieds/poings. (il m'interrompt) Moi, j'ai un gars qui avait un championnat du monde en Hollande et euh dans la même soirée il y avait du free fight avec de grands noms! Et vous pensez qu'au niveau des entraînements, ce sont des sportifs à part entière? Oui, ce sont des sportifs à part entière. Quand tu vois, quand ils montent sur le ring : ils sont affûtés! On voit bien qu'ils n'arrivent pas là avec de la couenne (accentuation), ils sont prêts, ils sont affûtés. Pour moi, ce sont des athlètes, ouais. Quelle est la part de spectacle? (il réfléchit) Le combat ça plaît ou ça plaît pas. Heureusement qu'il y a des détracteurs, ça fait parler. Moi, ça ne me dérange pas, de tout temps il y a toujours eu les jeux du cirque, l'arène, on tue/on tue pas, on donne la vie/on donne pas la vie. La catharsis, c'est pas à toi que je vais l'expliquer (il sourit). Parce que de toute façon, il y a des spectateurs et on le regarde à la télé. Alors bien sûr, il y aura des gens qui seront contre. La corrida, quand ça passe à la télé les aficionados vont regarder la corrida et les détracteurs vont dire que c'est pas bien. Ceux qui aiment le sport de combat vont le regarder à la télé et pareil. Pensez-vous que dans les valeurs, parce que les détracteurs parlent toujours des valeurs. Y a-t-il des différences entre la boxe anglaise ou autres sports de combat et le MMA? Ben là, je vais te répondre en tant que technicien, technicien/éducateur. Les fondamentaux de l'abnégation, des efforts, la souffrance : ce sont les mêmes! Un éducateur il te dit ce qui est important si tu mets un gamin sur le ring et que ce gamin-là, il passe son seuil de souffrance, qu'il se batte avec lui-même. À partir de là, quand le gosse il vient et qu'il est dans cette logique-là, dans la vie c'est un mec qui ne baissera pas les bras, c'est un mec qui avancera de toute façon. J'ai expérimenté ça, ça fait 30 ans que je me sers de la boxe, des outils de médiation, d'insertion, socialisation tout ce que tu veux, euh le gamin qui en chie (accentuation) sur le ring est un gamin qui en chiera dans la vie et qui sera capable, il reproduira ses effets de transfert qu'il connaîtra à un moment donné. Voilà, si t'es guidé, obligatoirement tu feras des efforts et tu réussiras dans la vie. D'ailleurs, j'ai vu qu'il y avait un docteur qui expérimentait la boxe thérapeutique par la réinsertion. (il m'interrompt) Ça fait 30 ans que je me sers de ça comme outils. Mon mémoire de BE2 je crois, c'est « Boxe-thérapie ». C'est bien, qu'il expérimente (il sourit), ça marche. Rien que d'être face à soi-même, rien que pour se lever, s'habiller, venir, se peser, tenir un régime 620 alimentaire, rentrer dans la zone de la souffrance physique (accentuation) et de se battre avec soi-même. Rien que là, l'opposition que tu as avec toi-même quand tu es en phase de socialisation, je pense qu'elle est plus pointue que déjà parler de l'opposition que tu peux avoir avec un individu. Donc ton docteur, tu lui diras qu'il me convoque et on parlera en intimité (il rigole). Ok. Y a-t-il un moment où ça part en dérive? Oui, à tout moment! Bien évidemment. La codification interne de la pratique doit t'emmener à ne pas dériver. Mais à tout moment, la perte de contrôle, j'ai vu des mecs se finir à coups de pied, péter les plombs! On parle bien de l'anglaise, j'ai vu des mecs craquer et se mettre des coups de pied. Alors bien év idemment, l'accompagnement il est fin, il est subtil pour t'amener à comprendre ce qu'il se passe, d'amener le mec à se contrôler. Mais oui, tu peux craquer, on a vu même des mecs, des grands champions craquer : Oliver MacCall a éclaté en sanglots, refuser le combat, tourner le dos. Il se passe quand même des choses sur le ring au-delà de la boxe, il y a quand même de l'émotion. Parce que c'est vrai qu'en dehors de la boxe, comme en rugby, d'autres personnes pètent un plomb. Mais sur le ring, comment certains peuvent-ils basculer en dehors des règles? Ben, Tyson qui bouffe l'oreille à Holyfield, il craque le mec, il est dépassé, il est prêt à tout pour tricher et il lui mord l'oreille. J'ai vu des garçons ici qui étaient en championnats d'Europe qui ne s'en sortaient pas et qui sont arrivés à mettre des coups de coude, qui sont arrivés à parler aux mecs. Après tu as le fait que tu te mets à tricher quand t'es dépassé. Est-ce que c'est dû aux excès de la compétition? Ce sont les excès de la compétition où c'est l'individu qui n'est pas prêt à aller, à dépasser ses seuils de difficulté, des seuils de difficulté qu'il ne maîtrise pas. Et euh il faut que je réfléchisse là-dessus pour te dire ce que je pense. D'accord, pour revenir au MMA, que pensez-vous de l'avenir du MMA? Comment vat-il évoluer? Je pense que si les mecs qui sont à la tête de ça, arrivent àcontinuer à se battre, à créer une fédération, à codifier, structurer, ça va être On voit naître plein de pratiques sauvages, le truc brésilien, le truc chinois, le truc machin, le truc cambodgien, dès qu'il y a un mec qui revient d'un voyage dans un pays asiatique, qui revient avec une technique, ça y est il se lance et ça marche. On a vu apparaître dans les années 1980 avec Zenaf et tous ces gens-là, Battesti, Zenaf, on a vu arriver la boxe américaine, le full-contact. Après ils se sont battus entre eux, 621 chacun a monté sa propre fédération donc ça devient ingérable. Si aujourd 'hui le MMA reste le même truc, ça risque de marcher. Mais au moment où ils vont commencer à se dissocier, c'est comme la boxe thaï, il y a dix (accentuation) fédérations de boxe thaï. Nous, on évolue avec un groupe de gamins, il y a quinze fédérations! Les valeurs propres à la pratique sportive c'est que voilà, l'important c'est de participer, Coubertin, c'est facile à dire mais on va rester dans cette logique de participer, jouer, ça risque de fonctionner. Dès qu'on va partir dans le sport business, malheureusement c'est là où il y a de la dérive, elle arrive à ce moment-là. Tu rentres dans le sport business, les attributions, ils ont des salles, ils encaissent des cotisations.
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L'impact de la forme urbaine sur les déplacements de personnes a été étudié dès les années 1960. Les résultats ont été mobilisés par la planification des transports et la planification urbaine dans le but de réduire les conséquences environnementales des déplacements, promouvoir des déplacements neutres ou réduire l'usage de la voiture et proposer une ville durable (Crane R., 2000 ; Ewing, R., Cervero, R., 2001 ; Stead D., Marshall S., 2001). Le nombre d'études a considérablement augmenté à partir des années 1980-1990. Il est pléthorique. Les études portent sur les effets de la forme urbaine sur quelques marqueurs principaux : la distance des déplacements individuels et leur fréquence, la part modale des différents moyens de transport et la consommation d'énergie (Stead D., Marshall S., 2001). Les critères étudiés sont très divers et caractérisent la forme urbaine à différentes échelles. Citons la localisation et la taille de la ville, l'environnement bâti, l'utilisation du sol (densité d'habitat et d'emplois, mixité des usages), le réseau de transport (accessibilité, taille des mailles du réseau, design du réseau, type de jonction, etc.), les caractéristiques du bâti (âge, type, réseau de voies, présence de places de stationnement, proximité au réseau de transport en commun) (Stead D., Marshall S., 2001 ; Ewing, R., Cervero, R., 2001). Inversement les effets du transport (au sens large) sur les évolutions de la forme urbaine ont également fait l'objet de recherches ( Bavoux J-J., Beaucire F., Chapelon L., Zembri P., 2005 ; Rodrigue J.P., Comtois C., Slack B., 2006). Dans cette droite ligne, quand la géographie s'intéresse à la logistique c'est not pour comprendre comment la logistique affecte le développement urbain et l'utilisation de l'espace (Dablanc L., Rakotonarivo D., 2010 ; Andriankaja D., 2012 ; Frémont A., 2012) ou pour étudier la localisation des entrepôts logistiques en lien avec les lieux, réseaux et processus de la mondialisation (Taaffe, E. J., Gauthier, H.L., and O'Kelly, M.E., 1996 ; Rodrigue J.P., 127 Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville Comtois C., Slack B., 2006 ; Savy M., 2006a ; Hesse M., 2008). Les petites échelles mondiale, régionale et nationale sont préférées aux grandes échelles (agglomération urbaine, ville, quartier). Les différenciations spatiales sont souvent considérées par rapport aux progrès techniques des moyens de transport et à la diminution des coûts de transport (Hesse M., 2008). Contrairement aux relations entre mobilité des personnes, transport urbain et forme urbaine, les relations entre organisation spatiale et fret urbain ne sont pas ou peu étudiées et encore moins valorisées dans des outils de planification (Ogden KW., 1992 ; Woudsma C., 2001 ; Allen J., Browne M., Cherrett T., 2012 ; Routhier JL., Gonzales-Feliu J., 2013). Différentes explications peuvent être avancées : les outils et obligations en matière de gestion et planification sont plus récents s'agissant du TMV et le TMV n'est pas considéré comme un service public. En outre, il est mal connu et moins immédiatement compréhensible car le processus logistique est discontinu et met aux prises plusieurs agents (la marchandise, l'expéditeur, le destinataire, des agents intermédiaires) quand le transport de personnes associe simplement le passager, son transporteur et une AOTU. Dans l'exploration du lien entre ville et logistique urbaine, des chercheurs ont constaté que le fret urbain est davantage influencé par le type d'activités ou les spécialisations économiques, qui ont des effets sur les décisions des agents économiques, que par les spécificités des villes. Ceci a permis de généraliser la compréhension des flux de marchandises dans la ville en fonction du profil fonctionnel et économique et de l'utilisation du sol (land use) (Patier-Marque, 2002 ; Patier D., Routhier JL., 2009 ; Dablanc L., 2009a, 2011(Romano Alho A., Abreu e Silva (de) J., 2014). Le LET appréhende la forme urbaine de la ville à travers la répartition des activités et des hommes, considérant que la forme urbaine agit sur cette répartition. Le Laboratoire d'Economie des Transports de Lyon propose ainsi des invariants issus d'Enquêtes Marchandises en ville réalisées en 1995 et 1997. Les chercheurs ont observé que le nombre moyen de mouvements (livraisons et enlèvements) d'une zone et leur fréquence sont corrélés au profil des activités présentes dans cette zone et à la taille des établissements en nombre d'employés. Ils ont remarqué des spécificités en fonction du type d'activités : les pharmacies et certaines librairies sont fortement créatrices de mouvements –jusqu'à neuf ou dix en une semaine et par emploi –, les commerces alimentaires ou de gros sont moyennement pourvoyeurs alors que le tertiaire de bureau et les services sont peu livrés (0,2 mouvements par semaine et par emploi) (Dablanc L., 1998 ; DRAST, LET, 2000 ; Routhier JL., 2002 ; Patier D., Routhier JL., 2009). Dablanc parle ainsi d'une supply chain pour chaque secteur économique (Dablanc L., 2009). Le type de produit livré (nature, volume et po ) est également corrélé aux types d'entreprises, services, administrations, etc. Les chercheurs du LET soulignent 128 Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville également que la taille de la ville peut faire évoluer ces invariants. Enfin, du point de vue organisationnel, des relations ont également été repérées en fonction du profil économique de la ville. Si les mouvements des entrepôts, commerces de gros et de détail sont réalisés lors de tournées, la trace directe est privilégiée par les industries ou encore les grands magasins. L'hypothèse selon laquelle le transport de marchandises fait la ville, tout comme la ville concomitamment modèle et influence le transport de marchandises, est relativement partagée par la communauté scientifique. Elle est sous-entendue, quoique peu démontrée et expliquée, et encore moins exploitée. Le transport de marchandises participe en effet à la métropolisation par le phénomène de desserrement des activités logistiques à grande échelle et leur concentration à petite échelle. Dans le même temps, les évolutions spatiales, fonctionnelles et sociales des territoires urbains ont des conséquences sur la logistique. Il s'agit des programmes d'aménagement urbains, des choix urbanistiques et d'implantations des activités et des hommes, etc. (Frémont A., 2012). Dès le début des années 2000, des chercheurs en logistique urbaine ont avancé que le TMV est affecté par différents facteurs ayant trait à la « géographie de la ville ». Ils étudient les effets de la taille d'une ville sur l'organisation logistique, la densité et la localisation des activités sur les distances de livraison ou encore l'accessibilité urbaine et la situation géographique d'une ville (Woudsma C., 2001 ; Patier-Marque, 2002 ; Routhier JL., 2002). Plus récemment, des chercheurs ont évoqué l'organisation spatiale des villes ou ses « pré-requis ». Ils considèrent la taille de la ville, la forme urbaine, la localisation des activités commerciales et industrielles, la position de la ville dans la supply chain, le maillage et la morphologie urbaine (Dablanc L., 2009 ; Allen J., Browne M., Cherrett T., 2012 ; Lindholm M., 2013a ; Routhier JL., Gonzales-Feliu J., 2013). Mais ces réflexions ont peu débouché sur des recherches et des conclusions solides vérifiées dans le détail. D'un point de vue géographique, Dablanc a proposé un modèle selon les « city's geographical area », le centre-ville, les première et deuxième couronnes, dont les spécificités, notamment la présence d'activités économiques et la densité et le volume de livraisons, expliquent le choix des véhicules de livraison notamment (Dablanc L., 2009, 11). Quoique trop dépendante d'une vision itre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améli la distribution en ville mono-centrique traditionnelle de la ville, cette proposition ouvre la voie à une réflexion sur le lien entre forme urbaine, organisation spatiale et distribution de marchandises. Dans le but de favoriser la transférabilité des bonnes pratiques en logistique urbaine, Macário propose de modéliser la ville selon des zones urbaines partageant un même profil logistique (« logistic profile »), c'est à dire définies selon des besoins logistiques homogènes en fonction de trois facteurs : les caractéristiques de la zone urbaine (« city area features »), les exigences en matière de livraison des agents économiques et les caractéristiques des produits transportés (Macário R., Galelo A., Martins P.M., 2008 ; Macário R., Rodrigues M., Gama A., 2011 ; Macário R., 2013) (figure 14). Cinq profils logistiques sont définis : le central business district, la zone commerciale spécialisée, la zone résidentielle avec commerces de proximité, la zone commerciale (centres commerciaux), la zone d'hôtels/restaurants et commerces de proximité. Cette réflexion se réclame, par le vocabulaire qu'elle utilise (« land use », « geographic approach », « area features »), d'une analyse spatiale de la logistique urbaine. L'auteur défend que pour adapter les solutions logistiques urbaines qui ont fait leurs preuves dans d'autres villes il faut comprendre les points communs des zones urbaines, non seulement du point de vue de la gestion politique proposée par les villes, mais également en considérant l'utilisation de l'espace public. C'est ce qu'elle entend par « geographic approach » (Macário R., 2013, 509). L'approche géographique est transcrite dans les critères « city area features » du profil logistique. L'auteur y regroupe la densité commerciale, l'homogénéité des activités (entre services, commerces, zone résidentielle), l'accessibilité logistique définie selon le niveau de congestion et la présence ou non de mesures favorisant les livraisons, comme les aires de livraison, et enfin, les réglementations horaires. L'auteur mélange dans cette catégorie des crit proprement spatiaux mais également des critères d'ordre réglementaires et fonctionnels. Les critères utilisés ressortent d'une analyse de l'utilisation du sol qui ne couvre qu'une petite partie de ce que les spatial studies pourraient apporter à la logistique urbaine. Cette recherche, quoique très inspirante pour notre travail et en avance de phase en ce qui concerne les rapports entre géographie et fret urbain, reste toutefois relativement floue quant aux concepts géographiques. Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville Caractéristiques de la zone urbaine - Densité commerciale - Homogénéité des activités - Accessisibilté logistique - Mesuresrestrictives PROFILLOGISTIQUE Profil des agents et des livraisons Caractéristiques des produits livrés - Urgence de la livraison - urgence de la livraison - Conditions de manutention - Fréquence de la livraison - fréquence de la livraison - Conditions spéciales (fragilité, périssabilité) - Volume livré - volume livré - Planification de la livraison - planification de la livraison R. Ducret. 2014. D'après Macário, 2008, 2013 Figure 14- Définition du profil logistique d'une zone dans la ville selon Macário. Nous avons relevé des incursions plus précises dans le domaine de la géographie dans la littérature récente. Dans un article débutant sur le constat d'une insuffisante étude des interactions entre le fret urbain, la forme urbaine et l'utilisation du sol, Allen et al. démontrent, à partir de données publiques pour quatorze aires urbaines de Grande Bretagne de profils géographique et économique différents, que les caractéristiques spatiales, géographiques et d'utilisation du sol des villes influencent le fret urbain (Allen J., Browne M., Cherrett T., 2012). Se proposant de discuter de l'effet sur le fret des facteurs qui sont déjà reconnus pour influencer le transport de passagers, les auteurs passent ainsi en revue la forme urbaine, l'utilisation du sol et la localisation des entrepôts. Ils concluent que plusieurs facteurs géographiques et spatiaux comme la taille de la ville et sa place dans le réseau urbain, le design des rues, la densité et la forme de la répartition humaine, le plan de la ville tout comme l'utilisation du sol, la localisation des entrepôts et le profil fonctionnel du territoire, déjà mieux connus, ont des effets sur le volume de transport, l'efficience d'une tournée de distribution, le comportement des véhicules et l'intensité du transport de marchandises. Les conclusions relatives au profil fonctionnel d'une ville sont proches de celles du LET et déjà bien appréhendées. Plus intéressant, les auteurs comparent la ville de York à d'autres aires urbaines Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville britanniques et montrent que les contraintes viaires importantes de cette ville historique pèsent sur le taux d'efficacité du transport en interférant sur le choix de la taille des véhicules. Ils remarquent également que ratio tonne/kilomètre par rapport au véhicule/kilomètre (efficacité) est moins bon pour les tournées dans la zone urbaine par comparaison avec les tournées vers ou depuis la zone urbaine, notamment du fait des plus faibles capacités d'emport et chargement des véhicules utilisés pour les premières. Le point sur lequel les chercheurs sont plus nuancés et où la relation ne fait pas consensus à leurs yeux, est la relation entre fret urbain et forme urbaine. Considérant la ville d'un point de vue systémique, le jeu des acteurs – notamment institutionnels – et le niveau de prise en charge politique des questions de logistique urbaine jouent également un rôle dans l'organisation de la distribution urbaine. Mais ceci est déjà mieux connu de la recherche en logistique urbaine. Des travaux récents sur l'analyse multi-acteurs dans les projets logistiques urbains (Macharis C., Milan L., Verlinde S., 2013), sur les réactions des parties prenantes aux différentes mesures (Stathopoulos A., Valeri E., Marcucci E., 2012) ou encore des études sur la concertation dans la gestion du fret urbain (Macharis C., Melo S., 2011 ; Lindholm M., 2012 ; Diziain D., Gardrat M., Routhier J-L., 2013 ; Bracchi E., Durand B., 2014) abordent les effets des mesures réglementaires ou Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville de la coopération public-privée dans la mise en oeuvre et la pérennisation de solutions logistiques sans effets pervers. Notre recherche se place dans la filiation de ces travaux scientifiques récents. 4.1.2 Faire du lien entre territoire et TMV un objet de recherche et un axe d'amélioration de la distribution Si les sciences de l'espace étudient peu la logistique urbaine pour le moment, nous avions pourtant l'intuition dès le départ de cette thèse que le livreur et les professionnels de la distribution possèdent une connaissance empirique fine du territoire mise en relation dans le travail quotidien avec des raisonnements et des objectifs propres à la livraison. Ces organisations sont, en effet, très souvent porteuses de savoir-faire, compétences ou connaissances empiriques ou « tacites » peu mises en valeur par une compréhension systématisée (Nonaka I., Takeuchi H., 1997). De l'observation des organisations logistiques des professionnels décrites dans la partie précédente, émergent également les prémices d'une prise en compte des spécificités et différences entre les villes françaises par les acteurs de la distribution urbaine de colis, preuves que les territoires influencent la distribution urbaine et que s'y adapter de manière différenciée peut être un atout (Partie 1, chapitre 3). C'est en effet sur ce présupposé que s'est construite l'offre Distripolis de Geodis dont le schéma repose sur une différenciation des villes par la taille (métropole/ville moyenne/villes de 100 000 habitants) corrélée au volume de colis et qui modifie la configuration métier67. Les offres des messagers verts (Colizen, La Tournée ou Vert Chez Vous) sont quant à elles calibrées pour des centres urbains denses et contraints et les véhicules et modes de livraison pensés en conséquences. (Ducret R., Delaître L., 2013). L'échange avec différentes entreprises de la distribution et différents échelons opérationnels en leur sein68 a montré que les professionnels de la distribution, confrontés aux contraintes de leur environnement de distribution, analysent quotidiennement le territoire, l'apprivoisent et tentent de s'y adapter. Le territoire et son organisation spatiale sont bien plus au centre des réflexions des 67 Entretien Distripolis, juin 2012. Entretiens réalisés en 2012 avec 19 acteurs de la distribution urbaine de colis en France (Voir Annexe 2) puis en 2013 dans 19 villes françaises avec 24 professionnels de la distribution urbaine de colis (Voir 4.2.3 et Annexe 3). Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville acteurs de la distribution que les travaux de recherche ne le laisseraient penser. En effet , les professionnels de la distribution disposent de fines connaissances de leur territoire de distribution mais également des rouages de l'organisation logistique à plus petite échelle. Les transporteurs sont également de redoutables géographes du local capables d'une rapide adaptation aux contraintes structurelles ou conjoncturelles de leur territoire, essentielle à la réussite de la livraison. Les notions de distance, vitesse, accessibilité et réseau, campagne/périphérie/centre-ville, contraintes réglementaires et d'aménagement qui renvoient à des concepts maniés également par les géographes dans l'analyse spatiale ou l'urbaniste sont utilisés quotidiennement dans les organisations et stratégies déployées sur le terrain. Toutefois, le lien entre les organisations logistiques, le territoire – ses atouts, ses contraintes – et son organisation spatiale n'est pas conceptualisé et valorisé dans les entreprises. Il s'agit d'une connaissance empirique. Le lien se résume le plus souvent à une équation simple : contrainte = adaptation. Ce dytique connaissance/adaptation empirique des organisations au territo est un état de fait peu reconnu et peu, voire pas du tout, théorisé et utilisé par les entreprises de transport. Pourtant elles pourraient y trouver une mine d'or sur laquelle capitaliser et optimiser leurs process. Toutefois, peu d'entreprises de transport et de distribution sont engagées dans des démarches de recherche et développement. Quand c'est le cas, les innovations sont plutôt technologiques et organisationnelles. La majorité des professionnels interrogés disent ne pas prendre en compte de manière littérale les spécificités géographiques de leur territoire de distribution dans la planification des tournées ou leur organisation. Dans la suite de ce travail, nous allons essayer de faire monter en généralités et théoriser les connaissances tacites fines sur les territoires détenues par les professionnels. Elles permettront ensuite d'initier la création d'un outil capable de systématiser l'analyse spatiale des zones urbaines à des fins stratégiques, de manière à proposer des organisations de la distribution et des services de livraison adaptés et efficients. 4.2 De la prise en compte des caractéristiques spatiales des territoires urbains pour définir des organisations logistiques urbaines adéquates Convaincue de l'influence des caractéristiques spatiales du territoire urbain sur l'organisation de sa distribution et ayant constaté le faible développement de la recherche sur cet axe, notre thèse souhaite replacer le territoire au centre d'une compréhension du fret urbain et valoriser les liens qui unissent logistique urbaine et espace géographique pour favoriser des organisations logistiques et des réglementations plus efficientes, adaptées et acceptées. Pour ce faire, nous allons mobiliser des concepts de la géographie et les confronter au TMV. Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville 4.2.1 Mobiliser la géographie : ville, territoire et espace géographique urbain, quelques définitions Nous souhaitons mettre en exergue la façon dont la ville influence l'organisation du fret urbain et la distribution de colis ou comment deux entités spatiales interagissent et se modèlent en réponse. Pour cela, nous avons fait appel à la géographie, discipline des sciences humaines et sociales, dont l'objet d'étude est l'espace, dans ses rapports avec la société et qui se présente comme l'étude « de l'organisation et du fonctionnement du ou des territoires », des « modalités territoriales de fonctionnement d'une société » (Scheibling J., 1998, 146, 142) et de ses « jeux spatialisés » (Moine A., 2006, 122). Il existe une géographie des transports, qui s'intéresse aux déplacements d'hommes et de marchandises dans leurs relations avec l'organisation de l'espace, dans laquelle nous espérons pouvoir puiser des ressources pour mener à bien cette étude des relations entre le transport de marchandises en ville et son environnement urbain (Taaffe, E. J., Gauthier, H.L., and O'Kelly, M.E., 1996 ; Bavoux J-J., Beaucire F., Chapelon L., Zembri P., 2005; Rodrigue J.P., Comtois C., Slack B., 2006, etc.). Les concepts de ville et urbain sont questionnés par la géographie depuis des décennies : la thèse n'a pas pour objectif d'entrer dans ce débat (Pumain D., Paquot T., Kleinschmager R., 2006 ; Choay F., Merlin P., 2009 ; Hertzog A., 2010, etc.). Nous entendons par urbain le continuum allant du « milieu urbain », de la ville centre dense et de ses banlieues et faubourgs proches au « milieu périurbain » constitué des périphéries et franges périurbaines nées de l'étalement urbain et de la périurbanisation (Damette F., Scheibling J., 2011). Nous traitons de manière résiduelle de l'espace rural. Quoique l'urbain « outrepasse » la ville, nous avons déjà utilisé dans ce manuscrit, et continuerons à utiliser, ville et territoire urbain de manière indifférenciée et pour couvrir une même réalité qui transgresse les frontières administratives et oblige à penser les enjeux urbains à une échelle plus petite69. Pour nous aider à étudier les liens complexes entre une activité qui s'appuie sur l'espace – la distribution – et son support ou espace géographique – la ville –, nous mobilisons la notion de territoire du géographe. 69 Comme le géographe nous parlerons de petite échelle pour une vision large du territoire et de grande échelle pour une vision locale voire micro-locale. 136 Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville Un territoire est un espace géographique sur lequel se déploie une organisation spatiale et des constructions territoriales, issues des actions de la société pour s'y développer, qui témoignent du fonctionnement de la société et de son rapport à l'espace. Un territoire est un tout complexe car il est doté de différentes dimensions, naturelles et anthropiques : des caractéristiques physiques, une forme, une localisation, des contraintes, des atouts, des constructions spatiales (réseaux de transport ou de villes, frontières, etc.), un profil fonctionnel (fonctions et activités économiques). Il est également pourvu d'une « organisation du pouvoir » qui traduit le cadre dans lequel la société s'est approprié l'espace et de représentations de la société sur son territoire qui participent à l'organisation spatiale. Enfin, il est dynamique : son étude ne peut faire l'économie d'une approche historique (Scheibling J., 1998). Pour appréhender cette complexité, le territoire peut être conceptualisé à travers la notion de système. Le système est « un tout composé de sous-systèmes, d'éléments, et surtout de relations multiples, notamment des boucles de rétroaction positives ou négatives, qui évoluent dans le temps» (Moine A., 2006, 120). Il évolue dans un environnement, cadre et partenaire (Beaujeu-Garnier J., 2006). Il est composé de trois sous-systèmes principaux, et qui renvoient à la définition précédente du territoire (Moine A., 2006) (figure 15):  le sous-système de l'espace géographique/sous-système spatial utilisé, aménagé et géré par l'homme, où sont visibles les dynamiques territoriales du fonctionnement de société et où se jouent des interactions entre les différents sous-systèmes qui le composent : le soussystème de l'espace naturel ou physique, le sous-système anthropisé (les constructions spatiales, les activités humaines et fonctions) et le sous-système de l'espace social (relations sociales spatialisées) ;  le sous-système des acteurs qui agissent sur le territoire et le modèlent, médiatisé par une organisation du pouvoir et une régulation sociale ;  le sous-système des représentations, « des filtres qui influencent les acteurs » (Moine A., 2006, 121). 137 Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville Sous-système desreprésentations Sous -système des acteurs société civile Etat Interactions Sous-système spatial espace naturel entreprises espace social institutions espace anthropisé Influences extérieures R. Ducret. 2014. d'après Moine, 2006 Figure 15- Organisation d'un système La ville, en tant que territoire, est un système (Beaujeu-Garnier J., 2006). La figure 16 représente quelques éléments du système urbain. Le schéma est orienté d'un point de vue logistique et insiste sur les éléments du système urbain qui entrent en résonnance avec le fret urbain. La systémique a déjà été utilisée par des chercheurs en logistique urbaine pour expliquer que le TMV est issu de l'interaction de plusieurs éléments du système urbain (Routhier JL., 2002 ; Delaître L., 2008) 138 Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville Figure 16- Le système urbain Le sous-système de l'espace géographique urbain ou sous-système spatial peut être en partie appréhendé par le biais de réflexions sur la forme urbaine et la morphologie urbaine, concepts qui se prêtent à des analyses des flux et déplacements, comme nous l'avons vu avec les personnes (4.1.1). Il n'y a pas de définition consensuelle de la forme urbaine (Le Néchet F., 2010), concept polysémique (Choay F., Merlin P., 2009). Elle peut être définie de façon large comme la structure 139 Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville spatiale des activités humaines. Elle intéresse à la fois au bâti et à l'organisation spatiale, dans une approche multiscalaire (Le Néchet F., 2010). « La morphologie urbaine est l'étude de la forme physique de la ville, de la constitution progressive de son tissu urbain et des rapports réciproques des éléments de ce tissu qui définissent des combinaisons particulières, des figures urbaines » (Allain R., 2004, 5). Nées de l'homme, les formes sont en même temps des contraintes auxquelles les pratiques doivent s'adapter. Petite échelle - situation de la ville/ de l'aire urbaine (réseau de villes) - site - forme du développement urbain (étalement urbain, forme linéaire, auréolaire, etc.) - plan de l'aire urbaine (monocentrique, multipolaire) - infrastructures de transport (plan, accessibilité, connexité, etc.) - taille de la ville/ de l'aire urbaine Grande échelle - uilisation du sol (répartition de la population, des activités) - plan de la ville (zones, quartiers) - maille, environnement bati (type de bâti, type d'habitat, aménagements urbains, etc.) - maillage de détail (structure des rues, profil de voies, plan du réseau) R. Ducret, 2014. D'après Stead, Marshall, 2001; Ewing, Cervero, 2001. Figure 17- Critères et caractéristiques de la forme urbaine Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville L'approche par la forme est indissociable d'une approche par les fonctions urbaines, économiques notamment. Car, dans un système, fonctions et formes se répondent et s'influencent mutuellement, sans déterminisme (Allain R., 2004). Industrie, services, commerces, transport sont des fonctions urbaines, tout comme le fret urbain et la distribution urbaine de colis. Ce sont des activités économiques qui se nourrissent et sont au croisement de l'espace naturel, des constructions humaines sur le substrat physique (les infrastructures de transport, le réseau logistique, l'urbanisme commercial, le type d'habitat, etc.), de la réglementaire urbaine et des jeux des acteurs (institutionnels, consommateurs-citoyens, professionnels du transport et de la logistique et autres parties prenantes de la ville et de ses activités). Au croisement de ces influences s'épanouissent les organisations logistiques et techniques de la distribution urbaine de colis et des stratégies d'entreprises à plusieurs échelles que nous avons mises au jour dans la Partie 1. Considérer une ville comme un territoire urbain et un système nous permet de mieux rendre intelligible la complexité des relations entre les différentes fonctions qui se déploient dans l'urbain, et ses sous-systèmes. L'espace géographique de la ville, ses formes et ses aménagements produisent des effets sur les organisations d'acteurs et les organisations spatiales des fonctions urbaines, et réciproquement (Moine A., 2006 ; Scheibling J., 1998). Les acteurs, guidés par des représentations de la ville, agissent sur l'organisation spatiale du territoire urbain et indirectement sur l'organisation des fonctions urbaines. Ainsi, nous pouvons dire que la ville dans toutes ses dimensions (espace naturel, formes construites acteurs et représentations) influence les organisations spatiales des acteurs de la distribution urbaine de colis. L'analyse systémique permet en outre de penser les enjeux du fret urbain dans leur écosystème, de décloisonner pour envisager l'ensemble des conséquences et tous les effets annexes d'une mesure ou d'une organisation, d'insérer la logistique urbaine dans une nécessaire gestion globale de l'urbain (Wieser P., 2013). L'utilisation des concepts et du vocabulaire de la géographie permet également de parler aux aménageurs et urbanistes et ainsi de les sensibiliser aux enjeux logistiques urbains. Enfin, c'est une façon concrète d'ouvrir la logistique urbaine à une discipline, la géographie, jusque-là restée en retrait dans le traitement de ces enjeux. 141 Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville 4.2.2 Faire émerger la connaissance empirique du territoire : entretiens dans dix-neuf territoires urbains français Par une enquête qualitative menée auprès d'un panel de vingt-quatre professionnels de la distribution, trente-et-un acteurs politiques locaux et neuf agences d'urbanisme dans dix-neuf villes françaises et associée à un travail de terrain dans ces mêmes villes, nous nous sommes donnés les moyens de vérifier, infirmer ou confirmer, de façon scientifique mais empirique, l'hypothèse de départ, à savoir que la ville influence l'organisation du fret urbain. Il s'agit d'en donner des exemples concrets et des éléments d'explication théoriques généralisables. L'hypothèse principale –l'espace géographique urbain et le jeu des acteurs du territoire modèlent directement et indirectement les organisations logistiques – se décline en plusieurs éléments que nous souhaitons vérifier et détailler :  la forme de la ville à petite échelle et son développement urbain ont des conséquences sur la distribution urbaine;  le réseau d'infrastructure de transport, à toutes les échelles, conditionnent en partie la distribution ;  le maillage de détail des villes à grande échelle et les aménagements urbains influencent la distribution urbaine ;  les différents usages du sol entre fonction d'habitat et fonctions économiques ;  le jeu des acteurs, notamment publics, et leurs représentations de la ville agissent directement et indirectement sur la distribution urbaine ;  et enfin les profils fonctionnels différenciés des villes (les activités économiques et administratives ou encore culturelles) influencent les organisations logistiques ponctuellement ou plus durablement. Nous avons étudié différents éléments des systèmes urbains en détail (le sous-système spatial et le sous-système d'acteurs) avec pour objectifs de déceler dans quelle mesure ils agissent sur la distribution, selon quels leviers et pour quels effets ainsi que la façon dont les acteurs professionnels y adaptent leur organisation logistique. 142 Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville Trois éléments doivent être pris en compte pour réaliser un diagnostic territorial70 : l'espace naturel (ses contraintes et atouts et son influence sur l'organisation de l'espace géographique et les relations entre acteurs), l'organisation de l'espace géographique anthropisé (répartition des objets, forces et faiblesses de l'organisation, influence du contexte naturel, etc.) et l'organisation et les jeux des acteurs sur le territoire (Moine A., 2006). Nous nous sommes inspirés de cette démarche pour mener un diagnostic territorial du fret en ville. Dans notre étude, le site et la situation de la ville, la forme de la ville, les phases de son urbanisation et son plan à différentes échelles, la localisation des activités, la morphologie urbaine, le maillage des voies, le réseau de transport, le type d'habitat, les aménagements urbains et le degré de prise en charge politique de la logistique urbaine ou encore le profil fonctionnel et les spécialisations économiques de la ville ont fait l'objet d'une analyse au prisme des organisations logistiques de la distribution urbaine. Cette étude est le second apport théorique de la thèse au champ disciplinaire de la logistique urbaine. Les dix-neuf villes choisies pour l'étude (pour dix-sept aires urbaines71) présentent des profils différenciés en matière d'organisation spatiale, de morphologie urbaine et en fonction de leur spécialisation fonctionnelle [Annexe 3]. La liste des villes étudiées est la suivante : Strasbourg, Montpellier, Lyon, Toulouse, Orléans, Besançon, Limoges, Angers, Marseille (aire urbaine de Marseille-Aix en Provence), Douai (aire urbaine de Douai-Lens), Toulon, Bayonne, Avignon, Aix en Provence (aire urbaine de Marseille-Aix en Provence), Calais, Lens (aire urba de Douai-Lens), Mâcon, Tours, Montbéliard. Les soixante-quatre entretiens réalisés en 2013 s'appuient sur un panel représentatif et relativement équilibré entre trois types d'acteurs du fret urbain et de la gestion urbaine. Ils nous permettent de nous appuyer sur des données nombreuses et de qualité. Les entretiens menés en 2012 pour comprendre le secteur de la distribution urbaine de colis [Annexe 2] ont complété sur certains points les soixante-quatre entretiens axés sur le lien territoire et TMV. Ainsi quatre-vingt-treize entretiens nourrissent notre étude. 70 Le diagnostic du territoire repose sur « une approche spatiale et organisationnelle du territoire étudié » et « vise à répondre à des objectifs précis, () prendre en compte l'ensemble des contraintes qui s'appliquent au territoire () rendre compte d'un fonctionnement socio-éco spatialisé () à différentes échelles » (Moine A., 2006, 128) 71 Selon la définition de l'INSEE, une aire urbaine donne une image de l'influence d'une ville. Elle est composée d'un pôle urbain et d'une couronne urbaine. Un pôle urbain est une unité urbaine d'au moins 1 500 emplois. La couronne correspond aux communes ou unités urbaines, dont au moins 40 % de la population résidente ayant un emploi travaille dans le pôle ou dans les communes attirées par celui-ci (Insee, 2011e). Chapitre 4. Mettre au jour et comprendre l'influence du territoire sur la livraison urbaine pour améliorer la distribution en ville Les acteurs rencontrés sont des professionnels du transport, des acteurs publics locaux et des experts du territoire (agences d'urbanisme) mais également des acteurs de la distribution de colis, des associations de professionnels du transport ainsi que des experts du transport au niveau national (études, stratégie, prospective). Le dialogue développé avec les professionnels de la distribution urbaine d'une part et les collectivités territoriales d'autre part est un des points fort de la thèse. Pour ne pas surcharger le corps du manuscrit, nous avons placé en annexe la méthode de l'étude : le panel des acteurs rencontrés et le choix des villes « auditées », le questionnaire élaboré ainsi que la grille d'analyse et la méthode de terrain [Annexe 3]. Seuls les résultats feront l'objet des deux parties suivantes. L'observation des organisations logistiques de la distribution urbaine donne au territoire urbain, dans sa dimension spatiale et actorielle, un pouvoir d'influence sur la logistique. Pour autant, la recherche, qu'il s'agisse du champ de la logistique urbaine ou des sciences de l'espace, n'a pas approfondi cette assertion, contrairement aux travaux pléthoriques mené sur les liens entre forme urbaine, morphologie urbaine et transport de personnes. Toutefois, nous sommes convaincus qu'une meilleure connaissance des logiques du TMV et de la distribution urbaine de colis au travers des organisations spatiales urbaines peut apporter aux organisations logistiques et aux réglementations du fret urbain en favorisant l'adaptation à un environnement bien compris, dans une optique de durabilité et d'efficience. Le rapprochement de la géographie et de la logistique urbaine devrait permettre d'étudier le lien TMV-territoire et de prouver les avantages de sa prise en compte. La suite de cette seconde partie se propose de vérifier l'influence des différentes composantes spatiale, organisationnelle et actorielle du système urbain sur la distribution urbaine et d'apporter un socle théorique qualitatif. Nous allons interroger les leviers des interactions territoire-TMV et leurs effets sur l'organisation de la distribution. Des exemples concrets observés dans les villes étudiées vont étayer l'analyse. Préambule aux chapitres 5 et 6 Préambule aux chapitres 5 et 6 L'analyse des entretiens réalisés auprès des professionnels de la distribution de colis révèle plusieurs caractéristiques urbaines influençant la livraison urbaine. Nous les avons classées en neuf groupes (figure 18). 70% des professionnels de la distribution de colis ont évoqué directement ou indirectement des contraintes liées au maillage de détail des infrastructures de transport et de la voirie en centreville et 67 % reviennent sur l'influence du réseau d'infrastructures à petite échelle (aire urbaine, agglomération, etc.). Etalement urbain, mitage et contraintes de densité apparaissent également comme des enjeux d'organisation importants (cités respectivement par 59% et 52% des professionnels). Aménagement urbain et partage de la voirie sont ressortis des discours, quoique de façon moins prégnante (cités respectivement par 44% et 33% des professionnels). Enfin, les réglementations en matière de fret urbain et la question du stationnement ont été cités comme des contraintes à la distribution par 52% et 30% des professionnels. Nous retrouvons dans ces réponses les éléments du sous-système spatial et du sous-système des acteurs, tel que nous les avons définis dans le territoire urbain. Figure 18 -Neuf facteurs urbains influençant la distribution urbaine identifiés par les professionnels Source : entretiens. 2013 Nota Bene : nombre total de personnes rencontrées ayant évoqué cette caractéristique ayant une influence sur la distribution. 59% des interrogés ont évoqué l'étalement urbain et le mitage comme facteur influençant la distribution urbaine. Les réponses ne sont pas exclusives les unes des autres. Le chapitre 5 a pour objectif de creuser l'étude des éléments de l'organisation spatiale urbaine qui influencent la distribution urbaine. Le chapitre 6 va approfondir les effets du jeu d'acteurs et de leurs représentations de la ville, médiatisés par les réglementations locales et les projets en matière de fret urbain, sur l'organisation de la distribution. Chapitre 5. Quand l'organisation spatiale du territoire influence la distribution urbaine Chapitre 5. Quand l'organisation spatiale du territoire influence la distribution urbaine Ce chapitre transcrit les résultats de l'étude orientés plus particulièrement sur les interrelations qui unissent TMV et organisation spatiale d'une ville. Il analyse la façon dont le soussystème spatial - naturel et anthropisé - influence l'activité de fret (figure 16). Nous avons mené une analyse qualitative des entretiens ainsi qu'une analyse structurelle des villes d'étude, à partir desquelles nous proposons de généraliser les liens entre l'organisation spatiale des villes et la distribution urbaine. La démarche repose à la fois sur l'analyse systématique des relations entre l'organisation de la livraison urbaine de colis et un certain nombre d'éléments urbain, à savoir la densité, l'étalement urbain, le réseau d'infrastructure de transport, le maillage et la parcelle, le site et la situation et enfin, la localisation des activités. Elle s'appuie également sur l'observation des stratégies d'implantation des firmes et de leurs stratégies d'adaptation au territoire pour en déduire quels éléments de l'organisation urbaine influencent la distribution et comment. Nous avons organisé la réflexion selon une analyse multi-scalaire où les éléments du système urbain sont tour à tour étudiés à petite puis grande échelle. S'agissant de la répartition des hommes et des activités sur un territoire, densité, étalement et forme de la ville agissent directement sur l'organisation de la distribution urbaine, à toutes les échelles, et conditionnent en partie la productivité de l'activité (5.1). D'autre part, le site, la situation de la ville et l'accessibilité (routière) des zones à livrer et de la plate-forme logistique sont également des éléments du système spatial à intégrer dans l'analyse logistique de la distribution (5.2). Enfin, à grande échelle, maille et maillage de la ville ou encore type de bâti ont des conséquences très directes sur la livraison et la remise du colis (5.3). Ces composants du système urbain ainsi révélés comme étant des facteurs influençant le TMV, sont les éléments essentiels d'un diagnostic territorial préalable à toute gestion ou organisation du fret urbain. Chapitre 5. Quand l'organisation spatiale du territoire influence la distribution urbaine 5.1 La répartition des hommes et des activités sur le territoire, facteur de productivité de la livraison urbaine Dans une première approche de la forme urbaine, c'est la tache urbaine qui apparaît aux yeux du géographe, la répartition des hommes et des activités et les contrastes de densité. Nous allons donc interroger les liens entre l'implantation des hommes et des activités et l'organisation de la distribution. Parmi les dynamiques spatiales dans les villes, urbanisation et étalement urbain sont deux processus concomitants de densification et dilatation de l'espace urbain à l'oeuvre en France (Smits F., 2007 ; Insee, 2011a). Nous cherchons à savoir quels en sont les effets sur la distribution, en termes de productivité de la livraison et d'organisation du process, et également comment les acteurs professionnels s'y adaptent. Ces questions ne sont pas étrangères aux chercheurs en logistique urbaine. L'utilisation du sol (land use) est notamment au centre du modèle Freturb qui permet in fine d'estimer les mouvements de marchandises en ville en fonction des types d'activité (DRAST, LET, 2000). Les questions de desserrement logistique sont également traitées (Hesse M., 2008 ; Dablanc L., Rakotonarivo D., 2010 ; Frémont A., 2012 ; Andriankaja D., 2012). 5.1.1 Les contraintes et atouts des fortes densités urbaines pour la distribution Le phénomène de métropolisation, qui tend à une concentration, à des degrés divers, des hommes et des activités dans les pôles urbains de toutes tailles, a des conséquences multiples sur la distribution urbaine, positives comme négatives, directes et indirectes. La densité est le nombre de points de distribution72 (entreprises ou particuliers) pour une surface donnée. Elle définit le nombre de mouvements (livraisons ou enlèvements) réalisés par un livreur au cours de sa tournée et la productivité (nombre de livraisons par tournée ou par km, etc.). S'agissant de la relation densité de points à livrer et mouvements de marchandises, nous savons que les zones de plus forte densité humaine et d'activité sont synonymes de volumes plus élevés et de plus nombreux mouvements de marchandises (Dablanc L., 1998 ; Routhier JL., Dufour JG., Patier D., 2006). Conformément aux mouvements de métropolisation, les villes sont le lieu privilégié de concentration des commerces et d'activités industrielles et commerciales, c'est 72 Point de distribution (PDI) : critère utilisé par La Poste pour désigner un arrêt du facteur pour distribuer le courrier ou le colis et associé à une adresse précise (maison individuelle, magasin, immeuble). 147 Chapitre 5. Quand l'organisation spatiale du territoire influence la distribution urbaine pourquoi s'y concentrent également de nombreux mouvements de marchandises (Rodrigue J.P., Dablanc L., 2013). La taille de la ville (Routhier JL., 2002) et son degré de métropolisation font varier la proportion des constantes. Les figures 19 et 20 expriment cette relation pour cinq villes de notre panel pour lesquelles les données nous ont été fournies. Figure 19- Relation entre densité d'établissements d'une ville et mouvements de marchandises Source : entretiens 2013 et données INSEE Figure 20- Relation entre densité de population d'une ville et mouvements de marchandises Source : entretiens 2013 et données INSEE 148 Chapitre 5. Quand l'organisation spatiale du territoire influence la distribution urbaine La densité pèse sur l'organisation de la distribution. Elle détermine le nombre de tournées de distribution, l'organisation des tournées, le type de véhicule et, finalement, la productivité. Une forte densité de points de distribution est au premier abord synonyme de forte productivité pour des tournées bien chargées et moins longues. Toutefois, une forte densité de points peut également être contraignante en agissant sur la vitesse de circulation des véhicules par l'intermédiaire du nombre, de la fréquence et de la durée des stops pour livraison ou enlèvement. Une forte densité de points peut se traduire par un grand nombre de points de remise (PRE)73 sur un même point de distribution (PDI), ce qui est relativement productif. Il peut s'agir également d'un grand nombre de points à desservir le long d'un tronçon de voie. La densité peut être alors synonyme d'arrêts fréquents du véhicule de livraison accompagné d'un temps de remise plus ou moins long selon qu'il s'agisse d'une remise en main propre, en boîte ou d'un avisé ; d'un professionnel ou d'un particulier. Ces éléments peuvent diminuer la vitesse des tournées et donc leur productivité. A Avignon, un professionnel interrogé nous indique livrer en moyenne douze clients à l'heure en zone industrielle, dense d'un point de vue client mais peu contrainte du point de vue structurelle (destinataire bien identifié, plusieurs remises sur un même point, parking aisé), contre en moyenne six clients à l'heure en centre-ville74. La densité points y est importante, mais les points de remise sont indépendants, ce qui augmente le nombre de stops. En outre, le réseau viaire est étroit et rend l'arrêt moins aisé ; le bâti, fragile et protégé, est quelque fois difficile d'accès et la réglementation horaire dans la zone piétonne rend la circulation chaotique. La contrainte de densité peut s'accompagner d'une contrainte fonctionnelle dans des zones spécialisées comme des zones de restaurants (Place de la Comédie ou Antigone à Montpellier), bars (Petit Bayonne) ou encore des quartiers d'affaires (Part Dieu à Lyon) en raison de la nature des objets à distribuer (encombrants, périssables, objets variés) qui nécessite des moyens de manutention spécifiques (diable, tire-palette, etc.), voire plusieurs allers-retours, etc. Dans le même temps, densité et urbanisation peuvent peser sur la productivité des axes de transport et l'accessibilité des territoires, en favorisant des zones de congestion aux abords des zones d'habitat denses ou dans les zones d'emplois ou mixtes denses. Elles agissent indirectement sur la 73 Point de remise (PRE) : critère défini par La Poste comme l'endroit où le facteur remet le courrier ou le colis dans une boîte ou en main propre, il est matérialisé le plus souvent par la présence d'une boîte aux lettres. Pour un même point de distribution (PDI) (voir définition page 147), il peut exister plusieurs points de remise (PRE). Par exemple un immeuble = 1 PDI = 1 ou plusieurs PRE. Chapitre 5. Quand l'organisation spatiale du territoire influence la distribution urbaine productivité des activités de TMV qui empruntent les mêmes axes que les déplacements domiciletravail des navetteurs ou les déplacements d'achat. L'urbanisation fait également peser une menace sur l'implantation des activités logistiques dont la cohabitation avec des zones d'habitat est souvent remise en question .
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72bacdc2c2aab420094fc59895fc13ff_19
French-Science-Pile
Open Science
Various open science
2,011
Taux de change effectifs
None
French
Spoken
7,696
15,016
7 229 7 863 8 448 Turquie 3 716 4 617 6 440 9 382 7 539 4 805 6 789 8 769 9 859 8 983 10 962 12 937 11 883 14 788 Brésil 1 529 1 709 2 266 2 419 3 854 3 754 3 868 3 331 3 536 2 633 3 068 3 215 .. .. Chili 1 634 1 540 1 450 1 644 1 759 1 632 1 742 1 723 1 412 1 614 1 785 2 027 2 253 2 507 Chine 21 070 20 034 22 765 23 770 25 073 27 047 31 229 33 167 36 803 32 970 41 761 46 809 49 913 54 720 Estonie .. 331 403 504 602 .. .. 848 937 1 009 1 300 1 358 1 330 1 286 Inde 1 886 2 124 2 288 2 374 2 359 2 482 2 649 2 537 2 384 2 726 3 457 3 919 4 447 5 082 Israël 2 595 2 978 2 765 2 461 2 283 2 895 3 165 1 077 694 900 1 374 2 005 2 131 2 748 Fédération de Russie Slovénie Afrique du Sud .. 5 311 5 496 .. .. .. .. 3 215 3 231 3 101 3 275 3 438 4 416 .. 648 641 714 803 799 740 884 933 1 006 1 053 1 125 1 192 1 247 1 354 3 897 4 488 4 915 4 976 5 732 5 890 5 872 5 787 6 430 6 505 6 678 7 369 8 396 9 091 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/826886665341 Arrivées de touristes non résidents séjournant dans des hôtels et des établissements similaires Croissance annuelle moyenne en pourcentage, 1997-2007 ou dernière période disponible 10 8 6 4 2 0 -2 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/822707613066 PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 247 QUALITÉ DE VIE • SÉCURITÉ POPULATION CARCÉRALE QUALITÉ DE VIE Sécurité La criminalité cause de grandes souffrances aux victimes et à leur famille, mais les coûts liés à l’emprisonnement peuvent aussi être considérables. Ces coûts sont normalement justifiés par le besoin d’infliger aux coupables une punition, de dissuader les autres de se comporter de façon similaire, et de prévoir la récidive. La taille de la population carcérale dépend du niveau de criminalité, des mesures législatives et de l’efficacité des mesures d’application. Définition L’indicateur retenu ici porte sur l’ensemble des catégories de population carcérale, y compris les individus incarcérés en attente de leur procès et les personnes placées en détention provisoire pour 100 000 habitants. Ces informations sont recueillies par le Centre international d’études pénitentiaires tous les trois ans environ, depuis 1992. Il convient de noter que toutes les personnes incarcérées n’ont pas été reconnues coupable d’un crime, en raison de l’inclusion des personnes en attente de procès ou d’une décision d’arbitrage. Comparabilité Le taux d’emprisonnement peut varier selon les pays, selon que ceux-ci appliquent comme sanctions judiciaires la détention à domicile ou la réhabilitation résidentielle. Ces dernières façons d’appliquer le système judiciaire ont quelques similitudes avec la prison, mais elles ne constituent pas une incarcération dans une institution officielle. Des informations comparatives supplémentaires sont disponibles auprès de la Source citée plus haut : parmi ces informations, des renseignements sur la part de la population carcérale totale des détenus préventifs/provisoires, des prisonnières, des jeunes prisonniers, des prisonniers étrangers, et du taux d’occupation (en pourcentage) par rapport à la capacité officielle de la prison. En bref Ces quinze dernières années, la plupart des pays de l’OCDE ont enregistré une augmentation continue de leur taux de population carcérale. En moyenne, parmi les 30 pays de l’OCDE, ce taux a augmenté à un niveau de 100 personnes pour 100 000 unités de la population totale au début des années 90 à 140 personnes à la fin des années 2000. Le taux de population carcérale le plus élevé est celui des États-Unis, où 760 personnes pour 100 000 étaient en prison en 2008 : un tel niveau représente trois à quatre fois celui du pays qui a le deuxième taux le plus haut (la Pologne), et l’augmentation a été rapide. L’augmentation de la population carcérale s’étend à la plupart des autres pays de l’OCDE. Depuis 1992, le taux de population carcérale a plus que doublé aux Pays-Bas, au Mexique et en Turquie, tandis qu’il a baissé au Canada, au Danemark, en Hongrie, en Corée et en Suisse. La composition de la population carcérale est très différente selon les pays. En moyenne, un prisonnier sur quatre est un détenu préventif ou provisoire, mais ces deux catégories représentent une part beaucoup plus importante de la population carcérale en Italie, au Luxembourg et en Turquie. Les femmes et les jeunes (âgés de moins de 18 ans) représentent en moyenne respectivement 5 % et 2 % de la population carcérale. Les étrangers quant à eux occupent une part beaucoup plus large (22 % de tous les détenus en moyenne), cette part dépassant les 40 % au Luxembourg, en Suisse, ainsi qu’en Autriche, en Belgique et en Grèce. Dans plusieurs pays, l’augmentation rapide de la population carcérale dépasse les capacités d’accueil des institutions existantes; les niveaux d’occupation sont supérieurs à 100 % dans plus de la moitié des pays de l’OCDE, et supérieurs à 125 % en Grèce, au Mexique et en Espagne. 248 Source • Walmsley, R. (2009), World Prison Population List (huitième édition), Centre international d’études pénitentiaires, Londres, www.kcl.ac.uk/depsta/law/research/icps/worldbrief/. Pour en savoir plus Publications analytiques • OCDE (2009), Panorama de la société 2009 : Les indicateurs sociaux de l’OCDE, OCDE, Paris (voir www.oecd.org/els/social/indicateurs/ SAG). • Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (2009), Enquête des Nations Unies sur les tendances de la criminalité et le fonctionnement des systèmes de justice pénale (onzième enquête), UNODC, Vienne, www.unodc.org/unodc/en/data-andanalysis/United-Nations-Surveys-on-Crime-Trends-and-theOperations-of-Criminal-Justice-Systems.html. Sites Internet • OCDE, Statistiques sur la protection sociale, www.oecd.org/ statistics/social. • Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, www.unodc.org. PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 QUALITÉ DE VIE • SÉCURITÉ POPULATION CARCÉRALE Taux de la population carcérale Nombre pour 100 000 habitants 1992 1995 1998 2001 2004 Allemagne 71 81 96 98 98 2009 90 Australie 89 96 107 116 120 129 Autriche 87 78 87 86 110 99 Belgique 71 75 81 85 88 93 Canada 123 131 126 117 108 116 Corée 126 133 147 132 119 97 Danemark 66 66 64 59 70 63 Espagne 90 102 114 117 138 164 États-Unis 505 600 669 685 723 760 Finlande 65 59 50 59 66 67 France 84 89 86 75 92 96 Grèce 61 56 68 79 82 109 Hongrie 153 121 140 170 164 152 Irlande 61 57 71 78 76 85 Islande 39 44 38 39 39 44 Italie 81 87 85 95 96 97 Japon 36 38 42 51 60 63 Luxembourg 89 114 92 80 121 155 Mexique 98 102 133 164 183 208 Norvège 58 55 57 59 65 70 Nouvelle-Zélande 119 128 143 152 160 195 Pays-Bas 49 66 85 95 123 100 Pologne 160 158 141 208 211 225 Portugal 93 124 144 128 125 104 République slovaque 124 147 123 138 175 151 République tchèque 123 181 209 210 169 209 Royaume-Uni 91 100 125 126 140 153 Suède 63 65 60 68 81 74 Suisse 79 80 85 71 81 76 Turquie 54 82 102 89 100 155 Moyenne OCDE 100 111 119 124 133 140 Afrique du Sud 280 280 387 409 333 329 Brésil 74 92 102 133 183 242 Chili 155 155 181 225 238 317 Chine .. 101 115 111 118 119 Estonie 306 295 330 351 339 273 Fédération de Russie 487 622 688 638 587 624 Inde .. .. 28 30 30 33 Indonésie 21 21 26 31 44 58 Israël 201 189 147 153 209 325 Slovénie 42 41 38 58 54 65 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/827065685670 Taux de la population carcérale Nombre pour 100 000 habitants, 2009 ou dernière année disponible 350 624 760 300 250 200 150 100 50 0 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/822712761682 PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 249 QUALITÉ DE VIE • SÉCURITÉ VÉHICULES ROUTIERS AUTOMOBILES ET ACCIDENTS MORTELS DE LA ROUTE Le nombre de véhicules routiers automobiles est élevé et en augmentation dans toute la zone OCDE. La réduction du nombre d’accidents de la route est donc une préoccupation pour tous les pays. Définition Le tableau de cette section indique le nombre de tués sur la route par million d’habitants. Le graphique montre le nombre de tués sur la route par million d’habitants et par million de véhicules. Un véhicule routier automobile est un véhicule sur roues qui est destiné à être utilisé sur les routes, qui est pourvu d’un moteur constituant son seul moyen de propulsion et qui sert normalement à transporter des personnes ou des marchandises ou à tracter, sur route, des véhicules utilisés pour le transport de personnes ou de marchandises. Entrent par conséquent dans cette catégorie les autobus, autocars, véhicules de transport de marchandises et motocycles, ainsi que les voitures particulières. Les véhicules automobiles se déplaçant sur rails sont exclus. On entend par « tué sur la route » toute personne qui décède immédiatement ou dans les 30 jours suivant un accident de la route. d’un pays qui risque d’être victime d’un accident mortel sur la route ou la probabilité qu’un véhicule immatriculé dans un pays donné soit impliqué dans un accident mortel. Toutefois, dans la pratique, les écarts entre les numérateurs et les dénominateurs ont tendance à s’annuler. Le nombre de véhicules venant s’ajouter au parc actuel est en général exact, mais l’information concernant le nombre de véhicules retirés de la circulation est moins sûre. Accidents mortels de la route Par million d’habitants Japon Total UE27 États-Unis Total OCDE 160 140 120 Comparabilité Les véhicules routiers automobiles sont attribués aux pays dans lesquels ils sont immatriculés tandis que les décès sont attribués aux pays dans lesquels ils surviennent. Par conséquent, les ratios des tués par million d’habitants et des tués par million de véhicules ne peuvent pas être strictement interprétés comme indiquant la proportion de la population 100 80 60 En bref 40 En 2008, le nombre de tués sur la route par million d’habitants variait de plus de 211 en Fédération de Russie à 38 en Islande. Au cours de la période considérée dans le tableau, les taux ont diminué dans tous les pays, à l’exception de l’Inde, avec un recul particulièrement sensible en Allemagne, au Luxembourg et au Portugal. Les taux de tués sur la route par million d’habitants constituent un indicateur de sécurité routière ambigu, car le nombre d’accidents dépend, dans une large mesure, du parc de véhicules de chaque pays. La figure illustre le nombre de tués par million de véhicules ainsi que le nombre de tués par million d’habitants en 2008. Les taux par million de véhicules sont influencés par les habitudes de conduite, la réglementation routière et l’efficacité de son application, le tracé routier ainsi que d’autres facteurs sur lesquels peuvent agir les pouvoirs publics. En 2008, les taux de mortalité sur les routes par million de véhicules étaient de moins de 70 en Islande et en Suisse, mais supérieurs à 400 en Turquie et en Fédération de Russie. À noter qu’à des taux de mortalité bas par million d’habitants peuvent correspondre des taux de mortalité très élevés par million de véhicules. Par exemple, un pays dont le parc de véhicules est petit (comme la Turquie) peut afficher un faible nombre de tués par million d’habitants mais un nombre élevé de tués par million de véhicules. 250 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/822772237260 Source • FIT (2010), Évolution des transports 1970-2008, Édition 2010, FIT, Paris. Pour en savoir plus Publications analytiques • FIT (2008), Zéro tué sur la route : Un système sûr, des objectifs ambitieux, FIT, Paris. Publications statistiques • FIT (2008), Key Transport Statistics 2008, FIT, Paris. Publications méthodologiques • UNECE, FIT, Eurostat (2009), Glossary for Transport Statistics, 4th Edition, FIT, Paris. Sites Internet • Forum international des transports, www.internationaltransportforum.org/homefr.html. PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 QUALITÉ DE VIE • SÉCURITÉ VÉHICULES ROUTIERS AUTOMOBILES ET ACCIDENTS MORTELS DE LA ROUTE Accidents mortels de la route Par million d’habitants 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 Allemagne 116 107 104 95 95 91 85 83 80 71 65 62 60 2008 55 Australie 111 108 95 94 93 95 90 87 82 79 81 78 77 68 Autriche 150 127 137 121 135 122 119 118 114 108 94 89 83 81 Belgique 148 134 134 147 136 143 144 131 117 112 104 102 100 100 Canada 113 103 101 97 98 95 90 93 87 85 91 89 83 82 Corée .. .. .. 226 232 218 171 152 151 136 132 131 127 121 Danemark 111 98 93 94 97 93 80 86 80 68 61 56 74 74 Espagne 147 139 142 150 144 143 135 129 128 115 89 94 85 68 États-Unis 159 158 158 154 153 149 148 149 147 146 147 143 136 123 Finlande 86 79 85 78 83 76 83 80 73 72 72 64 72 65 France 144 138 136 143 136 129 130 121 96 87 88 77 75 69 Grèce 195 206 201 207 201 193 178 159 145 151 150 149 141 138 Hongrie 155 135 137 136 130 118 122 141 131 129 127 130 123 99 Irlande 122 125 129 124 110 110 107 96 84 94 84 87 77 63 Islande 90 37 55 98 75 113 84 101 80 79 64 104 48 38 Italie 122 115 116 118 116 115 117 117 105 98 94 89 86 79 Japon 100 93 89 95 92 93 89 85 78 75 70 65 52 47 Luxembourg 169 170 142 134 133 172 159 140 118 109 101 78 90 72 Mexique 51 52 53 53 53 53 52 49 46 45 46 47 51 51 Norvège 70 58 69 79 68 76 61 68 61 56 49 52 49 53 Nouvelle-Zélande 162 141 144 132 134 121 118 103 115 107 99 95 100 86 Pays-Bas 86 76 74 73 75 73 67 66 67 54 50 50 48 46 143 Pologne 179 165 189 183 174 163 143 152 148 150 143 138 147 Portugal 242 241 222 213 200 186 161 165 148 124 118 104 81 83 République slovaque 130 119 154 160 125 120 116 116 121 113 111 113 122 112 République tchèque 154 152 155 132 141 145 130 140 142 136 126 104 118 103 Royaume-Uni 66 65 65 62 62 62 63 63 62 57 55 55 50 43 Suède 65 61 61 60 65 67 65 63 59 53 49 49 51 43 Suisse 98 87 83 84 81 82 75 70 74 69 55 50 51 47 Turquie 97 86 81 76 69 58 45 62 56 62 62 62 68 57 Total UE27 132 124 126 123 120 117 112 110 103 96 91 87 86 79 Total OCDE .. .. .. 120 117 114 109 109 103 99 96 93 90 82 Afrique du Sud 252 243 235 216 247 196 253 270 268 274 301 325 312 287 Chili 131 132 127 131 109 110 100 98 107 109 100 101 99 106 Estonie 251 233 151 200 206 169 149 146 164 121 126 126 146 98 Fédération de Russie 221 199 188 198 203 203 213 228 248 241 237 230 235 211 Inde 68 70 74 77 81 80 80 82 84 91 98 106 115 .. Israël 99 91 91 92 78 73 84 80 67 69 63 57 53 56 Slovénie 209 195 180 156 168 157 140 134 121 137 129 130 145 105 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/827083480353 Accidents mortels de la route 2008 ou dernière année disponible Par million de véhicules 600 Par million d'habitants 844 500 400 300 200 100 0 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/822748755243 PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 251 THÈME SPÉCIAL : DE LA CRISE À LA REPRISE INTRODUCTION ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE PRODUIT INTÉRIEUR BRUT PRODUCTION INDUSTRIELLE ET VENTE AU DÉTAIL CONFIANCE DES ENTREPRISES ET DES CONSOMMATEURS CONDITIONS FINANCIÈRES PRIX DES ACTIFS DETTE ET TITRISATION COMMERCE EXTÉRIEUR ET FINANCES COMMERCE INTERNATIONAL FLUX FINANCIERS INTERNATIONAUX CONDITIONS DES MÉNAGES CONSÉQUENCES SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL REVENU DES MÉNAGES POLITIQUES ÉCONOMIQUES FACE À LA CRISE POLITIQUE BUDGÉTAIRE POLITIQUE MONÉTAIRE THÈME SPÉCIAL : DE LA CRISE À LA REPRISE • DE LA CRISE À LA REPRISE THÈME SPÉCIAL : DE LA CRISE À LA REPRISE • DE LA CRISE À LA REPRISE INTRODUCTION De la crise à la reprise « Le génie financier précède la chute. » John Kenneth Galbraith, Brève histoire de l’euphorie financière L’économie mondiale a traversé une des pires crises qu’elle ait connues depuis la Seconde Guerre mondiale, et elle est aujourd’hui sur la voie d’une lente reprise. Même si cette crise n’a pas débouché – pour paraphraser une chanson à succès qui date de quelques années – sur la « fin du monde tel que nous le connaissons », il est tout au moins admis qu’il ne s’agissait pas simplement d’une de ces turbulences auxquelles sont confrontées les économies de temps à autre, et elle est souvent comparée par sa gravité à la crise de 1929 qui avait conduit à la Grande Dépression. La crise a suivi une période caractérisée par de bons résultats et des bases saines sur le plan économique, tout au moins à en juger par les critères appliqués par la plupart des économistes – une croissance vigoureuse du produit intérieur brut (PIB), une inflation basse et un chômage faible. Néanmoins, cet environnement, conjugué à un cadre réglementaire assez peu rigoureux, s’est également traduit par une forte expansion du crédit et le développement de nouveaux produits financiers et instruments de financement. Puis la crise est venue, la tourmente de 2007 liée aux crédits hypothécaires à risques (subprime) se transformant en crise mondiale. La baisse de PIB qui s’en est suivie a été la plus forte enregistrée depuis la création de l’OCDE, mais les conséquences de cette crise vont bien au-delà du recul de l’activité économique. Les établissements financiers et les investisseurs ont subi d’énormes moins-values. De nombreux individus ont perdu leur emploi, leur maison et leur retraite, tandis que d’autres ont perdu leur confiance dans la capacité des institutions à encadrer les marchés dans l’intérêt général. Les plans de sauvetage destinés aux établissements financiers en difficulté mis en place par les gouvernements du monde entier ont peut-être permis aux marchés de capitaux de retrouver une situation de fonctionnement normal, mais au prix d’augmentations de la dette publique que de nombreux pays n’avaient jamais connues en temps de paix, et d’alourdissement des impôts conjugué à une réduction des dépenses publiques au cours des années à venir. Les retombées de la crise vont en outre au-delà du cadre réglementaire des établissements financiers, soulevant des questions sur l’équilibre à trouver entre responsabilités publiques et privées en général, ainsi qu’entre les performances économiques et les autres dimensions à prendre en compte pour évaluer les résultats des différents pays. Enfin, cette crise jette le doute sur la capacité des économistes à comprendre le fonctionnement de systèmes économiques complexes, ainsi que sur la pertinence de certains modèles théoriques et l’adéquation de certains outils statistiques existants pour cerner les déficiences structurelles, évaluer les actifs et suivre les performances. Il n’existe pas encore de diagnostic faisant l’unanimité sur la nature de la crise. Toutefois, au moins deux faits sont incontestables. Le premier est que la crise a débuté au centre même du monde développé, c’est-àdire aux États-Unis, et non à sa périphérie, comme cela avait été le cas lors des précédentes crises (qui avaient commencé au Mexique au début des années 80, en Suède et au Japon au début des années 90, en Asie du SudEst et en Russie à la fin des années 90, et en Argentine au début des années 2000). À partir des États-Unis, la contagion financière s’est rapidement propagée à d’autres régions du monde et à la sphère réelle de l’économie, soulignant que, au-delà de ses avantages, la mondialisation était également porteuse de risques contre lesquels les autorités nationales étaient mal équipées. Le second est que le secteur financier était au cœur de la crise. Cela vaut en particulier pour le secteur bancaire « parallèle » dont l’importance avait connu une croissance exponentielle depuis la fin des années 90, en dehors du champ d’application des règles et dispositifs de protection relatifs aux banques commerciales. Ces établissements ont étayé une grande partie de leurs prêts à long terme par l’émission de titres à court terme, ce qui a débouché sur une forte asymétrie des échéances entre leurs éléments d’actif et de passif, et en accroissant leur endettement par rapport à leurs 254 PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 THÈME SPÉCIAL : DE LA CRISE À LA REPRISE • DE LA CRISE À LA REPRISE ressources propres. Un phénomène de contagion s’en est suivi, les établissements de crédit ayant procédé à une titrisation massive de prêts, pour vendre ensuite les titres ainsi créés à d’autres intermédiaires financiers. Les « causes profondes » de la crise sont plus sujettes à controverse. Un des facteurs souvent mentionnés est l’ampleur du déséquilibre des paiements courants entre pays, qui a contribué à nourrir des flux financiers considérables vers les marchés de capitaux des États-Unis, alimentant la croissance de la dette et l’augmentation des prix des actifs. D’autres facteurs sont liés à l’orientation des politiques publiques, en particulier aux États-Unis, où la faiblesse des taux d’intérêt a entretenu la demande de crédit. D’autres facteurs encore tiennent à la situation des ménages, qui – dans de nombreuses régions du monde – ont accumulé des dettes considérables, notamment sous forme hypothécaire, parce qu’ils escomptaient une hausse ininterrompue des prix des logements; cette dette a également servi à alimenter la consommation privée, dans un contexte marqué par une stagnation des revenus pour la plupart des familles et par des gains concentrés dans la partie supérieure de la distribution des revenus. S’il est difficile d’évaluer l’importance relative de chacun de ces facteurs, leurs effets se sont probablement conjugués pour accentuer l’ampleur de la crise. L’objet de ce chapitre spécial de l’édition 2010 du Panorama des statistiques de l’OCDE n’est pas de fournir une description complète de la crise. Plus modestement, il réunit diverses statistiques utiles pour analyser la crise, sa mise en place et, lorsque les données voulues étaient disponibles, ses suites. Il fournit des informations sur certaines causes de la crise – telles que la correction des prix des actifs, l’accumulation de la dette et la généralisation de la titrisation, ou encore les déséquilibres mondiaux des paiements courants –, sur certaines de ses conséquences pour l’activité économique, le commerce extérieur, les marchés du travail, la confiance des ménages et leurs revenus, ainsi que sur certaines des principales mesures prises par les pouvoirs publics face à la crise, sous la forme d’injections de liquidités et de politiques budgétaires expansionnistes. Ce faisant, ce chapitre rassemble un large éventail de statistiques produites par différentes composantes de l’OCDE, dont certaines ont été précédemment diffusées par le biais d’autres rapports, tandis que d’autres ont été spécialement élaborées pour la présente publication. Le but de ce chapitre est de fournir une évaluation concise mais globale de la crise et de ses conséquences. Pour ce faire, nous avons eu recours à des données à haute fréquence, qui contrastent avec les données annuelles utilisées dans les autres chapitres de cette publication et dans les précédentes éditions du Panorama des statistiques de l’OCDE. Nous espérons naturellement que ce chapitre apporte un nouvel éclairage sur ces questions, mais la quantité d’informations fournie reste limitée par la disponibilité des données. Cette crise offre donc également l’occasion d’évaluer l’adéquation de notre infrastructure statistique pour suivre certaines évolutions. À cet égard, il convient de souligner que nos systèmes statistiques présentent toujours d’importantes lacunes en termes de couverture (par exemple en ce qui concerne les bilans et les prix des actifs), d’actualité (ainsi, les délais de disponibilité des statistiques financières excèdent souvent deux ans, et sont même encore plus longs dans d’autres domaines) et d’accès aux microdonnées (qui revêtent une importance cruciale pour évaluer la concentration de risques spécifiques dans certaines parties du système, et pour gérer les conséquences de la crise à mesure de son déroulement). Ces limitations sont lourdes de conséquences pour l’action publique, dans la mesure où elles peuvent déboucher sur une évaluation biaisée. Cela est particulièrement net dans les circonstances actuelles, où les fluctuations des conditions financières (sur lesquelles on dispose d’informations quasiment en temps réel) sont observées avec beaucoup plus d’attention que l’évolution des conditions de vie du commun des mortels (pour lesquelles les délais de disponibilité des données sont longs). Cette asymétrie de l’information statistique risque d’amener les responsables politiques à croire que la crise est finie au moment même où ses conséquences sociales se font plus durement sentir. PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 255 DE LA CRISE À LA REPRISE • ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE PRODUIT INTÉRIEUR BRUT DE LA CRISE Activité économique À LA REPRISE Dans la plupart des pays de l’OCDE, la récente crise financière a débouché sur la plus forte baisse de l’activité économique, mesurée par le PIB, enregistrée depuis la Grande Dépression des années 30. Définition Le PIB est la mesure classique de la valeur des biens et services produits par un pays au cours d’une période donnée. Il peut être décomposé en cinq grands agrégats de la demande finale. La consommation finale privée comprend la consommation finale des ménages – les dépenses consacrées par les ménages résidents à des biens et services de consommation individuels, y compris les biens que les ménages produisent et consomment eux-mêmes et les loyers imputés – et la consommation des institutions sans but lucratif au service des ménages. La consommation finale des administrations publiques est constituée par les dépenses effectuées par les administrations publiques pour fournir des biens et services de consommation aux ménages individuels et à la société dans son ensemble. La formation brute de capital (investissement) est la valeur des acquisitions (moins les cessions) d’actifs fixes et d’objets de valeur par un producteur En bref au cours de l’année considérée, augmentée de la variation des stocks. Les exportations sont les biens et services obtenus par des non-résidents auprès de résidents, et les importations désignent les biens et services obtenus par des résidents auprès de non-résidents. Les données présentées ici correspondent aux agrégats des comptes nationaux trimestriels à prix constants, tels qu’ils figurent dans la base de données des Comptes nationaux trimestriels de l’OCDE. Pour chaque pays, le graphique met en regard l’évolution du PIB en volume au cours de la récente récession et celle qu’il a connue pendant les trois décennies précédentes. Les données sont exprimées sous forme d’indice, dont la base (100) correspond au niveau atteint par le PIB le trimestre antérieur à chaque récession, l’axe horizontal indiquant le nombre de trimestres consécutifs. Le tableau, quant à lui, montre les variations cumulées du PIB en volume désaisonnalisé et de ses composantes entre le premier trimestre de 2008 et le deuxième trimestre de 2009, pour certains pays et régions. Comparabilité Les données trimestrielles sur le PIB et les composantes de la demande reposent sur le Système de comptabilité nationale (SCN) de 1993. Cela garantit une bonne comparabilité entre pays. Il existe cependant des divergences dans certains domaines, tels que le traitement des services d’intermédiation financière indirectement mesurés et la production de logiciels pour compte propre. Ainsi, les États-Unis intègrent les dépenses consacrées aux équipements militaires n’ayant pas d’usage civil dans l’investissement, et non dans la consommation finale des administrations publiques. De même, à la différence d’autres pays de l’OCDE, les États-Unis incluent dans la consommation finale des administrations publiques (et le PIB) la consommation de capital fixe liée à la dépréciation des équipements militaires. La baisse cumulée du PIB en volume observée au cours de la récession de 2008 et 2009 est sans précédent dans l’histoire récente, ainsi que l’illustrent les graphiques ci-contre. La contraction du PIB a été plus forte, plus longue et plus synchronisée que lors des précédentes crises (puisqu’elle a commencé partout au premier ou deuxième trimestre de 2008). Cette baisse cumulée du PIB a atteint 8 points au Japon, s’est établie aux alentours de 6 points au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie, et a excédé 3 points en France et aux États-Unis. Au troisième trimestre de 2009, le PIB avait rebondi dans tous les pays mentionnés, hormis au Royaume-Uni. Le recul du PIB en volume dans la zone OCDE (4.7 points entre le premier trimestre de 2008 et le deuxième trimestre de 2009) tenait essentiellement à la forte baisse de l’investissement et des exportations, qui a largement compensé la diminution des volumes d’importation. La consommation publique a sensiblement étayé l’activité économique, même si ce soutien a été plus modéré au Japon. La consommation privée en volume a contribué au recul de l’activité économique dans la zone OCDE considérée dans son ensemble (et tout particulièrement au Royaume-Uni), tandis qu’elle a soutenu l’activité économique en France et en Allemagne. L’investissement et les échanges internationaux se situent à des niveaux nettement plus bas qu’avant la crise dans tous les pays considérés. La crise ne s’est pas uniquement fait sentir dans les pays de l’OCDE, ainsi que l’illustrent le ralentissement de la croissance du PIB en Chine et la diminution beaucoup plus marquée du PIB observée en Fédération de Russie, essentiellement imputable au déclin de l’investissement et de la consommation privée. Source • OECD (2009), Quarterly National Accounts, OECD, Paris. Pour en savoir plus Publications analytiques • OECD (2009), OECD Economic Outlook: June no 85 – Volume 2009 Issue 1, OECD, Paris. Publications statistiques • OECD (2009), Quarterly National Accounts, OECD, Paris. Publications méthodologiques • OECD (2000), OECD Glossaries, System of National Accounts, 1993 – Glossary, OECD, Paris. Sites Internet • OECD National Accounts, www.oecd.org/std/national-accounts. 256 PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 DE LA CRISE À LA REPRISE • ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE PRODUIT INTÉRIEUR BRUT Évolution du PIB en volume lors des crises récentes Trimestre du pic = 100, corrigé des variations saisonnières Italie France 1981T4-1982T4 1992T1-1993T3 2008T1-2009T3 Royaume-Uni 1974T3-1975T2 1992T1-1993T1 2008T1-2009T3 1979T4-1981T1 1990T2-1991T3 2008T1-2009T4 102 102 102 100 100 100 98 98 98 96 96 96 94 94 94 92 92 92 90 90 1 2 3 4 5 6 7 8 90 1 2 3 4 5 6 États-Unis Allemagne 1973T2-1975T1 1981T3-1982T3 2008T2-2009T4 1992T1-1993T1 7 8 1 100 100 100 98 98 98 96 96 96 94 94 94 92 92 92 90 3 4 5 6 7 8 5 6 7 8 7 8 2008T1-2009T3 102 90 4 1997T1-1998T2 2008T1-2009T3 102 2 3 Japon 102 1 2 90 1 2 3 4 5 6 7 8 1 2 3 4 5 6 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/822810045362 Évolution du PIB en volume et de ses composantes par la demande lors de la récession de 2008-09 Pourcentage, changement cumulé entre 2008T1 et 2009T2 Indice du produit intérieur brut Dépenses de consommation Dépenses de consommation finale privée finale du gouvernement Formation brute de capital Exportations de biens et services Importations de biens et services Allemagne –6.3 0.8 3.2 –10.6 –18.2 –12.9 Canada –3.1 –0.3 3.1 –11.1 –19.2 –19.0 États-Unis –3.5 –1.7 2.9 –16.7 –12.6 –19.5 France –3.2 0.9 1.8 –8.4 –15.0 –12.5 Italie –6.5 –2.6 2.2 –15.8 –23.9 –19.0 Japon –8.0 –2.7 0.7 –16.7 –32.1 –20.5 Royaume-Uni –5.9 –4.0 3.1 –18.0 –13.3 –16.7 Zone euro –5.1 –1.3 3.2 –12.4 –17.8 –15.3 Total OCDE –4.7 –2.1 3.0 –13.9 –15.7 –17.4 Fédération de Russie –9.7 –3.2 2.2 –21.0 –12.9 –35.1 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/827110638046 PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 257 DE LA CRISE À LA REPRISE • ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE PRODUCTION INDUSTRIELLE ET VENTE AU DÉTAIL Pendant la crise, la production industrielle s’est effondrée dans tous les pays de l’OCDE, tandis que le recul du commerce de détail a été nettement plus limité. Un redressement de la production industrielle a débuté au printemps 2009 et s’est ensuite poursuivi. Définition L’indice de la production industrielle couvre les activités extractives, les activités de fabrication et les services d’utilité publique, mais exclut le secteur de la construction. La ventilation des activités économiques repose sur la Classification internationale type, par industrie, de toutes les branches d’activité économique, troisième révision (CITI rév. 3). L’indice du commerce de détail est fondé sur le chiffre d’affaires de ce secteur, corrigé des variations des prix de détail. Le système d’indicateurs composites avancés (ICA) de l’OCDE est conçu pour signaler à l’avance les points de retournement de l’activité économique, mesurée par la production industrielle. L’ICA relatif à un pays donné se compose d’un ensemble d’indicateurs économiques. Les points de retournement de l’ICA tendent à précéder ceux de la production industrielle (épurée de la tendance) de 6 à 9 mois. Comparabilité Les indices de la production industrielle sont généralement élaborés suivant les principes énoncés dans la publication des Nations Unies intitulée Nombres-indices de la production industrielle, qui a été mise à jour en 2009. Les données relatives à certains pays peuvent s’écarter de ces principes en raison de l’utilisation de systèmes de classification différents – la CITI, la Nomenclature statistique des activités économiques dans la Communauté européenne (NACE), le Système de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN), etc. – et d’unités statistiques différentes de celles recommandées. Ainsi, l’indice de la production industrielle du Mexique inclut le secteur de la construction. La couverture du commerce de détail peut varier suivant les pays pour différentes raisons (telles que des contraintes administratives, ou des différences de délimitation de la population des unités de production constituant le secteur du commerce de détail). Dans le cas du Japon et des États-Unis (depuis avril 2007), les données nationales sont corrigées par l’OCDE des variations de la hausse des prix à la consommation. En bref En avril 2009, la production industrielle avait baissé en glissement annuel de 30 % au Japon, de plus de 20 % dans la zone euro et de plus de 12 % aux États-Unis. Le recul de la production industrielle est supérieur à celui du produit intérieur brut (PIB) en raison de sa plus grande sensibilité au cycle économique. Depuis avril 2009, la production industrielle s’est redressée dans tous les pays considérés, hormis l’Irlande, enregistrant un rebond marqué (supérieur à 10 %) au Brésil, en Corée, en Inde, au Japon, au Luxembourg et en République slovaque. Le redressement observé pour la zone OCDE se limite à 4.3 %, soit environ un quart du recul enregistré au cours de la période de 12 mois allant jusqu’à avril 2009. La diminution du commerce de détail est généralement moindre que celle accusée par la production industrielle, ce qui tient à la plus grande résistance dont a fait preuve la consommation privée pendant la crise. Au Brésil et dans certains pays européens, le commerce de détail a continué de progresser d’avril 2008 à avril 2009. Depuis lors, il a enregistré un rebond dans la moitié environ des pays considérés (ainsi que pour la moyenne de l’OCDE), tandis qu’il a continué à reculer dans plusieurs pays européens. Les ICA relatifs à la zone OCDE et aux cinq principaux pays d’Asie (la Chine, la Corée, l’Inde, l’Indonésie et le Japon) laissent nettement augurer une reprise depuis le début de 2009. Cela devrait se traduire par un redressement des chiffres de la production industrielle au second semestre de 2009, qui pourrait même atteindre un niveau supérieur à sa tendance de long terme en 2010. Une incertitude considérable pèse toutefois sur les estimations de cette tendance à long terme en cas de baisse marquée de l’activité économique. 258 Source • OECD (2010), Main Economic Indicators, OECD, Paris. Pour en savoir plus Publications analytiques • Nilsson, R. and E. Guidetti (2007), Current Period Performance of OECD Composite Leading Indicators (CLIs), OECD Statistics Working Papers, no 2007/1, OECD, Paris. • Nilsson, R. (2006), Composite Leading Indicators and Growth Cycles in Major OECD Non-Member Économies and Recently New OECD Member Countries, OECD Statistics Working Papers, no 2006/5, OECD, Paris. • Nilsson, R. and O. Brunet (2006), Composite Leading Indicators For Major OECD Non-Member Économies: Brazil, Chine, India, Indonesia, Russian Federation, South Africa, OECD Statistics Working Papers, no 2006/1, OECD, Paris. Bases de données en ligne • Main Economic Indicators. Publications méthodologiques • United Nations (2009), International Recommendations for the Index of Industrial Production, United Nations, New York. • OECD (2002), Main Economic Indicators: Comparative Methodological Analysis: Industry, Retail and Construction Indicators Volume 2002 Supplement 1, OECD, Paris. • OECD System of Composite Leading Indicators. Sites Internet • OECD Main Economic Indicators, www.oecd.org/std/mei. • OECD Composite Leading Indicators, www.oecd.org/std/cli. PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 DE LA CRISE À LA REPRISE • ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE PRODUCTION INDUSTRIELLE ET VENTE AU DÉTAIL Indice de production industrielle Changement cumulé en pourcentage, corrigé des variations saisonnières Avril 2008 à avril 2009 Avril 2009 à octobre 2009 ou dernier mois disponible 20 10 0 -10 -20 -30 D IR L IN EX PO L NO R M ES P SW E FR A BE L NL D RU S OE CD AU T DN K BR A CA N GR C US A GB R PR T KO R IT A FI N SV K CZ E EA 16 TU R JP N LU X HU N DE U -40 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/822823146248 Commerce de détail (volume) Changement cumulé en pourcentage, corrigé des variations saisonnières Avril 2008 à avril 2009 Avril 2009 à octobre 2009 ou dernier mois disponible 10 5 0 -5 -10 -15 IT A NO R FR A CZ E DE U GB R PO L AU T SW E BR A FI N HU N CA N JP N KO R EA 16 BE L K ZA F ES P DN K OE CD M EX NL D PR T RU S A SV C US L IR GR -20 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/822823268034 Indicateur composite avancé Corrigé des amplitudes, tendance de long terme = 100 Total OCDE 110 Cinq principaux pays d'Asie 110 108 108 106 106 104 104 102 102 100 100 98 98 96 96 94 94 92 92 90 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 90 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/823002426041 PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 259 DE LA CRISE À LA REPRISE • ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE CONFIANCE DES ENTREPRISES ET DES CONSOMMATEURS La crise a eu des répercussions disproportionnées sur la confiance des entreprises et des consommateurs, et la faiblesse de la confiance des agents économiques a contribué au blocage des marchés de capitaux. Définition Les données relatives à la confiance des entreprises et des consommateurs proviennent d’enquêtes qui fournissent des informations qualitatives sur les conditions économiques. Ces enquêtes sont réalisées auprès d’un échantillon d’entreprises et de ménages, qui sont interrogés sur leur évaluation de la situation actuelle et leurs anticipations concernant l’avenir immédiat. Les indicateurs de confiance constituent une mesure composite des opinions des sondés concernant la production, les commandes et les stocks dans le cas des entreprises, et de leurs intentions en matière d’achats importants, de leur évaluation de leur propre situation économique actuelle par rapport au passé récent, et de leurs anticipations concernant l’avenir immédiat dans le cas des consommateurs. Dans ces enquêtes, les sondés sont généralement interrogés sur l’orientation du changement, ou sur la façon dont ils évaluent la situation actuelle par rapport à des conditions « normales ». Les réponses proposées sont généralement du type « en hausse/à peu près identique/en baisse » ou « supérieur à la normale/normal/inférieur à la normale » dans les enquêtes réalisées auprès des entreprises, et du type « en forte hausse/en légère hausse/reste identique/en légère baisse/en forte baisse » dans les enquêtes effectuées auprès des consommateurs. Les réponses sont généralement présentées sous la forme de « soldes » d’opinions positives et négatives dans différends domaines; cela signifie que les réponses de type « à peu près identique » ou « normal » sont ignorées, et que le solde est calculé comme la différence entre les proportions de sondés donnant des réponses favorables et défavorables. On obtient les indicateurs normalisés présentés ici en ramenant les soldes nationaux, après lissage, à une échelle centrée sur la valeur 100. Les données proviennent généralement d’enquêtes mensuelles; pour les pays où seules des données d’enquêtes trimestrielles sont disponibles, celles-ci sont converties en données mensuelles par interpolation linéaire. Les zones grisées des graphiques correspondent aux différentes périodes de ralentissement cyclique : le deuxième choc pétrolier de 1978-79, la première guerre du Golfe de 1991, la crise du système monétaire européen de 1992, la crise des marchés émergents de 1998, l’effondrement des sociétés « point-com » de 2001, et la crise financière qui a débuté fin 2008. En bref Comparabilité La confiance des consommateurs et celle des entreprises ont commencé à se dégrader fortement au début de 2008, bien avant l’éclatement de la crise financière à l’automne de la même année. La confiance des agents économiques dans l’ensemble de la zone OCDE a atteint un point bas au premier trimestre de 2009, où tant la confiance des consommateurs que celle des milieux d’affaires sont tombées à des niveaux historiquement bas par rapport aux précédentes périodes de ralentissement cyclique. Pour les États membres de l’Union européenne, les séries de données sur la confiance utilisées par l’OCDE sont tirées d’un système harmonisé d’enquêtes auprès des entreprises et des consommateurs géré par la Commission européenne, ce qui garantit une très bonne comparabilité des données. Pour les autres pays, l’OCDE a sélectionné les séries qui correspondent le mieux à une formulation « classique », mais elles peuvent ne pas être pleinement comparables. Depuis lors, les deux séries de données ont montré des signes d’amélioration. La confiance des entreprises et celle des consommateurs dans l’ensemble de la zone OCDE ont connu huit mois consécutifs de raffermissement, après avoir reculé pendant 20 mois. Ce rebond a été plus précoce et plus fort aux États-Unis (en particulier pour les entreprises) et au Royaume-Uni (tant pour les entreprises que pour les consommateurs), plus récent mais assez vigoureux au Japon, et récent et moins prononcé en Allemagne. La confiance des agents économiques reste toutefois en deçà de son niveau de long terme (100) dans tous les pays à l’exception des ÉtatsUnis (pour les entreprises) et du Royaume-Uni (pour les consommateurs). Il est encore trop tôt pour déterminer si ce redressement reflète un changement durable de la confiance des entreprises et des consommateurs, ou une évaluation lucide de la crise et une prise de conscience du fait que la concrétisation de certains scénarios apocalyptiques semble maintenant peu probable. En outre, la confiance des entreprises et celle des consommateurs pourraient se stabiliser à des niveaux historiquement bas, au lieu de revenir en territoire positif. Néanmoins, à de nombreux égards, les indicateurs de confiance des entreprises et des consommateurs commencent à faire écho aux signaux positifs qui ressortent des mesures de la production dans d’autres domaines. 260 Source • Main Economic Indicators. Pour en savoir plus Publications statistiques • OECD (2009), Main Economic Indicators, OECD, Paris. Bases de données en ligne • Main Economic Indicators. Publications méthodologiques • OECD (2003), Business Tendency Surveys: A Handbook, OECD, Paris. Sites Internet • OECD Main Economic Indicators, www.oecd.org/std/mei. • OECD Leading Indicators and Tendency Surveys, www.oecd.org/std/cli-ts. PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 PANORAMA DES STATISTIQUES 2010 © OCDE 2010 nv .1 97 Ja 8 nv .1 98 Ja 1 nv .1 98 Ja 4 nv .1 98 Ja 7 nv .1 99 Ja 0 nv .1 99 Ja 3 nv .1 99 Ja 6 nv .1 99 Ja 9 nv .2 00 Ja 2 nv .2 00 Ja 5 nv .2 00 8 nv .1 97 Ja 8 nv .1 98 Ja 1 nv .1 98 Ja 4 nv .1 98 Ja 7 nv .1 99 Ja 0 nv .1 99 Ja 3 nv .1 99 Ja 6 nv .1 99 Ja 9 nv .2 00 Ja 2 nv .2 00 Ja 5 nv .2 00 8 Ja nv .1 97 Ja 8 nv .1 98 Ja 1 nv .1 98 Ja 4 nv .1 98 Ja 7 nv .1 99 Ja 0 nv .1 99 Ja 3 nv .1 99 Ja 6 nv .1 99 Ja 9 nv .2 00 Ja 2 nv .2 00 Ja 5 nv .2 00 8 Ja nv .1 97 8 nv .1 98 Ja 1 nv .1 98 Ja 4 nv .1 98 Ja 7 nv .1 99 Ja 0 nv .1 99 Ja 3 nv .1 99 Ja 6 nv .1 99 Ja 9 nv .2 00 Ja 2 nv .2 00 Ja 5 nv .2 00 8 nv .1 97 8 nv .1 98 Ja 1 nv .1 98 Ja 4 nv .1 98 Ja 7 nv .1 99 Ja 0 nv .1 99 Ja 3 nv .1 99 Ja 6 nv .1 99 Ja 9 nv .2 00 Ja 2 nv .2 00 Ja 5 nv .2 00 8 Ja Ja Ja Ja Ralentissements cycliques Ja nv .1 97 Ja 8 nv .1 98 Ja 1 nv .1 98 Ja 4 nv .1 98 Ja 7 nv .1 99 Ja 0 nv .1 99 Ja 3 nv .1 99 Ja 6 nv .1 99 Ja 9 nv .2 00 Ja 2 nv .2 00 Ja 5 nv .2 00 8 Ja DE LA CRISE À LA REPRISE • ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE CONFIANCE DES ENTREPRISES ET DES CONSOMMATEURS Confiance des entreprises et des ménages Enquête auprès des consommateurs 110 États-Unis 110 105 105 100 100 95 95 90 90 110 Japon 110 105 105 100 100 95 95 90 90 110 Europe OCDE 110 105 105 100 100 95 95 90 90 Enquête auprès des entreprises Royaume-Uni Allemagne Total OCDE 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/823033745777 261 DE LA CRISE À LA REPRISE • CONDITIONS FINANCIÈRES PRIX DES ACTIFS DE LA CRISE Conditions financières À LA REPRISE L’évolution en dents de scie des prix des actifs a déclenché la crise, entraînant une réduction de l’actif net des ménages et des établissements financiers.
48,790
0a304a8006c5633638cb29a14084d27a_1
French-Science-Pile
Open Science
Various open science
2,008
De la biodiversité à la diversité : les biodiversités au regard des territoires. Annales de géographie, 2006, 651, pp.3-19. &#x27E8;hal-00297622&#x27E9;
None
French
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HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of scientific research documents, whether they are published or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers. L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés. De la biodiversité à la diversité : les biodiversités au regard des territoires Laurent SIMON Université de Paris 1, Panthéon-Sorbonne Laboratoire LADYSS, UMR CNRS RESUME : La biodiversité suscite depuis vingt ans travaux scientifiques, réunions internationales et débats. Les craintes relatives à l érosion accélérée de la diversité du vivant sont au c ur des enjeux environnementaux actuels. Sans nier les raisons qui justifient une légitime préoccupation, cet article vise à intégrer la dimension territoriale d un problème trop souvent conçu sous l angle de la seule écologie. Or l approche purement naturaliste nous semble insuffisante pour aborder la biodiversité dans une perspective spatiale et temporelle pertinente. La prise en compte des territoires, « naturels » et sociaux, permet de montrer la contingence d une notion et la diversité des réalités qui se cachent sous une notion trop souvent utilisée au singulier. Considérée comme un aspect du territoire, la problématique de la biodiversité évolue. Elle intègre alors les aléas historiques propres à toute diversité qui se crée, se développe et disparaît. Faut-il et peut-on alors protéger la biodiversité? MOTS-CLES : Biodiversité, territoires, paysages, agro-écosystèmes. ABSTRACT : Biodiversity has become a subject of major interest since twenty years, giving rise to scientifc works, international conferences and discussions. Fears concerning the decline of life diversity take a strong place in the current environmental stakes. Without denying the reasons that justify such a concern, this paper focuse on the territorial aspects of the topic. The naturalist approach seems partly inadequate to deal with the matter in a spatial and temporal point of view. Taking in account natural and social areas enable to demonstrate the relativity of the matter and the diversity of cases. This paper consider biodiversity partly as a result of social history and thus, as a temporal process with period of decline alternating with period of expansion. 1 KEY-WORDS : Biodiverity, territory, landscape, agro-ecosystem Introduction La biodiversité est devenue au cours des quinze dernières années, depuis la conférence de Rio notamment, l une des préoccupations majeures en matière d environnement au même titre que la déforestation ou le changement climatique, avec lesquels d ailleurs elle est intimement liée. De multiples programmes de recherche nationaux et internationaux ont abordé la question, donnant naissance à une littérature considérable, permettant de mieux connaître la diversité du vivant et les enjeux qui la concerne. Comme pour les fameuses « pluies acides » des années 80, le registre dominant fut dès le départ celui du catastrophisme. Chiffres à l appui, les estimations tendaient à montrer une érosion accélérée de la biodiversité à l échelle internationale (E Wilson (1993) : « au moins 20% des espèces vont disparaître au cours des trente prochaines années »), plus particulièrement dans les forêts tropicales considérées comme les hauts lieux de la biodiversité mondiale. On verra à travers l article de P. Arnould la nécessité qu il y a de remettre en cause, à tout le moins de relativiser, de telles affirmations. Les projections inquiétantes fournies dès le début des années 1990 relevaient pour l essentiel d une approche de la biodiversité au niveau spécifique. Depuis lors d autres niveaux d approche ont été développé, de la dimension génétique de la biodiversité à sa dimension écosystémique. Cette complexité des niveaux d appréhension du phénomène restait toutefois sous la dépendance étroite de concepts issus des sciences de la vie. Ce n est que plus récemment que la biodiversité fut analysée plus globalement comme une résultante de la diversité paysagère, voire même comme un aspect d une diversité plus large : la diversité bioculturelle. Elle quittait ainsi le strict point de vue des sciences naturalistes pour intégrer l apport des sciences sociales, le rôle de l histoire, des acteurs avec leurs pratiques, leurs usages et leurs perceptions. Une telle évolution vers des problématiques plus ouvertes au(x) champ(s) des sciences sociales se manifeste clairement au travers de récents appels d offre sur le thème : celui de l Institut Français de la Biodiversité (2002) sur « la dynamique de la biodiversité et les modalités d accès aux milieux et aux ressources », celui du GIP ECOFOR (2005) sur le thème « biodiversité et gestion forestière : enjeux écologiques, enjeux sociaux », celui de l Agence Nationale de la Recherche (2005) enfin qui propose deux axes de réflexion portant 2 sur les impacts économiques et sociaux des changements de la biodiversité et sur les pratiques d utilisation et de conservation des espèces. Ce numéro des Annales de Géographie s inscrit bien dans une telle évolution et reflète l ouverture du thème de la biodiversité à des problématiques de plus en plus diverses. Il regroupe des intervenants issus de différents champs disciplinaires intéressés par la question : écologues, botanistes, agronomes et géographes. Il aborde des questions variées (protection de la nature, systèmes de culture, paysages), des milieux et des espaces contrastés (tempéré océanique, méditerranéen et tropical ; plateaux, montagnes et littoraux), des contextes différenciés (pays du nord/ pays du sud pour faire simple). Mais par delà cette pluralité d approches c est bien le territoire qui constitue le fil directeur de cet ensemble de contributions. La notion de territoire permet en effet d entrer dans la complexité des problématiques liées à la biodiversité. En premier lieu parce qu il s agit d une notion hybride, issue à l origine des sciences naturalistes, de l éthologie notamment (Di Méo, 1998) mais aussi de la phytogéographie avec l analyse chorologique des territoires végétaux, puis largement reprise ensuite dans le champ des sciences sociales, de la géographie notamment. Or traiter de biodiversité aujourd hui suppose de confronter les « territoires » du naturel aux territoires sociaux. Parce que les réflexions des géographes sur le territoire (Bonnemaison, Di Méo, Chamussy, Elissalde notamment) trouvent un écho très marqué dans les réflexions actuelles sur la biodiversité. Les problèmes de mondialisation (cf. les espèces invasives) et d identités territoriales locales (les espèces autochtones), l existence de hauts lieux de biodiversité (les géosymboles de Bonnemaison sont-ils des biosymboles?), les discours enfin renvoient à une grille d analyse bien proches de celle des géographes actuels. Cette convergence des points de vue s explique aisément. Au cours des trois dernières décennies le débat s est progressivement déplacé du terrain « écologique » au terrain économique. Centrée dans les années 1980 sur la question de la protection, on assiste ensuite à une évolution de la discussion autour du thème de la propriété de la biodiversité avant que n émerge, dans les années récentes, une réflexion sur la réglementation et la « brevetabilité » du vivant. Si ce numéro des Annales n a aucunement la prétention de faire le point complet sur la question (des spécialistes des sciences économiques et juridiques en sont ainsi absents ; la 3 question des OGM si complexe n est guère abordée), il souligne les apports d une démarche centrée sur les questions de territoires. Il vient ainsi en complément d autres publications et notamment l ouvrage du CNRS coordonné par J. Lepart, P. Marty et R. Larrère sous le titre « Quelles biodiversités? » (en cours de parution). 1. La biodiversité : Une notion simple et singulière pour une réalité complexe et multiforme 1.1, Une notion fourre-tout? Sous une apparente évidence, à l origine d ailleurs du succès du terme (la biodiversité c est la diversité du vivant), se cache une réalité éminemment complexe, maintes fois soulignée. P. Arnould le rappelle dans son article en analysant les incertitudes qui pèsent aussi bien sur les définitions qui sont à la base de la notion que sur les chiffres censés évaluer la biodiversité et démontrer son érosion. Dès lors la notion même de biodiversité se prête à de nombreuses interprétations qui relèvent souvent de parti pris plus ou moins scientifiques, plus ou moins fondés. Comme le soulignent Lévêque et Glachant (1992) chaque être vivant étant unique en terme d équipement génétique, la diversité du vivant pourrait être considérée comme la somme des individus présents sur terre. La notion même d espèce, fondement de la plupart des évaluations est aujourd hui discutée. Sur le pourtour méditerranéen (Quézel & Médail, 2003), les phénomènes d hybridation sont ainsi fréquents chez les conifères (entre Pinus halepensis et P. brutia par exemple, mais aussi entre les nombreuses espèces de sapins, Abies sp.). La distinction des populations et des espèces devient alors délicate et parfois sujette à caution. Faut-il pour autant rejeter la notion et mettre en doute le bien fondé des efforts réalisés pour comprendre le phénomène et pour limiter son érosion? L ambiguïté nous semble venir d une approche trop longtemps fondée sur les seuls concepts des sciences naturelles pour être réellement opérationnelle. Par delà les incertitudes sémantiques évoquées, les évaluations relatives à l érosion et/ou à la protection de la biodiversité achoppent le plus souvent sur des questions d échelles spatiales et temporelles. 1.2, Biodiversité et échelles spatiales L ambiguïté est ainsi manifeste en ce qui concerne les plantes dites « invasives » considérées comme l une des principales menaces qui pèse actuellement sur la biodiversité. Qu est ce 4 qu une plante invasive? Si l on suit les définitions données par l UICN, il s agit d une espèce allochtone (étrangère, exotique ou exogène) établie dans des habitats ou des écosystèmes naturels ou semi-naturels et devenue un agent de changement et de menace pour la diversité biologique autochtone. Les exemples sont nombreux qui attestent d un tel phénomène, les plus connus étant l ambroisie à feuilles d armoise (Ambrosia artemisiifolia) dont le pollen est très allergisant, les renouées (Fallopia japonica, Fallopia sachalinensis) qui forment des peuplements mono spécifiques le long des cours d eau, menacent des espèces autochtones et entravent la régénération des ripisylves, ou encore Caulerpa taxifolia, Acacia dealbata (mimosa) La définition de l UICN soulève quelques questions et notamment celle de la définition même de l espèce allochtone que l organisation définit comme « une espèce se trouvant à l extérieur de son aire de répartition naturelle (ancienne ou actuelle) ou de son aire de dispersion potentielle1 ». A bien y réfléchir l aspect le plus étonnant de telles définitions est bien l abandon de la notion de territoire telle qu elle fut définie par les phytogéographes dans la première moitié du XXè siècle. Car il n est jamais précisé ce que l on entend par aire de répartition naturelle. Or la phytogéographie a défini depuis longtemps tout une nomenclature allant des grands empires floristiques, couvrant des continents entiers (empire holarctique couvrant le continent eurasiatique), aux secteurs (correspondant le plus souvent à un ensemble régional, secteur boréo-atlantique européen par exemple) en passant par les régions (région méditerranéenne) et les domaines (domaines médio-européen, domaine atlantique). La jacinthe des bois (Endymion non scriptus L.), espèce d origine atlantique, est-elle une exogène lorsqu elle se rencontre dans l est de la France? Le pin de Brutie (Pinus brutia), originaire de l est de la Méditerranée, est il un exotique lorsqu il se trouve en Méditerranée occidentale où sa présence actuelle est importante du fait notamment de son introduction par les forestiers? Aucune définition internationale ne vient préciser l échelle pertinente qui permettrait pourtant de définir l espèce allochtone, ou de définir différents niveaux d allochtonie, alors que les outils de réflexion existent depuis bien longtemps. Faute de disposer de telles références spatiales, les données relatives aux invasions biologiques restent parfois bien imprécises. Ce qui est vrai pour la question des invasives s applique également à d autres réflexions menées sur la biodiversité. Les définitions spatiales des hauts lieux de biodiversité qui présentent les forêts tropicales et les régions méditerranéennes comme des espaces de très grande biodiversité ne correspondent qu à une échelle d analyse. Il est possible, à l intérieur 1 Aire qu elle pourrait occuper sans intervention anthropique 5 de ces grands biomes de définir (cf. article de Médail et Diadéma) des régions, voire même des micro-régions de plus forte biodiversité. Mais pourquoi ne pas envisager alors de descendre plus encore dans la précision pour parvenir au niveau de certains habitats, voire de certains lieux. Si la démarche peut être envisagée du point de vue scientifique, le problème qui se pose est celui de sa pertinence en terme d utilité sociale et donc de gestion de la biodiversité. Le bois Bouchereau (cf. article de Blandin & Linglart) fait ainsi figure de « hotspot » à l échelle du Gâtinais occidental. Sa préservation est-elle pour autant un enjeu majeur en terme de conservation de la biodiversité? C est en définitive la pertinence spatiale de l analyse de la biodiversité qui mériterait d être affinée. La question territoriale est ici centrale et notamment la confrontation entre les échelles des territoires « naturels » et les échelles des territoires « sociaux ». L abandon des références pourtant anciennes aux territoires phytogéographiques nous semble participer de ces ambiguïtés qui caractérisent encore les réflexions et plus encore les cris d alarme portés sur le sujet. 1.3, Biodiversité et échelles temporelles Ce qui est vrai de la pertinence spatiale est également vrai de la pertinence temporelle des processus liés à la biodiversité. Si l on veut bien considérer encore le cas des espèces invasives les mêmes incertitudes apparaissent. Si l on reprend la définition de l UICN relative aux espèces allochtones mentionnée précédemment, tout le problème est dans l ancien, l actuel et le potentiel. Que penser par exemple du Pin sylvestre à Fontainebleau. Il est sans conteste ici inclus dans son aire de répartition chorologique « naturelle ». Il s agit pourtant à Fontainebleau d une espèce introduite au cours du XVIIIè siècle (Lemée, 1990) mais qui fut présente lors des phases de reconquête post-glaciaire. S agit-il d une espèce autochtone introduite ou d une espèce allochtone « naturelle » car incluse dans son aire de répartition ancienne (postglaciaire) et potentielle? Le même raisonnement pourrait s appliquer au cèdre du Ventoux, présent dans le Luberon au quaternaire, (ré)introduit dans ce massif au cours du XIXè siècle et qui semble actuellement en voie d expansion spontanée : s agit-il d une exotique à contenir ou d un autochtone à favoriser? Combien de temps faut-il en définitive à une espèce exogène pour être considérée comme une autochtone? Au-delà même du problème des invasives la question qui reste le plus souvent en suspens est bien celle de l état de référence pour définir la biodiversité. Timbal et Maizeret (1998) posaient à juste titre la question à propos de la forêt landaise. Faut-il considérer la forêt 6 actuelle, pourtant « créée » de toute pièce aux XVIIIè et XIXè siècles, comme le référent ou bien l écocomplexe de landes plus ou moins humides qui dominait jusqu au XIXè siècle ou encore la forêt présente lors de l optimum climatique post-glaciaire? La question que pose G. Rossi dans ce numéro va même plus loin puisque, se fondant sur les connaissances récentes relatives aux perturbations et à l équilibre dynamique des écosystèmes, c est la possibilité même d un état de référence qu il discute. Faute de pouvoir définir un état d équilibre « naturel », le fameux climax, la biodiversité ne peut être appréhendée qu en référence à une durée relative intégrant les différents rythmes de perturbations naturelles et anthropiques. Le travail que nous avons mené sur la montagne de Lure (Pech et alii, 1997, Simon, 2000) nous a permis de montrer cette interaction des facteurs naturels et sociaux dans l évolution du paysage et dans l impact qui pouvait en résulter pour la biodiversité. Comme pour les dimensions spatiales de la biodiversité, c est bien à une échelle de temps relative qu il convient d analyser les dynamiques de la diversité biologique. Or cette relativité ne saurait se concevoir dans un cadre uniquement naturel mais bien dans une perspective qui intègre l évolution des territoires concernés. 1.4, De la logique du naturel à la logique des territoires L une des principales contradictions des discours sur la biodiversité tient justement au singulier appliqué à un phénomène par définition multiple2. Au-delà des questions d échelle précédemment évoquées il convient de souligner à quel point la diversité du vivant et son évaluation sont fortement contingentes. Si l on s en tient même aux approches naturalistes, les interprétations peuvent être différentes suivant que l on envisage la diversité alpha (nombre d espèces qui coexistent dans un habitat uniforme de taille fixe) ou la diversité bêta qui s attache à mesurer les taux de remplacement des espèces le long d un gradient climatique ou topographique ; si les forêts tropicales sont bien les fleurons de la biodiversité alpha, ce sont en revanche les milieux méditerranéens, montagnards notamment qui connaissent la plus forte diversité bêta. Des biodiversités différentes peuvent d ailleurs parfois entrer en concurrence. Dans le cadre du programme de recherche animé par l Institut Français de la Biodiversité, une étude, dirigée par M. Etienne (INRA), est en cours de réalisation sur la région Ventoux-Lure. Sur les sommets couverts de pelouses écorchées à Genévriers nains plusieurs « enjeux » ont été identifiés concernant trois espèces « phares » : 2 L ouvrage coordonné par J Lepart et P. Marty « Quelles biodiversités? », arrive à point nommé pour poser la question non plus de la biodiversité mais des biodiversités. 7 - le sapin dont la valeur génétique s amenuise en cas d endogamie poussée et qui requiert donc des espaces de dissémination et de développement important, sur les pelouses notamment. - La vipère d Orsini, espèce rare inscrite dans l annexe I da la convention CITES, qui ne subsiste qu en de rares endroits en Europe, notamment sur le Ventoux où elle requiert pour se maintenir des habitats ouverts constitués de genévriers et de gélifracts ; - La gélinotte, espèce caractéristique des forêts froides boréales et montagnardes, actuellement en forte régression en France, et dont l habitat correspond à des forêts mixtes relativement ouvertes. Les exigences difficilement conciliables (développement des peuplements de sapins sur pelouses / maintien des pelouses ouvertes / progression des forêts mixtes) de ces trois espèces ne permettent pas ici de poser le problème de la biodiversité au singulier mais en terme de choix, d arbitrage qui renvoient non seulement aux exigences écologiques des espèces mais plus fondamentalement encore à des choix de gestion territoriale. Par là même, un type de gestion du territoire peut induire des effets positifs et négatifs sur la biodiversité. Dans leur article sur la biodiversité végétale méditerranéenne, Médail et Diadéma soulignent que la progression des boisements sur la rive nord de la Méditerranée, si elle conduit souvent à la disparition de milieux ouverts diversifiés, « engendre aussi de nouveaux assemblages biotiques plus évolués sur la plan trophique, avec une biodiversité différente sur la plan taxonomique fonctionnel ». Quels sont alors les critères de gestion qui permettent de trancher entre une dynamique « spontanée » qui permet aux essences forestières présentes dès le tertiaire de recoloniser leur territoire et le maintien de milieux ouverts (pelouses et garrigues) dont la forte biodiversité actuelle est le résultat de plusieurs siècles d anthropisation? La biodiversité n est donc pas une donnée univoque. Elle l est encore moins si l on cherche à définir sa valeur économique qui intègre valeur d usage (consommation, utilisation), valeur d option (potentiel d utilisation), valeur écologique (utilité environnementale) et, plus complexe encore la valeur d existence liée au bien-être que procure la présence de la biodiversité. Difficile alors, devant une réalité naturelle et sociale aussi complexe, de trouver les indicateurs pertinents de son évolution. Que faut-il mesurer : l état de la biodiversité, la pression qui s exerce ou encore la capacité de réponse à cette pression? Quels sont les critères pertinents d évaluation alors que les estimations de richesse ou d érosion de la 8 biodiversité ne reposent le plus souvent que sur certaines espèces, les mieux connues et les plus emblématiques? Peut-on même se contenter d indicateurs alors que ceux-ci peuvent être contradictoires et qu ils renvoient en définitive à des utilisations possibles des territoires? 2. Les biodiversités et les territoires 2.1, Paysages et territoires de la biodiversité Si l on veut bien admettre, sans entrer plus avant dans le débat épistémologique sur la question, que le paysage peut constituer une « expression privilégiée du territoire » (Di Méo, 1998) force est de reconnaître la relation qui unie biodiversité, paysage et territoire. Les travaux menés dans le champ de l écologie du paysage (Baudry et Burel, 1982, 1999) ont mis en évidence le rôle décisif des structures spatiales sur la diversité biologique : la plus ou moins grande hétérogénéité du paysage, sa fragmentation, la connectivité entre les différentes entités insérées dans une matrice dominante sont autant de facteurs qui permettent d appréhender les structures paysagères à l origine du maintien ou de l érosion de la biodiversité. Or ces structures paysagères sont avant tout la résultante d une histoire sociale et environnementale. L évolution des espaces agraires et forestiers au cours des deux derniers siècles s est largement traduite par une simplification des structures paysagères et par une homogénéité accrue des espèces cultivées. M. Dufumier souligne ainsi le rôle de la « révolution verte » dans la simplification des agro-écosystèmes des « pays du sud » et son corollaire, à savoir l érosion importante de la biodiversité. Les agrosystèmes des pays du nord ont connu pareille uniformisation durant les deux derniers siècles, tout comme les sylvosystèmes productivistes à base de peuplements monospécifiques équiens. Une telle constatation mérite cependant réflexion. Médail et Diadéma relèvent la concordance qui existe sur le pourtour méditerranéen entre les hauts lieux de biodiversité et les régions de forte pression démographique. Une telle concordance, si elle traduit aujourd hui l existence d une menace en terme de maintien de la biodiversité, reflète également le rôle positif joué jusqu alors par les sociétés dans le maintien voire le développement de cette diversité. La pression démographique est bien, comme le dit G. Rossi à propos de la notion de « capacité de charge », une notion contingente qu il convient d analyser au regard d un « certain état technique, économique et social d une population donnée ». Il est de même significatif de constater, comme le font Blandin et Linglart, la richesse floristique de petits îlots boisés pourtant insérés dans une matrice « d espaces agricoles hautement artificialisés ». Ce sont ainsi souvent des usages territoriaux qui, comme en Guinée maritime (Leciak et alii) dans un 9 contexte particulier (faibles densités démographiques, faible monétarisation) ont permis le maintien de ressources biologiques importantes. Dans bien des cas en effet, les perturbations anthropiques ont « pris le relais » de perturbations « naturelles » pour maintenir l hétérogénéité indispensable à la diversité. Il en est ainsi dans les Vosges, où l exploitation « industrielle » de la hêtraie-sapinière pour l alimentation des forges et des verreries à partir du XVIIIè siècle a aboutit à l établissement de nombreuses prairies de fauche possédant une importante richesse spécifique. Dans la partie sud de la péninsule scandinave, les boisements de vieux chênes qui abritent notamment la fameuse espèce protégée du pique-prune (Osmoderma eremita), sont en fait des paysages dont la construction a débuté dès le IVe après J.C, avec l arrivée des premiers scandinaves. Ceux-ci en développant des prairies complantées de chênes n ont fait qu adapter les clairières que les grands mammifères avaient ouvertes dans les forêts de feuillus qui s étaient installées environ 6 000 ans plus tôt dans le sud de la Suède. Si la forêt amazonienne enfin, haut lieu de la biodiversité mondiale, possède une telle richesse « c est à cause des activités agricoles des hommes qui y ont vécu des milliers d années et de la domestication des paysages qu ils ont entreprise et non pas malgré ces activités » (Balée, 2000). Dès lors la question de la conservation de la biodiversité ne se pose plus en terme de protection mais en terme de choix de pratiques territoriales. M. Dufumier montre bien l intérêt écologique mais aussi économique et social de certaines agricultures paysannes aujourd hui. Les agroforêts à damar de Sumatra (G Michon, 1995), les jardins chaggas de Tanzanie ou encore les jardins arboricoles de Sri Lanka sont quelques uns des exemples de ces systèmes aux multiples intérêts qui permettent, par leur biodiversité de limiter le risque sanitaire, le risque climatique ou encore les variations trop importantes du marché. Dans le cas des agroforêts à damar, leur abandon au bout d une cinquantaine d année permet le retour d une forêt où se mêlent espèces pionnières de lisières et espèces forestières. Si la biodiversité résulte ainsi dans une large mesure de choix de pratiques territoriales, elle ne saurait être uniquement considérée en référence à un état naturel quelque peu intemporel mais aussi comme une donnée contingente, relative à des stratégies d acteurs. 2.2, Les biodiversités : des réalités territoriales contingentes On mesure ainsi l aberration de certains discours relatifs à la biodiversité et à la protection. Il en est ainsi sur le site web du MEDD du document de référence « Stratégie nationale pour la biodiversité » qui reprend d ailleurs mot pour mot le texte du PNUE intitulé « situation mondiale de la biodiversité » : « Activités agricoles, industries d'extraction et développement 10 (établissements humains, installations industrielles et infrastructures) sont les trois causes majeures de la perte d'habitats ». Si l on comprend bien l idée sous-jacente, on en conclut aisément que sans agriculture, sans industrie et sans développement la biodiversité serait alors protégée! Mais qui alors pour se préoccuper du sujet? Une telle position provient d une approche de la biodiversité qui fait bien peu de cas des réalités territoriales. On en mesure les conséquences dans les glissements successifs des tenants de la conservation pour lesquels la biodiversité est avant tout naturelle. S il s est agit dans un premier temps de préserver les fameux hauts lieux ou « hot spot » de la biodiversité mondiale (îles et montagnes des régions tropicales et méditerranéennes pour l essentiel), il fut ensuite question de les relier par des corridors écologiques permettant les migrations pour se rendre compte enfin que ces espaces privilégiés étaient entourés d une nature « ordinaire », concept bien peu scientifique, elle aussi digne d attention. De fil en aiguille c est bien l ensemble du territoire qu il convient de protéger comme en témoignent les propositions du WWF pour l ensemble des régions alpines (référence ). Partir d une conception de la biodiversité comme un donné naturel interdit en réalité de penser de manière pertinente les questions d échelle de protection car celles-ci dépendent davantage du projet social qui les porte que d une donnée « objective » d ordre écologique. Comme le souligne M.-C. Cormier Salem de « nombreux projets de réseaux sont encore en gestation, inapplicables compte tenu de la complexité de la biodiversité à préserver mais surtout face aux enjeux politiques, sociaux et économiques qui en freinent la mise en place ». L exemple des réserves biologiques domaniales en France est de ce point de vue intéressant. Si les premières réserves couvraient en moyenne des superficies de l ordre de la centaine d hectares, les projets actuels s étendent, comme dans le Vercors, sur plus de 2 000 hectares censés correspondre à une certaine cohérence des équilibres naturels. C est une autre cohérence naturelle qui explique sans doute les réserves de plusieurs dizaines de milliers d hectares que l on rencontre dans l est de la Pologne. Le conflit emblématique de la chouette tachetée aux Etats-Unis, qui requiert un domaine vital de 2 600 hectares par couple, illustre l impossibilité d une approche de la biodiversité qui ne s appuierait que sur les données naturalistes. Le problème ne doit-il pas en définitive être totalement repensé. Davantage que des espèces phares, animales ou végétales, ce qu il convient de prendre en considération, c est bien davantage des pratiques et des usages (y compris d ailleurs le non-usage) qui sont à l origine de la diversité biologique. Le problème en Guinée maritime (Leciak et alii) n est pas tant de protéger les chimpanzés et les buffles nains que de voir comment assurer la pérennité (on 11 parlerait aujourd hui de développement durable) d un système économique et social créateur de biodiversité. Une telle approche suppose de rompre avec certaines conceptions, certaines représentations véhiculées par des acteurs qui sous couvert de protection de la nature et de la biodiversité proposent en réalité un type d usage ou de non-usage du territoire. 2.3, Le jeu des acteurs : perceptions et représentations L un des fondements du discours alarmiste sur la biodiversité repose sur l opposition manichéenne entre Nature et Société dénoncée par G. Rossi et largement acceptée au-delà même des groupes environnementalistes radicaux. Faire admettre comme une évidence que c est l Homme qui, par ses pratiques agressives, est à l origine d une érosion accélérée d une biodiversité généreusement fournie par la Nature est indispensable pour justifier une politique de stricte conservation et de mise en défends. Ce faisant, c est un type d appropriation de l espace que l on justifie, un choix de territoire que l on privilégie. Le rapport 2001 du WWF sur la protection des forêts en Europe, est l archétype du discours qui impose une conception de la dualité société/Nature pour justifier un type de protection des forêts d europe. Les titres des chapitres sont éloquents. Le premier, qui s intitule « Quand l Europe était une forêt », évoque les millénaires qui suivirent le dernier maximum glaciaire et vante cette Europe forestière considérée, à tort d ailleurs, comme encore indemne de toute transformation anthropique importante. Le deuxième chapitre insiste sur ce patrimoine naturel menacé au cours des millénaires d anthropisation, sans préciser ses variations au cours des siècles et notamment son augmentation au cours des deux derniers siècles. Mais il ne s agit pas alors d une progression de la forêt mais bien plutôt d une expansion de « reboisements artificiels » qu en aucun cas on ose qualifier de forêt. Il subsiste heureusement des espaces où les forêts prospèrent encore, sur les marges nord de la forêt boréale notamment, non du fait du réchauffement climatique, mais bien évidemment du fait d une pression anthropique inexistante! La conclusion s impose d elle-même : « Il est temps de protéger les forêts européennes » autrefois « denses et luxuriantes » (les taïgas septentrionales!?), de les soustraire à l action dévastatrice de sociétés qui n auraient jamais pensé à conserver une ressource utilisée pourtant durant des siècles. Le discours est certes caricatural mais il exprime un schéma de pensée largement répercuté et admis qui justifie une politique de mise en réserve. Le même discours s applique plus spécifiquement à la biodiversité. Comme le souligne Ch. Lévêque (1997), la notion est chargée de normes de valeur : elle est ce qui est naturel, ce qui 12 est vulnérable, ce qui enfin est bon pour l homme et la survie de l humanité. On ne reviendra pas sur le caractère discutable de certaines affirmations mais on soulignera les tenants et les aboutissants d un tel discours qui stigmatise les éventuels coupables qui mettent en péril l humanité en s attaquant à un bien naturel, vulnérable de surcroît. Le tout récent principe de précaution imposerait en toute logique de ne pas toucher à cette biodiversité qui représente un potentiel d autant plus grand qu il est encore largement inconnu. Le débat déborde alors très largement les seules sphères économiques et sociales pour parvenir sur celle de la morale. En découlent parfois des discours radicaux, ceux de la Deep Ecology par exemple, où l Homme, n est plus qu un élément comme un autre de l écosystème, justifiant ainsi l émergence du droit des animaux, du droit des arbres au même titre que les droits de l Homme. Ce schéma de pensée resterait sans grande conséquence s il n était le support d une politique dont les conséquences territoriales sont évidentes. Présenter la biodiversité comme un bienfait de la nature permet d en faire un patrimoine commun de l humanité, de justifier par là même les politiques de conservation qui, dans bien des cas, conduisent à déposséder les états ou les communautés locales des ressources dont elles disposaient. Les hauts lieux de la biodiversité deviennent ainsi des « géosymboles », des lieux où se confrontent des valeurs qui participent de la constitution d une identité territoriale. Or cette coupure Homme/Nature qui souvent les justifie est loin d être universelle et cache un vrai débat et de véritables conflits sur l accès aux ressources et donc sur la maîtrise des territoires. 3. De la biodiversité à la diversité Si le territoire est bien ainsi l un des enjeux de la biodiversité, la question n est plus seulement celle de la « bio »diversité mais celle de la diversité, en général : diversité des espaces et des territoires, diversité géographique tout simplement. Or cette dernière est tout sauf une donnée naturelle figée qu il conviendrait de protéger. Comme le fait remarquer Chamussy : « un territoire se défait au fur et à mesure qu il se fait ». 3.1, De la biodiversité qui va et qui vient Il en est de la biodiversité comme des territoires, des cultures et des langues qui naissent, se développent et disparaissent. Comme le dit Bonnemaison (1981), « il arrive qu un territoire disparaisse dans certains contextes politico-culturels Mais des territoires peuvent renaître ailleurs sous des formes étonnantes et parfois nouvelles ». L histoire de la biodiversité est parcourue, elle aussi, par de grandes périodes d extinction alternant avec de longues périodes 13 de reconstitution. Il y a ainsi des biodiversités qui naissent et qui meurent selon le devenir des territoires qui les abritent. L une des questions centrales aujourd hui, celle du rythme de disparition des espèces, incontestablement plus élevé au cours des deux derniers siècles, a pour corollaire la disparition, elle aussi très rapide de nombreux territoires devenus marginaux. La biodiversité est à ce point une réalité mouvante que l on estime à 15 000 le nombre d espèces nouvelles identifiées chaque année soit bien davantage que le nombre d extinctions. Il s agit certes d espèces existantes jusqu alors ignorées et non d espèces qui apparaissent. Mais les sociétés ont aussi créé de la diversité génétique par le jeu des multiples sélections et croisements opérés à travers l histoire de l agriculture. G Rossi parle des 220 variétés de tomates existant aujourd hui et provenant d une souche d origine située dans les Andes. On pourrait multiplier les exemples. La biodiversité est ainsi le reflet de territoires en mutations dans lesquels se créent ou se perdent des formes de la variété du vivant. Les îlots boisés du Gâtinais (Linglart & Blandin) en sont un bon exemple. Paysages issus d une longue et forte anthropisation, ils témoignent des nouveaux aspects que prend la biodiversité. La richesse « remarquablement élevée » de ces petits archipels forestiers résulte de « l histoire de l organisation des terroirs ». Les risques actuels consécutifs à une moindre dissémination des espèces sont encore une fois le reflet d un changement des pratiques culturales au cours du dernier demi siècle. L avenir de ces îlots boisés à forte biodiversité « est totalement indissociable de celui des matrices agricoles où ils s inscrivent ». Comment mieux dire que la question centrale est celle des territoires et de leur devenir. Un autre exemple nous semble également significatif de ces mutations ou se perd et se créé la diversité du vivant : celui des peuplements de résineux si souvent dénigrés (Arnould & Ammon Lohou, 1991). Ainsi les reboisements de pins et d épicéas établis sur les dunes du nord de la Zélande (Danemark) au XIXè siècle sont-ils aujourd hui des lieux d une grande richesse, supérieure même à celle qui devait exister avant les interventions anthropiques. L enrichissement provient notamment de l apport d espèces en provenance des forêts de conifères plus septentrionales. On dénombre à ce jour 113 espèces de champignons inscrites sur la liste rouge nationale des espèces menacées, de très nombreux papillons et coléoptères intéressants ainsi que certaines espèces de fourmis qui, en l absence de plantations, ne seraient pour la plupart pas présentes en ces lieux. Ces fameux « reboisements artificiels », décriés au point de n être souvent pas considérés comme des forêts, ont véritablement permis le développement d une ité . Plus artificielles encore, ou du moins perçues comme telles, les villes font aujourd hui l objet de nombreux travaux qui conduisent à reconsidérer leur image d espaces d « anti-nature » (Arnould). Elles offrent au contraire une variété de biotopes tout à fait remarquable avec une multitude de micro (murs, façades d immeubles, toits, fentes entre les pavés etc.) et de macrohabitats (quartiers plus ou moins denses, zones industrielles, friches, espaces verts ) propices à l installation de multiples espèces. Les chiffres obtenus sont significatifs : Le corridor Québec-Windsor qui abrite près de la moitié de la population canadienne possède également la moitié des espèces menacées ou en voie de disparition du Canada et notamment des écosystèmes à chênes noirs considérés comme exceptionnels. Comme pour les îlots boisés on assiste ici à une double évolution témoignant à la fois d un enrichissement d ensemble en espèces avec cependant une disparition des espèces les plus fragiles nécessitant des biotopes peu perturbés.
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Osteonecrose mandibulaire sous denosumab et anastrozole
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63ème Congrès de la SFCO, 03012 (2015) DOI:10.1051/sfco/20156303012 © Owned by the authors, published by EDP Sciences, 2015 63ème Congrès de la SFCO, 03012 (2015) DOI:10.1051/sfco/20156303012 © Owned by the authors, published by EDP Sciences, 2015 © Owned by the authors, published by EDP Sciences, 2015 © Owned by the authors, published by EDP Sciences, 2015 Osteonecrose mandibulaire sous denosumab et anastrozole Potier J, Grenier S, Cervellera C, Lefevre B Service d'Odontologie, Unité de Chirurgie Orale, Hôpital Maison Blanche, CHU Reims, 45, rue Cognac Jay, 51092 Reims Potier J, Grenier S, Cervellera C, Lefevre B Service d'Odontologie, Unité de Chirurgie Orale, Hôpital Maison Blanche, CHU Reims, 45, rue Cognac Jay, 51092 Reims L’ostéonécrose des mâchoires (ONM) est une complication émergente de certains anticorps monoclonaux. Le cas présenté rapporte l’apparition d’une ONM sous dénosumab et anastrozole. Une femme de 58 ans est adressée pour l’apparition d’une ulcération gingivale ne cicatrisant pas depuis 3 mois, associée à des algies mandibulaires diffuses et invalidantes qui ont nécessité l’introduction d’un traitement par morphiniques. Ses antécédents sontun carcinome lobulaire infiltrant du sein gauche, de grade intermédiaire, (récepteurs aux oestrogènes, à la progestérone et Her2 positifs) diagnostiqué deux ans auparavant. Le bilan d’extension (scintigraphie osseuse et IRM cervico-dorso-lombaire) avait mis en évidence la présence de localisations secondaires osseuses rachidiennes pluri-étagées à l’origine de rachialgies. Le traitement a été initialement chirurgical (tumorectomie et curage axillaire gauche), puis une chimiothérapie adjuvante séquentielle, une radiothérapie locale et une hormonothérapie (anastrozole) ont été instaurés. Un traitement par dénosumab (XGEVA®, injection toutes les 4 semaines) avait été instauré un an auparavant, en prévention des complications liées aux métastases osseuses (fractures pathologiques, compression médullaire….). 1 L’examen endobuccal met en évidence une exposition osseuse en lingual de la 47. La perte de substance mesure 5 mm × 2 mm. Il n’y a pas eu d’acte de chirurgie orale, de soin buccodentaire récent ou de réhabilitation prothétique. Le cliché panoramique objective de larges plages radio-claires de déminéralisation de la trame osseuse en regard des branches horizontale et montante gauche, le même aspect radiologique est observé dans la région angulaire droite de manière plus localisée. Le bilan est complété par un cone-beam, mettant en évidence des plages hypodensesintraspongieuses multiples, prédominant dans la région angulo- mandibulaire droite en faveur d’une ostéonécrose. Le traitement a consisté en la mise en place d’une antibiothérapie par amoxicilline-acide clavulanique 3 grammes par jour pendant 21 jours, des soins locaux et une surveillance clinico-radiologique semestrielle. Le dénosumab est un anticorps monoclonal IgG2 humain, utilisé couramment en oncologie dans le cadre de la prévention des complications osseuses (compression médullaire, fracture pathologique…) chez les patients atteints de tumeurs solides compliquées de métastases osseuses et en rhumatologie dans le cadre de la prévention de l’ostéoporose. Osteonecrose mandibulaire sous denosumab et anastrozole This is an Open Access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution License 4.0, which permits unrestricted use, distribution, and reproduction in any medium, provided the original work is properly cited. Article disponible sur le site http://www.sfco-congres.org ou http://dx.doi.org/10.1051/sfco/20156303012 63 Congrès de la SFCO ème 63 Congrès de la SFCO ème Le dénosumab se fixe au RANKL (Receptor-Activatednuclear factor Kappa-B Ligand) avec une affinité et une spécificité élevées, entraînant un blocage de l’interaction RANKL/ récepteur RANK à l’origine d’une réduction du nombre et une inhibition de la fonction des ostéoclastes (résorption osseuse) diminuant ainsi le relargage systémique du calcium osseux (E. Dubois 2011). l’origine d’une réduction du nombre et une inhibition de la fonction des ostéoclastes (résorption osseuse) diminuant ainsi le relargage systémique du calcium osseux (E. Dubois 2011). Les étiologies de l’ONM ne sont pas clairement définies, mais elles pourraient être liées à l’inhibition du remodelage osseux. g g y q Les étiologies de l’ONM ne sont pas clairement définies, mais elles pourraient être liées à l’inhibition du remodelage osseux. Parmi les patients atteints de cancers exposés audénosumab, le risque d’ONM des mâchoires varie de 0,7 à 1,9 % (soit 70 à 90 cas pour 10 000 patients) (American Association of Oral and Maxillofacial Surgeons, 2014). L’originalité de ce cas clinique, concerne l’apparition d’une ONM, sans facteur déclenchant cas d’ostéonécrose spontanée, sans acte de chirurgie orale, n’a été décrit dans la littérature. L’association de l’anastrozole au dénosumab pourrait avoir accentué le risque d’ostéochimionécrose par inhibition de l’aromatase, à l’origine d’une carence oestrogénique, avec pour conséquence une réduction de la densité minérale osseuse. Nom et adresse du conférencier Julien POTIER Service d’Odontologie, Unité de Chirurgie Orale, Hôpital Maison Blanche, CHU Reims 45, rue Cognac Jay 51092 Reims (France) [email protected] Nom et adresse du conférencier Julien POTIER Service d’Odontologie, Unité de Chirurgie Orale, Hôpital Maison Blanche, CHU Reims 45, rue Cognac Jay 51092 Reims (France) [email protected] 03012-p.2
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Intégration des bactéries planctoniques dans le biofilm et étude fonctionnelle du gène plasmidique Bthur62720 chez Bacillus thuringiensis
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b) Maturation du biofilm Durant cette étape, la monocouche de bactéries croit pour former des macrocolonies. Ce phénomène est initié par : • Le recrutement des bactéries planctoniques dans le biofilm en cours de formation (Tolker-Nielsen, Brinch et al. 2000) • Les bactéries toujours mobiles situées au bord des micro-colonies qui vont participer à l’extension de ces micro-colonies sur la surface (Houry, Briandet et al. 2010) • Par la division cellulaire des bactéries adhérentes au support (Heydorn, Nielsen et al. 2000) La structure du biofilm est consolidée par la production de la matrice extracellulaire par les bactéries. Elle leur accorde ainsi une protection contre les conditions environnementales. La composition de la matrice extracellulaire diffère selon les espèces formatrices du biofilm, le taux de croissance bactérienne ainsi que le type de surface colonisée. La structure du biofilm semble être largement dépendante de la production des polymères de la matrice extracellulaire (EPS), celle-ci servant de soutien structurel pour le biofilm. Bien que cette structure soit clairement influencée par certains facteurs biologiques comme la mobilité bactérienne ou la signalisation cellulaire, d’autres facteurs comme l'environnement physique (par exemple les conditions hydrodynamiques) peuvent également jouer un rôle important dans la mise en place de la structure du biofilm. Lorsque le biofilm atteint une masse critique, un équilibre dynamique s’établit au cours duquel la couche la plus éloignée de la surface peut émigrer sous forme de bactéries planctoniques(Stoodley, Sauer et al. 2002). 28 c) L’essaimage : retour au mode planctonique C’est l’étape finale dans le cycle de vie du biofilm, les bactéries se détachent des macrocolonies. C’est un processus complexe qui peut impliquer divers signaux de dispersion. Cette étape peut-être : • Passive : La dispersion est due à l'action de forces extérieures comme les forces hydrodynamiques, des perturbations de la concentration de nutriments, du niveau d’oxygène ou de température. • Active : La dispersion est due à des facteurs propre au biofilm. Il peut s’agir de la production de molécules du quorum sensing et de surfactants extracellulaires tels que les rhamnolipides (qui diminuent l’adhésion cellule-cellule et cellulematrice). Il existe aussi des interactions entre espèces aboutissant à des compétitions ou à du parasitisme qui induisent le détachement, ou la mort, d’une espèce initialement présente dans le biofilm ((Houry, Gohar et al. 2012), (Boles and Horswill 2012),(McDougald, Rice et al. 2011) FIGURE 3 Schéma illustrant les étapes principales de formation d’un biofilm de Bacillus subtilis sur une surface abiotique (VLAMAKIS, CHAI ET AL. 2013) 29 C. La pellicule : un biofilm sur une interface air/liquide Dans la nature, les bactéries sont capables de former des biofilms sur plusieurs interfaces : • Liquide –air ou solide-air-liquide, formant une pellicule. • Solide-liquide, donnant naissance à des biofilms en immersion. La formation de la pellicule, en interface air/liquide, a été décrite chez plusieurs bactéries Gram positif/négatif. Elle s’établit en plusieurs étapes : à un temps précoce, une fine couche de cellules apparait sur l’interface air/liquide, produite soit à partir des bactéries présentes sur la paroi du récipient, soit par la prolifération de groupes de cellules localisées à la surface, et qui s’étend sur la totalité de l’interface. Ensuite, on observe à l’œil nu une structure tridimensionnelle, due au développement et à l’épaississement du biofilm ((Lemon, Earl et al. 2008) (Branda, Gonzalez-Pastor et al. 2001), (Armitano, Mejean et al. 2014), (Armitano, Mejean et al. 2013)). L’essaimage de la pellicule à lieu lorsque les bactéries s’échappent du biofilm mature à cause du manque de nutriments (Vlamakis, Chai et al. 2013). La formation de la pellicule dépend essentiellement de la production de la matrice extracellulaire (Abee, Kovacs et al. 2011). Cependant, d’autres éléments, comme la mobilité, la chimiotaxie et l’aérotaxie, sont aussi importants pour le déplacement et l’orientation des bactéries vers l’interface air-liquide pour former le biofilm (Lemon, Higgins et al. 2007) (Armitano, Mejean et al. 2013). Les mécanismes moléculaires impliqués dans les étapes précoces de la formation de la pellicule, comme la migration et le maintien des bactéries planctoniques à la surface du milieu de culture, ou le recrutement de celles-ci dans le biofilm, sont assez peu caractérisés. Ces étapes seront détaillées dans les paragraphes ci-dessous. 30 ▪ Migration des bactéries planctoniques à l’interface air/liquide. Selon les espèces et les conditions de culture, plusieurs facteurs, comme la nage bactérienne, la chimiotaxie et l’aérotaxie affectent la formation de la pellicule. Cette partie sera reprise en détail dans le chapitre III. La mobilité/nage bactérienne : La formation de biofilm et la mobilité sont considérés comme étant des éléments opposés, sachant que les cellules en mode biofilm sont immobiles. En effet, la transcription des gènes requis pour la formation du biofilm et ceux pour la mobilité sont inversement régulés lorsque la bactérie bascule de l’état planctonique à l’état biofilm (Guttenplan, Blair et al. 2010). Par exemple, lors des étapes précoces de formation d’une pellicule par B. cereus et B. subtilis, la nage est nécessaire pour permettre aux bactéries d’atteindre l’interface. En effet, un mutant fla, dépourvu de flagelles est incapable de migrer vers la surface pour former une pellicule (Holscher, Bartels et al. 2015) (Houry, Briandet et al. 2010). Les espèces Listeria monocytogenes, Shewanella oneidensis et Pseudomonas aeruginosa, montrent aussi un défaut, ou un retard, dans la formation de la pellicule lorsque des gènes impliqués dans la synthèse du flagelle sont inactivés (Guttenplan, Blair et al. 2010) (Liang, Gao et al. 2010)). Cependant, le mouvement Brownien ou la flottabilité peuvent influencer la présence des bactéries à proximité de l’interface air/liquide lors de la phase d’initiation à la formation du biofilm. Par exemple, lorsque la densité bactérienne est assez élevée dans le milieu, les bactéries flottantes et se trouvant à proximité de l’interface peuvent initier la formation du biofilm, sans avoir besoin de nager vers la surface (Holscher, Bartels et al. 2015). Chez B. subtilis, la protéine ‘clutch’ EpsE, agit sur le rotor du flagelle pour inhiber la mobilité. EpsE est codé à partir du gène epsE de l’opéron eps, qui est impliqué dans la formation des exopolysaccharides (EPS) de la matrice du biofilm. Cette protéine possède des similitudes au niveau de sa séquence avec la famille des glycosyltransferases impliquées dans la biosynthèse des EPS. Elle possède donc un rôle bifonctionnel, agissant à la fois comme glycosyltransférase pour former les EPS et comme une protéine ‘clutch’, qui se lie à la protéine FliG au niveau du moteur du flagelle, pour inhiber la mobilité et pour stabiliser le biofilm. (Guttenplan, Blair et al. 2010). 31 La chimiotaxie bactérienne : Les bactéries peuvent aussi se diriger vers la surface d’une manière orientée. Il s'agit du chimiotactisme : des signaux extracellulaires sont perçus par des récepteurs membranaires en relation avec l’appareil flagellaire. (Krell, Lacal et al. 2011). Ces signaux peuvent être des nutriments ou des molécules produites par des cellules localisées à la surface. L’aerotaxie : L’interface air-liquide est un environnement favorable pour les bactéries aérobies, puisque la concentration en en oxygène y est plus élevée que dans zones plus profondes du milieu de culture. Pour l’espèce Shewanella oneidensis, la présence d’oxygène est vitale pour la formation de la pellicule. D’une façon similaire à la chimiotaxie, les bactéries orientent leur mouvement vers la surface grâce à la présence du gradient d’oxygène (Armitano, Mejean et al. 2013) Recrutement des bactéries planctoniques dans un biofilm Le développement du biofilm résulte de la division des cellules engagées dans la formation de biofilm, et du recrutement des cellules planctoniques dans ce dernier. Lorsque les bactéries immigrantes parviennent au contact du biofilm, elles vont interagir, d’une façon transitoire ou durable, avec celui-ci. Les bactéries planctoniques peuvent interagir soit avec les cellules du biofilm, soit avec les éléments de sa matrice extracellulaire ou bien répondre à l’environnement chimique du biofilm, par exemple des molécules du Quorum Sensing. 1. Les interaction cellules/cellules Ces interactions conduisent à une liaison entre les cellules à travers des composants membranaires, par exemple des protéines, ou des protéines et des sucres. 32 ▪ Interaction protéine/protéine : La famille des protéines Bap (Biofilm associated protein) sont des protéines de surface et constituent un groupe de protéines partageant des caractéristiques structurales et fonctionnelles communes. Elles sont essentielles pour la formation du biofilm chez différentes espèces bactériennes à Gram-positives et à Gram-négatives, comme Streptococcus parasanguinis FW213 (BapA1) Pseudomonas putida (mus20), Burkholderia cepacia (Bap), et Enterococcus faecalis (Esp) (Huber, Riedel et . 2002)((Hinsa, Espinosa-Urgel et al. 2003) (Liang, Chen et al. 2011) La première protéine de ce groupe (Bap) a été identifiée chez S. aureus et décrite comme étant responsable de l’adhésion intercellulaire. Cette adhésion requiert une interaction Bap-Bap. Pour certaines souches de Staphylococcus aureus, la présence de cette protéine est même suffisante pour former des biofilms en absence de production d’exopolysaccharides (Cucarella, Tormo et al. 2004). Chez Salmonella enterica serovar enteritidis, la présence de BapA à la surface des cellules est nécessaire pour le maintien des bactéries au sein de la pellicule du biofilm (Latasa, Roux et al. 2005) (Latasa, Solano et al. 2006). Les fimbriae (appendices protéiques extracellulaires) et plusieurs adhésines sont aussi impliqués dans les interactions cellule-cellule, notamment dans les biofilms multiespèces (Kolenbrander, Palmer et al. 2010). ▪ Interaction protéine /sucre Ce sont des interactions entre une lectine (glycoprotéine) et un récepteur (sucre) présents à la surface de deux cellules bactériennes. En milieu aquatique, il existe des interactions de type lectine-sucre permettant la coagrégation de bactéries aboutissant à la formation des biofilms. Cette coagrégation à lieu entre des bactéries d’une même espèce ou bien entre espèces différentes. Ces liaisons sont médiées par des interactions entre les protéines et les polysaccharides présents à la surface bactérienne. Certaines espèces sont même capables de se lier à plusieurs espèces différentes. Par exemple, l’espèce Blastomonas natatorial 2.1 est capable d’agréger avec 18 autres espèces aquatiques. B. natatorial 2.1 pourrait jouer le rôle de ‘bridge organism’ entre les colonisateurs primaires et secondaires lors du développement des biofilms 33 aquatiques, un rôle analogue à celui de F. nucleatum lors de la formation de la plaque dentaire, un autre exemple de biofilm multi-espèce. Au niveau moléculaire, la liaison entre B. natatoria 2.1 et Sphingomonas sp. 2.10 à lieu entre un récepteur polysaccharidique à la surface de B. natatoria et une adhesine à la surface de Sphingomonas sp. Ce même récepteur est capable de se lier à différentes adhésines à la surface d’autres bactéries comme Methylobacterium sp. 2.9. De plus, B. natatoria 2.1 possède également des adhésines qui peuvent se lier à des récepteurs polysaccharidique d’autres espèces aquatiques, lors de la formation d’un biofilm (Rickard, Gilbert et al. 2003) (Figure 4). FIGURE 4 Représentation schématique de la coagrégation interet intra-espèces entre bactéries aquatiques. Les interactions sont représentées sous forme de tige pour les protéines adhésines et sous forme de bloc noir pour les récepteurs polysaccharidiques. La co-agrégation entre Sphingomonas sp. 2.15 et B. natatoria 2.1 est médiée par les deux adhési de surface. B. natatoria 2.1 est capable de se lier, par ses récepteurs polysaccharidiques ou bien ses adhésines de surface, à plusieurs autres microorganismes (Rickard, Gilbert et al. 2003). 2. Les interactions cellules/matrice Les cellules planctoniques peuvent également interagir avec les composants de la matrice extracellulaire comme les protéines ou les exopolysaccharides. 34 ▪ Les protéines amyloïdes Les fibres amyloïdes sont présentes chez les espèces bactériennes à Gram négative ou à Gram positives, elles représentent le composant protéique majoritaire de la matrice du biofilm. Chez E. coli ou Salmonella, elles forment les curli qui interagissent avec les exopolysaccharides de la matrice du biofilm (Chapman, Robinson et al. 2002). Les curli sont un assemblage de fibres amyloïdes, attachées à la surface bactérienne. A travers leur interaction avec les exopolysaccharides de la matrice, elles assurent l’intégrité et la forte cohésion du biofilm. La protéine TasA de Bacillus subtilis produit des fibres amyloïdes au niveau de la matrice du biofilm et contribue à son intégrité et à sa robustesse. La polymérisation de monomères de protéines amyloïdes en complexes de fibre amyloïdes insolubles nécessite, dans certains cas, l’activité de protéines accessoires. Chez B. subtilis, TasA est ancrée au peptidoglycane puis polymérisée grâce à la protéine accessoire TapA (pour TasA anchoring/assembly protein) (Romero, Aguilar et al. 2010). Les espèces B. cereus. B. thuringiensis et B. anthracis produisent CalY, une protéine bi fonctionnelle : En phase stationnaire tardive, cette proteine est sécrétée, c’est la protéine qui ensuite polymérise et forme le constituant protéique de la matriceparticipe au maintien de la matrice du biofilm. A un temps plus précoce de la phase stationnaire, CalY est localisée à la surface de la bactérie, fonctionne comme une adhésine pour les hémocytes de l’insect Galleria mellonella, et joue un rôle dans la virulence contre les larves de cet insecte (Candela, Fagerlund et al. 2019). ▪ Les polysaccharides Les exopolysaccharides sont les constituants majeurs de la matrice, ils assurent la stabilité mécanique du biofilm. Chez S. aureus et S. epidermidis, l’agrégation et l’adhésion cellulaire sont facilitées par la présence d’exopolysaccharides (Gotz 2002) (Vaningelgem, Zamfir et al. 2004). Chez B. subtilis, la délétion du locus eps responsable de la production des exopolysaccharides de la matrice du biofilm induit une perte de l'architecture de la pellicule formée à l’interface air-liquide (Branda, Chu et al. 2006). En effet, lors de la formation d’une pellicule chez B. subtilis, la délétion du gène epsH, codant pour une enzyme de la biosynthèse des exo polysaccharides (EPS), inhibe la formation d’un 35 regroupement ou d’un ‘cluster’ des chainettes cellulaires à la surface du milieu (Branda, Gonzalez-Pastor et al. 2004). D’autre part, la délétion de SigX, un régulateur impliqué dans la modification de l’enveloppe bactérienne, inhibe également la formation de la pellicule. Ces résultats indiquent que des éléments présents au niveau de l’enveloppe cellulaire sont essentiels pour fixer la matrice extracellulaire autour de la bactérie lors du développement du biofilm (Kobayashi 2007). Les lectines, sécrétées dans le milieu ou bien associées à la surface bactérienne, interagissent avec les polysaccharides de la matrice de Pseudomonas aeruginosa. Lors de la formation de biofilm par cette bactérie, les lectines peuvent agir sur la réticulation des brins polysaccharidique pour assurer la cohésion de la matrice. Celles qui sont présentes au niveau de la surface des bactéries planctoniques permettent leur ancrage aux polysaccharides de la matrice, et donc leur intégration dans le biofilm (Borlee, Goldman al. 2010), (Kirkeby, Hansen et al. 2006), (Azakami, Nakashima et al. 2006) (Tielker, Hacker et al. 2005). ▪ L’ADN extracellulaire (ADNe) L’ADNe est présent dans la matrice du biofilm d’espèces comme Pseudomonas aeruginosa, Streptococcus intermedius, Streptococcus mutans, Enterococcus faecalis, staphylococci et Bacillus cereus. Chez P. aeruginosa, il a été démontré que l’ADNe était nécessaire pour la mise en place d’un biofilm structuré et pourrait donc jouer un rôle dans les interactions cellule-cellule du biofilm (Whitchurch, Tolker-Nielsen et al. 2002). Dans le biofilm de B. cereus, l’ADNe est présent dans la matrice extracellulaire, et formerait ainsi un film conditionnant qui jouerait le rôle d’adhésines et procurerait une certaine protection contre l’effet des antibiotiques comme par exemple l’actinomycin D. Ce dernier est un antibiotique qui inhibe la transcription en se liant à l’ADN cellulaire (Vilain, Pretorius et al. 2009). 3. Le quorum sensing Le quorum sensing (QS) est un processus dépendant de la densité cellulaire, qui module la régulation génétique des bactéries, par le biais de la sécrétion de molécules de 36 signalisation appelées autoinducteurs (Waters and Bassler 2005). Les bactéries sont capables de détecter une concentration seuil minimale d'autoinducteur (Davies, Parsek et al. 1998) et en général, ces molécules se lient à des régulateurs transcriptionnels. En réponse, la population bactérienne régule de façon coordonnée l'expression de gènes impliqués dans l'adaptation aux conditions environnementales. Parmi les fonctions dépendantes de ces gènes figurent la sporulation (Cardoso, Perchat et al. 2019), la compétence (Okada, Sato et al. 2005), la virulence (Rutherford and Bassler 2012). Chez B. cereus/ thuringiensis, deux systèmes de QS affectent le développement des biofilms : le régulateur transcriptionnel PlcR et son peptide signal PapR, et le système LuxS/AI-2 (Slamti and Lereclus 2002, Slamti and Lereclus 2005); (Auger, Krin et al. 2006). Le régulateur transcriptionnel pléiotropique PlcR (Phospholipase C Regulator) et le peptide de signalisation PapR régulent l’expression des gènes codant, en majorité, pour des facteurs de virulence(Rocha-Estrada, Aceves-Diez et al. 2010). Le régulon PlcR comprend plus de 50 gènes codant pour des protéines extracellulaires qui sont impliquées dans la virulence (toxines, la production de nutriments (phospholipases, protéases), ou la survie (bactériocines, transporteurs, consolidation de la paroi cellulaire)(Gohar, Faegri et al. 2008). L’activation de PlcR dépend de PapR. Le gène codant pour ce peptide est situé en aval du gène plcR. L’interaction de PapR avec PlcR permet la fixation de PlcR à la séquence d’ADN cible (la PlcR box) qui elle-même active la transcription des gènes contrôlés par ce régulateur (Agaisse, Gominet et al. 1999). L’étude phénotypique et l’analyse structurale du complexe PlcR-PapR ont montré que PlcR appartient à la famille des RNPP (Rap/NprR/PlcR/PrgX)(Declerck, Bouillaut et al. 2007), des régulateurs dépendants du QS chez les bactéries Gram-positives. NprR, est un régulateur transcriptionnel de début de phase stationnaire, activé par le peptide de signalisation NprX. La transcription de NprR est positivement régulée par PlcR, et NprR active la production de kurstakine, un lipopeptide qui favorise la formation des biofilms (Dubois, Perchat et al. 2013) (GelisJeanvoine, Canette et al. 2017). PlcR devrait donc, en principe, activer la formation des biofilms. Cependant, l’étude menée par (Hsueh, Somers et al. 2006), montre que la délétion de PlcR augmente d’un facteur de quatre la quantité de biofilm obtenue en microplaques en polystyrène chez B. cereus ATCC14579. Le résultat observé pour cette souche pourrait être due à l'interruption de NprR par un transposon. D’un autre côté, l’autoinducteur AI2, sécrété par le système, LuxS/AI-2, inhibe la formation des biofilms chez B. cereus en favorisant l’essaimage des bactéries présentes dans le biofilm (Auger, Krin et al. 2006). 37 La plaque dentaire : un modèle de biofilm multi espèce. La plaque dentaire est un modèle de biofilm multi-espèce, largement étudié, et qui met en évidence le rôle indispensable du recrutement des bactéries planctoniques dans le développement de certains biofilms (Figure 5). En effet, la constitution de la plaque dentaire est conditionnée, en premier lieu, par l’adhésion de bactéries pionnières, capables d’adhérer au niveau de l’email dentaire conditionné par des sucres (streptococci et actinomyces), puis du recrutement séquentiel d’espèces colonisatrices secondaires puis tardives. L’ordre de cette succession est rendu possible grâce à des interactions cellule-cellule spécifiques qui induisent la coaggrégation intra-, interou multi-espèce (Periasamy, Chalmers et al. 2009), (Hughes, Kolenbrander et al. 1988); (Kolenbrander 2000).(Kolenbrander, Palmer et al. 2010). La formation de biofilm multi-espèces est très avantageuse, surtout pour les espèces incapables d’adhérer pour former un biofilm. En effet, elles ont besoin d’interagir avec les espèces pionnières afin de persister sous forme de biofilm (Klayman, Volden et al. 2009). D’un autre côté, les espèces allogènes recrutées peuvent même envahir un biofilm résident, jusqu'à supplanter les espèces autochtones. Par exemple, il a été démontré que certaines bactéries immigrantes produisent des substances antibactériennes auxquelles la souche du biofilm résident est sensible (Al-Bakri, Gilbert et al. 2004) (Houry, Gohar et al. 2012). 38 FIGURE 5 Observation par microscopie électronique a balayage de la plaque dentaire sous-gingivale. Un réseau de matrice extracellulaire est observé dans le milieu (Flèche pleine). Des structures arrondies sont visibles sur les composant extracellulaire en forme de brins (Flèche pointillée). La matrice est observable sous forme de couche extrapolymérique qui recouvre les bactéries (s). Des cellules en forme de bâtonnets (r) sont présentes avec des extensions extracellulaires provenant de la surface des bactéries (grossissement × 35000) (Holliday, Preshaw et al. 2015). Le biofilm mono-espèce. Contrairement aux biofilms multi-espèces, les mécanismes moléculaires impliqués dans le recrutement des cellules planctoniques dans un biofilm mono-espèce sont moins connus. Les études menées par (Houry, Briandet et al. 2010, Houry, Gohar et al. 2012)sur la formation du biofilm en flow-cell par Bacillus cereus, ont montré que la mobilité est indispensable pour que les bactéries planctoniques puissent pénétrer dans un biofilm. L'intégration dans le biofilm dépend de l’âge du biofilm. Un biofilm âgé de 24 h est capable de recevoir huit fois plus de bactéries planctoniques par rapport à un biofilm de 72 h. L'accroissement de la densité des exopolysaccharides et donc de la viscosité de la matrice, entre 24 h et 72 h, peut expliquer ce résultat (Houry, Gohar et al. 2012). D’un autre côté, chez Vibrio cholerae, la matrice du biofilm possède deux protéines très abondantes Bap1 et RbmA et le polysaccharide VPS. RbmA est sécrété dans la matrice du biofilm. La protéolyse de RbmA promeut le recrutement des cellules planctoniques alors que la 39 forme non clivée de cette protéine consolide le biofilm par interaction avec les cellules sessiles du biofilm qui présentent à leur surface le polysaccharide VPS (Smith, MaestreReyna et al. 2015). D. Étude des biofilms au laboratoire La détection des mécanismes moléculaires impliqués dans la formation de biofilm est possible grâce à de nombreux systèmes expérimentaux développés par les microbiologistes. Le choix du dispositif à utiliser dépend du type de biofilm étudié et des données à analyser (Azeredo, Azevedo et al. 2017). L’utilisation des microplaques en polystyrène pour former des biofilms est une méthode couramment utilisée Figure 6). Ce système a été développé pour étudier les mécanismes d’adhésion et par la suite adapté pour étudier la formation des biofilms (O'Toole and Kolter 1998). Les bactéries sont cultivées dans les puits des microplaques et, à différents temps, ces puits sont lavés pour éliminer les cellules planctoniques, et la biomasse du biofilm, attachée à la paroi des puits, est révélée en utilisant des colorants spécifiques, comme le Crystal Violet (Djordjevic, Wiedmann et al. 2002). Cependant, la biomasse observée peut être due, en partie, à la sédimentation des bactéries au fond du puit, avant la formation d’un biofilm, qui est ensuite ‘recouverte’ par la matrice du biofilm immergé formé ultérieurement. Le système Calgary (Ceri, Olson et al. 1999), permet de remédier à cet artefact. Dans ce cas, la formation du biofilm se fait sur le couvercle, composé de picots, d’une microplaque. Les picots sont insérés dans les puits de cette plaque, qui eux contiennent la suspension bactérienne qui va former le biofilm. Grâce à ces conditions, la sédimentation bactérienne n’est pas prise en compte lors de la formation du biofilm sur les picots. Afin de quantifier la biomasse du biofilm, une sonication est nécessaire pour récupérer les bactéries sessiles des picots. Ceci peut être un facteur limitant, si uniquement une fraction de la population est récupérée (Edmonds, Collett et al. 2009). Les flow-cells (cellules à circulation) sont des chambres avec un système de circulation et des surfaces transparentes, où des biofilms immergés peuvent se former et être continuellement alimentés en éléments nutritifs et les déchets métaboliques produits peuvent être éliminés (Figure 7). Les biofilms submergés qui se forment sur la lamelle de verre du flow-cell sont observables microscopie confocale à balayage laser. Ces conditions permettent le suivi, in situ, de la structure tridimensionnelle du 40 biofilm en temps réel, formé par bactéries fluorescentes. Toutefois, ce système de flow-cells peut être lourd et n’est pas facilement adapté pour le criblage d’un grand nombre de mutants, à l’inverse du système Calgary (Christensen, Sternberg et al. 1999). Malgré l’importante variété de ces outils, les mutants qui présentent un défaut de formation de biofilm dans un dispositif, peuvent avoir une différence indétectable ou ne pas avoir de différence avec la souche sauvage dans un autre dispositif. Toutefois, certains mutants présentent un phénotype reproductible dans tous les systèmes, ce sont principalement les mutants défectueux pour la production de la matrice extracellulaire. A B FIGURE 6 Coloration au crystal violet des biofilms formés dans des microplaques de 96 puits. AVue du haut après formation et coloration des biofilms au crystal violet dans des microplaques de 96 puits. BVue latérale du biofilm adhérant sur la paroi des puits (de la thèse BELLIFA Samia, 2014). 41 FIGURE 7 Image d’une cellule a circulation (flow-cell), un dispositif utilise pour former des biofilms. Une cellule à circulation est composée de deux plaques en verre faiblement espacées. Le milieu de culture et la suspension bactérienne peuvent circuler et être inoculés, à travers des tuyaux, entre les deux plaques. Le biofilm se forme sur la surface en verre et est observable directement par microscopie. (de Staff, Center for Biofilm Engineering, Montana State University, Bozeman) 42 Chapitre III : La mobilité bactérienne. Dans un environnement défavorable, les bactéries doivent s’adapter rapidement pour assurer leur survie. Une des stratégies adoptées par ces bactéries est ‘la migration’ vers un milieu plus favorable à leur croissance. Ce phénomène implique des récepteurs sensoriels, des transducteurs de signal et des moteurs moléculaires générant le mouvement des cellules (Manson 1992). Cette mobilité bactérienne est l’un des phénomènes les plus étudiés en microbiologie. A la suite des travaux entrepris par J. Henrichsen (Henrichsen 1972), sur 18 genres bactériens différents, six catégories de mobilité bactérienne ont été définis : le swimming (la nage), le swarming (l’essaimage), le «gliding», le « twitching », le « sliding » et le « darting ». Une large variété de structures cellulaires sont utilisées par les bactéries pour faciliter ces types de mobilité. Par exemple, le flagelle est impliqué dans les mobilités de type ‘swimming’ et ‘swarming’, alors que ‘le twitching’ exige la présence de pili de type IV (Mattick 2002). Le sliding / spreading (propagation), à l'inverse des types précédents, est une forme passive de translocation (Martinez, Torello et al. 1999). Parmi les structures impliquées dans la mobilité, le flagelle est sans doute le plus répandu et le mieux étudié (Bardy, Ng et al. 2003). A. La mobilité flagellaire ▪ La nage bactérienne La nage, en anglais « swimming motility » est un type de mobilité flagellaire des bactéries, qui a lieu dans un milieu liquide ou semi-liquide (maximum 0,3 % d’agar). La bactérie est capable de nager à une vitesse moyenne entre 15 et 100 μm/s (Bai, Minamino et al. 2012). Cette vitesse dépend des espèces : Chez E. coli, la vitesse moyenne de nage en milieu aqueux est de 25 μm/s. Chez Rhodobacter sphaeroides, elle est de l’ordre de 35 μm/s (Ping 2012). Des bactéries marines peuvent aller jusqu’à 300 μm/s voire 400 μm/s (Mitchell, Pearson et al. 1995) (Locsei and Pedley 2009). Pour le moment, le record de 43 vitesse est attribué à Thiovulum majus, qui mesure entre 5 et 25 μm de diamètre et qui peut aller à une vitesse supérieure à 600 μm/s (Zhang, Santini et al. 2012) ▪ L’essaimage L’essaimage ou le « swarming motility » est définie comme une mobilité flagellaire en milieu visqueux (maximum 0,7 % d’agar). C’est un processus coordonné d’un groupe de bactéries, d’où l’appellation mobilité en essaim. Lors de l’essaimage, les bactéries subissent une transformation morphologique : en milieu liquide, les cellules sont courtes et présentent quelques flagelles, mais s'allongent et présentent une hyper flagellation en milieu visqueux. La plupart des bactéries utilisent le(s) même(s) flagelle(s) pour la nage et l’essaimage, cependant certaines espèces possèdent des flagelles distincts pour chacun des deux modes de mobilité, comme par exemple des flagelles latéraux inductibles pour le swarming et des flagelles polaires pour le swimming (McCarter 2004). ▪ Disposition des flagelles Le nombre et la distribution (arrangement, position) des flagelles sur la surface bactérienne varie entre les espèces (Figure 8): ▪ L'appareil flagellaire est dit monotriche et polaire lorsque les cellules ne possèdent qu'un seul flagelle situé à une extrémité ou à proximité d'une extrémité de la cellule, ce qui est le cas de Vibrio cho lerae ou Pseudomonas aeruginosa. ▪ La flagellation lophotriche et polaire se définie par l’existence d’une touffe de flagelles présente à une extrémité de la bactérie, par exemple chez Helicobacter pylori et Vibrio fischeri; ▪ La flagellation est qualifiée de bipolaire ou d'amphitriche lorsque les flagelles sont présents aux deux extrémités de la cellule. ▪ La flagellation est dite péritriche lorsque des flagelles sont disposés sur toute la surface de la bactérie, comme chez E.coli, Salmonella enterica ou B. cereus 44 (Chevance and Hughes 2008). Le type péritriche d’arrangement flagellaire est fréquemment trouvé chez les bactéries pathogènes (Kirov 2003). Un nombre limité de bactéries possède un double système de flagelles. Ces deux systèmes sont entièrement distincts et peuvent être exprimés simultanément, Il s’agit des flagelles polaires constitutifs et des flagelles latéraux inductibles (exprimés dans les environnements visqueux et sur les surfaces). Ce double système peut être trouvé chez Vibrio alginolyticus (Kawagishi, Maekawa et al. 1995), Aeromonas spp. (Shimada, Sakazaki et al. 1985)Azospirillum brasilense (Tarrand, Krieg et al. 1978), Rhodospirillum centenum Helicobacter mustelae (O'Rourke, Lee et al. 1992). 45 FIGURE 8. Observation par coloration négative par microscopie électronique des différentes dispositions des flagelles. Le flagelle monotriche de P. aeruginosa, et de C. crescentus, de la bactérie lophotriche H. pylori, la flagellation amphitriche de C. jejuni et les bactéries peritriche de B. subtilis et E. coli. (Un schéma accompagne chaque photographie pour mieux visualiser la localisation de(s) flagelle(s) (Schuhmacher, Thormann et al. 2015). B. Biosynthèse et structure du flagelle. Les flagelles des bactéries Gram Gram+ sont identiques pour les éléments essentiels, mais le flagelle des bactéries Gramtraverse la membrane externe qui est absente chez les bactéries Gram+ (Figure 9). Le flagelle est un assemblage protéique de 3 parties : (a) le corps basal composé d’un cylindre central et d’une série d’anneaux superposés, (b) une structure courte incurvée en crochet et (c) un long filament hélicoïdal (Imada 2018); (Liu and Ochman 2007) (Buttner 2012) (Figure 10) 46 Le corps basal Le corps basal ancre l’appareil flagellaire dans l’enveloppe bactérienne. Chez Salmonella typhimurium, il est composé de quatre anneaux localisés dans (Aldridge, Karlinsey et al. 2006): ▪ Le cytoplasme (anneau C) ▪ La membrane interne (anneau MS) ▪ Le peptidoglycane (anneau P) ▪ La membrane externe (anneau L). Le corps basal renferme le moteur flagellaire, qui opère par un mécanisme rotatoire. Il est subdivisé en deux composants majeurs : le rotor réversible, prolongé par un arbre de transmission constitué par la tige, et le stator, qui est une structure immobile. • Le rotor réversible, c’est à dire capable de tourner dans les deux sens, est composé de l’anneau MS et d’un anneau C localisé du coté cytoplasmique de l’anneau MS. L’anneau C est constitué des protéines FLiG, liées d’une façon non covalente à l‘anneau MS et des protéines FliM et FliN. La protéine FliG génère le mouvement et les protéines FliM et FliN permettent de changer le sens de rotation du moteur, en réponse à des stimuli. Cette réponse nécessite l’interaction entre FliM et des protéines chimiosensorielles appelées « Che » (Jarrell and McBride 2008) (Minamino, Imada et al. 2008). Le stator est composé de quatre copies de la protéine MotA et de deux copies de la protéine MotB (Berg 2003). Ces protéines sont présentes dans la membrane et entourent les anneaux MS et C. MotB est ancré dans le peptidoglycane grâce à un peptidoglycan-binding domain, ce qui maintient le stator en place pendant que MotA interagit avec FliG pour induire le mouvement et produire l’énergie nécessaire à la rotation du rotor(Blair and Berg 1991, Blair, Kim et al. 1991) (Suzuki, Yonekura et al. 1998) (Charon, Cockburn et al. 2012) Le corps basal comprend aussi l’appareil d’exportation, localisé à l’intérieur du pore central de l’anneau MS (Suzuki, Yonekura et al. 1998). Cet appareil appartient à la famille des systèmes de sécrétion de type III (SST3s) qui est utilisé par les Grampour sécréter les facteurs de virulence (Galan and Wolf-Watz 2006). 47 La biosynthèse débute par l’anneau MS, avec la protéine FliF (Yonekura, Maki et al. 2000) et continue avec l’anneau C (FliG, FliM et FliN). (Brown, Terrazas et al. 2007). L’assemblage continue avec l’appareil de sécrétion de type III flagellaire, constitué du groupe de protéines (FlhA, FlhB, FliH, FliI, FliO, FliP, FliQ et FliR ). Enfin, ce sont les anneaux P (FlgA et FlgI) puis L (FlgH) qui sont synthétisés. ((Liu and Ochman 2007)). Le crochet La biosynthèse du flagelle continue avec le crochet : une structure tubulaire qui relie le filament au corps basal. Le crochet est très flexible et agit comme un joint universel. Il permet l’articulation entre la tige, qui a une seule direction angulaire de rotation, et le filament, qui possède différentes directions angulaires de rotation. Chez les bactéries à flagellation peritriches comme Salmonella, le crochet permet aux flagelles de se réunir en faisceau, un élément nécessaire pour réaliser la nage linéaire de ces bactéries. Le crochet est constitué d’environ 130 sous-unités de la protéine FlgE. FlgD a un rôle d’échafaudage permettant à FlgE d’initier sa polymérisation (Moriya, Minamino et al. 2006) (Ohnishi, Ohto et al. 1994)La liaison entre le crochet et le filament a lieu grâce aux protéines FlgK et FlgL (Homma and Iino 1985). Le filament Le filament est une longue structure en forme hélicoïdale. Il fonctionne en vis d’Archimède et agit comme un propulseur. La longueur du filament peut aller de 10 à 15 μm et le diamètre est de 20 nm (Macnab 2003). Il est constitué de 10 000 à 40 000 unités de FliC (Liu and Ochman 2007). FliC est transportée à travers le canal du filament vers son extrémité distale, sous le chapeau (FliD), où elle polymérise avec les autres FliC pour assurer l’élongation du filament (Inaba, Hashimoto et al. 2013) ;(Holmes, Holley et al. 2003); (Macnab 2003); (Diepold and Armitage 2015)). L’ATPase FliI fournit l’énergie nécessaire à l’appareil de sécrétion pour sécréter FliC et construire le filament ((Konishi, Kanbe et . 2009))(Bardy, Ng et al. 2003) (Macnab 2003). 48 FIGURE 9 Schéma de l’appareil flagellaire des bactéries gram + (gauche) et gram – (droite). Les composants majeurs sont codés par couleur : le corps basal (en rouge et jaune), l’anneau (en vert pâle), le crochet (en vert clair) et le filament (en vert). La rotation du flagelle peut se faire dans le sens des aiguilles d’une montre (clockwise CW) ou dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (counterclockwise CCW). Le flagelle des bactéries Grama un anneau L dans la membrane externe et un anneau P dans le plan du peptidoglycane et de l’espace périplasmique, et un anneau MS localisé à l'intérieur de la membrane cytoplasmique. Les anneaux L et P forment une bague de serrage à travers laquelle la tige pénètre dans la membrane externe. Ces deux anneaux ne sont pas présents chez les bactéries Gram+ (Schuhmacher, Thormann et al. 2015). 49 FIGURE 10 Schéma représentatif des composants moléculaires impliqués dans la biosynthèse du flagelle de Salmonella enterica (CHEVANCE AND HUGHES 2008) Expression des gènes flagellaires L’ordre d’assemblage des composants flagellaires est, en partie, la conséquence de l’expression séquentielle des gènes flagellaires. Chez des bactéries comme E. coli et S. typhimurium, l’assemblage flagellaire est strictement régulé sous forme d’une hiérarchie transcriptionnelle à trois niveaux (Jarrell and McBride 2008) : • La classe I comprend uniquement les régulateurs majeurs FlhC et FlhD, essentiels pour la transcription des gènes de classe II (Aldridge and Hughes 2002). • Les gènes de classe II codent pour les protéines impliquées dans l’assemblage du complexe corps basal-crochet et de l’appareil d’exportation (Ohnishi, Kutsukake et 50 al. 1990). Le facteur sigma FliA (sigma 28), requis pour la transcription des gènes de classe III, est lui aussi codé par un gène de classe II (Ohnishi, Kutsukake et al. 1990). • L’expression des gènes de classe III est nécessaire pour le fonctionnement et l’assemblage flagellaire tardifs. Ces gènes codent pour les protéines associées au crochet, les flagellines, les protéines du moteur (MotA, MotB) et les protéines du chimiotactisme Che (Chilcott and Hughes 2000). La transcription des gènes de classe III est réprimée par le facteur anti-sigma FlgM. Lorsque la mise en place du complexe corps basal-crochet-appareil d’exportation flagellaire est achevée (Muller, Jones et al. 1992),le facteur anti-sigma FlgM est exporté par ce système d’exportation, FliA est alors libéré et la transcription des gènes de classe III débute (Williams, Yamaguchi et al. 1996). L’appareil d’exportation du flagelle passe de l’exportation des protéines de la tige et du crochet à l’exportation des protéines du filament. Cette régulation génétique à trois niveaux n’est pas universelle. Par exemple, chez Pseudomonas aeruginosa le système de régulation des gènes flagellaires fonctionne à quatre niveaux et certains spyrochètes utilisent principalement la régulation posttraductionnelle (Aldridge, Karlinsey et al. 2006) (Aldridge and Hughes 2002). Chez B. subtilis, les protéines impliquées dans l’assemblage et la fonction de l’appareil flagellaire et de la chimiotaxie sont codées par des gènes regroupés dans un opéron de 2,6 kb, nommé fla/che, qui est localisé au niveau du chromosome. Cet opéron comprend les gènes de structure et de régulation requis pour la mobilité de la bactérie (West, Estacio et al. 2000). Chez la souche B. thuringiensis 407, deux gènes, flaA et flaB, séparés par un terminateur, sont responsables de la synthèse des flagellines qui constituent le filament de l’appareil flagellaire. Houry et al, en 2010 ont étudié l’expression du gène flaA dans différentes conditions. En culture planctonique, la transcription de flaA augmente en phase exponentielle et atteint un pic lors de la phase de transition entre la phase exponentielle et stationnaire ; puis diminue rapidement en phase stationnaire. Lors de la formation d’une pellicule par cette souche, la transcription de flaA est très élevée dans un biofilm âgé de 24h mais diminue progressivement avec la maturation de celui-ci. Cette diminution est probablement due à une diminution du nombre de bactéries mobiles dans 51 le biofilm. Les résultats montrent également que flaA est toujours exprimé dans un biofilm âgé de 60h. La nage bactérienne La mobilité de type ‘swimming’ est mieux décrite chez les bactéries à flagellation péritriche, mais présente des points communs avec les autres types de flagellation (Figure 11) Le sens de rotation des flagelles détermine le type de mouvement de la bactérie. La rotation dans le sens inverse des aiguilles d'une montre projette la bactérie en direction linéaire, la rotation dans le sens contraire provoque un ‘tumbling’ (une culbute) et la bactérie roule sur elle-même. Le tumbling est un évènement très bref, il dure moins d'une seconde, et est essentiel parce qu’il conduit à modifier la direction de la nage ((Harshey 2003, Harshey, Kawagishi et al. 2003, Macnab 2003). Chez les bactéries péritriches, lors de la nage linéaire, les flagelles répartis autour de la paroi bactérienne, s’associent en faisceau dans l’axe de la bactérie, et forment le ‘bundle’ flagellaire. Mobiles grâce aux flagelles, les bactéries sont capables de s’orienter grâce au chimiotactisme. En présence de substances attractives ou répulsives, les périodes de nage linéaire sont plus longues et le tumbling moins fréquent : les bactéries sont projetées dans la direction du gradient de concentration ou s'en éloignent, respectivement. Le tactisme des bactéries sera détaillé dans la partie suivante. 52 Nage Flagelles en ‘bundle’ (Rotation CCW) Attractant Un gradient chimique augmente la durée de la nage Tumbling Flagelles dispersés (Rotation CW) Nage Flagelles en ‘bundle’ (Rotation CCW) FIGURE 11 Schéma descriptif du mécanisme de la nage des bactéries péritriches. En absence d’un attractant, la rotation des flagelles alterne entre une rotation dans le sens des aiguilles d’une montre (CW, la bactérie fait du 'tumbling’) et dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (CCW, la bactérie nage) mais sans mouvement orienté. Avec la présence d’un gradient chimique d’attractant, la durée de la nage augmente et le ‘tumbling’ diminue. C’est la chimiotaxie : la bactérie nage en orientant sa direction vers une concentration croissante de l’attractant (modifiée d’après https://bio.libretexts.org/Bookshelves/Microbiology/Book%3A_Microbiology_(OpenStax)/03%3A_The_Cell/3.03%3 A_Unique_Characteristics_of_Prokaryotic_Cells). Le flagelle et la formation du biofilm Pour la majorité des bactéries mobiles, le rôle le plus important du flagelle dans la formation du biofilm est de permettre aux bactéries d’atteindre et aussi d’adhérer au niveau d’une surface. De plus, la mobilité permet de surmonter les forces répulsives entre la surface et la bactérie (Watnick and Kolter 1999). Lors de l’étape d’initiation, P. aeruginosa nage tout au long de la surface comme pour effectuer un balayage permettant de trouver l’emplacement approprié pour le contact initial, avant l’attachement sur la surface (O'Toole, Kaplan et al. 2000). Le flagelle peut prendre un autre rôle qu’organelle de mouvement : Par exemple, chez Aeromonas spp. le flagelle joue le rôle d’adhésine (Kirov 2003). Il peut être également impliqué dans le développement ultérieur du biofilm. Serratia marcesens élargit la colonisation des surfaces en utilisant le swarming, qui lui-même requiert les flagelles (Lai, Soo et al. 2005). Chez P. aeruginosa, la mobilité flagellaire est impliquée dans la formation de la structure en forme de champignon du biofilm (Barken, Pamp et al. 2008). De même, un mutant non flagellé de V. parahaemolyticus est incapable de former un biofilm possédant une structure tridimensionnelle (Yildiz and Visick 2009) 53 Pour résumer, ces travaux démontrent l’implication du flagelle à différentes étapes de formation des biofilms : • Le flagelle via le chimiotactisme permet à la bactérie de nager vers les nutriments associés à une surface, ou de nager vers les signaux générés par des cellules attachées à une surface abiotique. • La mobilité flagellaire pourrait permettre à la bactérie de surmonter les forces répulsives qui existent entre elle-même et la surface et favoriser le passage à une adhésion irréversible. • La mobilité flagellaire pourrait permettre aux bactéries ayant déjà adhéré à une surface, et qui sont en train de se diviser, de se propager via le swarming sur toute la surface. • La mobilité peut jouer un rôle dans la structure tridimensionnelle du biofilm. • Le flagelle joue un rôle dans la dispersion du biofilm et dans la colonisation d’autres surfaces. C. Le tactisme des bactéries La mobilité est l’un des moyens d’adaptation adoptée par les bactéries et débute par les étapes d’attraction (ou de répulsion) qui permettent l’installation des bactéries dans un milieu convenable à leur croissance. Le chimiotactisme est défini comme le mouvement dirigé de cellules mobiles dans des gradients de divers paramètres physico-chimiques (Alexandre 2010). Les nutriments, comme les acides aminés, les sucres et les acides organiques et des facteurs tels que le dioxygène (accepteur final d’électron), la lumière ou la température peuvent affecter le métabolisme bactérien. Tous ces facteurs physicochimiques agissent comme des signaux du milieu extracellulaire pour les cellules et leur détection dépend de la présence de récepteurs membranaires spécifiques du signal détecté, ainsi que la sensibilité de cette détection ((Alexandre 2010). Ces récepteurs sont des Methyl-accepting Chemotaxis Proteins (MCP) qui activent la voie de transduction du signal chimiotactique, aboutissant au changement du sens de rotation du moteur flagellaire ((Wadhams and Armitage 2004) ; (Alexandre 2010)). Ils se composent d’au moins une région senseur et une région de transduction/signalisation (Alexandre 2010). 54 Détection des signaux extracellulaires par les MCPs Les Methyl-accepting Chemotaxis Proteins (MCPs) sont généralement formés des trois domaines suivants (Schweinitzer and Josenhans 2010) ( Figure 12) • Le domaine MA (Methyl-Accepting), localisé dans le cytoplasme. • Le domaine HAMP (pour Histidine kinases, Adenylyl cyclases, Methyl-accepting chemotaxis proteins, and Phosphatases), localisé dans le cytoplasme. • Un ou plusieurs domaine(s) senseur(s), sont localisé(s) dans le cytoplasme ou le périplasme des bactéries Gram-. Chez les bactéries Gram+, ces domaines pe uvent être présents au niveau du cytoplasme ou bien dans la région extracellulaire quand il possède une ou plusieurs région(s) transmembranaire(s) pour l’ancrer dans la membrane cytoplasmique.
11,705
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Various open science
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Le service des conférences En revanche, pour ce qui est du service des conférences, la comparaison des chiffres avant et 2012 2013 2014 2015 2016 Rapport de Pierre Constans sur la Re vue des cours et conférence s au 15 ème cong rès d'AF , 23 novembre 1928, Quot idien d' AF du 24 novembre 1928 Rapport de Pierre Constans sur l'Institut et la Revue des cours et conférences au 16ème congrès d'AF, 29 novembre 1929, Quotidien d'AF du 30 novembre 1929 Rapport de Lucien Moreau sur la Librairie d'Action française au 14ème congrès d'AF, 23 novembre 1927, Quotidien d'AF du 24 novembre 1927 Rapport de Mlle Mallet sur la Librairie d'AF au 15ème congrès d'AF, 21 novembre 1928, Quotidien d'AF du 22 novembre 1928 Rapport de Mlle Mallet sur la Librairie d'AF au 16 ème congrès d'AF, 27 novembre 1929 , Quotidien d'AF du 28 novembre 1929 578 après 1926 est sans appel et témoigne clairement d'un ralentissement de la propagande. En 1926, le service organise encore 828 conférences, 424 à Paris et en banlieue et 404 en province. En 1927, Paul Robain ne fournit pas le nombre de conférences organisées par son service mais il appelle, comme toujours, à les multiplier : « Pour y aider, on avait pensé à répandre des plans de conférence élaborés par un groupe de nos amis parisiens. L'expérience a montré que mieux vaudrait la diffusion dans nos sections d'un recueil périodique de documents actuels. Il commence de paraître, sous le nom de Bulletin de documentation mensuel. » Au congrès de 1928, on apprend que 9 fascicules ont été publiés. Robain propose également qu'à chaque fois que la ligue organise une réunion importante en province, la section provoque une assemblée des ligueurs pour « organiser la contribution volontaire, base de tout. »2017 En 1928, le service donne 656 conférences à Paris et banlieue et 172 en province. Si nombre de conférences est en augmentation à Paris et en banlieue entre 1926 et 1928, la différence entre celui de la province est frappante : 404 conférences en 1926 et 172 en 1928. 4) Les organisations d'action Les dames et les jeunes filles royalistes Avant la condamnation de 1926, les dames et jeunes filles royalistes sont, certes, régulièrement évoquées, mais n'occupent pas une place réellement privilégiée dans la nébuleuse d'AF. Après 1926, elles sont ouvertement mises sur le devant de la scène. Lors des congrès d'AF, les rapports les concernant précèdent ceux de la ligue ou des camelots. Bernard de Vésins explique : « Nous avons voulu rendre hommage à la fermeté et au courage avec lesquels les groupes féminins qui poursuivent la propagande royaliste en France ont, durant le cours de cette année, consolidé, développé, fortifié leur progrès et leur action. Ceux qui s'imaginaient que ces auxiliaires si précieux de la propagande royaliste seraient aisément influencés par des manoeuvres déconcertantes ou des calomnies habilement répandues, ceux qui les croyaient même accessibles à la terreur, auront été cruellement détrompés ».2020 Les femmes sont évidemment considérées comme les plus vulnérables vis à vis de la crise religieuse. Il s'agit donc pour la ligue de prouver sa force en évoquant son succès parmi ces dernières. En 1927, dans son rapport, la vicomtesse de la Besse, au nom de la comtesse de Lur-Saluces, présidente des groupes de dames royalistes, « remercie les présidentes, secrétaires et adhérentes du courage qu'elles ont montré pendant la période douloureuse que nous vivons depuis quinze mois ». Elle indique que 85 groupes nouveaux ont été formés et que le nombre d'adhérentes a été multiplié d'un tiers2021. Le rapport publié dans le journal est extrêmement précis, preuve d'une volonté de 2019 novembre 1929, Quotidien d'AF du 28 novembre 1929 Propos de Bernard de Vésins au 14ème congrès d'AF, 23 novembre 1927, Quotidien d'AF du 24 novembre 1927 Rapport de la vicomtesse de la Besse sur les dames royalistes et d'Action française au 14ème congrès d'AF, 23 580 camoufler les conséquences de la crise religieuse. En réalité, les informations données se bornent à des références aux progrès des organisations et de la propagande mais sans aucune donnée chiffrée ou exemple précis d'activité. En 1927 également, Mlle de Kerret, présidente des jeunes filles royalistes déclare que l'association « a tenu sous l'orage avec une tranquille énergie. Presque toutes nos présidentes ont été vraiment à la hauteur, quelques-unes héroïques. Atteintes de la façon la plus cruelle, elles sont restées à leur poste, le coeur brisé mais l'âme très haute. » La présidente signale quelques 700 nouvelles adhérentes et affirme que les ventes ont donné des résultats supérieurs aux années précédentes. Les informations, fournies par zone d'AF, sont comparables à celles des dames royalistes et témoignent de progrès partout en France.2022 En 1928, les dames royalistes semblent toujours se développer. On apprend ainsi la constitution de 31 nouveaux groupes et la mise à l'honneur de 20 anciens « pour leur vitalité très fructueuse ».2023 En revanche, les jeunes filles royalistes sont en difficulté malgré les 510 nouvelles adhésions. Mlle de Kerret explique que « les menaces sont devenues d'horribles coups » et que « par mariage, par vocations religieuses, les groupes de jeunes filles royalistes ont subi des pertes. »2024 En 1929, l'activité des dames d'AF est toujours assez notable et le rapport au 16ème congrès semble aller dans le sens d'un développement continu.2025 Encore une fois, Mlle de Kerret est plus nuancée et « regrette que certains groupes se soient contentés de « tenir » » même si, « le plus grand nombre a continué de « marcher » ». Elle affirme que « le recrutement est bon, malgré les persécutions dont la rigueur augmente le mérite des Jeunes filles royalistes. Les abonnements d'essai pourraient donner des résultats meilleurs si l'on suivait mieux les personnes touchées. »2026 Ainsi, il est clair que la condamnation pontificale a des conséquences sur les groupements féminins. Nous manquons malheureusement de sources pour établir un descriptif précis et dans la durée. Les camelots et commissaires En 1927, le comité directeur de la fédération des camelots du roi est constitué de : Maxime Real del Sarte, président ; Lucien Lacour, vice-président ; Pierre Lecoeur, secrétaire général ; André Guignard, trésorier ; Philippe Roulland ; Gaston Baetz et François de la Motte. Ainsi, les instances dirigeantes des camelots ne sont pas plus bouleversées que celles de la ligue. En revanche, le colonel Larpent apporte quelques modifications à l'organisation des équipes de camelots et commissaires afin de les rendre plus homogènes : « A l'heure actuelle, les camelots du roi et commissaires d'Action française du département de la Seine et d'une partie de Seine et Oise, sont répartis en 28 équipes, formant 8 groupes de combat. Ceux-ci comportent 2, 3 ou 4 équipes formées par arrondissements ou par quartiers. Ces groupes sont placés sous la direction de chefs de groupe, qui sont secondés par des délégués ou chefs d'équipes. () Le nombre total des camelots du roi et commissaires pour la Seine s'élève à un millier environ. Lorsqu'ils sont investis d'une mission ou alertés pour une démonstration, ces derniers sont toujours porteurs d'une matraque ou d'une canne et parfois d'un revolver. »2027 A la lecture des CR des différents rapports au congrès d'AF à partir de 1927, on a le sentiment qu'il y a une réelle redistribution des missions entre les camelots et les commissaires. Les camelots semblent désormais avoir pour unique rôle la vente du quotidien alors que les commissaires sont appelés à largement dépasser leurs prérogatives initiales de service d'ordre. En 1927, le CR du rapport de Pierre Lecoeur sur les camelots du roi, publié dans le quotidien est extrêmement succinct. Ce dernier affirme que le nombre des camelots roi a augmenté tant à Paris qu'en province et signale qu'entre octobre 1926 et juillet 1927, les camelots ont vendu 108 704 numéros de l'AF.2028 En revanche, le développement des commissaires d'AF, déjà évoqué en 1925-1926, se poursuit en 1926 et 1927 notamment en province. De nouveaux groupes sont créés à Cannes, Toulon, Louviers, Montpellier, Châlons sur Marne. De nouvelles fédérations sont constituées : en Provence, dans le Nord, dans le Sud-Ouest (Bigorre, Béarn, Pays Basque, Landes). 2029 2027 2028 2029 Rapport de police sur l'Action française, juin 1927, Archives de la préfecture de police, Paris, BA 1893 Rapport de Pierre Lecoeur sur les camelots du roi au 14ème congrès d'AF, 24 novembre 1927, Quotidien d'AF du 25 novembre 1927 Rapport de Pierre Lecoeur sur les commissaires d'AF au 14ème congrès d'AF, 25 novembre 1927, Quotidien d'AF du 26 novembre 1927 582 Maurice Pujo appelle au développement des groupes de commissaires : « Tous nos amis doivent s'incorporer dans nos groupes, soit parmi les commissaires réguliers, qui s'astreignent aux gardes et aux services de chaque jour, soit parmi les commissaires auxiliaires. » Le discours de Pujo est intéressant car il témoigne clairement d'une mise sur le devant de la scène de l'organisation des commissaires. L'ambition, d'ailleurs ouvertement revendiquée, est bien de former une troupe capable de réagir vite en cas de coup de force : « Il n'y a rien de plus indispensable, rien de plus urgent que d'avoir partout, au plus tôt, pour les circonstances qu'on peut prévoir prochaines, des troupes d'élite préparées et adaptées à leur tâche, et elles ne peuvent l'être que dans le cadre de nos commissaires qui ont fait leurs preuves ».2030 Bernard de Vésins, en conclusion des différentes prises de parole sur les commissaires d'AF, insiste sur le rôle désormais central de ces derniers : « Le recrutement des Commissaires d'AF est un devoir absolu pour tous les présidents de section. C'est le moyen le plus efficace de servir la cause de l'AF et de la France. C'est le complément de coordination et d'organisation des éléments d'Action française. »2031 1928, Pierre Lecoeur reconnaît que les mesures des évêques ont gêné la vente du quotidien à la sortie des églises mais que les camelots ont tout de même vendu « un chiffre considérable de numéros ». Il admet également qu'en province, « la vente au numéro et les autres formes d'activité des Camelots du Roi rencontrent de très difficiles obstacles. »2032 En revanche, les groupes de commissaires semblent continuer à se développer même si le rapport de Lecoeur ne signale que peu de chiffres ou de faits réels mais uniquement des remarques qualitatives sur les progrès de l'implantation.2033 En 1929, Pierre Lecoeur est remplacé par Philippe Roulland comme secrétaire général de la fédération nationale des camelots du roi.2034 D'après un rapport des RG, il s'agirait d'une tentative de redressement de la situation car Roulland est « réputé plus actif » que Lecoeur.2035 Il semble également que ce changement de poste soit lié aux prémices de la grande dissidence de 1930. 2030 2031 2032 2033 2034 2035 Discours de Maurice Puj o sur les commissaires d'AF au 14ème congrès d'AF, 25 novembre 1927, Quotidien d'AF du 26 novembre 1927 Discours de Bernard de Vésins sur les commissaires d'AF au 14ème congrès d'AF, 25 novembre 1927, Quotidien d'AF du 26 novembre 1927 Rapport de Pierre Lecoeur sur les camelots du roi au 15ème congrès d'AF, 23 novembre 1928, Quot i dien d' AF du 24 novembre 1928 Rapport de Pierre Lecoeur sur les commissaires d'AF au 15ème congrès d'AF, 23 novembre 1928, Quotidien d'AF du 24 novembre 1928 Lecoeur est nommé secrétaire général des comités directeurs d'AF. Rapport du directeur-adjoint, chef du service des renseignements généraux et des jeux au préfet de police, 20 juin 1929, Archives de la préfecture de police, Paris, BA 1893 583 C'est donc Roulland qui évoque l'année au cours du 16ème congrès et il rappelle la nécessité de recruter davantage de camelots pour la vente. Maurice Pujo souligne lui l'importance de développer les fédérations régionales de camelots. En ce qui concerne les commissaires, il reconnaît que ces derniers n'ont pas eu beaucoup d'occasions d'agir mais en ont profité pour renforcer leurs force Cette période 1927-1929 est ainsi très intéressante dans l'histoire des camelots du roi et des commissaires. On assiste à un glissement organisationnel et opérationnel : les simples camelots ne sont plus les premières troupes de choc de la ligue. Les commissaires, organisés militairement, sont ceux qui doivent agir en priorité. Les camelots sont chargés de renforcer les équipes de commissaires en cas d'action. Les cercles de jour Les cercles de jour sont une « nouveauté » militante au sein de l'AF. Cela étant, ils ne sont pas une réaction à la condamnation dans la mesure où leur fondation a été décidée après les manifestations de l'été 1926 qui ont vu l'écroulement du Cartel. Nous verrons que l'expérience des cercles de jour fait long feu mais leur existence témoigne tout de même d'une volonté, au moins revendiquée, de garder les militants sur le qui-vive. Le caractère confidentiel de ces cercles explique qu'il n'y ait aucune référence lors des congrès. Ce sont les rapports de police et des renseignements généraux qui nous permettent d'appréhender leur création 2037 Rapports sur les camelots et commissaires au 16ème congrès d'AF, 29 novembre 1929, Quotidien d'AF du 30 novembre 1929 Rapport du commissaire spécial de Saint Etienne au directeur de la Sûreté générale, Saint Etienne, 14 décembre 1928, Archives nationales, Paris, F7 13 194 584 Une note du 13 avril 1927 nous apprend ainsi qu'après la manifestation du Palais Bourbon de juillet 1926, « les dirigeants de l'Action française exprimèrent à diverses reprises leur regret de n'avoir pu mobiliser à cette occasion les troupes royalistes en vue d'une démonstration d'envergure. Ils furent ainsi amenés à constater les imperfections de l'organisation des sections de la Ligue et l'impossibilité où ils se trouvaient de réunir, rapidement, sur un point donné, dans le courant de la journée, un nombre suffisant de partisans. Pour remédier à cette situation, le Colonel Larpent fut donc chargé de mettre au point un système de mobilisation de jour en tenant compte non plus du domicile des Ligueurs, mais du lieu de leur emploi. Dans ce but il fonda les « cercles » ou sections de jour » distincts des groupements locaux déjà institués. Ces cercles sont des sortes de cellules groupant les Ligueurs, commissaires et camelots du roi travaillant dans un même établissement ou dans un rayon déterminé assez restreint. A la tête de chacun de ces cercles se trouve un délégué, lequel en cas d'alerte et sur ordre du Comité directeur doit prévenir immédiatement et par les moyens les plus rapides quatre sous-délégués placés sous ses ordres. A leur tour, ces derniers doivent alerter d'urgence chacun six à dix affiliés du Cercle à leur lieu de travail. Dans ce but ils sont munis d'une liste d'adresses. Un premier lieu de rendez-vous est fixé à proximité par exemple de la permanence de la section. Le rassemblement opéré le délégué indique aux ligueurs un point de concentration non loin du lieu choisi pour la démonstration. Ils doivent s'y rendre par les moyens les plus rapides et c'est seulement à leur arrivée que leur sont communiquées les instructions de détails sur l'opération à exécuter ; toutes ces précautions sont prises pour éviter des indiscrétions. » En juin 1927, on dénombre 28 cercles à Paris : Saint-Louis ; Saint-Martin ; Royal-Turenne ; Montmorency-Le Temple ; Prince Henri-Rivoli ; Vendée-Vieille du Temple ; Batz-Cléry ; Choiseul Bourse ; Nationale Louvois ; Jeanne d'Arc-Europe ; Champs Elysées-Artois-La Trémoille ; RoyaleMalesherbes ; Aumale-Chateaudun ; Berger-Les Halles ; duc d'Enghien-Hauteville ; La Tour d'Auvergne-Maubeuge ; Royal des Deux-Gares ; Louis XI-Parmentier ; Plateau-Clichy ; Riquet de Barral-Montcalm-Comte d'Artois ; Bourbon-Vauban-Maurras ; Mille Auguste-Chanzy-St Antoine ; Bièvre-Tolbiac-Lahire-Clisson ; Champagne-Reine-Blanche. « Les militants faisant partie des cercles doivent obéir en tous lieux et moments à leurs délégués ; ils sont tenus d'observer la discrétion la plus absolue au sujet de l'existence des cercles et, en cas d'arrestation, ils ne doivent donner aucun renseignement concernant les noms et adresses de leurs camarades. » 585 Une première mobilisation du cercle « Montmorency-Le Temple » a eu lieu en novembre 1927 au moment du retour de Briand de Genève. Environ 40 es ont pris part à la manifestation. « Les dirigeants de l'Action française se déclarent satisfaits des résultats obtenus par le colonel Larpent. Celui-ci estime qu'il pourrait, le cas échéant, réunir en peu de temps, près d'un millier d'hommes. » En cas de mobilisation de nuit, ce sont toujours les présidents et secrétaires de section qui doivent avertir les ligueurs. Là encore, des essais de mobilisation ont eu lieu récemment dans plusieurs sections et les résultats ont semblé satisfaisants.2038 En 1927, on a donc l'impression que l'AF organise ses troupes en vue d'un réel passage à l'acte. Les essais de mobilisation peuvent être perçus comme une manière de tenir les troupes en haleine. Cela étant, nous avons vu que les manifestations de l'AF en 1927 et 1928 sont peu nombreuses et même au moment du regain d'activité de l'automne 1928, elles restent relativement rares par rapport aux périodes précédentes. Les étudiantes, étudiants, lycéens et collégiens d'AF Au cours de l'année 1927, les étudiantes d'AF ont développé sensiblement leur propagande après avoir, le 16 janvier 1927, renouvelé leur serment de fidélité à l'AF. Le 3 décembre 1927, le groupe compte 120 membres et est dirigé par le docteur Pauline Sériot.2040 En 1928, le groupe est 2038 2039 2040 Rapport sur « La nouvelle organisation des ligueurs et camelots d'Action française », 13 avril 1927, Archives nationales, Paris, F7 13 194 Rapport du directeur adjoint des renseignements généraux au préfet de police, 20 juin 1929, Archives de la préfecture de police, Paris, BA 1893 Rapport du docteur Pauline Sériot, lu par Mlle de la Lombardière au 14ème congrès d'AF, 24 novembre 1927, Quotidien d'AF du 25 novembre 1927 586 toujours en croissance. 2041 En juin 1927, un rapport de police comptabilise 280 étudiants d'AF à Paris. 2042 Jacques Prévotat signale le cas de 5 étudiants ayant envoyé leur démission à Charles Maurras. Ils lui écrivent : « Il y a chez ceux qui vous suivent une hypnose à quoi vous échappez. Vous ne sauriez croire à quel point vos pensées et vos mots d'ordre sont abrutis et déformés par des cerveaux qu'une formation, une force ou un courage insuffisants desservent et qui marquent le pas avec discipline bien moins par vertu que par lâcheté. () Il se trouve qu'à votre insu sans doute, mais réellement cependant, votre oeuvre serve d'opium et de poison. »2043 Il est difficile de connaître le nombre d'étudiants d'AF concernés par ce positionnement en rupture. Les étudiants d'AF affirment n'avoir perdu qu'1 % de leur effectif à l'occasion de la religieuse.2044 En février 1927, plusieurs étudiants royalistes parisiens envoient en effet une adresse de soumission à Mgr Baudrillart, recteur de l'Institut catholique.2045 Jusqu'en 1927, l'agitation militante au Quartier latin est au coeur des pratiques des étudiants d'AF. A l'inverse, le rapport de Georges Calzant au 14ème congrès rappelle que l'activité intellectuelle doit être au centre des activités des étudiants : « A la base de la propagande se trouve l'étude de la doctrine. Aussi tout groupe d'étudiants doit-il avoir à sa disposition une bibliothèque où les oeuvres de nos maîtres figurent en plusieurs exemplaires. Les groupes devront donner des conférences d'étude chaque quinzaine et une conférence de propagande chaque mois. La permanence doit être ouverte plusieurs fois pas semaine. Les voyageurs de commerce La section des voyageurs de commerce n'a pas souffert de la condamnation. En 1927, le progrès du groupe des voyageurs de commerce est important. Son président, M. Boulanger, signale un gain de 170 membres. Le Bulletin des voyageurs de commerce est paru 10 fois au cours de l'année et les membres de l'association ont distribué 20 000 tracts et 105 000 papillons. En 1928, le groupe compre 800 membres soit 70 de plus qu'en 1927.2049 En 1929, le bulletin de l'organisation paraît 6 fois et les membres distribuent pour 1500 francs de tracts et brochures et récoltent 150 abonnements au quotidien et environ 30 à l'AFA mais Charles Boulenger « estime que ce n'est pas assez, l'abonnement de propagande étant l'une des fonctions principales de la section. »2050 2047 2048 2050 Rapport de Georges Calzant sur les étudiants d'AF au 15ème congrès d'AF, 22 novembre 1928, Quotidien d'AF du 23 novembre 1928 Rapport de Georges Calzant sur les étudiants d'AF au 16ème congrès d'AF, 28 novembre 1928, Quotidien d'AF du 29 novembre 1928 Rapport de Charles Boulenger sur le groupe des voyageurs de commerce au 15ème congrès , 5) L'Union des corporations françaises Lors du congrès de 1927, les objectifs de l'Union des Corporations françaises sont rappelés : « Le but immédiat poursuivi par l'UCF est la diffusion dans le monde de la production d'une doctrine, celle de l'organisation des professions et des métiers dont on trouve les formules dans l'oeuvre de René de la Tour du Pin. Diffusion d'une doctrine, et non L'évolution est frappante si l'on repense au programme de la CIPF de Georges Valois au début des années 1920. D'ailleurs Chaboche explique que comme l'Union « sait l'impossibilité de réaliser, sous le régime politique actuel, des corporations viables, elle entend, pour l'instant du moins, limiter ses efforts à la conquête des élites dans tous les métiers et dans toutes les classes sociales. » Evidemment, l'AF accuse alors Georges Valois d'être responsable de cet échec et d'avoir mené, la CIPF puis l'UCF dans « une voie sans issue ».2052 Roger Sémichon évoque quant à lui la propagande dans les milieux ouvriers et souligne la fondation d'une section de propagandistes destinée à prendre la parole quand un centre fait appel à leurs services.2053 Pierre Chaboche affirme dans son rapport qu'en deux ans, les centres d'action se sont largement développés : de 3 en 1925 à 15 en 1927 plus 11 en formation. 2054 En 1928, il est fait état de 89 villes.2055 En 1929, l'UCF dispose de plusieurs organismes : - Des organismes corporatifs : « groupements professionnels destinés à faire pénétrer l'idée corporative dans une ou plusieurs professions d'un même métier. Ces groupements disposent pour certains de leur propre publication : Le Rail, Le Bâtiment français, l'Ingénieur français, Le Médecin.2056 - Des organismes régionaux : « qui propagent la doctrine corporative dans les diverses catégories de 2051 2052 2053 2054 2055 2056 Discours d'ouverture de Pierre Chaboche au congrès de l'Union des Corporations françaises, Quotidien d'AF du 22 novembre 1927 « L'union des corporations françaises. Son but – Ses moyens – Ses services », Almanach de l'AF de 1929, BNF Gallica Rapport de Roger Sémichon sur « La propagande dans les milieux ouvriers » au congrès de l'Union des Corporations françaises, Quotidien d'AF du 22 novembre 1927 Rapport général de Pierre Chaboche au congrès de l'Union des Corporations françaises, Quotidien d'AF du 22 novembre 1927 Rapport général de Pierre Chaboche au congrès de l'Union des Corporations françaises, Quotidien d'AF du 20 novembre 1928 « L'union des corporations françaises. Son but – moyens – Ses services », Almanach de l'AF de 1929, BNF Gallica 589 producteurs d'une même localité ou d'une même région. » - Des écoles de propagandistes : ce sont les Cercles de La Tour du Pin « qui s'attachent à former des orateurs qualifiés pour les auditoires populaires. » Fondé le 23 mai 1928, ses membres sont divisés en deux catégories : les orateurs et les documentaires. A chaque réunion, les documentaires sont chargés de présenter « de courts rapports sur des questions d'actualité ou sur des points de doctrine. Par ce moyen, les orateurs ont une documentation à jour et peuvent ainsi donner à leurs publics des précisions capables de renforcer leur argumentation. 591 II. Les conséquences de la condamnation sur l'implantation territoriale et sociologique de la ligue L'épiscopat et le clergé ont joué un rôle important dans l'implantation de la ligue au début du siècle. Après la condamnation, c'est encore l'attitude de ces derniers qui va, dans une large mesure, accentuer ou au contraire tempérer les conséquences de la crise sur les milieux d'AF. En effet, comme l'a montré Magali Della Sudda, « la condamnation de 1926 place l'évêque au centre du dispositif de mise en conformité des pratiques des laïcs aux directives pontificales. L'évêque est chargé de faire appliquer la jurisprudence de la Sacrée Pénitencerie apostolique. C'est à lui qu'incombe le choix des sanctions pour établir la conduite légitime en matière religieuse et, dans le cas de l'AF, politique. »2062 Il semble, au départ, que de nombreuses autorisations de lecture du journal aient été accordées et qu'elles deviennent ensuite plus rares en raison du durcissement de Rome. Lors d'une audience accordée à l'archevêque de Paris le 24 février 1927, le pape affirme que désormais les autorisations de lecture du journal relèveront de sa seule autorité.2063 Si nous pouvons brosser un tableau assez complet des attitudes adoptées par les évêques de France2064, il est malheureusement plus difficile d'appréhender les réactions des simples curés de paroisse. Des exemples existent de réels soutiens à l'AF ; à l'inverse d'autres exemples montrent que certains curés ont dénoncé des ligueurs et/ou des curés favorables à l'AF. Chaque paroisse est bien spécifique et il est bien entendu impossible de toutes les étudier ; cela étant, nous allons essayer de donner des tendances générales dans chaque d'AF. D'une manière générale, grâce à l'étude des conséquences de la condamnation de 1926 région par région, nous allons tenter d'appréhender une question fondamentale et peu évoquée par l'historiographie à savoir celle de la place des pratiques religieuses parmi les pratiques militantes de l'AF. Et, plus largement, réinterroger le rôle de la matrice catholique dans l'engagement militant au sein de la ligue en fonction des régions de France. 2064 DELLA SUDDA Magali, « Les transformations de l'exercice de l'autorité épiscopale dans l'Église catholique en France à la lumière de la condamnation de l'Action française », op. Cit. p.69 Ibid p.475-476 Grâce à la thèse de PREVOTAT Jacques, Les catholiques et l'Action française. Histoire d'une condamnation 18991939, op. Cit. 592 Paris et banlieue : maintien de l'implantation mais renouvellement des dirigeants Au moment de la condamnation, l'archevêque de Paris choisit de publier la décision du pape et l'accompagne d'une explication s'attachant à décrire les aspects disciplinaires de la crise. Les évêques de Versailles et de Meaux se rallient également. A Versailles et à Paris la fermeté vis à vis de l'AF est très vite appliquée. L'archevêque de Paris décide d'ailleurs de se réserver les permissions de l'Index et n'en accorde aucune. Malgré tout, nous avons vu que, dans l'ensemble, en 1927, la ligue continue à progresser. C'est particulièrement vrai pour Paris et sa banlieue. Ainsi, lors du congrès de novembre 1927, François de la Motte expose un bilan encourageant sur l'activité de la fédération des sections de Paris et de la banlieue : 250 000 tracts distribués, 3500 affiches accolées, des conférences suivies dans toutes les sections.2065 En 1928 et 1929, la situation semble toujours être favorable dans la fédération de Paris et banlieue. Pour preuve, le service des conférences organise de très nombreuses réunions : 656 en 1928 et 630 en 1929 (contre 172 conférences en province). D'une manière générale, à la fin des années 1920, il semble bien que le déséquilibre entre Paris et la province augmente.2066 La fédération de Paris et de la banlieue est présidée par François de la Motte et est scindée en plusieurs fédérations locales : - La fédération de la banlieue Nord, présidée par le docteur Paul Guérin, qui regroupe 26 sections et centres de propagande. - La fédération de la banlieue Est, présidée par Hervé le Grand, qui regroupe également 26 sections et centres de propagande et dispose également de 20 correspondants référencés - La fédération de la banlieue Ouest, présidée par Paul Dorange, est constituée de 24 sections et centres de propagande et de 8 correspondants. - La fédération de la banlieue Sud, sous la présidence de Pierre Galli, regroupe 13 sections et centres de propagande et 5 correspondants.2067 Ainsi, on constate que l'organisation d'ensemble n'est pas réellement impactée par la condamnation pontificale. Mais qu'en est-il de ses membres? Il est difficile de se faire une idée précise, en 2065 2066 2067 Rapport de François de la Motte sur la fédération des sections de Paris et de la banlieue au 14ème congrès d'AF, 23 novembre 1927, Quotidien d'AF du 24 novembre 1927 Quotidiens d'AF 1927, 1928, 1929. 2069 Comparaison établie à partir d'un rapport de novembre 1924 sur l'organisation des sections d'Action française à Paris et en banlieue (Archives nationales, Paris, F7 13 194) et de la liste publiée dans l'Almanach d'AF de 1929 En ne comptant pas la nouvelle section du 9ème arrondissement 594 Région du Nord : des difficultés importantes Dans la région Nord, les réactions ecclésiastiques au moment de la crise sont extrêmement diverses. L'archevêque de Cambrai, Mgr Chollet, réagit violemment après la lettre d'Andrieu. Il écrit ainsi au P. Le Floch, le 11 septembre 1926 : « La lettre du cardinal Andrieu était sollicitée depuis longtemps par Mgr Cerretti qui l'avait d'abord demandée à un autre cardinal qui s'est dérobé. C'est un acte plus politique que religieux. Doublée de la lettre du pape et venant au lendemain de la bénédiction accordée à Bierville, c'est la chose la plus déconcertante. Que faire dans ces conjonctures, faudra-t-il dire aux jeunes gens de l'Action française de se mettre sous la direction de G. Valois et de Sangnier? Je ne vois pas ce que la foi et la vie chrétienne y gagneraient. Hélas! Trois fois hélas! »2070 En janvier 1927, il est l'un des dix évêques à ne pas publier la décision du pape par sympathie ouverte pour l'AF. L'évêque de Lille, quant à lui, publie la décision sans réelle conviction bien qu'il ne soit pas un soutien avéré de l'AF. A l'inverse, l'évêque de Beauvais publie la condamnation et l'accompagne même d'une solide explication doctrinale. L'évêque d'Arras s'attache à expliquer la condamnation en insistant sur l'aspect disciplinaire. Il est , dès le départ, un opposant hostile à l'AF. Malgré cette diversité de situations locales, il n'empêche qu'au cours de l'année 1927, des progrès sont enregistrés partout grâce à l'action notamment de Maurice Dupont : 40 nouvelles adhésions, 200 000 tracts répandus, 80 000 francs recueillis, 800 abonnements de propagande, plusieurs bulletins mensuels créés dans diverses sections. En 1928, le rapport sur la situation de la ligue dans la région est plus nuancé et on apprend que la 1ère zone « est une de celles qui ont été le plus durement atteintes par la crise ». Cela étant, l'activité de Maurice Dupont est toujours saluée et des progrès sont enregistrés dans les 7 fédérations que compte la zone : Aisne, Ardennes, Nord, Oise, Pas de Calais, Somme et Marne.2071 En 1929, le rapport au congrès ne signale aucune information particulière si ce n'est que la ligue se porte bien dans la région Nord.2072 Ainsi, à la lecture des rapports au congrès d'AF, on a le sentiment que la ligue n'a pas été réellement impactée par la condamnation. Pourtant, il convient de largement nuancer cette impression. D'ailleurs, Jean Vavasseur-Desperriers signale des signes d'essoufflement précoces dans le Nord et 2070 2072 Citée par PREVOTAT Jacques, Les catholiques et l'Action française, op. Cit. p.368 Rapport de Bernard de Vésins au 15ème congrès d'AF, 22 novembre 1928, Quotidien d'AF du 23 novembre 1928 Rapport de Bernard de Vésins au 16 ème congrès d'AF, 28 novembre 1929, Quotidien d'AF du 29 novembre 1929 595 distingue trois catégories de facteurs explicatifs, d'ordre générationnel, d'ordre social et d'ordre religieux. Il rappelle à juste titre que l'implantation de l'AF dans le Nord s'est appuyée sur des hommes de valeur en particulier Gustave Théry et le docteur Guermonprez, tous deux très âgés à la fin des années 1920 et ne jouant plus de rôle dans la vie de la ligue. Au niveau religieux, avant même la condamnation, les tensions sont vives entre l'AF et l'ACJF notamment après l'arrivée d'André Danchin à la tête de l'ACJF de Lille. Ce dernier marque nettement ses réserves sur l'appartenance à l'AF et à l'ACJF. Ainsi, les tensions entre militantisme d'AF et militantisme catholique sont de plus en plus fortes. Au niveau économique et social enfin, l'AF souffre de son incapacité à concrétiser ses doctrines sociales2073. Nous avons déjà évoqué toute l'ambiguïté des rapports de l'AF avec le monde économique. Evidemment, le départ fracassant de Georges Valois n'a pas amélioré le scepticisme des militants d'AF à ce sujet. Malgré tout, l'Union des corporations françaises se maintient dans la région. En 1927, lors du congrès de l'UCF, M. Lemaître-Leroux rend compte des résultats dans le centre ouvrier d'Halluin2074. En un an, le centre compte 171 adhérents : 13 industriels, 8 commerçants, 9 contremaîtres, 32 employés, 109 ouvriers. Il souligne notamment l'importance de « rendre des services aux personnes que l'on veut amener à l'UCF. () Pour que les idées deviennent motrices, il faut que leur diffusion soit accompagnée de réalités tangibles. »2075 Les résultats de cette activité sont toutefois extrêmement faibles. Un rapport de police de janvier 1930 nous apprend ainsi qu'une réunion de l'UCF d'Halluin n'a regroupé qu'une soixantaine de personnes alors même que son organisateur espérait en accueillir plusieurs centaines. 2076 De même, la fondation de l'Union corporative de l'automobile n'a aucune conséquence dans le département du Nord.2077 Un rapport du préfet du Nord en date du 28 octobre 1930 signale d'ailleurs que « la propagande de l'Union des corporations françaises, groupement d'Action française, n'a obtenu jusqu'à présent que des résultats négligeables dans le Nord où l'existence de cette organisation est presque généralement ignorée. »2078 La condamnation pontificale semble avoir également des conséquences importantes sur l'activité de la ligue dans la région. A en croire un rapport du préfet du Nord daté du 22 octobre 1930, l'influence 2073 2074 2075 2076 2077 2078 Sur tous ces points voir VAVASSEUR-DESPERRIERS Jean, « L'Action française dans le Nord », dans LEYMARIE Michel et PREVOTAT Jacques, op. Cit. p.302-304 Sur la ville d'Halluin, voir HASTINGS Michel, Halluin la rouge, 1919-1938, Septentrion, Lille, 1991 Rapport de M. Lemaître-Leroux sur le groupe ouvrier d'Halluin au congrès de l'Union des Corporations françaises, Quotidien d'AF du 22 novembre 1927 Rapport du commerce de police d'Halluin au préfet du Nord, 21 janvier 1930, Archives départemenales du Nord, Lille, M 154/236 Divers rapports de Dunkerque, Lille, Roubaix, Cambrai, 1930, Archives départementales du Nord, Lille, M 154/237 du préfet du Nord au Président du Conseil, 28 octobre 1920, Archives départementales du Nord, Lille, M 154/237 596 de l'AF « est devenue tout à fait restreinte depuis les difficultés survenues entre les dirigeants et le Vatican (). Leur propagande est d'ailleurs très peu active habituellement et en tout cas elle ne rencontre pas le moindre succès parmi la population ouvrière. » Au niveau organisationnel, la ligue semble également en difficulté : « Il y a quelques années, la section d'Action française de Lille, pour donner plus d'impulsion à sa propagande, avait divisé Lille et sa banlieue en six secteurs et soussecteurs possédant chacun un siège. L'interdit du Pape ayant provoqué de nombreuses démissions, cette organisation a été supprimée. La section de Lille ne compte plus aujourd'hui que 110 ligueurs. Le groupe des commissaires d'Action française n'existe plus et celui des camelots du roi () est réduit à sa plus simple expression. »2079 L'AF ne dispose plus que de 3 colporteurs pour vendre le journal. Les dames et les jeunes filles ne groupent plus qu'une vingtaine d'adhérentes et l'organisation ne montre aucune activité. Les étudiants d'AF, qui groupaient autrefois près de 150 membres, ne comptent plus qu'une dizaine d'adhérents. Le quotidien ne dispose plus que de 40 abonnés et la vente diminue continuellement. De même, le tirage du National des Flandres et d'Artois a diminué de 3500 à 1700 exemplaires. A Roubaix, la section ne compte plus que 15 membres et 35 numéros du journal y sont vendus : « L'activité de cette section est en quelque sorte nulle depuis deux ans. » A Tourcoing, on ne compte plus qu'une dizaine de membres et la vente de 28 numéros du journal : « L'activité de cette section est également nulle. » A Lomme, la section a 12 membres. A Halluin, 12 membres également. La section de La Madeleine est quant à elle dissoute. « Ainsi l'influence de l'Action française dans le Nord a décru très sensiblement depuis les démêlés de ce groupement avec le Vatican. Son importance est devenue négligeable dans cette région. »2080 Les étudiants d'AF semblent également en difficulté même si une réunion des étudiants de Lille en février 1929 regroupe tout de même une centaine de personnes. 2081 De plus, il semble que ces derniers cherchent alors à se faire discrets et à mener une propagande individuelle. A noter que les dirigeants de l'AF restent globalement les mêmes avant et après la crise ce qui témoigne tout de même du maintien d'une élite militante.2082 2079 2080 2081 2082 Un rapport de police du 26 janvier 1929 nous apprend ainsi que 237 camelots du roi de Lille, Roubaix et Tourcoing ont démissionné en raison de la condamnation de Rome, Archives départementale du Nord, Lille, M 154/239 Rapport du préfet du Nord au Président du Conseil, 22 octobre 1930, Archives départementales du Nord, Lille, M 154/237 Rapport du commissaire spécial au préfet du Nord, 14 février 1929, Archives départementales du Nord, Lille, M 154/238 Rapport du préfet du Nord au Président du Conseil, 22 octobre 1930, Archives départementales du Nord, Lille, M 154/237 597 Région du Nord-Ouest : l'hostilité des autorités ecclésiastiques Dans la région Nord-Ouest, deux évêques adoptent des positions radicalement opposées face à l'AF : celui de Rouen et celui d'Evreux. En janvier 1927, l'évêque de Rouen fait partie de la dizaine d'évêques à ne pas publier la décision du pape par sympathie pour l'AF. Sa position reste d'ailleurs ferme car il se montre très hostile à la rédaction de la déclaration collective des évêques de France réclamée par le pape au printemps 1927. A la fin de l'année 1927, malgré la reprise en main de la papauté, il reste un défenseur acharné de l'AF. Les évêques de Coutances, de Laval et de Le Mans, quant à eux, publient la décision en janvier 1927 sans réelle conviction mais sans être forcément des soutiens avérés de l'AF. A l'inverse, l'évêque d'Evreux la publie et invoque des motifs disciplinaires pour expliquer le soutien au pape. Dès le départ il adopte ainsi une position de fermeté vis à vis de l'AF. D'après les rapports au congrès d'AF, il semble qu'en 1927, les sections de la région se développent et on assiste à la constitution d'une fédération départementale de la Mayenne. 2083 En 1928, des progrès sont toujours notables mais le rapport souligne toutefois que « la peur de se compromettre chez les commerçants et la terreur chez les catholiques arrêtent les affirmations nettes et les concours. »2084 En 1929, on apprend que « le mouvement d'AF se heurte, dans le département de l'Eure, à l'hostilité persistante des autorités ecclésiastiques et aussi à la malveillance déclarée de la Ligue patriotique des française ». Dans les autres départements de la région, la ligue fait des progrès.2085 En 1929, dans le département de la Manche, l'AF doit faire face à une diminution importante de ses effectifs. La section de Cherbourg qui ne comptait déjà qu'une cinquantaine de membres en 1926, en compte désormais 10 environ. A Avranches en revanche, le commandant Millet est susceptible de déployer une grande activité mais les réunions de la section ne semblent toutefois pas très suivies. En Mayenne également, « le parti d'Action française, qui englobait autrefois toute la noblesse du département, a été abandonné par un très grand nombre de ses membres, qui ont docilement suivi les directives pontificales. »2086 2083 2084 2085 2086 Rapport de Bernard de Vésins au 14ème congrès d'AF, 24 novembre 1927, Quotidien d'AF du 25 novembre 1927 Rapport de Bernard de Vésins au 15ème congrès d'AF, 22 novembre 1928, Quotidien d'AF du 23 novembre 1928 Rapport de Bernard de Vésins au 16ème congrès d'AF, 28 novembre 1929, Quotidien d'AF du 29 novembre 1929 Enquête par département sur « Action française et Défense nationale », 1929, Archives nationales, Paris, F7 13 980 598 Région de l'Ouest : des conséquences assez nuancées Comme ailleurs, les réactions ecclésiastiques à la condamnation sont diverses dans la région de l'Ouest. Comme le rappelle David Bensoussan, « si l'on ne peut pas faire de l'ensemble des prélats bretons des sympathisants actifs de l'Action française () tous ont en commun une profonde hostilité au libéralisme politique et aux valeurs qui fondent l'État républicain. »2087 Ainsi, après la publication de la lettre d'Andrieu, tous cherchent l'apaisement entre l'AF et la Papauté. La déclaration du cardinal Charost, évê de Rennes, publiée les 27 novembre et 4 décembre 1926, dans laquelle il fait ouvertement l'éloge des services rendus à l'Église et à la Patrie par l'AF, est symptomatique de la réelle complaisance des évêques bretons vis à vis du mouvement maurrassien. Cela étant, si l'évêque de Quimper semble un temps bienveillant à l'égard de l'AF, il rallie vite l'intransigeance du pape et évolue vers la fermeté vis à vis de cette dernière. A l'inverse, en janvier 1927, Mgr Le Fer de la Motte, évêque de Nantes, fait partie de la dizaine d'évêques à ne pas publier la décision du pape par sympathie pour l'AF. L'évêque de Rennes, lui, se soumet au pape mais à contre coeur en continuant à soutenir l'AF ; il est d'ailleurs très hostile à la rédaction de la déclaration collective des évêques de France réclamée par le pape au printemps 1927. Nantes et Rennes restent, à la fin de l'année 1927, des soutiens pour l'AF. Mgr Charost, évêque de Rennes, choisit toutefois la voie du ralliement à la papauté après avoir été reçu par le pape en novembre 1927. En rentrant, il aurait déclaré à des dames royalistes lui demandant d'intervenir en faveur de l'AF : « Je ne tiens pas à finir mes jours au Mont-Cassin ».2088 Preuve, s'il en faut, de la fermeté exemplaire de Pie XI dans la gestion de ce dossier. Mgr Le Fer de la Motte, évêque de Nantes est, quant à lui, plus indécis. Il accorde d'ailleurs largement des autorisations de lecture du quotidien ce qui ne manque pas d'agacer le pape. En novembre 1927, le nonce demande à Mgr Le Fer de la Motte d'éclaircir les choses quant au trop grand nombre d'autorisations de lecture (environ 400 d'après le nonce) accordées par l'évêque. Ce dernier répond en affirmant que seules 192 permissions ont été délivrées et qu'un certain nombre d'entre elles le sont pour un an. Il s'agit clairement d'un mensonge ; en effet, comme l'a rappelé David Bensoussan, les archives diocésaines contiennent un petit carnet qui nous renseigne précisément sur le nombre et l'identité des permissionnaires de l'Index. Ils sont en réalité 385 et la durée des permissions n'est pas d'une année mais sine die. Parmi les permissionnaires, on retrouve sans surprise, les membres de la noblesse locale (158 patronymes à particul ). 2088 2089 BENSOUSSAN David, Combats pour une Bretagne catholique et rurale, op. Cit. p.115 PAILLAT Claude, Dossiers secrets de la France contemporaine. La victoire perdue 1920-1929, op. Cit. p.380 BENSOUSSAN David, Combats pour une Bretagne catholique et rurale, op. Cit. p.123-124 599 La condamnation pontificale touche de plein fouet le monde des notables catholiques bretons, recrues privilégiées de l'AF dans la région, et remet en cause « des conceptions politico-religieuses qui trouvaient dans la pensée maurrassienne une traduction lumineuse »2090. De plus, la condamnation de l'AF est d'autant plus mal vécue qu'elle donne l'impression que le courant démocrate-chrétien est désormais plus en phase avec la papauté. Dans cette région où les conflits et les antagonismes au sein des milieux catholiques sont virulents, on comprend mieux l'impact de la décision pontificale. Dès lors, l'Ouest-Eclair cherche à remettre en cause l'union des droites qui a permis à l'AF de maintenir une influence politique importante alors même que son poids électoral est faible. Ainsi, il ne faut pas sous-estimer l'impact de la condamnation sur l'implantation de l'AF dans l'Ouest de la France. Si en 1927, André Feildel, secrétaire régional de la ligue affirme, lors du congrès, que « l'année a été vraiment bonne », qu'un peu partout l'implantation de l'AF se développe et que le chiffre des adhérents nouveaux compense celui des départs, 2091 dès 1928, les choses changent et le rapport au congrès est tout à fait différent. Pour la Basse-Bretagne, il est dit que « dans ce pays très clérical où les évêques des trois diocèses se montrent hostiles et où le clergé est féru de démocratique plus ou moins chrétien, il était à prévoir que la condamnation de notre mouvement devait avoir une répercussion plus profonde que dans d'autres régions. » En revanche, dans l'Est de la région, l'année 1928 semble avoir été une année de « réorganisation et de consolidation intérieure ».2092 En 1929, la situation reste assez comparable à l'année précédente même si certains progrès sont soulignés.2093 Ces progrès évoqués par l'AF semblent d'ailleurs réels car, si les ligueurs d'AF sont rapidement rattrapés par l'intransigeance pontificale et que des sections comme Saint Malo voient leur activité extrêmement réduite, « phénomène est cependant loin d'être uniforme et ne joue pas forcément dans l'immédiat puisque l'on observe la persistance de l'action propagandiste et même un net volontarisme dans les années 1928-1931 ».2094 Cela étant, de nombreux rapports de police concordent également à montrer que des ligueurs d'AF, notamment à Nantes, quittent alors l'AF pour rejoindre les Jeunesses patriotes. 2095 Si l'antagonisme est toujours resté relativement courtois entre les deux groupements, il est relativement ancien. Déjà 2090 2091 2092 2093 2094 2095 BENSOUSSAN David, Combats pour une Bretagne catholique et rurale, op. Cit. 2097 Rapport du commissaire spécial de Nantes, 24 février 1926, Archives départementales de Loire-Atlantique, Nantes, 1 M 130 Enquête par département sur « Action française et Défense nationale », 1929, Archives nationales, Paris, F7 13 980 601 Région de l'Est : une ligue en sommeil Le cardinal Luçon, archevêque de Reims est une figure majeure de l'histoire de la condamnation d'AF. Comme président de l'Assemblée des cardinaux et archevêques de France et doyen de l'épiscopat, il endosse clairement un rôle de médiateur et est chargé de faire appliquer les décisions du pape. A titre, personnel, tout porte à croire que « sa position traduit celle de la moyenne de l'épiscopat. () C'est un homme scrupuleux et hésitant, dont toute l'attitude semble commandée par le désir de bien faire, sans heurter ni blesser les hommes. »2098 Son obéissance vis à vis de la papauté est toutefois évidente et il adopte rapidement une attitude de fermeté vis à vis de l'AF. Après la condamnation, ce dernier, tout comme les évêques de Châlons, de Langres, de Metz, de Nancy et de Strasbourg publient la décision du pape et invoquent essentiellement des motifs disciplinaires pour expliquer le soutien au pape. Ainsi, dans l'Est, aucun soutien à l'AF ne semble repérable dans les différents diocèses. En 1927, d'après les CR du congrès d'AF, les progrès sont importants notamment en Alsace où le nombre de ligueurs a augmenté de plus de moitié. Le développement est méthodique en Meurthe et Moselle et les progrès constants en Haute-Marne et dans l'Aube.2099 En 1928, le rapport au congrès reconnaît que « la question religieuse d'une part, et d'autre part la propagande allemande ont quelque peu gêné le recrut ». Cela étant, l'organisation de la ligue semble tout de même se développer.2100 En 1929, le rapport affirme que la situation se modifie « dans un sens favorable » à l'AF.2101 En réalité, les conséquences de la condamnation sont réelles dans la région. La vie des permanences est en sommeil, il est d'ailleurs quelques fois difficile de les assurer. Jérémy Koeppel affirme que l'AF assure sa cohésion essentiellement grâce aux fêtes qui rythment l'année (fête des rois, fête de Jeanne d'Arc, fête de la Saint-Jean) plus que grâce aux habituelles conférences de doctrine : ainsi, « ce n'est pas la réflexion qui prime mais le sentiment ».2102 Un rapport du sous-préfet de Lunéville au préfet de Nancy daté de janvier 1929, nous apprend également, que dans l'arrondissement de Lunéville, les groupements d'AF ont tous souffert de la 2098 2099 2100 2101 2102 PREVOTAT Jacques, Les catholiques et l'Action française, op. Cit. p.369 Rapport de Bernard de Vésins au 14ème congrès d'AF, 24 novembre 1927, Quotidien d'AF du 25 novembre 1927 Rapport de Bernard de Vésins au 15ème congrès d'AF, 22 novembre 1928, Quotidien d'AF du 23 novembre 1928 Rapport de Bernard de Vésins au 16ème congrès d'AF, 28 novembre 1929, Quotidien d'AF du 29 novembre 1929 KOEPPEL Jérémy, L'Action française en Lorraine (1919-1939), Mémoire de M1, Université Paul Verlaine, Metz, 2007, p.63 602 condamnation et de la mise à l'Index du journal. Ainsi, à Baccarat, le journal « qui était lu par la plupart des employés de la Cristallerie, ne compte plus aujourd'hui que 4 ou 5 abonnés ».2103 A Nancy, en janvier 1929, l'AF réunit environ 400 personnes lors d'une conférence de Bernard de Vésins et Joseph Delest.2104 En janvier 1926, 1200 personnes étaient présentes pour une conférence de l'amiral Schwerer et Paul Robain dont un tiers membres d'autres partis et une quinzaine de communistes.2105 On peut ainsi estimer à environ 800 le nombre des sympathisants d'AF présents à cette réunion. La comparaison des chiffres de 1926 et 1929 est insi frappante. Evidemment, cette comparaison n'offre qu'un exemple isolé avec toutes les limites que cela implique. Cela étant, le chiffre de 400 personnes pour une conférence de Bernard de Vésins et Joseph Delest apparaît somme toute assez faible. Un rapport de 1929 confirme d'ailleurs que l'activité des sections d'AF de Meurthe et Moselle est nulle même si à Nancy l'AF cherche à développer son influence dans les milieux universitaires. De même, en Moselle, si la section de Metz groupe toujours environ 1000 adhérents, « on constate dans le département un recul assez sérieux dans le développement de l'AF depuis son différend avec le Vatican ».2106 En Alsace, la condamnation entraîne une diminution des effectifs et de l'audience de l'AF qui tente alors de réagir en entreprenant un « effort sérieux pour l'organisation de ses amis de la profession médicale ». Des banquets réguliers de médecins regroupant une quarantaine de personnes à Strasbourg sont organisés à la fin des années 1920.2107 Les groupes d'AF dans la Marne marquent également le pas. Un rapport de la Sûreté générale de décembre 1928 nous signale que l'AF compte environ 230 membres dans le département répartis dans plusieurs sections : Reims (55), Chalons (52), Epernay (35), Vitry (36), Sainte Menehould (25), Sézanne-Montmirail (27). Le groupe de Reims est décrit comme peu actif et ayant peu d'influence sur les masses.2108 La condamnation pontificale semble bien être la cause de ces difficultés. Un autre rapport souligne en effet que « depuis les ordres transmis par l'évêché, les jeunes camelots ont déserté les parvis et 2103 2104 2105 2106 2107 2108 Rapport du sous-préfet de Lunéville au préfet de Nancy, 30 janvier 1929, Archives départemenales de Meurthe et Moselle, Nancy, 1 M 635 Rapport de la Sûreté générale, Nancy, 22 janvier 1929, Archives départemenales de Meurthe et Moselle, Nancy, 1 M 645 Rapport de la Sûreté générale du 10 janvier 1926, Archives départementales de Meurthe et Moselle, Nancy, 1 M 645 Enquête par département sur « Action française et Défense nationale », 1929, Archives nationales, Paris, F7 13 980 DREYFUS François-G, « L'Action française en Alsace », Actes du 3ème colloque ras , op . Cit . p .60-61 ; voir également : UNTERE INER Etienne, L ' Action française en Alsace : réaction de l'opinion alsacienne face à la condamnation du mouvement par le Saint-Siège, Université de Strasbourg, 1978 Rapport du commissaire spécial de Reims au directeur de la Sûreté générale, Reims, 26 décembre 1928, Archives nationales, Paris, F7 13 194 603 leurs placards ne sont plus collés dans les édicules où l'on pouvait ordinairement les lire. Pour la même raison les prêtres ont quitté les sections qu'ils animaient et avec eux sont partis tous ceux qui craignaient les sanctions religieuses (). Région de la Loire : une implantation toujours faible En juillet 1926, l'évêque de Chartres, Mgr Harscouët est très clairement favorable à l'AF. Des quatre journaux reçus à l'archevếché, La Croix, l'Action française, Le Figaro et le Nouveau Siècle, il a gardé les trois premiers et renvoyé le dernier. L'archevêque de Tours, Mgr Nègre, est, quant à lui, extrêmement virulent à l'égard du cardinal Andrieu et attribue sa lettre à une « dépression physique et morale consécutive à une opération chirurgicale. »2111 En janvier 1927, ni l'évêque de Chartres, ni celui de Tours, ne publient la décision du pape. L'évêque de Tours est d'ailleurs très hostile au travail de rédaction d'une adresse collective des évêques français réclamée par le pape au printemps 1927. A la fin de l'année 1927, il est toujours un soutien de l'AF malgré la reprise en main de l'épiscopat français par le pape. L'évêque de Bourges se soumet au pape mais sans grande conviction et reste un soutien de l'AF. L'évêque de Nevers publie également la condamnation à contre coeur mais sans être un soutien avéré. A l'inverse, l'évêque de Sens la publie et l'accompagne d'une solide explication doctrinale. Il mène d'ailleurs rapidement une politique de fermeté vis à vis de l'AF. L'évêque de Blois invoque, quant à lui, essentiellement des motif disciplinaires pour expliquer le soutien au pape. D'après les rapports au congrès, en 1927, la Nièvre reste à la tête des départements de la région. Dans le Loir et Cher, les résultats sont jugés remarquables ; dans le Loiret, le nombre des ligueurs a doublé ; dans le Cher, dans l'Yonne et dans l'Indre la propagande se développe malgré les difficultés.2112 En 1928, les progrès semblent continuer dans la région grâce à une « réaction à peu près unanime de nos amis contre la persécution personnelle qui les a visés. »2113 En 1929, certaines sections sont en progrès mais on apprend tout de même que le centre de Romorantin dort un peu « pour ne pas faire de la peine aux curés, qui sont si gentils. » Décision évidemment critiquée par Bernard de Vésins.2114 L'implantation de l'AF dans la région reste somme toute assez limitée. Un rapport nous signale ainsi qu'en 1929, la section de Bourges ne compterait que 100 à 130 ligueurs.2115 2111 2112 2113 2114 2115 PREVOTAT Jacques, Les catholiques et l'Action française, op. Cit. p.368 Rapport de Bernard de Vésins au 14ème congrès d'AF, 24 novembre 1927, Quotidien d'AF du 25 novembre 1927 Rapport de Bernard de Vésins au 15ème congrès d'AF, 22 novembre 1928, Quotidien d'AF du 23 novembre 1928 Rapport de Bernard de Vésins au 16ème congrès d'AF, 28 novembre 1929, Quotidien d'AF du 29 novembre 1929 Enquête par département sur « Action française et Défense nationale », 1929, Archives nationales, Paris, F7 13 980 605 Région du Sud Ouest : des conséquences limitées Le cardinal Andrieu est évidemment un des principaux opposants à l'AF et cherche à faire appliquer de manière extrêmement rigoureuse la condamnation. L'évêque d'Agen choisit également, dès janvier 1927, de publier la décision du pape et d'y ajouter une solide explication doctrinale. Dès le départ, il adopte une attitude franchement hostile à l'AF. L'évêque d'Angoulême invoque essentiellement des motifs disciplinaires pour expliquer le soutien au pape, tout comme les évêques de Limoges et de Poitiers. L'évêque de Poitiers est resté toutefois un soutien de l'AF et les directives pontificales n'ont été appliquées dans son diocèse qu'avec mollesse. A l'inverse, l'évêque de Bayonne rallie rapidement la cause des opposants à l'AF et adopte une politique de fermeté vis à vis d'elle. Il en est de même de l'évê de La Rochelle. Malgré une intransigeance quasi unanime vis à vis de l'AF, la situation reste satisfaisante d'après les rapports au congrès de la ligue. L'année 1927 a donné lieu à une activité féconde : la section de Bordeaux gagne par exemple 200 ligueurs. Les sections de Royan, Sainte Foy la Grande, Arcachon et La Réole sont également en progrès. En Dordogne, dans le Lot et Garonne et dans les BassesPyrénées, l'AF se développe mais la situation est plus difficile dans les Landes. La section de Poitiers enregistre une augmentation de ses membres de près de 50 %. La fédération de Vendée compte 100 nouveaux ligueurs. En Indre et Loire, la seule section de Tours enregistre 60 nouvelles adhésions.2116 L'année 1928 est plus compliquée. Dans la partie Nord, Jean Jamain décrit « une année d'attente » : « La question religieuse a gêné la propagande dans les milieux catholiques, mais, par ailleurs, comme on pensait que nous voulions rétablir le « gouvernement des curés », on reste surpris de la persécution que nous endurons et doucement on se laisse approcher. » Les nouvelles adhésions comblent toutefois « les démissions arrachées par la terreur. » Dans la partie Sud, la situation n'a pas empiré en raison de la crise religieuse.2117 Jamain souligne que l'année 1929 a été une « année d'attente qui a préparé et rendu possible une marche en avant ». La situation semble ainsi évoluer favorablement par rapport à l'année précédente. Pour la partie Sud, Paul Courcoural affirme que « les recrues nouvelles ont largement compensé les départs, d'ailleurs consentis à regret sous l'effet d'une pression formidable qui ne se relâche pas. »2118 Si l'on se réfère à d'autres sources ou recherches historiques, il semble en effet que la condamnation n'ait pas entraîné de conséquences désastreuses sur l'implantation de l'AF dans la région. Jacques Valette rappelle qu'elle n'a eu « que des effets très atténués dans les milieux royalistes du Poitou et des régions voisines. Certes, elle a provoqué les mêmes tourments de conscience, que ceux qui affligeaient les Ligueurs d'autres régions. , ici, des mécanismes ont joué, amortissant les effets du drame psychologique et permettant à l'Action française locale de survivre. »2119 Il fait référence à la modération de l'évêque de Poitiers qui n'a appliqué les directives romaines en matière de sacrement qu'avec mollesse : un seul refus d'obsèques religieuses et quelques mariages célébrés sans solennité. Mais, dans l'ensemble, l'évêque se borne à simplement rappeler l'obligation du principe d'obéissance au pape. Valette évoque également comme facteur explicatif, la prudence du marquis de Roux, figure bien connue de l'AF, qui conseille l'attentisme et la modération aux membres de l'AF. Il conseille à ses amis de rester à la tête des organisations catholiques. Cela étant, la plupart de ces derniers quittent les oeuvres catholiques. Marc Agostino souligne que « les foyers de la « façade atlantique » résistent à la condamnation, mais perdent leur influence. » A La Rochelle, les débats avec l'évêque, opposant résolu de l'AF, sont vifs mais n'empêchent pas un maintien d'influence de l'AF. La ligue tente également de profiter des enterrements civils et des mariages in nigris pour manifester leur mécontentement.2120 Un rapport de 1929 souligne d'ailleurs que « le parti d'Action française compte différentes sections dans le département de la Charente Inférieure, qui font preuve de quelque activité. »2121 Dans le Lot et Garonne, un rapport de la Sûreté générale de 1928 nous donne de bonnes indications sur l'implantation de la ligue. Quatre sections sont comptabilisées : - Agen : section présidée par le marquis de Saint Exupéry, représentant du prince. Environ 50 adhérents. - Marmande : section présidée par Bernard de Blaye, propriétaire. Environ 150 membres. - Nérac : section présidée par M. de Gelas, rentier. Environ 30 membres. - Villeneuve sur Lot : section présidée par M. de Godhail, propriétaire. Environ 60 membres. Si l'implantation semble réelle, en revanche, le rapport stipule bien qu' « en ce qui concerne la 2119 2120 2121 VALETTE Jacques, « La condamnation de l'Action française dans la Vienne », Actes du cinquième colloque Maurras « Non possumus. La crise religieuse de l'Action française », op. Cit., p.477 AGOSTINO Marc, « L'Action française dans le Sud-Ouest », dans LEYMARIE Michel et PREVOTAT Jacques (Dir), op. Cit. p.287 Enquête par département sur « Action française et Défense nationale », 1929, Archives nationales, Paris, F7 13 980 607 propagande exercée par la Ligue d'Action française en Lot et Garonne elle est pratiquement nulle ; cette organisation, qui n'a jamais eu beaucoup d'influence dans le département, semble avoir reçu un grand coup, tout au moins au point de vue pécuniaire, depuis que le journal « l'Action française » a été excommunié par le Pape. » Toutefois, au cours de l'année 1928, le rapport souligne tout de même l'organisation de plusieurs réunions de propagande notables.2122 En Charente, en 1929, l'implantation de la ligue reste assez faible mais « elle se livre cependant depuis quelque temps à une propagande qu'elle intensifie de plus en plus ». Il en est de même en Dordogne où « les milieux d'Action française déploient une assez forte activité et l'intensité de leur action a nettement augmenté dans le courant de l'année 1928. » Les ligueurs sont environ 300 en Dordogne en 1929.2123 Plus au Sud, dans les Basses Pyrénées, Patrick Brunot signale qu'une bonne partie du clergé basque peut être considéré comme sympathisant d'AF. Au début de la crise, ils sont d'ailleurs nombreux à rester fidèles à l'AF en espérant que tout s'arrange rapidement. Par ailleurs, la condamnation n'a aucune conséquence sur les abonnements au quotidien, y compris parmi le clergé. 2124 Cela étant, l'évêque de Bayonne, Mgr Gieure adopte rapidement une attitude franchement hostile à l'AF. Rentré de Rome en mai 1927, il s'attache notamment à reprendre en main son clergé. Le 8 janvier 1928, il publie dans son Bulletin religieux un avis interdisant aux prêtres d'écrire désormais dans le Courrier de Bayonne. Le 25 mars 1928, il publie un avertissement épiscopal contre le journal l'Argia, journal d'AF. Au final, malgré toutes les sympathies, le clergé diocésain se soumet presque entièrement aux directives du pape.2125 La ligue survit toutefois dans le département et parvient à mobiliser ses militants à de nombreuses reprises. La ville de Bordeaux est l'épicentre de la crise, nous l'avons vu. L'intransigeance du cardinal Andrieu est évidemment exemplaire. Il ne semble toutefois pas immédiatement suivi par l'ensemble de son clergé comme nous l'apprend un rapport du préfet de Gironde en date du 9 janvier 1927 : « Une partie du clergé girondin ne suit pas son Cardinal Archevêque et continue à sou en sous main l'Action française. Parmi les jeunes prêtres surtout, et notamment ceux qui ont fait la guerre, il paraît y avoir une révolte contre le mot d'ordre venu de Rome () ». 2126 2122 2123 2124 2125 2126 Rapport du commissaire spécial au directeur de la Sûreté générale, Agen, 16 décembre 1928, Archives nationales, Paris, F7 13 194 Enquête par département sur « Action française et Défense nationale », 1929, Archives nationales, Paris, F7 13 980 BRUNOT Patrick, « La droite traditionaliste dans les Basses Pyrénées de 1900 à 1950 », op.
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Inégalités sociales et territoriales et éducation thérapeutique du patient : le cas de la Corse. Education. Université Pascal Paoli, 2022. Français. &#x27E8;NNT : 2022CORT0016&#x27E9;. &#x27E8;tel-04203118&#x27E9;
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Dans le discours, peu d’éléments relatent une difficulté d’accès aux soins. Dans le HLQ, aux dimensions « gérer activement sa santé » et « naviguer à l’intérieur du système de santé » monsieur A. obtient des scores élevés (respectivement 4/4 et 4,66/5), ce qui est cohérent avec son récit de vie. Pour l’expérience liée aux professionnels de santé, cette dernière semble renvoyer à de très bons souvenirs pour monsieur A. : « Je reconnais qu’à Marseille, ils [les professionnels de santé] m’ont vraiment mis sur les rails à tout point de vue ». Dans le HLQ, les dimensions renvoyant à l’expérience liée aux professionnels de santé sont « se sentir compris et soutenu par les professionnels de santé » et « avoir les habiletés pour s’engager activement avec un professionnel de santé », pour lesquelles monsieur A. obtient des scores maximaux (4/4 et 5/5). Toutefois, dans son récit de vie, seul le soutien des professionnels de santé apparaît, monsieur A. n’ayant pas fait référence à la dimension « engagement ». Concernant le soutien social, monsieur A. l’évoque en ces termes : « Ils [ses enfants] m’appellent une fois par jour pour savoir si je ne manque de rien, si j’ai bien mangé, si tout va bien, si je veux aller au restaurant mais il ne faut pas le dire! ». D’autres éléments constitutifs de son récit indiquent que les soutiens (familiaux, amicaux, etc.) ont été nombreux dans toutes les étapes de sa vie. À la dimension du HLQ « avoir un soutien social en lien avec la santé » il obtient d’ailleurs le score maximal. Ainsi, pour monsieur A., les résultats au HLQ sont en cohérence avec les éléments du discours relevés dans le récit de vie. Le profil en littératie en santé de madame B. Concernant la littératie en santé, le récit de vie de madame B. mentionne des éléments relevant de la littératie fonctionnelle : « À la limite, je fais les dextros, je vois que c’est bon 123 et je ne cherche plus à... », mais aussi de littératie interactive : « J’ai aussi cherché toutes les informations dans les centres par rapport au diabète, là j’ai eu toutes les informations dont j’avais besoin. Ça a été une aide pour moi ». On y trouve aussi des éléments de littératie critique : « J’ai même fait des choses par rapport au diabète comme des pense-bêtes pour savoir ce que je dois faire ou ce que je ne dois pas faire ». À travers le discours de madame B., on se rend compte de l’évolution qui a été la sienne depuis le diagnostic jusqu’à aujourd’hui. Elle semble être passée d’une littératie fonctionnelle à un niveau de littératie critique au fil du temps. Ces éléments de discours mis en contraste avec les dimensions « avoir suffisamment d’informations pour gérer sa santé », « comprendre l’info relative à la santé », « avoir les habiletés pour trouver les bonnes informations relatives à la santé » et « comprendre suffisamment les informations relatives à la santé pour savoir quoi en faire » du HLQ montrent une réelle cohérence du fait des scores obtenus (respectivement 4/4, 3,8/4,4/5 et 4,6/5). L’accès aux soins est une dimension peu développée. Cependant, madame B. met en avant des problèmes d’accès aux soins sur le territoire, qui ne semblent pas la concerner directement : « Au niveau des endocrinologues il y a un problème, je pense que... ceux qui ont des diabètes de type 1, qui est beaucoup plus grave, à l’heure actuelle il y a un sacré problème dans le suivi. Des endocrinologues il n’y en a pas beaucoup. Moi je vois ma bellefille elle part sur Ile Rousse. Et les rendez-vous il faut beaucoup de temps ». Dans le HLQ aux dimensions « gérer activement sa santé » et « naviguer à l’intérieur du système de santé », elle obtient des scores élevés (respectivement 4/4 et 4/5). En ce qui concerne l’expérience liée aux professionnels de santé, madame B. évoque un vécu positif : « J’ai eu de la chance de tomber sur des médecins comme le Docteur P. [...] Il était très proche de ses patients. Il m’a dirigée lorsque je demandais quelque chose. Il m’a donné les informations dont j’avais besoin, il m’a bien expliqué. Et après les autres qui ont pris le relais, pareil ». Dans le HLQ son score à la dimension « se sentir compris et soutenu par les professionnels de santé » est maximal, il est un peu moins élevé concernant la dimension « avoir les habiletés pour s’engager activement avec un professionnel de santé » (4,2/5). Concernant le soutien social lié à la santé, il est rarement mentionné. Les évocations de soutien social non liées à la santé sont les plus fréquentes. Madame B. verbalise un « certain relâchement » concernant la manière dont elle a géré sa maladie et le soutien social lié à la santé n’est pas apparu clairement. Nous pouvons l’observer dans les éléments de discours 124 suivants : « Peut-être que j’ai trop été dans le milieu hospitalier, la maladie de mon mari a quand même duré trois ans, il a beaucoup souffert et je pense que c’est en moi. Il faut me laisser le temps peut-être. Je crois que mon médecin l’a compris donc il me laisse tranquille ». En ce qui concerne le score à la dimension « avoir un soutien social en lien avec sa santé » il est de 3,6/4. Malgré l’absence, dans son discours, de liens avec le soutien social lié à la santé, madame B. obtient un score élevé. Sur ce point particulier, les résultats du questionnaire et les éléments du récit de vie ne semblent pas en accord. Mis à part cette dimension, pour madame B., comme pour monsieur A., les résultats au HLQ sont cohérents avec le récit de vie. Les éléments du discours ont pu, la plupart du temps, être mis en relation avec les scores du HLQ. Le profil de littératie en santé de madame S. Dans le récit de vie de madame S., l’évocation de la littératie en santé est fréquente et relève surtout des niveaux interactif et critique. La littératie fonctionnelle est peu présente dans le discours. Des éléments pouvant être rattachés à la littératie interactive sont évoqués par madame S. lorsqu’elle parle des ateliers d’ETP : « C’était pour apprendre par rapport à d’autres personnes ». On pourrait penser qu’elle fait preuve d’un bon niveau de littératie critique lorsqu’elle explique : « Si je suis contrariée le diabète est lié à l’émotion donc il va changer. Si vous avez de la joie ou de la peine donc il va se chambouler mais ça je le sais depuis que je le pratique ». Ses scores aux dimensions « avoir suffisamment d’informations pour gérer sa santé », « avoir les habiletés pour trouver les bonnes informations relatives à la santé » et « comprendre suffisamment les informations relatives à la santé pour savoir quoi en faire » (respectivement 4/4, 4/5 et 5/5) du HLQ vont dans le même sens. Toutefois, son faible score (2,4/4) au HLQ sur la dimension « comprendre l’information relative à la santé » invite à nuancer cette interprétation. Concernant l’accès aux soins, il est peu évoqué dans le discours. Madame S. précise qu’elle bénéficie de bons de transport qui lui permettent de se rendre à ses rendez-vous médicaux dans des villes voisines : « Ce qui fait que si je dois aller sur Bastia, même si je dois aller chez le cardiologue sur Île-Rousse, le médecin me fait un bon de transport et j’ai le taxi qui me mène et qui me ramène à la maison. Puisque je suis sans voiture et que je n’ai pas de permis donc j’y vais les jours où il prend sans rendez-vous ». Ainsi madame S. ne semble pas avoir de difficultés relatives à l’accès aux soins, ce que confirment ses scores au HLQ 125 dans les dimensions « gérer activement sa santé » et « naviguer à l’intérieur du système de santé » (respectivement 3,2/4 et de 5/5). L’expérience liée aux professionnels de santé est un thème qui revient régulièrement dans le discours de madame S. qui conclut : « Je n’ai eu que de bonnes expériences avec les professionnels de santé ». Dans le HLQ, ses scores aux dimensions « se sentir compris et soutenu par les professionnels de santé » et « avoir les habiletés pour s’engager activement avec un professionnel de santé » sont de 3,4/4 et de 4,8/5. En ce qui concerne le soutien social dans le récit de vie, cette dimension est présente quel que soit le type de soutien reçu, en lien ou non avec la santé. Pour le soutien social lié à la santé, madame S. dit : « Je ne suis tombée que sur des médecins qui m’ont toujours aidée et en qui j’avais une grande confiance ». Les scores des dimensions une et six sont de 4/4 et de 4,8/5. Ainsi, les éléments du discours mis en relation avec les scores au HLQ montrent une réelle cohérence entre les deux méthodes de recueil de données chez madame S. Ainsi, la littératie en santé est perceptible à des niveaux différents dans les trois récits de vie des personnes et le questionnaire du HLQ permet de mettre en contraste les dimensions avec les éléments du discours. Nous allons voir à présent comment l’empowerment émerge dans le récit de vie et sa possible cohérence avec les résultats au DES-SF. L’empowerment à travers la DES-SF et le récit de vie L’empowerment est une dimension qui nécessite une analyse du discours fine car la verbalisation du pouvoir d’agir est parfois difficilement saisissable. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi d’y associer la notion de powerlessness, décrite par Aujoulat et al. (2007a) comme complémentaire à l’empowerment. Notons par ailleurs que cette dimension n’apparaît pas comme un item à part entière dans la DES-SF. En effet, les huit questions de la DES-SF sont centrées sur l’empowerment évalué à travers les notions de soutien social, de stress perçu et d’autonomie en matière de santé. À cette échelle, les scores obtenus par les trois personnes sont élevés (allant de 4,25 à 5) et nous développons ci-dessous la mise en relation des dimensions du récit de vie avec les résultats au questionnaire pour chacun des trois patients. Dans le discours de monsieur A., l’empowerment a été verbalisé de cette manière : « On ne guérit pas du diabète mais je sais que je peux vivre avec le diabète et que je vis bien ». Les expressions liées à l’empowerment sont présentes tout au long du récit comme par exemple : « Je continue toujours à me battre pour m’améliorer, pour avoir une vie normale, comme tout être humain ». À l’inverse, la dimension de powerlessness n’est pas fréquente, on en trouve un exemple chez monsieur A. quand il dit : « Je pensais mettre fin à ma vie à cause de ça car tout était lié à la peur de ne pas savoir gérer ». Lorsqu’on considère le discours dans son intégralité, on comprend que cet épisode de sa vie a été le déclencheur d’une prise de conscience qui l’a amené à développer un pouvoir d’agir considérable, ce dont témoigne le score qu’il obtient au DES (score maximal de 5/5). Le niveau d’empowerment de madame B. Pour madame B., l’empowerment a été verbalisé de cette façon : « J’ai quand même du tempérament, on a toujours l’impression que je suis fragile mais je pense que quelque part j’ai une force en moi » et revient fréquemment dans le récit. La dimension powerlessness apparaît également chez madame B. : « J’ai eu des périodes difficiles, des envies d’en finir avec la vie ». Ces propos font référence à un événement douloureux de sa vie, provoquant un sentiment d’impuissance dans un premier temps mais qui a débouché sur une appropriation du pouvoir d’agir. Au questionnaire, madame B. obtient d’ailleurs un score assez élevé (4,25/5). Le niveau d’empowerment de madame Madame S. emploie beaucoup de termes en lien avec la notion de pouvoir d’agir : « Ça permet d’avancer et lorsqu’on se lève le matin et qu’on respire quelle chance on a ». La dimension powerlessness est verbalisée par madame S. de cette façon : « Quand j’ai perdu mon mari mon diabète est devenu mon pire ennemi ». L’évocation de ces événements négatifs laisse ensuite la place à des termes liés à l’empowerment : « Je vis bien avec je le gère bien » ou encore « Mais voilà on s’en est sorti. On est toujours là ». Au questionnaire DES-SF, le score de madame S. est élevé (4,75/5) ce qui concorde avec les éléments du discours. Dans la partie suivante, nous mettons en relation la littératie en santé et l’empowerment dans le contexte de l’Éducation thérapeutique grâce à l’analyse des éléments du récit de vie des trois personnes. Mise en relation de la littératie en santé et de l’empowerment à travers l’expérience de l’ETP Les trois personnes diabétiques ont participé à des ateliers d’Éducation thérapeutique au cours de leur vie et, au moment du récit de vie, le dernier atelier s’était déroulé moins de six mois auparavant. Dans cette partie, nous mettons en relation littératie en santé et empowerment tels qu’ils ont été abordés dans le discours des personnes à propos de l’ETP. Le récit de vie a été l’occasion de mettre en mots l’expérience liée à l’Éducation thérapeutique. Cette dernière a été considérée comme positive par les trois personnes. Nous nous attarderons un peu plus longuement sur le profil de monsieur A. qui a fréquemment évoqué son expérience de l’ETP dans son récit de . Dans le récit de monsieur A. Le vécu lié à l’ETP de monsieur A. concerne surtout différents stages effectués à des périodes différentes de sa vie et il semble que le début de ces stages en 2006 ait été le point d’ancrage d’un renouveau dans sa manière d’aborder la maladie. L’évocation de cette expérience d’ETP a mis en lumière de manière claire l’évolution de monsieur A. tant au niveau de la littératie en santé que de l’empowerment. Pour ce dernier, les éléments du discours les plus révélateurs sont les suivants : « J’ai fait deux fois quinze jours [d’ETP] et là j’ai vraiment appris ce que c’était le diabète, comment on pouvait le maitriser, comment on pouvait le suivre. Pour moi, le diabète c’était on faisait des piqûres, on prenait des médicaments et tout allait bien mais au contraire, il faut juste l’apprivoiser et s’adapter. Et moi, c’est ce que j’ai fait depuis ce stage-là [...] Et depuis que j’ai été à Marseille [ville dans laquelle il a suivi l’ETP] que j’ai appris ce que c’était le diabète comment on pouvait le maîtriser je pense que je le maîtrise bien, je me débrouille bien. Et je suis même content que j’en sois arrivé là parce qu’on a toujours peur lorsqu’on a un proche qui s’en va à cause du diabète, on le vit mal. J’ai dit ce que j’ai fait pour Paris, je vais le faire pour le diabète, je me suis accroché, je me suis battu pour le vaincre... je ne l’ai pas vaincu mais je le maîtrise ». Ou encore : « Chaque fois qu’il y a des choses nouvelles pour le diabète, je suis demandeur si elles peuvent améliorer mon quotidien. C’est comme dans la vie professionnelle, si on reste toujours au même échelon ce n’est pas bon, il faut essayer d’avancer. C’est un handicap mais pour la personne qui le maîtrise ce n’est pas un handicap ». L’amélioration de la gestion de sa maladie grâce à l’ETP est également visible lorsque monsieur A. évoque l’expérience de sa sœur, elle aussi diabétique : « Quand on échange, on n’a pas le même point de vue sur la maladie. Parce qu’elle [sa sœur] ne veut pas faire de stage, elle ne veut pas aller au contact 128 des gens, parce que je lui dis “viens avec moi quand je vais aux réunions tout ça, tu n’es pas obligée de t’investir à 100 % mais tu écoutes, tu vois, tu entends les gens ce qu’ils disent, tu compares avec ce que tu vis et ce que je vis et ce que les gens vivent. Tu as peut-être quelque chose qui va te dire “bon ben je vais peut-être faire comme ça”, elle non, elle a un protocole elle suit le protocole ». Ces différents extraits suggèrent que l’Éducation thérapeutique a permis à monsieur A. de développer des compétences en matière de littératie en santé et d’empowerment lui permettant de mieux vivre avec son diabète. Dans le récit de madame B. Madame B. a eu accès à l’Éducation thérapeutique par le biais d’une association de sa ville. Les éléments du discours ne montrent pas une évolution aussi marquée que celle de monsieur A., cependant des phrases liées à l’empowerment et à la littératie en santé en lien avec l’ETP sont présentes : « Il y a des associations qui sont là exprès, avec l’aide du médecin, c’est vrai que je cherche toujours à comprendre. Après vous avez des informations sur Internet, tout ça. Quand j’ai été diagnostiquée avec le diabète, je n’étais pas très douée sur Internet. C’est après que je me suis mise à travailler, à apprendre et à utiliser l’informatique [...] je pense que je suis née avec une certaine curiosité. Quand on est curieux, on aime apprendre ». Lorsqu’elle évoque son expérience d’ETP, celle-ci est toujours systématiquement associée, à des termes identifiés comme relevant de l’empowerment et de la littératie en santé : « une grande aide pour moi », « j’ai eu toutes les informations dont j’avais besoin », « j’ai aussi cherché toutes les informations dans les centres par rapport au diabète ». Dans le récit de madame S. Lorsque madame S. évoque son expérience de l’ETP, elle utilise des termes liés à la littératie en santé et à l’empowerment : « Ça se passe très bien [l’ETP] au contraire, ça permet de voir le regard des autres et ça me prouve à moi, pour un enrichissement personnel, que les gens pensent que ce que nous avons c’est énorme alors que non c’est infime on peut marcher, on respire enfin on vit quoi. Il y en a d’autres qui sont beaucoup plus négatifs et moi ça me conforte dans mon propos. D’être positive et de se dire que ce qu’on a, ce n’est pas grand-chose. Ça permet d’avancer et lorsqu’on se lève le matin et qu’on respire, quelle chance on a! [...] Les ateliers d’ETP c’est pour apprendre par rapport aux autres ». Cette 129 relation en miroir avec les participants des ateliers d’ETP a permis à madame S. de tirer profit de leurs expériences et de leurs représentations sur la maladie. Ainsi, l’expérience de l’ETP semble avoir apporté à ces trois personnes des compétences nécessaires à une meilleure gestion du diabète en influant sur leurs niveaux de littératie en santé et d’empowerment. Nous allons voir à présent comment la qualité de vie des individus est évaluée grâce au profil de Duke. La qualité de vie liée à la santé Le questionnaire relatif à la qualité de vie est une donnée qui nous a permis de dresser un profil complet de l’état physique, psychologique et émotionnel des participants. Les différents scores obtenus ont été utiles dans la mise en lumière de problématiques révélées par le récit de vie. Rappelons que l’amélioration de la qualité de vie liée à la santé, et de manière générale, est l’objectif de l’Éducation thérapeutique et qu’une faible estime de soi, de la dépression ou encore un faible soutien social sont vecteurs d’un faible développement de l’empowerment. Les moyennes générales au questionnaire sont présentées dans le tableau ci-dessous : Profil de santé de Duke /100 Monsieur A. 91,4 Scores moyens ou bas dans les dimensions du Duke /100 Douleur : 50 Madame B. 61,1 Douleur : 50 Madame S. 88,6 Pas de scores moyens ou sous la moyenne. Tableau 11 Résultats au profil de Duke La qualité de vie chez les trois personnes ETP est relativement élevée et leur récit de vie ne fait pas état de souffrances tant sur le plan physique que psychologique. Monsieur A. et madame B. relatent un score moyen au niveau de la dimension « douleur » mais qui n’a pas de retentissement dans la mise en mots faite dans le récit de vie. Ainsi, nous pouvons penser que le profil de Duke peut éclairer des dimensions évoquées dans le récit de vie ou au contraire venir éclairer des dimensions dont les scores sont bas et qui n’ont pas été exprimées dans le récit de vie. Cette étude exploratoire a permis d’ancrer notre approche dans une visée microsociologique, de se familiariser à l’usage du récit de vie et de mettre à l’épreuve les questionnaires avec les éléments du discours des trois participants6. La partie qui suit présente l’étude à part entière qui a permis un recueil des données auprès d’autres personnes diabétiques. Nous avons fait le choix d’un nombre limité de personnes, ce choix est motivé par notre inscription dans la recherche qualitative et pour mener un travail plus approfondi sur des profils en particulier comme nous le verrons dans la suite de l’analyse. 2) L’étude croisée : récit de vie et questionnaires Les douze participants ont pour principale différence le suivi ou non d’ateliers d’Éducation thérapeutique et ont été choisis de façon à avoir six personnes ETP et six personnes non-ETP comparables du point de vue de l’âge, du lieu d’habitation et du niveau d’études. Leurs caractéristiques sociodémographiques ont été présentées précédemment (tableau 3, p.99). La moyenne d’âge pour les personnes ETP est de 69 ans tandis que pour les personnes nonETP la moyenne d’âge est de 67 ans. Les personnes non-ETP résident dans des microrégions moins développées que les personnes ETP. Pour les deux groupes les femmes sont plus présentes que les hommes. Le niveau d’études est quasiment identique pour les deux groupes. Comme nous l’avons vu précédemment, il était important pour nous d’apparier les deux groupes d’individus par souci de validité dans les données recueillies et pour mettre en contraste les récits de vie. Pour les personnes ETP, certains facteurs ont été contrôlés comme c’est le cas pour le nombre de séances suivies. Elles ont toutes participé à plus de dix séances d’ETP depuis le diagnostic de leur diabète. La tranche d’âge est aussi un élément qui nous a semblé essentiel dans le choix de la population ciblée en lien avec les recherches sur le mitan de la vie et de l’entrée dans l’âge de départ à la retraite (Dominicé, 2019). La présentation des résultats débute par les questionnaires et se poursuit par les récits de vie avec une première analyse thématique puis suivra une analyse centrée sur les profils élaborés par Schulz et Nakamoto (2013) dans leur modèle de l’empowerment en santé. Une partie des résultats de cette étude exploratoire a donné lieu à la publication d’un article scientifique (Dolcerocca & Devichi, 2021, [en ligne]) 6 131 Une étape supplémentaire de retour des verbatim aux personnes a permis de consolider la validité des éléments recueillis et d’inclure pleinement la personne dans la narration de son histoire de vie en lui permettant d’ajouter, de supprimer et/ou de modifier des parties du récit. Durant cette rencontre, des entretiens de précision auprès des personnes ETP a permis d’aller plus en détails sur l’expérience liée à l’Éducation thérapeutique. La portée heuristique du retour de verbatim aux participants se situe au niveau de la validité des données grâce à la complémentarité apportée par les modifications et suppressions entreprises. Quelques modifications ont été apportées par les participants notamment au niveau de reformulation de verbes mais aussi au niveau des noms et dates. La restitution du récit est une démarche à part entière du processus de recherche, de cette façon les participants y contribuent pleinement et se positionnent dans une visée de co-construction dans la recherche. 2.1) L’analyse des récits de vie Notre analyse se base sur les dimensions développées dans le schéma d’entretien utilisé durant les récits de vie. Les dimensions sont : la notion d’empowerment, la notion de powerlessness, la littératie en santé, les représentations liées à la maladie, le soutien social, l’expérience liée à l’école, l’expérience liée aux professeurs, l’expérience liée aux professionnels de santé, l’expérience liée à l’accès aux soins, le vécu lié à la maladie. Notre but est de saisir l’émergence de la littératie en santé et de l’empowerment en mettant en contraste des récits de personnes ayant suivi de l’ETP et d’autres n'en ayant pas suivi. Pour une analyse plus fluide et une compréhension plus aisée nous avons choisi de lier certaines dimensions entre elles. Nous allons donc voir dans un premier temps comment la littératie est mise en mots en fonction des relations avec les professeurs durant la scolarité et le soutien social reçu. Dans un second temps, nous mettons en lien le développement de la littératie en santé avec la relation aux professionnels de santé et le soutien social reçu. Dans un troisième temps, les représentations et le vécu lié à la maladie seront analysés conjointement. Ensuite, l’émergence de l’empowerment et du powerlessness dans le parcours de vie est mis en avant pour comprendre l’accès aux soins des personnes selon qu’elle est pu faire de l’ETP ou non. Les mises en mots portant sur l’empowerment et le powerlessness ont été analysées grâce à une méthode de codage manuelle du fait d’une grande diversité dans les éléments discursifs relatant un pouvoir d’agir ou un sentiment d’impuissance. Les passages les plus significatifs ont été découpés et regroupés. Chaque récit de vie a permis l’isolement des expressions relatives au pouvoir d’agir ou au sentiment d’impuissance. Ces éléments isolés ont par la suite été répertoriés dans un tableau et la comparaison entre les groupes ETP et non ETP a 132 pu être réalisée. L’analyse thématique est présentée d’abord pour les récits de vie de personnes ETP et ensuite pour ceux n’ayant pas fait d’ETP. Littératie, relations aux professeurs et soutien social La littératie Pour les personnes ETP La littératie est un élément peu investi par la majorité des personnes ETP. Madame Bel., d’origine sarde, dit au sujet de l’apprentissage du français lorsqu’elle était enfant : « En 3 mois on savait parler français, écrire et parler donc ma scolarité du primaire ça c'est toujours très bien passé. » (Madame Bel.) Une autre personne formule également des éléments de discours relatifs à la littératie : « J'avais créé une troupe de théâtre parce que j'adorais le théâtre, j'aime toujours d'ailleurs, tout le monde m'aimait beaucoup et j'ai eu deux fois le prix de dévouement » (madame D.) Ou encore monsieur B. parle de son acquisition de la lecture en lien avec une relation positive à une professeure : « J'ai un CP normal, j'apprends à lire normalement [...] cette professeure elle m'a donné le goût de lire. » et évoque une expérience scolaire négative faisant écho à la notion de littératie : « Moi, debout dans l'allée et d'un coup elle dit « donnelui ton livre de lecture » à un petit garçon qui était assis, elle ouvre la page du jour et elle me dit « vas-y, lis », et moi devant 40 gamins j'ai lamentablement bafouillé. Sans d'autres procès d'intention : « il n'est pas pour moi il retourne au CP ». » Ainsi dans l’expérience de monsieur B. nous pouvons voir que le renforcement de la littératie est intimement lié à son relationnel avec les professeurs. Les quatre autres personnes n’évoquent aucun élément en lien avec la littératie. Cette absence d’éléments liés à la littératie peut se comprendre par une plus grande élaboration de relation éducative au détriment des apprentissages. Pour les personnes non-ETP Les évocations de littératie pour les personnes non-ETP n’ont pas été nombreuses, cinq personnes n’en font mention à aucun moment dans leur récit, seulement pour madame Pa. la littératie s’est manifestée de la manière suivante dans le discours : « Puis à l'époque il nous faisait travailler, quand je suis sortie de maternelle je savais lire et écrire déjà à 6 ans » (madame Pa.). 133 Les éléments de littératie sont plus présents chez les personnes ETP, même s’ils restent peu évoqués, comparativement à celles n’ayant pas suivi d’ETP. Tandis qu’une dimension a été investie de manière plus importante ; celle de la relation professeur/élève. Cette dernière est analysée dans notre travail afin de comprendre si les expériences de relations scolaires aux professeurs peuvent avoir une incidence sur la relation au professionnel de santé. Cette relation professeur/élève renvoie le plus généralement à une éducation formelle dans le contexte scolaire, la comparaison avec la relation aux professionnels de santé peut nous apporter des éléments éclairants sur le type d’éducation mobilisés durant l’ETP. La relation professeur/élève Pour les personnes ETP Pour l’analyse de la littératie, certaines personnes ont abordé leurs relations avec leurs professeurs, tant négatives que positives et d’autres n’ont que très peu de souvenirs voire aucun. Une expérience avec un professeur pour monsieur B. a aussi été mise en évidence dans le discours : C'est quelque chose qui m'a marqué, l’homme a tout jeté à terre, il a quitté la classe en pleurant. Et je me suis dit finalement c'est féroce un adolescent, ça peut être destructeur. Je n'ai jamais oublié cette scène là et un jour quand j'étais en activité que j'avais créé le CMP avec les copains, la psychologue m'a dit « Jean-Pierre ne cherche pas à savoir pourquoi tu t'occupes des enfants et le fait qu’ils sont malheureux d’aller à l'école » je lui ai dit pourquoi elle me dit « comme ça ». Je lui dis « mais je n'ai pas été malheureux » elle me dit « non tu n’as pas été malheureux mais quand même, tu as quand même un regard particulier sur les enfants qui ne sont pas heureux à l'école ». Alors je lui ai dit « oui c'est peut-être vrai c'est peut-être un processus de réparation ». Pour monsieur B., cette expérience relatée est liée à son orientation professionnelle future. Le conflit observé a été décisif dans son choix de vouloir travailler auprès d’enfants en difficulté. Ainsi on peut voir également que les relations positives évoquées sont toutes accompagnées de verbes motivationnels « ça m’encourageait! » ou encore « ça me motivait beaucoup ». Madame R. quant à elle parle d’un professeur en ces termes et qualifie ses enseignants de « très durs » : Il y a un professeur qui m’a marqué mais pas dans le bon sens, il avait une chevalière et quand on ne travaillait pas à l'école il nous tapait sur la tête avec sa chevalière, on avait vraiment des professeurs très très durs, et comme j'avais des soucis avec les problèmes de mathématique des fois je restais jusqu'à 18h à l'école, ils me gardaient pour me faire comprendre les problèmes mais bon ça ne rentrait pas, ça ne rentrait pas. Après lorsque je rentrais à la maison mon père me disait « tu as traîné ». Allez hop je me prenais une rouste. C'était un cercle vicieux. 134 Cette expérience relatée par Madame R. est représentative de la forme scolaire qui comprend une relation aux professeurs d’autorité, des savoirs transmis de manière frontale et emprunts d’une certaine violence. Elle-même répercutée sur le cercle familial du fait de cette autorité du professeur qui permet cet acte de violence intrafamiliale. Le contrôle et le pouvoir sont omniprésents dans les deux situations de figures d’autorité décrites. Quant à Madame G., elle évoque ses professeurs comme de « très bons professeurs » mais aussi « très cons » en parlant d’un souvenir lié à un professeur notamment : Mais vous savez à l'époque on ne répondait pas maintenant je lui aurais dit « vous êtes méchant ». C'est dommage parce qu'il avait des qualités cet homme. Vous savez le professeur c'était le professeur. Je ne serais jamais allée me confier à un professeur ou quoi que ce soit. De la même façon que dans le récit de madame R., Madame G. parle du professeur comme d’un être déshumanisé, dénué de toute empathie et ancré dans son rôle d’autorité et d’enseignement. Les termes employés par les deux participantes sont relativement proches de la figure autoritaire et dans la toute-puissance du professeur imposée par la forme scolaire. Toutes les expériences négatives évoquées sont en lien avec les apprentissages et le statut d’élève et de professeur dans la forme scolaire. Cet ancrage encore trop présent de la figure détentrice du savoir et basé sur une relation asymétrique nous rappelle l’importance d’instaurer un rapport moins formel dans le cadre de l’ETP pour permettre une approche globale et centrée sur les besoins de la personne. Les expériences liées aux professeurs sont parfois très positives et elles ont amené à des vocations ou des reprises de contrôle sur leur existence. Madame D. évoque une relation positive qui lui a permis de s’améliorer dans la matière allant même à en faire son choix de filière : Une professeure m’a marquée, Madame B. une professeure d'histoire-géo qui était extraordinaire et qui était très jolie. Il y a une époque, je pense que c'était en 3 ème, les maths ça ne rentrait pas, j'avais beaucoup de difficultés et ça me manquait et mes parents ont décidé de me donner des cours particuliers et il se trouvait que Madame B. pouvait me donner des cours de maths donc j'allais le jeudi je traversais presque tout Marseille pour aller chez elle. Elle avait une pédagogie qui était extraordinaire. Ce qui fait que j'ai commencé l'année avec 2 en maths et j'ai fini avec 18. Elle m'a fait aimer les maths, d'ailleurs je suis partie sur une filière maths... La relation pédagogique relative aux cours particuliers s’inscrit dans un rapport individuel et exclusif, il permet une centration sur les besoins spécifiques en termes d’apprentissages. Ainsi, cette situation d’apprentissage diffère de la relation pédagogique en groupe classe qui ne permet pas une temporalité didactique et une relation à l’élève si exclusive. Le cours particulier, dans le triangle didactique de Houssaye, est basé sur une relation pédagogique 135 favorisant le processus « former ». Ainsi, la situation d’apprentissage en ETP est similaire au contexte du cours particulier car elle se déroule hors de l’école, dans une relation d’accompagnement et ne suit pas un programme d’enseignement scolaire mais se base sur les besoins de l’élève à un instant donné. Cette sensibilisation aux cours particuliers peutêtre rapprochée de la démarche d’ETP lors de l’annonce de sa maladie et de son vécu positif, ce qui a permis à madame D. de développer des savoirs sur sa maladie et de s’émanciper en augmentant son pouvoir d’agir par le biais de cette relation éducative d’accompagnement. Ainsi, la relation avec le professionnel de santé est perçue comme une relation en miroir avec cette expérience des cours particuliers comme nous le verrons dans la partie relative aux professionnels de santé. La relation éducative durant le vécu scolaire, et durant les cours particuliers notamment, a également influencé son orientation scolaire et professionnelle. Cependant, certaines personnes n’ont aucun souvenir de leurs relations avec les professeurs c’est le cas de monsieur G.. Ainsi les personnes ETP ont des vécus scolaires très différents, cependant les vécus les plus déterminants dans leur choix de vie sont ceux de madame D. et de monsieur B. Pour les personnes non-ETP Pour les personnes non-ETP, les évocations des relations avec les professeurs ont été formulées de la même manière que pour les personnes ETP. Il y a donc des expériences négatives et positives relatées. Pour madame C. l’évocation de ses professeurs la renvoie à une expérience négative avec l’un d’entre eux : Dans l'ensemble avec les profs ça allait le plus qui m'a marquée c'est le prof de maths avec les filles il était dur, il nous faisait taper la tête contre la table, il nous prenait par les cheveux. Il était fou... De lui j'en ai gardé vraiment un très mauvais souvenir. Après à l'époque, même s’il nous mettait une gifle ou quoi les parents ils ne disaient rien, ce n'est pas comme maintenant. Non lui il était vraiment dur avec les filles, après nous aussi on était dures. Cette relation éducative basée sur l’autorité et l’obéissance est sans rappeler la fonction attribuée à la forme scolaire développée par Vincent et al. (1994). Les adjectifs sont dépréciatifs et une certaine fatalité est perçue dans les propos de madame C., la toutepuissance du maitre sur l’élève sort encore une fois des murs de l’école car malgré la violence physique mise en mots, il subsistait une certaine soumission à l’autorité empêchant de raconter cette violence dans le contexte familial ou autre. 136 Tandis que Monsieur G. n’a pas de souvenir précis de ses professeurs : « Je me rappelle quelques profs mais je n’ai pas de souvenir précis. » et madame P. parle d’un souvenir avec un professeur de cette façon : Il y avait un professeur, c'était un remplaçant il était black, il était très gentil mais on faisait que l'emmerder. Le pauvre... justement parce qu'il était remplaçant. Bon évidemment c'est tombé sur ma gueule c'était moi qui étais en train de l'emmerder il m'a foutue dehors. Il m'a dit « dehors » et j'étais appuyée derrière la porte, je tapais comme ça sur la porte avec ma tête et lui il a dû croire que quelqu'un tapait à la porte. Mais moi je n’ai pas capté et lui est allé à ouvert la porte et je suis tombée dans ses bras. Bon il m'a fait rentrer, il m'a fait asseoir et tout et quoi un quart d'heure après ils sont venus le chercher, on le savait que sa femme était enceinte, ils sont venus le chercher parce que sa femme était en train d'accoucher et qu'elle était à la maternité. Et après on l’a plus emmerdé parce qu'il était tellement joyeux, on l'a plus emmerdé. Au contraire on lui a fait un super cadeau quand il est parti. L‘expérience de madame P. n’est pas relative à une relation en tant que telle ou à un rapport aux apprentissages mais à une anecdote dans un contexte bien précis, où le professeur n’a pas le rôle vu jusqu’à présent de toute-puissance. Au contraire, il semble dépassé par ce qui se joue dans son groupe classe. Puis l’événement de la paternité a été comme une reprise d’un rôle qu’il n’avait pas eu et c’est à ce moment donné qu’une relation éducative respectueuse a pu se créer. Le conflit dans la relation éducative est présent lorsqu’elle parle de son échec pour le concours d’entrée à l’école d’infirmière, elle vit d’ailleurs cet événement comme une injustice qui la conduite à arrêter ses études. Le sentiment d’injustice et l’abandon sont des éléments qui ont une résonnance sur le vécu avec sa maladie et sa relation aux professionnels de santé. Nous y reviendrons plus en détails dans la partie dédiée. D’autres personnes ont relaté des expériences positives comme c’est le cas de Madame Pa. lorsqu’elle parle de son professeur de français : Le professeur de français qui m'a conseillé d'aller à la Caisse des dépôts pour travailler, je lui avais expliqué la situation. Je ne pouvais pas poursuivre mes études quand on me reprochait à chaque fois le morceau de pain que je mange. Mais il y avait une certaine complicité entre elle et les élèves, et moi j'avais beaucoup d'admiration pour elle. Elle ne se contentait pas d'enseigner elle ouvrait des perspectives plus larges que l'enseignement étroit qu'on pouvait recevoir. Madame B. formule ces propos : Mademoiselle D., qui m'a prise en affection, qui m'a aidée à préparer mon allemand pour le bac. Elle souhaitait vraiment que j'y arrive, c'est un professeur qui aimait ses élèves et qui faisait tout pour les mener vers le haut. À part ça je n'ai pas de souvenir particulier. Monsieur Z. a aussi été très influencé par une relation avec un professeur : Mon prof de dessin Monsieur D., il m'a donné la vocation de devenir prof de dessin je l'ai eu pendant 4 ou 5 ans et on était dans les petites classes, on était tous admiratifs, on se battait pour aller à ses cours personne ne ratait un de ses cours. Et arrivé à 18-19 ans lorsque je lui ai dit que je voulais être prof de dessin, il m'a donné tous les trucs pour devenir prof de dessin.
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UNIVERSITE DE PICARDIE JULES VERNE FACULTE DE MEDECINE D'AMIENS ANNEE 2019 N° de thèse : 2019 - 106 TROUBLES DE L'USAGE DU CANNABIS DANS UNE POPULATION DE CONSOMMATEURS DE CANNABIDIOL Thèse présentée et soutenue publiquement le 16/09/2019 Pour obtenir le diplôme d'État de Docteur en Médecine Diplôme d ' É tudes Spécial isées de Psychiatrie Par Monsieur MOINAS Marc Née le 20/02/1988 PRÉSIDENT DU JURY Monsieur le Professeur Alain DERVAUX JUGES Monsieur le Professeur Henri SEVESTRE Monsieur le Professeur Jean-Marc GUILE Madame le Professeur Claire ANDREAJK Monsieur le Docteur Olivier BALEDENT DIRECTEUR DE THESE Monsieur le Docteur Bernard ANGERVILLE 2 Monsieur le Professeur Alain DERVAUX Professeur des Universités – Praticien Hospitalier Psychiatrie Adultes Vous me faites l'honneur de présider cette soutenance de thèse. Veuillez trouver ici l'expression de ma sincère gratitude et soyez assuré de ma plus profonde considération. 3 Monsieur le Professeur Henri SEVESTRE Professeur d'Anatomie et de Cytologie Pathologiques à l'UFR de Médecine d'Amiens Chef du Service d'Anatomie et Cytologie Pathologiques du CHU d'Amiens Picardie Adjoint au chef de l'Oncopôle Avec gentillesse et disponibilité, vous avez accepté d'estimer ce travail. Veuillez trouver ici l'expression de mes respectueux remerciements. 4 Monsieur le Professeur Jean-Marc GUILE Professeur des Universités – Praticien Hospitalier (Pédopsychiatrie) Coordonnateur du DES de psychiatrie Vous m'honorez en évaluant ce travail. Veuillez trouver ici l'expression de ma sincère gratitude et soyez assuré de ma plus profonde considération. 5 Madam e le Professeur Claire ANDREJAK Professeur des Universités – Praticien Hospitalier (Pneumologie ) Avec gentil lesse et disponibilité, vous avez accepté d'estimer ce travail Veuillez trouver ici l'expression de mes respectueux remerciements. 6 Monsieur Olivier BALEDENT Maître de Conférences des Universités - Praticien Hospitalier Responsable de l'unité de traitement de l'image Médecine nucléaire et traitement de l'image Avec gentillesse et disponibilité, vous avez accepté d'estimer ce travail. Veuillez trouver ici l'expression de mes respectueux remerciements. 7 Monsieur le Docteur Bernard ANGERVILLE Chef de clinique des universités – Assistant des hôpitaux Psychiatrie Adultes Par ta disponibilité et tes encouragements, tu m'as permis de mener à bien ce travail. Je t'adresse mes plus vifs remerciements et l'expression de mon plus profond respect. Je voulais remercier à nouveau le Professeur DERVAUX pour le temps qu'il m'a accordé et la patience dont il a fait preuve malgré mes tâtonnements divers et ma flagrante inexpérience dans le domaine de la recherche. Je tenais également à remercier une nouvelle fois mon directeur de thèse, Bernard ANGERVILLE, pour tout ce temps passé à me relire, à m'accompagner et à soigner, sans trop le dire, mes troubles anxieux exacerbés par la rédaction de ce travail. Je remercie aussi ceux d'entre mes collègues, et pour certains amis, qui m'ont épaulé à grand renfort d'humour et de conseils avisés. J'aimerais aussi remercier mes parents et ma belle-famille pour leur indéfectible soutien, leur prévenance et leur écoute inconditionnelle. Par-dessus tout, j'aimerais remercier une actrice de l'ombre, une bienfaitrice silencieuse (mais parfois bavarde) qui me porte et supporte depuis tant d'années. Ma compagne, ma tendre moitié, je te dois ma persévérance et ce que tu m' inspir es de courage. Sans toi, rien de tout cela n'aurait été possible. Merci. 12 1 INTRODUCTION 14 1.1 Le cannabidiol 14 1.1.1 Historique et contexte 14 1.1.2 Potentiel thérapeutique 15 1.1.3 Tolérance et effets indésirables 16 1.1.4 Statut légal 17 1.1.5 Produits de consommation courante contenant du cannabidiol 19 1.2 Le cannabidiol et les troubles de l'usage du cannabis 20 1.2.1 Les troubles de l'usage du cannabis 20 1.2.2 TUC et options thérapeutiques actuelles 22 1.2.3 Études évaluant les effets du cannabidiol dans les TUC 23 1.2.4 Mécanismes d'action du cannabidiol dans les troubles de l'usage du cannabis : hypothèses actuelles 25 2 3 1.3 Contexte et justification de l'étude 28 1.4 Objectifs de l'étude 28 MÉTHODES 29 2.1 Sujets 29 2.2 Outil 29 2.2.1 Caractéristiques sociodémographiques 29 2.2.2 Caractéristiques des consommations du CBD 29 2.2.3 Motifs de consommation du CBD 30 2.2.4 Fréquence et ancienneté des consommations de cannabis 30 2.2.5 Critères DSM-5 du trouble de l'usage du cannabis 30 2.2.6 Symptômes de sevrage 31 2.3 Procédures 31 2.4 Statistiques 31 2.5 Éthique 32 RÉSULTATS 33 3.1 Caractéristiques sociodémographiques 33 3.2 Caractéristiques des consommations de CBD 33 3.3 Motifs de consommation du CBD 34 3.4 Prévalence et sévérité des TUC 35 10 4 3.4.1 Prévalence et sévérité des TUC dans notre échantillon 35 3.4.2 Comparaison avec les données de l'étude NESARC-III 36 3.5 Évolution des consommations de cannabis 37 3.6 Perception des symptômes de sevrage 38 3.6.1 En fonction de la sévérité du TUC 38 3.6.2 En fonction du motif « Diminuer une sensation de manque en cannabis » 38 DISCUSSION 39 4.1 Principaux résultats de l'étude 39 4.2 Hétérogénéité des produits de consommation courante à base de CBD 41 4.3 Limites de l'étude 42 4.3.1 Effectif de sujet 42 4.3.2 TU C et recherche de comorbidités 42 4.3.3 Représentativité de la population étudiée 42 4.3.4 Recueil par un auto-questionnaire 42 4.4 5 Perspectives 43 CONCLUSIONS 44 BIBLIOGRAPHIE 45 Annexe 1 – Critères DSM-5 du trouble de l'usage du cannabis 54 Annexe 2 – Réponse par email de la CNIL 55 Titre : Troubles de l'usage du cannabis dans une population de consommateurs de cannabidiol Introduction : Le cannabidiol (CBD) est l'un des deux principaux cannabinoïdes actifs contenus dans le cannabis avec le delta-9-tetrahydrocannabinol (THC). D'après certains auteurs, l'usage de cannabis serait fréquent parmi les consommateurs de CBD. Pourtant, aucune étude n'a recherché la prévalence de troubles de l'usage du cannabis (TUC) dans cette population. Mots-clés : trouble s li és à l'usage du cannabis, cannabidiol , delta-9-tetrahydrocannabinol, automédication, consommateurs ABRÉVIATIONS CBD : Cannabidiol THC : Delta-9-tetrahydrocannabinol TUC : Trouble de l'usage du cannabis NESARC-III : National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions-III NIAAA : National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism DSM : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders CAST : Cannabis Abuse Screening Test OMS : Organisation Mondiale de la Santé ANSM : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé HAS : Haute Autorité de santé OFDT : Observatoire français des drogues et des toxicomanies OEDT : Observatoire européen des drogues et des toxicomanies MILDECA : Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives AMM : Autorisation de Mise sur le Marché CNIL : Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés FDA : Food and Drug Administration CSA : Controlled Substances Act CJUE : Cour de Justice européenne ATV : Aire tegmentale ventrale 13 1 INTRODUCTION 1.1 Le cannabidiol 1.1.1 Historique et contexte Le cannabidiol (CBD) est l'un des nombreux phytocannabinoides contenus dans la plante C. sativa, l'une des espèces de plantes à fleurs du genre Cannabis, aussi appelé chanvre cultivé ou textile. Le CBD en est le deuxième principal composant, après le delta-9-tetrahydrocannabinol (THC). Contrairement au THC, le CBD est dépourvu d'effet psychotomimétique. Il a été isolé initialement en 1940, avec une première vague d'intérêt scientifique et une caractérisation de sa structure dans les années 1960, avec les travaux de Gaoni et Mechoulam (1–3). Dans les années 1990, la découverte du système endocannabinoïde a rela la recherche autour du CBD (4). Depuis les années 2000, l'intérêt de la communauté scientifique pour le CBD n'a cessé d'augmenter, comme le souligne l'évolution du nombre d'articles référencés dans la base de données Pubmed (Figure 1). Figure 1. Évolution du nombre d'articles Pubmed contenant le mot clé cannabidiol. 300 250 200 150 100 50 2019 2017 2015 2013 2011 2009 2007 2005 2003 2001 1999 1997 1995 1993 1991 1989 1987 1985 1983 1981 1979 1977 1975 1973 1971 0 1963 Nombre d'articles Pubmed 350 Temps 14 Pour la population générale, l'intérêt pour les produits de consommation courante contenant du CBD a également gagné en ampleur. Certains auteurs estiment qu'aux USA, leur vente pourrait atteindre un montant de 1,9 milliard de dollars en 2020 (1). Ces produits à base de CBD existent en divers conditionnements, dont parmi d'autres, sous forme d'huile, d'e-liquide, de complément alimentaire, de fleur, de miel, de comprimé ou encore de pommade (6–8). L'intensité des recherches effectuées sur le site Google au sujet du CBD a explosé depuis 2017 (Figure 2). Figure 2. Évolution de l'intensité de recherches Google Trends contenant le mot clé cannabidiol en France. Intensité de recherches Google 2004-01 2004-07 2005-01 2005-07 2006-01 2006-07 2007-01 2007-07 2008 -01 2008-07 2009-01 2009-07 2010-01 2010-07 2011-01 2011-07 2012-01 2012-07 2013-01 2013-07 2014-01 2014-07 2015-01 2015-07 2016-01 2016-07 2017-01 2017-07 2018-01 2018-07 2019-01 0 Temps 1.1.2 Potentiel thérapeutique Les études précliniques et cliniques ont suggéré de nombreuses propriétés thérapeutiques au CBD, dont des effets anxiolytiques, antipsychotiques et anticonvulsivants (1,9–11). Concernant l'anxiété, les dernières avancées chez l'animal concernant le CBD ont permis de souligner des actions diverses anxiolytiques, panicolytiques, anti-compulsives et sur la réduction de l'expression d'une peur conditionnée (1). Chez l'homme, le CBD a notamment montré une diminution de l'anxiété dans un contexte de simulation de prise de parole en public, mais son potentiel anxiolytique est encore discuté . 15 Concernant les psychoses, plusieurs études utilisant des modèles animaux de schizophrénie ont suggéré un potentiel antipsychotique, avec notamment une amélioration de la cognition et des symptômes négatifs (11,14). D'autres études réalisées chez l'homme ont également souligné le potentiel antipsychotique du CBD (15,16). Une revue de 2019 a confirmé les données prometteuses concernant le CBD, mais a aussi rappelé la nécessité de davantage d'études quant à son utilisation dans la schizophrénie (12). Concernant l'épilepsie, le CBD a montré une activité antiépileptique dans plusieurs modèles animaux, avec une réduction de la sévérité des crises (10,11). L'efficacité du CBD dans les crises d'épilepsie réfractaires a été confirmée chez l'homme (12). 1.1.3 Tolérance et effets indésirables Plusieurs études se sont intéressées aux potentiels effets secondaires du CBD chez l'homme. Il n'a été retrouvé aucune modification de l'apport alimentaire, pas d'induction de catalepsie, pas d'impact sur les paramètres physiologiques (fréquence cardiaque, tension artérielle et température corporelle) ni sur le transit gastro-intestinal et pas d'altération des fonctions psychomotrices ou psychologiques. Au contraire, d'autres études rapportaient une inhibition du métabolisme hépatique des médicaments et la diminution de certains transporteurs de médicaments (8,11,17). Des données plus récentes ont confirmé le profil d'innocuité favorable du CBD. Il a été rapporté des modifications de l'appétit, une asthénie et des diarrhées comme principaux effets indésirables. Un meilleur profil d'effets secondaires du CBD a été souligné, en comparaison à la plupart des autres médicaments. Il a été décrit une bonne tolérance même à doses pouvant atteindre 1500 mg/jour (18). L'usage du CBD a donné lieu à des recommandations de prudence, notamment dans le cas d'une co-administration avec d'autres traitements. La qualité du produit contenant le CBD a été aussi discutée, car pouvant être variable selon sa provenance et le respect ou non de réglementations (19). 1.1.4 Statut légal 1.1.4.1 En Europe et aux USA En juin 2018, l'OMS a rendu un rapport recommandant que les préparations à base de CBD pures ne soient pas placées sous contrôle international. L'OMS a justifié sa décision par l'absence de propriétés psychoactives du CBD et par le fait qu'aucun cas d'abus ou de dépendance ne soit rapporté concernant cette substance. Ces recommandations devaient être soumises en mars 2019 au vote de la Commission des stupéfiants des Nations Unies, mais le vote a été pour l'instant reporté (20–22). Le rapport de 2019 de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) a rappelé que la politique agricole commune de l'Union européenne (UE) subventionne la culture de certaines variétés de chanvre à des fins industrielles à condition que la teneur en THC ne dépasse pas 0,2 %. Au niveau national, les limites peuvent être comprises entre 0 % et 0,3 %. D'après l'OEDT, les différences de cadre législatif autour du CBD dans les pays de l'UE soulèvent de nombreuses questions de règlementation, tant au niveau de l'UE qu'au niveau national. Certains pays de l'UE considèrent les produits à faible teneur en THC comme pouvant donner lieu à des sanctions pénales. D'autres pays y voient un médicament ne pouvant être vendu sans autorisation et quelques-uns classent ces produits dans une catégorie ne nécessitant pas d'autorisation pour être commercialisée. Au total, 18 des 28 pays de l'UE ont autorisé des médicaments contenant des dérivés phytocannabinoïdes, sans par ailleurs autoriser officiellement le cannabis à visée thérapeutique (23–25). Concernant les USA, la réglementation sanitaire est régie par la Food and Drug Administration (FDA) par le biais d'une loi fédérale, le Federal Food, Drug and Cosmetic Act. Le statut juridique d une substance est également conditionné par la loi sur les substances contrôlées, le Controlled Substances Act (CSA). L'évolution du statut du cannabidiol s'est accélérée depuis 2018, avec notamment l'approbation par la FDA de l'Epidiolex. En décembre 2018, la loi agricole Farm Bill a supprimé le chanvre industriel (Cannabis Sativa L.) de la liste du CSA, le rendant ainsi légal dans l'ensemble des USA, sous réserve d'un taux de THC inférieur à 0.3%. L'amendement Rohrabacher-Farr, en vigueur depuis 2014, permet aux différents États de mettre en oeuvre leurs propres lois sur l'utilisation de cannabis à des fins médicales. 1.1.4.2 En France En janvier 2018, le réseau français de prévention des addictions RESPADD (association à but non lucratif engagée dans la prévention et la prise en charge des addictions) a tenu une première concertation sur la vaporisation du CBD. L'avis définissait les produits contenant du CBD (dépourvus de THC et hors médicament) comme « produits de consommation courante » et ne pouvant bénéficier d'allégations thérapeutiques. Concernant l'e-liquide au CBD, des recommandations étaient formulées sur les caractéristiques du produit (dont une concentration de CBD de 2 à 100 mg/ml et une absence de THC et de nicotine) sur le conditionnement en flacon (dont un bouchon de sécurité enfant et l'inscription de la concentration en CBD sur l'étiquette) et sur les modalités de vente (dont une vente déconseillée aux mineurs, aux femmes enceintes et aux non-fumeurs en bonne santé) (27). En juin 2018 et devant l'apparition sur le marché français de nombreux produits dérivé du CBD, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) a piloté un groupe de travail pour clarifier la réglementation. Les auteurs de ce travail ont rappelé la dérogation existant pour l'usage de chanvre à des fins industrielles et commerciales dans divers domaines (textile, papeterie, cosmétique, alimentation humaine, etc.). Dans ce cadre, l'utilisation de certaines variétés de cannabis dépourvues de propriétés stupéfiantes est autorisée sous 3 conditions cumulatives. Premièrement, la variété de chanvre doit figurer dans la liste citée par l'arrêté modifié du 22 août 1990 du code de la santé publique. Deuxièmement, 18 seules les graines et les fibres peuvent être utilisées. L'utilisation des fleurs est interdite. Troisièmement, la teneur en THC de la plante doit être inférieure à 0.2 . Il est à noter que dans le produit fini, la présence de THC est interdite, quel qu'en soit le taux. Les auteurs réaffirmaient qu'aucune vertu thérapeutique ne pouvait être revendiquée par les vendeurs de produits contentant du CBD (6,28,29). Ces éléments ont été récemment illustrés par plusieurs affaires, dont le procès en 2018 des dirigeants de la société KANAVAPE pour exercice illégal de la médecine et de la pharmacie. L'affaire a été portée devant la Cour de Justice européenne (CJUE), dans l'attente d'une éventuelle jurisprudence (30). 1.1.5 Produits de consommation courante contenant du cannabidiol Les produits de consommation courante contenant du CBD sont à distinguer des médicaments contenant des cannabinoïdes. Deux médicaments comportant du CBD dans leur composition existent actuellement sur le marché. Le nabiximol (Sativex®), avec un ratio THC/CBD à 1,08, possède une AMM en France depuis 2014 pour les symptômes liés à la spasticité dans la sclérose en plaques, mais reste inaccessible en pharmacie du fait de difficultés d'entente sur son prix. L'Epidyolex®, contenant du CBD, possède une AMM aux USA depuis 2018 et une ATU dans plusieurs pays européens, dont la France, pour le traitement des épilepsies réfractaires chez l'enfant. D'autres médicaments comme l'Arvisol® font actuellement l'objet d'essais cliniques (23,31–33). Les produits de consommation courante contenant du CBD ne sont pas non plus à confondre avec les préparations à usage médical à base de cannabis. Ces préparations sont effectuées à partir de C. sativa, contenant un ratio THC/CBD variable et délivrées sur ordonnance médicale. La législation concernant les préparations à usage médical à base de cannabis varie selon les pays. Un projet d'expérimentation en France est en cours de discussion. Certains pays importent ces produits, tandis que d'autres les produisent localement (22,34,35) Le tableau ci-dessous récapitule les nuances entre ces différents produits. Notre étude ne s'est intéressée qu'aux produits de consommation courante contenant du CBD (Tableau 1). 19 Tableau 1. Médicaments à base de cannabinoïdes, préparation à usage médical à base de cannabis et produits de consommation courante contenant du CBD. Source : ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), OEDT (Observatoire européen des drogues et des toxicomanies), HAS (Haute Autorité de santé) Dénomination Statut en France Médicament contenant du CBD Médicament contenant du CBD et du THC Cannabidiol (Epidyolex®) ATU nominative Nabiximol (Sativex®) Ratio THC/CBD = 1,08 AMM mais non commercialisé Médicaments contenant du THC synthétique Préparation à usage médical à base de cannabis C. sativa Produits de consommation courante contenant du CBD Dronabinol (Marinol®) Nabilone (Cesamet®) ATU nominative Pas d'AMM Préparation magistrale ou standardisée à base de cannabis brut Ratio THC/CBD variable Projet d'expérimentation en cours de discussion Marques diverses et conditionnements divers (huile, eliquide, herbe, pommades) Autorisation pour les plantes avec taux de THC inférieur à 0,2% (et 0% dans le produit fini) 1.2 Le cannabidiol et les troubles de l'usage du cannabis 1.2.1 Les troubles de l'usage du cannabis 1.2.1.1 Définition selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) Le trouble de l'usage du cannabis (TUC) est défini comme un mode d'usage problématique du cannabis conduisant à une altération du fonctionnement ou une souffrance cliniquement significative, caractérisé par la présence d'au moins 2 des 11 critères décrits dans le DSM-5, durant une période de 12 mois. Le niveau de sévérité est apprécié selon le nombre de symptômes 20 présents, léger (présence de 2 à 3 symptômes), moyen (présence de 4 à 5 symptômes) ou grave (présence de 6 symptômes ou plus) (36). 1.2.1.2 Prévalence des troubles de l'usage du cannabis Aux USA, le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA) a réalisé plusieurs grandes études épidémiologiques, dont la plus récente en 2012-2013. Cette étude, la National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions-III (NESARC-III), a porté sur l'alcool et les affections apparentées, dont le TUC. L'étude a sondé 36309 personnes de 18 ans et plus, à l'aide du programme d'entretien AUDADIS-5 basé sur les critères diagnostiques du DSM-5 (37). La prévalence de consommateurs de cannabis dans les 12 derniers mois était de 9.5 % (38). La prévalence de TUC (selon les critères DSM-5) dans les 12 derniers mois était de 2,54 % (avec 1,38 % légers, 0,59 % moyens et 0,57 % graves) (39). En France, l'usage du cannabis n'a cessé de progresser ces dernières années. En 2017 et à l'occasion du Baromètre santé, 44,8 % des sujets français de 18 à 64 ans (contre 33 % en 2010) ont déclaré avoir expérimenté le cannabis au cours de leur vie, avec une nette prédominance masculine (53 % d'hommes pour 37 % de femmes). Les usagers réguliers (au moins dix consommations au cours des 30 derniers jours) ont également augmenté de 1,9 % en 2000 à 3,6 % en 2017. Les sujets de 18-25 ans ont été les plus concernés avec 8,4 % d'usagers réguliers (40). L'usage quotidien de cannabis était en hausse en 2017 par rapport au précédent Baromètre santé. De même, la part des usagers dans les 12 derniers mois ayant un risque élevé d'usage problématique ou de dépendance (examiné à l'aide du questionnaire Cannabis Abuse Screening Test (CAST)) a augmenté à 25 %. Ces usagers à risque ont représenté 3 % des sujets de 18 à 64 ans (40). À notre connaissance, aucune étude épidémiologique en France comparable à l'étude américaine NESARC n'a évalué la prévalence effective des TUC (selon les critères DSM-5). 1.2.2 TUC et options thérapeutiques actuelles Plusieurs pistes ont été étudiées pour la prise en charge des TUC. Concernant les psychothérapies, une combinaison d'approches (notamment la thérapie cognitivocomportementale, la thérapie de renforcement de la motivation et la gestion des imprévus) semblerait être une solution plus efficace pour réduire la fréquence et la quantité d'utilisation de cannabis. En revanche, les effets sur le maintien de l'abstinence au cannabis sont apparus pour l'instant plus limités (41–44). Concernant les pharmacothérapies, il n'existerait actuellement pas de traitement réellement efficace pour le TUC (45–47). Pourtant, de nombreuses options pharmacologiques ont été étudiées : - Plusieurs traitements existant pour d'autres indications ont été étudiés pour la prise en charge des troubles de l'usage du cannabis. Les antidépresseurs inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), les antidépresseurs à action mixte, la buspirone et le bupropion auraient peu d'intérêt pour le traitement de la dépendance au cannabis. Concernant la gabapentine et la N-acétylcystéine, d'autres études seraient nécessaires (46). - Le dronabinol (Marinol®), une forme synthétique du THC, est commercialisé dans plusieurs pays dont la France pour le traitement des formes résistantes de douleurs neuropathiques. Le dronabinol a pu diminuer les symptômes de sevrage du cannabis, mais n'a pas réduit le taux de rechute (48–51). - Le nabilone (Cesamet®), un analogue synthétique du THC, est commercialisé dans plusieurs pays pour le traitement des nausées induites par les chimiothérapies. Malgré des résultats encourageants, notamment sur les symptômes de sevrage du cannabis, l'efficacité du nabilone sur le taux de rechute resterait encore à étudier (52–55). - Le nabiximol (Sativex®), un traitement incluant du CBD et du THC (pour un ratio THC/CBD à 1,08) est commercialisé pour les symptômes liés à la spasticité dans la sclérose en plaques. Même si une réduction des symptômes de sevrage du cannabis a été retrouvée, les données actuelles concernant le maintien d'une réduction de consommation à long terme sont restées non significatives (56–58). - Le rimonabant, un agoniste inverse du récepteur CB1, a été étudié pour son action sur les comportements de consommation de substances (notamment pour le cannabis, 22 l'alcool et la nicotine) et sur la rechute dans des modèles animaux et humains (59–61). Le rimonabant a également fait l'objet de recherches sur ses propriétés anorexigènes dans le cadre du traitement de l'obésité, mais devant un risque d'effets indésirables psychiatriques (dépression, anxiété, risque accru de suicide), il s'est avéré ne pas être un traitement viable (62). Dans ce contexte, de nombreuses études se sont intéressées aux effets potentiels du CBD dans l'addiction au cannabis. 1.2.3 Études évaluant les effets du cannabidiol dans les TUC 1.2.3.1 Chez l'animal Les premières études effectuées dans les années 1970 sur des lapins, des souris et des rats, ont rapporté un blocage de certains effets du THC (dont la catatonie et l'agressivité) par l'administration de CBD (2,63). Chez le rat, l'interaction entre THC et CBD a également été recherchée au niveau des taux sériques de corticostérone, sans retrouver de différence significative (64). Dans les années 1980, d'autres études se sont intéressées aux propriétés anxiolytiques et sédatives du CBD en comparaison au THC (65,66). Certains auteurs ont notamment utilisé un labyrinthe en croix surélevé pour étudier l'anxiété chez la souris, en mesurant le temps passé par le rongeur dans la partie cachée du labyrinthe. Il s'agit d'un test couramment employé pour étudier les comportements anxieux en préclinique, en s'appuyant sur l'aversion naturelle des rongeurs pour les espaces ouverts. Dans le cas d'une administration de CBD, le temps passé par la souris dans le bras ouvert était plus important qu'avec le THC et similaire à celui avec diazépam, considéré alors comme agent anxiolytique de référence (67). Le CBD administré avec du THC, a pu également moduler certains effets du THC, notamment la dysphorie (68,69). À contrario, d'autres auteurs ont retrouvé chez le rat une potentialisation des effets psychoactifs du THC par le CBD (70). 1.2.3.2 Chez l'homme Les premières études sur l'action du CBD par rapport au THC ont suggéré une atténuation de l'anxiété et des effets psychotomimétiques induits par le THC grâce à l'adjonction de CBD (71,72). Un traitement par CBD a pu également réduire les symptômes paranoïaques et les troubles cognitifs (notamment impliquant la mémoire épisodique) provoqués par le THC (73,74). Une autre étude a retrouvé une atténuation des effets néfastes du THC sur la mémoire lors de la consommation d'un cannabis à forte teneur en CBD (75). La consommation d'un cannabis à forte teneur en CBD pourrait également réduire les propriétés de renforcement positif du THC, mais les données sont contradictoires selon les études (76,77). Par ailleurs, des études de cas ont retrouvé une réduction des consommations de cannabis et des symptômes de sevrage après l'adjonction de CBD (78,79). Des données obtenues par IRM cérébrale ont également retrouvé des effets opposés entre CBD et THC au niveau des fonctions cérébrales (80). Les preuves chez l'homme de l'impact bénéfique du CBD dans l'intoxication, le sevrage, la prévention de la rechute et la dépendance au cannabis sont encore au stade préliminaire (81). Les études portant sur l'usage du CBD pur sont peu nombreuses et les preuves de son efficacité sont limitées. Des investigations supplémentaires par des essais précliniques et cliniques sont nécessaires (45). Cinq essais cliniques étudiant les propriétés du CBD dans le cadre des TUC sont actuellement référencés sur le site Clinicaltrials : - Un essai de phase I (NCT03102918) dont le recrutement est terminé, par Hill et al. et l'hôpital McLean, pour évaluer l'efficacité de l'Epidyolex par voie orale pour réduire la consommation de cannabis, dans un essai randomisé en double aveugle et contrôlé par placebo. Les résultats ont été publiés le 25/01/2019. L'étude a inclus 10 patients (5 sous 800 mg Epidyolex et 5 avec placebo) durant 6 semaines. Le groupe Epidyolex a présenté une moyenne d'inhalations de cannabis autodéclarées de 26,72 ± 26,96 contre 5,256 ± 4,34 dans le groupe placebo. Les auteurs ont conclu qu'en raison de la faible taille de l'échantillon, il faudrait inclure davantage de sujets pour pouvoir tirer de cette étude des conclusions définitives (82). 24 - Un essai de phase II (NCT02044809) dont le recrutement est terminé, par l'University College de Londres, pour évaluer pendant 4 semaines la dose la plus efficace de CBD par voie orale (200, 400 ou 800 mg) et son efficacité pour la réduction de la consommation de cannabis, dans un essai randomisé en double aveugle et contrôlé par placebo. Les résultats sont en attente de publication (83). - Un essai de phase II (NCT02083874) dont l'avancée du recrutement est inconnue, par Weltman et al. et l'université de New South Wales, pour évaluer l'efficacité du CBD par voie orale dans la gestion du sevrage du cannabis, dans un essai clinique avec un groupe unique et sans randomisation. Les résultats sont en attente de publication (84). - Un essai de phase inconnue (NCT02777502) dont le recrutement est terminé, par Lundahl et al. et l'université de Wayne State, pour évaluer l'efficacité du CBD fumé dans la réduction de la recherche de cannabis chez des volontaires non demandeurs de traitement, dans une étude observationnelle avec un groupe unique de cas et sans randomisation. Les résultats sont en attente de publication (85). - Un essai de phase II (NCT03883360) dont le recrutement n'a pas encore débuté, par Hahn et al. et l'université du Maryland, pour évaluer si le CBD peut réduire les symptômes psychiatriques, les déficits cognitifs et la consommation de cannabis chez des patients atteints d'une psychose d'apparition récente et consommateurs réguliers de cannabis. Il s'agit d'un essai randomisé en double aveugle et contrôlé par placebo. Les résultats ne sont pas encore publiés (86). 1.2.4 Mécanismes d'action du cannabidiol dans les troubles de l'usage du cannabis : hypothèses actuelles De nombreux mécanismes d'action ont pu être observés avec le CBD, notamment des effets sur les récepteurs CB1 et CB2, le blocage de l'absorption d'anandamide et de son hydrolyse enzymatique, ainsi que des effets sur les récepteurs sérotoninergiques et sur le récepteur vanilloïde (87,88). Concernant le potentiel du CBD dans les troubles de l'usage de substances, beaucoup d'études se sont intéressées à ses interactions au sein du système endocannabinoïde. 1.2.4.1 Le système endocannabinoïde Le système endocannabinoïde comprend des récepteurs aux cannabinoïdes (notamment CB1 et CB2), des endocannabinoïdes et des enzymes pour leur biosynthèse et dégradation. L'anandamide est l'un des principaux endocannabinoïdes, dont le CBD augmenterait la concentration, en inhibant son hydrolyse et sa recapture (2,45,89). Les récepteurs CB1 sont localisés dans le cerveau (notamment le néocortex, le striatum et l'hippocampe) et dans les tissus périphériques tels que l'intestin, le foie, les tissus adipeux et les cellules immunitaires. Les effets psychoactifs du THC impliquent principalement les récepteurs CB1 (90,91). Les récepteurs CB2 sont répartis sur la rate, les amygdales, les cellules immunitaires, ainsi que dans certaines cellules gliales et neuronales (2,9). 1.2.4.2 Le système endocannabinoïde et le circuit de la récompense Au niveau cérébral, le circuit de la récompense (ou circuit mésocorticolimbique) est impliqué dans les processus de motivation et d'apprentissage. Il est principalement médié par la dopamine et comprend notamment l'aire tegmentale ventrale (ATV) et le noyau accumbens (faisant partie du striatum ventral). Ce système est mis en jeu dans le développement des addictions (92). Les endocannabinoïde permettraient de moduler la libération de certains neurotransmetteurs, dont la dopamine qui serait impliquée dans le circuit de récompense et développement des addictions (91,93,94). Plusieurs études précliniques chez l'animal (rats et souris) ont mis en évidence la participation des récepteurs CB1 (notamment ceux présents dans l'ATV) dans les phénomènes de renforcement positif et de préférence de place conditionnée (CPP) (95,96). La CPP est une méthode permettant de tester chez l'animal les propriétés renforçantes d'un produit en le conditionnant par association d'un stimulus à un environnement. On teste ensuite si l'animal montre une préférence pour l'environnement associé à l'administration du produit (97). Le système endocannabinoïde serait impliqué dans le renforcement de la prise d'une substance, mais également dans la persistance d'une dépendance au produit (incluant la compulsion à consommer malgré les effets indésirables, ainsi que le phénomène de tolérance). Certaines 26 études ont évoqué comme explication des modifications plastiques durables dans les circuits corticostriataux, induits par des perturbations répétées de l'activité dopaminergique et impliquant les récepteurs CB1 (45,98–100). Le système limbique (notamment l'amygdale et l'hippocampe) serait aussi impliqué dans le développement d'une addiction en facilitant un apprentissage é nel lié à la substance. Le CBD et le THC auraient sur ces structures des effets opposés (80,101). 1.2.4.3 Interactions entre le CBD et le système endocannabinoïde Le CBD agit sur le système endocannabinoïde et sur les récepteurs CB1 et CB2. Le CBD aurait une affinité beaucoup plus faible que le THC pour les récepteurs CB1 et CB2. Le CBD est un agoniste inverse des récepteurs CB2 (102,103). Le CBD serait également un antagoniste non compétitif des récepteurs CB1 en agissant comme modulateur allostérique négatif par un effet sur ses ligands primaires (notamment les deux principaux endocannabinoïdes : l'anandamide et le 2-arachidonylglycérol). En tant que modulateur allostérique négatif, le CBD pourrait donc diminuer l'activité du récepteur CB1, tout en évitant les effets indésirables associés à un antagonisme direct (45,104). Plusieurs études ont évoqué des effets à la fois antagonistes et de potentialisation du CBD par rapport au THC. Ces différents effets pourraient dépendre des dosages en CBD et THC, ainsi que du délai d'administration entre les deux cannabinoïdes (87,105). De plus et contrairement au THC, des études ont montré que le CBD n'induisait pas d'effets de récompense, ce qui réduisait son potentiel addictif (69,93,106,107). L'implication d'autres mécanismes pharmacologiques possibles reste à étudier. 1.3 Contexte et justification de l'étude D'après certains auteurs, l'usage de cannabis serait fréquent parmi les consommateurs de CBD (108). Pourtant, à notre connaissance, aucune étude n'a évalué la prévalence de TUC dans cette population. La littérature scientifique a suggéré un effet potentiel du CBD dans les TUC (45,81). Deux études de cas ont notamment souligné une réduction des consommations de cannabis et des symptômes de sevrage après l'adjonction de CBD (78,79). Ces données soulèvent la question du risque d'emploi du CBD comme automédication chez des sujets présentant un TUC, sachant que l'automédication est une problématique fréquente chez les usagers de drogues (109–112). Nous nous sommes donc interrogés sur la prévalence de TUC, le risque d'automédication associé et l'impact du CBD sur les consommations de cannabis, chez les consommateurs conjoints de CBD et de cannabis. 1.4 Objectifs de l'étude L'objectif principal de l'étude a été d'évaluer la prévalence et la sévérité des TUC dans un échantillon de consommateurs conjoints de CBD et de cannabis. Les objectifs secondaires ont été : - Comparer la prévalence et la sévérité de TUC de notre échantillon aux données épidémiologiques en population générale de l'étude NESARC-III. - Rechercher les motifs de consommation du CBD au sein de notre échantillon. - Évaluer l'évolution des consommations de cannabis. - Évaluer la perception des symptômes de sevrage en fonction de la sévérité du TUC et du motif de consommation du CBD « Diminuer une sensation de manque en cannabis ». 2.1 Sujets Nous avons réalisé une étude transversale descriptive auprès de sujets consommant conjointement du CBD et du cannabis. Le recueil de données a été réalisé de janvier à mai 2019, auprès des clients de cinq boutiques de la région Hauts-de-France spécialisées dans la vente de produits de consommation courante contenant du CBD. Les boutiques participantes étaient : les deux boutiques FOXSEEDS à Amiens et à Lille, les deux boutiques JWELL à Saint-Quentin et à Noyon et la boutique GREENHOUSE à Abbeville. Les critères d'inclusion : - Être consommateur de CBD - Être consommateur de cannabis depuis au moins 12 mois - Donner un consentement oral et écrit - Savoir parler et lire le français 2.2 Outil 2.2.1 Caractéristiques sociodémographiques Les données sociodémographiques récoltées ont été l'âge et le sexe des sujets. 2.2.2 Caractéristiques des consommations du CBD Nous avons recherché quelle était l'ancienneté des consommations de CBD, ainsi que la forme consommée, parmi les produits les plus fréquemment proposés dans les boutiques spécialisées participant à l'étude. Les formes possibles ont inclus « Herbe », « Huile », « Cristaux », « Eliquide pour vapoteuse », « Infusion » et « Autre ». 2.2.3 Motifs de consommation du CBD Dans un précédent travail de recherche auprès de l'ensemble des consommateurs de CBD, nous avions pu identifier que les principaux motifs de consommation de CBD incluaient le plaisir (notamment le goût du CBD), la diminution de l'anxiété et l'aide au sevrage du cannabis. Concernant les consommateurs conjoints de CBD et de cannabis, nous avons donc recherché dans notre questionnaire si ces sujets consommaient du CBD pour « Avoir le goût du cannabis », « Diminuer des angoisses », « Diminuer une sensation de manque en cannabis », « Améliorer le sommeil » ou « Autre ». 2.2.4 Fréquence et ancienneté des consommations de cannabis Nous avons cherché à évaluer la fréquence des consommations de cannabis au jour du remplissage du questionnaire et rétrospectivement à 1 an. Les différentes fréquences de consommation proposées en réponse (jamais, occasionnellement, plus de 10 fois par mois, tous les jours) ont été inspirées des principaux indicateurs utilisés par l'OFDT pour caractériser les usages de produits (113). Pour évaluer les modifications de consommation de cannabis sur cette période, nous avons comparé la proportion de sujets n'ayant pas diminué leur consommation de cannabis, par rapport à ceux ayant diminué leur consommation de cannabis. 2.2.5 Critères DSM-5 du trouble de l'usage du cannabis Nous avons cherché à estimer la prévalence et la sévérité des TUC dans notre population à l'aide des critères du DSM-5. Nous avons donc intégré dans notre questionnaire 11 questions portant sur les 11 critères qui définissaient le TUC dans DSM-5. Nous avons stratifié le nombre de critères en trois niveaux de sévérité, correspondant aux gradations du DSM-5. La présence de 2-3 symptômes correspondait à un trouble léger, 4-5 symptômes à un trouble moyen et 6 ou plus symptômes à un trouble grave (36). La prévalence de TUC dans notre échantillon a été comparée aux données de l'étude NESARCIII réalisée en population générale. À notre connaissance, l'étude NESARC-III est la seule à 30 utiliser des critères DSM-5 pour rechercher ce type de troubles dans un aussi vaste échantillon de population générale. 2.2.6 Symptômes de sevrage Nous avons recherché les principaux symptômes du syndrome de sevrage du cannabis ressentis par les sujets, parmi ceux listés dans le DSM-5, à savoir : « Anxiété », « Insomnie », « Agressivité », « Dépression », « Tremblements, sueurs ou maux de tête ». Dans un second temps, nous avons recherché les effets subjectifs d'apaisement de ces symptômes ressentis par les sujets. 2.3 Procédures Nous avons effectué un premier contact téléphonique auprès des gérants des cinq boutiques spécialisées. Nous les avons ensuite rencontrés pour expliquer le but de l'étude et présenter l'outil utilisé. Les différents gérants ont proposé le questionnaire aux clients de leurs boutiques consommant du CBD et du cannabis. Pour les sujets acceptant de participer à l'étude, un emplacement à l'écart du comptoir leur était réservé dans la plupart des boutiques pour qu'ils puissent remplir leur questionnaire, à distance des autres clients. 2.4 Statistiques Les valeurs quantitatives ont été décrites à l'aide de leur nombre, de leur moyenne, de leur écart type. Ils ont été comparés en utilisant le test t de Student ou le test de Wilcoxon non paramétrique au besoin. Les valeurs qualitatives ont été décrites en utilisant leur nombre, leurs fréquences et ont été comparées en utilisant le test du khi-deux ou le test exact de Fisher, le cas échéant. Une analyse de variance (ANoVA) a été réalisée afin de comparer le nombre de symptômes de sevrage en fonction de la sévérité des troubles d'usage du cannabis dans notre échantillon. 31 Le risque alpha était fixé à 5% pour l'ensemble des analyses. Toutes les analyses ont été effectuées à l'aide du logiciel Xlstat 2019 1.3 analyser les résultats (114). 2.5 Éthique Nous avons contacté la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL) afin de connaitre les démarches à effectuer avant la réalisation de notre étude. Dans l'attente d'une réponse écrite, nous avons entamé une déclaration de conformité à une méthodologie de référence MR4, intitulée Recherches n'impliquant pas la personne humaine, études et évaluations dans le domaine de la Santé. Dans un second temps, la CNIL a répondu à notre demande par courriel en expliquant que si les données collectées étaient anonymes (à savoir qu'elles ne permettaient pas d'identifier directement ou indirectement une personne physique), il ne s'agissait pas de données à caractère personnel. Aucune formalité n'était donc à effectuer. RÉSULTATS 3.1 Caractéristiques sociodémographiques 37 sujets ont accepté de remplir le questionnaire. Parmi eux, 1 sujet a été exclu car il ne consommait pas de cannabis. L'âge moyen du groupe a été de 31,25 ± 7,46 ans. Le sex-ratio a été de 3,5 (H=26 ; F=8). 3.2 Caractéristiques des consommations de CBD - Concernant l'ancienneté des consommations de CBD, 31 % des sujets (n=11) consommaient depuis moins d'1 semaine, 22 % (n=8) consommaient depuis moins d'1 mois, 39 % (n=14) consommaient depuis moins d'1 an et 8 % (n=3) consommaient depuis plus d'1 an. - Concernant les formes de consommation du CBD, 58 % des sujets (n=21) consommaient sous forme d'herbe, 17 % (n=6) sous forme d'huile, 6 % (n=2) sous forme de cristaux, 58% (n=21) sous forme e-liquide, 31 % (n=11) sous forme d'infusion et 17 % ( =6) sous une forme autre. 52 % des consommateurs d'herbe de CBD consommaient également sous forme d'eliquide, ce qui a souligné une association fréquente des deux formes de consommation. 33 3.3 Motifs de consommation du CBD Les sujets ont pu cocher plusieurs motifs de consommations à la fois. 53 % (n=19) ont coché « Avoir le goût du cannabis », 28 % (n=10) ont coché « Diminuer des angoisses », 42 % (n=15) ont coché « Diminuer une sensation de manque en cannabis », 25 % (n=9) ont coché « Améliorer le sommeil » et 25 % (n=9) ont coché « Autre » (Figure 3). Figure 3. Pourcentage de réponses des sujets en fonction des motifs de consommation du CBD. Pourcentage de réponses des sujets 0 10 20 30 40 50 60 Avoir le goût du cannabis Diminuer une sensation de manque en cannabis Diminuer des angoisses Améliorer le sommeil Autre 69 % (n=25) des sujets ont coché au moins un motif suggérant une automédication (parmi les motifs « Diminuer des angoisses », « Diminuer une sensation de manque en cannabis » et « Améliorer le sommeil »). 34 3.4 Prévalence et sévérité des TUC 3.4.1 Prévalence et sévérité des TUC dans notre échantillon 89 % (n=32) des sujets de notre étude ont présenté au moins 2 critères parmi les 11 décrits dans le DSM-5 pour le TUC. Parmi eux, 31 % (n=10) ont présenté un trouble léger, 34 % (n=11) un trouble moyen et 34 % (n=11) un trouble grave (Figure 4). Figure 4. Répartition des niveaux de gravité de TUC en fonction des caractéristiques sociodémographiques. 100 Pourcentage de TUC 10 0 Total Hommes TUC léger Femmes 18-31 ans TUC moyen TUC grave 32-50 ans 35 3.4.2 Comparaison avec les données de l'étude NESARC-III L'étude NESARC-III effectuée auprès de 36309 sujets en population générale a retrouvé 9,5 % (n=3449) de sujets consommateurs de cannabis au cours des 12 derniers mois. Parmi eux, 28 % (n=972) présentaient un TUC selon les critères DSM-5. Les TUC retrouvés se répartissaient en 53 % (n=516) de légers, 25 % (n=242) de moyens et 22 % (n=214) de graves (38,39). La comparaison entre notre échantillon des Hauts-de-France et l'échantillon de l'étude NESARC-III a retrouvé une différence statistiquement significative de prévalence de TUC (89 % vs 28 %) (p<0,0001) (Figure 5). Figure 5. Pourcentages de TUC et de gravité de TUC dans l'étude NESARC-III et dans notre échantillon des Hauts-de-France. 90 Pourcentage de TUC 80 70 60 50 40 30 20 10 0 TUC TUC léger NESARC-III TUC moyen TUC grave Echantillon HdF 36 3.5 Évolution des consommations de cannabis 31 % (n=10) des sujets présentant un TUC ont rapporté avoir diminué leur consommation de cannabis depuis les 12 derniers mois, tandis que 68% (n=22) ont rapporté ne pas l'avoir diminué (incluant 59 % (n=19) de consommations stables et 9 % (n=3) de consommations augmentées). La proportion de sujets n'ayant pas modifié leur consommation était statistiquement plus forte que celle de ceux ayant modifié leur consommation (p=0.05) (Figure 6). Figure 6. Pourcentage de sujets présentant un TUC ayant ou non diminué leur consommation de cannabis. 80 68 % 70 60 50 40 31 % 30 20 10 0 Sujets ayant diminué leur consommation de cannabis Sujets n'ayant pas diminué leur consommation de cannabis 37 3.6 Perception des symptômes de sevrage 3.6.1 En fonction de la sévérité du TUC Ces données ont montré que les sujets avec un TUC grave percevaient significativement plus de symptômes de sevrage que les sujets sans TUC (F[1,34]=11,2 ; p= 0,002). Nous n'avons pas retrouvé de différence significative en termes de perception de symptômes de sevrage entre les autres niveaux de sévérité du TUC (Figure 7). Figure 7. Moyennes du nombre de symptômes de sevrage perçus par rapport à la sévérité du TUC (selon les critères DSM-5). Moyennes des symptômes perçus 2,5 2,273 2 1,5 0,909 1 0,900 0,5 0,000 0 Niveau de sévérité du TUC TUC grave TUC moyen TUC léger Sans trouble 3.6.2 En fonction du motif « Diminuer une sensation de manque en cannabis » Les sujets ayant coché « Diminuer une sensation de manque en cannabis » à la question des motifs de consommation du CBD ont perçu significativement plus de symptômes de sevrage (2,07 ± 1,6) que ceux n'ayant pas coché cette proposition (0,62 ± 0,7) (p=0.003). 38 DISCUSSION 4.1 Principaux résultats de l'étude À notre connaissance, notre étude a été la première à évaluer la prévalence de TUC chez des consommateurs conjoints de CBD et de cannabis dans les Hauts-de-France.  Dans notre échantillon, nous avons mis en évidence que 89 % des consommateurs conjoints de CBD et de cannabis présenteraient un TUC (selon les critères du DSM-5), par rapport à 28 % en population générale dans l'étude NESARC-III. Ces résultats suggèrent une forte prévalence et sévérité de TUC chez les consommateurs conjoints de CBD et de cannabis, notamment par rapport aux consommateurs simples de cannabis. Selon l'OFDT, l'usage du cannabis est en France une problématique fréquente. En effet, en 2017, 25 % des usagers dans les 12 derniers mois avaient un risque élevé d'usage problématique ou de dépendance (examiné à l'aide du questionnaire CAST) (40). Néanmoins, nos résultats sont à nuancer pour plusieurs raisons : – Nous avons comparé nos données à un échantillon constitué aux USA avec des caractéristiques sociodémographiques différentes. Il n'existe pas à notre connaissance de données en population française générale évaluant ces prévalences. En effet, le Baromètre santé détermine un risque de présenter un usage problématique du cannabis (grâce au questionnaire CAST), mais ne précise pas la présence d'un TUC au sens du DSM-5. – Notre échantillon a comporté un effectif de faible taille. Par ailleurs, nous n'avons pas pu préciser les modalités de consommation du CBD (dosage et fréquence), ni les consommations d'autres produits ou les comorbidités psychiatriques associées.  Concernant l'évolution des consommations de cannabis, la plupart des sujets (68%) n'ont pas diminué leur consommation de cannabis malgré leur consommation de cannabidiol. Cette donnée s'est opposée à certaines études suggérant une efficacité du cannabidiol dans la réduction des consommations de cannabis (78,81). 39 Néanmoins, nos résultats sont nuancer car les sujets inclus n'étaient pas forcément volontaires ni motivés pour un arrêt du cannabis. En effet, le niveau motivationnel d'un patient en addictologie participerait à l'efficacité de sa prise en charge (115,116).
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As a result, they now have the potential to play a role in influencing development in a broader geographical area, including places such as Durban." (Hornby, 2002) Pourtant les chefs, dont la cause est relayée au niveau national par Buthelezi, le chef de l'IFP, menacent toujours de reprendre les violences politiques stoppées avec difficulté en 1996 (Hessel, 2003), s'ils n'obtiennent pas un double vote au sein des exécutifs des conseils municipaux. L'ANC a répondu à ces menaces par une stratégie de crossing the floor qui permet au niveau local (depuis l'arrêt de la Cour Constitutionnelle de septembre 2002 à ce sujet) à des conseillers municipaux de changer de coalition sans repasser devant les urnes. Certaines municipalités ont pu constituer des majorités ANC aux dépends de l'IFP (Port Shepstone). La fureur de l'IFP et de Buthelezi n'en a été que plus vivePour le moment c'est donc le statu quo. Le projet de promulgation de la Communal Land Bill qui vise 48 L'ANC va remplacer en 2003 ce texte par la Communal Land Bill qui va municipaliser la gestion du foncier. Partiellement faux et partiellement « tirés par les cheveux »L'objectif réel de l'ANC est bien d'écraser le pouvoir hérité des chefs traditionnels (entretien privé avec Sutcliffe, août 2002) 49 329 à déposséder les chefs et l'Ingonyama Trust de la propriété de la terre pour la transférer aux nouvelles municipalités, augure un nouveau conflit majeur. Il est à noter qu'au KwaZulu-Natal seule une minorité des chefs est habituellement élue par les villageois50. La plupart du temps il s'agit d'une fonction royale héréditaire fonctionnant selon le principe du droit d'aînesse. Dans la République Centrafricaine, les chefs sont désignés à travers l'élection bien qu'en ils fassent partie de familles de chefs51. Ils ont donc a la fois une légitimité traditionnelle et démocratique. Ils sont d'ailleurs reconnus par la loi comme représentants de l'Etat. En pratique, ils ne disposent d'aucunes ressources pour jouer un rôle exécutif réel. Ils se contentent d'un rôle consultatif. "In effect, the chiefs have to exercise their influence by participating in a permanently informal process of negotiation, to a far greater extent than was the case power." (Bierschenk, Olivier de Sardan, 1997) Les municipalités en République Centrafricaine sont vastes et peuvent regrouper entre 60 et 118 villages, ce qui est équivalent à certaines nouvelles municipalités du KwaZulu-Natal. "This seems to us to stem from a practical difficulty in everyday political life in the rural areas, whereby the local authority is perceived as too vast and distant, whilst the official village, which tends to be merely a neighbourhood, seems to be too small and insignificant. In those villages where the mayor actually resides, the chief is naturally less important." (Bierschenk, Olivier de Sardan, 1997) Il est possible qu'au KwaZulu-Natal on assiste plus rapidement à une « mise sur la touche » des chefs dans les nouveaux chefs-lieux de municipalités (hors anciens TLC52) que sur les marges (comme à Mabibi). Toutefois le système des conseillers d'arrondissements peut permettre à certains notables de s'imposer même en périphérie, s'il est résident permanent. Au Cameroun, nous bénéficions du travail empirique et des perspectives théoriques de Bopda (1993). « Dans les systèmes administratifs et politiques d'Afrique Noire, la situation des chefferies « traditionnelles » a toujours été marquée par une ambiguïté permanente. Créées ou tolérées par les acteurs du mode d'encadrement à l'occidentale, en quoi sont-elles « traditionnelles »?Dans le domaine administratif, elles ont presque partout été recyclées à travers le concept plus ou moins folklorique de « chefferie traditionnelle » : les administrateurs coloniaux n'y voyaient qu'un outil de contrôle au service de leurs besoins et en attendaient une soumission totale. () Moins les chefs sont instruits, moins ils maîtrisent les problèmes lorsque croissent le peuplement et l'urbanisation. () Ce sont finalement en ville que se façonnent les modèles de sociabilité de l'Afrique en cours d'émergence. » En effet, au Cameroun comme en Afrique du Sud, seul le passage d'une structure de sociabilité villageoise, où le chef peut contrôler et influencer la population en raison de l'exiguïté des 50 Dans l'autorité tribale de Kholweni par exemple (Williams, 2000) En France il y a souvent « passation » de la fonction de maire du père vers le fils ou vers la femme. 52 Surtout dans les nouveaux bourgs ruraux promus chefs-lieux de municipalité, comme Manguzi, Izingolweni, Jozini etc. (Folio & Guyot, 2002) où le nouveau maire élu devient de plus en plus une personnalité incontournable, comme M. Ntuli à Manguzi, maire de la municipalité d'Umhlabuyalingana. Il est en plus un notable déjà bien implanté dans le bourg. M Ntuli, on le rappelle (voir chapitre 4) était proviseur puis inspecteur d'académie pour cette zone. 6.1.4. L'opposition local – national 6.1.4.1. Trois configurations spatiales de conflits territoriaux reliés à l'opposition local - national Le tableau 24 classait le conflit opposant l'échelon local (les municipalités et les sphères d'acteurs locaux) à l'échelon national (l'Etat, les agences de développement, les nouvelles législations) comme relevant de concurrences territoriales de superposition. En pratique on en relève avec des formes spatiales différentes (linéaire, zonale, ponctuelle) à différentes échelles. I- Les formes ponctuelles La municipalité gère une partie du littoral, le port en gère une autre. Il y a une zone ponctuelle de rencontre de compétences au niveau de la plage. Ceci crée un conflit car ni le niveau local, ni le niveau national ne se décide à payer pour les aménagements nécessaires. Autorité locale Zone de rencontre de compétences Autorité nationale Fig. 13 : Forme ponctuelle (conflit territorial) On retrouve ce cas à Richards Bay, où la plage publique principale est localisée sur un terrain appartenant à l'autorité portuaire, utilisé par cette dernière pour les installations de son pipeline dragueur et pour les jetées à l'entrée du port. En revanche l'accès est permis pour la municipalité qui autorise le grand public à s'y recréer (plage et différents équipements ludiques). La parking et l'accès à la plage ont besoin d'être rénovés tandis que le pipeline dragueur enlève une part d'attractivité certaine à la plage. Ni la municipalité, ni l'autorité portuaire nationale ne prennent l'initiative d'un projet conjoint et se renvoient la balle pour les investissements et les améliorations nécessaires. 331 II- Les formes linéaires II.a Un espace littoral est à la fois géré et pratiqué par le niveau local mais n'accepte la législation nationale qui vise à lui faire changer ses pratiques. Divergences de vues sur une zone à compétence partagée Fig. 14 : Forme linéaire 1. (conflit territorial) On retrouve ce cas à St Lucia où l'interdiction nationale faite aux véhicules à quatre roues motrices de circuler sur la plage publique locale (cogérée par l'organisme provincial de gestion des parcs naturels) a créé une vive protestation et des recours en justice couronnés de succès. Le gouvernement de Pretoria ne change pas les habitudes séculaires d'appropriation littorale de milliers d'Afrikaners (Guyot, 2003). Sur la côte d'Hibiscus, au sud de Port Shepstone, de nombreuses constructions illégales ont été tolérées en bord de mer par les anciennes autorités locales, dans le cadre d'un système clientéliste bien éprouvé. Elles sont situées sur l'admiralty reserve qui est une zone côtière, protégée par l'Etat sud-africain, de 200 pieds (environ 65 mètres) parallèle à la ligne des plus hautes marées. Actuellement, l'Etat recommande aux nouvelles municipalités de faire appliquer la loi et donc de procéder à la destruction des maisons. Le nouveau conseil municipal est partagé sur l'application d'une telle recommandation car certains de ses membres sont ceux qui par le passé avaient toléré de telles pratiques. II.b. Une route à vocation nationale aboutissant à un grand port relie les deux pôles urbains d'une même municipalité. Qui va payer pour l'amélioration de la route? Divergences de vue sur un équipement linéaire à vocation nationale traversant une municipalité Fig. 15 : Forme linéaire 2. (conflit territorial) On retrouve le cas de Richards Bay détaillé dans le chapitre 4 et le confli t li é à la John Ross Highway. Est-ce aux cito yens de payer un péage pour se rendre entre les deux pôles de la même municipalité ou à l'Etat d'assumer le statut national de la route et de financer les travaux, sachant que la municipalité n'en a pas les moyens? Le conflit local – national s'est doublé ici d'une divergence entre l'ANC qui gouverne nationalement et l'IFP qui gouverne localement mais ayant reçu le soutien de l'ANC local sur cette question. III- Les formes zonales Une région est désignée par l'Etat pour y recevoir certains aménagements. Leur mise en place se fait sans concertation des différentes autorités locales Périmètre d'intervention de l'Etat Multiples autorités locales Fig. 16 : Forme zonale (conflit territorial) C'est le cas typique des SDI et particulier du Lubombo SDI où l'Etat nomme une agence de développement pour réaliser un certain nombre d'opérations sur un espace donné, en concurrence avec des initiatives locales et sans consultation avec les différentes municipalités. Se surimpose ici un conflit politique entre un gouvernement ANC qui tente d'imposer son rôle de développeur dans une zone votant majoritairement pour l'IFP. La situation est en fait plus complexe, avec des conflits multi-niveaux, du local, au district, à la province, à l'Etat, jusqu'à l'échelon international de l'Unesco (voir chapitre 4). Cette complication institutionnelle semble profiter au niveau le mieux doté financièrement, se positionnant donc comme l'acteur inévitable dans les discussions, ici l'Etat par le biais du LSDI et du GSLWP. Les rivalités entre échelon local et échelon national sont classiques. On peut penser au développement du réseau autoroutier ou TGV français, ou encore aux législations qui renforcent les responsabilités des maires et par là désengagent la responsabilité de l'Etat Elles renvoient aux questions, riches et complexes, de déconcentration et de décentralisation sur lesquelles nous reviendrons dans notre épilogue conceptuel. Les conflits territoriaux révélés par notre « filtre environnemental » sont multiples et ont des configurations spatiales diverses. Les quelques cas développés ne sont ni représentatifs, ni exhaustifs et ne doivent pas être pris pour des modèles. Toutefois ils sont significatifs à l'échelle de l'Afrique du Sud et montrent le poids des héritages territoriaux de l'apartheid dans les conflits actuels. Est-ce en créant de nouveaux territoires ou de nouvelles responsabilités territoriales que l'on résout les conflits? N'en crée-t-on pas ainsi de nouveaux? C'est vers les acteurs qu'il faut se tourner pour mieux comprendre la gestion des conflits et leur longévité. Quelles sont alors motivations réelles des acteurs participant aux conflits environnementaux? 6.2. Les motivations réelles des acteurs participant aux conflits environnementaux « Identifier les conflits, c'est aussi un moyen d'aller au-delà de la façade consensuelle et de la mise en scène en direction de l'extérieur que les acteurs d'une société locale proposent souvent à l'intervenant ou au chercheur extérieur. 6.2.1. Que révèlent les discours des acteurs? Des stratégies aux pratiques Nous allons présenter dans cette section une grille de lecture des jeux d'acteurs basée sur les entretiens que nous avons réalisés. Nous l'expliciterons ensuite avec des exemples. 6.2.1.1. Pour une grille de lecture des jeux d'acteurs Nos entretiens avaient pour objectif de faire s'exprimer les acteurs sur leurs stratégies, leurs pratiques, leurs motivations et sur leurs relations aux autres acteurs53. Toutefois de manière directe ou esquivée, ils n'ont pas tous détaillé leurs stratégies, leur pratiques ou leurs motivations. Le jugement porté sur les autres, sincère ou politiquement correct, a d'ailleurs été plus facile à obtenir. Nous avons constaté que le discours des acteurs du « haut » est plus volontiers stratégique car il n'engage pas des pratiques de court terme qui pourraient être critiquables ou en contradiction apparente avec la stratégie énoncée. En effet, les acteurs qui occupent une position reconnue de pouvoir, une position importante dans la hiérarchie d'une organisation 53 Manière de les faire parler des pratiques des autres acteurs 334 ou encore qui sont des personnalités publiques, vont essayer de masquer leurs tactiques, qui ont parfois plus de chances de porter leurs fruits si elles ne sont pas révélées54. Certains de ces acteurs ont même refusé tout discours55 et nous ont renvoyé à une stratégie écriteLa logique énoncée dans ces cas là dévie fortement de la logique des choix. En revanche, nous avons remarqué que le discours des acteurs du « bas » est constitué d'une part plus importante de pratiques, souvent quotidiennes ou du court terme. « En effet, une partie seulement des acteurs sont capables de mettre en oeuvre des stratégies réellement efficaces, bien structurées , axées sur les enjeux centraux, prenant en compte le futur, et utilisant les moyens les plus adaptés à leurs objectifs et aux enjeux nouveaux. » (Hesseling & Mathieu, 1998). La logique énoncée se rapproche de la logique des choix, car la marge de manoeuvre concernant ces choix est souvent limitée. Dans un cas comme dans l'autre, l'explicitation des motivations réelles des acteurs, revient au chercheur et à sa capacité d'investigation. Une séparation des acteurs étudiés en deux groupes nous semble toutefois un peu caricaturale. leur est difficile de se coaliser de façon continue et organisée. Les groupes stratégiques –et conservateurs – () ont pu, au contraire, se constituer avec le temps des capacités considérables. Ils se saisissent les opportunités existantes et s'en créent de nouvelles. » Pour affiner notre classement il faut s'interroger sur les types d'actions et de relations qu'entretiennent les acteurs. Certains acteurs du « bas » peuvent n'avoir aucune action (ou si faible) sur les dynamiques locales, on peut donc parler à leur égard de résignation passive. Ils sont en fait peu nombreux, et ce ne sont ni les plus pauvres, ni les plus marginaux. D'autres ont une action limitée. Par exemple ils s'expriment uniquement par le vote. On parle alors de résignation active. Ils sont plus nombreux. D'autres encore sont peut-être « dominés » dans les jeux d'acteurs mais ne se résignent pas pour autant, ils résistent. Beaucoup de recherches en Afrique ont montré que, contrairement aux préjugés de beaucoup de Blancs, les Noirs se classent de préférence dans cette catégorie (Marie, 1997). Ils savent exprimer leur mécontentement comme ces ruraux à qui l'on interdit le prélèvement des ressources naturelles pour leur usage quotidien. Les acteurs intermédiaires ont une action de riposte par rapport aux acteurs du « haut », pouvant se retourner parfois contre ceux du « bas ». Cette riposte peut être destructive en étant basée dans tous les cas sur le mode du conflit. Il s'agit d'une minorité. Plus nombreux sont ceux qui ripostent de manière constructive en utilisant les voies de la coopération critique ou de la négociation. Les acteurs du « haut » ont une action de décision, d'élaboration, de représentation et de mise en place voire de régulation si on aux collectivités publiques nationales (mais parfois aussi locales57). Rares sont les individus qui maîtrisent toutes ces possibilités d'actions à la fois. Ils sont donc hiérarchisés en fonction de la maîtrise de moyens ou de capitaux suffisants et pertinents pour pouvoir être utilisés avec succès dans le nouveau jeu socio-économique dont la règle est en train de se mettre en place. (Hesseling & Mathieu, 1998). L'action d'un acteur s'intègre dans une relation à un autre acteur (ou groupe d'acteurs) qui varie fortement avec le contexte. En suivant la définition de Crozier et Friedberg (1977) sur le caractère relationnel du pouvoir58 on peut dégager plusieurs paramètres dans la relation : relation instrumentale impliquant une série de phénomènes affectifs extrêmement puissants qui conditionnent son déroulement ainsi que des formes de domination et de contrôle social ; relation non transitive où chaque action constitue un enjeu spécifique autour duquel se greffe une relation de pouvoir 57 Cas des métropoles. « Le pouvoir est donc une relation, et non pas un attribut des acteurs. Il ne peut se manifester – et donc devenir contraignant pour l'une des parties en présence – que par sa mise en oeuvre dans un relation qui met aux prises deux ou plusieurs acteurs dépendants les uns des autres dans l'accomplissement d'un objectif commun qui conditionne leurs objectifs personnels. Il ne peut se développer qu'à travers l'échange entre les acteurs engagés dans une situation donnée. () Relation d'échange, donc de négociation () » (Crozier & Friedberg, 1977). 58 336 particulière ; enfin relation réciproque mais déséquilibrée quand une des deux parties en présence n'a plus aucune ressource à engager dans la négociation. Nous pouvons donc proposer un tableau mettant en relation les niveaux de discours des acteurs, leurs catégories, la part d'investigation demandée au chercheur, leur type d'action ainsi qu'une hypothèse sur leur rapport à la norme. Tableau 25 : Grille de lecture des jeux d'acteurs (réalisée à partir des entretiens effectués sur le terrain) Catégories d'acteurs Catégories selon Crozier & Friedberg (1977) Catégories selon Bayart (1985) La métaphore théâtrale Types de discours Part d'investigation demandée au chercheur Action Du « bas » Du « haut » Groupes apathiques Groupes erratiques Groupes stratégiques et conservateurs Les subordonnés, les dominés Les élites, dominants Spectateurs Acteurs Enoncé des pratiques Tactiques multiformes Producteurs, metteurs en scène Enoncé des stratégies Comment les pratiques se muent en tactiques 59. Quelles sont leurs influence s ? Reconstituer leurs stratégies.60 Défendre la base ou se Reconstituer les pratiques, promouvoir dans la sphère du les tactiques personnelles, « haut »? en contradiction parfois avec les stratégies d'ensemble énoncées. Peu organisée61 Organisée mais instable Très organisée, institutionnalisée Résignation Résignation Résistance Riposte Riposte Représentation, Décision, passive active « destructive », constructive, mise en place élaboration culture du coopération conflit Fort Faible : marginalisation Très fort (notables) Différentiel Faible logique énoncée, logique des choix Exemples KB M. Ngubane les plus significatifs62 SL H. Le différentiel entre la logique énoncée et la logique des choix est liée au fossé existant parfois entre des stratégies « idéalistes » peu réalisables, du moins sur le court terme, et la nécessité d'avoir une action efficace souvent déterminée par les lois électorales et les lois du marché. C'est le problème de la plupart des élus à travers le monde. 6.2.1.2. Quelques exemples explicites63 Pour chaque action détaillée dans le tableau nous allons retenir un exemple significatif. Mais certains acteurs restent atypiques et ne rentrent pas forcément dans ces « boîtes », que nous ne voulons justement pas trop rigides. Ainsi, un même acteur évolue au cours du temps. Par exemple, Liz Wood, à Richards Bay, conduisait dans les années 1990 des actions de riposte très véhémentes et maniait avec brio la culture du conflit par le biais de ses différents engagements dans diverses associations (de résidents, contre la pollution, SPA, scouts marins, église catholique), tout en devenant très populaire auprès de la population. Elle a utilisé son capital de confiance pour se faire élire en 2000, sous l'étiquette d'un parti politique (DA). Elle occupe maintenant la fonction de conseillère municipale exécutive. Elle préside de nombreux comités municipaux. Et elle espère bien se faire élire député lors des prochaines élections. Elle est très représentative de ces acteurs du « bas » qui ont réussi à conquérir les sphères du « haut » par le biais de leurs engagements associatifs, en mettant de côté, au fur et à mesure, leurs combats initiaux. Ainsi Liz Wood, réputée dans les années 1990, pour être « l'écologiste hystérique de service », n'hésite pas dorénavant à soutenir le développement industriel de la cité et à critiquer férocement les nouveaux écologistes », comme Sandy Camminga qui n'ont pas les mêmes ambitions politiques qu'elle mais qui rivalisent d'influence. Comme exemple d'acteur résigné et passif, nous avons choisi H. Strydom à St Lucia. De culture Afrikaner, elle travaille dans une petite entreprise touristique. Sa 'tactique' est de se plaindre de tout et de tout le monde. Sa stratégie, non formulée, est d'envenimer les conflits dans la petite cité. En tant que salariée et résidente, elle paye des impôts aux niveaux local et national. Elle préfère se soumettre à ces règles plutôt que d'avoir des ennuis. De surcroît quand il y a une élection, elle préfère s'abstenir plutôt que de voter contre un gouvernement maintenant totalement « discrédité » par les Noirs. Il n'y a plus rien à faire selon elle et les politiques sont tous les mêmes. Elle est ouvertement raciste, mais se garde bien de participer à une quelconque association64 où elle pourrait exprimer son malaise. Elle ne veut avoir affaire à personne et pense que chacun devrait s'occuper de ses affaires. Cette attitude témoigne bien d'une grande passivité. On pourrait même y ajouter de la rancoeur et de la frustration. Sans doute était-elle plus heureuse quand St Lucia était dirigé par un maire d'extrême droite dans les années 1990 63 Pour cette section le lecteur scrupuleux pourra aller vérifier la véracité des informations soit dans les chapitres 4 et 5 soit dans l'annexe « entretiens » où il pourra trouver des morceaux choisis des discours d'acteurs 64 Peut-être fait-elle partie des Broderbond (société secrète Afrikaner d'extrême droite), mais elle ne le dit pas 338 Comme exemple d'acteur résigné mais actif, nous avons choisi Gertie à Richards Bay. De culture plutôt anglophone, elle est gérante d'un petit townhouse de la ville. Sa tactique est de parler tout le temps, tout en faisant bien son travail. Sa stratégie, non formulée, est de vivre tranquillement, en ayant un travail agréable, en essayant de tout savoir sur ses locataires, pour assouvir sa curiosité et pour maîtriser les éventuels conflits de voisinage. Elle paye ses impôts et respecte de manière rigoureuse les lois. Elle s'est adaptée aux changements survenus en Afrique du Sud bien qu'elle soit consciente des problèmes et du chemin qu'il reste à parcourir. Elle va voter. Pour elle c'est un droit mais aussi devoir. En revanche elle n'est engagée dans aucune association, de quartier par exemple, qui pourrait bénéficier de sa clairvoyance et de son dynamisme. Elle a une grande pratique du discours : en effet elle passe sa journée à discuter avec les résidents du lotissement et avec le personnel d'entretien. Mais elle ne met en pratique aucun de ses discourspar faute de temps rétorque-t-elle. Comme exemple d'acteur résistant, nous avons choisi M. Tembe, de Banga Nek (Kosi Bay). De culture zulu, il a entrepris de construire un petit camping et des lodges près de la plage de Banga Nek. 339 car beaucoup d'acteurs la redoutent. Quelquefois, certains de ses succès ont fait jurisprudence66. Comme exemple d'acteur adepte de la riposte « constructive », nous avons choisi S. Camminga. Originaire de Richards Bay et de culture anglophone, elle est la présidente de l'Association des Résidents et Contribuables (ARC) et vice-présidente de l'association Clean Air. Sa tactique est de suivre de très près tous les problèmes environnementaux (et les autres) qui perturbent les résidents de Richards Bay (township exclu). Elle relaie les plaintes de la base au niveau de ses structures associatives ou des autorités municipales et provinciales dans lesquelles elle est bien introduite. Sa stratégie est de pouvoir influencer au maximum les jeux d'acteurs de la cité, donc de devenir incontournable, sans être taxée d'ambitions personnelles financièrement orientées. En effet tout son travail est uniquement bénévole. Elle cherche donc une reconnaissance pour tous ses efforts. Sa méthode, basée sur la négociation et la discussion, lui permet d'être intégrée dans de nombreux cercles locaux. Elle respecte tout à fait la norme sociale et elle est de mieux en mieux acceptée par les acteurs du « haut » qui l'utilisent même comme preuve de transparence et de pratiques démocratiques participatives. Comme exemple d'acteur aux fonctions de représentation et de mise en place67, nous avons choisi J. Van der Walt. Originaire de Port Shepstone et de culture afrikaner, c'est l'ingénieur en chef municipal. Sa tactique est de travailler de manière critique avec des politiciens de l'ANC dont il partage globalement les idées et des administratifs afrikaners dont il connaît la culture, les références et les blocage éventuels. Sa stratégie est d'incarner un nouveau style de fonctionnaire afrikaner, moderne et ouvert sur les nouvelles priorités du pays, lui permettant ainsi conserver son poste face aux politiques de discrimination positive68. Comme exemple d'acteur aux fonctions de décision et d'élaboration, nous avons choisi A. Zaloumis. De culture anglophone, il est le responsable du LSDI et du GSLWP. Sa tactique est de mettre en place rapidement et depuis Durban, un programme de développement très ambitieux, en construisant beaucoup de routes, aménagements visibles et concrets, dont les bénéfices se feront sentir rapidement. La faible consultation des acteurs locaux lui permettra de récolter, avec le gouvernement ANC qui l'a recruté, les bénéfices de la réussite de ce programme, ou alors les nombreuses critiques, voire les échecs. 66 Elle a été la première dans la région de Port Shepstone à dénoncer les constructions illégales sur la zone littorale de l'Admiralty Reserve. La municipalité étant maintenant chargée par le gouvernement d'appliquer la loi considère avec intérêt le travail de Mlle Kay. 67 Representation and implementation stakeholder en anglais. Les acteurs, à ce niveau, ont en général une stratégie double, à la fois personnelle et collective, relative à l'institution qu'ils dirigent ou qu'ils représentent. « Les stratégies paradoxales sont des stratégies doubles. () Elles sont paradoxales en ce sens que, comme la stratégie simple, la stratégie double poursuit bien un but et un seul, loin de neutraliser l'une des stratégies par l'autre ; mais elle le poursuit de manière tout à fait particulière en assortissant le but de la réalisation d'autres buts qui peuvent être en conflit ou en contradiction avec le premier. » (Barel, 1989) Rares sont les personnalités associant leur stratégie personnelle à la réussite de celle de l'organisation. Qui plus est, la stratégie collective est rarement appliquée entièrement dans les faits. On peut donner comme exemple la stratégie collective « socialisante » du gouvernement ANC, le RDP (Reconstruction & Development Program) qui s'est vite transformée dans les années 1996 en programme de gouvernement néo-libéral (GEAR). Mandela a choisi de ne pas se représenter aux élections de 1999, ce qui lui a permis de préserver son aura et de s'imposer comme un sage charismatique dans la société sud-africaine et internationale. Sa stratégie personnelle s'est donc détournée de l'application difficile d'une politique de transition après des décennies d'apartheid. Toutefois on a salué le fait qu'il passe la main et qu'il ne s'accroche pas au pouvoirIl a certainement choisi la seule stratégie gagnante, celle de la postérité Nous verrons dans le chapitre suivant que de nombreuses stratégies territoriales des acteurs sont doubles, paradoxales, et pourtant mises en place. Le travail de terrain nous a fait prendre conscience de l'importance du temps et des évolutions dans les pratiques et les stratégies des acteurs. On peut prendre l'exemple des acteurs politicoadministratifs. Quels sont les nouveaux insiders, quels sont les nouveaux outsiders? 6.2.2. Insiders – outsiders Les insiders sont les acteurs qui contrôlent la gestion politique et administrative des différents territoires étudiés aux différents niveaux. Selon notre classification précédente ce seraient les acteurs du « haut » dotés d'une action décisionnelle ou représentative forte. 6.2.2.1. Qui est in? Qui out Réflexions à l'échelle de l'Afrique du Sud Depuis la fin de l'apartheid, la redistribution des rôles, la disparition de certains acteurs et l'apparition de nouveaux sont à l'origine de situations parfois inextricables. Au chapitre des disparitions, on trouve bien sûr les piliers du système (les principaux insiders) du grand apartheid : les pseudo Etats qu'étaient les bantoustans "indépendants" ou "autonomes", et à l'échelle locale les anciens conseils municipaux des cités blanches assortis des éphémères et très contestées black local authorities pour les townships. Au chapitre des relégations se trouvent aussi bien des insiders qui participaient pleinement au système, que des outsiders qui représentaient les seuls interlocuteurs des partenaires internationaux respectueux du boycott du régime de l'apartheid. Ainsi côté "ex-insiders", la chefferie coutumière (tribal authorities) constituait un relais politique fondamental dans l'administration des bantoustans. Ces mêmes autorités coutumières se trouvent reléguées aujourd'hui au rang de simples représentants parmi d'autres de la société civile. Du côté "ex-outsiders", se trouvent les Civics ou autres ONG qui représentaient, notamment dans les townships, les seules formes d'encadrement collectif alternatif aux structures créées ou récupérées par le régime d'apartheid. Parmi ces institutions qui ont acquis une légitimité historique, certaines se retrouvent marginalisées face à la relégitimation de l'Etat et à la mise en place de municipalités élues. La coopération internationale, principal bailleur de fonds de ces organisations au temps de l'apartheid s'est d'ailleurs tournée vers les institutions officielles de la nouvelle Afrique du Sud. Au chapitre des mutations, on trouve des acteurs publics et privés qui vont de l'administration des parcs et réserves aux grandes entreprises et aux chambres de commerce qui en émanent. Les neuf nouvelles provinces sont des subdivisions des anciennes. Elles intègrent les ex-bantoustans et se retrouvent coincées entre un Etat tout à la fois libéral et interventionniste et un nouveau système de gouvernement local qui autonomise les grandes métropoles. Au total le dispositif constitutionnel et le système de gouvernement local sont finalement moins régionalisés que les concessions aux aspirations fédéralistes auraient pu laisser penser. Les parcs et réserves qui gèrent directement environ 7% du territoire sud noir s'adaptent tant bien que mal aux nouveaux principes du développement participatif et, lorsqu'ils sont liés au pouvoir provincial comme au KwaZulu-Natal, auront surtout tendance à essayer d'établir une relation directe avec les communautés voisines en court-circuitant le gouvernement local. 69 Cette section a été adaptée à partir d'un note de synthèse, co-écrite (Giraut & Guyot, 2003), ayant fait l'objet d'une publication dans un ouvrage collectif. Au chapitre des apparitions enfin, il faut citer les nouvelles municipalités qui obéissent au principe de pavage ("wall to wall") et d'emboîtement (fitting together) mais dont les statuts sont différenciés et adaptés aux situations métropolitaines avec des gouvernements métropolitains très puissants (metropolitan area) et des confins avec des municipalités transprovinciales (cross-boundaries municipality) et des secteurs peu ou non peuplés sous administration directe des districts (districts management area). Issues du retour de l'Etat sur le terrain de la politique d'aménagement du territoire sud-africain les Spatial Development Initiatives doivent promouvoir l'ouverture du territoire et de l'économie sud-africaine. Ce jeu des " in " et des " out ", des ex " in " devenus " out " ou vice versa s'exprime dans des situations locales complexes. Tableau 26 : Insiders – outsiders, renouvellement ou simple interversion? Niveaux de gestion Kosi Bay70 politico-administratif Insiders : chefs LOCAL traditionnels (+ district) PROVINCIAL NATIONAL St Lucia Richards Bay Insiders : administratifs Afrikaners, associations de résidents Outsiders : industriels sociaux Insiders : Insiders : municipalités municipalités (IFP) (IFP), industriels Outsiders : sociaux associations de Outsiders : résidents opposition municipale ANC, associations de résidents etc. Insiders : NPB, province du Natal Port Shepstone Séquences chronologiques Insiders : mairie d'extrême droite Outsiders : ONG Outsiders : squatters noirs Insiders : associations de Apartheid résidents blancs Outsiders : opposition locale ANC Insiders : municipalités (IFP) Outsiders : chefs traditionnels Insiders : municipalités (ANC et IFP) Outsiders : associations de résidents Post apartheid Insiders : KBNR, bantoustan KwaZulu (IFP) Insiders : Province du K ZN (ANC – IFP) Incertains : KZNW Insiders : gouvernement d'apartheid du National Party Outsiders : opposition ANC Apartheid Insiders : gouvernement ANC, LSDI, GSLWP Outsiders : nouvelle opposition Post apartheid Insiders : gouvernement ANC Post apartheid Apartheid Outsiders : nouvelle opposition Nous observons un faible renouvellement des acteurs susceptibles d'occuper des positions d'insiders ou d'outsiders. La réalité s'apparente plus à un phénomène d'interversion - les insiders d'hier se retrouvent outsiders ou se reconvertissent en insiders à un autre niveau (l'IFP au niveau local), et vice et versa -, que de renouvellement. Peu de nouveaux acteurs 70 Il est intéressant de rappeler pour Kosi Bay comment un des outsiders des années 1980, A. Zaloumis, qui soutenait les autochtones contre la création du parc naturel, se trouve en 2002 responsable du grand parc du GSLWP, faisant parti des insiders, et méprise totalement les mêmes autochtones 343 apparaissent, beaucoup changent de costume. L'inertie administrative du pays implique que les nouveaux insiders doivent collaborer avec les anciens, ce qui ne se fait pas sans peine, mais avec une tendance actuelle à reproduire à l'inverse les modèles du passé, la discrimination positive n'étant qu'un des symptômes les plus légitimes. Les acteurs se renouvellent peu mais leur capacité de changement et d'adaptation n'en est pas moins grande. Il est surprenant de constater que certains conservateurs blancs n'hésitent pas à s'impliquer dans des chantiers de transformation au niveau local (exemple de la fondation ZCBF à Richards Bay) alors que des progressistes noirs (de l'ANC) soutiennent au niveau national des politiques conservatrices ou du moins peu progressistes (politique de santé sud-africaine, privatisations). Il semblerait que les acteurs du « haut » soient finalement moins enclins à des changements rapides souhaités par la majorité du « bas ». La masse des pauvres est laissée de côté. D'autres expériences internationales peuvent être comparées à celle de l'Afrique du Sud. Nous pensons en particulier aux anciens pays du bloc soviétique, en Europe de l'Est, qui voient coexister dans l'arène politique des anciens insiders, devenus outsiders, puis à nouveau propulsés insiders par les électeurs, comme les ex-communistes en Pologne ou en Hongrie. Même en France, si l'on songe aux années sombres de la période de Vichy, certains insiders de l'époque ont pu se maintenir à des positions administratives d'importance bien après la fin de seconde guerre mondiale Au Chili de même, au niveau local coexistent des maires ayant soutenu Pinochet (ce dernier circule dans le pays comme un citoyen de marque) et d'autres appartenant à la social-démocratie (Amilhat-Szary, 2000). Dans ce pays il est frappant de voir que les outsiders d'hier (la gauche), aux affaires aujourd'hui, donc insiders, n'ont pas abrogé la Constitution imposée par Pinochet au début des années 1980, et mènent une politique néo-libérale, assez similaire à celle que mène l'ANC en Afrique du Sud. Tous ces pays sont engagés dans des transitions lentes, spectaculaires du point de vue des processus de démocratisation mais peu révolutionnaires du point de vue des contenus et des pratiques. Peu coalisés : différents groupes de résidents et d'usagers aux motivations diverses Environnement : KZNW & associations de protection Résidents & développeurs touristiques blancs Résidents Noirs Richards Bay Port Shepstone 1. Régulation & autorité de l'Etat : gouvernements national & provincial, législation industrielle & environnementale 2. Autorités locales : municipalités locales et de district (IFP – ANC) 3. Les industriels 1. Environnement : KZNW, associations de protection, individuels 2. Les développeurs touristiques 3. Les associations de résidents et de pêcheurs Résidents Blancs & Indiens Les coalitions principales tendent à regrouper des insiders et les coalitions secondaires plutôt des outsiders. On retrouve sensiblement les mêmes types de coalitions dans nos quatre études de cas. On peut donc individualiser huit coalitions différentes et synthétiques : l'Etat (et les autorités et agences de développement qui lui sont reliées), les autorités locales (municipales et de district), les industriels, les environnementalistes, les chefs traditionnels, les développeurs touristiques, les associations de résidents, et les résidents (qui sont une anticoalition car ils sont composés de groupes distincts aux motivations diverses). 6.2.3.2. Les types de relations entre les coalitions d'acteurs Nous pouvons distinguer trois types de relations, au minimum, entre les acteurs. Les oppositions correspondent à des divergences de fond et / ou parfois seulement de forme (problèmes de communication, malentendus, respect d'une procédure). Ce sont elles qui induisent les conflits entre les acteurs et qui impliquent la formation d'unions ou d'alliances avec d'autres acteurs. Ces oppositions instrumentalisent parfois une thématique, comme celle 71 72 Mais aux motivations parfois très différentes. Résultats de notre chapitre 4. 345 de l'environnement, pour en masquer d'autres, liées à l'autorité, au pouvoir ou au passé. Elles sont fondées sur des différences de stratégies et / ou de tactiques. Par exemple ce n'est pas la stratégie gouvernementale de mise en place de nouvelles municipalités élues qui oppose l'Etat aux municipalités mais plutôt le recours à des tactiques contestables comme la répartition du montant du 'partage équitable73' de l'Etat vers les municipalités, ou encore la mise en place d'agences de développement concurrentes comme le LSDI. En revanche c'est bien la stratégie gouvernementale de mise en place de nouvelles municipalités élues qui oppose les chefs traditionnels à l'Etat. Les ententes correspondent à une coopération opportuniste et conjoncturelle et permettent à des coalitions d'acteurs secondaires de mener des partenariats avec des coalitions principales pour sortir gagnants d'une situation de conflit. Les ententes sont fondées plus souvent sur des tactiques que sur des stratégies. Par exemple les chefs traditionnels se sont ralliés à la tactique des KZNW qui consiste à créer des local board pour la gestion concertée des parcs naturels. En effet ils y voient là une manière de consolider leur influence, malmenée par la mise en place des nouvelles municipalités élues. Les unions74 correspondent à des solidarités institutionnelles ou personnelles et sont le ciment des coalitions observées. Les intérêts communs des membres de la coalition sont supérieurs à leurs divergences, ce qui n'exclut pas les conflits internes mais tend à les limiter. Ces unions fonctionnent au minimum sur le moyen terme et forment des coalitions d'acteurs principales. Les unions partagent en général des stratégies similaires. Toutefois il n'est pas rare de voir de telles coalitions voler en éclat lorsque les tactiques employées ne font pas l'unanimité de tous les cteurs. Par exemple la coalition « développement & autorité de l'Etat » à St Lucia a été mise à mal par les nouvelles législations gouvernementales concernant l'interdiction de la circulation des 4X4 sur les places. En effet le GSLWP, autorité nationale, a plutôt pris fait et cause pour les locaux, en insistant sur l'impact économique défavorable qu'aurait une telle mesure. Depuis, le gouvernement a décidé d'autoriser certaines exceptions locales à la législation. On pourrait distinguer un quatrième type de relations qui serait la « récupération ». Parfois ce sont plus des alliances, éventuellement « contre-nature ». 346 Entente Opposition Opposition Entente Opposition Opposition Opposition 2. Les autorités locales Opposition Entente Opposition Entente Entente 3. Les industriels Entente 4. Les environnement alistes Opposition, entente Opposition, entente Opposition Entente Entente Récupération Récupération Opposition, entente Entente Récupération Entente Opposition Opposition Entente Entente Entente Opposition, entente Entente Opposition 7. Les 8. Les résident s associations de résidents Récupération Opposition 6. Les développ eurs touristiques Entente 5. Les chefs traditionnels 347 6. Les Entente Entente Entente Entente Entente Entente Opposition développeurs touristiques 7. Les Entente Entente Opposition, Entente Récupération Opposition Opposition associations de entente résidents 8. Les Adhésion, opposition ou indifférence résidents « Ceux-ci poursuivent en fait des objectifs et des stratégies qui leur sont propres et qui se trouvent éventuellement décalés par rapport à la scène politique centrale » (Bayart, 1985). 2. Les autorités locales 3. Les industriels 4. Les environnement alistes 5. Les chefs traditionnels 1. L'Etat 1. L'Etat Tableau 28 : Les relations entre les coalitions d'acteurs dans les conflits étudiés, essai de synthèse Les numéros en colonne renvoient aux numéros et aux catégories inscrites en ligne. Le tableau se lit de ligne en colonne. Les relations ne sont pas toujours symétriques et réciproques. Si l'on fait le bilan numérique des types d'interrelations entre les huit coalitions « synthétiques » en jeu dans nos quatre études de cas, on peut faire deux remarques. Premièrement c'est l'Etat, pour moins de la moitié de ses interrelations (7 sur 15), qui cristallise les oppositions, suivi de plus loin, par les industriels (6 ), des environnementalistes, les autorités locales et les associations de résidents (4). Deuxièmement ce sont les développeurs touristiques, pour plus de la moitié de leurs interrelations (11 sur 15), qui favorisent les ententes, suivis par les industriels (7), les autorités locales, les environnementalistes, les associations de résidents et les chefs traditionnels (6). On peut déduire de ces constatations que c'est d'abord l'Etat - qui s'oppose ou auquel on s'oppose - qui alimente les conflits environnementaux. A l'inverse ce sont les développeurs touristiques qui arrivent le mieux à s'entendre avec les autres coalitions d'acteurs. C'est seulement ensuite que l'on retrouve des schémas plus prévisibles où, par exemple, les industriels sont autant « courtisés » que critiqués. Les environnementalistes, les autorités locales, les associations de résidents et les chefs traditionnels s'inscrivent plutôt dans des processus d'ententes. Toutefois ce sont ces coalitions qu'on peut le moins bien caractériser tant elles sont variées selon les lieux d'étude. L'Etat, en tant que régulateur, est aussi le premier « contradicteur ». C'est en cela qu'il cristallise les oppositions. C'est pourtant lui qui conditionne, en partie seulement, les grands compromis possibles. En effet tout en choisissant Richards Bay pour implanter une nouvelle IDZ (Industrial Development Zone) et donc concentrer spatialement la production et la pollution sans résoudre les contradictions de l'aménagement urbain local, il légifère contre les véhicules à quatre roues motrices sur les plages, il va interdire l'usage de sacs en plastique à l'horizon 2003 tout en recommandant une diminution globale des rejets polluants. En outre il crée des nouvelles entités municipales sans forcément leur donner de viabilité financière (on pense à Manguzi). La stratégie double est d'abord le fait de l'Etat, et par mimétisme des autorités locales, qui doivent promouvoir, gérer et réguler un système socio-économique paradoxal par nature. C'est ce que Barel (1989) appelle le compromis. « Ce n'est pas une conciliation, un moyen terme, un produit bâtard. Il exprime au fond le comportement paradoxal sous sa forme la plus pure. () La miracle est que la pratique du compromis aboutisse à des résultats qui ne sont pas absurdes, qui ne sont pas la simple émission ou production simultanée de deux choses incompatibles. On aboutit à une situation réelle dans laquelle on commande sans commander ; () C'est l'unité de temps et de lieu (d'émission ou de production) qui obtient un effet de fusion par lequel se crée une situation nouvelle, originale, spécifique, en même temps que ses avatars possibles. » Les stratégies de l'Etat sont à la fois concurrentes et condamnées à s'entendre (Crozier & Friedberg, 1977). Nous poursuivrons la réflexion sur cette question dans la troisième partie. Les huit coalitions retenues ne donnent pas une image très fine de leur rapport aux questions environnementales bien qu'elles soient suffisamment générales pour être retrouvées de part le monde. Pourtant la coalition dite des « environnementalistes » est elle-même très diverse, et comprend des acteurs aux motivations variées. De même tous les industriels ne sont pas des pollueurs primaires. Tous les développeurs touristiques n'ont pas forcément un label « écologique » etc. A travers cette nouvelle classification, nous voulons intégrer les données liées aux motivations cachées des acteurs. 6.2.4. Classification environnementales » des acteurs par rapport aux « questions 6.2.4.1. Six catégories formées à partir des terrains Nous basons cette classification sur le rapport personnel qu'entretiennent les acteurs, pris individuellement, avec l'environnement. Elle nous permet donc de transgresser les clivages habituels et de révéler des attitudes problématiques. Nous distinguons au minimum six catégories75, dont les trois dernières englobent la coalition des environnementalistes. Le tableau ci-dessous indique pour chaque lieu d'étude combien d'acteurs sont concernés pour chaque catégorie. Les chiffres sont nettement conditionnés par les échantillons d'acteurs choisis. Un même acteur peut appartenir à plusieurs catégories. Nous avons toutefois cherché à déterminer l'affiliation principale. Un exemple par catégorie sera développé pour montrer toute la portée de cette classification. 75 Nous aurions pu utiliser une septième catégorie, celle des victimes. Elle créait l'ambiguïté entre les victimes de la pollution, à Richards Bay par exemple, et les victimes liés à la création des parcs, qui ont été chassées de leurs terres et qui bénéficient toujours mal de leurs retombées positives. Tableau 29 : Les acteurs interrogés et leur rapport à l'environnement Les environnementalistes 1. Les réalistes 2. Les indifférents 3. Les destructeurs 4. Les « jouisseurs » 5. Les racistes 6. Les intégristes du vivant Non classés Total Kosi Bay 5 4 9 1 St Lucia 7 3 2 1 Richards Bay 6 8 6 4 Port Shepstone 12 8 2 0 Total 30 23 19 6 0 2 2 0 4 3 1 1 1 6 8 30 2 18 3 30 7 30 20 108 Nous avons choisi des titres un peu provocateurs, qui ne sont pas à prendre au pied de la lettre, mais qui sont très révélateurs de nos entretiens et de nos observations au quotidien. Les réalistes essayent de voir comment peuvent se concilier à l'échelle locale le développement (touristique, industriel) et la protection de l'environnement en minimisant les externalités négatives et en maximisant les externalités positives. Sandy Camminga, à Richards Bay, Pat Luckin ou Johann Van der Walt à Port Shepstone, sont des réalistes humanistes qui placent l'homme au centre de toute action. Ainsi pour Pat Luckin, responsable du service « développement » du district « Ugu », le premier problème d'environnement est que de nombreux habitants n'ont ni eau, ni électricité, ni toilettes. Ces conditions de vie inacceptables sont aussi les premières causes de dégradation des sols, d'érosion et de pollution organique des rivières puis des estuaires. Pour elle, la politique environnementale est avant tout une politique sociale. Les indifférents ne se préoccupent pas des éventuels impacts négatifs sur l'environnement de certaines activités, pas plus que des conséquences dommageables que peuvent avoir certaines modalités de protection de l'environnement sur la société. Certains acteurs, administratifs ou politiques, à Richards Bay par exemple, préfèrent l'indifférence à la prise de position, sachant que leurs budgets sont conditionnés par la présence industrielle mais de nombreux résidents, électeurs potentiels, se plaignent de l'effet de la pollution sur leur santé. Ce sont des acteurs dont la perception des choses n'excède pas quelques années. Dans le temps qui leur est imparti, ils optimisent les ressources dont ils disposent. Les destructeurs sont ceux qui par leurs pratiques contribuent à dégrader substantiellement l'environnement naturel, comme les agriculteurs de Kosi Bay (dans une certaine mesure seulement), certains opérateurs touristiques de St Lucia avec leurs 4x4, et, plus gravement, causant un risque sanitaire pour la population comme certains industriels de Richards Bay. L'usine d'engrais de Richards Bay (IOF, nouvellement passée sous le contrôle de Foskor) est certainement le meilleur exemple, avec des rejets quotidiens de SO2 très nocifs. Elle s'est 350 illustrée en juillet 2002, avec une explosion de SO3 qui a conduit plus de 300 travailleurs, résidents et automobilistes à se faire soigner à l'hôpital. En comparaison, la compagnie Richards Bay Minerals est un « destructeur pragmatique », si l'on songe à son programme de réhabilitation environnementale. Les trois dernières catégories concernent les acteurs qui se considèrent environnementalistes à part entière. Les jouisseurs76 protègent l'environnement à leur profit, pour leur consommation exclusive de grands espaces (assets), sans réellement se soucier d'autrui. Mark Jury, à Richards Bay, est typiquement un jouisseur de l'environnement. Il combat la pollution à Richards Bay car elle affecte la qualité de l'eau de l'océan dans lequel il fait du surf le matin, et la qualité de l'air durant son trajet en voiture vers l'université ou lors de sa partie de golf le soir. Il est favorable au parc national qui englobe Mabibi tout en espérant un développement de services indispensables, et une route carrossable - car il ne dispose pas de 4X4 -, de l'eau et de l'électricité car il espère s'y faire construire une maison. Il place son cadre de vie avant ses perspectives de carrière. Les racistes77 ont un discours favorable à la protection de l' pour limiter l'accès à certains espaces protégés (comme le débat sur les plages payantes, ou les contrôles d'accès dans les stations balnéaires) à certaines catégories de populations dont ils ne peuvent tolérer la proximité. C'est le green apartheid revisité. Liz Wood, à Richards Bay, ne cache plus sa volonté de transformer la plage municipale en un parc payant géré par les KZNW en raison de l'importance des dégradations engendrées par les Noirs. Les intégristes du vivant sont les environnementalistes prêts à s'opposer à toute action mettant en danger la moindre espèce animale ou végétale sur un territoire donné. 351 questions socio-économiques comme préalables. On peut donc les regrouper dans les catégories des « indifférents » et des « réalistes ». En Afrique du Sud, l'écologie n'est pas encore politique, et aucun parti « vert » n'a pu réellement émerger au point d'être représentatif. Dans le reste de l'Afrique des partis verts existent, le plus souvent dans les pays où le multipartisme fonctionne, comme au Sénégal (Gérard, 1994). Dans nos exemples, à Richards Bay, nous avons l'exception de Liz Wood, utilisant la cause environnementale pour se faire connaître et apprécier des résidents, pour ensuite se faire élire sous l'étiquette de DA et finir dans la catégorie qu'on vient de lui attribuer Les configurations particulières de nos études de cas impliquent que les groupes de population, à Richards Bay comme à Port Shepstone, victimes de la pollution, sont des Blancs et Indiens, appartenant aux classes moyennes, sans oublier la majorité des travailleurs noirs des usines. A Durban le cas est identique pour le Bassin Industriel Sud peuplé en majorité par des Blancs, Métis et Indiens. En outre la protection et la jouissance des parcs naturels sont pour le moment réservés à des Blancs et à des Indiens, en raison de leur revenus et de leur position élevée dans l'échelle sociale. Ce sont donc surtout des Blancs et des Indiens, appartenant aux classes moyennes et supérieures, qui vont se mobiliser comme environnementalistes pour protéger leur cadre de vie résidentiel et leurs espaces récréatifs. Toutefois cette situation singulière n'est pas forcément représentative à l'échelle sud-africaine ou internationale. En effet, en général, les problèmes d'environnement liés à la juxtaposition spatiale d'industries polluantes et de zones résidentielles, sont l'apanage groupes les plus pauvres, des Noirs en Afrique du Sud et aux Etats-Unis78, des immigrés en Europe occidentale (Cock & Koch, 1991). En revanche, les revendications environnementales concernant les parcs naturels sont toujours le fait de catégories urbaines plutôt favorisées, ne tenant pas compte des réelles victimes, par exemple ces autochtones chassés par le green apartheid. On voit ici se dessiner deux conceptions de l'écologie politique, une visant la justice environnementale et une autre, reliant la survie d'une faune et d'une flore en danger aux privilèges d'une minorité d'ayants droits. Ces deux conceptions ramènent aux deux catégories définies par Guha et Martinez-Alier (1997), The environmentalism of the Poor – the environmentalism of the Rich. 78 "In the United States, anti-pollution struggles form a tradition of environmental action which has a different focus from the 'wilderness crusade'. Such, for instance, is the movement for environmental justice in the US, the struggles of low-class, often black communities against the incinerators and toxic waste dumps that, by accident and frequently by design, come to be sited near them (and away from affluent neighbourhoods). One American commentator, Ruth Rosen, has nicely captured the contrast between the environmental justice movement and the wilderness lovers. 'At best', she writes,'the large mainstream environmental groups focus on the health of the planet – the wilderness, forests and oceans than cannot protect themselves. In contrasts, the movement for environmental justice, led by the poor, is not concerned with overabundance, but with the environmental hazards and social and economic inequalities that ravage their communities." (Guha & Martinez-Alier, 1997) 352 "The first lesson is that the main source of environmental destruction in the world is the demand for natural resources generated by the consumption of the rich (whether they are rich nations or rich individuals and groups within nations) The second lesson is that it is the poor who are affected the most by environmental destruction. (Indian journalist Anil Agarwal, 1986) The environmentalists in any area seemed very easy to identify. They were, quite simply, members of the local aristocracyThe environmental vision is an aristocratic one79It can only be sustained by people who have never had to worry about security. (US journalist William Tucker, 1977)" (Guha & Martinez-Alier, 1997). En France, l'explosion de l'usine AZF à Toulouse a plutôt touché des quartiers défavorisés et le nombre de victimes a été hélas élevé. L'année d'avant, la marée noire de l'Erika sur les côtes atlantiques françaises, n'a pas fait de victimes, mais a été beaucoup plus médiatisée comme problème d'environnement, car touchant de nombreuses clientèles solvables, touristiques, résidentielles et influentes. Nous souhaitons mettre en perspective ces propos en nous appuyant sur deux ouvrages francophones critiques et stimulants à ce sujet, « l'imposture écologiste » de Philippe Pelletier (1993) et « l'ingérence écologique » de Georges Rossi (2000). 6.2.4.3. De « l'imposture écologiste » à « l'ingérence écologique » Les discours et positionnements en faveur de la protection de l'environnement sont souvent considérés comme positifs, bon enfant, et pleins de bon sens. 79 En 1974, René Dumont, candidat aux présidentielles pour les Verts, reconnaissait que les 5% des voix qu'il avait obtenu venait essentiellement des propriétaires de résidences secondaires (source : B. Antheaume) 353 a- Ecologisme peut rimer avec fascisme Il convient d'abord de différencier « écologie » et « écologisme ». Si l'écologie est la science reconnue qui étudie le fonctionnement des écosystèmes, l'écologisme est plutôt une idéologie qui utilise la référence à l'écologie comme fer de lance économique, social et politique. Certains écologistes, peut-être minoritaires, vont très loin dans leurs théories : « Les intellectuels écologistes ne proposent pas des idées plus ou moins discutables, mais un renversement total des rapports nature-culture, avec la subordination de cette dernière à cette première » (Pinna, 1991). Selon Rossi, le cheminement de pensée de ces écologistes est simple : à cause du progrès, au demeurant fruit de son intelligence et de son travail, l'homme s'est séparé de la nature. La modernité aboutit à la dominer et à la transformer au point qu'elle peut le mettre en danger. Il convient donc de retrouver l'état premier, celui d'avant la symbiose avec la nature-mère. Ce sont les fondements de la deep ecology. Pelletier, évoquant les ouvrages à succès d'un certain nombre de chantres de l'écologie qui insistent sur ce retour à la nature, n'hésite pas à parler de « doux délires chez des intellectuels fatigués par la vie citadine80 ». On n'est pas très loin du fascisme, affirme Rossi en expliquant qu'au demeurant, un certain nombre de groupuscules d'écologistes militants n'hésitent pas à désigner le système démocraties libérales comme responsable premier de l'agression contre la nature et à vanter, en la matière les mérites d'un pouvoir fort. On se souvient que l'exaltation des vertus d'un retour à la nature, pouvant bonifier et purifier l'homme, est historiquement le fait de la France pétainiste, de l'Italie mussolinienne ou de l'Allemagne nazie qui, nous rappelle Pelletier, fut dès 1933, la première au monde à édicter une loi sur la protection de la nature et lança la politique des « jardins à venir », qui consistait à les purifier en expulsant toutes les plantes exotiques venues du sud considérées comme dégénérées. En Afrique du Sud, comme en Australie, la politique de destruction massive des « alien plants » ressemblerait assez à cela. C'est un fait que certaines espèces, mauvaises herbes, détruisent les jardins et les forêts, et qu'il faut s'en défaire, comme n'importe quel paysan ou jardinier le fait partout dans le monde. En revanche vouloir absolument « purifier » les espèces pour ne retenir que les autochtones n'est pas forcément justifié. Les jacarandas, le symbole arboré de Pretoria, est une plante allochtone. Faut-il pour autant tous les détruire alors qu'ils confèrent à la ville une esthétique colorée au printemps et une ombre appréciée en été? Que serait la Côte d'Azur française sans sa végétation exotique? Et imaginons qu'il ne faille manger que des espèces de fruits et de légumes autochtones? Les promoteurs de l'apartheid végétal en Afrique du Sud quelques Blancs environnementalistes intégristes - devront alors se contenter de manioc et de banane plantain. Tout comme les humains, la faune et la flore sont affectés par les migrations. 80 Ce mouvement prend naissance au cours du XIXe siècle dans les pays industrialisés, comme le rappelle Gillot (2002) dans sa thèse. « Parallèlement au mouvement d'industrialisation de la société, le romantisme développe la sensibilité, préconise l'écoute des émotions et rêve de la bonté originelle de la nature, parfait contre-pied des villes. () Une opposition très claire se met en place entre l'insalubrité et la puanteur de la ville, et les parfums naturels et l'air pur de la campagne, sensée sauver de l'asphyxie citadine. Le naturel est associé au vital et au salubre. () Cet état d'esprit particulier qui fait de la nature un remède universel aux « maux du siècle » est propice à une production artistique importante (), opposée à la ville et ses nuisances, elle est jugée comme la seule détentrice de la pureté, de la liberté et par conséquent du bonheur. » 354 Vouloir à tout prix les en empêcher relève de l'absurdité la plus totale. En Afrique du Sud des budgets colossaux existent pour cet apartheid végétal. Des panneaux expliquent à la population quelles espèces détruire. Peut-être les Sud-africains ont-ils ainsi désigné le nouvel ennemi commun à abattre. Et si l'on rasait les forêts de plantation qui fournissent matière première et emplois à de nombreuses industries du pays? Et puis qu'est-ce qui est naturel, réellement? La nature n'est-elle pas fondamentalement anthropisée et ce depuis des millénaires? b- La nature est-elle si naturelle? A la suite de Rossi on peut se demander quel sens a le mot nature et qu'est-ce que l'on considère comme naturel? « Serait naturel tout ce qui se tiendrait en dehors de l'empreinte humaine. Dans ces conditions, il n'existe plus guère de paysages « naturels » (). On peut remarquer que l'idée de nature varie dans l'espace et dans le temps. Au Japon, l'un des pays les plus anthropisés de la planète, l'homme reconstruit et se replace dans une nature idéale et symbolique telle qu'il se l'imagine. () En Europe, où les espaces sont depuis bien longtemps humanisés, l'idée de nature et de naturel se confond en partie avec celle de campagne et admet celle de l'homme. () L'environnement physique est de plus en plus souvent socialement et économiquement déterminé. » Les grandes réserves naturelles sudafricaines qui sont censées sanctuariser des écosystèmes bien particulier avec leur faune et leur flore sauvage ne seraient pas viables sans l'intervention humaine. L'homme régule le nombre d'animaux pour éviter les phénomènes de surpopulation (voir l'exemple des éléphants au Zimbabwe, Murombedzi, 1994) et les soigne en cas d'épidémie. En outre, il contrôle la flore en évitant la reformation de brousses impénétrables. Il convient donc d'être prudent avec l'idée de nature. La conservation relève d'une grande hypocrisie. Protéger un certain type d'environnement d'une trop grande artificialisation, oui sans doute ; conserver une pseudo nature originelle, non, c'est une « grande escroquerie », et en premier lieu pour les populations locales. c- La conservation passée au crible Rossi se demande si dans tout le monde tropical, la diffusion et l'imposition de la conception occidentale de la protection de la nature sauvage fondée sur l'exclusion de l'homme n'ont pas abouti à des situations absurdes pour un résultat que l'on considère comme un échec. « La création des réserves ampute le patrimoine territorial de telle manière que cela entraîne, au minimum, la désarticulation des systèmes d'organisation de l'espace et de mise en valeur, ainsi que des pratiques locales de gestion. 355 Rossi résume bien le problème qui entoure la pseudo rentabilité économique de tels espaces : « Comme toute activité visant à concilier conservation et rentabilité économique des aires protégées, l'écotourisme se heurte à une contradiction de fond : il ne peut constituer la base d'un éventuel développement que dans la mesure où ses revenus sont significatifs, dès lors comment générer des revenus importants sans impacts sur le milieu, ce qui exclut le tourisme de masse?Il n'existe guère qu'une seule façon : faire payer très cher un petit nombre de touristes fortunés. » Que ce soit aux niveaux territorial, du partage des bénéfices ou de la fréquentation, la conservation ne génère que de l'exclusion (voir aussi Takforyan, 1994). D'autres conceptions plus ouvertes de mise en valeur de l'environnement naturel sont à inventer. En Australie, l'exemple de la gestion de certains parcs confiés aux Aborigènes est au coeur de ce « nouveau » débat. En comparant l'Australie à l'Afrique du Sud, de nouvelles pistes fructueuses de recherche émergent (Suchet, 2001 & 2002). Cette réflexion se poursuit par une étude des réseaux d'acteurs. En effet, si les acteurs environnementalistes ne semblent pas encore trop marginalisés en Afrique du Sud, c'est bien parce qu'ils se rattachent à certaines mouvances, politiques ou sociales, organisées en réseaux. D'autres logiques de regroupement des acteurs peuvent prévaloir dans la gestion des conflits étudiés. Nous allons en développer deux, fortement reliées, les régimes et les réseaux. Leurs caractères informel et parfois invisible en font des variables difficiles à étudier dans le jeu des acteurs. Nous n'avançons ici que quelques hypothèses
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La rémunération des cadres supérieurs
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PANORAMA DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES 2013 © OCDE 2014 5. L’EMPLOI ET LA RÉMUNÉRATION DANS LE SECTEUR PUBLIC La rémunération dans certaines professions de service public 5.13. Rémunération annuelle moyenne dans certaines professions de service public (2011) Ajustée pour tenir compte des différences d’heures de travail et de congés Enquêteurs/inspecteurs de police Agents de police Inspecteurs des douanes Inspecteurs des impôts Agents de l'immigration 2011 USD PPA 160 000 140 000 120 000 100 000 80 000 60 000 40 000 20 000 is DE OC i Ré pu bl iq Ro Ét at s- Un Un e e- èd ya um Su gn e ie ov pa én qu va Sl Es e l ga ue slo r tu Po gn e e lo èg rv -B No ys Po as e ré Pa Co It a ra li e ël e Is ce nd la Is an Fr de an nl to Es m ne Fi ar ni e k ue iq Da ch e lg Be tr i Au Au st ra li e 0 Source : Enquête de l’OCDE sur la rémunération des fonctionnaires des administrations centrales/fédérales (2012) ; OCDE, STAN/Statistiques sur les comptes nationaux (base de données). 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888933159591 5.14. Rémunération annuelle moyenne des inspecteurs et des agents de police de l’administration centrale par rapport au PIB par habitant et à la rémunération des diplômés de l’enseignement supérieur Ratio en 2011 Inspecteurs/enquêteurs de police Agents de police Poste d’inspecteur/enquêteur ou d’agent de police par rapport à la rémunération des diplômés de l’enseignement supérieur Poste d’inspecteur/enquêteur ou d’agent de police par rapport au PIB par habitant Australie Autriche Belgique Danemark Estonie Finlande France Islande Israël Italie Corée Pays-Bas Norvège Portugal République slovaque Slovénie Espagne Suède Royaume-Uni États-Unis OCDE 2.0 1.5 1.0 0.5 0 0 0.5 1.0 1.5 2.0 2.5 3.0 Source : Enquête de l’OCDE sur la rémunération des fonctionnaires des administrations centrales/fédérales (2012) ; OCDE, STAN/Statistiques sur les comptes nationaux (base de données) ; OCDE (2013), Regards sur l’éducation 2013 : Les indicateurs de l’OCDE, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/ eag-2013-fr. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888933159605 PANORAMA DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES 2013 © OCDE 2014 125 5. L’EMPLOI ET LA RÉMUNÉRATION DANS LE SECTEUR PUBLIC Les salaires des enseignants Les enseignants sont l’épine dorsale du secteur de l’éducation, lequel est un facteur déterminant de productivité et de croissance. Leurs salaires constituent le premier poste de dépenses du système éducatif, qui est à forte intensité de main-d’œuvre. Les salaires et les conditions de travail jouent un rôle important pour attirer, motiver et fidéliser des enseignants qualifiés. I l e x i s t e d a n s l a p l u p a r t d e s p ay s t r o i s c a t é g o r i e s d’enseignants : ceux du primaire, ceux du premier cycle du secondaire et ceux du deuxième cycle du secondaire. Leur salaire augmente avec leur niveau de qualification, avec leur niveau d’expérience et avec le niveau d’enseignement au sein duquel ils exercent. Les données présentées ici permettent de comparer les salaires bruts en début de carrière, en milieu de carrière et au niveau maximum des enseignants du premier cycle du secondaire ayant la formation minimale nécessaire et exerçant dans le secteur public. Pour effectuer des comparaisons internationales, il faut toutefois tenir compte du fait que les traitements statutaires ne sont qu’une composante, certes importante, de la rémunération des enseignants. Des écarts entre les pays au niveau des avantages sociaux, des cotisations sociales de l’employeur et de l’employé et des primes et allocations peuvent induire des différences dans la rémunération totale. De plus, les salaires des enseignants n’ont pas été corrigés des différences au niveau du nombre d’heures de travail contractuel et du nombre de jours de congé, qui peuvent être pertinentes pour des comparaisons nationales et internationales. Ces données peuvent toutefois fournir des indications sur les différences qui existent entre les pays de l’OCDE au niveau du rendement de l’expérience des enseignants. Les salaires de base annuels statutaires bruts des enseignants du premier cycle de l’enseignement secondaire ayant 15 ans d’expérience varient de moins de 15 000 USD à PPA en Estonie, en République slovaque et en Hongrie à plus de 60 000 USD à PPA au Luxembourg, en Allemagne et aux Pays-Bas en 2011. La moyenne pour les pays membres de l’OCDE atteint près de 40 000 USD à PPA. En Corée, au Japon et au Mexique, les salaires du dernier échelon sont deux fois supérieurs aux salaires de début de carrière. Les salaires du dernier échelon sont, en moyenne, supérieurs d’environ 60 % aux salaires de début de carrière. En général, les salaires bruts des enseignants sont inférieurs aux salaires annuels moyens bruts des employés possédant un niveau d’éducation équivalent (diplômés de l’enseignement supérieur âgés de 25 à 64 ans travaillant à temps plein toute l’année). En Espagne, en Corée, au Luxembourg et au Portugal, les enseignants ont un niveau de rémunération supérieur au salaire moyen des diplômés de l’enseignement supérieur. En Nouvelle-Zélande, au Canada, en Allemagne et en Finlande, ils ont un niveau de rémunération presque égal à ce salaire moyen. En revanche, en République slovaque, en Islande, en République tchèque, en Hongrie, en Italie et en Autriche, ils ont un niveau de rémunération nettement inférieur à ce salaire moyen. 126 Méthodologie et définitions Les salaires statutaires correspondent aux salaires prévus par les barèmes de traitement officiels. Les salaires indiqués sont les salaires bruts (somme totale versée par l’employeur, avant impôts), moins la contribution de l’employeur aux régimes de sécurité sociale et de retraite (en fonction des barèmes de traitement existants). Ils sont fournis ici pour un enseignant exerçant à pleintemps et ayant la formation minimale nécessaire pour être pleinement qualifié, à trois stades : en début de carrière, au bout de 15 ans d’expérience et au niveau maximum (dernier échelon). Il convient d’effectuer une distinction entre les salaires statutaires mentionnés dans cet indicateur, d’une part, et les dépenses salariales des administrations et les salaires moyens des enseignants, d’autre part. Les salaires bruts des enseignants ont été convertis en USD en utilisant les PPA de la base de données des Statistiques de l’OCDE sur les comptes nationaux. L’indicateur de salaire relatif est calculé pour la dernière année pour laquelle on dispose de données sur les revenus. Dans le cas présent, les chiffres représentent les salaires des enseignants effectivement versés après 15 ans d’exercice de la profession. Les revenus des diplômés de l’enseignement supérieur sont les revenus moyens pour un emploi exercé à temps plein et toute l’année, dans le groupe d’âge de 25 à 64 ans, avec une éducation de niveau 5A/5B/6 selon la CITE. Pour en savoir plus OCDE (2013), Regards sur l’éducation 2013 : Les indicateurs de l’OCDE, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/eag2013-fr. Notes relatives aux graphiques La Belgique figure sous « Belgique (Fr.) » et « Belgique (Fl.) ». Le Royaume-Uni figure sous « Angleterre » et « Écosse ». 5.15 : On ne dispose pas de données pour la Suisse et la Turquie. 5.16 : On ne dispose pas de données pour la Grèce, le Japon, le Mexique, la Suisse et la Turquie. Les données pour l’Australie, le Canada, l’Espagne, la Finlande, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne et le Portugal portent sur 2010. Les données pour la France portent sur 2009. Les données pour l’Islande portent sur 2006. Informations sur les données concernant Israël : http://dx.doi.org/10.1787/ 888932315602. PANORAMA DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES 2013 © OCDE 2014 5. L’EMPLOI ET LA RÉMUNÉRATION DANS LE SECTEUR PUBLIC Les salaires des enseignants 5.15. Salaires des enseignants du premier cycle du secondaire dans les établissements publics (2011) Salaire avec 15 années d’expérience (formation minimale) Salaire de début de carrière (formation minimale) Salaire au dernier échelon (formation minimale) USD PPA 140 000 120 000 100 000 80 000 60 000 40 000 20 000 Lu xe m A l bou le rg m P a agn ys e -B Ca as na Ir d a Da lan ne de m Au ar st k ra li Co e ré É e Ét c o s at se sUn Ja is p B e E sp on lg ag iq n ue e (F B e A u t l.) lg ric iq h u e No A e ( uv ng Fr.) ell le t e - er Zé re la F i nde nl an d OC e Po D E r tu No ga rv l è Fr ge an ce It a li e Su Sl ède ov én i Gr e è Is c e la nd Is e r M aë Ré ex l pu iq bl ue iq ue C t c hili hè Ré P o qu e pu lo g bl iq Ho ne ue n g slo r i va e q Es ue to ni e 0 Source : OCDE (2013), Regards sur l’éducation 2013 : Les indicateurs de l’OCDE, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/eag-2013-fr. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888933159615 5.16. Rapport entre les salaires des enseignants et les revenus des diplômés de l’enseignement supérieur (2011) 2 1 rt e- uga Zé l la n C a de A l nad le m a ag F i ne nl an de A n Isr a gl ë l et e Au rre st Da r al Be nem ie lg iq ar k ue (F l. OC ) Pa DE Be ys lg -B iq a s ue (F r Ir l . ) an d Su e Sl è d e ov én Fr i e an c Éc e os Po se lo gn e Ch No ili r Ét v è g at s- e Un Es is to A u ni e tr i ch e Ré It a pu bl Ho li e iq u e n gr tc ie Ré hè pu q bl iq Is u e ue la Sl nd e ov aq ue g ré ur No uv ell Po bo xe m Co Lu Es pa gn e e 0 Source : OCDE (2013), Regards sur l’éducation 2013 : Les indicateurs de l’OCDE, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/eag-2013-fr. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888933159629 PANORAMA DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES 2013 © OCDE 2014 127 6. LES FEMMES DANS LA FONCTION PUBLIQUE Dans la majorité des pays membres de l’OCDE, les femmes constituent une part importante et croissante des effectifs de la fonction publique. Les autorités des pays ont pris en fait tout un éventail de mesures pour garantir l’égalité des chances entre les salariés féminins et masculins de l’administration publique, comme l’instauration d’objectifs de recrutement et de promotion, ou la mise en place de dispositifs qui permettent de concilier plus facilement activité professionnelle et vie privée. Il subsiste néanmoins de fortes disparités entre les catégories professionnelles quant à la place faite à chaque sexe, et les femmes se heurtent toujours à des obstacles lorsqu’elles tentent d’accéder aux postes d’encadrement supérieur de la fonction publique. Le déséquilibre qui en résulte entre elles et les hommes aux échelons élevés de l’administration a pour effet d’amoindrir leur rôle dans la prise de décision, notamment au sein du système judiciaire où leur présence contribue à préserver l’égalité des droits entre tous les citoyens. Par conséquent, il est nécessaire d’intensifier les efforts pour combler les écarts entre les sexes et donner aux autorités davantage de moyens d’intégrer la problématique hommes-femmes dans la conception et la mise en œuvre des politiques et des programmes, afin de garantir l’équité et de renforcer la réactivité de l’action gouvernementale et des services publics. Ce chapitre présente des indicateurs sur la proportion de femmes au niveau des pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif dans les pays membres de l’OCDE. Il contient des données sur les femmes et le travail à temps partiel et sur leur présence à diverses fonctions de l’administration, ainsi qu’une comparaison entre la part de l’emploi des femmes dans le secteur public et leur part de la population active totale. Ces données montrent une persistance de la ségrégation professionnelle des femmes, qui n’est pas sans effet à long terme sur leur rémunération et leurs perspectives de progression professionnelle. PANORAMA DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES 2013 © OCDE 2014 129 6. LES FEMMES DANS LA FONCTION PUBLIQUE Emploi des femmes dans les administrations publiques La proportion de femmes dans les effectifs de la fonction publique constitue un important indicateur du degré d’ouverture et d’équité des institutions publiques. Poursuivant leurs efforts pour renforcer la place des valeurs fondamentales de la fonction publique, comme le mérite et la transparence, les autorités des pays sont de plus en plus conscientes de l’importance des mesures de promotion de la diversité, notamment de la représentation des deux sexes. Faire en sorte que le secteur public soit représentatif de la population qu’il sert contribue de surcroît à améliorer la qualité des politiques et à renforcer la réactivité des services publics en assurant une meilleure compréhension des besoins des citoyens. C’est aussi une bonne pratique à suivre pour stimuler la productivité dans le secteur public car l’administration peut ainsi exploiter au mieux la réserve de talents disponible. Enfin, œuvrer au renforcement de la présence des femmes dans les effectifs de la fonction publique peut être un moyen d’accroître la mobilité sociale. En moyenne dans les pays membres de l’OCDE, la proportion de femmes dans les effectifs des administrations publiques (56 %) est supérieure à leur part de la population active totale, qui se situe entre 40 % et 50 %. Les politiques concernant l’emploi dans la fonction publique peuvent susciter beaucoup d’intérêt chez les femmes dans certains pays car le secteur public offre dans bien des cas, par rapport au secteur privé, des conditions de travail plus souples, un congé parental rémunéré plus long et/ou des prestations plus élevées pour la garde des enfants ou d’autres services. Il existe néanmoins des disparités entre les pays membres : c’est dans les pays nordiques, en Estonie et en Slovénie que la différence est la plus importante, la proportion de femmes dans les administrations publiques y étant supérieure de 20 points de pourcentage à leur part de l’emploi total. À l’inverse, en Grèce, au Japon, aux Pays-Bas et en Turquie, la représentation des femmes dans la population active est légèrement plus forte que dans les effectifs des administrations publiques. La proportion de femmes travaillant dans les administrations publiques a augmenté entre 2001 et 2010 dans les 21 pays membres de l’OCDE sur lesquels des données sont disponibles. C’est l’Estonie qui a enregistré l’augmentation la plus forte de l’emploi des femmes au cours de cette période, et celles-ci constituaient trois quarts des effectifs des administrations publiques en 2010, ce qui est supérieur à la proportion relevée dans tous les autres pays membres de l’OCDE. En revanche, selon les chiffres les plus récents, les femmes représentaient seulement 24 % et 36 % des salariés des administrations publiques respectivement en Turquie et en Grèce. 130 Méthodologie et définitions Les données proviennent de l’Organisation internationale du travail (OIT) et se rapportent à 2001 et 2010. Le secteur des administrations publiques comprend tous les niveaux d’administration, notamment : a) toutes les unités de l’administration centrale, de l’administration des États fédérés ou des administrations locales ; b) toutes les administrations de sécurité sociale à chaque niveau d’administration ; et c) toutes les institutions sans but lucratif non marcha ndes qui sont contrôlées et principalement financées par des administrations publiques. La population active est constituée de toutes les personnes qui remplissent les conditions requises pour être classées dans la population occupant un emploi ou au chômage. Les données se rapportent au nombre de salariés, sauf dans le cas des Pays-Bas et de la Nouvelle-Zélande pour lesquels elles représentent des équivalents temps plein (ETP). Par conséquent, les chiffres de l’emploi sont sousévalués pour ces deux pays par comparaison avec les autres. Les données concernant le Canada, le Chili, la Finlande, la Pologne et la Turquie se rapportent au secteur public (administrations publiques et entreprises publiques) et non aux administrations publiques. Pour en savoir plus OCDE (2012), Inégalités hommes-femmes : il est temps d’agir, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/978926417 9660-fr. OCDE (2011, version française à paraître), Les fonctionnaires, partenaires de la croissance : pour une fonction publique plus forte, plus resserrée et plus équitable, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/9789264166707-en. Notes relatives aux graphiques Les données sur le Japon se rapportent à 2009 et non à 2010. Les données sur le Canada, le Chili, la Finlande, la Grèce, la Pologne et la Suisse se rapportent à 2008 et non à 2010. Les données sur la Norvège et la Suède se rapportent à 2007 et non à 2010. Les données sur la Turquie se rapportent à 2006 et non à 2010. Les données sur les Pays-Bas se rapportent à 2005 et non à 2010. 6.1 : Les données relatives à la proportion de femmes dans les administrations publiques proviennent de la base de données LABORSTA de l’Organisation internationale du travail (OIT). Les données concernant la proportion de femmes dans la population active sont issues de la base de données de l’OCDE sur les statistiques de la population active. PANORAMA DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES 2013 © OCDE 2014 6. LES FEMMES DANS LA FONCTION PUBLIQUE Emploi des femmes dans les administrations publiques 6.1. Proportion de femmes dans les administrations publiques et dans la population active (2010) Proportion de femmes dans les administrations publiques % 100 Proportion de femmes dans la population active totale 90 80 70 60 50 40 30 20 10 Ca na d eZé a la n de Ét at sUn i Po s lo gn e OC DE Be lg iq u Es e pa g ne Al le m ag ne Ch ili S L u ui s s xe m e bo ur g Pa ys -B as Ja po n Gr èc e Tu rq ui e i ie Un e- No uv Ro ell ya Sl um ov én ar k e Da ne m de No rv èg e Fi nl an e èd to Es Su ni 0 Source : Organisation internationale du travail (OIT), base de données LABORSTA ; et OCDE, Base de données sur les statistiques de la population active. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888933159633 6.2. Proportion de femmes dans les administrations publiques (2001 et 2010) 2010 % 100 2001 90 80 70 60 50 40 30 20 10 d eZé a la n de Ét at sUn i Po s lo gn e OC DE Be lg iq u Es e pa g ne Al le m ag ne Ch ili S L u ui s s xe m e bo ur g Pa ys -B as Ja po n Gr èc e Tu rq ui e i na Ca e- Un ie ell uv No Ro ya um ar Sl ov én k e Da ne m de èg rv No e Fi nl an èd Su e Es to ni 0 Source : Organisation internationale du travail (OIT), base de données LABORSTA. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888933159644 PANORAMA DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES 2013 © OCDE 2014 131 6. LES FEMMES DANS LA FONCTION PUBLIQUE Emploi des femmes dans l’administration centrale L’emploi dans l’administration centrale, sous-ensemble de l’emploi total dans les administrations publiques, recouvre tout un éventail de postes de cadre, de technicien et de secrétaire situés dans les ministères et autres services de l’administration centrale. Par conséquent, la présence des femmes dans l’administration centrale, notamment aux hautes fonctions administratives, constitue un important indicateur du rôle qu’elles jouent dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques des pays membres de l’OCDE. En moyenne, les femmes représentaient un peu plus de 50 % de l’ensemble des salariés de l’administration centrale en 2010 dans les 22 pays sur lesquels des données sont disponibles. Ce chiffre est légèrement inférieur à la proportion de femmes dans les effectifs des administrations publiques (57 %, voir graphique 6.2), qui tient compte des professions majoritairement exercées par les femmes, comme celles d’enseignant et d’infirmière, que l’on recense plus souvent au niveau des États fédérés et à l’échelon local. Le Chili, l’Italie et la Pologne continuent d’enregistrer les pourcentages les plus élevés de femmes dans les effectifs de l’administration centrale, lesquels se situent aux alentours de 70 %, cette proportion étant la plus faible au Japon (16 %), suivi de l’Allemagne (39 %). La présence des femmes dans l’administration centrale reste légèrement supérieure à leur représentation dans la population active, ce qui est dû dans beaucoup de pays à des politiques consistant, par exemple, à offrir des conditions de travail plus souples et un congé parental rémunéré. La proportion de femmes dans les effectifs de l’administration centrale a augmenté entre 2000 et 2010 dans la quasi-totalité des 15 pays membres de l’OCDE sur lesquels des données sont disponibles (dans deux pays, à savoir l’Estonie et le Japon, elle a diminué de moins d’un point de pourcentage). Toutefois, malgré la progression que l’emploi des femmes dans l’administration centrale a enregistrée au cours de la dernière décennie, celles-ci continuent d’être surreprésentées aux postes subalternes. Dans 15 pays sur 19, les femmes occupent plus de 50 % des postes de secrétaire, proportion proche de 90 % en Slovénie et en Autriche. Elles sont beaucoup moins nombreuses aux niveaux plus élevés, où elles ne représentent que 40 % des cadres moyens et 29 % des cadres supérieurs (voir graphique 6.4). En outre, les femmes représentent une part disproportionnée des travailleurs à temps partiel dans l’administration centrale. Dans les 16 pays membres de l’OCDE qui ont fourni des données, deux tiers ou plus des travailleurs à temps partiel étaient des femmes en 2010, proportion qui dépassait 85 % en Allemagne, au Luxembourg et en France. Si le travail à temps partiel peut être une solution intéressante pour les salariés désireux de pouvoir concilier plus facilement activité professionnelle et obligations familiales, il donne généralement lieu à une rémunération plus faible et réduit les possibilités de progression professionnelle sur le long terme. La mise en place d’une voie de passage de l’activité à temps partiel au travail à temps plein constitue pour les pays un moyen d’offrir à tous les salariés une marge de manœuvre sans compromettre leurs perspectives d’évolution professionnelle à long terme. 132 Méthodologie et définitions Les données ont été recueillies au moyen de l’Enquête 2011 de l’OCDE sur la parité dans l’emploi public. Les répondants étaient principalement des hauts fonctionnaires des services de gestion des ressources humaines de l’administration centrale. L’administration centrale (également dénommée administration nationale ou fédérale) désigne les ministères, services et organismes contrôlés et financés à l’échelon central de l’administration. Les données sur l’emploi se rapportent aux personnes employées selon le cadre général d’emploi, qui définit les conditions d’emploi de la plupart des salariés de l’administration, ainsi que de la majorité des agents statutaires. L’emploi à temps partiel recouvre les postes assortis d’une durée hebdomadaire d’activité inférieure à celle d’un emploi à temps complet. Sa définition diffère selon les pays mais il correspond généralement à un temps de travail de moins de 30 ou 35 heures par semaine. Les postes d’encadrement supérieur se situent au-dessous d e s f o n c t i o n s d e m i n i s t re o u d e v i c e - m i n i s t r e. Immédiatement en deçà de l’encadrement supérieur se trouve l’encadrement intermédiaire qui correspond aux postes comportant la gestion d’au moins trois personnes. Il s’agit généralement des chefs de division, de département et autres services d’un ministère. Les techniciens se situent entre les cadres et le personnel de soutien administratif et de bureau. Les postes de secrétaire sont occupés par les agents chargés des tâches administratives et des fonctions d’appui administratif général. Pour en savoir plus OCDE (2012), Inégalités hommes-femmes : il est temps d’agir, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/9789264179660-fr. OCDE (2011, version française à paraître), Les fonctionnaires, partenaires de la croissance : pour une fonction publique plus forte, plus resserrée et plus équitable, Éditions OCDE, Paris, http:// dx.doi.org/10.1787/9789264166707-en. Notes relatives aux graphiques Les données sur le Luxembourg, la Slovénie et la Suède se rapportent à 2011 et non à 2010. Les données sur la France se rapportent à 2009 et non à 2010. Les données sur les Pays-Bas représentent des équivalents temps plein. 6.3 : Les données sur l’Estonie, le Japon et l’Espagne se rapportent uniquement aux salariés à temps plein. Il n’y a pas de données disponibles sur la Finlande pour 2010. 6.4 : Les données sur la Suisse concernant les postes de secrétaire comprennent aussi les postes de technicien. PANORAMA DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES 2013 © OCDE 2014 6. LES FEMMES DANS LA FONCTION PUBLIQUE Emploi des femmes dans l’administration centrale 6.3. Proportion de femmes dans les effectifs de l’administration centrale (2000 et 2010) 2010 % 100 2000 90 80 70 60 50 40 30 20 10 N FI N NZ L AU S AU T CA N OC DE GB R DN K BE L ES T FR A ES P SW E CH E LU X NO R NL D DE U JP N IS SV L IT A PO L CH L 0 Source : Enquête 2011 de l’OCDE sur la parité dans l’emploi public. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888933159654 6.4. Proportion de femmes dans les effectifs de l’administration centrale par catégorie professionnelle (2010) % 100 Secrétaires Techniciens Cadres moyens Cadres supérieurs 90 80 70 60 50 40 30 20 10 E CH U A DE L D FR NL N BE FI GB IT A R S L AU K CH L NZ DN L N PO R T PR CA E SW NO T AU N SV ES T 0 Source : Enquête 2011 de l’OCDE sur la parité dans l’emploi public. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888933159663 6.5. Part des femmes dans les effectifs à temps partiel de l’administration centrale (2010) % 100 90 80 70 60 50 40 30 20 10 E SW R L BE NO E CH K L IS DN T AU N CA IT A N SV S AU L NZ R A FR GB X LU DE U 0 Source : Enquête 2011 de l’OCDE sur la parité dans l’emploi public. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888933159673 PANORAMA DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES 2013 © OCDE 2014 133 6. LES FEMMES DANS LA FONCTION PUBLIQUE Présence des femmes dans l’encadrement supérieur de l’administration centrale Malgré la proportion croissante de femmes dans les effectifs de l’administration centrale (voir aussi le graphique 6.3), celles-ci demeurent sous-représentées dans les hautes fonctions administratives ou dirigeantes. Le déséquilibre ainsi observé entre les sexes aux échelons élevés de l’administration centrale a pour effet de limiter le rôle des femmes dans le processus de décision, ce qui nuit à l’équité des politiques publiques et des textes de loi. Citons, par exemple, l’important problème de la représentation des femmes dans le système judiciaire, qui est déterminante pour assurer l’égalité des droits et éliminer la discrimination fondée sur le sexe dans les décisions de justice. En moyenne dans les pays membres de l’OCDE, les femmes détiennent plus de 50 % des postes de l’administration centrale, mais seulement 29 % des postes d’encadrement supérieur dans les 18 pays sur lesquels des données sont disponibles. La proportion de femmes aux postes de niveau supérieur de l’administration centrale diffère sensiblement selon les pays membres. En Pologne, près de 50 % des postes d’encadrement supérieur sont occupés par des femmes, mais ce chiffre est plus que divisé par deux dans des pays tels que la Belgique ou la Suisse. L’écart le plus grand entre la proportion de femmes dans les effectifs de l’administration centrale et leur présence aux postes de niveau supérieur est relevé en Autriche, en Belgique et en Italie. On observe une tendance analogue dans le système judiciaire de beaucoup de pays membres de l’OCDE. En 2010, les femmes représentaient un peu moins de la moitié des juges professionnels dans les pays membres sur lesquels des données sont disponibles mais, la même année, elles occupaient seulement 29 % des postes de président de tribunaux de première et deuxième instance. Les femmes sont aussi relativement moins présentes dans les cours suprêmes (28 % des juges). Elles exerçaient la fonction de présidente de cour suprême dans seulement cinq des pays membres sur lesquels des données sont disponibles (République tchèque, Irlande, Grèce, Finlande et Suède). Afin de corriger ces déséquilibres, certains pays prennent des mesures volontaristes pour assurer aux femmes des possibilités d’emploi égales. Parmi elles figurent l’instauration de quotas en faveur de la diversité ou de la parité femmes-hommes, la définition de règles ou lignes directrices pour l’égalité des salaires, la mise en place de dispositifs de formation et de parrainage pour les fonctions de direction, ainsi que l’application de mesures visant à faciliter la conciliation entre vie privée et vie professionnelle, comme les horaires flexibles. Des pays tels que le Royaume-Uni et le Canada ont constitué des commissions judiciaires spéciales qui œuvrent au renforcement de la parité entre femmes et hommes dans la réserve des candidats parmi lesquels seront choisis les juges.     Méthodologie et définitions Les données sur le nombre de femmes aux postes d’encadrement supérieur de l’administration centrale ont été obtenues au moyen de l’Enquête 2011 de l’OCDE sur la parité dans l’emploi public. Les réponses ont été recueillies auprès de fonctionnaires chargés de la gestion des ressources humaines et des politiques de l’emploi au niveau central/fédéral. Les données concernant le nombre de femmes juges professionnelles et de femmes présidentes de tribunaux ont été recueillies auprès de la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ) du Conseil de l’Europe. Sauf indication contraire, il s’agit dans le second cas des tribunaux de première et deuxième instance. Les données relatives aux femmes juges de cour suprême proviennent de la Base de données de la Commission européenne sur les femmes et les hommes dans la prise de décision. Selon la définition adoptée par la Commission européenne, la cour suprême est la juridiction la plus élevée d’un pays ayant compétence en matière civile et pénale. Cependant, dans certains pays, la cour suprême peut aussi détenir une compétence en matière administrative et/ou constitutionnelle. Les juges comprennent les présidents de cours suprêmes. Pour en savoir plus CEPEJ (2012), Rapport d’évaluation des systèmes judiciaires européens – Édition 2012 (données 2010), Études de la CEPEJ n° 18, Éditions du Conseil de l’Europe, Strasbourg. OCDE (2012), Inégalités hommes-femmes : il est temps d’agir, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/978926 4179660-fr. Notes relatives aux graphiques 6.6 : Les données sur la proportion de femmes dans les effectifs de l’administration centrale ne sont pas disponibles pour le Portugal et la Finlande. Les données sur le Luxembourg, la Slovénie et la Suède se rapportent à 2011 et non à 2010. Les données sur la France se rapportent à 2009 et non à 2010. Les données sur l’Estonie, le Japon et l’Espagne se rapportent uniquement aux salariés à temps complet. Les données sur les Pays-Bas représentent des équivalents temps plein. 6.7 : Les données sur la proportion de femmes parmi les présidents de tribunaux en Islande, en Irlande, en Suisse et en Turquie se rapportent aux tribunaux de première instance seulement. Les données sur l’Espagne se rapportent aux tribunaux de deuxième instance seulement. 6.8 : Les données sur l’Australie, le Canada, la Corée, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, la Suisse et l’Ukraine se rapportent à 2010. Les données sur le Chili, la Norvège et Israël se rapportent à 2011. Les données sur les États-Unis et le Japon se rapportent à 2013. Informations sur les données concernant Israël : http://dx.doi.org/ 10.1787/888932315602. 134 PANORAMA DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES 2013 © OCDE 2014 6. LES FEMMES DANS LA FONCTION PUBLIQUE Présence des femmes dans l’encadrement supérieur de l’administration centrale 6.6. Proportion de femmes aux postes d’encadrement supérieur comparée à leur part des effectifs de l’administration centrale (2010) Postes d’encadrement supérieur occupés par des femmes Postes de l’administration centrale occupés par des femmes % 100 90 80 70 60 50 40 30 20 10 E CH D NL L BE A T U DE FR N AU FI T ES R IT A R GB L CH NO T PR S AU L NZ E N CA N SW SV PO L 0 Source : Enquête 2011 de l’OCDE sur la parité dans l’emploi public. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888933159685 6.7. Proportion de femmes parmi les présidents de tribunaux comparée à leur part des effectifs de juges professionnels (2010) Proportion de femmes présidentes de tribunaux % 100 Proportion de femmes juges professionnelles 90 80 70 60 50 40 30 20 10 E CH N IT A IS L ES P NL D TU R CH et L pa ys An P d e gl e RT G a t er ll e r e Éc s os se L BE FI T ES A SW E NO R FR PO L HU N SV K CZ E IR L LU X OC DE AU T DN K N SV GR C 0 Source : CEPEJ (2012), Rapport d’évaluation des systèmes judiciaires européens – Édition 2012 (données 2010) – Études de la CEPEJ n° 18, Éditions du Conseil de l’Europe, Strasbourg. Les données sur le Chili ont été communiquées par les autorités nationales. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888933159695 6.8. Proportion de femmes juges de cours suprêmes (2012 ou année disponible la plus récente) % 80 70 60 50 40 30 20 10 LU X HU N SV K SV N CA N SW E FR A NO R IS R FI N AU OC T DE GR C PO L CH E US A DN K CH L CZ E IT A DE U NZ L BE L M EX IS L JP N TU R AU S NL D KO R ES T IR L ES P GB R PR T 0 Source : Pays de l’UE : Base de données de la Commission européenne sur les femmes et les hommes dans la prise de décision. Pays non membres de l’UE : Enquête 2011 de l’OCDE sur les femmes et les emplois de direction de la fonction publique. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888933159705 PANORAMA DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES 2013 © OCDE 2014 135 6. LES FEMMES DANS LA FONCTION PUBLIQUE Femmes en politique La représentation des femmes dans la vie politique est importante non seulement pour assurer l’égalité des sexes dans le processus politique, mais aussi pour diriger l’attention vers des problèmes d’ordre socio-économique essentiels, comme le développement humain, la violence fondée sur le sexe, les politiques favorables à la famille, l’égalité des salaires, les pensions de retraite, la réforme électorale et la fourniture des services. Or, les femmes se heurtent toujours à un « plafond de verre » qui les empêche de prendre pleinement part à la vie politique au niveau du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif politique, et elles restent en général sous-représentées dans la sphère politique. En moyenne dans les pays de l’OCDE, les femmes occupaient, au début de 2012, un peu plus du quart des sièges de la Chambre basse ou de la Chambre unique, 12 pays membres seulement ayant atteint ou dépassé le seuil de 30 % recommandé par les Nations unies et l’Union interparlementaire pour la représentation des femmes. Il s’agit là d’une légère progression par rapport à 2002, soit six points de pourcentage de plus en moyenne. Dans les pays nordiques, la représentation des femmes au sein des parlements est généralement la plus forte des pays membres de l’OCDE, et celles-ci occupaient ainsi 40 % ou plus des sièges de ces assemblées en Suède, en Finlande, en Islande et en Norvège. En Turquie, au Japon, au Chili et en Hongrie, les femmes détenaient moins d’un quart des sièges. Les pays dotés d’un système électoral proportionnel comptent en général davantage de femmes dans leur assemblée législative, peut-être en raison de la pratique consistant pour les partis politiques à constituer des listes de candidats plus paritaires. Dans la zone de l’OCDE, neuf des douze pays qui respectent le seuil de 30 % utilisent une forme ou une autre de représentation proportionnelle pour l’élection des parlementaires. Outre la nature du système électoral en vigueur, la représentation politique des femmes peut être déterminée par des obstacles d’ordre culturel et financier, ainsi que par la difficulté de concilier les obligations imposées par la vie politique avec celles qui sont liées à la vie privée. Face à cette situation, neuf pays membres de l’OCDE ont instauré des quotas de femmes pour faire progresser l’égalité des sexes au sein des parlements. L’application de ces quotas prend toutefois des formes variables et peut ainsi se faire au cours du processus de désignation des candidats (par exemple, règle concernant l’inscription de femmes sur les listes des partis politiques ou leur désignation comme candidates pour des circonscriptions électorales données), ou être fondée sur les résultats, un certain pourcentage des sièges du parlement étant réservé aux femmes. En ce qui concerne le pouvoir exécutif politique dans les pays membres de l’OCDE, le pourcentage de femmes ministres est passé de 21 % en 2005 à 25 % en 2012. Selon les données pour 2012, la proportion de femmes ministres va de plus de 50 % en Norvège, en Suède, en Finlande et en Islande à moins de 10 % en Hongrie, en Estonie, en Slovénie, en Grèce et en Turquie. Les femmes se voient souvent confier les portefeuilles relatifs aux politiques sociales et culturelles. Le processus de nomination des ministres dépend certes du système politique du pays (vote ou nomination par les parlementaires, ou bien nomination par la présidence avec ou sans l’approbation du parlement), mais dans aucun système la représentation des femmes n’est égale à celle des hommes. Méthodologie et définitions Les données concernant les femmes parlementaires se rapportent à la Chambre basse ou à la Chambre unique et proviennent de la base de données PARLINE de l’Union interparlementaire. Elles représentent la proportion de f e m m e s p a r l e m e n t a i r e s r e l ev é e a u x d a t e s d u 31 octobre 2012 et du 25 octobre 2002. Les barres de couleur pâle dans le graphique ci-dessous représentent les pays où des quotas légaux de candidates étaient en vigueur à la date de janvier 2013 pour la Chambre basse ou la Chambre unique. Les quotas légaux sont inscrits dans la loi électorale du pays, sa législation relative aux partis politiques ou d’autres textes de loi comparables. Le fait que les deux formes de quotas reposent par définition sur des dispositions légales oblige toutes les formations politiques qui prennent part aux élections à les appliquer, sans distinction. Celles qui ne respectent pas les quotas légaux s’exposent à des sanctions. Les données relatives aux quotas de femmes sont issues de la Base de données mondiale des quotas de femmes de l’Institute for Democracy and Electoral Assistance (IDEA). Les données sur les femmes ministres proviennent des affiches de l’Union interparlementaire sur « Les femmes en politique ». Elles se rapportent aux femmes qui occupaient des postes de ministre au 1er janvier 2012 et au 1er janvier 2005. Elles indiquent la part des femmes dans l’effectif total des ministres, y compris les vicepremiers ministres et les vice-ministres. Les Premiers ministres/chefs de gouvernement ont aussi été pris en compte lorsqu’ils détenaient un portefeuille ministériel. Les vice-présidents et les dirigeants d’instances gouvernementales ou d’organismes publics n’ont pas été comptabilisés dans le total. Pour en savoir plus International IDEA (2007), Designing for Equality, Stockholm, Suède. OCDE (2012), Inégalités hommes-femmes : il est temps d’agir, Éditions OCDE, Paris, http://dx.doi.org/10.1787/97892 64179660-fr. Notes relatives aux graphiques 6.9 : Les données se rapportent à la proportion de femmes parlementaires relevée aux dates du 31 octobre 2012 et du 25 octobre 2002. Les pourcentages représentent le nombre de femmes parlementaires en proportion du total des sièges pourvus. Il n’y a pas de données disponibles sur la République slovaque pour 2002. 6.10 : Les données se rapportent aux femmes qui exerçaient la fonction de ministre aux dates du 1er janvier 2012 et du 1er janvier 2005. Le total comprend les vice-premiers ministres et les vice-ministres. Les Premiers ministres/chefs de gouvernement ont aussi été inclus lorsqu’ils détenaient un portefeuille ministériel. Les vice-présidents et les dirigeants d’instances gouvernementales ou d’organismes publics n’ont pas été pris en compte. Informations sur les données concernant Israël : http://dx.doi.org/ 10.1787/888932315602. 136 PANORAMA DES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES 2013 © OCDE 2014 6. LES FEMMES DANS LA FONCTION PUBLIQUE Femmes en politique 6.9. Proportion de femmes parlementaires et quotas légaux (2012 et 2002) 2012 % 50 2002 40 30 20 10 0 èc e S F i uèd nl e a Is n d e la No nd Da r vè e ne ge Pa ma ys rk Be -B a lg s M iqu ex e iq No A E sp ue u v ll e a gn ell m e e - ag Zé ne l Sl a nd ov e Po éni r tu e Su g a l Au iss tr i e c Fr he an Lu O ce xe C m DE bo C a ur g Au nad s a Ré R P tr a pu oy ol li e bl au og iq m ne ue et c Un hè i qu It a e li e Ré pu I bl iq E sr a ë ue s t l slo on Ét v aq i e at u s- e Un Co is Ir l r é e a Tu nde rq ui e Ch J a ili Ho pon ng rie Gr Note : Les barres de couleur pâle représentent les pays où des quotas légaux de candidates étaient en vigueur à la date du 21 janvier 2013 pour la Chambre basse ou la Chambre unique. Source : Union interparlementaire (UIP), base de données PARLINE ; et IDEA, Quota Project (base de données mondiale des quotas de femmes).
46,114
aac47bbafdaa5f91e2f9c598056dead3_4
French-Science-Pile
Open Science
Various open science
2,013
Taux de pauvreté monétaire, par genre, milieu des années 2000
None
French
Spoken
8,155
19,225
1.38 1.91 .. .. .. 2.32 2.78 .. .. .. .. 2.95 .. 1.98 1.76 .. .. .. .. .. .. .. .. .. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712512 Contributions à la croissance du PIB Croissance annuelle moyenne en pourcentage, 1985-2010 (ou plus proches années comparables) Main-d'oeuvre Capital en TIC Capital hors TIC Productivité multifactorielle 7 6 5 4 3 2 1 0 -1 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712531 PANORAMA DES STATISTIQUES DE L’OCDE 2013 © OCDE 2013 47 PRODUCTION ET PRODUCTIVITÉ • PRODUCTIVITÉ COÛTS UNITAIRES DE LA MAIN-D’ŒUVRE Les coûts unitaires de la main-d’œuvre sont l’indicateur le plus couramment utilisé de la compétitivité du système productif d’un pays. Les coûts unitaires de la main-d’œuvre reflètent l’évolution combinée des coûts unitaires totaux de maind’œuvre par unité d’apport de travail et de productivité du travail, et peuvent être un indicateur de tensions inflationnistes exercées sur les prix à la production. Définition Les coûts unitaires de la main-d’œuvre mesurent le coût moyen du travail par unité produite. Les coûts unitaires de la maind’œuvre correspondent aux coûts totaux de main-d’œuvre rapportés à la production réelle. Les coûts unitaires de la maind’œuvre correspondent aux coûts totaux de main-d’œuvre rapportés à la production par heure travaillée. Si les informations relatives aux nombre total d’heures travaillées ne sont pas disponibles, il est possible d’utiliser des variables indicatives comme la rémunération des salariés ou de toute autre type de main-d’œuvre (rémunérations des salariés) ou le nombre de personnes employées. On peut donc en déduire que les estimations de la productivité du travail sont un dérivé du calcul du coût unitaire de la main-d’œuvre. Les données sont présentées sous forme de taux de croissance annuelle des coûts unitaires de la main-d’œuvre pour l’économie dans son ensemble. Comparabilité Ces indicateurs sont assemblés grâce à un cadre méthodologique commun pour assurer la comparabilité entre les pays. La source primaire des données utilisées est la base de données des Comptes nationaux de l’OCDE, dans laquelle les données sont calculées sur une base similaire pour tous les pays en suivant le Système de comptabilité nationale de 1993. L’utilisation de différentes mesures de l’apport de maind’œuvre (heures travaillées ou nombre de salariés selon la disponibilité des données) peut réduire la comparabilité des données entre les pays et dans le temps. Évolution des coûts unitaires de la main-d’œuvre, économie totale Croissance annuelle moyenne en pourcentage CAN JPN FRA GBR DEU USA ITA 8 6 En bref Les coûts unitaires de la main-d’œuvre ont augmenté dans l’ensemble de l’économie à un rythme annuel moyen de 2.0 % dans la zone de l’OCDE considérée globalement au cours de la dernière décennie. Les pays du G7 et la plupart des membres initiaux de la zone euro ont réussi à accroître leur compétitivité par rapport à la moyenne de l’OCDE, ce que laisse transparaître la croissance plus faible de leurs coûts unitaires de main-d’œuvre par rapport aux autres pays. L’inverse est notamment vrai pour les pays ayant une compétitivité relativement plus faible comme la Turquie, le Mexique et l’Afrique du Sud ainsi que l’Estonie, l’Islande, la Hongrie et la Norvège. En Europe, certains ajustement de la compétitivité se sont produits depuis la crise financière récente en Irlande, en Espagne, au Portugal et en Grèce tandis que la France et l’Italie ont assisté à un repli transitoire de leurs coûts unitaires de maind’œuvre. En Allemagne, il semble que l’amélioration de la compétitivité observée au cours de la première moitié des années 2000 ait eu tendance à s’inverser au cours de la deuxième moitié de la décennie. Comparer les données relatives aux coûts unitaires de main-d’œuvre et celles relatives à la croissance de la productivité du travail peut apporter quelques éléments d’information sur l’origine des variations de la compétitivité. Au cours des dix dernières années par exemple, certains pays, notamment ceux ayant des taux de croissance relativement bas des coûts unitaires de main-d’œuvre, comme l’Allemagne, Israël, la Corée, la Pologne et la Suède, ont enregistré une croissance plus forte de la productivité du travail que des coûts unitaires de maind’œuvre. Dans ces pays, la forte croissance de la productivité du travail est allée de pair avec la modération salariale. La plupart des pays où l’on observe une relative détérioration de la compétitivité affichent en revanche une faible croissance de la productivité du travail. 48 4 2 0 -2 -4 -6 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712588 Sources • OCDE (2011), Principaux indicateurs économiques, Volume 2011 Numéro 6, Principaux indicateurs économiques, Éditions OCDE. Pour en savoir plus Publications analytiques • OCDE (2012), Panorama des comptes nationaux, Éditions OCDE. • OCDE (2012), Études économiques de l’OCDE, Éditions OCDE. Publications méthodologiques • McKenzie, R. et D. Brackfield (2008), “The OECD System of Unit Labour Cost and Related Indicators”, OECD Statistics Working Papers, No. 2008/04, Éditions OCDE. Bases de données en ligne • "Gains horaires", Main d’oeuvre. Sites Internet • Compendium de l’OCDE sur les Indicateurs de Productivité, www.oecd.org/statistics/productivity/compendium. • Statistiques sur la productivité, www.oecd.org/statistics/ productivity. PANORAMA DES STATISTIQUES DE L’OCDE 2013 © OCDE 2013 PRODUCTION ET PRODUCTIVITÉ • PRODUCTIVITÉ COÛTS UNITAIRES DE LA MAIN-D’ŒUVRE Coûts unitaires de la main-d’œuvre, économie totale Croissance annuelle en pourcentage Allemagne Australie Autriche Belgique Canada Chili Corée Danemark Espagne Estonie États-Unis Finlande France Grèce Hongrie Irlande Islande Israël Italie Japon Luxembourg Mexique Norvège Nouvelle-Zélande Pays-Bas Pologne Portugal République slovaque République tchèque Royaume-Uni Slovénie Suède Suisse Turquie UE-27 OCDE Afrique du Sud Brésil Chine Fédération de Russie Inde Indonésie 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 0.9 3.0 0.3 1.6 -0.4 .. -6.3 1.6 2.0 3.5 1.2 0.5 0.8 4.2 6.2 1.3 6.3 6.6 1.4 -2.7 1.0 17.6 4.3 -2.5 2.0 3.9 2.9 4.2 1.6 2.8 5.2 -1.2 1.2 82.4 1.6 3.1 .. .. .. .. .. .. 0.1 2.1 -0.1 0.6 2.0 .. -0.2 0.2 2.7 2.5 3.6 0.0 1.9 1.5 11.4 5.0 4.5 0.8 -0.5 -2.4 3.4 11.1 2.0 0.3 3.1 5.4 4.5 11.0 2.7 2.3 6.9 4.5 1.0 33.1 2.4 2.8 .. .. .. .. .. .. 0.0 1.3 0.6 3.7 2.3 .. 5.5 4.2 3.0 3.7 1.9 3.5 2.3 -0.1 11.1 5.1 6.4 3.9 3.0 -1.3 5.7 10.6 4.3 3.1 4.7 3.2 3.5 0.9 5.5 3.3 8.4 5.3 4.7 49.9 3.1 3.2 .. .. .. .. .. .. 0.2 3.2 0.2 2.4 1.1 .. 1.2 3.7 3.0 4.5 0.8 1.2 3.0 9.2 8.6 1.3 7.8 1.1 3.4 -3.5 2.3 6.8 3.5 2.0 4.5 -1.8 3.1 4.3 5.9 2.0 5.4 0.6 2.1 30.0 2.5 1.7 3.5 .. .. .. .. .. 0.8 2.0 1.2 0.9 2.5 .. 5.3 2.2 3.1 4.4 2.4 1.6 2.2 1.2 5.9 5.0 1.4 -2.5 4.3 -3.5 1.5 6.1 2.0 3.2 2.3 -2.8 3.5 8.0 4.1 1.7 4.3 0.4 0.4 21.2 2.3 2.1 5.3 .. .. .. .. .. -0.8 3.9 -0.8 -0.1 2.4 .. 1.1 1.1 2.6 5.9 1.7 0.0 0.8 1.3 4.2 3.8 2.1 -2.4 1.4 -3.0 1.6 2.1 0.9 4.7 0.3 -2.0 0.8 3.4 2.5 2.1 3.5 -1.2 -2.3 2.2 0.9 0.8 5.3 .. .. .. .. .. -1.1 3.4 0.5 1.4 2.2 .. 2.4 2.8 3.6 3.5 2.5 2.3 2.0 3.5 2.5 7.1 4.6 1.1 2.6 -1.5 1.9 3.2 3.3 4.5 -0.3 0.6 3.7 4.4 -1.4 1.7 1.6 0.6 1.1 0.9 1.8 1.6 5.4 .. .. .. .. .. -2.5 4.6 0.7 2.0 3.8 .. 0.2 2.3 3.1 9.7 3.1 0.5 1.8 -1.9 2.0 4.3 10.5 4.0 1.6 -2.3 0.8 2.5 6.9 4.5 0.7 -0.7 0.6 0.5 -0.4 2.9 0.8 -0.7 0.6 4.9 1.0 1.7 6.5 .. .. .. .. .. -1.5 4.5 0.6 2.2 3.4 .. 0.7 4.5 3.9 17.5 3.0 -0.2 1.4 3.9 6.4 4.0 7.9 0.7 1.8 -2.9 1.4 3.2 8.3 4.3 1.6 2.6 0.8 0.8 2.2 2.0 2.5 4.1 1.6 .. 1.7 1.7 4.9 .. .. .. .. .. 2.1 2.5 3.1 3.8 3.0 .. 2.2 5.3 4.7 13.0 3.1 6.7 2.9 6.5 4.5 6.3 5.6 2.1 3.9 0.9 6.2 4.6 9.2 6.6 2.3 7.8 3.1 3.7 2.7 3.1 6.5 2.6 2.8 .. 3.6 3.1 6.0 .. .. .. .. .. 6.6 0.2 5.3 4.0 3.0 .. 0.7 5.4 1.0 2.1 0.6 9.7 3.6 6.2 3.0 -5.6 0.8 0.3 4.4 1.2 8.5 9.0 4.4 2.1 4.7 1.9 2.4 7.1 2.7 5.6 8.7 4.9 4.5 .. 4.4 2.6 9.3 .. .. .. .. .. -2.0 5.6 -0.6 -0.1 0.4 .. -1.4 -0.6 -2.6 -5.9 -1.0 -1.5 0.8 -1.0 -3.8 -7.2 .. .. -0.7 -4.2 1.5 .. 3.5 .. -0.9 1.2 -1.5 -1.7 -1.2 1.3 0.0 -2.4 -2.0 .. -0.7 -1.1 8.7 .. .. .. .. .. 1.3 .. 0.7 2.3 .. .. 2.5 0.5 -1.9 1.2 .. 2.4 1.5 -4.1 3.5 .. .. .. 0.6 .. .. .. 4.6 .. .. .. .. -0.4 0.3 1.5 0.3 -1.3 .. .. 0.7 .. .. .. .. .. .. .. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712550 Coûts unitaires de la main-d’œuvre et productivité du travail, économie totale Croissance annuelle moyenne en pourcentage, 2000-11 ou dernière période disponible Coûts unitaires de main-d'oeuvre 8 Productivité du travail 19.1 7 6 5 4 3 2 1 0 -1 -2 -3 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712569 PANORAMA DES STATISTIQUES DE L’OCDE 2013 © OCDE 2013 49 PRODUCTION ET PRODUCTIVITÉ • PRODUCTIVITÉ RÉMUNÉRATION DU TRAVAIL La rémunération du travail par unité de main-d’œuvre est la rémunération moyenne perçue par les actifs occupés d’un pays. Cette donnée est étroitement liée à d’autres indicateurs : les coûts unitaires de la main-d’œuvre, la productivité et le PIB par habitant. Évolution de la rémunération du travail par unité de main-d’œuvre, économie totale Croissance annuelle en pourcentage Japon Définition 7 La rémunération du travail par unité de main-d’œuvre est définie comme la rémunération totale des actifs occupés, divisée par le nombre total des heures travaillées. Dans tous les pays pour lesquels on ne dispose pas de données sur les heures travaillées, la rémunération du travail est calculée comme la somme des salaires bruts et des cotisations sociales des employeurs. Les données font référence à l’ensemble de l’économie. 6 Les mesures annuelles de la rémunération du travail présentées ici sont une des composantes principales des comparaisons internationales de la compétitivité élaborées par l’OCDE. -1 États-Unis OCDE Zone euro 5 4 3 2 1 0 -2 -3 -4 Comparabilité -5 La principale source de données utilisée pour construire l’indicateur de la rémunération totale du travail par unité de maind’œuvre est celle des comptes nationaux annuels de l’OCDE, où les données sont calculées sur une base similaire pour tous les pays en suivant le Système de comptabilité nationale de 1993. Cette source garantit un degré assez élevé de comparabilité d’un pays à l’autre, malgré des différences dans les façons d’appliquer les lignes directrices internationales dans ce domaine. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712645 Pour calculer la rémunération totale de l’ensemble des personnes qui travaillent, et non uniquement des salariés, un ajustement est réalisé pour les travailleurs indépendants, en partant de l’hypothèse que la rémunération horaire est équivalente pour les travailleurs indépendants et pour les salariés. La validité de cette hypothèse est variable selon les pays, les activités économiques et au fil du temps, ce qui peut peser sur la comparabilité des estimations. Les données sur le nombre d’heures travaillées en Pologne présentent une interruption en 2000-2001 ; à partir de 2001, elles correspondent pleinement au système de comptabilité nationale de 1993. En bref Entre 2000 et 2010, la rémunération du travail par unité de main-d’œuvre a augmenté de 3.3 % en moyenne dans la zone OCDE, et de 3.2 % dans l’UE-27 (2000 à 2011). Les trois quarts environ de tous les pays de l’OCDE ont enregistré un taux de progression annuel de la rémunération de moins de 5 %. En 2010 et, en partie, en 2011, après la crise financière et celle de la zone Euro, la rémunération moyenne du travail a diminué en Allemagne, en Espagne, en Estonie, en Grèce, en Hongrie et en Irlande. À l’exception de l’Australie, de l’Espagne, du Japon, de la Pologne et du Royaume-Uni, le taux de progression moyen de la rémunération horaire a ralenti au cours des dix dernières années. En moyenne dans l’OCDE, il est passé de 5.2 % en 2001 à 2.0 % en 2010 (avec un recul marqué en Hongrie et en Turquie). 50 Sources • OCDE (2011), Principaux indicateurs économiques, Volume 2011 Numéro 6, Principaux indicateurs économiques, Éditions OCDE. Pour en savoir plus Publications analytiques • OCDE (2011), OECD Reviews of Labour Market and Social Policies, Éditions OCDE. Publications statistiques • OCDE (2012), Panorama des comptes nationaux, Éditions OCDE. Sites Internet • Principaux indicateurs économiques de l’OCDE, www.oecd.org/std/pie. • Compendium de l’OCDE sur les Indicateurs de Productivité, www.oecd.org/statistics/productivity/compendium. • Statistiques sur la productivité, www.oecd.org/statistics/ productivity. PANORAMA DES STATISTIQUES DE L’OCDE 2013 © OCDE 2013 PRODUCTION ET PRODUCTIVITÉ • PRODUCTIVITÉ RÉMUNÉRATION DU TRAVAIL Rémunération du travail par unité de main d’œuvre, économie totale Croissance annuelle en pourcentage Allemagne Australie Autriche Belgique Canada Chili Corée Danemark Espagne Estonie États-Unis Finlande France Grèce Hongrie Irlande Islande Israël Italie Japon Luxembourg Mexique Norvège Nouvelle-Zélande Pays-Bas Pologne Portugal République slovaque République tchèque Royaume-Uni Slovénie Suède Suisse Turquie UE-27 OCDE Afrique du Sud Brésil Chine Fédération de Russie Inde Indonésie 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 1.6 3.5 1.8 3.5 2.6 .. 1.2 2.9 1.9 8.5 4.7 2.1 2.4 4.1 5.6 5.1 .. 6.6 1.7 -1.1 4.0 16.7 5.5 -0.6 4.2 11.3 5.1 7.3 5.0 4.7 8.6 0.8 .. 74.8 3.1 5.2 .. .. .. .. .. .. 3.2 4.2 2.5 2.1 5.4 .. 3.3 3.0 2.8 14.6 5.4 3.8 5.2 5.5 15.4 8.2 .. 5.5 2.2 0.4 5.3 19.7 6.1 3.3 5.1 12.2 6.3 13.4 7.9 5.4 10.5 8.6 .. 44.9 4.6 5.7 .. .. .. .. .. .. 2.8 5.4 1.7 3.7 3.2 .. 8.1 3.7 3.1 9.6 3.2 4.6 3.2 3.3 17.6 8.1 .. 4.4 3.8 -0.5 3.5 12.1 7.6 4.2 5.3 -14.7 4.0 6.8 13.8 4.8 11.8 5.8 .. 43.6 3.4 4.2 .. .. .. .. .. .. 1.9 3.4 2.2 3.8 2.4 .. 7.4 4.5 3.3 9.1 2.4 1.7 6.0 11.8 13.0 6.3 .. 0.0 2.8 -2.0 3.1 3.0 5.4 3.8 5.3 2.9 3.4 11.9 8.2 3.5 8.2 4.5 .. 37.8 4.0 3.3 .. .. .. .. .. .. 1.8 4.4 2.1 1.9 3.1 .. 10.0 3.9 3.5 10.9 3.7 2.7 3.0 6.8 11.7 6.9 .. -1.0 2.9 -2.1 1.1 9.6 5.1 4.6 3.8 1.7 3.5 13.4 8.8 4.5 7.8 4.3 .. 27.9 3.8 3.7 .. .. .. .. .. .. 0.5 4.8 0.9 1.6 2.9 .. 5.6 3.1 2.9 11.3 3.8 3.7 1.4 4.9 9.5 5.8 .. 1.9 2.8 -1.5 3.3 3.8 2.8 5.3 3.7 1.8 2.6 5.5 7.0 3.7 7.7 2.4 .. 20.7 2.7 3.0 .. .. .. .. .. .. 0.3 4.3 2.9 1.7 4.8 .. 6.9 3.3 3.9 9.7 3.7 3.7 3.4 4.9 6.8 5.4 .. 2.9 3.5 -0.5 4.6 1.9 4.3 3.7 1.7 1.9 4.7 7.0 3.4 3.4 6.0 3.4 .. 7.1 3.3 3.0 .. .. .. .. .. .. 1.2 5.6 4.4 3.6 5.0 .. 4.3 3.0 4.1 14.7 3.8 2.9 4.7 2.2 5.7 5.2 .. 6.8 2.1 -0.9 2.6 5.5 5.6 3.1 2.5 1.9 1.8 7.9 7.0 4.4 5.4 2.2 .. 10.8 3.5 3.4 .. .. .. .. .. .. 0.7 5.4 2.9 3.4 3.5 .. 6.6 4.3 5.6 24.9 3.7 3.7 1.6 5.8 6.6 6.6 .. 0.6 2.3 -1.3 3.7 5.6 5.7 6.5 3.2 4.9 3.6 8.2 6.5 5.1 6.2 4.4 .. .. 3.5 3.2 .. .. .. .. .. .. 2.1 3.0 3.8 3.6 2.7 .. 7.0 3.1 5.7 11.3 3.0 4.4 2.0 5.3 6.5 6.4 .. 2.4 3.2 0.3 2.2 4.4 5.8 2.9 2.7 9.3 3.0 6.8 4.0 1.9 7.2 0.9 .. .. 3.4 3.0 .. .. .. .. .. .. 3.4 2.6 4.6 1.2 3.2 .. 2.2 3.7 4.0 3.8 0.6 2.3 3.2 6.8 -0.5 0.8 .. 0.2 2.0 -3.7 1.8 8.2 4.4 2.9 2.9 4.3 2.8 4.8 0.4 3.0 1.8 2.1 .. .. 3.1 1.5 .. .. .. .. .. .. -0.2 4.7 1.7 1.4 2.0 .. 5.4 2.6 -0.3 -1.1 2.6 1.8 2.0 -3.8 -2.3 -3.1 .. 4.3 1.9 0.3 2.6 .. 3.0 .. 1.4 4.7 1.4 2.4 2.2 3.8 4.3 0.7 .. .. 1.4 2.0 .. .. .. .. .. .. 2.8 .. 1.6 3.1 .. .. 9.0 1.5 -0.3 -0.8 .. 3.4 2.9 -4.7 4.1 .. .. .. 0.9 .. .. .. 4.3 .. .. .. .. 1.6 2.7 2.0 2.0 0.7 .. .. 1.8 .. .. .. .. .. .. .. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712607 Rémunération du travail par unité de main-d’œuvre, économie totale Croissance annuelle moyenne en pourcentage, 2000-11 ou dernière période disponible 30 25 20 15 10 5 0 -5 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712626 PANORAMA DES STATISTIQUES DE L’OCDE 2013 © OCDE 2013 51 PRODUCTION ET PRODUCTIVITÉ • STRUCTURE ÉCONOMIQUE VALEUR AJOUTÉE PAR ACTIVITÉ Structure économique La valeur ajoutée mesure la contribution du travail et du capital à la production. La valeur ajoutée cumulée de l’économie est égale au PIB si bien que la valeur ajoutée est aussi une mesure de la production et est fréquemment utilisée dans l’analyse de la productivité et dans l’analyse structurelle. mais la valeur ajoutée peut également être évaluée à des prix différents, aux prix du producteur et aux coûts des facteurs. L’un des principaux avantages de la valeur ajoutée tient au fait qu’elle permet de surmonter toutes les difficultés inhérentes à la mesure de la production brute - brute au sens où l’on comptabilise la production réalisée par l’ensemble des unités de production, y compris celles qui produisent des biens intermédiaires pour d’autres unités. Les pays ayant des réseaux de production fragmentés auront donc, toutes choses égales par ailleurs, une production plus forte que ceux dotés de réseaux plus intégrés, ce qui complique d’autant les comparaisons internationales. Se pose également un problème temporel lié au fait que le degré d’intégration des réseaux de production à l’intérieur d’un pays peut varier d’une année sur l’autre (du fait du recours à l’externalisation par exemple). Tous les pays de l’OCDE appliquent le Système de comptabilité nationale de 1993, à l’exception de l’Australie, qui utilise celui de 2008. Il importe toutefois noter que les différences entre le SCN de 2008 et celui de 1993 n’ont pas une incidence notable sur la comparabilité des indicateurs présentés ici, ce qui signifie que les données sont tout à fait comparables entre les pays. Définition La valeur ajoutée aux prix de base peut être simplement définie comme la différence entre la production brute (aux prix de base) et la consommation intermédiaire (aux prix d’acquisition) et peut être décomposée entre les éléments suivants : la rémunération des salariés ; l’excédent brut d’exploitation ; le revenu mixte ; et d’autres impôts sur la production minorés des subventions sur la production. Dans le Système de comptabilité nationale de 1993, c’est l’estimation de la valeur ajoutée aux prix de base qui est préconisée, Comparabilité Cependant, tous les pays ne calculent pas la valeur ajoutée aux prix de base. Le Japon se réfère à des prix qui sont approximativement ceux du marché. La Nouvelle-Zélande utilise les prix du producteur, et l’Islande et les États-Unis les coûts des facteurs. Les tableaux et graphiques faisant apparaître la ventilation par activité sont fondés sur la classification internationale type CITI Rév. 4, sauf dans le cas de l’Afrique du Sud, du Canada, des États-Unis, d’Israël, du Japon, du Luxembourg, du Mexique, de la Nouvelle-Zélande, de la Turquie, de la Fédération de Russie, de l’Inde et de l’Indonésie, qui utilisent la CITI Rév.3. Les pays effectuent généralement la collecte d’informations en employant leurs propres systèmes de classification des branches d’activité économique. Le passage d’un système national de classification à la CITI peut poser quelques problèmes de comparabilité. Au Japon par exemple, l’activité des hôtels (qui représentent approximativement 2.8 à 3.0 % de la valeur ajoutée) est prise en compte dans les Autres services, contrairement au commerce de gros, de détail, etc.. Cela étant, pour la plupart des pays, les activités présentées sont généralement comparables. En bref La part de l’agriculture dans la valeur ajoutée totale a diminué de 0.5 % entre 2000 et 2011 à l’échelle de l’OCDE, poursuivant un déclin amorcé de longue date. Dans quatre pays seulement (Turquie, Hongrie, Islande et NouvelleZélande), elle est supérieure à 5 %. La part de l’industrie dans la valeur ajoutée totale a également continué à décliner, dans le droit fil du mouvement observé de ces dernières décennies. Parmi les pays pour lesquels on dispose de données, en particulier la Corée, l’Estonie, la Hongrie, l’Islande, la Pologne et la République slovaque, des évolutions inverses se sont toutefois produites pendant la période considérée. La part de l’industrie est également en repli dans les pays non membres où elle se maintient toutefois à des niveaux considérablement plus élevés que dans la plupart des pays de l’OCDE, la Chine et l’Indonésie affichant des pourcentages qui demeurent proches de 40 %. La Norvège, où les activités extractives apportent une large contribution à l’activité, est le pays de l’OCDE qui se rapproche le plus de ces chiffres. A l’inverse, la part de l’intermédiation financière, de l’immobilier, des locations et des activités de services aux entreprises s’est accrue sur la période 2000-2111. La part moyenne de ces secteurs s’échelonne entre à peine plus de 15 % en République slovaque et près de 50 % au Luxembourg. En outre, la part des autres activités de services, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation, suit une pente ascendante dans la plupart des pays. Sources • OCDE (2011), Comptes nationaux des pays de l’OCDE, Volume 2011 Numéro 2, Tableaux détaillés, Comptes nationaux des pays de l’OCDE, Éditions OCDE. Pour en savoir plus Publications analytiques • OCDE (2003), Manuel sur la mesure de l’économie non observée, Éditions OCDE. Publications statistiques • OCDE (2011), Comptes nationaux trimestriels, Volume 2011 Numéro 2, Comptes nationaux trimestriels, Éditions OCDE. • OCDE (2012), Panorama des comptes nationaux, Éditions OCDE. Bases de données en ligne • "STAN R-D : Dépenses de recherche et développement dans l’industrie - Rév 3 2011", Statistiques de l’OCDE STAN pour l’analyse structurelle. Sites Internet • Comptes nationaux, OCDE, www.oecd.org/std/na. 52 PANORAMA DES STATISTIQUES DE L’OCDE 2013 © OCDE 2013 PRODUCTION ET PRODUCTIVITÉ • STRUCTURE ÉCONOMIQUE VALEUR AJOUTÉE PAR ACTIVITÉ Valeur ajoutée par activité En pourcentage de la valeur ajoutée totale Agriculture, chasse, sylviculture, pêche Allemagne Australie Autriche Belgique Canada Chili Corée Danemark Espagne Estonie États-Unis Finlande France Grèce Hongrie Irlande Islande Israël Italie Japon Luxembourg Mexique Norvège Nouvelle-Zélande Pays-Bas Pologne Portugal République slovaque République tchèque Royaume-Uni Slovénie Suède Suisse Turquie Zone euro UE-27 OCDE Afrique du Sud Brésil Chine Fédération de Russie Inde Indonésie Industrie incluant l'énergie Commerce, transport; hébergements, restaurants; communication Construction Intermédiation financière, activités immobilières; services aux entreprises Autres activités de services 2000 2011 ou dernière année disponible 2000 2011 ou dernière année disponible 2000 2011 ou dernière année disponible 2000 2011 ou dernière année disponible 2000 2011 ou dernière année disponible 2000 2011 ou dernière année disponible 1.1 3.8 1.9 1.3 2.3 .. 4.6 2.5 4.2 4.8 1.2 3.5 2.5 .. 5.9 3.4 8.5 1.7 2.8 1.5 0.7 4.2 2.1 8.5 2.5 4.9 3.6 4.5 3.6 1.0 3.4 2.0 1.3 10.8 2.4 2.3 .. 3.3 .. 15.1 6.4 .. 15.6 1.0 2.8 1.6 0.6 .. 3.4 2.7 1.4 2.6 3.6 1.2 2.9 1.8 3.1 5.4 1.7 7.8 2.1 2.0 1.2 0.3 3.5 1.5 .. 1.7 3.6 2.1 3.2 2.1 0.6 2.5 1.7 0.8 9.2 1.7 1.7 .. 2.4 .. 10.1 4.3 17.6 15.3 25.2 20.6 23.7 21.9 28.2 .. 31.6 21.1 20.8 21.6 18.4 28.0 17.8 .. 27.1 33.8 17.2 19.2 22.6 24.3 12.6 29.4 37.7 19.9 19.1 23.3 20.3 28.9 30.9 20.3 28.1 24.2 21.2 24.6 22.1 22.0 .. 29.3 .. 40.4 31.1 .. 40.4 25.7 20.1 22.5 17.1 .. 31.0 33.8 17.5 16.9 23.9 16.2 20.9 12.6 13.5 28.7 28.1 18.8 16.5 18.6 21.9 7.8 27.7 36.4 .. 18.7 25.5 17.0 32.5 31.1 14.9 24.5 20.5 20.7 22.6 19.3 19.3 .. 26.1 .. 40.0 30.5 19.1 36.8 5.3 5.6 7.7 5.2 5.0 .. 6.9 5.5 10.3 5.9 5.0 6.3 5.0 .. 5.3 7.0 9.3 5.8 5.1 7.0 5.7 6.4 4.0 4.4 5.7 7.8 8.2 7.2 6.6 6.5 6.7 4.3 5.2 5.4 5.9 6.0 .. 2.5 .. 5.6 6.6 .. 5.5 4.4 7.7 6.8 5.8 .. 8.1 5.9 4.8 11.5 6.3 3.7 6.8 6.2 4.5 3.8 2.8 4.5 4.9 6.0 5.6 5.6 6.6 5.9 .. 5.5 7.9 6.3 9.4 6.7 6.9 5.2 5.8 5.4 5.0 6.2 6.3 .. 4.5 .. 6.8 6.5 8.1 10.3 20.3 22.5 26.2 23.1 20.3 .. 21.6 24.4 28.1 29.4 20.0 21.9 23.1 .. 21.5 19.0 24.8 18.2 26.1 20.7 21.8 29.8 21.0 21.8 26.1 29.2 26.7 26.3 27.1 27.0 22.6 22.2 25.7 29.1 23.7 24.4 .. 24.3 .. 16.6 33.1 .. 20.8 19.1 20.2 25.4 24.4 .. 16.9 18.8 23.6 28.4 26.5 18.2 22.3 23.4 31.4 22.0 18.6 20.0 16.8 25.0 23.9 19.8 28.6 16.0 .. 23.8 29.8 28.5 22.7 23.8 24.4 25.0 23.6 27.3 30.9 23.4 23.8 .. 22.7 .. 15.8 28.9 16.2 20.2 26.2 28.1 20.7 26.6 25.0 .. 19.3 21.1 16.9 21.6 31.7 19.6 27.5 .. 19.2 20.4 18.5 30.5 24.4 15.9 43.8 19.0 15.3 27.8 25.6 18.0 19.2 16.6 15.0 24.7 19.8 22.5 21.3 19.5 24.6 24.2 .. 18.6 .. 8.3 4.6 .. 8.3 27.4 30.4 23.5 27.8 .. 18.8 19.3 25.0 19.2 22.1 33.5 22.7 30.1 23.5 20.5 26.1 24.5 36.5 27.8 16.9 49.7 19.7 18.6 .. 25.7 16.4 22.2 15.4 18.5 29.8 21.9 22.2 20.1 20.2 26.5 26.1 .. 21.2 .. 10.7 15.9 16.8 7.2 21.9 19.4 19.8 21.8 19.2 .. 15.9 25.4 19.6 16.7 23.7 20.6 24.1 .. 21.0 16.4 21.8 24.6 18.9 30.7 15.4 12.7 20.0 17.6 21.0 16.8 22.0 16.6 16.8 20.5 19.4 24.7 25.1 10.6 21.3 21.2 .. 22.0 .. 14.1 18.3 .. 9.3 22.5 18.8 20.1 24.3 .. 21.8 19.5 27.8 21.4 17.6 27.1 24.4 26.0 24.0 19.5 22.7 24.6 23.3 20.6 30.6 16.9 13.8 21.6 .. 24.6 16.8 23.8 16.8 17.9 23.4 20.9 26.2 25.7 12.1 22.9 22.8 .. 23.1 .. 16.6 14.0 22.2 10.2 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/88932712664 Valeur ajoutée dans l’industrie incluant l’énergie En pourcentage de la valeur ajoutée totale 2011 ou dernière année disponible 2000 45 40 35 30 25 20 15 10 5 0 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712683 PANORAMA DES STATISTIQUES DE L’OCDE 2013 © OCDE 2013 53 PRODUCTION ET PRODUCTIVITÉ • STRUCTURE ÉCONOMIQUE VALEUR AJOUTÉE RÉELLE PAR ACTIVITÉ Comme la valeur ajoutée nominale, la valeur ajoutée réelle peut être calculée comme la différence entre la production réelle et la consommation intermédiaire réelle, méthode connue sous le nom de double déflation. L’un des principaux grands avantages que présente la valeur ajoutée tient au fait qu’elle permet d’éviter les difficultés inhérentes à la mesure de la production brute, brute au sens où elle tient compte de la production réalisée par l’ensemble des unités de production, y compris celles qui produisent des intrants intermédiaires pour d’autres unités. Les pays dont les réseaux de production sont fragmentés auront donc, toutes choses égales par ailleurs, une production plus élevée que ceux dont les réseaux sont plus denses, ce qui rend les comparaisons internationales plus délicates. La mondialisation croissante des réseaux de production observée ces dernières années a encore altéré la comparabilité des données dans le temps et entre les pays. La valeur ajoutée permet d’éviter ce genre de problèmes étant donné qu’elle mesure la valeur qu’une unité résidente ajoute à celle produite par les unités lui fournissant ses intrants. Définition Les taux de croissance indiqués ici se rapportent aux estimations en volume de la valeur ajoutée brute. La valeur ajoutée aux prix de base peut être simplement définie comme la différence entre la production brute (aux prix de base) et la consommation intermédiaire (aux prix d’acquisition) et peut être décomposée entre les composantes suivantes : rétribution des salariés, excédent brut d’exploitation, revenu mixte et autres impôts, minorés des subventions, sur la production. Comparabilité Tous les pays de l’OCDE ont adopté le Système de comptabilité nationale de 1993 (SCN), à l’exception de l’Australie qui applique le SCN de 2008. Il importe toutefois de noter que les différences entre le SCN de 2008 et celui de 1993 n’ont pas une incidence notable sur la comparabilité des indicateurs présentés ici, ce qui signifie que les données sont tout à fait comparables entre les pays. Néanmoins, tous les pays ne calculent pas la valeur ajoutée aux prix de base. Le Japon utilise des prix qui sont approximativement les prix du marché. La Nouvelle-Zélande utilise les prix à la production et l’Islande et les États-Unis les prix au coût des facteurs. Les tableaux et graphiques faisant apparaître la ventilation par activité sont fondés sur la classification internationale type CITI Rév. 4, sauf dans le cas du Canada, d’Israël, du Japon, du Luxembourg, du Mexique, du Nouvelle-Zélande, de la Turquie, des États-Unis, de l’Inde, de l’Indonésie, de la Fédération de Russie et d’Afrique du Sud, qui utilisent la CITI Rév.3. Les pays effectuent généralement la collecte d’informations en employant leurs propres systèmes de classification des branches d’activité économique. Le passage d’un système national de classification à la CITI peut poser quelques problèmes de comparabilité. Au Japon par exemple, l’activité des hôtels (qui représentent approximativement 2.8 à 3.0 % de la valeur ajoutée) est prise en compte dans les Autres services contrairement au commerce de gros, de détail, etc.. Cela étant, pour la plupart des pays, les activités présentées sont généralement comparables. Dans le Système de comptabilité nationale de 1993, il est préconisé d’évaluer la valeur ajoutée aux prix de base, mais celle-ci peut également être mesurée sur différentes bases de prix, notamment sur des prix à la production et au coût des facteurs. Sources • OCDE (2011), Comptes nationaux des pays de l’OCDE, Volume 2011 Numéro 2, Tableaux détaillés, Comptes nationaux des pays de l’OCDE, Éditions OCDE. En bref Pour en savoir plus Le tableau montre comment se sont comportés les différents secteurs de l’économie en 2011 au moment où la crise continuait de peser sur la situation économique. Le secteur de la construction a été celui qui a été le plus durement frappé en 2011, principalement en raison de la baisse du niveau de l’investissement. Dans le secteur de la construction, des baisses du taux de croissance de plus de 10 % ont été enregistrées en 2011 en Grèce, en Islande, en Irlande et en Slovénie. Au Chili, en Estonie, en Pologne et en Turquie, le secteur a en revanche bénéficié d’une progression de plus de 10 % et en Chine, cette progression a été de 13.5 %. Dans l’industrie (y compris l’énergie), les taux de croissance ont généralement été positifs, excepté en particulier en Grèce (- 9.1 %), en Nouvelle-Zélande(- 4.4 %) et en Israël (- 4.1 %). Dans le secteur des services, la croissance a généralement été positive dans les pays de l’OCDE même si la Grèce, l’Islande, l’Irlande, le Portugal et la République slovaque ont vu l’activité reculer dans ce secteur. Publications analytiques 54 • OCDE (2011), Perspectives économiques de l’OCDE, Volume 2011 Numéro 2, No 90, novembre 2011, Perspectives économiques de l’OCDE, Éditions OCDE. Publications statistiques • OCDE (2011), Comptes nationaux trimestriels, Volume 2011 Numéro 2, Comptes nationaux trimestriels, Éditions OCDE. • OCDE (2012), Panorama des comptes nationaux, Éditions OCDE. Publications méthodologiques • OCDE (2001), Système de comptabilité nationale, 1993 - Glossaire, Éditions OCDE. • Nations Unies, OCDE, FMI et Eurostat (eds.) (2010), Système de comptabilité nationale 2008 (version préliminaire), Nations Unies, Genève. Bases de données en ligne • "STAN R-D : Dépenses de recherche et développement dans l’industrie - Rév 3 2011", Statistiques de l’OCDE STAN pour l’analyse structurelle. PANORAMA DES STATISTIQUES DE L’OCDE 2013 © OCDE 2013 PRODUCTION ET PRODUCTIVITÉ • STRUCTURE ÉCONOMIQUE VALEUR AJOUTÉE RÉELLE PAR ACTIVITÉ Valeur ajoutée réelle par activité Croissance annuelle en pourcentage Agriculture, chasse, sylviculture, pêche Allemagne Australie Autriche Belgique Canada Chili Corée Danemark Espagne Estonie États-Unis Finlande France Grèce Hongrie Irlande Islande Israël Italie Japon Luxembourg Mexique Norvège Nouvelle-Zélande Pays-Bas Pologne Portugal République slovaque République tchèque Royaume-Uni Slovénie Suède Suisse Turquie Zone euro UE-27 OCDE Afrique du Sud Brésil Chine Fédération de Russie Inde Indonésie Industrie incluant l'énergie Commerce; transport; hébergements, restaurants; communication Construction Intermédiation financière, activités immobilières; services aux entreprises Activités d'autres services 2000 2011 ou dernière année disponible 2000 2011 ou dernière année disponible 2000 2011 ou dernière année disponible 2000 2011 ou dernière année disponible 2000 2011 ou dernière année disponible 2000 2011 ou dernière année disponible -3.1 3.8 -3.6 5.0 -1.8 .. 1.1 7.9 .. 16.9 12.9 8.0 -1.7 .. -9.6 .. -2.1 6.6 -2.3 2.1 -13.0 0.4 -2.7 2.7 1.8 .. -4.7 .. 1.4 .. 1.3 2.6 7.8 7.1 .. .. .. 4.7 .. 2.4 .. .. 1.9 -9.2 9.1 15.3 7.9 1.9 11.8 -2.0 0.5 0.6 2.6 -3.6 3.2 3.9 2.5 27.2 0.9 -8.1 9.5 -0.5 -7.4 -1.7 3.9 -0.9 0.1 1.7 -0.3 2.8 -20.2 6.5 .. -2.3 1.1 -3.0 5.3 1.7 2.7 .. 0.9 .. 4.3 15.7 0.5 2.9 6.3 3.5 6.0 4.9 8.4 .. 16.6 3.4 .. 18.4 2.6 12.6 3.6 .. 5.5 .. 1.4 13.7 3.2 4.7 7.9 6.4 4.0 2.4 5.6 .. 3.4 .. 10.8 2.1 9.0 8.1 0.8 6.6 .. .. .. 4.9 .. 9.8 .. .. 5.9 6.2 -0.1 8.2 2.4 5.9 0.8 6.7 -1.3 1.9 17.3 8.3 0.9 0.5 -9.1 5.7 11.0 -1.8 -4.1 1.2 17.3 6.3 7.6 -1.3 -4.4 0.5 6.3 0.0 12.8 5.1 -0.8 2.8 5.2 4.6 9.2 3.4 3.1 .. 4.9 .. 12.1 3.7 8.3 4.3 -2.3 -14.4 0.6 5.5 5.2 .. -4.4 1.0 .. 24.9 3.3 0.4 5.4 .. 14.2 .. 14.2 -1.3 4.7 -3.5 1.9 4.2 -0.4 -6.5 3.5 .. 6.0 .. -8.7 1.1 -1.0 1.4 -0.1 4.9 .. .. .. 5.6 .. 5.7 .. .. 5.6 4.6 6.3 3.5 4.8 7.8 11.1 -4.6 2.9 -3.8 17.7 -3.3 4.6 0.0 -17.9 -7.8 -30.1 -14.7 -0.9 -3.5 -0.9 3.6 0.0 3.9 -7.9 4.8 11.8 -9.2 2.1 -7.2 3.1 -20.3 8.8 6.9 11.2 -1.0 0.1 .. 1.5 .. 13.5 4.7 7.0 7.0 4.3 2.5 3.1 1.2 6.0 .. 13.0 7.6 .. 7.4 6.5 5.7 4.0 .. 3.0 .. 9.1 6.8 6.1 -0.9 8.1 11.1 3.9 5.0 7.0 .. 6.1 .. 5.0 6.2 4.7 5.2 6.0 9.8 .. .. .. 8.1 .. 9.0 .. .. 6.6 2.8 1.5 1.0 2.7 3.9 10.2 4.6 3.1 1.4 6.9 6.0 3.3 2.8 -8.0 0.5 -3.4 -3.9 -2.1 1.1 1.7 4.7 9.3 2.8 -2.3 2.4 4.0 -1.2 -1.7 -1.6 0.6 0.7 5.7 5.6 10.9 1.7 1.7 .. 2.5 .. 12.3 4.2 6.7 10.3 2.9 4.5 7.5 4.2 5.2 .. 4.2 5.7 .. 7.6 6.1 2.9 5.9 .. 4.7 .. 10.2 17.0 4.9 4.1 11.0 5.5 6.4 2.2 2.0 .. 1.8 .. 2.1 6.2 3.7 6.2 5.1 4.2 .. .. .. 3.2 .. 6.8 .. .. 4.6 2.1 3.3 2.1 1.4 2.2 8.5 1.7 1.8 1.2 -0.2 1.2 2.8 2.4 -2.9 -2.8 0.0 0.6 2.3 1.2 1.2 -0.7 3.5 2.4 3.5 0.4 1.2 -0.6 1.5 2.0 1.5 0.8 4.8 0.0 7.7 1.4 1.4 .. 1.9 .. 8.5 3.6 9.1 5.7 1.9 3.2 -0.3 3.4 2.6 .. 2.0 1.5 .. 1.6 1.2 1.8 0.1 .. 4.6 .. 1.5 1.4 1.5 2.1 0.8 2.9 0.9 3.3 1.7 .. 3.8 .. 0.7 3.2 2.4 1.6 2.1 1.6 .. .. .. 0.6 .. 13.0 .. .. 2.3 0.6 1.5 0.6 1.4 2.1 4.5 1.7 -0.8 0.5 2.7 1.6 0.8 1.0 -5.8 0.3 -5.0 -3.2 2.9 0.0 0.5 1.9 1.4 2.1 1.7 1.5 1.0 -1.2 -1.6 2.3 1.3 1.2 1.6 1.4 4.1 0.5 0.6 .. 2.3 .. 7.9 1.7 13.1 6.0 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712702 Valeur ajoutée réelle dans l’industrie incluant l’énergie Croissance annuelle en pourcentage 2011 ou dernière année disponible 2000 20 15 10 5 0 -5 -10 -15 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712721 PANORAMA DES STATISTIQUES DE L’OCDE 2013 © OCDE 2013 55 PRODUCTION ET PRODUCTIVITÉ • STRUCTURE ÉCONOMIQUE PETITES ET MOYENNES ENTREPRISES Les petites entreprises, et en particulier les start-up récentes, sont souvent très dynamiques et innovantes. Une poignée de nouvelles et petites entreprises à très haute performance peut apporter une contribution importante à la création d’emploi et à la croissance économique. Bien que la majorité des petites entreprises aient un impact économique plus modeste considérées individuellement, ensemble elles font une différence sensible. Définition Une entreprise est une entité juridique habilitée à mener des activités pour son compte propre, notamment à signer des contrats, à posséder des biens, à contracter des dettes et à ouvrir des comptes bancaires. Elle peut être constituée d’un ou de plusieurs établissements installés dans des zones géographiquement éloignées. Le terme " salariés " fait référence à l’ensemble des personnes liées à l’entreprise par une relation contractuelle, qui travaillent dans l’entreprise et reçoivent en contrepartie une rémunération. Sont notamment considérés comme des salariés les gérants d’entreprises ayant le statut de salarié, les étudiants qui contribuent officiellement au processus de production de l’entreprise en échange d’une rémunération et/ ou de services de formation, et les personnes titulaires d’un contrat de réinsertion ou de retour à l’emploi. Cette catégorie comprend aussi les personnes en congé maladie, en congé payé ou en congé non rémunéré, mais elle exclut les propriétaires exploitants, les associés en activité, les travailleurs familiaux non rémunérés et les travailleurs à domicile, qu’ils figurent ou non sur le registre des employés de l’entreprise. Le nombre de personnes employées est défini comme le nombre total de personnes qui travaillent dans ou pour l’unité considérée pendant l’année de référence. Sont exclus de ce nombre total les directeurs d’entreprises constituées en sociétés et les membres des conseils d’administration qui sont rétribués uniquement pour leur présence aux assemblées, la maind’œuvre mise à disposition de l’unité considérée par d’autres unités moyennant facturation, les personnes effectuant des travaux de réparation et d’entretien pour le compte d’autres unités et les travailleurs à domicile. Il exclut également les personnes en congé pour une durée indéterminée, les personnes en congé pour service militaire ou celles qui ne sont rémunérées par l’entreprise qu’au titre d’une pension de retraite. Comparabilité En revanche, la couverture des données sur les entreprises/ établissements peut varier considérablement. Dans de nombreux pays, ces informations sont tirées des registres du commerce et des sociétés, de recensements économiques ou d’enquêtes qui peuvent comporter un seuil d’exclusion fondé sur la taille. En fait, tous les pays appliquent une forme ou une autre de seuil, qui est souvent fonction de la législation fiscale et des dispositions visant à alléger les formalités administratives imposées aux petites entreprises. En Irlande, seules les entreprises comptant au minimum trois employés sont prises en compte, alors qu’au Japon et en Corée, les données ne tiennent pas compte des établissements comptant, respectivement, moins de quatre et cinq employés. Les données se rapportent à 2008 dans le cas du Danemark, des Pays-Bas, de la République slovaque, de la République tchèque, du Royaume-Uni et de la Turquie ; à 2007 pour la Grèce et la Norvège ; et à 2005 pour l’Islande. Les données relatives à l’emploi de la Suisse font référence au nombre de personnes employées plutôt qu’au nombre de salariés. En bref D’une économie à l’autre, la contribution des petites entreprises à l’emploi varie beaucoup. Dans la plupart des pays, la part des entreprises occupant moins de 20 personnes dépasse 70 % du total, les chiffres s’échelonnant entre 69 % en Irlande et plus de 95 % en Grèce. Les petites entreprises représentent une part plus faible du nombre total de salariés, variant entre environ 9 % aux États-Unis et en République tchèque à environ 35 % en Grèce. Certaines grandes économies se caractérisent par une proportion plus faible de petites entreprises, situation qui traduit en partie le fait que les possibilités de croissance sont plus vastes sur les grands marchés (en raison de la présence d’un vivier de main-d’œuvre plus nombreux et d’une demande également plus forte), mais qui résulte aussi d’un phénomène statistique, dû au fait que lorsqu’une entreprise ouvre un nouvel établissement dans le pays où elle est immatriculée, elle croît et passe du statut de petite entreprise à celui de grande entreprise. Autrement dit, une entreprise exerçant son activité dans un petit pays aura souvent tendance, pour croître, à créer un nouvel établissement à l’étranger plutôt qu’à chercher à se développer sur le marché intérieur. 56 Sources • OCDE (2012), OECD Studies on SMEs and Entrepreneurship, Éditions OCDE. • OCDE (2012), Statistiques structurelles et démographiques des entreprises (Base de données). Pour en savoir plus Publications analytiques • OCDE (2012), Panorama de l’entrepreneuriat 2012, Éditions OCDE. • OCDE (2012), Financing SMEs and Entrepreneurs 2012: An OECD Scoreboard, Éditions OCDE. • OCDE (2011), Financing High-Growth Firms: The Role of Angel Investors, Éditions OCDE. Publications statistiques • OCDE (2012), Statistiques structurelles et démographiques des entreprises, Éditions OCDE. Publications méthodologiques • OCDE et Eurostat (2008), Eurostat-OECD Manual on Business Demography Statistics, Éditions OCDE. PANORAMA DES STATISTIQUES DE L’OCDE 2013 © OCDE 2013 PRODUCTION ET PRODUCTIVITÉ • STRUCTURE ÉCONOMIQUE PETITES ET MOYENNES ENTREPRISES Nombre de salariés et nombre d’entreprises dans l’industrie manufacturière Par taille d'entreprise, 2009 ou dernière année disponible Nombre de personnes employées En pourcentage du nombre total d'employés dans l'industrie manufacturière Allemagne Australie Autriche Belgique Canada Chili Corée Danemark Espagne Estonie États-Unis Finlande France Grèce Hongrie Irlande Islande Israël Italie Japon Luxembourg Mexique Norvège Nouvelle-Zélande Pays-Bas Pologne Portugal République slovaque République tchèque Royaume-Uni Slovénie Suède Suisse Turquie UE-27 OCDE Afrique du Sud Brésil Chine Fédération de Russie Inde Indonésie En pourcentage du nombre total d'entreprises dans l'industrie manufacturière Moins de 10 10-19 20-49 50-249 250 ou plus Moins de 10 10-19 20-49 50-249 250 ou plus 4.3 .. 6.9 7.5 .. .. 0.2 5.6 15.5 10.1 4.7 7.8 12.1 30.4 10.4 5.8 .. 10.2 15.6 8.4 4.1 0.2 9.3 13.1 8.8 10.2 19.1 3.5 5.9 10.5 10.2 9.2 8.8 .. .. .. .. .. .. .. .. .. 7.2 .. 6.8 7.0 .. .. 16.1 6.4 11.9 8.3 4.8 6.2 7.2 4.9 7.0 6.8 .. 7.6 15.1 10.2 .. .. 8.2 10.5 9.1 4.0 12.4 7.5 5.5 7.0 6.3 6.8 9.0 .. .. .. .. .. .. .. .. .. 8.1 .. 11.1 13.1 .. .. 23.5 14.0 19.2 16.5 .. 10.8 11.9 12.1 11.6 12.3 .. 13.0 17.7 16.9 .. .. 14.6 15.2 16.3 10.2 19.7 7.5 10.5 12.0 10.0 10.9 13.2 14.4 .. .. .. .. .. .. .. .. 25.7 .. 27.3 .. .. .. 31.5 27.7 24.4 39.6 .. 23.3 22.9 25.6 27.1 30.3 .. 29.5 24.8 31.0 .. 16.8 28.2 24.4 31.6 31.0 30.2 26.5 29.8 26.8 30.3 24.0 29.6 26.2 .. .. .. .. .. .. .. .. 54.7 .. 48.0 .. .. .. 28.8 46.3 29.0 25.6 .. 51.9 45.9 27.1 43.8 44.9 .. 39.7 26.8 33.5 .. 80.2 39.6 36.8 34.2 44.5 18.6 55.1 48.3 43.6 43.2 49.1 39.4 35.8 .. .. .. .. .. .. .. .. 60.5 .. 71.9 82.4 .. .. 1.1 70.8 81.1 69.2 60.2 82.0 84.1 96.5 85.4 49.6 80.2 70.8 81.9 46.2 64.1 1.0 79.6 69.4 77.8 87.5 81.8 42.1 90.6 74.7 87.1 87.2 56.3 .. 81.0 .. .. .. .. .. .. .. 19.4 .. 12.1 7.4 .. .. 51.3 10.7 9.2 11.2 15.4 7.5 6.9 1.2 6.2 20.3 8.7 12.1 10.6 23.8 12.8 .. 8.6 15.1 9.2 3.6 8.7 30.2 3.5 10.7 5.4 5.5 19.0 .. 8.9 .. .. .. .. .. .. .. 8.9 .. 8.5 5.9 .. .. 32.6 10.6 6.6 10.7 .. 5.8 5.2 1.3 4.6 15.8 6.7 9.4 5.1 18.1 11.0 .. 6.9 9.8 7.7 4.4 6.1 10.6 3.0 8.1 3.7 4.0 13.6 3.5 5.9 .. .. .. .. .. .. .. 8.9 .. 5.8 .. .. .. 13.6 6.5 2.6 7.7 .. 3.7 3.0 0.8 3.1 11.3 3.8 6.5 2.1 10.2 9.2 2.1 4.1 4.8 4.4 3.6 3.0 13.0 2.3 5.3 3.1 2.6 9.1 2.0 3.6 .. .. .. .. .. .. .. 2.2 .. 1.8 .. .. .. 1.4 1.4 0.5 1.1 .. 1.0 0.8 0.2 0.7 3.0 0.7 1.2 0.3 1.8 3.0 95.5 0.9 0.9 0.9 0.9 0.3 4.1 0.6 1.3 0.7 0.7 2.1 0.4 0.8 .. .. .. .. .. .. .. 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712740 Entreprises du secteur manufacturier de moins de 20 personnes employées: nombre d’employés et d’entreprises En pourcentage du nombre total de salariés ou du nombre total d’entreprises, 2009 ou dernière année disponible Pourcentage du nombre total de salariés Pourcentage du nombre total d'entreprises 100 90 80 70 60 50 40 30 20 10 0 1 2 http://dx.doi.org/10.1787/888932712759 PANORAMA DES STATISTIQUES DE L’OCDE 2013 © OCDE 2013 57 REVENUS ET PATRIMOINE DES MÉNAGES REVENUS ET ÉPARGNE REVENU NATIONAL PAR HABITANT REVENU DISPONIBLE DES MÉNAGES ÉPARGNE DES MÉNAGES INÉGALITÉS DES REVENUS INÉGALITÉ DES REVENUS TAUX ET INTENSITÉ DE LA PAUVRETÉ PATRIMOINE DES MÉNAGES ACTIFS FINANCIERS DES MÉNAGES DETTE DES MÉNAGES ACTIFS NON FINANCIERS DES MÉNAGES REVENUS ET PATRIMOINE DES MÉNAGES • REVENUS ET ÉPARGNE REVENU NATIONAL PAR HABITANT Revenus et épargne Si le produit intérieur brut par habitant est l’indicateur le plus couramment utilisé pour comparer les niveaux de revenu d’un pays à l’autre, deux autres mesures lui sont préférées, au moins en théorie, par de nombreux analystes. Il s’agit du revenu national brut (RNB) et du revenu national net (RNN) par habitant. Tandis que le PIB fait référence au revenu généré par des activités de production menées sur le territoire économique du pays, le RNB mesure le revenu généré par les résidents d’un pays, qu’il le soit sur le territoire national ou à l’étranger. Définition Le RNB est défini comme le PIB augmenté des recettes nettes en provenance de l’étranger au titre des salaires et traitements et des revenus de la propriété. Le RNN est égal au RNB net des amortissements pour dépréciation. Les salaires et traitements en provenance de l’étranger sont ceux qui sont perçus par des résidents qui vivent et consomment essentiellement sur le territoire économique du pays considéré mais travaillent à l’étranger (ce qui est courant dans les régions frontalières), ou des personnes qui vivent et travaillent à l’étranger uniquement pour de brèves périodes (travailleurs saisonniers ) et qui conservent le centre de leurs intérêts économiques dans leur pays d’origine. Les travailleurs immigrés temporaires et les autres travailleurs migrants qui vivent à l’étranger pendant douze mois ou plus sont considérés comme des résidents du pays dans lequel ils sont employés. Ces personnes peuvent envoyer une partie de leurs gains à des parents dans leur pays d’origine, mais ces envois de fonds sont assimilés à des transferts entre ménages résidents et non résidents et sont comptabilisés dans le revenu disponible national, mais pas dans le revenu national. Les revenus de la propriété en provenance de l’étranger sont les intérêts et les dividendes et englobent également tout ou partie des bénéfices non distribués des entreprises étrangères contrôlées en partie ou en totalité par des résidents (et réciproquement). A cet égard, il est à noter que les bénéfices non dis- En bref Si l’on classe les pays en fonction de leur RNB par habitant, il apparaît que le RNB moyen par habitant est généralement supérieur de 15 à 19 % au RNN par habitant. On notera que le choix de l’indicateur de revenu a peu d’incidence sur le classement des pays ; les seuls qui perdraient plus d’une place dans le classement, si l’indicateur retenu était le RNN par habitant, sont la Belgique, la Hongrie et le Japon ; les seuls qui gagneraient plus d’une place dans cette hypothèse sont le Canada, la Corée, Israël et la Fédération de Russie. Le RNB par habitant ne diffère pas sensiblement du PIB par habitant. Généralement, les écarts sont (nettement) inférieurs à 2 000USD. On note cependant quatre exceptions. Au Luxembourg, le RNB par habitant, quoique restant le plus élevé de la zone de l’OCDE, était en 2010 inférieur de près de 25 000 USD au PIB par habitant. En Islande et en Irlande, le RNB par habitant était inférieur au PIB de 6 000 à 7 000 USD. En Suisse en revanche, le RNB excède le PIB par habitant d’approximativement 3 000 USD. 60 tribués des entreprises étrangères contrôlées par des résidents peuvent ne reviennent pas effectivement aux résidents en question. Les bénéfices non distribués sont néanmoins assimilés à des recettes. Comparabilité Tous les pays de l’OCDE appliquent le Système de comptabilité nationale de 1993, à l’exception de l’Australie qui applique le SCN de 2008. Il importe toutefois noter que les différences entre le SCN de 2008 et celui de 1993 n’ont pas une incidence notable sur la comparabilité des indicateurs présentés ici, ce qui signifie que les données sont tout à fait comparables entre les pays. La mesure des flux internationaux de salaires, traitements et revenus de la propriété et d’amortissements présente toutefois des difficultés concrètes. C’est pour cette raison que le PIB par habitant est l’indicateur du revenu ou de la richesse le plus largement utilisé même si, en théorie, le RNB lui est préférable. Sources • OCDE (2011), Comptes nationaux des pays de l’OCDE, Volume 2011 Numéro 2, Tableaux détaillés, Comptes nationaux des pays de l’OCDE, Éditions OCDE. Pour en savoir plus Publications analytiques • OCDE (2011), Perspectives économiques de l’OCDE, Volume 2011 Numéro 2, No 90, novembre 2011, Perspectives économiques de l’OCDE, Éditions OCDE.
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concept pur offre une détermination synthétique (par exemple déterminer des données selon la catégorie de cause357) de la donnée pour que la connaissance en général soit possible358. Autrement dit, l'efficacité de la Déduction dépend et de la nécessité de la détermination synthétique et de l'identification de la possibilité et la légitimité. La légitimité accorde la possibilité. Le possible au sens proprement kantien devient une chose légitimée au travers de la Déduction kantienne. D'où découlent deux conclusions qui nous intéressent. L'une concerne la portée ontologique ; et l'autre la constatation d'un noeud qui traverse du début jusqu'à la fin de la Critique de la raison pure. Malgré le slogan souvent répété de « révolution copernicienne », la philosophie transcendantale de Kant ne se réduit pas à la dépendance de l'objet par rapport au sujet ; il importe de comprendre la totalité de problèmes : c'est justement sur la base de la distinction entre la sensibilité et l'entendement que se pose une question de leur rapport, question primordiale du kantisme ; et en employant la méthode de Déduction (A93/B126). 357 Kant, CRP, p . 140 (B162). Cf. l'affirmation transcendantale « est une chose (ein Etwas) dont le concept en soi exprime déjà une existence et qui, par conséquent, est appelée une réalité (Sachheit), parce que c'est par elle seule et dans l'étendue de sa sphère que les objets sont quelque chose (des choses) » Kant, CRP, p. 416 (A574/B602). 358 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. et en rendant le concept pur (et la forme spatio-temporelle) la condition transcendantale a priori de la connaissance de quelque chose, Kant a ouvert et délimité un territoire entier de la pensée possible de quelque chose, de l'objet en général. Or, « quelque chose » ou « en général » doivent se comprendre au sens fort ; établissant le droit a priori, la condition ne s'applique pas à telle ou telle chose particulière, avec l'extension plus ou moins grande (universalité relative), mais au contraire elle doit s'imposer avec universalité et nécessité absolues (ceci ne veut pas dire quelque chose de déterministe, mais une contrainte qui conditionne comment la chose doit être) ; dictant le droit de se prétendre être un objet, quelque objet qu'il soit, dans et seulement dans la limite de la Déduction359, la Déduction transcendantale ne peut pas s'empêcher de rendre la chose circonscrite à l'intérieur du domaine légitimé par la Déduction kantienne : en dehors de ce domaine, le concept n'ayant pas de légitimité, rien ne pourrait se prétendre chose. C'est dans cet esprit que Kant avance une proposition de portée considérable : « le titre pompeux d'une ontologie qui prétend donner, des choses Dans § 27 intitulée « Résultat de cette déduction des concepts de l'entendement », Kant résume la conséquence de la déduction qui consiste à circonscrire l'usage légitime des catégories. « Nous ne pouvons penser aucun objet qu'au moyen de catégories ; nous ne pouvons connaître aucun objet pensé sans le moyen d'intuitions qui correspondent à ces concepts. Or, toutes nos intuitions sont sensibles et cette connaissance, en tant que l'objet en est donné, est empirique. Mais la connaissance empirique est l'expérience. Aucune connaissance priori ne nous est donc possible que celle, uniquement, d'objets d'une expérience possible. » Kant, CRP, p. 143 (B165-166). 359 233 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. en général, une connaissance synthétique a priori dans une doctrine systématique (p. ex. le principe de causalité) doit faire place au titre modeste d'une simple analytique de l'entendement pur. »360 La prétention à être ne se légitime qu'à intérieur des lois dictées par l'Analytique. Kant comprend bien la portée polémique par rapport à une ontologie. Nous essayerons plus tard de dégager son implication du point de vue de Bergson ; pour le moment, bornons-nous à mettre en avant le rôle essentiel des catégories de la Modalité dont le principe est stipulé dans « Les postulats de la pensée empirique en général ». Là se trouveront les conséquences transcendantales concernant le discours ontologique. En effet, si seul l'entendement a le droit d'octroyer la détermination d'une chose sous la forme de synthèses particulières, l'existence ou la réalité (Wirklichkeit), à leur tour, sont indépendantes de la détermination ; l'être réel (wirklich) ou existant est réduit à ce qui s'accorde aux conditions de la connaissance empirique 361. La sensibilité donne l'existence, alors que l'entendement la détermination ; réunies, les deux facultés nous offrent le seul accès possible et donc légitime à l'être. Kant délimite ainsi le territoire de la chose réelle dans l'expérience au sens kantien : le territoire kantien de la chose est tout entier donné par la sensibilité et 360 Kant, CRP, p. 222 (A247/B303). « Les postulats de la pensée empirique en général », Kant, CRP, p. 200ff (A218ff/B265ff). 361 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. réglé par l'entendement. Ainsi Kant remplace l'ontologie à sa manière. Loin d'aspirer à un être nouménal, l'ontologie remplacée de Kant doit maintenant s'installer dans la connaissance empirique possible légitime362. Mais notre intérêt consistait à mettre en relief un noeud de kantisme : la Déduction kantienne, d'où résulte cette portée ontologique, se base elle-même sur une distribution présupposée de la synthèse entre deux facultés. Or, limitant nos études à l'entrée et à la position de problème de la Déduction, nous n'avons pas pu entrer dans le détail de tous les arguments de la Déduction, sous peine de nous perdre dans les questions et les interprétations énormes et de nous écarter de notre intérêt. Mais nous tenons à en effleurer le commencement, qui annonce l'orientation générale de la Cet aspect du kantisme, dont l'éclaircissement serait apporté non seulement par l'analyse de l'Analytique, mais aussi par celle de l'Esthétique, a été souligné par plusieurs interprétations. Cf. « Qu'est-ce cependant qu'une exposition de l'apparence? [] c'est une réflexion ontologique encore plus ambitieuse et encore plus ontologique que l'ontologie classique, puisque la pensée de l'être comme exposition du paraître entraîne une question sur la nature de l'être. » (Granel, G., 1970. L'Équivoque ontologique de la pensée kantienne, Gallimard, p. 141.) ; « Pour Kant cette phrase : tout est en quelque lieu et en quelque temps, ne vaut que sous certaines conditions nécessaires, et cette restriction lui est du même coup fondement. Sa validité est limitée aux seuls phénomènes, mais comme toute réalité est limitée elle aussi aux phénomènes, cette phrase acquiert un sens tout nouveau. En limitant l'espace et le temps aux phénomènes, Kant fait d'eux de véritables caractères ontologiques, mais cette réalité ne renvoie alors qu'à l'être des phénomènes ; et c'est pourquoi cette « réalité » (au sens de l'Analytique transcendantale) est déterminée finalement par l'espace et par le temps. » (Martin, G. & Piguet (trad.), J.C., 1963. Science moderne et ontologie traditionnelle chez Kant, Paris : PUF, p. 169) Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. Déduction transcendantale. Dès qu'il y met la main dans la 2e section de la Déduction dans sa version de 1787, Kant introduit tout de suite sa présupposition : la distinction entre la sensibilité et l'entendement est recouverte par celle entre la pure réceptivité sans liaison et l'acte spontané de liaison363. Nous avons vu que la Déduction prend pour point de départ la différence de nature entre la sensibilité et l'entendement qui tient à ce que la synthèse est absente de l'une et qu'elle est fournie exclusivement par l'autre. Mais cette même différence se reproduit dans la solution de la Déduction, pour orienter les arguments qui suivent. Car c'est la nécessité de la synthèse et de l'unité, sans lesquelles la donnée n'est que « rapsodique » ou « aveugle », qui oblige d'attribuer la condition a priori à l'entendement pur364. Non seulement la position, mais aussi la solution de la question clef de la Critique se base donc sur la distribution kantienne de synthèse. 363 Kant, CRP, pp. 107-108 (B129-130). Ex. « Toutes les représentations diverses des intuitions sont donc soumises [] au second [le principe selon lequel « tout le divers de l'intuition soit soumis à certaines conditions de l'unité originairement synthétique de l'aperception »], en tant qu'elles doivent (müssen) pouvoir être liées dans une conscience ; car, sans cela, rien ne peut être pensé ou connu » (Kant, CRP, pp. 114 (B136-137). 364 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. 3.3. Bergson et la Déduction remplacée. Faire la différence de nature entre la sensibilité et l'entendement, d'une manière à distribuer les deux rôles, donnée et liaison, l'une à la sensibilité et l'autre à l'entendement ; et devant le litige quid juris concernant leur rapport, chercher la preuve concluante dans la nécessité de liaison : voilà un noeud qui serre d'un bout à l'autre de la Critique de la raison pure. Il nous reste à constater que Bergson, ou du moins les implications de sa pensée, ébranlent bien cette base fondamentale de la Critique de la raison pure. Commençons par reprendre les acquisitions dont nous avons fait jusqu'ici de loin en loin et examiner comment Bergson défait réellement le noeud de l'intrigue kantienne. 3.3.1. Défaire le noeud de la Déduction kantienne. Comme nous l'avons mis au jour, les observations pathologiques, neurophysiologiques et biologiques conduisent Bergson à reconsidérer la condition de donnée, de sorte qu'il arrive à affirmer que la donnée sensible est foncièrement douée d'un sens vital qui se fonde sur le désir ; les états de la conscience et le mouvement peuvent se développer automatiquement et intelligemment sans opération claire de synthèse. Ces acquisitions feraient déjà éprouver un pressentiment d'une rébellion et contre le kantisme, parce qu'elles mettent en doute le noeud kantien qui consistait en une distribution exclusive de la liaison : non seulement Bergson instille ce doute comme l'a fait Fouillée, mais il avance d'un pas de plus et prend en compte son influence profonde sur le coeur du kantisme. En effet, un regard sur son cours de la Critique de la raison pure en 1893-1894 (c'est-à-dire deux ou trois ans avant la parution de Matière et mémoire) fait voir sur quel point Bergson, loin de toucher certaines conceptions périphériques, s'engrène profondément avec la pensée de Kant. Voyons comment Bergson pointe du doigt un talon d'Achille de Kant, d'où nous pouvons tirer une critique de l'Analytique tout entière. Après avoir introduit la distinction proprement kantienne entre l'universalité empirique et relative qui existe en fait et celle stricte ou rigoureuse qui existe en droit, il y fait une incision petite, mais cruciale. L'habitude, selon l'opinion des empiristes du siècle dernier, l'hérédité selon l'opinion des évolutionnistes de ce siècle-ci peuvent faire que ces connaissances acquises par l'expérience, en se consolidant, en s'organisant, arrivent à faire partie intégrante de l'intelligence, revêtent ce caractère de nécessité et de stricte universalité que Kant tient pour primordiales, pour irréductibles. [] L'évolutionnisme nous fait assister à la genèse des concepts dits a priori. Une explication de ce genre ne compterait pas aux yeux de Kant, parce que trop pénétré de l'irréductibilité des deux concepts de 238 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. nécessité et de contingence, ne tenant compte que des différences de qualité entre ces deux concepts, il ne peut pas admettre qu'on passe par degrés insensibles, par des différences de quantité d'expérience, de l'un à l'autre.365 Il introduit ainsi une troisième universalité graduelle ou intermédiaire, moins que celle stricte et a priori, mais plus qu'empirique et relative. Nous savons que la théorie de la genèse de l'intelligence fleurit dans l'Évolution créatrice, mais comme nous l'avons vu366, Matière et mémoire, notamment dans ses premier et troisième chapitres, a déjà insisté sur cette universalité intermédiaire, quand un coup d'oeil sur le progrès corrélatif de la perception et du système nerveux depuis un vivant rudimentaire jusqu'aux animaux supérieurs 367 démontre comment la perception consciente « doit »368 se produire sous la condition d'action pratique ; et nous avons vu aussi que cette activité pratique et le désir suffisent pour stipuler les conditions de possibilité du discernement, et par conséquent de la connaissance douée d'une certaine sorte de 365 Bergson, H ., Hude, H . & Dumas, J .-L. , 1990 . Cours III. Ibidem, pp . 138 -139. 366 Dans nos sections 1.2. et 3.1. « Suit-on en effet, pas à pas, le progrès de la perception externe depuis la monère ju squ 'aux vertébrés supérieurs? » (MM24) 367 368 MM28. 239 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. généralité, par exemple « herbe en général ». Essayons maintenant d'en dégager une série d'implications qui intéresse la polémique bergsonienne contre la philosophie kantienne. S'appuyant sur la structure organique et la nécessité vitale de besoin, la généralité dont il s'agit ici dépasse une simple abstraction empirique, et par conséquent, ne se réduit pas à une simple universalité empirique, sans tomber cependant dans celle absolument a priori. Bergson introduit ainsi une critique évolutionniste contre Kant : c'était l'un des enjeux proprement bergsoniens de la perception pure. Mais hâtons-nous d'y ajouter que cette critique est d'autant plus intéressante qu'elle implique en plus une destitution de la Déduction transcendantale kantienne ; car, loin d'être « rapsodique » ou « aveugle », la donnée sensible est déjà, suivant sa condition vitale, une connaissance : non seulement les associations des idées, mais plus universellement, la synthèse en général sont maintenant reléguées au second rang du point de vue de la possibilité de la connaissance. Il me semble pertinent de voir sur ce point une polémique essentielle entre Bergson et Kant. Selon Kant la connaissance va toujours du multiple à l'un369, et c'est ce point qu'atteint la théorie de la perception pure chez Cf. Bergson, H., Hude, H. & Dumas, J.-L., 1990. Cours III. Ibidem, p. 166. Voir notre note 316. En plus, dans un autre contexte, parlant de la possibilité de l'intuition du moi en soi, Bergson fait remarquer que la critique du kantisme doit porter sur la conception de 369 itre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. Bergson, de sorte qu'elle entraîne une critique cruciale adressée non seulement aux telles ou telles conceptions dérivées, mais à la question elle-même du kantisme. Rappelons en effet que la question fondamentale de la première Critique était de savoir comment le concept a priori de l'entendement pur peut se rapporter à l'expérience ; et la position de cette question a pour condition la distribution de la synthèse dans l'entendement distingué radicalement de la sensibilité. Bergson, à son tour, critique la position elle-même de cette question kantienne en mettant en cause cette distribution kantienne qui détermine la condition de la question kantienne. C'est là que la critique de Kant devient la plus virulente, en ce sens qu'elle défait le noeud principal de la philosophie kantienne. 3.3.2. Déduction remplacée : prolongement démesuré d'un mouvement du fait. Mais nous ne nous pouvons pas nous contenter de ce résultat négatif, la destitution de la Déduction kantienne. Fouillée a déjà suggéré cette critique. Mais c'est l'unité. Selon Bergson, la chose en soi chez Kant doit se charger d'une unité profonde, parce que les données phénoménales sont une pure multiplicité sans aucune unité, à laquelle doit s'imposer l'unité extérieure de la pensée ; mais en réalité, dans une intuition profonde de notre personnalité, « nous saisissons tout d'un coup l'unité et la multiplicité de nos phénomènes, notre durée nous apparaissant comme un tout indivisé. Quoiqu'il en soit, c'est sur ce point qu'une critique du kantisme doit faire porter son effort. » (Bergson, Ibidem, p. 174.) Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. Bergson qui en a tiré une implication plus profonde, parce que Bergson revendiquait le droit de la perception ; cela nous invite à réfléchir sur la question de savoir positivement par quoi la Déduction kantienne est remplacée. Dans la dernière section, nous avons souligné un enjeu de la polémique entre la perception pure et la Déduction kantienne au point de vue de la destitution de la synthèse. Maintenant, voyons comment un autre enjeu, mouvement et revendication de la perception en droit370, touche la Déduction transcendantale. Rappelons brièvement ce qui précède sur ce point. L'analyse selon l'ordre de découverte nous a fait voir que les psychologues physiologiques et une partie de Matière et mémoire (notamment son troisième chapitre) trouvaient communément l'essence de la perception dans le mouvement, alors que Bergson y a ajouté un rapport nouveau, sous lequel le mouvement-perception est une partie intégrante du mouvement-univers (totalité des images) ; et ensuite, sur ce rapport de tout et de partie se superposait celui du fait et du droit. Tout ce qui précède nous conduit à comprendre comment ces démarches se superposent sur le procès de la Déduction transcendantale, intenté autrement que Kant. 370 Voir notre section 3.1. 242 Chap itre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. Pénétrant les faits psycho-physiologiques et en détectant le coeur dans le mouvement sur le plan d'actualité, Bergson a trouvé en même temps dans ce mouvement une « preuve décisive » qui met fin à la Déduction du droit de la perception. Il n'est pas donc étonnant qu'immédiatement après avoir insisté, dans un texte fameux, sur la source ou le tournant de l'expérience, Bergson mentionne l'échec de Kant371 ; en effet, Bergson approuve manifestement le rôle préventif de la Critique kantienne en disant que « l'entreprise serait chimérique de vouloir s'affranchir des conditions fondamentales de la perception extérieure »372. Quoiqu'ayant raison de chercher la source et la condition de l'expérience avec sa philosophie transcendantale, Kant ne les a pas trouvées correctement, car il a tort de les chercher dans la connaissance empirique qui est déjà devenue humaine, qui s'est pliée « à ses habitudes superficielles et acquises, à la forme contingente qu'il tient de nos fonctions corporelles et de nos besoins inférieurs. » 373 Au contraire, les acquisitions psychologiques, biologiques ou « Ce serait d'aller chercher l'expérience à sa source, ou plutôt au-dessus de ce tournant décisif où, s'infléchissant dans le sens de notre utilité, elle devient proprement l'expérience humaine. L'impuissance de la raison spéculative, telle que Kant l'a démontrée, n'est peut-être, au fond, que l'impuissance d'une intelligence asservie à certaines nécessités de la vie corporelle et s'exerçant sur une matière qu'il a fallu désorganiser pour la satisfaction de nos besoins. » (MM205) 371 372 MM208. 373 MM205. 243 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. évolutionnaires ont conduit Bergson à la trouver ailleurs que dans une source spéculative de l(intelligence humaine. La grande thèse bergsonienne est de dire que le mouvement de l'action et de réaction sur le plan actuel, et non pas la réceptivité pure de Kant, est la source de la donnée. Au lieu de la collaboration de la sensibilité toute passive et de l'entendement exclusivement synthétique, c'est donc ce mouvement-action qui instaure l'efficacité et la portée légitimes du droit de la perception. Mais Bergson fait un pas de plus, parce qu'ensuite, il a élargi, dilaté, radicalisé ou prolongé cette source essentielle, mouvement-action, jusqu'à l'extrémité, pour arriver à une terre idéale de la perception, à savoir la totalité des images. Cela revient à dire que, contrairement à Kant, Bergson ne suppose pas que seul ce qui appartient à l'expérience de fait participe légitimement à l'existence de droit : il ne suppose pas que toute l'existence soit empirique. L'existence en droit dépasse le domaine empirique pour se prolonger en tout. Insistons sur ce dernier point. Quand nous avons indiqué les deux rapports de la perception pure, celui spatial de tout et de partie et celui du droit et du fait374, nous avons laissé en suspens la raison de leur superposition. Mais maintenant nous comprenons que si le rapport spatial se superpose à celui du droit-fait, c'est parce que 374 A la fin de notre section 3.2. 244 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. le prolongement d'un mouvement constitue justement la méthode bergsonienne de la Déduction transcendantale qui consiste à délimiter la portée légitime de la perception. Au lieu de la limitation kantienne dans la connaissance empirique, Bergson prolonge un mouvement, source essentielle de la perception, jusqu'au-delà de la connaissance empirique. À notre avis, c'est ainsi que Bergson est allé « chercher l'expérience à sa source, ou plutôt au-dessus de ce tournant décisif où [] elle devient proprement l'expérience humaine »375. La Déduction bergsonienne indique ainsi la terre idéale de la totalité des images. Du point de vue de « l'intuition philosophique de Bergson »376, ce n'est ni dans la totalité organique (Jankélévitch) ni dans la différenciation du virtuel (Deleuze), mais dans le prolongement démesuré d'un mouvement impliqué dans le fait sélectionné et trié (le mouvement en tant qu'action actuelle pour la perception), que consisterait la philosophie de Bergson. La portée de la pensée bergsonienne s'étend ainsi à la notion ontologique de la réalité en droit sur la base du mouvement. Présentons la même chose sous une autre forme. La distinction entre l'ordre des choses et l'ordre de découverte, que nous avons mis en valeur plus haut, sert à établir la formulation interprétative suivante. D'une part, selon l'ordre des choses, dans lequel 375 MM205. 376 Voir notre Introduction. 245 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. Bergson s'inscrit explicitement, la totalité des images (l'univers) se pose d'abord ; et la perception se produit ensuite, par cela seul qu'une partie de cette totalité est dissociée ou sélectionnée par l'organisme. De l'autre, selon l'ordre de découverte, les observations psychologiques et évolutionnaires qui montrent la nature spontanément active de la perception et de l'idée ont incité Bergson à trier, au sein de divers éléments de la perception, une source essentielle dans le mouvement sur le plan d'actualisé ; et ensuite il le prolonge à l'extrémité, pour ouvrir l'idéal de la perception en droit (l'univers matériel). De tout ce qui précède depuis notre premier chapitre, nous pouvons trouver l'enjeu de la critique bergsonienne de Kant dans la double revendication du droit. Premièrement, la perception s'étend en droit à la totalité des images, alors qu'en fait elle est limitée dans une partie sélectionnée. Nous avons vu que cette sélection destitue la Déduction kantienne par cela que la nature évolutionnaire et biologique de la perception rend inséparables la donnée et un sens vital et par conséquent qu'elle rend superflue la synthèse extérieure à la donnée en tant que première condition de la connaissance. Mais deuxièmement, la perception en droit se produit exclusivement dans ce domaine de mouvement actuel, alors qu'en fait la mémoire s'y mélange. Il nous reste à dégager une conclusion générale en tenant compte non seulement de la itre Berg et son remplacement de déduction transcendantale. perception -réalité de la matière-, mais aussi de ce que nous avons examiné sur la mémoire. Notre interprétation se révèle cohérente dans tout le livre. En effet, la nécessité pour la mémoire de former une catégorie irréductible (qui se subdivise à son tour en deux mouvements que nous avons mis au jour dans le premier chapitre) déroule naturellement de ce que nous avons mis en avant sur la perception. En effet, s'il est vrai que la perception et la matière consistent en mouvement en tant qu'action actuelle ou en ce qu'il agit actuellement, alors une question se poserait de savoir si l'on peut admettre une autre réalité qui n'agit plus, un autre mouvement réel mais qui n'est plus en acte. Or, un simple coup d'oeil sur l'expérience quotidienne révélerait que ce qui n'agit plus, c'est-à-dire le passé n'en a pas moins une efficacité plus ou moins grande pour enrichir le présent. Donc la question se pose de savoir en quoi consiste cette mémoire qui a été définie négativement comme ce qui n'agit plus, ce qui n'est pas le mouvement-action et ce qui n'est pas la perception pure. Ainsi est introduite la différence de nature entre la perception et la mémoire. Récapitulons du point de vue de notre présent chapitre la conception de la mémoire, en la comparant à ses prédécesseurs essentiels : Fouillée et de Janet. D'un côté, si Fouillée se contente d'attribuer une force aux idées, Bergson à son tour fait la différence de nature entre 247 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. l'idée ou la mémoire qui n'agissent plus et la perception qui consiste à agir377. La mémoire pure ne consiste ni dans la totalité des perceptions affaiblies ni même dans la totalité des images du passé, car les souvenirs passés, par cela seul qu'ils sont rappelés et surgissent à la conscience sous la forme d'image, arrêtent d'être mémoire et deviennent un état actuel qui participe de la perception ou de la sensation 378. La mémoire pure se conçoit comme conservant la totalité du passé et comme nécessaire pour se souvenir d'une image passée, mais aussi comme quelque chose d'impossible à représenter en tant que telle sous forme d'image : elle est comme quelque chose de « virtuel »379. De l'autre, Pierre Janet insiste sur la mémoire inaccessible à la conscience normale, mais persistante dans la subconscience, et il décrit la réalisation ce cette mémoire en termes de dilatation ou rétrécissement du champ de la conscience380. Cependant, la différence entre les deux auteurs se voit également, parce que Janet conçoit le champ mental à la manière spatiale ou extensive, pour ainsi dire : il divise la Sur l'idée toute pure, Bergson dit que « le passé n'est qu'idée, le présent est idéo-moteur. » (MM71) 377 378 cf. MM149-51, 156, 270. 379 MM142, 269-70. Cf . Charcot , J.M., 1892. « Sur un cas d'amnésie rétro-antérograde probablement d'origine hystérique ». Revue de médecine, 2, pp. 83-85, 93 ; Janet, P., 1893. L'état mental des hystériques. Volume I, Les stigmates mentaux, L'Harmattan. pp. 114-6. Voir notre premier chapitre. 380 248 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. totalité du champ mental, de sorte que la conscience met en lumière une partie du champ plus ou moins large, alors que selon Bergson, au contraire, c'est toujours la totalité de la mémoire qui entre, sans se diviser, indivisée, dans la perception présente : selon les textes cités, la mémoire se dilate ou se contracte, mais c'est la mémoire tout entière ou intégrale qui s'avance vers le présent pour se réaliser. Même si toutes les images passées ne sont pas rappelées, la totalité du passé y est présente381. Nous avons mis en lumière ce mouvement sui generis de la mémoire en l'illustrant par des exemples empiriques : par exemple, tout au long de l'effort pour se rappeler un nom oublié, un même « schéma » vague dirige l'effort. Tant sur la perception que sur la mémoire, l'enjeu proprement bergsonien consiste donc à élucider un mouvement Maintenant, nous pouvons avancer d'un pas de plus et en dégager un enjeu non plus empirique, mais métaphysique. Bergson procède négativement, au moyen de la dissipation de l'illusion : en définissant la conscience par une action réelle ou efficacité immédiate et l'inconscience par l'impuissance, Bergson dénonce une illusion qui apparaît quand nous avons le tort de concevoir la conscience essentiellement spéculative en vue de la connaissance et accidentellement pratique en vue de l'action. 381 Cf. MM114 et 184. 249 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. On veut que, écrit Bergson, la conscience, même jointe à des fonctions corporelles, soit une faculté accidentellement pratique, essentiellement tournée vers la spéculation. Alors, comme on ne voit pas l'intérêt qu'elle aurait à laisser échapper les connaissances qu'elle tient, vouée qu'elle serait à la connaissance pure, on ne comprend pas qu'elle renonce à éclairer ce qui n'est pas entièrement perdu pour elle. D'où résulterait que cela seul lui appartient en droit qu'elle possède en fait, et que, dans le domaine de la conscience, tout réel est actuel. Mais rendez à la conscience son véritable rôle : il n'y aura pas plus de raison pour dire que le passé, une fois perçu, s'efface, qu'il n'y en a pour supposer que les objets matériels cessent d'exister quand je cesse de les percevoir.382 Ainsi Bergson parle au conditionnel de la conséquence illusoire d'une conception spéculative de la conscience. Le texte nous intéresse, parce que non seulement Bergson montre négativement l'existence de l'inconscient (négativement, puisqu'il dit qu'il n'y a pas de raison pour supposer que l'inconscient n'existe pas.), mais aussi parce que sa démonstration a pour conséquence de mettre au jour le décalage entre le droit et le fait par rapport à la mémoire. Cette mise au jour est d'autant plus intéressante qu'elle nous suggère la même méthode de Déduction transcendantale bergsonienne pour prouver le 382 MM157. Nous soulignons. 250 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. droit de la mémoire : le mouvement de la mémoire que nous avons examiné à la fin du premier chapitre se prolonge vers la réalité en droit de la mémoire qui dépasse le fait ou le souvenir-image é. C'est un autre prolongement démesuré d'un mouvement-mémoire : c'est ainsi que la totalité de la mémoire pure appartient ainsi au domaine en droit. Cette appartenance précise le sens le plus profond de l'adjectif bergsonien « pur ». Non seulement il est interdit d'abstraire la mémoire pure et aussi la perception pure à partir de l'expérience actuelle qui existe en fait, ou, ce qui revient au même, de ne voir que la différence de degré (intensité ou clarté) entre le pur et le fait. Mais nous devons dépasser le fait, pour nous prolonger jusqu'à la totalité idéale en droit. D'où découle la dernière formulation de la polémique entre Bergson et Kant : à l'instar de Kant, Bergson pose lui aussi la question de savoir comment les deux sources de l'expérience, malgré leur différence de nature, se réunissent pour constituer l'expérience humaine ; seulement il déplace les deux figures en question, parce qu'il s'agit de la perception pure et la mémoire pure au lieu de la sensibilité et l'entendement383. Si la donnée sensible se suffit toute seule pour la connaissance, elle Le déplacement que nous indiquons ici ne contredit pas l'hommage qu'a fait Bergson dans l'Évolution créatrice à la distinction kantienne entre l'intelligence et l'intuition : « En voyant dans l'intelligence, avant tout, une faculté d'établir des rapports, Kant attribuait aux 383 251 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. ne contient pas par sa définition le passé : ce n'est pas la synthèse logique kantienne, mais la liaison temporelle qui échappe à la donnée toute pure de la perception par sa nature. « Cela ne revient-il pas à dire que, continue donc Bergson, la perception distincte est provoquée par deux courants de sens contraires, dont l'un, centripète, vient de l'objet extérieur, et dont l'autre, centrifuge, a pour point de départ ce que nous appelons le « souvenir pur »? Le premier courant tout seul, ne donnerait qu'une perception passive avec les réactions machinales qui l'accompagnent. Le second, laissé à lui-même, tend à donner un souvenir actualisé, de plus en plus actuel à mesure que le courant s'accentuerait. Réunis, ces deux courants forment, au point où ils se rejoignent, la perception distincte et reconnue. »384 Au lieu de la liaison logique, c'est la liaison temporelle qui pousse l'auteur à écrire son oeuvre. termes entre lesquels les rapports s'établissent une origine extra-intellectuelle. Il affirmait, contre ses prédécesseurs immédiats, que la connaissance n'est pas entièrement résoluble en termes d'intelligence. [] Par là il frayait la voie à une philosophie nouvelle, qui se fût installée dans la matière extra-intellectuelle de la connaissance par un effort supérieur d'intuition. » (EC357) Car nous sommes arrivés, par une autre voie, à la même conclusion sur le mise au deuxième rang de l'intelligence. Seulement, nous n'avons pas mis en valeur l'intuition. Sur cet hommage « ironique » de Bergson à Kant, voir Worms, F., 2001. « L'intelligence gagnée par l'intuition? La relation entre Bergson et Kant. » Les Études philosophiques, 59, pp.453– Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. Résumé des chapitres précédents. Nous pouvons résumer notre interprétation de Matière et mémoire en une série de formulations. Partageant le même motif de légitimer la revendication du droit, Bergson remplace la Déduction kantienne. En effet, il effectue une série de remplacements suivants : ⚫ Remplacer « la distinction kantienne entre l'entendement et la sensibilité » par « celle temporelle entre la perception et la mémoire. » (à propos des deux sources différentes de nature, qui forment la condition de la question de Kant) ⚫ Remplacer « la liaison logique de jugement » par « celle temporelle ». (à propos de la preuve décisive de la Déduction de la part de la spontanéité.) ⚫ Remplacer « la réceptivité pure » par « le mouvement plus ou moins intelligent. » (à propos de la donnée et de la nécessité de la Déduction kantienne.) ⚫ Remplacer la limitation dans la connaissance empirique par le prolongement démesuré d'un mouvement impliqué dans le fait. (à propos de la méthode de la Déduction.) ⚫ Remplacer « l'être en tant que possibilité de l'objet de l'expérience » par « celui en tant qu'idéal conquis par le prolongement d'un mouvement essentiel, et actuel et passé ». (à propos de la portée ontologique) Par ce dernier remplacement, Bergson a ouvert deux réalités idéales. Afin de conclure nos discours depuis notre deuxième chapitre, insistons sur le rôle essentiel de la psychologie. Dans notre premier chapitre, nous avons mis en évidence comment la psychologie associationniste et celle pathologique ont conduit Bergson à élaborer le mouvement de la mémoire. Dans le présent chapitre, nous quittons la mémoire pour considérer le plan actuel ; mais c'est toujours la psychologie, psychologie physiologique cette fois-ci, qui a obligé Bergson à défaire le kantisme et à élaborer la conception métaphysique de la réalité du mouvement matériel. Ainsi la psychologue engage Bergson à réfuter le kantisme pour établir les mouvements idéaux de la matière et mémoire. Mais en quel sens et dans quelle mesure ces mouvements sont-ils réels? Sont-ils déterminés de quelque manière s'ils ne sont pas de simple fluence chaotique? Il nous reste à nous interroger sur le sens de l'existence, de la détermination et du mouvement chez Bergson. Cette interrogation est d'autant plus importante que notre conclusion donne prise en même temps à une réplique de la part du kantisme, car Kant a dénoncé des illusions qui viennent de l'existence de la totalité idéale ; c'était la tâche de la Dialectique transcendantale. Or, ce double souci nous pousse à nous adresser au 254 Chapitre 3. Bergson et son remplacement de La déduction transcendantale. dernier chapitre de l'Évolution créatrice, parce que Bergson touche ce problème en tirant parti de l'argument ontologique de Kant dans « Idéale de la raison pure ». Dans le dernier chapitre, nous examinerons comment Bergson s'engage dans le débat sur le sens de l'existence et de la réalité. 255 Chapitre 4. La détermination et l'existence : la métaphysique de mouvements dans l'Évolution créatrice. Chapitre 4. Le problème de la détermination et l'existence : la métaphysique de mouvements dans l'Évolution créatrice. Dans le chapitre précédent, la critique bergsonienne de Kant dans Matière et mémoire nous a indiqué la direction vers le domaine idéal des réalités : totalité d'actions qui constitue l'univers matériel et celle de la mémoire. Mais nous savons que l'Analytique est suivie par la Dialectique qui lance une expérimentation sur l'idéal et de l'illusion ; et c'est ce même Kant lui-même qui a montré que la totalité idéale nourrit des illusions, que sa Dialectique transcendantale prend pour objet de dissiper. Bergson, à son tour, fait référence à une partie de la Dialectique dans le quatrième chapitre de l'Évolution créatrice, afin d'analyser la notion de l'être et de la détermination, qui sont le principal objet de « l'argument ontologique » de Kant. Notre objet du présent chapitre sera donc de suivre le dialogue entre Bergson et le Kant de la Dialectique, pour mettre en valeur une série de problèmes ontologiques suscités par le non-être, qui nous permettra de montrer que la manière dont un groupe de philosophes pense le non-être jette une très grande lumière sur leur conception de l'être. 256 Chapitre 4. La détermination et l'existence : la métaphysique de mouvements dans l'Évolution créatrice. 4.1. Ouverture du problème : Platon et l'équivocité du non-être. L'on range souvent la philosophie de Bergson sous le drapeau de la plénitude de l'être 385, qui ne connaît aucune négativité 386. Il est vrai que Bergson a établi, notamment dans une fameuse partie de l'Évolution créatrice, que « l'idée de néant, écrit-il, au sens où nous la prenons quand nous l'opposons à celle d'existence, est une pseudo-idée »387 : l'idée de néant est dénoncée comme pseudo-idée ou comme illusion, de sorte que le monde est plein d'étants et ne laisse plus place à la moindre inexistence. Ses thèses conclusives sont bien connues : l'absence d'une chose n'est que la présence d'une autre chose388, ou il y a plus dans l'idée d'un objet inexistant que dans l'idée de ce Jankélévitch, V., 1959. Henri Bergson, PUF, Paris, chap. 6. Caeymaex a bien dégagé un caractéristique de l'interprétation de Jankélévitch qui se distingue de celle deleuzienne par rapport au sens de négativité. Cf. Caeymaex , F., 2008. « Négativité et finitude de l'élan vital. La lecture de Bergson par Jankélévitch ». In Annales bergsoniennes IV. PUF, pp. 629–640. 385 386 Notamment Deleuze, G., 1966. Le bergsonisme PUF., Paris, p. 41, 105. 387 EC277. « Si supprimer une chose consiste à la remplacer par une autre, si penser l'absence d'une chose n'est possible que par la représentation plus ou moins explicite de la présence de quelque autre chose, enfin si abolition signifie d'abord substitution, l'idée d'une « abolition de tout » est aussi absurde que celle d'un cercle carré . » (EC283) 388 257 Chapitre 4. La détermination et l'existence : la métaphysique de mouvements dans l'Évolution créatrice. même objet existant389, etc. Et de nombreuses études sont déjà menées pour ou contre ces conclusions390. Cependant, les discussions ont généralement une tendance à se contenter de telles thèses conclusives sans mettre au jour le problème historique impliqué plus ou moins tacitement, comme si Bergson était un écrivain qui vivait au-dessus de l'histoire de la philosophie, comme si sa démonstration était indépendante des philosophes précédents. Cette tendance d'interprétations semble dominer partout, même dans d'éminentes recherches historiques. Par exemple, Étienne Gilson a retracé, dans son l'Être et L'Essence, une histoire de la philosophie depuis Platon jusqu'à la philosophie contemporaine afin de chercher le sens de l'être. Plus précisément, son but est de jeter une lumière sur ce qu'il appelle « neutralité de l'existence »391 : « [c]oncevoir x comme un être n'est pas penser qu'il existe, ou, si l'on préfère, il est complètement indifférent « il y a plus, et non pas moins, dans l'idée d'un objet conçu comme « n'existant pas » que dans l'idée de ce même objet conçu comme « existant », car l'idée de l'objet « n'existant pas » est nécessairement l'idée de l'objet « existant », avec, en plus, la représentation d'une exclusion de cet objet par la réalité actuelle prise en bloc ». (EC286) 389 Cf. Hautefeuille, F. de, 1959. « La critique par Henri Bergson de l'idée de Néant ». Revue de Métaphysique et de Morale, pp.212–224, Kisukidi, Y., 2008. « Néant, négation, négativité dans L'Évolution créatrice de Bergson ». In Annales bergsoniennes IV. PUF, pp. 397–409, Moulin, ., 2008. « Bergson : négation et travail de l'esprit ». In Annales bergsoniennes IV. PUF, pp. 411–421., Philonenko, A., 1994. Bergson ou de la philosophie comme science rigoureuse, Paris: Cerf, p. 324. 390 391 Gilson, É., 1994. L'être et l'essence, Paris: J. Vrin, p. 11. 258 Chapitre 4. La détermination et l'existence : la métaphysique de mouvements dans l'Évolution créatrice. au concept d'être, que « ce qui est » soit ou ne soit pas »392. Un concept d'une chose, quelque complètement déterminé soit-il, est indifférent ou neutre par rapport à son existence : autrement dit, selon l'expression fameuse de Kant, « l'être n'est pas un prédicat réel »393 . Pour s'assurer de l' existence de l' objet d'un concept , il faut quelque chose qui dépasse le simple concept. Gilson dramatise ainsi l'histoire de problème de l'être au point de vue de la neutralité de l'existence. Cependant, bien qu'il ait déployé une profonde érudition et une rare fidélité sur l'histoire de la philosophie, l'auteur, me semble-t-il, est inférieur à lui-même quand il rend compte de Bergson. En effet, il reproche à Bergson, sinon d'avoir effectué une démonstration réfutable, mais d'avoir laissé échapper le problème : au début du quatrième chapitre de l'Évolution créatrice, Bergson déclare que son but est d'examiner si nous pouvons imaginer ou concevoir le néant394, et il démontre l'impossibilité d'avoir une image ni un concept de l'inexistant ; mais selon Gilson, les philosophes ne croient pas naïvement qu'il y ait néant395 : s'il est vrai que l'on ne peut ni imaginer ni concevoir une chose inexistante, cette impossibilité 392 Gilson, É., 1994. L'être et l'essence , op. cit. Ibidem. 393 Kant , C RP, «Quadrige»., PUF, p. 429 (A598/B628). EC277-278. « Se représenter le néant consiste ou à l'imaginer ou à le concevoir . Examinons ce que peut être cette Image ou cette idée. » 394 395 Gilson, É., 1994. L'être et l'essence, Paris : J. Vrin, pp. 258-262. 259 Chapitre 4. La détermination et l'existence : la métaphysique de mouvements dans l'Évolution créatrice. était déjà trop évidente : selon l'estimation de Gilson, Bergson a posé donc une question sans importance, question dont la réponse est déjà claire pour les philosophes ; ainsi, la critique bergsonienne contre le néant « est irréfutable sur son propre terrain, mais il n'est pas certain que ce terrain soit celui où le problème de l'existence se pose » 396. Le problème digne de se poser n'est pas de savoir si l'inexistence et l'existence sont ou ne sont pas concevables ; « [c]e que nous nous demandions, continue Gilson, c'est au contraire si le jugement x n'est pas est susceptible d'un sens intelligible pour la pensée, et par conséquent pour la connaissance, même en admettant que ni l'existence, ni à plus forte raison le néant, ne soient objets de concept. Toute la question est là. »397. Faute de comprendre bien où est le problème, selon Gilson, Bergson a dépensé toute son énergie en vain pour démontrer ce qui est déjà trop évident pour les philosophes. Mais nous soutenons au contraire que Bergson n'ignore pas le problème. Cela se voit du fait qu'il renvoie, comme nous le verrons plus loin, à l'argument ontologique de Kant, qui a donné la formulation décisive de « la neutralité de l'existence ». Le débat entre Bergson et Kant mérite donc d'être examiné. Il nous faut situer Bergson au sein 396 Gilson, Ibidem, p. 261. 397 Gilson, Ibidem, p. 262. 260 Chapitre 4. La détermination et l'existence : la métaphysique de mouvements dans l'Évolution créatrice. d'une histoire du problème ontologique afin d'évaluer la notion d'être chez Bergson. Mais hâtons-nous de dire que nous n'avons aucune intention de diminuer la valeur des oeuvres comme L'Être et L'Essence de Gilson, qui a formulé définitivement un problème. Seulement nous ajoutons qu'en examinant le néant, Bergson s'engage consciemment ou inconsciemment dans une certaine ligne de philosophie de l'être. En effet, il existe une problématique où la question de l'être accompagne nécessairement celle du non-être. Certes, c'est un sujet épineux, prompt à s'enfuir et difficile à saisir, car il est visible que, du moins en sens vulgaire, le non-être s'oppose à l'être et s'égale par conséquent à rien ; penser le non-être reviendrait alors à ne pas penser. On pourrait dire que le non-être est un objet paradoxal. Mais en même temps, ce paradoxe amène certains philosophes, y compris Bergson, à distinguer une multiplicité de sens du non-être et, en le mettant en rapport avec l'être, à démêler au sein du non-être une sorte de clef pour accéder à l'être. Autrement dit, la façon dont un philosophe traite le non-être fait apparaître sa conception essentielle sur l'être. Avant d'entrer dans le détail, il faut préciser les objectifs à atteindre. Il est certes indéniable que, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, la question du non-être se développe, en majorité, dans le domaine logique ; le non-être se trouverait et se traiterait alors dans la proposition. La valeur du non-être dépendrait alors de son aptitude à construire un jugement. On en trouve aisément les exemples. Aristote, quand il met le non-être au premier plan de la discussion398, circonscrit principalement le domaine propre du non-être dans la proposition399. Ou bien, Husserl a accompli une « logicisation de la négation »400. Il s'agit chez lui de chercher le contenu du jugement originaire et de critiquer pour cela le psychologisme du jugement, dont un exemplaire est celui de C. Sigwart ; selon Sigwart, le jugement est originairement une liaison de deux représentations, qui est elle-même neutre par rapport à l'affirmation et à la négation ; et l'affirmation et la négation sont, à leur tour, les jugements sur le premier jugement neutre, l'affirmation approuve le jugement neutre et la négation le nie ; Aristote ne met pas toujours le non-être au premier plan, car il le traite souvent mois par lui-même que par rapport à d'autres choses. Par exemple, dans Métaphysique (Ε, 2, Λ, 2, Ν, 2 1089a etc.), et Physique (Ι, 4, 187 a), il distingue plusieurs sens du non-être : non-être comme faux, celui comme contradictoire de l'être (le problème de l'équivocité de l'être), celui comme puissance (le problème de génération) Sur le non-être dans les deuxième et troisième sens, voir Bert i , E . , 1983. « Quelques remarques sur la conception aristotélicienne du non-être ». Revue de Philosophie Ancienne, 2(2), pp.115–142. Un autre exemple se trouve dans les Seconds Analytiques, où il dit que la négation et le non-être sont postérieurs à l'affirmation et l'être (I, 25, 86 b30). 398 Cf. Aristote, De l' interprétation , II, 16, a 30 et X. Aubenque, P., 1962. Le probl de l'être chez Aristote. Essai sur la problématique aristotélicienne, 6e éd., Paris: PUF, p. 156 : « Il n'y a, pour Aristote, de négation que dans la proposition ; or la proposition, même négative, ne porte pas sur le non-être, mais sur l'être[] c'est le discours prédicatif qui, en opérant des dissociations dans l'être, rend possible le travail de la négation » 399 Seron, D., 2006. « La controverse sur la négation de Bolzano à Windelband ». Philosophie, 90(3), p.77. 400 262 Chapitre 4. La détermination et l'existence : la métaphysique de mouvements dans l'Évolution créatrice.
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Éditorial Accès aux soins de santé Pallier la fragmentation des soins en début de grossesse au Canada Catherine E. Varner MD MSc, Joel G. Ray MD MSc n Citation : CMAJ 2023 November 20;195:E1555-6. doi : 10.1503/cmaj.231568-f Voir la version anglaise de l’article ici : www.cmaj.ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.231568; voir le commentaire connexe ici : www.cmaj. ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.230620-f Dans le présent numéro du JAMC, le Dr Jain et son équipe préconisent le dépistage multifactoriel du risque de prééclampsie précoce, suivi de la prescription d’acide acétylsalicylique (AAS) en cas de résultat positif1. Réalisé à environ 12 semaines de grossesse, ce dépistage permet de calculer le risque d’après les facteurs de risque cliniques, les résultats d’une échographie des artères utérines et des analyses biochimiques. Chez les personnes obtenant un résultat positif, la prise quotidienne d’AAS jusqu’à 36 semaines de grossesse réduit sensiblement le taux de prééclampsie précoce1. Malgré l’efficacité reconnue de la stratégie de prévention intégrée, son adoption est lente2; les freins à sa mise en œuvre révèlent le degré de fragmentation des soins en début de grossesse au Canada. L’arrivée d’un nouvel outil de dépistage au premier trimestre donne l’occasion d’examiner d’un œil critique la prestation de soins en début de grossesse au Canada. La proportion de femmes ne recevant pas de soins prénataux adéquats a augmenté au cours de la dernière décennie3. En outre, 1 personne enceinte sur 5 ne peut pas profiter, en temps opportun, du dépistage génétique du premier trimestre, en particulier dans les régions rurales4. Les soins préconceptionnels et ceux au cours du premier trimestre de grossesse sont généralement donnés par les médecins de famille ou en clinique sans rendez-vous5, mais les adultes en âge de procréer sont les moins susceptibles d’avoir une ou un prestataire de soins primaires6, surtout dans le contexte actuel de crise en soins primaires7. En outre, de moins en moins de médecins de famille fournissent des soins de maternité complets5, ce qui creuse un fossé grandissant en matière de soins en début de grossesse. En raison de la forte demande de ce type de soins, les obstétriciennes, les obstétriciens et les sages-femmes ne sont pas en mesure de pallier l’attrition des médecins de famille. Environ 40 % des femmes enceintes en Ontario se rendent aux services d’urgence pendant ou peu après la grossesse8, et l’impossibilité d’obtenir facilement des soins en début de grossesse n’est sûrement pas étranger à ce phénomène9. Devant la fréquence accrue de la morbidité maternelle attribuable à la prééclampsie10, cette stratégie de prévention précoce de la prééclampsie est opportune et pertinente pour toutes les femmes en début de grossesse. Les troubles hypertensifs de la grossesse, surtout la prééclampsie grave d’apparition précoce, comportent des risques importants pour la mère, le fœtus et le nouveau-né 11. Sans stratégie de prévention généralisée, on s’attend à une aggravation de la situation au Canada. Par exemple, la présence du diabète, de l’obésité et de l’hypertension avant la grossesse, troubles associés à la prééclampsie, est de plus en plus fréquente : elle touche respectivement 1 %, 18 % et 1 % des naissances au pays12. À ce jour, la prévention de la prééclampsie par l’AAS est rare au Canada2, en partie en raison du manque de prestataires de soins en début de grossesse et des difficultés d’accès à l’échographie en temps opportun. Dans de nombreuses régions au Canada, on manque de technologues maîtrisant l’échographie Doppler des artères utérines et de laboratoires pouvant effectuer des mesures normalisées du facteur de croissance placentaire, un élément du dépistage multimodal. Les populations en région rurale doivent parfois parcourir de longues distances pour accéder à des centres en mesure de fournir ces services d’imagerie et d’analyse. Même en ville, des patientes et des prestataires disent avoir du mal à accéder à des services d’échographie interprétée par une ou un radiologiste en début de grossesse; la difficulté d’obtenir en temps opportun une échographie est aussi un facteur du recours aux services d’urgence pendant le premier trimestre13. En Ontario, il est alarmant de constater que 4 personnes sur 5 ayant des symptômes de fausse couche consultent les services d’urgence8 et que beaucoup y retournent pour recevoir des soins de suivi14. L’anxiété associée aux problèmes de santé et l’inaccessibilité à des services de soins prénataux d’urgence jouent un rôle important dans la décision de se rendre aux services d’urgence15. Ces facteurs doivent être soigneusement pris en considération dans le cadre de la mise en place du dépistage multifactoriel en soins primaires ou de la prise en charge des cas de dépistage positif par les prestataires de soins primaires. Après le dépistage, les résultats doivent être communiqués rapidement afin de permettre aux personnes en début de grossesse et aux prestataires de soins d’avoir une discussion éclairée sur l’amorce du traitement par l’AAS. Il est Tout le contenu éditorial du JAMC représente les opinions des auteurs de ce contenu, et ces opinions ne sont pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne et de ses filiales. E172 JAMC | 12 février 2024 | volume 196 | numéro 5 © 2024 AMC Impact Inc. ou ses concédants Références 1. Jain V, Bujold E. Screening for preeclampsia risk and prophylaxis with acetylsalicylic acid. CMAJ 2023;195:E1557-8. 2. Ray JG, Abdulaziz KE, Berger H; DOH-NET (Diabetes, Obesity, and Hypertension in Pregnancy Research Network). Aspirin use for preeclampsia prevention among women with prepregnancy diabetes, obesity, and hypertension. JAMA 2022;327:388-90. 3. Heaman MI, Martens PJ, Brownell MD, et al. 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Propriété intellectuelle du contenu : Il s’agit d’un article en libre accès distribué conformément aux modalités de la licence Creative Commons Attribution (CC BY-NC-ND 4,0), qui permet l’utilisation, la diffusion et la reproduction dans tout médium à la condition que la publication originale soit adéquatement citée, que l’utilisation se fasse à des fins non commerciales (c.-à-d., recherche ou éducation) et qu’aucune modification ni adaptation n’y soit apportée. Voir : https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/deed.fr Correspondance : Rédaction du JAMC, [email protected] JAMC | 12 février 2024 | volume 196 | numéro 5 E173 Éditorial donc fondamental de présenter aux prestataires des lignes de conduite claires et accessibles afin qu’ils puissent conseiller les personnes ayant obtenu un résultat positif, étant donné que le manque de connaissances sur les avantages de l’AAS et les risques de la prééclampsie diminue l’observance thérapeutique16. Des obstacles semblables ont déjà été surmontés dans le contexte du dépistage sérologique des trisomies et des malformations par défaut de soudure de la colonne vertébrale17, mais le dépistage multimodal généralisé de la prééclampsie précoce peut avoir des conséquences inattendues, liées notamment au taux de faux positifs fixe de 10 % recommandé18. Une hausse, même marginale, des demandes de consultation en obstétrique et gynécologie et en médecine maternelle et fœtale pourrait accabler les systèmes de soins maternels surchargés, qui font déjà face à une crise d’effectifs19. Par exemple, une personne en début de grossesse considérée comme ayant un risque élevé de prééclampsie précoce subira-t-elle des examens de surveillance en cascade, y compris une consultation spécialisée qui coûte cher dans un centre potentiellement lointain? Afin de limiter les consultations imprévues en surspécialité après un dépistage positif, il faut communiquer clairement avec la personne et les prestataires pour éviter des classements erronés de patients durant l’établissement des programmes dans les régions et les provinces. La mise sur pied d’une stratégie de prévention de la prééclampsie donne l’occasion d’améliorer la prestation de soins au premier trimestre. Dans certains pays comparables au Canada, au lieu de laisser aux femmes enceintes ou aux médecins de famille le fardeau de s’orienter dans le dédale des systèmes fragilisés, on a recours à des équipes interdisciplinaires, spécialement affectées à ce type de tâche, faciles d’accès en début de grossesse et équipées pour prendre en charge les complications précoces comme les fausses couches20,21. Les personnes en début de grossesse ont besoin d’un accès simple et centralisé à divers types de soins : en début de grossesse, prénataux, liés aux complications et d’atténuation des risques présentés par les maladies antérieures. Le commentaire du Dr Jain et son équipe sur le dépistage multimodal de la prééclampsie précoce1 rappelle aussi qu’il est possible de redresser les systèmes de soins en début de grossesse fragilisés au Canada.
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Influence de l'age sur les caracteristiques photosynthetiques de la feuille de mais, Zea mays L. Olivier Bethenod, Christine Jacob, J.C. Rode, Jean-Francois Morot-Gaudry de Olivier BETHENOD GAUDRY ) LN.R.A., * ( Station de Christine JACOB photosynthéti- Jean-Claude RODE Jean-François MOROT- agronomiques, Route de St-Cyr, F78000 Versailles. ) * ( * LN.R.A., Station de Biométrie, Centre de Recherches zootechniques, F78350 Jouy-en-Josas. *** LN. R.A., Laboratoire de Métabolisme intermédiaire et de Nutrition minérale, Route de St-Cyr, ( ) F 78000 Versailles. RÉSUMÉ L'assimilation nette maximale (N max) du maïs, Zea mays L., rapportée à l'unité de surface foliaire et de reste stationnaire de juillet à août puis décroît de septembre à octobre durant le remplissage du grain. L'examen des courbes d'assimilation nette en fonction de la concentration en C0, sous éclairement saturant, 2 montre que jusqu'au stade grain laiteux-pâteux, la photosynthèse maximale du maïs dépend du niveau du plateau de double saturation en C0 2 et en lumière (Pm). Du stade remplissage du grain à la récolte, c'est la diffusion du C0 2 qui devient le principal facteur limitant. Nous montrons (fig. 4 et 5) que la fermeture des stomates, responsable de l'augmentation de la résistance à la diffusion du C0, est en fait une conséquence de 2 la baisse de photosynthèse, confirmant ainsi les travaux de R ASCHKE et de W ONG et al. Par ailleurs, les potentialités d'ouverture stomatique résistance stomatique (r ) mesurée pour une s concentration en C0 2 voisine de r - demeurent invariantes tant en fonction de l'âge qu'en fonction du temps, Age de la plante, Conductance foliaire, Photosynthèse, Conductance stomat, ue iq Assimilation nette, Modélisation. - génotype. Effect of age SUMMARY Plant age , Stomatal conductance,'Photosynthesis, Leaf conductance, Net assimilation, Model of photosynthesis.'on leaf photosynthesis characteristics in Zea mays L. Leaf apparent photosynthetic rates (N) as a function of carbon-dioxide concentration (C0 ) were studied in 2 three maize genotypes (F7EP1, W64A and F7F2) during growth, flowering and cob-formation stages. The -assimilation curves obtained with increasing C0 2 2 concentration under non-light-limiting shape of the C0 conditions was very useful in determining the resistances to C0 2 diffusion (r a : the boundary layer resistance ; r the stomatal resistance and r,, the e in t r a c e 11 u lar resistance). It also helped in determining the level of thee plateau (Pm) of the curve at light and C0 2 saturation resulting in a limitation of photosynthesis by biochemical processes. A model of photosynthesis versus external C0 2 (C) is presented. Maximum leaf apparent photosynthesis (N max) corresponding to the light and CO, saturation plateau (Pm) minus the respiration remained relatively constant during vegetative growth, anthesis and early grain filling. After the milky-doughy grain stage and throughout kernel development and maturation, maximum 2 diffusive resistances (especially r photosynthesis decreased and was limited by leaf C0 ). Thus, it appears s that the stomatal resistances (r ) which increased during the later stage of kernel development are not the s cause of the photosynthetic decrease but rather the consequence of the fall in net assimilation previously shown by R ASCHKE (1975) and W ONG et al. (1979). Nevertheless, the potential for stomatal aperture (r s determined at CO, concentration near I') remained constant irrespective of age or genotype. - - saturation par la saturation par le CO, CHARTIER & (phénomène dit de double saturation cadre de ce C'est dans le ETHEN 1977). B, D O pourquoi, travail, nous avons analysé simultanément les courbes d'assimilation nette en fonction de l'éclairement, N(E), et en fonction de la concentration en C0, N(C), par la 2 méthode des échanges gazeux (CHARTIER, 1970 ; PRIOUL & correspondait non seulement à lumière, mais également à une une - Chez le maïs, Zea mays L., l'étude de l'évolution de la photosynthèse de la feuille au cours de la saison de végétation a déjà fait l'objet de nombreux travaux (van LAAR & PENNING de VRIES, 1972 ; ZAPOROCHENKO, KIYAMA &, IETOR et al., 1977). au cours d'une saison de II. MATÉRIELS ET MÉTHODES A. Matériels La double saturation en lumière et en C0 2 (Pm) qui, chez les plantes de type C, apparaît dans les conditions normales 4 de teneur en C0 2 (C 320 vpm), ne peut généralement pas être expliquée par un accroissement sensible de la résistance stomatique. Dans ce cas, une limitation supplémentaire, d'origine biochimique, doit être introduite (C HARTIER & RL P U O, I 1976). Elle pourrait traduire l'existence d'un cofacteur susceptible de limiter le déroulement des cycles biochimiques responsables de l'assimilation du carbone. On peut décrire analytiquement cette courbe par la relation : = Les données portent sur 4 années de mesure et sur plusieurs génotypes de maïs : F7EP1, hybride à forte production en 1974, W64A, lignée dentée tardive en 1975 et 1976 et F7F2, hybride corné à faible hétérosis et productivité moyenne en 1978. Les mesures ont été effectuées sur la feuille de l'épi qui est bien représentative des feuilles supérieures développées du maïs (V IETOR et al., 1977 ; HARTIER & OD, C ETHEN 1977). Ces maïs ont été cultivés à B raison de 90 000 pieds/ha-' à La Minière (Yvelines). Les plantes ont été prélevées au hasard dans une parcelle conduite comme en grande culture. Pour l'année 1976, W64A a été cultivé en serre. Enfin ces résultats ont été comparés avec ceux de jeunes plants de maïs W64A âgés de ERRERO et al., 1980) qui ont permis de 16 j(MORE H préciser la courbe N(C) (voir Annexe). Les échantillons représentent 20 plantes pour F&dquo;IEPl et W64A et environ 50 plantes par décades pour F7F2. Ces déc ades sont représentées par l'initiale du mois (tabl. 1). N max Pm - R (MORE E ERR 8 H O R t al., 1980). L'annexe 1 précise les caractéristiques de cette courbe. = avec 3. Exploitation statistique des résultats Les valeurs d'assimilation nette sont données moyenne et l'intervalle de confiance sur la leur moyenne, pour décade. Pour comparer les différentes conductances avec chaque décadaires, d'abord déterminé expérimentalement la valeur du point r, toujours nul pour les feuilles étudiées, puis nous avons considéré la valeur individuelle de chaque pente par feuille. La variance de nos données est proportionnelle à la valeur moyenne de l'assimilation nette (N), ce qui nous a conduits à stabiliser la variance par une transformation logarithmique. Les valeurs étant proches de zéro, nous avons choisi la transformation pentes à l'origine des courbes N(C), en Log ( 1 +!Nous avons alors nous avons appliqué la méthode de E K &mdash; ULS calcul de la plus petite amplitude relative aux groupes de moyenne par l'intermédiaire des tables F de SNe!ecoR - que Da,oNELtE (1965) UNCAN car elle semble assurer un préfère à celle de D meilleur équilibre entre les risques d'erreur de première et seconde espèces. Pour la figure 2b, l'ajustement des courbes N(C) est effectué sur les 2 nuages de points entre 0 et EWMAN & N significative 100 vpm et au-delà de 200 vpm ; entre 100 et 200 vpm, les valeurs sont extrapolées selon la relation proposée. Les données sont réduites par classes de concentration en C0 2 et représentées par leur moyenne et l'intervalle de confiance sur la moyenne. B. Méthodes 1. Les chambres d'assimilation mesurés par deux types de circuit ouvert (CHARTIER & ERRER et al., 1980). Le premier H HA 1971 ; MORE O C RTIER, montage est utilisé pour obtenir un grand nombre de mesures d'assimilation nette en fonction de l'éclairement et de la teneur en CO,, le second permet la mesure de la photosynthèse et des résistances stomatiques. Les échanges gazeux chambre d'assimilation 2. Analyse de la sont en de la courbe d'assimilation teneur en nette (N) en fonction Z (C) CO La courbe N(C), sous éclairement saturant, est proportionnelle aux teneurs en C0 2 pour les faibles concentrations (C < 60 vpm), elle s'infléchit ensuite pour atteindre un plateau dit de double saturation (CO, et éclairement). La pente de la courbe au point de compensation (F) représente, selon le modèle utilisé, l'inverse de la somme des résistances (Ir) avec 111. RÉSULTATS ET DISCUSSION A. Assimilation nette maximale L'assimilation nette maximale (N max) du maïs, rapportée à l'unité de surface foliaire et de temps, reste stationnaire en juillet et en août, puis décroît en septembre et octobre (fig. lA). Notons qu'entre les 3 génotypes cultivés, au cours des 4 années, il apparaît de légères différences « décade de juillet et la 1 re d'août. Mais ces pour la 1 différences génétiques restent généralement faibles, ce qui indique en particulier que les caractéristiques photosynthétiques de la feuille ne peuvent être un critère unique pour rendre compte des différences variétales du rendement, car sa variabilité est faible pour des génotypes aussi différents les uns des autres. Ceci confirme les résultats de A KIYAMA & TnKEDn (1975) et de V IETOR et al. (1977) sur les feuilles de V IETOR & M USGRAVE (1979) pour la photosynthèse de la culture. Si l'on compare maintenant chez F, l'évolution de l 7 N max à celle de la matière sèche aérienne totale et à celle de l'épi (fig. 1B), nous remarquons que la baisse de N max c décade de septembre, ce qui devient importante après la 2 au correspond « grain laiteux-pâteux », défini comme le moment où la matière sèche des épis (grains + rafles) atteint environ la moitié de leur poids final ; la matière sèche totale n'est alors que de 20 p. 100 inférieure à sa valeur finale. et courbe N(C) se déplace au cours de la saison de végétation les concentrations plus élevées. Si l'on raisonne alors par rapport à la teneur ambiante en CO!, on se rend compte que la plante passe d'une limitation de la photosynthèse par les facteurs contrôlant Pm, en début de végétation, à une limitation par la diffusion du CO,, en fin de végétation, 2 intervient lorsque la double saturation en lumière et en C0 au-delà de 320 vpm. Le tableau 2 donne la valeur des vers paramètres caractéristiques N max et Yr. Nous pouvons ainsi distinguer 2 parties d'assimilation nette, « B. Courbe N(C) L'étude des caractéristiques de l'assimilation nette maximale de la feuille sous éclairement saturant passe par ETHE B HARTIER & l'interprétation de la courbe N(C) (C se en 2, 1977) qui NOD décompose parties : l'une où l'assimilation nette (N) est proportionnelle à la concentration en C0 2 (C). Dans ce cas, les résistances à la diffusion du CO, limitent la photosynthèse. l'autre où le plateau de double saturation en lumière et en C0 2 est atteint : une limitation biochimique doit être - - introduite. et La figure 2A représente les courbes moyennes de F7EP1 W64A de juillet et août, avec l'ensemble des points expérimentaux. Remarquons que la dispersion de ces mesures est provoquée par la variabilité individuelle, mais que chaque plante, prise une à une, correspond au modèle proposé, c'est-à-dire que les points suivent avec une dispersion très faible la relation (2) (voir annexe). L'évolution de la courbe N(C) au cours du temps est exprimée par la figure 2B qui représente e pour F7EPI et W64A la courbe moyenne de juillet et août (reprise de la fig. 2a) ; e pour F7F2, les mesures, regroupées par décade, de la - c décade d'octobre 1978. c décade d'août à la 2 3 Pour les courbes N(C) des mois de juillet et août, le plateau de saturation est atteint pour une concentration en CO, de l'ordre de 220 vpm. Mais la concavité de la dans la courbe (fig. 1) : 1° Jusqu'au stade grain laiteux-pâteux », le plateau Pm limite la photosynthèse de la feuille. Il s'agit d'une limitation biochimique qui se traduit par une saturation des cycles responsables de l'assimilation du carbone. Notons, durant cette période (juillet et août), la grande stabilité de Nmax ; en temps (fig. 3). Ceci n'est pas dû à un défaut du mécanisme Z très limitant puisqu'en CO la résistance stomatique reste constante, (C < 60 vpm), montrant ainsi que les stomates conservent leurs potentiali- d'ouverture des stomates tés d'ouverture intactes et que leur fermeture à 320 vpm ne provient pas de changement des propriétés physico-chimiAVI & Mc D ques des cellules de garde (R, 1975, S ASCHKE CREE, 1978). Cette faible variation s de r pour une concentration en CO, proche de r reste vérifiée pour les différents génotypes (tabl. 4). Il est montré également, dans tance foliaire, 1/(r a+r ), est s de et même, les autres caractéristiques photosynthétiques, Yr ) et interne s composantes, résistances stomatique (r ses varient peu pour les génotypes étudiés aux différentes années (fig. 2b et tabl. 3). Il faut cependant souligner que, durant cette période, la photosynthèse de la feuille est déterminée par Pm et non par la diffusion du C0. 2 2° A partir du stade grain « laiteux-pâteux» (fig. 1A et, en particulier à travers les 2 1B), la diffusion du CO stomates, freine l'assimilation. La résistance stomatique du maïs est plus élevée que sa résistance interne ; pour les teneurs normales en CO, (C 320 vpm), elle augmente notablement en fonction du ), i (r = la figure 4, que la conduccorrélée positivement à l'assimilation nette (N) à 320 vpm pour des maïs W64A du 10 août au 15 septembre 1975. Cette relation en fonction de l'âge des feuilles a été observée aussi bien pour des plantes de type C 3 comme l'acacia (Van den DRIESSCHE et al., OMAN 1975), le pois H 1971), le tabac mK, LA 1973 ;, C A (V AY C K T et al., 1976) et le IDWELL 1974 ; S B RASER &, (F noisetier (S UPPER 1979) que de type C K 4 CHULZE & S, comme différents fourrages tropicaux W DLO & W!LSOtv, U (L 1971), le manioc (AsLAM et al., 1977) et le maïs (D, AVIES 1975). Cette relation peut être interprétée de 2 façons : soit par diminution de la photosynthèse due à la fermeture des stomates, soit au contraire par la fermeture des stomates induite par une baisse de la photosynthèse. Pour tenter de une IV. CONCLUSION trancher entre les deux possibilités, nous reprendrons ONG et al. (1979) qui ont montré que si l'argumentation de W la fermeture des stomates provoque une baisse de la photosynthèse (en appliquant par exemple de l'acide abscissique), la relation N f(1/(r a+r )] est curviligne et tout s ajustement linéaire d'une partie de cette courbe passe par une ordonnée à l'origine positive ; au contraire, si la baisse de la photosynthèse induit une fermeture des stomates (cas de l'action du DCMU), la relation N f[l/(r.+r )] est s linéaire et passe par une ordonnée à l'origine nulle. La figure 4 montre que, pour le maïs W64 en 1975, nous sommes dans ce dernier cas. = L'évolution des courbes d'assimilation nette en fonction du C0 2 montre que la photosynthèse maximale de la feuille de l'épi du maïs dépend, jusqu'au stade grain laiteuxpâteux, du niveau du plateau de double saturation en C0 2 et en lumière, alors qu'ensuite les processus de diffusion du 2 deviennent limitants. Bien qu'importante, l'augmentaC0 tion des résistances stomatiques ne semble pas être la cause de la baisse de photosynthèse nette. Accepté le 20 octobre 1981. = En REMERCIEMENTS Les auteurs remercient le Professeur I. Cowntv pour ses explicaet le Docteur J. L. P RIOUL pour ses critiques et suggestions. tions posant : ANNEXE représente gradient de concentration qui est une constante. En condition normale (C 320 vpm), la concentration intercellulaire de CO, (Ci) reste constante quel que soit l'âge de la feuille. Ci ainsi 3 ou 74 vpm, valeur plutôt faible calculé est de 134 mg. mcomparée à celles généralement trouvées de 100 vpm pour les plantes de type C 4 et 220 vpm pour les plantes de type C, ONG et al., 1979). Ceci n'est vrai d'ailleurs que pour des (W conditions hydriques favorables ; S CHULZE & K UPPERS ont en effet montré variait en fonction du (1979) que Ci potentiel hydrique des feuilles. la pente de la droite = le La modélisation de la photosynthèse au niveau de la feuille dépend des hypothèses émises pour transcrire l'équation de carboxylation et de la part respective des processus de diffusion et de carboxylation. La courbe de réponse de l'assimilation nette en fonction de la teneur en CO,, N(C), peut se traduire empiriquement par une hyperbole non équilatère. Celle-ci est obtenue par analogie mathématique avec l'équation (7) proposée par PRIOUL & ER D CHAR relative à la courbe établie une (1977), P(E), pour photorespiration négligeable. En introduisant une valeur maximale de la ) max photosynthèse (N diffusion et de &dquo;! -' mN2 et l'ensemble des processus de C - l', il vient : i a + r s + r par r N! =!f&mdash;!&mdash;!1J++ra r,+pr,+r, + C- (3r5. c -rr+ r;r, N!!! NC raLr,+!+r, + C (3r, r ri N + = + ri où r,(C) a été On étudie ajusté!, à un polynôme du second (1) e d'une asymptote Point de c - b*C r où a * = l3a ; b * On suppose N max F est l'abscisse pour 0. N(F) = (cf. fig. 5). f laquelle f(F) = 0, on a également F:. Pente e Position de N par rapport à en degré > < max N max N. * d = r, + r, + 3 0 0; r et I3d. a*C! * + b C 2. Pour 0 < m % + * d > 1 0. admet 2 racines réelles 0 L'équation aux sites de carboxylation est représentée par hyperbole équilatère. L'équation (3) admet une seule Ces deux racines sont respectivement si le paramètre m est égal à 1. une racine égales à f(C) et max N e 1 * 0 pour C - # * = L'équation m = compensation On montre que N + * I3b ; d = 1. Pour f(C) alors l'équation C - r f(C) a*C= + = ou où 0 et Sens de variation de N On montre que N(C) a le f(C) (pour f(C)! - Nm). même sens de variation que L'étude de f(C) montre l'existence d'un minimum en z+* l'/a + * b /a d, Ci F - yr d'un maximum en /a d F2 + * / Fla + * b l r+X C = = Sens de variation des racines On montre que pour 0 < m < 1, N- et N + ont même sens de variation que f(C) et que, lorsque C - ± 00, f(C)! 0 et max =0 qui l'équation (3) tend vers l'équation ml!-' - N. N a pour racines e Point de compensation r A justement par plante e Pente en r La très forte corrélation entre m et N max pour l'intervalle d'observation de la majorité des plantes (de l'ordre de 0,99), nous a contraint pour ces plantes, lorsque l'algorithme divergeait à fixer la valeur de m à 0,98. Dans ce cas les valeurs des paramètres m et N max ne sont pas déterminées de manière unique. De plus, on a remarqué un biais systématique des observations par rapport au modèle 3 N- ajusté, se traduisant par un creux vers C 250 mg. m. Ce biais n'est pas expliqué 3 et une bosse vers 450 mg. M par les écarts des valeurs observées de r,(C) au polynôme ajusté. Est-il dû à des erreurs expérimentales systématiques (mauvaise représentation de la courbe des analyseurs infrarouge dans ces gammes) ou bien provient-il du phénomène de photosynthèse lui-même, auquel cas, le modèle proposé ne décrirait pas parfaitement le phénomène observé? Rappelons que r et ri sont considérés constants dans l'équation (1) utilisée. Le biais pourrait éventuellement 2 provenir d'une variation de recyclage du C0 = e Position des racines par rapport à Nm C La valeur maximale de N-, appelée N-p est atteinte pour, correspondant au maximum de f(C), égal à 2 C = Elle vaut : F/a * * + d */a, lorsque r,(C) * C F + rz + b 2 ajusté selon un polynôme de degré 2. = avec est Choix de la racine Seule la racine N- convient pour que des paramètres F, 8N (F), ac et - point sous sa de forme max N en tant que par ajustement à 0 des valeurs max max f N + ). respectivement la plante et la i et ki les variations indivih peut poser : respecti- compensation, implicite (c.-à-d. nel à la variable considérée ; l'interprétation physi- conductance totale, et assimilation nette maximale. D'ailleurs l'étude d'un ajustement statistique des moindres carrés à des observations relatives à de jeunes plantes de maïs W64A issues de 4 populations (M AUDRY et al. 1976) et des plantes -G OROT adultes W64A, au modèle vement Ajustement par population Pour une population donnée, les courbes observées de (C) et de N(C) pour chacune des plantes présentent un s r biais systématique par rapport à la courbe moyenne ajustée sur l'ensemble de la population. Ce biais semble proportion- ou Intervalles de confiance Le modèle choisi n'est pas linéaire. Les tests et intervalles de confiance ne sont donc valables qu'asymptotiquement. Par ailleurs, pour effectuer le calcul des paramètres on doit supposer les résidus du modèle N(C), indépendamment et identiquement distribués selon une loi normale. Mais le biais relatif à chacune des courbes ajustées implique une dépendance statistique des résidus et rend donc peu fiables les tests et intervalles de confiance. Toutefois un calcul approximatif peut être effectué en utilisant le modèle relatif à l'ensemble de la population : Mais il sera à la fois plus fiable et plus simple de calculer 1/jr au moyen de la pente de la partie linéaire de la courbe 320 vpm et Ng en utilisant les moyennes obtenues pour C (cf. Matériels et méthodes). = RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Akiyama T., Takeda T., 1975. Studies of dry matter production maize. 5 - Relation between the rate of leaf photosynthesis and matter production. Proc. Crop. Sci. Soc. Jpn in dry Aslam M., Lowe S. B., Hunt L. A., 1977. Effect of leaf age on photosynthesis and transpiration of Cassava (Manihot esculenta). Can. J. Bot., 55, 2288-2295. Ticha I., Solarova J., 1976. Ontogenetic changes in the interna] limitations to bean leaf photosynthesis. 1 - Carbon dioxide Catsky J., conductances for carbon dioxide transfer. Photo394-402. Chartier Ph., 1970. Model of C0 2 assimilation in the leaf. 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3.3.3 Banc de caractérisation diélectrique en cavité La source d'excitation pour la mesure est un analyseur de réseau de marque Agilent PNA-L dont la gamme de fréquence pour varier de 10MHz à 40 GHz. Pour les mesures en cavité, nous utilisons des câbles coaxiaux de type K. Le signal émis par la source d'excitation est divisé en deux à l'entrée de la cavité. Une partie de ce signal pénètre dans la cavité et l'autre partie sera réfléchie vers la source. A la résonance de la cavité, une grande partie du signal incident est absorbée par la cavité et le coefficient de réflexion tend alors vers zéro. Par contre, loin de la fréquence de résonance, la réflexion du signal 0 00 est quasiment totale. Pour la mesure de la permittivité complexe ε∗ = ε - jε et de la 0 00 perméabilité complexe μ∗ = μ - jμ, 2 cavités sont nécessaires (voir chapitre 2 section 2). La mesure de ε∗ s'effectue avec une cavité (figure 3.21) dont la possibilité du trou permettant l'insertion de l'échantillon est différente de la cavité permettant la mesure de μ∗ (figure 3.22). Sur les photos des figures 3.21 et 3.22 on peut apercevoir des vis placées en amont de la cavité. Ces dernières servent à régler les modes d'exitation en entrée de la cavité. 3.3. Caractérisation Sol-gels par la méthode cavité résonante Figure 3.21 – Cavité pour la mesure de ε∗ Figure 3.22 – Cavité pour la mesure de μ∗ Dans le cas des mesures diélectriques, on choisit le mode où la présence de l'échantillon modifie la fréquence de résonance de la cavité. Dans le cas des mesures magnétiques, on choisit par contre le mode où la présence de l'échantillon ne change pas la fréquence de résonance. Les différentes cavités sont de dimensions identiques. Ces dernères sont répertoriées sur le tableau 3.2. a (mm) 22.7 b (mm) 10 L (mm) 48.3 Table 3.2 – Dimensions des cavités Une photographie du banc complet de mesure de ε∗ est donné sur la figure 3.23. 3.3.4 Banc de caractérisation magnétique en cavité Dans le cas de la mesure magnétique, nous devons bien sûr utiliser la cavité adaptée, mais nous devons également être capable d'aimanter le matériau et de faire varier cette aimantation. Pour cela le banc de mesure de la perméabilité complexe est équipé d'un électroaimant, d'une source de courant et d'une sonde (Gaussmètre) pour la mesure du champ appliqué. La cavité est alors placée dans l'entrefer de cet aimant (figure 3.24). Les résultats de mesures diélectriques et magnétiques sur les deux études sont présentés aux paragraphes suivants. Figure 3.23 – Photographie du banc de caractérisation équipé de la cavité pour la mesure diélectrique Figure 3.24 – Photographie du banc de mesure de μ∗ équipé de la cavité et d'un électroaimant 3.3.5 Etude sur les sol-gels dopés d'épaisseurs différentes Le principe consiste à tremper des substrats dans une solution de même concentration volumique (sol-gel) avec des vitesses de retrait différentes pour obtenir des épaisseurs différentes de couches de sol-gels dopés. Nous mesurons deux échantillons de sol-gels d'épaisseurs différentes mais de même concentration volumique ferrofluide magnétique/matrice de silice (8,8%) dans la préparation des solutions. 3.3.5.1 Le sol-gel est déposé sur une languette d'alumine rectangulaire (figure 3.25). Les dimensions (substrat + sol-gel) sont repertoriées dans le tableau 3.3. a1 (mm) 10 b1 (mm) 3 d1 (mm) 0.635 d2 (épaisseur sol-gel) selon la réalisation Table 3.3 – Dimensions de substrat Afin d'estimer l'épaisseur de sol-gel déposé, les échantillons sont passés au profilomètre. La figure 3.26 montre le résultat de la mesure d'épaisseur. 3.3. Caractérisation Sol-gels par la méthode cavité résonante d2 d1 b1 a1 Figure 3.25 – Languette d'alumine et couche mince de sol-gel Figure 3.26 – Courbe de mesure à l'aide du profilomètre Comme on le voit, cette épaisseur n'est pas homogéne. Pour déterminer l'épaisseur d2, qui nous servira à extraire les propriétés électromagnétiques, il est donc nécessaire de faire une moyenne sur la surface de l'échanillon (d2 =3 um). 3.3.5.2 Mesure diélectrique Il s'agit de mesurer la permittivité relative complexe des différentes couches de solgels dopées en ferrofluide. Ces couches ont été deposées sur des substrats d'alumine. Le paramètre diélectrique complexe est calculé à partir de l'approche proposée reliant la permittivité effective d'un matériau bicouche avec les épaisseurs et les propriétés diélectriques des couches respectives. En mesurant la réponse en réflexion de la cavité (figure 3.27), nous estimons le changement des paramètres de résonance (f, Q) provoqué par la présence de l'échantillon (couche/substrat) dans la cavité. Ensuite nous appliquons la méthode des perturbations pour extraire les constantes diélectriques effectives (équations 3.1 et 3.2). Après extraction des grandeurs effectives, les équations suivantes permettent de calculer les constantes diélectriques du sol-gel dopée. 0 0 εsol−gel 00 00 εsol−gel 0 ε × (d1 + d2 ) − εsubstrat × d1 = ef f d2 (3.5) 00 ε × (d1 + d2 ) − εsubstrat × d1 = ef f d2 Mise en évidence d'effets magnétiques par voie Sol-gel sur des méta-lignes (3.6) 134 mesuere diélectrique 0 (Δf & ΔQ) (ԑ′ & ԑ′′ ) -5 -10 11 S (dB) -15 -20 -25 Cavité à vide Cavité chargée -30 Méthode de perturbation (diélectrique) -35 -40 8.55 a) 8.6 8.65 8.7 8.75 8.8 b) Fréquency(GHz) Figure 3.27 – (a) Paramètre de réflexion en fonction de la fréquence, (b) methode de perturbation 00 ε tan(δ) = sol−gel 0 εsol−gel (3.7) Les mesures en cavité donnent une fréquence de résonance à vide de 8,73 GHz à -38 dB et celle à charge de 8.66 GHz à -18 dB ( 3.27). En utilisant les équation s de la méthode de perturbation (é quations 3.5, 3.6 et 3.7 ) sur ces résultats, les valeurs diélectriques du sol-gel dopé sont données au tableau 3.4. Echantillons Sol-gel dopé (24 um) Sol-gel dopé (32 um) 0 ε 4.4327 4.3770 00 ε 0.0680 0.09380 tan(δ) 1.5 × 10−2 2.1 × 10−2 Table 3.4 – Permittivités de sol-gels dopés de deux échantillons de même concentration et d'épaisseurs différentes Nous constatons que les valeurs extraites des permittivités sont quasi-identiques dans les deux cas. On peut noter que le signal interagit avec les mêmes types de nanoparticules dans le sol-gel. Ceci nous permet de confirmer que la constante diélectrique est la même pour ce sol-gel dopé à 8,8% quelque soit son épaisseur. Cette petite variation peut être imputée aux erreurs de mesures et le positionnement de l'échantillon dans le trou de la cavité. Nous avons donc des épaisseurs suffisantes pour extraire correctement les propriétés. 3.3.5.3 Mesure magnétique Il s'agit de mesurer la perméabilité relative des différents échantillons qui ont été mesurés précédemment. Lorsqu'un matériau magnétique est aimanté, sa perméabilité magnétique est une grandeur tensorielle en hyperfréquence. L'évolution de la perméabilité en fonction de la fréquence dépend fortement de l'état de l'aimantation du matériau. Ces mesures s'effectuent toujours sous champ appliqué parallèlement au plan de l'échantillon. 3.3. Caractérisation Sol-gels par la méthode cavité résonante Pour cette mesure, on utilise la cavité dont l'échantillon se place à l'endroit où le champ magnétique est maximal. La mesure de la perméabilité complexe se fait à l'aide de la méthode de perturbation figure 3.28. La grandeur complexe μ peut se déterminer à partir Mesure Sous champ magnétique 0 (μ′ & μ′′ ) (∆f & ∆Q) -5 11 S (dB) -10 Cavité chargée(H0=0m T) cavité chargée(H0=40m T) cavité chargée(H0=75m T) -15 cavité chargée(H0=90m T) cavité chargée(H0=180m T) -20 -25 -30 8.9 8.91 8.92 8.93 8.94 8.95 8.96 Méthode de perturbation (Magnétique) 8.97 b) Fréquence (GHz) a) Figure 3.28 – (a)Paramètre de réflexion en fonction de la fréquence pour quelques valeurs de champs appliqués (b) Méthode de perturbation de l'approche proposée reliant la perméabilité effective d'un matériau bicouche la variation de fréquence de résonance, le facteur de qualité,les dimensions de la cavité et de l'échantillon. ces paramètres sont donnés par les expressions suivantes : 0 μ =1+ 1 μ = 4 00 ∆f Vc 2f0 Ve 1 1 − Q1 Q0! (3.8) Vc Ve (3.9) Les résultats de mesure de la perméabilité complexe extraite à partir des deux échantillons sont présentés à la figure 3.29. 2.5 Perméabilité complexe  '[sol-gel-32 um] '[sol-gel-24 um]  '' [sol-gel-32 um] -1  '' [sol-gel-24 um] -1.5 -2 0 100 200 300 400 500 Champ statique appliqué (mT) Figure 3.29 – Variation de la perméabilité complexe en fonction du champ appliqué, pour un sol-gel dopé de même concentration et d'épaisseurs différentes La variation de la perméabilité est observée en fonction de champ d'excitation extérieur (figure 3.29). 3.3.6 Etude sur les sol-gels dopés de concentrations volumiques différentes Nous avons réalisé trois échantillons en faisant varier la concentration volumique du ferrofluide magnétique par rapport à la matrice de silice pour obtenir trois sol-gels dopés. Ensuite, nous avons fait le trempage/retrait de trois substrats sur les différentes solutions dopées. La procédure de mesure des propriétés électromagnétiques complexes de sol-gel est la même que précédemment. 3.3.6.1 Mesure diélectrique Nous avons mesuré trois échantillons de concentrations volumiques différentes entre le mélange ferrofluide magnétique et la matrice de silice dans la préparation. Quand on introduit un échantillon dans la cavité, la fréquence de résonance change comme précédemment. Cette variation nous permet également d'extraire les valeurs effectives de permittivités des échantillons à l'aide de la méthode de perturbation. Les permittivités relatives complexes de ces sol-gels sont présentées dans le tableau 3.5. Echantillons 9,2 um (13%) 3,7 um (18%) 2 um (23%) 0 ε 4.2467 4.3683 4.1692 00 ε 0.3447 0.3444 0.0730 tan(δ) 0.0812 0.0788 0.0175 Table 3.5 – Permittivité de sol-gel dopée de trois échantillons de concentrations volumiques différentes (épaisseur en μm) Nous constatons clairement que les valeurs extraites des permittivités pour les trois concentrations sont identiques. Ceci nous permet de conclure que la variation de concentration n'a que peu d'influence sur la propriété diélectrique. Nous avons fait un récapitula 3.3. Caractérisation Sol-gels par la méthode cavité résonante tif sur les valeurs de permittivités complexes de tous les échantillons réalisés d'épaisseurs différentes de sol-gel dopée figure 3.30. Complex permittivity 5 4 3 ' '' 2 1 0 5 10 15 20 25 30 35 Doped sol-gel thickness Figure 3.30 – Récapitilatif sur la permittivité complexe de couches de sol-gels de concentraton 8,8% 3.3.6.2 Mesure magnétique Nous avons également mesuré les trois échantillons de concentrations volumiques différentes pour déterminer les propriétés magnétiques. Les résultats de mesure de la per0 00 méabilité complexe μ et μ sur ces échantillons sont représentés respectivement sur les figures 3.31 a) et 3.31 b). 4 5 2 4  '' [sol-gel-13%] 0 '[sol-gel-13%] '[sol-gel-18%] '[sol-gel-23%] -2 -4 -6 a) 0 100 200 300 400 Champ statique appliqué (mT) 500 600 Perméabilité complexe '' Perméabilité complexe '  '' [sol-gel-18%]  '' [sol-gel-23%] 3 2 1 0 a) 0 100 200 300 400 500 600 Champ statique appliqué (mT) Figure 3.31 – Variation de la perméabilité complexe en fonction de champ appliqué pour des 0 00 sol-gel dopés (a) μ, (b) μ On observe clairement que la perméabilité varie avec le champ magnétique appliqué (fig 3.31). On note sur ces trois échantillons dopés à 13%, à 18%, et à 23%, que la perméabilité varie de la même façon mais il y a évolution du pic avec l'augmentation de la concentration (confère fig 3.31 a)). Ceci est dû à la quantité de nanoparticules magnétiques Mise en évidence d'effets magnétiques par voie Sol-gel sur des méta-lignes 138 dans le mélange sol-gel n'est pas identique pour les trois cas mais la zone de résonance gyromagnétique reste la même. Cette zone se trouve autour de 240 mT figures 3.31 a) et 3.31 b). On note également que plus la concentration est grande plus l'absorption du signal est forte (figure 3.31 b)). Nous observons toujours la même résonance gyromagnétique dans les trois cas (à 240mT) mais il y a élargissement de pic de la variation de la perméabilité pour le dernier cas (23%). Cet élargissement est dû à la quantité de particules dans le sol-gel est plus grande que celle dans les deux cas précédents, ce qui tend à augmenter les pertes magnétiques. Nous pouvons conclure sur cette étude que la résonance gyromagnétique est la même quelleque soit la concentration volumique. 3.3.7 Précision de mesure en cavité Toutes les relations analytiques doivent être évaluées avant de les appliquer dans les activités expérimentales. Une telle précision est influencée par des incertitudes associées à la mesure de différents paramètres qui interviennent dans les relations en question. 3.3.7.1 La technique de mesure en cavité résonante est extrêmement précise. Cependant elle présente des incertitudes dues aux erreurs de mesure de déplacement de la fréquence de résonance (∆f ) et du rapport de volume (Vc/Ve) [125]. Elles sont aussi dues aux incertitudes liées aux hypothèses simplificatrices de la méthode des perturbations (équation de base) et au positionnement de l'échantillon dans la cavité [126]. Il existe d'autres sources d'erreurs qui sont associées au dispositif de mesure du coefficient de réflexion déjà décrit précédemment. 3.3.7.2 Les paramètres mesurés contribuant au calcul des propriétés électromagnétiques sont : les épaisseurs, la fréquence de mesure, le volume de la cavité et la surface de l'échantillon. Les incertitudes sur la fréquence de résonance dépendent de la capacité de l'analyseur de réseau à mesurer les petits changements (∆f ) en particulier dans le cas de couches très minces où ces changements sont très faibles. On peut négliger les effets éventuels de l'incertitude dans la mesure de la fréquence de résonance. Pour réduire au maximum les incertitudes sur les mesures de fréquences, une résolution de fréquence de 200 KHz dans la bande de 7 à 10 GHz a été choisie. Nous cherchons ici à quantifier l'incertitude associée 3.3. Caractérisation Sol-gels par la méthode cavité résonante 0 au calcul de la constante diélectrique εr2. Nous rappelons que la constante diélectrque de l'échantillon bicouche peut s'écrire : 0 εef f = 1 + f0 − f1 Vc 2f0 S1 (d1 + d2 ) (3.10) 0 A partir de l'équation (3.1), εr1 est fonction de Vc, S1, f0 -f1 /f0 que l'on peut l'écrire comme suit : ! f0 − fe f0 − f1 0 εr2 = f d1, d2, Vc, S, S1,, (3.11) f0 f 0 En considérant les autres incertitudes qui sont dues au volume de la cavité et de la surface de l'échantillon sont négligeable, les erreurs liées à la mesure de l'épaisseur dominent alors 0 l'incertitude totale dans le calcul de εr2. 3.4 Etude expérimentale sur la cellule CPW de caractérisation Cette partie concerne les résultats expérimentaux sur la cellule de caractérisation large bande développée dans cette thèse. La conception (simulation) de cette cellule a été présentée au chapitre précedent. 3.4.1 Dépôt de sol-gel sur les lignes Nous rappelons que des différentes structures de caractérisation électromagnétique ont été étudiées au chapitre précédant. Nous avons placé le matériau magnétique dans les fentes de la cellule coplanaire pour déterminer la permittivité du matériau. Ensuite, nous avons placé ce matériau sur le conducteur central de la cellule pour déterminer cette fois-ci la perméabilité du matériau. Pour des raisons technologiques, nous avons également placé le matériau partout sur la surface de la cellule. Ce dernier emplacement ne permet pas de dissocier les deux propriétés du matériau. Le dépôt de composites sol-gel magnétiques uniquement dans les fentes ou sur le conducteur central de la cellule de mesure permettant de dissocier les deux propriétés électromagnétiques (permittivité et perméabilité) n'est pas encore maitrisé par le laboratoire. Nous avons donc déposé le sol-gel magnétique partout sur la cellule en masquant les accès pour la mesure sous pointes. 3.4.2 Réalisation de la cellule de mesure La cellule a été réalisée par le procédé de dépôt de cuivre sur alumine et selon les étapes de photolithographies décrites précédemment. Ensuite, nous avons fait le dépôt des composites à bases de nanoparticules magnétiques (sol-gel) sur cette dernière par la méthode de trempage retrait détaillée à la première partie de ce chapitre. Nous avons fait une insolation UV sur la zone où le dépôt de sol-gel est souhaité (figure 3.32 c)). cette étape d'insolation dure 4 heures. Elle permet de photopolymériser les composites magnétiques (sol-gel) avant la révélation. Après insolation, nous allons faire une gravure chimique (à l'éthanol) pour éliminer le sol-gel qui n'était pas photopolymérisé. La figure 3.32 montre les photographies des cellules à vide, après dépôt pleine plaque de sol-gel magnétique puis plaque révélée après insolation. 3.4. Etude expérimentale sur la cellule CPW de caractérisation a) c ) b) Figure 3.32 – Cellule de mesure : a) cellule à vide, b) dépôt de sol-gel pleine plaque, c) Cellule finale 3.4.3 Résultats de mesure sur la cellule Nous avons d'abord mesuré la cellule à vide, en charge puis en charge et aimantée. La mesure à vide nous a permis de déterminer l'état de notre cellule initiale. Et la mesure en charge c'est-à-dire avec des composites à base de nanoparticules sur cette dernière permet de verifier l'effet magnétique. Ensuite, la mesure sous excitation magnétique permet d'etudier l'influence fréquentielle du composite sol-gel magnétique. La mesure de paramètre de réflexion pour les trois cas est présentée à la figure 3.33. 0 -10 11 Modules S (dB) -5 -15 -20 mesure à vide mesure à charge non aimantée mesure à charge et aimantée -25 -30 0 2 4 6 8 10 Figure 3.33 – Mesure des paramètres de réflexion en fonction de la fréquence de la cellule, H0 =200 mT On observe une augmentation de pertes sur la structure quand on rajoute le sol-gel magnétique (figure 3.33). La figure 3.34 montre les résultats de mesure des paramètres de transmission de la cellule de mesure. On note qu'il y a apparition d'une résonance à cause du rajout du composite magnétique. L'excitation magnétique extérieure modifie ensuite la fréquence de résonance de la cellule chargée. Mise en évidence d'effets magnétiques par voie Sol-gel sur des méta-lignes 142 mesure à vide 2 mesure à charge non a imant ée mesure à charge et aimantée 0 21 Modules S (dB) 2 4 6 8 10 Figure 3.34 – ure des paramètres de transmission en fonction de la fréquence de la cellule, H0 =200 mT Les résultats de mesure des phases de la réflexion de la cellule sont présentés à la figure 3.35. La phase présente une variation de -180° à +180° à la résonance pour le cas cellule chargée (figure 3.35). On distingue bien la variation en fréquence en fonction de l'aimantation appliquée. 200 mesure à vide mesure à charge non aimantée Phases  de S 11(°) 150 mesure à charge et aimantée 0 2 4 6 8 10 Figure 3.35 – Mesure des phases de réflexion en fonction de la fréquence de la cellule, H0 =200 mT La figure 3.36 montre les mesures de phase des paramètres de transmission S21 en fonction de la fréquence pour les trois cas. On note qu'à vide, la phase varie de -10° à -130° de façon quasi-linéaire. Le cas chargé suit aussi cette allure mais il y a présence de résonance magnétique comme précédemment. Etant donné que la cellule choisie est une ligne, nous avons extrait la constante de propagation complexe (figure 3.37) pour les trois cas. Nous avons tracé la constante 0 mesure vide mesure à charge non aimantée mesure à charge et aimantée Phases  de S 21(° ) 0 2 4 6 8 10 Figure 3.36 – Mesure de phases de transmission en fonction de la fréquence de la cellule, H0 =200 mT d'atténuation (figure 3.37 a)). A vide la cellule est bien adaptée et les pertes sont faibles ; quand on rajoute le composite sol-gel magnétique, les pertes sont fortes. La constante de phase varie de 50 à 500 dans les trois cas de la cellule (figure 3.37 b)) au voisinage de la résonance. 25 500 mesure à vide mesure à charge non aimantée 450 mesure à charge et aimantée mesure à vide mesure à charge non aimantée mesure à charge et aimantée 400 20  ((°)/m)  (dB/cm) 350 15 10 5 50 0 a) 0 2 4 6 8 10 b) 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Figure 37 – Mesure de la constante de propagation complexe de la cellule : a) consatante d'atténuation ; b) constante de phase Cette constante de phase présente des variations brutales et un changement de pente dans les zones de résonance. L'information de l'indice de réfraction peut être obtenue à partir de la constante de propagation par : γc n= (3.15) jω Avec c la célérité du vide. L'impédance normalisée du système est exprimée simplement à partir de la matrice chaine sous la forme : s B Z=± (3.16) C Mise en évidence d'effets magnétiques par voie Sol-gel sur des méta-lignes 144 Avec B,C extraits à partir des paramétres Sij par l'équation (1.34) (voir chapitre 1). Enfin, il est possible d'exprimer les paramétres effectifs du milieu de propagation par les équations (3.17) et (3.18) [77]. n (3.17) εef f = Z μef f = nZ (3.18) La figure 3.38 présente les résultats de mesure de paramètres effectifs de la cellule à vide et chargée (εef f et μef f ) pour le cas d'étude sans champ magnétique appliqué. 5.5 2.6 mesure à vide mesure à charge mesure à vide mesure à charge 2.4 5.4 2.2 5.3 2   eff eff 5.2 5.1 1.8 1.6 1.4 5 1.2 1 4.9 1 a) 2 3 4 5 6 7 8 9 0.8 1 10 Fréquence(GHz) 2 b) 3 4 5 6 7 8 9 10 Fréquence(GHz) Figure 3.38 – Mesure de paramètres effectifs de la cellule : a) εef f ; b) μef f On observe que εef f augmente quand la cellule est chargée par le sol-gel magnétique et reste quasi-constante dans toute la bande de fréquence (figure 3.38a). Ceci s'explique par le fait qu'on a rajouté de particules sur la cellule, on modifie la capacité du modèle (augmente) ce qui entraine que εef f n'est plus celui pour le cas à vide. Neanmoins la variation sur cette permittivité est relativement faible par rapport à la cellule à vide. La perméabilitté μef f est égale à 1 dans le cas de cellule à vide et elle augmente quand on rajoute de nanoparticules de Sol-gel magnétique sur la cellule (figure 3.38b). Nous all ensuite appliquer un champ magnétique statique sur la cellule chargée et verifier encore le comportment électromagnétique des paramètres effectifs εef f et μef f. La figure 3.39 présente les résultats de mesure de εef f en fonction de la fréquence quand on a appliqué un champ magnétique statique H0 d'environ 200 mT. Cellule non aimant ée Cellule aimantée 5.45 5.4 Mesure  eff 5.35 5.3 5.25 5.2 5.15 5.1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Fréquence(GHz) Figure 3.39 – Mesure de la permittivité effective en fonction de la fréquence Mise en évidence d'effets magnétiques par voie Sol-gel sur des méta-lignes 146 Conclusion ous avons présenté toutes les démarches technologiques adoptées pour la réalisation et la mesure des composants étudiés dans cette thèse. Ces techniques sont : la technique de dépôt de couche mince de cuivre, les étapes photolithographiques, la gravure et les techniques de mesures sous pointes. Dans la deuxième section, nous avons décrit les techniques de préparation et de dépôt de sol-gels dans la réalisation des échantillons réalisés. Dans la troisième partie, nous avons présenté de résultats expérimentaux sur la caractérisation électromagnétique en cavité résonante. Ainsi nous avons fait deux études différentes. La première consistait à mesurer la permittivité et perméabilité complexes de deux échantillons d'épaisseurs différentes et de même concentration volumique de sol-gel. La seconde étude consistait à mesurer trois échantillons des concentrations volumiques différentes de sol-gel dans la réalisation. Une simple relation de proportionnalité a été utilisée pour déterminer ces paramètres de couches de sol-gel magnétique de concentrations et d'épaisseurs différentes. Les premières séries de mesures expérimentales sur les échantillons ont permis de montrer que la permittivité et la perméabilité complexes du mélange sol-gel magnétique d'épaisseurs différentes sont identiques. Les deuxièmes séries de mesures expérimentales ont été faites sur trois échantillons de concentrations volumiques de composites sol-gels magnétiques différentes. Les mesures diélectriques ont montré que les valeurs des permittivités complexes sur ces échantillons sont proches les unes des autres quelleques soient leurs concentrations volumiques en particules magnétiques. Quant aux mesures magnétiques, la zone de résonance gyromagnétique est la même mais il y a évolution du pic avec l'augmentation de la concentration Ceci s'explique par la forte absorption de l'onde électromagnétique quand le volume de ferrofluide magnétique est grand dans la matrice sol-gel. L'inconvénient de la mesure en cavité est sa bande étroite, il faudrait donc multiplier les cavités de dimensions différentes pour une caractérisation plus étendue. La dernière partie a été consacrée aux résultats expérimentaux sur la cellule coplanaire de caractérisation. Les mesures à vide de la cellule coplanaire et celles en déposant de nanoparticules magnétiques sur cette dernière ont montré l'effet magnétique. Pour des raisons technologiques, le dépôt de particules partout sur la cellule ne permet pas de dissocier les deux propriétés électromagnétiques (permittivité et perméabilité) des nanoparticules magnétiques. Les mesures réalisées ont montré les effets dispersifs des résonances magnétiques sur les propriétés électromagnétiques effectives de la ligne. N MAHAMOUT MAHAMAT BARAKA – Université Jean Monnet de Saint-Étienne Conclusion générale e travail a été réalisé au Laboratoire Hubert Curien de l'Université Jean Monnet de Saint-etienne, précisément en son axe composants passifs. Notre étude concerne un résonateur d'ordre zéro composite main droite/gauche (Composite Right/Left Handed : CRLH) et une ligne de transmission composite main droite/gauche (Composite Right/Left Handed : CRLH). Ces dispositifs ont été réalisés en configuration coplanaire en raison de la simplicité sur la fabrication. Ils ont été rendus agiles en fréquences en rajoutant des composites à bases de nanoparticules magnétiques. Le travail que nous venons de présenter a été séparé en trois chapitres. C L'objectif du premier chapitre était de démontrer la faisabilité de rajouter une fonction d'agilité dans ces dispositifs hyperfréquences en utilisant des composites à base de nanoparticules magnétiques. Ainsi, nous avons tout d'abord présenté les éléments de théorie sur les méta-matériaux et sur les méta-lignes. Nous avons aussi introduit quelques applications développées dans ce domaine. Ensuite, nous avons présenté les différentes approches pour la réalisation de dispositifs agiles en fréquences existants dans la littérature, puis ceux qui ont été réalisés par un rajout de composites à base de nanoparticules magnétiques développés au cours de cette thèse. L'objectif du deuxième chapitre était la caractérisation électromagnétique des composites à bases de nanoparticules magnétiques qui ont été utilisés pour réaliser des dispositifs agiles en fréquences présentés au chapitre 1. Ainsi, nous avons présenté les principales méthodes de caractérisation électromagnétique existantes en énumérant leurs principes, leurs avantages et inconvénients. Nous avons présenté la méthode choisie parmi ces dernières pour caractériser ces composites sol-gels magnétiques dans une bande étroite. Ensuite, nous avons développé en simulation 3D une cellule de caractérisation électromagnétique pour les composites à base de nanoparticules magnétiques dans une large bande en fréquence, afin de mieux comprendre et tenter de séparer les effets diélectriques et magnétiques observés sur les lignes. Le dernier chapitre est consacré aux résultats expérimentaux obtenus par les méthodes de caractérisations électromagnétiques présentées au chapitre 2. Ainsi, nous avons commencé par la description des démarches technologiques adoptées dans ce travail. Ensuite, nous avons présenté une description sur les composites et les nanoparticules magnétiques puis une définition du magnétisme en général et les principales propriétés de matériaux Mise en évidence d'effets magnétiques par voie Sol-gel sur des méta-lignes 148 magnétiques. Nous avons décrit le dépôt sol-gel, son principe ses avantages, ses inconvénients et les principales méthodes de dépôt par voie sol-gel. Nous avons alors réalisé différentes prototypes utilisés ensuite en caractérisation. Enfin des résultats expérimentaux avec leurs méthodes de caractérisation électromagnétiques sont présentés. En effet, nous avons determiné les propriétés électromagnétiques (ε et μ) de sol-gel magnétique à l'aide de la cavité dans une bande étroite de 9 GHz. Ensuite, nous avons également mesuré ces propriétés effectives à l'aide de la cellule coplanaire dans une large bande de 1 à 10 GHz. Ce travail nous a permis d'extraire complètement les propriétés du matériau et de faire la «jonction» avec les mesures en cavité. Annexe 1) Définition de paramètres S Les paramètres S sont appelés paramètres de dispersion (scattering parameters). Ils peuvent être déterminés en utilisant des techniques analytiques d'analyses des réseaux ou mesurés avec un analyseur de réseau vectoriel sur les circuits dans les conditions de fonctionnement correspondant à leur utilisation normale. On modélise un dispositif hyperfréquence par un ensemble de ports. Chaque port correspond à un plan de référence. Le terme 'port' a été introduit par Wheeler dans les années 1950 [127].Les paramètres S relient les ondes incidentes avec les ondes réfléchies par les ports du dispositif. Ainsi, un dispositif hyperfréquence est décrit complétement au niveau de ses ports. Après avoir déterminé ces paramètres S, ils peuvent être mis sous forme matricielle. Exemple :Un dispositif hyperfréquence à N ports :       b1. bN             = S11. * * * S1N. SN 1. SN N a1. aN       (3.19) Un élément spécifique de la matrice peut être calculé par : Si j = bi ai k 6 = j (3.20) ak L'élément Sij est déterminé en introduisant une onde incidente a+ j sur le port « j » et − en mesurant l'onde transmise bi sur le port « i ». Toutes les autres ondes incidentes sont égales à zéro, et tous les ports doivent être terminés avec une charge adaptée pour éviter les réflexions. Sij : représente le coefficient de transmission entre le port « i » et le port « j » lorsque tous les autres ports sont adaptés. Sii : représente le coefficient de réflexion mesuré sur le port « i » lorsque les autres ports sont adaptés. Les paramètres ai et bi représentent les tensions complexes normalisées incidente et réfléchie. Elles peuvent être exprimées en fonction de tensions et intensités Mise en évidence d'effets magnétiques par voie Sol-gel sur des méta-lignes 150 Annexe mesurées sur le ième port, par les relations suivantes : Vi + Zi Ii ai = q 2 |R (Zi )| (3.21) Vi ∗ Zi Ii bi = q 2 |R (Zi )| (3.22) Où l'exposant * représente le complexe conjugué. Zi correspond à une impédance de référence choisie de façon arbitraire. Généralement, on admet que l'impédance de référence est la même pour tous les ports du réseau par exemple l'impédance caractéristique de la ligne notée ZC est toujours positive et réelle dans ce cas on utilise les relations : Vi + Zc Ii ai = q 2 |R (Zc)| (3.23) Vi − ZcIi bi = q 2 |R (Zc )| (3.24) 2) Paramètres S d'un quadripôle et leur signification Ils existent quatre paramètres S en général (S11, S21, S22 et S12 ) pour un dispositif à ports. La méthode de quadripôle est utilisée pour la détermination de ces paramètres figure 3.41. a1 et b1 désignent respectivement ondes transmise et réfléchie sur le port1 Figure 3.41 – Quadripôle a2 et b2 désignent respectivement ondes transmise et réfléchie sur le port2 I1 et I2 désignent respectivement les courants sur le port1 et port2 V1 et V2 désignent respectivement les tensions sur le port1 et port2. La mesure expérimentale des paramètres d'un quadripôle linéaire (figure 3.41) tels que l'impédance (Z) ou l'admittance (Y) est possible en circuit ouvert (impédance) ou en court-circuit (admittance). Mais au-dessus de 100 MHz, il devient difficile de les réaliser et de mesurer des courants ou des tensions. Cela qui conduit à l'utilisation des paramètres S qui permettent des mesures plus faciles en considérant non plus des courants et des tensions mais des ondes transmises et réfléchies. En appliquant la théorie de circuits à MAHAMOUT MAHAMAT BARAKA – Université Jean Monnet de Saint-Étienne 151 deux ports sur la figure 3.41, il en découle les relations linéaires suivantes entre a et b :  b 1 = S11 a1 + S 12 a 2 b2 = S 21 a 1 + S22 a2 (3.25) La figure 3.42 montre le graphe de fluence des paramètres S. Le graphe est une représentation graphique d'un système d'équations linéaire. Il est l'équivalent du quadripôle et consiste à représenter les variables comme des signaux qui « voyagent » le long du graphe. Ce graphe est un réseau de branches dirigées, réunies en des points (ou noeuds) [128]. Le Figure 3.42 – Graphe de fluence système d'équation (2.39) des ondes réfléchies en fonction des ondes incidentes peut se mettre sous la forme matricielle suivante [128] :     a b  1  = [S]. Figure 3.45 – Quadripôle en T        A B   1 Z   1 0   1 Z   1 + ZY  = = C D 0 1 Y 1 0 1 Y  Z(2 + ZY )  1 + ZY (3.35) Où A=1+ZY , B=Z ( 2+ZY ), C = Y et D =1 +ZY. La matrice ABCD d'un quadripôle en π (figure 3.46) est déterminée par l'équation 2.50. Figure 3.46 – Quadripôle en π         A B   1 0   1 Z   1 0   1 + ZY Z   = = Y 1 0 1 Y 1 Y (2 + ZY ) 1 + ZY C D (3.36) D'où A=1+ZY, B=Z, C=Y (2+ZY) et D=1+ZY. 5) Détermination de paramètres S En appliquant les lois de Kirchhoff et d'Ohm sur le circuit d'impédance en série (figure 3.44 (a)) dans une ligne on a : I1 = - I2 et V1 - ZI = V2 D'après les équations des ondes incidentes et réfléchies (équations 2.39, 2.49) on a :  b1 = b2 = Z a 2+Z 1 2 a 2+Z 1 + + 2 a 2+Z 2 Z a 2+Z 2 (3.37) Soit, sous forme matricielle :    S S12    11 = S21 S22 Z 2+Z 2 2+Z 2 2+Z Z 2+Z   Mise en évidence d'effets magnétiques par voie Sol-gel sur des méta-lignes (3.38) 154 Annexe De même, en appliquant les lois de Kirchhoff et d'Ohm sur le circuit d'admittance parallèle (figure 3.44 (b)) dans une ligne on aura la forme matricielle suivante :    Y S S12   − 2+Y  11 = 2 S21 S22 2+Y 2 2+Y Y − 2+Y   (3.39) En appliquant les définitions des paramètres S (équations 2.39, 2.40), la matrice S d'un tronçon de ligne peut être déterminée sous la forme :     S S12   0 eγl   11 = S21 S22 eγl 0 (3.40) Avec l est la longueur physique du tronçon de ligne et gamma est la constant de propagation. Les coefficients A, B, C et D de la matrice ABCD peuvent être déterminés en fonctions des paramètres S et réciproquement [129]. Table des figures 1.1 Nombre des publications internationales annuelles sur le sujet de métamatériaux [17]................................. 13 1.2 Classement des matériaux en fonction du signe de ε et μ......... 14 1.3 Fils métalliques qui donnent une perméabilité ε négative [20]....... 15 1.4 Structure Swiss Roll qui donne une perméabilité μ négative [14]..... 16 1.5 Géométries planaires des cellules unitaires d'un SRR ; a) structure circulaire,b) structure carrée [20]......................... 17 1.6 Géométries de SRR (a) et de CSRR (b) [23]................ ~ H, ~ ~k et ~S pour une onde plane dans le milieu Système de vecteurs E, ordinaire (a) et dans le milieu main gauche (b)............... 19 1.8 Modèle d'un tronçon d'une ligne classique (main droite).......... 23 1.9 Modèle d'un tronçon d'une ligne main gauche............... 24 1.10 Modèle d'un tronçon avec pertes d'une ligne combinée... 25 1.11 Les différents intervalles de propagation................... 26 1.12 Diagramme de dispers ion -atténu ation pour les trois types de propagation 27 1.13 Diagramme de dispers ion -atténuation pour les trois types de propagation selon le niveau de pertes........... ................ 27 1.14 Unité cellulaire utilisée pour la réalisation d'une ligne de transmission CRLH [27]................................... 28 1.15 Vue de dessus du prototype de la ligne micro-ruban composite réalisée avec vingt-quatre cellules élément aires [31].... ................ 28 1.16 Prototype pour avoir un comportement main gauche pour l'approche circuit ré son ant [33] : a) Cellule unitaire, b ) Vue en coupe de trois cellules ... 29 1.17 Circuit équivalent d'une cellule unitaire................... 29 1.18 Exemple des cellules hybrides [34] : a) structure simple, b) structure complex e ............................. 1.19 Exemple d'un circuit équivalent d'une approche hybride.......... 30 1.20 Prototypes de coupleurs. (a) : coupleur CRLH asymétrique de neuf cellules de base [35], (b) : coupleur CRLH asymétrique à ondes inversées [36].. 31 1.7 Mise en évidence d'effets magnétiques par voie Sol-gel sur des méta-lignes 17 156 1.21 Prototypes d'antennes. (a) : antenne CMDG à réson ance d' ordre zéro [30], (b) : antenne résonante en micro ruban CMDG en boucle [29]...... 31 1.22 (a) Prototypes d'une ligne métamatériau coplanaire, (b) sa réponse en fréquence [38]................................... 32 1.23 (a) : Cellule élémentaire. (b) : layout final du MG CPW [39] ....... 32 1.24 Ligne de transmission CRLH proposée par [50] . (a ) Cellule unitaire de la méta - ligne avec une capacité série pour la commande de type MEMs, ( b ) Zoom sur la capacité, ( c ) Résultats de mesure : l'axe à gauche est la constante de phase en degrés et l ' axe à droite est la constante d 'att énuation en d B..................................... 33 1.25 Commande par élé ments actifs (variation de la capacité) : (a) vue de dessus de la ligne, (b) vue de des sous du dispositi f, ( c ) coefficient de transmission en dB en fonction de la fréquence de résonance et pour différentes valeurs de tensions appliquées sur le varactor [51].................. 34 1.26 Ligne de transmission CR LH équilibrée rendue agile par film ferro électrique . (a) Conception de la méta-ligne à droite et capacité série est à gauche : la capacit é parallèle additionnelle pour obtenir des conditions équilibrées, (b) photos de la capacité série prise par microscope, (c) prototype avec deux cellules unitaires, (d) Résultats de mesure pour trois valeurs de tensions appliquées.............................. 34 1.27 (a) La configuration physique de la cellule combinée de base CRLH CP,(b) La moitié de la cellule élémentaire et son circuit équivalent, (c) Modèle du circuit équivalent de la cellule élémentaire en configuration symétrique.. 35 1.28 (a) prototype du résonateur sur YIG (une cellule CRLH), (b) Coefficient de transmission en fonction de la fréquence pour différents champs statiques appliqués [55]................................. 36 1.29 Prototype de la méta-ligne à YIG (cinq cellules CRLH) [55]....... 36 1.30 Moment magnétique élémentaire au niveau atomique [57]......... 37 1.31 Représentation schématique de la précession de l'aimantation....... 38 1.32 Exemple d'un cycle d'hystérésis.................... ... 40 1.33 Structures des matériaux composites (à particules et à fibres) [63].... 42 1.34 (a) Mélange Multiphase, (b) Inclusion isolée dans un milieu effectif [63]. 43 1.35 Prototype du résonateur d'ordre zéro à nanoparticules magnétiques (une cellule CRLH)................................. 47 1.36 Prototype de la méta-ligne à nanoparticules magnétiques (cinq cellules CRLH)..................................... 47 1.37 Mesures de coefficient de réflexion du résonateur d'ordre zéro CRLH... 48 MAHAMOUT MAHAMAT BARAKA – Universit é Jean Monnet de Saint-Étienne 157 1.38 Mesures de coefficient de transmission du résonateur d'ordre zéro CRLH 48 1.39 Mesures de coefficient de transmission de la méta-ligne (cinq cellules CRLH) 49 1.40 Mesures de coefficient de réflexion de la méta-ligne (cinq cellules CRLH) 49 1.41 Photographies de composants réalisés par rajout de gouttes magnétiques : a) résonateur, b) méta-ligne......................... 50 1.42 système de polarisation magnétique externe................ 50 1.43 Mesure des coefficients de transmission (a) et de réflexion (b) pour le résonateur avec nanoparticules magnétiques (prototype figure 1.41 a). Variation de l'aimantation externe.............. 51 1.44 Mesure des coefficients de transmission (a) et de réflexion (b) pour la métaligne avec nanoparticules magnétiques (prototype figure 1.41b). Variation de l'aimantation externe........................... 51 1.45 Mesure des diagrammes de dispersion en fonction du champ magnétique extérieur appliqué. Cas du prototype méta-ligne à nanoparticules magnétiques (prototype figure 1.36)........................ 52 2.1 Schéma du principe de la méthode de mesure en espace libre [80]..... 63 2.2 Schéma du principe de la méthode de mesure en cavité.......... 66 2.3 Réponse en transmission d'une cavité résonnant e [96] ........... 67 2.4 Cavité rectangulaire totalement remplie du matériau sous test [97].... 67 2.5 Sonde coaxiale et de son circuit électrique équivalent........... 69 2.6 Structure de transmission à deux ports................... 70 2.7 Schéma électrique équivalent d'une ligne de transmission......... 70 2.8 Ligne coaxiale................. ................ 71 2.9 Mesure des paramètres S d'une ligne de transmission........... 72 2.10 Modèle équivalent d'une ligne de transmission chargée........... 72 2.11 Schéma d'un guide d'onde rectangulaire remplie d'un matériau à caractériser 74 2.12 Configurations de la cavité résonante (a) Cavité à vide, (b) Cavité à chargée 78 2.13 Réprésentation du champ électrique dans la cavité en mode TE102... 80 2.14 Réprésentation du champ électrique et de l'échantillon dans la cavité.. 81 2.15 Configuration en 3D de deux échantillons.................. 82 2.16 Modèle de simulation 3D de la cavité résonante (HFSS).......... 84 2.17 Modèle de simulation 3D de la cavité résonante adaptée à la détermination des constantes diélectriques (HFSS)..................... 85 2.18 Organigramme d'extraction de paramètres diélectriques en utilisant la méthode de perturbation............................ 85 Mise en évidence d'effets magnétiques par voie Sol-gel sur des méta-lignes 158 2.19 Résultats des simulations de la cavité à vide et à charge.......... 86 2.20 Modèle de simulation 3D de la cavité résonante adaptée à l'extraction des paramètres magnétiques (HFSS)......... 87 2.21 Organigramme d'extraction de paramètres magnétiques en utilisant la méthode de perturbation de la cavité résonante................ 87 2.22 Résultats des simulations de la cavité à vide, à charge et à H0 = 350mT. 88 2.23 Extraction de la perméabilité complexe de l'échantillon à f=9 GHz : a) partie réelle, b) partie imaginaire...................... 88 2.24 Ligne de transmission coplanaire : a) Vue de dessus, b) coupe transversale 90 2.25 Distribution de champs électrique et magnétique sur la cellule...... 91 2.26 Schéma synoptique de calcul HFSS..................... 95 2.27 Paramètres de dispersions en fonction de la fréquence de la cellule.... 96 2.28 Impédance complexe en fonction de la fréquence de la cellule....... 96 2.29 a) Structure de la cellule chargée (3D HFSS), (b)Vue en coupe de la structure 97 2.30 Déphasage en fonction de la perméabilité relative à f=10 GHz pour trois épaisseurs différentes de matériau magnétique déposé sur la cellule (HFSS) : a) r = 1, b) r = 10............................. 97 2.31 Déphasage en fonction de la perméabilité relative pour deux valeurs de permittivité relative en fixant l'épaisseur du matériau magnétique à f=10 GHz...................................... 98 2.32 Permittivité effective extraite des déphasages en fonction de la fréquence pour trois épaisseurs différentes du matériau magnétiques avec μr =50.. 98 2.33 (a) Cellule chargée sur le conducteur central 3D HFSS, (b) vue de profil de la structure avec les champs E et H de la ligne à vide........... 99 2.34 Déphasage en fonction de la perméabilité structure chargée sur le conducteur à f=10 GHz : a) r = 1, b) r = 10................... 99 2.35 Déphasage en fonction de perméabilité relative pour deux valeurs d'epsilon à f=10 GHz.................................. 100 2.36 Perméabilité effective extraite des déphasages en fonction de la fréquence pour structure matériau placé sur le conducteur central de la cellule r =10 : a) μr = 2, b) μr = 50.........................
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Approches croisées de l'occupation et de l'exploitation des campagnes roussillonnaises durant le haut Moyen Âge (Ve-VIIIe s.) Jérôme Ros, Jé rôme Kotarba, Vi anney Forest , Marie-Pierre Ruas To cite Jérôme Ros Jérôme Kotarba Vianney Forest, Marie-Pierre Ruas. Approches de occupation et exploitation Actes Ros J., Kotarba J., Forest V. et Ruas M.-P. 2020. «Approches croisées de l'occupation et de l'exploitation des campagnes roussillonnaises durant le haut Moyen Âge (Ve-VIIIe s.)», In : Hernandez J., Schneider L., Soulat J. (dirs.), L'habitat rural du haut Moyen Âge en France (Ve-Xe siècle) : Actes des 36eme journées Internationales d'archéologie mérovingienne, Lattes-Montpellier 1-3 octobre 2015, Archéologie du Midi Médiéval supplément n°9 / Mémoires Association Française d'Archéologie Mérovingienne, n°36, 2020, p.333-354. ôme Ros , Jé ôme , Forest , Marie Pierre Ruas Depuis vingt ans, le développement de l'archéologie préventive, des prospections systématiques et une meilleure connaissance des indicateurs chronologiques ont permis d'étudier plusieurs occupations rurales du début du Moyen Age en Roussillon. Les opérations menées, parfois sur de grandes surfaces, font émerger une archéologie des terroirs, éclairée par la multiplication des études bioarchéologiques et paléoenvironnementales (carpologie, anthracologie, archéozoologie, géomorphologie, etc.). Parmi les sites étudiés, six d'entre eux permettent de documenter les modes d'implantation et d'organisation de l'habitat, ainsi que certains types d'exploitation du sol et des ressources naturelles. Les campagnes roussillonnaises paraissent ainsi maillées par un réseau assez dense d'habitats ruraux polynucléaires, déployés sur de grands espaces. Leur organisation permet d'optimiser la gestion d'une multitude de terroirs, y compris par la réalisation d'importants travaux (enclos, structures de drainage, voire d'irrigation, aires d'ensilage). Le croisement des données issues de l'étude de différents types de vestiges archéologiques (bâti, mobilier, plantes et animaux exploités) éclaire l'histoire rurale du Roussillon à un moment de réorganisation des campagnes et d'évolution de l'éventail alimentaire et des techniques culturales. Mots-clés Roussillon – occupations rurales - terroirs vivriers - agrobiodiversité – agropastoralisme *Chargé de recherche CNRS, Institut des Sciences de l'Évolution de Montpellier (UMR5554), Université de Montpellier / IRD / EPHE ; Archéozoologie, archéobotanique : Sociétés, pratiques et environnements (UMR 7209), Sorbonne Universit , Museum national d'Histoire naturelle, CNRS. [email protected] ** Archéologue, INRAP Méditerranée, centre de Perpignan Saint-Estève, UMR5140. [email protected] *** Docteur vétérinaire biologiste, archéozoologue, INRAP Méditerranée, UMR5608 T.R.A.C.E.S. [email protected] **** Directrice de recherche CNRS, Archéozoologie, archéobotanique : Sociétés, pratiques et environnements (AASPE, UMR7209), Sorbonne Universités, Muséum national d'Histoire naturelle, CNRS. [email protected] INTRODUCTION La plaine roussillonnaise connait depuis les années 1990 une urbanisation rapide, entraînant la pratique d'une archéologie préventive régulière qui a révélé de nombreux sites ruraux tardo-antiques et wisigothiques dans la basse plaine autour de Perpignan (Jandot 2007 ; Kotarba 2007 ; Kotarba et al. 2007). Cette petite plaine côtière est délimitée géographiquement au nord par les Corbières et l'étang de Salses, à l'ouest par les contreforts des Pyrénées, au sud par le massif des Albères et à l'est par la mer Méditerranée (fig. 1). Elle est traversée par quatre fleuves orientés ouest-est, de régime et d'ampleur inégaux : l'Agly, la Têt, le Réart et le Tech. Les premiers siècles du Moyen Âge sont longtemps restés mal documentés par l'archéologie en Roussillon du fait de la difficulté de rattacher le mobilier enregistré à des phases chronologiques précises. La multiplication des opérations préventives a cependant permis d'affiner la connaissance du mobilier pour cette période et de considérer aujourd'hui la présence de certains artéfacts comme un indice de reconnaissance des occupations altomédiévales. Ainsi, on constate à partir du VIe siècle une raréfaction des importations méditerranéennes, notamment en contexte rural, et une évolution des céramiques communes locales. Les récipients en verre demeurent bien diffusés sur toute la période. On note également l'apparition de meules en pierre provenant de la carrière locale du Boulou, qui débute son activité aux Ve-VIe siècles. L'identification de rondelles découpées et percées dans des morceaux de tegula, ainsi que leurs ébauches, souvent nombreuses, constitue un autre critère chronologique grossier, celles-ci étant absentes dans les contextes du Bas-Empire. Une première caractérisation d'un contexte altomédiéval local, avant réalisation d'analyses plus fines ou de datations radiocarbones, reposera ainsi souvent sur le fait que l'Antiquité ne s'exprime pas clairement et sur l'association de certains des indices énoncés précédemment. Ces fouilles ont aussi favorisé l'essor d'études bioarchéologiques, en particulier carpologiques, anthracologiques et fauniques (Ruas 1992, 2005, 2009, 2011 ; Izard 2008 ; Forest 1999/2000, 2006, 2007, 2009, 2011, 2012a et b ; Machado et Fabre 2011 ; Ros 2013). Le paléo-paysage du Roussillon à l'Holocène avait par ailleurs déjà fait l'objet d'études pionnières à partir de sondages dans les étangs littoraux : sédimentologiques (étang de Leucate-Salses et Canet) et palynologiques (Canet) (Martin 1977 ; Martin et al. 1981 ; Planchais 1984, 1985). Cette meilleure reconnaissance du haut Moyen Âge dans la plaine a ainsi permis de mettre en évidence, au cours du premier millénaire, l'existence de modifications significatives de la trame d'occupation rurale. Le Bas-Empire voit ainsi disparaître la majeure partie des villae, avant le milieu du Ve siècle, tandis qu'émerge une nouvelle génération de sites qui vont perdurer jusqu'au VIIe-VIIIe siècles. Les VIIIe-IXe siècles marquent l'apparition de nouveaux habitats dont la filiation avec ceux ayant émergé dans les siècles précédents n'est pas assurée (Catafau 2007) du fait de la faible lisibilité de ces siècles anciens lorsqu'ils sont pris sous une occupation postérieure. Ces occupations du haut Moyen Âge s'implantent dans un paysage différent de celui actuellement observé en plaine. CORPUS DES SITES ET DONNÉES PRINCIPALES (J. Kotarba) Le corpus sélectionné repose sur six sites (fig. 2) implantés dans la moitié sud de la plaine, entre la Têt et le Tech. Cette zone semble concentrer un nombre important d'occupations durant la période qui intéresse le sujet traité dans cet article, en raison notamment de la proximité de la cité d'Elne, Helena à cette période, qui devient siège d'un évêché à la fin du VIe siècle et constitue un pôle attractif majeur de la plaine (Catafau 2007). Les approches sur le terrain ont été diverses, fouilles ou diagnostics, et sont souvent partielles du fait de l'étroitesse des fenêtres d'observation. En prospection pédestre, les sites du haut Moyen Age sont d'abord repérés par des concentrations de mobilier sur des petites surfaces avec parfois plusieurs concentrations voisines. Ces dernières peuvent être révélatrices d'habitats de faible surface, voire de fermes voisines. Aspects méthodologiques Étant donné la disparité des informations entre les sites du corpus due aux différents types d'approches (sondages, diagnostics, fouilles) et à l'existence ou non de données bioarchéologiques1, une présentation individuelle de chaque site nous a semblé l'option la plus pertinente. Les occupations rurales Las Xinxetes - Saint Cyprien Après une occupation durant le Néolithique final et l'épi-campaniforme/Bronze ancien, la vision issue d'un diagnostic montre que le versant de la colline est occupé entre le IVe et le VIe siècles par des constructions en dur (murs de galets parementés et liés à la terre), puis qu'il est abandonné à la fin du VIe siècle (Kotarba et Vignaud 2001). Ces occupations se caractérisent par la découverte de nombreux silos ainsi que d'une fosse quadrangulaire dont le blement est lié à l'activité d'une forge. L'état d'arasement important des structures et la rareté du mobilier ne permettent pas de savoir si ces vestiges dispersés sur près de 2 ha sont liés à un seul ou à plusieurs habitats. Les Baguères 56 - Ponteilla Le site des Baguères 56 a livré un petit ensemble de vestiges archéologiques datés entre le Ve et le VIIIe siècle : onze fosses, un petit fossé et une zone de terrain rubéfié sur une surface décapée d'environ 250 m2 (fig. 3a). Les structures découvertes correspondent en grande partie à des silos dont les comblements ne sont pas contemporains. Deux d'entre eux (FS 075, 076) dateraient des Ve-VIe siècles de notre ère, les autres des VIIe-VIIIe siècles. 1 Tous les sites ont fait l'objet de tamisage (et flottation) du sédiment pour l'extraction de semences et des charbons de bois sur des mailles entre 0,5 et 4 mm. Toutefois dans plusieurs cas, une partie des vestiges carpologiques provient uniquement d'un tri à vue des refus de tamisage sous eau sur mailles de 4 mm obtenus à partir de plusieurs centaines de litres de sédiment. Dans la mesure du possible, du sédiment brut issu du même prélèvement a été traité par flottation pour des volumes inférieurs (jusqu'à 10 litres) sur les mailles les plus fines (0,5 mm). Les quantités de restes carpologiques consignés dans le tableau de données correspondent au nombre de restes collectés selon les deux procédés en dépit du biais provoqué par ces différents modes d'extraction. Toutefois, les très gros volumes tamisés ont permis, parfois, d'enregistrer des taxons qui ne sont pas apparus dans les fractions de flottation ou d'augmenter le nombre d'exemplaires pour un taxon. La faune provient de collectes à vue lors des fouilles, rarement complétées par des tamisages dont les apports discrets ne sont pas individualisés dans cette présentation. Mas Orlina - Perpignan Le site du Mas Orlina, exploré en fouille sur une très faible surface, apparaît constitué d'un bâtiment sur poteaux avec quatre silos associés (fig. 3b), dans un contexte chronologique compris entre le milieu du Ve et la fin du VIe siècle (Bergeret et al. 2001). Il donne l'image possible de l'une de ces petites fermes. Baltasá - Toulouges Cette zone, documentée par un diagnostic, s'étend sur une emprise de 6 ha en contexte de plaine alluviale. Un aménagement parcellaire complexe y a été découvert, comprenant des fossés de limite, d'autres plus courts et curvilignes sans ute destinés à l'irrigation de petits espaces, ainsi que des fosses de plantation (fig. 3c). Le tout est associé à plusieurs puits qui ont livré l'essentiel du mobilier attribuable aux VIe-VIIe siècles. Quelques silos groupés pourraient indiquer un lieu d'habitat proche (Vignaud et al 2012). Manresa - Canohès La fouille du site de Manresa à Canohès, conduite sur environ 7000 m2, concerne la périphérie d'un grand site qui s'étend hors emprise. Les vestiges fouillés ne livrent pas de trace de maison. On y trouve une zone bâtie, interprétée comme un enclos avec murs en terre crue, un ensemble de puits et de fossés que nous proposons d'associer à l'irrigation de lopins disposés sur le versant, une activité artisanale avec un four et une aire d'ensilage regroupant 45 silos sur 1800 m2 (fig. 3d)(Kotarba 2011). Le croisement des datations radiocarbones et de l'étude des mobiliers permet de proposer un fonctionnement sur le VIIe siècle avec de possibles débordements sur les VIe et VIIIe siècles. Pujals – Ortaffa Ce site, reconnu uniquement par diagnostic, s'étale sur au moins six hectares et semble composé de plusieurs concentrations de structures (fig. 3e). En l'absence de fouilles fines et de datations plus nombreuses, la contemporanéité fine des structures ne peut être assurée ; on ne peut ainsi écarter la possibilité d'un habitat unique se déplaçant dans son terroir vivrier à chaque génération. La présence d'une zone particulière dense en silos, plus vaste que celle de Manresa, laisse entrevoir un espace dédié au stockage. Les datations 14 C réalisées et le mobilier collecté indiquent un contexte d'occupation centré sur les VIIe et VIIIe siècles, sans exclure une partie du VIe siècle. Des zones plus petites, avec quelques vestiges proches dont des silos, pourraient correspondre à de potentiels habitats. Ils seraient largement dispersés et signifieraient donc que le site est occupé de façon diffuse sur une grande surface. Plusieurs aménagements majeurs, comme un chemin creux traversant le site et la protection de la berge d'un ruisseau, signalent un terroir organisé. On note également plusieurs points particuliers : des vestiges de fours en périphérie, des petits tronçons de chemins creux, ainsi que deux inhumations qui semblent ées. Plus globalement, cette occupation rurale semble s'installer autour d'une petite dépression qui se colmate progressivement depuis l'Antiquité. L'exemple de Pujals n'est pas isolé et trouve des échos avec d'autres sites du Roussillon connus en prospection (Elne-Font d'en Barrèra ; Brouilla- Mas Tardiu ; Trouillas-Puig de Negut). Le site de Pujals livre, pour la phase VIeVIIIe siècle, l'image d'un site complexe avec une maille lâche d'habitats probables et une zone d'ensilage singulière bien différente des quelques silos associés aux habitats. Le statut de cette zone d'ensilage, commune ou individuelle, et l'identité de ses propriétaires restent à éclairer. Le corpus sélectionné laisse entrevoir des formes d'occupation diversifiées, avec des petites fermes ou de vastes occupations polynucléaires. RESSOURCES VÉG ÉT ALES (J. Ros et M.-P. Ruas) Les résultats synthétisés ici concernent les vestiges carpologiques issus de quatre sites (fig. 4). Les données de l'anthracologie seront convoquées dans la discussion générale sur les formations végétales et les terroirs mis en valeur. Les assemblages carpologiques proviennent pour la plupart de fosses dans lesquelles ont été accumulés des déchets d'activités domestiques et agricoles. Leur état carbonisé signale qu'ils ont probablement été utilisés d'abord comme combustibles puis éliminés dans ces fosses dépotoirs. Aucun contexte de stockage n'est disponible dans ce corpus. Au total, 27 664 restes ont été déterminés. Seul le site des Xinxetes a livré moins de 1 000 restes, les autres dépassant les 3 000 restes pour un maximum de 17 254 à Manresa. Sur les 170 taxons végétaux identifiés à partir des graines et des fruits, une gamme de 20 plantes cultivées et cueillies est enregistrée. Elle se compose de 5 céréales, 2 légumineuses, 2 plantes à fibres ou graines oléagineuses et 11 fruitiers. Les 150 plantes sauvages réunies par groupements écologiques2 (fig. 5a, b) comptent une majorité d'adventices des cultures (77% des restes) dont 49% proviennent d'espèces liées aux cultures d'hiver et 37% proviennent de plantes fréquentant les cultures d'été ou sarclées et les milieux rudéraux. D'autres milieux sont représentés par des plantes de prairies modérément humides et des friches (5%), des plantes de zones humides (15%) et, pour 3% des restes, celles de lieux boisés et arbustifs (boisements de l'étage collinéen et des garrigues/maquis). La nature des dépôts permet de définir les traits 2 En postulant les exigences écologiques (valences) des espèces n'ont pas changé, on transfère les indications actuelles aux conditions passées. Pour la végétation méditerranéenne ont été utilisés les travaux de J.J. Braun-Blanquet (1936, 1952) et de P. Jauzein et al. (2014) et pour la flore adventice des cultures, ceux de P. Jauzein (1995). alimentaires des populations et certaines des productions phare et secondaires de la région circonscrite au début du Moyen Âge. Cultures annuelles Les cultures annuelles sont principalement des céréales, enregistrées tant par des grains que par des éléments de vannes (rachis, enveloppes, fragments de tiges). L'orge vêtue, le blé nu et le millet commun sont les taxons les plus fréquents, suivis de près par l'avoine. Cette dernière, présente dans les quatre sites, n'a pu être identifiée formellement comme avoine cultivée (Avena sativa) que dans deux sites, Pujals et Manresa, grâce à la découverte de bases de lemme (enveloppes inférieures des épillets). Le seigle, attesté dans le piémont pyrénéen sous forme d'un unique stock daté du Ier-VIe siècle dans la grotte de Fontanès-de-Sault (Aude) (Guilaine et al. 1989) et aux IIIe-IVe siècles à Rue de la Basse (Prades, Pyrénées-Orientales) (Ros inédit) est enregistré dans un seul échantillon du site de Pujals par plusieurs milliers de caryopses (Ros 2013). Le statut de cette céréale en Roussillon, cultivée ou importée depuis les piémonts, n'a pas été élucidé. Sa mise en culture en bordure littorale a cependant été suggérée dès les premiers siècles du Moyen Âge (Ruas 2005), dans les départements voisins de l'Aude (déchets à Médor, Ve-VIe siècles, Ornaisons) et de l'Hérault (concentration Place Conesa, Ve-VIe siècles, Agde) (Ruas 1989 ; Bouby 2002 inédit cité dans Ruas 2005). Les nombreuses semences des espèces adventices des céréales indiquent l'existence de semis de céréales d'hiver sur des sols variables, dont des sols calcaires et des sols acides, et de céréales de printemps sur des sols riches plutôt calcaires. Le caractère secondaire des dépôts ne permet pas de révéler les corrélations entre espèces de céréales et groupes d'adventices. Toutefois, le millet est une céréale de printemps stricte alors que les autres peuvent être semées aux deux saisons. Il est néanmoins probable que le seigle, le blé nu et l'orge aient été exploités comme c ales d'hiver si l'on suit les données obtenues dans les autres régions de la France méditerranéenne (Ruas 2005 ; Bouby 2014). Les légumineuses sont plus discrètes : seule la vesce cultivée (Vicia sativa) est attestée pour cette période, de façon ponctuelle mais en quantité très importante sur le site de Pujals. Si cette légumineuse se manifestait en quantités anecdotiques dans les sites de plaine (Ruas 2005, 2010), ces dernières années ont vu la découverte d'ensembles quantitativement significatifs en Roussillon et dans l'Aude qui posent la question du rôle mal cerné de cette plante dans les productions locales et de sa place dans les pratiques agraires du début du Moyen Âge : alimentation humaine, animale, rôle dans les rotations culturales? (Ros 2013, inédit). On note également la présence sur deux sites de semences de lin et de chanvre dont nous ne saurions dire si leur usage était alimentaire (graines) et/ou technique (huile des graines, fibres) ou si ces graines perdues étaient destinées aux semailles. Les productions fruitières En raison de la nature des contextes de découvertes, la catégorie des fruitiers est sous-représentée. Elle compte cependant pas moins de onze espèces au statut économique sans doute différent. Le croisement des données carpologiques et anthracologiques permet de reconnaitre l'omniprésence de la vigne et de l'olivier dans les sites étudiés. Les autres fruitiers ne sont attestés que de façon ponctuelle, en faibles quantités. Certains ont probablement été cultivés en monoculture ou complant (olivier, vigne, noyer, figuier, prunier, cerisiers, pin parasol), les autres poussant à l'état sauvage dans les formations boisées ou les maquis (noisetier, ronce, aubépine, pistachier lentisque) que fréquentent d'ailleurs hommes et bétail à l'occasion d'activités saisonnières (cueillette, émondage, affouragement, pâtures). La récurrence des mentions de noix et de noisettes soulève cependant la question de la présence de ces arbres dans la plaine littorale. Le noisetier comme le noyer ont une écologie proche : en Méditerranée, ce sont des espèces mésophiles de l'étage collinéen (Rameau et al. 2008). La question en Roussillon est de savoir si ces arbres ont pu pousser en plaine, à la faveur des conditions plus humides de l'époque, ou si les fruits attestés proviennent du commerce de fruits secs depuis les zones de piémont. Dans les régions voisines, notamment en bas-Languedoc, les données palynologiques et anthracologiques ont démontré la per de taxons mésophiles en basse plaine, notamment du sapin (Planchais 1982, Triat-Laval 1978 ; Durand et Vernet 1987 ; Chabal et Durand 1990 ; Durand 1992 ; Durand 2003 ; Durand et Ruas 2004). La question en Roussillon reste donc ouverte. Des productions vitivinicoles Au cours de l'Antiquité, la vigne est la première espèce fruitière enregistrée dans les spectres carpologiques de la Gaule méridionale (Bouby 2014) et demeure en tête des attestations de fruits au Moyen Âge (Ruas 1998 ; Ruas et al. 2006). Les données du premier Moyen Âge entre la Catalogne et le Languedoc ne dérogent pas à ce constat général (Ruas 1992, 2005 ; Ros 2013). Pourtant, les vestiges matériels de sa production et ceux de la consommation du fruit manquent. Les établissements vitivinicoles romains associés aux nombreuses traces de plantation révèlent des productions de rapport, très étendues (Boissinot et Puig 2006). La production d'amphores permet de quantifier le volume vinaire fourni et sa distribution commerciale à grande échelle. Avec le développement du stockage et du transport en tonneau, dès la fin du Ier s. de notre ère, la production et la consommation de vin deviennent plus difficiles à détecter (Brun 2005). À l'opposé, les sites du début du Moyen Âge ne livrent ni pressoirs ni bassins liés à une production de vin et les traces de plantations reconnues comme des vignobles sont rares et tardives (Boissinot et Puig 2006). Cette absence, tout comme celle de textes qui empêche d'estimer son importance économique et les formes de production à cette période, notamment en Roussillon, confèrent aux données carpologiques un rôle primordial de témoignage quant à la production effective de vin, au moins à l'échelle domestique. En Roussillon, en plus des restes de consommation de raisins toujours très fréquents, de nombreuses concentrations de restes (baies, pédicelles, pépins, épicarpes dilacérés) interprétées comme des résidus de sous-produits vitivinicoles sont enregistrées entre les VIe et VIIIe s. Grâce à une expérimentation menée récemment (Ros 2013 ; Ros et al. 2016), ces assemblages ont pu être identifiés comme de probables résidus de foulage, de pressurage du raisin et de fond de cuve de récupération de jus (Ros 2013). Aucune structure de type bassin de foulage ou pressoir n'ayant été découverte, on peut supposer l'existence de structures en bois pour procéder à l'extraction du jus de raisin et à sa vinification, tels que des cuves et des tonneaux. Ces contenants ne se seraient pas préservés ne pourraient donc être mis en lumière par l'archéologie. Une production oléicole à échelle domestique? L'olivier est la deuxième espèce fruitière roussillonnaise après la vigne, bien que rarement rencontrée en quantités importantes. La découverte d'une petite concentration de noyaux (NR = 177) dans le site altomédiéval de Pujals (VIe-VIIIe s.) a permis de suggérer la présence, dans l'assemblage, d'un résidu de pressurage. En Roussillon, pour cette période, les mentions de pressoirs sont inexistantes (Kotarba 2007), et sur l'ensemble de la France méditerranéenne, une seule occupation contemporaine a livré des preuves matérielles de la production d'huile d'olive : l'huilerie antique de Collet de Carbonnière (Fossur-mer, Bouches-du-Rhône) qui aurait fonctionné de l'Antiquité tardive au début du Moyen Âge (Trément 1999). La fréquence des olives en Roussillon altomédiéval ne permet pas d'argumenter sur une possible production d'huile à large échelle, mais permet d'envisager une production locale dans le cadre domestique en parallèle certainement avec une consommation des fruits. En l'absence de découverte de pressoir, d'autres techniques sont envisageables. G. Comet et M.-C. Amouretti signalent, en effet, que l'on peut piler les olives, les fouler ou les comprimer (système du pressoir à torsion) pour en extraire l'huile (Amouretti et Comet 2000). L'utilisation des noyaux ou grignons comme combustible est une pratique connue dans les zones de production et qu'indique leur état fragmenté et carbonisé. Les données insuffisantes empêchent d'évaluer la nature des productions d'olives et de leur huile, limitées à la sphère domestique ou production de rapport à grande échelle. Des assemblages liés à l'activité agro-pastorale Certains assemblages carpologiques livrent une composition mixte à base de céréales (grains et vannes), de résidus de pressurage de raisin et de semences de plantes sauvages. La part de ces dernières se manifestent à des taux très élevés3, notamment celles des graminées sauvages (Poaceae) et parfois des petites légumineuses des genres trèfles (Trifolium) et luzernes (Medicago) qui participent aux cortèges de prairies et des friches (fig. 5a, b). Or, cette composition originale évoque des assemblages en lien avec l'activité agro-pastorale. Le fourrage, par exemple, peut être constitué de plantes herbacées, essentiellement de graminées et parfois secondairement de légumineuses, le plus souvent cultivées sous formes de prairies, permanentes ou temporaires (Bouby et Ruas 2005) mais aussi de grains, graines et fruits (céréales, légumineuses fruits, etc.) et de sous-produits agricoles 3 Elle représente par exemple 75% du NMI total dans la fosse 080 du site des Baguères. (chaumes, pailles et criblures, fanes, résidus de pressurage de graines oléagineuses ou de pulpes et rafles de fruits, etc.) (Bouby et Ruas 2005 : 112). Afin de caractériser au mieux la composition des assemblages des quatre sites du Roussillon, nous avons eu recours à une Analyse Factorielle des Correspondances (fig. 6). Il nous a paru pertinent de sélectionner à la fois des assemblages mixtes roussillonnais des Ve-VIIe siècles et des assemblages plus tardifs dont l'origine est mieux cernée (ensembles de stockage du Château royal et de Vilarnau) (Ros 2013). Un total de 9 assemblages roussillonnais a été sélectionné. Leur composition en plantes et en types d'éléments carpologiques préservés a été comparée à celles de quatre assemblages carpologiques carbonisés de référence provenant de sites de la France méridionale (Corse, Ariège et Aude) (description de la méthode et des référentiels dans Ros et al. 2019 : 178) : trois sont des ensembles de pailles agglomérées (tiges de graminées et/ou céréales principalement) et un provient d'un sol de stabulation incendié dans lequel les restes carpologiques se composaient d'une majorité de semences de plantes sauvages de différents milieux, de grains d'orge et d'avoine. Pour pondérer les différences de densité carpologique entre échantillons, nous avons eu recours à une procédure de standardisation des données, par l'utilisation d'indices d'abondance (0 à 6), basés sur les NMI4. Quinze variables ont été répertoriées dans la matrice : les grains de céréales (CerGR), les vannes de céréales (CerVan), les vannes de graminées (GRAva), les graines de Fabacées (FABc), les semences de lin/chanvre (LICH), les pépins (VIpp) et pédicelles (VIpd) de vigne, les autres restes de fruits (FRU), les petites légumineuses (pFAB), les petites graminées (PGRA), les adventices de cultures d'hiver (AdH), les adventices de cultures d'été/sarclées (AdER), les prairiales (Prar), les zones humides (ZH) et les boisements/garrigues/maquis (Maq). L'utilisation privilégiée d'une espèce pouvant différer au cours du temps, d'une région à l'autre, voire d'un groupe social à l'autre, selon la connotation qui leur est attribuée (Jones 1998), nous avons préféré distinguer les variables non pas par s (par ex. vannes de seigle, vannes de blé, vannes d'orge) mais par types de restes (grains de céréales, vannes de céréales). Le plan de projection F1xF2 (inerties des axes 40,29% et 18,66%) montre une structuration de l'axe F1 en fonction des graines de légumineuses cultivées, de lin, de chanvre, et de céréales dans le pôle positif (contributions à l'axe de 43,4%, 19,7% et 10,8%) et, d'autre part, des petites Fabacées, adventices, prairiales, fruitiers et vigne (contribution de 3,7%, 5,1%, 2,7%, 4,1% et 5,5%) dans le pôle négatif. L'axe 2 oppose les variables vannes de céréales (18,8%) et de graminées sauvages (9,1%) et prairiales (15,5%) dans le pôle positif aux variables pépins (27,7%) et pédicelles (7,9%) de raisin et plantes de zones humides (10%) dans le pôle négatif. - Dans le pôle négatif de l'axe F1 et positif de l'axe F2 se sont structurés autour des variables fruitières (VIpp, VIpd, FRU), petites fabacées (pFAB) et zones humides (ZH) tous les assemblages mixtes roussillonnais des Ve-VIIe siècles à l'exception de la fosse 140 (M140) de Manresa, plus riche en vannes de céréales qu'en résidus fruitiers. Ces assemblages sont complètement opposés aux référentiels de paille. - Dans le pôle négatif de l'axe 2 et positif de l'axe F1, on retrouve les échantillons dominés par les vannes de céréales et de graminées sauvages, à savoir les référentiels de déchets mixtes fourragers de la Cisterne (CIST), le sol de stabulation des Termes (TERM), les référentiels de paille de Montaillou (MONp) et de la Muglianaccia (MUGP) et, dans une moindre mesure, la fosse 140 de Manresa. La valeur des prairiales se situe également dans ce nuage. Les résidus mixtes roussillonnais livrent ainsi une composition originale se distinguant des assemblages fourragers et de stabulation rencontrés ailleurs en France méditerranéenne par leur richesse en résidus de pressurage et en taxons de zones humides. Ces résultats signifient qu'au-delà du simple recours à des produits et sous-produits céréaliers pour nourrir/gérer le bétail, les populations roussillonnaises du Ve-VIIe siècle remobilisaient également des sous-produits de chaînes opératoires différentes (production vinicole), suggérant ainsi qu'il s'agissait de résidus à disposition, pouvant être réutilisés sur place dès leur production. L'importance des plantes de zones humides suggère également une mise en valeur des terroirs en bordure d'étangs (eau douce) ou de cours d RESSOURCES ANIMALES (V. Forest) Les lots de vestiges fauniques, issus des six sites, sont d'importance très inégale. Au total, 1800 restes ont été déterminés. Deux séries comptent moins de 100 restes, les quatre autres dépassant 250 restes pour un maximum de 588 à Manresa (fig. 7, 8a, b). Alimentation carnée L'alimentation carnée reposait principalement sur les taxons de la triade domestique, - ovicaprins, porcins, bovins -, puisque leur part est d'environ 80% du total des vestiges dans chaque site (fig. 9). Au sein des ovicaprins, les restes ovins sont toujours plus nombreux que ceux de caprins dans une proportion habituelle en Languedoc méditerranéen de 80%-20%. Au sein de la triade domestique, l'analyse par la méthode des lots stratigraphiques (Forest 2009b), montre une dominante ovicaprine des restes, de 40 à 60 % en intervalle modal (fig. 10). Les bovins vont de 15 à 50%, tandis que les porcins sont toujours en dessous de 20% sauf aux Xinxetes. Quelques lots sont constitués à partir d'un seul taxon, ovicaprins dans trois cas, bovins à Manresa. Il est à noter que les deux sites du sud de la région explorée, Las Xinxetes et Pujals, sont tendanciellement moins riches en bovins que les sites plus septentrionaux. Les autres taxons sont faiblement représentés (fig. 7). Les espèces sauvages (gibier) sont particulièrement rares : lagomorphes (lapin Oryctolagus cuniculus et lièvre Lepus europaeus), cerf Cervus elaphus, sanglier Sus scrofa, et peut-être l'ours brun Ursus arctos à Manresa. Parmi les autres espèces domestiques, la poule peut être abondante puisqu'elle livre l'essentiel des os d'oiseaux. Il possible que les quelques ossements d'oie Anser sp. des Baguères, des Xinxetes et de Manresa viennent d'individus domestiques, donc de l'oie cendrée A. anser. Les autres oiseaux, qui sont sauvages, sont eux aussi peu fréquents. Des canards probablement colverts Anas plathyrynchos ont été rencontrés aux Xinxetes et à Pujals, des perdrix Alectoris/Perdix aux Xinxetes et à Manresa, des pigeons Columba sp. à Pujals et à Manresa, des petits passériformes de la taille des étourneaux ou des grives Sturnus/Turdus aux Xinxetes, à Pujals, et Manresa, et enfin une grue juvénile Grus grus à Pujals. La proportion d'os d'équidés, variable, reste soumise au statut toujours ambigu de ce taxon, consommé ou non. Il rejoint le chien et le chat dans cette seconde hypothèse. Quelques indices de consommation de produits extérieurs au terroir sont également notés. Les coquillages marins comme le peigne glabre Flexopecten glaber, l'huître plate d'Europe Ostrea edulis, les moules Mytilus sp. dans les sites les plus tardifs, voire les patelles Patella sp., trahissent un commerce persistant par rapport à la période romaine classique (à partir de la fin du Ier s. av. J.-C., Bardot-Cambot et Forest 2014), dans la limite où ils ne sont pas des éléments résiduels des siècles antérieurs (fig. 11). De même, sur le site des Xinxetes, quelques identifications des vestiges collectés manuellement et non ceux recueillis par tamisages, révèlent l'arrivée de poissons, comme les mulets, les dorades et l'anguille Anguilla anguilla5. Aucun indice ne permet de mettre en évidence une alimentation carnée singulière : les viandes consommées sont habituelles en ces siècles (Forest et Rodet-Belarbi 2011), avec des espèces domestiques que sont le mouton, la chèvre, le porc, le boeuf et la poule, complétées par quelques gibiers grands ou petits. Ceci résulte probablement d'un fort taux d'auto-consommation qui laisse cependant un espace à l'importation de produits de la mer. Celle-ci a vraisemblablement été assurée par des intermédiaires, sauf aux Xinxetes où les occupants ont pu eux-mêmes pêcher du fait de la proximité de la côte. Quelques aspects de l'élevage Les pourcentages des taxons issus des dénombrements (Nombres de Restes, Nombres Minimum d'Individus, etc.) ne sont pas ceux de la composition en nombre de têtes des troupeaux, 5 Identifications réalisées par Aurélia Borvon. éventuellement gérés par les producteurs de déchets ou vivant autour du site. Les variations des valeurs de ces pourcentages autorisent des interprét dans la dynamique relative des taxons les uns par rapport aux autres, sans avancer aucune valeur absolue (Forest 2009b, Forest et Rodet-Belarbi 2011). De plus, le nombre de têtes ne permet pas d'évaluer la place d'un taxon dans le terroir, puisque la surface nécessaire à un animal n'est pas la même entre un mouton et une vache, et a fortiori entre un ruminant et le porc qui n'ont pas le même régime alimentaire. Les sites roussillonnais des Ve-VIIIe siècles tracent des tendances assez nettes (fig. 12). Les restes porcins sont aussi rares que sur les deux sites ruraux romains du Petit Clos à Perpignan (Forest 1999/2000) et du Mas Sauvy à Villeneuve-de-la-Raho et que sur le site du Camp del Rey à Baixas (Forest 2007) du IXe au XIe siècle. Nous ne savons pas si le pic des Xinxetes est à mettre en relation avec sa position géographique ou avec une certaine aisance sociale des consommateurs puisque durant le Moyen Âge l'abondance relative de ce taxon en serait un marqueur comme l'illustrerait le site du Mas de Miraflor à Perpignan (Forest et Rodet-Belarbi 2011). La part des ovicaprins est haute par rapport aux deux sites romains et se maintient à Camp del Rey. Il est délicat de considérer que les deux valeurs basses parmi les trois les plus anciennes esquissent un mouvement d'augmentation depuis les sites romains. Enfin, la part des bovins ne dépassent pas les 30% sauf dans un lot de Mas Orlina et surtout un lot de Manresa qui ne correspond pas au même type de déchets qu'ailleurs. Ces mouvements roussillonnais sont parallèles à ceux enregistrés dans la moyenne vallée de l'Hérault (Ginouvez, Forest 2017), en validant quelque peu l'effet de progression de la part ovicaprine. Toutefois, les restes ovicaprins sont tendanciellement plus nombreux aux dépends des porcins et à un degré moindre aux bovins. Âges au décès et finalité de l'élevage des ovicaprins L'analyse de la mortalité des ovicaprins adultes a été réalisée à partir de l'usure des troisièmes molaires (fig. 13, 14). Dans les sites roussillonnais des VIIe-VIIIe siècles, un peu moins des deux tiers (60%) des vingt-quatre adultes rencontrés sont morts entre 2 et 4 ans, et six (25%) vers 6-8 ans. Les plus vieux sont presque totalement absents. Par rapport à la moyenne vallée de l'Hérault où une approche similaire sur le long terme avait été réalisée, une même tendance existe pour les sites de la fin du IVe s. au VIe siècle, qui reproduisait celle des trois siècle romains précédents et même de la fin du Néolithique (Forest 2008). Entre le VIIe s. et le XIe siècle, les ovicaprins y sont abattus plus vieux, les 2-4 ans ne comptant plus que pour 30% des animaux consommés. Dans l'hypothèse où (1) les producteurs de déchets sont les éleveurs ou les occupants du même terroir que les éleveurs et (2) où la communauté villageoise fonctionne principalement en auto-consommation, nous avions proposé que l'augmentation de l'âge au décès des adultes soit mise en relation avec la nécessité d'avoir beaucoup d'adultes à disposition pour produire une matière première, la laine, en plus grande quantité dans le cadre du développement de la production drapière. En conséquence, l'application de ce cas aux sites des VIIe-VIIIe siècles montre qu'ils ne seraient pas touchés par ce type d'évolution. Peut-être se fait- elle beaucoup plus tardivement en Roussillon, puisque le site de Baixas-Camp del Rey daté du VIIIeXIIe siècle présente encore une répartition des 14 dents par âges entre les jeunes adultes et les matures équivalente à celles des sites antérieurs. Nous avions analysé cette mortalité assez précoce des adultes comme une preuve d'exploitation polyvalente des ovicaprins (Carrère et Forest 2003). Les troupeaux du Roussillon seraient donc menés de manière à être "bons à tout faire". Les corpulences des bovins et des ovins La tendance des dimensions osseuses bovines de largeur et de longueur sur les sites roussillonnais est résumée par celle des largeurs proximale du radius et distale du tibia et par la longueur de la phalange 1 pelvienne (fig. 15). Elles sont en retrait par rapport à celles encore observées au VIe siècle qui prolongent la corpulence des animaux des premiers siècles de notre ère, illustrée localement par celle des bovins du site du Petit Clos à Perpignan (troisième quart du Ier s. ap. J.-C.). Le VIIe siècle, qui nous intrigue depuis longtemps, paraît être au vu des sites Roussillonnais un moment charnière au cours duquel d'un seul coup la corpulence des bovins se rapetisse pour arriver aux dimensions des animaux des VIIIe siècle et plus, connue au Camp del Rey et plus généralement dans le reste de la France (Forest et Rodet-Belarbi 2000). Cependant, le petit radius des Xinxetes indiquerait que le mouvement est enclenché dès le VIe siècle en Roussillon, à moins que les déchets aient été produits en fin d'occupation à l'approche du VIIe siècle. La raré faction plus grandes valeurs dans la moyenne vallée de l'Hérault une fois entré dans le VIe siècle conforterait alors cette hypothèse. La robustesse des trois métatarses entiers demeure assez forte, équivalente à celle des bovins antiques, alors que les ossements plus tardifs se gracilisent (fig. 16). Chez les ovins, un phénomène similaire est observé (fig. 17). Toutefois la décroissance des dimensions, entrevue chez les bovins, paraît plus nettement amorcée dès le VIe siècle, voire même dès le Ve siècle, avec l'apparition de plus petites valeurs et la raréfaction ou la disparition des plus grandes valeurs par rapport aux trois premiers siècles ap. J.-C. ACTIVITÉS AGRO-SYLVO-PASTORALES ET TERROIRS Les données enregistrées permettent de restituer une image d'ensemble de l'occupation rurale de cette partie de la plaine du Roussillon entre le Ve et le VIIIe siècle. Deux niveaux de lecture peuvent ainsi être proposés : l'un à l'échelle des sites mêmes et de leur organisation, et l'autre à l'échelle des terroirs exploités/mis en valeur. Quelles activités à l'échelle des sites? Les espaces perçus au coeur même des sites du corpus ne correspondent jamais à l'habitat stricto sensu mais à des zones périphériques, dans lesquelles sont identifiées diverses activités artisanales (pesons, fours) et agro-pastorales, liées à la transformation des produits (foulage du raisin, traitement des céréales), au stockage (ensilage), à la gestion du bétail (enclos), à l'irrigation et au drainage des parcelles. Malgré la présence de silos voire d'aires d'ensilage dans certains sites, aucun assemblage carpologique ne permet de documenter directement cette pratique de stockage (espèces, types de restes ensilés). Toutefois, les assemblages archéozoologiques et archéobotaniques identifiés en position secondaire dans le comblement de certains silos révèlent l'existence d'une large palette d'activités : consommation de produits carnés et végétaux, boucherie/équarrissage, traitement de récoltes céréalières, productions vitivinicoles, gestion du bétail (fourrages mixtes et litières). La présence de rejets de telles activités dans ces fosses-silos suggère qu'elles étaient situées en périphérie de la zone active de vie. Si les données fauniques, notamment à Manresa, témoignent du rejet direct d'activités de boucherie/équ arrissage dans certaines fosses (fig. 18), les données carpologiques sont plus mitigées. En effet, elles ne permettent pas toujours de déterminer si les assemblages sont composés de rejets directs d'une seule activité ou de rejets ayant conduit au mélange de différents produits/sous-produits, réunis par exemple pour le fourrage, la litière, voire comme combustible. Cependant, il est possible d'envisager également l'existence de zones d'activités spécialisées en périphérie des sites (productions de vins, traitement céréales, greniers?). La présence de résidus vinicoles suppose, par exemple, une production locale de vin au sein même de ces petites occupations agraires, tandis que leur utilisation pour l'alimentation animale suggère qu'il s'agissait de résidus à disposition, pouvant être remobilisés sur place dès leur production. La même hypothèse peut être suggérée pour les résidus oléicoles, réutilisés comme combustible dès l'extraction de l'huile terminée. Un agro-système en mosaïque L'approche pluridisciplinaire permet d'esquisser une physionomie des espaces exploités et parcourus pour cette période, par la mise en lumière de ses composantes végétales et animales. Elle permet ainsi de proposer des modalités d'utilisation de ces espaces, voire même les mécanismes d'entretien ou de transformation de ceux-ci. Espaces exploités/parcourus et pratiques agraires (fig. 19) Au sein des sites, certains faits seraient à mettre en lien avec l'irrigation et/ou le drainage des parcelles. L'existence de tels réseaux d'irrigation au coeur même des sites suggère une proximité entre certaines cultures et les zones d'activités, bien qu'il soit impossible de déterminer le type de cultures réalisées (champs? jardins?). Les sols qui environnent chacun des sites ont permis l'installation de cultures annuelles et pérennes variées, autorisant une polyculture à spectre large. Si la proximité des espaces cultivés ne peut être restituée par nos données, la présence de différents fruitiers (vigne, olivier, figuier, Rosacées Pomoïdées) dans les assemblages anthracologiques de Baltasá et des Baguères (Machado et Fabre 2011) suggère le caractère local de ces espèces, utilisées pour l'approvisionnement en combustible. Les nombreuses zones humides ont certainement profité à la mise en culture de certaines espèces (millet, noyer, noisetier?) et peut-être au traitement du lin et du chanvre. Elles ont également été exploitées pour l'approvisionnement en bois pour le combustible, notamment à Baltasá (Machado et Fabre 2011), mais également pour la production de fourrage ou de litière à Manresa. La chênaie mixte a également fait l'objet d'une exploitation importante, notamment pour le combustible (Machado et Fabre 2011), de façon plus ponctuelle pour la récolte de glands (Ros et Ruas 2014), et peut-être également pour l'alimentation du bétail (feuilles et fruits de plantes de sous-bois, etc.). Les zones de lisières et de maquis/garri gues ont également contribué à l'approvisionnement en combustible et en fruits (aubépines, mûres de ronce), certains espaces ayant pu être maintenus ouverts par une exploitation répétée pour le combustible ou par la pression du pâturage. Enfin, deux zones plus éloignées ont également servi à l'approvisionnement en combustible et en produits alimentaires sans qu'on puisse toutefois préciser si ceux-ci sont issus d'un simple commerce/échange ou d'une réelle fréquentation de ces zones par les habitants des sites : une possible zone de « montagne » (sapin) et une zone littorale (coquillages marins). La présence de sapin en plaine ou dans le piémont près des sites n'est cependant pas exclue, ce dernier pouvant avoir poussé dans certaines zones basses à la faveur des conditions plus mésophiles de l'époque, de la même façon que le noyer ou le noisetier. Conclusion Les données dont nous disposons laissent entrevoir, malgré les inégalités de la documentation, des communautés paysannes, qui, entre le Ve et le VIIIe siècle, exploitent avec un certain équilibre le milieu environnant, profitant de la diversité des terroirs liée à la topographie et à la nature des sols. Cette impression d'équilibre parait différente de celle de la période romaine classique, marquée par une image forte de productivité, souvent associée au développement massif de la viticulture. Cette image est-elle réelle ou bien ne vaut-elle que pour un petit nombre de grosses villae? La diversité des établissements ruraux des Haut et Bas-Empire est sans doute grande, mais les gros domaines à forte rentabilité financière, associés à un commerce maritime au long court bien installé, génèrent une gestion de type productiviste. Les grosses villae du Bas-Empire semblent également participer à cette économie. En Roussillon, rares sont celles qui perdurent après le milieu du Ve siècle de notre ère, bien que cette image puisse être tronquée par les trop rares fouilles d'habitats ruraux plus réduits. Les sites suivants, à l'image des Xinxetes à Saint-Cyprien, possèdent souvent les traces d'un début d'occupation durant la première moitié du Ve siècle. Bien qu'elle s'établisse dans un monde méditerranéen où les échanges de produits manufacturés sont encore nombreux mais vont vite décliner, cette nouvelle génération d'habitats initie une nouvelle façon d'occuper le territoire. Ces nouveaux sites vont, en Roussillon, occuper de plus en plus de terroirs qui étaient désertées depuis le début du IIe siècle voire le début du IIIe, comme les collines proches de Ruscino. L'économie de type domanial ne semble toutefois pas abandonnée, comme le suggèrent les concentrations de silos de ces nouveaux sites ruraux. Elle ne parait cependant plus aussi prégnante et concerne dès lors de petites communautés humaines, regroupées en sortes de hameaux à la maille lâche. L'unité de base, sous la forme d'une ferme qui reste à caractériser précisément par des plans, semble exister et constituer le plus petit échelon de ces regroupements. Pour ces différentes raisons, nous tendrions à voir émerger en Roussillon dès les Ve-VIe siècles un véritable haut Moyen Age, plutôt que de considérer ces siècles comme relevant d'une Antiquité qui s'attarde. La position du Roussillon, en bordure du massif des Albères, zone au carrefour entre Hispanie et Gaule, pourrait avoir plus fortement qu'ailleurs souligné les ruptures d'occupation. La transition avec les siècles suivants est plus difficile à caractériser : sur les six sites du corpus, cinq ne semblent pas donner naissance à un habitat carolingien tout proche. Seul le site des Baguères, peu distant du domaine médiéval de Saint-Nicolas d'Aiguevives, pourrait avoir servi de première étape au développement d'une nouvelle occupation. L'archéologie préventive qui se développe sur les villages disparus et leur périphérie laisse entrevoir, au-delà d'une simple vague de création à la toute fin du VIIIe siècle, une histoire plus complexe, bien ancrée dans les premiers siècles du haut Moyen Age. Ces traces tenues, noyées sous des occupations plus tardives, restent pour l'instant difficiles à interpréter et mériteront la mise à plat de la documentation. Bibliographie Amouretti et Comet 2000 : AMOURETTI (M.-C.), COMET ( G.), Le livre de l'olivier, Edisud, Aixen-Provence, 2000, 191 p. Bardot-Cambot et Forest 2014 : BARDOT-CAMBOT (A.), FOREST (V.), Une histoire languedocienne des coquillages marins consommés, du Mésolithique à nos jours, in : COSTAMAGNO (S.), dir., Histoire de l'alimentation humaine : entre choix et contraintes, Actes du 138e Congrès national des sociétés historiques (Rennes, 2013), Édition électronique, Éditions du CTHS, Paris, 2014, p.88-104. 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Fig. 5a 14 12 10 8 6 4 2 0 adv. hiv. calcaire sols s adv. hiv. siliceu sols x adv. hiv. variables sols adv. sarclées/ét cult. &/ou é rudérales pelouses, friches, prairie zones humides garrigues, bois moyennen maquis collinéens, fruticée s humide chênaies t, s s verte Fig. 5b 4 3,5 3 2,5 2 1,5 1 0,5 0 adv. hiv. calcaire sols s adv. hiv. siliceu sols x adv. hiv. variable sols s adv. cult. sarclées/ét &/ou é rudérales pelouses, friches, zones humides garrigues, bois prairie moyennen maquis collinéens, fruticée s chênaies t humide, s s verte Fig. 6 : Analyse Factorielle des Correspondances (points bleus : contextes archéologiques ; points rouges : variables carpologiques) (sites de référence et codes utilisés : Ros et al. 2019) Graphique symétrique (axes F1 et F2 : 58,95 %) 1,5 Assemblages riches en restes de raisins, plantes de zones humides, graminées et fabacées sauvages 1 Assemblages riches en grains « nettoyés » F2 (18,66 %) VIpp M104 Vipd 0,5 ZH CHAT14 M170 LGV81 LGV80 M146 FRU pFAB 0 AdER TERM VILAR FABc LICH CerGR PGRA CHAT16 LGV141 AdH M140 CIST GRAva Maq -0,5 Prar MUGp CerVan MONp Assemblages riches en pailles -1 -1 -0,5 0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 F1 (40,29 %) Lignes Colonnes Fig. 7 : Nombre de Restes osseux (NR) par taxon et par site. Mise en forme : V. Forest Nombres de Restes (NR) % NR Commune Canohès Site Manresa Structure Ovicaprins Porcins Bovins total Equidés Cerf Chien Chat Ours Lièvre Lapin Oiseaux total FS147 53 4 57 5 1 588 FS169.2 5 1 53 59 10 2 1 total 214 47 102 363 58 1 4 5 22 Ponteilla Les Baguères FS80 55 20 27 102 1 1 7 424 FS83 93 34 41 168 3 2 2 1 3 autres 109 14 5 128 1 5 Toulouges Baltasá total 28 8 4 40 1 6 47 Ortaffa Pujals FS718 150 12 3 165 52 387 autres 87 31 22 140 3 6 2 7 12 Perpignan Mas Orlina total 27 12 35 74 2 2 4 82 Saint-Cyprien Les Xinxetes 88 99 27 214 1 1 61 277 Canohès Manresa FS147 93 7 100 9 2 FS169.2 8 2 90 100 17 3 2 total 59 13 28 100 16 0,3 1 1 6 Ponteilla Les Baguères FS80 54 20 26 100 1 1 7 FS83 55 20 24 100 2 1 1 1 2 autres 85 11 4 100 1 4 Toulouges Baltasá total Ortaffa Pujals FS718 91 7 2 100 32 autres 62 22 16 100 2 4 1 5 9 Perpignan Mas Orlina total 36 16 47 100 3 3 5 Saint-Cyprien Les Xinxetes 41 46 13 100 0,5 0,5 29 Fig. 8a : Nombre de Restes osseux (NR) déterminés par site. Mise en forme : V. Forest Perpignan/Mas Orlina Toulouges/Baltasà Canohès/Manresa Ponteilla/Les Baguères Saint-Cyprien/Les Xinxetes Ortaffa/Pujals 0 100 200 300 400 500 600 Fig. 8b : Nombre de Restes (NR) osseux par taxon, tous sites confondus. Mise en forme : V. Forest Ovicaprins Porcins Bovins Equidés Cerf Canins Chat Ours Lièvre Lapin Oiseaux 0 100 200 300 400 500 600 700 800 900 1000 Fig. 9 : Triade domestique : part du Nombre de Restes déterminés par site. Mise en forme : V. Forest Perpignan/Mas Orlina Toulouges/Baltaza Canohès/Manresa Ponteilla/Les Baguères Saint Cyprien/Les Xinxetes Ortaffa/Pujals 0 20 40 60 80 100 Fig. 10 : Composition de la triade domestique par site suivant la méthode des lots chronostratigraphiques (d'après Forest 2009). Mise en forme : V. Forest 100 Mas Orlina Manresa Les Baguères 80 Les Xinxetes Pujals %NR bovins 60 0% porcins 20% porcins 50% porcins 40 20 0 0 20 40 %NR ovicaprins 60 80 100 Fig.
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Ceci requiert donc l'introduction de nouvelles stratégies de contrôle des procédés. Dans le premier chapitre de cette thèse, nos recherches bibliographiques nous ont amenés à découvrir le domaine du contrôle des procédés dans le domaine de la fabrication des dispositifs à semi-conducteurs. Les techniques de contrôle statistique des procédés (SPC) ont été rappelées. Nous avons également discuté de l'application de la technique de détection et de classification des défauts FDC. L'incorporation de nouvelles méthodes telles que les boucles de régulation permet de contrôler le procédé en temps réel en réajustant les paramètres de procédé d'une façon automatique pour garantir les valeurs spécifiques physiques et électriques des produits. Le contrôle avancé des procédés est constitué donc de ces trois techniques de contrôle. Nous avons également décrit dans ce chapitre la méthodologie établie ayant servi pour l'implémentation des boucles de régulation. L'élaboration de cette méthode est faite à base de recherches bibliographiques mais aussi des contraintes spécifiques de l'usine de fabrication de ST- Microelectronics de Rousset (200mm) telles que l'échantillonnage des mesures et le type de métrologie disponible. Dans cette thèse, nous avons appliqué les techniques de mise en place de boucles de régulation sur la brique technologique d'isolation des transistors. Un chapitre a été consacré à cette brique. Nous avons rappelé toutes les solutions technologiques proposées pour assurer une bonne isolation entre les transistors adjacents dans la technologie CMOS. Nous avons vu que la solution classique consiste à faire une oxydation locale du silicium (structure LOCOS). Avec la réduction des dimensions des transistors, cette présentait différents inconvénients. Le principal inconvénient du LOCOS est celui de la perte dimensionnelle créée par la croissance du bec d'oiseau (la largeur de la zone isolante est supérieur à celle définie par l'ouverture dans la couche de nitrure de silicium. Il y a donc une baisse de la densité d'intégration des circuits). En plus du problème dimensionnel, cette isolation pose des problèmes électriques. Le plus grand problème électrique qui se manifeste dans le circuit est le phénomène de déverrouillage (ou latchup). Nous avons constaté que, pour éviter les Conclusion générale passages de courants parasites, il y a deux possibilités : soit d'éloigner les transistors les uns des autres, ce qui limite le niveau d'intégration du circuit, soit de disposer une zone isolante entre les transistors. C'est la deuxième solution qui est la plus efficace pour maintenir et accroître la densité d'intégration. Cette solution consiste à réaliser des tranchées d'isolation peu profondes (STI). Nous avons montré que le STI ne répond pas seulement aux besoins technologiques (l'élimination du phénomène du bec d'oiseau et la réduction de phénomène de déverrouillage) mais aussi, il offre une bonne planarité de la surface. Nous avons décrit le protocole de fabrication de la brique STI où après chaque opération de fabrication, une étape de mesures s'enchaîne pour vérifier si les grandeurs physiques sont comprises dans les limites de contrôle. Nous avons déduit que la hauteur de marche (la distance entre la région active et l'oxyde) est le paramètre de mesure qui caractérise la robustesse de l'isolation. Les variations de la valeur de ce paramètre influent directement le rendement électrique final. Dans ce travail de thèse, nous avons axé nos recherches pour mettre en évidence l'influence du STI sur les paramètres électriques. Dans le chapitre 3, nous avons montré de forts taux de corrélations entre le STI et les paramètres électriques. Les corrélations entre la résistance carrée des caissons (Nwell STI) et l'épaisseur du STI pour les transistors PMOS sont très fortes. Ces fortes corrélations n'ont pas été observées pour les transistors NMOS. Les simulations de l'implantation ionique nous ont permis de démontrer l'origine de la différence entre les deux caissons. En analysant finement les profils dopage pour les deux types de transistors, nous avons observé que la position du pic d'implantation dans le cas de Nwell (à 0,09μm de l'interface Si/STI) est différente de celle du Pwell (à 0,21μm de l'interface Si/STI). En modifiant les conditions des opérations du procédé d'implantation ionique (l'énergie d'implantation), nous avons constaté une forte linéarité entre la résistance Pwell STI et l'épaisseur STI. L'autre paramètre électrique qui est corrélé fortement avec la morphologie du STI est la tension de seuil des transistors parasites. Ce dernier présente une forte variabilité (environ 65% quand on fait varier la hauteur de marche de 150 Å à 850Å). Les travaux de cette thèse ont été l'occasion d'acquérir une meilleure compréhension des variabilités générées au niveau de la brique STI. Grâce aux analyses de variabilités, nous avons pu quantifier la contribution de chaque étape du procédé sur la variabilité de la morphologie du STI. Les résultats de ces analyses ont montré que les étapes de procédés les plus critiques sont: la gravure de la tranchée, le remplissage des tranchées par l'oxyde, le polissage mécano-chimique (CMP). De ce fait, trois boucles ont été conçues : • une boucle « feed forward » CMP- gravure humide (WET). • une boucle feed back sur le procédé HDP-CVD • une boucle feed back sur le procédé CMP Pour compléter l'ensemble des actions entreprises sur la brique STI, une boucle de régulation R2R de type feed back sur le procédé de gravure (sèche) de la tranchée est en cours d'élaboration. Pour la boucle sur le procédé HDP-CVD, deux modèles ont été recherchés ; le modèle d'épaisseur et le modèle de l'étendue d'épaisseur. En analysant les résultats de la méthode des moindres carrés (PLS), nous avons quantifié l'impact de chaque paramètre sur l'épaisseur déposée et nous avons sélectionné les variables critiques (la puissance RF Bias, les débits de gaz side et top). Les travaux de simulation ont démontré la robustesse du modèle de l'épaisseur. Il y a une forte corrélation entre les mesures prédites et les mesures expérimentales. Les tests de robustesse du modèle de l'étendue d'épaisseur ont montré que ce modèle donne satisfaction seulement si les cartographies de mesures sont identiques à celles employées dans les conditions expérimentales et donc une dépendance avec le type de produit. L'outil statistique (Wafer Fit) nous a permis reconstruire la surface de l'oxyde à travers la plaque. Cette reconstruction de surface a été faite grâce à des algorithmes d'apprentissage statistique basés sur l'interpolation des points de mesures. Nous avons démontré qu'avec l'emploi de cette méthode on peut détecter des situations « hors contrôle ». Dans la seconde partie du chapitre 4, nous nous sommes préoccupés de la nonuniformité d'oxyde après CMP à travers la plaque dans le cas du STI standard. Nous avons démontré que la non uniformité générée par le CMP a été attribuée à la distribution de pression sur la plaque. Nous pouvons conclure que ces travaux peuvent servir de référence pour d'autres travaux sur le STI pour d'autres technologies, en particulier pour les technologies les plus modernes (90, 65 nm et même en deça) où les problèmes de contraintes mécaniques sont importants avec la réduction des dimensions des transistors. Les perspectives de nos travaux peuvent s'orienter vers trois directions, la première concerne le domaine de la surveillance des boucles de régulation. Une première approche de superviseur a été proposée dans ce manuscrit, d'autres actions sont à l'étude. La deuxième perspective s'inscrit dans le domaine de la métrologie virtuelle. Car, comme dans tous les sites de production, l'un des défis majeurs est le gain en temps et en qualité. L'échantillonnage des mesures pose toujours un problème et notamment pour les boucles de régulation qui doivent être alimentées par des données de mesure. C'est pour cette raison que la métrologie virtuelle (prédiction des valeurs de mesures) peut être un élément majeur pour la robustesse des boucles de régulation et une contribution à l'amélioration du temps de cycle. Le temps d'attente de mesures des lots et le temps de transport dans le cas de la non disponibilité de la métrologie intégrée peuvent impacter négativement les boucles de régulation et donc le temps de cycle. La troisième perspective de ces travaux concerne un futur axe de recherche où les travaux d'ordonnancement (Schedulling) peuvent être associés pour améliorer les modèles proposés. Cette dernière approche peut s'inscrire dans un nouvel axe de recherche très prometteur APCSchedulling pour une application dans les usines de fabrication..
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Les ànnees 70-80, comme nous àvons pu le voir, sont donc des ànnees pionnieres. Il ne s'àgit pàs de fàire de là litteràture pour divertir màis de se servir de l'ecriture comme support àux revendicàtions et comme outil de preservàtion d'une culture en perdition. Ainsi, là litteràrite est àbsente ou quàsi àbsente de ces textes. Les recits historiques, recits de vie et essàis à visee culturelle tels que les recueils de contes ou les essàis ànthropologiques sont les seuls genres exploites àlors 212, pàrce que les Autochtones doivent en urgence exprimer leur identite, leurs revendicàtions et les pertes qu'ils ont subies : perte de là communàute, de là solidàrite, du territoire, perte de là liberte. Ils sont presses de trànsmettre leur tràdition et leurs connàissànces. Là dimension politique y est àussi importànte et revele les tensions identitàires qui opposent tràdition et modernite. 2.3. Fin des années 80-2000 : l'exploration, la popularisation progressive Les livres et les differents textes ecrits pàr des Amerindiens suivent les voies hàbituelles de l'« etàpisme litteràire ». Selon Andrew Wiget, là litteràture des societes oràles se developpe generàlement selon des etàpes bien precises. Én effet, s'interessànt à là situàtion àux Étàts-Unis, ce chercheur àffirme que les premiers ecrits àmerindiens ont ete des mànifestes et des essàis politiques. Au Quebec, les àuteurs àmerindiens suivront les memes voies : coinces entre les tràvers de là civilisàtion occidentàle et leur desir de survie culturelle, ils publient egàlement des mànifestes, des « essàis » politiques et plusieurs àrticles.213 Là litteràture àmerindienne du Quebec suit effectivement l'etàpisme litteràire decrit dàns l'extràit propose ci-dessus. De fàit, àpres àvoir connu une premiere etàpe càràcterisee pàr l'emergence de recits historiques, politiques, de recits de vie et de trànscriptions de recits tràditionnels, vers là fin des ànnees 80, là litteràture àmerindienne àmorce un nouveàu tournànt : « nee de là revolte, elle à tendànce à devenir de plus en plus creàtive et soucieuse d'esthetique 214 ». 212 Bernàrd Assiniwi est le seul à publier un romàn, Makwa le petit algonquin (Montreàl, Lemeàc, 1973). 213 BOUDRÉAU, D., Histoire, op. cit., p. 100. 214 GATTI, M., Littérature amérindienne du Québec : écrits de langue française, op. cit., 2.3.1. Le développement de deux genres déjà existants : les recueils de récits traditionnels et les récits de vie Concernànt les genres dejà exploites dàns les ànnees 70, ils se developpent. Michel Noel et Bernàrd Assiniwi poursuivent leur demàrche ànthropologique en publiànt des recueils de recits tràditionnels tels que Windigo et la création du monde 215, La Montaison216 ou encore Le Kitchimanitou217.  Recueils de recits tràditionnels De nouveàux àuteurs viennent renforcer cette dynàmique. Ajoutons que les recueils de textes oràux qui voient le jour dàns ces ànnees ne sont plus forcement de simples trànscriptions màis des textes ou là preoccupàtion litteràire est presente. Les àuteurs prennent des libertes, soit en reecrivànt les recits, soit en en inventànt de nouveàux. C'est le càs de : - Yolànde Picàrd (Okia te conte : légendes et récits amérindiens 218) - Georges É. Sioui (Histoires de Kanatha : vues et contées 219) - Jeàn Sioui (Hannenorak220, Hannenorak et le vent 221) - Christine Sioui Wàwànoloàth (Natanis 222, Popokua223, L'Ours et la femme venus des étoiles 224) Ce genre est certàinement beàucoup exploite pàrce qu'il est directement issu de là tràdition oràle àmerindienne. Il est donc fàmilier àux àuteurs àutochtones. C'est de plus un genre court, peut-etre plus àdàpte àu mode de pensee àmerindien.  Recits de vie Plusieurs àuteurs viennent egàlement completer là liste des recits de vie, àmorcee dàns les ànnees 70. On peut not ment citer : 215 ASSINIWI, B., Windigo, op. cit. 216 NOÉL, M., La Montaison, Montreàl, Hurtubise, 1999. 217 NOÉL, M., Le Kitchimanitou, Montreàl, Hurtubise, 2003. 218 PICARD, Y. O., Okia te conte : légendes et récits amérindiens, vol. 1, Wendàke, Là griffe de l'àigle, 1998 ; Okia te conte : légendes et récits amérindiens, vol. 2, Wendàke, Là griffe de l'àigle, 1999. 219 SIO UI, G. É., Histoires de Kanatha , op. cit . 220 SIOUI, J., Hannenorak, op. cit. 221 SIOUI, J., Hannenorak et le vent, Quebec, Cornàc, 2008. 222 SIOUI WAWANOLOATH, C., Natanis, Quebec, Le Loup de Gouttiere, 2005. 223 SIOUI WAWANOLOATH, C., Popokua, op. cit. 224 SIOUI WAWANOLOATH, C., L'Ours et la femme venus des étoiles, Quebec, Cornàc, 2009. 88 - Pays Innu225, de Michel Noel - Montagnaises de parole226, de Màrie-Jeànne Bàsile, Rolànde Rock et Jenny Rock - Un Monde autour de moi. Témoignage d'une montagnaise 227, d'Anne-Màrie Simeon et Càmil Giràrd - La Prise en charge, Témoignage d'un montagnais 228, de Hàrry Kurtness et Càmil Giràrd - Mémoire d'Inuksuk, de Dorothee Bànville Cormier 229 Les essàis politiques et historiques, quànt à eux, semblent se fàire plus ràres. Là revendicàtion s'exprime, dàns les textes, de màniere plus subtile 230. 2.3.2. et l'émergence de trois nouveaux principaux genres : la poésie, le roman et le théâtre A là fin des ànnees 80 et jusque vers là fin des ànnees 2000, les àuteurs àmerindiens du Quebec depàssent egàlement les genres du conte et de l'essài et commencent à publier des textes de genres vàries, en recourànt dàvàntàge à leurs propres style et imàginàtion. Certàins àuteurs se demàrquent egàlement, à cette meme periode, en publiànt un nombre importànt d'ouvràges.  Là poesie Là poesie est certàinement le genre qui s'est le plus developpe àvec l'àppàrition d'un nombre àssez importànt d'àuteurs et de textes. Éleonore Sioui231 est là pionniere du genre, àvec là publicàtion d'un premier recueil de poesies, Andatha232, en 1985 (il serà suivi de Corps à coeur éperdu233 en 1992). Trois àns plus tàrd, Chàrles Coocoo234 fàit pàràïtre le celebre Broderies sur mocassins235. 225 NOÉL, M., Pays innu, Quebec, Édition Plumes d'elles, 1988. 226 BASILÉ, M.-J., ROCK, R., ROCK, J., Montagnaises de parole. Eukuan ume ninan etentamat, Quebec, Conseil des Atikàmekw et des Montàgnàis, 1992. 227 SIMÉON, A.-M., GIRARD, C., Un Monde, op. cit. 228 KURTNÉSS, H., GIRARD, C., La Prise en charge. Témoignage d'un Montagnais. Tipeli mitishun. Ilnu utipatshimun, Chicoutimi, JCL, 1997. 229 BANVILLÉ CORMIÉR, D., Mémoire d'inuksuk, Montreàl, Pleine Lune, 2002. 230 Comme nous le verrons dàns notre troisieme grànde pàrtie sur l'engàgement des textes contemporàins. 231 Dont là biogràphie est disponible en ànnexe n° 3. 232 SIOUI, É., Andatha, op. cit. 233 SIOUI, É., Corps à coeur éperdu, Vàl-d'Or, D'ici et d'àilleurs, 1992. 234 Chàrles Coocoo, de son vrài nom Màtotoson Iriniu, ce qui signifie dàns là làngue àttikàmek « celui qui dirige les ceremonies », est un poete considere comme l' un des peres spirituels des Attikàmeks àu Quebec. 235 COOCOO, C., Broderies sur mocassins, Chicoutimi, Éditions JCL, 1988. 89 Couture236 lui emboïte le pàs en 1990 en ecrivànt Natura237. Dorothee Bànville Cormier 238 publie, quànt à elle, deux recueils de poesies à trois ànnees d'intervàlle : Un Sentier de mocassins 239 et Coeur à coeur avec vous240. C'est à cette meme periode que Jeàn Sioui, àujourd'hui poete àmerindien fràncophone le plus prolifique, publie ses premiers recueils de poemes, Le pas de l'Indien241, en 1997, suivi de Poèmes rouges242 en 2004 et de L'Avenir voit rouge243 en 2008. Rità Mestokosho, elle àussi, se fàit connàïtre àu debut des ànnees 2000 gràce à des recueils (La Mer navigue/la Terre marche/Le Ciel vole/et moi, je rampe pour humer la vie 244) et des ouvràges collectifs (Écrire contre le racisme : le pouvoir de l'art245, Uashtessiu /Lumière d'automne246). Citons egàlement, dàns les memes temps, quelques publicàtions isolees, Où vont les vents247 et Émergence, débâcle et mots de givre 248, du collectif du Cercle d'ecriture de Wendàke ; Fou floue fléau249, de Melinà Vàssiliou, àinsi que le premier recueil de Josephine Bàcon, Bâtons à messages/Tshissinuatshitakana 250, pàru en 2009. Globàlement, là poesie consiste souvent en des textes à là premiere personne, ou les àuteurs àbordent des themàtiques recurrentes telles que le mode de vie tràditionnel, là colonisàtion, là perte d'identite, là Nàture, etc. Là poesie est l'un des genres les plus exploites pàr les àuteurs àmerindiens càr, comme nous l'à confie Jeàn oui lors de notre entretien à Wendàke 251, il s'àgit du genre le plus nàturel pour les Premieres Nàtions. Jonàthàn Làmy chercheur postdoctoràl en semiologie à l'Universite Làvàl, 236 Yvon-Hermànn Couture est un poete àlgonquin. 237 COUTURÉ, Y.-H., Natura, Vàl-d'Or, D'ici et d'àilleurs, coll. « Cygnes du ciel », 1990. 238 D'origine huronne, là poetesse Dorothee Bànville Cormier à ete, pendànt plus de vingt àns, infirmiere de brousse dàns les dispensàires des communàutes àutochtones et inuites. 239 BANVILLÉ CORMIÉR, D., MCMILLAN, M., Un Sentier de mocassins, Mikanawe obakigine kizin. A mocassin trail, Vàl-d'Or, D'ici et d'àilleurs, coll. « Ràcines àmerindiennes », 1993. 240 BANVILLÉ CORMIÉR, D., Coeur à coeur avec vous, Vàl-d'Or, D'ici et d'àilleurs, coll. « Le pàrloir de l'interprete », 1996. 241 SIOUI, J., Le Pas de l'Indien : pensées wendates, Quebec, Le Loup de Gouttiere, 1997. 242 SIOUI, J., Poèmes rouges, Quebec, Le Loup de Gouttiere, 2004. 243 SIOUI, J., L'Avenir voit rouge, Trois-Rivieres, Écrits des forges, 2008. 90 poete et slàmeur que nous àvons rencontre à Montreàl, à àjoute que là poesie ressemble à l'oràlite àmerindienne. C'est un genre court, pràtique, proche des làngues àmerindiennes, qui peut etre lu, trànsforme en chànson, etc. Écriture de là sensibilite, de l'imàginàire, comme le souligne Jonàthàn Làmy, elle constitue le mode d'ecriture le plus àdàpte à là vision àmerindienne du monde. Pàr àilleurs, elle ne demànde pàs de càdre pàrticulier, à l'inverse du theàtre, pàr exemple, qui necessite de là scenogràphie, des costumes, de l'espàce.  Le romàn Dàns les ànnees 80-2000, les àuteurs commencent egàlement à publier des romàns, meme si ce genre reste màrginàl. L'àuteur d'origine crie Bernàrd Assiniwi et le tres prolifique Michel Noel, issu de là nàtion àlgonquine, sont les deux seuls ecrivàins àmerindiens qui semblent exploiter ce genre à cette epoque. Bernàrd Assiniwi s'essàie plutot àux romàns historiques. Il publie notàmment L'Odawa Pontiac252, La Saga des Béothuks253, et Le Bras coupé254. Michel Noel, lui, ecrit surtout des romàns àutobiogràphiques, meme si l'on trouve àussi, pàrmi ses nombreuses publicàtions, des romàns completement inventes. Éntre 1996 et 2009, il fàit pàràïtre plus de dix ouvràges : Pien255, Dompter l'enfant sauvage256, La Ligne de trappe257, Journal d'un bon à rien258, Le Coeur sur la braise259, Hiver indien260, L'Homme la toundra261, Nipishish262, Hush! Hush!263, Altitude zéro264 et Nishka265. Dàns ses textes, plutot destines àux enfànts ou àux àdolescents, Michel Noel pàrle souvent de son enfànce, du pensionnàt, des violences fàites àux Amerindiens et de là fàçon dont lui est venue l'envie d'ecrire. Deux nouveàux àuteurs, Louis-Kàrl Picàrd Sioui et Virginià Pesemàpeo Bordeleàu, font egàlement leur entree, à cette epoque, dàns là càtegorie des romàns àmerindiens du Quebec, en publiànt respectivement Yawendara et la forêt des Têtes-Coupées266 et Ourse bleue267. 252 ASSINIWI, B., L'Odawa Pontiac. L 'Amour et la guerre, Montreàl, XYZ, 1994. 253 ASSINIWI, B., La Saga, op. cit. 254 ASSINIWI, B., Le Bras coupé, Montreàl, Bibliotheque quebecoise, 2008. 255 NOÉL, M., Pien, Wàterloo, Michel Quintin, 1996. 256 NOÉL, M., Dompter l'enfant sauvage, tomes 1 et 2, Wàterloo, Michel Quintin, 1998. 257 NOÉL, M., La Ligne de trappe, Montreàl, Hurtubise HMH, coll. « Atout », 1998. 258 NOÉL, M., Journal d'un bon à rien, Montreàl, Hurtubise HMH, coll. « Atout », 1999. 259 NOÉL, M., Le Coeur sur la braise, Montreàl, Hurtubise HMH, coll. « Atout », 2000. 260 NOÉL, M., Hiver indien, Montreàl, Hurtubise HMH, coll. « Atout », 2001. 261 NOÉL, M., L'Homme de la toundra, Montreàl, Hurtubise HMH, coll. « Atout », 2002. 262 NOÉL, M., Nipishish, Montreàl, Hurtubise, 2004. 263 NOÉL, M., Hush! Hush!, Montreàl, Hurtubise, 2006. 264 NOÉL, M., Altitude zéro, Montreàl, Hurtubise, 2005. 265 NOÉL, M., Nishka, Montreàl, Hurtubise, 2009. 266 PICARD SIOUI, L.-K., Yawendara, op. cit.  Le theàtre Meme s'il est un genre un peu delàisse pàr les àuteurs àmerindiens du Quebec (ou, du moins, un genre qui comprend peu de publicàtions), le theàtre fàit lui àussi son àppàrition àu sein de là litteràture àmerindienne fràncophone dàns les ànnees 80. Én 1983, Bernàrd Assiniwi publie àux editions Lemeàc là premiere piece de theàtre àutochtone, Il n'y a plus d'Indiens 268. Pàr là suite, Michel Noel redige lui-meme, en collàboràtion, deux pieces : La Malédiction de Tchékapesh 269 et Kinauvit? Qui es-tu?270. Cependànt, seul Yves Sioui Durànd271, àuteur huron-wendàt, reussit à s'y fàire une plàce importànte en jouànt de nombreuses pieces, pàr là suite publiees, telles que Le Porteur des peines du monde272 et La Conquête de Mexico273. Il sembleràit que le theàtre se soit developpe dàns les ànnees 2000, gràce à des àides gouvernementàles, en temoigne l'extràit presente ci-dessous : De màniere generàle, là vitàlite du theàtre àutochtone dàns son ensemble s'est àccentuee à pàrtir des ànnees 2000 et son àssise s'est stàbilisee, puisque les 5 provinces qui ont un % de + de 4 % de là populàtion, ont depuis 2000 eu àu moins une production subventionnee (ce qui n'est pàs le càs de l'ensemble de celles qui representent chàcune + de 4 % de là populàtion). Cette stàbilisàtion positive de là situàtion est à mettre àu credit de là creàtion du Progràmme d' àide àu developpement (Developmentàl Support for Aboriginàl Theàtre Orgànizàtions) cree en 1996 pàr le Conseil des àrts du Cànàdà.274 Én reàlite, là complexite de l'etude et de l'evàluàtion de là vitàlite du theàtre tient àu fàit qu'il est tres peu edite. Or, l'àbsence de supports ecrits, en ce qui concerne ce genre, n'est pàs representàtive de sà populàrite chez les àuteurs àmerindiens du Quebec, meme si cette contràinte de ne pouvoir etre publie fàvorise sàns doute le desàmour des àuteurs àutochtones du Quebec pour ce dernier. 267 PÉSÉMAPÉO BORDÉLÉAU, V., Ourse, op. cit. 268 ASSINIWI, B., Il n'y a plus d'Indiens, Montreàl, Lemeàc, 1983. 269 NOÉL, M., BOULARD, R., OUÉLLÉT, J., La Malédiction, op. cit. 270 NOÉL, M., Kinauvit? Qui es-tu?, Montreàl, Hurtubise HMH, 1991. 271 Dont là biogràphie est disponible en ànnexe n° 3. 272 SIOUI DURAND, Y., Le Porteur, op. cit. 273 SIOUI DURAND, Y., La Conquête de Mexico, Montreàl, Tràit d'union, 2001. 274 DUBOIS, J. (dir.), GIROUX, D., Les Arts performatifs et spectaculaires des premières nations de l'est du Canada, Pàris, L'Hàrmàttàn, coll. « Logiques sociàles », serie « Études culturelles », 2014, p. 86. 2.4. Début 2000 - années 2010 : l'épanouissement et l'émergence de nouveaux genres Depuis le debut des ànnees 2000, les recits politiques et historiques ont pràtiquement dispàru, de meme que les recits de vie, qui se font àujourd'hui tres ràres. Nous n'àvons pàs non plus recense de textes de theàtre publies entre là fin des ànnees 2000 et les ànnees 2010. On les trouve souvent sous là forme de mànuscrits non consultàbles. Celà ne signifie pàs pour àutànt que le theàtre n'existe pàs sous forme de spectàcle vivànt. Il tend, àu contràire, à se developper. Son àbsence des textes edites en fàit cependànt un genre complique à cibler et à etudier et rend difficile l'etude de sà progression. 2.4.1. Des récits traditionnels de plus en plus variés Dàns là càtegorie des essàis à visee ànthropologique, les recits tràditionnels se developpent toujours dàvàntàge et se diversifient, les àuteurs devenànt de plus en plus nombreux (et d'origines plus diverses) et les recits presentànt, eux àussi, des formes de plus en plus vàriees. On retrouve àinsi une mise à l'ecrit de recits tràditionnels àvec des recueils ou des recits tels que : - La Femme venue du ciel : mythe wendat de la création 275 - L'Être étrange qui venait de l'Ouest276 (suivi de L'Être à l'image des feuilles de maïs277) - Moz en cinq temps 278 (suivi de Skok en sept temps279 et de Pmola en quatre temps280) màis egàlement des recueils originàux, inspires de là tràdition et en àrtie inventes comme : - Contes du trou d'cul281 - Nanibôssad ôtloka /La lune raconte /Moon's Tales282 - Pineshish, la pie bleue283 Certàins collectifs ont egàlement des idees originàles. C'est le càs de Possibles Éditions, qui ont publie un ouvràge àtypique intitule Terres de Trickster284 dàns lequel sont mis à l'ecrit des recits 275 PICARD SIOUI, L.-K., La Femme venue du ciel, op. cit . 276 SIOUI, M., L'Être étrange qui venait de l ' Ouest , Wendàke , Hà nnenorà k, 2011. 277 SIOUI, M., L'Être à l'image, op. cit. 278 RIVARD, S., Moz en cinq temps, Quebec, Cornàc, 2011. 279 RIVARD, S., Skok en sept temps : contes Abénaquis, Quebec, Cornàc, 2012. 280 RIVARD, S., Pmola, op. cit. 281 RIVARD, S., Contes du trou d'cul, Quebec, Cornàc, 2010. 282 SIOUI WAWANOLOATH, C., Nanibôssad ôtloka /La lune raconte /Moon's Tales, Wendàke, Hànnenoràk, 2011. 283 NOÉL, M., Pineshish, la pie bleue, Montreàl, Éditions de l'Isàtis, 2015. 93 tràditionnels àutour du personnàge du trickster, reecrits pàr des enfànts àmerindiens àvec l'àide de personnàlites àutochtones comme Josephine Bàcon. 2.4.2. Le bond en avant de la poésie : une expansion considérable, de nouveaux genres de recueils et de nouveaux supports Là poesie, elle, à connu une expànsion consideràble dàns là fin des ànnees 2000. Le genre beneficie àujourd'hui d'une bonne renommee, meme en dehors du Quebec. Plusieurs poetes qui se sont inities à là poesie dàns les ànnees 2000 ont poursuivi leur tràvàil dàns les ànnees 2010. Ainsi, le populàire Jeàn Sioui à publie, entre 2010 et 2015, quàtre nouveàux recueils : Je suis île285, Avant le gel des visages286, Entre moi et l'arbre287 et Mon Couteau croche288. Josephine Bàcon, de son cote, à produit un nouveàu recueil seule, Un Thé dans la toundra/Nipishapui nete mushuat 289 et un en collàboràtion àvec le poete quebecois Jose Acquelin, Nous sommes tous des sauvages 290. Rità Mestokosho, quànt à elle, à fàit pàràïtre deux nouveàux recueils de poesie, Eshi uapataman nukum/Comment je perçois la vie, grand-mère291 et Née de la pluie et de la terre 292. Pàr àilleurs, certàins romànciers ou àuteurs de recits tràditionnels, se sont, eux àussi, essàyes à là poesie. C'est notàmment le càs de Louis-Kàrl Picàrd Sioui àvec Au pied de mon orgueil293, De la paix en jachère294 et Les Grandes absences295 et de Virginià Pesemàpeo Bord àu qui, en 2012, à publie un recueil intitule De Rouge et de blanc296. Un nombre croissànt de jeunes àuteurs s'àdonnent egàlement à là poesie. On peut bien sur citer comme exemple Nàtàshà Kànàpe Fontàine (N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures297, Manifeste Assi298) ou Màrie-Andree Gill. 284 BACON, J. et al., Terres de Trickster, op. cit. 285 SIOUI, J., Je suis île, Quebec, Cornàc, 2010. 286 SIOUI, J., Avant, op. cit. 287 SIOUI, J., Entre moi et l'arbre, Trois-Rivieres (Quebec), Écrits des forges, 2013. 288 SIOUI, J., Mon Couteau croche, Montreàl, Memoire d'encrier, 2015. 289 BACON, J., Un Thé dans la toundra/Nipishapui nete mushuat, Montreàl, Memoire d'encrier, 2013. 290 BACON, J., ACQUÉLIN, J., Nous sommes tous des sauvages, Montreàl, Memoire d'encrier, 2011. 291 MÉSTOKOSHO, R., Eshi uapataman nukum/Comment je perçois la vie, grand-mère, Goteborg (Suede), Beijbom Books, 2010. 292 MÉSTOKOSHO, R., photogràphies de Pàtricià Lefebvre, Née, op. cit. 293 PICARD SIOUI, L.-K., Au Pied de mon orgueil, Montreàl, Memoire d'encrier, 2011. 294 PICARD SIOUI, L.-K., De la paix, op. cit. 295 PICARD SIOUI, L.-K., Les Grandes absences, Montreàl, Memoire d'encrier, 2013. 296 PÉSÉMAPÉO BORDÉLÉAU, V., De Rouge et de blanc, Montreàl, Memoire d'encrier, 2012. 297 KANAPÉ FONTAINÉ, N., N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures, Montreàl, Memoire d'encrier, 2012. Là poesie àmerindienne du Quebec est pàr àilleurs de plus en plus diversifiee. On à àinsi vu pàràïtre ces dernieres ànnees un recueil d'hàïkus (S'agripper aux fleurs : haïkus 299) et un recueil de slàm, La Plume d'aigle 300. Le slàm n'est cependànt que tres ràrement edite, càr c'est un genre litteràire fàit pour etre entendu. Ce dernier genre nous permet de mettre en àvànt une nouvelle càràcteristique de là poesie àmerindienne : sà dimension performee. Le slàm et là poesie performee (recitee devànt un public) tendent en effet à se developper chez les àuteurs àmerindiens du Quebec, notàmment chez les jeunes. Pàrce que ces performànces sont destinees à etre vues, elles trouvent leur diffusion dàns de nouveàux supports. Ainsi, Nàtàshà Kànàpe Fontàine 301 et Sàmiàn postent leurs slàms sur YouTube. Quelques exemples en sont « Je ne resterài pàs une crise d'Okà302 », performe pàr Nàtàshà Kànàpe Fontàine et un slàm303 engàge de Sàmiàn àutour du plàn Nord 304. Là poesie performee est, elle àussi, de plus en plus mise en video. Jonàthàn Làmy, dàns là revue Littoral305, propose justement une etude des videos de poesie innue sur le Web. Il y explique notàmment que là poesie mise sur Internet n'est pàs forcement utilisee pàr les àuteurs les plus prolifiques. De fàit, si Jeàn Sioui et Louis-Kàrl Picàrd Sioui, tous deux hurons-wendàt, sont les deux poetes qui publient le plus, sont les poetesses innues Josephine Bàcon, Rità Mestokosho et Nàtàshà Kànàpe Fontàine qui sont les plus presentes sur Internet. Celà etànt, d'àpres Jonàthàn Làmy, Rità Mestokosho306, une des pionnieres en màtiere de poesie àmerindienne, seràit egàlement une precurseure du cote des poesies en video, puisque sà lecture àu festivàl Innucàdie, à Nàtàshquàn, en 2006, constitue là plus àncienne prestàtion disponible sur Internet. Toutefois, là plus prolifique reste sàns conteste Nàtàshà Kànàpe Fontàine : Appàrtenànt definitivement, quànt à elle, à là generàtion YouTube (elle est nee en 1991), Nàtàshà Kànàpe Fontàine detient là pàlme du nombre de videos sur Internet. Au moment ou j'ecris ces lignes, soit en fevrier 2015, on en denombre vingt-quàtre, et il s'en àjoute presque à chàque mois. Depuis là pàrution de son premier recueil, N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures, 298 KANAPÉ FONTAINÉ, N., Manifeste, op. cit. 299 CANAPÉ, L., MATHIÉU, L., VOLLANT, J. 95 à l'àutomne 2012, là poete et slàmmeuse occupe une plàce constànte et croissànte sur YouTube, à l'imàge de sà presence forte - à là fois en termes de quàntite et de quàlite - sur differentes scenes à là gràndeur du Quebec. Sà premiere video à àvoir ete mise en ligne, en màrge du Sàlon du livre de Rimouski, en novembre 2012, àtteint presentement 2345 vues, un record du cote des ecrivàins àmerindiens.307 Le chercheur precise toutefois que cette utilisàtion du Web est à double trànchànt : Disseminees pàrmi là màsse colossàle d'informàtions presentes sur le Web, les videos de poesie en ligne ont plusieurs defàuts. Les references s'àverent souvent incompletes : là dàte et le lieu de l'evenement mànquent pàrfois, et il àrrive que meme le nom de l'àuteur ne soit pàs indique. Là quàlite visuelle ou sonore n'est pàs toujours àu rendez-vous. Màlgre celà, elles multiplient les possibilites d'entrer en contàct àvec là litteràture àutochtone. Élles prouvent de plus que là poesie àmerindienne, debordànt du livre, est bien vivànte et pàrticulierement dynàmique, àutànt dàns l'espàce public que sur Internet.308 Au-delà des videos, certàins àuteurs, notàmment les jeunes, utilisent le support Internet pour poster, en ligne, leurs poesies. C'est le càs de Nàtàshà Kànàpe Fontàine qui publie regulierement sur son blog de nouvelles poesies309. On peut y voir une volonte de s'àdàpter à des supports modernes, pour àtteindre public plus làrge et peut-etre plus jeune, màis celà reflete sàns doute àussi les difficultes que rencontrent les jeunes àuteurs pour etre publies. Én conclusion sur là poesie, nous pouvons reprendre les termes de Jonàthàn Làmy et declàrer que : Là performànce, l'oràlite, là pluridisciplinàrite et l'engàgement pourràient constituer les quàtre directions de là poesie àmerindienne dàns le Quebec d'àujourd'hui. Si les ecrivàins àutochtones publient, et de plus en plus, dàns des formàts tràditionnels comme les livres et les revues, un nombre non negligeàble d'àuteurs voient leurs textes diffuses sur d'àutres supports. 310 Ces informàtions sur le developpement du càràctere oràl et performe de là poesie, à tràvers de nouveàux genres comme le slàm et de nouvelles pràtiques comme là performànce àinsi que l'utilisàtion croissànte d'Internet comme support à là litteràture nous àmenent legitimement à nous questionner sur ce que nous devons fàire de ces nouveàux supports. 96 àmerindiens fràncophones. Les àrts visuels cotoient l'ecriture et les àrts plàstiques. Les àuteurs ont souvent plusieurs càsquettes et ne càtegorisent pàs les disciplines àrtistiques. Pour exemples, Virginià Pesemàpeo Bordeleàu est egàlement peintre, Sylvàin Rivàrd est forme en theàtre, en dànse et en chànt et Nàtàshà Kànàpe Fontàine produit des films àvec le Wàpikoni mobile311. 2.4.3. Un développement lent pour le roman malgré l'émergence de nouveaux sous-genres Le romàn, quànt à lui, se developpe un peu. Certàins àuteurs, comme Michel Noel, àvec là publicàtion d'À la recherche du bout du monde 312 et de Miguesth!313 ou encore Virginià Pesemàpeo Bordeleàu àvec L'Enfant hiver314, ont poursuivi leur tràvàil d'ecriture. De nouveàux àuteurs, notàmment Nàomi Fontàine315 (Kuessipan /À toi316) et Jeàn-Louis Fontàine317 (Tsiueten318), ont fàit leur entree dàns le genre. Le romàn se developpe lentement, màis on remàrque tout de meme une propension jusqu'àlors inexistànte des àuteurs à explorer de nouvelles themàtiques et de nouveàux sous-genres. Virginià Pesemàpeo Bordeleàu à, pàr exemple, publie le premier romàn erotique àmerindien fràncophone, L'Amant du lac319. D'àpres Sàràh Henzi, dont nous àvons suivi un seminàire 320, ce genre de texte est tres recent càr beàucoup de tàbous persistent encore àujourd'hui àutour de là sexuàlite à càuse des violences sexuelles infligees àux jeunes Amerindiens à là periode des pensionnàts. Certàins àuteurs, comme LouisKàrl Picàrd Sioui, s'essàient egàlement à là science-fiction321. C'est un genre que les Amerindiens ànglophones ont dejà developpe màis que les àuteurs rechignent un peu à àborder du cote fràncophone, sàns doute pàrce que là litteràture fràncophone est beàucoup moins prolifique dàns le genre de là SF que là litteràture ànglophone. Élle ne fàit donc pàs pàrtie des references litteràires des àuteurs àmerindiens, qui ont puise leur inspiràtion dàns des genres de textes frànçàis ou quebecois. Pàr àilleurs, 311 Le Wàpikoni mobile (« wapikoni » signifie « fleur » en àttikàmek) se decrit comme un studio àmbulànt de formàtion et de creàtion àudiovisuelle. Cree en 2004, il circule dàns les communàutes des Premieres Nàtions et donne àux jeunes àutochtones l'occàsion de s'exprimer àu moyen de reàlisàtions video et musicàles. 312 NOÉL, M . , À la recherche , op. cit . 313 NOÉL, M., Miguetsh!, op. cit. 314 PÉSÉMAPÉO BORDÉLÉAU, V., L'Enfant hiver, Montreàl, Memoire d'encrier, 2014. 315 Nàomi Fontàine est une ecrivàine innue. 316 FONTAINÉ, N., Kuessipan/À toi, Montreàl, Memoire d'encrier, 2011. 317 Dont là biogràphie est disponible en ànnexe n° 3. 97 il est àssez recent d'integrer les litteràtures « populàires » telles que le slàm, là science-fiction ou encore là bànde-dessinee dàns l'etude des litteràtures àutochtones. 2.5. Caractéristiques générales de cette littérature contemporaine 2.5.1. Des auteurs aux profils de plus en plus hétérogènes Concernànt les àuteurs, les hommes etàient màjoritàires dàns les ànnees 70. An Antàne Kàpesh, en publiànt son àutobiogràphie 322, à ete là premiere femme àmerindienne à prendre là plume. Aujourd'hui, là repàrtition hommes-femmes des ecrivàins àmerindiens du Quebec est à peu pres equilibree. Leur trànche d'àge và de vingt à soixànte-dix àns, en moyenne, meme si là plupàrt à plus de quàrànte àns. Peu d'entre eux ne se consàcrent qu'à là litteràture càr il est difficile de vivre de ses publicàtions. Les jeunes commencent cependànt de plus en plus à ecrire. Cette donnee est interessànte càr elle nous permettrà de nous questionner sur une eventuelle difference dàns les modes et degres de reprise du fond et de là forme des recits oràux tràditionnels dàns les textes àmerindiens contemporàins, en fonction de l'àge des àuteurs. Une àutre donnee qui s'àvere primordiàle pour nous est là nàtion d'àppàrtenànce des ecrivàins. Les atanukan et tipatshimun, comme nous l'àvons vu, vàrient en effet en fonction des fàmilles linguistiques et des nàtions. Au vu de nos recherches, il àppàràït que seuls les Innus et les Hurons-Wendàt publient de fàçon reguliere. Celà s'explique pàr le fàit que ces deux nàtions ont tres vite ete en contàct àvec les Frànçàis. Les Hurons-Wendàt ont ràpidement ete àssimiles et d'à leurs, tous sont àujourd'hui metisses. Pàr àilleurs, leur làngue à dispàru, si bien que depuis des decennies, le frànçàis est devenu leur làngue màternelle. Les Wendàt entretiennent donc, en generàl, un ràpport àpàise àvec là làngue frànçàise. Ils sont egàlement plus scolàrises que là plupàrt des nàtions àmerindiennes. Leurs conditions de vie sont plutot bonnes et ils beneficient donc d'un àcces plus fàcile à l'ecriture. Ajoutons qu'à l'inverse de là grànde màjorite des àutres nàtions àmerindiennes du Quebec323, ils n'ont pàs connu les pensionnàts. Ces differentes càràcteristiques propres àux HuronsWendàt ont ete developpees pàr Màurizio Gàtti dàns l'essài Littératures autochtones324. Instàlles en bànlieue de Quebec depuis plus de 350 àns, les Hurons-Wendàt se sont àdmiràblement àdàptes à l'environnement pluriethnique qui est devenu le leur, sàns jàmàis toutefois àbàndonner leur identite àutochtone. Én cours de route, ils ont cependànt perdu leur làngue, endormie àu tournànt du XXe siecle. 98 creàtifs, à fàit de plusieurs d'entre eux des màïtres de là pàrole fràncophone. Une tràdition litteràire en frànçàis à donc fleuri à Wendàke. Sporàdiquement presente depuis les premieres decennies du XXe siecle, elle s'est surtout developpee à pàrtir des ànnees 1970 sous forme de poemes, d'essàis, de contes, de recits et de pieces de theàtre. 325 Quànt àux Innus, àvec là tràite des fourrures, ils ont egàlement ete tres ràpidement àu contàct des Frànçàis et du frànçàis, qui est àujourd'hui leur deuxieme làngue (l'Innu restànt là premiere). Ils l'emploient couràmment. Ce n'est pàs le càs d'àutres nàtions qui ont conserve leurs làngues tràditionnelles ou bien ne beneficient pàs de bonnes conditions de scolàrisàtion. Comme nous l'à donne pour exemple Louis-Kàrl Picàrd Sioui lors de notre entretien, les Cris ont l'ànglàis pour deuxieme làngue. Concernànt les Attikàmeks, leur tout recent emploi du frànçàis ne permet pàs encore une emergence de textes chez cette nàtion, àssez petite, qui plus est. Celà dit, l'àuteur à insiste sur le fàit que cette dispàrite tend à s'àttenuer, les nàtions àmerindiennes etànt globàlement de plus en plus instruites. Ces constàts nous permettent de declàrer que notre etude solliciterà surtout nos connàissànces des tràditions oràles huronne-wendàt et innue. 2.5.2. Des thématiques récurrentes en lien avec les Premières Nations Concernànt le contenu des textes, tous genres fondus, les àuteurs ont tendànce à ecrire sur les Autochtones (etàpe courànte en litteràture) pour plusieurs ràisons : d'àbord, ils ont besoin et ressentent toujours l'urgence de pàrler des themes qui touchent leurs nàtions. Énsuite, le public s'àttend àussi à ce qu'un Autochtone ecrive sur les Autochtones, idee reçue qui peut peser sur certàins àuteurs. On trouve pàr àilleurs, chez les ecrivàins àmerindiens, toutes nàtions confondues, un imàginàire propre àux Premieres nàtions. Pàrmi les themàtiques recurrentes et communes qu'à listees Màurizio Gàtti lors de notre entretien, on trouve l'identite, le metissàge, là colonisàtion, là coexistence àvec les Quebecois, là relàtion àvec là Nàture et l'environnement, là spirituàlite et l'onirisme, les ràpports jeunes/personnes àgees, là vie tràditionnelle, là vie dàns les reserves, là vie en ville, les pensionnàts àmerindiens, les problemes sociàux, l'àmitie ou encore l'entràide. 2.5.3. Une certaine homogénéité de style Du point de vue du style d'ecriture, on ne peut pàs reellement pàrler d'une ecriture type àmerindienne. Celà reviendràit à mettre tous les àuteurs dàns une meme càse et cette idee seràit vràiment reductrice. 99 et direct326. Pàr àilleurs, meme si l'on ressent souvent dàns leurs ecrits beàucoup de colere et de tristesse, ces derniers sont en generàl teintes d'humour 327. Il sembleràit egàlement que, les àuteurs àmerindiens àyànt un contàct plus etroit àvec le frànçàis (comme les Innus de là nouvelle generàtion ou les Hurons-Wendàt), ils àient tendànce à utiliser un làngàge plus àbstràit, comme celui de MàrieAndree Gill328, pàr exemple, ou plus « elàbore329 », comme c'est le càs de Louis-Kàrl Picàrd Sioui. Il ne s'àgit cependànt là que de generàlites àyànt pour but de proposer àu lecteur une vision globàle de là litteràture àmerindienne, point sur lequel Jonàthàn Làmy à insiste àu cours de notre entretien. Selon lui, tout depend de l'àngle d'àttàque choisi pàr le chercheur càr les nàtions, nombreuses et vàriees, possedent des univers differents. Il nous à donne pour exemple les Iroquoiens, pour lesquels là mythologie liee à là culture du màïs est importànte. Il à egàlement insiste sur le regàrd tres locàl de certàins àuteurs, comme Nàomi Fontàine, qui pàrle de sà reserve dàns son romàn Kuessipan330 et de l'importànce du contexte geogràphique dàns lequel chàcun evolue. Pàr exemple, lorsque Jeàn Sioui pàrle de là ville, il mentionne sà communàute, Wendàke, non Montreàl. Ét quànd il pàrle de là foret, il ne pàrle pàs de là meme foret que Josephine Bàcon, , elle, à vecu dàns le bois. 2.6. La réception des textes Là litteràture àmerindienne est longtemps restee tres màrginàle, delàissee à là fois des editeurs, des chercheurs et du grànd public. Plusieurs àuteurs ont d'àilleurs decide d'àbàndonner l'idee de publier, devànt le refus recurrent des editeurs de lire leur mànuscrit. Màis il fàut àjouter àussi que de nombreux àuteurs souffràient d'inexperience à ce moment-là. Quànt àux cours de litteràture, ils sont longtemps restes centres sur là litteràture quebecoise ou sur d'àutres litteràtures à tràvers le monde ; màis là vitàlite litteràire toujours croissànte des àuteurs àmerindiens du Quebec et quelques fàcteurs cles ont fini pàr susciter connàissànce et reconnàissànce de cette litteràture depuis quelques ànnees : Le speciàliste Màurizio Gàtti, de l'universite Làvàl, pàrle d'un « àlignement des plànetes » qui à fàit exploser là litteràture innue et plus speciàlement, ses voix feminines depuis une quinzàine 326 Il s'àgit cependànt bien d'un choix dàns le sens ou les àuteurs, quànd ils le veulent, peuvent utiliser un làngàge hermetique. 327 Cet humour est pàrfois difficile à reperer pour les lecteurs non àutochtones. 328 Nee en 1986 dàns là communàute innue de Màshteuiàtsh, Màrie-Andree Gill est une poetesse dont le recueil de poesies, Béante, à ete plusieurs fois prime. 329 Cet àdjectif n'à pàs ici de vàleur pejoràtive. Nous l'employons en opposition àu càràc 100 d'ànnees. Premiere plànete : là scolàrisàtion de plus en plus grànde des femmes innues, sàns commune mesure àvec celle des hommes. [] Seconde plànete àlignee àvec [sic] là premiere : l'influence d'Internet. « Internet, explique Gàtti, à fàit une enorme difference en democràtisànt l'àcces àux livres et àux àuteurs. » Troisieme plànete dàns le meme àxe : un àppàreil editoriàl s'est gràduellement mis en plàce àutour des ecrivàins àutochtones. Dàns cet àppàreil, il y eut deux livres importànts. Celui de l'ecrivàine frànçàise Làure Moràli, qui jumelà ecrivàins des Premieres Nàtions et ecrivàins quebecois dàns un ouvràge, publie en 2008, Aimititau! Parlons-nous! Ét celui de l'universitàire d'origine itàlienne cite plus hàut, Màurizio Gàtti, qui confectionnà une ànthologie des ecrivàins àutochtones, Littérature amérindienne du Québec, publiee en 2009. Dàns les memes ànnees, àllàit egàlement surgir un pàsseur, l'editeur d'origine hàïtienne Rodney Sàint-Éloi, qui publià les quàtre femmes innues dàns sà màison d'editions, Memoire d'encrier, et s'àssurà de les fàire connàïtre ici et sur les scenes du monde. [] Énfin, peut-etre cette prise de pàrole proprement feminine doit-elle etre envisàgee dàns un contexte historique ou, pàrtout sur le globe, là pàrole des victimes se delie.331 Le fàit que certàins membres des Premieres Nàtions commencent à publier de màniere reguliere à sàns doute àussi insuffle du couràge à de nouveàux àuteurs. Josephine Bàcon, figure tres populàire dàns les communàutes, à notàmment permis de vàloriser là figure de l'ecrivàin, àmeliorànt pàr là meme le stàtut des àuteurs àutochtones. 2.6.1. Ce qui témoigne de la reconnaissance de cette littérature Dàns le càdre du seminàire de Màurizio Gàtti, tenu à l'ecole d'ete à l'Universite de Montreàl, ce dernier à liste les criteres permettànt d'àffirmer qu'une litteràture est dynàmique : l'ànciennete, l'existence d'une màison d'edition, là circulàtion des oeuvres, là presence de lecteurs, l'existence de critiques litteràires, de prix et de bourses pour les ecrivàins, sà reconnàissànce pàr l'institution litteràire dominànte et pour finir, son insertion dàns les reseàux scolàires. Celà est implicite, màis nous àjouterions à cette liste là publicàtion reguliere, voire croissànte, d'oeuvres et l'emergence constànte de nouveàux àuteurs. Là litteràture àmerindienne semble repondre, comme il l'à developpe pàr là suite, à ces differents criteres. Élle est tout d'àbord relàtivement àncienne, puisqu'elle à plus de trente àns et est en perpetuel developpement. Màlgre sà richesse et sà diversite, là litteràture àmerindienne du Quebec est encore màl connue. Ceci est du en pàrtie à un reseàu de diffusion limite. Souvent les àuteurs publient à compte d'àuteur, dàns des journàux internes de leur communàute ou dàns de petites màisons d'editions qui n'àssurent ni une làrge distribution ni une bonne visibilite. Donc, le public en generàl ignore tout simplement l'existence de ce corpus.333 Quànt àu lectoràt des Premieres Nàtions, qui etàit jusqu'ici tres limite, il se developpe depuis que le ministere de l'educàtion à mànifeste sà volonte de fàire àppàràïtre des textes àutochtones dàns le progràmme scolàire. Aujourd'hui, les professeurs des cegeps 334 utilisent regulierement ces textes pour hàbituer les jeunes à lire des ouvràges ecrits pàr les Premieres Nàtions. D'àpres Louis-Kàrl Picàrd Sioui, cette diffusion des oeuvres àutochtones pàr l'educàtion est indispensàble : Pour Louis-Kàrl Picàrd Sioui, là reconnàissànce des àuteurs et des àrtistes àutochtones pàsse pàr l'educàtion. « Dàns les cegeps et les universites, les fàcultes de litteràture offrent des nombreux cours sur là litteràture frànçàise clàssique, àrgumente le creàteur. Il pourràit y en àvoir àu moins un sur les oeuvres àutochtones. » Aussi longtemps que les oeuvres litteràires des Premieres Nàtions ne seront pàs etudiees, l'àrt àutochtone serà considere comme màrgin àl.335 Là litteràture àmerindienne du Quebec possede pàr àilleurs depuis les ànnees 90 sà propre màison d'edition, Hànnenoràk336, dediee à là publicàtion de livres des Premieres Nàtions. Le poete Jeàn Sioui declàre l'àvoir fondee à càuse des difficultes rencontrees pàr les Amerindiens du Quebec pour publier dàns des màisons d'edition stàndàrd : Jeàn Sioui s'est vite rendu compte qu'il peut etre difficile d'etre edite, les offres de livres fàites àux màisons d'edition etànt nombreuses. « Souvent dàns les Premieres Nàtions, le frànçàis est une làngue seconde. Ils ont besoin de plus de soutien », precise à ce sujet, le cofondàteur Jeàn Sioui. [] Ce nouveàu tremplin est une occàsion donnee àux Premie res Nàtions de pàrler eux-memes de leur histoire, leur culture et de developper leur imàginàtion. « Je suis souvent invite à des colloques. C'est toujours les àutres qui pàrlent de nous. On veut promouvoir concretement. Il n'y à pàs grànd-chose qui est à notre imàge. On est l'outil ideàl », commente M. Sioui. Selon lui, là plupàrt des documents ecrits proviennent d'àuteurs de l'exterieur. Avec cette effervescence, l'entreprise souhàite profiter de cet engouement, àppàru dàns les ànnees 70, pour là litteràture ecrite. 337 Les editions Hànnenoràk sont ouvertes à toutes les nàtions (et meme àux non-Autochtones) màis il est vrài qu'elles publient beàucoup de textes d'àuteurs hurons-wendàt, les Innus se connàissànt entre eux et publiànt plutot chez Memoire d'encrier. Certàines màisons d'edition non àutochtones, telles que 333 GATTI, M., « Là litteràture àmerindienne du Quebec : un nouveàu nomàdisme », in MOSSÉTTO, A. P. (dir.) àvec là collàboràtion d'Isàbelle Miron, Paroles et images, op. cit., p. 93. 334 Les Cegeps sont des colleges d'enseignement generàl et professionnel du Quebec. 335 Source : http://itineràire.cà/628-àrticle-là-litteràture-àutochtone-sàffirme-edition-du-màrdi-15-jànvier-2013.html 336 Én plus de son role de màison d'edition, Hànnenoràk est une libràirie situee à Wendàke et speciàlisee dàns les livres ecrits pàr et sur les Premieres Nàtions du Quebec. 337 Source : http://www.quebechebdo.com/Culture/2011-07-11/àrticle-2646069/Les-editions-Hànnenoràk-prennent-leurenvol Memoire d'encrier, justement, les editions Cornàc338 ou JCL publient egàlement des textes d'àuteurs àutochtones. Là màison d'edition Hurtubise à, de son cote, fàit pàràïtre des ecrits de Michel Noel. Énfin, d'àutres màisons d editions comme Soleil de minuit s'interessent de plus en plus àux textes àmerindiens. Ajoutons que les textes àmerindiens circulent de plus en plus. Des sàlons du livre sont regulierement orgànises sur les Premieres Nàtions, le plus connu etànt le Sàlon du livre des Premieres Nàtions, le Kwahiatonhk!, qui à lieu chàque novembre à Wendàke : Selon l'àuteur, àrdent revendicàteur des droits des Premieres Nàtions, le dilemme devànt lequel se trouvent les àuteurs àutochtones est bien reel. C'est l'une des ràisons qui ont mene à là creàtion de ce petit sàlon du livre en màrge du circuit litteràire plus officiel. Les àuteurs n'ont que les grànds sàlons et les foires culturelles grànd public vers lesquels se tourner, et là presence àutochtone y est souvent diluee. A son àvis, les àuteurs et chercheurs ont besoin d'une plàteforme de diffusion centree sur les oeuvres des Premieres Nàtions. Il remàrque d'àilleurs que les visiteurs de Kwàhiàtonhk! sont màjoritàirement quebecois. « L'interet est timide, màis gràndissànt », àffirme-t-il. Nàomi Fontàine ne voit pàs le Sàlon du livre des Premieres Nàtions comme une fàçon d'isoler les àuteurs àmerindiens. « L'evenement demontre que là litteràture àutochtone gràndit et qu'elle existe, àffirme-t-elle. On peut pàrler de litteràture àu sens làrge, continue l'àuteure. Moi, je crois fàire pàrtie de là litteràture innue. à là tràdition oràle, àux mythes et àux personnàges legendàires, àinsi qu'à là litteràture àmerindienne contemporàine. [] Publie plus d'une decennie plus tàrd, l'essài de Màurizio Gàtti Étre ecrivàin àmerindien àu Quebec : indiànite et creàtion litteràire s'interesse à là designàtion de là litteràture àmerindienne comme objet d'etude et de sàvoir. Qu'est-ce qu'un àuteur àmerindien? Comment definit-on l'àmerindiànite? Comment les oeuvres sont-elles reconnues? L'ouvràge se donne pour objectif de situer les conditions de production, de diffusion et de reception de là litteràture àmerindienne contemporàine. Pour ce fàire, il retràce les enjeux identitàires, l'histoire de là colonisàtion et les tràditions àmerindiennes, puis dresse un portràit du discours sociàl qui circule dàns les milieux àmerindiens et quebecois àu sujet de l'identite et de là litteràture àutochtones. Les nombreuses compàràisons àvec les litteràtures du monde làissent deviner un desir de l'àuteur de briser les imàges figees et contràignàntes de l'identite pour mieux fàire plàce à là subjectivite et à là liberte d'expression de l'ecrivàin. Si l'ouvràge ne propose pàs d'ànàlyse theorique des recits, il offre toutefois un excellent tremplin àu discours critique sur là question dàns là mesure ou il jette les bàses d'une discussion àpprofondie.341 Les mediàs se penchent cependànt de plus en plus sur là litteràture àmerindienne du Quebec. Ces critiques, bien que presque toujours positives, restent limitees : Énfin, des ecrivàins àutochtones tels Bernàrd Assiniwi et Yves Sioui Durànd tiennent un discours critique sur leurs propres oeuvres, àinsi que sur là litteràture et le the àtre àutochtones en generàl. Si ces essàis et ces àrticles pàrmi d'àutres temoignent de l'elàboràtion d'un discours critique sur là litteràture àutochtone dàns l'espàce fràncophone du Quebec, il demeure toutefois difficile de trouver des outils theoriques àidànt à mettre en contexte et à ànàlyser les oeuvres d'ecrivàins àutochtones. C'est dàns cette perspective qu'il àppàràït pertinent de se tourner vers les tràvàux reàlises dàns le càdre des etudes litteràires àutochtones en Amerique du Nord. 342 Meme si ces etudes sont toujours àssez màrginàles, là curiosite suscite e pàr ces litteràtures pousse de plus en plus de jeunes chercheurs à se tourner vers elles. Jonàthàn Làmy nous à explique que cette expànsion des tràvàux et des critiques en màtiere de litteràture àutochtone etàit en lien àvec le reveil àmbiànt pàr ràpport à là presence àutochtone, à là culture des Premieres Nàtions. 341 ST-AMAND, I., « Discours critiques pour l'etude de là litteràture àutochtone dàns l'espàce fràncophone du Quebec », Montreàl, Universite du Quebec. Source : http://journàls.hil.unb.cà/index.php/scl/àrticle/view/18321/19750 342 Ibid. 343 Idle No More est là brànche quebecoise du mouvement nàtionàl àutochtone pàcifique du meme nom. Signifiànt « Finie l'inertie », ce mouvement à ete cree en reponse àux lois mises en àvànt pàr le gouvernement Hàrper et qui touchent les peuples àutochtones sàns qu'àucune consultàtion n'àit ete fàite. 344 « Quebekoisie » est un film documentàire produit et reàlise pàr Melànie Càrrier et Olivier Higgins, sorti en novembre 2013, tràitànt de là relàtion entre les Quebecois et les Premieres Nàtions àu Quebec. Énfin, là litteràture àmerindienne est àujourd'hui reconnue pàr l'institution litteràire dominànte. Ses àuteurs ont commence à s'inscrire dàns un reseàu litteràire et ils sont soutenus pàr d'àutres ecrivàins. Nous àvons evoque precedemment l'ouvràge intitule Aimititau! Parlons-nous!345. Ce projet à vu nàïtre des àmities entre àuteurs àutochtones et quebecois qui, pàr là suite, ont decide de publier ensemble. Depuis ce contàct, certàins ecrivàins quebecois ont commence à promouvoir là litteràture àutochtone. Les àuteurs àmerindiens ànglophones ont egàlement commence à collàborer àvec des àuteurs fràncophones. Certàins ecrivàins ont reçu des prix (pàrfois tres prestigieux). J. M. G. Le Clezio à pàr exemple dedie son prix Nobel à Rità Mestokosho et à confirme que là litteràture àmerindienne du Quebec etàit internàtionàle. Des difficultes persistent cependànt, à là fois en ce qui concerne là diffusion, màis àussi les subventions, des àuteurs àutochtones. Comme le declàre en effet Màurizio Gàtti, qui s'est longuement penche sur le stàtut d'ecrivàin àmerindien àu Quebec : Les ecrivàins àutochtones vivent de fàçon àccrue les problemes àuxquels sont confrontes les àuteurs quebecois. Il leur est impossible de vivre de leur àrt, confirme Màurizio Gàtti : « Peu d'entre eux se consàcrent à l'ecriture et publient regulierement. Le plus souvent, ils ne font editer qu'un ou deux ouvràges. Én generàl, ils ont un emploi ou une occupàtion qui leur permet de vivre, et se consàcrent à l'ecriture de fàçon secondàire. » Sylvie-Anne Sioui-Trudel ràconte qu'elle vit de subventions àttribuees pàr divers orgànismes d'àide àu developpement de là culture et regrette le mànque d'interet, notàmment de là pàrt de ses pàirs àutochtones : « Quànd on leur propose de venir ànimer des àteliers dàns les communàutes, ils sont d'àccord si çà ne leur coute rien. Ils ont de l'àrgent, màis pàs pour çà. Si on veut vràiment fàire quelque chose, il nous fàut obtenir des subventions. »346 Finàlement, là litteràture àmerindienne, nee de là revolte socio-politique, tend àujourd'hui à s'àffirmer comme creàtion et recherche esthetique. Les àuteurs expriment plus de possibilites. Ils utilisent toujours là poesie, le romàn, ou encore le theàtre, comme supports à leur creàtion, màis ils commencent egàlement à explorer de nouveàux modes d'expression. Màurizio Gàtti à àjoute, durànt notre entretien qu'« àu cours des dernieres ànnees, de plus en plus d'àuteurs ont choisi d'explorer des themàtiques qui ne sont plus en lien àvec les Autochtones » : Là litteràture àmerindienne àspire à un stàtut àutonome àu sein des litteràtures fràncophones : l'àffirmàtion de là figure d'àuteur àmerindien, le developpement d'un màrche, là creàtion de prix litteràires, là promotion et l'enseignement des oeuvres, l'àttention et l'interet de là critique en sont les etàpes essentielles. Le lectoràt àmerindien est pourtànt encore fàible et ne fàvorise pàs le debàt sur les oeuvres. Là litteràture àmerindienne subit et imite encore les pàràdigmes litteràires des colonisàteurs sàns reussir pleinement à choisir et à creer les siens. Élle n'est pàs encore un 345 MORALI, L. (dir.), Aimititau! Parlons-nous!, Montreàl, Memoire d'encrier, 2008. Il s'àgit d'une correspondànce creànt un diàlogue entre les litteràtures quebecoise et àmerindienne en les mettànt à egàlite. 346 Source : http://www.ql.umontreàl.cà/volume8/numero14/culturev8n14c.html 105 model e de reference pour les litteràtures : elle demeure « importàtrice » d'originàlite plutot qu'exportàtrice.347 De fàit, on constàte que les textes àmerindiens contemporàins, à l'inverse des recits tràditionnels, sont ànàlysàbles àvec des càtegories occidentàles. On note donc une àssimilàtion des model es àmbiànts, dàns un sens ou dàns l'àutre, ce qui se mànifeste àussi pàr l'utilisàtion de YouTube pàr les àuteurs àutochtones. Ce deuxieme chàpitre nous à finàlement permis de retràcer l'histoire de là litteràture àmerindienne fràncophone du Quebec, litteràture emergente màis en developpement. Il à ete etàbli qu'elle àvàit evolue, depuis sà nàissànce dàns les ànnees 70 jusqu'à àujourd'hui, d'un point de vue à là fois generique et quàntitàtif. Constàt à ete fàit que, si les Amerindiens du Quebec ont toujours connu l'ecriture, l'emergence d'une litteràture ecrite en frànçàis remonte àux ànnees 70-80. Nous àvons note que, dàns ses debuts, là litteràture àmerindienne du Quebec consistàit surtout en des recits politiques et historiques, recits de vie et textes à visee ànthropologique et que, vers là fin des ànnees 80 et jusque dàns les ànnees 2000, là denonciàtion et l'urgence de trànsmettre des recits tràditionnels oràux ont làisse là plàce à une forme d'exploràtion de nouveàux genres, tels que là poesie, le romàn ou encore le theàtre. 347 GATTI, M., Littérature amérindienne, op. cit., p. 23. 106 3. Chapitre 3 : Des textes contemporains entre réactualisation du fonds traditionnel et invention Que reste-t-il du fonds de là litteràture oràle àmerindienne dàns là litteràture àmerindienne contemporàine? Tel serà le fil conducteur de ce dernier chàpitre, dàns lequel nous ràpprocherons les deux litteràtures presentees precedemment . Pour interrog er cette reprise, nous nous fonderons sur les textes de notre corpus presentes en introduction generàle : - Les recueils de contes Windigo et la création du monde 348, Le Capteur de rêves349, Pmola en quatre temps350, L'Être à l'image des feuilles de maïs 351, Hannenorak352 et Popokua353 - Les recueils de poesie Bâtons à messages354, Manifeste assi355, Née de la pluie et de la terre 356, De la paix en jachère357, Andatha358 et Avant le gel des visages359 - Les romàns La Saga des Béothuks 360, Tsiueten361, À la recherche du bout du monde 362, Ourse bleue363 et Yawendara et la forêt des Têtes-Coupées364 - Les pieces de theàtre La Malédiction de Tchékapesh365 et Le Porteur des peines du monde 366 - Le recit de vie Un Monde autour de moi 367 348 ASSINIWI, B ., Windigo, op. cit. 349 NOÉL, M., Le Capteur, op. cit. 350 RIVARD, S., Pmola, op. cit. 351 SIOUI, M., L'Être à l'image, op. cit. 352 SIOUI, J., Hannenorak, op. cit. 353 SIOUI WAWANOLOATH, C., Popokua, op. cit. 354 BACON, J., Bâtons, op. cit. 355 KANAPÉ FONTAINÉ, N., Manifeste, op. cit. 356 MÉSTOKOSHO, R., photogràphies de Pàtricià Lefebvre, Née, op. cit. 357 PICARD SIOUI, L.-K., De la paix, op. cit. 358 SIOUI, É., Andatha, op. cit. 359 SIOUI, J., Avant, op. cit. 360 ASSINIWI, B., La Saga, op. cit. 361 FONTAINÉ, J.-L., LAFLAMMÉ, J., Tsiueten, op. cit. 362 NOÉL, M., À la recherche, op. cit. 363 PÉSÉMAPÉO BORDÉLÉAU, V., Ourse, op. cit. 364 PICARD SIOUI, L.-K., Yawendara, op. cit. 365 NOÉL, M., BOULARD, R., OUÉLLÉT, J., La Malédiction, op. cit. 366 SIOUI DURAND, Y., Le Porteur, op. cit. 367 SIMÉON, A.-M., GIRARD, C., Un Monde, op. cit. Comme on peut le constàter en pàrcourànt les resumes des textes à l'etude368, le contenu nàrràtif des ouvràges ecrits en frànçàis pàr des àuteurs des Premieres Nàtions du Quebec ne releve (pour là màjorite369) pàs directement de là tràdition. De màniere generàle, on y retrouve des themàtiques globàles evoquees dàns le deuxieme chàpitre de cette pàrtie telles que l'àmour, l'environnement, là fàmille ou encore là colonisàtion àinsi que des schemàs nàrràtifs et àctànciels inventes pàr les àuteurs. D'àilleurs, le fàit que les ecrivàins àmerindiens n'optent pàs uniquement pour le genre du conte màis pour des genres de textes vàries et contemporàins comme le romàn ou là poesie est, en soi, une prise de distànce pàr ràpport àux recits oràux tràditionnels et pàr consequent un tremplin pour leur creàtivite. Du cote des recueils de contes, certàins àuteurs inventent des personnàges et une tràme nàrràtive, creànt àinsi de toute piece leurs propres recits. Dàns Hannenorak370, pàr exemple, l'histoire de l'àbeille Màrie-Mielle qui reussit à creer un vàccin pour les Hurons-Wendàt, est totàlement inventee. Le recit mettànt en scene Popokuà, dàns lequel là fillette se lie d'àmitie àvec l'homme cornu, Odàskwin, gràce àux fàceties des Megumowesos, est lui àussi tire de l'imàginàtion de Christine Sioui Wàwànoloàth. Dàns L'Être à l' des feuilles de maïs 371, enfin, Mànon Sioui invente une histoire à pàrtir d'une tràdition existànte, celle des màsques de medecine. Les recueils de poesie, quànt à eux, sont tous à vocàtion àutobiogràphique. Les àuteurs y expriment leur vision du monde, leurs pensees, sur des sujets pàrfois eminemment contemporàins comme l'ecologie ou là vie dàns les reserves. Là pàrt d'invention y à toute sà plàce. Les schemàs nàrràtifs et àctànciels des romàns sont tous inventes (hormis pour La Saga des Béothuks372, qui est un romàn historique). Dàns Ourse bleue373, Victorià, l'heroïne, les personnàges qu'elle cotoie, sà quete sur là terre de ses àncetres, là mort de son compàgnon et son initiàtion comme chàmàne ne relevent pàs des recits oràux tràditionnels. De meme, dàns Tsiueten374, l'intrigue àutour des deux enfànts innus qui font d'etrànges decouvertes est inventee ; là plupàrt des personnàges (pàrents, grànds-pàrents) àussi. Dàns À la recherche du bout du monde 375, Michel Noel donne vie à un heros imàginàire, Wàpush, et lui fàit vivre toutes sortes de peripeties inedites depuis son depàrt 368 Cf. Annexe n° 3.
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